/
Автор: François-Alexandre Aubert de la Chesnay
Теги: zoologie littérature française animaux de compagnie médecine vétérinaire
Год: 1744
Текст
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L’expression
“appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l’ouvrage depuis la maison d’édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d’utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s’agit toutefois d’un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l’usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d’utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N’envoyez aucune requête automatisée quelle qu’elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d’importantes quantités de texte, n’hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l’utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l’attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l’utilisation que vous comptez faire des fichiers, n’oubliez pas qu’il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n’en déduisez pas pour autant qu’il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d’auteur d’un livre varie d’un pays à l’autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l’utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l’est pas. Ne croyez pas que le simple fait d’afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d’auteur peut être sévère.
À propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l’accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le frano̧ais, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse http://books.google.com
Ex Libris
Petri
Adamol
i
Regi à Consilis, àportubus
pontibus, transitibus que
urbis Lugdunensis ас
veteris Provincia Summi
17
33 .
808766
De Verransal. In Jel·
Leparfait Cocher.
Jessard Sculp•
808766, ACAD .
SCIENT.LIT
T
LE PARFAITET. ART.
LUGD .
COCHER
OU
L'Art d'entretenir , & de condui
re un Equipage à Paris & en
Campagne.
Avec une inftruction aux Cochersfur
les Chevaux de Caroffe ,
Et une connoiffance abrégée des prin
cipales Maladies , auxquelles les
Chevaux font fujets.
Ouvrage utile tant aux Maîtres
LAU
Lqu'aux
Cochers.
LE
DE
DEL
A
PARIS ,
Chez F. G. MERIGOT , Quay des Augu
ftins , près la rue Gift- le-coeur , aux
Armes de France.
M: DCC . XLIV .
AVEC
PRIVILEGE,
ܫܪ
A
MONSIEUR ,
MONSIEUR DE
LA
GUE'RINIERE ,
ECUYER DU ROY.
M
ONSIEUR ,
Un Ouvrage , que vous avez
trouvé digne d'être mis au jour
a ij
EPITRE.
iv
tant pour l'utilité des Cochers , que
pour les Maîtres même , a befoin de
votre nompour paroître avec quel
que confiance.
Déja vosfuffrages m'ont aſſuré
de ceux du Public. Qui peut en
effet mieux juger de mon PAR
FAIT COCHER , que vous
même ?
Je
fur
ne
votre
vous
belle
louerai
pas
;
ECOLE
DE CAVALERIE. Vous en
avez reçu les applaudiffemens que
vous méritiez, Tout Paris eft té
moin que vous travaillez à vous
rendre de plus en plus utile à lat
EPITRE.
JEUNE NOBLESSE , qui
reçoit tous les jours de vous cette
affurance , cette adresse & cette
fierté , qui font tout enfemble l'ai
mable & l'intrépide Cavalier.
Ce zéle infatigable , que vous
avez pour votre Profeffion , vous
·
la protection d'un
de
affure
GRAND PRINCE , qui
connoiffant mieux que perfonne
ce dont vous êtes capable , veut
que tous vos momens foient éga
lement partagés entre la Cour &
la Ville.
Comme ces marques de diſtin
Etion font une preuve de vos ta
a iij
T
EPITRE.
vj
lens
elles en font l'éloge.
J'en
fais en mon particulier tant de
cas , que je reffens une joye fé
crette de pouvoir vous dire pu
bliquement avec quelle eftime &
quelle confidération j'ai l'honneur
d'être ,
1
H
1
MONSIEUR ,
'
A Paris ,
ce 2. Janvier
1744.
Votre très-humble
& très - obéiffant fer
viteur , A. D. L. C.
مصلح
Midland
ak
PRE'FACE.
E ne connois que quelques
Auteurs , dans les Ouvrages
defquels , il y a des inftruc
tions pour les Cochers , fémées çà
& là. Mais on ne s'eft pas encore
avifé de donner au Public des chofes
"
bien
étenduës
fur
cette
matiére .
Ce que j'ai lu dans ces Livres ne m'a
pas paru fuffifant pour un jeune
homme qui veut embraffer un métier
auffi pénible & auffi dangereux que
l'eft celui de conduire un Equipage ,
tant à Paris , que par tout ailleurs.
Un Manufcrit compofé dès le
commencement de ce fiécle par un
ancien Cocher , qui en avoit fait
l'exercice
pendant trente
a iiij
ans
&
viijj
PREFACE.
plus , m'eft tombé dans les mains.
Au milieu d'une infinité de chofes
étrangeres au fujet , j'y ai débrouillé
des leçons très-utiles , & de ce ma
nufcrit dont , tel qu'il étoit , on ne
pouvoit faire uſage , j'ai tiré la quin
teffence.
Mais les modes comme le goût
changent en tout ;
& ce que ce
vieux Cocher a dit fur plufieurs
chofes , n'eſt plus d'ufage. Je puis
même dire , que depuis vingt ou
trente ans , on a perfectionné cet
art. Les équipages font plus leftes ,
plus galans , & plus riches , qu'ils
ayent jamais été , & auffi plus lé
gers & plus fragiles. On mene avec
plus d'adreffe & plus de grace ,
qu'on ne faifoit il y a quarante ans.
Ainfi pour donner , fuivant mon
titre , à mon Parfait Cocher toute la
perfection poffible , j'ai confulté un
des meilleurs Cochers qu'il y ait à
la Cour & à Paris , un Cocher qui
doit toute fa fcience & toute fon
PREFACE.
Tx
adreffe au Seigneur, qu'il a l'honneur
de fervir , un Cocher qui en a for
mé plufieurs autres , & qui tous les
jours en forme pour des perfonnes
de la premiere condition , qui n'en
veulent que de fa main. C'eft l'ha
bille Peretti , Cocher de M. le Duc
de Nevers.
Nous avons enſemble examiné
eet Ouvrage , & fur ce qui regar
de le panfement des chevaux , l'en
tretien de l'équipage , & la manié
re de mener , il a bien voulu m'in
ftruire. J'ai profité de plufieurs de
fes momens de loifir , pour faire
les additions néceffaires , pour ré
trancher de concert avec lui ce qui
n'eft plus d'ufage , ou ce qui lui a
paru défectueux. Cette partie eft
donc plus fon ouvrage que le mien .
M. de la Riviere , Sellier d'une
grande réputation , & qui demeure
dans le Marais , n'a point auſſi ba
lancé de m'apprendre la maniere
qu'un Caroffe , Berline , Berlingot ,
30
PREFACE.
Vis-à- vis , Chaiſes de pofte doivent
avoir de la grace.
être montés
pour
C'eft de lui que je tiens tout ce que
j'ai dit à ce fujet .
Je n'ai pas trouvé les mêmes
reffources chez quelques autres ,
qui ,, par les profeffions qu'ils exer
cent, ont tous les jours affaire avec
des Cochers . Il y en a qui vou
loient pour quelques avis , & une
confultation d'une heure au plus
9
impoſer des conditions trop dures
à mon Libraire . D'autres jaloux de
leur fçavoir faire , n'ont pas daigné.
m'en faire
part.
Las de leur avoir fait des viſites
inutiles , & confeillé par un habile
homme , qui en m'indiquant le
Nouveau Parfait Maréchal m'a fait
connoître que je n'avois pas befoin
d'eux , j'ai été m'inftruire dans ce
Livre fur quelques articles que ces
habiles , mais peu obligeans Ou
vriers vouloient me faire ignorer .
J'ai donné toute l'attention pof
1
1
PREFAC E.
xj
fible à cet Ouvrage , fi digne de
celle de tous ceux qui ont équipa
ge. Il n'eft pas moins utile aux Co
chers , à ces Cochers fur tout , qui
ne doutent de rien , & qui ne fça
vent rien. Il contient trois parties.
La premiere beaucoup plus éten
duë traite de la maniére de mener
à Paris & en Campagne , & du foin
qu'on doit avoir de l'équipage &
des chevaux .
La feconde donne une connoif
fance abrégée des chevaux de Ca
roffe , françois & étrangers.
La troifiéme eft une lifte des prin
cipales maladies aufquelles les che
vaux font fujets , & une courte in
ftruction fur ce que les Cochers
doivent faire , en attendant le fe
cours des Maréchaux , s'ils en ont
befoin.
Il y a dans Paris plus de mau
vais Cochers que de bons. Ceux
qui fçavent lire , pourront de deffus
leur fiege s'inftruire
en attendant
mij
PREFAC E.
leurs Maîtres. Mais je plains ceux
à qui des Parens dans leur enfance
n'ont pas fait apprendre à lire. Le
nombre en eft moins grand aujour
d'hui qu'autrefois .
Je
confeille à
ceux-ci de chercher parmi les Do
meftiques du Maître qu'ils fervent ,
quelqu'un affez obligeant pour leur
lire aux heures qu'ils ne font pas
occupés , un livre uniquement com
pofé pour leur inſtruction .
Quoique l'invention des Caroffes
ne foit pas ancienne "* & qu'ils
n'euffent que le nom de la Coche
du tems d'Henri IV.
qui n'avoit
qu'un équipage fort fimple , lequel
fervoit également à la Reine fon
épouſe comme à lui , la profeſſion
de Cocher , j'entend celle de me
ner des Chars , eft ancienne & mê
me illuſtre . Ancienne , parce qn'on
voit l'ufage des Chars dès l'établiſ
fement des premieres Monarchies ;
& Illuftre , parce que ceux à qui
appartenoient ces Chars , Souve
t
PREFACE.
x117
rains & autres , fe faifoient un plai
fir de les meher eux-mêmes .
On fçait que l'Empereur Neron
fut auffi bon Cocher que bon Ac
teur. Par fucceffion de tems les
Princes ont toujours regardé , com
me un amuſement , & un plaiſir
qu'ils pouvoient fe donner quelque
fois , l'adreffe de mener leurs Chars.
C'est ce que nous voyons encore
aujourd'hui. Prefque tous les jeunes"
Seigneurs , & à leur exemple une
infinité de jeunes gens de condition
s'appliquent à bien mener des Ca
roffes , Phaetons , Caleches , Chai
fes , &c. & il y en a qui s'en ac .
quittent mieux que le commun des
Cochers , & prefque auffi bien que
les plus habiles.
Par ces exemples il paroît qu'un
Cocher , qui n'auroit que les rênes
de fes chevaux à conduire , feroit
un homme chargé d'un honorable
emploi , tels que font en effet ceux ,
quí fervent à la Cour , & auprès des
xiv
PREFACE.
Grands. Mais comme par tout ail
leurs un Cocher n'eft
pour ainfi
dire , Cocher , que quand il eft affis
fur fon fiége , il ne lui refte que
le chagrin de voir que ce qui eſt
un exercice agréable pour d'autres ,
devient un état pénible pour lui ,
quand de l'induftrieuſe profeffion de
Cocher , il eft obligé par fes engage
mens de defcendre dans les baffes
fonctions de Palfrenier & de Gar
çon d'Ecurie.
J'avoue que ces Cochers de la
derniere claffe n'ont rien de flatteur
que l'efpérance de trouver un jour
des conditions, où ils ne faffent plus
que l'office de Cocher. Celui qu'un
Roi d'Eſpagne fit Grand d'Efpagne,
en lui permettant de fe couvrir dans
un tems de pluie ,* avoit fans doute
commencé ,
comme tous les Co
chers commencent. Si en France
* A la Cour d'Eſpagne les Cochers menent le
Roi la tête découverte , & il n'y a que les Grands
d'Efpagne , qui ayent droit de fe couvrir devant
Sa Majefté Catholique.
PREFACE.
XV
les Cochers ne peuvent pas afpirer
à un pareil honneur , du moins
ceux , qui font au fervice du Roi ,
de la Reine , des Princes & Prin
ceffes,jouiffent- ils d'une fortune af
fez riante ; & font- ils affez bien ré
compenfés pour donner envie aux
autres de fe rendre dignes des mê
mes emplois? Mais l'émulation n'eſt
pas grande parmi ces derniers.
On a vu dans Paris , il y a plu
fieurs années , un homme de con
dition , qui faifant marcher derriere
lui fon équipage , alloit à pied , afin
d'examiner les Cochers , qui rou
lans
à vuide faifoient
chevaux
d'une
aller leurs
vîteffe
extrême.
Quand il en rencontroit , il les char
geoit d'un billet cacheté pour leurs
Maîtres , à peu près conçu dans ces
termes : MONSIEUR , ce billet eft
pour vous avertir que
votre Cocher
ne ménage ni vos chevaux , ni votre
équipage. Ces billets généraux , &
fans adreffe , dont il avoit toujours
1
xvj
PREFACE.
grande proviſion dans fa poche , &
qu'il donnoit à tous les Cochers
étourdis , qu'il arrêtoit fur fa route ,
comme s'il en eut connu les Maîtres,
ne pouvoient faire qu'un bon effet.
Tout le monde n'eft pas capable
'
d'une pareille induftrie , & l'amour
que l'on peut avoir pour fon équi
page & fes chevaux ne s'étend pas
toujours fur ceux des autres. Mais
pour peu qu'on ait envie d'exami
ner la conduite de fon Cocher
Poftillon & Palfrenier , & de s'in
ftruire de leurs devoirs , on n'a qu'à
lire ce livre , où l'on parle de ce
que les uns & les autres doivent faire.
Je n'ai rien négligé pour mériter
les attentions du Public. Mais fi
malgré tous mes différens Maîtres >
je me fuis trompé quelque part ,
comme je fuis toujours dans la dif
pofition de profiter des avis & des
inftructions , qu'on voudra me don
ner , je demande • que ce Public
m'excufe.
TABLE
1
1
155 233 155 20 168 369 188 12k 48
ek
TABLE
DES
ARTICLES
de la premiere Partie.
Ualités effentielles à un Cocher. pag.
Q
1. & fuiv.
Imperfections ordinaires àpluſieurs Cochers.
4. &fuiv.
Main bonne d'un Cocher
7. &fuiv.
Uftenciles néceffaires dans une Ecurie.
10
11 &fuiv.
Heure d'entrerdans l'Ecurie.
Ce qu'ilfaut faire dans l'Ecurie , avant que
13
de panferles Chevaux.
Maniére d'étriller.
ibid.
fage de l'Epouffete , de la Broffe , & de
l'Eponge.
I+
Examen des pieds des Chevaux.
15
Maniére de trouffer la queuë d'un Cheval.
16
Maniére de faire le crin des Chevaux. 17
Maniére defaire croître le crin du colet &
de la queue.
12
XVIII
TABLE
Caufe de la perte du crin des Chevaux. ibid.
Maniére de faire lepoil des jambes.
20
21
Maniére de rogner la Corne.
Maniére de gouverner les jambes , & les
22
pieds des Chevaux.
Eau depuit bonne pour laver les jambes , &
les pieds des Chevaux échauffés.
Nourriture du Cheval.
23
24.
Maniére de traiter les Chevaux gras.
ibid.
Maniére d'engraiffer un Cheval de Caroffe.
25
26
Chevaux, qui mangent lentement.
ibid.
Chevaux , qui mangent ensemble.
Maniére de gouverner les Chevaux gour
mands.
27
Maniére degouverner les Chevaux délicats.
28
Maniére degouverner des Chevaux mai
30
gres.
Maniére de traiter les Chevaux , qui écra
fent des araignées..
32
Qualités des avoines , pailles , foins & fain
foins.
33 &fuiv.
·
39
Tems proprepour nétoyer un Caroffe.
Maniére de nétoyer l'Imperiale du Caroffe.
4I
Maniére de paffer la vergettefur les rangs
des clous.
42
Maniére de nétoyer lesglaces & les peintu
res.
43
•
TABLE
XIX
Maniére de nétoyer les Caroffes d'Ebene.
44
Chevaux négligés à cause du lavage des
roles.
45
Maniere de bien monter un Caroffefurfon
train.
46
Belle grace d'un Caroffe mis dansfon équili
bre.
47
Difficulté de donner de l'air à un Berlingot,
ibid.
& aux autres Voitures.
Différentes maniéres de monter les Chaifes de
Pofte.
so
:Maniére d'arrêter les refforts d'un Caroffe ,
quand on va en Campagne.
$2
Maniere de boucler les courroyes de guin
ibid.
dage.
Paquets , qui ruinent le Caroffe.
Bride de Cheval de Caroffe.
53
ibid.
Ufage de la bride.
Différentes embouchures .
5+
55
Bridon , Maftigadour , Licols.
57
Maniére de brider un Cheval.
59
Maniére de brider un Cheval embouché. 60
Maniére de brider un Cheval fans bou: be.
ibid.
Ce qu'ilfaut faire à des Chevaux qui regar
dent par-deffus leur ceillére , ou qui font
61
ombrageux.
Harnois des Chevaux de Caroffe .
62
e ij
*
XX
TABLE
Embouchures & bouffes.
༦༢
66
Harnois à quatre & àfix Chevaux.
Harnois des Chevaux de Chaife.
67
Maniére de mettre des Chevaux au Caroffe,
& d'atteler un Cheval , qui s'écarte. 69
Autre maniére de mettre des Chevaux au
Caroffe.
70
Maniére d'accommoder les vieux harnois.
I
72
Maniére de mettre le harnois aux Chevaux.
de Caroffe.
73
Maniére de mettre le harnois , pour ne point
bleffer les Chevaux.
74.
De quel côté on doit préfenter le harnois .
ibid.
Couffinets utiles en Campagne.
75
Ce qu'il fautfaire aux Chevaux , qui ont le
ibid.
crin trop long.
76
Attelage des Chevaux.
Chevaux attelés courts à Paris .
77
Proprété de l'équipage , & du Cocher. ibid.
Neceffite pour les Maîtres de donner leurs
ordres.
78
Comment un Cocher doit être affis fur fon
79
Siége.
Maniere de méner à la Françoife , & à
P'Italienne.
Se
Maniére d'enrêner les Chevaux.
81
Un Cocher ne doit pas monterfur fonfiége
83
fansprendre les guides.
TABLE
XXI
Un Cocherfur fon fiége ne doit faluer pex
84
Sonne.
Pofture dans laquelle un Cocher doit être
ibid.
pour bien méner.
Provifion de verges defoüet , & longueur de
85
verges defoüet.
Maniére de mettre une mife de foüet au bas
d'une monture.
86
Maniére de donner des coups de fouet,
87
Maniére , dont un Cocher doit fortir de la
89
courdefon Maître.
Retenue, que les Cochers doivent avoir dans
Les chaleurs , & dans les tems de gelée.
91
ibid.
Maniére de méner à Paris.
Dans quel tems on doit cartayer lesruiſſeaux,
& maniére d'éviter les embarras.
23
ne pas accrocher,
Ce qu'il faut faire pour ne
w & maniére defaire rouler un Caroffe. 94
Un Caroffe ne doit pas couper un autre Ca- .
roffe ; & ce qu'il fautfaire dans une file.
9.5
96
Maniére deméner reglément.
Maniére de tourner à un coin de ruë.
97
Ce qu'il fautfaire à un détour , & maniére
de couper les ruiffeaux en tournant. 98
Ce qu'ilfautfaire dans un carfourpour tour
ner.
99
100
Maniérede tourner en rond..
Maniére de tourner dans une ruë en mon
101
tant.
XXII
TABLE
Ne point tourner au milieu d'une ruecreufe.
ibid.
Maniéred'éviter les clous des ruës.
102
103
Maniére de réculer, & defe ranger.
Empêcher que les chevaux ne voient du coin
del'œil , & maniére de fe ranger pour at
104
tendrefon Maître.
à
mé
facile
auf
chevaux
buit
de
Attelage
105
ner quecelui de fix.
Attelage à quatre auffifacile à méner , que
celui de deux.
106
Chevaux , quijertent trop la tête en dehors.
108
Ce que doit faire un Cocher , à la rencontre
ibid.
d'un autre Caroffe.
Conduite d'un Cocher , prudent a la rencon
109
tre d'un autre caroffe.
Précautions qu'un Cocher doit avoir avant
que defe mettre en Campagne , & manié
110
re de meneren Campagne.
Façon defaire tirerfix Chevaux , & avan
tage d'avoir un feptiéme Cheval pour le
112
befoin.
Ce qui arrive , quand les Chevaux ne tirent
pas également , & précaution , qu'un Co
• cher doit avoir pour lesfaire tirer. 113
Les Chevaux d'un même Attelage doivent
114
être égaux.
115
Defavantage des Chevaux inégaux.
Chaleurs contraires aux chevaux gras. 117
1
TABLE
XXIII
Maniere de monter les montagnes , & de ies
118
defcendre
Attentions des Cochers à ménager les che
vaux .
119
Maniére de faire boire les chevaux . ibid.
Maniére de panfer les chevaux a la dinée.
120
Avantage d'arriver de bonne heure
couchée.
Maniére d'ôter le harnois des chevaux.
Maniére d'ôter les traits.
à la
122
123
124
Maniére d'arranger la petite guide.
125
Maniére de defaire les paloniéres , & les
chainettes.
126
Maniére de fefervir du couteau de chaleur.
ibid.
Ce qu'ilfautfaire après qu'on a paſsé le cou
teau de chaleur.
127
Gouvernement des chevaux de caroffe après
128
une courje.
Soin des chevauxgras après une courfe. 129
Soin des chevaux de caroffe , outrés de tra
vail après une longue course.
130
Autre maniére de foigner des chevaux quand
ils font fatigués.
131
Confervation des pieds.
132
Heure defaire boire les chevaux.
134
135
Heure defairemanger l'avoine.
Nourritures accidentelles des chevaux de
caroffe & autres.
137
XXIV
Son.
TABLE
138
Orge , fénugrec , paille hachée , froment "
feveroles , luzerne , coffas depois , lentil
le, lande, vert , orge en vert. 139 & fuiv.
144
Boiffons des chevaux de caroffe.
Situation des Remifes.
145
Soin qu'un Cocher doit avoir de la bride de
14G
fes chevaux.
Ce qu'un Cocher doit faire à des chevaux
écorchés.
ibid.
Retour des voyages.
147
Maniére demettre & d'oter les couvertures.
149
152
Maniére defaire la litière.
ibid.
Ufage du bouchon.
Quand un Cocher doit aller chez le Charron
Bourlier , Sellier , Epronnier , & c. 153
Fers.
154
Clous.
ibid.
Maniére de tenirlespieds des chevaux pour
les ferrer , & celle d'y pofer lefer. 155
157
Danger deferrer à chaud.
Maniére qu'un fer doit être pofé.
159
Maniére d'ouvrir les talons d'un cheval..
ibid.
Maniére de brocher.
160
1.6.1
Pinçons
ibid.
Crampons.
Ferrure.
163
Premiereferrure des chevaux de caroffe. 164
Ferrure
LE
PARFAIT
COCHER ,
OU
L'art d'entretenir & de conduire
un Equipage à Paris &
en Campagne.
PREMIERE
PARTIE..
Qualités effentielles à un Cocher.
E métier de Cocher demande
beaucoup de prudence , de con
duite & d'exactitude. La vie de
ceux qu'il mene eft entre fes
mains. Que de malheurs , qui furviennent
A
1. Partie.
LE
PARFAIT
par la faute d'une infinité de jeunes Co
chers , ignorans , yvrognes , emportés ,
impatiens & jureurs ! S'ils fe trouvent dans
des embarras , loin de penſer à les éviter
ils veulent que rien ne leur réfifte . Cher
chant à fe faire paffage , ils crient , ils ju
(
rent , ils infultent , ils blafphément , &
fouvent ils compromettent les Maîtres.
Que le caroffe verfe , qu'un train man
que , que des Chevaux , pour être mal
conduits prennent le mords aux dents , la
raifon manque à ces mauvais Cochers ,
& la fureur s'empare d'eux , delà il arrive
une infinité de malheurs.
Ainfi la patience , la douceur , la fo
brieté , font des vertus , fans lesquelles un
homme ne peut devenir un parfait Co
cher. Ces qualités feules ne fuffifent pas ,
elles ne contribuent qu'à faire remplir
exactement tous les devoirs de cette pro
feffion ; mais il faut s'en inftruire , & pour
y exceller , elle demande , comme plufieurs
autres , un affez long apprentiffage.
Je fçais qu'aujourd'hui l'on ne prend
pas toutes les mesures néceffaires. Un
jeune homme , qui veut être Cocher , fert
quelques mois dans une Ecurie ; il ac
compagne un Fiacre pendant quelque
tems , il entre enfuite chez un Louieur de
Caroffe , il y refte un an ou deux ; s'il fçait
COCHE R.
une place bourgeoife qui vaque , il la po
ftule , il ſe prefente , il eft reçu , le voilà
revêtu de la qualité de Maître-Cocher :
Eft-il bon Cocher ? c'est au Maître qu'il
fert d'en décider.
Un Garçon , fils d'un Laboureur , éle
vé parmi les Chevaux , & qui en a conduit
pendant dix ou douze ans , à la charruë ou
autrement , en fervant fous un habile Co
cher , le devient lui-même , quand il a fait
les fonctions de Palfrenier & de Garçon
¿
d'attelage. Si pendant dix ans il a eu foin
d'un Caroffe à deux Chevaux , & pen
dant quelques années conduit un attela
ge à fix , il doit mener en perfection. On
doit préferer ces fortes de Cochers à ceux
qui ont vêcu quinze ou vingt ans fans
avoir manié de Chevaux.
ir
S!
d
La plupart des Cochers font Allemands ,
Flamands , Suiffes , Bretons ', Picards &
Normands. L'Allemand panfe bien un
cheval , mais en qualité de Cocher , il n'a
pas la délicateffe d'un François. Ce n'eft pas
le talent d'un Suiffe d'être ou bon Co
n
cher , ou bon Poftillon , mais bon Palfre
ert
C
ue
de
nier. Le Flamand difpos , agiffant , d'un
bon jugement , a toutes les qualités requi
fes pour devenir un bon Cocher. Les Co
chers Bretons font affez rares ; ils m
ait
nent vite , ainfi que les Picards , & ref
)
A ij
LE PARFAIT
4
femblent en cela aux Anglois & aux Hol
landois. Les Normands font foigneux
menent bien , aiment le travail ; mais ce
qu'on vient de dire ne fait pas une loi.
Il y a de bons > comme de mauvais
Cochers de tous les Pays. C'eſt par leur
travail , leur affiduité , leur conduite
qu'on les doit connoître. L'âge conve
nable pour un Cocher , eft depuis vingt
cinq ou trente ans juſqu'à foixante. On
n'en veut point qui ne foit d'une figure
très - apparente. Le fçavoir - faire , & les
bonnes qualités du coeur & de l'efprit,
font à préférer à un extérieur ſéduiſant
& trompeur,
Imperfections ordinaires à plufieurs
Cochers.
Suivant le nouveau Parfait Maréchal ,
duquel j'ai extrait cet article & le fuivant ,
un Cocher , peut avoir plufieurs imper
fections , qui regardent la façon de me
-ner , ou qui y ont rapport. L'impruden
-ce ou le défaut de jugement en eft un
confiderable ; car fi le jugement lui man
que , il s'embarquera fouvent dans de
mauvais pas , dont non-feulement il fe ti
Ch. XXVII. pag. 168, & ſuiv.
COCHE K:
1
ce
eur
rera avec peine , mais qui cauferont quel
quefois la deftruction de fon équipage ,
en brifant fa voiture , ou eftropiant les
Chevaux , lui - même , ou fon Maître.
Comme le jugement eft détruit par l'y
vrognerie , ce vice fait encore commet
tre des fautes plus grandes & plus dan
gereuſes.
Ily a des Cochers qui prennent de l'aver
fron pour un cheval , alors le pauvre ani
re
les
it,
nt
S
mal eft fouetté & harcelé de façon , qu'on
le met encore moins en état de faire ce
qu'on lui demande , & il eft ufé bien plû
tôt , que le cheval favori . Si celui qui me
ne des bêtes vouloit bien ſe perſuader
qu'il doit être plus raifonnable qu'elles ,
qu'ainfi tout ce qu'on demande à des che
vaux , doit être dirigé par le jugement
de l'homme , il ne les traiteroit pas com
me fes égaux , en les taxant de lui défo
béir exprès , d'être bien malins , & autres
épitéhtes qu'il leur donne , pendant que
c'eft fouvent fa faute , s'il n'en vient pas
à bout. Car qu'un plus habile homme que
lui monte fur le fiege , il fera tout ce qu'ib
voudra de ce cheval , que fon prédécef
feur ne pouvoit conduire.
D'autres Cochers foüettent perpétuel
lement leurs chevaux par mauvaiſe hu
meur & férocité naturelle . On doit évi
A iij
LE
PARFAIT
ter de fe fervir de ces gens-là ; car ou
tre qu'un tel caractére répugne à l'huma
nité , ces coups de foüet font jetter un
cheval en avant ; l'effort fe fait fentir fur
fes barres , & il eft fi harcelé , qu'il peut en
tomber malade , ou du moins cela le fati
gue & l'ufe extrêmement. Communément
un Cocher de cette efpece eft d'ailleurs
un très - mauvais ſujet.
Le défaut le plus commun des Cochers
eft d'avoir la main plus ou moins mau
vaife ; ils font en quelque façon excuſa
bles en cela , puifqu'ils ne fçavent pas,
monter à cheval , & que cette fcience , en
feignée par un habile homme , accoutume
à ménager la bouche d'un cheval : c'eft
fur cela particulierement qu'il eft difficile
de donner des leçons par écrit. C'eft
pourquoi quelques perfonnes curieuſes de
leurs chevaux , & fûres d'un Domeſtique ,.
lui font apprendre quelque tems à monter
à cheval , avant que de le mettre fur le
fiége. Cela eft très- rare dans ce païs-ci : les
Allemands , à ce qu'on dit , pratiquent
cette coutume , auffi les Cochers Alle
mands paffent pour être les meilleurs . Des
chevaux de caroffe , qui ont été quelque
tems montés au manége , font bien plus
agréables & bien plus faciles à mener en
fuite.
Сосник .
7
Maniere d'avoir la main bonne.
On dit que la main eft bonne quand
on l'a douce & légére raiſonnablement.
Pour expliquer ceci , il faut , felon l'Auteur
du Livre que j'ai cité dans l'article pré
cédent , comparer l'effet que le mords
fait fur les barres
d'un cheval à celui
d'un morceau de fer , qui appuiroit fur vo
tre doigt
s'il y appuyoit toujours , il
l'engourdiroit ; fi on le preffoit fort avec
ce fer par fecouffes , ce feroit comme
autant de coups , qui d'abord vous fe
roient très - fenfibles , enfuite viendroit
l'engourdiffement du doigt & l'infenfi
bilité
alors fi vous êtes plus fort que
celui qui tient le fer , vous l'attirerez à
vous malgré lui , s'il s'obftine à vou
loir vous réfifter avec ce fer. Voilà l'ef
fet de la main mauvaiſe , qui engourdit
& ôte la fenfibilité aux barres : mais
fi celui qui tient ce fer ne l'appuyoit que
de tems en tems , la fenfibilité , qui re
viendroit à votre doigt dans les interva
les , feroit que vous en fentiriez tou
jours l'effet , comme la premiere fois :
voilà la main douce & legére , qui eft
toujours sûre de fon effet.
Il y a des Cochers , qui croyent avoir
A iiij
LE
PARFAIT
la main légere , en ne tenant point du tout
leurs chevaux , en les laiffant aller fur le
nez & ſur les épaules , ils ne laiſſent pas
de leur gâter la bouche ; car quand il faut
réculer , ou tourner promptement , ils ra
trapent leurs guides ; & comme le tems
les preffe , ils donnent une bonne facca
de à leurs chevaux , & à force de facca
des pareilles , leur endurciffent les barres ;
à la fin ils ne les menent plus que par fac
cades , aufquelles les chevaux s'accoutu
ment,
Les Cochers , qui ont la main rude , en 、
viennent encore à ce point , en tenant les:
guides toujours tendües , & s'ils ont endur
ci les barres à leurs chevaux , ils s'en pren
nent au mords , qu'ils trouvent alors être
trop doux ; ils en demandent de plus forts ,
& à mesure que les barres s'endurciffent
de plus en plus , ils augmentent la force
chevaux ne
des mords , jufqu'à ce qu'ils ayent
fi bien
ruiné les barres , que
fentant pas plus ce qu'ils ont dans la bou
che , que fi elle étoit de bois , alors ils
vont à leur fantaiſie , & ils finiffent fou
vent par prendre le mords aux dents , fe
tuer , ou faire périr le Cocher , ou le
Maître.
Ce qui s'appelle la main légere , c'eft
de rendre & de retenir la bride à fes che
COCHEK.
vaux par un mouvement moelleux de la
main , afin de rafraîchir les barres , & de
leur y conferver la fenfibilité " cela de
tems en tems , & point coup fur coup ;
on feroit arrêter fes chevaux , s'ils n'ont
point d'ardeur , & on donneroit plus d'en
vie d'aller à ceux qui en ont " car cet
te façon. d'agir les impatiente : à ceux-ci
il faut la rendre , & retenir fi finement "
qu'ils ne s'apperçoivent quafi pas du mou
vement de la main.
C'est ce moelleux de la main , qui fait
réculer facilement , & c'eft principalement
à cela , qu'on peut connoître fi un Co
cher a la main douce ou non ; car l'un
fera réculer ſes chevaux , fans preſque ſe
donner de mouvement , & l'autre tirera
par repriſe , ſe renverſera même fur fon
fiége , & fe donnera bien de la peine. En
fin c'eft ce moëlleux de la main , qu'il faut
avoir naturellement.
Il y a des Cochers , quelque bonne
volonté qu'ils ayent , qui ont les refforts.
de la main durs , & qui ne peuvent at
traper ce moëlleux comme d'autres , quel
ques efforts qu'ils y faffent : mais s'ils y
effayent , ils en vaudront toujours beau
coup mieux.
Les perfonnes que cette matiere inté
reffe, ou qui auront la curiofité de fça
10
LE PARFAIT
voir tous les devoirs d'un Parfait Cocher
vont juger par le détail où je vais entrer ,
qu'il n'y a qu'un homme entendu , de
bonnes mœurs , & qui aime fon état , qui
puiffe s'en acquitter dignement. Suivons
le dans tous les differens exercices.
Uftenciles néceffaires dans une
Ecurie.
La premiere chofe à laquelle un ha
bile Cocher penfe , eft d'avoir dans fon
Ecurie de bonnes étrilles ( celles d'An
gleterre paffent pour les meilleures ) des
brofles de poil de fanglier , des épouffétes,
des peignes de corne , des éponges , un
couteau de chaleur. Ces uftenciles doi
vent au moins durer fix mois.
Pour bien panſer un cheval , il faut que
l'étrille foit bonne & bien féche , ainfi que
la broffe. En hyver on doit avoir ſoin de
les mettre l'une & l'autre dans un lieu fec.
Une petite lime à trois quarres eft néceffai
re pour limer les dents de l'étrille de tems
en tems. Il faut auffi ratiffer fouvent les
couteaux de ladite étrille pour en ôter
la roüille , ou pour empêcher qu'il ne s'en
faffe :
Le fer attire l'humidité , & prend la
poudre & la craffe , qui fort du poil
с
OCHER.
II
c'est ce qui cauſe la roüille , qui s'atta
che au-dedans & au-dehors de l'étrille,
Les dents même s'en rempliffent , & il eſt
impoffible de bien panfer un cheval : car
comme on ne peut fe fervir d'un peigne
plein de craffe ; il en eft de même d'une
étrille roüillée & d'une broffe pleine de
craffe .
Les épouffétes doivent être de fil &
laine , ferrées , fortes , & de demi- aul
ne chacune ; il faut avoir foin qu'elles
foient toujours nettes & féches. Pour les
peignes de corne , l'éponge & le couteau
de chaleur , un Cocher n'a pas besoin d'in
ftruction ; il ne faut pas un grand diſcer
nement pour faire de pareilles emplettes.
Les autres uftenciles font des balets
de bouillot pour l'Ecurie , outre ceux de
jonc , qui fervent à laver les jambes & les
pieds des chevaux
des couvertures de
cheval , un marteau , des pinces pour le
befoin, une broüette pour ôter le fumier ,
& enfin tout ce qui a
à du rapport avec le
panſement , l'entretien , & la nourriture
du cheval.
Heure d'entrer dans l'Ecurie
1
Un Cocher , s'il eft feul , ou ceux qui
font chargés de panſer les chevaux , com
12
LE
PARFAIT
1
res & demie , à moins que quelques affai
res particulieres n'y obligent. Depuis on
ze heures du foir , jufqu'à cinq heures
du matin , c'eft le repos du cheval , &
522
3
me les Palfreniers , doivent fe lever le plus
matin qu'ils peuvent ; mais foit en été
foit en hiver , il ne faut point entrer dans
l'Ecurie avant cinq heures , ou cinq heu
l'interrompre fouvent dans fon fommeil ,
ce feroit altérer fa fanté.
Il y des Cochers qui font d'une lon
gueur extraordinaire à panfer des chevaux.
Tout bon Cocher , Palfrenier , ou Pof
tillon , n'y employe qu'une demi - heure
par chaque cheval. Toutes fortes d'en
droits conviennent , quand ils ne font
point exposés au foleil & à la pluie. On
entend par panfer un cheval , l'étriller , luï
qu
me
bea
CO
bo
qu'un cheval eft malade , ou bleſſé , c'eſt
du Maréchal.
pa
te
Ce qu'ilfaut faire dans l'Ecurie avant
que de panfer les Chevaux.
La premiere choſe qu'on doit faire en
entrant dans l'Ecurie , eft , s'il refte du foin
de la veille , de l'òter de l'atelier , & de
donner l'avoine aux chevaux . Il y a des
Cochers qui ne la donnent , qu'après qu'ils
2LIRE
28
2
&
SEE
faire le crin , le broffer , &c. Mais lorf
qu
pe
ret
av
ful
ga
def
lus
té ,
ans
eu
Fai
on
ures
&
zil ,
On
LUX
of
ure
en
ont
On
lui
orf
'eſt
ant
COCHER.
13
les ont panfés . Pendant qu'ils la mangent,
on ôte la paille la plus blanche de deffous
lamangeoire , & on la garde pour faire la
litiere du foir : on tire enfuite le fumier >
qu'on met dans un lieu deftiné pour cela ,
& on balaye l'Ecurie. Il feroit cependant
à propos de ne faire cet ouvrage , qu'a
• près que les chevaux ont mangé leur avoi
ne, parce qu'ils profitent davantage, quand
onles laiffe manger tranquillement.
Maniére d'étriller.
Quand tout eft rangé dans l'Ecurie , &
que les chevaux ne mangent plus , on leur
met le bridon pour les faire fortir , s'il fait
beau , finon on les laiffe dans l'Ecurie , ou
on les mene dans quelque lieu couvert. On
commence par les bouchonner avec un
bouchon de paille > on les épouffete
par tout le corps ; on prend enfui
te l'étrille de la main droite , & tenant la
queuë de la main gauche proche de la crou
pe , on appuie l'étrille en la pouffant & la
retirant toujours de même , en allant en
avant jufqu'au haut de la tête. On paſſe en
fuite l'étrille de la main droite à la main
en
oin
de
Hes
ils
gauche,pour revenir tout le long du corps,
en allongeant le bras deffus & deffous ,
deffous & deffus , en recommençant trois
ou quatre fois de la queue à la tête , & de
latête à la queue des deux côtés.
LEPARFAIT
14
Manière de fe fervir de l'Epouffetes
de la Broffe , & de l'Efponge.
Quand le cheval eft bien étrillé , on
prend l'épouffete que l'on paffe fur tout le
corps du cheval depuis la tête jufqu'à la
croupe. Chaque fois on doit effuyer le
cheval à couche- poil, en commençant par
la tête , & finiffant par la queue. Après
l'épouffete on prend la broffe. La maniére
de s'en fervir eft de broffer le cheval à ré
broufle - poil en montant de la queuë à la
tête deux ou trois fois de fuite , de chaque
côté du cheval . Quand il a été bien brof
fé , on paffe encore l'épouffete. Quant à
l'éponge , elle doit être moüillée , on la
paffe fur la criniére, la croupe, & la queuë
du cheval. Mais le Cocher ou Palfrenier
doit avoir d'une main l'éponge , de l'autre
le peigne , pour éponger & peigner en
même tems. 11 eft indifférent de quelle
main on ſe ſerve de l'éponge & du peigne,
on éponge en tout fens.
Examen des pieds des Chevaux.
En vifitant les pieds du cheval , ce n'eft
pas affez de voir s'il y manque des clous ,
il faut encore examiner , fi les clous ont
leurs rivets ; c'eft à quoi beaucoup de Co
chers ne font pas d'attention.
1
COCHER.
1
S'il fe trouve de la craffe dans les paturons
on l'ôte avec un bouchon de paille
on
graiffe la couronne du pied , avant que de
laver le poil des jambes , & on le fait avec
une éponge , trempée dans un ſeau d'eau
claire. Pour la queue du cheval on la
moüille tous les jours jufqu'à la croupe,
dans un feau , de façon qu'elle trempe pour
la laver. On ne doit point peigner la queue
d'un cheval , ou fi on le fait , on doit s'y
prendre de la façon fuivante.
Maniére de peigner la queuë d'un che
val.
Un Cocher doit avoir un peigne à grof
fes dents pour peigner la criniére du colet,
& la queue , mais celle- ci feulement deux
ou trois fois par mois. Pour peigner la
queuë d'un cheval, fans en arracher le crin,
on la prend par cordons de la main gau
che , on en fait deux ou trois tours : de la
droite on peigne cordon à cordon en com
mençant par le petit bout , &reprenant
deux ou trois fois le même cordon , en
tournant toujours les crins autour de la
main, autant qu'il eft poffible, pour les fer
rer bien fort. Quand toute la queue eft pei
gnée decordon à cordon , il la faut pren
dretoute entiere , ou en deux fois , fi elle .
16
LE PARFAIT
eſt trop touffu
touffuë , & on finit de la pei
gner , en commençant toujours par le
bout.
Il eft de l'honneur d'un Cocher de con
ferver la queuë de ſes Chevaux , & de la
maintenir belle , lorſqu'ils l'ont. S'ils n'en
ont point , on tache de la leur faire venir ;
!
ce qui demande beaucoup d'attention , &
de fujetion. La plupart des jeunes che
vaux de caroffe ont la queue belle ; mais
s'ils tombent entre les mains de gens qui
ne fçachent pas la leur conferver , ils l'ont
bientôt perdue. On ne la doit peigner que
deux ou trois fois par mois , c'eft- à- dire ,
tous les dix jours , & à toutes les nouvel
les Lunes , on en coupe de la longueur ,
& de l'épaiffeur d'un pouce. Le peigne
dont on fe fert , doit avoir toutes les dents,
fans qu'il y en ait de fenduës , crainte d'ar
racher , & de déchirer la queue des che
vaux. Pour que le peigne paffe plus aifé
ment dans les crins, on y met un peu d'hui
le d'olive entre les dents.
Maniére de trouffer la
Cheval.
queue d'un
Il y a plufieurs manieres de trouffer la
queue d'un cheval. Les uns la trouſſent
avec des Trouffe-queues, d'autres à la Paï
fane
L
TABLE
Ferrure des pieds fans défaut.
Ferrure pour empêcher l'encaftelure.
Ferrure des chevaux encaftelés.
Ferrure des piedsplats.
Ferrure despieds combles.
Ferrure des chevaux , qui fe coupent.
Ferrure des chevaux quiforgent.
Chevaux quife déferrent.
Chevaux difficiles àferrer.
Ferrure contre les clous des rues > ou
cots.
Autres Ferrures.
XXV
165
166
167
169
ibid
+
171
173
174
175
chi
176
177
Ce qu'il faut faire aux chevaux , qui ont les
180
piedsmauvais.
Un Cocher doit en Campagnefaire éviter
autant qu'il peut le pavé àfes chevaux.
181
ibid.
Défauts des petits pieds.
Maniére de conferver la corne..
Maniére de couper la corne.
182
183
Maniére de dreffer les chevaux de caroffe.
184
Second , troifiéme , & quatriéme exercice.
185
Exercice du caroffe.
187
Tout dépend des commencemens pour bien
ibid.
dreffer des chevaux,
Maniére de corriger des chevaux , qui jet
188
tent du derriere.
Chevauxfaciles à dreffer.
ibid.
XXVI
TABLE
Chevaux mal dreffés.
189
Maniere de corriger les chevaux.
ibid.
Maniere defaire réculer des chevaux opi
niâtres.
190
Chevaux bons à mettre au caroffe aprèsfix
191
ou huit jours d'exercice.
Maniere de mener des chaifes à Paris &
aux environs.
192
Maniere de mener une chaife de poſte. 193
Maniere de charger & de mener une cha
rette.
196
Palfreniers.
198
ibid.
Devoirs des Palfreniers.
Inftrumens du Palfrenier.
Ecurie.
Meubles d'Ecurie.
205
207
210
Proportion des places de chaque cheval dans
une Ecurie.
213
Uftencilles néceffaires dans une Ecurie. 214
Dans la feconde Partie .
Connoiffance des chevaux de caroffe nécef
faire à un Cocber.
217
Maniere de connoître un beau cheval, 218
219
Figure des chevaux de caroffe.
Maniere d'appareiller des chevaux de Ca
220
roffe.
221
Effai des chevaux de Caroffe.
222
Chevaux de Chaife.
TABLE
XXVII
Autres chevaux de tirage.
223
Difficulté de mener un cheval fort en bouche
6 avec un autre qui ne l'eft pas.
224
Inconvenient des chevaux qui ont la langue
groffe & longue.
225
Fineffe de ceux qui contre-marquent les Che
vaux.
226
Autres fineſſes.
227
Maniere d'examiner un cheval de Caroffe
1
avant que de l'acheter.
232
Mefure & taille des chevaux de Caroffe &
autres .
232
Allures des chevaux de Caroffe & autres.
f
234
Beaux chevaux connus à l'œil , & les bons
au travail.
225
Maniere de connoître l'âge des chevaux.
ibid.
Maniere deconnoître des chevaux quand ils
20
21
ne marquent plus.
245
Chevaux qui marquent toute leur vie. 246
Poils.
247
Differens pails des chevaux.
248
Explication de toutes les parties extérieures
du corps d'un cheval.
249 &fuiv.
Maniere d'examiner les yeux des chevaux .
Chevaux lunatiques.
252
ibid.
Chevaux qui ont un dragon.
253
Maniere de connoître un cheval aveugle.
ibid.
i ij
XXVIII
TABLE
Chevaux qui ont des fluxions.
Chevaux ombrageux.
254
ibid.
Nazeaux , bouche , &c.
255 &fuiv.
Défauts qui fe trouvent auxjambes des Che
vaux.
260
Maniere de tâter les jambes des chevaux.
261
Differens maux qui viennent aux jambes
ibid.
des chevaux.
Autres maux de jambes , qui rendent des
264
chevauxpeu propres au caroffe.
Manierede connoître quand un cheval boite .
265
Défauts que peuvent avoir des chevaux à
266
différentes parties du corps.
Défauts qui rendent la bouche d'un cheval
268
mauvaife.
'
Défauts généraux qui peuventfe trouverfur
toutes les parties du corps d'un cheval.
269
Marques quifont juger de la bonté des che
vaux.
ibid.
Differentes efpéces de chevaux.
Chevaux Allemans.
277
ibid.
Chevaux Anglois.
Chevaux Barbes.
Chevaux Danois.
273
274
275
276
277
278
Chevaux d'Espagne.
Chevaux de Flandres & de Frife.
Chevaux Hollandois.
TABLE
Chevaux Hongrois.
Chevaux Napolitains.
Chevaux Piedmontois .
Chevaux Polonnois.
XXIX
ibid.
279
280
281
ibid.
282
Chevaux Rouffins.
Chevaux Suiffes.
Chevaux Turcs.
Chevaux de France.
Chevaux Bretons.
Chevaux de Franche-Comté.
Chevaux Gafcons.
Chevaux Limofins.
Chevaux Normans .
Chevaux Poitvins.
Chevaux Picards.
Chevaux Bourguignons .
283
384
285
ibid.
286
287
288
ibid.
289
290
Endroits d'où l'on tire les chevaux de Ca
roffe.
291
Dans la troifiéme Partie..
Inftructions aux Cochers fur les maladies des
chevaux.
293
Abcès.
295
Arrêtes.
296
Atteintes.
ibid.
Avant-cœur.
Avives.
297
298
299
Bleymes.
Boutons fous la fole.
301
i iij
XXX .
TABLE
Breuvages , Armand , Gargarifme & Bil
ibid.
f lots.
Brulure.
303
Cancer ou chancres , & cancer à l'œil. ibid.
Capelet.
Carie.
30
ibid.
307
Cerifes.
Charges on Cataplafmes , Emmielures, Em
308
plâtres blanches ou Remolades.
ibid .
Clous des rues & chicots.
€
Cirons.
312
ibid .
Conftipation.
Cors.
303
Coupsfur lesyeux.
Courbature.
Courbe.
314
315
316
Crampe.
Crapaudines.
Crevaffes.
Dartres.
317
318
ibid.
Dégoût des chevaux.
Démangeaifons.
Defcente ou hernie.
Deffoler.
Devoyement.
Diflocation .
Dragon.
Eaux.
Eaux rouffes.
Ebulition.
320
321
322
323
ibid.
324
325
326
ibid.
327
327
TABLE
Ecart ou effort d'épaule.
Ecorchure des harnois.
Effort de reins.
Encaftelure.
Encheveftrure.
Encloueures & Retraites.
Entorfe.
Epilepfie.
Erefipelle.
Efparvin.
Etonnement defabot,
Etranguillon .
Faim canine.
Faim-vale.
Farcin.
Fatigue & Fortraiture.
Fife.
Fievre.
Fiente.
Fiftule.
Flux d'urine.
Fluxions & enflures .
Forme.
Fourbure.
Fracture.
Fufée.
Galle.
XXXI
329
330
337
332
333
334
335
336
337
338
ibid.
339
340
ibid.
351
342
343
6 ibid.
.
344
345
346
ibid.
347
348
349
ibid.
Gangrene.
Gourme.
350
351
352
Grasfondure.
353
XXXII
TABLE
Hemoragie.
Hydrocelle.
ibid.
354
255
ibid.
Jardon.
Javard.
Jauniffe.
356
ibid.
Lampas.
Létargie.
Morfondure.
Morfures des bêtes venimeufes.
Mules traverfieres.
358
ibid.
Nerferrure.
Palpitation de cœur.
Peignes & mal d'âne.
359
361
ibid.
357
ibid.
Pouffe.
Retention d'urine .
362
363
364
ibid.
Seime.
Solbature.
Suros.
365
ibid.
Tayes.
Teignes.
366
ibid.
Tenefme.
Tiq.
Toux.
Tranchées.
367
368
ibid.
Variffe.
Verrues.
369
370
ibid.
DEL
Vertigot
Veffigons.
Ulceres.
Urine
·
Fin de la Table,
371
ibid.
COCHE K.
17
fane , ceux- ci à la Turcque , ceux- là 1 à la
Cravate , & chacun enfin à fa mode. Mais
là meilleure façon de trouffer les crins de
la queue d'un cheval , eft celle des facs
ou bourfes , qui les confervent. Les au
"
tres maniéres font perdre les crins de la
queue des chevaux , ou du moins les rom
pent .
En été on met des enchapelures , ou
un grand morceau de cuir deffus les grands:
ardillons de reculemens du harnois , parce
que les chevaux portant leur queüe à droit
& à gauche , les crins s'acrochent aux ar
dillons. Il faut auffi prendre garde que
les ardillons des petites boucles ne de
bordent les boucles à raifon des crins
qui s'y accrochent..
Maniére defaire le Crin des Chevaux.
Pour faire le crin aux chevaux on doit
couper de près fes ongles. Il y a des
chevaux qui ont l'oreille fi chatouil
leuſe , & la peau fi delicate , qu'ils ne
peuvent fuporter la dureté des ongles ,
lorfqu'on leur tient , ou qu'on leur ferre
les oreilles. 11 eft difficile de faire le
crin à ces fortes de chevaux , & un Co
cher ne doit pas s'impatienter. On doig
faire le crin tous les huit ou quinze jours
I. Partie..
B.
18
LE PARFAIT
un cheval en paroît d'avantage.
La premiére fois qu'on fait le crin a
de jeunes chevaux , qu'on les fait fer
rer , qu'on leur donne le mords d'Alle
magne , ou le croche-nez , fi le Cocher 2
ou le Palfrenier les brutalife , il les ren
dra difficiles à manier. Il en eft des chevaux comme des hommes , il les faut
traiter avec douceur dans le fervice
qu'on en exige. La bonne façon de gou
verner les Chevaux dépend des com
mencemens. Si ceux qui les manient font
doux , les Chevaux deviennent traitables.
S'il y a des Chevaux furieux , & diffi
ciles à dompter, c'eft que d'abord ils ont
eu pour les panſer des hommes brutaux
& emportés, on pourroit même dire irrai
fonnables.
1'44.
Maniére de faire
croître le crin du
Colet & de la Queüe .
Pour faire croftre le crin de la queüe
d'un Cheval , il y en a qui la trempent
jufqu'à la croupe dans un feau plein
d'eau ; mais la trop grande fraîcheur en
gendre l'humidité , & l'humidité conti
nuelle pourit les crins , ou les rend fi
tendres , que la moindre chaleur les dé
feche , & ils tombent en quantité.
Si
1
"
E4
I
1
C
COCHER.
19
l'on veut entretenir la criniére d'un Che
val , foit du colet , ou de la queüe , on
doit prendre un feau d'eau de riviere ,
de fontaine ou de ruiffeau , pourvû que
ce foit à cent pas de la fource , & point
d'eau de puift , parce qu'elle eft trop aride.
On verſe cette eau dans un chaudron
de fer fondu , on y met trois ou quatre
poignées de feuilles de noyer , deux poi
gnées de feuilles d'oignon de lys , cinq
ou fix oignons blancs , & une livre de
miel commun. On fait bouillir le tout
jufqu'à la réduction des trois quarts , on
laiffe refroidir cette lefcive. On la cou
vre avec deux ou trois doubles de toile
pendant l'espace d'une heure. On la verſe
dans un vaiffeau de grais. On prend les
crins d'une main , qu'on éleve à fa hau
teur. On met dans cette lefcive le coüard
de la queue , où on veut faire venir du
crin. On reïtére ce rémede deux ou trois
fois par ſemaine , le foir on le fait avant
que de donner l'avoine au cheval.
Caufes de la perte du Crin des
Chevaux.
Les chevaux perdent leur crin par deux
cauſes , foit par la gratelle , ou pour être
trop fouvent & trop mal peignés, On
Bij
20
LE
PARFAIT
a parlé ci- deffus de la maniére de pei
gner les crins des chevaux , & quand il
le faut faire " c'est une chose qui ne dé
pend que de la volonté d'un Palfrenier >
ou d'un Cocher attentif. Pour la gratelle ,
qui caufe la perte du crin des chevaux
je me referve à dire , ce qui la produit ,
& les rémedes , qu'il y faut apporter
quand je parlerai en abregé des maladies
des chevaux.
Maniére de faire le Poil des Jambesə
. Pour bien couper, & faire le poil des jam
bes des chevaux , & celui du tour du pied ,
qui couvre le fabot , on décharge le patu
ron de la trop grande quantité de poil
afin qu'il n'y ait point d'amas de craffe.
Il y a des chevaux qui ont le fanon fr
long qu'ils en battent le pavé , on le doit
auffi décharger.
Il faut néceffairement décharger les
3
pieds , & les jambes des chevaux , qui
font fujets a avoir beaucoup de poil :
rien n'eft fi mal-propre ; pour cet effet
on le coupe , ou on l'arrache. Ceux
qui le coupent , le coupent à couche
poil , c'eft à - dire en defcendant , ainſi
qu'un Perruquier qui fait les cheveux ..
On le coupe de maniére qu'il paroiffe
COCHE R.
21
!
1
3
' être point coupé , non plus que f
c'étoit un poil naiſſant .
