/
Текст
Catalonia
30 | Premier semestre 2022
(Auto)biographie langagière, conscience
linguistique plurilingue, intercompréhension en
contexte de romanité
Mònica Güell et Corinne Mencé-Caster (dir.)
Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/catalonia/1546
DOI : 10.4000/catalonia.1546
ISSN : 1760-6659
Éditeur
Sorbonne Université - Laboratoire CRIMIC (EA 2561)
Référence électronique
Mònica Güell et Corinne Mencé-Caster (dir.), Catalonia, 30 | Premier semestre 2022, « (Auto)biographie
langagière, conscience linguistique plurilingue, intercompréhension en contexte de romanité » [En
ligne], mis en ligne le 01 juillet 2022, consulté le 12 octobre 2022. URL : https://
journals.openedition.org/catalonia/1546 ; DOI : https://doi.org/10.4000/catalonia.1546
Ce document a été généré automatiquement le 12 octobre 2022.
Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International
- CC BY-NC-ND 4.0
https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/
1
SOMMAIRE
Monographique
(Auto)biographie langagière, conscience linguistique plurilingue, intercompréhension en contexte de romanité
(Auto)biographie langagière, conscience linguistique plurilingue, intercompréhension en
contexte de romanité. Introduction
Mònica Güell et Corinne Mencé-Caster
Parler de l’intimité avec ses langues
Des difficultés de la prise de « conscience plurilingue »
Corinne Mencé-Caster
Les conditions d’émergence d’une conscience bi/plurilinguistique
Christian Lagarde
(Auto)biografies lingüístiques en el debat públic de la transició espanyola: quins models per
afrontar moments de canvi?
Narcís Iglésias
Poéticas anfibias. Bilingüismo y autotraducción en cinco poetas contemporáneos de
expresión italiana, catalana, castellana y gallega
Marisa Martínez Pérsico
Requiem, d’Antonio Tabucchi ou l’aventure portugaise d’un Italien
Aina López Montagut
Plus d’une langue : le sentiment de la langue et ses usages littéraires chez Carme Riera et
Ponç Pons
Mònica Güell
Varia
Le catalan comme langue étrangère dans l’enseignement supérieur en France : des bonnes
racines et une excellente santé mais, quel avenir ?
Josep Vidal Arráez
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
2
Monographique
(Auto)biographie langagière, conscience linguistique plurilingue,
intercompréhension en contexte de romanité
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
3
(Auto)biographie langagière,
conscience linguistique plurilingue,
intercompréhension en contexte de
romanité. Introduction
Mònica Güell et Corinne Mencé-Caster
1
Dans ce numéro, nous avons choisi de nous intéresser aux locuteurs qui vivent dans la
familiarité de deux ou plusieurs langues romanes, mais sans avoir développé pour
autant une conscience claire de leur bilinguisme ou plurilinguisme. Il n’est pas toujours
aisé, en effet, de se percevoir comme bilingue ou plurilingue simplement parce qu’on
peut avoir le sentiment de demeurer dans un rapport de déficit ou d’illégitimité en
regard de certaines des langues de notre habitat linguistique.
2
C’est que la notion de bilinguisme ou de plurilinguisme ne va pas de soi, renvoyant
souvent les locuteurs à leurs insuffisances plus qu’à leurs compétences, à ce qui leur
paraît être une maîtrise imparfaite, voire indigne, des langues qu’ils comprennent et/
ou qu’ils parlent. Inversement, certains locuteurs peuvent tendre à surévaluer leurs
compétences et à se présenter comme bilingues ou plurilingues sans pour autant
disposer de compétences linguistiques plus avérées que celles ou ceux qui n’osent pas
franchir le pas.
3
Dans tous les cas, l’intimité ou la relative distance qui s’établit avec deux ou plusieurs
langues crée une situation langagière particulière qui, dans les contextes didactiques, a
pu être explorée à partir de la pratique de l’(auto)biographie langagière. Comme le
précise si justement Muriel Molinié, « l’écriture autobiographique […] sert à construire
un rapport au savoir fondé sur la compréhension de ses propres démarches
intellectuelles »1.
4
Il ne serait pas inintéressant d’ajouter que cette démarche d’écriture induit aussi
l’exploration du rapport affectif à ses langues et, par conséquent, permet de retrouver
le « sujet de l’énonciation » qui ne se confond pas toujours avec « l’auteur » de
l’autobiographie langagière2.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
4
5
S’amorce ainsi un processus de réflexion non seulement sur les langues « pratiquées »
et le passé langagier mais aussi sur les articulations entre les langues parlées ou
comprises, sur le rapport entre les langues dites de prestige et les langues jugées moins
prestigieuses, entre les langues montrées et les langues cachées, sur les malentendus
linguistiques ou contextes affectifs qui modifient la relation à telle ou telle autre
langue, sur les migrations, sur le lien entre récit de vie et « rencontres » fortuites ou
voulues avec les langues, etc.
6
Ainsi, au-delà de la démarche réflexive qui la sous-tend, l’(auto)biographie langagière
suppose également un processus de créativité qui renvoie à la dimension narrative qui
lui est inhérente et qui permet de faire émerger un « sujet » qui accepte en quelque
sorte de regarder « en face » toutes ses langues, de les accepter ou refuser comme
siennes, de faire le point sur son imaginaire et son vécu linguistiques.
7
Cette dimension créative explique aussi la place importante que ce numéro fait, non
seulement au récit des locuteurs bilingues ou plurilingues et aux théories qui visent à
rendre compte de ces expériences inouïes, mais aussi aux démarches des écrivains à la
croisée des langues qui endossent souvent le rôle d’auto-traducteurs. L’auto-traduction
qui est, de fait, réécriture, apparaît ainsi comme une stratégie visant à donner de la
visibilité à des langues minorées, lesquelles, privées de ce concours, seraient demeurées
« sans lecteurs », se voyant ainsi condamnées au retrait…
8
Cette plongée dans le monde des plurilingues est aussi une manière de rappeler que les
traversées des langues et des cultures ne s’opèrent pas sans douleur ni solitude. Il
arrive que les locuteurs portent leur langue comme une croix et que les écrivains
vivent douloureusement de devoir écrire dans la langue qu’ils n’ont pas choisie. Il n’y a
pas d’amour sans trahison, dit-on. Fort heureusement, l’expérience de la confrontation
avec ses langues comporte aussi une part de jouissance : celui qui vit une telle
expérience peut alors transcender ses altérités intérieures, en décloisonnant ce qu’il
croyait être ses identités closes, jusqu’à ce que se confondent en lui le vécu, l’« in-su »
et l’imaginé.
9
Les articles de ce numéro nous invitent donc à suivre, en contexte de romanité, les
traces de ces expériences plurilingues, en cherchant à conforter leur assise théorique et
en explorant leurs manifestations littéraires : modalités d’émergence de la conscience
plurilingue, entre dysphorie et euphorie ; analyse des jeux et sauts de langues, des
audaces d’écriture plurilingues et (auto)traductives, le tout dans une dynamique de
valorisation du plurilinguisme, encore trop souvent marginalisé dans nos imaginaires,
au profit de l’illusion du monolinguisme.
NOTES
1.
MOLINIÉ,
Muriel. « Biographie langagière et apprentissage plurilingue ». Le français dans le
monde, 39 (2006).
2. DELAS, Daniel. « Instance du sujet et travail en biographie langagière ». Le français dans le monde.
Op.cit.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
5
AUTEURS
MÒNICA GÜELL
Sorbonne Université CRIMIC
CORINNE MENCÉ-CASTER
Sorbonne Université CLEA
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
6
Parler de l’intimité avec ses langues
Des difficultés de la prise de « conscience plurilingue »
Corinne Mencé-Caster
1
J’ai engagé depuis quelque temps une réflexion sur l’intime comme catégorie d’analyse
pouvant permettre d’appréhender la notion de « langue » sous d’autres aspects que
ceux par lesquels elle est généralement abordée. À cet égard, l’essai que je viens de
publier, à savoir, Pour une linguistique de l’intime. Habiter des langues néo (romanes). Entre
français, créole et espagnol1 constitue bien plus un point de départ, un jalon, qu’un
aboutissement.
2
Il me paraît important, en effet, de reprendre la réflexion là où je l’ai laissée, de revenir
sur les raisons qui m’ont incitée à considérer l’intime comme une catégorie d’analyse
pertinente, afin d’examiner en quoi la prise en compte de cette catégorie est non
seulement un moyen par lequel des locuteurs peuvent accéder plus aisément à la
conscience de leur bilingualité, mais rend manifeste également l’importance de faits
« de langage » que l’on a eu trop tendance à tenir pour négligeables et à laisser donc en
dehors de la science linguistique.
3
Cette étude s’inscrit dans le cadre théorique de la sociolinguistique du contact des
langues, de l’écolinguistique, de l’herméneutique linguistique, de la traductologie et de
ce qu’il conviendrait d’appeler une « stylistique de la parole ».
1. Langue, idiolecte, style de parole
4
La linguistique structurale s’intéresse à la langue en tant que système et, suivant en
cela Antoine Meillet elle se trouve définie comme fait social, c’est-à-dire comme un fait
indépendant de l’action de l’individu et de ses actes et qui, au contraire s’impose à lui
dans la société, dans la « masse parlante » de tous ceux qui parlent la même langue que
lui2. Dans cette perspective, la langue se maintient au-delà de l’individu qui n’a pas
directement prise sur ses règles ; ainsi, elle est vue comme ce qui surdétermine les
individus et s’impose à eux, plus que comme une structure sur laquelle les individus
peuvent agir. Ainsi, comme aucun locuteur ne choisit sa langue (maternelle ou
première) ni ne peut décider de manière individuelle de modifier le lien entre signifiant
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
7
et signifié tel qu’il a été collectivement institué dans cette langue, tous les locuteurs
paraissent devoir subir la langue. Les écarts sont donc perçus comme des accidents de la
parole qui relèvent de faits individuels et ne sont donc pas appelés à se reproduire ni à
transformer de manière substantielle la langue.
5
Ces divers éléments tendraient ainsi à valider l’idée selon laquelle les rapports entre un
locuteur donné et sa langue relèveraient davantage de ce que l’on pourrait appeler une
« extériorité », même si, de manière quasi paradoxale, chaque locuteur développe un
idiolecte, son idiolecte.
6
Il semble donc que la prééminence accordée à la dimension « macrolinguistique »
conduise ainsi à considérer comme peu pertinente la question du locuteur singulier, et
donc, de l’idiolecte. Si, au contraire, on décide d’inverser la perspective et de placer au
centre de l’attention le locuteur face à sa langue, il est évident que l’idiolecte acquiert
alors une certaine valeur heuristique.
7
Il s’avère donc fécond, et ce, dans une perspective épistémologique, de chercher à
suivre la trace de cette tension toujours sous-jacente entre une linguistique favorisant
le niveau « macro » et une linguistique qui serait plus attentive au niveau « micro » en
se situant au plus près des habitudes de langage du/des locuteurs individuels,
indépendamment de ce que le prétendu système tend à imposer à ce(s) dernier(s). Loin
de prétendre mener à bien une telle reconstruction, je chercherai simplement à
examiner ce qui se passe lorsque l’on choisit de délaisser le niveau « macro » pour se
concentrer sur le niveau « micro », constitué, on l’a dit, soit par un locuteur donné, soit
par une sous-communauté de locuteurs définie par un certain nombre de traits
distinctifs au sein d’une communauté plus étendue.
8
La question posée est donc la suivante : que se passe-t-il lorsqu’un linguiste choisit de
scruter le langage d’une communauté donnée, non pour en décrire de l’extérieur, le
système de la langue comme étant une structure où tout se tient, mais pour
l’appréhender de l’intérieur comme poly-systèmes complexes où, précisément, tout ne
se tient pas ou tout ne se tient pas bien, parce qu’il y a au moins deux langues « en
ballottage » en présence chez un même locuteur qui ne sait à quelle langue se vouer ?
9
Pour mener à bien cette réflexion, il s’avère utile de se situer du côté de l’idiolecte, en
rappelant la définition qui en est communément donnée comme étant le « langage
particulier d'une personne, ses habitudes verbales ; le langage en tant qu'il est parlé par
un seul individu »3. Lorsque l’on envisage l’idiolecte, non plus au plan strictement
individuel, mais à un niveau plus communautaire, il se trouve défini comme
suit : « langage d'une communauté linguistique, c'est-à-dire d'un groupe de personnes
interprétant de la même façon tous les énoncés linguistiques » 4.
10
Dans un article intitulé « L’idiolecte entre linguistique et herméneutique » 5, Franck
Neveu rappelle les affinités entre « idiolecte » et « époque romantique », afin de
montrer que l’intérêt envers des habitudes langagières propres à un locuteur ne
pouvait se développer que dans un mouvement visant à mettre en valeur l’individu et le
subjectif, tout autant que le sentiment. Il cite ainsi cet extrait de Schmitter : « Le fait
que la langue soit conçue comme un phénomène qui reflète des manifestations tant
universelles qu’individuelles (spécifiques à des individus, à une culture, à un peuple),
représente sans doute un trait commun à toute la linguistique romantique. (Schmitter
in Auroux, 2000 : 64) »6.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
8
11
La « problématique idiolectale » surgit donc en même temps que la vision de la langue
comme « organisme » et « principe vital ». Si une telle approche de la langue a pu être
le socle, comme le dit si bien Neveu, de « linguistiques racistes qui trouveront à
s’exprimer particulièrement dans le comparatisme de la fin du siècle en Europe » 7,
avec, par exemple, la supériorité concédée aux langues flexionnelles, elle a aussi tendu
à montrer que la tension entre le général et le particulier qui traverse les études
linguistiques est toujours latente, même si elle se cristallise de façon remarquable à
certains moments, comme ce fut le cas au XIXe siècle. Les modalités de résolution de
cette tension nous placent alors au cœur de l’objet qui nous préoccupe ici, à savoir, la
perception de la langue, saisie au plus près du locuteur individuel ou, à l’inverse, au
plus loin, comme structure qui le surplombe. Ainsi s’opposent les visions de Schlegel et
Bopp qui, tout en se rejoignant sur la conception de la langue comme organisme,
définissent celle-ci depuis deux points de vue distincts :
Leurs conceptions diffèrent toutefois sur un point essentiel : pour Schlegel,
l’organisme de la langue est toujours le produit de l’homme, alors que Bopp,
partant d’un concept inspiré de l’anatomie et de la biologie, conçoit la langue
comme un être propre qui évolue indépendamment de l’homme et de la société
selon une certaine dynamique intrinsèque8.
12
Comme on le voit au travers de cette citation, l’influence des sciences naturelles et
médicales sur Bopp l’a conduit à envisager la langue comme un organisme doté d’une
« dynamique intrinsèque », « indépendamment de l’homme et de la société ». Cette
conception de la langue dont les affinités avec les linguistiques structuralistes sont
évidentes, rendent possible, voire souhaitable l’étude « en soi » de la langue comme
système où tout se tient, pour ainsi dire, à l’extérieur de l’homme.
13
Quant à la vision de la langue comme « produit de l’homme », c’est Humboldt qui, après
Schlegel, en proposa sans doute le développement le plus abouti en considérant que :
La langue est sans doute conditionnée par les organes corporels, mais elle se meut
dans le libre éther des pensées et des émotions. Cette liberté s’élève au-dessus de
l’organisme ; et l’acte du discours ne peut jamais être qualifié, au sens propre du
terme, de procédure organique. [...] En règle générale, il faut bien se garder de
pousser la comparaison entre système linguistique et système naturel au-delà de ce
qu’autorise leur objet propre. Une langue ne peut être traitée à la manière d’un
corps de la nature, elle ne nous présente jamais, jusque dans la masse de ses mots et
de ses règles, un contenu simplement offert, mais toujours une opération, un procès
spirituel, analogue au procès corporel à l’œuvre dans la vie. On ne peut la comparer
qu’avec la physiologie, non avec l’anatomie ; en elle rien n’est statique, tout est
dynamique9.
14
Il me paraît d’emblée important de souligner que la conception humboldtienne de la
langue comme « opération » toujours dynamique est bien plus à même que la
précédente, d’articuler une approche linguistique capable d’intégrer la « parole »
individuelle dans ce qu’elle a d’idiolectal. En accordant une attention aux processus de
négociations entre les règles imposées par le système et le « dit » du locuteur qui n’est
jamais totalement un « déjà-construit », un « prêt-à-l’emploi », la définition
humboldtienne de la langue circonscrit une place à l’idiolecte, et ce faisant, à ce qui
articule le rapport singulier de l’individu à la langue. Comme le souligne Neveu : « La
complémentarité des rapports entre langue et pensée est notamment éclairée par le
concept de forme interne qui chez Humboldt remplace la notion de parole intérieure,
et pose le cœur de la langue comme le cœur de l’intériorité du sujet » 10.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
9
15
S’il est vrai, et Neveu a tôt fait de le préciser, que « Chez Humboldt (notamment 1834),
la problématique des singularités langagières apparaît dans une approche
philosophico-anthropologique des langues et de leurs caractéristiques discursives,
prises comme des réalisations concrètes et individuelles d’un idiome général et
abstrait »11, il n’en reste pas moins qu’en refusant, d’une part, de tenir la langue pour
un organisme indépendant de l’homme et de sa société et, d’autre part, de surévaluer le
poids du système par rapport à celui des actes individuels de langage, Humboldt ouvrait
une brèche importante dont les répercussions les plus fortes étaient celles de la
reconnaissance du « style individuel », et donc, de la fondation de la stylistique à la
française. Quoi de plus idiolectal que le style en effet ?
16
On peut, toutefois, se demander pourquoi, dès lors qu’il a été question de « style
individuel », on a déserté le champ de la « science de la langue » pour celui de la
littérature, réduisant donc le « style individuel » à n’être que la « parole écrite » 12. En
effet, le glissement silencieux qui s’est opéré de la « langue » vers le « style », et donc,
majoritairement, de la linguistique vers la stylistique littéraire, ne s’est pas
accompagné d’un glissement homologue de la « langue » vers la « parole orale », ce qui
aurait permis d’étudier la « parole orale », non pas comme fait accidentel, mais comme
« style individuel » présentant des traits susceptibles d’être étudiés dans ses écarts avec
ce qui tient lieu de « standard », d’« étalon ». De fil en aiguille, de telles analyses
auraient sans doute permis de mettre en évidence des « styles de parole ». Or, que
trouve-t-on actuellement sous l’étiquette « styles de parole », si ce n’est une approche
de la « parole » uniquement comme « voix », c’est-à-dire, comme phonostylistique
(registres phonique et prosodique) ?
17
Comme le rappellent fort à propos Fagyal et Morel à propos de la laborieuse émergence
de la phonostylistique en tant que discipline, « L’étude des variations dans la parole fut
longtemps exclue de la tradition linguistique. La naissance et l’élaboration des
fondements théoriques de la phonostylistique illustrent bien cette tendance » 13.
18
La dénomination « style de parole » a donc été en quelque sorte confisquée par la
phonostylistique », faisant que la « parole », dans cette approche, s’identifie à la
« voix », laissant ainsi hors du champ de l’étude du « style de la parole », tout le reste, à
savoir ce que Sapir a défini comme étant le « style » : un aspect quotidien de la parole
qui caractérise le groupe social tout comme l'individu, et ce, sans référence aucune au
seul contexte de l’écrit.
19
Il en découle que l’expression « style de parole », loin de référer au seul « style vocal »,
devrait avoir vocation à rendre compte de la « parole » dans son entier : prosodie,
accent, intonation, contenu, forme, etc.
20
On peut, en effet, considérer que tous ces éléments constituent des « observables »
linguistiques, permettant de caractériser des idiolectes complexes à des niveaux
individuels ou « micro-communautaires ». La difficulté vient de ce qu’il faut savoir
comment recueillir, traiter et analyser ces « observables », notamment dans des
situations de contacts de langues où sont en jeu deux ou plusieurs langues, et non plus
une seule.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
10
2. Pour une herméneutique des styles de parole : vers
une linguistique de l’intime
21
Les enquêtes que mènent les sociolinguistes auprès de locuteurs d’une communautécible au travers d’un certain nombre de critères préalablement définis, ont-ils
véritablement pour objet de déterminer le(s) style(s) de leur parole, et donc, leur(s)
idiolecte(s), afin de les comparer au « standard »14 ?
22
Posons tout d’abord qu’en situation de contacts de langue, les choses s’avèrent
d’emblée plus compliquées, comme enveloppées d’une forme d’opacité. Le recours à la
notion d’« opacité15 », telle que l’a développée Édouard Glissant, pourrait être ainsi
d’une certaine utilité : en instituant l’opacité comme catégorie d’analyse, Glissant
entendait renvoyer à l’insuffisante problématisation qui, dans les études culturelles,
avait été faite de la pseudo « transparence » de l’Autre, tout autant que de sa langue et
de sa parole, ainsi que je me propose de le montrer maintenant.
23
Un Autre que moi parle, depuis sa culture et sa langue, et moi je l’entends, mais qu’estce que j’entends ? Ce que je sais déjà de lui ? Ce qui, de lui, fait écho dans ma propre
culture et ma propre langue ? Me suis-je jamais posé la question de ce que je n’entends
pas de lui, de ce que je n’entendrai jamais de lui ?
24
Sans reprendre l’entier de l’argumentation sur les limites de la sociolinguistique
« traditionnelle », il n’est pas inutile de rappeler que les sociolinguistes n’ont pas
toujours suffisamment interrogé leur capacité à déchiffrer correctement les idiolectes
de leurs enquêtés, pas plus qu’ils ne se sont questionné de manière suffisamment
approfondie sur les stratégies (conscientes et inconscientes) d’évitement et de
représentations de soi, souvent « surjouées », par ces derniers. Tout s’est passé, au
contraire, comme si l’accès à la parole de l’Autre était direct et que cette parole était
transparente : a-t-on pris en compte de façon suffisamment critique, la fabrication
« calculée » de la parole de l’enquêté, non pas au sens où il viserait à la contrôler
totalement mais davantage au sens d’une falsification ?
25
La sociolinguistique du contact des langues est sans doute mieux armée, mais il n’est
pas certain que le sociolinguiste du contact, non-natif, ait conscience de tout ce qui se
joue dans cette « parole » de l’Autre qui ne se donne jamais aussi bien que dans le
retrait. De fait, la tendance spontanée sera de se concentrer sur ce qui est dit, sur la
structure des énoncés, sur leur contenu, alors même que l’essentiel, c’est ce qui n’est
pas dit, à savoir, ce qui est tu.
26
C’est à ce lieu précis que s’articule la catégorie de l’intime : ce lieu où la mise en silence
d’un potentiel « dire » s’avère plus importante que le « dit » lui-même. C’est pourquoi,
et il convient de reconnaître sans parti pris aucun, que les sociolinguistes du contact
des langues « natifs » sont sans doute, dans un premier temps, les mieux placés pour
identifier ce lieu et tenter de donner une assise scientifique à cette catégorie de
l’intime, à partir d’une démarche scientifique qui n’exclut ni l’expérientiel, ni
l’existentiel mais les intègre à ce qu’il est commun de dénommer l’« objectivité » et la
« neutralité » du chercheur.
27
Pour qu’il en soit ainsi, il importe que le sociolinguiste du contact des langues « natif »
consente à se libérer du carcan de la science neutre et désincarnée, afin de chercher les
voies et moyens par lesquels décrire ce qu’il pressent être l’expérience des locuteurs
qui, comme lui, éprouvent leurs langues.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
11
28
En ce sens, l’expérience de la « diglossie » (notion certes contestée mais dont la valeur
heuristique ne saurait être totalement remise en cause) me paraît inouïe pour au moins
trois raisons que je prendrai le temps d’exposer de façon détaillée. Auparavant, il me
semble important de mettre en évidence ce qui distingue le locuteur dit « bilingue » ou
« plurilingue » du locuteur dit « diglotte ».
29
Par locuteur « diglotte », on entendra ici, soit un locuteur bilingue dans un contexte où
les deux langues en présence ne bénéficient pas du même prestige, soit un locuteur
« monolingue » aux prises, au sein d’une même langue, avec une variété « basse » et
une variété « haute » de la langue.
30
La difficulté même que l’on peut éprouver à définir le locuteur « diglotte » semble
témoigner de la tension permanente qui, dans sa communauté, se joue entre le
politique et le linguistique. En effet, tout se passe comme si les compétences
langagières du sujet « diglotte » se trouvaient prises dans l’étau des injonctions
politiques ; celles-ci tendent à vouloir assigner des territoires précis à l’exercice de ses
compétences langagières, ce qui a pour effet de créer chez lui une forme de
schizoglossie. Parlant ses langues de façon intermittente en raison des injonctions du
dehors, le locuteur « diglotte » éprouve ainsi de la difficulté à s’identifier comme sujet
bilingue capable de « rassembler » ses langues au sein de l’écosystème qui serait le sien.
Précisément la construction de cet écosystème lui est comme interdite, et c’est en ce
sens que l’expérience de ce locuteur « diglotte » me paraît inouïe : elle tend à remettre
en cause un certain nombre de points qui semblent relever des « acquis » de la science
linguistique et de la définition même de la langue comme « système où tout se tient ».
31
1- La prise en compte de l’expérience du locuteur « diglotte » conduit ainsi à ne pas
ramener la « compétence langagière » à la seule « compétence linguistique » et à
manifester que la langue définie uniquement comme « système » ne prend en compte
que l’expérience d’une partie des locuteurs, ceux dits « monolingues ».
32
Pour rappel, la compétence langagière englobe trois types de compétences : la
compétence linguistique, la compétence textuelle et la compétence discursive. Dans le
cas qui nous préoccupe ici, la compétence discursive dont le pendant est la
« performance langagière » s’exerce sur le fondement non pas d’une langue, mais au
moins de deux langues, et requiert, pour être décryptée, des outils qui relèvent de
l’herméneutique linguistique, de la traductologie et de la pragmatique. En ce sens, la
notion de « langue-système » s’avère moins pertinente que celle de « macrosystème
langagier » ou de « poly-système » incluant toutes les variétés et co-variétés des
langues en contact.
33
En effet, établir une distinction entre « compétence langagière » et « compétence
linguistique » nous renvoie bien du côté du « style de parole », de la « performance
idiolectale », lesquels sont toujours propres à un locuteur mais peuvent aussi être
partagés, dans certains de leurs traits constitutifs, par une communauté donnée. Nous
ne sommes guère éloignés, du moins en partie, de l’herméneutique de Schleiermacher
qui a servi de fondement à la poétique du traduire d’Antoine Berman :
Chaque homme, pour une part, est dominé par la langue qu’il parle […] Mais, par
ailleurs, tout homme pensant librement, de manière indépendante, contribue à
former la langue. [...] En ce sens, c’est la force vivante de l’individu qui produit de
nouvelles formes dans la matière ductile de la langue, initialement avec pour seul
propos momentané de communiquer une conscience passagère [...]. [...] tout
discours libre et supérieur demande à être saisi sur un double mode, d’une part à
partir de l’esprit de la langue dont les éléments le composent, comme une
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
12
exposition marquée et conditionnée par cet esprit, engendrée et vivifiée par lui
dans l’être parlant ; d’autre part il demande à être saisi à partir de la sensibilité de
celui qui le produit comme une œuvre sienne, qui ne peut surgir et s’expliquer qu’à
partir de sa manière d’être16.
34
Il m’importe de montrer ici comment la dimension interprétative qui est au cœur des
quelques lignes précédemment citées s’avère essentielle dans l’appréhension des
performances langagières d’un locuteur « diglotte ». C’est pourquoi le sociolinguiste du
contact des langues, pour déchiffrer ou décrypter les performances langagières d’un
locuteur « diglotte », gagnerait à mettre en œuvre une sorte de « méthode »
interprétative proche d’une forme d’herméneutique linguistique. Nous touchons là au
régime interprétatif ouvert des langues naturelles, régime qui, loin d’être défini par des
fonctions identifiables a priori, le sont par des types d’emplois définissables par les
pratiques linguistiques historiquement et culturellement situées. Étant sans fonctions a
priori, les langues peuvent être adaptées à un nombre indéfini d’usages, ce dont,
précisément, témoigne la variété des « styles de parole ».
35
Or, en décidant a priori de la grammaticalité des énoncés d’une langue et de leur
« sens », comme c’est le cas, notamment, dans les grammaires génératives, on ferme la
porte à la dimension ouverte du régime interprétatif des langues naturelles qui,
précisément s’oppose au régime interprétatif prédéfini au moment de leur institution
des langages dits « artificiels ».
36
Prenons deux exemples que j’ai exploités (mais pas suffisamment) dans mon essai et qui
relèvent du contact de langues entre le français et le créole, à savoir, les énoncés
suivants :
« Je retire mes pieds » ; « ma maman est derrière moi ».
37
Du point de vue de la grammaire du français, ces énoncés sont correctement formés et
semblent donc témoigner d’une certaine compétence linguistique en français. Au plan
sémantique, le premier énoncé « Je retire mes pieds » peut s’avérer problématique. Le
second semble bien plus « transparent ». Dans tous les cas, la lecture de ces énoncés
renvoie à un problème crucial en sémiotique et en sémantique, à savoir, la distinction
entre les types et les occurrences, distinction qui régit notamment la question de la
polysémie, et plus largement, celle de l’interprétation. En considérant, par exemple,
que l’énoncé « Ma maman est derrière moi » a un « sens-type », on tiendra que toutes
les occurrences de cet énoncé ont le même sens, lequel renverrait invariablement à
l’expression d’une localisation spatiale.
38
Autrement dit, on tend à postuler que les occurrences ne diffèrent pas des types, et que
l’interprétation va de soi, ou plus grave encore, que la question de l’interprétation ne se
pose pas. N’est-ce pas exactement ce qui se passe lorsqu’on ne s’intéresse qu’à la seule
compétence/performance linguistique, en dehors de la compétence/performance
langagière ? Or, qualifier comment les occurrences diffèrent des types, c’est l’objectif
majeur de l’interprétation, ce qui, pour l’analyse de tout énoncé, induit une prise en
compte du locuteur et du contexte (situation d’énonciation). La démarche relève donc
tout à la fois de l’herméneutique linguistique (elle suppose une interprétation) et de la
pragmatique (cette élucidation du sens ne peut se faire en dehors d’un contexte donné),
un énoncé ne pouvant être déclaré « en soi » agrammatical ou dénué de sens.
39
Ainsi, un énoncé comme « maman est derrière moi » peut signifier « maman me
harcèle » dans certains contextes francophones, de même que « je retire mes pieds »
peut signifier « je m’en vais ». Pour être compris, ces énoncés ne devraient pas
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
13
s’analyser sur le fondement d’un unique système linguistique mais d’au moins deux : le
français et le créole. Il conviendrait donc de mobiliser une herméneutique linguistique
et des ressources traductologiques, l’énoncé français « je retire mes pieds » étant la
traduction littérale de l’énoncé créole « man ka tiré pjé mwen », et celui « ma maman
est derrière moi », la traduction littérale de l’énoncé créole « manman-mwen deyè
mwen ». En effet, le français des Antilles se caractérise par la production d’énoncés qui
relèvent de la traduction littérale du créole en français. Ignorer cela conduit à tenir
pour « transparents » des énoncés dont le sens est profondément distinct des
« phrases-types » qui semblent leur correspondre en français standard ;
40
2- Sur le fondement de ce qui vient d’être dit, on comprend que la prise en compte de
l’expérience langagière du locuteur « diglotte » met en évidence comment dans ses
postulats et ses modalités de description du langage, une science dite « du langage » a
pu exclure un ensemble de locuteurs dont l’expérience et le vécu langagiers ont été
tenus pour des « accidents de la parole » négligeables.
41
Poser, en effet, un sens prédéfini ou une grammaticalité a priori, c’est tenir les énoncés
pour des phrases. Cela revient donc à viser une universalité qui fait fi de toute
approche empirique, en excluant, de fait, des langues qu’ils parlent, une bonne partie
des locuteurs, considérant que ces derniers parlent mal la langue et/ou que la langue
qu’ils parlent de cette façon-là n’a pas droit de cité.
42
C’est donc la double conjonction de la naturalisation du sens et de l’interprétation
absente, corrélative de l’exclusion du contexte (culturel, social, politique, historique)
qui explique en grande partie le malaise et le mal-être des locuteurs « diglottes ». Tout
semble mis en œuvre dans la science linguistique « classique », pour leur faire
comprendre qu’ils évoluent en marge du système, qu’ils en sont des accidents
négligeables, voire regrettables. Il en découle que le primat accordé au monolinguisme
dans l’édification de la science linguistique a conduit d’emblée à marginaliser toute une
série de contextes et d’énoncés. Se trouvent exclus, en effet, les contextes plurilingues,
les énoncés tressés dans l’intimité de deux ou plusieurs langues qui cohabitent sur un
même territoire, les mots qui ne figurent pas dans les dictionnaires officiels, les
syntaxes à cheval entre deux ou plusieurs langues. Ces exclusions en chaîne ont tendu
non seulement à faire croire que certaines langues ou variétés de langues sont
naturellement plus performantes que d’autres mais, de plus, que le vécu langagier de
certains locuteurs était naturellement hors du champ de la linguistique, et donc, du
monde.
43
3- Ainsi, la prise en compte de l’expérience langagière d’exclusion du locuteur
« diglotte » et le mal-être qui en résulte permet de mesurer à quel point la langue
structure l’identité et comment toute fracture dans les identifications linguistiques
conduit irrémédiablement à des fractures encore plus profondes dans les
identifications psychiques.
44
Il faut ainsi souligner que le déni de l’expérience langagière du locuteur « diglotte »
s’accompagne de jugements évaluatifs (parler bien/parler mal), de sanctions (la notion
de « faute »), de moqueries (le style de parole au sens où nous l’avons redéfini
précédemment, y compris l’accent, l’intonation, etc.), et donc, d’une forme d’exclusion
sociale.
45
Il est évident que ces locuteurs se voient stigmatisés, non pas seulement dans ce qui
constitue leur langue, mais aussi dans ce qui fonde leur « être-au-monde », à travers
leurs identifications primordiales. Ils vont ainsi spontanément développer des
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
14
sentiments de honte, la honte se définissant comme « l’angoisse de l’effondrement des
repères et, à la limite du rejet du monde humain. Elle ne protège de rien. Elle est la
catastrophe même »17.
46
Je voudrais m’arrêter quelque peu sur le sentiment de honte, sur ce qu’il implique, en
montrant comment il affecte souvent l’identité de l’individu et ses valeurs, et partant,
comment il importe que le locuteur puisse tout à la fois nommer ce sentiment et
verbaliser son ressenti.
47
Serge Tisseron nous en dit ceci (la citation est un peu longue mais vaut la peine d’être
reproduite sous ce format) :
La honte […] est terriblement désocialisante et déstructurante. Les manières de
parler de la honte sont d’ailleurs éclairantes. On dit de quelqu’un qui a honte qu’il
devrait « rentrer sous terre », ou alors c’est lui qui pense : « J’ai envie de
disparaître. J’ai envie de rentrer dans un trou de fourmi. Je préférerais ne pas
exister. J’aurais voulu ne jamais être là », etc. Il existe en effet des formes extrêmes
de hontes dans lesquelles on craint de perdre, même à ses propres yeux, la qualité
d’être humain. De façon générale, l’angoisse qui borde toutes les formes de honte
est d’ailleurs l’angoisse du non humain, sinon la honte ne serait pas aussi pénible à
vivre. Dans la Grèce ancienne, […] [ê]tre banni signifiait être plongé dans la honte,
et ses proches avec soi. Le banni était déclaré étranger dans son propre pays et
devait prendre le chemin de l’exil. L’inverse est également vrai : être honteux, c’est
éprouver l’angoisse de se sentir exclu du genre humain […] C’est pourquoi la honte
est si difficile à reconnaître, même en son for intérieur 18.
48
Il est évident que ces explications sont d’une grande pertinence pour l’examen de la
« honte » au plan linguistique. Le locuteur qui a le sentiment d’être aux prises avec
deux langues, dont l’une au moins lui apparaît comme socialement stigmatisée, aura
honte de parler la langue dite « basse », car en la parlant, il s’identifiera comme « soushumain » parlant une « sous-langue ». Ce faisant, il développera parallèlement, en
parlant la langue dite « haute », un sentiment de crainte, une forme d’appréhension,
redoutant de mêler les deux langues et de parler un charabia et de se retrouver ainsi,
plongé dans la barbarie linguistique qui n’est jamais très loin du statut de « barbare »
humain.
49
Si, comme le prétend Tisseron, « La honte est toujours indissociable d’un rapport de
force »19, en s’exerçant du supérieur vers l’inférieur, il s’ensuit que l’individu qui
ressent de la honte va chercher à se défaire de celle-ci en s’aliénant à lui-même. Cette
aliénation passe par sa soumission aux injonctions sociales et politiques qui lui sont
faites (abandonner la « sous-langue », se construire dans la fascination des sujets
perçus comme « dominants », etc.).
50
C’est pourquoi la honte et l’aliénation vont de pair, de même que la honte et la
soumission. Comme le dit Tisseron, « La honte est la mère de tous les totalitarismes » 20.
Il n’est donc pas étonnant que le locuteur d’une langue socialement reconnue comme
« basse » par la majorité, et surtout par le pouvoir, aspirera de manière confuse à « se
grandir » en ne la parlant pas et en feignant même de ne pas savoir la parler. La
négation de son bilinguisme constitue la meilleure modalité de se sauver de sa honte, la
conscience même de ce bilinguisme se trouvant empêchée par la conviction que
l’individu porte : il ne saurait être bilingue car sa langue « honteuse » n’est pas une
langue. Si c’était le cas, on ne lui reprocherait pas de « parler mal », d’employer des
structures qui ne figurent pas dans les grammaires, d’utiliser des mots qui ne sont pas
dans les dictionnaires qui font foi.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
15
3. Réussir à parler de l’intime de ses langues et se
reconnaître en tant que sujet bilingue
51
Il ne fait pas de doute que le locuteur « diglotte » n’a aucune conscience ou seulement
une conscience confuse, de tous ces mécanismes liés à la honte, dans la mesure où « la
honte, comme tout sentiment, établit en effet au sein même du sujet une séparation
entre une partie qui éprouve et une autre qui nomme »21. Le sujet agit de manière quasi
instinctive pour se débarrasser du sentiment de honte mais ne nomme pas ce
sentiment, précisément parce que les sujets, confrontés à la honte, évitent d’y penser et
enfouissent celle-ci au plus profond d’eux-mêmes.
52
On comprend bien alors pourquoi, face à un sociolinguiste ou à toute autre personne,
« ce qui fait honte » au sujet relèvera du « non-dicible » et sera rejetée hors de son
expérience de locuteur, puisque ce qui fait honte, c’est, par définition, ce qui se tait. En
effet, nommer la honte, c’est déjà l’affronter, la mettre à distance, l’extirper de son for
intérieur pour en faire le récit et ne pas se laisser submerger : c’est en ce sens que
Marie Cardinal a pu écrire : « J’avais honte de ce qui se passait à l’intérieur de moi, de
ce charivari, de ce désordre, de cette agitation, et personne ne devait savoir, pas même
le docteur »22.
53
Précisément, prendre en compte la catégorie de l’intime dans la démarche linguistique,
conduit à ne pas laisser des sentiments comme la honte ou encore la « haine de soi », à
l’extérieur du champ de la linguistique ou de la sociolinguistique, mais à les y intégrer
pour accompagner les locuteurs, et en particulier, les locuteurs « diglottes » dans
l’exploration, puis dans la verbalisation de cet « intime » langagier qui est le leur
54
Pour ce faire, il importe, dans l’entier de la science linguistique, et non pas seulement à
l’attention de celles et ceux qui s’intéressent à la sociolinguistique du contact des
langues de :
• Mettre en place une démarche d’explicitation de ce qu’est une langue et de ce qu’elle n’est
pas ; de mettre au jour les rapports historiques de pouvoir qui ont conduit certains dialectes
et pas d’autres à « réussir socialement », ce qui revient à montrer que toute langue est un
dialecte et que tout dialecte est une langue, les notions de « sous-langue », de
langue « basse » n’ayant de pertinence qu’au plan politique, et éventuellement, économique.
En ce sens, il serait souhaitable de ne pas se limiter à définir la langue comme un « système
de signes » mais de montrer qu’une telle définition en a été donnée pour des raisons
heuristiques et que d’autres définitions, tout aussi rentables au plan heuristique, existent : la
langue comme « macro-système », « polysystème »23, en posant d’emblée les problématiques
liées au contact des langues. Ceci est d’autant plus légitime que les « plurilingues » sont bien
plus nombreux que les « monolingues » et que les phénomènes migratoires, les circulations
de personnes, de livres, de films, etc. font que le monolinguisme est avant tout une fiction ;
• Favoriser la prise de conscience que le bilinguisme ne consiste pas seulement à se mouvoir
dans ou entre deux langues prestigieuses ou au statut égal mais à se mouvoir entre deux
langues, quels que soient les statuts sociaux et politiques de celles-ci. Cette mise en lumière
est essentielle pour que le locuteur « diglotte » comprenne que la « diglossie » (c’est-à-dire
le fait qu’il ne puisse pas utiliser une de ses deux langues dans tous les contextes) qui est la
situation historico-politique de son lieu, n’entache en rien le fait que, lui, soit un sujet
bilingue, avec les avantages individuels que ce bilinguisme est susceptible de lui offrir au
niveau cognitif notamment, si seulement il y consent.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
16
55
Il en découle que tous les apprentissages linguistiques devront être mis en place à
partir de ce qui fonde les identifications linguistiques des sujets et non pas envers et
contre ces identifications ;
• Pour parvenir à mettre au jour ces identifications, il convient d’encourager le sujet à
« nommer » et à « verbaliser » son expérience langagière, quelle qu’elle soit. En ce sens,
l’écriture de soi dans ses langues, notamment par le biais des biographies langagières,
permettra, par exemple, au locuteur « diglotte » de se confronter à ce à quoi il a toujours eu
peur de se confronter et de poser des mots sur ce qui constitue son vécu langagier, en
relation avec le vécu de sa famille et des siens. En effet, Tisseron rappelle que :
[l]a honte « porte aussi son ombre sur plusieurs générations dans la mesure où celui
qui l’a éprouvée un jour cherche souvent à s’en débarrasser d’une manière qui fait
courir le risque à ses proches, et notamment à ses enfants, de l’éprouver à leur tour.
Ceux-ci la feront éprouver à d’autres, de proche en proche, de telle façon que la
honte se répand finalement comme une épidémie. On comprend donc que l’écoute
de la honte doive toujours être menée sur plusieurs générations, notamment à
partir de traumatismes vécus par les ascendants sans être nommés par eux 24.
56
Il m’importe, pour finir, de dire que parler de l’intime de ses langues ne va pas de soi,
précisément parce que l’intime ne s’exhibe pas mais s’enfouit. Si je me suis intéressée
en priorité à l’expérience du locuteur « diglotte », c’est parce qu’elle est exemplaire de
tout ce qui peut se jouer dans la langue à l’insu des sujets. L’exclusion que subissent les
locuteurs qui parlent au moins une langue dénigrée, vient avant tout de ce que leur
vécu et leur expérience ont été laissés hors du champ de la linguistique, leurs énoncés
ayant été jugés de manière péremptoire comme dénués de sens ou de grammaticalité,
sans que soit mise en place de manière systématique une herméneutique, associée à
une pragmatique, capable de les interpréter. Pour rappel, cette marginalisation
linguistique va de pair avec une marginalisation sociale et ne peut donc être tenue pour
un simple « accident ». Il y a là quelque chose qui relève d’une sujétion « masquée » par
la naturalisation des rapports de pouvoir et de force, sujétion qu’il faut identifier,
nommer et décrypter afin de permettre à nombre de locuteurs de se découvrir comme
sujets autonomes et plurilingues. Les discriminations linguistiques sont bien des
discriminations à part entière et si elles ne sont pas appréhendées comme telles, elles
retardent, chez les locuteurs concernés, la prise de conscience de leur plurilinguisme.
57
Si les locuteurs « diglottes » présentent en soi une forme d’exemplarité, c’est bien parce
que l’exploration et la verbalisation du rapport tourmenté et complexe qu’ils
entretiennent avec leurs langues, sont de nature à permettre à tout locuteur, quel qu’il
soit, monolingue ou bilingue « confortable », de découvrir le plurilinguisme qui
l’habite.
58
En effet, tout sujet entretient, même avec les langues qu’il ne connaît pas, des relations
de fascination ou de rejet, de curiosité ou d’indifférence ; tout sujet a envie d’apprendre
certaines langues ou de renoncer à d’autres pour des raisons que lui-même ignore et
qu’il ne pourra découvrir ou approcher qu’à travers l’écriture de sa propre biographie
langagière ou à la lecture de celles des autres. Autant dire que le plurilinguisme des
autres peut devenir le nôtre si nous consentons à ce que le plurilinguisme soit moins
maîtrise de codes qu’ouverture à l’infinie opacité des langues vécues et/ou fantasmées
des autres et de nous-mêmes.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
17
BIBLIOGRAPHIE
BALLY, Charles. Linguistique générale et linguistique française. Paris : Ernest Leroux, 1932.
CARDINAL, Marie. Les mots pour le dire. Paris : Grasset, 1975.
CHISS, Jean-Louis. « La stylistique de Charles Bally : de la notion de « sujet parlant » à
la théorie de
renonciation ». Langages, 77 (1985), p. 85-94.
HUMBOLDT, Wilhelm von. Introduction à l’œuvre sur le kavi. CAUSSAT, Pierre (trad.). Paris : Éditions du
Seuil, 1974.
KARABETIAN Étienne. Histoire des stylistiques. Paris : Armand Colin, 2000.
MARTINET, André. « Idiolecte ». THINES, Georges ; LEMPEREUR, Agnès (dir.). Dictionnaire général des
sciences humaines. Paris : Éditions universitaires, 1975.
MENCE-CASTER, Corinne. Pour une linguistique de l’intime. Habiter des langues néo (romanes). Entre
français, créole et espagnol. Paris : Classiques-Garnier, 2021.
MENCE-CASTER, Corinne ; JIMENEZ, Maria (dir.). « Aux frontières du système linguistique. Quel statut
pour l’énoncé marginal ? ». Chréode, 3 (2020).
NEVEU, Franck. « L’idiolecte entre linguistique et herméneutique ». Cahiers de praxématique [En
ligne], 44 (2005). https://journals.openedition.org/praxematique/1641 [consulté le 20-01-2021].
SCHLEIERMACHER, Friedrich. Des différentes méthodes du traduire, Trad. B ERMAN, Antoine ; BERNER,
Christian. Paris : Le Seuil, 1999.
TISSERON, Serge. « De la honte qui tue à la honte qui sauve ». Le Coq-héron, 184 (2006), p. 18-31.
https://www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2006-1-page-18.htm [consulté le 15-01-2022].
NOTES
1. M ENCE-CASTER, Corinne. Pour une linguistique de l’intime. Habiter des langues néo (romanes).
Entre français, créole et espagnol. Paris : Classiques-Garnier, 2021.
2. M EILLET, Antoine. « Comment les mots changent de sens ». Année sociologique, 1 (1921), p. 8 :
« Le langage est donc éminemment un fait social. En effet, il entre exactement dans la définition
qu’a proposée Durkheim ; une langue existe indépendamment de chacun des individus qui la
parlent, et, bien qu’elle n’ait aucune réalité en dehors de la somme de ces individus, elle est
cependant, de par sa généralité, extérieure à chacun d'eux ; ce qui le montre, c’est qu'il ne
dépend d'aucun d'entre eux de la changer et que toute déviation individuelle de l'usage provoque
une réaction ; cette réaction n’a le plus souvent d'autre sanction que le ridicule auquel elle
expose l'homme qui ne parle pas comme tout le monde ; mais, dans les États civilisés modernes,
elle va jusqu'à exclure des emplois publics, par des examens, ceux qui ne savent pas se conformer
au bon usage admis par un groupe social donné. Les caractères d’extériorité à l’individu et de
coercition par lesquels Durkheim définit le fait social apparaissent donc dans le langage avec la
dernière évidence ».
3. M ARTINET, André. « Idiolecte ».
THINES,
Georges ;
LEMPEREUR,
Agnès (dir.). Dictionnaire général
des sciences humaines. Paris : Éditions universitaires, 1975.
4.
BARTHES,
Roland. « Éléments de sémiologie ». Communications. Recherches sémiologiques, 4
(1964), p. 91-135.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
18
5. N EVEU, Franck. « L’idiolecte entre linguistique et herméneutique ». Cahiers de praxématique
[En ligne], 44 (2005). https://journals.openedition.org/praxematique/1641 [consulté le
20-01-2021].
6. Ibid., p. 27.
7. Ibid., p. 29.
8. Ibid.
9. H UMBOLDT, Wilhelm von. Introduction à l’œuvre sur le kavi. CAUSSAT Pierre (trad.). Paris :
Éditions du Seuil, 1974, p. 183.
10. NEVEU, Franck. « L’idiolecte entre linguistique et herméneutique ». Art. cit., p. 33.
11. Ibid., p. 30.
12. On peut, à cet égard, signaler les travaux novateurs de Charles Bally à son époque, dans la
mesure où il invite à s’intéresser à l’activité du sujet parlant individuel. Dans cette perspective,
Bally fournit des pistes intéressantes : il invite à prendre en compte les significations que
peuvent prendre certains énoncés dans des contextes particuliers et en fonction des intonations.
Ainsi CHISS, Jean-Louis (« La stylistique de Charles Bally : de la notion de « sujet parlant » à la
théorie de renonciation. Langages, 77 (1985), p. 90) déclare-t-il : « Ainsi, ce qui compte, c'est
d’inventorier, dans une expression donnée, la combinaison des moyens qui concourent à
l’expressivité : par exemple le rôle de l'intonation et de l’ellipse dans l’énoncé « le
malheureux ! » et plus généralement l'importance de la mimique, de la gestualité, de tous les
procédés de la syntaxe « affective » (par exemple la présence ou l'absence du déterminant — le —
dans un S.N. apposé, p. 261), la nécessité de partir pour l'examen d'un fait de langue « d'une
situation et d'un contexte déterminés » (L.V., p. 66) qui peuvent transformer une phrase banale
en une formule pathétique (« c'est toi qui as fait cela », ibid p. 77), la constitution d'une théorie
des associations ». Il a ainsi une certaine approche du « style de la parole » mais celle-ci est
fortement tributaire de la dimension affective et des rapports entre l’esprit et la langue, ce qui
n’est pas la perspective choisie dans le présent article.
13. FAGYAL, Zsuzsanna ;
MOREL, Mary-Annick.
« Phonostylistique : étude du style dans la parole ».
L’information grammaticale, 70 (1996), p. 16-20.
14. KARABETIAN, Étienne. Histoire des stylistiques. Paris : Armand Colin, 2000, p. 205 : « Car le style
réside dans le rapport entre la langue et ce qui est exprimé. Les différences de rapport
correspondent aux styles ou aux différents types de style. Tandis que la grammaire considère la
langue en tant que telle, comme pure forme (il est vrai, dans un double sens : comme forme
phonique et comme forme interne), la stylistique prend pour objet cette même langue dans ses
emplois, en se demandant comment cet ensemble formel exprime un contenu ». On peut mettre
en évidence l’importance de Heymann Steinthal dans la constitution de la discipline qu’est la
stylistique.
15. GLISSANT, Édouard. Poétique de la relation. Paris : Gallimard, 1990.
16. S CHLEIERMACHER, Friedrich. Des différentes méthodes du traduire, Trad.
BERMAN,
Antoine ;
BERNER, Christian. Paris : Le Seuil, 1999, p. 41-43.
17. T ISSERON, Serge. « De la honte qui tue à la honte qui sauve ». Le Coq-héron, 184 (2006), p.
18-31. https://www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2006-1-page-18.htm [consulté le 15-01-2022].
18. Ibid.
19. Ibid.
20. Ibid.
21. Ibid.
22. CARDINAL, Marie. Les mots pour le dire. Paris : Grasset, 1975, p. 8.
23. La notion de « polysystème » tend à poser que la langue, loin d’être un système homogène,
serait une sorte de conglomérats de systèmes imbriqués. Voir à ce sujet : M ENCE-CASTER, Corinne ;
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
19
JIMENEZ,
Maria (dir.). « Aux frontières du système linguistique. Quel statut pour l’énoncé
marginal ? ». Chréode, 3 (2020).
24. TISSERON, Serge. « De la honte qui tue à la honte qui sauve ». Art. cit.
RÉSUMÉS
Cet article se propose de réfléchir à la catégorie de l’intime dans les études du langage, en se
focalisant sur les locuteurs « diglottes » et la singularité de leur parole. En produisant des
énoncés qui relèvent de l’articulation entre elles d’au moins deux langues, ces locuteurs
remettent en cause la notion de « système où tout se tient » et tendent à manifester la pertinence
de la notion de « polysystème ». La prise en compte de ce polysystème révèle la nécessité d’une
herméneutique linguistique doublée d’une pragmatique qui questionne le concept de
« grammaticalité », afin de ne pas construire une norme exclusive et excluante. C’est à ce prix
que l’intime linguistique des locuteurs « diglottes » pourra être exhumé et qu’ils pourront
échapper au sentiment de honte qui les guette sans cesse.
This article proposes to reflect on the category of intimacy in language studies, by focusing on
"diglotte" speakers and the singularity of their speech. By producing utterances that are the
result of the articulation of at least two languages, these speakers question the notion of "system
where everything fits together" and tend to demonstrate the relevance of the notion of "polysystem". Taking this poly-system into account reveals the need for a linguistic hermeneutic
coupled with a pragmatics that questions the concept of "grammaticality", so as not to construct
an exclusive and excluding norm. It is at this price that the linguistic intimacy of the 'diglottes'
speakers can be unearthed and that they can escape the feeling of shame that constantly
threatens them.
INDEX
Mots-clés : plurilinguisme, diglossie, intime, idiolecte, herméneutique, style de parole, honte
Keywords : plurilingualism, diglossia, intimacy, idiolect, hermeneutics, speech style, shame
AUTEUR
CORINNE MENCÉ-CASTER
RELIR-CLEA
Sorbonne Université
corinne.mence-caster[at]sorbonne-universite.fr
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
20
Les conditions d’émergence d’une
conscience bi/plurilinguistique
Christian Lagarde
1
La conscience linguistique est, indissociablement, une conscience individuelle et une
conscience collective, à plusieurs degrés. Ainsi, dès que l’on se penche sur la question
de la diversité linguistique et culturelle, et tout spécialement en tant que sociolinguiste,
il ne faut jamais perdre de vue que les données avancent à la fois selon la perspective
macro et la perspective micro. En effet, pour autant que soient mises en place des
politiques linguistiques adéquates et sophistiquées – elles sont nécessaires –, il
n’empêche que c’est toujours l’individu, le locuteur – autant que possible entouré des
siens, comme l’a également montré Fishman1 – qui a le dernier mot. C’est ce que
Guespin et Marcellesi ont envisagé en tant qu’« actes glottopolitiques », à savoir « des
pratiques langagières, qui sont de l’ordre du continu. […] Des actes habituellement
considérés comme anodins, guère dignes d’observation »2, qui peuvent éventuellement
aller à l’encontre des politiques linguistiques les plus habilement sophistiquées, ou se
conjuguer à elles. In fine, leur succès dépend du comportement de chacun (ce qu’il fait),
de son attitude (ce qu’il considère), et de ces politiques linguistiques. On peut donc
considérer que l’individu est la clé de la sauvegarde et de la vitalité des langues. Mais,
en même temps, que peut l’individu isolé, si son désir de langue, de vivre et perpétuer
sa langue, n’est pas relayé collectivement, à différents niveaux, jusqu’à celui d’une
politique linguistique instituée ? On doit donc marcher sur ces deux pieds, s’adosser à
ces deux piliers. Si l’un vient à faire défaut, il y a fort à parier que le devenir d’une
langue est menacé.
2
Par ailleurs, comme on tentera de l’illustrer ici, la conscience linguistique joue aussi
bien au plan intralinguistique – en fonction des variétés/variations à l’intérieur d’une
même langue – qu’au plan interlinguistique, entre les langues du sujet bilingue ou
plurilingue et de son environnement. Cette étude s’inscrit dans une progression, avec
comme point de départ l’éveil à la conscience (bi)linguistique chez l’enfant – ce point
sera traité en retour d’expérience personnelle –, puis elle tentera d’aborder la
problématique en fonction d’une typologie tripartite sommaire des configurations
sociolinguistiques, des idéologies linguistiques et des parcours de vie des locuteurs
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
21
mono-, bi- et plurilingues. Enfin, sera abordée la question de cette conscience, qui se
mue en « surconscience » chez les scripteurs : les écrivains, les traducteurs et les
autotraducteurs, qui cumulent ces deux premières fonctions. Mais commençons par la
base, à savoir ma propre expérience, telle qu’ont sans aucun doute pu la partager, sous
différentes modalités, de très nombreux sujets bilingues et plurilingues.
1. La conscience linguistique : « charité bien
ordonnée… »
3
L’âge aidant, on répugne de moins en moins à parler de soi. Certains même en font des
ouvrages...3 C’est pourquoi, après avoir envisagé de faire une communication « commeil-faut », j’ai pensé qu’il serait plus approprié de commencer par le commencement,
c’est-à-dire par ma propre entrée dans l’univers du bi- et du plurilinguisme, à travers
quelques séquences seulement !...
4
Première séquence : J’ai 7/8 ans, je suis dans la cour de la maison de ma grand-mère, à
Lavelanet (Ariège). C’est l’été, et la petite-fille de la voisine est là, elle aussi en vacances,
sur la terrasse au premier étage. On parle ; je fais un peu le beau, et elle
s’écrie : [sƐpovrƐ]. Moi, je dirais – ‘comme tout le monde’ – [sepavʁe] (ou [sepavre] si on
roule les r). Parlons-nous [vʁeman] / [vʁƐmã] la même langue ? Quand, au fond de
cette même cour, nous grimpons, mon cousin et moi, sur une échelle un peu
vermoulue, et que notre grand-mère sort morte de peur, on rigole : on « espante Bonne
[Maman] ». On croit parler français… c’est du francitan…
5
Deuxième séquence : Toujours au même âge, je raconte des craques à « Bonne », qui me
dit incrédule : « Vai-te’n vai ! vai-te’n figar, paure chapotur ! » [bajtenβaj bajtenfiγa
pawretʃapotyr] à savoir, à quelque chose près : Tu parles ! à d’autres, espèce de
charlatan ! Il y a l’intonation, les mimiques, je comprends tout. Depuis l’âge de 4/5 ans,
j’ai déjà tout compris de l’occitan : il suffit d’ajouter un -o là où le français [fʁansé] met
en un -e [ǝ] (censé être muet) : une table [ynotaβlo] (au lieu de [tawlo]), une chaise
[ynoʃƐzo] (au lieu de [kadjƐro]). Tout compris, faut voir !...
6
Troisième séquence : vers 6/7 ans. C’est l’hiver chez mes autres grands-parents, à Rivel
(Aude). On ne chauffe pas toutes les pièces et je partage la chambre de mes grandsparents. Dans la journée, ils parlent moitié patois/occitan, moitié en francitan ; dans
l’obscurité de la nuit, ils se parlent, dans leur (vraie) langue, comme si je n’étais pas là.
Et ça m’intéresse d’autant plus que je suis une sorte de passager clandestin : « te’n
sovenes quand anguèrem… » [tensuβenes kantanγƐrem], « pensa-te ! » [pensote]… : je mets
mon décodeur…
7
J’aurais évidemment bien d’autres anecdotes à vous rapporter sur la suite de mon
initiation aux langues, mais l’heure n’est pas à ce que je raconte ma vie !...
8
Tâchons d’analyser ce micro-corpus. Il y a quelques points, parfois communs aux trois
anecdotes, vieux comme le monde, mais que, comme toutes les évidences, il n’est pas
forcément inutile de rappeler :
• Le premier (3e anecdote), est que les langues sont un mystère, que l’individu doit (ou cherche
à) déchiffrer : je veux savoir ce que se disent (à savoir, intégrer, même passivement, leur
communication), quasiment à mon insu, mes grands-parents qui sans doute croient
(exerçant la fonction cryptique) que je ne les entends/comprends pas (je dois dormir ; je suis
censé ne connaître que le français).
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
22
• Le deuxième (2ème anecdote), c’est qu’on s’ouvre au langage sans forcément connaître/
comprendre la langue : le para- et le non-verbal peuvent compenser les déficiences du verbal,
et l’intercompréhension entre langues romanes fonctionne. Je sais que ma grand-mère me
prend pour ce que je suis : un imposteur ; elle me le fait bien comprendre.
• Le troisième point (même anecdote), c’est que, dès le départ, l’individu cherche à
comprendre/savoir comment ça marche. Mes transpositions sont des inférences, ratées au prix
de l’extenso-réduction : les « règles » intuitées sont loin d’être universelles.
• Le quatrième point (1ère anecdote), c’est qu’une langue varie (dans ce cas, phonétiquement) et
qu’à l’intérieur d’une même langue, on peut se trouver confronté à l’altérité : la jolie voisine
vit « à Paris », moi « à Toulouse » ; l’accent nous rend quelque peu étranger l’un à l’autre,
même si nous nous comprenons plutôt bien (l’intercompréhension peut opérer aussi bien au
plan intralinguistique qu’interlinguistique).
• Le cinquième point (les 3 anecdotes), c’est que les langues en contact sont poreuses ; dans les
deux sens. C’est vrai pour l’accent, qui vient d’être évoqué ; c’est vrai aussi parce que
« espanter » n’est pas français (ce mot, sans doute parce que nous sentons qu’il est
transgressif, et surtout parce qu’il est plus « joli », nous plaît, et il a intégré notre code
partagé). L’occitan a parasité le français. En sens inverse, notre grand-mère emploie dans
« *chapotur » [tʃapotyr], un suffixe emprunté au français (-eur), alors qu’elle me parle
patois4 (qui devrait employer -aire [ajre] ; c’est le fruit de la domination, de la diglossie.
• Le sixième et dernier point (3ème anecdote), c’est que les usages linguistiques sont contextualisés,
et qu’il y a, plus ou moins implicite, une hiérarchisation et une fonctionnalisation des
langues, typiques, là aussi, de la diglossie : mes grands-parents baragouinent à longueur de
journée en francitan lorsqu’ils sont en public, ou même avec moi, réputé francophone (mon
grand-père m’envoie chercher une bonne bouteille et, l’air sérieux, m’intime : « surtout, ne
la *tchambotte [tʃamβꜿtǝ] pas ! » : secouer, agiter) ; une fois dans la sphère privée (qui plus
est, la chambre), ils emploient exclusivement leur langue – leur langue maternelle, leur
langue partagée, celle de l’entre-soi.
2. Une typologie des consciences linguistiques
9
Les exemples qui précèdent prouvent au moins une chose, que j’ai pu largement
vérifier au cours de ma carrière universitaire : « Dis-moi ce que tu étudies, et je te dirai
qui tu es ». La recherche peut partir (pas nécessairement) de l’expérience ; c’est –
comme la littérature, mais de manière plus implicite et sans doute plus inconsciente
encore5 – une sorte de quête de soi, que l’on vise à élargir et systématiser, en passant de
la pure subjectivité à un degré acceptable d’objectivité scientifique. Il est donc temps
d’en venir à cette approche. Je propose pour ce faire un cadre un peu rudimentaire
mais commode, mettant en lien le vécu (non seulement individuel mais aussi collectif)
et les comportements, et surtout les attitudes linguistiques.
10
Comme préalable, je n’enfoncerai pas la porte ouverte du rapport intime et
fondamental du langage et de la langue à l’identité, auquel je viens de faire allusion,
entre « vision du monde » (l’hypothèse Sapir-Whorf), et « être au monde » (la deixis). Il
est néanmoins indispensable de le rappeler, en toile de fond. Ne serait-ce que pour
attirer l’attention sur un autre fait fondamental : la conscience linguistique n’advient,
comme l’identité, qu’en se confrontant à une altérité, à un autre. Et c’est là encore que
se dessine le poids déformant des idéologies, qui façonnent les représentations, et donc
les attitudes, qui à leur tour modèlent les comportements. Les nationalismes – tous,
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
23
autant qu’ils sont – voudraient nous faire croire à la relation biunivoque : un individu,
une langue, un peuple (une nation), un État. L’examen, même superficiel, de ce qu’est
l’humanité, de ses modes de fonctionnement, le dément immédiatement, quand bien
même les rapports de force à l’œuvre de par le monde font tout pour nous y conduire
et/ou nous inciter à le croire.
11
Je propose donc une typologie, quelque peu rudimentaire, à trois éléments, en lien avec
les critères annoncés : un premier groupe rassemble les consciences bi- ou plurilingues
« heureuses » ; le second, les « malheureuses » ; la troisième, celle des « unilinguistes
heureux ». On verra néanmoins qu’il convient d’y apporter bien des nuances.
2.1. Les consciences bi- ou plurilingues « heureuses »
12
On n’a de cesse de prétendre que le bilinguisme et le plurilinguisme constituent une
richesse, parce que non seulement ils additionnent des savoirs, mais ils mettent
relation les répertoires en activant ce que Lüdi & Py ont dénommé la « fonction
interprétative »6. Tous les locuteurs bi- ou plurilingues disposent donc, au lieu d’un
simple piano, d’un orgue plus ou moins complexe, ce qui devrait faire leur bonheur. On
va voir néanmoins que dans la pratique, c’est loin d’être toujours le cas. Ça l’est, en
principe, des élites cosmopolites (les « expatriés », renommés « ressortissants »
lorsqu’on doit les rapatrier d’urgence), qui ont additionné les apprentissages en
différentes langues au cours de leur formation, dont atteste leur plus ou moins
impressionnant CV, et qui en font usage dans leurs pérégrinations planétaires, en quête
de postes le plus prestigieux et rémunérateurs possible, sans compter les riches oisifs
que le cinéma ou les romans nous montrent itinérants de palace en palace.
13
Leur connaissance d’un éventail des langues les plus véhiculaires leur donne
généralement, non seulement un prestige sans doute mérité, mais aussi une
compétence, pratique et vérifiable, à évoluer, plus ou moins brillamment, dans le
monde de la diplomatie, de la culture, des affaires ou du luxe. Le bonheur de ces
locuteurs à jouer de leur palette, est d’autant plus intense qu’ils priorisent la valeur
communicative de ces langues et qu’en même temps, ils en minimisent, ou plutôt
sélectionnent, la/les valeur(s) symbolique(s). Ainsi, sont mis en avant les symboles liés
au prestige (attributs de la richesse, du pouvoir et de la culture), et réduits au
maximum ceux qui relèvent de l’affect (l’origine). Ils sont les adeptes du marché, y
compris du « marché linguistique » cher à Bourdieu7.
14
Néanmoins, tout n’est pas aussi simple : il convient d’étudier le fonctionnement de la
communication plurilingue, sachant que, comme l’indiquent Mondada & Nussbaum,
seule
La sociolinguistique récente s’est intéressée aux processus de globalisation, de
diaspora et de mobilité et à leurs conséquences dans la redistribution des valeurs
attribuées aux langues et aux répertoires, dans la définition des compétences des
personnes, dans les processus d’inclusion et exclusion, dans la reconfiguration des
identités8.
15
Dans le cadre de l’ouvrage qu’elles ont coordonné – qui se cantonne à deux
environnements contextualisés : « les espaces universitaires (cours, séminaires) aussi
bien que les espaces de travail (réunions) » –, on peut observer comment, en situation
d’interaction, ces compétences et pratiques plurilingues éventuelles se voient
contrebalancer par l’usage de l’ELF (« English as a lingua franca ») :
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
24
La manière dont les ressources et les formats d’interaction sont négociés permet de
rendre compte de la manière dont des translocalités (Appadurai 1990) sont
configurées in situ. On peut dire en effet que les terrains étudiés dans ce livre […]
deviennent des translocalités grâce à la rencontre d’individus de langues et de
cultures différentes interconnectés le temps d’une activité particulière, que ce soit
dans un ici redéfini par l’attraction de personnes venant de différents horizons
(comme l’université) ou dans un ailleurs provisoire ou nomade, comme le grand
hôtel où a lieu une réunion de managers d’une multinationale ou le centre de
congrès où se rencontrent des experts internationaux9.
16
On voit donc comment les normes sociales dominantes de comportement des
Transnational Connections10 peuvent avoir raison d’un plurilinguisme tour à tour
spontané, ludique ou de virtuose.
2.2. Les consciences bi- ou plurilingues « malheureuses »
17
Les individus dont il vient d’être question ne sont donc pas nécessairement aussi
« heureux » qu’ils s’efforcent de le paraître : ils ont beau le gommer soigneusement, ils
n’en ont certainement pas moins de rapports affectifs à certaines de leurs langues que
le commun des mortels, en leur accordant différentes valeurs symboliques. Elles ont
aussi un lien étroit à leur identité, à la complexité de leur identité – aux contradictions
et aux refoulés qui tiennent à leurs origines (langue du père, de la mère, des grandsparents) et à leur parcours de vie (langue des conjoints, des condisciples, des collègues
et amis, langue professionnelle). Derrière l’armure, sans doute quelques fêlures, nées de
certaines inégalités, mesurables ou ressenties.
18
Mais le cas de loin le plus répandu est celui des locuteurs des langues indigènes,
minoritaires ou minorées11, celui de très nombreux dominés, colonisés (ou excolonisés), migrants ou exilés. En effet, les inégalités entre les langues recoupent le plus
souvent les inégalités politiques, économiques ou culturelles présentes ou héritées, les
langues étant (ou ayant été) idéologiquement le plus souvent instrumentalisées par ces
différents types de pouvoirs.
19
C’est en effet parce que les langues sont inégales – objectivement, selon leur
positionnement au sein de la « galaxie des langues » de De Swaan ; subjectivement,
selon l’attachement que l’on a pour elles, lié aux représentations sociales 12 – que l’on
peut être « malheureux » de la stigmatisation dont elles peuvent faire l’objet, du sort
qui leur est réservé. Ce peut être la diglossie, en tant qu’inégalité hiérarchique et
fonctionnelle13, la glottophobie, comme stigmatisation 14, la glottophagie, à savoir les
processus et situations de domination15, ou encore la substitution linguistique, plus
spectaculairement dénommée « mort des langues »16. Le lien symbolique/identitaire du
locuteur à sa langue est en rapport au sort qui est réservé à celle-ci.
20
Ainsi, l’individu locuteur/scripteur d’une langue, aux prises avec une violence
symbolique17 ou une violence répressive factuelle, peut se voir méprisé, stigmatisé,
pourchassé au nom de cette langue (ou d’une de ses langues) considérée inutile voire
nuisible. L’« anéantissement »18 des langues – on parlerait aujourd’hui plus volontiers
de « linguicide »19 – peut bien sûr être déclaré et programmé, comme se le proposait
Grégoire pour les patois sous la Révolution française, mais il peut aussi se manifester au
quotidien de façon insidieuse et à tout le moins aussi efficace. De la même manière que
la « fétichisation de la norme »20 génère l’insécurité linguistique 21, les discours et
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
25
attitudes stigmatisants agissent sur l’estime de soi en forme d’autodénigrement 22 qui, là
aussi, englobe indistinctement langue et locuteur.
21
Cela étant, même si la configuration sociolinguistique incite l’individu à éprouver une
conscience linguistique « malheureuse », il n’est pas pour autant contraint à la
passivité, à la frustration et aux lamentations. Au contraire, un sentiment d’injustice
d’être né avec la/les « mauvaise(s) langue(s) » peut le pousser vers la résistance à la
minoration et à la stigmatisation, et à la revendication d’un niveau acceptable d’équité.
L’engagement en tant qu’individu connaîtra une efficacité accrue s’il se traduit, au plan
collectif et à des échelles très variables, par un militantisme associatif culturel ou
politique.
22
Lorsqu’il s’agit d’« inverser la substitution linguistique » 23, toutes les formes de
« revitalisation »24 sont les bienvenues – aussi bien les « actes glottopolitiques » que les
mesures de politique linguistique –, pourvu qu’elles soient relativement coordonnées,
ou du moins pas antinomiques. Cela n’est guère une évidence puisqu’il faut bien
admettre que, comme le note Costa : « les revendications de maintien, de promotion ou
de sauvetage des langues minoritaires nous parlent d’autre chose que de langues » 25. À
cet égard, il est communément admis que l’éducation constitue un secteur-clé, au point
que, dans une de ses publications, Skutnabb-Kangas n’hésite pas à formuler
l’alternative qui en découle par l’intitulé interrogatif : « Linguistic genocide in
education or worldwide diversity and human rights? »26, en s’inscrivant clairement
dans une perspective écolinguistique.
23
Nous avons donc, face à ces langues-cultures menacées de disparition, d’un côté, le
constat terrible dressé par Nettle & Romaine, de « Vanishing Voices The Extinction of
the World’s Languages »27, de l’autre les perspectives compensatoires ouvertes par
l’écologie des langues, ou écolinguistique à partir des travaux de Haugen, Bastardas et
Calvet28.
2.3. La conscience des « heureux » unilinguistes
24
À l’opposé de ce constat de débâcle ou cette combativité, il y a aussi d’autres locuteurs à
la conscience « heureuse » : ce sont ceux qui sont adeptes ou défenseurs de
l’unilinguisme. Ces individus, au mépris des réalités évoquées jusqu’ici, sont ou se
croient monolingues, alors même qu’ils sont loin de vivre dans l’un des rares isolats
linguistiques qui subsistent aujourd’hui sur la planète. L’unilinguisme est donc pure
construction idéologique, dont la France de l’État-nation républicain est le modèle.
Ainsi, les unilinguistes considèrent leur langue en termes d’exclusivité : c’est le « ni
concurrence » de Boyer29, qui se traduit par « le français est la langue de la
République » introduit en 1992 à l’article 2 de la Constitution française de 1958, fruit
lointain mais fidèle, tant de l’excellence universaliste proclamée par Rivarol en 1784,
que de la politique répressive inaugurée l’an 1794 par l’abbé Grégoire avec son
« anéantissement des patois ».
25
Toujours en contexte français, cette conscience politico-linguistique satisfaite d’ellemême est à double front : d’une part, ‘par le bas’, elle s’impose à la conscience des
locuteurs par l’inculcation qui en est faite, sans alternative, à travers la scolarisation et
le discours politico-médiatique. Au mieux, elle ne laisse aux autres langues que des
miettes : en France, la seule dimension patrimoniale accordée aux « langues
régionales » (article 75-1 de la Constitution, 2008). D’autre part, cette conscience
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
26
s’émeut, par les mêmes canaux, de la concurrence exercée ‘par le haut’ par l’anglais
globish ou ELF qui a supplanté le français en tant que langue internationale et
diplomatique (ONU, UE), par la modification de 1992 de l’article 2 déjà citée ou, dans le
domaine de la culture, par la loi Toubon de 1994. Enfin, cette même conscience
‘surplombante’ se voit contrainte de cesser de se prévaloir de son empire linguistique,
et faire quelques concessions à la réalité pluricentrique30 de plus en plus ‘horizontale’
de la francophonie – en termes démographiques, le poids de l’Afrique étant sans
commune mesure avec ceux de la Suisse romande, de la Belgique wallonne et du Québec
et Nouveau-Brunswick – en prenant en compte sa diversité linguistique.
26
Ce dernier point, lié à la « concurrence », nous conduit au second versant de
l’unilinguisme, toujours inculqué selon le même schéma ‘descendant’ du pouvoir et des
élites vers le commun des locuteurs, tel que présenté par Boyer : le « ni déviance », en
d’autres termes la question du purisme linguistique. Dans son article « Langage de la
pureté et pureté du langage », Burke31 en retrace les périodes fastes, qui sont celles des
deux « nationalisations » (Renaissance et XIXe siècle), et montre que le purisme
s’inscrit toujours « en réaction » face à des « invasions ». Si l’on en accorde la primauté
aux langues étrangères – la ‘croisade’ contre le « franglais » d’Etiemble 32 illustre
parfaitement ce mouvement ‘par le haut’ – il convient également d’en mesurer
l’ampleur ‘par le bas’, à travers les interférences et autres calques provenant des
langues ou variétés minorées (dialectes et patois, langues d’immigration et tout parler
de contact), à la racine de l’autodénigrement et de l’insécurité linguistique déjà
évoqués, provoqués par la glottophobie33. Le purisme participe de la même logique
d’exclusivisme : il opère dans ce cas sur le versant du corpus de la langue, et rejoint en
bonne complémentarité celui qui relève du status, tel qu’envisagé précédemment.
27
Au résultat, les locuteurs imprégnés d’unilinguisme sont portés par cet ensemble
concordant de représentations valorisantes pour la langue qu’ils possèdent et qu’ils ont
le pouvoir d’imposer dans l’échange, de quelque nature qu’il soit : économique,
diplomatique, culturel et de la communication y compris scientifique. Ils se trouvent
parallèlement dans le déni de l’écologie des langues, mais ils disposent, à leur niveau,
du pouvoir d’en orienter le devenir. Ils sont dans la stigmatisation de l’altérité, et
contribuent à incarner les antagonismes plutôt que l’ouverture à la diversité.
3. La « surconscience linguistique » des auteurs et
traducteurs d’écrit littéraire
3.1. Les écritures bilingues ou plurilingues
28
À l’opposé de ceux appartenant à la troisième catégorie mentionnée, qui pensent et
opèrent par conviction, confort ou intérêt égoïste, se trouvent les auteurs bilingues ou
translingues, chez qui Lise Gauvin a mis en évidence une « surconscience linguistique ».
Dans son cas, elle est contextualisée, cantonnée au « contexte des jeunes littératures »
ou « littératures émergentes », mais cette notion me paraît dépasser amplement ce
cadre, dans la mesure où quiconque écrit, tout spécialement entre deux langues (ou
davantage) – a fortiori si elles sont ‘inégales’ – est, comme elle le dit, dans le « désir
d’interroger la nature même du langage ». La définition qu’elle en donne en sortira
donc reprofilée, mais non dénaturée, en ces termes (les coupes étant de mon fait) :
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
27
[…] j’appelle […] surconscience linguistique de l’écrivain [… le fait] de proposer […] une
réflexion sur la langue et sur la manière dont s’articulent les rapports langues/
littératures dans des contextes différents. La complexité de ces rapports, les
relations généralement conflictuelles – ou tout au moins concurrentielles –
qu’entretiennent entre elles une ou plusieurs langues, donnent lieu à cette
surconscience dont les écrivains ont rendu compte de diverses façons. Écrire
devient alors un véritable « acte de langage », car le choix de telle ou telle langue
d’écriture est révélateur d’un « procès » littéraire plus important que les procédés
mis en jeu.34
29
L’écrivain est, avec le linguiste, de ces individus qui attachent beaucoup de prix au
langage ; si le dernier l’étudie, le premier le travaille, le distord et en joue. Écrivain biou plurilingue, il tente de trouver sa voie/voix à cheval sur les langues-cultures ou
entre elles. En effet, contrairement à ce qu’affirme Gauvin, il ne se résout pas toujours à
choisir : il peut aussi les mettre en scène/en mots de manière alternative (dans les
dialogues de prose et de théâtre, surtout), ou bien les faire s’entrechoquer (par codeswitching ou marques transcodiques) ou s’interpénétrer (par code-mixing) à même le
texte – surtout en poésie, qui offre davantage de liberté lexico-sémantique et
morphosyntaxique.
30
On retrouve parmi eux des représentants des deux premières catégories précédemment
distinguées. Il s’agit, dans le premier cas, d’écrivains cosmopolites, qui ont le plus
souvent pour base une (deux ou plus) langue(s) de grande véhicularité, et qui jouent de
leur double ou pluri- culture linguistique et littéraire. La littérature latino-américaine
contemporaine en offre de nombreux exemples. Chez Borges35 (entre espagnol, anglais
et français) ou Puig36 (entre espagnol, anglais et portugais), on joue sur l’intertextualité
et l’interculturalité. Chez Cabrera Infante37 (entre espagnol et anglais), la confrontation
des langues renvoie à celle des idéologies, tandis que d’autres, comme Bryce
Echenique38, élaborent des textes plurilingues où le maniement des langues-cultures est
un exercice jubilatoire. Il s’agit à chaque fois de langues-cultures inscrites dans leur
formation personnelle (familiale, livresque) et dans leur propre univers de vie,
international voire interlope (suite à des migrations subies ou décidées).
31
Dans le second cas, nous avons affaire à des auteurs qui travaillent, en lien avec leurs
origines, soit sur deux langues (ou plus) inégales, soit sur deux variétés d’une même
langue, elles aussi frappées d’inégalité. Ce déséquilibre est fondateur d’une identité à la
fois une et double (ou multiple), qui les place sans cesse en porte-à-faux. Qu’elle se
réalise « en creux », ou selon des modalités scripturales variées, ou jusqu’à parts égales
dans le texte, pour ces auteurs, dire ou se dire (en littérature et au monde) ne saurait se
résoudre au travers d’une seule langue, ou d’une seule variété de langue. Le contraire,
pour ces auteurs, serait insincère ou perçu par eux comme une amputation : ce qu’ils
recherchent, c’est « suturar los dos hemisferios » d’eux-mêmes et de leur univers,
comme l’a très bien exprimé Milagros Ezquerro au sujet de Roa Bastos 39. Ils sont légion,
que ce soit aux Antilles (Glissant, Chamoiseau…), à l’orée des langues régionales de
France (littératures régionalistes ou de terroir), chez les indigénistes latino-américains,
au Québec, au Maghreb, en Afrique subsaharienne, etc. S’ils abondent, c’est tout
simplement parce que leur condition est le lot quasi-général de l’humanité, que la
monoculture et l’unilinguisme ne sont que des constructions fallacieuses, un déni du
réel.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
28
3.2. Traduction et autotraduction
32
Une autre modalité de mise en mouvement de compétences et d’une conscience bi- ou
plurilingue, est la traduction, et davantage encore l’autotraduction. L’acte traductif en
soi contribue à placer a priori les textes – et par conséquent les langues et les cultures –
sur un pied d’égalité, que ce soit par « accumulation » en faveur de la langue-culture
d’arrivée, ou par « consécration », au bénéfice en principe des deux, lorsqu’un écrit
réalisé dans une langue-culture moins valorisée intègre la littérature plus valorisée 40.
On sait cependant que la directionnalité de la traduction révèle de réels déséquilibres
dans ces échanges, et corrobore les inégalités.
33
Par ailleurs, le traducteur, en tant que passeur d’une langue-culture à l’autre, a
parfaitement conscience des écarts qui se manifestent, non seulement entre les mots
des deux langues, mais aussi dans leur charge sémantique et leurs implicites culturels :
c’est « l’épreuve de l’étranger » de Berman, ou le « dire presque la même chose » de
Eco41. Il mesure à tout instant ce qu’il perd, ce qu’il peut gagner ou à tout le moins
compenser au cours de cet exercice. Comparé à l’auteur « surconscient » qu’il traduit, il
se doit de l’être doublement, équitablement, entre fidélité et trahison, entre littéralité
et récriture, selon un degré, contrôlé, d’« invisibilité », ou, revendiqué, de
« visibilité »42.
34
De tels enjeux sont plus cruciaux encore chez l’autotraducteur, « traducteur
privilégié »43 qui endosse les deux rôles d’auteur et de traducteur et voit ainsi sa
surconscience de toute part sollicitée. Les études qui se développent depuis un tiers de
siècle44 dans ce domaine ont mis en évidence des cas prototypiques : bilingues et/ou
binationaux de naissance, comme Green ou Huston, exilés ou auto-exilés comme
Beckett, Nabokov, Alexakis et une foule d’autres auteurs poussés vers l’autotraduction,
soit pour atteindre un degré de visibilité ou de consécration impossible dans une
langue minorée (en Espagne, prototypiquement, Atxaga, Rivas…), soit pour jouer sur les
différents claviers constitutifs de leur identité. Et cela, que celle-ci soit originelle –
comment être auteur en langue régionale, en France, dans l’ignorance de la langue et
de la culture françaises ?45 –, ou bien remodelée selon un parcours de vie (Kundera,
Brodsky, Milosz…).
35
La particularité du cas de l’autotraducteur est qu’il s’agit pour lui, à la fois de mettre en
regard ses langues, de se confronter, dans le cadre de sa conscience bilinguistique, à sa
propre part d’(« inquiétante » ?) étrangeté46 native ou acquise, et enfin, de parvenir à
réprimer des prurits licites de réécriture de son propre texte47. Comme toile de fond au
choix des procédés, on sait bien que celui de l’invisibilité du traducteur tend à
estomper la diversité linguistique et culturelle, et que le maintien des marques de
singularité de la langue-culture originelle constitue au contraire un mode d’affirmation
et de (volonté de) survie de celle-ci. L’enjeu se situe donc, une nouvelle fois, à double
échelle : à celle, micro/individuelle, de la conscience (bi/pluri)linguistique ; à celle
macro/planétaire, aussi bien écolinguistique qu’« écoculturelle ».
Pour tenter de conclure
36
Dans ce rapide survol du moi à l’universel, j’ai tenté en premier lieu de mettre en
évidence que la conscience linguistique n’advient guère en étant parmi les siens (les
mêmes), mais que, comme l’identité, elle naît et se recompose au contact de la
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
29
différence, de l’autre, souvent présente autour de soi et même en soi, chez le sujet biou plurilingue. Il est également apparu comment elle se développe, avec plus ou moins
d’acuité, en fonction non seulement des personnalités mais aussi des contextes qui,
tantôt occultent la problématique, tantôt en font, ou bien une pratique ludique et
jubilatoire, ou bien une source de questionnements, de frustrations voire de
revendications. Parce qu’ils sont le produit de parcours de vie, tous ces
positionnements sont eux-mêmes évolutifs chez chaque individu, qu’il soit simple
locuteur et/ou a fortiori scripteur, et ils se traduisent par des productions orales et/ou
d’écriture souvent originales, en tout cas hors norme – celle-ci étant artificiellement
(contre-nature) présentée/ imposée sous forme unique voire exclusive.
37
L’étude de telles configurations est forcément complexe, comme tout ce qui relève des
sciences humaines et de la création artistique. Aussi, la tentation est grande d’en
limiter la portée à une multitude d’études de cas (comme celui, limite, de savoir quelle
conscience linguistique doit avoir cet Américain qui « parle plus de 24 langues » 48). Or,
sans jamais prétendre évacuer une telle profusion, la démarche épistémologique et
taxinomique, davantage conçue en termes de processus que de véritable aboutissement
(comme en témoigne l’ouvrage de Mencé-Caster49) n’en demeure pas moins
indispensable.
38
Au-delà des ‘simples locuteurs’ bi ou plurilingues, le cas de figure, a priori « de
laboratoire », du traducteur, et plus encore celui de l’autotraducteur, n’évacuent pas
pour autant les interrogations, les enjeux et les tensions, eu égard à l’état de
« surconscience » qu’ils présupposent ; il les exacerbe. Tant et si bien que l’on peut être
amené à conclure que la conscience linguistique, lorsqu’elle concerne deux ou plusieurs
langues-cultures, est à la fois une conscience proprement linguistique, d’ordre
métalinguistique, et – sans doute, davantage encore – une conscience socio-linguistique 50,
dans la mesure où elle inclut de surcroît des considérations épilinguistiques sur le
positionnement, la valeur des langues-cultures en coprésence, de leurs locuteurs et/ou
scripteurs.
BIBLIOGRAPHIE
ALEN-GARABATO, Carmen ; COLONNA, Romain (éds.). Auto-odi. La haine de soi en sociolinguistique. Paris :
L’Harmattan, 2016.
BASTARDAS, Albert. Ecologia de les llengües. Medi, contactes i dinàmica sociolingüística. Barcelone : Proa,
1996.
BATTEGAY, Alain. « La pluralité culturelle à l’œuvre ». Le Portique, 28 (2012). http://
journals.openedition.org/leportique/2576 [consulté le 14/04/2022].
BERMAN, Antoine. L’Épreuve de l'étranger. Paris : Gallimard, 1984.
BLANCHET, Philippe. Discriminations : combattre la glottophobie. Limoges : Lambert-Lucas [2016] 2019.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
30
BLANCHET, Philippe ; CLERC CONAN, Stéphanie. Je n'ai plus osé ouvrir la bouche... Témoignages de
glottophobie vécue et moyens de se défendre. Limoges : Lambert-Lucas, 2018.
BOURDIEU, Pierre. « L'économie des échanges linguistiques ». Langue française, 34 (1977), p. 17-34,
https://www.persee.fr/doc/lfr_0023-8368_1977_num_34_1_4815 [consulté le 14/04/2022].
BOURDIEU, Pierre. Ce que parler veut dire. Paris : Fayard, 1982.
BOURDIEU, Pierre. Langage et pouvoir symbolique. Paris : Seuil, 2001.
BOYER, Henri. « Ni concurrence, ni déviance : l’unilinguisme français dans ses œuvres ». Lengas, 48,
(2000), p. 89-101.
BUJALDÓN DE ESTEVES, Lila. « Jorge Luis Borges y la autotraducción: una incursión juvenil ». Letras:
revista de la Facultad de Filosofía y Letras de la Pontificia Universidad Católica Argentina Santa María de
los Buenos Aires, 74-75 (2017), p. 51-73.
BURKE, Peter. « Langage de la pureté et pureté du langage ». Terrain, 31 (1998). http://
journals.openedition.org/terrain/3142 [consulté le 14/04/2022].
CABRERA, Delfina. Las lenguas vivas. Zonas de exilio y traducción en Manuel Puig. Ciudad Autónoma de
Buenos Aires : Prometeo Libros, 2016.
CABRERA, Delfina. « Tisser le texte et cacher les fils : l’écriture plurilingue de Manuel Puig ».
Genesis, 46 (2018), p. 51-63.
CALVET, Louis-Jean. Linguistique et colonialisme. Petit traité de glottophagie. Paris : Payot, 1974.
CALVET, Louis-Jean. Pour une écologie des langues du monde. Paris : Plon, 1999.
CASANOVA, Pascale. La République mondiale des Lettres. Paris : Seuil, 1999.
CASANOVA, Pascale. « Consécration et accumulation de capital littéraire. La traduction comme
échange inégal ». Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 144/3 (2002), p. 7-20.
CLYNE, Michael « Introduction ». In CLYNE, Michael (ed.). Pluricentric Languages. Differing Norms in
Different Nations. Berlin/New York : De Gruyter, 1992.
COSTA, James. « Enjeux sociaux de la revitalisation linguistique. Introduction ». Langage et société,
145 (2013/3), p. 7-14. https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2013-3-page-7.htm
[consulté le 14/04/2022].
COSTA, James ; PETIT CAHILL, Kevin. « Revitalisation linguistique ». Langage et société 2021/HS1, p.
305-309. https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2021-HS1-page-305.htm [consulté le
14/04/2022].
CRYSTAL, David. Language Death. Cambridge: Cambridge University Press, 2000.
DE SWAAN, Abram. « The Emergent World Language System ». International Political Science Review.
14/3 (1993), p. 219-226.
ECO, Umberto. Dire presque la même chose. Paris : Grasset, [2000] 2006.
ETIEMBLE, René. Parlez-vous franglais? Paris : Gallimard, 1964.