Pour le fanon il doit être en pointe T
& de la longeur du travers de quatre ou
cinq doigts. Le poil de la couronne dư
pied ne doit anticiper fur la corne , que
d'un travers de doigt , & toujours il le
faut couper en longeur , & jamais en travers. Avec ces attentions les jambes d'un
cheval paroiffent belles & bonnes , ainfi
que le pied , s'il eft bien ferré , quand
même il feroit mauvais , car cette pro
prété en cache les défauts.
Maniére de rogner la Corne.
Quand les crins du colet & de la queüe
font bien peignés , on les lave avec une
éponge trempée dans un ſeau d'eau
claire , ainfi que la croupe , & tout le
corps du cheval , fur lequel pour la der
niére fois on pafle l'épouffete. En la
vant les+9 pieds des chevaux , on regarde
s'il n'y manque rien , fur tout s'il ne faut
point leur rogner la corne. Lorſque la
corne , ou fuperficie croît trop , & fur
paffe le fer , on les doit couper avec un
rogne-pied , de maniére que le fer foit
découvert d'un peu plus de demi-ligne.
C'est une neceffité que la corne foit cou
22
LE PARFAIT
pée , à mesure qu'elle croît , pour empê
cher qu'elle ne fe fende , & ne s'éclatte
par morceaux , ce qui fait un très-mau
vais effet.
Maniére degouverner les Jambes , &
les Pieds des Chevaux.
Pour conferver les jambes & les pieds
des chevaux , il faut , le moins qu'on peut
les mener à la riviere. Cette eau n'a ni
vertu ni proprieté pour les jambes , &
les pieds des chevaux. Cependant ceux
qui font dans le voifinage des riviéres
ont la mauvaiſe habitude de les y mener
deux ou trois fois par jour , quelque
fois même en les ôtant du caroffe , &
lorfqu'ils font encore échauffés , ce qui
eft très- dangereux , puifqu'il leur en
vient des tranchées , qui ſe convertiffent
en tranchées rouges , & fouvent ils en
meurent.
En effet en menant les chevaux à la ri
viére , lorfqu'ils font échauffés , l'eau qui
eft froide leur glace le fang , & les nerfs ,
qui fe retirent , fe ruinent totalement. Le
fang échauffé , qui fe congéle par la fraî
cheur de l'eau , fe corromp dans la fuite;
il en deſcend dans les jambes des ſero
fités en forme d'eau rouffe , qui prennent
E
COCHER
23
Teurs cours par les paturons des pieds..
De plus quand on mene des chevaux
échauffés à la riviere , le fang qui ſe reſ
fent de cette fraîcheur remonte tout à
coup . Le pied, faute de chaleur, s'altére
& s'éfeuille , la corne ne croît preſque
point , ce qui la fait éclatter & tomber
par morceaux .
Eau de puift bonne pour laver les Jam
bes & les Pieds des Chevaux
T
échauffés.
ľ
Lorfque des chevaux font échauffés ,
un Cocher entendu , avec un bouchon de
paille effuie les jambes & les pieds de fes
chevaux , pour ôter l'humidité qui fort
par la fueur ; enfuite il fe fert d'un balet
de jonc trempé dans de l'eau de puiſt.
Cette eau , quoique fraîche , ne croupit
point; elle ne fait que paffer & coule en
bas. Il prend enfuite une éponge , dont
il fe fert pour ne point laiffer d'eau ni fur
le corps , ni aux jambes , ni aux paturons.
Il y a deux mois dans l'année au plus ,
où on peut mener les chevaux à la ri
viére après le foleil couché , comme pour
leur faire prendre une espece de bain.
Alors on les fait entrer dans l'eau , juſqu'à
24
LE PARFAIT
mi-ventre. On les y laiffe l'efpace d'ur
quar-d'heure fans remuer.On les réméne
enfuite doucement dans l'écurie, Ces
deux mois font Juillet & Août.
Nourriture du Cheval
La meilleure nourriture du cheval eft
le foin & l'avoine. Quand il en mange
plus qu'il ne faut , cette nourriture lur
devient contraire. La paille de froment
fraîche affermit le coeur du cheval , & le
fait vivre long-tems. On lui doit diftribuer
avec prudence l'avoine , & le foin & le
régler & nourrir fuivant fon tempera
ment , fon appetit , fa délicateffe , & le
travail qu'il fait..
Maniére de traiter les Chevaux gras.
¦
Si des Chevaux gras ne travaillent
point , on leur donne à manger , ou à
tirer de bonne paille de froment jufqu'à
dix ou onze heures , qu'on leur donne
une botte de foin , pefant neuf à dix li
vres. Après midi on leur donne l'ordi
naire d'avoine. Il y a des Cochers qui
ont l'habitude de faire boire les chevaux
avant dîner ; cela eft bon quand les che
yaux ont travaillé dans la matinée. Mais
plu
COCHER.
25
plufieurs ont rémarqué , qu'un cheval qui
ne bûvoit qu'après fon dîner , profitoit
beaucoup plus que celui qui bûvoit
auparavant.
Manière d'engraiſſer un Cheval de
Caroffe.
Pour engraiffer un cheval de Caroffe ;
il faut le faire boire après tous les répas.
On lui doit donner l'ordinaire du foir plus
forte que celle du matin. Pour cet effet
on prend fur celle du matin pour le foir ,
& on ne touche point à celle du midy.
Mais il y a du danger qu'un cheval ſoit
toujours gras, il ne peut gueres travail
ler. Si on le preffe c'eft un cheval perdu ,
& il meurt, fi on ne fçait pas le bien gou
verner.
Les chevaux gras ne font pas bons
pour les voïages , à moins qu'ils ne foient
entre les mains d'un Cocher fage & pru
dent , qui fçache & les gouverner , & les
nourrir comme il faut. Un cheval en、
graiffé de foin eft de mauvaiſe graiffe.
Elle eft molaffe , fpongieufe , & le fond
facilement au travail . Čes fortes de che
vaux dans la moindre fatigue écument de
füeur. Ils font fujets aux tranchées , aux
avives , à la foulûre , & aux gras fondû
C
I. Partie.
26
LE PARFAIT
parce que leur graiffe eft plus échauffée ;
que celle d'avoine & de paille. La graiffe
d'avoine & de paille eft ferme , rend les
chevaux frais & vigoureux ; quoi qu'ils
travaillent beaucoup , ils füent très peu ,
& n'étant pas fi fujets à des maladies ,
ils font toujours en haleine , & prêts â
travailler.
Chevaux qui mangent lentement.
Il y a des chevaux qui mangent len
tement , parce que leurs dents deviennent
pointues , ce qui les empêche de mâcher ,
& les rend longs à manger. Il faut que le
Maréchal caffe ces fortes de dents poin
tuës avec un ferrement fait exprès , & qu'il
faffe ronger au cheval une groffe lime
quarrée pour achever de leur unir les dents,
afin qu'elles puiffent porter les unes fur les
autres , fans cela il eft impoffible qu'un
cheval puiffe mâcher , ni manger prompte
ment , & par cette incommodité , quand
on n'y remedie pas , il y a des chevaux
qui periffent.
Chevaux qui mangent ensemble.
Il eft de la derniére confequence de
prendre garde , fi deux chevaux , qui man
gent enſemble leur avoine la mangent éga
COCHER .
27
lement , c'eft- à - dire auffi vîte l'un que
l'autre. Car fi l'un des deux mange plus
promptement , l'un fubfiftera & l'autre
périra; fi on n'y remedie , il y a des che
vaux qui periffent.
Maniére de gouverner les Chevaux
gourmands.
Un cheval gourmand doit mangerfeul ,
à moins qu'il n'ait un camarade auffi gour
mand que lui. Les chevaux gourmands
font plus gras que les autres , & s'en
tretiennent toujours bien ; on les , pré
fére aux autres , mais ils font fujets à
devenir pouffifs. Pour l'ordinaire ils tra
vaillent bien , mais ils font peu pro
pres à la courfe. On les doit ménager
qnant à la nourriture. Les chevaux gour
mands deviennent pouffifs par plufieurs,
maniéres en mangeant tant qu'ils veu
lent, en travaillant au - deffus de leurs for
ces : & en mangeant trop de foin , & ne
faiſant point d'exercice , & par le grand
âge. Un cheval bien nourri , & ménagé
dans l'exercice ne devient jamais pouffif.
Le trop de boiffon eft contraire aux che
vaux. Les chevaux de Caroffe vont mieux
& plus légérement , quand ils mangent
peu de foin.
Dès qu'onvoit la moindre apparence de
Cij
28
LE PARFAIT
pouffe dans un cheval , on doit lui re
trancher le quart du foin , qu'il a coutu
me de manger : fi la pouffe augmente , on
en rétranche la moitié , fi elle continuë
on la rétranche tout à fait. C'eſt folie de
faire travailler un cheval pouffif , fouvent
il ne le devient que par le trop de travail.
Maniére de gouverner les Chevaux
délicats,
Lorfque dans une écurie on a des che
vaux difficiles & délicats fur la nourri
ture , on doit s'en défaire , fi ce font de
mauvais chevaux. S'ils font bons , & de
bonne volonté on les ménage dans le tra
vail , car les chevaux délicats pour la
nourriture le font auffi à l'ouvrage. On
doit prendre garde fi ces fortes de che
vaux n'ont point à la bouche des barbes
& des furdents, Les furdents font des
dents pointues , qui viennent en pointe
de diamant , & qui les empêchent de man
ger. Comme je viens de le dire plus haut ,
on les méne à la forge , pour que le Ma
réchal les caffe avec une machine faite
exprès. Les barbes font des fuperfluités
de chair , qui croiffent fous la langue
attachées aux barbouchets , ou machoire
inferieure.
Ces fortes de barbes font fai
COCHER :
29
tes en façon de langues de Carpes , &
d'un rouge couleur de cériſe. Le Ma
réchal les coupe avec des cifeaux , & leur
met dans la bouche la même machine ,
dont il fe fert après avoir caffé les ſur
dents. Les barbes empêchent les chevaux
de boire , & font une marque qu'ils ont
le gozier échauffé , fouvent même la poi
trine & le foye. It eft à propos de leur
donner alors du fon en pelotte , de leur
ôter l'avoine , de leur choifir le meilleur
foin , & de les faire boire à l'eau blanche.
Lorfqu'on a plufieurs chevaux délicats
'dans une écurie , on les fait manger les
uns avec les autres , cela excite leur ap
petit. Mais pour l'ordinaire de l'avoine ,
chaque cheval doit féparement manger fa
ſa
portion. En choififfant la meilleure nour
riture pour les chevaux délicats , on ne
doit la leur donner qu'avec prudence . Ils
fe dégoutent facilement , & il faut fou
vent changer leur nourriture, c'est- à - dire,
tantôt après le foin donner la paille , &
tantôt après la paille donner le foin.
Quand les chevaux délicats ne travail
lent pas , on leur met un maftigadour
pour leur donner de l'appetit , car l'agi
tation de la langue autour du maftigadour
leur fait diftiller des eaux du cerveau , &
leur donne de l'appetit . S'ils font dé
Ciij
LE PARFAIT
ვი
goutés , on prend un peu d'ail pillé avec
du fel , du verjus , & de la fuie de che
minée , environ la quantité de huit prifes
de tabac , on pile le tout enfemble , on
le mêle dans un linge , que l'on entortille
autour du maftigadour. Cela éguiſe l'ap
petit des chevaux , & les engraiffe.
Maniére de gouverner les
maigres.
Chevaux
Il y a des chevaux , qui pour peu qu'ils
travaillent font toûjours maigres. Le foin
ne leur eft pas contraire , & fi la paille ne
les accommode pas , une bonne ordinaire
d'avoine leur fait plaifir. Ils font maigres
parce qu'ils font d'un temperament fec
& qu'ils ont le coeur , les poulmons , la
ratte , & particuliérement le foix chaud.
On nourrit ces fortes de chevaux de foin
de bas pré , on leur donne peu de paille ,
mais on leur donne une bonne ordinaire
d'avoine , mêlée d'un peu de fon de fro
ment , mouillés enfemble ; ce que l'on
fait trois fois le jour , & fi long tems
qu'on veut.
"
Quand des chevaux ont quelque courſe
extraordinaire à faire qui les échauffe , &
les fait füer , on leur donne de bon fon
de froment détrempé dans de l'eau raffile,
COCHE R
3x
c'est-à-dire , vieille tirée du puît , fi c'eſt
en été ; en hyver, l'eau nouvellement pui
L'ordinaire d'un
fée eft la meilleure.
cheval de Caroffe eft un boiffeau d'avoi
ne , meſure de Paris , partagée en trois
tiers , pour les trois répas de la journée..
Le foir l'avoine eft meilleure que le ma
tin. Pour cet effet on n'en donne le matin
1
qu'une mefure raclée , à midy une me
fure & demie , & le foir autant. Quand
les chevaux fatiguent il n'y a point de
danger à leur donner une ample meſure.
Pour le foin, trois bottes par jour, pefants
dix livres , fuffisent pour deux chevaux &
autant de paille. La pointe des herbes au
printems , la chûte des feuilles en au
tomne rendent les chevaux moux . En
hyver & en été ils font plus guais. Un
Cocher propre avant que de donner l'a
voine aux chevaux la nétoye ; fi le foin
1 eft poudreux il le délie , & le fecoüe , le
rélie pour le mettre dans le ratelier , crain
te qu'en le mangeant ils ne le failent tom
ber deffous leurs pieds. On ménage l'a
voine & le foin , mais on n'épargne pas
la paille. Elle rend les chevaux legers ,
fermes & vigoureux , les engraiffe , &
de plus elle fert à faire la litiere.
C iiij
LE PARFAIT
Maniére de traiter les Chevaux qui
écrafent des
araignées
dans leur
bouche , en mangeant l'avoine , le
foin , ou la paille.
De tems en tems on doit ôter les toi
les d'araignées , qui font au deffus du ra
telier , crainte que quelques araignées ne
tombent dans l'avoine des chevaux , quand
ils mangent , car elle eſt un demi poifon.
Si par hafard les chevaux en avaloient
ils tomberoient dangereuſement malade.
Uu cheval qui écrafe
l'avaler eft dégouté ,
reufe , & amére , ne
manger. On lui doit
une araignée fans
a la bouche glai
peut ni boire ni
gargarifer la bou
che avec du vinaigre , de l'ail ,' du fel pilé ,
mélé enſemble. On reïtére ce réméde
deux ou trois jours foir & matin , & à
midi. Pendant ces trois jours on lui don
ne de bon fon de froment.
"
Qualités des Avoines , Pailles , Foins
& Sainfoin .
AVOIN E.
Ce n'eft pas affez pout un Cocher de
fçavoir la maniére de nourrir ſes chevaux ,
il eft bon qu'il fe connoiffe en avoine
paille , foin & fainfoin
СоснË R :
ལྟ
Les avoines de Champagne font les
meilleures pour la nourriture des che
vaux. Celles de Picardie , du Païs-Vexin ,
de l'Ile de France, font encore très-bon
nes. Celles de Normandie ? Beauce
Brie , Bourgogne , le font beaucoup
moins. L'avoine de Champagne eſt toute
noire. Celles du Païs François & de Pi
cardie font griſes ; c'eſt-à - dire de trois
grains , il y en a un noir , & les deux
autres font gris.
Celles de Champagne
font plus farineufes , & plus favoureu
Les au goût. On ne les coupe point ,
qu'elles ne foient bien mûres , & on ne
les réleve de terre , que quand il a plû
deffus , c'eft ce
qu'on appelle Javelé.
Quand on les ramaffe,il y en a de germées,
& elles ont jetté leur feu , avant qu'on
les mette dans la grange.
Quand les avoines font réfferrées , fi
l'on n'a pas le foin de les rémuer de tems
en tems , elles s'échauffent , perdent leur
chaleur naturelle , n'ont plus de fuc , de
viennent puantes & améres.
Lorfque l'avoine eft échauffée , elle eſt
blanche. Quand elle ne l'eft point, elle eſt
noire. On connoît l'avoine échauffée par
la mauvaiſe odeur , & par une certaine
graine nommée vefferon.
On apelle avoine faite & bien cueillie
LE PARFAIT
34
des avoines qu'on laiffe venir en parfaite
maturité , & qu'on laiffe après les avoir
coupées , douze ou quinze jours , cou
chées fur la terre , & jufqu'à ce qu'il ait
plû deffus , afin d'éteindre fon premier
feu.
Il y a des laboureurs , qui coupent
leurs avoines avant qu'elles foient mûres ,
& les enferment fur le champ , mais ils ne
recueillent qu'une avoine féche & éthique.
PAILLE.
La meilleure Paille eft celle de fro
ment. Ce n'eft pas celle qui croît dans
les terres graffes de fumier. Les bleds ,
qui viennent dans ces fortes de terres
font ordinairement verfés , & la Paille
n'en vaut rien pour la nourriture des che
vaux .
Si le froment , qui croît dans les terres
fumées,ne verfoit point , la Paille en ſeroit
fort bonne , mais elle cft toujours fi
groffe , fi grande , que les chevaux n'en
peuvent manger.
La bonne Paille de froment , doit être
blanche , menuë , courte , & nouvelle
ment battue. Chaque brin de Paille doit
porter fon épy , garni de toutes les mal
filles. De pareille Paille eft bonne & croît
dans une terre forte , & fans fumier. On
te
-ir
=;
s
9
COCHE R.
35
connoît la Paille de froment , qui a cru
dans des terres graffes , d'avec celle qui
provient de terre maigre , en ce qu'elle
eft noirâtre , grande , & qu'elle a de pe
tits épys .
La Paille de froment , qui croît aux.
environs de Paris , n'eft pas la meilleure ,
à caufe des immondices 9 que l'on met
dans les terres. Les meilleures viennent
de Mont - rouge , Chatillon 9 Sceaux ,
Bourg - la - Reine , Palaiſeau , Autouy
Longjumeau , Montlery , Linas , la Val
lêe de Choifi , Ville-neuve- le Roi , Vi
try, Nogent-fur- Marne , Bourg- de- Chel
les , Chais , Dammartin , Boify & autres
Villages circonvoifins. Celles de Ville
Juif , Juvily , Ris , Yvry , Charenton,
la Plaine de Creteil , la Plaine St. Denis ,.
du Bourget , Vertus , la Villette , & Pan
tin ne font pas fi bonnes.
Tous les chevaux mangent de la Paille ,
& bien fouvent on ne leur donne pas le
tems de la tirer. La Paille ragoute les
chevaux de Caroffe & de courfe. Quand
la botte de Paille ne feroit qu'un quart
d'heure dans le ratélier , & qu'ils n'en
tireroient que le quart de la botte , fi on
leur donne du foin après , ils le mange
ront. Un cheval qui mange beaucoup de
paille , & peu de foin , eft toujours en ha
LE PARFAIT
3.6
leine. La Paille lui rend le corps ferme
la chair & la graiffe dure , & fpongieufe ;
& le poil luifant & court. Le moins que
les chevaux de Carofle mangent de foin ,
c'eft le meilleur.
FOIN.
Les bons Foins ne croiffent pas par-tout,
Toutes les meilleures eſpèces de foins ,
fi elles ne font coupées dans la ſaiſon ,
fanées & féchées , ne valent rien. Pour
faire de bon foin , il faut que le crû de
l'herbe en foit bon. On ne doit jamais
mettre de fumier dans un pré , le foin ,
qu'il produiroit auroit mauvais goût , &
mauvaile odeur. Si Pherbe eft coupée
trop verte , ou trop mûre , fi le foin n'eft
pas bien fané , & féché fur le pré , s'il a
été tant foit peu mouillé " avant que
d'être enlevé ; c'eft du foin qui n'eft pro
pre qu'à donner aux vaches.
Les Foins , qui croiffent dans les ma
rais , ou dans les prés fujets aux eaux , ne
valent rien pour les chevaux de Caroffe ,
& de courfe ; ils les font fuer , leur font
venir une graiffe molle , qui fond à la
moindre chaleur , qui leur arrive par le
travail , & leur rend la chair fpongieufe.
Les Foins de haut prés , s'ils font verts ,
de bon goût , & de bonne odeur , font les
}
I
COCHER.
37
meilleurs , parce que les prés n'ont pas
ét é fumés .
Le bon Foin eft de couleur grife. Les
bonnes herbes à faire le foin font le tréfle
blanc , rouge , jaune , gris , la terrüe
l'herbe à noeuds , le petit meffis , qui ref
femble au froment naiffant , le thin fau
vage , le cerfeüil fauvage , le plantin long ,
le pied d'alouette , & une infinité d'autres
herbes , dont les noms nous font incon
nus , & qui font un foin d'un bon goût ,
& d'une bonne odeur .
$
Qualité desfoins de haut-Pré.
Le Foin du haut pré eft muni de fes
feuilles , & de fleurs. Il eft court & menu.
Il a une demi verdure , une bonne odeur ,
& eft bien fec. On en donne aux che
vaux pendant le mois d'Octobre , No
vembre , & Décembre , Janvrier , Fé
vrier , Mars , Avril . Pendant les autres
cinq mois , May , Juin , Juillet , Août →
& Septembre on leur fait manger du foin
de bas - pré , parce que dans les chaleurs
les foins de haut pré font trop fecs.
Les chevaux qui en font nourris ont le
poil ras , court , luifant , un corps plein.
& rond , une chair graffe & ferme. Les
hauts - prés font fituês au milieu d'une
LE PARFAIT
38
campagne , dans de petites colines , fur
des hauteurs , des coteaux , & ont au def
fous quelques fontaines , ou ravines.
Qualités des Foins de bas-Pré.
Les bas- prés font fitués le long des
grandes & des petites riviéres. Les foins
qui croiffent le long des grandes riviéres
font très-bons , quand les terrains font
élevés. Les bas - prés fitués le long des
ruiffeaux , ou petites riviéres , font ma
recageux , & les foins n'en valent rien.
Les foins de bas- pré font humectans , &
rafraichiffans à caufe des terroirs humi
des. Les chevaux qui font nourris de foin
de bas - pré , font à grand poil , & très
velus.
SAIN - FO I N.
Ily a une 3e. efpece de foin,nommé fain
foin , il eft trés-bon pour les chevaux , fa
qualité eft d'échauffer; les chevaux le man
gent bien , il en font frians , quand il eft
fait dans la bonne faifon , & coupé au
point qu'il faut. Le fain-foin échauffe , &
engraiffe en peu de tems les chevaux . Il
leur rend le poil clair & luifant , on ne
le donne que pendant trois mois , qui font
les plus froids ; fçavoir, Décembre , Jan
3
COCHE R.
༡༤ ་
Février.
Au mois de Mars le fain
&
vier
foin devient fi fec , qu'on eft obligé de le
moüiller pour le faire manger aux che
vaux. Quand ils ſe portent bien , & qu'ils
font gras , on ne leur donne point de
fain- foin , Si les chevaux arrivent mai
gres de la campagne , & fatigués , on les
fait faigner , & purger , & pour les ré
mettre , pendant trois ou quatre mois ,
on leur donne du fain-foin.
Le fain-foin croît dans les enclos , &
terres graveleufes , fifes le long de cer
tains petits cotteaux : Il n'eft pas fembla
ble aux autres foins , il a la tige groffe ,
de gros épys , la fleur rouge. On le cou
pe des premiers en plaine Lune dans un
tems chaud & beau , & pour qu'il foit
bon, il faut qu'il foit aux trois quarts mur.
Le fain-foin pour être beau , doit avoir
toute la graine & fa feuille. Il faut qu'il
foit fec. Qaund il ne l'eft pas , comme il
eft naturellement chaud , il eft fujet à s'é
chauffer. L'excès du fain-foin échauffe
trop : on le doit donner aux chevaux avec
difcrétion , & prudence.
Tems propre pour netoyer un Caroffe.
Il faut pour bien nétoyer un Caroffe
choifir le tems convenable. Les tems hu
LE PARFAT
40
mides font bons pour netoyer les cuirs
& les tems fecs n'y font pas propres. On
ne les doit pas frotter avec de la toile
neuve , mais avec un morceau d'étofe noi
.
re , large comme la main , imbibé de tems
en tems dans de l'huile de lin , Selon que
les cuirs fe trouvent fecs , & alterés. Il
eft bon d'obſerver , qu'il faut l'été é
poufletter tout le corps du Caroffe , avant
que de le frotter , car la pouffiere entre
roit dans le cuir au lieu d'en fortir.
Pour nétoyer un corps de Caroffe , on
doit avoir quatre torchons : deux de toile
neuve , un pour ôter la groffe crotte : une
éponge mouillée , preffée entre les mains
peut fervir de fecond torchon. Le troi
fiéme , & le quatriéme fervent à netoyer
le dedans du Caroffe. Ils doivent être
nets & fouples.
Si le dedans du Caroffe eft de velours
rouge , on a un morceau de ferge pour le
décraffer , & le dépoudrer , car les ver
gettes tirent la foye du velours , & n'o
}
tent point la craffe , & la graiffe qui pro
viennent des cheveux > & des perruques
poudrés ; on fe fert de ce morceau d'é
tofe autant de fois qu'il eft néceffaire.
C**s
Maniére
n
e
1
CC CHER.
41
Maniére de nétoyer l'Impériale du
'
Caroffe
Lorfqu'en hyver il fe trouve de la né
ge fur l'Impériale du Caroffe , il ne l'y
faut pas laiffer , elle brule le cuir. L'ar
deur du Soleil, & la pouffiére l'endomma
gent auffi beaucoup. L'un en fait fortir le
fuif, l'autre s'y attachant forme une ef
péce de maftic , qui y entre, & pénétre
dans le cuir , ce qui le rend d'une couleur
blanchâtre , & on ne peut le rémettre
dans fon premier état qu'avec peine. En
voici la maniére , qui cependant régarde
plus le Sellier que le Cocher.
On met un Čaroffe hors de deffus fon
=
train en le penchant fur le derriére , de
façon qu'on puiffe porter les mains par
5
tout fur l'Impériale. On paffe plufieurs
fois des falots de paille de fégles allumés
fur le cuir. En tenant le falot d'une main ,
de l'autre on tire les étincelles , qui s'at
tachent au cuir. A mefure que le cuir s'é
chauffe , une autre perfonne avec un mor
ceau d'étoffe frotte & effuie les graiffes
ou craffe de l'Impériale. Lorfque les cuirs
font dégraiffés , on prend de l'huile de
lin , autant qu'on le juge à propos. On
Y délaie du noir , on en fait une efpéce
D
LE PARFAIT
42
bouillie bien claire , dont ou noircit le
cuir , qu'on laiffe un ou deux jours dans
cet état , felon la faifon , fans l'effuier.
On ne le fait que quand il eft fec. On
doit auffi effuier les clouds avec un linge
blanc.
Maniére de paffer la Vergette fur les
rangs des clouds.
A chaque fois qu'un Cocher nétoye
fon Caroffe , il doit paffer la vergette
fur tous les rangs des clouds en large &
en travers , pour ôter toute la poudre.
Il prend enfuite un torchon de toile , blanc
& net pour efluier les clouds , & les
pommes des Corniches , & ce torchon ne
doit fervir qu'à cela. Moins on frotte des
clouds dorés , plus long tems ils fe con
fervent plus on les frotte , plus ils fe
noirciffent. Quand ils font poudreux , on
y paffe la vergette , & on les effuie 9
comme je viens de le dire. Quand ils font
craffeux , on les huile avec de l'huile de
lin , on les laiffe tremper une nuit. Le ma
tin on les frotte doucement avec une
vieille broffe , & on les effuie avec un
linge bien doux .
I.
1
COCHER.
43
Maniere de nétoyer les Glaces.
Il faut pour nétoyer les Glaces une
ferviette , qui ne ferve qu'à cela. Quand
elles fe trouvent graffes en dedans & en
dehors , on prend gros comme une noi
fette de blanc d'Eſpagne , mis en poudre
détrempé dans de l'eau nette. On frotte
légérement les glaces avec une éponge
trempée dans cette eau , & on les effuic
avec une ferviette nette & féche.
e
Maniére de netoyer les Peintures.
25
Pour nétoyer le dedans des montures
de Caroffe , on prend les vergettes. Si
l'on veut conferver le plafond toujours
propre , on a foin de le nétoyer fouvent.
Quant au bois de Caroffe , comme il eft
peint , il le faut laver , & bien effuier
'S
E
1
avec une éponge fine. Lorfqu'un Caroffe
eft crotté , il le faut légerement laver dans
les endroits crottés , afin que la boue
qui s'y eft attachée ſe détrempe , & tom
be d'elle - même , & pour ne pas effacer ,
ou rayer la peinture avec les graviers ,.
qui fe trouvent dans la boue , on doit
avoir des pinceaux faits exprès pour les
fculptures , les moulûres , & les rênûres ,
Dij
44
LE PARFAIT
& tenant une éponge de la main gauche ,
trempée dans de l'eau claire , & le pin
ceau de la main droite , on fait fortir la
boue qui eft reftée dans les trous des
fculptures , moulures & rênûres. Lorf
que le Caroffe eft ſec , fi c'eſt de la mou
lure , on l'efluie avec un morceau d'é
toffe , s'il eft doré ou bronzé , on ne l'eſ
fuie pas. Si le Caroffe eft peint , on peut
l'huiler. S'il eft d'ébene , non : je dirai
plus bas , comme il faut le nétoyer.
Quand la peinture des moutons , des
arcs , & autres extremités eft alterée , &
blanchie , on y paffe un peu d'huile ; mais
dans les grandes chaleurs , & dans le tems
de pouffiere , il ne faut point mettre d'huile
à aucun endroit du Caroffe. Un Caroffe
qui roule tous les jours , doit être graif
fé toutes les femaines , & les roües tous
les jours. Un Caroffe bien graiffé en eft
Z
plus doux. Les Chevaux en font moins
fatigués , les effieux en durent plus long
tems , & font préſervés du feu.
Manière de nétoyer les Caroffes
d'Ebenes.
Il ne faut jamais de l'huile à un Ca~
roffe d'ébene , mais de l'urine , ce n'eft
qu'une fois la femaine. On en moüille
COCHER
he;
Din
la
des
--*ಸ
ಸಿಸಿ
'e
45
ane éponge , que l'on preffe dans les
mains ; on l'appuie après fur les moulu
res , & rênûres de fcultures. On fe fert
enfuite d'un linge blanc , qui ne foit ni
vieux , ni neuf, mais un peu élimé. S'il
étoit neuf , il rayeroit l'ébene ; s'il étoit
vieux , il laifferoit du duvet , ce qui fe+
roit une double peine pour le reffuier.
On lave rarement ces fortes de Caroffe,
Frai
parce qu'on ne peut les effuier , qu'ils ne
foient fecs. Les Caroffes d'ébene de
des
&
mandent une parfaite propreté , & ils ne
font pas fi difficiles à entretenir que les
autres peintures , mais ils demandent plus
de fujetion. Quand il faut les laver , on
détrempe la boue , qui y eft attachée ,
afin de pouvoir l'ôter fans frotter. Un
if
Cocher , qui fçait gouverner fon Caroffe ,
évite les boües , & les ruiffeaux , autant
1
qu'il le peut , & quand il le trouve dans
des endroits où il y en a , s'il ne peut
les éviter , il ne va que le pas , pour ne
pas éclabouffer fon Caroffe.
Chevaux negligés à caufe du lavage,
des Roues.
Il y a des Cochers qui connoiffant la
délicateffe de leurs Maîtres pour la pro
prieté de leur Caroffe , & fur-tout des
LE PARFAIT
46
roües , n'ont d'attention que pour elles ,
& negligent le panfement des chevaux .
Il ne faut négliger ni l'un ni l'autre . Les
bandes , qui ne portent plus à plomb fur
les geantes , parce qu'elles font foulées
& pourries , perdent entierement un Ca
roffe. Lorfqu'il eft crotté de cette façon ,
il eft prefqu'impoffible de le nétoyer
fans le laver avec plufieurs eaux. Il faut
auffi laver les fous- pantes & les cour
royes , qui font de cuir avec une épon
ge , & une épouffete.
Maniere de bien monter un Caroffe
fur fon Train.
Pour qu'un Caroffe à reffort , Ber
line , Berlinguot , ou Vis à-Vis , foit bien
monté fur fon train , il faut qu'il ſoit
dans fon équilibre ; c'eft à-dire , qu'il ne
panche ni d'un cotê , ni de l'autre . Le
train doit être mis fur une platte -forme
unie , & le Caroffe monté , & fufpendu
par quatre foufpantes. Un Caroffe pan
ché fur le derriére , donne plus de tra
vail aux chevaux ; c'eft ce qu'il faut évi
ter Plufieurs perfonnes veulent que leurs
Caroffes foient renverfés fur le derriére
pour leur commodité ; mais ils ne pen- ,
fent pas que les chevaux ont plus de peis
COCHER.
47
me à tirer uu
flêche.
Caroffe renverfé fur fa
Belle grace d'un Caroffe
mis
dans
3
2
・Son équilibre.
Pour qu'un Caroffe foit fufpendu à
l'avantage des chevaux , les roues de de
vant doivent être le plus haut que faire fe
peut , afin de rendre le tirage plus facile.
On fufpend le corps du Caroffe de manié
re , qu'il ne foit qu'à fix ou fept pouces
des arcs , & que fa hauteur foit de cinq ou
fix pouces au-deffus de la flêche ; la bon
ne grace d'un Caroffe eft d'être toûjours
droit dans fon équlibre , fans être trop
panché fur le derriére , & quand il n'y
auroit que deux perfonnes affifes dans le
fond , ou qu'il y en auroit quatre , deux
fur le devant , & deux dans le fond , il eft
bon qu'il foit fi droit , & fi jufte dans fon
équilibre , qu'il ne fe renverfe pas.
I
S
Difficulté de donner de l'air à un Ber
linguot & autres Voitures.
C'eft une ſcience que de donner de l'air
à un Berlinguot , il s'agit de le bien mon
ter. Le premier agrément qu'il doit avoir ,
eft qu'il foit bien fait & bien proportion
3
48
LE PARFAIT
né,le fecond eft la maniére de le bien po
fer. Cette méthode vient du jugement du
Cocher › car fouvent les Ouvriers ne
font que fuivre la fantaifie des Maîtres ,
ou des Cochers. Cependant un bon Ou
vrier doit fçavoir pofer fon ouvrage : mais
un Cocher habile dans fa profeffion con
noît mieux les défauts d'un caroffe , que
l'Ouvrier même. Etant chargé du foin de
le conduire , il en voit les défauts. En
fin l'Ouvrier peut apprendre du Cocher ,
&.le Cocher réciproquement de l'Ou
vrier.
Il eft facile au Cocher de donner bon
ne grace à fon Caroffe : quand il eft bien
fait & bien pofé. L'agrément d'un Ber
linguot, comme de tout autre Caroffe, de
pend de la maniére qu'on le pofe. Mais
s'il eft difficile de mettre un Berlinguot
dans fon équilibre , fi l'on en voit peu de
montés fur leur train , comme il faut ; il
eft plus aifé de pofer un Caroffe à deux
fonds , parce qu'il porte fa charge devant ,
comme derriére. Il doit être droit , bien
fufpendû , ne jamais tomber en arriére
ni devant , foit qu'il foit chargé , ou non ;
les chevaux en ont plus d'avantage.
Quant au Berlinguot, il faut que ce foit
la caiffe , qui décide de la façon de le bien
monter 2 attendu que le pied cormier de
derriére
COCHER.
49
derriére doit être beaucoup plus long que
celui de devant , le Brancard ceintré , de
61
façon qu'il renvoye le Berlinguot fur le
devant. Il eft néceffaire auffi que la tra
verfe du devant du train à laquelle font
brédi les fufpentes, foient pofées plus baf
a
I
I,
fes , qu'on ne le fait ordinairement à une
voiture à deux fonds , & que même leſdi
tes fufpentes foient bredies à l'envers , &
les cries, pofés au liſoir, ſoient éléves plus
que faire fe peut , fans cependant que les
fufpentes fe mangent contre les moutons ,
& qu'elles paffent facilement & avec jeu
fous la planche , ou marche pied des La
quais.
S'il arrive que l'on veuille monter une
demi- Berline fur quatre coins refforts , il
eft néceffaire que les deux coins de derrié
1
U
It
re foient plus longs & plus garnis de feuil
les , que ceux de devant , tant pour la dou
ceur , parce qu'ils portent le poids le plus
confidérable de la voiture.
On trouve qu'il eft plus facile & plus
commode de monter ladite voiture fur
deux fufpentes feulement , lefquelles doi
vent être arrêtées au reffort par une bride ,
qui l'affujetiffe , ou en perçant quatre trous ,
dans chacune defquelles on fait paffer les
quatre boutons des refforts , lorsqu'on
prend ce dernier parti.
I. Partie.
E
LE PARFAIT
Fo
Il faut obferver que tous les cuirs des
fufpentes,avant que delesfabriquer, foient
bien tendus & tirés au moulinet,afin qu'el
les ne foient point fujettes à s'allonger.
Malgré cette précaution il eft cependant
néceffaire de mettre la voiture un peu plus
fur le devant , la fufpente allongeant tou
jours quelque peu , ce qui la met par la
fuite à fon vrai point.
On doit pofer fur les fufpentes à l'ex
trêmité des quatres coins de reffort, qua
tre plaques de fonte portant leurs oreilles
attachées fur les fufpentes avec des viſſes
à écrou , ce qui empêche que le bout de
reffort ne mange la ſuſpente , & en outre 3
fait que le reffort en a beaucoup plus de
mouvement , puifqu'il gliffe , car le cuivre
eft onctueux par lui- même. Il faut prendre
la même précaution pour monter une Ber
line à deux fonds , ou un Vis-à-vis pour
les refforts feulement.
Différentes maniéres
de
monter les
Chaifes de Pofte.
La plus ancienne & la plus folide ſont les
Chaifes, qui fontmontées avec les refforts
à l'écreviffe , & deux refforts fur le de
vant de la Chaife : on y ajoûte fil'on veut
deux refforts fur le derriére , qu'on appel
s der
oient
nger
dan
pla
tou
COCHER .
51
communéme
nt refforts à Apremont. Ces
le
derniers font, felon quelques habiles Sel
liers , de peu d'utilité, d'autant plus qu'ils
font un poids confidérable à la voiture, &
que l'on préfume que deux Apremons de
bois bien faits & bien ceintrés, de maniére
qu'ils ne puiffent toucher à l'effieu , font
travailler les refforts à l'écreviffe davanta
l'ex
ge , & rendent la voiture pluslégére.
Il faut auffi que le train foit bien pro
que
ille
ille
portionné , que le Brancard ſoit d'un
beau brin de frêne , ceintré par lui - mê
me , rélévant du derriere , & bas au mar
to
tre
che pied , que le Charron le travaille plat
fur le deffus en forme de rame de galére ,
ivre
& rond par-deffous. Par cette méthode le
Brancard aura toujours fa force ordinaire,
O
ra
८
quoiqu'à l'oeil il paroîtra plus mince.
Lorsqu'on monte une Chaiſe de Pofte ,
il faut obferver que la traverſe de devant ,
qui porte les fufpentes ne foient point ar
rêtées à demeure , parce que par ce moyen ,
on la récule , ou onl'avance, ſuivant qu'il
eft néceffaire , pour monter une Chaiſe ,
comme il faut.
On monte auffi des Chaifes de Pofte
avec des refforts à la Dalenne . Cette nou
velle méthode eft excellente pour rouler
en plat païs , mais très- dangereufe pour
faire des voyages de long- cours , & dans
de mauvais chemins,
Eij
.
52
LE PARFAIT
Manière d'arrêter
les
refforts
d'un
Caroffe quand on va en Campagne.
S'il n'y a point de refforts à un Caroffe
2
les faufles fufpentes doivent être aufli
tenduës que les autres. Lorsqu'on va en
Campagne avec un Caroffe garni de ref
forts , il faut mettre des coins de bois avec
des bandes de cuir clouées au Caroffe. A
la Campagne les refforts fons inutiles. On
court rifque de verfer dans un penchant ,
parce que le reffort , qui eft du côté de la
pente , s'abaiffe & s'écrafe , pendant que
les autres refforts , s'ouvrent , & s'élévent,
ce qui rejette le Caroffe de côté. Lorf
que les refforts font bridés il n'y arien à
craindre , c'est même un avantage. Mais
quand on eft arrivé , on peut ôter les coins
de bois , & on fe trouve avec un Caroffe à
reffort.
Maniere de boucler les Courroyes de
Guindage,
Les Courroyes de Guindage du devant, &
du derriére , doivent être boucléesd'une
longueur proportionnée au branlementdu
Carofle , & les Courroyes, de rétirage de
defcus doivent être de même , afin d'em
ལུལྦའཚོབ་
==
.;
3
ཐ་
2499
COCHER
53.
pêcher les fufpentes de toucher aux roues
de derriére. Il y a deux courroyes deffus,
ou deffous la fleche , comme le Cocher le
juge à propos , elles doivent être égales
aux courroyes de guindage de derriére.
Les Paquets mis fur les courroyes de
tele
A
t,
que
ent,
traverfe
de
derrière
ruinent le
Caroffe > & fatiguent les Che
vaux .
C'eft une ruine pour les Caroffes , &
pour les chevaux de mettre des paquets fur
les courroyes de guindage de derriére. Ils
caufent le renversement du Caroffe , les
refforts en font fouvent écrafés , & même
fort fouvent rompus , ainfi que les cour
royes. Mais les paquets mis fur le devant
ne font pas fi à charge aux chevaux , ils
traînent mieux cent livres pefant fur le de
vant , que trente fur le derriére. Le Carof
fe en roule plus doucement , & les perfon
nes , qui font dedans reffentent peu de fé
couffes , & de cahotage .
Bride de cheval de Caroffe.
Le fer de la bride des chevaux de Ca
rofle , eft le même que celui des chevaux
de felle. Il y a feulement quelque diverſi
té dans la têtiére , dont la matiére eft tou
E ij
LE PARFAIT
54
jours la même , tant pour la couleur &
pour les ornemens , que celle du refte du
harnois. D'ailleurs les Bourreliers appel
lent fous-barbe , le derriére de la mufe
role , &mufeliére , au lieu de muferole ,
le devant qui pafle fur le nez.
Ils joignent quelquefois la fous-gorge
& la fous - barbe fous la ganache avec
un anneau de fer : On attache des œil
leres aux montans , pour empêcher que
le cheval ne voie à côté de lui , afin
qu'il n'ait point de peur , & ne foit point
diffrait de fon travail par les objets
qu'il approche. Les Bourreliers appel
lent fronteau , ce qu'on appelle fron
tail à un cheval de felle : On orne quel
quefois le côté de l'oreille en dehors d'un
noeud d'oreille , à qui on donne différen
tes figures , fuivant fon idée. Ce noeud
s'attache à la jonction du montant , & de
la fous-gorge
On y ajoûte quelquefois
un gland , qui pend à côté de l'oeillere ,
& on orne le deffus de tête d'une aigrette,
Úfage de la Bride.
Toutes les piéces , qui compofent la
Bride , ſe réduiſent à trois principales ;
fçavoir , le mors , premierément deftiné à
appuyer fur les barres de la bouche à un
doigt au- deffus du crochet , & non plus
COCHER.
&
-da
du
pel
le
ple,
Orge
vec
Deil
que
afin
S'S
haut : La gourmette , qui eft faite pour
faire appuyer le mors par le moyen des
branches & de l'oeil , qui forment une ef
péce de bafcule , laquelle préfentant par
dedans & pardehors la région du menton
du cheval , le contraignent à caufe de la
douleur plus ou moins grande, que lui
caufe le Cocher , ou le Cavalier en tirant
les rênes , à lui obeïr , & à agir fuivant
fa volonté. Ainfi l'emploi du mors eft de
porter fur les barres ; les branches & l'oeil
fervent à l'y faire porter, & la gourmette
à l'y faire appuyer.
On
el
in
en
eud
-de
OIS
re
tte
Différentes embouchures.
Comme les barres des différentes bou
ches font plus ou moins fenfibles , on a
formé de différentes embouchures fuivant
les diverſes qualités , & conformations
intérieures de ces bouches.
Anciennement on avoit tant d'égard
aux moindres variations des levres , de la
langue & même des différens dégrés de
fenfibilité les plus fubtils , & jufqu'aux
moindres inclinations du cheval, que pour
es;
chacun de ces cas on avoit imaginé un
mors différent. Mais on a réconnu depuis
un
quelque tems cet abus, parce que ces mors.
égaroient à la fin , ou endormoient la
E iiij
LE PARFAIT
46
bouche du cheval , & on a vû qu'avec trois
Qu quatre espéces d'embouchures, on con
duifoit également un cheval , non tant par
le mors , que par l'art de ménager la bou
che , & que par conféquent tout ce fatras
de mors étoit fuperflu. Ainfi pour toutes
fortes d'embouchures, on n'a à préſent que
le canon fimple brifé, & non briſé , la gor
ge de pigeon briſée & non briſée , & le
mors à portée & du pas d'âne, qui comme
je l'ai déja dit , n'eſt en uſage que pour les
chevaux de caroffe.
De quelque espéce que foit le mors , il
doit porter à un pouce du crochet fur les
barres : il faut obferver qu'il n'excéde pas
trop la bouche de chaque côté , & auffi
qu'il ne foit pas trop court , de façon que
les levres foient prêtes à recouvrir les bof
fetes. Quand cela arrive , on dit qu'un
cheval boit fa bride , ce qui eft diſgra
cieux .
On doit effayer plufieurs mors à un
cheval , & s'en tenir à celui , qu'on fent
qui lui va le mieux , & qui le maintient
dans la plus belle fituation fans le gêner ,
quelque efpéce de bouche qu'il ait. Com
me les chevaux de caroffe ont communé
ment la bouche plus forte que les chevaux
fins , les barres les plus charnües & moins
fenfibles , à ceux- là il faut des mors , qui
COCHER .
57
fe faffent fentir , le tout en proportion de
leurs bouches à celle des chevaux fins. Les
T
B
Bridon.
Le Bridon eft une espéce de petit mors
fort léger , briſé au milieu , qui s'appelle
Bridon Anglois, ou bien il eft compofé de
trois piéces & briſé en deux endroits , ce
lui-ci fe nomme Bridon François. Aux
chevaux de felle feulement on met un Bri
L
Of
k
ײ
et
chevaux de tirage s'embouchent avec des
mors creux de fer , ou des billots de bois.
don dans la bouche.
a
Maftigadour.
Le Maftigadour eft une efpéce d'em
bouchûre, mais qui ne fert que dans l'écu
rie. On met le cheval au maftigadour pour
F
I₁
le faire écumer , par conféquent lui dé
charger le cerveau , l'empêcher de man
ger , & lui donner appetit : on le tourne
pour cet effet en fa place , & on lui laiffe
Le maftigadour dans la bouche plus ou
moins de tems felon les cas.
=
Licols.
Il y a trois fortes de Licols , qui fer
LE PARFAIT
58
vent aux chevaux , fçavoir le licol de
corde , le licol de fangle , & licol ordi
naire de cuir . On ne fe fert guéres que
dans un haras des deux premiers . Le troi
fiéme, qui eft celui de cuir , fert aux che
vaux de felle & de caroffe. Il a une ou
deux longes . Il eft compofé d'une têtié
re avec frontail & muferole , les montans
& la muferole vont s'attacher fous la
ga
nache au même anneau de fer , & font
joints fur le côté par deux paffans. On met
une ou deux longes de cuir ou de fer à
cet anneau . La longe de fer fe met lorfque
le cheval ronge le cuir.
Si les chevaux font fujets à fe délicoter.
Le nouveau parfait Maréchal enfeigne un
excellent licol , avec lequel jamais un
cheval ne peut fe délicoter. Ce licol n'a
point de fous - gorge , ou plûtôt il en a
deux , qui vont fe croiſer , & fe rendre à
deux anneaux quarrés, qui ſont au bas des
montans , aufquels anneaux tiennent auffi
le devant , & le derriére de la muferole ,
une espéce de bouton plat & lâche affem
ble le milieu de cette croiſée , qui ſe trou
ve au deffous des os de la ganache vers la
fin du canal : quand le licol eft en place ,
on attache les longes aux deux anneaux
quarrés.
COCHER.
59
B
Maniére de brider un cheval.
1
1
Si un cheval mange , & qu'il ait la bou
che pleine , on attend qu'il ait ceffé de
manger pour le brider. En prenant la bri
de, on met la rêne en travers ſur le bras, te
nant le haut de la têtiére de la main droi
> & l'embouchûre du mors de la main
gauche. Il faut paffer le doigt dans la bou
che du cheval , & yconduire le mors en
même-tems avec la même main gauche ,
afin de la lui faire ouvrir pour recevoir
l'embouchure du mors de la bride , qu'on
lui préfente
dès qu'il l'a reçû dans fa
bouche , le Cocher lui doit hauffer le haut
de la têtiére de la bride , qu'il tiendra de
la main droite , par-deffus l'oreille droite.
Il prend enfuite le toupet du crin qui eft à
la hauteur du front du cheval , il le tire de
deffous la têtiére de la bride , il fait en
même-tems paffer le haut de la même tê
tiére , par- deffus l'oreille gauche , & tire
les deux oreilles par haut , & les deux cô
tés de la têtiére par bas, afin qu'aucun crin
n'incommode le cheval. Il met enfuite la
gourmette , ou fousbarbe , qui ne doit
avoir de longueur , que cinq gros mail
lons , deux petits au bout pendant , & un
autre petit au bout dormant. Quand le
LE PARFAIT
cheval eft bridé , c'eſt au Cocher d'ajuf→
ter le mors dans la bouche , pour qu'il ne
60
porte fur le crochet ni d'en
d'en bas.
haut , ni
Maniére de brider les chevaux em
bouchés.
Lorfque les chevaux font fort embou
chés , on accroche la gourmette ou ſous
barbe à la feconde maille. On ne le rêne
qu'à fon aife ; c'eſt - à · dire , preſque
point. Si le cheval a la bouche belle ;
s'il eft franc de bouche , ou qu'il ait la
bouche fine , on ne le gourme qu'à la fe
conde maille , & à proportion , qu'on au
gmente de maillon , on lui ferre la fous
gorge d'autant de point. On la double
felon qu'elle eft longue : un Cocher , qui
en uſe ainfi fait de fes chevaux ce qu'il
veut.
Maniere de brider
un cheval fans
bouche.
Il y en a quiprétendent qu'un cheval
Hent entre les dents l'embouchure de fon
mors de bride, lorſqu'il emporte fon hom
me . Il eft vrai qu'il s'arme de fon mors ,
mais il appuye les branches contre fon
COCHER.
61
poitrail. Les chevaux , qui font le plus
portés à ce défaut , ont le barbouchet
menu , la bouche fendue , des barres dou
blées c'est- à- dire des morceaux de chair
deffus les barres , c'eft- ce qu'on appelle un
chevalfans bouche , ou une bouche contre
barrée. Ces fortes de chevaux doivent être
bridés par un habile Epronnier , & menés
par un Maître Cocher. Il leur faut des
C
mors de bride , qui ayent des embouchu
res de bonne liberté , & ajuftés à leur bou
che. Lescanons de la même embouchûre,
qui font joints aux deux oeils des bran
ches , doivent être déliés aux deux bran
ches ; on fait faire les branches courtes ,
& très-quarrées. La gourmette doit être
auffi courte. Enfin on ne rêne point ces
fortes de chevaux , il faut leur donner li
berté entiére,
1
Ce qu'ilfaut faire à des chevaux qui
regardentpar-deffous leur aillere ,
$
ou quifont ombrageux.
Si un cheval regarde par- deffous fon oil
lere 2 on lui tient l'oeillere de la têtiére
baffe. S'il eft ombrageux , quand il apper
çoit le fouet , il devient plus farouche ,
& on a plus de peine à le réduire. Mais
un Cocher avec ces fortes de chevaux ne
62
LE PARFAIT
doit point faire claquer fon foüet : quand
ils y font accoûtumés , ils prennent de
l'ombrage de tous les coups de foüet ,
qu'ils entendent.
Harnois des chevaux de caroffe.
Les Harnois des chevaux de caroffe font
de cuir blanc bordé , ou noir , ou de ma
roquin , de drap de velours , de rouffi →
&c. Les ornemens qu'on met aux Har
nois , communément font de cuivre doré,
& relévé. La chainette de Harnois , ou
de timon tient au réculement d'un bout ,
& fon anneau pafle par le bout du timon "
jufqu'au crochet , & là on arrête avec un
petit cuir les chainettes des deux chevaux
de timon. Le réculement va s'attacher des
deux côtés à la grande boucle , qui ſou
tient le porte trait.
Quand le cheval récule , le réculement
tire la chainette, qui fait réculer le timon:
le poitrail eft large & renforcé , il va s'at
tacher des deux côtés à la grande boucle
de l'épaule. C'eſt à ces deux boucles , que
tiennent les traits , qui paffant dans les
porte-traits finiffent par un anneau , formé
par une boucle fans ardillon : Ces deux
anneaux fe ferrent aux deux bouts du pa
lonier , & pour lors le cheval eft attelé.
Pa
COCHER .
63
Le couffinet qui eft rembourré , eft ca
ché par fa couverture , à laquelle font
attachés deux anneaux , dans lefquels paf
fent les guides , & il y
a au milieu deux
tde
et
1
petits cuirs , qui fervent à nouer les rênes
de la bride ; c'eft qui s'appelle enrêner. Ce
couffinet doit fe trouver fur le garot : il
Com
foutient le poitrail , par le moyen de deux
barres de devant , les traits , une partie du
Har
réculement par le moyen des deux bras de
bricole; & c'eft auffi au couffinet que tient
le trouffe - chainette , fait d'un petit an
re
C
ut
= : $
3
1
333
OF
The
UX
neau de cuir , & d'un petit bouton , qu'on
paſſe dans cet anneau , quand ce petit bou
ton a paffé au travers de l'anneau de la
chainette de timon : On arrête là cette
chainette , quand le cheval eft déharna
ché.
La patte d'où fort le milieu du furdos ,
& les furdos , part elle - même du couffi
net en arriére : tous les futdos , qui fou
tiennent le réculement , viennent ſe join
dre au milieu du furdos , enfuite la patte
fe fépare en trois parties , qui vont s'at
tacher à trois boucles de l'avaloire de
deffus , qui doit fe trouver au haut de la
troupe , à l'endroit des roignons ; de cet
te avaloire , qui eft arrêtée à la groſſe
boucle , où finit le réculement , part la
Croupiere qui eft double , au moyen de
64
LE PARFAIT
deux petites barres. Les deux anneaux
de cuir , dans lefquels on fait paſſer le
bout des traits , quand le cheval eſt dé
harnaché , tiennent auffi l'avaloire de def
fus : les barres qui partent de cette avaloi
re , foutiennent l'avaloire d'en bas , qui
tourne fur la croupe du cheval , & va s'ar
rêter à l'anneau des porte- traits. On au
gmente tant qu'on veut les furdos & les
barres : on fait auffi des harnois de timon,
fans avaloires : ils en font plus légers , &
moins parants.
Il y a un anneau attaché au poitrail de
chaque côté , qui n'eft mis en cet endroit,
que pour recevoir le réculement , & le
foutenir , afin qu'il ne s'évafe pas trop ;
mais ces deux anneaux ſe trouvent fervir à
un uſage très-utile , pour empêcher les
chevaux de ruer au caroffe. C'eft une
plate-longe , qui s'ajoûte aux harnois
dans ce cas , & qui a un effet fûr : elle eſt
compofée de deux cuirs qui fe rejoignent
en un , ou d'un gros cuir fort large , qu'on
paffe autour du milieu du palonier : on le
boucle enfuite en- deffus avec une groffe
boucle : il fe fépare en deux longes , qui
ont unetraverſe , laquelle doit fe trouver
fur le haut de la queue , & fous la crou
piére : la feconde traverfe fe trouvera par
deffus la croupiere près de l'avaloire d'en
haut :
COCHER.
65
haut
celle-là a une boucle pour la fer
rer , ou lâcher felon le befoin.
UX
Voici le chemin que font les deux lon
ges de cuir : elles paffent fur le culeron ,
fous les barres de la croupiére , fous l'a
valoire de deffus , fous les furdos , fur les
bas de bricole , & fe bouclent aux petits
anneaux , qui foutiennent le réculement
au poitrail. II n'y a point de cheval , qui
puiffe ruer avec cette machine.
les
OD
.8
Emouchoirs & Houffes.
En Eré, quand on veut, on, met par- def
fus les harnois des Emouchoirs à mailles,
홈
0
을
후
& en hyver on met auffi par- deffus les
harnois des Houffes , dont Fobjet devroit
être de garantir le dos des chevaux de la
pluie , & de fe refroidir quand ils ont
chaud, & qu'ils reffent long- tems arrêtés.
Mais ce qui y conviendroit le mieux, n'eft
pas affez beau
ce feroit un cuir noir ,
qui ne les échaufferoit point , & qui ne
ex
1:3:|
perceroit pas à la pluye : au lieu de cela
on les fait fuer d'abord avec des peaux
d'Ours , de Tigres , &c. ou on leur met
des houffes de drap rouge , qui percent
73 31
yet
t
ܪ
ea
à la pluye , & leur tiennent long- tems le
dos mouillé.
I. Partie,
F
66
LE PARFAIT
Harnois à quatre & à fix Chevaux.
Quand on attele fix chevaux , les deux
du milieu , ou les quatrième , s'attachent
à une volée avec deux paloniers , cette
volée fe met ou bout du timon , & y tient
par le moyen d'une chainette de cuir.
On attele les chevaux du milieu au pa
lonier , comme ceux du timon , par deux
traits pareils , qui font terminés à l'autre
bout , ou du côté du poitrail par une bou
cle , deftinée à boucler les traits des fixié
me chevaux
d'ailleurs les harnois des
uns & des autres , font compofés feule
ment d'un poitrail , d'un couffinet , de
deux barres de devant , pour foutenir le
poitrail , de deux bras de bricole , de deux
furdos , qui tiennent à une barre de crou
piére fimple : les traits des fixième , font
foutenus par des porte-traits , qui tien
nent à la barre de croupiére : quand on
attele à quatre , on ne met pas communé
ment de volée , & on attache les traits à
ceux des chevaux de timon. Le Poftil
lon eft fur une felle , compofée d'un arçon
de bois à trouffequin , faite de cuir noir
qui accompagne les Harnois des chevaux
de Caroffe. On met des bourſes fur les
quartiers pour la commodité du Poftil
COCHER
67
Y
lon. Les fangles font de cuir , & la crou
piére eft conforme au Harnois de Caroffe.
US
Harnois des Chevaux de Chaife.
215
Comme les chevaux de Chaiſe ne ſçau
roient s'atteler également à une Chaiſe ,
parce qu'il y en a un qui eft enfermé entre
&
eur
at
ule
les deux brancards , & l'autre à gauche du
premier , attelé à un palonier , ayant fur
lui le Poftillon , le Harnois de chacun de
ces deux chevaux eft différent l'un de l'au
tre
voici d'abord celui du cheval de
brancard.
Le Harnois du cheval de brancard eft
compofé d'une petite fellete , qui eft une
petite felle fort courte , les bandes fort
larges on la garnit de cuir noir avec du
10
CO
1er
rça
OLL
clou doré
on perce lefdites bandes ,
pour paffer deux courroyes à boucles
qui fervent à maintenir à ſa place la dofiere
de la Chaife. On percel'arçon de devan t
pour y paffer une courroye, qu'on appelle
la trouffure , qui ſert à nouer les rênes du
cheval de brancard ; on garnit l'arçon de
cinq grandes boucles : les deux de de
vant prennent les barres de poitrail ; les
deux de derriére prennent les petites bar
res , qui foutiennent l'avaloire , & la cin
quiéme tient la croupiere.
Fij
68
LE
PARFAIT
De cette croupiere part encore une bar
re d'avaloire , qui fe trouve fur la croupe;
il part encore de la fellete un contre-fan
glot , qui foutient le poitrail , conjointe
ment avec la barre de poitrail : au bout
du poitrail de chaque côté eft un gros
anneau de fer , auquel tient un trait , qui
va ſe boucler fous le brancard au trait de
brancard , qui tient à l'effieu.
Le réculement n'eft autre chofe qu'une
courroye , qui tient à un gros anneau ,
qui eft au bout de l'avaloire d'en bas. On
attache ce réculement à un crampon , qui
tient au brancard , ce qui fait , que quand
le cheval récule , l'avaloire tire à elle
& tend ce réculement , qui fait réculer
le brancard. Le cheval eft attelé , quand
le trait & le réculement font bouclés , &
que la doffiere eft arrêtée fur la fellete.
On ajoûte quand on veut deux anneaux ,
aux deux côtés de la fellete , pour foute
nir des guides , qui ſe bouclent dans les
gargouilles de la bride , avec lefquelles
celui qui eft dans la chaife , peut conduire
le cheval de brancard.
La longe de main du cheval de bran
card eft une courroye , qui paffe dans les
deux gargoüilles de la droite à la gauche
& que le Poftillon tient toujours pour
conduire le cheval de brancard.
COCHE R.
60
Le cheval de côté de la chaife , ou le
55 H
E.
2
TAG
LV
noUv
Į,
bricolier, eft attelé à un palonier, qui tient
au brancard gauche de la chaife par deux
traits. Il a comme elle le cheval de bran
card un poitrail , mais la barre , qui fou
tient le poitrail , paſſe ſur ſa ſelle & s'ap
pelle deffus de felle : le furdos , qui fup
porte les deux traits paffe au travers du
rédoublement de la croupiere ; c'eſt com
munément unefelle à trouffequin, qui fert
au Poftillon.
Maniere de mettre les Chevaux au
Caroffe , & d'atteler un Cheval
1
1
$
S
W
3
qui s'écarte.
Un Cocher , qui va mettre les Che
vaux au caroffe , doit prendre garde qu'ils
ne s'écartent. On doit à celui qui s'écarte
mettre la chainette la derniere , & d'un
point plus longue , que celle de l'autre
cheval , fi la chainette étoit plus courte ,
le cheval en voulant s'écarter tireroit le
timon du caroffe à lui , fans qu'on pût
le conduire droit , ce qui feroit un très
mauvais effet. Si ce cheval eft plus fort
que fon camarade , s'il a le trot , & le pas
plus grand , il ne faut pas que fa chainet
te foit plus longue , ni miſe la derniere.
On la doit mettre la premiere , fes traits
LE PARFAIT
70
doivent être auffi plus longs , parce que
ce même cheval étant le plus fort s'arrête
quelque fois. La guide de devant doit
encore être plus courte de trois à quatre
pouces , & ce cheval veut être bouclé
trois ou quatre points plus que les autres
boucles .
Autre maniére pour mettre les che
vaux au Caroffe.
Pour placer les chevaux au Caroffe ;
on peut commencer par mettre les chai
nettes dans le bout du timon , où il y a
un crochet , qui les arrête , & qui ſert ·
à réculer. Au bout du crocheton du
crochet il doit y avoir une petite courroie
de cuir , nommée grande goupille d'un
pied & demi de longueur , on l'entortille
une fois au bout du timon , & on la répaf
fe dans le trou , ou oeil du crochet en y
faifant un noeud à oeillet. On gourme
enfuite les chevaux , felon la force , ou
fineffe de leur bouche. Les gourmettes
doivent être plus courtes qu'à l'ordinaire
pour les bouches les plus fendiies. Quant
aux quatre branches des guides , on les
paffe un demi tour par deffus la rêne de
la bride , qu'on boucle à un trou fait ex
près , au bas des branches des mords de
38-8
71
bride. Quand les rênes de bride en de
hors , & en dedans font arrêtées , la bran
che de la grande guide du cheval de
#
R-
deffous main , qui fe boucle à la branche
du mors de bride du cheval de dehors
HT
4
JV
COCHER.
main , & la branche de la petite guide
qui vient du cheval de dehors-main , s'at
tachent à la branche du mors de bride
du cheval de deffous main , & ainfi elles
ſe trouvent toutes croiſées , comme il
faut qu'elles foient.
On prend enfuite la grande guide , que
l'on jette par deffus les deux chevaux ,
fans qu'elle touche à terre. Quand on
rêne les chevaux il eft neceffaire que les
mords foient droits , ni trop haut ni trop
bas. L'embouchure du mors de bride
doit être à un pouce au deflus des dents
de maniere que la lévre du coin de la
bouche y touche , fans que le cheval foit
nullement gené , car il faut qu'il ait la
liberté franche.
Il y a beaucoup de chevaux , qui ont
le barbouchet menu , d'autres qui ont la
bouche petite , les naſeaux petits , de gros
barbouchets ; on voit auffi des chevaux
forts en bouche , qui les ont fort étroits.
Quand les chevaux font rênés , les
quatres branches des guides bouclées , les
rênes bien trouffées , la grande guide
772
LE PARFAIT
bouclée avec la petite , & jettée de tra→
vers fur la croupe du cheval de dehors
main , on paffe le bout pliant en quelque
endroit fous le harnois , comme fous la
croupiére , de peur que les guides ne
tombent à terre , & l'on met enfuite les
quatre traits des deux chevaux,
Maniére d'a ccommoder les vieux
harnois.
Si des harnois ont fervi à des chevaux
plus grands , ou plus petits , un Cocher
doit les faire alonger , ou racourcir felon
le befoin , ainfi que les traits de la brico
le ou croupiére. Il faut auffi baiffer , ou
hauffer la têtiére de bride , car tous les
chevaux n'ont pas la tête égale , & un
cheval bridé ou trop court , ou trop long
eft gêné. Pour ne point chagriner un che
val au travail, on le bride , & on le har
nache à ſon aiſe. Un cheval gêné à ſon har
Hois , foit à la bouche , à la tête , ou aux
épaules , tremble en voyant fon harnois ,
& s'il n'eft attaché , on ne peut le lui met
tre. Il y a cependant des chevaux , qui
haiffent le travail , mais il y en a plufieurs,
qui appréhendent le harnois , parce qu'il
les bleffe.
Maniére
COCHER:
ors
love
75
'
Manière de mettre le Harnois aux che
vaux de Caroffe.
Un Cocher qui reçoit l'ordre de tenir
fon Caroffe prêt pour une telle heure
commence par épouffeter " ou faire 7
épouffeter les chevaux qui doivent tra
vailler. Il les efluye depuis l'oreille juf
qu'à la queue. Il prend enfuite le harnois
COO
par le réculement, il le met fur fon épaule
droite. Il tient avec les deux mains le de-.
vant du harnois par les deux bouts de la
of
bricole, qui tiennent la bricole , & le poi
trail par les deux grands anneaux. Il les
éléve au-deffus de fa tête , en l'élargif
fant , & le préfentant à la tête du cheval ,
qu'il veut harnacher.
Il y a peu de chevaux , s'ils ont travail
lé , qui ne préfentent la tête , en même
tems qu'on leur jette le harnois fur le col .
Quand il y eft , on l'étend fur-tout le
corps . On leur met enfuite la croupiére ,
en leur treffant la queuë, fi c'eft en Hyver.
Pour en Eté lorsque les mouches piquent,
on ne la leur trouſſe point.
1. Partie
G
74
*
LE PARFAIT
Mariére de mettre le harnois pour në
point bleffer les chevaux.
Afin de ne point empêcher la refpira
tion du cheval , il eft bon de tenir le har
nois le plus haut qu'il eft poffible fur le
poitrail. Le cheval en appuye moins , il
tire plus fort , il n'eft pas fi fujet à être
foulé : car quand le harnois eft bas fur le
palleron des épaules , le cheval ſe bleſſe ,
pour peu qu'il appuye , ce qui fait qu'on
voit tousles jours des chevaux eftropiés
par la faute de ceux , qui les gouvernent ,
Un Cocher doit fçavoir qu'il faut que les
rênes de bride,& les bouts des petites cour
royes , nommées trouffieres foient jettées
entre les deux chevaux , afin qu'il ne pa
roiffe aucun bout de cuir pendant en de
hors.
De quel côté on doit présenter le har
nois.
Quand on met le harnois à un cheval ,
il faut le préfenter en dedans à celui de
deffous la main , & à l'autre de même ,
pour éviter de renverser les crins du côté
qu'ils ne panchent point , en prenant gar
de que le poitrail du harnois , comme je
COCHER.
75
P'ai déja dit , ne porte trop bas. Il faut
auffi faire attention que les couffinets ne
foient pas trop avancés fur le gârot , &
que la croupiére foit de façon , qu'il n'y
ait point de crins enfermés deffous.
1
གཡུ་ ་ 50
Couffinets utiles en Campagne.
C'eſt une proprété que les couffinets
ne paroiffent point , que le harnois nefoit
pas trop avancé fur le devant des chevaux.
K.
On doit, pour la Campagne, faire provi
fion d'une demi- douzaine de couffinets ,
garnis de crin , longs de fix pouces , lar
ges de cinq , épais d'un pouce & demi ,
dont on fe fert, quand les chevaux fe blef
fent. Il faut de plus quatre autres petits
couffinets , garnis de même , de quatre
pouces de long , & trois de large, pour les
placer , aux endroits , où les harnois de
volée coupent le poil , & où les traits des
harnois de volée touchent , comme aux
cuiffes , & aux côtés du ventre.
Ce qu'il faut faire aux chevaux qui
ont le crin trop long.
Si des chevaux ont le crin trop long ,
bon d'arrêter le réculement au grand
eft
il
anneau , qui fuporte la bricole , & le poi
G ij
76
LE PARFAIT
trail , afin que le réculement ne furmonte
pas deffous la queue. Dans la faifon ,
qu'on ne craint point les mouches , com
me en hyver, ontrouffe la queue des che
vaux. La meilleure maniére eft de les met
tre dans un fac , ou bourfe de toile , ou de
cuir ; ces facs confervent les crins de la
queue .
Attelage des chevaux.
On attele les chevaux de Carofle deux
à deux jufques à fix. Le Roi & les Princes
en mettent jufqu'à huit. Les deux du Co
cher attelés au timon , s'appellent che
vaux de derriere : Les deux enfuite fe
nomment chevaux de volée.; parce qu'ils
font attelés à des palonniers , tenant à une
volée qu'on attache au bout du timon ;
Les deux autres font appellés chevaux de
devant , & à huit chevaux , de fixiéme.
Le Poftillon monte celui qui eft à gau
che. Ceux-ci font attachés aux chevaux de
volée par des traits. Le Cocher guide les
chevaux du timon , auffi- bien que les che
vaux de volée , au moyen d'une guide
pour chaque cheval , qui paffant par un
anneau coufu à la têtiere des chevaux de
timon en dedans , au- deffous de l'oreille
va fe rendre à la bride des chevaux de vos
COCHER:
77
fée , & vient s'attacher à la fourchette des
guides des chevaux de derriere. Le Poftil
I
fon d'attelage , n'eft chargé que de la con
duite de fes deux chevaux , conduifant
P'un avec la bride , & l'autre avec la longe
de main, qu'il arrête à une boucle, qui eft
à la felle , ce qui eft le plus fur , ou qu'il
tient à la main, ayant fon foüet de la main
droite.
Chevaux attelés courts à Paris..
9-2
Il faut que des chevaux dans Paris foient
attelés courts , & que les chainettes foient
courtes , foit à caufe des ruiffeaux , ſoit
pour paffer plus jufte entre deux Caroffes,
foit pour arrêter plus promptement , & par
tir de même. En Campagne c'eft le con
traire à caufe des orniéres.
Proprété de l'équipage & du Cocher
envers lui-même.
Après qu'un Cocher a attelé fes che
vaux , & qu'ils font harnachés , il doit
prendre l'épouffete , le peigne , & l'épon
ge , pour mouiller les crins en les pei
gnant. Avec l'épouffete & l'éponge , on
les efluye par-tout. Si ce font des chevaux
gris , ou blancs , on prend garde qu'il n'y
G iij
#
LE PARFAIT
478
ait quelque tache particulierement aux ja
rets , où ils font fujets à la crotte.
Lorſque les Chevaux & le Caroffe font
en état , un Cocher fe doit mettre le plus
propre qu'il peut , en linge blanc , bien
coëffé , bien chauffé & ganté. Un Cocher
qui aime la proprété l'eft en tout. Il n'ou
blie pas que les chevaux doivent être bien
ferrés , proprement harnachés , avoir le
erin fait , & des mors de bride.toujours
propres. On les fait rétamer tous les fix
mois. On les tient fecs , & on les effuye
avec un linge doux.
Néceffité pour les Maîtres de donner
leurs ordres.
Un Maître ne fçauroit être bien fervi ;
s'il ne donne fes ordres. Le foir à fon
coucher , ou le matin à fon reveil , il doit
faire fçavoir à fon Cocher l'heure qu'il
fortira , & du moins une heure avant , afin
que ce Cocher ait le tems d'épouffeter ,
d'effuyer fes chevaux , de leur mettre le
harnois , de leur trouffer la queue , de les
brider , de les rêner , de mettre les traits
à leur place , de boucler les guides , de
donner quelques coups de vergette aux
couvertures , fi c'eft l'hyver , en été de
nettoyer la dorure du harnois , d'effuyer
COCHER.
79
UTS
fimperiale du Caroffe & les plafonds ,
d'accommoder les couffins , & de jetter
ela
enfin les yeux par-tout , pour voir s'il n'y
a rien d'oublié.
Comment un Cocher doit être affisfur
C
fon fiége.
es:
E
Lorfque les Chevaux & le Caroffe font
en état , le Cocher proprement habillé
comme je viens de le dire, monte fur fon
fiége > ne doit jamais faire attendre fon
Maître , quand le Maître a donné les or
dres. Il doit être affis fur fon fiége,le corps
droit , la tête levée . Il ne faut pas qu'il
tienne le bout de fon fouet en l'air , qu'il
-ait les bras étendus & écartés l'un de l'au
tre , n'y qu'il les éléve. Il doit baiffer les
mains à fix pouces des cuiffes , tenir la
grande guide de la main gauche , & le
fouet de la main droite , tant foit peu de
biais.
Il eſt de mauvaiſe grace d'avoir les bras
& les mains tendues en avant , comme fi
elles étoient penduës aux guides. Cette
fituation eft affectée: & tout air affecté eft
contraint.Il ne doit point faire de contor
fions fur fon fiége , L foit qu'il tourne ,
ou qu'il récule , ou à l'approche de quel
que borne pour l'éviter , comme il y en a
G iiij
80
LE PARFAIT
qui fe panchent , croyant que le mouve
ment de leur corps va faire obéir le Ca
roffe & les Chevaux. Un bon Cocher doit
fans y régarder , foit qu'il tourne , ou
qu'il récule , fçavoir préciſement où fa
rouë de derriere doit paffer..
Maniére de mener à la Françoife , &
à l'Italienne.
On appelle miner à la Françoife , quand
un Cocher boucle les guides de deffus les
Couffinets , qui croifent en dedans , à la
branche du mord en croix , & qu'il tient
les guides de la main gauche , & le foüet
de la main droite. On appelle méner à
Italienne quand un Cocher tient les gui
des des deux mains , & ſon foüet entre fes
deux guides .
Pour méner à l'Italienne on met toutes
les grandes guides égales. Les deux gui
des du cheval de deffus la main font bou
clées au même mors : ceux de dehors la
main doivent être auffi égales , & bou
clées au même mors. Les deux grandes
guides , qui font égales de longueur , ont
une boucle au milieu , qui fe boucle dans
les jambes du Cocher, ce qui eft plus com
mode,que de les mettre à la Française ,par
ce qu'un Cocher de deffus fon fiége débou
COCHER.
TO
Ca
C
ST
cle fes guides en les tenant toujours!
dans fa main , & n'eft point expofé com
me ceux , qui les mettant à la Françoife ,
-font . obligés de fe lever de deffus leurs
ப்.
fiéges , & d'aller déboucler la guide pref
que fur la croupe du cheval.
Pour la maniére à l'Italienne il faut un
t
·
・
fquinfale à chaque cheval , qu'on ap
pelle en françois un retraite. Il fe paffe
avec un anneau dans la bricole , & vient
-boucler dans l'oeil du mors dans un anneau
=12:3
à l'Angloife. Il en faut à chaque cheval.
On-le met à la bricole en dedans plus haut
que faire le peut. Celui de deffous la main
fe boucle à l'oeil du mors du cheval de
› dehors la main. Celui de dehors la main
fe boucle au mors du cheval de deffous
-la main. Les deux rétraites , oufquinfales
doivent être égaux en longueur. Si le
cheval de dehors la main , ou deffous la
main, fi l'un des deux porte en dehors , on
racourcit 'le fquinfale : s'il porte en de
dans , il faut l'alonger,
I.
Maniére d'enrêner les chevaux.
Comme c'eft aujourd'hui la mode de
méner à l'Italienne, la maniére auffi la plus
excellente d'enrêner les chevaux , eft de
les enrêner à l'italienne. Ceci eft, pour ainsi
LE PARFAIT
19
dire , une double enrênure , qui fert à les
tenir toujours à la même diſtance du ti
mon , & à les conduire fans communica
82
tion des branches des guides de l'un à l'au
tre cheval.
Chaque guide , comme on fait , fe fé
pare en deux au-deſſus du dos de chaque
cheval , & paffant par deux anneaux , qui
font au couffinet , la branche d'en dedans
va ſe boucler à l'autre cheval ; ce qui fait
que quand le Cocher tire , fupofé la gui
de droite , le cheval qui eft à gauche , &
attiré par la branche d'en dedans de cette
guide vers fon camarade , &c.
L'inconvenient de ceci eft que fi un
cheval a la bouche forte & l'autre légere
celui - ci fe fent tiré plus fort , qu'il ne le
devroit être , & on ne peut pas ainfi con
duire chaque bouche fuivant ce qu'elle de
mande. L'enrênure à l'Italienne remédie à
cet inconvenient. Ce n'eft autre choſe
qu'une courroye , qui prend de la bride
de chaque cheval , & qui va s'arrêter au
côté du couffinet de fon camarade. Par ce
moyen chaque guide ne méne que fon
cheval , & le Cocher peut ménager cha
que bouche , comme il veut.
Un défaut très-commun aux Cochers
eft d'enrêner leurs chevaux fi courts que
le bout du nez touche prefqu'au poitrail ,
COCHE R.
83
it
ele
afin que l'encolure paroiffe rouée : cette
gêne perpetuelle fait qu'ils appuyent ,
fans pouvoir s'en empêcher, les barres fur
le mors ,ce qui les engourdit extrêmément
& leur rend la bouche dure , il vaudroit
mieux les enrêner à leur aife : mais fi ab
1958
folument on veut les gêner à ce point , il
dans
faudra alors paffer les rênes entre le coude
de la branche , & la fous-barbe ; l'effet du
mors en fera moins à craindre . On a inven
nica
l'a
té de mettre un anneau quarré àla barre du
banquet , qui eft derriere la boffette , c'eft
&
apho
le mieux qu'on puiffe faire , puifque la
gourmette n'a pour lors aucun effet pour
ferrer le mors fur les barres.
100
D
TS
e
43
10
се
00
ܝܘ
e,
Ple
3
Un Cocher ne doit point monterfurfon
fiége fans prendre les guides.
Un Cocher ne doit point monter ſur ſon
fiége qu'il n'ait les guides en main, car fou
vent il arrive que montant fans les tenir,les
chevaux vont à toute bride , bleffent plu
fieurs perfonnes , brifent le Caroffe , & le
Cocher , rifque d'être écrasé. C'eſt auffi
une fage précaution pour ceux , qui mon
tent en Caroffe de ne jamais y entrer
que le Cocher ne foit affis fur fon fiége ,
& qu'il n'ait les guides , & le foüet à la
main.
84
LE PARFAIT
Un Cocherfur fon fiége ne doitfaluer
perfonne.
. Il ne faut pas qu'un Cocher affis fur fon
fiége s'avife d'ôter fon chapeau , pour fa
Juer qui que ce foit. Pendant qu'il tien
droit fon chapeau d'une main , les guides
& le fouet de l'autre , il ne pourroit arrê
ter deux ou quatre chevaux. Si dans cet
moment une perſonne deſcendoit du Ca
roffe , & que les chevaux au même inftant
priffent ombrage , la perfonne tomberoit ,
le Caroffe avanceroit , la rouë de derriere
lui pafleroit fur le corps , pendant que le
Cocher auroit le chapeau à la main.
Pofture dans laquelle un Cocher doin
être pour bien méner.
Pour bien méner foit à la Françoife- fort
àl'Italienne , un Cocher en tenant les gui
des doit avoir fes mains près la bouton
niére de fa culotte , & tenir ferme les gui
des , & la monture du brin du foüet , qui
doit être pliant entre le deux ,troifiéme, &
quatriéme doigt de la main droite , afin
que quand il en veut donner un coup , il
puifle laiffer tomber la monture en ouvrant
les doigts
COCHER
85
Provifion de verges defo üet.
Il eft bon d'avertir ici les jeunes Co
chers qu'ils doivent toujours avoir qua
tre fouets; deux à quatre chevaux , & deux
à deux chevaux. Pour un voyage de Cam
pagne ils doivent en avoir trois , deux à
quatre chevaux & un à deux . Rien n'eft
plus incommode que d'avoir un foüet à
quatre chevaux pour en méner deux. On
:
}
}
fe doit précautionner de plufieurs foüets
proportionnés aux équipages , que l'onM
conduit. Il faut qu'ilsfoient bien montés,
d'une bonne longueur & du meilleur bois.
On les coupe dans le décours de la lune, &
on les garde un an avant que de s'en fer
yir.
Longueur de fouet.
Unbrin à quatre chevaux doit être de
cinq pieds de longueur, & la monture de
cinq à fix pouces , y compris l'attache au
brin , & la mife de foüet de fifelle , qui fe
met au bas de ladite monture. La longueur
du brin à deux chevaux doit être de trois
pieds , & la monture de quatre & demi
tout compris. Il y a des Cochers qui ne
fçavent pas mettre des mifes de foüet au
bas de leur monture : d'autres ne s'en
86
LE
PARFAIT
fervent point , pour ne pas couper les che
vaux , comme il arrive à de certains Co
chers , qui en faifant de gros noeuds à la
mife de leur monture de foüet , coupent
les chevaux jufqu'à en tirer du fang. Ces
fortes de noeuds ne font bons qu'en hyver,
parce que les chevaux font chargés de
poil. Les gros noeuds font encore bons
pour les chevaux entiers. Il n'en faut point
pour les chevaux vigoureux , & de poil
ras , qui font fenfibles & craintifs.
Maniere de mettre une mise defoiet au
bas d'une monture.
Pour bien mettre une miſe de foüet au
bas d'une monture pour des chevaux vi
goureux , craintifs & tendres , on choiſit
du foüet le plus délié , afin que les noeuds
en foient plus petits , & pour qu'ils ne
foient pas durs on décorde le fouet , qu'on
veut mettre au bas de la monture . On en
prend environ la longueur de deux pieds
fans être décordé. On l'arrête au petit brin
de la monture du brin du foüet , & étant
double on la décorde, juſqu'à un pouce
près de la monture . On fait un noeud à la
mife du fouet de tous les deux bouts en
femble, qui font doublés d'égale longueur,
on la récorde après , mais molement , afin
4!
COCHER .
87
que les noeuds que l'on fait de la diftance
d'un pouce l'un de l'autre ne foient n'y
76
20
es
S
de
gros , n'y durs , mais les plus ferrés qu'il
eft poffible. Il faut que ces noeuds foient
noüés avec un des bouts de la mife , qui
doit être double , & que ces deux bouts
de la mife de foüet faffent chacun leur
noeud fucceffivément l'un après l'autre ,
pour le trouver égaux : de cette maniére
on ufe moins de mife de foüet.
Maniére de donner des coups de fouet
aux chevaux.
On ne doit jamais donner de coups de
foüet au derriére du cheval , mais toujours
au poitrail.Quand il faut donner des coups
de fouet aux chevaux il les faut donner
DI
t
1
fourdement , mais jamais fans néceffité
& il les faut bien appliquer. Un cheval
fouffre plus d'un feul coup de foüet bien
douné , que d'une douzaine de petits lé
gérement appliqués.
Il y a des Cochers , qui foüetent per
petuellement leurs chevaux par mauvaiſe
humeur & férocité naturelle. On doit évi
ter de fe fervir de ces gens là : car outre
qu'un tel caractére répugne à l'humanité.
Cet coups de foüet font jetter les chevaux
en avant. L'effort fe fait fentir fur leurs
88
LE
PARFATT
barres , ce qui les gâte totalement , & de
plus le cheval eft fi harcelé , qu'il peut en
tomber malade , ou du moins cela le fati
gue , & l'ufe extrêmément. Communé
ment un Cocher de cette eſpéce eft d'ail
leurs un très - mauvais fujet. Il eft vrai
qu'on ne peut foutenir & aider les chevaux
de Caroffe , que de la main & du foüet.
Mais il ne faut fe fervir du foüet que com
me d'une aide , ou d'un châtiment & fur
tout que ce foit à propos , comme pour
foutenir un cheval , qui fe laifle aller dans
un tournant , pour le rémettre fur les han
ches , quand il s'abandonne trop fur les
épaules , pour faire tirer égalément un
cheval, qui fe néglige, & autres occafions
qu'on ne faurroit d'écrire. On doit donner
le coup de fouet , comme je l'ai déja dit
dans le tems de la faute , afin que le cheval
connoifle pourquoi on le châtie , & il ne
faut point les prodiguer ,car les chevaux s'y
accoutument comme aux facades. Quand
on donne un coup de fouet , qu'il foit bien
appliqué , & furtout à propos ; & que l'on
n'imite pas ceux , qui donnent perpétuel
lement de petits coups de foüet , comme
s'ils vouloient careffer leurs chevaux , car
ils n'en tiennent compte.
Maniére
COCHER.
ten
89
Manière dont un Cocher doitfortir de
la Cour de fon Maître.
ne
Pal
VIO
112
草
夏
fur
DOU
1
39
Jour
2-3 2
70d
UN
M
Quand un Cocher fort, il faut qu'il faf
fe partir les deux chevaux d'un tems &
également. Si les chevaux ont fait le pre
mier mouvement , égal tous les deux , on
leur fait faire un demi- arrêt , ou un coup
de langue en même-tems , c'eft ce qui met
les chevaux fur la hanche. S'ils ne lefont
pas du premier demi- arrêt , on leur fait
faire du fecond fans les battre. Quand ils
l'ont fait , on laiffe couler les guides , &
/
les chevaux fe plaiſent à marcher. Un Co
cher ne doit jamais les tenir par facades ,
c'eſt ce qui fort fouvent endurcit la bou
che des chevaux.
En fortant de la porte , il doit fortir
doucement parce qu'il ignore fi un autre
caroffe ne la barrera pas, ou fi des gens de
pied ne fe trouverront pas à la tête des
chevaux. Une porte auffi fe peut fermer
par un coup de vent , & en fortant bruf
quement on rifque , ou de briſer le carof
Le contre la porte , ou de le fracaſſer con
tre un autre caroffe , ou de bleffer du
monde. Il n'en eft pas de même quand on
revient , on peut rentrer au galop fi l'on
veut , pour peu qu'on ait de la liberté ,
H
J. Partie.
1
90
LE PARFAIT
de la jufteffe , & que les chevaux obéïf
fent. On ne craint pas que la porte ſe fer
me , on ne peut bleffer perfonne , parce
que l'on voit devant foi. Un Cocher dans
fa marche doit avoir la vûë entre les deux
chevaux à la tête , pour éviter les embar
ras , les gens de pied , les défauts du pavé,
& pour chercher les endroits , ou fes che
vaux ne tombent point.
Si le pavé eft bon il peut aller un trot
raifonnable,& quand le pavé eft ſec il doit
aller plus doucement , & foutenir bien fes
chevaux. Il y a des Cochers , qui appro
chent fi fort des maifons , qu'ils ne laiffent
pas d'efpace aux gens de pied pour paffer,
c'eft un inconvenient , qui attire quelque
fois des quérelles , & que le Maître ne
doit point fouffrir. Il y a encore des Co
chers , qui auffi-tôt qu'ils font fur le fiége,
s'imaginent être devenus gens rédoutables
& confidérables, de façon que rien ne doit
leur refifter. Comme les victoires , qu'ils
peuvent remporter , ne font que d'écrafer
quelqu'un " ou de briſer une voiture , un
homme fenfé ne doit pas s'en fervir un
moment. Ils trouveront condition , car
les petits Maîtres s'en accommodent.
Соснек .
Sefa
91
Retenue que les Cochers doivent avoir
dans les chaleurs , & dans les
par
tems de gêlée.
s de
emb
-per
Esd
unt
11&
en!
Il y a deux faifons ou le pavé eft ex
trêmement gliffant. En hyver dans le mau
vais tems , & dans l'été pendant les gran
des chaleurs , où on arrofe continuelle
ment les ruës.Pour l'intérêt des Maîtres les
Cochers doivent dans ces tems- là pren
dre garde que les chevaux ne tombent , &
ne fe caffent une jambe , ce qui peut arri
ver en defcendant d'une montagne , ou un
pont , ou dans les rues glacées , où les
tre!
Esl
chevaux ne peuvent tenir pied. Il y a des
jeunes Maîtres , qui n'ont pas plus de re
tenue, que les jeunes Cochers , qui les
ménent. Ils veulent braver les dangers ,
& qu'on aille au grand trot au milieu des
grandes chaleurs , ou dans les plus fortes
58
gêlées , que le pavé eft impraticable. Ce
pendantdans ces deux faifons les Cochers,
les Chartiers , les Rouliers ne peuvent
avoir trop de précaution.
Maniére de méner à Paris,
+
Les ruiffeaux , qui traverſent les ruës
de Paris,donnent d'horribles fécouffes aux
Hij
92
LE
PARFAIT
Caroffes , & à ceux qui font dedans , &
font de furieux balancemens , lorsqu'un
Cocher ne fçait pas les traverfer. Pour
paffer les grands & les petits ruiffeaux 9
il les faut prendre un peu de biais, de ma
niére que les deux roües de devant ne tom
bent jamais enſemble dans le ruiſſeau, mais
fucceffivément l'une après Fautre. Elles
doivent ſe ſuivre de la largeur d'un pavé,
& le train de derriére de même.
En approchant d'un ruiffeau à la diftan
ce de deux pas , un Cocher doit retenir la
main à fes chevaux jufqu'à ce que fon train
de derriére foit tombé dans le ruiffeau , &
leur rendre auffi -tôt la main , de même
que s'il étoit fur un cheval , qu'il voulut
mettre du trot au pas. Aux grands ruif
feaux il y a toujours une petite defcente ,
quand les chevaux les trouvent ; ils s'éfor
cent encore plus à tirer , & fi on ne les ré
tient , le Caroffe donne à plomb dans le
creux , ce qui donne de grandes fécouffes.
Pour le garantir des douleurs , que cau
fent les fécouffes , un Cocher doit être
ferme fur fon fiége , à ſon aiſe , ni trop
haut , ni trop bas > & comme dans une
chaife.
COCHEK.
95
Dans quel tems on doit cartayer les
ruiffeaux.
EU
20
5
On entend par cartayer mettre un che
val d'un côté du ruiffeau , & l'autre de
l'autre côté. On ne cartaye les ruiffeaux
A
P
que lorfque le pavé eft mouillé , & quand
il géle bien fort . Alors le pavé eft gliſſant ,
& les chevaux ont peur de tomber à cau
fe du penchant du pavé. Dans les gran
des chaleurs , comme dans les grandes
gélées , les ruiffeaux ne doivent pas. être
封
、、、、
二
cartagés.
Maniere d'éviter les embarras.
Dans les tems de gélée , & à la defcen
te des ponts on doit aller doucement , &
ne fe pas preffer d'avancer fur un autre Ca
roffe , ou voiture ; qui ſe trouve à ſa ren
contre. Il eft même à propos dans quel
que tems que ce foit de ne fe jamais pré
cipiter dans un embarras. Afin d'éviter le
réculement , & avoir le tems de fe ranger,
on arrête dix ou douze pas en arrière , fi
l'on eft obligé de réculer , on crie , & l'on
avertit ceux qui font derriére le Caroffe.
On arrête auffi pour ne pas blefler ceux ,
qui font devant les chevaux. Si tous les
94
LE
PARFAIT
Cochers vouloient s'entendre il n'y auroit
jamais d'embarras , & il n'arriveroit pas
tant d'accidens dans Paris. On voit tous
les jours dans les rues des Cochers , qui ne
fçavent ce qu'ils font , ni où ils vont.
Quand ils voyent un caroffe venir à eux,
ils prennent à droit & à gauche , de façon
que deux caroffes fe trouvent l'un devant
l'autre au milieu d'une rue , & les Cochers
ne fachant point fe ranger , forment des
embarras.
Ce qu'il faut faire pour ne pas s'ace
crocher.
Quand un Cocher voit venir un carof
fe , ou une autre voiture devant lui , pour
éviter de s'accrocher , il doit arrêter ,
faire arrêter la voiture , qui vient à lui
du moins crier qu'on aille doucement ,
pour que les effieux ne foient pas en rif
que d'être rompus. Dans ces fortes de ren
contre ils fouffrent beaucoup .
Manière de faire rouler un Caroffe.
Il faut faire rouler un caroffe autant que
l'on peut au milieu des rues , toujours
plus prêt des ruiffeaux , que des maiſons.
Il ne faut pas que le train de derriére tom
COCHE R.
U
H
OF
95
be dans le ruiffeau. En tems de gélée il
eft difficile de l'empêcher , à moins qu'on
n'aille doucement. C'eft en conduifant
un caroffe au milieu des rues , plus près
des ruiffeaux , que des maifons , qu'on
évite les fécouffes , & le cahotage.
A 25 2253
Un Caroffe ne doit pas couper un autre
Caroffe.
Un Cocher ne doit pas être ambitieux
de couper ; c'eft-dire ,de paffer devant un
autre Caroffe. Cela n'attire que de mau
vaifes affaires. Si l'on fe trouve derriére
100
un Caroffe inférieur au fien , qui n'aille
pas le même train , on le peut paffer s'il
eft poffible ; mais fi le Cocher , Fiacre ,
ou Chartier , qui barre le paſſage eſt en
têté , il ne le permettra pas. Un Cocher
de bon fens le permet , pourvû que ce ne
foit pas un défilé , & qu'il foit feul , au
trement il faut attendre.
6
Ce qu'ilfaut faire dans une file.
=
Quand on fe trouve en file , il ne faut
15
pas fe laiffer furprendre , & couper par
une feconde file. On le fait , quand c'eft
un ami qu'on veut favorifer , mais il faut
prendre garde , qu'il ne foit fuivi , autre
LE PARFAIT
96
ment il faudroit laiffer paffer toute la con
fufion. Dans une file , s'il eft poffible , un
Cocher doit avoir la précaution de n'avoir
pas derrière lui une charette , parce que fi
la file vient à réculer >, il feroit en dan
ger derrière la charette , qui ne peut ré
culer ; & le parti , qu'il auroit à prendre
dans cette occafion feroit de fe jetter hors
la file , s'il le pouvoit.
Maniére de méner réglement .
Pour méner réglement on rend la main´
aux chevaux : on les rétient aux ruiffeaux ;
qui fe rencontrent , car prefque tous les
chevaux ont l'habitude de faire une espéce
d'élancement de même que s'ils defcen
doient un foffe ; ce qui donne une furicuſe
fécouffe au caroffe. Un coup de trait tiré
à propos empêche un caroffe de tomber
dans unprécipice , ou dans un endroit pe
rilleux. Un cheval , qui lâche pied fait pe
rir un caroffe. Ce font des attentions.
qu'un Cocher doit avoir. Si un Cocher ne
fçait monter à cheval , & le mettre au pas,
ne peut méner également , ni aller d'un
train réglé avec deux chevaux attelés à un
caroffe , parce qu'il faut que les deux che.
vaux , dont il tient les guides de la main
gauche , foient ménés de même qu'un
cheval
C
=,=
arz
Maniére de tourner à un coin de ruë.
QUE
Ca
utt
ene
bat
Un Cocher , qui fort d'une rue pour
entrer dans une autre. S'il veut tourner à
droit prend le côté gauche environ vingt
pas , du bout de la ruë d'où il fort , & il
prend toujours plus de terrain qu'il peut ,
n'importe avec quel caroffe. Soit qu'il
veüille aller à droit ou à gauche il ne doit
pam
mbr
IP
0
era
che
Dai
2
Pla
1
95
COCHER.
97
cheval de felle , auquel on eft obligé de
rendre la main pour lui régler fon pas.
point tourner fur le même pavé , parce
qu'il rifqueroit d'abbattre ſes chevaux , ou
de renverfer fon caroffe.
Il faut enfin qu'il ufe de précaution
avant que de tourner le coin de la ruë. Un
Cocher entendu diminuë fon train , fou
tient fes chevaux , & prend fon tournant
le plus grand qu'il peut pour éviter de
donner dans quelque autre voiture , dont
il pourroit arriver accident . Si en allant
vîte on tourne trop court , il y a danger
que le cheval d'en dedans ne s'abbatte ,
parce que l'autre le pouffe en tournant ſur
lui ; s'il fe trouve dans quelque embarras,
où il foit obligé de réculer , c'eſt alors
qu'il doit être le Maître de la bouche de
fes chevaux , pour les réculer droit ; car il
eft dangereux de ſe mettre en travers dans
un embarras.
I. Partie:
I
98
LE
PARFAIT
Ce qu'ilfaut faire à un détour.
Si en fortant d'une rue , on rencontre
un caroffe , qui y veut entrer , il y a de
l'embarras , fi les deux Cochers ne pren
nent tous les deux affez de terrain pour
pouvoir tourner fans s'accrocher. Un Co
cher prudent prend de bonne heure fon
tournant , & n'eft pas furpris. Il voit ve
nir un caroffe , il évite fa rencontre , &
l'un & l'autre paffe fans s'accrocher. Pour
éviter tout inconvenient il faut prendre la
droite. Il y a des Cochers , qui de peur de
falir leur carofle ne veulent prendre ni la
droite ni la gauche , & par leur opiniâtré
té caufent de l'embarras en embarraſſant
toute une ruë.
Manière de couper les coins des ruif
feaux en tournant à un coin de ruë.
Ce n'eft pas affez de fçavoir tourner
à un coin de ruë , il faut encore fçavoir
couper les coins des ruiffeaux , pour em
pêcher les fécouffes , & balancement du
caroffe,ce qui fatigue extrêmementles per
fonnes , qui font dedans. On voit fouvent
des caroffes verfer en tournant le coin
d'une rue pour avoir tourné avec préci
"
COCHER
ARP
2:
oft
09
pitation , & n'avoir pas coupé le coin du
ruiffeau. En fortant d'une rue
ruë pour entrer
dans une autre , quand on veut tourner à
droit , on fait enforte que la roue de de
vnt du côté du montoir pafle fur le qua
triéme , ou cinquiéme pavé , qui fait le r
coin du ruiffeau de la rue , dans laquelle
on veut entrer , avant que la roue de der
riére du même côté tombe dans le ruiffeau
de la rue , d'où l'on fort , & en rétenant
la main aux chevaux , on ne fait aucun
élancement.
Ce qu'ilfaut faire dans un Carfour
E
TA
an
10
Cat
པ"
OVE
T11ea6
pour tourner.
Dans un Carfour il y a quatre ruës ,
qui font quatre coins , & qui ont quatre
ruiffeaux à leurs jonctions. Si l'on trour
ne à gauche la roue de deffous la main >
qui eft le côté du hors montoir, doit cou
per le coin du pavé , qui donne dans le
ruiffeau , joingnant les deux autres coins
du pavé. La même roue doit auffi paffer
entre le quatriéme & cinquiéme pavé ,
qui forme cette encoignure , & paffer le
ruiffeau de la ruë , où elle entre , avant
que la roue de derriére du même côté ,
tombe dans le ruiffeau de la rue , d'où l'on
fort. De cette maniére enallant d'un train
I ij
100
LE
PARFAIT
réglé le caroffe ne fait aucun balancement,
non plus que fi l'on étoit dans un chemin
uni , pourvû que les encoignures du pa
vé foient bien coupées. Si l'on tourne à
gauche au coin d'une rue , il faut que les
deux chevaux tirent égalemeut , parce
quefi le cheval fur lequel on tourne , lâche
pied , le cheval de deffous-main , s'il n'y
a que lui qui tire , rabbat tout d'un coup
fur la borne du coin de la ruë , & fi l'on
tourne à droit , & qu'il n'y ait que le che
val de dehors la main qui tire , ce fera la
même difficulté. Il eft donc néceffaire que
deux chevaux tirent enſemble en tournant
au coin d'une rue , pour entrer dans une
autre , & traverſer les ruiffeaux,
Maniére de tourner en rond.
Quand il eft queftion de tourner en rond,
il ne faut pas que les deux chevaux tirent,
à'moins que ce ne foit dans une ruë étroites
alors pour tourner , on rafe l'autre côté de
la ruë " avec le bout du timon , fi la rue
n'étoit pas affez large , on avance dans
l'endroit le plus convenable , ou bien on
met les roues vis-à-vis une porte cochére,
& l'on tourne de maniére , que le derrié
re du caroffe fe trouve dans la porté co
chére en alongeant ; c'eft-à- dire , que le
TO
FACO CHE RA
bout du timon touche pour ainfi dire à la
muraille de l'autre côté de la ruë. On doit
prendre garde en tournant , que les roües
de derrière n'attrapent quelques bornes en
tournant → cela pourroit faire verfer le
caroffe. e
l
P
Maniére de tourner dans une ruë en
montant.
oc
02
6-29
121
CIA
GE
ced
T
dan
Si parhafard on fe trouve arrêté dans une
ruë , qui va en montant , ou dans une
Campagne , fur le penchant d'une monta
gne , il faut avoir foin que la tête des che
vaux fe trouve du côté de la vallée , &
qu'ils foient obligés de tourner pour ré
monter la montagne. Si l'endroit eft fort
penchant , on ne doit point tourner, à
moins que le timonne baiffe naturellement:
furtout on ne doit pas réculer. Mais le
meilleur eft de faire tenir le corps du ca
roffe par un homme fort & robufte du cô
té du penchant , ou d'aller au pied de la
montagne pour tourner fans rilque.
Ne point tourner au milieu d'une ruë
creuse.
The
Un bon Cocher ne tourne jamais dans
Le milieu d'une rue creufe , lorfque les
I iij
LE PARFAIT
102
roues du même côté font dans le ruiffeau
les chevaux immanquablement récule
roient , & le caroffe fe renverseroit fur
le coté. Quand un caroffe eſt attelé de
fix ou de huit chevaux , s'il eft queſtion
de tourner au coin d'une rue , il ne faut
point que les quatriéme , fixiéme & huitié
me chevaux tirent. Dans un détour un
peu étroit , ceux de derriére doivent feu
lement gouverner le caroffe , c'eft ce qui
fait qu'on met toujours les plus forts au
timon.
Manière d'éviter les clouds des ruës:
Pour éviter les clouds des rues , il faut
éviter les tas de boües , & les baleyeures.
En paffant un ruiffeau on fait enforte que
les chevaux n'y mettent pas le pied . Les
chevaux ne prennent des clouds que dans
les boues , dans la pouffiére , & dans les
eaux bourbeuſes . On ne tourne jamais ni
à droit , ni à gauche au coin d'une ruë ,
fans traverser le ruiffeau de la ruë > où
l'on veut entrer , à moins qu'on n'y foit
contraint par quelqu'autre caroffe , oa
charette , qui fe rencontre au paffage. En
ce cas un Cocher doit avoir de la rété
nuë, tourner au petit pas , & prendre gar
de à la borne. Souvent il arrive , qu'en
Соснек
103
voulant tourner fur la moitié du coin
d'une ruë , fans traverfer le ruiffeau , &
couper le coin du pavé pour le traverfer ,
il accroche la borne du coin de la rue
& rifque de renverser le caroffe.
Maniére de réculer , & defe ranger.
A la rencontre d'un embarras , fi l'on
apperçoit qu'il dure trop , on tourne s'il
eft poffible, & l'on prend un autre chemin.
Un Cocher doit connoître toutes les ruës
de Paris , fur-tout les paffagéres. Lorf
qu'il eft queftion de fe ranger , il faut
avancer à droit , ou à gauche felon le
befoin , & faire en forte que les chevaux
réculent enſemble. On doit les manier
doucement , car fouvent il arrive qu'un
cheval en réculant fe donne un effort.
Rien ne dérange plus un cheval que de le
maltraiter en ſe rangeant , & en réculant.
En tirant trop rudement la main , on rẻ
cule trop , & on eft obligé d'avancer plu
fieurs fois , au lieu qu'en réculant tout
doucement , & droit , on eft tout d'un
coup rangé. Les Cochers , qui font
prompts ,, font condamnables , lorfque
leur promptitude va jufqu'à la brutalité.
Il faut cependant quelquefois réveiller les
chevaux pour les faire tenir fur leurs gar
I iiij
LE PARFAIT
104
des : mais on ne doit jamais trop les ac
coûtumer aux coups de foüet. Quand on
les y habituë,on a de la peine à s'en rendre
maître ; ainfi quand ils manquent , com
me je l'ai déja dit , il fuffit de les réveil¬
le fur le champ .
Empêcher que les chevaux ne voyent
du coin de l'œil.
Les chevaux ne doivent pas voir le
Cocher fur fon fiége. Lorfqu'il voit fon
homme du coin de l'oeil , il ne fait fon
devoir que quand il l'apperçoit remuer le
bras , & le foüet en l'air. La maxime des
Allemans eft de ne point mettre d'oeille
res aux têtiéres des brides des chevaux.
On n'approuve pas cette méthode en
France. Un cheval fans oeilleres au mou
vement du bras du Cocher ne méneroit
que par élans , & il eft impoffible de con
duire réglément de cette façon.
Maniére de réculer un Caroffe en at
tendant le Maître.
Un Cocher obligé d'attendre fon Maî
tre à la porte de la maifon où il l'a mis ,
ne doit pas refter devant la porte , mais
1
COCHER.
C
105
fe ranger d'un côté ou de l'autre , & laif
R
fer un eſpace raiſonnable pour le paſſage
d'une perfonne , entre le muraille & le
$
1
ť
S
caroffe.Soit qu'il méne de jour ou de nuit,
il eft bon qu'il ne dorme pas fur fon fiége,
& que la nuit fur- tout il prenne garde à
fes couffins , il ne doit jamais defcendre
de fon fiége , à moins qu'il n'ait quelqu'un
à la tête de les chevaux.
Attelage de huit chevaux auffifacile à
méner que celui defix.
Il n'eft pas plus difficile de méner un
caroffe à huit chevaux qu'à fix , excepté
qu'il faut prendre plus de terrain dans les
tournans. On met les chevaux les plus
légers , & les plus vifs , au fixiéme ; c'eſt
à - dire , derriére le Poftillon , parce que
ces chevaux vont fans être touchés,& que
dans un tournant , ils font les feuls qui
tirent. C'eft la même chofe à un caroffe à
fix. Le porteur du Poftillon doit bien tro·
ter , s'ils font élevés du devant ils fati
guent moins fous l'homme. Si dans un at
telage à fix , ou à huit on a des chevaux
pareffeux,un Cocherles met fous la main de
derriére & à la volée, comme il méne le ti
mon. Le Poftillon doit lui être fubordonné;
c'eft-à-dire , exécuter fans réplique tout
106
LE
PARFAIT
ce qu'il lui dit , & les fignes qu'il lui fe
ra , foit pour tourner , faire tirer fes che
vaux , &c. Il doit toujours avoir atten
tion à fon Cocher , & faire tirer ſes che
vaux droit , c'est- à- dire, ne les pas condui
re à gauche , quand les chevaux de derrie
re vont à droit , car cette mauvaiſe man
œuvre fatigue tout l'équipage. Il doit
fonger à ne pas tant faire tirer fon porteur,
il eft bon qu'il prenne fon tournant de
loin , fans trop faire tirer , de peur de for
cer le Cocher à tirer trop court. Il faut
auffi quand il s'agit de réculer qu'il main
tienne ſes chevaux , de façon qu'ils ne fe
mêlent pas dans leurs traits , ce qui pour
I
1
roit arriver , s'ils étoient trop lâches ;
c'eft pour la même raifon , que le Poftil
lon doit partir le premier , quand la voi
ture commence à marcher. Les chevaux
de derriére doivent rétenir dans les def
centes , & aux montagnes les chevaux de
devant doivent tirer pour foulager ceux
du Cocher.
Attelage à quatre auſſi facile à mé
ner que celui de deux.
Il eft auffi facile de méner à quatre che-,
vaux qu'à deux , il n'y a qu'aux tournans,
qu'il faut plus d'efpace , pour que les deux
1
1
1
107
COCHE R.
e
fent
iérr
Les
aux
tirer.
puif
de derr
chev
deux grandes guides doivent être égales
aux traits , mais il faut qu'elles bandent
un peu moins que les traits. Il eft à pro
pos qu'à l'attelage de quatre comme de
fix & de huit chevaux , les têtes ſe ſuivent
en droite ligne . C'eſt l'affaire du Cocher
de donner la liberté aux chevaux , quand
ileft obligé de cartayer de grandes or
niéres. Pour cela il doit lâcher le récule
ment & les guides.
On fe fert d'une voiture à quatre de
deux façons , fçavoir , fans Poftillon , le
Cocher ménant feul les quatre chevaux ,
ou avec un Poftillon , qui méne les deux
chevaux de devant , attachés par des traits
aux harnois des chevaux du timon . Les
quatre chevaux fans Poftillon ne font pas
fans danger, furtout dans les deſcentes , car
fi les chevaux de devant font jeunes &
la bou
fenfibles , ou qu'ils n'ayent pas
che bonne , ils s'échaufferont peut-être la
tête , & la pente les favorifant , ils pour
ront bien prendre le mors aux dents "
au lieu
le Poftillon les rétient facile
que
ment.
C**s
108
LE
PARFAIT
Chevaux qui jettent trop la tête er
déhors .
4:3
La bonne grace d'un cheval eft de por
ter par-tout la tête devant lui , ni en de
dans , ni en dehors. Il y en a qui la por
tent trop en dehors , ce font ceux qui font
roides en bouche , & qui tirent trop , ou
ceux, qui ont des camarades , qui ne four
niffent pas autant qu'eux , parce qu'ils ne
font pas gourmés au point qu'il faut , ou
ceux qui ont un plus grand train que
leurs camarades.
On doit gourmer ces chevaux , qui
avancent plus que les autres , d'une maille
plus courte , & lâcher la gourmette de
• ceux , qui ne fourniffent pas affez , finon
on les change de main , ou on les laiffe
huit à dix jours pour les redreffer ; car ce
font quelquefois des habitudes , que les
chevaux prennent d'eux mêmes.
Ce que doit faire un Cocher à la ren
contre d'un autre Caroffe.
Quand deux caroffes fe rencontrent
dans Paris , venant l'un à l'autre , le long
d'une rue ils doivent prendre tous les
deux la droite , & éviter l'embarras 2 à
COCHE R.
109
moins qu'il ne fe trouve quelqu'autre voi
ture. Quand on rencontre la maiſon
Royale , Prince , ou Princeffe du fang :›
par refpect on doit s'arrêter , & laiffer
paffer leurs épuipages . Pour les autres,
Princes , Ducs , Pairs , Maréchaux de
France , & Seigneurs de la Cour , par
confidération on leur céde le haut du pa
vé. Et pour éviter les difcuffions , & les
embarras , il convient que les Cochers,
tant d'une part que d'autre prennent tou
jours la droite.
Conduite
d'un
Cocher prudent à la
rencontre d'un autre Caroffe.