EYMAR, Marcos. La langue plurielle : le bilinguisme franco-espagnol dans la littérature hispano-américaine
(1890-1950). Paris : L’Harmattan, 2011.
EYMAR, Marcos. « Autoheterotraducción: las versiones inglesas de Vista del amanecer en el trópico de
Guillermo Cabrera Infante ». In LAGARDE, Christian ; TANQUEIRO, Helena (eds.). L’Autotraduction aux
frontières de la langue et de la culture. Limoges : Lambert-Lucas, p. 203-212.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
31
EZQUERRO, Milagros. « Augusto Roa Bastos ». La Literatura latinoamericana, 11, 1984.
FERGUSON, Charles. « Diglossia ». Word, XV (1959).
FERRARO, Alessandra ; GRUTMAN, Rainier (éds.). L’autotraduction littéraire :
perspectives théoriques.
Paris : Classiques Garnier, 2016.
FISHMAN, Joshua. Reversing Language Shift. Clevedon : Multilingual Matters, 1991.
FORÊT, Joan-Claudi. « L’auteur occitan et son double ». Glottopol, 25 (2015), p. 136-150. http://
glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/numero_25/gpl25_09foret.pdf [consulté le 14/04/2022].
FRANCARD, Michel. L’insécurité linguistique dans les communautés francophones périphériques : actes du
colloque de Louvain-La-Neuve, 10-12 novembre 1993, vol. 1. Paris : Vrin, 1993.
GARDY & LAFONT 1981. « La diglossie comme conflit : l’exemple occitan ». Langage, 61 (1981), p.
75-91.
GAUVIN, Lise. « Écriture, surconscience et plurilinguisme : une poétique de l’errance ». In ALBERT,
Christine (éd.). Francophonie et identités culturelles. Paris : Karthala, 1999, p. 11-29. https://
cairn.info/francophonie-et-identites-culturelles--9782865379293.html [consulté le 14/04/2022].
GUESPIN, Louis ; MARCELLESI, Jean-Baptiste. « Pour la glottopolitique », Langages, 83 (1986), p. 5-34.
https://www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_1986_num_21_83_2493 [consulté le 14/04/2022].
GUEUNIER, Nicole & al. Les Français devant la norme. Paris : Champion, 1978.
HAGÈGE, Claude. Halte à la mort des langues. Paris : Odile Jacob, 2000.
HANNERZ, Ulf. Transnational connections. Culture, people, places. Londres/New York : Routledge, 1996.
HAUGEN, Einar. « The ecology of language ». The Linguistic Reporter, suppl. 25 (1971), p. 19-26.
JODELET, Denise (dir.). Les Représentations sociales. Paris : PUF, 1989.
LAGARDE, Christian. « De la pratique à la théorie : autotraduction et autotraductologie. À la
découverte d’un champ nouveau ? », à paraître dans Les Langues Néo-Latines, dossier Traduction,
402, 2022.
LAGARDE, Christian ; TANQUEIRO, Helena (eds.). L’Autotraduction aux frontières de la langue et de la
culture. Limoges : Lambert-Lucas, 2013.
LOMBEZ, Christine. « Réécriture et traduction ». In ENGÉLIBERT, Jean-Paul ; TRAN-GERVAT, Yen-Maï
(éds.). La littérature dépliée. Rennes : PUR, 2008, p. 71-80. https://books.openedition.org/pur/
35013?lang=fr [consulté le 14/04/2022].
LOUISOR, Dominique. « Jorge Luis Borges and Translation ». Babel, 41/4 (1995), p. 209-215.
LÜDI, Georges ; PY, Bernard. Être bilingue. Berne : Peter Lang, 2002.
MENCÉ-CASTER, Corinne. Pour une linguistique de l’intime. Paris : Classiques Garnier, 2021.
MENEZES DOS SANTOS, Andréia. « Manuel Puig: (auto)traductor ». In DASILVA, Xosé Manuel ;
TANQUEIRO, Helena (eds.). Aproximaciones a la autotraducción. Vigo : Editorial Academia del
Hispanismo, 2011, p. 141-152.
MONDADA, Lorenza ; NUSSBAUM, Lucy (éds.). Interactions cosmopolites. L’organisation de la participation
plurilingue. Limoges : Lambert-Lucas, 2012. http://www.lambert-lucas.com/wp-content/uploads/
2020/12/OA_interactions_cosmopolites.pdf [consulté le 14/04/2022].
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
32
MOSCOVICI, Serge. La Psychanalyse, son image et son public, étude sur la représentation sociale de la
psychanalyse. Paris : PUF, 1961.
NETTLE, Daniel ; ROMAINE, Susan. Vanishing Voices. The Extinction of the World’s Languages. Oxford :
Oxford University Press, 2000.
NINYOLES, Rafael Lluís. Idioma i prejudici. València : 3 i 4, 1971.
PSICHARI, Jean. « Un pays qui ne veut pas de sa langue ». Mercure de France, CCVIII (1928), p.
63-121.
RICŒUR, Paul. Soi-même comme un autre. Paris : Seuil, 1990.
SKUTNABB-KANGAS, Tove. Linguistic genocide in education or worldwide diversity and human rights?
Londres & New York : Routledge, 2000.
SKUTNABB-KANGAS, Tove ; PHILLIPSON, Robert. « Linguicide and Linguicism ». In PHILLIPSON, Robert ;
SKUTNABB-KANGAS, Tove (eds.). Papers in European language Policy. ROLIG papir, 53. Roskilde : Roskilde
Universitetscenter, Lingvistgruppen, p. 83-91.
TANQUEIRO, Helena. Autotradução: Autoridade, privilégio e modelo. PhD thesis, Universitat Autònoma
de Barcelona, 2002. http://hdl.handle.net/10803/5259 [consulté le 14/04/2022].
VENUTI, Lawrence. The Translator’s Invisibility: a History of Translation. London & New York :
Routledge, 1995.
VICTORRI, David. « À écrivain cosmpolite… public polyglotte ? ». In LAGARDE, Christian (éd.). Écrire en
situation bilingue, t. 1. Perpignan : Presses Universitaires de Perpignan, 2004, p. 471-483.
NOTES
1. FISHMAN, Joshua. Reversing Language Shift. Clevedon : Multilingual Matters, 1991.
2.
GUESPIN,
Louis ; MARCELLESI, Jean-Baptiste. « Pour la glottopolitique ». Langages, 83 (1986), p. 14.
https://www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_1986_num_21_83_2493 [consulté le 14/04/2022].
3. Allusion en forme de clin d’œil à l’ouvrage
MENCÉ-CASTER,
Corinne. Pour une linguistique de
l’intime. Paris : Classiques Garnier, 2021.
4. C’est la dénomination glossonymique intériorisée par ses locuteurs. D’où l’absence de
guillemets.
5. Je me reconnais dans la médiation de l’espagnol qu’analyse Corinne Mencé-Caster : pour elle
entre créole et français, pour moi entre occitan et français.
6. LÜDI, Georges ; PY, Bernard. Être bilingue. Berne : Peter Lang, 2002, p. 78.
7.
BOURDIEU,
Pierre. « L'économie des échanges linguistiques ». Langue française, 34 (1977),
p. 17-34,
https://www.persee.fr/doc/lfr_0023-8368_1977_num_34_1_4815
14/04/2022].
8.
MONDADA,
Lorenza ;
NUSSBAUM
[consulté
le
, Lucy (éds.). Interactions cosmopolites. L’organisation de la
participation plurilingue. Limoges : Lambert-Lucas, 2012, p. 10. http://www.lambert-lucas.com/wpcontent/uploads/2020/12/OA_interactions_cosmopolites.pdf [consulté le 14/04/2022].
9. Ibid., p. 9.
10.
HANNERZ,
Ulf. Transnational connections. Culture, people, places. Londres/New York : Routledge,
1996. Il semble tout à fait possible de remplacer « culture » par « langue/discours » dans le
commentaire suivant que fait BATTEGAY dans « La pluralité culturelle à l’œuvre ». Le Portique, 28
(2012). http://journals.openedition.org/leportique/2576 [consulté le 14/04/2022] : « l’inspiration
interactionniste que soutient “La complexité culturelle” [de Hannerz 1992] mérite d’être
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
33
soulignée, qui consiste à s’intéresser aux logiques sociales d’interprétations en réintroduisant les
gens dans l’action, et dans la culture en train de se faire, de se refaire, de se vivre, sans les
considérer comme des représentants des cultures auxquelles ils appartiendraient et qui se
définiraient par des stocks de traits distinctifs ».
11. La distinction entre ces deux termes s’opère essentiellement entre le quantitatif
(« minoritaire », en tant que communauté de moindre importance démographique,
géographiquement ou socialement identifiée) et le qualitatif (« minorisée » ou « minorée »,
subissant la domination).
12.
MOSCOVICI,
Serge. La Psychanalyse, son image et son public, étude sur la représentation sociale de la
psychanalyse. Paris : PUF, 1961; JODELET, Denise (dir.). Les Représentations sociales. Paris : PUF, 1989.
13.
PSICHARI,
Jean. « Un pays qui ne veut pas de sa langue ». Mercure de France, CCVIII (1928), p.
63-121 ; FERGUSON, Charles. « Diglossia ». Word, 15 (1959).
14.
BLANCHET,
2019 ;
Philippe. Discriminations : combattre la glottophobie. Limoges : Lambert-Lucas [2016]
BLANCHET,
Philippe ;
CLERC CONAN,
Stéphanie. Je n'ai plus osé ouvrir la bouche... Témoignages de
glottophobie vécue et moyens de se défendre. Limoges : Lambert-Lucas, 2018.
15. CALVET, Louis-Jean. Linguistique et colonialisme. Petit traité de glottophagie. Paris : Payot, 1974.
16.
CRYSTAL,
David. Language Death. Cambridge University Press, 2000 ;
HAGÈGE,
Claude. Halte à la
mort des langues. Paris : Odile Jacob, 2000.
17. BOURDIEU, Pierre. Ce que parler veut dire. Paris : Fayard, 1982 ; BOURDIEU, Pierre. Langage et pouvoir
symbolique. Paris : Seuil, 2001.
18. Je reprends ici le terme du Rapport de l’abbé Grégoire.
19.
SKUTNABB-KANGAS,
Robert ;
Tove ;
SKUTNABB-KANGAS,
PHILLIPSON,
Robert. « Linguicide and Linguicism ». In
PHILLIPSON,
Tove (eds.). Papers in European language Policy. ROLIG papir, 53.
Roskilde : Roskilde Universitetscenter, Lingvistgruppen, 1995, p. 83-91.
20.
GARDY,
Philippe &
LAFONT,
Robert. « La diglossie comme conflit : l’exemple occitan ». Langage,
61 (1981), p. 75-91.
21.
GUEUNIER,
Nicole & al. Les Français devant la norme. Paris : Champion, 1978 ;
FRANCARD,
Michel.
L’insécurité linguistique dans les communautés francophones périphériques : actes du colloque de LouvainLa-Neuve, 10-12 novembre 1993, vol. 1. Paris : Vrin, 1993.
22. NINYOLES, Rafael Lluís. Idioma i prejudici. València : 3 i 4, 1971 ; ALEN-GARABATO, Carmen ; COLONNA,
Romain (éds.). Auto-odi. La haine de soi en sociolinguistique. Paris : L’Harmattan, 2016.
23. FISHMAN, Joshua. Reversing Language Shift. Op. cit.
24.
COSTA,
James. « Enjeux sociaux de la revitalisation linguistique. Introduction ». Langage et
société, 145 (2013/3), p. 7-14. https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2013-3-page-7.htm
[consulté le 14/04/2022] ; COSTA, James ; PETIT CAHILL, Kevin. « Revitalisation linguistique ». Langage
et société 2021/HS1, p. 305-309.
https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2021-HS1-
page-305.htm [consulté le 14/04/2022].
25. COSTA, James. « Enjeux sociaux de la revitalisation linguistique… ». Art. cit.
26.
SKUTNABB-KANGAS,
Tove. Linguistic genocide in education or worldwide diversity and human rights?
Londres & New York : Routledge, 2000.
27. NETTLE, Daniel ; ROMAINE, Susan. Vanishing Voices. The Extinction of the World’s Languages.
Oxford : Oxford University Press, 2000.
28.
HAUGEN,
BASTARDAS,
Einar. « The ecology of language ». The Linguistic Reporter, suppl. 25 (1971), p. 19-26 ;
Albert. Ecologia de les llengües. Medi, contactes i dinàmica sociolingüística. Barcelone : Proa,
1996 ; CALVET, Louis-Jean. Pour une écologie des langues du monde. Paris : Plon, 1999.
29. BOYER, Henri. « Ni concurrence, ni déviance : l’unilinguisme français dans ses œuvres ». Lengas,
48 (2000), p. 89-101.
30. CLYNE, Michael « Introduction ». In
CLYNE,
Michael (ed.). Pluricentric Languages. Differing Norms
in Different Nations. Berlin/New York : De Gruyter, 1992.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
34
31.
BURKE,
Peter. « Langage de la pureté et pureté du langage ». Terrain, 31 (1998). http://
journals.openedition.org/terrain/3142 [consulté le 14/04/2022].
32. ETIEMBLE, René. Parlez-vous franglais? Paris : Gallimard, 1964.
33.
Philippe. Discriminations : combattre la glottophobie. Limoges : Lambert-Lucas [2016]
BLANCHET,
2019.
34.
GAUVIN,
ALBERT,
Lise. « Écriture, surconscience et plurilinguisme : une poétique de l’errance ». In
Christine (éd.). Francophonie et identités culturelles. Paris : Karthala, 1999, p. 11-29 (p. 11).
https://cairn.info/francophonie-et-identites-culturelles--9782865379293.html [consulté
le
14/04/2022].
35.
LOUISOR,
Dominique. « Jorge Luis Borges and Translation ». Babel, 41/4 (1995), p. 209-215 ;
BUJALDÓN DE ESTEVES,
Lila. « Jorge Luis Borges y la autotraducción: una incursión juvenil ». Letras:
revista de la Facultad de Filosofía y Letras de la Pontificia Universidad Católica Argentina Santa María de
los Buenos Aires, 74-75 (2017), p. 51-73.
36.
MENEZES DOS SANTOS,
TANQUEIRO,
Andréia. « Manuel Puig: (auto)traductor ». In
DASILVA,
Xosé Manuel ;
Helena (eds.). Aproximaciones a la autotraducción. Vigo : Editorial Academia del
Hispanismo, 2011, p. 141-152 ;
CABRERA,
Delfina. Las lenguas vivas. Zonas de exilio y traducción en
Manuel Puig. Ciudad Autónoma de Buenos Aires : Prometeo Libros, 2016 ; CABRERA, Delfina. « Tisser
le texte et cacher les fils : l’écriture plurilingue de Manuel Puig ». Genesis, 46 (2018), p. 51-63.
37.
Marcos. La langue plurielle : le bilinguisme franco-espagnol dans la littérature hispano-
EYMAR,
américaine (1890-1950). Paris : L’Harmattan, 2011 ;
EYMAR,
Marcos. « Autoheterotraducción: las
versiones inglesas de Vista del amanecer en el trópico de Guillermo Cabrera Infante ». In
Christian ;
TANQUEIRO,
LAGARDE,
Helena (eds.). L’Autotraduction aux frontières de la langue et de la culture.
Limoges : Lambert-Lucas, p. 203-212.
38.
VICTORRI,
David. « À écrivain cosmpolite… public polyglotte ? ». In
LAGARDE,
Christian (éd.).
Écrire en situation bilingue, t. 1. Perpignan : Presses Universitaires de Perpignan, 2004, p. 471-483.
39. EZQUERRO, Milagros. « Augusto Roa Bastos ». La Literatura latinoamericana, 11, 1984.
40.
CASANOVA,
Pascale. La République mondiale des Lettres. Paris : Seuil, 1999 ;
CASANOVA,
Pascale.
« Consécration et accumulation de capital littéraire. La traduction comme échange inégal ». Actes
de la Recherche en Sciences Sociales, 144/3 (2002), p. 7-20.
41.
BERMAN,
Antoine. L’Épreuve de l'étranger. Paris : Gallimard, 1984 ;
ECO,
Umberto. Dire presque la
même chose. Paris : Grasset, [2000] 2006.
42.
VENUTI,
Lawrence. The Translator’s Invisibility: a History of Translation. Londres & New York :
Routledge, 1995.
43.
TANQUEIRO,
Helena. Autotradução: Autoridade, privilégio e modelo. PhD thesis, Universitat
Autònoma de Barcelona, 2002. http://hdl.handle.net/10803/5259 [consulté le 14/04/2022].
44. LAGARDE, Christian ;
culture. Op. cit. ;
TANQUEIRO,
FERRARO,
Helena (éds.). L’Autotraduction aux frontières de la langue et de la
Alessandra ;
GRUTMAN,
Rainier (éds.). L’autotraduction littéraire :
perspectives théoriques. Paris : Classiques Garnier, 2016 ;
LAGARDE,
Christian. « De la pratique à la
théorie : autotraduction et autotraductologie. À la découverte d’un champ nouveau ? », à paraître
dans Les Langues Néo-Latines, dossier Traduction, 402, 2022.
45.
FORÊT,
Joan-Claudi. « L’auteur occitan et son double ». Glottopol, 25 (2015), p. 136-150. http://
glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/numero_25/gpl25_09foret.pdf [consulté le 14/04/2022].
46. RICŒUR, Paul. Soi-même comme un autre. Paris : Seuil, 1990.
47. LOMBEZ, Christine. « Réécriture et traduction ». In ENGÉLIBERT, Jean-Paul ; TRAN-GERVAT, Yen-Maï
(éds.). La littérature dépliée. Rennes : PUR, 2008, p. 71-80. https://books.openedition.org/pur/
35013?lang=fr [consulté le 14/04/2022].
48. « Cet Américain parle plus de 24 langues, son cerveau intrigue les scientifiques ». OuestFrance,
11/04/2022,
https///www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2022-04-11/cet-americain-
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
35
parle-plus-de-24-langues-son-cerveau-intrigue-les-scientifiques-48cc7762ed8d-4e06-951e-4b54fb261704 [consulté le 14/04/2022].
49. MENCÉ-CASTER, Corinne. Pour une linguistique de l’intime. Op. cit.
50. Comme dans ‘auto-traduction’ vs. ‘autotraduction’, ‘sociolinguistique’ vs. ‘socio-linguistique’
tend à poser épistémologiquement un domaine après un processus de rapprochement des deux,
qui sont d’abord accolés. Mon intention est ici de marquer la dichotomie ‘linguistique’ vs.
‘sociolinguistique’ à travers ce qui les distingue : ‘socio’ renvoie à la linguistique sociale,
considérée ‘externe’, la linguistique ‘tout-court’ l’étant comme ‘interne’.
RÉSUMÉS
En-deçà de la planification, la question de la conscience linguistique est centrale en
sociolinguistique, quel que soit le nombre de langues parlées ou écrites par un individu. On
envisagera comment s’éveille cette conscience linguistique chez le sujet, aux plans intra- et
interlinguistique. La perspective sera par la suite élargie selon une typologie sommaire en
fonction des langues en contact, des environnements et des idéologies linguistiques. Enfin,
passant du locuteur au scripteur, on analysera les formes de la « surconscience linguistique » qui
le caractérise en tant qu’écrivain, traducteur ou autotraducteur.
Beyond planning, the question of linguistic awareness is central in sociolinguistics, regardless of
the number of languages spoken or written by an individual. We will consider how this linguistic
awareness is awakened in the subject, at both intra- and interlinguistic levels. The perspective
will then be broadened according to a summary typology based on languages in contact,
environments and linguistic ideologies. Finally, moving from the speaker to the writer, we will
analyse the forms of the "linguistic overawareness" that characterises him as a writer, translator
or self-translator.
INDEX
Mots-clés : Conscience linguistique, sujet bilingue, sociolinguistique, sujet plurilingue,
idéologies linguistiques, surconscience linguistique
Keywords : Linguistic consciousness, bilingual subject, plurilingual subject, sociolinguistics,
linguistic ideologies, linguistic superconsciouness
AUTEUR
CHRISTIAN LAGARDE
CRESEM Université de Perpignan – Via Domitia
chrislag09[at]gmail.com
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
36
(Auto)biografies lingüístiques en el
debat públic de la transició
espanyola: quins models per afrontar
moments de canvi?
Narcís Iglésias
Introducció
1
L’Espanya democràtica estrenava el seu nou marc legal amb l’aprovació de la
Constitució a través d’un referèndum el desembre de 1978. La nova democràcia es volia
construir sobre unes bases polítiques i ideològiques diferents del franquisme, que des
del principi es va assentar sobre un monolingüisme programàtic i institucional. La
repulsa fundacional del franquisme cap a la diversitat lingüística, la il·lustra molt bé la
teoria lingüística encunyada en el Catecismo patriótico español de Fray Albino González
Menéndez-Reigada, publicat el mateix 1939 i declarat com a llibre escolar per ordre del
Ministeri d’Educació l’1 de març de 1939.
-¿Se hablan en España otras lenguas más que la lengua castellana?
-Puede decirse que en España se habla sólo la lengua castellana, pues, aparte de
ésta, tan sólo se habla el vascuence, que, como lengua única, sólo se emplea en
algunos caseríos vascos y quedó reducido a funciones de dialecto por su pobreza
lingüística y filológica.
-¿Y cuáles son los dialectos principales que se hablan en España?
-Los dialectos principales que se hablan en España son cuatro: el catalán, el
valenciano, el mallorquín y el gallego1.
2
A l’hora d’explicar la nova veritat, s’havia de propagar que en realitat, a Espanya només
es parlava una única llengua, tots els altres idiomes de fet ni existien, o bé eren dialectos
a ignorar. Poc que importava que la realitat fos, en alguns territoris, completament al
revés: el castellà no sols no era la llengua d’ús de la població, sinó que en els estrats
populars, amb prou feines s’entenia. La bona nova patriótica no va ser només una
doctrina que calia aprendre, sinó també el principi fonamental d'una política unitarista
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
37
contra la diversitat lingüística, sostingut i proclamat fins i tot pel mateix Franco
(almenys en una ocasió) en un dels seus discursos durant la guerra 2.
3
De fet, els mateixos franquistes sabien molt bé que una cosa era el dogma i l’altra, la
realitat. El cèlebre edicte del general Eliseo Álvarez Arenas, cap del Servicio de
Ocupación de Barcelona, que pretenia tranquil·litzar la població catalana respecte a l’ús
de la llengua reconeixia que una estratègia comunicativa monolingüista massa
agressiva topava amb la realitat: «en muchos pueblos, por la desgraciada política que
desde hace tiempo imperaba en Cataluña, hay quién nunca aprendió el castellano, o lo
habla con dificultad»3. La majoria de ciutadans de les classes populars i mitjanes eren
monolingües, que és de fet, el que reconeix amb la retòrica castrense imperant a
l’època, el mateix general. Ell volia tranquil·litzar la població catalana («Estad seguros,
catalanes, de que vuestro lenguaje en el uso privado y familiar no será perseguido») i en
aquesta seva estratègia de persuasió, feia una certa autocrítica del comportament
lingüístic dels franquistes que anaven conquerint territoris: a Catalunya, per exemple
«entran en plan de conquistadores de un territorio que no era de España y que hay que
españolizar y para lograrlo, a todo el que habla en el dialecto catalán, aún de buena fe, lo
encarcelan o lo que es peor, lo maltratan de obra». El diagnòstic no podia ser més
explícit: els conquistadores topen amb una realitat monolingüe, que maltracten per la via
de la força, com reconeix el mateix general.
4
El franquisme va aplicar de seguida una política que va obrir una dura etapa de
repressió contra la llengua i la cultura catalanes, especialment implacable durant els
primers anys. A partir de la dècada de 1960, però, sota el franquisme s’obren certes
escletxes, especialment importants en el món editorial, amb una etapa inaudita de
traduccions al català, tot i que el règim tindrà fins a l’últim moment una estricta
vigilància de totes aquelles iniciatives culturals que el podien qüestionar, ja fos en el
terreny editorial, musical o acadèmic4.
5
Les forces democràtiques de la transició espanyola van haver de buscar consensos per
trencar amb el franquisme i buscar uns mínims punts en comú per obrir una nova
etapa, tot i que les estratègies i els equilibris de forces poguessin ser molt diferents 5. La
qüestió de les llengües va ocupar un lloc preeminent a la Constitució de 1978: l’article 3
donava caràcter d’oficialitat a llengües d’Espanya, per bé que amb un tractament
asimètric entre el castellà i les altres llengües, i reconeixia que la diversitat lingüística
de l’Estat era un patrimoni que s’havia de protegir i respectar. Després d’hores i hores
de debats i esmenes parlamentàries de tota mena, l’article dedicat a les llengües que
finalment s’aprovaria va quedar formulat en aquests termes:
1. El castellano es la lengua española oficial del Estado. Todos los españoles tienen el
deber de conocerla y el derecho a usarla.
2. Las demás lenguas españolas serán también oficiales en las respectivas
Comunidades Autónomas de acuerdo con sus Estatutos.
3. La riqueza de las distintas modalidades lingüísticas de España es un patrimonio
cultural que será objeto de especial respeto y protección.
Estat de la qüestió i objectius de l’estudi
6
Entre el monolingüisme del franquisme i el reconeixement legal de la diversitat
lingüística consagrada per la Constitució de 1978, hi ha tot un terreny intermedi llarg i
complex que en bona part, encara està per explorar. La literatura acadèmica ha tendit a
presentar els grans canvis sociolingüístics que s’han produït a l’Espanya contemporània
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
38
a partir del marc legal i institucional. Diferents autors han situat la Constitució de 1978
com un moment crucial de l’inici del reconeixement de les diferents llengües a
l’Espanya democràtica i com el punt final al monolingüisme d’estat que va significar el
franquisme6. La narrativa acadèmica s’ha bastit sobre el punt de vista que ofereix la
concreció d’uns articles constitucionals sobre les llengües, que posteriorment es
desplegaran en diferents estatuts d’autonomia. Aquesta perspectiva situa en un primer
pla el camp polític, per tot el que implica que els principals agents polítics haguessin
arribat a un acord sobre el reconeixement constitucional que podien tenir les llengües.
Aquesta perspectiva macro, però, limita les possibilitats interpretatives d’un període
tan ric i complex com la Transició, ja que concentra tota la força del canvi en un
moment fundacional (el 1978, any d’aprovació de la Constitució), el redueix a un
esdeveniment polític de consens majoritari, indueix a veure l’obertura cap a la
diversitat com una planificació top-down i oculta tota la resta d’agents implicats en una
operació tan transcendent per al futur de les llengües.
7
La riquesa i la intensitat del debat sobre les llengües que va tenir lloc durant aquell
període contrasta amb els pocs estudis (socio)lingüístics dedicats a la Transició: les
llengües van ocupar un espai central en el debat públic, vehiculat per exemple a través
de la premsa de l’època de totes les tendències, des dels diaris més aferrats al
franquisme fins als diaris més implicats en les reformes democratitzadores. Les
llengües van ser objecte d’informacions i opinions constants de tota mena divulgades
en les més diverses publicacions periòdiques: s’havia de passar del monolingüisme
d’estat a l’obertura cap a la diversitat lingüística (almenys en el terreny del
reconeixement constitucional) i en aquest moment de canvis profunds a gran escala
(social, polític, ideològic...), les llengües van formar part de les principals
preocupacions de l’opinió pública de l’època, com he intentat sostenir en estudis
anteriors7. En aquest article, em proposo mostrar que el debat públic es va alimentar de
contribucions provinents del camp periodístic i polític, i ho faré centrant-me en les
(auto)biografies lingüístiques que des d’aquells camps es van promoure amb una
suggestiva intensitat, fins al punt que l’autobiografia lingüística esdevindrà tot un
gènere dins els llenguatges periodístic i polític8.
8
Aquestes darreres dècades són moltes les disciplines que se n’han ocupat, de manera
que la manera d’entendre aquest gènere pot canviar segons la metodologia o l’escola
que hi ha treballat. En aquest article, li donaré un sentit ampli, en la línia de la
conceptualització que en va proposar Pierre Bourdieu9. Aquest clàssic de la sociologia
contemporània va entendre la història de vida (histoire de vie, que també anomena
(auto)biographie o trajectoire ) com la construcció social de la persona biològica dins
diferents camps, en relació amb altres agents, i com el relat d’unes seqüències de vida
que són triades com a événement significatif per un narrador, ja sigui un sociòleg, ja sigui
un novel·lista. Aquest treball bourdieuà parteix d’una amplitud de mires molt
suggestiva, ja que veu la història de vida com una narració que es pot haver elaborat
des de finalitats acadèmiques en aquest cas, l’autor en seria un sociòleg o un etnòleg, o
des de propòsits estètics o artístics en aquest cas l’autor en seria un escriptor. Davant
aquesta proposta tan oberta, no és gens estrany que Bourdieu s’hagués basat en una
gran pluralitat de referències acadèmiques (sobretot de filòsofs i lingüistes),
completades amb citacions de diferents escriptors (Maupassant, Faulkner, RobbeGrillet...), i amb una absència quasi total d’estudis sociològics sobre la qüestió, tot i que
el seu treball va adreçat als acadèmics de les ciències socials en general. Bourdieu es va
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
39
plantejar aquest treball de manera poc previsible segons els cànons acadèmics i
segurament també per aquesta raó, va optar per titular-lo «l’illusion biographique».
9
El present article, doncs, vol entendre l’(auto)biografia lingüística en un sentit ampli, com
un tipus de gènere narratiu en què la llengua es converteix en un événement significatif
que emergeix en diferents camps / discursos (polítics, ciutadans, periodístics, artístics)
durant la transició espanyola: el narrador (un periodista, un ciutadà, un polític...) tria
experiències personals o d’algú proper per expressar una manera de veure la llengua o
una ideologia lingüística. El conjunt de narradors i narracions són d’allò més divers: des
dels anònims que passen a tenir veu pròpia a través dels mitjans, fins als polítics que
argumenten davant els seus adversaris en seus tan representatives com el Congrés de
Diputats, passant per diferents escriptors i creadors que les insereixen en les seves
obres artístiques. El conjunt de narracions expressa una pluralitat d’actors socials que
volen ser protagonistes de l’època convertint les seves experiències personals en un
actiu a tenir en compte en el debat públic sobre les llengües, a compartir amb el públic
una experiència dolorosa sota el vel de la crònica o de la ficció o fins i tot a orientar les
decisions que els representants polítics havien de prendre.
La veu dels altres ciutadans: biografies lingüístiques
en els reportatges periodístics de Francesc Candel
10
El que probablement va contribuir a popularitzar de manera significativa el gènere de
les (auto)biografies lingüístiques durant la Transició va ser el llibre Els altres catalans de
Candel. Publicat per primera vegada el 1964, va tenir una gran difusió fins als anys de la
Transició: el seu autor va publicar dues obres posteriors que en volien ser una
continuació, justament entre els inicis i el final allargassat de la Transició: el 1977 sortia
Algo más sobre los otros catalanes i el 1985 es publicava Els altres catalans vint anys després.
Aquestes dues obres de continuació es poden veure, doncs, com el resultat de la
presència continuada (del seu èxit constant) d’Els altres catalans en el mercat cultural
català i espanyol: al cap de cinc anys, d’aquest llibre, ja se n’havien fet 11 edicions, amb
tiratges mitjans entre 3.000 i 5.000 exemplars, més les diferents edicions que també es
van fer de la traducció castellana, apareguda per primera vegada el 1965 10.
11
L’obra de Candel mostra els diferents models de migrants que coeixistien a la Catalunya
del període franquista, focalitzant el relat en persones o famílies concretes (sovint
identificades amb nom i cognoms), o en col·lectius genèrics. Candel dona veu tants als
migrants que no parlen mai en català11, com als qui no sols l’aprenen, sinó que el parlen
i tot. En aquest darrer model de migrant, hi encaixa Peret, un home nascut a les Cases
Barates, fill de pares d’Almeria, que va explicar a Candel el seu procés d’aprenentatge
del català: «L’he après amb la Maria del Tom... la veïna de davant de casa seva. Un dels
pocs catalans que van anar a viure a les Cases Barates quan van ésser fundades». Peret
declarava parlar en català a l’oficina i en altres contextos, «parlo en català, soc català» 12.
12
Evidentment, hi ha casos intermedis, que no sols retraten els usos i les actituds dels
migrants, sinó també el context advers de l’època, que amagava el català a un nivell tan
extrem que les dificultats per saber el que aquesta podia oferir eren llastimoses. Candel
explica la biografia d’«un immigrant» (presentat així sense cap altre identificatiu), que
entenia el català i el volia aprendre a llegir. Amb la intenció de comprar un diari català
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
40
esportiu, es va comprar el Herald Tribune a la Rambla i es queixava que del català escrit,
no se n’entenia res13.
13
Biografies individuals a banda, l’obra de Candel també recull els comportaments
lingüístics dels migrants per zones de procedència (murcians, andalusos, aragonesos i
gallecs) i en generalitza el comportament lingüístic de cada col·lectiu. Els murcians són
presentats com «els qui es llencen més intrèpidament i amb menys prejudicis a
l’aventura de parlar en català». Pel que fa als «andalusos», explica la petició que uns
quants andalusos van fer a un català de Can Clos perquè els ensenyés a parlar en català.
En canvi, les actituds negatives queden representades per «els aragonesos», reticents a
parlar en català, i «els gallecs», «dels més rebecs» a parlar català, segons el que li
confessa un amic14.
14
Les biografies lingüístiques més complexes són les estan dedicades al que l’autor
anomena «Els altres immigrants», que identifica com els professionals liberals
establerts a Catalunya procedents de diferents territoris espanyols. En segons quin cas,
hi dedica tot un reportatge extens. Candel retrata Enrique, «un noi que treballa en una
editorial», originari de Badajoz i establert a Barcelona des de la dècada de 1950; un
home nascut a Tarragona, fill d’un ferroviari de Tierra de Campos destinat a Catalunya;
un catedràtic de la UB nascut a Pamplona que arriba a Barcelona el 1942; un empleat de
banca originari de Saragossa que arriba a Barcelona el 1941; un decorador originari de
Lugo que arriba el 1927; un traductor literari de Logronyo casat amb una catalana 15.
15
Naturalment, a banda de la qüestió de la llengua, la lectura d’Els altres catalans té molts
altres angles d’interès: les condicions de vida, els motius de la migració, l’accés al món
laboral, etc. Ara bé, molts lectors i seguidors de Candel van veure en la seva obra un
motiu per reflexionar sobre la seva pròpia biografia lingüística i verbalitzar els seus
usos i actituds cap a la llengua. Candel va rebre cartes de lectors d’Els altres catalans on li
explicaven la seva biografia lingüística. És el cas d’un catalanoparlant casat amb una
murciana que fa un retrat dels seus usos lingüístics familiars: ell parla en català a la
seva mare i a la seva àvia, però en castellà a la seva dona i als fills. Afirma no saber
llegir i escriure en català, cosa que sí que pot fer la seva germana 16. Altres lectors li van
comunicar la seva biografia de manera més informal: un metge li explica que pel que
veu a la consulta, a Ripoll els fills de la immigració parlen en català, tot i que calcula
que un 30% de la població del poble és d’origen immigrant 17. Aquests dos darrers
exemples, recollits en el seu llibre Algo más sobre los otros catalanes, publicat el 1977 per
una editorial de tanta difusió comercial com Planeta, són indicatius de fins a quin punt
Candel havia contribuït a popularitzar les biografies lingüístiques i a fer-les presents en
el debat públic, i no sols perquè ell mateix va narrar-ne unes quantes, sinó que el seu
plantejament periodístic, adreçat al gran públic, va estimular que els seus lectors
n’elaboressin la seva pròpia. Més endavant, veurem que en el camp polític, Candel
també recorre una altra vegada al mateix gènere, per bé que per parlar del seu cas
personal en qualitat d’actor polític i no pas de periodista d’Els altres catalans.
Autobiografies lingüístiques en els mitjans: lectors de
premsa es posicionen
16
En plena Transició, doncs, el públic tenia perfectament identificat el gènere i el que se
n’esperava, fins al punt que els mitjans de comunicació en van ser un dels altaveus. A
través de la secció de cartes al director, els diaris van obrir les seves pàgines als seus
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
41
lectors, que també van jugar amb els codis del gènere per narrar la seva autobiografia
lingüística i alhora, per posicionar-se en el debat públic sobre la llengua a partir de la
seva experiència personal.
17
D’entre tota la premsa espanyola, comptem amb un buidatge exhaustiu d’un diari tan
representatiu del període com El País: entre 1976 i 1982, aquest rotatiu va publicar
desenes de cartes al director de tema lingüístic, sobre temes tan diversos com el nom de
la llengua (castellà o espanyol), el purisme o també, la diversitat lingüística a Espanya 18.
Sobre aquest darrer tema, hi ha nombrosos lectors que es posicionen davant el debat
públic del moment, esgrimint arguments diversos, d’autoritat, històrics, polítics... Entre
aquests argumentaris, hi ha uns quants lectors que es posicionen sobre el tema de les
llengües adduint la seva autobiografia lingüística. En aquests casos el gènere s’inscriu
en la necessitat d’un posicionament individual dels lectors respecte a esdeveniments
determinats del context social i polític. Les autobiografies que publica El País surten a la
llum pública per qüestionar el consens general favorable a la catalanització que
s’insinuava que s’obriria amb els primers passos de l’autogovern català. Aquests lectors
se solen presentar com a víctimes de la pressió social a favor del català en àmbits com
el món laboral.
18
El lector Juan J. Aguado narra la seva autobiografía i la de la seva dona en el context del
debat sobre l’article 3 de l’avantprojecte d’Estatut de Catalunya:
Vine a Cataluña por motivos laborales y llevo trece años trabajando en ella. Mi
lengua es el castellano. Desde hace años comprendo el catalán, aunque no lo hablo.
Lo he estudiado y sigo haciéndolo. Mi mujer es también de habla castellana. Tengo
un hijo nacido aquí y no pensamos cambiar de residencia 19.
19
La seva autobiografía actua de marc perquè s’entengui el seu punt de vista sobre el
procés d’elaboració de l’Estatut i la seva visió sobre les llengües. Es posiciona a favor del
bilingüisme perquè «podría hacer mucho por acercar, a través del conocimiento mutuo
del idioma, a las dos comunidades lingüísticas que vivimos aquí», però considera que
l’Estatut que s’està preparant no va cap a aquesta direcció («desgraciadamente, las
intenciones no van por este camino»). Aquesta carta del lector Aguado mereix l’adhesió
total d’un altre lector, que es presenta «como trabajador inmigrante». Aquest lector
explica la seva biografia personal en tercera persona, amb la voluntat de representar
tot un col·lectiu
que sufrió en sí mismo y en su familia una serie de penalidades, sin cuento, que van
desde la anterior marginación racista a la actual integración dictatorial, del
charnego (xarnec), castellà, pa i ceba (pan y cebolla) de los tiempos de la dictadura, se
ha pasado a «els altres catalans» de la «democracia» a la catalana, donde todo
andaluz quiera o no quiera tiene que hablar una lengua extraña, olvidando la suya
que se extiende desde el norte de Africa a la Tierra del Fuego 20.
20
Més que una autobiografia és una narració amb voluntat de representar el col·lectiu
immigrant, d’interpretar-ne les seves actituds cap al nou marc lingüístic que dibuixa la
democràcia i d’atribuir a l’anunciada autonomia catalana una política lingüística
d’imposició del català i de marginació del castellà. Aquesta biografia tipus que narra el
lector del diari actua de marc argumentatiu per posicionar-se críticament respecte a
una política impositiva del català que denuncia i equipara a la del franquisme respecte
al castellà: «Del habla en cristiano se ha pasado al parla clar i català. El boicot que el
idioma español está sufriendo en Barcelona jamás podrá comprenderse fuera de
Cataluña, eso hay que verlo y vivirlo»21.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
42
21
El lector Rafael Ávila presenta la seva identitat personal en relació amb la seva formació
i el seu origen: «licenciado en Filosofía y Letras por Salamanca [que] resid[e] en
Cataluña desde hace seis años, siendo natural de Andalucía», per defensar el seu dret de
no parlar català a la feina, fet que suposa «un obstáculo casi insuperable para obtener
trabajo en Andorra o en Cataluña». (S’entén que es refereix tant al seu cas personal com
al de tota persona que no parli català a la feina en aquests territoris). Aquesta carta
mereix una resposta del lector J.R. Serra, que li aconsella que «después de seis años, lo
más correcto, lo más eficaz e incluso lo más inteligente, para un licenciado en Filosofía
y Letras es que, si vive en Cataluña, aprenda catalán». Els treballadors «franceses,
portugueses y andaluces» de la seva empresa «hablan catalán y así convivimos con un
problema menos los hombres y las tierras de España..., perdón, de Europa» 22.
22
D’entre les cartes publicades per El País, només hi ha el cas d’un lector que narra la seva
autobiografia per defensar l’ús del català. El lector Burgos Baruel narra la seva
participació en una manifestació de reivindicació de l’Estatut de Catalunya i subratlla el
fet que cridés consignes «en mi lengua, el Estatut (volem l’Estatut) y pensando, en
catalán, soñé con una España». L’ús personal del català en aquesta mena d’acte polític el
justifica identificant-se «como español» i «catalán, nacionalista, pero, como tal,
también soy español, porque ser español es ser: gallego, andaluz, aragonés, catalán,
etc.»23. La carta és sobretot una argumentació respecte a la seva manera d’entendre el
que significa ser espanyol i una manera de defensar el seu ús del català en una
manifestació de reivindicació catalanista. El seu posicionament identitari, el lliga a una
manera d’entendre l’estructuració política de l’estat i l’existència de diferents llengües
en aquest:
Ser español es sencillamente convivir todos juntos y estructurarnos libremente
como Estado. Ser español no quiere decir tener que hablar sólo castellano, ni
propugnar una celestial unidad carente de realidades más concretas y libres que
libremente la constituya. [...] Yo estaba también el día de Sant Jordi en la plaza de
Sant Jaume pidiendo, en mi lengua, el Estatut (volem l’Estatut) y pensando, en
catalán, soñé con una España24.
Argumentaris en el discurs parlamentari: les
(auto)biografies lingüístiques, entre el model i
l’antimodel
23
Més amunt s’ha apuntat que la literatura acadèmica ha presentat l’article 3 de la
Constitució (i totes les lleis que en deriven en els respectius estatuts d’autonomia amb
una llengua oficial pròpia) com la concreció més rellevant de la nova Espanya
democràtica, ben lluny (en principi) dels principis monolingüistes del franquisme, que
s’obria al reconeixement de l’oficialitat de les diferents llengües. Ara bé, abans d’arribar
a l’aprovació d’aquell article constitucional, tan citat i mitificat, al llarg de més d’un any
els diferents partits polítics van anar elaborant els seus argumentaris lingüístics en
diferents comissions i institucions previstes dins l’anomenat període constituent.
24
Els discursos polítics sobre les llengües d’Espanya en el període constituent és una
amalgama de discursos molt diversos des de molts punts de vista: la pluralitat de partits
que els emeten, l’encara més gran diversitat de polítics que els defensen (un mateix
partit podia delegar la seva representació en un polític o en un altre, segons el moment
i el context del debat) i l’àmbit de decisió de cada etapa que va configurar el període
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
43
constituent. En el lapse d’una mica més d’un any (la primera comissió es reunia a
l’agost de 1977 i el ple del Senat debatia l’article 3, i el ratificava, el 25 de setembre de
1978), el tema sobre les llengües es va debatre en sis òrgans o seus parlamentàries
diferents, que segons el calendari i protocols parlamentaris sorgits de les corts
constituents del juny de 1977: la comissió de l’avantprojecte de Constitució, les esmenes
a l’avantprojecte, la Comissió d’Assumptes Constitucionals i Llibertats, el debat del ple
del Congrés de Diputats, la Comissió del Senat i el ple del Senat.
25
El debat polític sobre les llengües, doncs, va passar per diferents etapes en què van
intervenir nombrosos representants en diferents òrgans de debat i decisió que s’havien
d’anar passant. L’aprovació de l’article 3, doncs, és el resultat d’un procés llarg,
complex, d’una gran pluralitat d’actors i de discursos i posicionaments sobre les
llengües d’allò més variat. Entre l’agost de 1977, quan la primera comissió es reuneix, i
el setembre de 1978, quan el ple del Senat ratificava la proposta d’article sobre les
llengües, en el lapse d’aquest període té lloc un debat amb més de 70 discursos polítics
de diferent tipologia parlamentària: esmenes, torns de grup parlamentari, torns de
rèplica, torns de «clarificación», torns per al·lusions personals... Per bé que tots aquests
discursos representen els diferents partits polítics que en cada moment podien
intervenir, el posicionament de cada partit també va quedar matisat pel representant
que en cada moment intervé, per la qual cosa l’argumentari de cada partit presenta
diferents tonalitats. Un mateix partit va poder arribar a tenir diferents representants
segons el moment i el lloc del debat. Per exemple, la UCD, el principal partit polític
espanyol del moment, va estar representada per José Luis Meilan Gil, José Manuel
Paredes Grosso o Carles Sentís. Pel que fa als principals partits catalans, els socialistes
van comptar amb Gregorio Peces-Barba en la comissió de l’avantprojecte i Josep Lorda
en el ple del Congrés; els comunistes sempre van delegar el tema en Jordi Solé Tura; i
finalment, Minoria Catalana va comptar amb Miquel Roca o Xavier Trias Fargas, segons
el moment (en la comissió de l’avantprojecte el primer, i en el ple del Congrés, el
segon).