Un Cocher prudent & fage ne prend
jamais le haut du pavé , fur un Caroffe in
férieur au fien , par la qualité de fon Maî
tre. Mais il y en a qui s'entêtent mal- à
propos des honneurs qu'on rend à ceux
qu'ils fervent. Ils croyent devoir fe faire
diftinguer, parce que leurs Maîtres font
élévés au-deffus des autres ; cela ne fert
qu'à les faire méprifer. Aujourd'hui ap
partenans à des Seigneurs , de main à des
Bourgeois , fouvent ils font fort heureux
au fortir de ces places , qu'ils perdent par
leur inconduite , d'en trouver une chez
un Loueur de caroffe.
110
LE PARFAIT
Précautions qu'un Cocher doit avoir
avant que de fe mettre en
Campagne.
Il faut qu'un Cocher en voyage ait fa
ferriére bien garnie d'un petit marteau , &
de quelques clous de fer , ce qui lui fert
squ'il y ait quelques clous à rémet
tre en chemin aux fers de fes chevaux ;
c'eft pourquoi il eft bon qu'il fache bro
cher un clou. Il faut auffi qu'il fe précau
tionne d'un fer brifé , qui fert à conſerver
le pied d'un cheval , qui fe déferreroit en
chemin , & dont le fer feroit perdu . Il
doit auffi mettre dans fa ferriére un gros
marteau & de gros clous pour les roues ,
en cas qu'il en foit befoin , auffi-bien que
des cordages , & des tenailles , pour ré
médier à ce qui pourroit manquer au har
nois & au refte de l'équipage. Il doit fur
tout fe munir d'une bonne enrayeure pour
les defcentes.
Maniére de méner en Campagne.
Tout le foin d'un Cocher en Campagne
doit être de ménager fes chevaux , pour
qu'ils puiffent aifément fournir la route
fans être fatigués . Le Maître de l'équipa
COCHER .
i
G
ར
III
ge ordonne ordinairement la dînée & la
couchée , & c'eft au Cocher à l'y condui
re fagement. Pour cet effet il doit aller
tantôt le trot >, mais un trot moins foute
nu que dans les Villes , & tantôt le pas
plus ou moins fréquemment , felon que
fes chevaux font plus ou moins en ha
leine.
C'eft en voyage & en beau chemin
qu'il faut laiffer les guides un peu flotan
tes , puifqu'on n'a rien alors à demander à
fes chevaux , finon d'aller droit devant
eux mais dans les mauvais chemins il
faut foutenir les chevaux , de peur qu'ils
ne s'abattent ; d'ailleurs cela les foulage
en Campagne comme à Paris. Il faut aller
doucement , & fçavoir cartayer à pro
pos , c'est-à-dire mettre le timon fur l'or
niére , afin que les chevaux marchent des
deux côtés.
Quand le chemin eft pavé , & qu'on
trouve un ruiffeau de pavé un peu pro
fond , un bon Cocher le paffe de biais 9
prémierément pour que la fécouffe ſoit
moindre au caroffe , & fecondément pour
que l'effieu en fouffre moins : car les deux
roües arrivant au fond du ruiffeau en mê
me tems , & rémontant fur le champ ,
donnent une fécouffe à l'effieu , qui pour
oit le faire caffer , furtout quand on va le
trot.
112
LE PARFAIT
Attelage à fix chevaux , façon de les
faire tirer.
Six chevaux attelés enſemble ne doi
vent tous tirer que dans un bourbier , en
montant & lorfqu'on va le pas. Le che
val du Poftillon ne doit tirer qu'à demi
trait , c'eſt-à- dire , la moitié autant que
les autres , parce qu'il porte fon homme :
mais dans un beau chemin il fuffit que le
cheval du Poftillon porte ſes traits. Les
cinq autres doivent travailler également
& enſemble , fans fouffrir qu'il y en ait
qui lâchent pied , & faffent les pareffeux.
Avantage d'avoir unfeptième cheval
pour fuppléer en cas de befoin.
Lorfqu'on fe met en route avec un ca
roffe à fix chevaux , c'eft une précaution
fort bonne d'en avoir un feptiéme , en cas
qu'un des fix vienne à manquer , ou à être
boiteux , ce qui obligeroit à n'aller qu'à
cinq. Un Cocher doit foir & matin , & à
la dînée vifiter les pieds de fes chevaux ,
jetter les yeux furtout fon équipage , &
graiffer les rou es tous les jours ,s'il eft pof,
fible.
¿
Să
<
COCHE K.
113
Ce qui arrive quand les chevaux ne
tirent pas également.
Si de fix chevaux , qui font au caroffe ,
le Porteur ne tire pas , refte cinq ; fi un
des cinq ne travaille pas refte quatre. Si
un des quatre lâche encore pied , il ne s'en
trouve que trois , qui mènent tout l'é
quipage.Voilà ce qui caufe bien fouvent la
perte des chevaux. L'excès du travail 9
qu'on leur fait faire , ou qu'ils font d'eux
mêmes, les épuife ; ils en crévent , du
moins ils deviennent gras fondus , cour
battus , morfondus , ou fourbus ; en
fuite ils ont la morve , le farcin , ou
la galle , maux qui proviennent de l'ex
cès du travail qu'on fait faire aux chevaux,
ou qu'on leur laiffe faire.
Précaution qu'un Cocher doit avoir
pour faire tirer tous les chevaux
enfemble.
Un Cocher qui a de l'expérience , tant
pour fa confervation , que pour celle de
fes chevaux prévoit à tous les accidens ,
qui peuvent arriver , en les faifant tirer'
également , & enſemble. Il ne leur fait
jamais rien faire au-deffus de leur portée; il
ne leur permet pas de prendre d'eux- mêmes
tant de vivacité qu'ils voudroient ; il-a la
K
I. Partie.
1
114
LE PARFAIT
précaution de mettre deux chevaux vifs
enfemble devant à la volée , & des che
vaux pefans , & pareffeux enfemble. En
fin pour les obliger de travailler tous en
femble , il les fçait affortir. De cette éga
lité depend leur durée.
Les chevaux d'un même attelage doi
vent être égaux.
Les chevaux d'un même attelage doivent
être égaux autant qu'onle peut de la même
taille , de la même hauteur,de la même épaif
eur,& du même poil. Les chevaux inégaux
au trot font toujours un très-mauvais effet.
Il faut qu'il y en ait un, qui aille au grand
pas , ou au petit galop , pour fournir fon
camarade , ce qui le fatigue beaucoup , &
même le créve. Des chevaux mal- appa.
reillés caufent un grand dommage au
Maître . Ainfi l'on doit, autant qu'on peut,
les égaler , tant pour la nourriture , que
pour l'attelage.
Un Cocher, pour appareiller un attela
ge de huit , de fix , ou de quatre chevaux ,
doit mettre les plus forts , les plus péfans
& les plus pareffeux derriére, au timon ,
les plus jeunes , & les plus légers à la vo
lée.Le plus fort des deux de la volée doit
être hors la main derriére le Porteur, pour
COCHE R.
IIS
tenir la volée droite prefque toute feule ,
parce que le Porteur ne travaille prefque
point. Si dans un attelage de fix ou de
huit chevaux on en a trois de pareffeux . Il
faut en mettre deux derriére les plus forts,
& l'autre fous la main du Poftillon. Si on
n'en a que deux , on les met au timon
& les deux plus legers à la volée. On choi
fit pour porteur un cheval rélévé du de
)1
vant , qui trote légèrement , qui ne ſoit
pas chargé d'épaules , ni d'encoulure , qui
1
porte bien fa tête , & qui ait les jambes
déchargées.
Défavantage
pour
les
Maîtres ;
& embarras pour les Cochers d'a
voir des chevaux inégaux à con
duire.
Les Maîtres ne peuvent être bien fer
vis ,fi à leurs équipages à deux , à quatre,
à fix & à huit , ils n'ont des chevaux de
même force , de même trot , & de même
bouche. Un Cocher , quelque habile qu'il
foit ne peut bien méner avec des chevaux
inégaux. S'il y en a un plus fort,il faudra à
tousmomens exciter l'un ,&rétenir l'autre ;
ce qui n'eft pas poffible , & un pareil at
telage ne peut fubfifter long-tems. Le
cheval fort fera perir le cheval foible , qui
Kij
116
LE PARFAIT
voudra s'efforcer de l'égaler , & le cheval
pareffeux ruinera le cheval vigoureux ,qui
fera prefque tout l'ouvrage.
Cependant un Cocher entendu , qui
fçait brider des chevaux vigoureux & pa
reffeux , c'eſt à-dire, qui les fçait embou
cher , en pourra tirer du fervice. Il y a des
chevaux violens , qui demandent beau
coup de douceur & de prudence. Il les faut
atteller au caroffe , un peu plus loin que
leurs camarades , afin qu'ils ayent l'avan
tage fur eux. Il y a de certains chevaux
qu'on nomme pareffeux fans l'être. Ils ont
les épaules tendres , le haut de la four
chette de la poitrine élévé & pointu . Le
poitrail venant à porter deffus, cette poin
te de fourchette de la poitrine les bleffe
confidérablement à l'épaule , n'ayant pour
la plûpart , qu'une fimple peau par deffus,
quoique fort gras du refte du corps . Pour
donner à ces fortes de chevaux la facilité
d'appuyer , & de tirer hardiment , il faut
les mettre courts attelés au caroffe , &
leur tenir le poitrail très élévé , pourvû
que cela n'empêche pas la refpiration.
Si un cheval tire plus fort que fon ca+
marade , on le gourme plus court , & on
met en liberté celui qui ne preffe pas tant.
Un bon cheval tire & s'appuye fur fon
mois , quand il fent que le fardeau qu'il
COCHE R.
117
trafne , eft péſant , & il tire avec moins
d'effort , quand le fardeau eft léger. Un
cheval plus fort que l'autre eft d'ordinaire
plus péfant à la main , & plus roide en
bouche. Avec de pareils chevaux un Co
cher a de la peine à méner un train réglé ,
s'il ne fçait les brider. Un cheval foible
avec un cheval fort fouffre beaucoup ,
tant en routeque dans l'écurie , s'ils man
gent enſemble ; car celu-ci mangeant len
tement fon foin , & fon avoine , fon ca
marade lui fera tort.
Chaleurs contraires aux chevaux gras.
Les chaleurs font contraires aux che
vaux gras ; quand on eft obligé de s'en
fervir pour de longs voyages , il ne faut
pas trop les preffer.Si la füeur traverſe leur
poil on doit aller doucement environ
quarante ou cinquante pas ; fi le chemin
dure plus d'un quart- de-lieuë , on les fait
réprendre haleine, & dansles fables on ne va
que le pas. En hyver dans les tems de gé
lée ; il ne faut jamais arréter les chevaux
gras furtout plus d'un quard'heure à moins
qu'ils ne foient couverts ; finon ils font
en danger d'être morfondus ; maladie qui
leur fait venir la morve , & la morve les
fait mourir..
118
LE PARFAIT
Maniére de monter les montagnes &
de les defcendre.
Aux approches des montagnes un ha
bile Cocher ne va que le pas . Si la monta
gne eft longue & droite , au milieu il fait
prendre haleine à fes chevaux , & quand
elle eft montée , il ne leur fait aller que le
pas pour leur rédonner des forces. Il a la
même précaution , quand il ſe trouve à
des defcentes ; & foit pour monter , foit
pour defcendre il ne fe fie jamais trop à
fes chevaux .
Tout le monde de la voiture doit ,fi faire:
fe peut , monter la montagne à pied : il en
eft de même à une defcente , où les che
vaux peineront beaucoup à rétenir la voi
ture.
On les foulage encore , en enrayant en
core une roue de derriére , ce qui l'em
pêche de tourner , & par conféquent rend
la voiture moins roulante.
C'eft leur donner la vie , que de les
faire réprendre haleine au milieu des gran
des chaleurs , quand ils font de longues
routes , & dans les chemins poudreux , &
fabloneux. Comme dans Paris , un embar
ras, quelque petit qu'il foit, leur fait grand:
bien ,› parce qu'ils fe répoſent , un défilé ,
37
CCCHE R.
119
Campagne
fait
leur
en
étroit
chemin
un
autant de plaifir .
Attention
des Cochers
à
ménager
leurs chevevaux fans défobéir aux
Maîtres , qui veulent aller grand
train.
Si malgré les rémontrances du Cocher
un Maître , dans le tems des grandes cha❤
leurs, veut toujours faire aller grand train,
c'eft la faute,fi les chevaux crévent. Cepen
dant un bon Cocher fans être défobéiffant,
peut avoir quelques égards pour ſes che
vaux, & leur épargner plus de fatigue qu'il
pourra. Mais aujourd'hui il fe trouve
peu de Cochers , qui fachent gouverner
des chevaux , ou qui veuillent s'en dong
ner la peine.
Manière
de faire boire les chevaux
,
dans les voyagesprécipités..
Il arrive dans les voyages précipités ,
qu'on n'a pas le tems d'attendre que les
chevaux foient réfoidis pour les faire boi
re, & que l'eau des puîts qu'on trouve eft
trop fraiche. Afin d'y rémedier , un Co
eher, dès en arrivant à l'Hôtelérie, où l'on
doit dîner , doit faire mettre un grand
¥20
LE PARFAIT
chaudron plein d'eau fur le feu , que l'on
fait chauffer au premier bouillon , & l'on
jette cette eau chaude dans l'eau de puît
qu'on aura tirée. Si une chaudronnée ne
fuffit pas , on en met une feconde , pour
que l'eau que l'on doit donner aux che
vaux un demi-quart- d'heure après leur
arrivée , foit prefque tiéde. Enfuite on
Les déharnache , on les frotte , & on les
excite à uriner.
Depuis le commencement d'Avril , juſ
qu'au commencent d'Octobre , l'eau de
puît eft trop fraiche pour la donner à
des chevaux échauffés. Elle n'eft bonne
que depuis la fin d'Octobre , juſqu'à la fin
de Mars. L'eau de riviére leur convient
dans les mois de chaleur, Pour celle des
petites riviéres elle eft froide en tous tems,
& caufe fouvent des tranchées aux che
vaux, qui en boivent.
Maniére de panfer des chevaux àla
dinée , quand on eft en route.
Il y a des méfures à garder fur la façon
de ménager les chevaux , de les nourrir
& de les faire travailler. On voit des che
vaux manger trop , d'autres manger trop
peu , quelques-uns manger beaucoup à
Paris , & dès qu'ils ont fait quinze ou
vingt
1
COCHER
vingt lieuës ne vouloir manger ni avoine
ni foin. Il s'en trouve auffi qui paroiffent
"
délicats , & qui en Campagne font d'un
appetit devorant.
Pour bien ménager des chevaux en
route , quand on eft arrivé à la dînée , il
faut , s'ils font en süeur , juſqu'à dégou
ter , les mettre au plus vîte dans l'écurie ,
les déharnacher , prendre le couteau de
chaleur pour les ratiffer par tout le corps,
& les frotter enfuite avec un bouchon de
paille neuve. On ne les débride qu'un
quart - d'heure , ou qu'une demi - heure
après. Quand ils le font , on leur donne à
deux un demi -boiffeau de forde fro
ment.
Avant que de les faire boire , on tâche
de leur faire manger un peu de foin , on
les méne enfuite à la riviére , ou bien on
leur donne de l'eau de puît , tirée dès le
matin , ou du moinsfitôt qu'on eft arrivé.
Le Cocher doit tremper fes mains dans
cette eau , pour voir fi elle n'eft point
trop fraiche. En ce cas on y jette trois ou
quatre poignées de foin > ou un demi
boiffeau de fon pour en corrompre la frai
cheur , & pour empêcher , qu'ils ne la
boivent trop âprement.
Quand ils ont bien bû , on leur donne
une demi-ordinaire d'avoine , de peur que
I. Partie.
I
122
LE PARFAIT
la trop grande quantité ne les dégoûte
S'ils mangent bien, on leur en donne à leur
appetit , & unpeu de foin , que le Cocher
doit choifir lui-même , car il ne fe doit pas
fier à des garçons d'écurie, quand il ne les
connoît pas. Quelques momens après on
leur donne le refte de l'ordinaire. Quand
ils l'ont mangée , on les laiffe en répos
jufqu'au départ.
Avantage d'arriver de bonne heure à
la couchée.
Quand on le peut on doit arriver de
bonne heure à la couchée , afin de faire
répofer les chevaux , & d'avoir tout le
tems de les panfer , comme à la dînée.
C'est le moyen de les conferver en rou
te , car une heure de répos la nuit fait
plus de bien que trois heures pendant le
jour. On ne doit pas oublier furtout de
vifiter les pieds des chevaux , pour en
ôter avec un couteau , ou un cure pied les
petites pierres & gravois , qui s'y rencon
treroient , & de remplir les dedans de cro
tin mouillé. S'il y a des chevaux , qui
ayent les pieds chauds & douloureux , on
doit les déferrer, pour voir fi le fer ne por
te point fur la fole , ce qui fe réconnoît,
שר
leur
Chet
Cas
COCHE R
T23
lorfqu'on voit quelque endroit dedans du
fer plus poli & plus luifant , que le refte ›
cet endroit liffé eft celui où le fer a porté.
Ondoit faire parer le pied vis-à -vis de cet
endroit , puis le fer étant rattaché , on
fait fondre dans le pied de la poix noire
ou du gaudron , afin de nourrir la fole
d'ôter la douleur , & de raffermir le pied.
Un Cocher " avant que de quitter fes
chevaux le foir , doit avoir attention de
1
les attacher de façon , qu'ils puiffent fe
coucher à leur aife , c'eft-à-dire , qu'il faut
laiffer à leurs longes affez de longueur 3
pour qu'ils puiffent avoir la tête à bas.
de
Maintenant il eft queſtion de fonger à
leur équipage, & d'enſeigner aux Appren
tifs- Cochers la maniére d'ôter les harnois
& d'en avoir foin.
'
Maniére d'ôter le Harnois
des che
vaux .
Soit en Ville , foit en Campagne
fitôt que le caroffe eft fous la rémiſe , le
Cocher doit déboucler la grande guide ,
& jetter le grand bout de travers fur le
dos du cheval de deffous- main. On le plie
de la longueur d'un pied & demi , afin que
quand les deux mors des branches de bri
de , & celles de dedans font jettées par
Lij
PARFIT
LE
124
deffus le col & la tête du cheval , on n'ait
plus qu'à les prendre , & à les plier par
la moitié , en les renverfant de travers fur
le cheval , les bouts pendans en dedans.
On prend le tout de la main gauche , ſça
voir , le petit bout de la grande guide ,
& le corps , & les deux branches , qu'on a
jettées deffus les couffinets. On met le
tout également de travers fur les couffi
nets du harnois au milieu d'une petite
courroye de cuir , nommée pour cet effet
trouffiére , & avec cette même couroye
on les lie , on y fait deux demis-noeuds
par-deffus , qui doivent être deux boucles,
ou deux oeillets . C'eſt pour uneplus gran
de facilité , car lorfqu'on met les chevaux.
au caroffe , on n'a qu'à tenir un des bouts
de cette courroye > & tout d'un coup on
trouffe la grande guide.
Maniére d'ôtér les traits.
Quand la grande guide eft débouclée ,
le Cocher doit défaire les traits du mê
me côté qu'il eft defcendu du fiége , ſoit
à droit foit à gauche , cela eft indifférent,
& c'eft felon la fituation de la rémiſe , ou la
propre commodité du Cocher. Il en peut
défaire jufqu'à trois. La meilleure ma
niére de defcendre de caroffe eft toujours
COCHER.
125
dehors-main.
Après les traits
de
côté
du
débouclés on vient à la branche de la petite
guide , que l'on débride de la branche du
e mors de bride ; En même- tems on dégour
me le cheval de dehors- main : enfuite on
déboucle les deux branches des deux mors
de bride de la grande & petite guide, qu'on
jette par-deffus le col & la tête des deux
chevaux , qu'on ôte du caroffe.
Maniére d'arranger la petite guide.
Quand on a jetté la branche de guide
du cheval de deffous- main , qui étoit
bouclée à la branche du mors de bride du
cheval de dehors-main , par-deffus la tê
te du cheval de deffous-main , & qu'on
2
jette par-deffus la tête du cheval de dehors
main , celle qui eft attachée à la branche
du mors de bride du cheval de deffous
main , on prend enfuite la petite guide 2
& les deux branches en une poignée , on
la tourne autour de la main gauche , on
en fait un noeud à oeillet , ce qui eft beau
coup plus propre , que d'en faire un fagot.
Maniere difaire les traits des Palon
niers & les chainettes du timon.
t
?
Après la petite guide défaite , on dé
L iij
*126
LE
PARFAIT
boucle quatre traits des palonniers , on
les met dans les porte-traits , qui font at
tachés aux courroyes des deux chevaux .
On donne improprement le nom des por
te-traits aux deux petits morceaux de cuir,
dans lefquels on met les traits . Leur vé
ritable nom eft trouffe-trait , & le porte
trait eft au-deffus attaché au grand an
neau du réculement.Il refte à ôter les chai
nettes du bout du timon , c'eft un mor
ceau de cuir attaché fous le couffinet ,
fendu par un bout , l'autre bout eft une
efpéce de bouton , qu'onpaffe dans l'an
neau de la chainette , & dans l'autre bout
du cuir, qui eft fendu en façon de bouton
niére.
Manière de fe fervir du couteau de
chaleur.
Quand les chevaux font déharnachés ,
& qu'ils font rentrés tous en süeur. On fe
fert du couteau de chaleur , qui n'eft au
tre chofe qu'un morceau de vieille faux ,
on le tient à deux mains bien ferme, & on
en ratiffe le chaval par-tout le corps , en
paffant plufieurs fois par le même endroit.
Il faut avoir l'attention d'effuyer de tems
en tems le couteau de chaleur. Lorsqu'on
a ceffé de s'en fervir , on prend l'épouffe
1
1
COCHER.
127
te , & chaque fois on doit effuyer le che
val à couche-poil , en commençant par la
tête & finiflant par la queue , & entre les
jambes de devant " & de derriére. Puis
prenant une poignée de paille dans chaque
main , on frotte bien par- tout le corps , &
particuliérement fous le ventre, jufqu'à ce
que le cheval foit fec, ou du moins fi on ne
peut pas le fecher totalement avec la pail
le , on lui met fa couverture, & on le laiffe
ainfi jufqu'à ce qu'il foit fec , puis on le
panfe à fond.
Ce qu'ilfautfaire après qu'on a paſſé
le couteau de chaleur.
Après qu'on a paffé le couteau de cha→
feur , le Cocher doit les faire approcher
de l'endroit deftiné à leur laver les jam
bes , mais auparavant il doit prendre gar
de , s'il n'ont pas trop chaud g faire at
tention à la ſaiſon , & connoître la quali
té de l'eau , dont il fe fert. Si c'eft en hy
ver celle de riviére ne vaut rien , mais
l'eau de puît eft bonne pour leur laver'
les jambes , & les faire boire. Si les che
vaux font en sueur , il ne faut ni leur la
ver les jambes , ni les faire boire , on les
laiffe répofer un quart-d'heure avant que
de leur faire l'un & l'autre.
Liiij
728
LF
PARFAIT
Gouvernement des chevaux de Caroffe
après une courfe.
Les chevaux de caroffe ne font com
munément guéres dérangés des heures du
panfement , & des répas dans les Villes.
Je dirai feulement à l'égard de la nour
riture , que ceux qui font la plus grande
partie du jour à travailler , doivent avoir
la paille pendant le jour , & le foin
pendant la nuit. D'ailleurs l'effentiel des
foins qu'on doit apporter aux chevaux de
caroffe eft celui des jambes:cette partie du
corps étant la plus fatiguée d'être toujours.
fur le pavé , & d'être le plus fouvent falie:
d'une boue âcre & falée , qui corrodant
le cuir , l'altére , & y faifant créver les
vaiffeaux limphatiques , caufe tous ces
maux de jambes & de pieds, comme eaux
poireaux , fics , &c. C'eft pourquoi on
doit avoir une extrême attention à leur
bien nétoyer les jambes , quand ils revien
nent da la Ville , afin d'ôter exactement la
boue , qui fe foure dans le poil du pâtu
ron , & dans le fanon , qui eft communé
ment beaucoup plus garni à ces fortes de
chevaux , qu'aux autres .
La plupart des Cochers mouillent le
balet de jonc , & le paffent plufieurs fois
3
COCHE R.
129
fur les jambes du fens du poil , ce qui ne
nétoye que la fuperficie, & laiſſe la boue à
la racine. Au lieu de cette méthode, qui eft
très- mauvaiſe , il faut prendre une éponge
mouillée d'une main , & de l'autre une
petite broffe longue ; on place l'éponge
au genoüil & au jaret , & à méfure qu'on
preffe l'éponge , on broffe bien les jam
bes en tout fens , & long-tems , jufqu'à
ce que l'eau tombe à terre toute claire ; &
quand même on auroit méné laver les
chevaux à la riviére , il eft bon , s'il y a
loin pour le rétour , de laver encore les
jambes après en être revenû , pour ôter la
boue , qu'ils auront pû prendre de la ri
viére à la maiſon.
Soin des
Chevaux gras
après une
course.
Il
a des chevaux de caroffe fort gras,
qui dans les grandes chaleurs de l'Eté ,
quoiqu'on les ait ménés très- doucement →
battent du flanc à toute outrance , quel
quefois pendant une heure après être en
trés à l'écurie , pour s'être mis hors
d'haleine , ou par ardeur , ou par foibleſ
fe. Il faut les promener pendant une de
mie-heure au petit pas , après quoi on les
débride , on leur donne du fon mouillé ,
LE PARFAIT
130
puis on leur fait une bonne litière ; ils fe
ront très-foulagés , auffi-tôt qu'ils au
ront uriné , & il neleur arrivera aucun
mal.
Soins des Chevaux de Caroffe , outrés
de travail après une longue courſe.
Quand on a outré des chevaux de caroſſe
par une longue courſe,il eft néceſſaire pour
éviter la fourbure , ou même qu'ils n'en
meurent , de commencer par bien leur ab
battre la sueur avec le couteau de chaleur,
en même tems de leur bien laver les jam
bes,puis les bien frotter & bouchonnerpar
tout le corps, enfuite les promener environ
une demie-heure,pour leur laifferréprendre
doucement haleine : après on leur fera ava
lerune bonne pinte de vin rouge tiéde avec
deux mufcades rapées , puis jettant deux
poignées de fel dans deux pintes de vinai
gre,on frottera bien les jambes à froid avec
cette compofition : de plus on leur fondra
dans les pieds , ( ce qui eft effentiel pour
empêcher la fourbure , ) de l'huile de lau
rier toute boüillante , ou à fon défaut de
l'huile de noix , ou de navette , & par
deffus des cendres chaudes , de la filaffe &
des écliffes : on rémet le cheval à l'écurie,
on le couvre bien , & on lui fait une bon
at
Cut
3
GO CHE R.
131
ne litière : une heure après on lui donne
un lavement , & une demie - heure après
on le bride, & on lui donne du fon moüil
lé. On doit avoir foin de tenir les embou
chures bien nétes , de peur de dégoûter les
chevaux , ce qui arrive lorſqu'on leur met
un mors , où l'écume a croupi.
Autre manière defoigner des Chevaux
quand ils font fatigués.
Si des Chevaux de Caroffe ne font pas
crottés , quand ils font fatigués , pour
leur laver les jambes , on peut fe fer
vir du balet de jonc , ou de bouleau :
il ne faut pas qu'il touche à terre , de peur
de falir les jambes des chevaux. Quand
les quatre jambes font lavées , & que la
crotte , qui s'y attache eft inbibée , on
commence par la premiere moüillée. La
meilleure maniére de laver la jambe du
cheval 1 eft de fe fervir d'un vieux balai
ou d'un trognon de bouleau , on les lave
mieux qu'avec un balet de jonc . Quand les
chevaux ont fait une longue traite , fur
tout fur le pavé, on prend un verre d'eau
de-vie , autant de vinaigre , & une chopi
ne d'urine , on mêle le tout enſemble , on
en lave les jambes des chevaux , depuis le
pliantjufqu'au boulet le long du nerf. On
le frotte à rébruffe-poil avec la main , &
132
LE
PARFAIT
feulement aux jambes de devant. Plus on
y met d'eau-de- vie , plus la fomentation
fait fon effet. On y ajoûte plein la coque
d'un oeufde fel en poudre, On le fait fon
dre dans de l'eau - de-vie. On ne doit pas
le faire chauffer , car l'efprit de l'eau- de
vie s'évapore au feu. Cette fomentation
conſerve les jambes des chevaux , mais on
ne la fait que lorqu'on veut s'en fervir.
I
Après que les chevaux ont été lavés ,
on régarde s'ils ne manquent de rien fous
les pieds, comme je l'ai dit ailleurs. On les
fait enfuite entrer dans l'écurie , & l'on
prend plein les deux mains de la litiérepour
leur effuyer l'eau des jambes , furtout en
hyver. Quand tout eft fait , on leur donne
l'avoine , & une botte de foin ſelon la
coûtume ordinaire.
1
Confervation des pieds .
La meilleure de toutes les manie
res , d'entretenir les pieds de devant
bons ,felon ce que j'ai appris de plufieurs
habiles Cochers , & ce que j'ai lu dans le
nouveau Parfait-Maréchal , eft de pouffer
'du crotin à l'endroit où le cheval doit
avoir les pieds de devant. On arroſe ſur
le champ ce crotin , en jettant deffus avec
la main de l'eau du ſeau , afin que tant que
1
·
BS
RS.3
500
101
COCHE R.
133
cheval
fera en fa place , fes pieds pofent
le
fur ce crotin mouillé , ou bien avec une
palette de bois on emplit le pied de cro
tin mouillé.
Cette méthode eft fondée fur ce que les
pieds de derriére des chevaux ne font ja
mais mauvais , c'eft- à-dire , ni mal nour
ris , ni encaftelés , parce que leur fiante
fur laquelle ils font prefque toujours po
fés à l'écurie , les conferve en bonne con
fiftence. Il en doit donc être de même des
88
pieds de devant : s'ils font toujours ſur le
crotin mouillé; la fole fera humectée & la
corne deviendra liante , ce que ne fait pas
la fiante de vache , dont quelques- uns ſe
fervent. Elle tient à la vérité la fole en
bon état , mais elle altére & brûle la cor
ne. La terre de glaife , que les Marchands
furtout mettent dans les pieds , entretient
le pied en bon état , mais pour peu qu'on
ceffe d'en mettre , le pied fe défeche
promptement , fi on n'y met pas du cro
tin moüillé.
Si le haut du pied de devant a beſoin
d'être nourri , on prendra de l'onguent de
pied , qu'on étendra de la largeur d'un
doigt au-deffous de la couronne , en met
tant davantage vers les talons que vers la
pince cet onguent nourrit la corne , &
T'aide à pouffer. Quand on a graiflé le pied
LE PARFAIT
734
avec cet onguent , il ne faut point méner
le cheval à l'eau , car l'eau emporteroit
ou bien on ne le graiffe , que
l'onguent
quand il eft revenu de l'eau : quand tout
cela eft fait , on donne à chaque cheval
fon foin bien fécoüé.
Heure de faire boire les Chevaux.
A dix , ou à huit heures du matin en
Eté , on fait boire les chevaux , en pré
fentant à chacun un feau d'eau : ou bien
on les méne à l'abreuvoir à quelque gran
de riviére , ou à quelque étang : cela leur
fait du bien & les égaye. Si on les fait boi
re au feau . & que l'on trouve que l'eau
foit trop cruë , on en ôte la crudité , met
tant la main dedans , en y broüillant du
fon : il faut bien prendre garde que les
chevauxne boivent de l'eau cruë , c'est- à
dire de l'eau de fontaine , de petite rivié
re , ou de l'eau de puît , en fortant du
puît. Quand ils viennent de l'abreuvoir ,
on leur avale l'eau des quatre jambes avec
les deuxmains , & on leur effuye enfuite
avec de la paille. Si on ménoit les che
vaux boire à quelque eau minerale , ils
n'en voudroient pas boire d'abord , mais
cette eau leur eft très- faine , & ils s'y ac
Coûtumeroient par la fuite. Pour le foir
I
✓
COCHER.
35
on les fait boire fur les fix heures , de la
même maniére , que je viens de le dire.
t
Heure defaire manger l'Avoine.
J'ai déja dit , la quantité d'avoine qu'on
doit donner à un cheval de caroffe , par
chaque ordinaire. Le premier , fe donne:
le matin dès qu'on eft entré dans l'écurie →
&qu'on a nétoyé la mangeoire. Le fe
cond fe donne vers le midi , au tour de
l'abreuvoir , ou après qu'on a fait boire
les chevaux dans un feau. Le troifiéme ,
qui eft la derniére fois , fe donne à ſept
heure du foir.
Dans une écurie , où il y a plufieurs
attelages , & même des chevaux de felle ,
comme chez les Princes & Seigneurs ,
avant que de diftribuer les ordinaires d'a
voine , foit le matin , le midi , ou le foir ,
an Palfrénier , vient faire nét tout le long
de la mangoire , c'eft-à-dire , que pren
nant à fa main un bouchon de foin " " il
paffe par- deffous le col de chaque cheval ,
coulant fon bouchon tout le long de la
mangeoire , pour raffembler tous les brins
de paille & de foin , qui y font reftés &
les jetter , afin que la mangeoirefoit néte,
pour recevoir l'avoine.
Pendant ce tems , le Délivreur , qui a
LE PARFAIT
136
la clef du coffre , après l'avoir ouvert ;
prend la méfure , qui eft un petit pa
nier , ou un petit ſeau , il puiſe dans l'a
voine , & remplit ainfi fa méſure. Alors
elle eft comble . Si on ne veut donner que
méfure raſe , il paffe fa main à plat , raſant
les bords de la méfure , & par ce moyen il
rejette dans le coffre le trop plein.
Le Palfrénier , en arrivant au coffre jet
te fon épouffete de toile fous l'aiſelle droi
te , de façon , qu'une moitié fort par- def
fus fon bras ,& l'autre par- devant. Il étend
avec ces deux mains, cette moitié d'épouf
fete. Le Délivreur y verſe une méſure
d'avoine , que le Palfrénier envéloppe ,
& met fous fon bras , rétournant fon
épouffete , de façon , qu'il réçoit une au
tre méfure , rapportant en devant la moi
tié de l'épouffete , qui étoit derriére fon
bras
alors il va faire vaner , ou il vane
lui- même fon avoine , en jettant chaque
méfure , l'une après l'autre dans la vanet
te , & les réprennant avec la même man
oeuvre ; puis paffant entre deux chevaux
il laiſſe tomber à droite & à gauche fes
deux méfures d'avoine : on continuë ainfi,
jufqu'à ce que tous les chevaux ayent l'a
voine. Le Maître Palfrénier , s'il y en a
un , ou le Cocher , qui fera préſent , doit
Le trouver toujours derriére les deux che
vaux
1
COCHER.
137
vaux , qui fuivent ceux qui viennent d'a
voir l'avoine , afin de guider le Palfrénier,
qui fait la diftribution.
Quand l'avoine eſt donnée , les Palfré
niers , & garçons d'écurie doivent fe ré
tirer , & laiffer manger tranquillement les
chevaux ; fans aller & venir dans l'écurie,
afin qu'ils ne foient inquiétés de rien , &
de peur que tournant la tête , à cauſe du
bruit qu'ils entendroient , ils ne laiffaffent
tomber une partie de leur avoine. Lorſque
l'avoine eft mangée , on va voir s'il n'y
en a point quelqu'un , qui ait laiffé partie ,
ou le tout de fon avoine. A celui- là , on
Jui ôtera ce qui lui en refte, & on le mettra
au maftigadour , pour lui rédonner appe
tit , en cas qu'on ne lui découvre d'autre
mal , que du dégoût : fi ce dégoût , pour
l'avoine continue , on doit paffer un ou
deux ordinaires fans lui en donner.
こうし
Nourritures accidentelles des Chevaux
lub de caroffe & autres.
J'ai déja dit , que l'avoine eft la nour
riture ordinaire des chevaux , & celle qui
convient mieux à ceux qui travaillent ,
·
L c'eft pourquoi on dit , cheval d'avoine ,
cheval depeine. La paille eft auffi une nour
şiture très-bonne , ainfi que le foin , que
L. Parties
M
4
T
138
I
LE PARFA
cependant l'on doit donner avec précau
tion. Il y a d'autres nourritures acciden
telles , féches qui font le fon , l'orge , le
froment,le fénugrec,féveroles ou haricots,
les coffas de poids gris , les lentilles, l'her
be & le fruit , le ſain-foin ſec, ( j'en ai dé
ja parlé , ) la luzerne féche , la lande ou le
jonc marin , & la paille hachée. Je vais
dire quelque
nourritures.
chofe de ces différentes
Du fon.
Le fon eft proprement la nourriture des
chevaux malades , c'eft de tous les ali
mens des chevaux le plus rafraichiffant ,
& le plus aifé à digérer. C'eft pourquoi il
eft le plus en ufage après l'avoine. Plus un
cheval eſt échauffé , plus il lui faut con
tinuer l'ufage du fon.
Un cheval qu'on met au fon , ne peut
guéres travailler tout le tems qu'il en
mange; c'eft pour lui une efpéce de dié:te,
qui diminue les forces pour le travail >
mais en même tems * elle lui réfraichit le
fang & le rétablit : ainfi quand les chevaux font fort maigres , il eft bon , outre
leur ordinaire d'avoine , de leur donner,
avant de fe coucher deux picotins de fon
mouillé.
1
11
COCHER.
'139
De l'Orge.
L'Orge en grain , concaffé , à demi
broyé , ou la farine d'orge font rafraichif
fans , & de plus très-nourriffant ; elles
font bien avec l'avoine , pendant quel
que tems aux chevaux échauffés & mai
gres. Il y a l'orge encore , mais j'en par
lerai plus bas.
Du Fenugrec & de la paille hachée.
Le Fénugrec eft un grain émolliant &
nourriffant :. ainfi mêlé avec l'avoine , il
fait un très-bon effet pour rafraichir &
rédonner du corps à un cheval échauffé.
La Paille hachée & mêlée avec l'avoine,
eft une très bonne nourriture , moins
échauffante que l'avoine pure, & qui con
vient principalement mieux aux chevaux
alterés du flanc , en mouillant le tout : la
doze de paille hachée eft deux jointées de
cette paille contre une d'avoine.
IVA
Du Froment.
Le Froment eft un grain exceffivément
chaud pour les chevaux , ainfi il n'en faut
guéres faire ufage , car il leur met le feu
Mije
LE PARFAIT
140
au corps , & leur cauſe la fourbure & le
farcin : il fe trouve cependant des cas où
on en peut uſer modérement : par exem
ple une jointée de froment tous les ma
tins , pendant quelques jours , avec un peu
de paille , & beaucoup de foin , avant que
de faire boire , rédonne du corps à un
cheval étroit de boyaux : mais ce n'eft pas
par où péchent ordinairement les chevaux
de caroffe. La paille de froment , dans la
quelle eft refté beaucoup de grain , peut
être donnée au lieu de paille & d'avoine
aux chevaux , pourvû qu'ils ne ceffent
point de travailler..
Des Féveroles , Luzerne , Coffas de
pois, Lentilles & Lande.
Les Féveroles , ou Haricots de ma
rais , n'échauffent pas tant quele froment,
mais elles font encore très- chaudes , on:
les donne par jointées , & avec modéra
tion , & il faut faire travailler journelle
ment le cheval,
La Luzerne échauffe & engraiffe les
chevaux. On donne les Coffas de pois
gris , & les Lentilles avec le grain , &
Therbe féche : tout cela doit être donné
en moindre quantité, que le foin, & il faut
faire travailler les chevaux qui en man
COCHER :
147
gent , car ces nourritures fucculentes ne
feroient qu'accumuler des humeurs, fau
te de diffipation : on en donne auffi pour
rédonner du corps aux chevaux , mais auf
C
fi-tôt qu'ils ont répris corps , il faut les
rémettre à la nourriture ordinaire , qui eft
avoine , paille & foin.
Dans les terrains maigres , on cultive
e
3
3
1
une efpéce de génet , dont toutes les
feuilles piquent , comme celle du genié
vre , qui fe nomme de la Lande , de l'A
jonc , du Jonc marain , on le donne aux
chevaux en vert , ou en fec , après en
avoir amortis les pointes avec des pilons :
cette nourriture eft affez bonne ; mais on
n'en fait point d'uſage pour les chevaux de
caroffe.
Du verr.
Les nourritures, qu'on donne en vert aux
hevaux , font deftinées à les rafraichir ,
en leur lâchant le ventre , & à leur don
ner par ce moyen du corps. Le vert s'em
ploye aux jeunes chevaux , & à ceux , qui
font extrêmément échauffés de fatigue, ou
autrement..Ce Vert s'entend des espéces
d'herbes que les chevaux mangent dans
Fécurie , & d'eft ce qui s'appelle mettre
les chevaux au vert : car quand on les lâ
Miii
142
LE PARFAIT
che dans les herbages , on dit qu'on les
met à l'herbe , & non au vert.
L'Herbe & le Vert font bons à bien des
maladies ; mais cette nourriture eft perni
cieuſe aux chevaux pouffifs , morveux ,
& farcineux. Quand on met les chevaux
au vert , ce qui arrive toujours au Prin
tems. L'ufage eft de ne les point panfer
du tout , & de leur laiffer leur litiére , fans
l'ôter de deffous eux , de façon qu'ils cou
chent dans la fange : on prétend que le
vert leur profite mieux de cette façon. Ce
n'eft pas le fentiment du nouveau Parfait
Maréchal , qui penſe qu'il faut toujours
tenir les chevaux propres , fans les trop
tourmenter .
Avant de donner le vert aux chevaux ,
on commence à les faire faigner , puis le
fur lendemain , on lès met au vert. On
coupe le vert à l'heure que la rofée eft def
fus : il lâche mieux le ventre aux
chevaux , puison le donne par poignée
pendant toute la journée , tant qu'il en
veulent manger , car fi on leur en jettoit
une grande quantité devant eux , ils fou
fleroient deffus , & s'en dégoûteroient ; ce
qui n'arrive pas quand on leur donne pe
tit à petit , & on ne dépenſe pas tant
d'herbe .
Quand le cheval eft maigre , on lui doit
COCHER
143
donner du fon deux fois par jour , fi non
une fois fuffit : & toutes les fois qu'on lui
en donne , on doit le moüiller , & y met
tre deux onces defoye d'Antimoine. Cet
te précaution empêche que le vert n'aga
ce les dents , tue les vers à méfure que·
cette nourriture les forme , & garantit de
La fourbure , qui quelquefois prend dans
ce tems-là , mais qui n'eft pas dangereuſe ,
& qu'une faignée , & un rémede pour la
fourbure , guérit , fans difcontinuer le
vert. Quand des chevaux font au vert, ils
doivent être chaudement.
De l'Orge en vert.
4
L'Orge en vert eft le meilleur vert , &
le plus en réputation pour les chevaux. Il
y en ade deux fortes , celui qu'on appelle
Efcourgeon , & l'autre fimplement Orge.
Ces deux Orges fe donnent , quand
elles font en foureau , c'eft-à- dire , quand
Pépy eft prêt à fortir du tuyau. On féme
PEfcourgeon en Hyver , & il n'eft bon
qu'à la fin d'Avril. L'Orge commune fe
féme en Mars , & eft propre à donner à la
fin de Mai. L'Efcourgeon engraiffe plû
tôt , mais L'Orge purge mieux . On féme
ces Orges , de façon qu'on en ait toujours
au point de maturité , pendant tout le
LE PARFAIT
144
tems qu'on en donne , qui eft ordinaire
ment un mois , ou fix femaines. On doit
les fémer très- épais. A chaque fois qu'on
donne l'orge , il faut toujours la moüiller.
De toutes ces différentes nourritures ac
cidenteles , on ne ſe ſert guéres pour les
chevaux de caroffe , que du fon , de l'Or
ge en vert, du Sainfoin , du grand Tréfle J
en le coupant en pleinefleur , & de l'her
be des prés , dans le tems qu'elle eft verte
& tendre, & cela quand ils font malades ,
ou qu'on les a fait trop travailler.
De la Boiffon des Chevaux de Caroffe:
La feule Boiffon des chevux de caroffe ,
& autres eft l'eau. L'eau blanche ſe
donne dans de certains cas
on fait auffi
avaler quelquefois du vin.
Toutes efpéces d'eaux ne fe donnent
pas indifféremment aux chevaux , car il
y en a , qui leur font très-préjudiciables,
& qui leur caufent des tranchées très- dan
gereufes. Toutes les eaux vives & crües
leur font contraires , comme l'eau de fon
tainede puî mais l'eau des grandes riviéres
d'étangs , de foffés , &c. en un mot l'eau
féjournée, & même épaiffe leur eft bon
ne. Quand on eft obligé de donner de l'eau
de puit, on la tire bien avant de donner 29
&
I
JON
Lot
DIRE
0
COCHER:
145
on lui laiffe prendre l'air dans des pier
res , ou autres vaiffeaux , afin de lui ôter
la crudité : fi on eft preffé on y met du
fon , ou du moins on met la main dans le
feau , & on l'y tient quelque minutes. Cet
te façon en diminue un peu la mauvaiſe
qualité.
L'eau de la Riviére d'Effone, fur le che
min de Fontainebleau eft pérnicieuſe aux
chevaux , il faut abfolument y ajoûter du
fon. L'eau blanche , qui n'eft autre chofe
que du fon mêlé dans de l'eau , eft la boif
fon des chevaux malades.
Le vin s'employe pour fortifier & don
ner du coeur aux chevaux de felle , quand
on veut les méner plus loin que de cou
tume ; furtout dans les chaleurs , on leur
en foufle dans la bouche , ou leur en fait
avaler une chopine avec la corne , quand
ils ne veulent pas le boire d'eux- mêmes
Situation des Rémiſes .
Un Cocher doit faire attention que les
Rémifes humides amolliffent les cuirs , &
terniffent les clouds. Les bonnes Remifes
ont le Soleil-levant en face > au moins
3
jufqu'à deux heures après midi. Les ca
roffes s'y confervent , pour peu qu'ils
foient entretenus. C'eft l'avantage du Maî
are , & l'honneur du Cocher.
N
I. Partie.
146
LE
PARFAIT
Soin qu'un Cocher doit avoir de la bri
de de fes Chevaux.
Après qu'un Cocher a panfé fes chevaux,
examiné leurs pieds , & ôté les harnois
de la maniére qu'on l'a dit , il doit ſon
ger à bien laver les mors de bride , pour
en ôter toute l'écume , & les rendre bien
nets , afin que les chevaux le lendemain
n'ayent point dans la bouche cette écume
croupie , ce qui feroit capable de les dé
goûter. Pour cet effet on plonge à plufieurs
répriſes ces mors dans un feau d'eau clai
re, puis on les pend pour qu'ils féchent. Il
doit auffi confidérer fi les porte mors font
en bon état , & fi on s'aperçoit qu'une
gourmette ait écorché un cheval, on n'ou
blie pas de la garnir de cuir gras , ou
feutre , dont un Cocher doit faire provi
fion , pour s'en fervir en cas de befoin.
Ce qu'un Cocher doit faire à des Che
vaux écorchés par les harnois.
Si un Cocher en panfant fes chevaux
s'apperçoit que les harnois en frottant
continuellement , ou contre le poitrail ,
ou ailleurs y .ont fait des écorchures , ou
enlévures , ce qui arrive principalement
COCHER.
br
va
RM
OF
On
147
dans les tems de pluye , il doit fe fervir
d'eau-de-vie , fuif de chandelle & urine ,
Les chevaux de brancard des chaiſes de
pofte s'écorchent quelquefois au poitrail ,
pour prévenir les écorchures , fur-tout à
ceux qui ont le cuir fin , on doit ſe ſervir
d'un faux poitrail , dont on voit la figure
à la planche XV. Fig. 4. du nouveau Par
fait-Maréchal. Ce faux poitrail eft de cuir
noir mince , & c'eft un petit couffinet , au
quel font attachées , & bouclées deux bar
res , fçavoir , une de chaque côté ; il eft
coufu lui-même à une efpéce de barre de
bricole , ou furfaix , les barrés foutien
nent le faux poitrail en fa place ; le furfaix
eft féparé en deux , & fe boucle à deux
boucles ; l'effet du faux poitrail eft d'être
immobile en fa place , pendant que le vrai
poitrail du harnois , qu'on mettra par - def
fus frotte fur le faux poitrail , & non fur
la peau de l'animal .
Du rétour des voyages.
Si le voyage a été long , & que les
chevaux ayent beaucoup fatigué , ils ſe
ront fûrement échauffés au rétour , &
auront les jambes & les pieds laffés : c'eſt
pourquoi afin de les rémettre de leurs fa
tigues , & de rétablir toutes ces parties.
Nij
148
LE
PARFATT
Le Cocher doit auffi-tôt qu'il eft arrivé ;
leur faire ôter deux clous de chaque talon
des quatre pieds; cela leur mettra les pieds
à l'aife , & d'ailleurs comme les pieds en
fent quelquefois après un long voyage ,
fi on n'ôtoit pas ces clous , le fer pour
lors gêneroit trop ces pieds enflés. Il ſera
bon auffi de remplir les pieds de fiante de
vache pour ramolir la fole qui pourroit
être défechée ; il ne faudra point alors
déferrer les chevaux,ni leur parer les pieds
de peur d'attirer la fluxion , mais on leur
graiffera avec de l'onguent de pied , &
quand ils feront délaffés , on leur parera
les pieds , puis on les referrera.
A l'égard des jambes , s'ils les ont fati
guées , on les frottera plufieurs fois avec
de l'eau-de-vie camphrée , ou avec une
lefcive de cendres de farment , ou d'autres
cendres , excepté celles de bois blanc &
de bois flottés, jettées toutes rouges dans
de l'eau bouillante , qu'on laiffera réduire
de cette eau chaude on frotte
au tiers
toutes les parties fatiguées , on charge
enfuite avec les cendres mêmes , & on
continuëjufqu'à ce qu'on voie les jambes ,
&les épaules fouples; ou bien fi on les fait
faigner peu de tems après être arrivés , on
leur fait tout de fuite une charge de leur
fang , mêlé avec une chopine d'efprit de
vin .
COCHER.
149
Pour rafraichififfement intérieur 9 on
A
doit un ou deux jours après leur arrivée
faire faigner les chevaux du col , on leur
donne quelques lavemens,& on les met dix
ou douze jours au fon mouillé,leur faifant
1
bonne litiére pendant la journée. Il eft
bon encore de leur faire manger une livre
3
de foye d'antimoine à deux onces par
jour : fi on leur trouve les flancs échauf
fés , on leur donne de l'eau mielée ; s'it
y avoit grande maigreur , on leur donne
roit le vert quelques tems , ou l'orge en
vert au Printems , ce qu'on ne feroit pas
s'ils avoient les flancs altérés , mais en la
place on mêleroit fur un boiffeau de paik
on
le coupée une poignée d'avoine
moüilleroit un peu le tout , & on leur
donneroit pendant quelques tenrs.
Quand des chevaux fatigués , & qu'on
veut rétablir , recommencent à bien boi
re , c'eft un pronoftic qu'ils feront bien
tôt remis. Ce que je viens de dire pour les
chevaux de caroffe fatigués , fe pratique
auffi pour les chevaux de felle , de chaiſe
de pofte & autres.
Manière de mettre & d'ôter les Cou
t
1
I
vertures.
Quand unCocher ou Palfrénier a panfé
Niij
250
LE PARFAIT
fé fes chevaux , il doit les couvrir de leurs
couvertures , qui eft une pièce de coutis
quarrée , bordée & ourlée tout autour.
On étend cette eſpéce de drap de coutis
fur tout le dos , depuis le garrot juſques
fur la croupe , & on le fait tenir fur le
corps du cheval au moyen d'un furfaix
avec fon couffinet ; quelques- uns ajoutent
une croupiére de peur que la couverture
ne tourne , & font joindre les deux coins
de la couverture au poitrail avec des cour
royes & des boucles.
Les Marchands de chevaux & quelques
Curieux ajoutent à la couverture une cri
niére , c'eſt-à-dire , un étui de coutis qui
envelope le col , les oreilles , la tête , à
laquelle on ne voit alors que les yeux &
le bout du nez , afin que la pouffiére ne
tombe point fur ces parties. Cette crinié
re ſe joint à la couverture avec courroyes,
& boucles.
Quelques amateurs du coup d'oeil de
propreté couvrent leurs chevaux à la fa
çon des Anglois . Cette maniére eft d'é
tendre d'abord un drap de toile blanche
de lefcive fur le corps du cheval , puis de
mettre par- deffus une couverture de lai
ne : cette couverture de laine s'ote pour
la nuit , & on ne laiffe que le drap. Cette
méthode eſt bonne , car ce drap maintient.
COCHE R.
IST
toujours le poil liffe & uni : le feul incon
vénient qui s'y trouve eft , qu'il faut avoir
plufieurs draps de réchange , & en mettre
fouvent de blancs ; car ils font bien- tôt
fales , & par conféquent mal-propres &
défagréables à la vue.
L'ufage de la couverture eft bon , &
même néceffaire , pour deux raifons : la
premiére , pour empêcher la pouffiére de
l'écurie de s'amaffer fur le corps du che
val , & de boucher les pores du cuir. La
feconde , afin de maintenir le cheval dans
une chaleur , qui laiffe un libre cours à la
tranſpiration , fuppofé qu'il foit dans une
écurie, telle qu'elle doit être , c'est- à- dire,
ni trop chaude ni trop froide.
Vers les neufheures du foir, après qu'on
8
a mis la paille dans les ratéliers , on ote
les couvertures de cette façon. On dé
fait les furfaix , on débouclé le poitrail ,
è
puis on plie tout le devant de la couver
ture de chaque cheval de Caroffe vers
le tiers en deffus ; on plie de même le
côté de la croupe , puis on la coule en
arriére du fens du poil jufqu'à la queuë ;
ST
alors on l'enléve , & on la met ainfi pliée
fur la tête du poteau , ou on la lie avec le
furfaix
N iiij
152
LE
PAR. FAIT
Manière de faire la Litière.
Avant ou après avoir ôté les couver
tures , on fait la litière de la façon qui
fuit. La paille la plus propre de la veille
ayant été pouffée le matin fous la man
geoire , le Palfrenier pour faire la litiére,
doit tirer avec fa fourche cette paille , l'é
tendrejufqu'aux pieds de derriére des che
vaux , puis défaiſant une botte de paille
nouvelle pour chaque cheval , il en épar
pille une couche fur l'ancienne , & la litié
re eft faite. Si une des longes des licols a
été attachée au ratélier , le Cocher ou le
Palfrenier ne doit pas quitter fes chevaux,
qu'il n'ait répaffé leurs longes dans les an
neaux de la mangeoire , afin que les che
vaux puiffent fe coucher.
Ufage du Bouchon.
Le Bouchon , dont les Cochers ou les
Palfreniers fe fervent le matin après avoir
quitté la broffe , pour les chevaux qui ont
le poil fin , eft de paille tortillée ou de
foin ; il doit être dur & gros comme le
bras. On l'hume&
te un peu , on le paffe
& repaffe fur tout le corps , & particu
liérement fur les jambes , qu'on doit s'ap
COCHER.
153
pliquer à frotter long- tems en tout fens
le long des nerfs , & aux jointures , juf
qu'à ce qu'elles foient bien nettes & le
poil bien uni. Ce frottement ouvre leș
pores , & contribue à maintenir les jam
bes faines.
On fe fert encore d'un autre Bouchon
de foin , pour nétoyer le matin la man
geoire des chevaux , fi mieux on n'aime à
Te faire avec la main , avant que de leur
donner à chacun leur meſure d'avoine.
Un Cocher doit profiter des jours que
fon Maître nefort point , pour aller
chez le Charron , Bourlier , Set
대
1.
lier , Epronnier & Maréchal.
Un Cocher doit prendre le tems que
fon Maître ne fort pas , pour aller chez
les Ouvriers , dont il peut avoir befoin:
Ces fortes d'affaires fe font fans que cel
"
les des Maîtres foient en rien rétardées .
Ils doivent être promtement , & parfai→
tement fervis. Les Maîtres de leur côté ,
quelques affaires qu'ils puiffent avoir ?
ولی
doivent toujours donner le tems aux Co
chers de faire ferrer les chevaux.
ܝܘ
3
4.
154
LE PARFAIT
Des Fers.
Sans parler de la maniére , dont ſe for
gent les fers , ce qui eft le fçavoir-faire
du Maréchal ; je me contenterai d'appren
dre aux jeunes Cochers , qui l'ignorent ,
que le tournant du fer s'appelle la pince,
les côtés fe nomment branches , & les
deux bouts s'appellent les éponges. Le
meilleur fer , dont on puiffe fe fervir , eft
celui de Berry. On doit faire les fers les
plus legers que l'on peut : ceux qui font
trop pefans fatiguent les chevaux . Il eſt
parlé dans le nouveau parfait Maréchal
du fer à patins qu'on emploie pour les
efforts d'épaules : il peut fervir dans des
cas d'accidens , où il faudroit contrain
dre le cheval à fe fervir de fon autre jam
be , pour foulager celle qui auroit été
affectée.
Des Clous.
Les clous de Limoges excelloient au
trefois ; depuis plus de quarante ans on
n'en fait plus venir. C'eſt à préſent ceux
de Berry : mais on fe fert communément
de clous de façon faits à Paris , & de
ceux de Normandie & de Liége. On ne
COCHER .
3
all
re
clous épais de lame : de plus ils font fu
jets par leur épaiffeur à ferrer la veine ,
principalement fi la corne n'eft pas épaif
nt
3
3
L
&
۶۲۱
ISS
doit employer que les clous les plus dé
liés de lame , parce qu'ils font un moin
dre trou dans la corne , & qu'ils ne font
point fujets à s'éclater , comme font les
fe. Il faut fe fervir de clous plus forts de
lame aux pieds des chevaux de Caroffe ,
& aux gros pieds qu'aux pieds fins ; mais
proportion gardée , les plus déliés de la
me en chaque genre font les meilleurs .
Dans les tems de gelée , quand on a peur
que les chevaux ne tombent fur la glace,.
on met à leurs fers des clous à glace , ou
des clous à groffe tête , cela vaut mieux
que des crampons.
Maniére de tenir les pieds des chevaux.
pour lesferrer , & d'y pofer lefer..
Quand le Maréchal eft prêt à parer le
pied , le Cocher , Palfrenier ou Garçon .
d'écurie léve le pied ; fi c'eft celui de de
vant , il le tient fimplement avec les deux
mains ; fi c'est celui de derriére , il ap
puye le boulet & la jambe fur fa cuiffe "
& paffe un bras par deffus le jarret. Alors
le Maréchal , après avoir nétoyé la bouë
ou fiante qui feroit dans le pied , coupe
(1
LE PARFAIT
156
en pouffant avec fon boutoir , ce qu'I
faut de la corne & de la fourchéte , pour
enfuite affeoir le fer : c'eft ce qui s'appelle
parer le pied.
Quand le pied eft bien paré , & que
le Maréchal a préfenté le fer deffus , il
voit s'il porte où il faut ; il broche en
fuite deux clous , un de chaque côté , puis
il fait pofer le pied à terre , pour voir fi
le fer eft bien en fa place : enfuite celui
qui a le foin de faire ferrer le cheval ,
reprenant le pied , le Maréchal continue
à brocher tous les autres clous , il les fait
entrer d'abord à petits coups , les foute
nant droits de l'autre main , ayant précé
demment graiffé la pointe avec du fuif ,
puis quand il fent que la corne eft percée,
it achève de les faire entrer hardiment.
L'affilure ou la pointe paroît alors en de
hors à chaque clou qu'il pofe ; quand il eſt
tout à fait broché , il donne un coup de
brochoir à l'affilure , afin de faire baiffer
cette portion de clou le long de la corne ,
la pointe en bas.
Quand tous les clous font pofés , le
Maréchal rompt avec les tricoifes chaque
pointe de clou , qui excéde la corne , il
coupe avec le taillant du rogne-pied à
petits coups du brochoir toute la corne ,
qui excéde le fer tout au tour , ainfi que
7
4
=₁
18
COCHER .
157
la corne éclatée par les clous à l'endroit
où ils fortent ; il rive les clous en oppo
fant à leur tête les tricoifes , pendant qu'il
frappe fur ce qui paroît , quand la pointe
du clou a été rompue , ce qui l'applatit
en l'élargiffant , & maintient le clou en
La place.
Il eft utile d'ôter avec le rogne-pied un
peu de la corne tout autour de chaque
clou : c'eft une précaution , qui fait qu'on
enfonce davantage les rivets , au moyen
de quoi il ne fçauroit bleffer le cheval ;
oe qui peut arriver quand ils débordent
fur-tout au dedans du pied. De plus à
mefure que le fer s'ufe , les clous s’élé
vent davantage , & par conféquent les
rivets. Ainfi même il faut prendre garde
que les chevaux vieux ferrés ne fe cou
pent avec les rivets : quand tout ceci eft
fait , le Palfrenier met le pied à terre ;
alors le Maréchal prend la rappe avec la
quelle il unit le tour du pied près du fer,
& en donne un coup fur les rivets,
Danger de ferrer à chaud.
On ne doit jamais appliquer le fer rou
ge , ni trop chaud fur le pied , comme
font plufieurs Garçons Maréchaux : ils
trouvent un avantage à cette façon d'agir ;
LE PARFAIT
758
parce que le fer chaud brûlant l'excédent
de la corne , qui empêche de porter le fer
également par-tout , il épargne au Ma
réchal le tems & le foin de reprendre à plu
fieurs fois fon boutoir , pour couper éga
lement par- tout; il fait lui-même fa place,
fans tant de peine : mais en même tems
confommant l'humidité naturelle de la
corne , il la defféche , l'altére , la rend caf
fante , & enfin la ruine totalement .
Fort fouvent ce fer chaud échauffe la
fole , & peut rendre le cheval boiteux dan
gereuſement. Il y en a même quelque-fois
qui en meurent. On peut cependant ap
procher un inftant le fer chaud de l'en
droit , où on doit le poſer , & le retirer
fur le champ , parce que les inégalités ſe
ront marquées par une petite couleur de
grillé , qu'on emporte enfuite avec le
boutoir. On appliquera auffi les pinçons
chauds , s'il y en a au fer , afin de les faire
porter en leur place.
Pour prévenir que les Garçons Maré-,
chaux ne brûlent le pied , & pour empê
cher même qu'en pouffant le boutoir trop
fort , ils ne coupent l'épaule du cheval ou
le ventre du Palfrenier , on doit avoir foin
des pieds dans l'écurie , en les fiantant ,
alors la corne fera aifée à couper, & d'eux
mêmes ils ne brûleront point.
$
159
Manière qu'un Fer doit être poſe.
'
Il faut que le fer ne poſe en aucune fa
çon fur la fole , il ne doit porter que fur
la corne juftement , & également de la lar
geur d'un demi doigt : l'épaiffeur de la cor
ne étant tout au plus d'un doigt. Si le fer
appuyoit fur la fole , le cheval boiteroit
·
2
COCHER.
à moins qu'elle ne fût très-forte. On re
connoît file fer a porté ſur la fole, au fer
-même
car fi on déferre le cheval , on
voit que la portion du fer qui aura porté
fur la fole , eft plus liffe & luifante que le
refte. Il eft cependant des occafions , où
on fait porter les fers fur la fole ; mais on
la laiffe forte , & le cheval en boite rare
ment.
A tous les pieds de devant il eft à pro
pos que le fer porte en l'air , depuis le pre
mier clou du talon en dedans , jufqu'au *
bout de l'éponge , de façon qu'on puiffe
y paffer la lame d'un couteau.
Danger d'ouvrir les talons d'un cheval..
On ne doit jamais ouvrir les talons d'un
cheval en parant le pied , c'eft-à-dire , ne
point faire un creux , ou une efpéce de
goutiére avec le boutoir , en emportant
de la fole , entre la fourchéte & le quar
tier jufqu'au duffous du talon , & dans le
LE PARFAIT
760
talon même. En évidant cet endroit , on
l'affoiblit : de-là il arrive que la corne n'y
ayant plus de foutien , elle ſe rapproche
de la fourchete , & fait ferrer les talons ,
les contraignant de fe rapprocher l'un de
l'autre. il faut parer à plat , pouffant le
boutoir fans le pancher que très- peu .
Manière de brocher.
Pince devant , Talons derriére.
Pour
entendre ee dictum Maréchaux , il faut
fçavoir que la pince des pieds de de
vant d'un cheval eft garnie de plus d'é
paiffeur de [corne , que le talon , vers
lequel la corne va diminuant d'épaif
feur ; de façon qu'il ne s'en trouve pas
fuffifamment , pour qu'on puiffe brocher
un clou , fans craindre de preffer la veine
du pied : ou de toucher le vif, qui eft la
chair d'entre le fabot & le petit pied : ainſi
on n'y doit point brocher , au contraire la
corne eft plus épaiffe aux talons des pieds
de derriére , qu'à la pince. On peut donc
y brocher, & non à la pince.
Comme le quartier d'en-dedans eft plus
foible de corne , que celui de dehors , les
clous n'y doivent pas être brochés fi
haut ; il ne faut pas auffi , pour parler le
langage des Maréchaux , brocher en mu
fique 2
1
COCHE R.
161
fique , c'est-à- dire qu'il ne faut pas brocher
un clou haut , l'autre bas , le troifiéme
haut , &c.
Des Pinçons.
Les Pinçons qui fe font ordinairement.
à la pince , ne font autre chofe qu'un coup
que le Maréchal donne au rebord de def
fus du fer en pince , qui s'élève dans cet
endroit en forme de petite plaque , qui
monte fur la corne , quand le cheval eft
ferré , & qui fert à rendre le fer plus fo
lidement attaché.
Des Crampons.
S
fi
a
S
$
Les Crampons font proprement les ta
lons des fers. Il s'en fait de deux fa
çons ; fçavoir , de quarrés qui forment
une épaiffeur d'environ un pouce en quar
ré ,à l'extrêmité & deffous l'éponge. Les
autres s'appellent en oreille de liévre , ils
fe font en tournant , & renverfant l'épon
ge fur le coin de l'enclume de toute fa
largeur. Cette efpéce eft moins mauvaiſe
que la premiére.
Mais les inconvéniens des Crampons
.
en général , font qu'élévant le talon
d'un cheval , plus qu'il ne doit l'être
O
I. Partie.
162
LE PARFAIT
naturellement , ils l'obligent à marcher:
fur la pince , le nerf ſe trouve racourci` ,
le cheval fe fatigue & eft ſujet à broncher :
cependant dans les pays gliffans & ſur la
glace , le cheval ferré à plat fatigue ex
trêmement fans crampons , par la force
qu'il emploie pour s'empêcher de gliſſer.
Dans ces cas , où la néceffité contraint la
loi , on doit fe fervir des crampons en
oreille de liévre , en abattant un peu la
corne aux talons , afin de lever peu le
pied du cheval. Cette espéce ne fait pas
dommage à beaucoup près comme les gros
crampons quarrés , qui foutiennent extrê
mement le pied , & font venir des bleimes .
qui font quelque fois difficiles à guérir.
Il a été imaginé , dit le Nouveau Par
fait Marechal , une efpéce de crampons.
1
poftiches , qui fe met dans le moment
qu'on en a befoin , & qu'on ôte quand on
veut. On fait un trou à l'éponge , on le
tarode , & on a un crampon , dont la vife
H
eft du pas de l'écrou ; on le viffe & le
crampon eft en place. On peut quand le
crampon n'y eft pas , mettre une vife dans
l'écrou , qui ne déborde pas le fer , &
qui conſerve l'écrou . Cela eft bon dans
un cas preffé , & dans des endroits où il
y auroit rifque de marcher fans crampon.
Les chevaux , qui travaillent dans les
COCHE R.
163
pays fablonneux , dans les pelouzes , &
les chevaux de manége ne doivent jamais
avoir de crampons. Les crampons en de
dans aux pieds de derriére , font plus uti
les , de meilleur fervice , & de meilleure
ex
99
grace qu'en dehors , excepté pour ceux
qui ufent trop leurs fers en dehors , au
quel cas les crampons en dedans ne vau
droient rien.
De la Ferrure .
On ne doit point faire travailler un
JAI
cheval le jour de la ferrure , s'il eft poffi
ble car il y a bien des chevaux qui fei
gnent le jour qu'ils ont été ferrés . On doit
le lendemain les faire trotter , pour voir
s'ils ne boitent point.
La premiére ferrure des chevaux eſt eſ
fentielle pour la fuite : car le pied prend
une bonne , ou une mauvaiſe forme , fui
vant cette premiére ferrure.
Il n'eft point néceffaire d'attendre le
tems propre ; c'eft-à-dire , le croiffant de
la lune , pour faire ferrer les chevaux , qui
font parfaitement bons. Il y en a à qui
la corne des pieds ne croît que trop ; il ne
:
5
s'agit que de les bien ferrer , pour les en
tretenir beaux & bons.
S'ils tombent entre les mains d'un Ma
O ij
LE PAR F ArT
164
réchal ignorant , ils deviendront bien-tốt
mauvais, On n'a jamais tant vû de che
vaux avoir de mauvais pieds qu'aujour◄
d'hui. Les Garçons Maréchaux , comme
je l'ai déja dit , pour s'épargner la peine
de parer un pied à froid , y appliquent un
fer tout rouge , pour en amolir la corne,
puis ils le parent fans peine ; mais le pied
du cheval devient fec & dur comme du
bois. Le feu fait rétirer le peu de nourri
ture qu'il reçoit , & la corne en demeure
altérée.
Premiére Ferrure
des
Chevaux de
Caroffe
La premiére ferrure des Chevaux de
Caroffe , principalement de ceux qui ont
les pieds grands & amples , quoique hauts,
eft d'une grande conféquence . Ceux - ci
font plus fujets à fe gâter que les autres,
fi on ne les refferre jufqu'à ce qu'ils ayent
mué. Il ne faut donc point , comme il ſe
pratique quelque-fois vouter un peu les
fers , & les faire outrepaffer la forme du
pied.
On doit abattre la corne toute plate,
blanchir feulement la fole , n'ouvrir point
les talons du tout , ne point du tout cou
per les mammelles , & ferrer jufte, fuivant
7W
by
COCHE R.
165
vant exactement la rondeur du pied tel
qu'il eſt.
On perce gras , mais on broche bas ,
de peur d'éclater la corne , qui a été trop
affoiblie par le Marchand , qui n'a d'autre
deffein que faire paroître le pied de fon
cheval creux. On fait un pinçon au bout
du fer , afin qu'il refte bîen en place , &
long-tems fans s'ébranler.
Ferrure des pieds fans défaut.
Un pied fans défaut eft celui , dont le
fabot eft d'une forme à peu prés ronde &
nontrop longue , particuliérement vers le
talon,qui doit être fort large ; c'est à dire,
que les oignons des talons ne s'approchent
point trop l'un de l'autre ; la corne doit
être douce , unie , liante , haute , épaifle
& brune , s'il le peut , fans aucun cercle ,
& affés ferme fans être caffante. Le pied
doit être droit , creux en dedans , fans
pourtant l'être par trop,la fourchéte étroi
te , & point graffe.
eft fans défaut,
Un pied ainfi formé
Pour le bien ferrer , il faut parer très
uniment l'affiéte du fer , & l'aplanir bien
par-tout , prenant garde en parant de ne
pas ouvrir les talons. On doit diminuer
moins de la corne aux pieds de devant , à
166
LE
PARFAIT
meſure qu'on approche des talons , & on
laiffe la pince plus forte aux pieds de der
riére.
Pour un pied fans défaut ; on doit for
ger un fer ni trop couvert , ni trop peu ,
qui accompagne juftement la rondeur de
tout le pied. Cependant les éponges doi
vent s'elargir un peu en dehors vers le ta
lon ; en forte que le bout de l'éponge ait
une moitié qui déborde le talon en côté.
Si les éponges font trop longues , elles fa
tiguent , & font forger , ou elles fe pren
nent , & font déferrer le cheval : celles
qui font trop courtes alongent le nerf, &
fatiguent la jambe. Quand le fer eft pofé,
on broche bas pour ne rien rifquer.
Ferrure pour empêcher l'Encaftelure.
On abbbat bien les talons fans creufer
les quartiers : on pare à plat les talons &
la fourchette : on laiffe la fole forte. Un
cheval peut être encaftelé d'un quartier
feulement , & c'eft prefque toujours en
dedans , comme le plus foible , la corne y
ayant moins d'épaiffeur.
atc
SAP
COCHE R :
167
1
Ferrure des chevaux encaftelés ou ta
lons ferrés .
.
227
W2
rse
L'encaftelure n'eft autre chose que les
talons ferrés , c'eſt- à- dire , trop étroits
finiffant en pointe , & collés l'un contre
l'autre , ils font plus étroits vers la four
chette , qu'en haut vers le poil . Ce défaut
fait boiter.
Pour ferrer un cheval encaftelé , on
laiffe la corne extrêmément forte , & on
met unfer en pantoufle. S'il fe peut il faut
que le quartier pofe fur le talon de fer dans
le milieu , & que ce qui en excéde ne tou
che point la fole , il n'en eft que mieux :
mais comme cela eft difficile, il vaut mieux
laiffer la fole forte , alors quand le fer y
toucheroit , il n'y auroit pas grand in
convenient. Ces fers pofés doivent fuivre
juſtement la rondeur du pied aux talons ,
comme à la fole , ils poufleront en dehors
le talon à méfure qu'il croîtra , & c'eft ce
qu'on demande. Čes fers font très-fta
bles.
On graiffe les pieds avec de l'onguent
de pied , & on les emplit de crotin moüil
lé. Il faut laiffer répofer le cheval après
cette ferrure , jufqu'à ce qu'il ait les pieds
élargis. Quand l'habitude en eft priſe , un
1
$68
LE PARFAIT
cheval fert fans boiter , comme à l'ordi
naire.
Lorfque l'encaftelure eft fi forte qu'elle
refifte à tout ce que deffus , on décorne la
fole , jufqu'à la rofée , on met une em
miellure quatre jours après on défole ,
ce qui est toujours le plus prompt & le
meilleur. Le cheval étant défolé on fend
la fourchette avec un coup de biftouri
jufques dans les paturons , en enfonçant
d'abord le biftouri de ſon épaiffeur , & le
foulageant en entrant dans la fourchette ,
de peur de toucher au petit pied : puis
on met deux , trois , ou quatre rayes de
feu , à un doigt de diftance l'une de l'au
tre , depuis le talon , jufqu'au tiers du
quartier de haut en bas.
On forge un fer large , qui paffe les
quartiers en élargiffant d'un doigt, & long
'éponge , qui convienne au pied élargi.
Onmet le fer , on fourre des plumaceaux
durs dans la fente du talon , qu'on imbibe.
de thérebentine , & de très-peu d'hui
le de laurier. On met l'appareil de même
fur la fole , on compreffe fort les pluma
geaux au talon : on met une rémolade au
tour du pied pour le faire croître. La fole
reviendra , remplira le vuide de l'élargif
fure , elle appuyera les quartiers , fou
tiendra les talons , & le pied en croif
fant
COCHE R.
169
Tant réprendra la forme qu'il doit a
voir.
Ferrure des pieds plats.
Pour ferrer des pieds plats , qui com
2222
&
Bus
D
mencent à s'élargir , on pare un peu le
pied, & on forge un fer,qui ait les branches
nétes , depuis le premier ou le fecond trou
de la pince jufqu'au bout de l'éponge. On
eftampe fort maigre les quatre derniers
clous des quartiers du côté des talons. Le
fer ainfi forgé ne fuivra pas la forme des
quartiers. Quand il eft pofé , on ôte avec
le rogne- pied l'excédent de la corne aux
quartiers , & à la pince. Il faut brocher
haut l'affilure droite , & des clous fort dé
liés de lame ; & on met fous le pied un ref
trictif de fuif de chandelle fondu.
Quand le cheval eft ferré , on le laiſſe
deux ou trois jours , cinq ou fix ſuivant
le cas fans le faire travailler , & on ré
ferre toujours le cheval ainfi , jufqu'à ce
que le pied ait par ce moyen acquis une
belle forme.
Ferrure des pieds combles.
Le pied comble eft un pied dont toute
la nourriture fe porte à la fole , ce qui
Contraint non-feulement la corne à prêter,
P
I. Partie.
LE PARTÀIT
170
& à s'élargir , mais encore fait outre- pa
fer la fole au-delà du niveau de la corne.
Quand cet accident eft vieilli à un certain
point , il eft impoffible d'y rémedier. On
peut le prévenir dès qu'on y voit de la
difpofition par de bonnes ferrures. Mais
fi le mal eft commencé, & qu'on voie que
le pied foit comble , voici comme ¡ on y
doit rémedier
Après avoir très-peu paré feulement de
la pince , & n'avoir fait que blanchir les
quartiers & les talons pour l'affiéte du
fer , & avoir ferré de la même maniére ,
qu'on ferre les pieds plats , on y met du
tarc , ou du reftrinctif, & une emmielure,
ou onguent de pied au tour du pied. On
rénouvelle pendant trois jours l'aftringent
& l'emmielure , graiffant toujours la cou
ronne , lailant le cheval cinq ou fix jours
en répos , & réfferrant toujours ainfi juf
qu'au rétabliffement du pied.
Si le cheval a les pieds fort combles , on
laiffe toute la fole fans en rien ôter : on
fait des fers peu ou point voutés , fuivant
le beſoin ; on les perce fort maigres , & on
les laiffe porter près de la fole , ce qui
n'eft pas dangereux , puis on ferre com
me deflus avec l'aftringent , & l'emmié
lure , tous les deux ou trois jours pendant
un mois , & on continue ainfi jufqu'au
rétabliſſement du pied.
COCHER.
tre-p
Com
cert
ier.C
171
Ferrure des chevaux qui fe coupent.
Un cheval qui fe coupe , eft celui qui
avec un pied fe froiffe l'autre au boulet en
marchant. Les chevaux fe coupent plus
J
men
ante
me
fouvent des pieds de derriére , que des
pieds de devant. D'abord le poil fe coupe
au dedans du boulet , puis l'endroit s'é
corche à la fin jufqu'à l'os , & quelquefois
le boulet enfle beaucoup .
Cet inconvenient arrive , 1 ° . Aux che
vaux , qui ne font pas encore habitués à
à travailler : 2 ° . A ceux qui portent mal
leurs jambes en marchant : 3 ° . Par laffitu
de : 4 °. Par une vieille ou mauvaiſe fer
rure , ou par les rivets qui débordent la
corne. La ferrure eft l'unique moyen
d'empêcher les chevaux de fe couper.
Si un cheval fe coupe , parce qu'il n'a
pas encore beaucoup travaillé , il n'y a
qu'à le ménager , & l'accoutumer à mar
cher petit à petit, laiffant plus d'épaiffeur
au côté & à l'éponge du fer du quartier
d'en dedans , qu'à celui de dehors. Si la
façon ordinaire de laiffer la branche forte
& le quartier haut ne réuffit pas , il faut
effayer le contraire , qui réuffit quelque
fois , .c'eft-à-dire , la branche forte en dé
hors , avec un crampon large , & en de
Pij
172
LE PARF
AIT
dans la branche mince , courte & droite i
cela approche les jarets l'un de l'autre.
Si la ferrure eft trop vieille ou mauvaiſe,
il faut réferrer , & s'il y a quelque rivet ,
qui déborde il faut le couper
On doit déferrer des deux pieds un che
val , qui porte mal fes jambes par foiblef
fe de reins , ou autrement , & qui fe cou
pe aux jambes de derriére. On abbat fort
le quartier de déhors à chaque pied , fans
toucher à ceux de dedans.On ferre l'épon
ge en dedans , afin qu'elle fuive le rond du
pied , fans aller au-delà du talon , on lạ
coupe auffi courte , que le talon , & on
met des crampons en dedans. Si le cheval
fe coupe aux jambes de devant , on doit
faire la même chofe ' , excepté les cram
pons qu'on ne met point.
Si après cette ferrure le cheval fe cou
pe toujours ; après avoir abbattu le quar
tier de déhors jufqu'au vif , ſans toucher à
celui de dedans , on groffit les éponges du
dedans du double. Un fer ainfi forgéfe nom
me fer àla Turque. On doit à ces ferrures
river les clous dans la corne,fi près qu'ils ne
paroiffent pointau dehors, & l'on peut pour
les mieux river encore , brûler un peu
avec un fer chaud , au deffous des trous ,
pour y loger le rivet , ou bien ne point
mettre de clous en dedans , & ajoûter un
pinçon , pour tenir le fer ferme,
TOS
tre
Tra
COCHE R.
173
Si le cheval fe coupe de laffitude , il n'y
a point de meilleur rémede que de le laif
fer répoſer , & de le bien nourrir.
ALI
Ferrure des chevaux quiforgent.
Muk
Les chevaux qui forgent font ceux , qui
avec le fer des pieds de derriére , attrapent
ceux des pieds de devant. Les chevaux
forgent de deux maniéres. Les uns don
nent le coup dans la voute du fer , c'eſt- à
dire , fous le pied de devant , les autres
forgentfur le bout des éponges , & fe dé
ferrent ainfi
ce défaut vient ordinaire
ment de foibleffe de reins , ou parce qu'un
cheval eft ruiné. Si c'eft un cheval de felle
fouvent c'eft auffi la faute du Cavalier ,
CO
qui ne fait pas tenir fon cheval enſemble ,
& fous lui , en l'avertiffant de tems en
tems.
Si la faute vient du cheval , & qu'il
forge aux talons , c'eft-à-dire , aux épon
ges , il le faut ferrer fort court d'éponge.
Elles doivent à peine paffer au-delà du ta
lon , ou on genêtre les fers , qui eft rélé
ver les éponges au talon. S'il forge dans la
voute du fer , on étrecit le fer de devant à
la pince en dedans , & on met deux pin
çons aux deux côtés de la pince de der
, qu'il faut rendre demi - quarrée
riére ,
Piij
LE PARFAIT
174
ou fort camufe. Ces fortes de chevaux
fujets à forger , forgent le plus , lorſqu'on
les pouffe au grand trot , & en montant
un pont , ou une montagne , mais lorf
qu'on les méne au petit trot , ils ne for
gent ni en montant , ni en defcendant.
Les chevaux , qui font hauts fur leurs
jambes font fujets à cet inconvenient , &
fur tout les jeunes. Lorfqu'ils font vieux,
c'eft-à - dire qu'ils ont atteint l'âge de neuf
ou dix ans , ils ont les jambes rudes , &
ne forgent plus. Quand un cheval forge ,
c'eft une marque , qu'il a les nerfs des jam
bes fouples. Ceux qui font ferrés & étroits
de devant font fort fujets a ce défaut ,
parce qu'ils ne lévent pas les pieds de de
vant affés vite , pour faire place à ceux de
derriére. Plus on pouffe ces fortes de che
vaux au grand trot , plus ils forgent. On
doit vifiter fouvent les pieds des chevaux,
qui font fujets à forger. Pour l'ordinaire
ils ont les pieds mauvais & ils fe déferrent.
aifément.
Des Chevaux qui ſe déferrent .
Quand un cheval ſe déferre en route ,
& qu'on eft éloigné d'un endroit où on
puifle trouver un Maréchal , fi on laiſſe
marcher quelque tems ce cheval pied nud ,
COCHER.
eva
ÉES
3593
RAS
BS
Ontz
sh
for
ITS
s'ufera , & fe gâtera la corne , à propor
tion qu'il fera délicat , ou qu'il marchera
dans un païs dur , de façon qu'enfuite on
ne pourra plus le réferrer.
Mais un Cocher 1 attentif a dans fa fer
riére des clous & der fers , fait brocher un
clou , ratacher le fer , s'il le rétrouve , fi
il ne le rétrouve pas , il a un fer brifé
qu'on nomme auf fer à tous pieds , & il
s'en fert. Ceux qui ne penfent pas à fe four
nir de ce qu'il eft néceffaire , doivent en
véloper le deffous du pied avec une piéce
de chapeau , un linge , ou un mouchoir ,
& enfin ce qu'ils trouvent pour arriver
à l'endroit où ils puiffent faire réfer
rer.
Le foulier de cuir nouvellement ima
It
giné, autant pour les chevaux de felle, que
pour les chevaux de carofle , qui reffem
ble à une bourſe , dont le fond eft une
fémelle forte , & dans laquelle on fait ren
trer tout le pied , eft felon le nouveau
Parfait-Maréchal , d'une très-bonne ima.
gination , & on devroit s'en munir, quand
on entreprend un voyage.
Des Chevaux difficiles à ferrer.
E
Quand on n'a pas accoutumé de bon
ne heure des chevaux à lever les pieds , &
Pij
176
LE e PARFAIT
à frapper deffus , étant poulains , il s'ent
trouve de très- difficiles à ferrer , c'eft- à
dire , qui ne veulent pas fouffrir , qu'on
leur leve les pieds , ou qu'on cogne le fer.
Aux uns un torche-nés feul fuffit , pour
les faire tenir tranquilles. D'autres ne
veulent point être attachés , & fe laiffent
ferrer , en les tenant fans gêne , par le bout
du licol. D'autres fe laiffent ferrer , pour
vû qu'ils foient dans leur place à l'écurie :
d'autres s'il y a quelqu'un monté deffus.
On met une bale dans l'oreille à quelques
uns , ou le torche- nés à l'oreille. Il y en a
qu'on ne peut ferrer qu'au travail .
A d'autres on met une platte - longe ,
qui tient de la queue au pied de derriére ,
& pour le pied de devant , on met une
plate-longe , qu'on paffe par-deffus le dos,
& un homme tient le pied levé , en le ti
rant à lui , & n'eft point en danger. Ou
bien on fait trotter le cheval en rond avec
des lunettes , dans un endroit raboteux ,
cela l'étourdit , il tombe & rétombe plu
fieurs fois, & quand on le voit bien
étourdi , on l'arrête , & on le ferre com
me on veut.
Ferrure contre
les
clous de rues ou
chicots.
On ne pare jamais ni la fole , ni la four
P COCHEK
.
177
chette , & lorfqu'on voit qu'elle s'écaille
par vieilleffe , & à caufe qu'il s'en forme
une nouvelle fous la vieille , on pare le
pied pour ôter fimplement ce qui fe fépa
re ,& on ne pare jamais que la corne pour
y ajufter le fer : cela fait que cette fole
épaiffe défend le deffous.
Cette ferrure , qui eft deſtinée à garan
tir les chevaux des clous des rues , &
des chicots , ou du moins à les rendre
moins dangereux , n'eft pas fans incon
venient , car elle peut caufer des bley
mes , ou faire broncher le cheval , néan
moins elle peut convenir à de certains
chevaux. Commc les cloux des rues & les
chicots caufent des plaies contufes , qui
font plus ou moins dangereuſes ; j'en par
lerai dans la troifiéme partie.
T
1
Autres ferrures.
Les chevaux rampins , ou juchés en
vieilliflant deviennent incurables.Leur fer
rure eft la même qu'aux pieds de devant
boulétés . On laiffe la pince fort longue ,
on abbat les talons , on fait déborder le
fer en pince , plus ou moins , & graiſſer le
nerf de la jambe .
Aux chevaux qui ont le pied gras , on
"
PARFAIT
LE
178
doit abbattre toute la mauvaiſe corne
brocher le plus haut qu'il eft poffible ,
tenant l'affilure droite. Il faut brocher bas
à un bon pied , pour ne rien rifquer, mais
il faut rifquer à un pied foible ou gras ,
afin que le fer tienne affez long-tems, pour
tui laiffer révenir le pied.
En parant les pied de talons bas , on
doit feulement abbattre la pince , fans
toucher en aucune façon aux talons , &
même ne point toucher à la fourchette ,
à moins qu'elle ne fe pouriffe ; alors on
la pare toute platte. Si avec un talon bas
un cheval a la fourchette graffe , il faut la
laiffer forte & voilà tout.
Aux chevaux , qui ont des feymes ,
( ce font des fentes à la corne , ) on pare le
pied , laiffant la fole forte aux talons , &
on fait forger un fer , dont les éponges
foient plus fortes qu'à l'ordinaire , & on
les tourne de façon qu'elles imitent le ta
lon des fers à pantoufle. On les ajuſte ſur
le pied , de façon que le milieu du talon
foit appliqué fur l'éponge. On doit pren
dre garde que le dedans des éponges
ne porte que peu ou point fur la fole.
Cette efpéce de fer eft auffi bonne
pour les talons , qui commencent à fe fer
zer. On peut encore ferrer les chevaux 31
J
COCHER.
179
qui ont des feymes avec des fers à pantou
fe. Ces ferrures jettent en déhors le quar
tier , ou eft la feyme & l'ouvrent.
Aux chevaux , qui ont un côté des ta
lons plus haut que l'autre , ce qui s'ap
perçoit en regardant le haut des talons ,
paturon , il n'y a
où ils fe joignent au paturon
point d'autre rémede que de deffoler , &
couper toute la fourchette jufqu'au fond
afin de la tenir égale quand elle revien
dra.
Pour les chevaux , qui ont une fente ap
pellée pied de boeuf, & qui arrive au train
de derriére , comme à celui de devant , on
pare le pied , de façon qne le fer ne porte
point fur la corne , à un pouce autour de
la fente , en faifant une entaille ou bizeau
dans la corne. On fait deux pinçons au
fer des deux côtés de la fente , & on graif
Le par fois ce pied là.
Pour prévenir les bleimes , on abbat le
talon , fi le cheval en a trop , s'il a le quaf
tier de dedans trop ferré. Pour empêcher
les bleimes , après avoir paré le pied , on
ferre à pantoufle de ce côté-là , laiſſant la
fole forte.
Pour ferrer un cheval qui bronche , il
faut abattre la pince & la réléver. Si le
cheval qui bronche a le nerf foulé , les
jambes travaillées , ou les épaules foibles,
180
LE
PARFAIT
la feule ferrure n'eft pas fuffifante. Il faut
là - deflus confulter le Nouveau Parfait
Maréchal.
Dans ce Livre que je cite , il y a enco
re d'autres ferrures , pour d'autres incom
modités. Celles dont je viens de parler
ne font pas pour inftruire les Maréchaux,
qui doivent fçavoir leur métier ; je ne
veux qu'apprendre aux Cochers & Palfre
miers , la maniére dont doit être ferré un
cheval , qui a le pied bon ou mauvais
afin de rémontrer dans le befoin au Maré
chal , ou au Garçon Maréchal , qui par
ignorance ou autrement , ne s'y prendroit
pas bien.
Ce qu'il faut faire aux Chevaux qui
ont les pieds mauvais.
Quand les chevaux ont les pieds mau
vais , on les rend bons , en ne les ménant
jamais à la riviére , en ne leur faifant point
toucher le feu , & en leur faifant éviter le
pavé , foit dans l'écurie , ou dans la cam
pagne.
Pour préferver un cheval du pavé dans
Fécurie , on lui laiffe jour & nuit de la
paille fous les pieds. Cette méthode eft
très-bonne : car un cheval ; quand il eſt
fatigué , le couche s'il a de la litiére fous
COCHE R.
181
lui ; & quand il ne refteroit qu'une heure
en cet état , cela lui fait plus de plaifir ,
que s'il mangeoit une meſure d'avoine ,
plus que fon ordinaire , & il eſt toujours
plus gras que les autres.
Un Cocher en Campagne doit , autant
qu'ilpeut, faire éviter le pavé àfes
Chevaux,
Quand un Cocher roule en campagne,
il doit , autant qu'il peut , faire éviter le
pavé à fes chevaux , tant pour leur confer
ver les jambes & les pieds , que pour mé
nager les fers , & éviter les pavés pointus.
Généralement toute forte de pavé ronge
& coupe les pieds des chevaux , leur laffe
les jambes , rompt les bandes des rouës ,
brife les reins des Cochers par les fécouf
fes , & fatiguent ceux qui font dans le
Caroffe.
Défaut des petits pieds.
Il y a des chevaux , qui ont le corps
beau & bon , & qui n'ont ni jambes ni
pieds , & bien fouvent ils ont un grand
corps , & de petits pieds. Ces fortes de
pieds ne pouffent que très-peu de corne :
Ils font altérés & arides , fi on ne les ra
182
LE
PARFAIT
fraîchit avec de la terre glaife en hivér , &
de la bouze de vache en Eté. Ils pouffent
une fuperficie de corne , qui croît plus
le corps de la corne même ; &l'on s'en
aperçoit , quand la corne déborde le fer
des deux côtés du même pied.
Manière de conferver la Corne.
Comme tous les défauts , qu'un che
val peut avoir aux pieds 2 font caufés
par l'aridité & la féchereffe du pied 9 oc
cafionnée par une chaleur , qui diminuë la
fraicheur naturelle , qui doit s'entretenir
dans lepied ; pour maintenir la corne en
bon état , il faut avoir foin de fupléer au
défaut de la nature , ou de réparer ce que
la négligence & le peu de foin ont occa
fionné. Car quelques uns de ces défauts
s'augmentent , & même ſe produifent par
la faute des hommes.
Pour que le pied d'un cheval foit bon ,
quela corne foit douce, & liante, qu'elle foit
affés épaiffe pour foutenir le corps du che
val , & pour le pouvoir ferrer à demeure
& enfin pour l'empêcher de boiter , il faut
avoir attention de tenir les pieds gras , &
quoique toutes graifles & huiles foient
bonnes , on a imaginé plufieurs récettes
d'onguent de pied , dont le meilleur eft le
cambouis.
COCHER.
183
Ce n'eft pas affés que de fçavoir con
ferver la corne de fes chevaux , il faut en
core fçavoir leur enfaire venir de bonne ,
quand ils ne l'ont pas. Pour y réüffir , on
prend une livre de lard gras du plus vieux,
une demie livre de fuif de bouc , trois on
ces de thérébentine , quatre onces de bon
ne huile d'Olive , autant de cire neuve ,
un quarteron de miel. On fond le tout
dans un pot de terre en l'ôtant du feu ,
ony mêle trois onces de graiffe de cheval,
deux onces d'agrippa , deux onces de mar
ciatou , qu'on brouille avec les autres
drogues, jufqu'à ce que le tout s'épaiffiffe.
Quand il eft encore tiéde , on en remplit
plufieurs petits pots de terre. On en frotte
de trois jours en trois jours la couronne
du fabot du pied du cheval , deffous le
poil, avec la groffeur d'une noilette à cha
que pied.
Maniére de couper la Corne.
J'ai déja dit que quand on voit la corne
au pied d'un cheval , qui déborde le fer
on la doit couper avec le rogne-pied & le
-brochoir , qui fert à fraper deffus le ro
gne-pied. Pendant qu'on rogne le corps
d'un pied , il faut faire lever l'autre par
quelqu'un. Ces fortes de pieds ne doivent
LE PARFAIT
184
pas être ferrés juftes, Il eft bon que le fer
déborde de l'épaifleur d'un écu . Quand
la corne paffe le fer on la rogne, pour l'em
pêcher de croître davantage , d'éclater ,
4
de s'enlever par morceaux , & crainte
qu'il ne s'engendre de la pourriture entre
la bonne & la mauvaiſe corne.
Maniere de dreffer des Chevaux
de
Caroffe.
Il eft du devoir du Cocher de fçavoir
dreffer , & accoutumer de jeunes chevaux,
à l'exercice du Caroffe. Pour cet effet , il
les faut mettre à un chariot leger , qu'on a
foin de graiffer , pour le rendre plus facile
à traîner. Quand on a attelé ces jeunes
chevaux , le Cocher doit monter fur le
fiége , ou marche- pied du chariot,afin d'é
viter les coups de pied qu'il pourroit re
cevoir. Il doit avoir une gaule à la main
longue de cinq ou fix pieds pour pouvoir
atteindre feulement au poitrail des che
vaux. Il a befoin d'un homme pour le
feconder , crainte que les chevaux , qui ne
font pas accoutumés à l'attelage , ne réſiſ
tent , & réfufent l'exercice qu'on leur de
mande. Cette feconde perfonne doit pren
dre les chevaux par les rênes des brides à
un pied & demi, par les deux branches du
mors
COCHER .
185
mors de bride. Il faut qu'il marche de
vant les chevaux , afin de leur donner en
vie de le fuivre , & de les mettre dans les
traits , & le train d'obeïr. Pour exercer
de jeunes chevaux à un chariot , on doit
choifir une grande place, ou une ruë très
large , & une terre ferme s'il eft poffible.
Il ne leur faut la premiére fois faire faire
que deux ou trois tours , les arrêter pour
les careffer, leur faire connoître le métier,
les faire réprendre haleine , & leur pré
fenter à réculer un pas ou deux.
Second , troifiéme & quatrième exer
cice.
Le lendemain on recommence la mê
me leçon. On fe fert des mêmes mors de
bride que la premiére fois . Ils doivent
être vieux , & s'ils leur conviennent on
leur en fait faire à peu près de ſemblables
On les promene un peu plus long- tems
que la première fois. S'ils ont récule deux
pas , on les fait réculer quatre la feconde
fois. En les ôtant du chariot , on les met
dans l'écurie , & on les fait tourner autour
des piliers avec un Machigadou dans la
bouche l'efpace d'une heure.
La troifiéme & quatrième fois , à l'heure
que le Cocher le juge à propos, l'exercice
I. Partie.
Q
186
LE
PARFAIT
doit être le même que les deux premiéres
fois , en arrêtant de tems en tems ces jeu
nes chevaux , & les careffant pour les ren
dre fouples & adroits. Il ne faut pas qu'ils
foient gênés dans leur harnois , juſqu'à ce
qu'ils foient faits au métier , auquel on les
affujétit peu à peu . Si ces jeunes chevaux
ont réculé à lafeconde fois quatre pas , à
la troifiéme ils réculeront fix ou huit pas.
Voilà la meilleure maniére de dreffer de
jeunes chevaux au chariot.
Si après ce travail ils écument , & font
en füeur , on ne les doit pas méner à la ri
viére , ni les laver avec de l'eau de puît ,
rien n'eft plus contraire à leur fanté. On
attend qu'ils fe foient répofés l'efpa ce d'u
ne demie heure , ou trois quarts d'heure ,
felon la courfe qu'ils ont faite. La fanté
du cheval dépend de la façon de le gou
verner , pour le travail & pour la nourri
ture. Quand on la fçait , il eft plus aifé de
prévenir, & d'empêcher que certains maux.
n'arrivent aux chevaux , que de les guérir,
quand ils en font attaqués. La füeur, quand
on la fçait ménager, eft très-utile à la fan
té des chevaux. Elle purifie le fang , pour
vû qu'elle ne foit pas exceffive. C'eft au
Cocher à fçavoir bien ménager la füeur
de fes chevaux.
COCHER.
· 187
Exercice du Caroffe.
Après l'exercice du Chariot , qui fe
doit faire trois , quatre , à cinq fois au
tant que le Cocher le trouve bon , on fait
faire à de jeunes chevaux l'exercice du
caroffe , avant que de s'en fervir pour l'u
fage ordinaire. Cet exercice eft le même
que celui du chariot. Avec le caroffe on
apprend auffi à de jeunes chevaux à ré
culer , & à fe ranger fous la remife , & le
tout avec douceur.
Tout dépend des commencemens pour
bien dreffer des Chevaux.
ry
Autant qu'il eft poffible , un Cocher
ne doit pas brufquer fes chevaux. La ma
niére de dreffer des chevaux au caroffe ,
dépend abfolument du premier Cocher
qui en a foin. S'il eft doux & prudent , s'il
a la main bonne , fes chevaux feront doux
& maniables , pourvû qu'illes méne long
-temps. Le malheur des chevaux eft le
changement, d'une bonne main dans une
mauvaife ; & leur avantage eft de tomber
des mains d'un mauvais dans celle d'un
ebon Cocher.
Quand on amis trois ou quatre fois des
Q ij
188
LE PARFAIT
chevaux au chariot , il faudroit qu'ils fuf
fent bien difficiles à dreffer , s'ils n'étoient
pas capables d'être mis au caroffe. C'eft
à un Cocher habile & expérimenté d'en
décider. Si des chevaux font enclins à
jetter du derrière , il faut continuer à les
mettre au chariot pour les corriger douce
ment
en voici la manière.
Maniere de corriger des Chevaux qui
jettent du derriere.
Pour corriger des chevaux , qui jettent
du derriére , on leur donne des coups de
fouet fur les épaules , au- deffus de la poi
trine..On les furprend en frappant , afin
qu'ils n'ayent pas le tems de lever le der
rière. Il y a des Cochers qui font claquer
leur fouet , & qui leur en donne fur les
feffes , cette maniére n'eft pas bonne.
Chevaux faciles à dreffer.
I ya des chevaux fi faciles à dreffer ,
que dès la premiére leçon qu'on leur don
ne au chariot & au caroffe , ils font ca→
pables de méner. Des chevaux fi faciles
font ceux qui prennent fix ans , & qui ont
déja travaillé dans leur pays natal. Plus
les chevaux font jeunes , plus ils font difs
COCHER .
189
ficiles à dreffer , car leur inftin&
t n'eft pas
encore ouvert.
Chevaux mal dreffés par l'ignorance
des Cochers qu'on en a chargés.
Il y a des Cochers fans expérience ,
qui veulent que des chevaux , qui n'ont
quelquefois jamais vû ni caroffe ni cha
riot , foient tout d'un coup propres à mé
ner un équipage , & par leur manque de
fçavoir - faire , il arrive qu'ils gâtent le
naturel & la bonté des chevaux , qui ne
veulent , & fur-tout les jeunes , que de la
douceur.
ByGT
Maniere de corriger les Chevaux qui
ont des défauts..
î Il fe trouve des Chevaux qui font d'un
tempéramment fombre & fournois , & de
peu d'entendement. Il eft à propos d'u
fer de correction envers eux , mais ce ne
doit jamais être fans fujet , & à contre
temps. Il faut furprendre le cheval en fau
te , & fur le champ le châtier , pour qu'il
connoiffe le mal qu'il fait , & enfuite le
flatter & careffer , pour le faire craindre
& aimer. S'il rétombe dans les mêmes fau
tes , on continue les châtimens & les mê
190
LE
PARFAIT
mes careffes. Un ou deux coups de foüet
bien appliqués fuffifent dans le temps de
la faute commife pour le rendre obéiffant.
Un Cocher , pour bien gouverner un che
val , eft obligé d'en connoître l'humeur &
le tempéramment. S'il eft doux , il le doit
manier doucement. S'il eft capricieux
fournois , malicieux & pareffeux , il le
faut corriger , mais toujours le furpren
dreen faute.
Maniére de faire réculer des Chevaux
opiniâtres.
Aux derniéres leçons , qu'on donne à
de jeunes chevaux , on doit employer
plus de temps qu'aux premieres , parce
qu'il faut les faire réculer à droit & à
gauche , & pour cet effet chercher un
endroit commode pour le réculage. Il y
a des chevaux qui réculent facilement ,
d'autres qui font opiniâtres. Pour rédui
re ceux - ci on prend une gaule ou une
baguette , fans fraper fur les jambes ,
on Fapproche , on lui fait peur en avan
Cant toujours à méfure qu'il récule , &
quand il a réculé deux ou trois fois
}
Farrêter , & le careffer , enfuite le fai
re partir environ trente ou quarante pas
dans un lieu favorable ou avantageux , &
COCHER.
191
le préſenter à réculer avec une baguette ,
en approchant toujours des jambes du che
val. Après cet exercice , fi la cour du lo
gis eft affez large , le Cocher doit peu-à
peu eflayer de les faire réculer pour ran
ger le caroffe fous la remife ; s'ils réfuſent
de le faire par deux ou trois fois , il ne les
faut pas rébuter , mais faire prendre par
quelqu'un une petite baguette , qui faffe
femblant de les frapper fur les genoux. La
peur leur fera peut-être plus d'effet que les
coups. En même temps on fera pouffer à
Ja roue , pour faciliter le caroffe à réculer ,
fi les chevaux fe font rangés fans peine
fous la remife , on doit les flatter pour
les accoutumer à ſa main.
'Chevaux bons à mettre au Caroſſe après
fix ou huitjours d'exercice.
Il n'y a point de chevaux , après fix ou
huit jours d'exercice au chariot , & au ca
roffe , qui ne doivent être en état de ren
dre fervice. Mais il eft d'un Cocher de
connoître quand les chevaux peuvent être
mis au caroffe , fans courir aucun rifque ,
ni expofer les Maîtres , qui fe fient fur un
Cocher , qui lui- même n'eft pas en fureté,
s'il n'eft expérimenté dans la maniére de
conduire un équipage , & avant que de les
192
LE
PARFAIT
y mettre il doit en faire fon rapport à l'E
cuyer s'il y en a un , ou à ſon Maître , &
rendre compte de la capacité des chevaux,
ce qui eft abfolument néceffaire pour
qu'on ne s'expofe pas témérairement.
Maniére de méner des Chaifes à Paris
& aux environs.
Outre les Caroffes , il y a encore d'au
tres efpées d'équipage en grand nombre
à Paris. Sans parler des Fiacres , que ceux
qui les conduifent , ménent comme ils
peuvent , & non comme ils veulent , &
fur lefquels on ne peut donner d'avis ,
parce que les chevaux de Fiacre font des
chevaux ruinés , & que l'équipage eft ún
équipage délâbré , & les Cochers , fi on
peut leur donner ce nom , des ignorans
parfaits dans le métier qu'ils font : fans
parler , dis-je , de ces mauvaiſes voitures
publiques , il y a des Caléches , & Phae
tons , qui fe ménent comme les Caroffes ,
& les Chaifes avec un feul cheval , que
des particuliers ont , les uns pour leur
plaifir , les autres pour leur utilité.
Les Chaifes & le harnois du cheval ,
demandent la même attention qu'un plus
grand équipage pour la propreté , & un
cheval de Chaife , qui fouvent eft auffi
un
ם
Coc HER .
193
un cheval de main , doit être foigné &
demande le même ménagement que des
chevaux de caroffe.
Qui fait monter à cheval , le conduire ,
lui tenir la main , la lui lâcher , quand il
faut , & le faire tourner à droit & à gau
che , peut méner une chaife. Mais ceux
qui fe plaifent dans ces petits équipages ,
foit qu'ils ayent un ou deux chevaux ,
doivent dans Paris éviter les embarras ,
prendre garde aux tournans des ruës , &
ne pas approcher des bornes. Il faut peu
de chofe pour faire verfer ces voitures
légéres , qui , pour n'être pas fi fujetes
aux fécouffes , & au cahotage , qu'un ca
roffe , ne font pas moins d'angéreuſes ,
quand on les fait rouler avec impétuofi
té , comme il n'arrive que trop fouvent.
En un mot , toutes les petites voitures ne
font commodes que quand on les conduit
doucement.
M
anière de méner une Chaife de Pofte.
'
J'ai dit ailleurs * la maniére qu'on doit
monter des chaifes de pofte. Ici je vas
parler de leur équipage , & dire comme
on les doit conduire .
Un Poftillon qui méne une chaife de
*Page 50.
1. Partie.
R
194
LE PARFAIT
pofte , n'a communément que deux che
vaux à conduire , fçavoir le cheval du
brancard & celui fur lequel il eft. Il faut
qu'unPoftillon foit à cheval de bonnegrace,
c'eft pourquoi il feroit néceffaire qu'il eut
appris à monter à cheval affez pour s'y
bien tenir. Son cheval & lui en feroient
plus à leur aife , & on ne verroit point de
Poftillon de travers fur leurs chevaux , le
donner bien du mouvement du corps , ou
brandiller les jambes continuellement.
Ordinairement , le Poftillon va au pe
tit galop , & le cheval de brancard ne fait
que trotter. Cela eft plus aifé à voir lorf
qu'il ne s'agit que de faire trois ou qua
tre lieuës , comme d'aller de Paris à Ver
failles . Mais fi on veut voyager en chaiſe
de Pofte avec les chevaux " aucun des
deux ne doit galoper : il faut rénoncer à
la grace en cette occafion , car le galop ,
quelque petit qu'il foit , fatigue toujours
plus un cheval que le trot , qui eft fon al
lure naturelle.
Les Poftillons de la pofte galopent
communément , mais leurs chevaux font
en haleine , & ils n'ont tout au plus que
cinq ou fix lieuës à faire : auffi voit- on
que ces chevaux ſe mettent bien- tôt pour
fe foulager à un efpéce de train rompu ,
qui tient du trot & du galop , & qu'on
appelle ! Aubin.
COCHE R.
195
Le Poftillon n'a d'autre attention à avoir
à l'égard de la voiture , que de bien con
duire la roue droite : car comme le cheval
de Brancard eft attelé entre les deux Bran
-cards ,au milieu de la Chaife , & que le Po
ftillon eft à fa gauche , la roue gauche eft
derriére vis-à-vis de la croupe de fon che-.
val ; ainfi cette roue fuivra par-tout où il
aura paffé. Il n'en eft pas de même de la
rouë droite , qui eft bien plus en dehors :
C'eft-pourquoi quand il veut que la Chai
fe tienne le milieu du chemin , il faut qu'il
marche fur le côté du chemin à gauche.
Quand il tourne à gauche , il peut tour
ner court : mais à droite , il faut qu'il
prenne fon tournant de très loin .
Quand il s'agit de cartayer , le cheval
de Brancard doit marcher fur le bord de
l'orniére , à droite ou à gauche de ladite
orniére. Quand il voudra réténirfon che
val de Brancard , foit qu'il aille trop vite,
ou dans une defcente , il lui foutiendra la
tête , en levant la longe de main droite en
haut , à côté de fa tête. En montant il faut
qu'il faffe bander les traits de fon porteur,
pour foulager le cheval de Brancard : mais
en païs plat fon cheval doit tirer médio
crement , fur-tout lorfqu'il galope. Il doit
être adroit à éviter les pierres. Il fe trou
ve des Poftillons , avec lefquels on ne
Rij
196
IT
LE PARFA
perd pas la moindre petite pierre d'un che
min. Ils traverſent auffi les ruiffeaux de pa
vé , & autres pentes pareilles en biais ,
comme font auffi bien des Cochers , qui
ne veulent pas méner avec attention.
Ce n'eft pas une précaution fuperfluë
dans les mauvais chemins , pour le foula
gement du Poftillon , & la fûreté de celui
qui eft dans la Chaife , d'avoir des guides ,
avec lefquels il puiffe conduire le cheval
de Brancard , dans les cas où le Poftillon
a de la peine à lui faire tenir la route fûre,
ou dans d'autres occafions , qui peuvent
ſe rencontrer le long du chemin.
Maniére de charger & de méner une
Charette.
Après avoir parlé des devoirs d'un Co
cher & d'un Poftillon , il me refte à dire
deux mots de ceux du Chartier.
Le métier de Chartier exige auffi une
efpéce d'intelligence : il doit fe tenir tou
jours à gauche en devant du limonier. Le
nombre des chevaux , qu'on attéle à une
Charette , n'eft pas fixe : il ne paffe guéres
cependant dix ou douze.
Il doit bien charger fa charette , de fa
çon que le poids qu'il y mettra , foit en
équilibre fur l'effieu , afin que les limons
COCHER .
197
ne péfent point fur le limonier , ni auffi
que fa Charette ne ſe renverſe en arriére.
Il ne doit point harceler fes chevaux en
beau chemin , de peur de ne les plus trou
ver dans le mauvais.
Le limonier ne doit point, ou peu tirer.
Il faut, pour tourner , réculer & foutenir
dans la defcente . L'effentiel du Chartier
eft de faire tirer tous fes chevaux égale
ment , de choisir bien fon chemin , de fe
fervir à propos du limonier , de prendre
bien fes précautions , quand il a beaucoup
de chevaux pour tourner , de ne jamais
monter deffus , pour peu qu'il ait à gou
verner fa charette , & de nejamais dormir
dans fa charette en chemin , pour éviter
bien des accidens , qui le ménacent alors.