26
Els arguments principals de cada grup parlamentari es van desplegar en el ple del
Congrés i en el ple del Senat, especialment a partir de les esmenes que cada grup hi va
defensar. Respecte al debat sobre les llengües, el que seria l’article 3 de la Constitució,
es van arribar a presentar 21 esmenes en el Congrés, mentre que en el Senat, ja només
van ser 4. Sobre el paràgraf 1 («El castellano es la lengua española oficial del Estado.
Todos los españoles tienen el deber de conocerla y el derecho a usarla»), a penes hi va
haver qüestionaments o propostes alternatives. En canvi, els apartats 2 i 3, relatius a
l’oficialitat de «las demás lenguas españolas» i a «la riqueza de las distintas
modalidades lingüísticas de España» respectivament, van ser els més controvertits i els
que van merèixer l’intent de reforçar la protecció legal de les «altres» llengües per part
de la majoria de grups, excepte alguna esmena d’AP i UCD, que van pretendre rebaixarne el contingut. Cap d’aquestes esmenes no va prosperar, però en canvi, van
desencadenar nombrosos discursos parlamentaris amb posicionaments ben diversos al
voltant de les llengües.
27
La gran majoria de discursos polítics de més gruix van tenir lloc al Congrés de Diputats
entre el maig i el juliol de 1978. Cada grup va adduir arguments de naturalesa molt
diversa: de caràcter històric, de caràcter jurídic, de principis polítics generals, etc. En
aquest article es presentarà un tipus d’argument basat en la pròpia autobiografia
lingüística de l’orador, o bé en la biografia lingüística d’alguna persona de l’entorn de
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
44
l’orador. Aquest tipus d’argument es pot inserir dins la tipologia extensa que ha
desenvolupat la teoria de l’argumentació, que ha establert un tipus d’argument basat
en «le modèle et l’antimodèle»25. Les actituds i experiències personals dels polítics
respecte a la llengua, o d’algú del seu entorn, alimenten els discursos parlamentaris de
bona part dels grups parlamentaris tal com passem a veure tot seguit.
28
Ramon Trias Fargas és l’orador que narra de manera més extensa la seva autobiografía
lingüística i ho fa, segons declara, per «apartar de toda pugnacidad y de toda dureza en
la controversia». Trias Fargas rememora la seva llarga etapa fora de Catalunya i alhora,
justifica el seu bilingüisme literari:
Mi infancia ha transcurrido en Salamanca; que he vivido muchísimos años en
América del Sur, donde la obra de Castilla ha sido apreciada y está presente en cada
momento; que suelo escribir en Cataluña en castellano lo mismo que en catalán,
cosa que no siempre es bien vista por los puristas, y, en definitiva, que soy un
hombre que comprende las cosas de los españoles no catalanes, no sólo con la
razón, sino también con el afecto y el corazón, y, lo que es más interesante, me
parece a mí, es que esto que estoy diciendo en este momento lo he dicho y lo he
escrito en Barcelona siempre que ha hecho falta26.
29
La seva biografía personal és l’argument introductori per defensar el bilingüisme,
l’oficialitat del català, «el idioma débil […] secularmente perseguido», «el derecho a
utilizar nuestra lengua materna», que s’hauria de concretar en la introducció del català
com a llengua vehicular de l’escola27. Aquests posicionaments generals sobre el
tractament que la llengua hauria de tenir en el text constitucional es tanquen amb una
nova posada en escena del jo parlamentari investit per la legitimitat de l’autobiografia
narrada al principi:
Con toda mi modestia… yo os digo que la cuestión del idioma es la llaga abierta en
el costado del pueblo catalán, que mientras no se cure envenenará sin remedio
nuestras relaciones. Mientras el idioma catalán sea postergado en la escuela y en la
vida civil y pública, nosotros nos sentiremos humillados y nos consideraremos
postergados y despreciados, y en tal estado de ánimo nada positivo se puede
producir entre nosotros28.
30
En aquest fragment es produeix el pas del jo parlamentari al nosaltres (els catalans), una
gradació que es va fusionant en la mesura que l’experiència personal li permet
(auto)investir-se d’autoritat davant els altres parlamentaris («yo os digo», els remarca
l’orador) per poder afirmar el sentiment de trauma lingüístic de tota una comunitat, de
tot un col·lectiu: «del idioma es la llaga abierta en el costado del pueblo catalán».
L’orador s’erigeix en la veu del dolor de llengua de tot un país, que és el personal i el del
col·lectiu («nosotros nos sentiremos humillados y nos consideraremos postergados y
despreciados»), mentre el català sigui una llengua bandejada dels àmbits públics i
institucionals.
31
L’autobiografía lingüística també li permet investir-se d’autoritat per justificar la seva
posada en escena, sobretot pel seu to, que no es pot copsar per les fredes paraules
transcrites, sinó pels mateixos èmfasis lèxics de l’orador, que repeteix el mot
«entusiasmo» fins a tres vegades al final del seu discurs 29. També parla en nom del
col·lectiu i d’ell mateix per argumentar la seva actitud, la personal i col·lectiva, respecte
a l’ús oral del castellà i del català. En aquest sentit, Trias Fargas torna a l’ús de la
primera persona del plural per defensar que l’ús d’una llengua o una altra sempre serà
fruit d’un acte lliure individual no condicionat pel context polític. Aquesta actitud que
defensa el polític català es converteix en l’argument principal per sostenir que totes les
llengües oficials tinguin els mateixos drets i deures que estableix l’apartat 1 pel castellà:
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
45
«Estamos dispuestos a hablar en castellano, pero no como Franco. Hablaremos
castellano como demócratas y lo mejor que sepamos. Pero lo que no estamos dispuestos
es a olvidar el catalán bajo ninguna circunstancia y en ningún momento». Trias acaba
defensant l’esmena 106, que pretenia afegir a l’articulat de l’avantprojecte que «todos
los residentes en dichos territorios tienen el deber de conocer y el derecho a usar
aquellas lenguas [oficiales en los territorios autónomos]» 30.
32
Les autobiografies lingüístiques de Candel i Xirinachs ocupen un lloc més marginal en
els seus respectius argumentaris polítics. En el cas de Candel, és més una presentació
del seu perfil lingüístic personal, de la seva llengua inicial i del context d’adquisició del
català: la seva trajectòria personal és mostrada com a «exemple» del tipus de votant
que representa.
Este Senador – Senador catalán, pero catalán de procedencia inmigrante, cuya
lengua familiar es la castellana y que debe su adentramiento en la cultura
lingüística catalana a un estricto esfuerzo personal, porque Cataluña carecía de
recursos para proporcionársela, desearía que ahora en adelante eso ya no ocurriera
más. Ese Senador sabe también que salió elegido más que nada por esa población
arribada a Cataluña desde todos los rincones del Estado español. Por ello, no hace
otra cosa al presentar esta enmienda que responder a los deseos de esa población
inmigrante tan catalana de sentimiento y de derecho como los propios autóctonos 31.
33
Candel proposa que els immigrants puguin aprendre la llengua, que passarà a ser la de
l’ambient que els envoltarà i aquesta situació crearà «una igualdad de oportunidades en
lo que se refiere al uso de la lengua»32. En canvi, Xirinachs, que lamenta que estigui
obligat a fer la seva intervenció en castellà en el Senat, explica la competència menor
en castellà dels catalanoparlants «que estamos acostumbrados a pensar, escribir y
hablar en otro idioma distinto». Xirinachs s’erigeix en l’altaveu dels ciutadans que es
troben en aquesta situació i de la denúncia d’aquesta situació: «padecemos una
discriminación importante», ja que «tenemos grandes dificultades de léxico y sintaxis;
estamos muy frenados por culpa de esto». La limitada competència en castellà que
s’atribueix a ell i als qui representa no obsta perquè es presenti com a antimodel del
castellanoparlant tipus. Al contrari, la seva casuística personal i la dels oradors catalans
són objecte d’un comentari humorístic i una autoparòdia que el seu auditori reconeix,
reaccionant-hi de manera positiva amb riallades:
Creo que todos habrán sido testigos de lo mal que hablamos aquí los catalanes. Yo
no me puedo comparar con el señor Villar Arregui (Risas).
Y me parece que en una sala tan perfecta como ésta, con unos taquígrafos tan
eficientes, con un sistema de refrigeración y calefacción tan perfecto, podría haber
también un sistema de traducción simultánea, como ocurre en muchas otras partes
de este Madrid, por ejemplo. En este sentido y como protesta, voy a leer esta
enmienda en catalán.
[traducció castellana]
Ojalá pronto todos los pueblos del Estado, cada uno en su lengua, como yo, pudieran
decir de todo corazón! Visca Espanya!33.
34
Trias Fargas, Candel i Xirinachs són els únics casos d’oradors que recorren a la seva
autobiografia personal per elaborar els seus argumentaris lingüístics. La majoria
d’oradors narren les biografies lingüístiques de persones del seu entorn proper. Els
representants de partits bascos es posen de testimoni (sempre subratllen que ho
coneixen de primera mà) de comportaments lingüístics que es presenten com un model
a seguir.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
46
35
Letamendia Belzuce (EE) explica el cas d’un guàrdia civil gran que havia après el basc en
una ikastola i com l’ensenyava al seu net:
Yo he sido testigo del orgullo de un anciano guardia civil cuando enseñaba a su
nieto euskera, de cómo le temblaba la voz de emoción cuando le enseñaba el
euskera que había aprendido en la ikastola. Y he de decir también que la cultura
vasca, como la cultura de los demás pueblos, no es la cultura de una raza, sino la
cultura de todas las razas que integran ese pueblo por su voluntad de pertenecer a
esa comunidad y formar esa comunidad. Porque las culturas se empobrecen si no
las mezclan; por el contrario, se enriquecen por el intercambio de los pueblos y de
las razas34.
36
Juan María Vidarte Ugarte (PNB) explica un cas semblant, el d’una filla de guàrdia civil
que està aprenent basc en una ikastola.
Conozco una hija de un miembro de la Guardia Civil —es el único caso que conozco,
supongo que habrá bastantes más— que acude diariamente a la “ikastola” de
Burlete. Este es, señores Senadores, el verdadero camino de la pacificación y de la
convivencia. Claro es que tengo que lamentar que esa ayuda prometida por el
Ministerio de Educación y Ciencia a las “ikastolas” no le haya llegado al pueblo
vasco y, en consecuencia, a esta hija de ese miembro de la Guardia Civil, que
también, evidentemente, es vasca. Nada más35.
37
Letamendia torna a recórrer a una biografia lingüística per presentar una altra situació:
no la d’un parlant que du a terme un procés d’aprenentatge del basc en unes condicions
totalment adverses, sinó la d’una persona que és humiliada pel fet de parlar en basc en
una situació comunicativa dura i dramàtica
En fin, nosotros, los vascos, y me imagino que también los catalanes y los gallegos,
respetamos profundamente el castellano y reconocemos su riqueza literaria, pero
no queremos que se puedan reproducir situaciones como las que yo he tenido que
vivir en base a mi condición de abogado de presos políticos (condición que tengo
desde hace nueve años), que o bien eran kafkianas o bien eran patéticas; situaciones
kafkianas que se han dado en procesos del Tribunal de Orden Público, en Consejos
de Guerra de presos políticos vascos, en los que cuando esos presos se dirigían al
Tribunal en euskera, después constaba en el acta que se habían dirigido al Tribunal
en una lengua extraña [...] Situaciones patéticas que me ha tocado vivir, como la de
la madre vasca que se expresaba muy mal en castellano o no se expresaba, y que
había intentado comunicarse con su hijo que estaba en la cárcel; no tenía más la
posibilidad de verle de muy tarde en tarde, y entonces su conversación era
interrumpida por el funcionario de prisiones porque se expresaba en euskera. Esta
mujer salía del locutorio llorando a lágrima viva por no haber podido comunicarse
con su hijo36.
38
Totes aquestes biografies lingüístiques s’insereixen en el context basc de la transició,
fortament marcat per la violència política, amb centenars de morts. 37 Un mateix polític,
Letamendia, mobilitza dos models que dialoguen amb els actors socials i polítics del
moment. Si pels sectors abertzales el guàrdia civil podia representar la figura de la
violència d’estat, des d’aquests mateixos sectors es narren dos models de
comportament lingüístic favorable al basc protagonitzats, justament, per membres de
la guàrdia civil i familiars directes seus. Alhora, la figura del funcionari de presons
queda reforçada, dins la biografia de la mare d’un pres, com un agent repressor de la
llengua basca en un context de màxima emotivitat i intimitat familiar: la trobada
ocasional d’una mare amb el seu fill pres en un locutori de presó vigilat per un
funcionari de l’estat, que exerceix la seva autoritat en contra dels drets de la mare en
nom d’una raó lingüística.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
47
39
Les altres biografies lingüístiques són narrades per polítics catalans, que en cap cas
expressen el dramatisme dels casos anteriors. Xirinachs, més que narrar, llegeix en veu
alta davant el Senat una carta que li ha fet arribar «un campesino» de Bellpuig d’Urgell,
Àngel Alsina, que qüestiona a través de la veu de Xirinachs l’apartat 1 de l’article 3.
Aquest pagès català s’erigeix en altaveu de «los pobrecitos de los territorios no
castellanos no tenemos el derecho ni tan solo asegurado en nuestros límites, però sí
tenemos preceptuadas obligaciones respecto a los que nada quieren saber de nuestra
llengua»38.
40
Per la seva banda, Carles Sentís (UCD) narra una biografia divertida i enginyosa que
busca l’efecte sorpresa de l’auditori: el relat té lloc a Nova York, on dos amics catalans
són identificats com a espanyols per un vianant justament pel fet de parlar en català: el
context americà excloïa la possibilitat que els dos amics fossin de qualsevol país
americà de llengua espanyola.
Por ejemplo, cuando yo estaba viviendo en Nueva York, un amigo mío, en la calle
42, hablaba con otro, y se les acercó un viandante que les dijo: “Ustedes, que son
españoles, ¿me podrían decir dónde está el restaurante Fornos? Y dijo este amigo
mío: “Pues dos bloques al Este, uno al Norte y allí está el restaurante Fornos”.
“Muchas gracias”, le contesto el viandante. Cuando se iba, le dijo mi amigo: “Por
cierto, ¿por qué ha sabido usted que éramos españoles, si en realidad no
hablábamos español, sino catalán?” Y el viandante les dijo: “Pues precisamente
porque hablaban el catalán he sabido que eran españoles. Porque si hubieran
hablado español, hubieran podido ser peruanos, venezolanos, cubanos o, sobre
todo, puertorriqueños” (Rumores). Es decir, que hay que hablar con la realidad y no
con las fantasías que se han publicado estos últimos días o que se han comentado
aquí mismo39.
El model, de quin discurs polític?
41
En el debat parlamentari del període constituent el tractament constitucional que les
llengües havien de tenir va ser debatut de manera intensa per part de nombrosos
representants polítics de molts partits. D’entre els més diversos arguments adduïts,
gairebé tots els representants polítics van recórrer a les (auto)biografies lingüístiques:
de fet, va ser un tipus d’argument al qual van acudir tots els polítics defensors de la
diversitat lingüística. En canvi, aquest tipus d’argument va ser gairebé absent entre els
representants més reticents, o directament contraris, a promoure un marc legislatiu
constitucional pro-diversitat. Entre aquests, només el representant d’AP, Licinio de la
Fuente, va inserir en el seu argumentari castellanista una biografia lingüística: la dels
migrants espanyols a l’estranger. Aquests només presentarien, segons de la Fuente, un
cas anàleg al dels castellanoparlants residents en territoris bilingües. El diputat d’AP ho
argumentava d’aquesta manera:
En mis contactos con la emigración española en el extranjero he podido constatar
cómo quien no dominaba el idioma oficial del país quedaba condenado a los últimos
puestos de la escala laboral y privado, como es lógico, de todo acceso a los puestos
administrativos y a las profesiones liberales. Es un fenómeno que, en menor escala,
por el hecho de haber cooficialidad, se va a repetir en España. No nos engañemos
con palabras bonitas ni con utopías, la realidad es así de dura.
[…]
¿Qué va a pasar con los funcionarios, con los profesionales, con los maestros, con
los profesores, con los estudiantes? Los territorios con lengua propia van a ser casi
coto cerrado para ellos, mientras a la inversa, el resto de España estará abierto a
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
48
todas las posibilidades de los oriundos de esos territorios. Yo ya conozco a algunos
que han tenido que cambiar de domicilio por esta razón40.
42
Les biografies dels migrants espanyols a l’estranger que de la Fuente diu conèixer de
primera mà li donen la base argumentativa per justificar la seva negativa a donar el
caràcter d’oficialitat a les llengües altres que el castellà; segons el seu partit, només el
castellà havia de ser considerat llengua oficial dins la Constitució, l’oficialitat de les
altres llengües s’havia de deixar per als futurs estatuts d’autonomia.
43
Així doncs, són sobretot els representants polítics catalans i bascos els qui veuen en les
(auto)biografies lingüístiques un tipus d’argument efectiu per als seus posicionaments
polítics respecte a l’oficialitat de les llengües. Ho fan tots els principals partits catalans i
bascos, però també partits d’àmbit estatal tan importants en aquells moments com la
UCD, el PSOE i el PCE, que en algun moment deixen el tema de la llengua en mans d’un
representant català del partit: Sentís, en el cas de la UCD; Lorda, en el cas del PSOE; i
Solé Tura en el cas del PCE. En certa manera, tots aquests representants es volen erigir
en la veu d’aquells qui han patit en el passat. Aquests polítics són la veu pública
d’aquells grups humans que s’expressa en un context en què es passa del silenci del
franquisme al dret a parlar que obre la Transició: durant aquest període es desencadena
un progressiu alliberament de la paraula, que poua en la memòria individual per regar
unes narratives de la identitat que cerquen la redempció del passat. De les
(auto)biografies lingüístiques, només en prescindeixen els sectors allunyats de la
dolorosa experiència de la «herida», o de la «llaga», per recuperar expressions que
alguns representants catalans i bascos van fer servir davant tot el Congrés: es tractava
d’argumentar la necessitat que la futura democràcia donés les eines per guarir el virus
violent i devastador del monolingüisme que havia contagiat, manu militari, el
franquisme per tots els racons de la societat i de la vida pública.
BIBLIOGRAPHIE
Fonts primàries
AGUADO, Juan J. «Los emigrantes y el catalán». El País, 21.2.1979.
ÁVILA, Rafael. «Castellanohablante en Cataluña». El País, 7.11.1979.
BURGOS BARUEL, Albert. «Cataluña y España». El País, 22.5.1977.
CANDEL, Francesc. Algo más sobre los otros catalanes. Barcelona: Planeta, 1977.
CANDEL, Francesc. Els altres catalans vint anys després. Barcelona, Edicions 62, 1985.
CANDEL, Francesc. Els altres catalans. Barcelona: Edicions 62, 2008 [1a ed. 1964].
Constitución Española. Trabajos parlamentarios, 4 vol. Madrid: Cortes Generales, 1989 [1a ed.: 1980].
RODRÍGUEZ, Jesús. «La represión catalanista». El País, 23.2.1979.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
49
SERRA, J.R. «Castellano-hablante en Cataluña y… Andorra». El País, 9.11.1979.
Estudis
BALLESTER, Josep. Temps de quarantena. Cultura i societat a la postguerra (1939-1959). València:
Universitat de València, 2006 [1a ed. 1992].
BENET, Josep M. L’intent franquista de genocidi cultural contra Catalunya. Barcelona: Publicacions de
l’Abadia de Montserrat, 1995 [1a ed. 1973].
BOURDIEU Pierre. «L’illusion biographique». Dins Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 62-63,
1986, p. 69-72.
BRUMME, Jenny. «Las regulaciones legales de la lengua (del español y las otras lenguas de España y
América)». Dins CANO, Rafael (ed.). Historia de la lengua española. Barcelona: Ariel, 2003, p. 945- 972.
CASTILLO LLUCH, Mònica; KABATEK, Johannes (ed.). Las lenguas de España: política lingüística, sociología
del lenguaje e ideología desde la Transición hasta la actualidad. Madrid/Fráncfort: Iberoamericana/
Vervuert, 2006.
CLOTET, Jaume; TORRA, Quim. Les millors obres de la literatura catalana (comentades pel censor).
Barcelona: Acontravent, 2010.
DEL VALLE, José (dir.). A Political History of Spanish: The Making of a Language. Cambridge, Cambridge
University Press, 2013.
FERRANDO, Antoni; NICOLÁS, Miquel. Història de la llengua catalana. Barcelona: UOC, 2011.
GALINDO SOLÉ, Mireia; ROSSELLÓ PERALTA, Carles de i BERNAT BALTRONS, Francesc. El castellà a la
Catalunya contemporània: història d’una bilingüització. Benicarló: Onada Edicions, 2021.
GALLEGO, Ferran. El Mito de la transición: la crisis del franquismo y los orígenes de la democracia
(1973-1977). Barcelona: Crítica, 2008.
GALLOFRÉ i VIRGILI, Maria Josepa. L’edició catalana i la censura franquista (1939-1951). Barcelona:
Publicacions de l’Abadia de Montserrat, 1991.
GONZÁLEZ OLLÉ, Fernando. «El establecimiento del castellano como lengua oficial». Boletín de la Real
Academia Española, 214 (1978), p. 229-280.
IGLÉSIAS, Narcís. «Ideologías lingüísticas en la prensa de la Transición: análisis de las cartas al
director publicadas en El País». Circula. Revue d’Idéologies Linguistiques, 10 (tardor 2019), p. 1-21.
IGLÉSIAS, Narcís. «Análisis crítico de las informaciones sobre las lenguas publicadas en la prensa
española de la Transición». Estudios sobre el Mensaje Periodístico, vol. 25/2 (2019), p. 901-914.
IGLÉSIAS, Narcís. «La narrativa historiogràfica d’Antoni M. Badia i Margarit: una lectura crítica a
propòsit de la codificació del català contemporani». Dins F ÀBREGAS, Imma; PUJOL, Mercè (ed.).
Antoni M. Badia i Margarit, un exemple de la projecció de la llengua catalana. Perpinyà: Presses
Universitaires de Perpignan, 2022 (en premsa).
LAGARDE, Christian (ed). Le discours sur les “langues d’Espagne” (1978-2008). El discurso sobre las “lenguas
españolas” (1978-2008). Perpinyà: Presses Universitaires de Perpignan, 2009.
LEBSANFT, Franz. Spanien und seine Sprachen in den Cartas al Director von El País (1976-1987).
Einführung und analytische Bibliographie. Tübingen : Gunter Narr Verlag, 1990.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
50
MENÉNDEZ-REIGADA, [Fray Albino González]. Catecismo patriótico español. Barcelona: Península, 2003
[1a ed. 1939].
MOLINERO, Carme; YSÀS, Pere. Catalunya durant el franquisme. Barcelona: Empúries, 1999.
MORENO FERNÁNDEZ, Francisco. Historia social de las lenguas de España. Barcelona: Ariel, 2005.
PERELMAN, Chaïm; OLBRECHTS-TYTECA, Lucie. Traité de l’argumentation. La nouvelle rhétorique.
Brussel·les: Éditions de l’Université de Bruxelles, 2008 [1a ed. 1958].
ROVIRA MARTÍNEZ, Marta. La Transició franquista. Un exercici d’apropiació de la història. Barcelona:
Pòrtic, 2014.
SÁNCHEZ-CUENCA, Ignacio. Atado y mal atado. El suicidio institucional del franquismo y el surgimiento de
la democràcia. Madrid: Alianza Editorial, 2014.
SÁNCHEZ ERAUSKIN, Javier. El nudo escurridizo. Euskal Herria bajo el primer franquismo. Tafalla:
Txalaparta, 1994.
THOMÀS, Joan. «Franquistes catalans i llengua catalana». Llengua & Literatura, 9 (1998), p. 153-171.
VALLVERDÚ, Francesc. «La traducció i la censura franquista. La meva experiència a Edicions 62».
Quaderns. Revista de Traducció, 20 (2013), p. 9-16.
YSÀS, Pere. «Ni modèlica ni immodèlica. La transició des de la historiografia». Franquisme &
Transició, 1 (2013), p. 273-308.
NOTES
1.
MENÉNDEZ-REIGADA,
[Fray Albino González]. Catecismo patriótico español. Barcelona: Península,
2003, p. 11-12
2. L’estudi sobre la bilingüització de la Catalunya contemporània dut a terme per
GALINDO, Mireia
et alii. El castellà a la Catalunya contemporània: història d’una bilingüització. Benicarló: Onada Edicions,
2021, és molt eloqüent i explica molt bé les diferents etapes del procés, així com la mateixa
progressió de la bilingüització (des del primer aprenentatge del castellà, fins a l’extensió del
bilingüisme incipient.). Pel que fa a Franco, sembla que l’única vegada que va expressar la seva
ideologia lingüística en un discurs públic va ser durant la guerra, on va sostenir: «El carácter de
cada región será respetado, pero sin perjuicio para la unidad nacional, que la queremos absoluta,
con una sola lengua, el castellano, con una sola personalidad, la española». Declaracions de
Franco del gener de 1938 publicades en un diari brasiler i publicat el 1939 en el recull Palabras del
Caudillo; citat per
BENET,
Josep. L’intent franquista de genocidi cultural contra Catalunya. Barcelona:
Publicacions de l’Abadia de Montserrat,1995, p. 98; i altres autors, com
BALLESTER,
Josep. Temps de
quarantena. València: Universitat de València, 2006, p. 25.
3. Edicte citat per nombrosos especialistes, com
THOMÀS, Joan.
catalana». Llengua & Literatura, 9 (1998), p. 163-164 o
«Franquistes catalans i llengua
MOLINERO, Carme
et alii. Catalunya durant el
franquisme. Barcelona: Empúries, 1999, p. 144.
4. Sobre les traduccions al català a la dècada de 1960, vegeu
VALLVERDÚ,
Francesc. «La traducció i
la censura franquista. La meva experiència a Edicions 62». Quaderns. Revista de Traducció, 20
(2013), p. 9-16. En el magne estudi de
BENET,
Josep. Op. cit., aquest historiador va parlar de
«genocidi cultural». La repressió cultural duta a terme pel franquisme ha estat molt ben
estudiada per part de diferents autors: per al cas de les Illes, vegeu els estudis de MASSOT I
MUNTANER, Josep
M.; per al País Valencià,
SÁNCHEZ ERAUSKIN,
BALLESTER, Josep.
Op. cit.; per al cas del País Basc, vegeu
Javier. El nudo escurridizo. Euskal Herria bajo el primer franquismo. Tafalla:
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
51
Txalaparta, 1994. També hi ha importants estudis sectorials, com el G ALLOFRÉ, M. Josepa. L’edició
catalana i la censura franquista (1939-1951) (Barcelona: Publicacions de l’Abadia de Montserrat, 1991)
sobre la censura en el món editorial. Tot i que a partir de la llei Fraga hi ha més facilitats per
publicar en català i el nombre de publicacions augmentarà de manera molt significativa, el
control sobre el món editorial a través de la censura no sols no es manté, sinó que s’intensifica:
s’ha calculat que a finals dels 60, la censura afecta un 37,1% de les publicacions, amb un pic de
fins al 61,5% el 1969, quan se suposa que el franquisme presenta símptomes de debilitat i es torna
més flexible. Entre 1974 i 1977, encara afectava un 22,6% de les obres, segons estudi de
HOUT
citat per
CLOTET,
Jaume;
TORRA,
VAN DEN
Quim. Les millors obres de la literatura catalana (comentades pel
censor). Barcelona: Acontravent, 2010, p. 12-13. En el terreny de la música, només caldrà recordar
tota la censura i les prohibicions que s’apliquen sobre diferents artistes de La Nova Cançó a la
dècada de 1970, també després de la mort de Franco. En el terreny acadèmic, es podria adduir el
seguiment que les autoritats franquistes van dispensar a la projecció internacional d’Antoni M.
Badia i Margarit, tant des de la seva primera conferència sobre llengua i cultura catalanes (Berna,
1953), com des de la seva participació en el que seria el primer congrés de catalanística celebrat a
l’estranger, que va tenir lloc al final del franquisme (Estrasburg, 1973); sobre aquest cas, vegeu
IGLÉSIAS, Narcís a FÀBREGAS, Imma; PUJOL, Mercè (ed.). Antoni M. Badia i Margarit, un exemple de la
projecció de la llengua catalana (Perpinyà: Presses Universitaires de Perpignan, 2022, en premsa).
5. Vegeu
SÁNCHEZ CUENCA, Ignacio.
Atado y mal atado. Madrid: Alianza Editorial, 2014, i
ROVIRA
MARTÍNEZ, Marta. La Transició franquista Barcelona: Pòrtic, 2014.
6. Vegeu GONZÁLEZ OLLÉ, Fernando. «El establecimiento del castellano como lengua oficial». Boletín
de la Real Academia Española, 214 (1978), p. 229-280; B RUMME, Jenny. «Las regulaciones legales de la
lengua (del español y las otras lenguas de España y América)». Dins C ANO, Rafael (ed.). Historia de
la lengua española. Barcelona: Ariel, 2003, p. 945- 972; i F ERRANDO, Antoni i NICOLÁS, Miquel. Op. cit. Si
bé la transició ha merescut nombrosos estudis des de la perspectiva de la història social o política
com a gran moment de reforma o de ruptura (Y SÀS, Pere. «Ni modèlica ni immodèlica. La transició
des de la historiografia». Franquisme & Transició, 1 (2013), p. 273-308; i S ÁNCHEZ C UENCA, Ignacio,
ibid.,), amb prou feines s’han dedicat estudis a aquest període per part de les històries de la
llengua de referència en l’àmbit català i espanyol: o bé no se n’han ocupat, o bé ho han fet de
passada, sense presentar cap balanç global del període (M ORENO F ERNÁNDEZ, Francisco. Historia
social de las lenguas de España. Barcelona: Ariel, 2005; del V ALLE, José. A Political History of Spanish:
The Making of a Language. Cambridge, Cambridge University Press, 2013; i F ERRANDO, Antoni i
NICOLÁS, Miquel. Història de la llengua catalana. Barcelona: UOC, 2011). Tot i ser un període de gran
transcendència per a l’esdevenir de les llengües, els estudis o monografies que des d’aquesta
perspectiva, s’hi han dedicat són escassos (CASTILLO LLUCH, Mònica i KABATEK, Johannes. Las lenguas
de España: política lingüística, sociología del lenguaje e ideología desde la Transición hasta la actualidad.
Madrid/Fráncfort: Iberoamericana/Vervuert, 2006; LAGARDE, Christian (ed). Le discours sur les
«langues d’Espagne» (1978-2008). El discurso sobre las «lenguas españolas» (1978-2008). Perpinyà: Presses
Universitaires de Perpignan, 2009).
7. Vegeu IGLÉSIAS, Narcís. «Ideologías lingüísticas en la prensa de la Transición: análisis de las
cartas al director publicadas en El País». Circula. Revue d’Idéologies Linguistiques, 10 (tardor 2019), p.
1-21; i «Análisis crítico de las informaciones sobre las lenguas publicadas en la prensa española de
la Transición». Estudios sobre el Mensaje Periodístico, vol. 25/2 (2019), p. 901-914.
8. Les autobiografies lingüístiques també seran presents en el camp artístic, a través d’obres
literàries o musicals, però per qüestions d’espai no me n’ocuparé en aquest estudi i deixo aquesta
recerca per a futurs estudis.
9. Vegeu
BOURDIEU,
Pierre. «L’illusion biographique». Dins Actes de la recherche en sciences sociales,
vol. 62-63, 1986, p. 69-72.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
52
10. El primer embrió del llibre neix amb la publicació de l’article de Candel “Los otros catalanes”,
publicat a la revista La Jirafa el 1958. No ha estat fins al 2008 que se n’ha publicat la primera edició
no censurada, amb pròleg de Najat el Hachmi: Els altres catalans. Barcelona: Edicions 62, 2008.
11. Com la família Bonillas, procedent de las Cuevas. Van tenir vuit fills, tots nascuts a Catalunya,
excepte els dos grans. Els pares, i sis dels seus vuit fills, no parlaven català, vivien a les Cases
Barates (CANDEL, Francesc. Els altres catalans. Op. cit., p. 94-95). Aquestes informacions, les dona el
mateix autor en el llibre Algo más sobre los otros catalanes. Dos dels fills parlen en català segons les
persones i les circumstàncies. El petit va ser un gran sardanista i li agradava el teatre català.
12. CANDEL, Francesc. Els altres catalans. Op. cit., p. 92-93.
13. Ibid., p. 130.
14. Ibid., p. 101, 105 i 131. L’autor arriba a sostenir una generalització respecte al conjunt de «els
immigrats»: «a l’immigrant el català no li és necessari», p. 129.
15. Vegeu CANDEL, Francesc. Els altres catalans. Op. cit. p. 357-374.
16. Carta de 1964, reproduïda per CANDEL, Francesc. Algo más sobre los otros catalanes. Barcelona:
Planeta, 1977, p. 92-93.
17. Candel explica la seva presentació Els altres catalans del llibre a Ripoll, davant una sala plena,
segons el que ell mateix explica (Ibid., p. 86).
18. Vegeu-ne el buidatge bibliogràfic de L EBSANFT, Franz. Spanien und seine Sprachen in den Cartas
al Director von El País (1976-1987). Tübingen: Gunter Narr Verlag, 1990.
19. AGUADO, Juan J. «Los emigrantes y el catalán». El País, 21.2.1979.
20. RODRÍGUEZ, Jesús. «La represión catalanista». El País, 23.2.1979.
21. Ibid.
22. ÁVILA, Rafael. «Castellanohablante en Cataluña». El País, 7.11.1979; resposta de S ERRA, J.R.
«Castellano-hablante en Cataluña y… Andorra». El País, 9.11.1979
23. BURGOS BARUEL, Albert. «Cataluña y España». El País, 22.5.1977.
24. Ibid.
25. PERELMAN, Chaïm; OLBRECHTS-TYTECA, Lucie. Traité de l’argumentation. La nouvelle rhétorique.
Brussel·les: Éditions de l’Université de Bruxelles, 2008, p. 488-495.
26. Constitución Española. Trabajos parlamentarios. Madrid: Cortes Generales, 1989, vol. I, p. 866-867.
27. «No vamos a obligar a ningún niño de ambiente familiar idiomático castellano a estudiar en
catalán… La lengua materna debe respetarse, como es lógico, para los unos y para los
otros» (Ibid., p. 866-867). Ramon Trias Fargas (Barcelona, 1923 – El Masnou, 1989) estudià dret a
Colòmbia, on s’havia exiliat la seva família el 1939, i va obtenir el Master of Arts in Economics per la
Universitat de Chicago el 1950, any del seu retorn a Barcelona. Va ser catedràtic d’Economia
Política i Hisenda Pública a la Universitat de València (1962) i d’Hisenda Pública a la de Barcelona
(1969). El 1975 va fundar el partit liberal Esquerra Democràtica de Catalunya, que el 1978 es va
integrar a Convergència Democràtica de Catalunya. Va ser diputat del parlament espanyol (1977,
1979 i 1982), també va ser senador per Barcelona (1986) i regidor a l’Ajuntament de Barcelona
(1983). Entre 1980 i 1982 va ser Conseller d’Economia i Finances de la Generalitat de Catalunya,
càrrec que tornaria a ocupar el 1988.
28. Ibid., p. 866-867; la negreta és meva.
29. «Esta enmienda yo admito que tal vez la he redactado llevado por el entusiasmo, que es ese
entusiasmo de una persona que ha vivido fuera de Cataluña muchos años, que quiere a Cataluña,
pero que también quiere al resto de España y, por lo tanto, siente con entusiasmo las cosas de
España y Cataluña, pues las cosas de Cataluña son cosas de España, quiérase o no» ( Ibid., p.
866-867; el subratllat és meu).
30. Ibid., p. 866-868.
31. Ibid., p.1669/3253
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
53
32. Ibid., p. 1669/3253. Francesc Candel i Tortajada (Casas Altas, 1925-Barcelona, 2007) emigrà a
Barcelona amb la seva família quan tenia dos anys. El 1939 hagué de deixar l’escola i començà a
treballar en oficis diversos. Autodidacte, començà a publicar els anys cinquanta, en què també
s’inicià com a periodista. El seu compromís social l’involucrà en la política. Del juny del 1977 al
desembre del 1978 fou senador per l’Entesa dels Catalans i del 1979 al 1983 regidor a l’Ajuntament
de l’Hospitalet de Llobregat com a independent per aquest partit. És autor de més de cinquanta
llibres, que van des de la crònica social a les memòries i autobiografies, passant per les novel·les.
33. Ibid., p. 2865-2866/4493-4494. Lluís Maria Xirinacs i Damians (Barcelona, 1932-Ogassa, 2007)
va ser sacerdot i polític. El seu compromís polític antifranquista el portà a la presó (1972 i
1974-75). Dugué a terme diverses accions pacífiques de protesta en demanda d’amnistia i pel
restabliment de les llibertats: plantades davant la Presó Model de Barcelona exigint
l’alliberament dels presos polítics, tres vagues de fam (1970-71, 1972 i 1973-74) i l’organització,
amb altres, de la Marxa de la Llibertat (1976). Fou candidat al premi Nobel de la pau entre el 1975
i el 1977. Va ser senador independent per Barcelona (1977-78). Pròxim a l’independentisme
revolucionari, el 1980 encapçalà la candidatura al Parlament de Catalunya pel Bloc d’Esquerra
d’Alliberament Nacional, que no va obtenir representació parlamentària. Va ser autor de diversos
llibres sobre política i religió, i va assajar formes alternatives d’organització econòmica al
capitalisme properes al cooperativisme.
34. Ibid., p. 894. Francisco Letamendia Belzunce va néixer a Sant Sebastià el 1944, fill d’una família
acomodada i de tradició monàrquica. Va estudiar Dret i va ser professor de Ciència Política a la
UPV. Membre d’ETA, EE i HB. Autor de nombrosos llibres sobre història del nacionalisme i sobre
política. De la seva etapa de diputat en el període constituent, en va publicar dos libres: Denuncia
en el parlamento. Edit. Txertoa, 1978; El no vasco a la reforma. Edit. Txertoa, 1979. Durant el període
constituent, en qualitat de representant d’EE, va formar part de Grup Parlamentari Mixt.
35. Ibid., p. 1669/3253. Vidarte de Ugarte presenta aquesta biografia no «com una anécdota, sino
un hecho absolutamente histórico». Juan María Vidarte de Ugarte (Bilbao, 1929 - Bilbao, 2017)
fou advocat i polític. Va ser escollit senador el 1977 en qualitat d’independent per la plataforma
electoral formada pel PNB, PSE i ESE. Mai va militar en cap partit, tot i ser proper al món del PNB.
Fou escollit degà del Col·legi d'Advocats de Biscaia (1979-1987), membre del Consell General de
l’Advocacia Espanyola (1979-2002) i president de l'Associació Pro-Drets Humans de Biscaia el
1982.
36. Ibid., p. 894.
37. Entre 1975 i 1982,
SÁNCHEZ CUENCA,
Ignacio. Atado y mal atado. Op. cit. p. 337, ha comptat fins a
677 víctimes mortals, «de las cuales 174 perdieron la vida a causa de la actividad represiva del
Estado y el resto a causa de violencia política, fundamentalmente terrorista... las ramas diversas
de ETA son responsables del 70 % de todas las muertes [de violencia política]».
38. La carta que llegeix el senador català és aquesta: «El texto equivale a decir que a los catalanes,
en nuestras relaciones públicas y privades, incluso dentro de nuestra Catalunya, cualquiera
tendrá el derecho absoluto de hablarnos exclusivamente en castellano y cada uno de nosotros
tendrá la inexcusable obligación de entenderlo. Dentro de nuestra propia comunidad la cosa
queda así consagrada porque la Constitución dice: “Todos los españoles”. Según este artículo, los
que hablan castellano no tienen ninguna obligación de conocer el idioma del territorio Autónomo
donde residen pero sí el derecho a hablar a todos en castellano. En cambio, los pobrecitos de los
territorios no castellanos no tenemos el derecho ni tan solo asegurado en nuestros límites, pero
sí tenemos preceptuadas obligaciones respecto a los que nada quieren saber de nuestra lengua. Es
necesario que el Senado impida la aprobación de este articulo tal como ha quedado redactado por
el Congreso, pues si luego el futuro Estatuto de Cataluña quiere salvar esta incongruencia e
intenta eludir este precepto de la Constitución, el Estatuto no podrá ser aprobado, por
inconstitucional». I acaba: «Comprensión, señores. Los gallegos, los vascos y los castellanos (sic)
no somos separatistas. Sólo pedimos a los otros parlamentarios que nos comprendan y no hagan
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
54
el juego a los separadores. Este campesino, diciendo esto, ha ejercido su soberana preocupación
por todos los pueblos del Estado y por unos momentos se ha sentido Senador. Hagámosle caso. La
alternativa propuesta es muy simple» Ibid., p. 1561 / 3145.
39. Ibid., p. 1956. Carles Sentís i Anfruns (Barcelona 1911-Barcelona 2011) va ser periodista i
polític. Va treballar en diaris com La Publicitat, ABC, La Vanguardia o El Correo Catalán, amb llargues
etapes com a corresponsal a París i a Nova York. Va ser director d’EFE el 1963, del diari Tele/
Exprés el 1966 i de Ràdio Barcelona el 1972. En el terreny polític, va exercir diferents càrrecs en
institucions molt diferents: va ser ser secretari de Martí Esteve durant el període republicà, va
treballar per als serveis d’informació de Francesc Cambó, a favor del bàndol franquista, va ser
secretari de Rafael Sánchez Mazas en l’etapa ministerial i director general de premsa durant el
franquisme. Va ser conseller de la Generalitat de Catalunya provisional (1977-1980). Va ser
escollit diputat per Barcelona per la UCD en dues ocasions (1977 i 1978), del qual partit va ser
secretari general a Catalunya. El 1982 va ser nomenat conseller del Regne.
40. Ibid., p. 883-884. Licinio de la Fuente y de la Fuente (Noez, Toledo, 1923-Madrid, 2015) va ser
advocat de l’estat, amb diferents càrrecs en l’administració franquista, fins a arribar a ministre
de Treball (1970-1975); també va sonar com a president del govern espanyol. Diputat per AP,
durant el període constituent, va presentar nombroses esmenes i va defensar amb especial
bel·ligerància aquelles que van fer referència al terme de les nacionalitats i a l’oficialitat de les
llengües.
RÉSUMÉS
Les (auto)biographies langagières sont devenues un genre en voie d'éclosion lors de la transition
espagnole, en grande partie grâce à la diffusion de différentes œuvres de Francesc Candel. Durant
ces années-là, des citoyens anonymes et des représentants politiques de la quasi-totalité de
l'échiquier parlementaire ont raconté leur propre autobiographie linguistique ou la biographie
d'un proche pour se positionner dans le débat public et si possible, conditionner le débat
politique de la période constituante (1978). Il était généralement accepté que le monolinguisme
qui avait caractérisé le franquisme ne pouvait pas faire partie de l’Espagne démocratique. La
transition espagnole a été une période de débats longs et variés sur les langues, produits
principalement dans le domaine du journalisme et de la politique.
Language (auto)biographies became a burgeoning genre during the Spanish transition, largely
thanks to the dissemination of various works by Francesc Candel. During those years, anonymous
citizens and political representatives from almost all the parliamentary spectrum recounted
their own language autobiography or the biography of a close person in order to position
themselves in the public debate and, if possible, to condition the political debate of the
constituent period (1978). It was generally accepted that the monolingualism that had
characterised Francoism could not be part of democratic Spain. The Spanish transition was a
period of long and varied debates about languages, generated mainly in the field of journalism
and politics.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
55
INDEX
Mots-clés : autobiographie langagière, idéologies linguistiques, biographie langagière,
transition espagnole, langage journalistique, langage politique
Keywords : language (auto)biographies, language ideologies, Spanish transition, journalism
language, political discourse
AUTEUR
NARCÍS IGLÉSIAS
Universitat de Girona
narcis.iglesias[at]udg.edu
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
56
Poéticas anfibias. Bilingüismo y
autotraducción en cinco poetas
contemporáneos de expresión
italiana, catalana, castellana y
gallega
Marisa Martínez Pérsico
NOTA DEL AUTOR
Este artículo fue escrito en el marco del proyecto de investigación DILL_RICLIB
(2021-2023) «Il bilinguismo poetico nel XXI secolo: autotraduzione e sopratraduzione in
ambito panispanico» (Università degli Studi di Udine, coordinado por la catedrática de
literatura española Renata Londero). Las cinco entrevistas que cito a continuación
fueron realizadas durante un ciclo que coordiné en noviembre y diciembre de 2021 en
la Universidad de Údine, titulado «Poetiche anfibie. scrivere tra due lingue». Las
mismas están disponibles en el canal institucional Play UNIUD.
1. Vivir entre lenguas
1
El objetivo de este trabajo es estudiar las modalidades del bilingüismo endógeno y
exógeno en poetas contemporáneos a través de la metodología del estudio de caso. El
bilingüismo endógeno es el dominio de dos lenguas que coexisten con estatuto oficial
en un mismo territorio geográfico. Por lo tanto, su uso es extendido, aunque
generalmente descompensado por número de hablantes, distribución asimétrica de los
dos códigos en uso o estatus histórico y ámbitos de comunicación. Sus hablantes son
considerados nativos de esas lenguas ya sea por adquisición a través de la
escolarización o por inmersión contextual, familiar, aunque su desempeño pueda ser
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
57
cualitativamente diferente, puesto que «Il bilinguismo non descrive solo chi ha una
competenza bilanciata delle due lingue e parla entrambe allo stesso livello: è bilingue
anche chi ha una lingua dominante e un’altra che viene usata solo in specifiche
circostanze [...] in modo efficace in una situazione comunicativa» 1. El bilingüismo
exógeno es el uso de dos lenguas que no coexisten oficialmente en un mismo Estado,
por lo que una de ellas es considerada lengua extranjera en el territorio en el que el
hablante la usa. Se trata de una exposición no inmersiva en el entorno social que
generalmente obedece a elecciones o circunstancias individuales, excepto los casos de
migraciones colectivas entre territorios con lenguas diferentes.