Je dois cet article & plufieurs autres au
Nouveau Parfait Maréchal , qui m'a beau
coup fervi , & que je ne cefferai point de
confulter , fur les chofes qui font de mon
fujet , pour donner à cet Ouvrage toute
la perfection qui me fera poffible. C'eſt
un Livre qui m'a été indiqué par les diffé
rentes perfonnes , que j'ai eu beſoin d'al
ler voir , à caufe des différentes Profef
fions qu'elles exercent , & qui ont du rap
port à tout ce qui régarde les devoirs d'un
Cocher.
Riij
198
LE
PARFAIT
Des Palfreniers.
Si j'ai parlé au commencement de cet
Ouvrage , des foins qu'un Cocher doit
avoir de fes chevaux dans l'écurie , je n'ai.
prétendu parler que de ces domeftiques
qui font chez quelques Bourgeois , Co
chers >, Palfreniers & Portiers tout enfem
ble. On fçait que chez le Roi, les Princes
& Seigneurs de la Cour , & Gens de la
premiére condition " les Cochers n'ont
d'autre occupation que de veiller au foin
& à l'entretien de leurs Equipages , & de
monter fur leur fiége , quand ils font com
mandés. Ces Cochers diftingués parmi
leurs pareils , à caufe des Maîtres qu'ils
ont l'honneur de fervir , n'ont au- deffus
d'eux que l'Ecuyer , & aux deffous les
Palfreniers, & Garçons d'écurie. Ainſi je
vas entrer dans les fonctions du Palfrénier,
& les expliquer amplement , pour que les
Palfréniers , & les Garçons d'écurie avec
les Cochers & les Poftillons puiffent tous.
profiter de ce qu'ils apprendront de nou
veau dans ce Livre, qui ne paroît que pour
leur utilité.
Des Devoirs du Palfrénier.
Dans les grandes écuries où il y a plu
COCHER.
199
fieurs attelages de chevaux de caroffe ,
& de plus des chevaux de felle , on voit
plufieurs Palfréniers , qui en ont un à leur
tête , dont le devoir eft d'avoir l'oeil fur
tout ce qui fe paffe au tour des chevaux ,
tant pour le panfement , le boire , & le
manger , que pour faire obferver par ceux
qui lui font foumis l'ordre & la vigilance.
Il eſt réponſable de la conduite des au
tres Palfréniers , & du gouvernemeut des
chevaux .
Le métier de Palfrénier paroît ne de
mander qu'une certaine routine. Cepen
dant dans le nombre de ceux qui s'y em
ploient , il s'en trouve peu , qui fachent
le bien faire : car il y faut de l'activité, une
S
$
S
I
certaine adreffe , qui n'eft pas commune
dans ces fortes de gens , de la vigueur
& de la hardiefle auprès des chevaux ,
fans brutalité ; de la douceur , point
d'yvrognerie & beaucoup d'attention
pour ce qui régarde le panfement , &
les foins qu'exige cet Animal .
Le Palfrénier eft pour ainfi dire celui
qui vit le plus avec les chevaux , qui les
approche le plusfouvent , & qui doit con
noître plûtôt leur état. C'eſt à lui d'aver
tir fans tarder , ou le Maître de l'Ecurie ,
ou le Cocher ou l'Ecuyer, lorfque les che
vaux ont befoin de quelque chofe , com
Q iiij
200
LE
PARFAIT
me d'être médicamentés , ferrés , &c. Un
Palfrénier , comme le Cocher doit avoir
la propreté en récommandation , afin de
tenir les chevaux nets .Il y a des pays af
fectés pour les bons Palfréniers , comme
pour les bons Cochers. Les Bas- Brétons
font excellens Palfréniers , mais les An
glois leur font fupérieurs.
Un Palfrénier n'a guéres que quatre ou
fax chevaux de caroffe à panfer. J'ai dit
au commencement de cet ouvrage * l'heu
re qu'on doit entrer dans l'écurie , & que la
premiere chofe qu'on a à faire le matin , eft
de bien de nétoyer la mangeoire devant
chaque cheval. , ou avec la main , ou avec
un bouchon de foin , après quoi on donne
à chaque cheval fa méfure d'avoine.
Après qu'il la mangée , le Palfrénier ,
ou le Cocher qui n'a point de Palfrénier
fous lui , doit réléver la litière avec une
fourche , & féparer la vieille d'avec la
nouvelle , qu'il pouffe fous la mangeoire.
Pour le crotin ou la vieille litière , il la
doit porter dehors fur une civiére. C'eſt
cette vieille litière amaffée & pourrie
qui fait le fumier , dont on engraiffe les
terres.
Après avoir balayé les places de fes
chevaux , & ôté la vieille litière , le Pal
* Pag. II.
COCHE K.
201
frénierdoit mettre une caveffine ou un
filet à ſes chevaux , qu'il fait fortir les uns
après les autres de l'écurie , s'il fe peut ,
pour les panfer , comme je l'ai dit * : ce qui
eft préférable àcaufe que la pouffiére , qui
fort du cheval révole dans l'écurie fur
les autres chevaux. Si on ne pouvoit pas
les panfer déhors , foit à caufe du mau
vais tems , ou de la fituation du lieu , qui
ne le permettroit pas , du moins on
doit faire fortir chaque cheval de ſa place ,
& l'attacher au poteau , après quoi on ſe
met en devoir de l'étriller.
Pour ne pas me répéter , je renvois au
commencement de cet ouvrage , où j'en
feigne la maniére d'étriller , ** debrof
fer de bouchonner , de fe fervir de l'é
pouffette , de peigner & laver , de trouf
fer la queuë d'un cheval & de lui faire le
crin. Mais outre la maniére ordinaire de
panfer les chevaux , il y en a une parti
culiére pour les chevaux , qui font fi fen
fibles , & fi chatouilleux , que l'étrille &
même la broffe les tourmente exceffivé
ment.
Cette façon eft de les panfer avec la
main : elle confifte à tenir fa main un peu
humide , & à s'en fervir comme on feroit
* Pag. 12 .
** Pag. 13.
Pag. 14. Pág. 15. Pag. 16.
202
LE
PARFAIT
dela broffe , la paffant à plat fur tout le
corps en tout fens , la lavant quand elle
eft craffeufe , & récommençant ainfi , juf
qu'à ce qu'il ne paroiffe plus de craffe à la
main. La premiere fois on y employe
deux ou trois heures
mais dans la fuite
une heure tous les matins fuffit. Cette ma
miére rend le cheval très-net.
Pour faire les crins d'un cheval , on fe
fert ordinairement de deux inftrumens ,
fçavoir , ou des cifeaux , ou du razoir.
Quand un cheval a tous fes crins , comme
un cheval de caroffe , c'eft- à dire , qu'on
ne lui a pas coupé la queue , ni la criniére,
lui faire les crins ou les oreilles , c'eft cou
per ou razer une bordure d'un demi- pou
ce au tour du bord des oreilles en dedans
& en déhors. Pour faire le crin des oreil
les , comme je n'en ai pas parlé en voici la
maniére.
On attacke le cheval à des anneaux , ou
à fon genoüil , même de façon qu'il ait la
tête baffe : puis le Palfrénier prenant les
cifeaux, il coupe à petits coups , & le plus
ras qu'il peut le poil de l'oreille , formant
fa bordure bien égale en déhors : ou bien
après avoir mouillé l'oreille avec du fa
von , il emporte le poil de l'oreille avec
un razoir. Les crins de l'encolure , & le
toupet ne ſe coupent qu'avec des cifeaux ,
COCHER .
203
comme on ne les coupe point aux che
vaux de caroffe je n'en parle point.
Mais il y a des chevaux de caroffe de
moyenne taille , aux quels on coupe or
dinairemeut les crins & la queue,pour leur
donner un air plus léger , & pour embellir
leurs figures. Par exemple fi des chevaux
ont la tête & le col gros , on coupe le
toupet & plus de crin fur l'encolure , ce
qui leur dégage le col & la tête. S'ils ont le
col mince, on le dégarnit moins : s'ils l'ont
court on l'allonge à la vûë en le rendant
plus nud. Enfin on tache de faire en forte
que cette opération leur donne une figu
re plus avantageufe , que celle , qu'ils
avoient auparavant.
Il y a des chevaux , à qui le poil croit
fort long , fous la ganache & au ventre.
Quelques - uns allument un brandon de
paille , & le paffent légerement fous ces
parties, allant & venant fans s'arrêter , juſ
qu'à ce que tous ces grands poils foient
brûlés. J'ai dit , * comment on doit faire
le poil des jambes . On fe fert pour cela
de cizailles , ou pinces à poil , avec lef
quels on arrache de ce poil ,M l'étageant ,
comme un Perruquier , qui coupe les che
veux de façon, qu'il ne paroiffe pas qu'on
en ait ôté. Cette opération eft bonne aux
Pag. 20.
LE PARFAIT
204
chevaux de caroffe , car cette abondance
de poil , eft un magazin de craffe & de
bouë.
Après qu'un Palfrénier a panfé fes che
vaux , il les couvre chacun d'une couver
*
ture , j'ai dit
ce que c'étoit que ces
couvertures . Si les chevaux font trop gras,
ou qu'ils ne faffent pas beaucoup d'exerci
ce , il eft bon de les laiffer au filet fans
manger , jufqu'à neuf heures. Les licols
avec lefquels on les attache , doivent avoir
deux longes de cuir ou de corde , ou bien
deux chaines de fer , pour les chevaux qui
ont pris l'habitude de ronger leurs lon
ges.
On paffe chaque longe dans l'anneau ,
attaché des deux côtés à la mangeoire ,
enfuite dans le trou d'une boule de bois
percée , au-delà de laquelle on nouë le
bout de la longe , afin d'arrêter la boule ,
qui doit être affez péfante , pour que la
longe puiffe être entraînée par fon poids ,
de peur que le cheval ne s'encheveſtre
c'eſt- à- dire , qu'il ne fe prenne le pied de
derriére dans la longe du cheveftre ou li
col , ce qui arrive quand il va fe gratter la
tête avec le pied de derriére , car le pied
Le trouvant pris dans la longe , le cheval à
* Pag. 150.
COCHE R.
205
force de fe tourmenter pour le rétirer , ſe
couperoit quelquefois le paturon très
dangereufement , & s'y feroit une playe
confidérable..
Mais il eft plus expedient pendant le
jour d'attacher une des deux longes du li
col en haut aux roulons , que de les mettre
toutes deux en bas . Cette façon fait que
les chevaux ne fçauroient baiſſer la tête
pour manger leur litière, ce qui les échauf
feroit & leur feroit mal.
J'ai fait voir la maniére de conferver
les pieds des chevaux ,
j'ai parlé de leur
nourriture , & de leur boiffon , & de tout
ce qu'un fimple Palfrénier , ou Palfrénier
Cocher doit faire auprès de ſes chevaux
depuis le matin jufqu'au foir , que fes oc
cupations du jour finiffent , quand il a fait
la litiére , & détaché une des longes du
licol du ratelier , pour la répaſſer dans
l'anneau de la mangeoire , afin que les che
vaux puiffent fe coucher. Il ne me refte
plus qu'à parler des inftrumens , dont le
Palfrénier ne fauroit ſe paffer.
Inftrumens du Palfrenier.
Une Etrille de fer étamé, qui fert à ôter
Ja premiére craffe. J'ai dit que celles d'An
Page 24.
206
LE PARFAIT
gleterre paffoient pour les meilleures.
La Broffe ronde, qui fert enfuite à ôter
la craffe la plus fine. , & à unir le poil. Elle
doit être de poil de Sanglier.
Le Peigne de corne à peigner la queuë
& les crins , auquel il ne doit manquer
aucune dent, & qu'on doit exactement né
toyer.
L'Eponge à laver les crins & à nétoyer
les jambes.
L'Epoufféte de drap ou de ferge , qui
fert à effuyer les crins , & à rendre le poil
luifant.
Le Couteau de chaleur , avec lequel on
abbat la fueur du cheval. J'ai parlé de tous
ces Inftrumens. Voici les autres.
Les Cifeaux ou le Razoir pour faire les
crins : le Torche-nez pour empêcher le
cheval de ſe tourmenter , qnand on lui fait
les crins.
Le Seau pour apporter toute l'eau né
ceffaire au panfement, & pour faire boire.
La Pelle pour nétoyer l'écurie , & met
tre le crotin dans la civiére.
, pour faire & re
La Fourche de bois ,
muer la litière.
Le Balet de bouleau , pour balayer l'u
rine des chevaux .
Le Balet de jonc , qui ne doit fervir
qu'à laver les roues & le train des Carof
COCHE R.
207
fes , & autres Voitures ; parce que pour
laver les jambes , il eſt mieux de fe fervir
d'une petite broffe longue avec l'éponge.
La Fourche de fer , qui fert à remuer le
fumier.
La Pince à poil , qui fert à arracher le
poil dn fanon à un cheval qui en a trop.
Le Bouchon de foin , qui fe fait fur le
champ, pour frotter un cheval qui a chaud.
Le Cure-pied , qui fert à nétoyer le def
fous du pied. Un Cocher doit le porter
encampagne, pour òter les gravois & pier
res qui s'engageroient fous les pieds de
fes chevaux .
Il doit auffi toujours avoir dans fa po
che un couteau à poinçon , tant pour cou
per les cuirs , quand il en eft befoin , que
pour faire des trous aux courroyes fuivant
les befoins.
De l'Ecurie.
Avant que de finir cette premiére par
tie, je crois qu'il eft à propos de parler des
Ecuries , & des meubles qui doivent s'y
trouver. Je vais faire cet extrait fur ce
qu'en dit le Nouveau Parfait Maréchal.
Les Ecuries pour les chevaux de Ca
roffe , font les mêmes que pour les che
vaux de felle. Leur grandeur doit être
208
LE PARFAIT
conforme au nombre de chevaux qu'on
y veut loger.
On conftruit trois fortes d'Ecuries. La
premiére , eft l'Ecurie à un feul rang de
chevaux. La deuxième , eft l'Ecurie dou
ble ou à deux rangs de chevaux , les crou
pes des chevaux vis-à-vis les unes des au
tres , & une efpace pour paffer entre les
deux rangs. La troifiéme , eft une espéce
d'Ecurie double féparée au milieu dans fa
longueur par un mur , ou une forte cloi
fon. Les têtes des chevaux regardent ce
mur , ou cetteforte cloifon , & font vis-à
vis l'une de l'autre fans fe voir. Entre les
croupes & le gros mur , de chaque côté eft
un paffage , & le mur ou la cloifon du mi
lieu ceflent , avant lesbouts de l'Ecurie ,
pour laiffer la liberté de communiquer
d'un côté à l'autre ; ou fi les bouts font
fermés , on laifle une communication , ou
porte au milieu.
L'Ecurie fimple eft la plus commode >
parce qu'on eft maître des embraſures des
fenêtres , & de tout le mur qui regarde la
croupe des chevaux , qui fert à loger les
uftenciles , & le Palfrenier même , ou le
Cocher , qui a fous ſa main , & à portée
des chevaux qu'il panfe , tout ce qui lui
faut.
La premiére Ecurie double , dont les
croupes
COCHER .
209
Groupes des chevaux ſe régardent , eft plus
belle au coup d'oeil , puiſqu'on voit en
même temps deux rangs de chevaux , mais
elle eft plus incommode , parce que le
Palfrenier n'a point derriére fes chevaux de
quoi mettre les uftenciles ; qu'il faut al
ler chercher au bout de cette Ecurie , où
on pratique ordinairement une eſpace fans
chevaux à cet effet. Plus ces Ecuries font
longues , plus elles font incommodes.
La deuxième Ecurie double , fçavoir ,
celle dont les têtes des chevaux font
vis-à-vis l'une de l'autre , & féparées par
un mur , n'eft autre chofe que deux Ecu
ries fimples , accolées par un mur mi
toyen , & ainfi elles ont chacune les mê
mes commodités de l'Ecurie fimple , puif
qu'il y a un mur derriére la croupe des
chevaux de chacune.
Une Ecurie , pour être faine , ne doit
pas être conftruite dans des lieux humides
& bas. On doit la placer , s'il eft poffible ,
fur un terrain ſec , & l'expofer au levant ,
d'où vient commnément un air tempéré
en toutes faifons. J'ai dit ailleurs que Phu
midité eft contraire aux chevaux. Par.
conféquent les Ecuries fituées dans des
fonds & dans des fouterrains caufent des
maladies aux chevaux , comme eaux , poi
I. Partie.
S
210
LE PARFAIT
reaux , fus , morfondures &c. parce que
l'humidité bouche les pores , & inter
rompt par conféquent la tranfpiration g
qui réfluant dans le fang fe rejette fur
quelque partie qu'elle affecte.
Meubles d'une Ecurie.
Toute Ecurie eft meublée d'une man
geoire , d'un ratelier , de barres , & de
poteaux. Elles doivent être pavées avec
un ruiffeau pour écouler l'eau & les uri
nes , & il faut efpacer les places des che
vaux , de façon que les chevaux foient à
leur aife , & qu'on ait affez de place pour
paffer derriére eux fans crainte d'en être
bleffé.
On conftruit de deux efpèces de ra
teliers , les uns panchés , & les autres
droits. Lcs rateliers panchés ne prennent.
rien fur l'Ecurie , parce que le bas du ra
telier eft fcellé contre le mur , & le haut
qui eft panché en devant eft foutenu dans
cette fituation par des barres de fer , qui
vont horizontalement du mur au haut du
ratelier , alors la mangeoire eft contre le
mur; mais le ratelier droit doit avancer
de près d'un pied , & la mangeoire eſt ap
Tel
ant
aut
acs
el
cet
-20
211
COCHE R.
puiée contre la cloiſon. Au bas des rou
leaux de ce ratelier , entre fa cloifon & le
mur , on pofe une grille de bois diago
nalement , dont le haut s'accôte contre
le mur , & qui laiffe paffer la pouffiére
du foin .
La mangeoire ou l'auge , eft un con
duit d'environ un pied de creux qui pré
fente le côté , & qui continue d'un bout
à l'autre de l'Ecurie , foutenu en deffous
de diftance en diftance par des morceaux
de bois , qui fe nomment des racinaux.
Le haut de la mangeoire eft ordinaire
ment élévé de trois pieds & demi , & ſon
bord eft garni de tôle , ou de cuivre , afin
que les chevaux ne rongent point le bois ;
c'eft dans le concave de ce conduit qu'on
jette l'avoine qu'on donne au cheval. On
attache à diftances égales aux parois de
la mangeoire , au-deffous de fon rebord >
trois anneaux , celui du milieu fert à fou
tenir la barre , & par les autres paffent
les longes du licol , qui attachent chaque
cheval à fa place.
Les places des chevaux font féparées
par les barres & les poteaux. Les barres
font des morceaux de bois ronds & longs,
troués par les deux bouts , afin d'y met
tre deux cordes , dont l'une attache la
Sij
252
LE PARFAIT
barre à l'anneau de fer de la mangeoire ,
& l'autre l'attache au poteau .
Les poteaux font de gros morceaux de
bois ronds , & hauts de quatre pieds , hors
de terre , espacés de diftance en diftance 9
& placés de bout , lefquels terminent la
place de chaque cheval. Chaque poteau
eft percé par le haut d'un trou , dans le
quel on paffe une des cordes de chaque
barre pour la foutenir par un des bouts
pendant que l'anneau de la mangeoire la
foutient par l'autre. On met au haut , &
aux deux côtés des poteaux un anneau
de fer de chaque côté , qui fert à atta
cher les longes de la caveffine , l'une à un
poteau , l'autre à l'autre quand on veut
retourner le cheval dans fa place. On met
encore au-devant du poteau en devant un
crochet pour y pendre la caveffine , la
bride , ou le filet. Chaque poteau eft en
foncé de deux pieds & demi au moins
dans terre , & bien folidement fondé afin
qu'il foit ftable.
I1 y a des Ecuries où on met un cof
fre à l'Avoine , dans l'endroit le plus
commode , foit au bout ou dans une em
brafure de fenêtres . Ce coffre doit avoir
en dedans une féparation pour le Son , &
s'il le faut une autre pour l'Orge . Les
1
COCHER.
213
Lanternes font néceffaires dans les Ecu
ries . Les meilleurs font à peu- près faites
comme les lampes des Eglifes , & on n'y
que la lumiere
brûle que de l'huile ,, parce que
qui eft dans la Lanterne ne doit jamais en
être ôtée de peur du feu. Mais quand le
Palfrénier a befoin de lumière , il faut
qu'il ait une petite lanterne de corne or
dinaire avec une chandelle dedans qu'il
allume à la lanterne d'écurie.
Il y a auffi des écuries , au bout def
quelles eft un garde- meuble pour y ferrer
les brides & les harnois, ce qui eft fort com
mode pour que l'humidité de l'écurie ne
moififfe pas les cuirs. Il eft encore mieux
qu'il y ait une cheminée pour y faire de
tems en tems du feu , afin de tenir cet en
droit fec. Il y a ordinairement dans les
écuries des fufpentes à chaque bout , ou
font dreffés les lits des Palfréniers.
Proportions des Places de chaque che
val dans une écurie.
Chaque place doit avoir fept pieds &
demi , à huit pieds de longueur , depuis
la mangeoire jufqu'aux poteaux , & qua
tre pieds de large avec des barres . Cha
que place doit être pavée , elle en eft plus
LE PARFAIT
214
propre , & plus ailée à nétoyer. Elle doit
avoir une pente douce depuis la mangeoi
re jufqu'au poteau , afin de donner écou
lement à l'urine , & pour que le devant
du cheval étant un peu plus haut que le
derriére , il ne péſe pas tant fur les épau
les , & ait plus de grace à la vûë.
Le mur qui fait face aux croupes des
chevaux , doit être percé de croiſées pour
donner du jour. On garnit ce mur de plan
ches en tablettes de taffeau , & de porte
manteau pour y mettre & pendre tous les
uftencilles du Palfrénier , & de l'écurie.
J'ai donné la lifte des premiers , voici les
autres.
Uftencilles néceffaires dans une écurie.
On doit avoir des entraves , qu'on met
aux pieds des chevaux accoûtumés à met
tre leurs pieds dans la mangeoire.
Des boules pour faire defcendre les
longes du licol.
La vanette ou le crible pour ôter la
pouffiére de l'avoine quand on la donne .
La méfure dans laquelle on méfure l'a
voine , qu'on donne aux chevaux , elle
doit être de bois plein , ou d'ozier.
COCHER.
215
La civiére , qui fert à tranſporter le fu
mier hors de l'écurie.
Le tablier de Palfrénier , ou l'épouffete
•
de toile , qui fert au Palfrénier à mettre
au tour de la ceinture , quand il panfe le
cheval , & c.
Les lunettes , qui fe mettent au cheval
en plufieurs occafions , où on ne veut pas
qu'il voie clair.
La caveffine à deux longes , qui ſert à
paffer par- deffus la bride d'un cheval, pour
le tenir quand on le méne en main.
La muzeliére de fer , ou le panier de
fer , qui fert quand on veut empêcher le
cheval de manger , ou de mordre fon
A
S
compagnon.
Le chapelet , qui fe met au col du che
val , quand on veut l'empêcher de porter
la dent fur quelque mal qu'il a , de peur
qu'il ne l'envenime.
Le coupe-paille , qui fert à couper la
paille par petits fétus , de façon que le
cheval puiffe la manger en guiſe d'avoi
ne > en y mettant cependant moitié
avoine.
Cette machine a été inventée en Alle
magne , & les Allemans en font beaucoup
d'ufage .
Je penſe n'avoir rien oublié des devoirs
216
LE PARFAIT
du Cocher , du Poftillon, des Palfréniers,
& Garçons d'écurie. Comme la connoif
fance des chevaux de caroffe eft néceſſaire
aux uns & aux autres; j'en vais parler dans
la feconde partie de cet ouvrage.
Fin de lapremiere Partie
LA
LE
PARFAIT
COCHER ;
Ou
L'art d'entretenir & de conduire
un Equipage à Paris &
en Campagne.
SECONDE
PARTIE.
Inftruction aux Cochers fur les Che
vaux de Caroffe.
Connoiffance des Chevaux de Caroffe
néceffaire à un Cocher.
Out Cocher fe doit connoître en
T
Chevaux. Combien qui ne fça
vent pas même les panfer ? Il faut
qu'ilétudie leur temperament , qu'il fache
II. Partie
T
218
AIT
LE PARF
quand ils font en fanté , qu'il diftingue
leurs maladies , qu'il n'ignore pas les ré
médes , qui leur conviennent , ni de quel
le maniére on les doit gouverner tant pour
la nourriture , que pour le travail. Il faut
encore que pour bien méner il ait de l'ex
perience , une bonne main , du jugement ,
debons chevaux.Il en eftfpeu, qui ayent au
jourd'hui toutes ces qualités. On voit au
jourd'hui des équipages entre les mains de
jeunes gens , & autrefois les moins âgés a
voient trente ans, quandils commençoient à
méner.Mais fi un Cocher fe doit connoître
en chevaux , il eft bon que les Maîtres en
ayentauffi du moins une légére connoiffan
ce.Il leur en coute moins : & la dépenſe eft
double pour eux , s'ils ne les fçavent pas
choifir , & plus grande encore , quand le
Cocher ne s'y connoît pas.
Maniére de connoître un beau Cheval.
Un Cheval eft beau , quand il a les feſſes
amples , pleines , & rondes , les cuiffes
poitelées. Il eft court de corps , bas de
jambes , rond de croupe , épais de ventre
quarré du poitrail , fin d'encolure , fa cri
niére eft mediocrement garnie , fes oreil
1. les bien placées petites & droites , ſa tête
féche mediocrément petite , & bien pro
COCHER.
219
portionnée au corps , fes yeux à fleur de
tête, le barbouchet menu, les nafeaux bien
ouverts , les pieds fournis d'un bon fabot,
bâtis de bonne corne noirâtre. Il faut en
core qu'il foit bien en talons , en jambes
qu'il ait les jarrets plats,élévés du devant,
la queue médiocrément toufuë , & longue
à demi-pied de terre. Enfin il doit bien
porter la tête , & pour être parfait il faut
qu'il tienne de quatre animaux différens ,
de la Licorne pour le poitrail , & la belle
encolure ; du Rénard pour les belles oreil
les ; du Taurreau pour les yeux beaux 9
& à fleur de tête ; du Cerf pour la
jambefine , féche , mediocrément haute ,
mais un peu chargée de poil, avec un beau
pied bien rélévé du devant. Voilà en ab
11
bregé un Cheval parfait.
Figure des Chevaux de Caroffe.
Les chevaux que l'on choifit pour le ca
rofle ne doivent prendre que cinq , ou fix
ans ; ilfaut tacher de les égaler le plus
qu'on peut. La taille eft à la volonté de
ceux qui les achetent. Mais on doit les
choifir courts , & ronds , élévés du de
vant, la côte bien rélévée, la croupe & le
poitrail quarrés, dégagés de l'épaule, c'eſt
à dire , les épaules plattes du haut, & ron
Tij
LE PARFAIT
220
des du bas , les genoux petits , la jambe
platte & courte , peu de poil & de chair ,
de gros nerfs bien détachés des os , courts
en jointure , un pied large , rond en haut ,
l'encolure platte , & mediocrément char
gée de crin , la tête féche , des oreilles
moyennes , bien piquées , & droites , des
yeux à fleur de tête , le tour de la prunel
le noirâtre ? & les narines fort ouver
tes.
Manière d'appareiller les Chevaux de
Caroffe,
Quoique j'aye déja parlé de la maniére
d'appareiller des chevaux, à l'article des at
telages de campagne de quatre, de fix, & de
huit chevaux,je dois encore répéter ici que
deux chevaux de caroffe doivent être
égaux , c'eft-à-dire de même taille , de
même poil , de même couleur , de même
hauteur , de même épaiffeur , & de même
force. Ils doivent autant qu'il eft poffible
être égaux du trot , du pas, & de la bou
che. Il eft même de conféquence que des
chevaux de caroffe , qui font obligés de
travailler enſemble , ayent la bouche éga
le : car fi l'un des deux avoit la bouche
mauvaiſe , & l'autre bonne , celui qui l'au
roit mauvaife travaillroit feul , à moing
I
228
CÓ CHE K
que le Cocher , qui les gourme , ne les
fache brider , comme il faut.
1
1
Effay des Chevaux de Caroffe.
3
On effaye des chevaux de caroffe au
charriot , ou au Diable , qui eft une ma
chine faite exprès pour cet ufage, afin que
fi un cheval ruë, il ne puiffe pas bleffer ce
lui , qui mène les deux chevaux . Etant
attelés, on commence par les méner le trot,
cette allure étant la principale , qu'on de
mande aux chevaux de caroffe. Alors on
examine , s'ils trottent bien , c'eft- à-dire ,
les hanches baffes fans dandiner de la crou
pe , & la tête haute. Ils trottent & tirent
également , quand le trot de l'un n'eft pas
plus racourci , que celui de l'autre , ce qui
les empêche de tirer également, aufſi-bien
que la vivacité de l'un des deux , car fou
vent il y en a un vif, & l'autre pareſſeux ,
le pareffeux ruine le vif, car il le laiffe ti
rer feul. On fe doit bien garder de l'ache
ter: mais s'il n'eft qu'un peu moins vif, &
un peu plus lourd que fon camarade , on
y rémedie en l'attelant fous la main du
Cocher , c'est-à- dire , à droit , afin que le
Cocher l'avertiffe du foüet , lorfqu'il fe
ralentira . Il eſt de la grace de l'attelage
que les deux chevaux attelés à côté l'un de
Tiij
222
LE PARFAIT
l'autre , portent également , c'eft-à-dire ,
qu'en trottant ils tiennent leurs têtes éga
.
lement hautes , & en même fituation , il
eft auffi plus agréable qu'ils foient tous
deux marqués en tête ,foit par l'étoile ou
par le chanfrain ; mais il eft effentiel qu'ils
ayent la bouche bonne , ce qu'on voit en
les faiſant réculer au caroffe , après avoir
précédemment examiné les barres , & qu'ils
ayent des pieds excellents , & des jambes
de fer , c'est-à- dire , beaucoup de jambes
& des jambes très- nerveuses.
Des Chevaux de Chaife.
Les Chevaux qui fervent aux Chaifes
de Pofle , & qui ne font point chevaux de
pofte , font d'une eſpéce toute différente
des chevaux de caroffe. Une Chaife de
Pofte eft attelée de deux chevaux , qui
font auffi très- différens l'un de l'autre
comme je l'ai dit ailleurs. L'un s'appelle
cheval de brancard , & l'autre cheval de
côté ou bricolier. Le cheval de brancard
doit être choifi de bonne taille , étoffé ,
allongé , trottant vite , & aifément : le
bricolier , qui porte le Poftillon , n'eft pas
fi étoffé , tirant plus fur le cheval de fel
le. Il doit avoir un galop racourci , &
aifé.
COCHER
223
Autres Chevaux de tirage.
Les autres chevaux de tirage , comme
Chevaux de Charette › de Charuë , de
Coche , font ordinairement des rouffins
ou chevaux entiers , attelés avec un co
lier. Il ne leur faut de qualités , que celle
de tirer bien & fort , qu'ils foient bien
étoffés de par-tout , le poitrail large , &
les épaules nourries , car la péfanteur feu
le de ces parties leur aide beacoup à en
traîner les fardeaux , qu'ils doivent voi
turer.
Les chevaux de bats , ou de bagage ,
qui fervent à la guerre , à porter des far
deaux " font dans le genre des chevaux
communs. Il doivent être bien traverſés ?
& avoir furtout des reins bons & forts.
Les chevaux de Meffager , qui font def
tinés à porter des balots d'un endroit à un
autre , font d'une eſpéce plus mince , afin
qu'ils foient plus légers , car ils vont fou
vent au trot. Ils doivent d'ailleurs avoir
les qualités des précédens à proportion de
leur eſpéce .
REA
Je ne parlerai point des chevaux de fel
2 Je
le , qui font à différens ufages , pour les
voyages , la guerre, & la chaffe. Les che
vaux de voyage comprennent les chevaux
Tiiij
224
LE PARFAIT
de Maître & de Domeftique. Les chevaux
de guerre, comprennent ceux que le Roi
les Princes , les Officiers Généraux mon
tent , ceux des fimples Officiers , des Ca
valiers ,Dragons, & Timbaliers. Comme il
y a la chaffe aux chiens courans , & au
chiens couchans , il y a pour la premiere
les chevaux de Maître , & de Piqueurs , &
pour la derniére les chevaux d'Arque
bufe.
Tous ces différens ufages exigent dif
férentes qualités aux chevaux , qui font
détaillées dans le nouveau Parfait- Maré
chal , & dont je ne parle point ici , parce
que ces inftructions font peu néceffaires à
un Cocher.
Difficulté de méner un Chevalfort en
bouche , avec un autre qui ne l'eft
pas.
Un cheval fort en bouche , & un che
val foible ne peuvent travailler enſemble.
Le cheval fort traîne feul le caroffe , & il
arrive que travaillant toujours feul , il dé
perit à méfure que l'autre augmente. Il eft
rare qu'un cheval fort en • bouche ne foit
très-vif , mais fa vivacité ne dure pas. Ces
fortes de chevaux en moins de deux ans pe
giffent par les jambes , quand ils tombent
COCHER.
B
&
225
entre les mains d'un Cocher , qui ne fçait
pas les gouverner. Parmi les chevaux forts
en bouche, il y en a quila portent au vent,
d'autres qui fe ramènent trop. Il faut aux
premiers de longues branches à leur mors
de bride , & aux autres de fort courtes >
parce qu'ils appuyent les branches de leur
mors de bride contre leur poitrail. Car
jamais un cheval ne prend le mors de bri
de avec les dents , & lorfqu'il eft armé , il
vaudroit autant le tirer par le bout de la
queue , que de le rétenir par les raînes de
la bride. Les chevaux , qui portent la bou
che au vent , ne font pas moins dangereux,,
file Cocher qui les méne , ne les fçait bri
der , & bien emboucher. Quand il fe ren
contre que deux chevaux attelés au caroffe
$
font fujets à l'un ou à l'autre de ces défauts,
c'eft un très-mauvais équipage. S'il n'y
en a qu'un des deux , on eft pas expoſé à
tant de dangers.
Inconvenient des Chevaux , qui ont la
Languegroffe & longue.
Quand un cheval a le barbouchet me
nu , ou étroit , & la bouche fort fenduë
e'eftune marque qu'il eft fort en bouche.
Il y a des chevaux , qui ont de groffes
Jangues , & fort longues ; ils font fujets à
226
LE PARFAIT
la tirer , quand ils travaillent : cela eft di
forme, ils en font même incommodés dans
les chaleurs. La pouffiére s'amaffant fur
leur langue , & s'y féchant , leur ôte la ref
piration & entrant jufques dans le gozier,
leur cauſe une altération fi grande , qu'el
le leur déféche les poulmons , s'ils font
long - tems fans boire. Le réméde qu'il y
faut apporter eft de leur couper autant de
langue , qu'il en paffe dehors de la bouche
au-delà de la lévre inférieure,
Fineffe de ceux qui contremarquent
les Chevaux.
Il y a des perfonnes,qui contremarquent
les chevaux , en leur limant les dents avec
une lime douce , pour les faire toujours
paroître à huit ans, quoiqu'ils ayent dou
ze ou quatorze ans. Ces fineffes ne fer
vent qu'à tromper ceux , qui ne s'y con
noiffent pas. Les bons Connoiffeurs ne s'y
trompent jamais .
Il y a plufieurs façons de contremar
quer , c'est-à -dire , d'ajufter la dent de
maniére qu'elle paroiffe noire & creule.
La plus commune eft le burin. Ils creu
fent la dent avec unburin , puis ils noircif
COCHER .
227
fent ce creux avec de l'ancre double Ils le
noirciffent encore avec un grain de feigle,
qu'ils mettent dans le creux , & qu'ils
brûlent enfuite avec un fer rouge. Mais il
eft bon d'avertir ici que la marque noire à
la dent, s'il n'y a point de creux, nefignifie
rien pour l'âge , quelque chofe que dife
un Maquignon, pour perfuader que le che
val marque encore.
Il faut un peu de pratique , & d'exa
men pour connoître les creux naturels des
chevaux , qui marquent , & alors on n'eft
guéres trompé à la contremarque : car on
trouve ordinairement la dent rayée à côté
du creux , parce que fouvent le cheval re
muëpendant l'opération,ce qui fait gliffer
le burin fur la dent: on trouve auffi le noir
de la dent plus noir que la naturelle. D'ail
leurs pour les chevaux on a récours aux
crochets.
Autres fineffes & tromperies des Ma
quignons.
Si les chevaux font vieux , les Maqui
gnons maladroits leur ſcient ou leur li
ment les dents de devant en deffus , d'au
tres plus avifés les liment par devant en
bec de flûte , afin d'effacer l'avance des
228
LE PARFAIT
dents , & n'y touchent point par- deffus.
A l'égard des premiers , la trompérie eft
facile à connoître , quand le cheval a la
bouche fermée , car les dents de devant
ne ſe joindront plus , à cauſe que les ma
cheliéres les en empêchent. Aux autres il
eft aifé de voir que le noyau , ou le coeur
de la dent paroît plus brun. Ce noyau a
été découvert en limant " de plus la dent
paroît voutée , comme fi elle rétournoit
en dedans.
Lorfque le cheval eft fillé , c'eft-à-dire,
qu'il lui eft venu des poils blancs au- def
fus des yeux, qui font une marque de vieil
leffe , s'il a peu de ces poils , ils les lui ar
rachent. En y regardant de près , on peut
découvrir qu'il y a en cet endroit du poil
arraché;fi ces poils blancs font en quantité,
ils leur donnent la couleur bay ou noire ,
fuivant le poil du cheval,
Les Maquignons peignent auffi les che
vaux en bay , en bay brun , ou en noir
pour les empêcher d'être réconnus, ou pour
en accommoder celui qui aime mieux ces
fortes de poils ; mais lorsque le cheval
muë, il rédevient de fa couleur naturelle,
& quelquefois quinze jours après qu'il a
été peint , fi on a épargné la couleur.
On tait auffi des étoiles , ou pelotes ar
5
COCHE R.
220
tificielles , pour que le cheval ne foit pas
fain , ou pour appareiller des chevaux de
caroffe. On les connoît en ce que les poils
blancs font beaucoup plus longs que les
autres , & que communément au milieu
de la pélote , il fe trouve une eſpace ſans
pol . Les fauffes queues leur fervent >
lorfqu'ils ont des chevaux,qui ont la queuë
coupée , & qu'on leur demande des che
vaux → qui ayent toute leur queuë. On
fent aisément la fauffe queue avec la main,
car elle eft liée fous le crin de la queuë
coupée.
Aux bouches féches , ils frottent les
mors avec des drogues qui font venir l'é
cume , & aux bouches péfantes , ils met
tent dans les lévres une petite chaînette
attachée à la bride & à la gourmette :
cette chaînette eft difficile à apperce
voir.
Ils favent arrêter la pouffe , & il eſt
bien difficile de s'en appercevoir : ils ar
rêtent auffi la morve pendant douze heu
res : on peut le découvrir pour peu qu'on
en ait defoupçon en ferrantlegozier,ce qui
fait touffer le cheval. Si après avoir touf
fé , il femble qu'il ravale quelque chofe
on doit fe méfier de la morve.
- Ils refferrent les molettes pendant un
tems , mais on voit le poil plus uni dans
LE PARFAIT
230
la place des molettes qu'ailleurs. Ils délé
chent les eaux du foir au matin. Lorſque
la jambe n'eft pas gorgée , on ne peut gué
res s'en appercevoir , finon qu'on ne fent
pas le paturon bien net ; mais ils ne peu
vent guéres cacher une jambe gorgée , &
quelque chofe qu'ils difent alors , on ne
doit point s'y laiffer aller.
Comme les Maquignons font attentifs
à tout ce qui peut faire valoir leurs che
vaux , s'ils en ont qui foient lourds & pa
reffeux , ils leur donnent tant de coups de
foüet dehors & dedans l'écurie , qu'à la
feule vue du foüet , quand le Maquignon
le tient ils font toujours en l'air. C'eft
pourquoi plus on verra le cheval fouetté
ou fe tourmenter à la vûë de Maquignon,
plus il faut fe méfier de fa légereté & de fa
bonté. On doit alors régarder aux yeux
du cheval , fi on les voit triftes & immo
biles , quoiqu'il foit toujours inquiet &
en mouvement > on doit être perfuadé
que c'eft une Roffe.
Il y a encore d'autres trompéries , dont
les Maquignons fe fervent particuliere
ment pour les chevaux de felle , mais com
me ils ne font point de mon ſujet , je n'en
parle point. On ne peut limiter toutes les
fourberies de ces Meffieurs , car ils en in
ventent à méſure qu'ils en ont besoin
0
114
W
COCHE R.
237
Les Marchands à Paris , doivent garan
tir leurschevaux , depouffe , morve , cour
bature , & boiteux d'un vieux mal, le tout
pendant neufjours , pendant lequel tem's
on les peut contraindre en juftice à répren
dre leur cheval. Après les neufjours ils
n'y font plus obligés .
Maniére
d'examiner un Cheval de
Caroffe avant que de l'acheter.
Quand on veut acheter un cheval de
quelque efpéce qu'il foit , il faut tâcher
d'abord de pouvoir l'examiner dans l'écu
rie tranquillement, afin de voir s'il fe fou
Jage tantôt fur un pied , tantôt fur l'autre ,2
ou s'il avance un pied de devant : ce qui
dénote qu'il a les jambes fatiguées.
On examine fes yeux , le faifant arrêter
à la porte de l'écurie. Quand il eſt ſorti ,
la premiere chofe qu'on doit faire , eft de
Jui régarder dans la bouche pour connoître
fon âge , puis on confidére fa figure
en général on lui manie enfuite la gana
che, pour fçavoir s'il n'a point de glandes,
& fi elle eftbien ouverte . On régarde dans
les nazeaux pour voir s'il n'eft point chan
cré , ce qui pourroit être un figne de
morve.
On régarde & on parcourt avec la main
232
LEPARFAIT
le garrot , les épaules , les jambes , les jär
rets , pour voir fi le tout eft bien condi
tionné , bien fain , & bien nét de tous dé
fauts. On régarde le flanc pour voir s'il
n'eft point alteré ; les pieds deffus , deffous
& dedans. On fait lever le pied , & on fait
frapper avec le gros du foüet , ou autre
chofe deffus le fer , pour connoître fi le
cheval eft aifé à ferrer , c'eft- à-dire , s'il
ne retire pas le pied quand on frappe
deffus.
On le fait trotter pour voir s'il ne boite
pas , & s'il trotte bien. Après quoi on
l'effaye à l'emploi pour lequel il eft defti
né , c'est-à-dire au caroffe , en le mettant
à un chariot , ou à la charette. S'il doit
fervir à la felle on monte deffus , & on
voit s'il eft difficile à ſeller & à brider.
Toutes ces cérémonies faites , file che
val convient , on en fait le prix , puis on
le méne à l'écurie , on lui jette un peu
d'avoine , pour voir s'il mange bien fans
tiquer , & fans inquiétude , & on finit le
marché.
De la méfure , & de la taille des che
vaux de caroffe & autres.
Il y en a qui connoiffent à vue d'oeil la
hauteur d'un cheval. Pour en être plus sûr
COCHER.
233
Il faut le méfurer avec la chaîne , ou avec
la potence. On fe fert plus communément
dela chaîne,parce qu'elle eft plus portative:
mais la méfure avec la potence eft la plus
exacte.
"J
La chaîne eft faite de petits chaînons
de fer , où de laiton haute de fix pieds ,
marquée de pied en pied par un fil de lai
ton tortillé , & depuis le quatrième , juf
qu'au fixieme pied , d'autres petits fils de
fer, où de laiton marquent les pouces : au
bas de la chaîne eft un plomb.
Lorfqu'on veut méſurer un cheval , on
laiffe tomber le plomb au bas du fabot de
la jambe de devant à côté , puis coulant
la chaîne le long de l'épaule , on s'arrête
au haut de la pointe du garrot , puis on
compte fur la chaîne les pieds & les pou
ces , jufqu'à l'endroit , où on s'eft arrêté ,
& on a la hauteur du cheval ſuivant cette
S
JV
4
1
méfure , qui n'eft pas parfaitement exacte,
parce qu'elle peut être altérée par l'épaule,
plus ou moins charnuë de deux chevaux
de taille égale , ce qui fait quelque
fois jufqu'à un pouce & demi de diffé
rence.
La potence n'eft autre chofe qu'une ré
gle platte de fix pieds de haut , féparée
par pieds & par pouces , le long de la
quelle coule par le moyen d'une mortoi
11. Partie
V
LE PARFAIT
234
fe , une autre régle placée d'équerre avec
la toiſe ou la régle de fix pieds , faiſant la
figure d'une potence .On place la premie
re régle de fix pieds , faiſant la figure
d'une potence , toute droite , & touchant à
terre près du bas du fabot à côté , & on
hauffe , ou on laiffe l'autre régle , jufqu'à
ce qu'elle touche fur le milieu du tran
chant du garot , puis comptant fur la toi
fe , jufqu'à l'endroit où cette régle eft de
meurée , on connoît préciſement la hau
teur du cheval.
Un cheval de caroffe ordinaire eft de
cinq pieds ; un très grand cheval de carof
fe ou de voiture eft de cinq pieds , cinq à
fix pouces. Un cheval ordinaire eft de
quatre pieds , huit à neuf pouces. Un
double Bidet de quatre pieds , cinq à fix
pouces ; & un Bidet eft d'environ de qua
tre pieds. Il fe trouve des Bidets de trois
pieds de haut , mais ils font rares , & de
peu d'utilité.
Des allures des chevaux de caroffe &
autres.
Les allures des chevaux font le pas , le
trot , l'ambl , le galop , & les trains
e
rompus , qui tiennent de deux Allures en
COCHE R.
235
femble , qui font l'entrepas ou le traque
nard , & l'aubin. Le trot eft l'allure , qu'on
examine à tout cheval , qu'on veut ache
ter en le faiſant trotter en main , & c'eſt
celle que l'on confidére le plus aux che
vaux de caroffe , parce qu'ils font prin
cipalement deſtinés à celle- ci. C'eft par el
le que je vais commencer.
Lorſqu'un cheval trotte en main , il
faut examiner, s'il trotte franc & vigou
reuſement , c'eft-à-dire , fi le derriére chaf
fe bien le devant , fi le trot eft vîte &
file cheval trotte la tête haute , &
égal
les reins droits , c'eſt- à-dire , s'il ne berce
point , & ne dandine point. On dit que le
cheval berce & daudine , lorfqu'on voit la
croupe balancer , parce qu'alors les han
ches baiffent altérnativement à chaque
tems de trot , ce qui marque un cheval
mol & fans force.
Pour voir fi un cheval trotte bien de>
vant lui , on fe place préciſement derrié
re le cheval , quand il jette les jambes de
i
devant en dehors , elles paroiffent au-de
là de la ligne du corps à chaque tems de
trot , s'il trotte mal : mais s'il trotte bien
devant lui , les jambes de derriére cachent
entierement celles de devant.
Le pas eft la plus lente , & la plus po
fée des allures des chevaux , & en même
V ij
LE PARFAIT
236
tems celle qui fatigue moins un cheval
Le pas eft auffi une des allures des che
vaux de caroffe , quand des Maîtres veu
lent faire ménager leurs chevaux. Les
qualités du pas font d'être doux , prompt,
ou léger , ou sûr. Ilfaut pour que des che
vaux de caroffe ayent le pas doux , qu'ils
ayent les mouvemens des épaules , des
hanches , & de reins fort lians , de façon
qu'on ne les reffente prefque pas.
Ils doivent avoir un grand pas , c'eſt-à
dire , avancer au pas le plus qu'il eft pof
fible fans dandiner , tenant toujours leur
tête haute & en même fituation , qu'ils ne
levent pas trop les jambes, car ilsfe les fati
guent, & les ruinent plus ailément ; qu'ils
ne les levent pas auffi trop peu , car alors
ils ont , ce qui s'appelle des allures froi
des , & font fujets à broncher : que le der
riére fuive bien le devant , c'eft à-dire *
qu'ils pofent leur pied de derriére à la pla
ce où étoit celui de devant , & non au
delà J ce qui marqueroit foibleffe de
reins.
Les chevaux qui paffent leurs pieds de
derriére au- delà de celui de devant , ont
les hanches trop longues , font fûr leurs
épaules , dandinent , ce qui leur donne un
pas dégingandé ; & de plus font fujets à
forger. Il faut que les chevaux qui vont le
COCHE R.
237
pas ayent la jambe sûre , qu'ils ne croiſent
point leurs jambes de devant , qu'ils ne
portent leurs jarrets ni en dehors ni en de
dans , qu'ils ne piaffent point , ni ne tré
pignent , & qu'ils n'ayent point d'ar
deur.
Le pas rédoublé eft un pas plus vite que
l'ordinaire , moyennant un mouvement
plus prompt des jambes du cheval. On peut
faire faire ce pas aux chevaux de caroffe
quand il eft néceffaire , & pour les reveil
ler , lorſqu'on les a fait aller long- tems le
pas , & qu'on ne veut fimplement que ſe.
promener , ou les faire fortir pour leur fai
reprendre l'air.
S'il y a des Cochers , qui pour obeïr à
leurs jeunes Maîtres font aller leurs che
vaux au galop , parce qu'ils ont une voi
ture fort légere & des chevaux fort vifs .
ce n'eft pas un exemple à fuivre pour les
autres Cochers . Le galop n'a jamais été
&ne doitjamais être l'allure des chevaux de
caroffe, fur-tout dans Paris,à moins qu'on
ne veuille faire périr les chevaux , briſer
la voiture , eftropier les Maîtres , c'eft le
moins. Mais s'il y a des occafions preſſan
tes où l'on doit faire aller en Campagne
des chevaux de caroffe plus que le trot ,
cela fe doit faire avec précaution . Les che
uaux de caroffe font ordinairement trop
LE PARFAIT
péfans pour courir le galop . Cependant
238
en voici les régles.
Des chevaux doivent courir aifément ,
& très-légerement , fans faire un mouve
ment trop élévé des jambes de devant ,
ce qui marque que les chevaux peinent au
galop, parce que les épaules ne répondent
pas. Il faut qu'ils fe tiennent toujours dans
une belle fituation, la tête haute & les han
ches baffes , que le derriére chaffe le de
vant , de façon qu'on ne voie point le de
vant ſe poſer , & enfuite le derriére " ce
qui s'appelle courir à deux tems : mais il
faut que les quatre jambes foient,pour ain
fi dire , toujours en l'air.
Les chevaux , qui ont les hanches trop
longues , ne peuvent pas aller au petit ga
lop, ils ne galoppent que vite , parce qu'ils
ne faurroient ployer les jarrets , & mettre
les jambes fous eux. Quand les chevaux
qui galoppent , levent trop le devant , cet
te façon leur fait perdre de leur viteffe , &
marque même qu'ils ont peu d'haleine .
L'amble eft à- peu- près égal en viteſſe
au trot , c'eft une allure naturelle à quel
ques chevaux , & forcée à d'autres , c'eft
à dire , qu'on apprend à ceux - ci à aller
l'amble. Cette allure a fon agrément, quand
elle eft naturelle , car elle ne ſe fécouë pas
comme le trot , & elle avance autant. Elle
.
ا
COCHER .
239
mainti
fe
ent auffi davantage que l'artifi
cielle : car celle-ci remue d'une façon, qui
n'eft pas fort agréable . Tout cheval
d'amble n'a jamais les épaules bien li
bres.
On connoît à l'œil les beaux Chevaux:
& les bonsfe connoiffent par le
travail.
On ne fe trompe guéres à la beauté d'un
cheval , pour peu qu'on en fache l'affem
blage ; mais la bonté ne fe peut connoître
que par l'ufage qu'on en fait , c'eſt-à- dire ,
le faifant travailler , & même ſouvent. Les
Ecuyers & les Maréchaux s'y trompent ,
& pour s'y bien connoître , un Cocher
doit être experimenté.
Manière de connoître l'âge des Che
vaux par le nombre de leurs
dents.
On connoît l'âge des chevaux à la dent.
Quand un Poulain a atteint l'âge de qua
tre ans , les dents de lait tombent . Il en re
vient d'autres. A cinq ans les dents à cro
chet tombent , il en revient d'autres plus
fortes , & les dents de pince ſe fortifient.
LE PARFAIT
240
Sur la tête des dents de pince au milieu
il refte un petit creux , lequel eft noirâtre
en dedans. Ces trous ou creufets fe rem
pliffent à méfure que le cheval avance en
âge. A fix ou fept ans les dents de pince
font prefqu'égales de hauteur . A huit ans
elles le font toutes. Elles demeureut dan's
le même état jufqu'à neuf. Après neuf ans
les dents de pince de deffus , commencent
à dérazer celles de deffous , & alors on
connoît que le chevala neuf ans paffés.
F'on peut dire de
Voilà en général ce que
l'âge des chevaux.
Mais pour entrer dans un plus grand
détail , il faut fçavoir que les chevaux ont
douze dents , de devant , fçavoir , fix à l'a
machoire fupérieure , couvertes par la lé
vre fupérieure , & fix à la machoire in
férieure . Il vient au Poulain peu après fa
naiffance douze dents de lait , qui font
courtes , fort blanches & nullement creu
fes ; celles d'en bas font marquées , il gar
de ces dents de lait jufqu'à environ trente
mois ou deux ans & demi.
A deux ans & demi , & quelquefois à
trois ans il tombe deux dents du milieu de
chaque machoire , qu'on nomme les pin
ces , parce que c'eft avec ces dents que le
il
cheval pince l'herbe , & en quinze jours
en revientd'autres à leurs places moins
blanches ,
DS
i
COCHE R.
241
blanches , plus fortes , noires & creuſes en
deffus , & alors le cheval n'a que deux ans
& demi ou trois ans tout au plus , & il a
encore huit dents de lait.
A trois ans & demi , & rarement à qua
tre ans , les deux dents de lait , qui font à
côté des deux pinces de chaque machoire
& qui fe nomment les mitoyennes , parce
qu'elles font entre les pinces & les dents
du coin, tombent, & environ quinze jours
après en vient d'autres de la confiftance
de pinces alors le cheval n'a que trois ans
& demi , ou quatre ans. Il a encore qua
tre dents de lait ›, deux en haut & deux
en bas ; & alors le creux des pinces eft à
demi ufé.
·A quatre ans & demi on environ , les deux
dernieres dents de lait à chaque machoire ,
qui fe nomment les coins , ou les dents des
coins , parce qu'elles terminent de chaque
côté les dents de devant , tombent , & il
en vient d'autres à leurs places. Les coins
pouffent à la machoire d'en haut , bien
avant ceux de la machoire d'en bas. Ces
derniéres dents ne font pas parvenuës à la
longueur qu'elles doivent avoir dans quin
1
zejours , comme les pinces & les mitoyen
nes . Elles ont cependant autant de largeur
dès leur naiffance , & font tranchantes.
S
Elles viennent après les crochets d'en bas ,
II. Partie.
X
242
LE
PARFAIT
quelquefois en même-tems , quelquefois
avant.