2
En estas páginas presento y analizo algunos datos significativos de las biografías
lingüísticas de poetas bilingües originarios de las comunidades históricas de España, así
como de Italia e Hispanoamérica. Me detengo en el fenómeno de la autotraducción y en
las modalidades autotraductivas que estos autores eligen. A veces se trata de
autotraducciones verticales, otras veces, horizontales. Las primeras son aquellas
versiones de autor realizadas entre dos lenguas de estatus distintos dentro de una
comunidad lingüística y las segundas son aquellas traducciones entre lenguas
nacionales que cuentan con el mismo estatus o prestigio histórico en el Estado en el que
se hablan. En lo que concierne a las (auto)traducciones verticales, se conoce como
supratraducción a la operación traductiva que se realiza desde una lengua materna que
se encuentra en posición subalterna hacia otra lengua colindante considerada la
variedad más alta de las dos, mientras infratraducción es la operación contraria.
3
Un tercer aspecto en el que me detengo en este estudio es el impacto del contacto
lingüístico en la obra literaria: son recurrentes algunos fenómenos como el cambio de
código, los préstamos, calcos, alusiones o citas intertextuales, así como la acuñación de
neologismos que contribuyen a la construcción de un idiolecto poético. La muestra se
restringe a cinco autores: Fabio Morábito (Italia-México), Gigliola Zecchin (ItaliaArgentina), Yolanda Castaño (España: Galicia), Josep Maria Rodríguez (España:
Cataluña) y Vanna Andreini (Italia-Argentina), aunque cito, también, apreciaciones y
declaraciones de los catalanes Joan Margarit y Mireia Vidal-Conte o los argentinos
Sylvia Molloy y Adrián Bravi. Los instrumentos de recogida de datos son entrevistas e
intercambios con los autores, elementos peritextuales (prólogos, epílogos y notas de
autor), elementos paratextuales de ediciones en distintas lenguas (si procede) y un
corpus de poemas de estos autores que permiten reflexionar acerca del proceso
creativo bilingüe.
4
Respecto del método, el estudio de caso es útil para echar luz sobre los procesos –y la
percepción individual de estos procesos– que subyacen a la adquisición de lenguas por
parte de un hablante. Algunas veces estos procesos obedecen a fenómenos de alcance
colectivo (políticas lingüísticas, eventos históricos) y otras veces reflejan un itinerario
personal (desplazamientos familiares, elecciones voluntarias). He elegido la metáfora
del anfibio porque son aquellos animales cuyo ciclo de vida se desarrolla tanto en un
ambiente acuático como en uno terrestre, por lo que pueden vivir dentro del agua –
respirando a través de la piel, aunque algunos, como los ajolotes, respiren también por
las branquias– o sobre la tierra –respirando por los pulmones y la piel– 2. Sylvia Molloy,
escritora plurilingüe nacida y criada en Argentina, de padre irlandés y madre francesa
pero radicada en Estados Unidos desde su juventud, en su ensayo Vivir entre lenguas
habla de la necesidad de encontrar un punto de apoyo:
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
58
¿Por qué hablo de mi bilingüismo desde un solo idioma, y por qué he elegido
hacerlo desde el español? [...] Quiérase o no, siempre se es bilingüe desde una
lengua, aquella en la que uno se aposenta primero, siquiera provisoriamente,
aquella en la que uno se reconoce. Esto no significa aquella en la que uno se siente
más cómodo, ni tampoco la que uno habla mejor, ni menos la que se usa para la
escritura. Hay (es necesario encontrar) un punto de apoyo y desde ese punto se
establece la relación con la otra lengua como ausencia [...]. A pesar de que tiene dos
lenguas, el bilingüe habla como si siempre le faltara algo, en permanente estado de
necesidad. Esta última palabra la traduzco del francés, état de besoin 3.
5
No obstante, más allá de este punto de apoyo necesario, la otra u otras lenguas pueden
dominar planos diferentes de la comunicación y de la vida privada. Molloy, en el libro
citado, reflexiona sobre la lengua en la que prefiere comunicarse con sus animales
domésticos, la lengua en la que sueña y en la que se despierta, e incluso se pregunta
cuál será la lengua de la senilidad y en qué lengua morirá. Adrián Bravi, narrador
nacido en Buenos Aires que emigró a Italia con veinticuatro años, donde ha
transcurrido más de la mitad de su vida, escribe sobre la relación entre los idiomas y los
cambios de humor en su ensayo La gelosia delle lingue, es decir, los celos de las lenguas:
«mi capita delle volte di rattristarmi in una lingua per poi rallegrarmi nell’altra. E così,
saltellando da una lingua all’altra, mi succede di cambiare umore. Non avendo
un’infanzia in italiano raramente provo nostalgia in questa lingua» 4. Por su parte, Fabio
Morábito, escritor italomexicano nacido en Egipto que creció en Milán y se radicó a los
quince años en Ciudad de México, se detiene en la lengua del llanto en El idioma materno,
un libro genéricamente inclasificable de ochenta y cuatro textos en prosa que
combinan la autobiografía, la autoficción, las memorias:
EL IDIOMA MATERNO
Es un hueso duro de roer. Cuando se cree que por fin nos liberamos de sus palabras,
sus giros sintácticos, sus modismos intraducibles a otros idiomas, y que después de
tantos años de hablar, soñar, amar e injuriar en otra lengua, uno se ha emancipado
de su atadura, resulta que, al igual que esas calcificaciones de materia marina que se
adhieren al cuerpo de las ballenas y que semejan enormes quistes, el viejo idioma
no ha desaparecido, sólo se ha replegado en ciertas zonas, una de las cuales, quizá la
más resistente, es el llano. No se llora a secas, en abstracto, sino en el seno de una
lengua concreta5.
6
Pasar de una lengua a otra significa enfrentarse a un riesgo, escribe Adrián Bravi. No se
trata de tener más o menos manejo del idioma anfitrión, sino de estar y de ser en esa
lengua, vivirla y transformarla desde su interior. Hay muchos motivos por los que se
abandona la lengua materna en la escritura literaria. Bravi enumera una serie de casos
(ninguna experiencia de bilingüismo es idéntica): para Joseph Brodsky la elección del
inglés fue un modo de acercarse a W. H. Auden y, además, reemplazar el ruso por el
inglés fue la alternativa que eligió para señalar la corrupcion del totalitarismo
soviético. En cambio, para Samuel Beckett el francés fue una ocasión de adoptar una
lengua de gran musicalidad. Otros autores han vivido el exilio y han experimentado el
encuentro con otro país como una constricción. Ágota Kristóf consideraba la lengua
adquirida, el francés, como una lengua enemiga que había borrado el húngaro de su
infancia y Emil Cioran pensaba que el cambio de lengua era un evento catastrófico en la
biografía de un autor. Para Bravi, cuando se adopta otra lengua no se sustituye nunca la
propia. Por el contrario, es la lengua materna la que se va creando un lugar en la otra,
transformando la sintaxis, alterando la fonética o enriqueciendo el imaginario con
nuevas historias. Como veremos en los casos que siguen, hay influencias recíprocas que
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
59
impactan a nivel estilístico y fonosimbólico que ofrecen una personalidad a la voz
bilingüe/plurilingüe.
2. Fabio Morábito: la lengua como músculo
7
Fabio Morabito nació en Egipto de padres italianos y a los tres años su familia regresó a
Italia. Transcurrió su infancia en Milán pero a los quince años se presentó una nueva e
importante mudanza, a la vez geográfica y lingüística: se radicó en México, donde vive
hasta la actualidad. A pesar de que el italiano es su lengua materna ha escrito toda su
obra en español. Es autor de libros de poesía, relatos y novela publicados en editoriales
como Tusquets, Anagrama, Visor o Eterna Cadencia. Es traductor de la poesía completa
de Eugenio Montale, publicada por Galaxia Gutenberg – Círculo de lectores. En una
conversación que mantuvimos en noviembre de 2021 en el marco del ciclo de
entrevistas «Poéticas anfibias» el escritor reflexiona sobre la condición bipátrida y la
sensación de extranjería:
Ahora es más común esta condición apátrida o bipátrida de que uno comparte una
patria, nació en otro lado y después se crió en otro; pero en mis tiempos, por los
años 1950 (yo nací en 1955), no había todos esos flujos migratorios y por lo tanto era
una cosa un poco anómala, entonces yo me sentía italiano, pero un italiano extraño.
Lo digo porque creo que influyó también cuando yo me vine a México, cuando sentí
que me estaba volviendo definitivamente extranjero. Si ya lo era un poco antes,
México, de algún modo, me liberó de ese poquito, de esa dosis, y me hizo por
completo extranjero, como una especie de libración tal vez6.
8
Su biografía lingüística ilumina detalles interesantes acerca de los procesos de lectura y
de escritura en un poeta bilingüe, demostrando que el nivel de competencia de la
comprensión lectora y de la expresión escrita pueden no ser habilidades de eficacia
idéntica:
yo cuando leo poesía en español y cuando leo poesía en italiano me siento más
cómodo leyendo poesía en italiano. Siento que entiendo mejor, me siento mucho
más seguro. Ya sabemos que la poesía despierta cierta inseguridad en la lectura, la
poesía en sí no siempre es comprensible o sus márgenes de comprensión son muy
amplios. Queremos entender lo que nos dice el poeta, pero al mismo tiempo somos
conscientes de que entender un poema no es lo mismo que entender una prosa. Y
debemos más bien abandonarnos a otro tipo de estímulos sonoros, rítmicos. Pero a
pesar de eso, cuando yo leo un poema en italiano me siento en mi casa, y cuando leo
un poema español, se prende por ahí una lucecita de alerta, todavía. Y puesto que
tengo 66 años supongo que esto va a ser así hasta que me muera. A pesar de eso,
escribo poesía en español, yo me siento mucho mejor escribiendo en español, de
hecho, ni siquiera intento escribir en italiano. Me sentiría totalmente acartonado,
aunque lo pudiera hacer correctamente.
9
La lengua en la que lee y comprende mejor (el italiano) no es aquella en la que escribe
mejor (el español). Morábito apela a una metáfora somática –los músculos– para hablar
de su relación con la lengua materna en lo que concierne a la escritura y a la
autotraducción poética, poniendo de manifiesto lo esencial de entrenar ese músculo
para que se mantenga saludable. En las páginas sucesivas veremos que otros autores
bilingües entrevistados, al hablar de sus idiomas, también eligen identificarlos con una
parte del cuerpo. Morábito relata que se autotradujo una vez al italiano y describe este
proceso por analogía la atrofia muscular:
Lo hice solo una vez, por juego. Traduje un texto mío de un libro de prosa breve,
que se llama «Caja de herramientas», y lo hice solamente para ponerme a prueba.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
60
Una vez que terminé de traducir ese texto, se lo mostré a una amiga italiana que es
traductora, que traduce del español al italiano, o sea, a su lengua materna, y me dijo
«Pues mira, está muy bien traducido, no hay ningún error. Pero si quieres, ahora yo
lo traduzco». Entonces lo tradujo y, por supuesto, su traducción era superior a la
mía, pero era superior curiosamente porque era más libre. Curiosamente yo, a pesar
de ser el autor de ese texto, no me había tomado las libertades expresivas que ella sí
se tomó, y que son aquellas gracias a las cuales podemos realmente traducir. Sin ese
mínimo margen de creación y libertad caemos en las traducciones acartonadas y
correctas pero no expresivas. Ahí me di cuenta de que el italiano definitivamente
había dejado de ser mi lengua materna. O lo era desde el punto de vista meramente
anagráfico, de acontecimientos de vida, pero dentro de mí era un músculo en vías
de atrofiamiento. Escribí un poema justamente dedicado a esa amiga mía sobre este
sentimiento de que tu idioma materno, que uno cree que es eterno, que siempre
estuvo ahí y siempre va a estar, en realidad es un huésped. Como todo, en algún
momento se puede extinguir.
10
Morábito alude a «Un poema», que le escribe y dedica en la década de los ’80 a su amiga
traductora Mariapía Lamberti:
Ahora,
después de casi veinte años,
lo voy sintiendo:
como un músculo que se atrofia
por falta de ejercicio,
o que ya tarda
en responder,
el italiano
en que nací, lloré,
crecí dentro del mundo
–pero en el que no he amado aún–
se evade de mis manos,
ya no se adhiere
a las paredes como antes,
deserta de mis sueños
y de mis gestos,
se enfría,
se suelta a gajos.
Y yo,
que siempre vi ese vaso lleno,
inextinguible,
plantado en mí
como un gran árbol,
como una segunda casa
en todas partes,
como una certeza [...]
Así, si tú te vas,
idioma de mi lengua,
razón profunda
de mis torpezas
y mis hallazgos,
¿con qué me quedo?
¿con qué palabras
recordaré mi infancia,
con qué reconstruiré
el camino y sus enigmas?
¿Cómo completaré mi edad?7.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
61
11
No es la única vez que Fabio Morábito usa metáforas orgánicas para hablar del idioma.
Un verso de su poemario Delante de un prado una vaca afirma que «escribir abre un
segundo estómago/ en la especie» y el yo poético se siente como una vaca «en medio
del gran prado del lenguaje»8. El hablante es un organismo y el poeta ve en la lengua
una función orgánica, no sólo intelectual. También apela al somatismo en su ensayo El
idioma materno, en el capítulo «Venas y arterias», en el que define la capilaridad, un
atributo fundamental para garantizar un proceso eficaz de trasvase de la lengua de
partida a la lengua meta:
La traducción lingüística solo es posible cuando el idioma nativo tiene la suficiente
capilaridad como para resistir el impacto de un idioma extraño y absorberlo en su
tejido, a través de una red, más o menos amplia de soluciones. Sin esta elasticidad
que permite decir una misma cosa de múltiples maneras, ningún idioma puede
traducir a otro, pues la verdadera traducción ocurre dentro del propio idioma del
traductor y consiste en un primer abanico de soluciones alternativas, a partir de las
cuales se seleccionarán aquellas que encajan mejor con lo que se profirió en el
idioma extranjero9.
12
Morábito se detiene en la relación que el traductor debe tener con su lengua materna,
en la importancia del dominio de distintos registros y soluciones. Durante la entrevista,
habla de la necesidad de la doble traducción:
Yo doy clase de traducción literaria, traducimos del italiano al español en la carrera
de literatura italiana de la Universidad de México. Lo que más cuesta trabajo es que
los alumnos entiendan la doble traducción. Es decir, la primera es traducir del
idioma del que se traduce, en nuestro caso, del italiano. Y luego, una vez que se
tiene esa traducción, traducir dentro del propio idioma. Es decir: convertir la
traducción en un texto totalmente nativo. Si es que puede existir un texto
totalmente nativo. Para lo cual es importante olvidarse del primer idioma, del
idioma del que se traduce, y tratar el propio texto como un texto escrito
originalmente, en este caso, en español. Me cuesta trabajo a veces que entiendan
que el traductor es un escritor y que tiene que trabajar como tal. El mismo esfuerzo
estilístico, de corrección, de ajustes, que hace un escritor cuando corrige y vuelve a
ver su texto, es exactamente el mismo trabajo que tiene que hacer un traductor con
la primera versión de su traducción. Claro, se trata de encontrar, entre todas las
opciones posibles del propio idioma, las que se adaptan mejor al espíritu de lo que
se traduce, y en ese sentido sí creo que el concepto de capilaridad puede ser útil. Es
un concepto digestivo: cuando comemos no es que la comida se vaya a una especie
de cajoncito y ahí se guarde, sino que justamente se dispersa por nuestro organismo
a través de un proceso muy lento y sólo así puede ser realmente asimilable. Lo
mismo pasa con la lengua.
13
Un estilema de la poética de Morábito es la relación entre la materia líquida y la
migración, el estar entre-culturas y entre-lenguas, la fluidez y el movimiento dialéctico
y sintético entre lo diferente. En el libro Alguien de lava (2002) afirma que escribir es
como recoger agua: «puesto que escribo en una lengua/ que aprendí,/ tengo que
despertar/ cuando otros duermen./ Escribo como quien recoge agua» 10. Esta es la
respuesta de Fabio Morábito a la pregunta por la presencia del agua en su obra:
Ahora que tú lo mencionas, yo no lo había pensado, tal vez a todos aquellos que
compartimos distintas culturas de algún modo el agua viene siendo como el símbolo
de nuestra permanencia más real porque el agua fluye todo el tiempo. Esta
consciencia de fluir es inseparable en aquellos que compartimos culturas e idiomas
diferentes. Esta sensación de que tal vez arraigar sea real, de que podemos hacerlo
de verdad. [...] El sentimiento de ajenidad nunca nos abandona, entonces quizás
emigrar a otro país, a otra lengua, es solamente una forma más radical de algo que
es un sentimiento universal. Es el sentimiento de que estamos solos y que todo
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
62
aquello que nos rodea nos puede parecer entrañable, cercano, pero finalmente es
algo que está separado y que nunca entenderemos del todo. En ese sentido, yo
pienso que escribir, más allá de si uno escribió o no en su lengua materna, siempre
es escribir en una lengua extranjera, porque la lengua literaria es una lengua que
nos cambia por completo. Cuando uno decide escribir, y escribe en serio, no
solamente así por capricho, se da cuenta de que él mismo se transforma.
3. Josep M. Rodríguez: escuela, elección lingüística y
amputación
14
Josep María Rodríguez nace en Súria en 1976. Poeta y ensayista catalán de expresión
castellana, a pesar de haber consolidado su trayectoria en esta lengua ha publicado un
poemario temprano en catalán e inserta poemas catalanes en libros castellanos.
También desarrolla una importante labor como editor dirigiendo tres colecciones de
poesía en catalán para el sello editorial Milenio, que ha publicado recientemente a
Antònia Vicens, a Dolors Miquel y a Antón García, este último autor en lengua asturiana
traducido al catalán. Su biografía lingüística confirma muchas informaciones relevantes
para este estudio. Una es la importancia del origen familiar en la elección de la lengua
literaria: en su núcleo familiar, su madre pertenece a la segunda generación de
inmigrantes provenientes de Andalucía y su padre a la primera generación emigrada
desde Galicia. En su núcleo familiar primigenio se ha hablado siempre en castellano,
mientras con las demás personas de su círculo afectivo íntimo e inmediato habla en
catalán: sus mejores amigos, su pareja, su hijo.
15
El segundo dato significativo de su biografía lingüística es la confirmación de que la
escuela cumple una labor insustituible en la elección de una lengua de expresión
literaria. El acceso a su enseñanza reglada favorece la producción de una literatura en
esa lengua, de modo que dejarla fuera del currículo desincentiva su elección como
idioma literario. Antonio Jiménez Millán, en su magnífico estudio Poetas catalanes
contemporáneos (2019), da un ejemplo claro y gráfico: Gabriel Ferrater había nacido en
1922 y Jaime Gil de Biedma en 1929, esto había condicionado no sólo la diferencia de
formación escolar sino también las opciones de escoger el castellano o el catalán como
lengua literaria: Jaime Gil era un niño de la guerra, Gabriel Ferrater un adolescente de
la República. Volviendo a nuestro informante, Josep M. Rodríguez nació en 1976 y fue
un niño y adolescente de la democracia. Se formó en la escuela donde el catalán no era
ya una lengua prohibida. Para él fue fundamental asistir en el Instituto a talleres de
escritura de canciones en ambas lenguas: castellano y en catalán, prácticamente sin
distinción. Así, muy temprano, empieza a entrenarse en escribir letras en las dos. No
sorprende que sus primeros dos libros, que se publican simultáneamente en el mismo
año 1998, fueran uno castellano y otro en catalán: tenía las herramientas para
expresarse cómodamente en ambos códigos. Por distintos motivos (el idioma hablado
en su casa, una serie de conversaciones mantenidas con Luis Antonio de Villena,
conocer al editor valenciano Manuel Borrás, codirector de Pre-Textos) su lengua de
expresión literaria siguió la senda del español, aunque publicando esporádicamente
poemas catalanes que a veces inserta en libros castellanos, como sucede con «Història
natural» incluido en su poemario Sangre seca (2017). En la conversación que mantuve
con él dentro del ciclo udinese precisa detalles acerca del peso de la escuela en su
formación de escritor:
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
63
JMR. En mi casa nadie me enseñó a escribir en catalán. Entonces en algún sitio tuve
que aprender a escribir en catalán. Después de que aprendí en la escuela, todos los
conocimientos que tengo teóricos en catalán los aprendí, los he aprendido en la
escuela o los he tenido que aprender por mí mismo al leer. En el instituto
participaba en dos grupos musicales: uno en catalán y otro en castellano. En ese
momento, en uno de los grupos desaparece el cantante que era el compositor, y
nadie quería escribir las letras, y entonces me dicen «tú que lees tanto, hazlo tú». Y
entonces yo empecé escribiendo letras de canciones.
MMP. ¿En que lenguas escribías estas canciones?
JMR. En las dos. [...] Llego a la universidad y me junto con una serie de poetas,
aprendices de poetas, estudiantes con motivaciones, etcétera, y entonces escribo y
publico en el 1998 este librito de las Deudas del viajero, pero es que ese mismo año
gano el premio de la universidad de poesía con dos libros, uno en castellano y uno
en catalán, y en ese momento, en una conversación (tuve varias conversaciones al
respecto) fue Luis Antonio de Villena quien me dijo algo así como «da igual la
lengua en la que escribas, pero tienes que escoger una». Yo lo entendí como que
conquistar una tradición es subir una montaña y no se puede estar subiendo dos
montañas a la vez, porque estás bajando y subiendo, bajando y subiendo, bajando y
subiendo. Pues en ese momento tienes que decidir. Yo había estado en la feria del
libro de Madrid y me habían presentado a Manuel Borrás, que me propuso
publicarme en castellano11.
16
A continuación transcribo un poema de Sangre seca, libro que obtuvo el XXIV Premio de
Poesía Ciudad de Córdoba «Ricardo Molina» y se publicó con epílogo de Joan Margarit,
quien así define la divisa poética de Josep M. Rodríguez: «oscuro el corazón y el verso
claro»12. El libro contiene 32 poemas, uno de los cuales está escrito en catalán en las
páginas pares con su traducción al castellano, en las impares. También Rodríguez apela
a las metáforas somáticas para nombrar la lengua y elige el corazón: el yo poético es
como los pulpos, que tienen más de un corazón, y como el poeta latino Quinto Ennio,
quien se vanagloriaba de tener tres corazones por cada una de las lenguas que conocía,
latín, griego y osco.
HISTÒRIA NATURAL
A la llotja,
exposades,
les formes de la mort:
les caixes amb les tímides cloïsses,
els llenguados 2D
o els raps,
amb unes dents sortides
d’un malson infantil...
Fa temps que vaig llegir que els pops tenen tres cors.
De Quint Enni també es deia el mateix,
un per a cada una de les llengües
que li van ensenyar.
A casa meva en vaig aprendre dues:
la llengua de la mare
i la llengua del pare.
Ara la casa és buida
i jo
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
64
sóc com un pop que ja ha perdut dos cors.
Només me’n queda un. I no l’ensenyo.
Potser ho faré
qui sap,
quan m’exhibeixin dins la meva caixa13.
17
El corazón, centro vital, aparece en plural: uno por la lengua de su padre y otro por la
lengua de su madre. Durante nuestra conversación me confirma que el poema fue
escrito originalmente en catalán, habla del bilingüismo y lo define. Durante la
entrevista, además del corazón, homologa las lenguas con los ojos y apela al acto
impactante de la amputación para ilustrar el efecto que en él tendría la renuncia a
alguna de sus dos lenguas:
Si me dicen tienes que renunciar a una de tus dos lenguas es como si me dijeran que
tengo que renunciar a una forma de mirar el mundo, es para mí como perder un
ojo. Recuerdo que en una clase en la universidad, cuando hacía el doctorado, una
profesora invitada comentaba que en una lengua nórdica no se dice sentarse a la
mesa porque como hace tanto frío tienes que ir detrás, donde está también la estufa,
entonces te sientas detrás de la mesa para alejarte de la puerta, que es por donde
entra el frío. Una lengua es una forma de entender el mundo, entonces renunciar a
una de ellas me parecería una amputación.
4. Vanna Andreini: las lenguas hermanas
18
La poeta Vanna Andreini es véneta, nació en Padua, aunque es de familia toscana. A los
quince años emigró a Buenos Aires donde reside desde entonces, desde hace treinta y
cinco años. Licenciada en Letras por la Universidad de Buenos Aires, traductora y
profesora de italiano, formó parte durante muchos años del cuerpo docente del Máster
en Relaciones Internacionales Europa–América Latina del Centro de Altros Estudios de
la Università di Bologna (la representación en la República Argentina). Publicó los
poemarios bruciate/quemadas (1998), Monterinc (2003), Sirenas en la cama (2008) Salud
Familiar (2015) y Fatebenefratelli (2020). Ya desde su primer libro bruciate/quemadas –en
minúscula y con título bilingüe– combina ambos códigos: «grita/el viento en el parque/
Amor ch’a nulla amato amor perdona»14 donde se cita parte la declaración de Paolo a
Francesca, específicamente el verso 103 del Canto V del Infierno de la Divina Comedia
dantesca. Durante la conversación que mantuvimos en el marco de «Poéticas anfibias»
resume su biografía lingüística diciendo que con su padre y con sus hermanas siempre
habla en italiano, aun viviendo en Argentina. Esto explica que en muchos de sus poemas
se verifique el cambio de código del castellano al italiano en frases rutinarias o
fórmulas fijas que pertenecen al registro coloquial del ámbito doméstico o familiar. Por
ejemplo, en Salud familiar, la frase de condolencias «riposa in pace» se inserta en
italiano. Salud familiar, me explica la autora, es un libro que tematiza la muerte de una
de sus abuelas y de todos los muertos de su familia, que están en Italia. Este libro es
para ella «el altar de mis muertos»15.
19
Su último libro, Fatebenefratelli, lleva un título que remite al nombre del hospital
romano que funciona en la Isla Tiberina, lugar del antiguo templo dedicado a Esculapio.
Se trata de un título bisémico que insta a la actitud de hacer el bien («Fate bene
fratelli», en imperativo y separado, significa «haced el bien, hermanos»). El libro es
inaugurado por el epígrafe de San Giovanni di Dio «Fate bene fratelli a voi stessi per
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
65
amore di Dio» y se trata de una obra de gran organicidad que despliega la idea de
hermandad entre lenguas, específicamente entre el italiano y el español. A veces estas
lenguas son identificadas con las figuras bíblicas de los hermanos fundacionales, Caín y
Abel, que asumen roles intercambiables, sin maniqueísmos. Se trata de un
planteamiento innovador porque Andreini elude la nomenclatura de la maternidad de
un idioma. Ella prefiere hablar de hermandad, de lenguas siamesas, rompiendo así las
jerarquías temporales y espaciales en la construcción de su identidad lingüística. «Soy
siamesa en la lengua» dice un verso de este libro. Las lenguas siamesas están «pegadas/
comparten flujos sanguíneos»16, es decir, siguen unidas a través del cordón umbilical. A
la pregunta por esta particularidad, Vanna Andreini me responde:
Vi una película hermosa de Edoardo de Angelis que se llama Indivisibili. La cuestión
de los hermanos siameses es siempre muy interesante. Y es muy hermosa la
relación de las dos protagonistas, que están juntas desde siempre pero al mismo
tiempo tienen el impulso de separarse. Pero separarse es también un desgarro
impresionante. Mientras la miraba pensaba en los idiomas que me habitan, pensaba
en mis lenguas maternas que quieren estar juntas y separadas: hay momentos en
que una predomina por sobre la otra, como esta relación en la que una quiere ir por
un lado y la otra no. Pienso que debe ser así la vida de las siamesas. No siento una
lengua materna que sobresalga.
20
Andreini prefiere hablar de lenguas maternas en plural y manifiesta una ruptura de
jerarquías. No distingue entre materna y adquirida, o primera y segunda lengua, o
lengua de cultura y alfabetización. Sin embargo, su libro tematiza esta convivencia
armónica pero con alternancias, altibajos y esferas diferenciadas. Por ejemplo, le
reserva la capacidad del insulto –el lenguaje malsonante– al italiano de su infancia:
El italiano sotterato
saca sus manos
esqueléticas
de abajo de la tierra
cuando mi inestabilidad
mi dolor o mi rabia
alcanzan
las yemas de mis dedos
non sono bestemmie
puerili per casi comuni
es el río rompiendo el cauce
che straripa
portando via con sé
la decencia contenida en el español
aprendido17.
21
Vemos aquí el cambio de código sin marcas que segmenten las fronteras entre ambos
idiomas, procedimiento que se verifica en todos sus poemarios. Mientras el español es
«decente» y sujeto a control por el hablante, el italiano es instintivo y canaliza la
blasfemia, vehicula los estados de ánimo extremos, los cambios de humor, el dolor y el
enfado. Andreini elabora una notable analogía –un hallazgo creativo– entre sus lenguas
hermanas y el juego de construcción conocido como lego. Los intercambios entre
lenguas son un juego cooperativo, filial y fraterno, y las piezas de encastre o ladrillos
son las palabras que se van prestando una a la otra:
Hermana:
[...]
jugamos con los legos
de la hermandad
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
66
piezas de colores
que se mueven
según el día
según me prestes
o no18.
22
Como fue señalado con anterioridad, hay determinadas zonas discursivas ligadas a la
infancia que irrumpen en el poema en italiano. Así sucede con las canciones para niños
(las filastrocche). Los poemas son cunas donde se mecen las hermanas:
Italiano español
o
español italiano
ahora aquí
en este poema
los recuerdos
desembarcan
saltan del bote
pisan la orilla
en el español
ahora este poema
es una cuna nueva
[...]
como Caín
sin casa sin patria
en la luna
che fa le frittelle19.
23
Los espacios familiares y domésticos primigenios, originarios, deben ser nombrados en
italiano insertados dentro del marco colector del castellano, como sucede en este
poema donde se evoca la sala de estar de la abuela Pia:
Dormíamos juntas
nel salottino verde
della nonna Pia
refaccionado sin signos
de nuestra presencia
nueva entre muebles
permanentes
arriba lo inhabitado
las cajoneras olvidadas
la ropa vieja20.
24
Andreini cita una apreciación de Sylvia Molloy acerca de las lenguas que se infectan
como los colores: también en la escritura la elección de un idioma automáticamente
significa el afantasmamiento del otro pero nunca su desaparición, puesto que «la
ausencia de lo que se ha postergado continúa obrando, oscuramente, en lo escrito, y lo
percude. O mejor, lo infecta, como dice Jacques Hassoun, usando el término como se usa
en pintura cuando un color se insinúa en otro: Nous sommes tous des ‘infectés’ de la
langue»21.
5. Gigliola Zecchin: un tributo a la lengua materna
25
Canela –nombre artístico de Gigliola Zecchin– es una escritora y periodista cultural
nacida en Vicenza que en 1952 emigró con su familia a la Argentina, donde reside hasta
hoy. Estudió Castellano y Letras Modernas en Córdoba, donde inició su tarea como
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
67
comunicadora. La dictadura de Onganía la obligó a interrumpir sus estudios. Sus libros
Marisa que borra y La silla de Imaginar fueron distinguidos por el «White Ravens». En
2008, in movimiento resultó finalista en el Premio Internacional de poesía «Olga Orozco».
Sus relatos y poemas integran antologías de Argentina, Latinoamérica e Italia. En 2007
fue declarada personalidad destacada de la cultura por la Legislatura de Buenos Aires.
26
En la poesía de Gigliola Zecchin existe una tensión tácita entre palabra y silencio. La
ecuación es: cuanto menos se dice, más se comunica. Esta dinámica se sustenta en un
uso peculiar de los espacios tipográficos, en la disposición de las palabras, el empleo de
la puntuación y la coexistencia de la lengua adquirida –la lengua de cultura o de
alfabetización– con la lengua materna. Su idiolecto poético es una construcción
indisociable de su biografía atravesada por la temprana emigración de Italia a la
Argentina22.
27
En una entrevista con Juan Páez para la revista Cuadernos del Hipogrifo (Roma, 2016)
titulada «Mudar de lengua, cambiar de nombre: Entrevista a Gigliola Zecchin, Canela» la
escritora reflexiona sobre la falta de equivalencias interlingüísticas perfectas para
ciertas palabras o giros con una alta carga emotiva, situación que la empuja
necesariamente al préstamo:
JP: ¿Todavía hay palabras que solo puedas decirlas en italiano? ¿Cuál es la sensación
cuando esas palabras aparecen?
GZ: [...] Siempre tuve que recurrir a las palabras de mi lengua madre en algún
momento. La palabra represión, por ejemplo, nunca me salía, descubrí que en
italiano no tiene traducción… Se usan distintos términos que la definen pero nunca
directamente como nosotros aquí… A la inversa, sfollata (el separarse de las familias
en la guerra por razones de supervivencia) no existe en castellano 23.
28
Como Canela publicó un importante número de libros para chicos, pero sus poemarios
están firmados por su nombre anagráfico, Gigliola Zecchin. Los tres primeros llevan un
título en italiano: Paese (2001), arte povera (2006) e in movimento (2008), estos dos últimos
con inicial minúscula. El bilingüismo asoma desde el principio: los tres títulos se
conciben en italiano pero los tres libros están escritos en español aunque se incorporen
préstamos y citas esparcidas en lengua materna que funcionan como breves
cortocircuitos interlingüísticos (cambios de código) y aportan una atmósfera de
extrañamiento a nivel del sonido y del sentido que enriquece estilísticamente el
conjunto. Sus últimos poemarios son 17 haikus venecianos para Adolfo Nigro (2012), Qué
sueño es este (2019) y La mejor herida (2020), todos ellos recopilados en 2021 por Ediciones
en Danza de Buenos Aires con el título Poesía reunida 2020-2000.
29
El título de una obra es un dato relevante porque constituye la primera información
que se ofrece al lector, conservando siempre una dosis de ambigüedad. Estudios
pioneros de Claude Duchet (1973), Leo H. Hoek (1981), Gérard Genette (1987) y Umberto
Eco (1980) se han concentrado en la relevancia de este paratexto. Se trata de una clave
interpretativa que suscita curiosidad aunque no la agote y está situado entre la
información y la seducción, proponiendo al destinatario un enigma a ser interpretado.
Es autónomo por posición, tipografía, estructura sintáctica, semántica y de
funcionamiento, pero a la vez dependiente de su referente primario, el texto. En la
conversación que mantuvimos en diciembre del año pasado le pregunté por la
particularidad de sus títulos italianos en libros castellanos:
MMP. ¿Que es lo que te lleva a titular en italiano libros escritos en español? Y no
solamente libros, sino también poemas, porque hay varios poemas como Eredità, por
ejemplo, que están escritos enteramente en español pero que necesitan tener su
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
68
título en italiano. ¿Por qué?
GZ. Es un tributo, un gracias que quiero decir en mi lengua materna. Luego, como
vos bien indagás, está la lengua de la cultura, que muchas veces es una urdimbre de
las dos lenguas, porque yo aprendí a leer y escribir en italiano y luego aprendí a
escribir en castellano. Fue la lectura la que me llevó a la plena comprensión del
castellano, al uso del castellano. Hay cosas que pienso en italiano. Desde hace unos
días, desde que sé que voy a encontrarme con vos, contigo, no sé por qué pero me
aparecen pensamientos poéticos en italiano: no lo puedo evitar. Y hay cosas que,
dichas en italiano, me sostienen el corazón, aun en pensamientos duros, difíciles.
Esta mañana me desperté con un poema en italiano pero no lo escribí porque me
tenía que poner linda para este encuentro24.
30
Entre los autores entrevistados, las razones que subyacen a la titulística poética son
distintas. Mientras para Gigliola colocar un título en italiano a un poema en castellano
es un tributo a su lengua materna, para Josep. M. Rodríguez este tipo de intervención
bilingüe en un poema suyo no es viable. En la entrevista mantenida en noviembre de
2021 le comento el caso de Zecchin y me responde: «Yo no le podría ponerle un título
catalán a un poema en castellano, además no sé si estaría bien visto. Tampoco un título
castellano a un libro catalán». Esta declaración refleja una diferencia que existe entre el
bilingüismo endógeno y el exógeno, puesto que las cuestiones de susceptibilidad ligadas
al respeto del espacio propio de cada lengua, sin incursiones que puedan ser
interpretadas como invasivas de uno idioma en otro, son más evidentes en el
bilingüismo endógeno. En el exógeno, en cambio, una operación de mezcla entre título
y texto como la señalada puede deberse a la voluntad de rendir tributo, a una forma de
agradecimiento.
31
Volviendo a la poética de Zecchin, ya en el primer título de la trilogía poética temprana,
Paese, asistimos al despojamiento de ornamentos, a una poesía liberada de signos de
puntuación. La escritura se desnuda de marcas y se convierte en un «arte povera» en lo
que concierne a la tipografía. Los versos capturan instantáneas del paisaje véneto, de la
Segunda Guerra Mundial, de la Italia fascista con sus «camicie nere» (esta metonimia
identifica la prenda de vestir con las milicias fascistas) y sus manoplas de hierro, hay
mujeres con banderas y estampas de soldados así como retazos de historias sobre los
desplazamientos de las personas de la ciudad al campo durante los bombardeos de la
guerra. Numerosos juegos fonéticos conceptistas operan en los versos de Zecchin, por
ejemplo, las paranomasias partir / parir, donde se identifica la emigración con el dolor
de un parto que a su vez traerá una nueva vida, o palabras que son falsos cognados: la
palabra «cerca», que en español es un vallado o tapia, en italiano es un verbo conjugado
que significa «busca». En la poesía de Zecchin un universo polisémico se activa cuando
ambas lenguas se ponen a dialogar.
32
Su segundo poemario, arte povera, continúa las exploraciones del primero, con
variaciones y nuevas aportaciones. Se acentúa el papel amenazante de la memoria del
exiliado. Aparecen voces italianas de marineros y mujeres, fragmentos de cantos de la
madre en italiano, cuerpos violentados por el hambre, la presencia de los niños en el
marco de las batallas. Gigliola Zecchin había abandonado Italia huyendo de la
Posguerra, como afirma en una entrevista: su familia buscó «abandonar el pánico» que
la guerra les había metido dentro, la memoria del ocultamiento en los sótanos por los
bombardeos. Es decir: el recuerdo de la guerra y del hambre los empuja a partir en 1952
pero ya no se trata de la amenaza real sino de la amenaza del recuerdo. Las palabras del
miedo (acompañadas del grito) deben ser necesariamente pronunciadas en italiano,
como afirma en la entrevista udinese:
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
69
[...] las palabras que no aparecen son las palabras del miedo, que están ahí
escondidas, como agazapadas. Yo he tratado, con la palabra sfollata, de imaginar una
flor que se deshoja y, aunque no lo creas, cuando veo una rosa, que es la que mas
evidentemente y armónicamente se deshoja, inmediatamente aparece lo sfollamento
de mi familia. O sea, eso está profundamente radicado en mi memoria. Eso sí, no se
me va. [...] A la inversa, en italiano, no me sale cómo se llamaban los campesinos y
los ciudadanos que se escondían para luchar contra el ejército. ¿Como se dice?
partigiani! La palabra partigiano no me sale porque ser partigiano era muy peligroso.
No había partigianos en mi casa porque éramos hoteleros, no podíamos dejar de
ejercer el oficio, porque no se permitía el cierre de los bares y de los restaurantes
porque los soldados necesitaban bares y restaurantes. Hubo mucha guerra en mi
ciudad, en Vicenza, donde nací. [...] me resulta triste decirlo pero me cuesta mucho
amar a Vicenza porque tengo el registro de la Vicenza destruida, de la Vicenza
amenazante por la presencia de los invasores –en ese momento eran los invasores
alemanes, que para nosotros serán siempre invasores– y la memoria de una infancia
con muy poca comida y con muchísimo silencio: no se podía gritar, no podíamos
quejarnos. Nos acostumbramos a essere miti, como se dice en italiano. A no molestar,
a no ser un problema. [...] Entonces mi hermana adolescente se iba bajo el puente
por donde pasaba el tren y, cuando pasaba el tren, gritaba, porque era la única
oportunidad que tenía para gritar. Eso yo lo tengo registrado. A mí me asustaba
muchísimo verla gritar. No entendía por qué gritaba, ni me lo podía explicar, pero
yo era parte del grito.
33
Existen, en la poesía de Zecchin, tres mecanismos de composición bilingüe: poemas con
título y cuerpo en español, poemas con título en italiano y cuerpo en español, y poemas
con cambio de código. Por ejemplo, en su tercer libro, in movimento, encontramos el
poema «finestra chiusa», con título también en minúscula. Aquí sólo aparece el título
en italiano pero el texto es enteramente castellano. Distinto es el caso de «vigilia» (una
palabra que se escribe igual y significa lo mismo en ambas lenguas), del que transcribo
unos versos:
los ácaros de la almohada
provocan alucinaciones
mi vedo
in bianco e nero
accanto a lui [...]25.
34
Concluyo este breve apartado sobre la poética bilingüe de Zecchin con una reflexión
suya sobre la traducción como proceso creativo individual que presenta alguna
similitud con el concepto de capilaridad expresado por Fabio Morábito. Esta reflexión
fue incluida en el volumen 5 poetas italianos. Traducción y conversaciones (2005) que nació
de una actividad coordinada por Antonio Melis, profesor de la Università degli Studi di
Siena, y Elena Bossi, docente de la Universidad Nacional de Jujuy, en la que participaron
poetas argentinos e italianos junto a sus traductores para reflexionar sobre el proceso
de traducción. Zecchin afirma que el traductor, cualquiera sea la suma de su
experiencia técnica y la posición teórica e ideológica respecto de su trabajo, no podrá
eludir el uso personal de la lengua, su jardín secreto, en palabras de André Malraux. De
acuerdo con esta metáfora, dice Zecchin, es posible imaginar la circulación de la vida, la
hojarasca, el humus, las espinas a través de la(s) lengua(s), de modo que «cada texto
impondrá al traductor una postura reflexiva frente a las palabras en las que
intervendrán tanto sus saberes teóricos como su uso personal de la lengua» 26.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
70
6. Yolanda Castaño: la fidelidad de la autotraducción
35
Yolanda Castaño nació en Santiago de Compostela. Desde hace más de veinte años
publica sus poemarios primero en gallego, luego ve la luz la edición castellana, con su
traducción. Sus poemarios le han valido galardones como el Premio de la Crítica, el
Espiral Mayor, el Ojo crítico y el Nova Caixa Galicia. Activa dinamizadora cultural, desde
2009 dirige varios proyectos estables, siempre con poetas gallegos e internacionales. Su
último libro es Materia, publicado en junio de 2022 por Edicións Xerais de Galicia,
todavía sin versión en español. En la entrevista que le hice el año pasado me concentré
en su poemario A segunda língua / La segunda lengua, publicado por PEN Clube de Galicia
en 2014 y luego en edición bilingüe por Visor. La segunda lengua es un título
inteligentemente ambiguo: si lo interpretamos desde el punto de vista de la biografía
lingüística de la autora, la segunda lengua –por no materna– sería el castellano. Pero si
lo enfocamos desde el punto de vista del posicionamiento del gallego como lengua
cooficial, y de las políticas culturales y lingüísticas de difusión a nivel nacional,
entonces el título encierra una ironía amarga. «Segunda lengua» podría ser asociada a
la locución adjetiva coloquial «de segunda», que para el diccionario significa algo de
poca categoría, calidad o importancia. Este sentido se ve refrendado por el tono crítico
del poemario respecto de la posición periférica del idioma gallego en la Península.
36
Por otra parte, es frecuente, en este libro, la mención a idiomas diferentes (algunos no
ibéricos) como estrategia de descripción, por oposición, del gallego. Como si el gallego
se definiera por la diferencia –por lo que no es y por lo que no quiere ser–, incluidos
aquellos rasgos articulatorios, fonéticos, semánticos o de cosmovisión que no comparte
con otros idiomas. Por ejemplo, en este pasaje de «La palabra Galicia»:
A PALABRA GALICIA
Para contarche de onde veño
ténoche que sacar a lingua.
Ónde se viu que o lume lamba as follas, lamba a cortiza,
lamba a raíz e
lamba un pouco de todo sen apenas entreabrir os labios.
Hai pobos tan educados
Que nunca ensinan a lingua [...] 27.
37
El enunciador poético afirma que para poder explicar su lugar de proveniencia tendría
que sacar la lengua, de este modo juega con dos significados: con los puntos
articulatorios de las consonantes en la lengua gallega (que obligan a mostrar la lengua
más de lo que sucede en otros idiomas) y con la idea de burla, de desenfado.
Jocosamente relaciona este atributo sonoro con la falta de educación: hay pueblos tan
educados que nunca enseñan la lengua. Nuevamente el lenguaje oral o escrito adquiere
una doble valencia, una calidad bisémica, en el poema «Traducción»: se hace alusión a
un interlocutor árabe (esto se deduce del uso del vocablo habibti) y nuevamente define
al gallego en relación con el árabe. El árabe se escribe de derecha a izquierda, y aunque
el gallego se escribe de izquierda a derecha, de todos modos ambas lenguas tienen un
elemento en común:
En todo caso, en todas partes, nosotros escribimos hacia el margen
y otros hacia el centro28.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
71
38
Naturalmente la empatía e identificación con la escritura en árabe le sirve para
denunciar la posición secundaria o periférica del gallego, su condición de escritura en
los márgenes, alejada del centro.
39
En lo que concierne a su bilingüismo, al preguntarle a Yolanda Castaño sobre su
biografía lingüística confirmo la precocidad de su doble dominio. Su familia, gallega por
ramas paterna y materna por generaciones, explica su elección del gallego como lengua
de expresión y como lengua materna, por la fuerte presencia en la esfera familiar y en
el entorno rural en el que estuvo inmensa desde pequeña:
Nací y crecí en la capital de Galicia, en Santiago, por lo tanto en un entorno urbano,
pero mi mamá y mi abuela son gallegas, soy santiaguesa compostelana de tercera
generación de las que no abundan. Mi papá, en cambio, viene de una zona rural, de
una aldea, un lugar pequeñito cerca de Noia, en una de las rías que componen
nuestra atractiva costa. Tanto por la familia materna como por la paterna crecí
ligada a la aldea. Explico esto porque en el contexto rural se hablaba y se habla más
gallego, mientras que en las ciudades la presencia del castellano es potente. De esta
manera crecí en contacto con dos lenguas, quizá un poco más con la lengua
castellana desde casa y desde el colegio (desde mi formación), pero siempre
teniendo presente, estando ahí, esa presencia fuerte del gallego 29.
40
Considerando esta fuerte inmersión en el doble código no es extraño que la escritora se
autotraduzca al castellano. Durante nuestra conversación me concentro en este
aspecto, para conocer cómo concibe el proceso autotraductivo:
MMP. Quería preguntarte por tu proceso de autotraducción. ¿Buscas más
equivalencias perfectas, fidelidad a la lengua original, o te das el permiso para
ampliar, expandir, modificar, adaptar el texto? ¿Cómo es este proceso?
YC. Yo creo que para dar una respuesta honesta y con sentido debo remontarme
precisamente al propio proceso de creación. El texto se va construyendo en mi
cabeza, antes de lanzarme al papel necesito tener una idea del poema, una idea de
las imágenes, versos, construcciones lingüísticas. Y una vez que las escribo ya
quedan como muy sólidas, muy consolidadas y las concibo tan así que me cuesta
cambiarlo. Quizá en eso influya el hecho de que cuando me autotraduzco, de algún
modo siento que debo ser muy literal con la versión original e intentar
aproximarme lo más posible a su música. También es cierto que me lo permite la
cercanía entre las dos lenguas y mi decente dominio de ambas. Esto me permite,
quizá, intentar una mayor proximidad. Trato de no hacer grandes innovaciones. Yo
creo que abordo la traducción como un ejercicio creativo, así que ocupándome yo
misma de la traducción me responsabilizo de los errores que pueda cometer. Pero
bueno, también los aciertos quedan en casa, no deja de ser otro poema mío, con sus
aciertos y errores incido en el mismo ejercicio creativo.
41
En sus palabras resuena la idea de responsabilidad creativa, de control autoral y de
aproximación entre versión original y traducción. Yolanda Castaño intenta evitar la
autonomía entre ambos poemas, no construir sentidos muy diferentes y distanciarse lo
menos posible del texto de partida. Señala Maria Alice Antúnes que el movimiento de
aproximación demuestra el trabajo del traductor intentando mantenerse fiel a un texto
de partida «eligiendo ítems lexicales que promueven la construcción de sentidos
parecidos a aquellos activados por las pistas impresas en el texto original» 30. Señalo
aquí el posicionamiento frente a la autotraducción de dos autores catalanes para
ilustrar cuán personal es el proceso de autotraducción endógena. La poeta catalana
Mireia Vidal-Conte (Barcelona, 1970), en un correo electrónico responde a mi pregunta
sobre los motivos para autotraducirse explicando que: «lo hago por muchos motivos,
pero quizás los más importantes son: por un lado, porque sé exactamente qué quiero
decir y cómo. Y, por el otro, porque cuando me ha traducido según quién (del catalán al
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
72
castellano) no he quedado del todo satisfecha»31. Como Castaño, también Vidal-Conte
persigue la fidelidad, la aproximación entre ambos poemas, y prefiere tener el control
de este proceso. Caso ligeramente distinto es el de Joan Margarit, quien opta por la
autonomía autotraductiva: «No me preocupan las diferencias entre los dos poemas
resultantes: tienen un origen común y buscan ser dos buenos poemas. A pesar de todo,
no pienso –y aquí está el libro para confirmarlo o negarlo– que haya demasiada
distancia entre ellos»32.
7. Conclusiones parciales de una investigación en
curso
42
El análisis de las biografías lingüísticas y del corpus –reducido pero significativo– de
poemas de los cinco autores estudiados nos ha permitido recabar algunas
informaciones ligadas al desempeño del escritor bilingüe de poesía.
43
En primer lugar, hemos intentado echar luz sobre las decisiones ambientales y
personales que motivan la elección de la lengua de expresión literaria e indagar si esta
coincide o no con la materna (en los casos de Morábito, Andreini y Zecchin no coincide,
en el de Castaño sí). En segundo lugar, hemos investigado si los autores eligen
autotraducirse (Castaño y Rodríguez sí, con autotraducción vertical) o delegan esta
tarea en otro traductor, y por qué lo hacen (Morábito ha explicado sus motivos para
desconfiar de la autotraducción horizontal). También hemos analizado cuál es el
posicionamiento autotraductivo respecto de los movimientos de autonomía y
aproximación o fidelidad entre ambas versiones.
44
Por otra parte, hemos mostrado, aunque lateralmente, cuáles son las decisiones
editoriales en caso de que exista autotraducción: si hay o no simultaneidad de
publicación, es decir, si la versión en la lengua original se publica en el mismo momento
de la segunda lengua, o no.
45
Hemos podido constatar, en estos testimonios, el rol fundamental de la educación
reglada (Rodríguez, Zecchin), la comunicación familiar (Andreini, Castaño) y la
inmersión contextual (Morábito) para afianzar competencias de escritura y de
comprensión lectora.
46
Una conclusión significativa de este estudio es que los escritores bilingües acuñan
metáforas somáticas para explicar su propio bilingüismo: músculos, corazones, ojos,
cordón umbilical, estómagos, quistes y lengua (en el sentido de órgano bucal), como si
las destrezas lingüísticas fueran a la vez funciones físicas y vitales, imprescindibles para
la supervivencia del hablante-organismo.
47
Sostienen Dolors Poch y Jordi Julià que el escritor bilingüe que crea su obra en un
contexto de contacto de lenguas, así como el traductor o el autor que vierte en otro
idioma su obra, no hace otra cosa –consciente o inconscientemente– que escribir con
dos voces. Siempre tiene, como mínimo, dos vocablos que conoce bien para expresar
aquello que percibe, aquello que siente, y la conceptualización de la realidad a menudo
va a verse condicionada o modificada por la existencia de otro término, otra voz (en el
sentido de palabra, o vocablo) para formalizar lingüísticamente una idea o un
contenido de la imaginación perteneciente a otra lengua. Concluyen que «quizá la
particularidad de su escritura se deba a esta riqueza idiomática» 33. Las circunstancias
tan íntimas e irrepetibles por las que cada autor transita su bilingüismo –y hemos visto
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
73
aquí algunos ejemplos– contribuyen a consolidar un idiolecto anfibio y una obra
estéticamente atractiva, diferenciada y singular.
BIBLIOGRAFÍA
ACCAME, Jorge; ANDRUETTO, María Teresa; BAREI, Silvia; BOSSI, Elena; CASASCO, Guillermina; CONTA,
Edwin; DORRA, Raúl; ZECCHIN, Gigliola. 5 poetas italianos. Traducción y conversaciones. Córdoba: Alción
Editora, 2005.
ANDREINI, Vanna. bruciate/quemadas. Buenos Aires: Siesta, 1998.
ANDREINI, Vanna. Furias. Buenos Aires: Belleza y felicidad, 2003.
ANDREINI, Vanna. Monsterinc. Buenos Aires: Ediciones Vox, 2004.
ANDREINI, Vanna. Fatebenefratelli. Buenos Aires: Barnacle, 2020.
ANTUNES, Maria Alice. «Autotraducción: el caso de João Ubaldo
Ribeiro». En DASILVA, Xosé Manuel;
TANQUEIRO, Helena (eds.). Aproximaciones a la autotraducción. Vigo: Editorial Academia del
Hispanismo, 2011, p. 11-22.
BRAVI, Adrián. La gelosia delle lingue. Macerata: Edizioni Università di Macerata, 2017.
CASTAÑO, Yolanda. La segunda lengua. Madrid: Visor, 2014.
CASTRO, Olga. «Apropiación cultural en las traducciones de una obra (autotraducida): La
proyección exterior de Herba moura de Teresa Moure». En DASILVA, Xosé Manuel; TANQUEIRO, Helena
(eds.). Aproximaciones a la autotraducción. Vigo: Editorial Academia del Hispanismo, 2011, p. 23-43.
DASILVA, Xosé Manuel. «La autotraducción transparente y la autotraducción opaca». En Xosé
Manuel DASILVA, Xosé Manuel; TANQUEIRO, Helena (eds.). Aproximaciones a la autotraducción.
Vigo: Editorial Academia del Hispanismo, 2011, p. 45- 67.
GARAFFA, Maria; SORACE, Antonella; VENDER, Maria. Il cervello bilingue. Roma: Carocci, 2020.
GRUTMAN, Rainier. «Self-Translation». BAKER, Mona; SALDANHA, Gabriela (eds.) Routledge Encyclopedia
of Translation Studies. London: Routledge, 2009, p. 257-260.
GRUTMAN, Rainier. «Diglosia y autotraducción vertical (en y fuera de España)». En DASILVA, Xosé
Manuel; TANQUEIRO, Helena (eds.). Aproximaciones a la autotraducción. Vigo: Editorial Academia del
Hispanismo, 2011, p. 69-91.
KROH, Aleksandra. L'aventure du bilinguisme. Paris: L'Harmattan, 2000.
MARGARIT, Joan. «Sobre les llengües d’aquest llibre / Sobre las lenguas de este libro». Estació de
França. Madrid: Hiperión, 1999, p. 8-11.
MARGARIT, Joan. «Epílogo». En RODRÍGUEZ, Josep. M. Sangre seca. Madrid: Hiperión, 2017, p. 69-72.
MARTÍNEZ PÉRSICO, Marisa. «Palabras en el puño del deseo (prólogo)». PÁEZ, Juan. La niña y el barco
(La poética de Gigliola Zecchin). Córdoba: Alción Editora, 2021, p. 13-24.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
74
MARTÍNEZ PÉRSICO, Marisa. «Entrevista al poeta italomexicano Fabio Morábito». Università degli
Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas anfibias. Escribir entre dos lenguas.
Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 16 de noviembre (2021). https://
www.youtube.com/watch?v=GncJRATflUo [consultado el 22-03-2022]
MARTÍNEZ PÉRSICO, Marisa. «Entrevista al poeta catalán Josep Maria Rodríguez». Università degli
Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas anfibias. Escribir entre dos lenguas.
Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 23 de noviembre (2021). https://
www.youtube.com/watch?v=apcytD1ttTM [consultado el 16-03-2022]
MARTÍNEZ PÉRSICO, Marisa. «Entrevista a la poeta gallega Yolanda Castaño». Università degli Studi
di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas anfibias. Escribir entre dos lenguas. Incontri
dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 2 de diciembre (2021). https://www.youtube.com/
watch?v=jq2BUajhDck [consultado el 28-03-2022]
MARTÍNEZ PÉRSICO, Marisa. «Entrevista a la poeta italoargentina Gigliola Zecchin». Università degli
Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas anfibias. Escribir entre dos lenguas.
Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 9 de diciembre (2021). https://
www.youtube.com/watch?v=huZrvUBO6lk [consultado el 09-03-2022]
MARTÍNEZ PÉRSICO, Marisa. «Entrevista a la poeta italoargentina Vanna Andreini». Università degli
Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas anfibias. Escribir entre dos lenguas.
Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 16 de diciembre (2021).
https://www.youtube.com/watch?v=ZW1OYsXfkq8 [consultado el 27-03-2022]
MOLLOY, Sylvia. Vivir entre lenguas. Buenos Aires: Eterna Cadencia, 2016.
MORÁBITO, Fabio. «Un poema». Vuelta, Ciudad de México, vol. XII, 149 (abril de 1989), p. 12.
MORÁBITO, Fabio. Ventanas encendidas. Antología poética. Madrid: Visor, 2012.
MORÁBITO, Fabio. El idioma materno. México: Sexto piso, 2014.
MUSCHIETTI, Delfina; CARESANI, Rodrigo; PERCIA, Violeta; VIGNOLO, Alejandro. Traducir poesía. Mapa
rítimo, partitura y plataforma flotante. Buenos Aires: Paradiso, 2014.
PÁEZ, Juan. «Mudar de lengua, cambiar de nombre: Entrevista a Gigliola Zecchin, Canela».
Cuadernos del Hipogrifo, Roma, 2016, p. 53-58.
PÁEZ, Juan. La niña y el barco (La poética de Gigliola Zecchin). Córdoba: Alción Editora, 2021.
POCH, Dolors; JULIÀ, Jordi (eds.) Escribir con dos voces. Bilingüismo, contacto idiomático y autotraducción
en literaturas ibéricas. València: Universitat de València, 2020.
RECUENCO PEÑALVER, María. «Más allá de la traducción: la autotraducción». TRANS. Revista de
Traductología, Universidad de Málaga, 15 (2011), p. 193-208.
RODRÍGUEZ, Josep. M. Sangre seca. Madrid: Hiperión, 2017.
ZECCHIN, Gigliola. Lo que cuentan los inmigrantes. Buenos Aires: Sudamericana, 2015.
ZECCHIN, Gigliola. Poesía reunida 2020-2000. Buenos Aires: Ediciones en Danza, 2021.
NOTAS
1. «El bilingüismo no describe solamente a quien tiene una competencia equilibrada en los dos
idiomas y habla ambos al mismo nivel: también es bilingüe quien tiene un idioma dominante y
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
75
usa otro en circunstancias específicas […] de un modo eficaz y adecuado a determinada situación
comunicativa». GARAFFA, Maria; SORACE, Antonella; VENDER, Maria. Il cervello bilingue. Roma: Carocci,
2020, p. 8. La traducción es mía.
2. Esta analogía entre el mundo zoológico y el literario fue utilizada por el sociólogo y lingüista
británico Basil Bernstein pero su productiva aplicación al campo de la crítica de la poesía
contemporánea la he conocido gracias a las investigaciones de la estudiosa italiana Loretta
Frattale sobre el signo poético intermedial de Rafael Alberti, poeta-pintor que combinó el código
verbo-alfabético con el espacio-figurativo para crear una sólida obra que respira y se nutre de los
dos soportes sígnicos y materiales.
3. MOLLOY, Sylvia. Vivir entre lenguas. Buenos Aires: Eterna Cadencia, 2016, p. 23.
4. «A veces me entristezco en una lengua y después me alegro en otra. Y así, saltando de un
idioma a otro, cambio de humor. Al no tener una infancia en italiano, rara vez siento nostalgia en
este idioma». BRAVI, Adrián. La gelosia delle lingue. Macerata: Edizioni Università di Macerata, 2017,
p. 23. La traducción es mía.
5. MORÁBITO, Fabio. El idioma materno. México: Sexto piso, 2014, p. 181.
6. Texto completo en línea:
MARTÍNEZ PÉRSICO,
Marisa. «Entrevista al poeta italomexicano Fabio
Morábito». Università degli Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas anfibias.
Escribir entre dos lenguas. Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 16 de noviembre
(2021). https://www.youtube.com/watch?v=GncJRATflUo [consultado el 22-03-2022]
7. MORÁBITO, Fabio. «Un poema». Vuelta, Ciudad de México, vol. XII, 149 (abril de 1989), p. 12.
8. MORÁBITO, Fabio. Ventanas encendidas. Antología poética. Madrid: Visor, 2012, p. 175-176.
9. MORÁBITO, Fabio. El idioma materno. México: Sexto piso, 2014, p. 149.
10. MORÁBITO, Fabio. Ventanas encendidas. Antología poética. Op.cit., p. 209.
11. Texto completo en línea:
MARTÍNEZ PÉRSICO,
Marisa. «Entrevista al poeta catalán Josep Maria
Rodríguez». Università degli Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas
anfibias. Escribir entre dos lenguas. Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 23 de
noviembre (2021). https://www.youtube.com/watch?v=apcytD1ttTM [consultado el 16-03-2022].
12. MARGARIT, Joan. «Epílogo». En RODRÍGUEZ, Josep. M. Sangre seca. Madrid: Hiperión, 2017, p. 72.
13. RODRÍGUEZ, Josep. M. Sangre seca. Madrid: Hiperión, 2017, p. 40.
14. ANDREINI, Vanna. bruciate/quemadas. Buenos Aires: Siesta, 1998, p. 9.
15. Texto completo en línea: MARTÍNEZ PÉRSICO, Marisa. «Entrevista a la poeta italoargentina Vanna
Andreini». Università degli Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas anfibias.
Escribir entre dos lenguas. Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 16 de diciembre
(2021). https://www.youtube.com/watch?v=ZW1OYsXfkq8 [consultado el 27-03-2022]
16. ANDREINI, Vanna. Fatebenefratelli. Buenos Aires: Barnacle, 2020, p. 16.
17. Ibid., p. 26.
18. Ibid., p. 28.
19. Ibid., p. 12. Existen distintas versiones de esta canción popular infantil italiana que Andreini
cita literalmente en el último verso de su poema. Una de las más conocidas dice: «Vedo la luna,
vedo le stelle,/ vedo Caino che fa le frittelle,/ vedo una tavola apparecchiata,/ vedo Caino che fa
la frittata,/ vedo San Pietro con un fiasco di vino/ che gioca a carte con Caino».
20. Ibid., p. 15.
21. MOLLOY, Sylvia. Vivir entre lenguas. Op.cit., p. 24.
22. En estos temas me detengo en el prólogo que escribí para el ensayo de
PÁEZ,
Juan. La niña y el
barco (La poética de Gigliola Zecchin). Córdoba: Alción Editora, 2021, p. 13-24.
23.
PÁEZ,
Juan. «Mudar de lengua, cambiar de nombre: Entrevista a Gigliola Zecchin, Canela».
Cuadernos del Hipogrifo, Roma, 2016, p. 56.
24. Texto completo en línea:
MARTÍNEZ PÉRSICO ,
Marisa. «Entrevista a la poeta italoargentina
Gigliola Zecchin». Università degli Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
76
anfibias. Escribir entre dos lenguas. Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 9 de
diciembre (2021). https://www.youtube.com/watch?v=huZrvUBO6lk [consultado el 09-03-2022]
25. ZECCHIN, Gigliola. Poesía reunida 2020-2000. Buenos Aires: Ediciones en Danza, 2021, p. 122.
26. ACCAME, Jorge; ANDRUETTO, María Teresa; BAREI, Silvia; BOSSI, Elena; CASASCO, Guillermina; CONTA,
Edwin; DORRA, Raúl; ZECCHIN, Gigliola. 5 poetas italianos. Traducción y conversaciones. Córdoba: Alción
Editora, 2005, p. 60.
27. CASTAÑO, Yolanda. La segunda lengua. Madrid: Visor, 2014, p. 90.
28. Ibid., p. 95.
29. Texto completo en línea: Martínez Pérsico, Marisa. «Entrevista a la poeta gallega Yolanda
Castaño». Università degli Studi di Udine: Poetiche anfibie. Scrivere tra due lingue / Poéticas anfibias.
Escribir entre dos lenguas. Incontri dedicati alla poesia, la traduzione e il bilinguismo, 2 de diciembre
(2021). https://www.youtube.com/watch?v=jq2BUajhDck [consultado el 28-03-2022].
30.
ANTUNES,
Manuel;
Maria Alice. «Autotraducción: el caso de João Ubaldo Ribeiro». En
TANQUEIRO,
DASILVA,
Xosé
Helena (eds.). Aproximaciones a la autotraducción. Vigo: Editorial Academia del
Hispanismo, 2011, p. 14.
31. VIDAL-CONTE, Mireia. Comunicación personal. Correo electrónico del 4 de marzo de 2021.
32. MARGARIT, Joan. «Sobre les llengües d’aquest llibre / Sobre las lenguas de este libro». Estació de
França. Madrid: Hiperión, 1999, p. 11.
33.
POCH,
Dolors;
JULIÀ
Jordi (eds.). Escribir con dos voces. Bilingüismo, contacto idiomático y
autotraducción en literaturas ibéricas. València: Universitat de València, 2020, p. 7.
RESÚMENES
À travers la méthodologie de l'étude de cas, cet article analyse quelques-unes des modalités que
le bilinguisme endogène ou exogène acquiert. Je présente quelques biographies linguistiques de
poètes des communautés historiques d'Espagne, ainsi que d’Italie et d’Amérique latine,
interrogés pour cette recherche : Fabio Morábito (Italie-Mexique), Gigliola Zecchin (ItalieArgentine), Yolanda Castaño (Espagne : Galice), Josep Maria Rodríguez (Espagne : Catalogne) et
Vanna Andreini (Italie-Argentine). Nous incluons également les commentaires ou déclarations
des Catalans Joan Margarit et Mireia Vidal-Conte et des Argentins Sylvia Molloy et Adrián Bravi.
L’étude est complétée par quelques réflexions sur l'autotraduction verticale et horizontale, le
rôle de la scolarisation dans la compétence bilingue et l'impact du contact linguistique sur
l’idiolecte poétique (changement de code, emprunts, calques, allusions ou citations
intertextuelles), ainsi que l’invention de métaphores somatiques pour décrire le propre
bilinguisme.
This paper analyzes some of the modalities acquired by endogenous or exogenous bilingualism
through the methodology of the case study. I present some linguistic biographies of poets from
the historical communities of Spain, as well as from Italy and Latin America interviewed for this
research: Fabio Morábito (Italy-Mexico), Gigliola Zecchin (Italy-Argentina), Yolanda Castaño
(Spain: Galicia), Josep Maria Rodríguez (Spain: Catalonia) and Vanna Andreini (Italy-Argentina).
Also included are comments by the Catalans Joan Margarit and Mireia Vidal-Conte and the
Argentines Sylvia Molloy and Adrián Bravi. The study is completed with some reflections on
vertical and horizontal self-translation, the role of schooling in bilingual competence and the
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
77
impact of linguistic contact on the poetic idiolect (code switching, loanwords, calques, allusions,
or intertextual quotations) as well as the coining somatic metaphors to describe one’s own
bilingualism.
ÍNDICE
Keywords: bilingualism, self-translation, poetry, endogenous translation, exogenous translation
Mots-clés: bilinguisme, autotraduction, poésie, traduction endogène, traduction exogène
AUTOR
MARISA MARTÍNEZ PÉRSICO
Università degli Studi di Udine
marisa.martinezpersico[at]uniud.it
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
78
Requiem, d’Antonio Tabucchi ou
l’aventure portugaise d’un Italien
Aina López Montagut
Se qualcuno mi chiedesse perché questa storia è
stata scritta
in portoghese, risponderei che una storia come
questa
avrebbe potuto essere scritta solo in portoghese,
e basta.1
Antonio TABUCCHI
1
Beaucoup d’auteurs écrivent dans une seule langue et ne se traduisent jamais, d’autres
illustrent des cas de bilinguisme ou plurilinguisme d’écriture, d’autres encore écrivent
toujours dans une langue qui n’est pas leur langue première et enfin, certains écrivent
et s’auto-traduisent. Il existe cependant aussi des auteurs qui, pour une raison donnée,
écrivent exceptionnellement une œuvre dans une langue qu’ils n’ont pas l’habitude
d’utiliser comme outil d’écriture. C’est le cas, par exemple, d’Antonio Tabucchi, Italien
amoureux du Portugal et de sa langue, qui produit l’une de ses œuvres en portugais :
Requiem (1991). Il s’agit là d’un excellent exemple d’alloglossie.
2
L’alloglossie est un choix linguistique extrêmement intéressant en ce qu’il peut être
justifié de différentes façons.
Parfois, c’est la situation politique du pays de l’auteur ou ce qui en découle qui le
pousse à s’exiler et par conséquent à expatrier son écriture, en passant par le choix
d’une autre langue (par exemple Milan Kundera ou Eduardo Manet, tous deux avec le
français). Il arrive également que ce soient des raisons socio-culturelles comme le poids
culturel et esthétique d’une langue dans la société (par exemple Filippo Tommaso
Marinetti ou Martino da Canale, eux aussi écrivains en français). Enfin, il peut aussi y
avoir des raisons affectives (par exemple Elias Canetti, en langue allemande) ou bien
d’autres raisons que nous ne citerons pas ici.
3
En règle générale, les auteurs concernés justifient tant bien que mal leurs choix
linguistiques. Tout comme Elias Canetti, Antonio Tabucchi entre dans la catégorie des
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
79
écrivains qui ont, à un moment donné, changé leur langue d’écriture pour des raisons
affectives, que ce soit pour toute la production littéraire à venir ou bien pour une seule
œuvre.
Qu’ils se contentent d’écrire dans la langue autre, ou qu’ils décident de créer un pont
littéraire entre deux systèmes linguistiques, les auteurs transmettent bien souvent à
travers leurs écrits la volonté et parfois même la preuve d’une acquisition linguistique
et culturelle complètes et une grande intercompréhension entre les langues utilisées
dans leur écriture.
4
Nous analyserons dans cet article l’exemple de Tabucchi. Nous pourrions émettre
l’hypothèse d’un choix linguistique fait par facilité, puisque l’auteur domine à la
perfection la langue source. Cependant nous verrons que l’écriture en portugais se
justifie par des raisons plus sentimentales2 mais qu’elle s’est imposée surtout après un
essai d’écriture dans une autre langue source. Nous verrons également que son
deuxième choix, à savoir celui de ne pas traduire lui-même l’œuvre dans sa langue
maternelle, l’italien, est tout à fait justifié.
Nous présenterons tout d’abord une brève biographie afin de mieux comprendre les
acquis linguistiques de l’auteur puis passerons dans un deuxième temps à l’étude de cas
avec des exemples tirés du roman Requiem, ainsi qu’à des propositions de traduction.
Les citations extraites des traductions permettront d’illustrer la grande liberté que
prennent ou doivent prendre, par obligation, les traducteurs, dans certains cas précis,
comme par exemple lorsqu’il y a des jeux de mots.
5
Antonio Tabucchi grandit dans une famille italienne et vit son enfance en Toscane. Il se
spécialise pendant ses études en littérature portugaise et s’intéresse tout
particulièrement à l’œuvre de Fernando Pessoa. Son expérience professionnelle en tant
que professeur des universités lui permet d’enseigner dans différentes universités
italiennes et de traduire entre autres de nombreuses œuvres de Fernando Pessoa, ce qui
le rendit célèbre dans son pays. Dans sa production littéraire, il est tout
particulièrement influencé par des auteurs étrangers tels que Gustave Flaubert, Miguel
de Unamuno et Jorge Luis Borges, ou encore italiens comme Luigi Pirandello.
Il a publié de nombreux romans, mais également des recueils de nouvelles, deux
monologues pour le théâtre, ainsi que plusieurs essais sur la narration, le récit, le
surréalisme et sur l’œuvre de Fernando Pessoa.
Tabucchi a un lien très fort avec le Portugal, sa langue et sa culture, dès le début de ses
études, et ce jusqu’à sa mort, puisqu’il vit une partie de sa vie à Lisbonne, aux côtés de
son épouse portugaise.
6
Son cas est extrêmement intéressant en ce qu’il illustre à la fois deux choix
linguistiques d’écriture. D’une part, l’alloglossie avec son roman Requiem (1991) écrit en
portugais, d’autre part un bilinguisme d’écriture pour sa production littéraire générale,
puisque le reste de ses œuvres, produites aussi bien avant qu’après Requiem, sont en
italien.
Au sujet de son lien avec la langue portugaise, l’auteur déclare :
Moi et le portugais, on s’est adopté mutuellement. Écrire un texte littéraire dans
une autre langue que la sienne est une expérience très importante. […] chaque
langue porte en soi un bagage émotionnel différent. Et lorsqu’on a écrit un roman
dans une autre langue, on ne peut plus dire que cette langue ne nous appartient
pas. On se l’est appropriée totalement. À partir de là, on a deux langues. C’est une
source d’enrichissement permanente, chacune des deux cultures et des deux
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
80
langues ayant sa propre vérité. Peu à peu on devient une troisième réalité à cheval
sur deux cultures3.
Ce lien tout d’abord intellectuel puis assez vite affectif avec la langue de Pessoa, permet
à Tabucchi d’avoir une connaissance précise et absolue du portugais. Ainsi, lorsque le
hasard le mène à devoir faire un choix entre produire un texte en italien ou en
portugais, dans des circonstances que nous verrons par la suite, le portugais ne lui pose
aucun problème, ce qui lui offre une grande liberté. Nous verrons à présent que la
genèse de Requiem justifie, ne serait-ce que pour l’auteur, son choix linguistique.
7
Requiem suit le personnage principal, qui n’est jamais nommé, pendant toute une
journée, à travers Lisbonne. Le protagoniste enchaîne en rêve les rencontres, parfois
insolites, avec des fantômes de son passé parmi lesquels son père. Chacun des
personnages qu’il rencontre lui apprend quelque chose comme une recette culinaire ou
engage avec lui une conversation beaucoup plus profonde. Tous les événements qui se
produisent le long de ce roman fantastique conduisent le protagoniste à la mystérieuse
rencontre finale, avec celui que l’on devine être l’un de ses plus grands inspirateurs,
Fernando Pessoa.
Tabucchi justifie par ailleurs le choix du sous-titre de son œuvre, Requiem. Uma
alucinaçaõ, lors d’un échange avec Carlos Gumpert :
[…] c’est de cela que parle ce livre, des visites que reçoit le protagoniste, car c’est
lui, apparemment, qui rend visite aux fantômes, alors qu’en réalité il se passe le
contraire : […] ce sont les fantômes qui viennent à sa rencontre. Le narrateur ne
peut faire autrement qu’accepter ces conversations […] et il le fait probablement
dans une sorte d’hallucination, d’où le sous-titre que j’ai donné à l’œuvre, qui est
celui-ci : “une hallucination”4.
8
Dans la genèse de l’écriture de Requiem (1991), Tabucchi évoque dans un premier temps
le rêve qu’il a fait de son père décédé. Dans ce rêve, il s’adresse à ce dernier en
portugais, alors qu’il avait l’habitude de lui parler en italien, sa langue maternelle.
L’étrangeté de cette situation pousse le romancier à traduire en italien les notes prises
en portugais suite à son rêve, mais le résultat ne le satisfait guère, car le texte s’avère
maladroit et artificiel. Il affirme en effet la chose suivante : « […] une voix m’était
arrivée dans une langue et je l’avais travestie ; j’avais défiguré un texte littéraire, c’està-dire une créature qui était née d’une certaine manière, qui s’était exprimée en
quelques pages dans sa langue à elle »5.
9
L’imperfection du texte que Tabucchi est en train de rédiger dans sa langue maternelle,
lui ouvre les yeux sur une réalité qui n’est autre que la traduction d’un choix
linguistique logique : « Se qualcuno mi chiedesse perché questa storia è stata scritta in
portoghese, risponderei che una storia come questa avrebbe potuto essere scritta solo
in portoghese, e basta »6.
10
Pour Tabucchi, il est évident que l’histoire rêvée, que ce soit en raison du contexte ou
de la langue employée par son père puis par lui-même dans leur échange oral, ne peut
être retranscrite que dans la langue originale, à savoir le portugais. Pourtant, la langue
de son père et de sa mère était le dialecte toscan, avec ses particularités lexicales et
musicales, et Tabucchi a été élevé dans un seul univers linguistique, sans aucune
interférence. Cela rend donc l’échange en portugais avec son père étrange aux yeux de
Tabucchi, bien que ce soit dans le monde onirique.
Il affirme en effet la chose suivante : « Ho capito che non potevo scrivere un Requiem
nella mia lingua, e che avevo bisogno di una lingua differente : una lingua che fosse un
luogo di affetto e di riflessione »7.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
81
11
Requiem est le seul livre qu’Antonio Tabucchi a écrit en portugais, une langue qu’il a
faite sienne, alors qu’il a refusé de s’autotraduire en italien. Il a choisi de vivre cette
situation qu’est le bilinguisme d’écriture car sa relation avec le Portugal, les Portugais
et la langue portugaise est une relation d’admiration, à laquelle s’ajoute un profond
sentiment d’affection, comme le précise l’écrivain lui-même dans le paratexte de
Requiem : « […] questo libro è un omaggio ad un paese che io ho adottato e che mi ha
adottato a sua volta, ad una gente a cui sono piaciuto e che, a sua volta, è piaciuta a
me »8.
Le cas de cette œuvre est donc à la fois, comme nous l’avons dit, une illustration d’un
cas d’alloglossie, de bilinguisme d’écriture et se caractérise de plus par le refus de
Tabucchi de s’auto-traduire en italien, laissant ainsi la traduction à un autre locuteur
de sa langue maternelle.
12
L’auteur justifie de quatre façons son choix de ne pas retranscrire son texte en italien.
Premièrement, il fait référence au fait qu’il s’agit d’une aventure mentale vécue en
portugais et qui ne peut être revécue dans une autre langue. Deuxièmement, l’autotraduction aurait impliqué une réécriture du livre. Troisièmement, Tabucchi souhaite
que son livre soit reçu comme une œuvre étrangère dans son pays d’origine, mais aussi
reconnu et consacré au Portugal. Enfin, l’auteur avoue une certaine crainte face au défi
que représente la production d’une même œuvre dans deux langues :
j’ai manqué de courage pour parcourir en même temps mes deux rivages
linguistiques et affectifs […]. J’ai été capable d’aller jusqu’à l’autre rive, oui, mais
non de m’en revenir avec le même bateau9.
Pour résumer la genèse linguistique particulièrement originale de Requiem, nous
présentons le schéma suivant :
Schéma proposant de résumer la genèse linguistique de Requiem d’Antonio Tabucchi
Document réalisé par l’auteure de l’article
L’absence d’autotraduction de la part d’Antonio Tabucchi lui permet d’éviter des
difficultés linguistiques, propres à chaque traduction, mais également la traduction de
jeux de mots ou le fait de devoir faire des choix entre traduire ou adapter.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
82
13
Nous allons voir à présent quelques exemples comparatifs entre la version originale en
portugais de Tabucchi, la traduction italienne de Sergio Vecchio et la traduction
française d’Isabelle Pereira.
Exemple 1.
Portugais : « Gostar na terceira pessoa mas é também a criada do menino, disse o
Revisor do Comboio, faz ideia do que é que pode ser ? O Revisor do Comboio sentouse à minha frente e mostrou-me as palavras-cruzadas do jornal. Quantas letras ?,
perguntei. Três, disse ele. Ama, disse eu, deve ser ama » 10.
Italien : « Voler bene in prima persona ma anche uncino, disse il Controllore del
Treno, ha idea di cosa possa essere ? Il Controllore del Treno si sedette di fronte a
me e mi mostrò il cruciverba del giornale. Quante lettere ?, chiesi. Tre, disse lui.
Amo, dissi io, sarà amo »11.
Français : « Instrument qu’on sonne à la chasse, mais ça peut aussi faire mal aux
pieds, dit le Contrôleur du Train, vous voyez ce que ça peut être ? Le Contrôleur du
Train s’assit en face de moi et me montra les mots croisés de son journal. Combien
de lettres ? Demandai-je. Trois, dit-il. Cor, dis-je, ce doit être cor » 12.
14
Texte portugais : Dans la première question du jeu de mots, Tabucchi joue sur
l’ambigüité des deux verbes portugais « amar » et « gostar ». La deuxième partie de la
définition donnée permet au lecteur portugais de comprendre qu’il s’agit du verbe
« amar » puisqu’il sait que la solution ne comporte que trois lettres, d’où l’impossibilité
d’avoir une construction verbale basée sur la racine « gost- ». On trouve cette même
dynamique dans les deux traductions, qui respectent ainsi la logique des mots croisés.
15
Version italienne : Nous trouvons dans la version italienne la même situation que dans
le texte source en portugais. En effet, la définition donnée par le traducteur Sergio
Vecchio concerne l’expression « voler bene » : « voler bene in prima persona ». Par la
suite nous savons que là aussi le mot concerné n’a que trois lettres, donc il ne peut pas
s’agir de la forme à la première personne « voglio bene », mais d’un synonyme. De
surcroît le traducteur italien a été obligé de passer de la « terceira pessoa » du texte
portugais à une « prima persona » en italien, étant donné que « ama », troisième
personne du singulier du verbe « amare », est un terme qui n’a de sens en italien que
dans cette forme verbale, ce qui empêcherait le jeu linguistique du texte original qui
comprend deux homonymes.
En outre le traducteur a ajouté, comme dans le texte portugais, une deuxième
définition afin que le lecteur ne pense pas à « voglio bene » : il propose « ma anche
uncino », « uncino » étant un « hameçon », un « crochet ».
16
Version française : Dans les deux cas de traduction, aussi bien en italien qu’en
français, le choix du traducteur s’avérait plus complexe qu’une traduction à
proprement parler, puisqu’il devait ici adapter la définition à la langue du lecteur cible,
en donnant deux définitions correspondant à un même mot final qui serait donc
polysémique. En français, Isabelle Pereira a gardé le nombre de lettres – trois – et
propose des définitions n’ayant rien à voir avec celles proposées en portugais par
Antonio Tabucchi. En effet, avec le verbe « aimer » (ou une de ses formes dérivées), il
est difficile de trouver un autre homonyme homographe. Isabelle Pereira a donc été
obligée de chercher une solution dans un autre champ lexical ; elle propose une
alternative : « instrument qu’on sonne à la chasse, mais ça peut aussi faire mal aux
pieds ».
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
83
17
Dans ce cas concret, il est évident qu’Isabelle Pereira avait beaucoup plus de liberté de
choix que Sergio Vecchio, puisqu’elle n’était pas contrainte par le champ lexical du
texte source. Ainsi, un grand nombre de solutions auraient pu être envisagé, que ce soit
en gardant le nombre de lettres des mots croisés du texte original, ou bien que ce soit
en le modifiant.
Par exemple, nous proposons :
• « Sensation auditive, mais ça peut aussi être une céréale, dit le Contrôleur du Train, vous
voyez ce que ça peut être ? Le Contrôleur du Train s’assit en face de moi et me montra les
mots croisés de son journal. Combien de lettres ? Demandai-je. Trois, dit-il. Son, dis-je, ce
doit être son ».
• « Adjectif possessif masculin à la deuxième personne du singulier, mais ça peut aussi être la
hauteur de la voix à un moment donné, dit le Contrôleur du Train, vous voyez ce que ça peut
être ? Le Contrôleur du Train s’assit en face de moi et me montra les mots croisés de son
journal. Combien de lettres ? Demandai-je. Trois, dit-il. Ton, dis-je, ce doit être ton ».
• « Forme verbale à la deuxième personne du singulier, mais ça peut aussi être un plat, dit le
Contrôleur du Train, vous voyez ce que ça peut être ? Le Contrôleur du Train s’assit en face
de moi et me montra les mots croisés de son journal. Combien de lettres ? Demandai-je.
Quatre, dit-il. Mets, dis-je, ce doit être mets ».
18
Voyons à présent un deuxième exemple des difficultés posées par ce texte :
Exemple 2.
Portugais : « E bebem coca-cola, acrescentou, passam o dia a beber aquela porcaria,
não sei se o senhor já esteve na praia de Oeiras na segunda-feira de manhã, está
tudo cheio de caricas, é um tapete de caricas. Caricas ?, disse eu, não conheço a
palavra. É a tampinha da garrafa, disse o Revisor do Comboio, é como o povo lhe
chama »13.
Italien : « E bevono coca cola, aggiunse, passano il giorno a bere quella vaccata, non
so se il signore sia mai stato sulla spiaggia di Oeiras il lunedì mattina, è tutta piena
di botoletti, un tappeto di botoletti. Botoletti ?, dissi io, e cosa vuol dire ? Sono i
tappi delle bottiglie, disse il Controllore del Treno, è così che la gente li chiama » 14.
Français : « Et ça boit du Coca-Cola, ajouta-t-il, ils passent leur journée à boire cette
saleté, je ne sais pas si vous êtes déjà allé sur la plage d’Oeiras le lundi matin, c’est
rempli de caricas, c’est un tapis de caricas. Caricas? dis-je, je ne connais pas ce motlà. C’est les capsules de bouteilles, c’est comme ça que les gens les appellent » 15.
19
Texte portugais : Le problème qui se posait ici pour le traducteur concernait l’emploi
du mot « caricas ». Si l’on cherche la définition du mot dans un dictionnaire portugaisfrançais tel que celui de Domingos de Azevedo16, on ne trouve rien. Cependant, si on
consulte le dictionnaire unilingue portugais Dicionário da Língua Portuguesa, on trouve la
définition suivante : « carica : cápsula de garrafa » 17, c’est-à-dire le bouchon d’une
bouteille. Le traducteur pouvait donc tout à fait traduire « carica » aussi bien en italien
qu’en français, par « tappo » et « bouchon ». Néanmoins le lecteur apprend à la fin de
l’extrait que « é como o povo lhe chama », c’est-à-dire le terme utilisé dans un registre
plus courant.
Le traducteur avait le choix entre :
• laisser le terme portugais : entre guillemets, en italique, ou en caractères romains et sans
aucune marque de différenciation, tout en expliquant et ou en traduisant le mot en bas de
page ;
• traduire le mot dans son texte.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
84
20
Version italienne : Sergio Vecchio propose comme traduction « è tutta piena di
botoletti ». Il ne se contente donc pas de garder le terme du texte source. Le substantif
choisi fait référence à quelque chose de petit et rond. Quelques dictionnaires
étymologiques consultés donnent une définition qui fait référence à quelque chose de
petit : un petit chien (« botolo », selon Carlo Battisti et Giovanni Alessio 18), une petite
saucisse (« botellus », dans le Lessico etimologico italiano 19) et un petit garçon (« PUER »
aurait donné PŬTUS -« petit garçon »-, puis le diminutif PŬTULUS qui aurait à son tour
donné « botolo » en italien, selon Le Grand Gaffiot20).
De plus, pour l’expression « tappi delle bottiglie » il n’existe pas de mot en italien qui
résume cette idée, puisque « tappo » peut être utilisé pour divers contenants. Le
traducteur se devait donc de trouver une solution autre.
En outre, la négation esquissée par « não conheço a palavra » a été traduite en italien
par une question directe « e cosa vuol dire ? », ce qui correspondrait à la réaction
logique de tout lecteur piqué de curiosité après avoir entendu un mot inconnu.
21
Version française : Ce qui s’avère extrêmement intéressant est le fait que pour un
même passage les deux traducteurs ont opté pour des solutions opposées. Nous
rappelons que Sergio Vecchio a choisi de trouver une « équivalence » dans la langue
source et Isabelle Pereira a quant à elle opté pour la conservation du mot, présenté en
caractères italiques, afin de montrer au lecteur qu’il s’agit d’un terme emprunté du
texte d’origine, en langue source. En effet, la traductrice propose « c’est rempli de
caricas, c’est un tapis de caricas. Caricas ? Dis-je, je ne connais pas ce mot-là. C’est les
capsules de bouteilles, c’est comme ça que les gens les appellent ». Ainsi la traductrice
invite le lecteur à découvrir le terme portugais et se plonger dans l’environnement du
personnage, et évite par là de devoir trouver une équivalence en français.
En ce qui concerne la question directe posée par S. Vecchio dans « e cosa vuol dire ? »,
Pereira respecte l’idée illustrée en portugais et ne propose qu’une phrase montrant que
le personnage principal ne connaît pas le terme : « je ne connais pas ce mot-là ».
22
Pour conclure, nous avons vu à travers le cas particulier d’Antonio Tabucchi, un
exemple d’alloglossie exceptionnel dans un contexte de bilinguisme parfait et
d’intégration culturelle, affective et sociale absolue.
En effet, le bilinguisme d’écriture s’avère être à la fois représentatif d’une alternance
codique et d’une alternance sociale. L’expatriation de l’écrivain, qui dans un premier
temps risque de souffrir de cette situation, devient vite un trésor, aussi bien pour ce
dernier que pour tout lecteur qui trouvera dans sa langue habituelle de lecture un
contenu lexico-culturel autre.
Ainsi, ces chevauchements culturels n’en seront que plus bénéfiques pour l’auteur
(parfois auto-traducteur) et le lecteur. Les chevauchements linguistiques seront, quant
à eux, acceptables et acceptés tant qu’ils ne prendront pas le pas sur l’identité
linguistique de l’un des codes.
23
Par ailleurs, en ce qui concerne plus concrètement la genèse linguistique de Requiem,
expliquée précédemment, elle montre à quel point l’acquisition d’un bilinguisme
équilibré ne signifie pas forcément être en mesure d’écrire la même chose dans les deux
langues. En effet, comme pour la communication orale, il est tout à fait commun que
certains concepts ou sentiments soient dits dans une langue ou dans une autre, en
fonction entre autres du lien affectif que le locuteur ou l’auteur ont avec ladite langue.
Ainsi, on dira parfois que l’on aime plus facilement dans une langue, on jurera peut-
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
85
être plutôt dans une autre, tout comme Antonio Tabucchi, Italien, qui a déclaré son
amour pour Lisbonne, le Portugal et la langue portugaise dans sa langue de cœur, le
portugais, et non dans sa langue de sang, l’italien, refusant également de s’autotraduire.
24
Nous clôturons cet article avec une citation d’Antonio Tabucchi :Qui sait si un roman
écrit dans une langue qui n’est pas la nôtre ne peut pas naître d’un minuscule mot qui,
lui, est exclusivement à nous, et n’appartient à personne d’autre. Une syllabe peut
parfois contenir un univers21.
BIBLIOGRAPHIE
Dicionário da Língua Portuguesa. Porto : Dicionários Editora, Porto Editora, 1997.