Lorfque les coins pouffent , il femble
que la dent ne faffe que border la gencive
par dehors , & le dedans eft garni de chair
jufqu'à cinq ans . Alors la chair du dedans
eft toute retirée , & la dent fort de la gen
cive de l'épaiffeur d'un écu blanc. C'eft vers
ce tems que les crochets d'en haut pouffent
affez ordinairement . De cinq ans à cinq
ans & demi , la dent du coin reſtant tou
jours creuſe en dedans , eft fortie de l'é
paiffeur de deux écus. De cinq ans & demi
a fix ans , elle eft fortie de l'épaiffeur du
petit doigt , & le creux s'étant effacé au
tour de la dent , il n'y refte qu'un petit
creux noir dans le milieu qu'on nomme le
germe de féve , parce qu'il a la figure du
germe d'une féve. Alors le creux des pin
ces eft totalement ufé , & celui des mi
toyennes l'eft à demi. Ainfi depuis que le
cheval eft parvenu à fix ans , on ne ré
garde qu'aux coins › aux mitoyennes &
aux crochets , attendu que lá marque des
pinces eft ufée.
A fix ans complets , le germe de féve
des coins eft diminué , & les crochets ac
querent toute leur longueur. A fept ans la
dent eft longue , environ le travers du
troifiéme doigt , & le germe de féve , ou
me
C O C H E R:
243
le creux eft beaucoup diminué. A huit ans
la dent eft longue comme le deuxième
doigt , & le cheval eft razé & ne marque
plus , ce qui fignifie que la dent n'a plus de ,
creux noir , & eft toute unie.
Il y a des chevaux , qui confervent une
marque noire aux coins après les huit ou
neuf ans , mais elle n'eft pas creufe , ainſi
par là on reconnoît qu'elle ne fait rien à
l'âge.
Il eft affez rare que les jumens ayent des
crochets , lorfqu'elles en ont , ils font
beaucoup plus petits , que ceux des che
vaux " & ne fervent qu'à faire connoître
l'âge. Les crochets d'en bas pouffent , &
font hors de la gencive avant ceux de def
fus. Les chevaux font quelquefois mala
des avant que les crochets d'en haut leur.
percent , mais ils ne le font jamais pour
les crochets d'en bas.
Il y a des chevaux , qui n'ont plus de
dents de lait , & qui n'ont pas encore per
cé leurs crochets d'en haut , quoiqu'ils
ayent mis les coins. Cependant les cro
chets viennent ordinairement avant les
coins. Quand on fe connoît au crochet ,
& à la dent du coin , on fe trompe rare
ment fur l'âge. Si le cheval n'a quefix ans,
le crochet d'en haut eft un peu canelé , &
creux par- dedans .
X ij
244
LE PARFAIT
Lorfque le cheval arazé , c'eft-à- dire ,
à huit ans
une rémarque des meilleures
eft celle du crochet , principalement de
celui d'en haut. S'il fe trouve tout ufé ,
& arrondi , le cheval a au moins dix
ans.
Le crochet d'en bas eft auffi une fort
bonne rémarque. Les jeunes chevaux l'ont
pointu , médiocrement grand , tranchant
des deux côtés & fans aucune craffe. A
méfure que les crochets avancent en âge
?
les crochets d'en bas grandiffent, s'émouſ
fent , s'arrondiffent , & deviennent craf
feux , puis ils deviennent fort gros &
ronds , & enfin dans la vieilleffe ils pa
roiffent jaunes & tout ulés.
On connoît auffi la vieilleffe à la lon
gueur des dents . Plus la langue eft longue
& décharnée , plus elle a amaffé de roüil
le " & plus elle eft jaune , plus le cheval
eft vieux. De plus à méſure que le cheval
vieillit , les pinces avancent , comme pour
fortir de la bouche,& dans l'extrême vieil
leffe elles vont quafi tout droit en avant.
Quelquefois ce font les dents d'en haut ,
& quelquefois ce font les dents d'en bas
qui avancent , & quelquefois auffi tous les
deux rangs enſemble : alors le cheval eft
dit faire les forces , à caufe de la reffem
blance que fes dents ont dans cette ſitua
COCHER
M
245
tion avec une espéce de tenaille , qu'on
appelle des forces.
Maniére de connoître l'âge des chevaux
quand ils ne marquent plus.
Quand des chevaux ne marquent plus ,
il y a d'autres indices que ceux des dents
pour connoître leur âge mais plufieurs
de ces rémarques ne font pas abfolument
sûres.
Le poil blanc à l'endroit du fourcil ,
lorfque le cheval n'eft ni gris , ni blanc ,
eft une marque quafi affûrée que le che
val a paffé fa quinze ou fa feizième année.
On appelle un cheval ainfi marqué , un
cheval qui a fillé.
Le palais décharné indique la vieilleffe ,
car à méfure que les chevaux avancent en
âge , les fillons de leurs palais , qui dans la
jeunefle étoient élévés & charnus , s'ab
baiffent peu à peu : & enfin le palais fe dé
féche de façon , qu'aux vieux chevaux les
C fillons font totalement éffacés.
1
Lorfqu'en maniant l'os de la ganache
quatre doigts plus haut que la barbe , on
fent qu'il eft rond , c'eft une marque de
jeuneffe : fi on le trouve aigu & tranchant,
le cheval eft vieux.
Si on tire à foi la peau fur la ganache ,
X iij
246
LE
PARFAIT
ou fur l'épaule , & qu'elle ne fe remette
pas vite en fa place , c'eft figne de vieil
leffe.
Comme il eft fort rare de trouver des
Poulains,& de jeunes chevaux tout blancs ,
& que les chevaux gris blanchiffent en
vieilliffant , il arrive fouvent qu'un che
" val blanc n'eft tel
qu'à cauſe qu'il eft
vieux.
Chevaux qui marquent toute leur vie.
Il y a des chevaux, qui confervent leurs
· avan
'dents jufque dans un âge très
cé , belles , blanches & courtes . Ils font
:
bons à contremarquer , les Maquignons
ne manquent pas de lefaire.
Les chevaux qui marquent toute leur
vie font appellés Béguts. A ces chevaux
le creux noir des dents s'ufe peu , de fa
çon qu'ils paroîtroient toujours n'avoir
que fix ans. Les chevaux hongres y font.
plus fujets que les chevaux entiers.
Il y a deux fortes de chevaux Béguts »
fçavoir , ceux qui marquent de toutes
mais ils n'en font que plus.
les dents
aifés à diftinguer , car à trois ans &
demi , lorfque les mitoyennes viennent,
la marque des pinces eft à demi uſée. A
fix ans le creux des pinces eft ufé a & les
COCHER .
th
2+7
mitoyennes à demi ufées ; ainfi lorſqu'on
voit que les pinces & les mitoyennes
marquent également , le cheval eft sûre
ment Bégut ; & l'on peut diftinguer for
âge aux autres fignes que j'ai ci- devant ex
pliqués à l'article de connoître l'âge des
chevaux .
La deuxième forte des chevaux Béguts,
eft ceux qui ne marquent pas à toutes les
dents , mais qui marquent toute leur vie.
A ceux -là on reconnoît l'âge à la longueur
des dents , aux crochets & aux autres fuf
dites marques .
Des Poils.
Lorfqu'on veut diftinguer la couleur
d'un cheval , on fe fert du terme de Poil
au lieu de celui de couleur. Ainfi au lieu
de dire un cheval eft d'une telle couleur "
on doit dire il eft d'un tel Poil.
Un homme qui fe connoît à la beauté ,
& la bonté des chevaux , doit encore
fçavoir , qu'il y a des poils dont on fait
plus de cas que les autres , & par lefquels
même on juge de la bonté des chevaux.
Tous les Poils différens ne proviennent
que d'un mêlange , qui fe fait de divers
8
Poils , qui croiffent naturellement fur les
chevaux, & qui n'ont pris leur noms , que
X iiij
LE PARFAIT
248
par rapport aux couleurs , qui dominent
le plus ,
& felon qu'il a plû aux hom
mes de les leur impofer , d'autant que la
plupart de ces noms ne font qu'arbi
traires.
Différens Poils des Chevaux.
II y a par rapport aux chevaux trois
fortes de Poils appellés fimples ,parce qu'ils
ne font mêlés d'aucun autre . Ce font le
blanc , le noir , & le bay. Les compofés
font en plus grand nombre . On les nom
me ainfi à caufe de leur mélange avec les
premiers. Il y a des chevaux de caroffe de
toutes fortes de Poils . On en voit , mais ce
n'eft qu'aux équipages de quelques Prin
ces , Princeſſes , & Seigneurs de la Cour à
Poil blanc , blanc pâle , blanc luifant ,
blanc mêlé de noir , gris , gris fâle , gris
brun , gris -fanguin , gris argenté , gris
moucheté , gris pommelé , gris charbon
né , auber , poil étourneau- pie , tygres ,
fabelle , & porcelaine . Les attelages de
ces différentes couleurs font rares , & d'un
très grand prix . La couleur ordinaire des
chevaux de caroffe eft poil noir , noir mo
re , noir mal éteint , poil rubican . Plu
fieurs jeunes gens de condition ont à leurs
équipages des chevaux à poil bay , bay
1
呵
COCHER.
249
brun , bay clair , bay doré , bay mirouet
te ; alezan clair , alezan brun , louvet ,
cerf, rouan , rouan vineux , rouan caveffe
de more. Entre tous ces poils , il y en
a de plus eftimés les uns que les autres.
On juge même de la bonne ou mauvaiſe
qualité d'un cheval par fon poil. Ceux qui
voudront en fçavoir davantage fur cet ar
ticle , peuvent confulter le livre de la con
noiffance des chevaux , & le nouveau
Parfait-Maréchal. Ils y trouveront de quoi
fatisfaire entierement leur curiofité fur
cette matiére.
Explication de toutes les parties exté
rieures du corps d'un Cheval.
Tête.
J'ai déja fait en général le portrait d'un
cheval beau & parfait. Examinons à pré
fent toutes les parties. La tête d'un cheval
doit être petite & féche. Quand les nerfs ,
& les veines y paroiffent , c'eſt un très-bon
figne. Un cheval a groffe tête n'a point
d'agrément. Il eſt péfant à la main. Ce
pendant on fouffre des chevaux à groffe
tête à un caroffe & au trait , quand ils ont
la tête groffe d'offemens feulement , &
non de chair. Celles- ci font fujettes aux
maux des yeux.
250
LE
PARFAIT
Cou , Langue , Barres.
Uncheval de felle & de caroffe doit avoir
le Cou long & bien garni , les machoires
petites & maigres , la bouche médiocre
ment fendue. Une bouche , qui écume eft
la marque qu'un cheval eft de bonne conf
titution.
La langue doit être déliée , ni trop
grande , ni trop courte. Les chevaux , qui
l'ont groffe font lourds ordinairement à
la bride , on a de la peine à les bien em
boucher 2 mais on n'y regarde pas de fr
près pour des chevaux de tirage. Il n'en
font pas même moins eftimés , quand
ils font bons d'ailleurs.
Pour qu'un cheval obéiffe au mors , il
faut qu'il ait les barres petites , & féches &
les levres déliées , & tournées en dehors.
Mais cela n'eft bon que pour les chevaux
de parade .
Oreilles , Front.
On cherche dans un cheval les oreilles
petites , droites , pointues , très - peu
épaiffes , bien éveillées , placées avanta
geufement au plus haut de la tête . Un che
val qui lesporte bien , les porte en avant ,
COCHER.
251
foit qu'il galope , ou qu'il aille au pas.
Quoique les Oreillards n'ayent pas tant
de grace , on en fait cas pour le caroffe.
Un Front médiocrement large , le de
vant de la tête étroit , avec un épi , & mar
quée d'une étoile , eft un beau front de
cheval. Ceux qui n'ont pas d'étoile paffent
pour défectueux.
Yeux.
On cherche dans un cheval des yeux
beaux , bien nets , & bien clairs. Ceux qui
ont de la vivacité & du feu dans les yeux
font très- eftimés. La fierté , la réfolution
font d'excellentes qualités dans l'oeil d'un
cheval. On veut dans cet animal un régard
fuperbe , mais fixe , & non hagard. Les
yeux médiocrement gros font les meil
leurs. On mépriſe les yeux petits , qu'on
appelle yeux de cochon . Les yeux enfon
cés , accompagnés de fourcils élévés ſont
la marque d'un cheval malicieux , dont il
faut fe défier. Les plus gros ne font pas
eftimés. Quand ils fortent trop , ils déno
tent un cheval , dont les défauts font
dangereux , mais ils font fiers , & coura
geux , & bons pour le caroffe. Les yeux
doivent être à fleur de tête , & la prunel
le en doit être grande. Les yeux noirs dans
252
LE
PARFAIT
un cheval marquent un tempèrament doux
Les yeux blancs , qu'on appelle yeux de
chat ne font pas fi bons. Les premiers
voyent mieux pendant le jour , les autres
font plus affûrés pendant la nuit.
Maniére d'examiner
les
Yeux des
Chevaux.
Pour confidérer les yeux d'un cheval ,
on cherche l'ombre ; on les examine au
travers , & non vis- à-vis , & on porte la
main au-deffus de l'oeil , pour en rabattre
le grand jour. On prend garde fil'œil du
cheval eft clair. Cette netteté fe rémarque
fur la vitre , qui eft le criftal tranſparent ,
qui enferme toute la fubftance de l'oeil.
Ön confidére cette partie avec attention ,
pour voirs'iln'y a point quelques tâches de
blanc tout au tour , quelque nuage , ou
obfcurité qui la couvre.
Chevaux lunatiques.
Les Chevaux lunatiques ont les yeux
de couleur feüille morte , ils font enflés
& jettent une eau claire plus chaude qu'el
le ne doit être naturellement . Il y defcend
une fluxion , fi la fluxion eft paffée , il eft
difficile de connoître , fi un cheval eſt lu
COCHER.
253
natique ; mais un cheval lunatique à l'oeil ,
où il a fouffert la fluxion , plus petit
que l'autre , trouble , noir , & brun dans
le fond.
Chevaux qui ont un Dragon.
Les Chevaux font auffi fujets à avoir
une tache blanche fur la prunelle , qu'on
appelle Dragon. Ce mal dans fon com
mencement eft difficile à cauſe de ſa peti-.
teffe , mais il eft dangereux , puiſque tôt
ou tard un cheval en devient borgne.
Les chevaux qui ont la prunelle d'un
blanc verdâtre , quoique affez tranſparen
te , nefont pas bons. Telles vûës font fu
jettes a tomber. Un œil trouble fort brun ,
plus petit que l'autre eft un mauvais figne:
c'eft un oeil perdu , qui préfage la perte
de l'autre.
Maniére de connoître un cheval aveu
'
gle.
Pour voir fi un cheval n'eft pas aveu
gle , on fait attention s'il marche d'un pas
affûré. S'il craint c'eft une marque qu'il
eft aveugle. De plus un cheval aveugle
dans l'écurie dreffe les oreilles , tourne
de côté , & d'autre , quand il entend
254
LE
PARFAIT
quelqu'un derrière lui , & il eſt crain
tif
Chevaux qui ont des fluxions.
Quand les chevaux ont les yeux humi
des , ou enflés deffous , & que cette humi
dité eft chaude , c'eft une marque qu'ils
ont des fluxions , & il ne fe faut pas char
ger de tels chevaux . Il y en a qui pour
examiner les yeux d'un cheval paffent la
main , ou le doigt devant , & s'ils les fer
ment, en jugent avantageuſement , & fort
mal s'ils les tiennent ouverts.
Chevaux ombrageux :
Les Chevaux deviennent ombrageux
par une debilité de vûë , qui leur fait ju
ger des objets autrement qu'ils ne font. Il
y en a qui attribuent ce défaut à des poils
qu'ils ont fous les paupières qui leur offu
quent la vûë , & leur rendent les objets
plus difformes. D'autres avec plus de rai
fon croyent que c'eft une humeur grof
fiére , qui tombe fur les yeux des chevaux,
leur obfcurcit la vûë , la leur rend fortin
certaine , & par-là font peu capables de
difcerner ce qu'ils voyent. On connoît un
cheval ombrageux par fa démarche , il A
vil
COCHE R.
255
ne va qu'en tremblant , par caprice , de cô
té , où d'autre , comme s'il avoit peur.
On ne doitfaire aucun cas de ces fortes de
chevaux. Ils font autant dangereux à un
caroffe , qu'à être des chevaux de felle.
Nazeaux , Bouche.
Pour qu'un cheval reſpire facilement ,
il doit avoir les nazeaux fendus & larges.
Plus ils font vermeils en dedans , plus
ils marquent de chaleur & de vivacité.
On n'embouche pas aifément un cheval
qui n'a pas la bouche grande ; le mors le
bleffe. Une bonne bouche de cheval s'ap
puye également , eft ferme & légére ,
obéit aifément , s'arrête fans branler , &
eft faine. La bonne bouche fait l'excellen
te qualité, foit d'un cheval de caroffe, foit
d'un cheval de felle . Une bouche écuman
te eſt un bon préfage. L'écume en doit
être blanche , non fluide , ni pâle , ni jau
nâtre , ni rouge.
Encolure , Crin.
Une belle Encolure eft décharnée
monte droit en haut , part du garot , va
en diminuant jufqu'à la tête. Les plus lon
gues font les plus eftimées , & celles qui
PARFAIT
LE
256
rélévent davantage que les autres. On ne
cherche pas une fi belle Encolure dans les
chevaux de caroffe , on fait même cas d'u
ne Encolure charnuë & épaiſſe , ainſi que
dans les barbes , les Chevaux d'Eſpagne ,
& les Jumens. Le Crin de la queue pour
un cheval de felle doit être en petite quan
tité. Une criniére trop épaiffe gâte la bel
le encolure d'un cheval.
Poitrine.
C'eft un ornement pour un cheval
d'avoir le garot rélévé , & affez long. Les
chevaux de felle , & les chevaux de caroffe
doivent avoir la Poitrine large , & on ne
doit pas faire de cas d'un cheval , qui a la
Poitrine ferrée & étroite.
Epaules.
Les chevaux de caroffe , & de toute
autre voiture ont befoin d'Epaules larges
pour tirer. Pour les chevaux de monture ,
elles ne doivent être ni petites , ni groffes.
Il faut prendre garde , que les chevaux ,
qui font trop chargés d'épaules ne les
ayent chevillées , c'eft-à-dire , qu'elles ne
foient pas agiffantes.
Reins
Соснев .
257
Reins , Côtés , Echine , Croupe ,
Queuë.
Les Reins bas dans un cheval le rendent
1
"
mou. On eftime ceux qui ont les reins
doubles. Un cheval qui a les côtés amples
en eft plus robufte , moins fujet aux mala
dies du flanc , & les chevaux de caroffe en
ont l'haleine meilleure. Un cheval qui a
beaucoup de poil fur l'échine , paffe pour
avoir de lavigueur. On ne fait cas que des
A
chevaux qui ont les flancs pleins. Une
croupe de cheval large , ronde , non aval
lée ni coupée , mais ronde juſqu'au haut
de la queuë , divifée en deux parties par un
canal , qui regne tout du long , juſqu'à
l'endroit où touche la croupiére , eft une
2
ĵ
belle croupe. Le tronc de la queue d'un
cheval doit être gros , court & fort . Il faut
que la queue foit garnie de crin , ferme ,
forte , & fans mouvement , & placée rai
fonnablement haut.
1
Jambes de devant.
Si l'on doit faire attention à toutes les
parties qui compofent le corps d'un cheval,
on doit encore plus confidérer les jambes ,
que toutes les autres. Les Jambes de de
II. Partie.
Y
LE PARFAIT
258
vant , qui font charnuës , arrondies , &
qu'on appelleJambes de bœuf ; comme ſu
jettes à des humeurs , ne font pas eftimées.
On ne fait cas que de celles , qui font lar
ges, plates, & nerveufes. Il faut que le ge
nou foit plat & large , le canon de même.
Le boulet doit être conforme en groffeur
à la taille du cheval , & jamais rond. Il ſuf
fit , comme je l'ai déja dit , que le fanon
foit accompagné d'un petit toupet de poil.
Les chevaux fins ont le paturon court ,
les chevaux d'une groffe corpulence l'ont
plus long. Le fabot , & la couronne doi
vent être d'égale groffeur. La corne lui
fante, grifâtre, & pleine eft la marque d'un
bon pied, la corne blanche celle d'un mau
vais pied. On doit chercher dans un che
val des talons ni trop hauts , ni trop bas
Les talons hauts font que les chevaux
n'ont pas de pas. Les talons bas font que
les chevaux font ſujets à ſe blefler dans les
lieux pierreux , & raboteux. Les quartiers
des talons ne doivent • pas s'exceder l'un
l'autre. La fourchette doit être menuë
fans être alterée , & la ſole forte & épaif
fe , avec une petite cavité au milieu du
pied. Quand les bras font nerveux , lar
ges & longs , les chevaux ſe laſſent moins,
que quand ils font courts , excepté aux
chevaux de manége auxquels il convient
de les avoir courts ,
COCHE R.
259
Jambes de derrière.
32
Un cheval doit avoir les Jambes de
derriére , comme les Jambes de devant .
larges & plates. Elles doivent deſcendre à
plomb du jarret au boulet. Quand elles font
autrement , c'eft une marque que le che
val a les jarrets , ou les reins foibles. Pour
ce qui régarde les autres parties , qui com
poſent les jambes , elles demandent la mê
me attention que celles de devant.
Cuiffes.
Un cheval qui a les Cuiffes féches , eft
un cheval mal gigoté , d'autant qu'il eft
ferré du derriére. Mais on doit faire cas
de ceux , qui les ont groffes , longues
charnues dedans & dehors , & beaucoup
chargées de mufcles & de nerfs . Plus les
chevaux ont les cuiffes entre- ouvertes
fous la queue , plus les hanches s'élargif
fent. Ils en vont plus grand pas , & ils
marchent plus ferme.
Jarrets.
Les Jarrets doivent être grands , lar
ges , mufculeux & nerveux. S'ils ne font
Yij
260
LE
PARFAIT
ni ferrés , ni pliéz , & qu'ils ayent beau
coup de foupleffe , ce font des Jarrets
parfaits.
Défauts qui fe trouvent aux Jambes
des Chevaux.
Les Jambes des chevaux ſont ſujettes à
bien des inconveniens. Il y a des che
vaux qui font bouletés , ou qui ont les
Jambes ufées , c'eft-à- dire, quife tiennent
droits fur leurs jambes.
Cela arrive aux chevaux qui font vieux,
ou pouffés de travail. Pour connoître ce
défaut on fait marcher un cheval à petit
pas. Un cheval qui a la jointe longue &
flexible eft auffi un cheval défectueux , &
n'eft pas propre pour le travail. Ce défaut
eft confidérable tant aux jambes de devant
que de derriére. Les jambes argnées ſont
des jambes entierement ruinées par le tra
vail , & qu'on ne peut rétablir. On ne fait
aucun état des chevaux brafficourts , qui
naiflent les jambes courbées en arc. Il ne
durent pas long - tems , & ne peuvent fer
vir qu'au tirage d'une charette.
COCHER.
5
コス
261
aniére de tâter les Jambes des Che
'
M
vaux.
Quand on manie les Jambes d'un che
val , on paſſe la main le long du nerfau
L
derriére de la jambe de devant , depuis le
pli du genou , jufqu'au boulet. On prend
garde fi le nerfeft gros , ferme & détaché
de l'os. Si en coulant la main tout du long
on ne fent point de dureté qui arrête , fi
entre le nerf & l'os on ne trouve point de
glaires mouvantes. Quand tout cela fe
rémarque , c'eſt un mauvais ſigne.
Différens maux qui viennent auxJam
bes des Chevaux .
Les molettes font mettre un cheval au
rébut. Les Maquignons ont l'adreffe de
réferrer les molettes pour un tems. On ré
connoît cette fraude en remarquant fi en
cet endroit le poil eft plus uni qu'ailleurs ,
& fila jambe n'eft pas travaillée. On ne ſe
charge pas de chevaux , qui ont des offe
lets aux genoux. Ce défaut n'eft pas facile
à connoître , parce que le genou & les
petits os ne femblent être que la même
chofe , & il n'y a que les connoiffeurs ,
qui foient capables de démêler ces deux
262
LE PARFAIT
fubftances. Les furos ne font pas plus
faciles à découvrir. Il y a trois fortes de
furos : le furos fimple , qui tient ſeulement
à l'os , fans adhérer aux nerfs , c'eſt le
moins dangereux. Le furos chevillé , c'eft
un calus qui croît en dehors , & en dedans
le genou , il eft mauvais : & le furos dans
le genou , dont le cheval devient eftropié ,
il eft le pire de tous.
Les Malandres , ( ce font des crevaſſes )
ruinent les jambes d'un cheval , les rendent
roides , & douloureuſes , & le font boiter,
fur tout " quand il eft vieux. Le boulet
couronné eft un amas de mauvaiſes hu
meurs endurcies , & prouve une jambe
ufée.
Les Formes font un mal dangereux , &
capable d'eftropier en peu de tems un che
val. Ce font des groffeurs dures & caleu
fes , qui croiffent fur le paturon , entre la
couronne & le boulet , fur l'un des deux
tendons , qui font en cet endroit. Un che
val arrêté, qui ne peut demeurer planté ſur
fes jambes,fait voir qu'il a les jambes uſées.
Quelquefois c'est par laffitude , ou par
trop de vivacité , comme s'inquiétant de
refter en place. Mais s'il ne fe contente
pas de s'appuyer fur la pince pour le fou
lager , & s'il a une des jambes de devant
en l'air , c'eft marque de jambes uſées. On
par
0
COCHER.
263
ne fait pas de cas d'un cheval mal planté ;
& un cheval , qui a de mauvais pieds eft
peu propre à quelque uſage , qu'on veuil
le l'employer , à moins que ce ne ſoit à
labourer la terre. Les pieds qui ont peu
de cornes font de peu de durée , & un che
val , qui a la corne ufée, n'eft pas capable
d'un bon travail. Les cercles aux pieds des
chevaux démontrent qu'ils font alterés.
On rébute les chevaux , qui ont les pieds
gras. Les avalures proviennent de plufieurs
caufes , les unes plus dangereufes que les
autres , & font fort préjudiciables aux
chevaux. Une fourchette petite , & trop
féche eft un défaut. Une fole plus haute
que la corne en eft un autre. Un pied com
ble , & écailleux , eft une difformité : on
ne le ferre que difficilement.
Un cheval encaftelé eft toujours foible,
& fujet aux feimes. Les chevaux feimés
n'appuyent que légérement leurs pieds.
Les chevaux , qui ont la corne de der
riére baffe font moux au travail . Une cor
ne féche , écailleuſe , & grande avec un
petit creux eft la marque d'un cheval qui a
de la foibleffe. La crapaudine eft une eſpé
ce de poireau , qui croît au - deffus de la
Couronne.
Les petits pieds font fujets à bien des
inconvéniens ; & les gros pieds rendent
LE PAR FAIT
264
les chevaux péfans , peu laborieux , & les
font fouvent broncher. Les pieds larges
font la même choſe , & fe déferrent faci
lement.
Autres maux de Jambes , qui ren
dent des Chevaux peu propres au
caroffe.
On ne doit pas faire cas des chevaux de
caroffe , qui ont des calus fur les jambes.
Les poireaux font dangereux ; ils croif
fent fur le boulet , & fur le paturon. Ce
font des humeurs mauvaiſes &puantes.Les
Fics reffemblent à des poireaux , mais il
n'en découle point de mauvaiſe humeur.
Uncheval qui a un pied plus grand que les
autres , prouve qu'il a été guéri de quel f
ques fics. En quelque endroit que les fics
viennent , ils rendent un cheval fort dé
fectueux. Les mules traverfiéres , autre
ment crevaſſes naiffent autour du derriére
du boulet à l'endroit du pli. C'eſt une
mauvaiſe marque , quand en tâtant le pa
turon d'un cheval , on y trouve une hu
midité puante fous le poil.
Tous ces maux font dangereux pour des
" chevaux de caroffe , parce qu'ils travail
lent dans les Villes , où il y a de la bouë ,
qui eft corrofive. Quand on examine un
cheval
COCHE R.
265
cheval il faut faire attention que les jar
rets foient fecs , & qu'il n'y ait ni vefigons,
ni varices. Les vefigons font une enflure
molle , qui vient à droit & à gauche du
jarret du cheval. La varice eft une grof
feur au dedans du jarret , près de l'endroit
où eft fituée la courbe. Les chevaux qui
ont des boulets enflés , ou couronnés, s'il
y a deffus quelque moleffe qui tienne du
nerf, font à rejetter , ainfi que ceux , qui
ont des rampins. Le rampin fe dit d'un
cheval , qui ne pofe pas également fes
با
pieds de derriére fur tout le fer , qui leve
le talon , & marche fur la pince.
Maniére de connoître quand un cheval
boite.
Pour voir fi un cheval ne boite point ;
on le fait marcher fur le pavé au pas , &
c
au trot , en le tenant en main , c'eſt le
moyen de n'être pas trompé. Outre les
défauts , que les chevaux peuvent avoir
aux yeux , & aux jambes , & dont je viens
de parler , ils peuvent en avoir aux autres
parties du corps , qui ne font pas moins
confidérables.
II. Partie .
Z
2669
'LE
PARFAIT
Défauts que peuvent avoir des Che
vaux à différentes parties du corps.
Il vient des glandes aux chevaux fous la
ganache dans le premier âge , c'eſt une
preuve , qu'ils n'ont pas jetté leur gour
me , ou qu'ils l'ont jettée imparfaitement.
Ces glandes font mauvaiſes : s'il découle
des nazeaux des chevaux quelque humeur
glaireufe , & en petite quantité , ce n'eſt
pas une affaire : s'il en fort une matiére
vilaine , comme celle d'un abcès , c'eft un
mauvais figne.
발
Les épaules groffes & charnuës ne con
viennent qu'à des chevaux de tirage. La
poſture d'un cheval confifte à être bien ou
mal planté. Un cheval mal fitué fur fes
membres , dont les jambes font écartées
également en haut comme en bas , dont
les genoux font ferrés , dont les pieds font
tournés en dedans , comme en dehors ,
eft un très mauvais cheval. Un cheval ,
qui a les jarrets ferrés , eft un cheval cro
chu. S'il a la jambe de dérriére en avant
fous le ventre , cela ne vaut rien , non
plus quand le boulet paroît déboité en
dehors comme en dedans. C'eſt auffi une
mauvaiſe fituation , quand il ne poſe ſes
pieds que fur les pinces. On n'eftime pas
COTCH EAR
267
um cheval , dont la marche eft degingan
dée , qui n'a pas le hauffer , ou le lever de
"4
la jambe bon , & qui a l'appui mauvais.
Un cheval qui croife fes jambes en mar
a
chant a l'alure dangereufe. Un cheval de
S.
félle,qui a le pas péfant,n'eft pas eftimé .On '
n'y régarde pas de fi près pour un cheval
de tirage & de caroffe. Il fuffit qu'il ait de
la vigueur & de la force. Il ne faut pas
dans un cheval de caroffe des jambes , qui
20
plient.
Les côtés trop ferrés d'un cheval mar
.quent qu'il manque de flanc : ces fortes de
200
e.La
eno
chevaux font fujets à avoir un ventre de
vache , & font peu laborieux. Ils ne font
bons que pour être au harnois . Un cheval
férré du flanc n'eft bon ni pour le caroffe,ni
pour le tirage. Un cheval trop avalé déno
te une pouffe prochaine , s'il eft un peu
âgé. Un cheval pouffif eft à rejetter. On
connoît ce mal quand le flanc lui rédouble,
& qu'ayant refpiré , & tiré fon flanc à lui ,
il fe relâche tout à coup. La pouffe ſe
connoît encore , quand le cheval tire fon
haleine à lui , & que le mouvement pa
roît aux deux côtés. Pour voir fi un che
nc
é
t e
Ti u
Le le
val eft pouffif, on l'examine à l'écurie
après qu'il a bû 9 ou en mangeant fon
质
RECE
ur
arté
do
Asfor
hom
neva
cr
avan
пер
avoine. La courbature diminuë du prix
d'un cheval. On connoît un cheval fou
Zij
1
AIT
268
LE PARF
fleur d'avec un pouffif , en ce que le pre- mier n'a pas le flanc agité , & qu'en tro
tant , ou en galopant il fouffle jufqu'à fai
re peur. Le trait & le caroffe fatigue les
chevaux fouffleurs. Un cheval de caroffe 1
eft bon tireur , lorfqu'il baiffe les hanches
eņ tirant , & qu'il leve l'encolure , & la
tête. Quand il léve les hanches , & ܂baiſſe
la tête, c'eft mauvais figne,
Défauts qui rendent la bouche d'un
Cheval mauvaife.
1
Un cheval, qui a les barres hautes , a la
bouche mauvaiſe. Quelquefois les che
vaux n'ont pas la bouche bonne pour l'a
voir trop petite, ou pour avoir les lévres
groffes , & répliées fur les dents , ou par
ce que les barres ne font pas affez fenfi
bles , ou parce que la barre eft trop baffe
& qu'elle empêche que la gourmette ne
joigne bien. L'inftabilité de la langue , qui
fuit la fujetion du mors , peut encore en
être caufe , comme la grande ardeur du
cheval , qui n'écoute pas ce qu'on lui de
mande , & qui veut aller où fa fougue l'en
traîne. Quand un cheval faigne de la bou
che , & qu'il l'a écorchée , c'eft un mau
vais figne. En général un cheval qui a la
bouche mauvaiſe n'eft bon ni pour la felle,
ni pour le caroffe.
COCHEK;
269
Défautsgénéraux quipeuvent fe trou
verfur toutes lesparties du corps
d'un cheval.
On n'eftime pas un cheval , qui a la
tête groffe & charnuë , les oreilles gran
des & pendantes , les nazeaux étroits &
abbaiffés , les yeux petits & enfoncés , le
cou gros & long avec un peu de crin , la
poitrine étroite , les épaules abbattuës ,
les côtés maigres , les flancs ferrés , les
jambes tortuës , les genoux durs , la cor
ne baffe & déliée.
Marques qui font '
juger de la bonté
des chevaux.
Ceux qui veulent rendre la connoiffan
ce des marques des chevaux une affaire
ferieufe & effentielle , difent que comme
les chevaux ont des marques par où l'on
peut juger qu'ils font mauvais , ils en ont
auffi par où l'on peut juger de leur bonté
comme les épis , & les balfanes la pelo
te , le chanfrain blanc , le bout du nez
blanc , le coup de lance , les chateignés.
L'épi eft une espéce de frifure naturel
le du poil , qui fe réléve fur un poil cou
ché , & qui forme une marque approchan
Z iij
270
LE PARFAIT
te de la figure d'un épi de blé. Les épis
pour être de bonne augure, doivent être
hors du point de vue du cheval , fur des
parties où il ne les puiffe voir , comme à
la hanche , auprès de la queue , au front ,
à la gorge , & au col du crin. Quand un
cheval en a plufieurs c'eft un avantage..
On eftime les épis , qui naiffent aux par
ties fupérieures des chevaux. On ne fait
pas de cas des épis mêlés , comme blancs,
& alezans , bais & auberes. On eſtime des
épis petits , & blancs , qui naiffent fur les
paturons , & fur les jointures. Ceux qui
font aux jambes de derriére valent mieux
que les taches , qu'on voit à celles de de
vant. En général les épis font de très-bons
fignes. L'épée romaine eft un épi qui
s'allonge le long du haut de l'encolure.
Lorfqu'un cheval a ce même épi de cha
que côté du col , il ne doit pas , felon ceux
qui croyent ces marques de conféquence ,
exifter dans le monde de meilleur cheval.
Les Balfanes font de certaines marques
de poil blanc , qui viennent aux pieds de
plufieurs chevaux depuis le boulet , juf
qu'au fabot devant & derriére , & les bal
fanes font les marques les plus avantageu
-fes , qu'un cheval puiffe avoir. Un cheval
halzan des deux pieds , & de la main droi
te du côté du montoir eft eftimé.
COCHER.
"
1
さい
"I
271
Un cheval , qui a la pelote , ou l'étoile
au front , fi elle eft véritable, & non fauf
fe eft un bon cheval.
L'étoile où la pelote eft une efpéce de
poil blanc , plus ou moins grand , placé
au milieu du front au- deffus des yeux.
Le chanfrain blanc eft une bande de poil
blanc , qui occupe plus ou moins d'efpace
le long de l'os du devant de la tête entre
les yeux & les nazeaux . Le bout du nez
blanc , s'entend affez. Le poil blanc alors
ſe trouve entre les nazeaux , & defcend
plus ou moins fur la lévre fupérieure. Il
le coup de lance , qui eft un creux af
ya
fez profond , qu'on voit à quelques che
vaux Turcs & d'Espagne , à la jonction du
col à l'épaule , tantôt plus haut , tantôt
plus bas. Ceci paffe pour une très- bonne
marque dont le fondement eft une fa
ble.
Tous les chevaux ont naturellement aux
quatre jambes , quatre durillons ou éleva
tions fans poil , de confiftence de corne
molle. Ceux de devant font au-deffus du
pli du genoüil , & ceux de derrière au
deffous du pli du jarret , tous quatre en
dedans. On les nomme Lichefnes , Chatei
gnes ou Ergots : plus elles font petites &
étroites , plus elles marquent une jambe
féche , & déchargée d'humeur : quand
Z iiij
2
LE PARFAIT
elles croiffent trop, on les coupe , il ne faut
jamais les arracher , car il y reſteroit une
playe. Les chevaux ont auffi à l'extrêmité
du derriére de chaque boulet , une petite
élevation de corne, tendre , plus ou moins
groffe , récouverte par le fanon , on appel
le auffi cette corne ergots.
Différentes efpéces des Chevaux.
On voit en France des chevau
Alle
mans , des chevaux Anglois , Danois
d'Espagne , de Flandre , de Frife , Hol
landois , Hongrois , Napolitains , Piéd
montois , Polonois , Suiffe & Turcs. Ex
cepté ceux d'Espagne , d'Angletterre &
de Turquie , qui à caufe de leur fineſſe
& leur beauté font des chevaux de felle &
de parade , toutes ces efpéces de chevaux
font propres aux caroffe. La magnifi
cence des équipages eft même aujourd'hui
portée au dernier point. On voit dans Pa
ris grand nombre d'attelages fuperbes. Je
vais dire quelque chofe de toutes ces eſpe
ces de chevaux.
Chevaux Allemans.
Les chevaux dans la haute Allemangne
font meilleurs , & beaucoup plus beaux
COCHE R.
273
que ceux de la baffe Allemagne. On en
voit quelques attelages à Paris. Mais les
trois quarts des chevaux Allemans font
plus propres pour l'Artillerie & la Cavale
rie que pour le Caroffe. Ils font fort char
gés de poil principalement aux jambes , à
caufe du pays qui eft froid , & des patura
ges qui ne font pas des meilleurs.
Car l'Allemagne eft un pays couvert.
Les chevaux Allemans font propres au
travail, boivent & mangent bien par-tout.
Il n'ont pas la taille grande.Ils font courts,
ramaffés , trapus , forts de deffous , & ils
ont la corne du pied tendre. Le climat &
la nourriture de France leur conviennent.
Ils font pour la plupart affez mal-faits, bas
du devant. Ils ont l'encolure droite ,1 &
fort garnie du crin , la tête de vache , la
queue touffuë, & courte , ce qui eft une
marque de bonté. Ils font fujets aux mala
dies , & très- difficiles à ferrer.
Chevaux Anglois.
Les chevaux Anglois ne font point
propres pour le Caroffe , mais bons pour
un Cavalier. Ils ont affez de gentilleffe ,
mais ils font mal tournés. Leur tête eft
groffe & longue , le nez en bec de per
roquet , les oreilles longues & penchan
274
LE " PARFAIT
tes. Hors de leurs pays ils font difficiles
pour la nourriture. Leurs jambes font fi
nes , le pied beau & bon , peu chargé de
poil. Ils ont l'encolure , & la queue peu
garnies de crin. Ils font rélévés du de
vant. Ils font étroits , & ont la tête de
vache . Pour la plûpart ils font d'un poil
bay. Enfin les chevaux Anglois font fort
vifs , très- charnus , légers , portant bien
leur tête , mais ils font fujets à la porter
au vent.
f
Chevaux Barbes.
Les chevaux barbes viennent de Bar
barie. Ils ont les jambes déchargées , &
la taille menuë. On dit que les Barbes
meurent , & ne vieilliffent jamais , parce
qu'ils confervent leur vigueur jufqu'à la
* fin. On en fait des étalons , qui font les
meilleurs du monde . Ces chevaux , quand
ils font bien choifis , vont merveilleufe
ment à toutes fortes d'airs , pourvû qu'ils
foient courts & jointés. Il y a des Bar
bes en Afrique, qui attrappent les Autru
ches à la courfe , on les vend dix mille
livres. On en a vû à Paris de cette eſpéce.
Ces chevaux vont vîte , & font fi coura
-geux à la guerre , qu'ils agiffent toujours ,
-tant qu'ils ont une goute de fang dans les
5 COCHER.
275
veines. Ils font très - propres au manége
mais ils ne valent rien pour voyager , &
font trop rares en France pour qu'on en
voie à des caroffes.
Chevaux Danois.
Les chevaux Danois font affez bien
faits. Ils ont la taille baffe & le corps
-court , ne font pas beaucoup rélévés du
devant , font quarrés , courts d'encolure ,
ont la tête belle , le poil rais , & font un
peu camus. Les chevaux Danois ne font
bons que dans leur pays. On en voit ce
-pendant à Paris , & quelques Seigneurs
en ont à leurs équipages. Ils font d'un
temperament froid. Un climat chaud leur
eft contraire à caufe des mouches. Ils boi
<vent & mangent bien par- tout. Ils ont le
pied bon , ainfi que tous les chevaux , qui
naiffent dans les Pays -bas , froids & hu
mides , & ils ont la corne des pieds ex
traordinairement 3 longue. Si l'on étoit
dans l'ufage de les ferrer , auffi -bien que
l'on ferre à Paris , les chevaux Danois
auroient les plus beaux pieds , & les mieux
conditionnés de l'Europe .
276
LE PARFAIT
Chevaux d'Espagne .
Les chevaux d'Efpagne font très-fins ;
beaux & bienfaits , de belle taille , & lé
gers. Ils ont la jambe belle , & bonne ,
les yeux excellens , la tête belle , un peu
longue, la bouche bonne. Ils font adroits,
aiſés à manier , fins , fantaſques , & diffi
ciles à monter. Ils font bons pour la cour
fe , faciles à nourrir , pourvû que la nour
riture foit bonne. Depuis l'Espagne , juf
qu'au milieu de la France ils vivent aſſez
bien. Mais dès qu'ils approchent du Nord,
ou qu'ils font en pays froid , ils font mé
connoiffables. Comme la France eft un
pays temperé , toutes fortes de chevaux
s'y accommodent. C'eft dommage que
l'Eſpagne ne fourniffe pas beaucoup de
chevaux le peu qu'elle en donne font
beaux & bons. Leur couleur eftfous poil
noir de taupe , alezans bruns , iſabelle T
& pelure d'oignon. Ils ont les épaules , &
le poitrail trop dégagés de chair , ne font
pas francs du collier , & peu propres au
caroffe. La Bifcaye & la Galice donnent
de très-beaux chevaux. Les Genets d'Ef
pagne ont la marche grave & hardie , le
trot rélévél, le galop admirable , & la car
riére très - vîte. Ils font ordinairement
COCHE K:
277
blancs alezans , ou fauves , avec les crins
pendans jufques à terre. On en trouve par
mi eux , qui font fi fiers qu'on de
,
a
la
peine à les dompter. L'Andaloufie eft la
Contrée , qui fournit les meilleurs che
vaux. Ceux de Cordoue font plus grands,
& plus nombreux , & l'on s'en fert pour
la guerre,
Chevaux de Flandres ; & de Frife:
Les chevaux , dont on fe fert le plus
en France pour les caroffes , font ceux de
Flandres , d'Hollande , & de Weftfrife.
Les chevaux de Flandres, & de Frife font
meilleurs que ceux d'Hollande , parce que
le paturage de ces Provinces eft meilleur
que celui d'Hollande. Les chevaux nez
en ces Cantons ont le corps plus ferme ,
& font moins fujets aux maux de jambes ,
que les autres. Ils font beaucoup plus vifs,
& n'ont jamais le poil fi long , que ceux
d'Hollande. Ils font plus faciles à manier,
ils boivent & mangent mieux. Ils n'ont
pas la taille fi grande , & s'accoutument
plus facilement à la nourriture de France
que ceux d'Hollande.
C**
278.
LE
PARFAIT
Chevaux Hollandois .
Les Chevaux Hollandois font hauts
fur leurs jambes , fouvent flafques , &
long- tems à fe faire à la nourriture de Pa
ris. Le pavé & les bouës leur font contrai
res. Ils s'accoutument volontiers au travail. Ils ne font bons qu'à fept ans : mais
il faut fçavoir les ménager , & les gou- )
verner fur la nourriture. Pour un caroffe
ce font les plus beaux chevaux de l'Euro
pe , quand ils font bien choifis. La Hol
lande eft un pay's plat & marécageux . Les
chevaux tiennent beaucoup du naturel de
"leurpays , & font fort ſujets à la füeur.
Chevaux Hongrois.
Les Chevaux Hongrois font d'excel
lens chevaux. On s'en fert au Caroffe , au
Chariot , à monter , & pour l'Artillerie. Ils
font gros , bien proportionnés . Il y en a
de toutes les couleurs . Principalement des
grifails , gris pommelés , alezans bays ,
alezans brutes. Ils font peu chargés de
poil. Ils travaillent beaucoup , deviennent
infatigables dans les voyages , & ſouf
frent très-bien la faim , le froid , fans que
leur vigueur diminuë . Ils ont la tête quar
COCHE R.
279
grand
e , les nazeaux un peu étroits,
rée &
les machoires étenduës , le cou gros &
robuſte , la criniére grande , les côtés de
même , le fil de l'échine courbé , la queuë .
bien fournie , le pied bon , la jambe belle,
la corne bien étendüe , les flancs creux ,
& tout le corps fort en Angle. Leur crou
pe eft fans raze , leur taille plus longue ,
que haute , leur ventre eft plat & réſerré.
Ils ont les os grands , & font d'une eſpéce
de maigreur , qui leur convient affez. En
fin les chevaux Hongrois font adroits &
bons coureurs , & leur laideur les fait fou
vent paroître beaux.
Chevaux Napolitains.
Les chevaux Napolitains , & Italiens
font pour la plûpart mal bâtis , déchar
gés de chair , mais ils font bons , & dili
gens. Ils ont le pied beau , la jambe belle,
& l'oeil. Ils font légers, propres à la cour
fe , quand elle n'eft pas longue. Ils ont de
la vivacité , mais elle ne dure pas. Ils font
fougueux , fantafques , opiniâtres , ont
la bouche mauvaife , les oreilles longues ,
& mal placées , de beaux yeux à fleur de
tête , le corps fec , & difficile à atteler au
caroffe. Ils font plus propres à tirer , qu'à
monter. Les Chevaux Napolitains ne font
280
LE PARFAIT
point fujets à des maladies , comme ceux
de Flandres , d'Hollande , d'Allemagne ,
& de Suiffe. Mais ils ne s'accommodent
pas d'un climat plus froid que le leur. La
la plus commune
ces fortes de
chevaux eft fous poil noir , alezan-brun ,
brulé & bay, pelure d'oignon & ifabelle .
Il y en a peu de noirs , grifailles , & gris
pommélés . Hors leur pays les Che
vaux Napolitains font difficiles à la
nourriture , vû que les foins y fontfort
fins , & d'une odeur admirable à cauſe
des herbes aromatiques , qui y croiffent
en abondance. Les eaux y font auffi meil
leures , que par - tout ailleurs ? & plus
claires.
Chevaux Piedmontois:
Les Chevaux Piédmontois font ardans,
pleins de feu , & de moyenne taille. Il y
en a de toutes fortes de couleurs . N'étant
fujets à aucune maladie , ils font propres à
tout ce que l'on veut. Il n'y a point de
chevaux qui boivent & mangent mieux
que les Piedmontois , ni qui refiftent da
vantage au travail. Ils ont le corps beau ,
les yeux
les jambes bonnes & belles
beaux , la tête bien proportionnée , de
petites
COCHE R.
281
petites oreilles bien piquées , & bien pla
cées. Ils ont la bouche un peu ferme , la
tête péfante , ils ne la portent pas bien.
Il arrive auffi à tous les chevaux , qui ont
la tête péfante , de broncher.
Chevaux Polonnois:
... Les Chevaux Polonnois font de même
taille , que les Chevaux Danois , de mê
me temparement , & ont le même pied "
mais ils n'ont pas l'encolure fi fine. Ils font
ordinairement fous poil bay clair , & pe
lure d'oignon. Les chevaux Polonnois
font fougeux , obſtinés , malicieux , trai
tres , & très-vigoureux. Les chevaux en
tiers font très- difficiles à dreffer. Soit que
-les chevaux Polonnois foient fatigués , ou
non , ils boivent & mangent par- tout.
Et l'on s'en fert tant pour le caroffe , que
pour être des chevaux de felle.
Win
Chevaux Rouffins.
A
Les Chevaux Rouffins viennent d'Al
lemagne , & de Hollande. Il y en a qui
font très-beaux de taille , qui vont à tou
tes fortes d'air. Ils plient naturellement
les bras en fautant , ce qui n'eft pas na
II. Partie.
Aa
LE PARFAIT
282
turel aux autres chevaux. On trouve peu
de Rouffins qui foient parfaits au manége:
On en voit plus qui s'accommodent au
caroffe. Ces chevaux vieilliffent bientôt བྱ་
c'eft ce qui fait , qu'on eft fouvent obli
gé de les garder long-tems à l'écurie.
Chevaux Suiffes.
Les Chevaux Suiffes reffemblent fou
vent à ceux d'Allemagne. Ils font fous
poil noir & gris. Les Suifles font trafic de
leurs chevaux . Les Allemans en achettent
beaucoup ils font meilleurs que les leurs,
ont plus de vigueur , font plus propres à
la Cavalerie, & marchent mieux que ceux
de toutes les autres Nations. Les chevaux
Suiffes , & d'Allemagne font excellens
pour l'artillerie , les chariots , les cha
rettes , & les charrues , ainfi que ceux de
Normandie & de Bretagne. De tous les
chevauxSuiffes on en choifit les plus fins &
les plus légers pour la monture. Ils fça
vent naturellement monter les montagnes,
parce que la Suiffe eft un pays de monta
gne. Iln'en eft pas de même des chevaux
de Beauffe , Brie , Champagne , & de Pi
cardie.
T
COCHER.
283
Chevaux Turcs
Les chevaux Turcs font d'une taille inéga
le ; ilsfont beaux , de bonne haleine & vont
vîte. Tels font ceux que l'on a vu au com
mencement de l'année derniére à l'entrée de
l'Ambaffeur Turc , & dont les plus beaux
ont été préſentés à Sa Majefté de la
part du Grand Seigneur. Pour l'ordinaire
les chevaux Turcs n'ont point de bouche ,
n'élévent quetrès-peu les jambes. Ils vivent
long-tems , font fort vigoureux , fains
& nets de tous leurs membres , qui font
des qualités très - bonnes pour un che
val.
Parmi les chevaux Turcs il y en a de
blancs , c'eft le poil le plus ordinaire. On
en voit d'alezans , de bays , fort peu de
moreaux.Les meilleurs viennent deMédie,
qui eft une Province de Perfe. Ces che
vaux font grands , hardis , larges de crou
pe , très-vigoureux , vont fort vîte , &
travaillent beaucoup. Ils font rares en
France. Il n'y a qu'à la Cour & chez les
Princes , qu'on en peut voir.
Ils vient auffi des chevaux d'Arabie
bons pour la courfe. Les Cavales y font en
fi grand ufage , & de fi bonne haleine "'
qu'elles font bien du chemin en peu de
Aa ij
LE PARFAIT
284
tems , fans s'incommoder. Ces chevaux
font de race de Perfe , ainfi que ceux d'Ar
ménie. Les premiers font plus petits , &
n'ont pas la taille fi noble. Ils font plus
larges des épaules , d'une encolure moins
fiére , & moins fujets à fe mettre en co
lére.
On voit en France des chevaux Mau
refques, qui font excellens & propres pour
les longues courfes. Ils font de corpulen
ce médiocre , & grands travailleurs. Il ne
leur manque qu'un peu de fiérté pour être
parfaits. Les chevaux Perfans font des
chevaux eftimés . Ils vivent long - tems.
On s'enfert beaucoup en Turquie.Au ref
te tous les chevaux,dont je viens de parler,
ne font que des espéces différentes , ran
gées fous le genre des chevaux Turcs.
Chevaux de France.
On pourroit ſe paffer en France des
chevaux étrangers. Plufieurs de nos Pro
vinces en fourniffent , dont les uns font
des chevaux de main , les autres de beaux ,
& bons chevaux de caroffe. Enfin les che
vaux François peuvent être employés à
toutes fortes de travaux ; mais il y en a
de plus eftimés les uns que les autres. Je
COCHER.
285
vais dire quelque chofe , de ceux qui font
les plus connus , & dont on fait le plus
d'ufage .
Chevaux Bretons;
Les chevaux Brétons font courts, ronds,
ramaffés , chargés d'épaule. Ils ont la
tête courte & charnue , les yeux moyens.
Ils font forts du deffous , bas de terre ,
peufujets aux maladies , excepté le farcin ,
que quelques uns ont à caufe de leur ple
nitude. Ily en a qui ont la gale. Ils ont la
bouche ferme , & ne fe ramènent guéres.
On s'en fert pour l'Artillerie , pour leTi
rage , & pour le Caroffe. Il y en a même
que l'on monte : mais ils font fort peu pro
pres à la courfe. Les Chevaux Brétons
font mutins. Ils approchent des chevaux
Poitvins pour la fermété du corps , & de
la taille. La plupart font poil noir , bay
brun ; il y en a peu de gris. Les chevaux
entiers font mauvais en Bretagne , mais
ils ont bonne jambe , & bon pied.
Chevaux de Franche-Comté.
Tous les chevaux de Franche- Comté
font courts , trapus , de moyenne taille ,
plus propres à monter qu'à tirer. Leur
286
LE PARFAIT
couleur eft fous poil ifabelle , fouris , pe
lure doignon , alezans noirs & gris. Il y
en a auffi de pies , de tigrés , ventre de
biche , pommelés. Mais tous les chevaux
Fran -Comtois ne font pas également
bons.
Chevaux Gafcons.
Les chevaux Gafcons font d'une taille
femblable à ceux d'Efpagne. Ils ne font
pas fi beaux. Ils font plus lourds , mais
propres au Caroffe , au Chariot , & à des
Charettes. Il y en a beaucoup qui con
viennent à la Cavalerie. Ils ne font pas
forts de deffous , leurs jambes font me
nuës. Ils ont les jointures hautes , & le
pied de mulet. Ils les imitent auffi beau
coup de la croupe & de la jambe. Ils
font d'un affez bon tempéramment , & ne
font point fujets à des maladies. Ils ont
la vue & la bouche bonnes : ils font fa
ciles à emboucher , & par conféquent à
gouverner. Mais les chevaux entiers font
très-vicieux en Gaſcogne. Ils font traî
& ennemis de l'homme ›, c'eft ce
qui fait qu'on ne voit gueres d'étalons.
COCHER.
287
Chevaux Limofins.
Les chevaux Limofins tiennent des
chevaux d'Eſpagne & de Gaſcogne , par
ce qu'on a dans les pays des étalons
d'Espagne pour couvrir leur cavales , &
qu'en Gascogne on fe fert d'étalons Li
. mofins
. Ainfi les chevaux Elpagnols ,
Limofins , & Gafcons tiennent les uns
des autres. Il y a encore dans les haras
de Limoge des étalons d'Italie , & des
jumens d'Allemagne , afin d'avoir des
chevaux naturellement groffiers.
On
choifit dans le haras une jument d'une
taille légére pour la mettre avec un che
val d'Allemagne , afin que les chevaux
qui en fortent foyent plus chargés de
-chair que ceux d'Italie. Ils font grands
L & forts , mais fujets aux mêmes maladies
que les chevaux d'Allemagne , parce que
le pays eft humide & couvert de bois.