Le Grand Gaffiot. Dictionnaire Latin Français. Paris : Hachette, 2000.
AZEVEDO, Domingos de. Grande Dicionário de Português/ Francês. Braga : Bertrand Editoria, 1992.
BATTISTI, Carlo (ed.). Dizionario etimologico italiano. Florence : G. Barberà Editore, 1975.
COYAULT, Sylviane (études rassemblées et présentées par). L’écrivain et sa langue : romans d’amour.
De Marcel Proust à Richard Millet. Clermont-Ferrand : Presses Universitaires Blaise Pascal, 2005.
GUMPERT, Carlos. L’atelier de l’écrivain. Conversations avec Antonio Tabucchi (trad. de l’espagnol par M.
J. Wagner). Genouilleux : La passe du vent, 2001.
PAZ, Octavio. Traducción : literatura y literalidad. Barcelone : Tusquets Editor, Cuadernos Marginales
18, 1971.
PERLI, Antonello. Auctor in fabula. Un essai sur la poétique de Tabucchi. Ravenne : Giorgio Pozzi
Editore, 2010.
PFISTER, Max. LEI. Lessico etimologico italiano, vol. VI. Göttingen : Hubert & Co., 1991.
TABUCCHI, Antonio. Requiem. Uma alucinaçaõ. Lisbonne : Dom Quixote, 2007 [1 e éd. 1991].
TABUCCHI, Antonio. Requiem. (trad. du portugais par Sergio Vecchio). Milan : Feltrinelli, 2008 [1 e
éd. 1992].
TABUCCHI, Antonio. Requiem (trad. du portugais par Isabelle Pereira). Paris : Gallimard, 2009 [1 e éd.
1993].
NOTES
1. TABUCCHI, Antonio. Requiem (trad. du portugais par Sergio Vecchio). Milan : Feltrinelli, 2008 [1 e
éd. 1993], p. 7. Traduction de la citation : « Si quelqu’un me demandait pourquoi cette histoire a
été écrite en portugais, je répondrais qu’une histoire comme celle-ci n’aurait pu être écrite qu’en
portugais, un point c’est tout ».
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
86
2. Nous renvoyons vers
COYAULT,
Sylviane (études rassemblées et présentées par). L’écrivain et sa
langue : romans d’amour. De Marcel Proust à Richard Millet. Clermont-Ferrand : Presses Universitaires
Blaise Pascal, 2005.
3. Antonio Tabucchi, cité par PERLI, Antonello. Auctor in fabula. Un essai sur la poétique de Tabucchi.
Ravenne : Giorgio Pozzi Editore, 2010, p. 132.
4. GUMPERT, Carlos. L’atelier de l’écrivain. Conversations avec Antonio Tabucchi (trad. de l’espagnol par
M. J. Wagner). Genouilleux : La passe du vent, 2001, p. 240.
5.
TABUCCHI,
Antonio. Requiem (« Un univers dans une syllabe »). Paris : Gallimard, 2009, p.
180-181.
6. TABUCCHI, Antonio. Requiem (trad. du portugais par Sergio Vecchio). Op. cit., p. 7. Traduction de
la citation : « Si quelqu’un me demandait pourquoi cette histoire a été écrite en portugais, je
répondrais qu’une histoire comme celle-ci n’aurait pu être écrite qu’en portugais, un point c’est
tout ».
7. Ibid., p. 7. Traduction de la citation : « J’ai compris que je ne pouvais pas écrire un Requiem dans
ma langue et que j’avais besoin d’une langue différente : une langue qui fût un lieu d’affection et
de réflexion ».
8. GUMPERT, Carlos. L’atelier de l’écrivain. Op. cit., p. 7-8. Traduction de la citation : « […] ce livre est
un hommage à un pays que j’ai adopté et qui m’a adopté en retour, à des gens à qui j’ai plu et qui,
à leur tour, m’ont plu ».
9. Ibid., p. 239-240.
10. TABUCCHI, Antonio. Requiem. Uma alucinaçaõ. Lisbonne : Dom Quixote, 2007 [1 e éd. 1991], p. 79.
11. TABUCCHI, Antonio. Requiem (trad. du portugais par Sergio Vecchio). Op. cit., p. 83.
12. TABUCCHI, Antonio. Requiem (trad. du portugais par Isabelle Pereira). Op. cit., p. 93.
13. TABUCCHI, Antonio. Requiem. Uma alucinaçaõ. Op. cit., p. 80.
14. TABUCCHI, Antonio. Requiem (trad. du portugais par Sergio Vecchio). Op.cit., p. 84.
15. TABUCCHI, Antonio. Requiem (trad. du portugais par Isabelle Pereira). Op. cit., p. 94-95.
16. AZEVEDO, Domingos de. Grande Dicionário de Português/ Francês. Braga : Bertrand Editoria, 1992.
17. Dicionário da Língua Portuguesa. Porto : Dicionários Editora, Porto Editora, 1997, p. 318.
18. BATTISTI, Carlo (ed.). Dizionario etimologico italiano. Florence : G. Barberà Editore, 1975, p. 573. Ce
dictionnaire donne une deuxième définition pour le terme ; il s’agirait aussi d’une « specie di
cefalo ». Peut-être pouvons-nous aussi y voir la petitesse des bouchons des bouteilles (dans ce cas
le dictionnaire nous signale que l’étymologie n’est pas connue), p. 573.
19. PFISTER, Max. LEI. Lessico etimologico italiano, vol. VI. Göttingen : Hubert & Co., 1991, p. 1291.
20. Le Grand Gaffiot. Dictionnaire Latin Français. Paris : Hachette, 2000, p. 1299.
21. TABUCCHI, Antonio. Requiem (trad. du portugais par Isabelle Pereira). Op. cit., p. 185.
RÉSUMÉS
L’alloglossie peut s’expliquer de différentes façons : que ce soit pour des raisons politiques, socioculturelles, affectives ou d’autres encore, les auteurs concernés justifient tant bien que mal leurs
choix linguistiques. Qu’ils se contentent d’écrire dans la langue autre, ou qu’ils décident de créer
un pont littéraire entre deux systèmes linguistiques, les écrits qu’ils produisent traduisent la
volonté et parfois même la preuve d’une acquisition linguistique, ainsi qu’une grande
intercompréhension entre les langues utilisées.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
87
Nous nous intéresserons ici au cas de l’auteur italien Antonio Tabucchi, et tout particulièrement
au roman Requiem (1991), écrit en portugais. Cet exemple est d’autant plus intéressant que
l’auteur a refusé de s’autotraduire en italien, laissant ainsi la traduction à un autre locuteur de sa
langue maternelle. Tabucchi justifie très clairement le pourquoi de ce choix de langue d’écriture,
qui s’est imposé à lui comme une évidence.
Alloglossia can be explained in different ways: whether for political, socio-cultural, emotional or
other reasons, the authors concerned justify their linguistic choices to some extent. Whether
they simply write in the other language, or decide to create a literary bridge between two
language systems, the writing they produce reflects a willingness and sometimes even evidence
of linguistic acquisition, as well as a high degree of inter-comprehension between the languages
used.
We will focus here on the case of the Italian author Antonio Tabucchi, and particularly on the
novel Requiem (1991), written in Portuguese. This example is all the more interesting because the
author refused to translate himself into Italian, leaving the translation to another native speaker.
Tabucchi justifies very clearly the reasons for this choice of writing language, which was obvious
to him.
INDEX
Keywords : alloglossia, translation, self-translation, Tabucchi, Requiem, Portuguese, Italian
Mots-clés : alloglossie, traduction, autotraduction, Tabucchi, Requiem, portugais, italien
AUTEUR
AINA LÓPEZ MONTAGUT
Docteure Sorbonne Université
ainalopezmont[at]gmail.com
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
88
Plus d’une langue : le sentiment de la
langue et ses usages littéraires chez
Carme Riera et Ponç Pons
Mònica Güell
« On n’habite pas un pays, on habite une langue.
Une patrie, c’est cela et rien d’autre. »
Cioran, Aveux et anathèmes
1
« On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre » 1.
On pourrait corriger la maxime de Cioran en mettant le mot au pluriel : on habite des
langues. Notre approche des écritures plurilingues et du sentiment de la langue annoncée
dans le titre de l’article ne sera pas sociolinguistique, bien que les apports de cette
discipline soient nécessaires pour aborder l’histoire linguistique des Catalans. Le tout
récent livre de Mireia Galindo, Carles de Rosselló et Francesc Bernat 2 est un précieux
outil pour comprendre la place du castillan dans la Catalogne contemporaine et le
processus qui a mené à une Catalogne bilingue parmi les classes populaires. De même,
l’article de Mercè Pujol « Quelques repères macrosociolinguistiques et
microlinguistiques du catalan pour comprendre sa situation actuelle en Catalogne » a le
mérite de la clarté3. En Catalogne, le débat sur la langue est brûlant d’actualité, dans un
contexte politique très troublé.
2
Nous aborderons ici les écritures plurilingues d’un point de vue littéraire, à partir des
exemples du poète de Minorque Ponç Pons et de la romancière de Majorque Carme
Riera. Le titre « Plus d’une langue », un peu flou, est emprunté à Barbara Cassin et il
permet de recouvrir le vaste champ sémantique du plurilinguisme, du multilinguisme,
du bilinguisme4.
3
Carme Riera est née en 1948, Ponç Pons en 1956 : tous deux ont été élevés dans
l’Espagne franquiste, lorsqu’écrire en catalan tenait de la résistance. Leur choix
linguistique tient aussi de la relation intime avec une langue, que nous appelons
sentiment de la langue5, et de l’écolinguistique aujourd’hui. Comment habitent-ils leurs
langues ? Leur langue de plume et de cœur est certes le catalan, dans les variantes
diatopiques baléares (majorquine ou minorquine), mais leurs ouvrages sont aussi
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
89
traversés par d’autres langues. Comment cohabitent-elles ? De surcroît, les réflexions
épilinguistiques ou métalinguistiques y sont nombreuses.
4
L’objectif de cet article est d’analyser le rapport de ces auteurs des Baléares au catalan
et aux autres langues dans certains de leurs ouvrages qui relèvent des écritures du soi.
Ainsi, nous étudierons dans la première partie Els ullastres de Manhattan, de Ponç Pons,
puis dans la deuxième partie Temps d’innocència et Les darreres paraules de Carme Riera.
Els ullastres de Manhattan, écrit en 2007 mais publié en 2020, a la forme d’un journal de
bord d’un voyage à New York, où le poète avait été invité à un récital de poésie. Temps
d’innocència, paru en 2013, est présenté comme un ouvrage autobiographique par
l’auteure. Enfin, Les darreres paraules (2016) offre une fiction autour d’un testament
trouvé qui rappelle les vieux dispositifs paratextuels et textuels cervantins, parmi
d’autres avatars littéraires connus. Dans cette fiction sur la vie de Lluís Salvador
d’Habsbourg, écrite à la première personne, il est aussi question de la langue de
Majorque.
1. Els ullastres de Manhattan de Ponç Pons, une
autobiographie langagière ?
5
À deux reprises, nous nous sommes attachée à étudier l’œuvre de Ponç Pons, au
programme de l’Agrégation d’espagnol en 2017. Outre l’impératif pédagogique qui nous
poussait à travailler l’œuvre en profondeur, un intérêt personnel nous a incitée à
continuer cette première exploration, tout particulièrement sur l’écopoétique et
l’écolinguistique6 d’une part et sur la présence massive de la littérature dans son
œuvre, écrite sous le signe de l’intertextualité et du plurilinguisme, de l’autre 7.
6
Comme dans tous les autres recueils de poésie de Pons, Els ullastres 8 regorge de citations
ou d’allusions à des écrivains de toutes langues avec lesquelles le poète dialogue, en un
ouvrage polyphonique9. De quelles langues s’agit-il ? Au catalan, la langue principale du
récit, s’ajoutent le français, l’espagnol, le portugais, mais aussi l’anglais et le latin. Leurs
modalités énonciatives sont les citations en langue originale – les plus fréquentes – ou
les citations traduites. Enfin, des mots étrangers, des anglicismes pour la plupart,
émaillent discrètement le récit, en adéquation avec le cadre spatial. Le récit du voyage
à New York apparaît ainsi comme un grand collage citationnel. C’est donc un voyage à
travers les littératures et leurs langues qui s’offre au lecteur10.
1. 1. Le collage citationnel plurilingue
7
Les citations en langue étrangère sont typographiquement marquées par des guillemets
et des italiques, ce qui souligne une double volonté de les montrer.
8
Citations du français :
• Les pluies de New York d’Albert Camus : « une île couverte de ses monstres de pierre » et « La pluie
de New York est une pluie d’exil » (p. 37).
• De Céline, « Nova York és “une ville debout” (“una ciutat erecta”), « pas baisante du tout, raide à
faire peur » (“gens ni mica folladora, tibada com per fer por.”) » (p. 43).
9
Cette dernière est la seule citation en français traduite. Celles de Blanchot, en français
dans le texte, et de Thoreau, en catalan, sont ainsi transcrites : « Blanchot afirmava que
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
90
“qui écrit est en exil de l’écriture” i Thoreau que “les coses han d’estar a una certa
distància per ser descrites” » (p. 49).
• Valéry : « Crec amb Valéry “Il faut tenter de vivre !” » (p. 49).
10
On souligne la présence de mots en français issus du champ littéraire, des mots
patrimoniaux : « un maelstrom de neó » (p. 28), « un poeta maudit » (p. 47), flâner (p. 88).
11
Citations du castillan :
• Julio Cortázar : « Escribo cada letra de mis libros y vivo cada día de mi vida » (p. 19).
• Le poème « Nocturno de los avisos » de Pedro Salinas : « ¡Cuantas más luces hay, más hay, de
dudas! » (p. 28).
• Ernesto Cardenal (p. 28).
• Neruda : « Pero hacia ti, pequeña patria mía, / como un caballo oscuro mi corazón galopa »
(p. 78). - Le célèbre commentaire du curé dans le Don Quichotte sur le roman de chevalerie
Tirant lo Blanc : «¡Válgame Dios!, -dijo el cura, dando una gran voz-. ¡Que aquí está Tirante el Blanco!
Dádmele acá, compadre, que hago cuenta que he hallado en él un tesoro de contento y una mina de
pasatiempos.» (p. 41).
• Unamuno : « El campo ahoga a la ciudad » (p. 44).
12
Citations de l’anglais :
• L’américaine Emily Dickinson est citée en catalan, probablement à partir de l’Antologia de la
lírica nord-americana d’Agustí Bartra, passeur en Catalogne de la poésie de l’Amérique du
Nord. Toutefois Pons cite un vers de Dickinson en anglais assorti d’un commentaire en
catalan : « Aquest I shall not live in vain em sembla tot un poètic ideari ètic de filosofia
literària » (p. 40-41).
• Walt Whitman figure aussi en catalan : « Estim tot el que neix a l’aire lliure » (p. 54).
• En revanche, le vers de Keats « A thing of beauty is a joy forever » (p. 52), est en anglais, tout
comme certains titres du Galois Dylan Thomas : « Do not go gentle into that good night » et
« And death shall have no dominion » (p. 46).
13
Enfin, on constate la présence de mots anglais ou américains patrimoniaux, tels que
ready-made (p. 81), hot dogs (p. 71), homeless (p. 77) skyline (p. 65, p. 95), et de brefs
énoncés tels que « música chill-out » (p. 87), they love New York (p. 96) qui, suivant les
contraintes génériques du récit de voyage, contribuent à renforcer l’effet de réel.
14
Citations du portugais :
15
La langue portugaise est représentée par ses plus grands poètes, Camões (Onde a terra se
acaba e o mar começa, p. 43) et Pessoa, sous l’hétéronyme d’Alberto Caeiro (Escrevo versos
num papel que está no meu pensamento, p. 71). Pons voue une grande admiration pour
Pessoa, au point d’intituler un de ses recueils Pessoanes (2003), en dialogue avec le poète
portugais.
16
Citations du latin :
• « Non ridere, non lugere, neque detestari, sed intelligere, aconsella Spinoza » (p. 78).
• « Dura tamen molli saxa cavantur aqua » (Ovide, Ars Amatoria, Livre I) et quelques latins
d’église : « Ad maiorem Dei gloriam » (p. 47), « Urbi et orbi » (p. 76), « Tantum ergo » (p. 91).
17
La pratique du collage citationnel plurilingue – celui-ci représente une part très
importante de l’espace textuel – rend hommage à la littérature dans toutes les langues,
la Littérature tout court, dans une démarche intellectuelle et vitale d’ouverture, de
rencontre, vers l’Autre. « Les llengües són territoris que pots habitar, i llegir, encara
que sigui traduïda, la literatura d’altres països t’enriqueix amb una variada gamma de
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
91
realitats. Jo sóc jo i la meva biblioteca. A man in progress. » (p. 59) 11. Outre la présence de
la métaphore d’habiter les langues, on constate que le locuteur-poète-voyageur se
définit dans une phrase averbale en anglais dont le sens rappelle le perpétuel
renouvellement grâce à l’Autre. Dans le même ordre d’idées, dans El rastre blau de les
formigues, ce sont six langues qui définissent le sujet lyrique dans un poème plurilingue
en portugais, français, italien, castillan, anglais, catalan :
Tota la meva vida he hagut d’estar lluitant per defensar el nom i els drets d’aquesta
llengua en què escric. Ser espanyol cansa12:
O PASSEANTE
Voyageur de paroles
aperto a la belleza
del mundo, habito un texto.
My language is a bridge.
En lloc d’arrels tenc cames13.
18
Quelle meilleure image que celle du pont14 pour se définir en tant que locuteur-poètevoyageur plurilingue ?
19
Examinons à présent un autre aspect remarquable du livre, les réflexions de l’auteur
sur sa langue, le catalan. Elles s’articulent doublement autour du plaisir des mots, d’une
part, mais aussi autour de la langue menacée, de l’autre.
1. 2. Le plaisir des mots
20
Le récit de voyage, les visites et promenades dans New York sont entrecoupés ou
ponctuées par un long poème sur l’histoire de Minorque, de ses guerres et ses
invasions. Avec elles, se profile une histoire de la langue catalane, dans sa variante
minorquine. Ainsi, évoquant la reconquête de Minorque par Alphonse III, le poète
retrace l’histoire de la langue sur vingt-et-un vers composés de deux mots chacun (des
vers bimots) : « La llengua es va anar omplint / de paraules nostrades : / baldritxa,
salmaienc, / vinjolita, colàrsega, / feruma, somorgoll, / regastalles, burcany, /
cobròmbol, estarot, / dianye, sacarins, / pentafena, perpeny... » (p. 23). À cet héritage
linguistique, il faut ajouter des mots métisses légués par les Britanniques après le traité
d’Utrecht : « boínder, moguin, mèrvels, / estèpel, tornescrú, / berguiner, boi, blecverni, /
xumàquer, pinxa, xoc, / siti, xenc, ròfils, grevi... (p. 35). Les mots rendivú 15 et sacardiu 16
proviennent de l’occupation française de Richelieu (p. 39).
21
Les rares mots en castillan – en italiques dans le texte – sont tous connotés de façon
négative et se greffent sur le catalan, lors de l’évocation de la période franquiste,
lorsque le castillan a été imposé dans tout le pays : « l’Espanya grande y libre / de
mosques i toreros, / l’Espanya espanyolista / del flamenc i el futbol / de la furia
española, / el garrot vil, el Valle / de los Caídos, / el Cara al Sol… » (p. 90).
1. 3. La langue menacée
22
Recueil après recueil, poème après poème, Pons dit son profond attachement à sa
langue toujours menacée, et mène une réflexion militante sur sa place au sein de
l’Espagne, et au sein même de Minorque. Dans Els ullastres, la rencontre avec les
étudiants newyorkais pose la question de la pluralité des langues de l’Espagne et du
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
92
regard des autres sur les langues minoritaires, réduites à des résidus folkloriques, liton. La valeur péjorative du mot folklorisme, accompagné des adjectifs « exotique » et
« résiduel », n’échappe à personne dans le fragment suivant :
Nosaltres sembla que fem nosa i espatllam la uniformista castellanitat d’Espanya.
// Volen que gallecs, bascs i catalans siguem espanyols, però no els agrada ni
interessa que ho siguin les nostres llengües i més d’un voldria reduir-les a expressió
local d’un folklorisme exòtic, residual. (p. 32)
23
Un peu plus loin, la question du lectorat, ô combien pertinente, est ainsi posée dans ce
dialogue argumentatif fortement ironique :
—Però ¿per què escriu en català ?
—Perquè és la meva llengua.
—Però en castellà tindria més lectors.
—I en xinès encara més.
—Podria ser famós.
—Al meu poble ja ho sóc prou. (p. 32)
24
En conclusion, Els ullastres montrent le rapport admiratif du poète envers les autres
langues et leurs littératures, tout en affirmant la nécessité de préserver le catalan – de
Catalogne ou dans sa variante de Minorque – toujours menacé.
2. L’œuvre romanesque de Carme Riera, une
autobiographie langagière ?
25
La position de Carme Riera, auteure prolifique abondamment primée et traduite, dont
l’œuvre fictionnelle est écrite en catalan, est tout aussi militante. On rappelle qu’elle est
académicienne de la Real Academia Española depuis 2013, et qu’en 2015 elle a reçu le
Premio Nacional de las Letras. Son discours de réception à la Real Academia Española
affirme d’emblée son bilinguisme, dès l’incipit :
Como escritora, en las dos lenguas que tengo por mías, me he pasado la vida
tratando de encontrar las palabras precisas, las más exactas y oportunas para
nombrar las cosas, las sensaciones, las emociones o las ideas 17.
26
Carme Riera s’est aussi autotraduite en castillan. Avant d’examiner Temps d’innocència
et Les darreres paraules, voyons d’abord quelle est sa position 18 sur la traduction et
l’autotraduction, puis son choix du catalan comme langue d’écriture.
2.1. Position de Carme Riera sur la traduction et l’autotraduction
27
Sa position traductive (sur la traduction ou l’autotraduction) est connue et a maintes
fois été citée par la critique. Toutefois il n’est pas inutile de la rappeler, car elle touche
au sentiment de la langue qui guide notre propos ici. Pour paradoxal qu’il puisse paraître,
le postulat de départ de Carme Riera est que la littérature est intraduisible. Qu’est-ce à
dire ? Citons un texte de 1997 :
Entenc la literatura, concretament la novel·la que és el meu camp, com la creació
d’un món autònom mitjançant la manipulació lingüística, i és aquesta manipulació
la que em sembla impossible de reproduir; només aquells textos que presenten una
llengua absolutament funcional, els que anomenem com a eminentment denotatius
poden, al meu entendre, ser traduïts sense perdre’n quasi res; els altres, aquells que
es basen en l’exploració i l’explotació dels recursos lingüístics, com intento que
siguin els meus, perden sempre19.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
93
28
L’exploitation des ressources linguistiques dont est pétrie la littérature serait
intraduisible ? Plus loin on lit que la traduction est un manque : « La traducció és
sempre una mancança. Per molt bona que sigui, per molt que intenti conservar el color,
el gust, l’olor de l’original, el resultat mai no serà el mateix, encara que sigui bo serà
tota una altra cosa »20. Le choix de mots tels que « couleur », « goût », « odeur »
témoignent sans conteste d’une approche sensitive et sensorielle de la langue qui
dépasse son aspect purement linguistique, et cette approche est insaisissable.
L’autotraduction devient alors pour qui la pratique une tâche ardue et insatisfaisante.
Malgré tout, Carme Riera s’est parfois autotraduite en castillan. C’est le cas de Te deix,
amor, la mar com a penyora (1975), Jo pos per testimoni les gavines et Dins el darrer blau
(1990) – Premio Nacional de literatura en 1990 –, de Cap al cel obert (1994) qui en est la
suite, de La meitat de l’ànima (2003) 21 et de Temps d’innocència. Son expérience a été
difficile, avoue-t-elle, à cause de la contrainte de la langue qui est la matière première
de la fiction, avant même la fabula. La contrainte de la langue a impliqué, pour
l’autotraduction de Cap al cel obert, la réécriture partielle du roman :
Em tradueixo al castellà perquè és l’única llengua a la qual em puc traduir. Ho vaig
començar a fer perquè em barallava amb la traductora. Traduir-se és una
experiència difícil. Més que traduccions faig versions. Mentre traduïa Cap al cel obert
em vaig trobar amb una plana que no em sortia. La dificultat era tan gran que vaig
decidir canviar l’acció del text. El llenguatge et condiciona moltíssim 22.
2.2. Le choix du catalan comme langue d’écriture
29
Dans le même texte de 1997, elle s’exprime sur le choix du catalan, et sur
l’incompréhension de certains pour le choix d’une langue minoritaire. En ce sens, nous
retrouvons la même position militante déjà rencontrée chez Pons :
En aquest aspecte, l’Estat de les autonomies no ha fet canviar gens les coses; encara
hi ha molta gent que aconsella als autors catalans el mateix que li aconsellava
Galdós a Narcís Oller, que es passés al castellà. No entenia Galdós, no entenen ara
tampoc el públic ni molts col·legues i fins persones intel·ligents i molt assenyades
que, si pots emprar dues llengües per comunicar-te, si de fet ets bilingüe, n’empris
la que ells consideren inferior i t’entestis en escollir-la per crear, és a dir per ésser. I
per ésser escullis precisament la més minoritària per abastar el teu món, per
abastar el teu àmbit. Per això crec que, en el fons, ens castiguen amb la ignorància
que és sempre el despreci o una forma de despreci. És clar que nosaltres no els fem
cas. »23
2.3. Temps d’innocència, ou « la langue sauvée »24
30
Temps d’innocència mérite une attention particulière du point de vue linguistique. La
narratrice adulte, revêtant la peau de l’enfant qu’elle fut, nous livre un récit de son
enfance, sur les moments qui l’ont le plus marquée, de l’âge de sept à douze ans.
Comme on le lit dans le prologue, cette anamnèse passe par la nécessité de retrouver un
héritage linguistique en péril, c’est-à-dire par la recréation lexicale de mots tels que
amo, madona, missatge, jornalera, botiga, qui ont une signification locale, de certaines
formes de respect, comme « senyora-àvia », « senyor-avi », ou la formule de salutation
« bon dia tenga ». Toujours dans le prologue, Carme Riera dresse aussi un bilan de la
politique de la normalisation linguistique aux Baléares25 : « També la nostra parla era
més rica quan jo era petita que no ara. La normalització lingüística, a la llarga, no ha
estat tan positiva com pensàvem, també ha servit per pisonar, o al manco, arraconar
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
94
molts termes »26. C’est sur la richesse de cette langue sauvée que nous nous arrêtons à
présent.
2.4. Le sentiment de la langue
31
La langue – la parla – de la tante Celestina était à la fois riche et simple, dépourvue des
fleurs de la rhétorique, mais d’une plasticité magnifique, comme on peut le percevoir
avec des mots ou expressions tels que niala27, aclucada28, tenir l’ànima en els peus :
Xerrava, idò, la tia C. un mallorquí d’una vivacitat extraordinària. De fet, ella i les
Rondaies em donaren les pautes en començar a escriure. Era la seva una parla
alhora rica i planera, sense escarafalls ni retòrica, però d’una plasticitat magnífica.
Quan no es trobava gaire bé deia que estava niala o aclucada i sovint tenia l’ànima
en els peus de debilitat. (p. 31)
32
La narratrice offre l’exemple suivant de cette langue imagée : « “fer s’ullastre
esbrancat”, frase que sovint sortia de la seva boca i que a mi m’agrada emprar encara 29
per senyalar la disposició d’algú per desteixinar-se pels altres. » (p. 31). L’on voit ici la
force des mots de l’enfance et des images qu’ils charrient hanter la narratrice jusqu’au
présent de l’écriture. Des mots issus de la végétation de l’île, els ullastres, les oléastres,
aux branches arrachées ou coupées (esbrancat) pour signifier que l’on se plie en quatre
pour les autres. Dans « La blava flor romanial », qui est un hommage à la langue des
Rondaies, la fleur bleue de Novalis s’est acclimatée pour devenir romarin. La langue
porte en elle la sève (llecor) de la terre30.
33
D’autres aspects remarquables du livre sont les énumérations et les jeux linguistiques.
Rappelons, par exemple, l’énumération alphabétique et chaotique des vivres et objets
que l’on trouvait dans le seul magasin du village entre Valldemossa et Sóller dans « Can
Rasca i l’olor del paradís ». Pour retrouver l’odeur de ce paradis, y a-t-il d’autre moyen
que de nommer tous les éléments qui le composent ? Il y a un plaisir évident à les
nommer : « A Can Rasca hi havia de tot : arengades, arròs, alfàbies, alambre, ametlles,
anous, anís, agulles de cosir i de cap, bobines, bacallà, bòtils, cafè, cabdells de fil de cosir
» pour finir sur le chocolat, « xocolate » (p. 110-112). L’évocation se ferme sur l’odeur
de Can Rasca, qui était une synthèse d’odeurs, et dont la narratrice donnerait le plus
cher des parfums pour la retrouver. Ce fragment littéraire n’est pas sans rappeler, à
notre avis, celui de la boutique – butica – du grand-père du narrateur dans Histoire d’une
jeunesse. La langue sauvée : 1905-1921 de Canetti, où l’enfant plonge avec délectation les
mains dans les grands sacs de céréales. On y vendait aussi du thé, du café, du chocolat,
des couteaux, des ciseaux, des pierres à aiguiser, des serpes et des faux 31.
34
Les jurons et les insultes sont aussi évoqués avec un plaisir évident dans « Jutipiris i
insults ». Les gamins qui jouent dans la rue insultent la petite fille restée chez elle, en
haut : « Mirau-la, s’entabanada, com mos vetlla des d’aquí dalt, boga morta, cara de
pancuit…Poma, més que poma, bleda! », insultes auxquelles l’enfant
réplique : « Beneits, bàmbols, curts de gambals, doiuts, polissons, esburbats, oiosos… »
et auxquelles ils répondent à leur tour : « Ala, vés, tutup, boca molla, betzola, somera,
poca-alatxa… » (p. 164-165).
35
Les parémies, ou locutions figées ou semi-figées, sont très nombreuses. Nous avons
choisi celles qui sont spécifiquement majorquines : « Polls entrats en costura » (p. 33) 32,
« noces de pinyol vermell » (p. 45)33 ; « No fermàvem els cans amb llonganisses » (p.
63)34.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
95
36
Les mots castillans figurent abondamment, dans une écriture évocatrice du bilinguisme
de l’époque franquiste, où la Guardia Civil, les religieuses ou les vendeurs de boniments
parlaient en castillan. Voici quelques exemples en style direct issus de « La Guàrdia
civil » : « Estamos de servicio, muchas gracias, no podemos », « Uno se siente com un
pajarito entre las redes de esta mujer » (p. 120), « Deben de ser los pescadores de langosta
de Sóller (p. 121) ; les mots cuartelillo (p. 120), cabo (p. 121). Ailleurs : ses civiles (p. 156), els
caballitos (p. 170), el contrabando (p. 124). Voici la phrase du « vendeur de paroles »
(« Venedors de paraules ») : « Son las señoras las encargadas de la decoración del hogar,
principalmente » (p. 171)35. En revanche la langue de la poissonnière est bien le catalan
(p. 13).
37
« El virus de la lectura », rappelle les nombreuses lectures en castillan de
l’enfant : Rubén Darío, Bécquer, Machado, Zorilla, Valle-Inclán. Ce sont les sons d’une
langue littéraire inconnue qui la subjuguent :
[…] sense voler preguntar a ningú què volien dir les paraules que no entenia, els
sons de les quals eren capaços de transportar-me enfora, empesa per la seva màgia.
Les paraules, més que no el cavall de la princesa, tenien ales que em permetien
volar… (p. 90).
38
Dans une moindre mesure, le roman Les darreres paraules (2016) 36 sur la vie de l’archiduc
Lluís Salvador d’Habsburg, contient aussi des allusions linguistiques. Ce personnage
étranger, haut en couleurs, qui a nourri l’imaginaire populaire de Majorque et des
textes littéraires37, a succombé au charme de l’île. En effet, lors d’un de ses voyages,
l’archiduc s’éprend de la voix de Catalina Homar : « Abans l’Emperadriu que la madona
de s’Estaca, aquella al·lota, la veu de la qual quan encara era nina em va entendrir fins
al moll dels ossos, sense ni tan sols haver-la vist. » (p. 106). Le texte précise la langue de
la chanson : « La cançó parlava del mar en la llengua de l’illa » (106). Ensorcelé par cette
voix enfantine, Lluís Salvador veut acheter une maison en ruine à Miramar :
Record amb quina cara d’estranyesa van contemplar els pagesos la meva proposta
de comprar la casa de Miramar […] Quin pebre em feia coure els ulls 38 al davant
aquell paisatge que ells no consideraven gens atractiu?
Així exactament m’ho digueren, en la seva llengua tan gràfica, tan plenes de
referències als treballs i als dies, que de seguida em va robar el cor i la vaig voler
aprendre. (p. 109)
39
La parémie « Quin pebre em feia coure els ulls », spécifique des Baléares, est assortie
d’un commentaire épilinguistique du narrateur, qui souligne le graphisme de la langue
et son effet sur lui, locuteur étranger : elle le ravit (« em va robar el cor ») à tel point
qu’il voulut l’apprendre. Plus loin, c’est une remarque sur le rapport intime avec la
personne aimée qui est évoqué : « Ella va ser la primera amb qui vaig començar a parlar
en mallorquí i potser per això la llengua dels habitants de l’illa té per a mi encara avui
cadències de tendresa » (p. 114). Comme dans d’autres romans de Riera, il y a des mots
en français, patrimoniaux, issus du champ littéraire comme cocotte (p. 131), demimondain (p. 144), champagne (p. 85) ou de l’italien : palazzo Pitti (p. 98), campaniles
(p. 123) « grazie tanta, signore » (p. 119) ; le latin manes (p. 139), alter ego (p. 150) ; des
titres d’ouvrages ou de journaux cités en anglais, en français, en allemand…
40
Les exemples choisis dans ces deux ouvrages montrent, au-delà de leur différence
générique – Temps d’innocència ouvertement autobiographique, Les darreres paraules un
récit de voyage fictionnel à la première personne – la place cruciale du sentiment de la
langue chez Riera et son exploitation littéraire.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
96
41
Si Carme Riera et Ponç Pons se considèrent bilingues – aussi bien sur le plan de l’oral
que de l’écrit – et font discrètement des incursions dans le terrain des écritures
plurilingues ou de l’autotraduction (Riera), leur langue d’écriture coïncide avec la
langue maternelle, le catalan, dans ses différentes variantes. De par les nombreuses
réflexions linguistiques qui jalonnent les textes, la position militante des auteurs qui y
est énoncée et les contraintes génériques qui relèvent des écritures du soi, les trois
ouvrages étudiés peuvent être appréhendés, dans une certaine mesure, comme des
autobiographies langagières.
BIBLIOGRAPHIE
ALCOVER-MOLL. Diccionari català-valencià-balear. Palma de Mallorca : Editorial Moll, 2005. Edició
electrònica : https://dcvb.iec.cat/
BERMAN, Antoine. Pour une critique des traductions : John Donne. Paris : Gallimard, 1995.
BIBOLAS, Noemí. « La memòria són els ulls de l’escriptor ». Avui, 10/06/2006.
CANETTI, Elias. Histoire d’une jeunesse. La langue sauvée : 1905-1921. Trad. de l'allemand par Bernard
Kreiss. Paris : Albin Michel, 1980.
CASSIN, Barbara. Plus d’une langue. Paris : Bayard Jeunesse, 2012.
CIORAN, Émile. Aveux et anathèmes. Paris : Gallimard, 1987.
CORRONS, Fabrice. « Carme parle de Riera. Pour une biographie plurielle et fragmentaire de
l’auteure de la Meitat de l’ànima ». Dans CORRONS, Fabrice ; FRAYSSINHES, Sandrine (eds.). Lire Carme
Riera. À propos de La meitat de l’ànima / Llegir Carme Riera. A propòsit de La meitat de l’ànima.
Péronnas : Éditions de La Tour Gile, 2010, p. 41-42.
GALINDO, Mireia ; DE ROSSELLÓ, Carles ; BERNAT, Francesc. El castellà a la Catalunya contemporànea :
història d’una bilingüització. Benicarló : Onada Edicions, La Nau, Sèrie Minor, 23.
GÜELL, Mònica. « Espace et territoire dans l’œuvre de Ponç Pons. Notes pour une écopoétique ».
Caplletra, 68 (Primavera, 2020), p. 43-58.
GÜELL, Mònica. « Els ullastres de Manhattan de Ponç Pons : journal de voyage et poétique des
origines ». Revue des Langues Néo-latines, 398 (2021), p. 23-35.
MASSIP I GRAUPERA, Estrella. « El plurilingüisme a la poesia de Ponç Pons ». Dans PUJOL BERCHÉ, Mercè
(coord.). El llenguatge a la cruïlla de les disciplines. Homenatge al professor Christian Lagarde. Le langage
au carrefour des disciplines. Hommage au professeur Christian Lagarde. Perpignan : Presses
Universitaires de Perpignan, 2020, p.101-116.
MENCÉ-CASTER, Corinne. Pour une linguistique de l’intime. Habiter des langues (néo) romanes : entre
français, créole et espagnol. Paris : Classiques Garnier, 2021.
PONS, Ponç. Pessoanes. Alzira : Bromera, 2003.
PONS, Ponç. El rastre blau de les formigues. Barcelone : Quaderns Crema, 2014.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
97
PONS, Ponç. Els ullastres de Manhattan. Barcelone : Quaderns Crema, 2020.
PUJOL BERCHÉ, Mercè. « La construcción de una identidad plurilingüe y la autotraducción al
castellano de La meitat de l’ànima de Carme Riera ». Dans LAGARDE, Christian ; TANQUEIRO, Helena
(ed.). L’autotraduction aux frontières de la langue et de la culture. Limoges : Lambert Lucas, 2013, p.
213-224.
PUJOL BERCHÉ, Mercè. « Mirades creuades Illes Balears i Catalunya: llengua i política lingüística ».
Dans GÜELL, Mònica (dir.). Les Illes Balears : Literatura, llengua, història, arts /Les îles Baléares :
Littérature, langue, histoire, arts. Canet : Éditions Trabucaire, 2015, p. 47-60.
PUJOL BERCHÉ, Mercè. « Quelques repères macrosociolinguistiques et microlinguistiques du catalan
pour comprendre sa situation actuelle en Catalogne ». Dans PUJOL BERCHÉ, Mercè (coord.). El
llenguatge a la cruïlla de les disciplines. Homenatge al professor Christian Lagarde. Le langage au carrefour
des disciplines. Hommage au professeur Christian Lagarde. Perpignan : Presses Universitaires de
Perpignan, 2020, p. 299-320.
RIERA, Carme. « L’autotraducció com a exercici de recreació ». V Seminari sobre la Traducció a
Catalunya. Quaderns divulgatius, 8 (1997), p. 45-52.
RIERA, Carme. Temps d’innocència. Barcelone : Edicions 62, 2013.
RIERA, Carme. « Sobre un lugar parecido a la felicidad ». Discurso leído el día 7 de noviembre en su
recepción pública por la Excma. Sra. Da Carme Riera y contestación por el Excm. Sr. Pere
Gimferrer. Madrid : Real Academia Española, 2013.
RIERA, Carme. Les darreres paraules. Barcelona : Edicions 62, 2016.
SIOUFFI, Gilles. « Du sentiment de la langue aux arts du langage ». Éla. Études de linguistique
appliquée, n° 147 (2007/3), p. 265-276. DOI : 10.3917/ela.147.0265. URL : https://www.cairn.info/
revue-ela-2007-3-page-265.htm [consulté le 27-07-2022].
NOTES
1. CIORAN, Émile. Aveux et anathèmes. Paris : Gallimard, 1987.
2.
GALINDO,
Mireia ;
DE
ROSSELLÓ Carles ;
BERNAT,
Francesc. El castellà a la Catalunya
contemporània : història d’una bilingüització. Benicarló : Onada Edicions, La Nau, Sèrie Minor, 23.
3.
PUJOL BERCHÉ,
Mercè. « Quelques repères macrosociolinguistiques et microlinguistiques du
catalan pour comprendre sa situation actuelle en Catalogne ». Dans
PUJOL BERCHÉ,
Mercè (coord.).
El llenguatge a la cruïlla de les disciplines. Homenatge al professor Christian Lagarde. Le langage au
carrefour des disciplines. Hommage au professeur Christian Lagarde. Perpignan : Presses Universitaires
de Perpignan, 2020, p. 299-320.
4. Le concept de bilinguisme est labile, comme l’ont montré tout récemment Francesc Bernat,
Mireia Galindo et Carles de Rosselló (d’un point de vue socio-linguistique) et Corinne MencéCaster (linguistique).
5. Par sentiment de la langue nous entendons, tout simplement, un rapport affectif à la langue.
Voir aussi MENCÉ-CASTER, Corinne. Pour une linguistique de l’intime. Habiter des langues (néo) romanes :
entre français, créole et espagnol. Paris : Classiques Garnier, 2021 et S IOUFFI, Gilles. « Du sentiment de
la langue aux arts du langage ». Éla. Études de linguistique appliquée, n° 147 (2007/3), p. 265-276. DOI
: 10.3917/ela.147.0265. URL : https://www.cairn.info/revue-ela-2007-3-page-265.htm [consulté le
27-07-2022].
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
98
6. GÜELL, Mònica. « Espace et territoire dans l’œuvre de Ponç Pons. Notes pour une écopoétique ».
Caplletra, 68 (Primavera, 2020), p. 43-58.
7. Le plurilinguisme chez ce poète a été étudié de façon très détaillée par Estrella Massip et c’est
dans le prolongement de cet article que nous analysons Els ullastres de Manhattan.
GRAUPERA,
Estrella. « El plurilingüisme a la poesia de Ponç Pons ». Dans
MASSIP I
PUJOL BERCHÉ,
Mercè
(coord.). El llenguatge a la cruïlla de les disciplines. Op. cit., p. 101-116.
8.
PONS,
Ponç. Els ullastres de Manhattan. Barcelone : Quaderns Crema, 2020. Dorénavant Els
ullastres.
9. Voir GÜELL, Mònica. « Els ullastres de Manhattan de Ponç Pons : journal de voyage et poétique des
origines ». Revue des Langues Néo-latines, 398 (2021), p. 23-35.
10. Les exemples suivants ne prétendent pas être exhaustifs, mais ils sont suffisamment
représentatifs de la démarche de l’auteur.
11. Un autre passage d’Els ullastres rappelle, dans la même phrase, la nécessité de préserver le
catalan tout en admettant la diversité : « M’agrada la diversitat, la varietat, la diferència. Si tots
féssim el mateix tipus de poema seria molt avorrit, igual, empobridor. L’alteritat i la mescla
inspiren, enriqueixen, però hem de preservar la llengua i evitar que ens desvirtuïn el territori »
(p. 69).
12. La notion de fatigue et de lassitude est de même mise en avant par Emili Boix-Fuster dans le
prologue du livre de GALINDO, Mireia ; DE ROSSELLÓ, Carles ; BERNAT, Francesc. El castellà a la Catalunya
contemporànea : història d’una bilingüització : « Cansament. Ja fa decennis que em dedico a intentar
entendre com ens comuniquem els de la meva cultura, de Fraga a l’Alguer i de Salses a
Guardamar. Per què ens resistim, com una colla d’Àsterixs encaparrats, a deixar-nos assimilar
pels romans (llegiu espanyols, o francesos)? » (Op. cit., p. 13).
13. PONS, Ponç. El rastre blau de les formigues. Barcelone : Quaderns Crema, 2014, p. 175. Poème cité
par Massip dans la conclusion de l’article mentionné en note 6, p. 115.
14. La métaphore in praesentia du pont signifie ailleurs le danger qu’encourt la langue du poète :
« Cada llengua és un pont, però el nostre perilla i poca gent el creua » (Ibid., p. 197).
15. De rendez-vous.
16. De sacré Dieu.
17.
RIERA,
Carme. « Sobre un lugar parecido a la felicidad ». Discurso leído el día 7 de noviembre
en su recepción pública por la Excma. Sra. Da Carme Riera y contestación por el Excm. Sr. Pere
Gimferrer. Madrid : Real Academia Española, 2013, p. 9.
18. Pour « position traductive » nous suivons
BERMAN,
Antoine. Pour une critique des traductions :
John Donne. Paris : Gallimard, 1995.
19.
RIERA,
Carme. « L’autotraducció com a exercici de recreació ». V Seminari sobre la Traducció a
Catalunya. Quaderns divulgatius, 8, (1997), p. 45-52, repris dans
CORRONS,
Fabrice. « Carme parle de
Riera. Pour une biographie plurielle et fragmentaire de l’auteure de La meitat de l’ànima ». Dans
CORRONS,
Fabrice ;
FRAYSSINHES,
Sandrine (eds.). Lire Carme Riera. À propos de La meitat de l’ànima /
Llegir Carme Riera. A propòsit de La meitat de l’ànima. Péronnas : Éditions de La Tour Gile, 2010, p.
41-42.
20. Ibid., p. 41-42.
21. Voir
PUJOL,
Mercè. « La construcción de una identidad plurilingüe y la autotraducción al
castellano de La meitat de l’ànima de Carme Riera ». Dans
LAGARDE,
Christian ;
TANQUEIRO,
Helena
(ed.). L’autotraduction aux frontières de la langue et de la culture. Limoges : Lambert Lucas, 2013, p.
213-224.
22.
BIBOLAS,
Noemí. « La memòria són els ulls de l’escriptor ». Avui, 10/06/2006, repris dans Lire
Carme Riera. À propos de La meitat de l’ànima. Op. cit., p. 42.
23. Ibid.
24. Pour reprendre le beau titre d’Elias Canetti, auteur plurilingue.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
99
25. Sur la politique linguistique dans les Iles Baléares, voir l’article de
PUJOL BERCHÉ,
« Mirades creuades Illes Balears i Catalunya: llengua i política lingüística ». Dans
GÜELL,
Mercè.
Mònica
(dir.). Les Illes Balears : Literatura, llengua, història, arts /Les îles Baléares : Littérature, langue, histoire,
arts. Canet : Editions Trabucaire, 2015, p. 47-60.
26. RIERA, Carme. Temps d’innocència. Barcelone : Edicions 62, 2013, Prologue, p. 9.
27. ALCOVER-MOLL. DCVB : « 4. adj. (f. NIALA) fig. dial. Buit, mancat de substáncia o de bona gràcia
(mall.); cast. huero. 5. adj., fig. Indispost, mancat de salut completa o de bon humor (mall.); cast.
alicaído».
28. ALCOVER-MOLL. DCVB : « Aclucar. 2. Estrènyer, oprimir; cast. oprimir. || 3. Carregar una persona,
animal o cosa, fins a fer-lo caure per l'opressió del pes; cast. abrumar ».
29. Nous soulignons.
30. « A més i sobretot dec a les Rondaies mallorquines recollides per en Jordi des Racó, pseudònim
emprat per Mossèn Alcover [...] el fet d’haver pogut fer meva la llengua gustosa i rica, plena de
llecor de la nostra terra, que ell empra com ningú. En defensa de la nostra llengua, posaria les
Rondaies mallorquines de lectura obligatòria a totes les escoles de Mallorca » (Op. cit., p. 96).
31.
CANETTI,
Elias. Histoire d’une jeunesse. La langue sauvée : 1905-1921 . Trad. de l'allemand par
Bernard Kreiss. Paris : Albin Michel, 1980. Dans notre édition de poche, p. 13-14.
32.
ALCOVER-MOLL.
DCVB : « Poll entrat en costura: persona pujada de no-res i que pretén d'esser
molt i de comandar els altres (Mall., Men.) ».
33.
ALCOVER-MOLL.
DCVB : « Noces de pinyol vermell: de gran qualitat, extremadament bo
(Mallorca) ».
34. ALCOVER-MOLL. DCVB : « Lligar (fermar, estacar, nugar) els gossos (o els cans) amb llonganisses:
nedar dins l'abundància, poder fer grans despeses ».
35. Nous respectons le style de l’original, avec ou sans italiques.
36. RIERA, Carme. Les darreres paraules. Barcelone : Edicions 62, 2016.
37. Ibid., p. 16-17. Voir aussi le discours de réception de Carme Riera à la Real Academia Española.
38.
ALCOVER-MOLL.
DCVB : « Quin pebre et fa coure els ulls?: es diu a una persona que es fica en
coses que no li interessen i li poden esser perjudicials si s'hi fica (Mall., Men.) ».
RÉSUMÉS
L’article étudie la présence d’un sentiment de la langue entendu comme un rapport affectif à celleci dans des ouvrages fictionnels relevant des écritures du soi : Els ullastres de Manhattan de Ponç
Pons et Temps d’innocència de Carme Riera ainsi que Les darreres paraules. On y interroge la
cohabitation entre les différentes langues qui les habitent, notamment le castillan et le catalan,
et on effleure aussi la question de l’autotraduction chez Carme Riera.
The article studies the presence of a feeling for language understood as an affective relationship
to it in fictional works of writing of the self: Els ullastres de Manhattan by Ponç Pons and Temps
d'innocència by Carme Riera as well as in Les darreres paraules. The cohabitation between the
different languages that inhabit them, especially Castilian and Catalan, is questioned, and the
question of self-translation in Carme Riera is also touched upon.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
100
INDEX
Keywords : languages, Catalan literature, translation, self-translation, multilingualism, Riera
Carme, Pons Ponç
Mots-clés : langues, littérature catalane, traduction, autotraduction, plurilinguisme, Riera
Carme, Pons Ponç
AUTEUR
MÒNICA GÜELL
Sorbonne Université - CRIMIC EA 2561
monique.guell[at]sorbonne-universite.fr
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
101
Varia
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
102
Le catalan comme langue étrangère
dans l’enseignement supérieur en
France : des bonnes racines et une
excellente santé mais, quel avenir ?
Josep Vidal Arráez
1 – Introduction
1
Le catalan est une langue codifiée et standardisée qui s’étend sur une aire linguistique
de 68 000 km2 ; elle est composée de deux grandes variantes dialectales (l’orientale et
l’occidentale). L’aire linguistique du catalan, plus communément connue sous le nom
de Els Països Catalans (Les Pays Catalans)1, est située à cheval entre 4 États européens :
l’Andorre, l’Espagne (dans les régions de la Catalogne, le Pays Valencien, les Îles
Baléares, la Frange d’Aragon et le Carxe, dans la communauté de Murcie), la France
(dans la région de la Catalogne du Nord) et l’Italie (dans la ville de l’Alghero sur l’île de
La Sardaigne). Or, même si la plupart des étudiants adultes de catalan sont présents
dans les limites de l’aire linguistique catalane, le catalan est aussi étudié à l’étranger
depuis la première moitié du XXe siècle.
2
En effet, bien que nous n’ayons pas de dates précises qui indiquent depuis quand on
enseigne le catalan à l’étranger, c’est à partir de 1906 et du Primer Congrés Internacional
de Llengua Catalana que l’on peut parler à juste titre d’une vraie étude scientifique de la
langue, la littérature et la culture catalanes2. Progressivement et grâce aux efforts et à
l’insistance, par exemple, des professeurs catalans exilés, de la diaspora intellectuelle
catalane ainsi que grâce à l’intérêt porté au catalan par de grands spécialistes
européens en langues romanes, les études de langue et de littérature catalanes ont vu le
jour dans les programmes d’universités européennes.
3
Selon le rapport annuel de l’Institut Ramon Llull, à ce jour, les centres universitaires
qui offrent des études de catalan comme langue étrangère dans le monde sont au
nombre de 1343. L’Institut Ramon Llull (dorénavant IRL) est un consortium créé en 2002
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
103
par les gouvernements de la Catalogne et des Îles Baléares qui a pour principal objectif
de promouvoir à l’extérieur des terres catalanes les études de langue et culture
catalanes dans le domaine universitaire4. Ainsi, et selon les dernières données
publiques que nous avons pu consulter, par exemple en Allemagne, le catalan est appris
dans 20 centres universitaires, dans 19 centres aux États-Unis, dans 18 au Royaume-Uni
et dans 16 en France. Parmi ces 134 universités, 90, distribuées dans 26 pays (71 en
Europe, 15 en Amérique et 4 en Asie) accueillent un lecteur coordonné par l’IRL et ont
reçu une aide financière de sa part pour assurer l’enseignement du catalan. Dans
l’ensemble de ces 90 universités, en 2020, le nombre d’inscrits aux cours de langue et de
culture catalanes étaient de 6 5455, dont la plupart en France (2 018), en Allemagne
(675), au Royaume-Uni (514) et en Italie (496)6. Plus précisément, ce sont les cours de
langue qui présentent les pourcentages d’inscrits les plus élevés (66,4 %), surtout dans
les niveaux A1, A2 et B1 (92,4 %) tandis que l’enseignement de la littérature, la culture,
la linguistique et la traduction regroupaient 33,5 % des inscriptions 7.
4
Étant donné que la France est le pays de l’Europe qui compte le plus grand nombre
d’étudiants de catalan comme langue étrangère (CLE), cette étude cherche, tout
d’abord, à actualiser l’histoire de cet enseignement sur ce territoire. Nous rendrons
compte ainsi de la typologie actuelle de l'offre de formation en CLE en précisant les
caractéristiques du corps enseignant qui la composent.
2 – Histoire du CLE dans l’enseignement supérieur en
France : de bonnes racines
5
Comme le notait déjà Corrons en 2011, essayer de faire un état des lieux exhaustif de
l’offre de formation en catalan en France est voué à l’échec tant il existe de dispositifs
et de combinaisons possibles pour les étudiants au sein d’une même université. En effet,
depuis l’autonomie des universités françaises en 2007, les maquettes universitaires, les
directives des établissements ainsi que les curricula et les objectifs pédagogiques
peuvent changer et évoluer tous les cinq ans et l’enseignement des langues comme le
catalan, langue MoDiME (langue moins diffusée et moins enseignée) en France, s’en
trouve affecté. Ceci étant dit, nous souhaitons présenter le panorama des études
catalanes dans l’enseignement supérieur en France depuis ses origines et jusqu’à nos
jours dans leur diversité pour mieux en comprendre les raisons ainsi que son offre
pléthorique actuelle.
6
Afin d’aborder l’enseignement du catalan dans les universités françaises, il est
indispensable de présenter, tout d’abord, sa double appartenance dans les sections du
Conseil National des Universités (dorénavant CNU). En effet, il relève de deux sections
du CNU, d’une part, de la 14e section, Langues et littératures romanes : espagnol, italien,
portugais, et autres langues romanes ; et d’autre part, de la 73e section, Cultures et langues
régionales8. Toutefois, étant donné que nous souhaitons seulement aborder la situation
du catalan comme langue étrangère dans l’enseignement supérieur dans les universités
françaises, nous aborderons le contexte historique général des études catalanes en
France en lien avec la 14e section. Concernant le contexte et l'offre de formation du
catalan comme langue régionale (73e section), les ouvrages de Martine Berthelot (2016)
et de Josep Vidal (2021) en présentent les principales caractéristiques 9.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
104
7
Tel que l’expose Corrons, le lien étroit entre la langue catalane et le domaine
hispanique dans le supérieur est notable « particulièrement lorsqu’on la compare avec
d’autres langues des mondes hispaniques, voire d’autres langues MoDiMEs » 10. En effet,
le fait que le catalan soit une langue de la péninsule ibérique lui accorde le droit
d’intégrer la 14e section du CNU et donc, les départements d’études hispaniques et
hispano-américaines des universités françaises. Toujours d’après Corrons, ce lien entre
le catalan et le domaine hispanique dans l’enseignement supérieur remonterait au
développement de la romanistique entre la fin du XIXe siècle et le début du XX e et à la
« politique de diffusion de la langue et de la culture menée à bien par la Mancomunitat
puis la Generalitat de Catalunya sous la Seconde République » 11. D’autres auteurs comme
Montserrat Casacuberta situent plutôt dans les années 1960 l’essor de l’enseignement
du catalan en France12.
8
La plupart des références bibliographiques consultées notent que les premiers
enseignements de catalan en France, relevant de la 14e section du CNU, datent de 1966
quand Marie Buira devient la première lectrice, à la Sorbonne. Cependant, selon Barral
(1971), les études d’initiation à la langue catalane à l’université de la Sorbonne ont
commencé en 1963, avec M. Mut. De plus, Barral (1971)13 ajoute qu’en 1954 débutait ce
même genre d’études à Toulouse14. Néanmoins, le nom de Buira et la date de 1966, sont
attestés et servent donc de manière tangible de référence.
9
Toutefois, il faut noter qu’un an auparavant (1965), la chaire d’histoire économique et
sociale de l’université de la Sorbonne avait été attribuée à un spécialiste de la
Catalogne, l’historien occitan Pierre Vilar. Ainsi, nous pensons que l’intérêt pour la
Catalogne ou pour les études de catalanistique devait être plus anciens ce qui
expliquerait pourquoi, en 1968, Georges Straka, professeur des universités d’études
romanes à l’Université de Strasbourg, en collaboration avec l’illustre grammairien
Antoni M. Badia i Margarit et le lexicologue Germà Colón, ont lancé le premier colloque
international de langue et de culture catalanes. D’ailleurs, c’est ce colloque qui est à
l’origine de l’Associació Internacional de Llengua, Literatura i Cultura Catalana (AILLC),
association créée ultérieurement, en 1973, à Cambridge, et qui avait par objectif de
rassembler tous ceux qui s’intéressaient à la langue et la littérature catalanes ainsi que
de promouvoir les manifestations de la culture d’expression catalane. Notons aussi
dans ces années-là la publication de deux numéros sur la littérature catalane par la
prestigieuse revue littéraire Europe, le premier en mars 1958 (nº 347) et le deuxième en
décembre 1967 (nº 464). Enfin, nous n’oublions pas qu’en 1964 il y avait déjà eu trois
rééditions de la grammaire catalane pour les Français rédigée par Pompeu Fabra 15, le
plus important des linguistes catalans, créateur de la grammaire normative catalane
dont la dernière actualisation date de 2016.
10
Cet intérêt académique naissant pour le catalan est confirmé par la quantité
d’universités françaises qui mettent en place des cours de catalan à la fin des années
1960 et au début des années 1970, comme par exemple à Toulouse, vraisemblablement
depuis 1954 mais recensé à partir 1968, sous la houlette d’Alfons Serra-Baldó ; à Rennes,
en 1969, grâce à Mathilde Bensoussan et à Perpignan, en 1971, grâce à Joan Becat. En
plus des cours de langue, des universitaires français portent un intérêt à des
intellectuels catalans. Citons à Grenoble, Armand Llinarès qui vers les années 1968
travaille sur la figure et l’œuvre du philosophe majorquin de langue catalane Ramon
Llull ou encore à Limoges, en 1970, les cours de civilisation espagnole centrés sur la
Catalogne de Maurice. Molho16.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
105
11
Ainsi donc, l’intérêt pour l’étude scientifique de la langue, la littérature et la culture
catalanes se manifeste dans le milieu français universitaire depuis la deuxième moitié
des années 1950. À chaque rentrée et comme en témoigne Eliseu Trenc, « il est
important de dire que, généralement, c’est la présence dans ces universités d’un
enseignant catalaniste qui a permis l’enseignement du catalan » 17. Le Centre d’Études
Catalanes de l’Université de Paris 4 en offre de nombreux exemples : depuis sa création,
son potentiel s’est accru avec l’arrivée des professeurs Maurice Molho, Montserrat
Prudon, Marie-Claire Zimmermann et, ultérieurement, Denise Boyer et Mònica Güell.
Toutefois, « quelques universités importantes qui ont une ancienne tradition d’études
hispaniques comme Lille, Dijon, Poitiers et Nantes n’offrent pas de catalan dans leurs
programmes d’études simplement car elles n’ont pas de spécialistes de catalan parmi
leurs enseignants »18.
12
Cet enseignement du catalan dans les universités françaises a augmenté notablement
dans les années 1980 puis dans les années 1990. Concrètement, en 1982 est créé le
premier Diplôme d'Études Universitaires Générales de catalan, suivi en 1983 par celle
de la Licence de catalan puis, en 1984, de la Maîtrise dans les universités d’AixMarseille, Paris 4, Paris 10, Pau, Perpignan et Toulouse. Parallèlement, des
enseignements optionnels continuaient à être proposés aux étudiants 19 :
Dans les années 1990, ce mouvement de consolidation de l’enseignement de la
langue catalane s’amplifie [...]. [E]n 1991, deux chaires de catalan sont créées en
France — une à Paris IV et l’autre à Montpellier — ce qui permet de consolider
institutionnellement et scientifiquement l’enseignement de la langue et de la
culture catalanes.
13
Le 26 novembre 1990, est créée l’Association Française des Catalanistes (dorénavant
AFC) par les enseignants Denise Boyer, Marie Buira, Montserrat Prudon, Eliseu Trenc et
Marie-Claire Zimmermann suite au Congrés de l’Associació Internacional de Llengua i
Literatura Catalanes tenu à Toulouse en 1988. L’AFC nait avec l’objectif de travailler pour
le développement de la recherche et l’enseignement dans tous les domaines de la
culture catalane, de répandre et de publier les résultats de leurs recherches ainsi que
d’établir un contact permanent entre les chercheurs universitaires et les créateurs
artistiques des pays impliqués dans ce domaine. Ainsi, à partir de 1996, l’AFC participe à
l’organisation de l’option de catalan du concours national de l’agrégation d’espagnol,
organise des colloques internationaux, publie des ouvrages concernant la
catalanistique et édite une revue annuelle, la Revue d’Études Catalanes (REC).
14
Par conséquent, ce grand développement de l’enseignement du CLE dans le milieu
supérieur français a fini par multiplier de façon exponentielle les offres de formation.
3 – Offre actuelle et corps enseignant des études
catalanes dans le milieu universitaire en France : une
bonne santé
15
De nos jours et dans le cadre de la 14e section du CNU, le catalan est enseigné dans 17
centres universitaires français distribués dans 13 villes, comme nous pouvons le voir
dans le Tableau 1 :
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
106
Tableau 1 – Tableau des villes et des universités français qui offrent un enseignement supérieur de
catalan.
VILLES
UNIVERSITÉS
Amiens
Université Picardie-Jules Verne
Béziers
Centre Duguesclin
Bordeaux
Université Bordeaux-Montaigne
Grenoble
Université Grenoble Alpes
Lille
Université Lille
Lorient
Université Bretagne-Sud
École Normale Supérieur de Lyon
Lyon
Université Lumière Lyon 2
Marseille
Université Aix-Marseille
Montpellier
Université Paul Valéry-Montpellier 3
Sorbonne Université
Paris
Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis
Rennes
Université Rennes 2
Saint-Etienne Université Jean Monnet-Saint Etienne
Université de Toulouse 1 Capitole
Toulouse
Université de Toulouse 2 - Jean Jaurès
Travail de l’auteur
16
Or, les études de catalan ont aussi existé ponctuellement — mais n’existent plus — dans
les 9 centres universitaires suivants20 : à l’Université de Reims Champagne-Ardenne
(2020), l’Institut National Universitaire Champollion à Albi (2018), l’Université de
Bourgogne (2016), l’Université de Paris 12 (2016), l’Université de Nantes (2016),
l’Université Paris Nanterre (2014), l’Université du Littoral Côté d’Opale (2010),
l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (2008) et à l’Université de Rouen Normandie
(2008 ?)21. En outre, nous trouvons des traces documentaires qui indiquent que les
universités d’Artois, Haute Alsace et Rouen ont aussi envisagé de mettre en place un
enseignement de catalan mais sans résultats satisfaisants.
17
Cette répartition géographique vaste mais inégale se traduit aussi dans l’offre de
formation de chaque université. Cependant, de manière générale, et toujours en
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
107
conformité avec la 14e section du CNU, l’enseignement de catalan est présenté en tant
que Master Bidisciplinaire Occitan-Catalan — c’est le cas à l’Université de Toulouse 2 Jean Jaurès (dorénavant UT2J) —, comme Licence LLCER catalan — aussi à l’UT2J — ,
comme parcours de Licence LLCER espagnol — cas de l’Université Paris-Sorbonne,
maintenant Sorbonne Université, par exemple —. Il est aussi proposé pour préparer
l’épreuve de catalan à l’agrégation d’espagnol — à l’Université de Bordeaux Montaigne
ou à l’École Normale Supérieur de Lyon (dorénavant ENS), entre autres —. Enfin, il est
présent comme discipline associée — par exemple, à Paris 8, à l’UT2J et à AixMarseille — 22.
18
De plus, dans un grand nombre d’universités et de façon non exclusive, des unités
d’enseignement du catalan sont proposées en tant qu’options pour des spécialistes
d’autres disciplines (dorénavant LANSAD) — c’est le cas dans la plupart des universités
françaises comme Grenoble Alpes, Picardie – Jules Verne ou Rennes 2 —. De plus, on
trouve des Diplômes d’Université (DU) — cas de l’Université d’Aix-Marseille, de Lille ou
de Sorbonne Université, par exemple — qui peuvent avoir des formats divers offrant
une combinaison imposée ou très ouverte de choix d’unités d’enseignement
généralement piochées dans les enseignements de niveau Licence. Toutes les
universités, nommées ici en exemples, présentent plusieurs modalités d’apprentissage
du catalan.
19
Pour rendre compte de l’ensemble de l’offre de formation concernant le catalan dans
l’enseignement supérieur en France, nous avons réalisé un tableau récapitulatif (voir
Tableau 2)23.
Tableau 2 – Récapitulatif de l’offre de formation des universités française concernant le catalan,
année universitaire 2021-2022
Travail de l’auteur
20
Cependant, et nous tenons à le souligner, certaines de ces formations sont mutualisées
avec d’autres, c’est-à-dire que par exemple, dans une même université, les trois
niveaux de langue qui peuvent être choisis en tant que matière optionnelle
correspondent aux trois niveaux (un par an) du DU existant dans l'établissement. Par
ailleurs, certains cours organisés en niveaux de langue sont intégrés dans un cursus de
Licence qui se combine avec une discipline associée. Ce sont ces solutions internes déjà
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
108
soulignées qui conduisaient Corrons24 à dire qu’« il est impossible de rendre compte des
spécificités des dispositifs d’apprentissage du catalan en France » 25.
21
Pour assurer les enseignements dans ces différentes filières, la communauté
enseignante de la langue et de la culture catalane doit être conséquente. Cette
communauté enseignante intègre des Professeurs d’Université (dorénavant PU) en
exclusivité pour le catalan — chaires de Paris 4 (maintenant Sorbonne Université) et de
Montpellier26 —, des Maîtres de Conférences (dorénavant MCF) de profil hispaniste dont
une partie des enseignements est faite en catalan, des Professeurs Agrégés d’espagnol
(dorénavant PRAG), des attachés temporaires d’enseignement et de recherche
(dorénavant ATER) doctorants ou jeunes docteurs, des lecteurs ou encore des chargés
de cours. La catégorie de personnel dont l’effectif est le plus grand est celle des
lecteurs : ils sont 12 dans les 17 universités françaises.
22
À partir du début du XXIe siècle, la multiplication et la diversification de l’offre des
études catalanes a été progressivement gérée par la coopération franco-catalane
notamment grâce au l’IRL. En effet, l’IRL a compris l’importance stratégique de la
France par rapport à la catalanistique internationale et a mis en place, en 2008, une
délégation française, poste occupé depuis par Raül David Martínez. Autant l’IRL que son
délégué en France mènent un énorme travail de coordination des lectorats de catalan
« pour asseoir la projection de la langue catalane », un « développement (qui) est
davantage planifié, certaines lignes budgétaires étant allouées à la consolidation de
l’offre existante »27.
23
Comme il a été évoqué précédemment, l’IRL soutient plusieurs lectorats de catalan dans
le monde, que ce soit au niveau administratif ou financier, dont 11 en France 28. Parmi
les 2 018 étudiants universitaires de catalan en France en 2020, 71,1 % suivaient les
cours de langue (tous niveaux confondus) et 28,9 % de littérature et/ou de civilisation
catalanes dispensés par les lecteurs de catalan de l’IRL. Or, bien que l’offre et les
modalités de chaque université diffèrent, nous notons qu’elles se concentrent
majoritairement sur les premiers niveaux de langue (A1, A2, B1).
24
En 2022, toute l’offre en catalan encadrée par la 14e section du CNU est assurée par une
communauté de 30 enseignants répartis comme suit : 3 PU (Université Bretagne-Sud,
Sorbonne Nouvelle et Sorbonne Université)29, 9 MCF (Université Aix-Marseille,
Université Bordeaux-Montaigne, Université Grenoble Alpes, Université Paris 8
Vincennes-Saint Denis, Sorbonne Université [2], Université de Toulouse 1 Capitol et
UT2J [2]), 1 PRAG. (Paul Valéry), 2 ATER (Aix et UT2J), 12 lecteurs (Aix, ENS, Grenoble,
Jules Verne, Lille, Lyon 2, Paris 8, Sorbonne Université [2], Paul Valéry, Rennes 2 et
UT2J), 3 chargés de cours (Paris 3, Saint Etienne et UT2J). Néanmoins, les données sont
trompeuses.
25
Par exemple, d’une part, parmi les 3 PU, seulement deux (Bretagne-Sud et Sorbonne
Université) font des cours annuels de catalan alors qu’un (Paris 3) enseigne le catalan
seulement s'il y a des inscrits pour le concours de l’agrégation en option catalan. D’une
autre part, parmi les 9 Maîtres de Conférences comptabilisés, 2 ne font que des cours de
catalan dans la préparation pour l’agrégation d’espagnol (Aix et Grenoble), un fait
seulement des cours de civilisation catalane en français (Paris 8), un autre fait
seulement des cours de traduction (UT2J) et un autre ne fait qu’un cours intensif de
langue, en fin d’année, pour les étudiants partant en Erasmus dans des territoires de
langue catalane (Toulouse 1 Capitole).
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
109
26
Ainsi, étant donné qu’il n’y a pas toujours d’inscrits dans les cours de la préparation à
l’agrégation — à la différence de toutes les autres typologies de cours qui,
historiquement, enregistrent toujours des inscriptions d'étudiants —, on peut dire que
le nombre d’enseignants habituels de catalan en France est de 27 distribués comme
suit : 2 PU, 7 Maîtres de Conférences, 1 PRAG., 2 ATER, 12 lecteurs et 3 chargés de cours.
27
Ainsi, nous notons que c’est la figure du lecteur qui endosse le rôle le plus important
dans la communauté enseignante du catalan en France. Pourtant, la condition du
lecteur est temporaire. Dans le décret nº 87-754 du 14 septembre 1987 relatif au recrutement
de lecteurs de langue étrangère (1987), il est précisé que, par défaut, le lectorat a une
durée d’un an renouvelable pour la même période. Toutefois, le décret fait une
distinction entre les lecteurs par candidature spontanée sélectionnés par l’université et
les lecteurs désignés par les autorités de leur pays dans le cadre d’une convention de
réciprocité dans les échanges. Dans ce dernier cas, au moment de la signature du
contrat il faut fixer une durée d’un, deux ou trois ans, renouvelables une seule fois pour
la même période. C’est ainsi que d’une université à l’autre, la durée du contrat d’un
lecteur peut aller d’une année à trois années, dans les deux cas renouvelables. Cette
situation contractuelle des lecteurs semble en contradiction avec leurs missions
d’enseignement du catalan en France d'autant plus si l’on considère leur formation
académique.
28
En effet, d’après une enquête que nous avons menée en janvier 2022, seulement 58,3 %
des lecteurs de catalan en France sont en possession d’une Licence de catalan, 33,3 %
n’ont pas suivi d’études de Master en lien avec l’enseignement du catalan ni
l’enseignement du catalan en tant que langue étrangère et, 33,3 % se trouvent dans leur
première année d’enseignement comme lecteurs. En outre, 25 % de ces lecteurs sont
censés donner des cours de civilisation. Enfin, interrogés sur le recours qu’ils
pourraient avoir à un manuel dans leurs cours de civilisation, 75 % répondent par la
négative car ils n’en connaissent aucun. Ces données rejoignent celles obtenues dans
une autre étude portant sur l’ensemble des lecteurs dans le monde, en 2017, lors des
Journées internationales des enseignants de catalan. En effet, seulement 43 % des
lecteurs avaient suivi une Licence de catalan, 51,35 % n’avaient pas suivi d’études de
Master concernant l’enseignement du catalan et dans 85 % des cas, le lecteur était en
charge de cours de civilisation. Dans 70 % des cas, ces cours comprenaient au moins un
dossier que le lecteur devait créer et 30 % d’entre eux n’utilisait ni dossier, ni manuel.
4 – Conclusions : quel avenir ?
29
Les résultats de notre étude nous amènent à faire deux constats. Le premier est que
l’enseignement de la langue catalane comme langue étrangère dans les universités
françaises est bien ancré, compte tenu du fait que son enseignement a plus d’un siècle
d’histoire ininterrompue. Le deuxième constat est qu’il jouit d’une excellente santé,
notamment si nous le comparons avec l’enseignement d’autres langues MoDiMEs de la
péninsule ibérique telles que le galicien ou l’euskara, par exemple. Néanmoins, notre
étude a permis aussi de mettre en exergue qu’il existe une problématique de fond qui
pourrait réduire à néant tous les efforts consacrés et déployés jusqu’à maintenant :
laisser reposer sur les épaules des lecteurs la charge pédagogique la plus importante.
30
En effet, comment nous avons pu le mettre en évidence, le corps enseignant du CLE
dans les universités françaises est constitué d'une majorité de lecteurs. De ce fait, il
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
110
semble évident que ce soient eux qui assument la plupart des cours existants dans
l’offre de formation des études catalanes et, ceci est, pour le moins, préoccupant,
principalement pour deux raisons. Tout d’abord, chaque lecteur assure cette fonction
de manière éphémère (d’un à six ans). Le fait qu’ils soient embauchés seulement pour
une courte durée, et avec un salaire peu conséquent, n’encourage pas trop
l’engagement pédagogique, ni de recherche, de ces jeunes enseignants qui, pour la
plupart, devront se réorienter après un, deux ou trois ans d’exercice. La deuxième
raison de notre préoccupation réside dans le fait que la plupart des lecteurs manquent
de formation et de connaissances pour assurer les cours qui leur sont confiés. Les
critères de recrutement des lecteurs semblent reposer sur les compétences
linguistiques et culturelles de natifs et laissent de côté les compétences pédagogiques
qui s’acquièrent avec une formation, particulièrement si on se destine au métier
d’enseignant. Ainsi, par exemple, comment les lecteurs de CLE peuvent-ils choisir les
contenus culturels à aborder en classe de civilisation s’ils n’y ont pas été formés au
préalable et qu’ils ne connaissent pas, non plus, la pédagogie appliquée en France dans
l'enseignement des langues dans le supérieur ? D’après quels critères opèreront-ils
leurs choix ? Cette situation nous laisse penser, donc, que les lecteurs sont obligés de
façon inéluctable soit à reproduire des stéréotypes, soit à se baser sur leur propre
bagage culturel afin d’établir les critères qui les amèneront à déterminer les contenus
culturels à travailler30.
31
Par conséquent, d’une part, il nous semble fort préoccupant pour l'avenir de
l'enseignement du catalan dans les universités françaises qu’il n’y ait pas un nombre
plus important de MCF de catalan autant pour assurer les cours offerts, que pour guider
convenablement les différents lecteurs qui prennent en charge une tâche si
importante, de nos jours, qu'est le développement des compétences linguistiques et
interculturelles chez les apprenants. D’autre part, force est de constater le manque
d’une véritable volonté des établissements universitaires français pour inverser cette
situation. En effet, nous notons qu’au cours des dix dernières années, pas un seul poste
de MCF d’études hispaniques fléché catalan n’a été ouvert31.
32
Ainsi, quel avenir ont les études de catalan comme langue étrangère dans les
universités françaises ? Il nous semble indéniable que tant le maintien que le
développement des études catalans dans l’éducation supérieure en France passent par
la création de nouveaux postes qui puissent servir à assurer la survie d’un
enseignement qui ne cesse pas de générer de l’intérêt et, par conséquent, de faire
augmenter l’offre d’études.
BIBLIOGRAPHIE
BARRAL, Xavier. L’ensenyament del català a Europa i Amèrica del Nord. Barcelone : Gràfiques Rafael
Salvà, 1971.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
111
BENSOUSSAN, Mathilde. « Entorn de la lenta penetració de les lletres catalanes a França ». Estudis
romànics, 26 (2004), p. 269-273. https://www.raco.cat/index.php/estudis/article/view/237768
[consulté le 09-03-2022].
BERTHELOT, Martine. « Enseignement et situation du catalan dans les universités françaises ».
Revue d’études catalanes, 2 (2016), p. 173-189. https://raco.cat/index.php/REC/article/view/
375977/469275 [consulté le 09-03-2022].
BORI, Pau. La enseñanza del catalán en el mundo y la catalanística internacional. Departamento de
Estudios Ibéricos Facultad de Filología Universidad de Belgrado, 2020. http://doi.fil.bg.ac.rs/pdf/
journals/analiff/2020-1/analiff-2020-32-1-14.pdf [consulté le 09-03-2022].
BOVER, Agustí. Manual de catalanística. Barcelone : PAMSA i Diputació
de Tarragona, 1993.
CASACUBERTA, Montserrat. « Trenta anys de català a la Universitat de Rennes 2. Resultats de
l’enquesta recollida entre els alumnes del curs 1998-1999 ». Dans AA. VV. Els Països Catalans i el
Mediterrani : mites i realitats. Barcelone : Publicacions de l’Abadia de Montserrat, 2001, p. 9-14.
CORRONS, Fabrice. « Un corps de caméléon, une tête d’âne et une queue de salamandre...
Réflexions sur la présence de la langue et de la culture catalane (langue seconde) dans
l’université française en 2010 ». Dans HEITZ, Françoise ; LE VAGUERESSE, Emmanuel (éds.),
L’enseignement de la langue dans l’hispanisme français, Reims : EPURE, 2011, p. 155-176.
FABRA, Pompeu. Abrégé de Grammaire catalane. Paris : Belles-Lettres, 1928.
INSTITUT RAMON LLULL. Memòria 2020. Barcelone, 2020. https://llull.cat/IMAGES_22/
MemoriaLlull2020.pdf [consulté le 09-03-2022].
LACUEVA, Maria. Didàctica Universitària dels estudis culturals. Pràctiques i tendències en la Catalanística i
la Hispanística. Sarrebruck : Saarland University Press, 2017.
MANUEL-ORONICH, Ruben ; REPISO-PUIGDELLIURA, Gemma ; TUDELA-ISANTA, Anna. «Motivations to learn
Catalan outside the Catalan-speaking community: factors and affecting variables». International
Journal of Multilingualism. Londres : Routledge, 2021.
TUDELA-ISANTA, Anna ; VIDAL-ARRÁEZ, Josep ; REPISO-PUIGDELLIURA, Gemma ; MANUEL-ORONICH, Ruben «
Característiques de l’alumnat de català L2 fora del domini lingüístic ». Treballs de Sociolingüística
Catalana, 30 (2020), p. 39-55. https://raco.cat/index.php/TSC/article/view/374466 [consulté le
09-03-2022].
TRENC, Eliseu. « L’ensenyament del català a França ». Dans Jornades de catalanística a Praga.
Andorre : Imprenta Solber, 2007, p. 252-259.
VIDAL, Josep. La représentation de la culture dans la didactique des langues étrangères : le cas du catalan
en France. Diss. Universitat de Vic-Universitat Central de Catalunya, 2021. https://tel.archivesouvertes.fr/tel-03370043 [consulté le 09-03-2022].
VIDAL, Josep. « Ipséité et altérité
dans le concept de « culture catalane » ». Dans CORRONS, Fabrice ;
MARTÍNEZ, Michel (eds.). La présence catalane à
l’étranger. Canet : Trabucaire, 2020, p. 69-83.
VIDAL, Josep. « La cultura en els manuals de CLES ». Revue d’Études Catalanes, 4 (2018), p. 100-109.
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03483936/document [consulté le 09-03-2022].
VIDAL, Josep. « La “culture catalane” dans les manuels d’enseignement de Catalan Langue
Étrangère et Seconde ». Lengas, 83 (2018). https://journals.openedition.org/lengas/1473 [consulté
le 09-03-2022].
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
112
VIDAL, Josep et al. (2022). « La représentation de la culture catalane dans l’enseignement supérieur
en France ». Revue des Langues Néo-Latines, 401 (2022), p. 9-26.
NOTES
1. Le concept de Pays Catalans est apparu par la première fois au XIX e siècle sous la plume de
Benvingut Oliver Esteller, historien valencien, mais a été surtout popularisé par Joan Fuster, au
XXe siècle, dans son ouvrage Nosaltres, els valencians (1962).
2. BOVER, Agustí. Manual de catalanística. Barcelone: PAMSA i Diputació de Tarragona, 1993. Citons
par exemple les œuvres comme Das Katalanische (1925), de Wilhelm Meyer-Lübke ; la création de
l’Anglo-Catalan Society (ACS) en 1954, ou encore la constitution de l’Associació Internacional de
Llengua i Literatura Catalanes (AILLC) en 1973.
3.
INSTITUT
RAMON
LLULL.
Memòria 2020. Barcelone, 2020. https://llull.cat/IMAGES_500/
MemoriaLlull2020.pdf [consulté le 09-03-2022].
4. Il faut quand même souligner que le Gouvernement catalan avait déjà mis en place à ce même
effet, en 1997, la Comissió de Promoció de l’Ensenyament del Català a les Universitats de fora de l’Àmbit
Territorial de Catalunya.
5. Pour plus d’informations concernant le profil et les motivations des étudiants de catalan à
l’étranger, veuillez consulter
Gemma ;
MANUEL-ORONICH,
TUDELA-ISANTA,
Anna ;
VIDAL-ARRÁEZ,
Josep ;
REPISO-PUIGDELLIURA,
Ruben. « Característiques de l’alumnat de català L2 fora del domini
lingüístic ». Treballs de Sociolingüística Catalana, 30 (2020), p. 39-55. https://raco.cat/index.php/
TSC/article/view/374466 [consulté le 09-03-2022] et
Gemma ;
TUDELA-ISANTA,
MANUEL-ORONICH,
Ruben ;
REPISO-PUIGDELLIURA,
Anna. «Motivations to learn Catalan outside the Catalan-speaking
community: factors and affecting variables». International Journal of Multilingualism. Londres :
Routledge, 2021.
6. La liste complète des universités financées par l’IRL qui offrent des études de catalan dans le
monde, pour l’année universitaire 2020-2021, est en ligne sur : https://www.llull.cat/catala/
aprendre_catala/mapa_llengua.cfm.
7. Les rapports annuels de l’Institut Ramon Llull, disponibles sur son site web fournissent toutes les
informations concernant les études de catalan dans le monde.
8. La section 73 du CNU a été créée en 1992. Décret 92-70 du 16 janvier 1992 (Berthelot, 2016, p.
166).
9.
BERTHELOT,
Martine. « Enseignement et situation du catalan dans les universités françaises ».
Revue d’études catalanes, 2 (2016), p. 173-189. https://raco.cat/index.php/REC/article/view/
375977/469275 [consulté le 09-03-2022].
VIDAL,
Josep. La représentation de la culture dans la
didactique des langues étrangères : le cas du catalan en France. Diss. Universitat de Vic-Universitat
Central
de
Catalunya,
2021.
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-03370043 [consulté
le
09-03-2022].
10.
CORRONS,
Fabrice. « Un corps de caméléon, une tête d’âne et une queue de salamandre...
Réflexions sur la présence de la langue et de la culture catalane (langue seconde) dans
l’université française en 2010 ». Dans
HEITZ,
Françoise ;
LE VAGUERESSE,
Emmanuel (éds.).
L’enseignement de la langue dans l’hispanisme français. Reims : EPURE, 2011, p. 155-176.
11. Ibid., p. 263.
12. Toutefois, nous notons que des cours de culture catalane commencent bien auparavant, en
1928, suite à la création du Centre d’études de l'Art catalan et de la Civilisation catalane (CEACC),
de la main de Francesc Cambó.
13. BARRAL, Xavier. L’ensenyament del català a Europa i Amèrica del Nord. Barcelone : Gràfiques Rafael
Salvà, 1971.
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
113
14. Bien que Bori (2020) situe le début des études de catalan à Toulouse en 1949, autant la
bibliographie y faisant référence que les sources consultées à l’Université de Toulouse, nous
indiquent que ces études ont commencé, plutôt, en 1954.
15. FABRA, Pompeu. Abrégé de Grammaire catalane. Paris : Belles-Lettres, 1928.
16. Toutes ces données ont été extraites de Barral (1971) et Corrons (2011) et nous avons essayé
de les confirmer grâce à des entretiens téléphoniques et virtuels avec plusieurs professionnels de
la catalanistique française et qui font ou ont fait partie de l’Association Française des
Catalanistes.
17.
TRENC,
Eliseu. « L’ensenyament del català a França ». Dans Jornades de catalanística a Praga.
Andorre : Imprenta Solber, 2007, p. 253.
18. Ibid., p. 254. Il faut noter qu’à ce jour, l’Université Charles de Gaulle Lille 3 propose des études
de catalan.
19. CORRONS, Fabrice. « Un corps de caméléon, une tête d’âne et une queue de salamandre... ». Art.
cit., p. 266.
20. Entre parenthèses est indiquée la dernière année connue où il y a eu des cours de catalan et
dont nous avons connaissance. Ces données ont été fournies par le délégué de l’IRL en France,
Raül David Martínez.
21. Bien que nous n’ayons pas de certitude sur la date à laquelle les études de catalan ont disparu
à Rouen, nous savons qu’elles ont existé jusqu’à l’année universitaire 2007-2008.
22. À l’Université d’Aix-Marseille, à la différence de Paris 8 et de l’UT2J, la « discipline associée
catalan » apparaît sous le nom de « axe catalan » et peut être choisie seulement à partir de la
deuxième année de licence.
23. La dernière actualisation de ce tableau a été effectuée l’hiver 2022. Les sigles LG, LT, TD et CV
correspondent respectivement à cours de langue, cours de littérature, cours de traduction et à
cours de civilisation.
24. CORRONS, Fabrice. « Un corps de caméléon, une tête d’âne et une queue de salamandre... ». Art.
cit., p. 253.
25. Toutes les informations qui apparaissent dans le tableau précédent ont été extraites des sites
web des universités mentionnées, sont issues d'informations obtenues gracieusement par l’IRL
ainsi que d’entretiens télématiques avec les différents lecteurs de l’IRL et de quelques
responsables des enseignements de catalan en France. L’ordre dans lequel apparaissent les
universités est celui établi précédemment dans le Tableau 1 De plus, les onglets « Été » et « Autres
» font référence respectivement à des cours intensifs pour les étudiants français partant en
Erasmus dans des territoires catalanophones et à des cours et séminaires de Master qui intègrent
certains cours en relation avec la langue, la littérature ou la culture catalanes.
26. À la date de rédaction de l’article, la chaire de l’Université Paul Valéry-Montpellier 3 était sur
le point de disparaître.
27. CORRONS, Fabrice. « Un corps de caméléon, une tête d’âne et une queue de salamandre... ». Art.
cit., p. 267. Il faut préciser que les mots de Corrons font référence à l’IRL en général et non pas à
la France en particulier.
28. Il faut souligner qu’à l’Université de Paris 3 et à Saint Étienne, l’IRL ne soutient pas
financièrement un poste de lecteur mais celui d'un chargé de cours.
29. Il faut noter que les postes de PU de Bretagne-Sud et de Sorbonne Nouvelle ne sont pas
spécifiquement des postes fléchés catalan, mais de postes de PU qui encadrent l’offre de
formation. Actuellement, après le départ de Michel Bourret (Montpellier 3), le seul poste de PU
catalan en France est celui de Sorbonne Université.
30.
LACUEVA,
Maria. Didàctica Universitària dels estudis culturals. Pràctiques i tendències en la
Catalanística i la Hispanística. Sarrebruck : Saarland University Press, 2017. VIDAL, Josep et al. (2022).
« La représentation de la culture catalane dans l’enseignement supérieur en France ». Revue des
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
114
Langues Néo-Latines, 401 (2022), p. 9-26. VIDAL, Josep. La représentation de la culture dans la didactique
des langues étrangères : le cas du catalan en France. Diss. Universitat de Vic-Universitat Central de
Catalunya, 2021. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-03370043 [consulté le 09-03-2022].
Josep. « Ipséité et altérité dans le concept de « culture catalane » ». Dans
MARTÍNEZ,
CORRONS,
VIDAL,
Fabrice ;
Michel (eds.). La présence catalane à l’étranger . Canet : Trabucaire, 2020, p. 69-83.
VIDAL,
Josep. « La cultura en els manuals de CLES ». Revue d’Études Catalanes, 4 (2018), p. 100-109. https://
hal.archives-ouvertes.fr/hal-03483936/document [consulté le 09-03-2022].
VIDAL,
Josep. « La
“culture catalane” dans les manuels d’enseignement de Catalan Langue Étrangère et Seconde ».
Lengas, 83 (2018). https://journals.openedition.org/lengas/1473 [consulté le 09-03-2022].
31. Il faut noter qu’à Sorbonne Université un poste MCF fléché espagnol et catalan a été ouvert.
RÉSUMÉS
Notre contribution propose, dans un premier lieu, une synthèse sur l’histoire de l’enseignement
du catalan dans l’éducation supérieure en France. Deuxièmement, elle dresse un état des lieux de
l’offre de formation universitaire actuelle et du corps enseignant qui la soutient. Enfin, elle
envisage un possible futur de ces études, après avoir fait émerger certaines contradictions,
problèmes et défis qui se présentent face à l’avenir de cet enseignement. À ce jour, nous
comptons seulement trois bilans sur la question (Trenc, 2007 ; Berthelot, 2010 et Corrons, 2011),
bien que de nombreux changements soient survenus dans cette discipline. Ainsi, dix ans après le
dernier bilan, un nouvel état des lieux s’impose. Nous rappelons que l’enseignement du catalan
appartient à deux sections du Conseil National des Universités (14e et 73e sections) ; notre article
se penche particulièrement sur la 14e section : Langues et littératures romanes.
Our contribution proposes, firstly, a synthesis of the history of the teaching of Catalan in higher
education in France. Secondly, it provides an overview of the current university training offer
and the teaching staff that supports it. Finally, it considers the possible future of these studies,
after highlighting some of the contradictions, problems and challenges facing the future of this
teaching. To date, there have been only three reviews of the subject (Trenc, 2007; Berthelot, 2010
and Corrons, 2011), although many changes have occurred in the discipline. Thus, ten years after
the last review, a new assessment is necessary. We recall that the teaching of Catalan belongs to
two sections of the National Council of Universities (14th and 73rd sections); our article focuses
on the 14th section: Romance Languages and Literatures.
INDEX
Mots-clés : enseignement, catalan langue étrangère, universités, France
Keywords : teaching, Catalan as foreign language, universities, France
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022
115
AUTEUR
JOSEP VIDAL ARRÁEZ
Université Toulouse 2 Jean Jaurès (LERASS-EA827)
josep.vidal-arraez[at]univ-tls2.fr
Catalonia, 30 | Premier semestre 2022