On tire tard du haras les chevaux Limc
fins . Ils font vicieux , & ne font jamais
bons , qu'ils n'ayent atteint l'âge de fix
à fept ans. Leur couleur , pour la plû
part , eft fous poil bay , bay brun , bay
biche , bay cendrin , tout à fait biche ,
•
ou pommélé. Ceux qui tiennent d'Efpa
gne , & d'Italie font bons. Ceux qui tien
288
LE PARFAIT
nent des cheveaux d'Allemagne en ont
les défauts.
Chevaux Normans.
Les chevaux Normans font à peu près
de la même taille que les chevaux Bre
tons. En Normandie , on garnit les ha
ras de jumens de Bretagne. Elles font
mieux faites que celles d'Allemagne , plus
trapuës , & plus vigoureuſes. Les étalons
pour la plûpart , font d'Efpagne : c'eft ce
qui fait que les chevaux Normans ne font
pas fi forts que les chevaux Poit-vins.
Cependant il s'en trouve de très- bons &
peu de mauvais. Ils boivent à tout gué.
Ils mangent à tout ratelier. Ils font vi
goureux , bons chevaux de Caroffe , de
Cavalerie , propres à toutes fortes d'exer
cices , & d'une nature meilleure que les
chevaux d'Auvergne & les Limofins..
Chevaux Poitvins.
Les chevaux Poitvins font de la même
taille que ceux qui naiffent dans le Li
mofin. Les Poitvins " dans leurs haras ,
ont la même méthode que les Limofins
Mais ils élévent différemment leurs che.
vaux. Dans le Limofin , on laiffe les ju
mens
COCHER.
289
mens dans les paturages , où ils mangent
des herbes fraîches , de mauvais accabi , &
épaiffie. Dans le Poitou , on les nourrit
avec debon foin , & de bonne avoine; on
les fait marcher doucement fans les faire
troter. Quand les poulains font en âge de
manger , on les rétire de bonne heure
du haras : on leur fait manger de la paille
fraîche , ce qui leur rend un corps fi fer
me , qu'ils font propres à toutes fortes
d'exercices . On les accoutume , tous jeu
nes qu'ils font , à avoir dans l'écurie les
pieds fur la dure. En général , les che
vaux Poitvins font bons de corps & de
jambes . Ils ont bon pied , bon oeil , &
bon appetit . Mais ils ne font ni beaux ni
bien faits , quoique prompts , on les gou
verne aifément.
Chevaux Picards,
Les chevaux de Picardie , Champagne ,
Bourgogne , Beauffe , & Brie , ne font
fi bons
pas
que ceux dont je viens de par
ler. Il n'y a point de haras dans ces Pro
vinces , ni perfonnes d'affez curieuſes
pour en avoir. Il y faudroit des jumens ,
& des étalons , beaux & de belle taille :
c'est ce qui ne s'y trouve pas. On n'y
éléve prefque point de poulains. Le peu
Bb
II. Partie,
LE PARFAIT
290
qu'il y en a eft pour l'ufage des particu
liers , & encore de cette Province , vient
on à Paris pour en acheter au Marché
aux Chevaux,
Chevaux Bourguignons.
Les chevaux Bonrguignons ne font pas
d'une grande taille. Leur couleur la plus
commune eft fous poil bay clair. Le fer
vice en eft bon. Les chevaux entiers de
Bourgogne ne font point fujets à de mau→
vais vices , comme ceux de Bretagne &
de Normandie . Les jumens de Bour
gogne font affez fécondes. Mais les Bour
guignons ne font pas curieux. Ils n'ont
que des étalons du pays , & quelques-uns
de Franche- Comté.
Endroits d'où l'on tire les Chevaux
de Caroffe.
30
J Voilà en abrégé ce que l'on peut dire
fur les différentes efpèces de chevaux
françois & étrangers. Il n'eft point né
ceffaire de courir chez les Etrangers pour
trouver des chevaux propres à la Cava
lerie & au Caroffe. Le Royaume en four
hit affez. Pour ce qui regarde les chevaux
de Caroffe , on les tire de Normandie , de
"
COCHE R.
201
Bretagne , & de plufieurs autres de nos
Provinces. Si on les veut de groffe & de
grande taille , on les fait venir de Flan
dres , de Hollande , de Weftfriſe , &
d'Hongrie. Si on les veut d'une taille plus
fine , on choifit des chevaux Piedmon
tois , Napolitains , & Italiens , & quel
ques-uns d'Allemagne & de Suiffe , mais
des mieux faits , parce que prefque tous
font trop matériels , & ne peuvent fer
vir qu'au labourage. En un mot , les plus
beaux chevaux de Caroffe font , fans con
tredit , les chevaux d'Italie , enfuite les
Danois & Allemans , puis les chevaux
de Frife , & du Nord de la Hollande . En
France , les plus eftimés , font les che
vaux Normans . Les chevaux Flamans
font les moindres de tous , à cauſe de
leur groffe tête , & de leurs pieds plats.
Pour les chevaux qui viennent d'Ef
pagne & d'Angleterre , ce font des fins
coureurs , & rien autre chofe ; les che
vaux d'Eſpagne ont les épaules plus li
bres , & les mouvemens plus fouples que
les autres chevaux fins étrangers. Il eft
rare de voir de grands chevaux d'Eſpa
gne. Les chevaux Anglois ne font pas
généralement bons. Il en vient beaucoup
de mauvais de ce Royaume. Ils ne font pas
de race du pays . Ils viennent de race de
Bbij
Barbes.
LE PARFAIT
292
Mais malgré cette différence des che
vaux François & étrangers , il ſe trouve
-cependant tant de variété dans ceux d'un
même pays , foit pour la qualité , foit
pour la figure , qu'il faut avouer qu'on
n'en peut déduire toutes les circonſtances ,
car il y en a de bons , de médiocres ,
de mauvais , de beaux , & de laids de
tous les pays.
Fin de la feconde Partie,
last
2
LE
PARFAIT
COCHER ,
Ότι
L'art d'entretenir & de conduire
un Equipage à Paris &
en Campagne.
TROISIE
' ME
PARTIE.
Inftruction aux Cochers fur les mala
dies des Chevaux.
)
E n'eft pas affez qu'un Cocher
fache entretenir & conduire un
Equipage à Paris & en Campa
gne. Sa foience confifte encore
à connoître la beauté , & la bonté d'un
Bb iij
294
LE
PARFAIT
cheval de caroffe . Dans les deux pre
mieres parties de cet ouvrage , je crois en
avoir dit affez pour qu'il n'ignore rien fur
toutes ces chofes. Il ne me refte plus
qu'à parler dans cette troifiéme des prin-...
cipales maladies aux quelles les chevaux
fontfujets. Mais je pafferai légerement fur
celles , où la préſence d'un habile Maré
chal eft abfolument néceffaire. Pour les
autres qui font de peu de conféquence ,
& aufquelles un Cocher peut rémedier de
lui-même & fur le champ , je vais lui en in
diquer les rémedes , pour qu'il puiſſe y
avoir récours, dans les cas preffans , com
me quand il fe trouve en route , ou en
Campagne , loin d'un habile Maréchal.
Un autre avantage que je compte que
les Maîtres , comme les Cochers trouve
ront dans ce petit traité , c'eft qu'en leur
expliquant les Symptômes des différentes
maladies , qui peuvent arriver aux che
vaux , ils pourront les uns & les autres
s'y connoître , & être en état de veiller à
leur guériſon , & de s'appercevoir fi le
Maréchal, qui en entreprend la cure , s'en
acquitte , comme il faut. Ceux qui ne ſe
ront pas content de cet Abrégé peuvent
avoir récours à la Connoiffance des Che
vaux , au Parfait - Maréchal , au Nouveau
Parfait - Maréchal , & à plufieurs autres
COCHE R.
295
Livres. Je n'écris que pour les Maîtres ,
qui ont des Equipages ; & pour leurs
Cochers , Palfréniers Poftillons , & Gar
çons d'écurie , qui auront affez de cet in
douze ( fur-tout les Cochers , Poftillons ,
Palfréniers & Garçons d'Ecurie , ) pour
ſe mettre chacun au fait de ce qui régarde
leur métier .
Abcès , ou Apoftêmes.
Un Abcès , ou Apoftême n'eft autre
chofe que le mélange de la lymphe &
du fang , accompagné d'une fermentation
d'humeurs puantes ; & le pûs & la ma
tiére de la fupuration n'eft autre choſe
que lefang corrompu & tourné. Lorſque
cette matiére eft blanche 9 elle eft loüa
ble :c'eft-à-dire , que le fang qui la forme
n'a aucun vice de corruption. Si elle pa
roît jaune , rouſſe , ou puante , elle mar
que un fang vicié, & qu'elle a acquis de la
malignité par fon féjour..
C'eft au Maréchal à guérir un Abcès
& à l'ouvrir dans fa maturité , & au Co
cher à faire vivre fon cheval de régime ,
-pendant cette cure.
Bb iij
296
LE PAR FÄIT
Arrêtes.
Les Arrêtes , grappes , ou queue de
rat font des gales , & tumeurs fur les
nerfs des jambes de derriére entre le jar
ret & le paturon , il en vient rarement fur
le nerf du canon.
Les Arrêtes le dénotent de deux fa
çons , & proviennent de deux differentes
cauſes. Ily a les Arrêtes féches , & les
Arrêtes humides. Les féches font une ef
péce de mauvaiſes eaux. Elles fe guériffent
comme les enflures de boulet . Les humi
des n'ont point de calus , ni d'enflure. El
les coulent tout le long d'une partie du
tendon de la jambe , depuis la naiſſance
duboulet. Elles fuintent une tumeur âcre
& mordiçante , qui fait tomber le poil.
C'eft une espéce de dartre coulante , qu'il
faut traiter comme les demangaifons.
Atteinte.
Un cheval ſe donne une Atteinte , lorf
qu'avec la pince du fer de derriére , il fe
donne un coup fur le talon du pied de de
vant. Mais plus communément les Attein
tes , proviennent de ce qu'un cheval , qui
en fuit un autre, lui donnera un coup ,
COCHER.
297
foit au pied de devant , foit au pied
de derriére , en marchant trop près de
lui.
Il y a Atteinte fimple , & Atteinte en
cornée. Celle-ci eft très-dangereuſe. Dans
le moment qu'on s'apperçoit de l'Atteinte,
c'eft-à-dire , auffi- tôt qu'elle a été donnée ,
il faut mettre du poivre deffus , ce qui la
guérit ordinairement. Pour l'Atteinte en
cornée , on la guérit comme le Javart
encorné.
Avant-Cœur.
L'Avant- Coeur eft une tumeur contre
nature , de figure ronde , groffe à peu près
comme la moitié du poing , qui fe forme
à la poitrine du cheval vis- àvis du Coeur.
-Si l'Avant-Coeur ne vient à fuppuration ,
c'eft pour le cheval une maladie mortelle.
On connoît quele cheval a l'Avant- Coeur,
lorfqu'il paroît avoir le ventre réſerré
qu'il tient fa tête baffe , qu'il a l'oeil triſte,
que le coeur lui bat fortement , que les
épaules lui tremblent , qu'il tombe com
me en fyncope , & qu'il a de la peine à
fe réléver.
L'Affaire d'un Cocher pendant cette
maladie , eft de lui donner du fon moüil
lé avec une once de fouffre d'Antimoine
298
LE PARFAIT
mêlé parmi. S'il eft fi dégoûté , qu'il faffe
difficulté de le manger , on prend environ
un verre de vinaigre , ou de verjus , dans
lequel on fait diffoudre deux onces de
thériaque , qu'on donne au cheval. Ce
dégoût ne peut pas durer long - tems ,
d'autant plus qu'il faut que le cheval gué
riffe bien-tôt , ou qu'il meure.
Avives.
Les Chevaux , comme les hommes
ont des glandes à la machoire , au-deſſus
des oreilles , qu'on appelle Parotides aux
hommes , & Avives aux chevaux.
A voir la maniére dont la plûpart des
Maréchaux , fur-tout ceux des Villes de
Province , & des Campagnes , panſent
les avives , on croiroit qu'elles font
douloureufes. Cependant elles font in
fenfibles , & les fignes des avives font
les mêmes que les fignes des tran
chées. Il n'y a point d'avives fans
tranchées , & ce qu'on appelle avives "
n'eft autre choſe que mal au ventre , car
le cheval fe tourmente exceffivement par
la douleur qu'il fouffre. Il fe couche , il
fe roule par terre , il ſe réléve fouvent ,
il s'agite , il fe débat fortement.
Un Maréchal ignorant , qui trouve un
cheval dans cette agitation , preffe les
COCHE R.
299
avives , les pique , les bat , & les croit
affez douloureuſes pour tourmenter un
cheval. Par-là il excite une inflammation
beaucoup plus violente , il rend le cheval
comme fol , & par fon ignorance , il en
fait plus mourir qu'il n'en guérit. C'eft ce
que j'ai appris d'un Maréchal ordinaire du
Roi , un des plus habiles que nous ayons à
Paris. Il traite les avives comme les tran
chées , & felon le Nouveau Parfait
Maréchal " on ne doit pas faire autre
ment.
Bleymes.
Les Bleymes font une maladie , ou
une inflammation de la partie intérieure
du fabot vers le talon entre la fole & le
petit pied. Elles viennent - aux chevaux,
qui ont le talon bas , & encaftelé , qui
craignent le travail , parce qu'ils ont
coutume d'avoir le talon moux , & trou
vant le pavé trop rude , il s'engendre une
corruption en cette partie , qui eft proche
de la fole.
Il y a trois efpéces de Bleymes : Bley
mes féches , Bleymes encornées , & Bley
mes foulées. Les bleymes féches font
nommées ainfi à raifon de leur caufe , la
quelle eft intérieure , provenant de grande
LE PARFAIT
300
féchereffe de pied. Les pieds cercles , &
les 1 talons encaftelés > comme je l'ai dit
plus haut , font fujets à cette efpéce de'
Bleyme. Un Cocher prévient ce mal en
tenant les pieds bien nets , en les garnif
fant d'onguent de pied , & en leur met
tant fous les pieds de la fiente mouillée .
La ferrure en rémediant aux talons ? &
aux quartiers de dedans ferrés , s'oppo
fe auffi à la naiffance de ces Bleymes.
La Bleyme encornée eft communément
une fuite de la Bleyme féche , négligée &
vieillie. Il eft néceffaire dans cette occa
fion de traiter le cheval intérieurement
avec ſaignées , diétes &lavemens ; du ref
te on fuit le procédé du Javart
。 ,,, encorné.
Les Bleymes foulées ont une caufe ex
térieure. Elles proviennent de ce qu'il fe
fera enfermé de petites pierres , ou du
gravier entre le fer & la fole , ou bien
que lefer aura porté fur la fole qu'il aura
foulée , & meurtrie en quelque endroit.
Les pieds plats font fujets à ces fortes de
Bleymes , car le gravier & le fable s'en
ferment facilement à ces pieds , entre le
fer & la fole.
Cette efpéce de Bleyme eft aiſée à gué."
rir dans le commencément , & n'eft pas
dangereufe , à moins qu'on ne la laiffe
vieillir ; car alors elle ne laifferoit pas
no
1
I
COCHER .
301
d'avoir des fuites fâcheufes. On découvre
la Bleyme jufqu'au vif : on tient la fole
& le fabot gras , avec du cambouis du
côté de la Bleyme , & en rémettant le fer,
on doit avoir attention , qu'il ne porte
point depuis le premier trou.
Bouton fous la Sole..
Il vient fous la Sole du cheval quelque
fois une efpéce de cerife , ou bouillon de
chair accidentelle , lorfqu'ayant deffolé un
cheval pour quelque mal de pied , le Ma
}
réchal n'a pas également compreffé par
tout. L'endroit,qui ne l'aura pas été,bour
fouflera, la fole ne laiffera pas de revenir
par-deffus , mais quand on croira le che
val en état de marcher , cette groffeur , qui
fe trouvera fous la fole , le fera boiter. Il
n'y a d'autre rémede à cela , que de def
foler une feconde fois , couper la cerife ,
mieux compreffer , & laiffer venir la ſole.
1
Breuvages , Armand , Gargariſme ,
& Billots.
Les préparations des médicamens des
chevaux confifte en infufion, ou en décoc
tions , qu'on leur fait avaler ou par la
bouche, ou par le nez , quand il y a quel
302
LE PARFAIT
que empêchement dans le gozier , qui
s'oppofe à l'entrée du breuvage par la
bouche. Il vaut mieux donner des breu
vages , que des pilules , parce que la graif
fe qui forme les pilules , eft contraire au
temparement du cheval. Si on en donne ,
il faut les former avec le miel.
L'Armand eft une drogue , dont on
graiffe le bout d'un nerf de boeuf bien
amoli , & fourrant le nerf de boeufjuf
qu'au fond du gozier , on y porte la dro
gue , pour adoncir quelque inflammation
du gozier. On fe fert ordinairement de
miel pour l'Amand .
Le Gargarifme fe fait au moyen d'u
ne feringue à injection. On emplit la
feringue de la compofition du Garga
rifme , & on la pouffe après l'avoir miſe
au coin de la bouche du cheval , cette mé
thode eft plus douce que l'Armand.
Le Billot eft un mors de bois joint à fa
têtiére 2 on met autour de ce mors la
drogue qu'on veut que le cheval fuce ,
& on l'entoure de linge , ce qui s'appelle
un noüet. Quand le cheval a ce billot &
le noüet dans la bouche , il ne peut s'em
pêcher de mâcher , & la drogue fe mêlant
par la chaleur de la bouche avec la falive
fa
fat
auBil
On lot commué ment l'Af
fuce.
il laida
pour fortifier Feftomac,
y
COCHER :
303
& donner appetit. Cela eft bon dans un
dégoût fimple , qui ne provient que de
quelque nourriture defagréable au cheval,
& qui l'a dégoûté.
Brûlure;
Il arrive rarement qu'un cheval foit
brûlé
mais en tout cas on le traite com
me les hommes peuvent fe traiter en pa
reil cas ,
qui eft, lorfqu'on y rémedie ſur le
champ , d'y appliquer l'encre ou l'eſprit
de vin. Si on n'y a pas apporté rémede
dans le moment , on fe fert donguent de
fureau • ou d'eau-de-chaux , ou decoc
tion d'écorces d'orme.
Cancers ou Chancres , & Cancer à
l'œil.
Les Cancers ou Chancres font caufés
par une liqueur lymphatique qui s'extra
1
vafe , & qui eft fi cauftique , qu'elle ron
ge petit à petit les parties dans lesquelles
elle s'eft arrêtée. Tout Cancer commence
par un ou plufieurs boutons , qui fe déchi
rant enfuite deviennent chancreux , &
d'une couleur livide ou cendrée .
Pour guérir les Chancres , ou Cancers,il
faut premierement la faignee & la diéte, en
LE PARFAIT
304
même tems donner intérieurement les Dia
phorétiques , principalement ceux , qui
émouffent l'âcreté de la Lymphe : telles
font les racines fudorifiques d'efquine, &c.
l'acier & le foye d'Antimoine , & pour la
cure extérieure on appliquera deffus , ou
on les baffinera avec les cauftiques , com
me le vitriol , &c.
Le Cancer dans l'oeil fe réconnoît à des
bourgeons rouges , les uns petits , & les
autres plus grands , vers le grand coin de
l'oeil près du nez. On en voit tant en dé
hors , qu'en dedans de l'œil , même fur les
paupières ; l'oeil paroît rouge. Ces ex
croiffances viennent à l'occafion de l'acre
té des larmes , qui écorchent la caronacle
lacrymale , & les paupières , & y produi
fent de petits Champignons.
Pour guérir ce mal,il faut mettre le che
val , au fon & eau blanche , lui donner de
l'acier quelque tems , & enfuite du foye
d'antimoine on lavera ces Cancers avec
la decoction de la graine de fenoüil , &
on les faupoudrera avec de la rutie , ou de
la poudre de cloportes paffée fur le por
phire , ou de la couperofe blanche , fucre
candi , & tutie, partie égale,
COCHER.
305
Capelet.
Le Capelet eft une tumeur en forme
de loupe , & fouvent indolente , c'eft-à
dire fans douleur , qui croît à la pointe du
jarret. Cette tumeur eft ordinairement de
la groffeur de la moitié d'une pomme de
reinette , & on la fent mobile & détachée
de l'os. Cette groffeur eft occafionée par
des coups , ou parce que le cheval ſe fera
couché fur la pointe des jarrets.
Le Capelet n'eft proprement qu'une
loupe , à laquelle on a raiſon le plus fou
vent de ne pas faire attention. Cependant
il eft arrivé , qu'il eft devenu douloureux ,
gros & endurci , caufant alors une fi gran
de douleur au cheval , qu'elle le faifoit
maigrir , & à la fin de venir boiteux. Si
cela farrive il faut le traiter avec ſavon
noir & fel , ou efprit de vin camphré. On
peut auffi le garnir de pointes de feu , puis
un ciroüene après avoir mis un morceau
de poix de Bourgogne , en forme de ge
rofle dans chaque trou..
Carie.
La Carie eft pour ainfi-dire la gangrene
des os , ayant la même cauſe par rapport
Co
111. Partie.
LE PARFAIT
306
alos , & y faifant le même effet que la
gangrene , à l'égard des chairs , & des
autres organes folides : puifque fi on n'y
rémedie , elle avance toujours , ~& gagne
de proche en proche.
Un os peut être carié par une fuite de
maladies , comme gourme , &c. Les os
peuvent être auffi cariés par des accidens ,
comme des coups, ou des chûtes , quifou
lent l'os , & par conféquent obftruent les "
vaiffeaux , & la matiére , qui fe forme par
ce moyen , ronge l'os , & caufe la carie.
La ' carie donne plus de tems que la gan
grene , pour y apporter des rémedes, par
ce que l'os fur lequel elle travaille , eft
plus dur à ronger que les chairs.
Pour guérir un os carié , fi c'eft une
dent', on l'arrache : fi c'eft quelqu'autre os
carié affez découvert , pour fe fervir de
la rugine , on emporte la carie jufqu'au
vif avec cet inftrument , raclant l'os juf
qu'à ce qu'il faigne : enfuite on panſe
avec des chofes féches , comme l'eau vul
néraire , l'efprit de Vin , teinture d'A
loës , poudre d'uforbe , &c. On ne ſe
fert de la rugine , que lorfque la carie
n'eft pas profonde , & n'occupe que la
fuperficie de l'os. Pour peu qu'elle foit
enfoncée dans le corps de l'os , & qu'elle
COCHER.
307
pénétre jufqu'à la moëlle , il n'y a pas
d'autre reméde que le fer rouge .
Cerifes.
Les Cerifes font un mal de la four
chette. Elles fe dénotent par des tumeurs ,
ou bouillons de chaire vive , reffemblant
à de petits Fics. Ces Cerifes viennent à
côté de la fourchette , rarement " aux pieds
de devant , prefque toujours aux pieds
de derriere , ou on en voit auffi quelque
fois au bout de la fourchette , leur grof
feur eſt celle d'une noix , & quelquefois
plus :de ces Cerifes , il y en a de très dou
loureuſes , fur tout aux pieds de derriere ,
celles-là font boiter le cheval tout bas.
Ce mal provient de la lymphe nourriciere
de la fourchette , qui s'arrêtant pár ob
ftructions , & s'épaiffiffant , bourfoufle la
chair après l'avoir ufée.
La différence qu'il y a entre les Ce
rifes & les Fics , eft la malignité de l'hu
meur plus grande aux Fics , qu'à ce mal.
Il eſt meme aſſez aifé de guérir cette tu
meur. Cependant fi on négligeoit d'y
donner ordre , elle pourroit dégénérer en
Fics. C'eft pourquoi il faut couper la Ce
rife avec le feu. Enfuite l'efcarre tombé
on defléche la playe. Quelquefois on les
extirpe avec un peu de vitriol en pou
Cc ij
LE PARFAIT
308
dre , ou de fublimé , qu'on continue a
mettre jufqu'à ce que la place foit unie
puis on finit par mettre deffus de l'E
giptiac.
Charges ou Cataplafmes , Emmielures,
Emplâtres blanches ou Rémolades.
i
Ces quatre noms font à peu près
le même reméde : c'eft-à- dire , un re
méde qui fert à adoucir les douleurs
des parties où on l'applique , à en ôter la
chaleur , & à détendre , ou à amolir. Les
petites différences qu'il y a entre ces
noms , confiftent en ce qu'on met du miel
dans l'Emmielure , du lait dans les Em
plâtres blanches , & qu'une Charge our
Cataplafme , quand il eft employé au pied
prend le nom de Rémolade..
Clous de rues & Chicots.
Un cheval de Caroffe , & tout autre
"7
cheval , peut trouver , plus à Paris qu'ail
leurs , fous fon pied en marchant un clou
la pointe en haut , qui lui entrera dans
le pied : alors on dit qu'il a un clou de
rue , parce que cette accident arrive plus
fouvent dans les rues des Villes , que
par tout ailleurs. De même , fi des che
COCHER .
309
vaux marchent , ou courent dans des tail
les nouvelles , ils peuvent rencontrer
fous leurs pieds des éclats de bois cou
pés , qui fe terminent en pointe , & qui
leur entreront dans le pied , on appelle
ces brins de bois des chicots.
Les clous de rue & les chicots étant
de forme mal unie , & non tranchante ,
cauſent des playes contufes , qui devien
nent plus ou moins dangéreufes , felon
l'endroit du pied qu'elles ont ouvert ,
& fuivant qu'elles ont pénétré plus ou
moins avant. Par exemple , fi les clous &
chichots font entrés de biais ou en gliffant,
ils n'auront bleffé que la folle ou la four
chette , s'ils entrent de bout , il s'agit de
leur longueur , car s'ils font affez longs
pour pénétrer au- delà de la folle , ils of
fenferont la pince , ou le corps de l'os du
petit pied , ou le quartier , le talon , ou
le tendon du profond , qui tapiffe une
partie du deffous du petit pied. Leur
fituation la plus dangereufe eft celle qui
a attaqué l'os du petit pied ou le ten
don. Le talon eft moins à craindre que
les quartiers .
Comme il s'agit de guérir ce mal , à
quelque dégré qu'il foit , au défaut d'un
Maréchal , un Cocher entendu , s'il eft
en campagne , & éloigné des Villes ,
LEPARFAIT
310
peut employer les rémédes fuivans.
Lorfqu'un cheval boite fubitement eff
chemin , il faut lui lever d'abord le pied
boiteux , & fi on lui trouve un clou ou
un chicot , on commencera par l'arracher,
puis on fondra d'abord de la cire d'Ef
pagne dans le trou , ou on y verfera de
l'huile bouillante , & on bouchera le
trou avec de la cire d'Efpagne ; fi l'en
droit n'eſt pas dangereux , le cheval ſe
trouvera , par ce moyen , tout à fait
guéri , ou du moins s'il y a du danger ,
on pourra le mener à l'écurie , fans crain
dre qu'il y entre aucun corps étranger
comme boue ou gravois.
Si au bout de dix jours la douleur
continue , & même qu'elle augmente , on
doit commencer par mettre le cheval au
fon & à l'eau blanche . On fonde pour
connoître jufqu'où le clou ou le chicot
pénétre. S'il a été dans les attaches , qui
font entre la corne & le petit pied , alors
on ouvre le trou en rond avec la petite
gouge , & on y verfe de l'huile de Pé
trole , ou l'eflence de Thérébantine ; en
fin les réfolutifs les plus forts , & en cas
que la douleur continue , il faut faigner
pour éviter la fluxion & deffoler. Si la
matiére eft abondante , on met au tour
du pied un cataplaſme émolient : on ſe
COCHE R.
311
ringue dans le trou de l'huile de Théré
bantine , puis on met par deffus de la.
Thérébantine.
Quand on néglige ce mal , ou qu'il a
été mal panfé , la matiere fe forme , &
fait un ravage proportionné à fon abon-"
dance , à ſa malignité , & à l'endroit où
& fi elle ne trouve pas
elle féjourne
affez d'écoulement , elle refluëra , & fe
fera jour par en haut vers le poil à la cou
ronne , ou aux talons. Le réméde eft de
deffoler fur le champ , de faire une bonne
ouverture , & de feringuer dans les deux
trous des réfolutifs forts.
Si on voit fortir des eaux rouffes , qui
proviennent toujours des tendons atta
qués , on fe fert des mêmes réfolutifs , &
on ajoute des cataplafmes réfolutifs fur
le pied & fur la jambe : car il eft à craindre
pour lors , que le tendon ne ſe relâche , &
que le petit pied ne defcende par la ſuite.
La matiére fe promene quelquefois
vers la fourchette , de façon qu'il fe forme
deux ou trois trous au talon , qui auront
communication entre eux , & jufqu'au
paturon , il faut couper tout jufqu'au.
fond.
Si l'os du petit pied eft piqué , il faut
-i
qu'il en tombe une ou plufieurs efquil
les , que l'on panfe , comme on panfe
312
LE PARFAIT
roit uue playe. Mais fi le pied eft éclaté
le cheval eft en grand danger.
Cirons.
Star
On remarque qu'un cheval a des ci
rons deffus , deffous & au-dedans des lé
vres , quand il fe frotte continuellement
les lévres contre la mangeoire , parce
qu'elles lui demangent. Ce qu'un Cocher
ou Palfrenier doit faire en cette occafion
eft de couper la premiere peau au- dedans
des lévres , à l'endroit où font les cirons
avec un rafoir, ou un inftrument bien tran
chant. Après cette légére incifion onfrot
te la playe avec du vinaigre & du fel,
& le cheval auffi -tôt recouvre l'appétit.
Conftipation.
Cette maladie n'en eft fouvent pas une
par elle- même , mais elle eft l'avant cou
reur , ou la fuite de quelque autre , dans
laquelle le cheval aura le fang échauffé
& dont la bile par conféquent ne coule
ra pas affez dans les inteftins , à caufe de
fa confiftence , comme dans la fatigue &
fortraiture , dans la pouffe phtyfique , &c.
Si le cheval eft conftipé , fans avoir
d'ailleurs aucun figne de quelques autres
maladies jointes à cet accident , c'est- à
dire qu'il paroiffe fe porter affez bien du
refte ,
COCHER :
312
refte , le Cocher doit toujours le faire
traiter , pour prévenir un plus grand mal ,
fur le pied d'une bille engagée dans le
foye. C'eft pourquoi il peut le faire fai
gner , ne lui donner que de la paille &
du fon , & de l'eau blanche , ou autre
boiffon rafraichiffante , comme auffi des
lavemens. Le miel dans le fon eft bon
dans cette occafion.
Cors.
Le Cors eft une efpece d'ulcere , ou
plutôt de callofité provenant de foulure ,
ou de meurtriffure , caufées toujours par
le harnois ou par la felle. Ce durillon fe
trouve ordinairement au haut de l'épaule.
Quelquefois le mal n'eft pas fi confidé
rable , quand il n'y a qu'une, enflure , qui
n'eft pas dure , alors les réfolutifs l'ô
teront , comme l'eau de vie , le favon
noir , ou autre favon , ou efprit de vin ,
y mettant le feu. Si le durillon eft for
mé , le Cocher le frottera de vieux oing ,
ou y fera tomber deffus le fuif d'une chan
delle allumée en la panchant au-deffus :
cela fait tomber le durillon , après quoi
le cors étant détaché , on panfe la playe
avec de l'eau de vie & du favon noir "
ou même de l'eau commune avec du fa
yon , ou du vin chaud , &c.
Dd
III. Partie.
114
PARFAIT
· LE
Coups fur les yeux.
Les coups fur les yeux , étant des maux
qui ont beaucoup de rapport avec les
Auxions fur les yeux , à l'égard de leurs
vue
ë , le panfe
effets fur l'organe de la vu
ment , quant aux remedes extérieurs , en
doit être le même. Mais il eft bon qu'un
Cocher fache diftinguer un coup fur les
yeux d'avec les fluxions .
Les coups fe font connoître , lorfque
l'on voit les yeux rouges , enflés , pleu
rans , & qu'on les trouve chauds. C'eft
cette chaleur principalement , qui diftin
gue le coup de la fluxion , outre qu'il
peut y avoir écorchure & contufion . Le
mal qui provient d'un coup eft prefque au
plus haut point où il puiffe aller bien
tôt après l'accident arrivé. Il n'en eft pas
de même de la fluxion , qui augmente
petit à petit , & par dégrés : mais le coup
n'eft pas ordinairement fi dangereux que
la fluxion , à caufe que la mauvaiſe difpo
fition intérieure ne s'y rencontre pas.
Un cheval malade d'un coup fur les
yeux ou d'une fluxion , doit être mis
entre les mains d'un habile Maréchal
pour le panſement,
Сосник
3TЯ
Courbature.
La Courbature vient aux chevaux , ou
pour avoir trop travaillé , ou par les
mauvais alimens , qu'on leur donne. La
cauſe interne d'une courbature eft le vice
du poulmon , ou des fucs groffiers , vif
queux , & mucilagineux fe font ramaffés ,
& qui s'attachant aux branchies de cette
partie , empêchent l'entrée & la fortie
de l'air , & interrompent par ce moyen
la dilation & la conftraction du poulmon .
La courbature peut être divifée en
deux eſpèces , fçavoir, courbature fimple,
& courbature avec la fiévre.
La courbature fimple eft un rhume , ou
morfondement , plus fort que le morfon
ment ordinaire , provenant des mêmes
le traite comme
cauſes que le rhume. Elle fe
la morfondure.
La courbature avec fiévre , & la four
bure ne font , pour ainfi dire , qu'une
même maladie , puifqu'on appelle cour
bature la fiévre , qui furvient à un cheval
fourbu.
On appelle auffi courbarure , la fiévre
qui accompagne la gras-fondure , comme
auffi cellequi furvient , quand on a fait
fouffrir au cheval quelque douleurs for
Dd ij
LE PARFAIT
$16
tes , comme le feu mis trop violemment ;
ou qu'on a appliqué de trop violens cauf
tiques , ou bien qu'on a fait quelques opé
rations douloureufes au cheval pour de
grands maux, de pied.
La courbature qui vient de la fiévre
de douleur , s'appaife avec une faignée ,
& un ou deux lavemens de polycrete.
C Pour guérir la vraie courbature , c'eſt
à-dire celle qui accompagne la fourbure ,
il faut faigner trois ou quatre fois en un
jour , donner force lavemens , ôter le
foin & l'avoine , nourrir avec fon ou orge
mondé en petite quantité , que le cheval
ne boive que de l'eau blanche , & enfin
le traiter comme un cheval , qui a une
fiévre très -dangéreufe , qui ménace in
flammation au poulmon.
Courbe.
La courbe eft un amas d'humeurs fleg
matiques , qui forment une tumeur grofle
& dure dans la jointure du jarret. Les
chevaux de caroffe & de trait font plus
fujets aux courbes que les autres , à cauſe
de l'effort que les jarrets font en tirant.
Lorfque les courbes font récentes , on
peut , fi l'on veut , appliquer deffus un ré
toire , compofé de verd de gris , dụ
COCHE R.
3·17
mercure , du fouffre , de chacun trois
gros
de deux gros de cantarides , & au
tant d'euphorbe. On met le tout en pou
dre incorporé avec de l'huile de laurier ;
on fait du tout un onguent. On doit bien
bander le jarret , crainte que l'emplâtre
ne tombe. Si le feu , & d'autres remédes
que je n'indique pas , mais qu'un bon Ma
réchal n'ignore point , ne font rien à la
courbe ; le cheval court rifque d'avoir
cette tumeur toute la vie.
Crampe..
La crampe des chevaux ne fe dénote
qu'au jaret. Il y a des chevaux qui y font
fujets. Le jaret leur devient rude pendant
une minute , & cela leur recommence fou
vent. Cette incommodité vient d'un fang
épais , qui fait que les efprits animaux
s'embaraffent & s'arrêtent dans le corps
des muſcles. Cela n'eft incommode qu'au
Cocher , ou au Cavalier , & nullement
dangereux pour le cheval.
Quand un Coher a dans fon attelage
un cheval ſujet à la crampe , il doit faire
faigner ce cheval de tems en tems pour
diminuer cet accident. Il n'y a point d'au
tre reméde.
C**
Dd iij
318
LE PARFAIT
Crapaudines.
Il y a deux eſpèces de crapaudines affez
différentes l'une de l'autre. La premiere
eft une tumeur , qui vient un peu au.def
fus de la couronne ; la feconde ne vient:
jamais feule. Elle accompagne quelque
fois une efpèce de playe , ou fente qui
fe fait dans le fabot , qu'on appelle fei
me. La premiere crapaudine fe reconnoît
par un poireau , ou petit ulcere , qui vient
au-devant des pieds , de la largeur d'un
petit pouce plus haut que la couronne:
au milieu du pied. Cette tumeur vient
également aux pieds de devant , & à
ceux de derriere. Il fort de cet ulcere une
humeur , qui par fon acreté defféche la
corne , de façon qu'au-deffous de la cra-.
paudine il fe fait un canal le long de la
corne jufqu'au fer. Ce mal eft plus dif
forme que dangereux : fa caufe eft la
même que celle des eaux , & il faut la def
fécher comme les muſcles traverfieres &
les crévaffes.
Crévalles:
Les crévaffes fe reconnoiffent en ce
qu'elles viennent aux plis des paturons
COCHE R.
310
en forme de fentes , dont il découle des
eaux puantes. Il y a quelquefois enflure à
la crévaffe. Comme les crévaffes & les
mules traverfieres font toutes deux des
des fentes abreuvées d'une lymphe puante,
il n'y a point de différence entr'elles ,
fi-non que la crévaffe vient au paturon
dans le milieu par derriere , & que la
mule traverfiere vient au pli de la join
ture du paturon avec le boulet. L'une
A
& l'autre , provenant de la même cauſe ,
doivent être traitées de la même façon.
Mais à la fcience du Maréchal , il faut
que le Cocher joigne une grande propre
té , fur tout dans les villes où la boue
croupit , & eft par conféquent corrofive.
Cette propreté confifte à avoir grand
foin de nétoyer les jambes toutes les fois
que les chevaux rentrent. Elle eft feule
capable de faire que tous ces maux ne pa
roiffent point. On peut appeller cette fa
çon d'agir , un reméde préfervatif. Mais
pour qu'il ait de l'efficace , ce n'eft pas
de la façon dont les Cochers lavent les
jambes de leurs chevaux , que le mal fera
détourné , puifque fe contentant de trem
per un balet de jonc dans un feau d'eau ,
& de le paffer ainfi mouillé fur les jam
bes de devant , & de derriere de leurs
chevaux de haut en bas , c'est-à - dire du
D'd iiij
320
LE
PARFAIT
fens du poil , la boue la plus intérieure ,
c'est-à-dire celle qui fe trouvera dans le
pli du boulet , & au paturon , ne fera
que s'enfoncer plus avant dans le poil ,
où elle caterifera petit à petit le cuir.
Il faut donc ufer d'une autre méthode ,
•
qui ne fera agréée que des gens attentifs
à la confervation de leurs chevaux , &
dont les Cochers ne feront pas les maîtres.
Cette méthode (j'en ai déja parlé dans la
premiere partie ) eft d'imbiber une épon
ge d'eau , & la tenant d'une main au pli
du genouil pour les jambes de devant , &
la pointe du jaret pour celle de derriere,
on la preffe , & à meſure que l'eau tombe
le long de la jambe , on broffera bien ,
& principalement à rebroffe poil , avec
une broffe de la grandeur à peu près
d'une broffe à foulier , afin d'ôter la craffe
& la boue la plus enfoncée
Dartres.
Toutes les maladies , qui viennent fur
la peau des chevaux , & qui viennent dé
cauſes intérieures , peuvent être rangées
fous le nom général de dartres.
On réconnoît de trois fortes de dar
tres : dartres farineufes, dartres coulantes,
& dartres à groffes croutes , ou galles.
COCHER:
Toutes ces dartres dépendent
327
du vice
plus ou moins fort de la bile , & ne font
occafionnées que par le féjour de la bile
dans les vaiffeaux , & fuivant que cette
bile eft plus ou moins âcre & épaiſſe , elle
produit fur la peau les différens accidens ,
dont nous venons de parler.
Voilà tout ce qu'un Cocher peut fça
voir ſur cette matiére. Quant à l'origine
de ces dartres , & la maniére de les guérir,
elles fe trouvent dans les livres que j'ai
indiqués plufieurs fois, & qu'on peut con
fulter , s'il eft befoin.
Dégoût des Chevaux.
Un Cocher doit connoître qu'un che
val eft dégoûté , quand il mange moins
qu'à l'ordinaire , ou qu'il mange plus mo
lement , ou qu'il refufe abfolument de
manger fon avoine.
Les caufes du dégoût font quelquefois
légéres. Il fe trouve des chevaux déli
cats , qui fe dégoûtent pour une ordure 9.
qu'ils auront trouvée dans leur nourritu
re : alors en ôtant cette nourriture , &
leur en donnant la premiére fois de nette,
ils ſe rémettront à manger. Si ce font des
élevûres ou cirons qui les dégoûtent , j'ai
322
LE
PARFAIT
ditce qu'il faloit faire à l'article de Cirons
pour leur redonner de l'appetit.
Demangaifons.
Le Cheval eft fujet à avoir des demans
geaifons à différentes parties du corps ,
comme à la tête , au col, aux cuiffes , aux
jambes, & même à la queue,quelquefois à
tout le corps en entier. On réconnoît ce
mal , en ce que les chevaux fe grattent
perpetuellement. L'endroit gratté fe de
nue de poil , & l'on voit à la place une
farine blanche , qui couvre la partie. Ils
vont quelquefois jufqu'à s'écorcher . Plus
la demangaiſon eft vive , plus le cheval ſe
tourmente 9. & s'échauffe , ce qui irrite
fon mal à tel point , que quelquefois
Ja toux s'y joint , & quelquefois la fié
vre.
Les caufes extérieures de ce mal font
ou un travail trop violent , ouune nour
riture trop chaude , ou d'être trop gras ,
ou enfin d'un tempérament trop ardent &
bilieux.
Quant aux caufes intérieures , toute
efpéce de demangaifon n'eft autre chofe
qu'une humeur dartreuſe , qui ſe fait ſen
tir à différentes parties du corps. Pen
COCHER.
323
dant qu'un Maréchal les guérit , le Co
cher doit mettre fon cheval à l'eau blan-
1
che & au fon , à la paille mouluë , ou à
la farine d'orge .
Defcente ou Hernie.
1
La Defcente ou Hernie eft une mala
die , qui provient de quelque effort qu'au
ra fait le cheval , au moyen de quoi les
tendons des muſcles du bas- ventre fe fe
ront trop étendus, & par conféquent trop
relâchés , ce qui aura laiffé affez d'efpace
aux boyaux pour tomber dans les bour
fes. A cela il n'y a de réméde , que de répouffer le boyau , fi faire ſe peut , enſuite
Fempêcher de retomber , au moyen d'un
bandage , qui le contiendroit dans fa pla
ce , & donneroit le tems aux muſcles de
fe rafermir,& réprendre leur place.Quand
cette maladie arrive aux chevaux de Rou
liers , & autres , qui font des chevaux en
tiers , le réméde le plus fûr , & le plus
ufité eft de faire rentrer le boyau , & de
châtrer enfuite le cheval..
Deffoler.
Deffoler un cheval eft une grande Opé
ration qui regarde entiérement le Maré
324
LE
PARFAIT
chal. Quand un Cocher a dans fon écu
rie un cheval au quel cette opération a été
faite , il ne doit point lui mouiller le pied
deffolé , ni le méner à l'eau , & il faut
qu'il le laiffe dans l'écurie jufqu'à parfaite
guérifon. Quant à ce que doit faire un
Maréchal pour bien deffoler un cheval
& lui faire révenir la fole , on peut con
fulter le Nouveau Parfait-Maréchal ch.
XXV. pag. 397. où la maniére de fai
·
re cette opération , eft rrès bien expli
quée.
Devoyement.
Le devoyement eft un écoulement fré
quent & liquide de gros excremens du
cheval. On diftingue le devoyement en
trois efpéces , fçavoir le devoyement pi
tuiteux , le devoyement bilieux , & le flux
diffenterique. Les fignes généraux detou
te espéce de devoyement , font que le
cheval fe vuide beaucoup plus ſouvent
qu'à l'ordinaire , & que les matiéres , qu'il
rend , n'ont plus la même confiftence
qu'elles doivent avoir naturellement.
Le devoyement pituteux eft moins
dangereux que les autres , & plus aiſé à
guérir. On traite ce devoyement par une
diéte fevére. On donne au cheval de l'eau
COCHER.
325
blanche ferrée , on le met au fon pendant
-vingt-quatre heures , & enfuite de l'orge
moulu , & on lui fait avaler pendant trois
jours un breuvage fait avec une once
& demie de thériaque, deux gros de fafran
de mars aperitif , le tout mêlé dans une
pinte de vin.
Le devoyement bilieux eft plus dange
reux que le premier , & l'effet en eft quel
quefois fiprompt , que fi le cheval l'a très
violent pendant vingt- quatre heures , il
eft en danger d'une inflammation d'entrail
les , qui pourroit lui caufer la mort. Le
plus prompt réméde que peut y apporter
un Cocher , eft d'ôter d'abord le foin &
l'avoine , de nourrir le cheval avec de la
paille , fon & orge mondé , de lui don
ner pour boiffon de l'eau blanche ferrée ,
avec deux gros de nitre purifié par ſeau
d'eau. Pour le devoyement diffenterique ,
il doit auffi mettre un cheval au même ré
gime , lui donner des lavemens adoucif
Lans en quantité , comme avec du lait ,
où l'on met 6. grains d'opium , & quatre
onces de fucre rofat.
3
Diflocation .
Pour guérir toutes diflocations , il faut
Commencer par remettre l'os dans fa place
LE PARFAIT
326
ordinaire , ce qui ne fe peut faire qu'en ré
nouvellant l'extenfion des muſcles , au
moyen d'une opération appellée exten
fion , & contre extenfion. Un cheval dif
loqué n'eft d'aucun ufage. Il faut que l'os
foit parfaitement remis , qu'outre les ré
médes extérieurs , il ait été faigné , pur
gé , rafraichi , avant que de le faire tra
vailler.
Dragon.
Le Dragon eft une petite tache blan
che , ou excroiffance charnuë , qui croît
dans l'humeur acqueuſe , ou bien elle vient
fur la cornée au-devant de l'oeil. Elle
n'eft pas au commencement plus groffe
que la tête d'une épingle , mais elle croît
petit à petit fi fort , qu'à la fin elle couvre
toute la prunelle. Le dragon vient d'obf
truction , & de l'engorgement d'une lym
phe trop épaiffe. Cemal eft incurable.
Eaux.
Les eaux qu'on appelle les mauvaiſes
eaux , font des maux qui proviennent du
vice de la lymphe , ainfi que les poireaux ,
crevaffes , & mules traverſiéres. Leur feu
le différence eft dans les fignes extérieurs
COCHER.
327
qui diftinguent ces maux à proportion de
la malignité de l'humeur.
Les chevaux épais , comme les che
vaux de charette , les chevaux d'Hollan
de , & de Flandre , qui fervent au Ca
roffe , & qui ont beaucoup de poil aux
jambes , font plus fujets aux eaux , fur
tout ceux d'entr'eux , qui ont les jarets
gras , & pleins. Quand les eaux font nou
velles , on en arréte aifément le cours. 2
niais quand elles font vieilles , & les jam
bes fort enflées la cure en eft très- diffi
cile. Les eaux fe guériffent comme les cré
yaffes.
Eaux rouffes.
Les eauxrouffes de la queue fe recon
noiffent en ce qu'il fort du tronçon de la
queue , une humidité , qui fuit le poil ,
& le rend roux à deux doigts de fa racine,
quoiqu'il refte à fa racine de la couleur
ordinaire. Ce mal fe rémarque mieux aux
chevaux gris , qu'aux autres : qnand on
touche à ce poilroux , il fe cafle très-aifé
ment. Ce mal eft une dartre coulante
qu''on traite par les rémédes des démangai
fons.
I1 y a des eaux rouffes , qui fuintent
dans les playes , où les tendons font atta
T
328
LE PARFAI
qués. Elles font une très-mauvaiſe marque
pour la playe.
Ebulition.
L'ébulition dénote un cheval échauffé.
Il faut à ce mal un régime rafraichiflant ,
comme boiſſon avec criftal mineral , des
lavemens , & bien couvrirle cheval , pour
le faire tranſpirer.
Il y a trois efpéces d'ébulitions de fang:
L'une fe demontre par de petites tumeurs,
qui viennent de tous côtés , & cela très
promptement , par exemple en une nuit.
L'autre le rémarque par de petits boutons
de la groffeur d'un demi-pois. Ces bou
tons viennent de tems en tems en plufieurs
endroits du corps , & cette ébulition eft
un éréfipelle bilieux boutonné. La troi
fiéme efpéce d'ébulition eft de petite con
féquence , quoiqu'elle puiffe effrayer par
fes fignes , car la tête enfle fubitement
très-fort , & en fort peu de tems , de façon
qu'on la voit enfler à vued'oeil. En même
tems de petits boutons fe répandent par
tout le corps. Deux ou trois faignées de
fuite , des lavemens , & de l'eau blanche
diffipe cemal en très-peu de tems.
Ecart
COCHER.
329
Ecart ou effort d'épaule.
L'écart eft affez difficile à connoître ,
quand on n'a pas été témoin de l'accident,
fur-tout quand il n'a pas été confidérable ,
attendu que fouvent l'on voit boiter un
un cheval également d'un mal de pied ,
comme d'un mal d'épaule. Mais fi après
avoir examiné le pied , on n'y découvre
rien , la façon la plus fûre pour s'éclaircir
eft de faire marcher le cheval pendant une
efpace de tems. S'il boite d'abord , &
qu'apès quelques momens , quand il fera
un peu échauffé à marcher , il boite moins,
il eſt ſur que fon mal eft dans l'épaule , car
un cheval , qui a mal au pied , boite da
vantage à méfure qu'il s'échauffe.
Auffi-tôt qu'on s'apperçoit qu'un che
val a pris un écart , le Cocher doit faite
commencer par la faignée plus ou moins
réiterée , & principalement , fuivant la
conféquence du mal. Alors on fe fert de
réfolutifs , & non de graiſſes ni d'émol
liens , car il faut raffermir & faire tranf
pirer les fucs épanchés. Il faut du repos à
un cheval , qui a un effort d'épaule , & du
féjour pour le rétablir.
Quand l'effort n'eft pas grand , & qu'il
ne fait pas froid , un Cocher peut méner
Ee
III. Partie.
LE PARFAIT
330
le cheval nager dans l'eau un quart-d'heu
re le matin , & autant le foir , & au ré
tourfrotter l'épaule avec de l'efprit de vin,
& du favond'Eſpagne.
Les réfolutifs qu'on employe font l'ef
fence de thérebentine , la thérebentine
avec la poix-réfine , leseffences qu'on ap
pelle huiles d'afpic , de pétrale , avec l'ef
prit de thérebentine .
Pour un violent effort d'épaule , qu'on
appelle entre- ouverture , ou pour un ef
fort envieilli , on fait plufieurs opérations,
fçavoir , une qui s'appelle mettre des plumes , d'autres qu'on appelle feton & or
tie : enfin le feu. Ces opérations ſe liffent
au traité des opérations du Nouveau Par
fait-Maréchal. Si c'eft un cheval de carof
fe, qui ait fait un violent effort , le meil
leur pour l'en guérir eft la douge avec les
eaux minerales chaudes , pourvû que le
cheval en vaille la peine.
Ecorchure des Harnois.
Quand on voyage en caròffe , il arri÷
ve que les harnois des chevaux , en frot
tant continuellement , ou contre le poi
trail , ou ailleurs , y font des écorchures,
ou enlevures . ce qui arrive principale
ment dans les tems de pluye. A cela il
COCHER.
3°31
faut fe fervir d'eau-de-vie , fuif de chan
delle , & urine. C'eft-ce que j'ai déja dit
dans la premiere Partie , pag. 147 .
Si la croupiére écorche fous la queue ,
on graiffera le culeron , ou on fera cou
dre dedans une groffe chandelle , laquel
le fe fondant petit à petit , tiendra le cu
leron gras , & empêchera d'écorcher , &
dans le féjour , on lavera fouvent le mal
avec l'eau-de-vie & fel. Si le cheval ne'
vouloit pas fouffrir l'eau-de-vie , on né
toye le mal avec du vin chaud , mêlé d'un'
quart-d'huile d'olive, & on faupoudre par
deffus du charbon pilé : ou enfin fi le che
val ne peut plus fouffrir de croupiére , on
fe fert de la croupiére baffe , dont quel
·
ques uns fe fervent pour monter les
mules.
Efforts de reins.
Les chevaux vigoureux , ou ceux qui
font chargés trop péfamment , font fujets
à fe donner des efforts de reins, foit qu'ils
veüillent ſe retirer de quelque mauvais
pas , foit en fe rélevant après une chu
te. Il peut arriver auffi qu'un cheval fe
peut donner un tour de reins dans l'écu
rie. Si dans le moment qu'il fe léve il
vient à gliſſer dans fa place : alors voulant
E e ij,
IT
332
A
LE PARF
s'empêcher de retomber , il employera la
force de fes reins , ce qui occafionnera
une extenfion confidérable des tendons
qui attachent chaque vertebre l'une à l'au
tre.
Bien des Cochers en entrant dans l'écu
rie le matin font peur à leurs chevaux , &
les font rélever fi précipitamment , qu'il
y en a qui fe donnent des efforts de reins.
C'eft donc un devoir indifpenfable pour
un Cocher , que d'entrer le matin fans fai
te beaucoup de bruit dans l'écurie , & de
faire réléver doucement fes chevaux , s'il
font couchés.
Outre les efforts de reins qu'un Co
ther peut empêcher , en traitant & me
nant fes chevaux avec douceur , il y a
encore les efforts à la hanche , & du che
val épointé , l'effort à la noix , les efforts
des jarets & d'un muſcle du dedans de
la cuiffe , dont je ne parle point. Je ren
vois aux livres qui en traitent.
Encaftelure.
L'encaftelure eft le ferrement des ta→
lons des pieds de devant. Voyés ferrure
des chevaux encaftelés. Page 167.
***
Ad
Coc HER.
33
Encheveftrure.
Le terme d'encheveftrure tire fon ori
gine du mot de cheveftre , qui fignifie , en
vieux langage , un licol. C'eft un acci
dent qui arrive au cheval , lorſqu'en vou
lant fe grater l'oreille , ou le côté de la
tête avec le pied de derriere , il ſe prend
la jambe à l'endroit du pli du pâturon
dans la longe de fon licol ; alors ne pou
vant le débaraffer , & retirer fon pied ,
il ſe débat extrêmement : cette longe lui
écorche le pli du pâturon , & y fait une
playe plus ou moins confidérable , fi on
ne dégage promptement les chevaux , ils
peuvent fe faire des playes très -dange
reufes , & plus il font vigoureux , plus
aifément il s'eftropient , quelquefois mê
me l'os paroît tout à découvert , & l'in
flammation s'y mettant , peut cauſer en
Alure à la jambe & à la couronne , de fa
çon qu'un cheval en refte quelquefois
eftropié.
On previent prefque toujours cet ac
cident dans les Ecuries bien ordonnées ,
en mettant des boules de bois attachées
au bas des longes du licol , afin qu'elles
coulent dans les anneaux , & qu'elles ref
tent toujours tenduës. J'ai parlé de ces
LE PARFAIT
$34
boules de bois * ; mais quand l'accident
eft arrivé , & qu'il n'eft pas confidérable ,
on joindra des réfolutifs avec des déter
gens. Si la playe eft grande , & de plus
grande conféquence , on faigne pour évi
ter l'inflammation , & on applique deffus
le cataplafme de miel,farine & oeufs blancs
& jaunes , qu'on renouvelle tous les jours
jufqu'a guériſon.
Encloueure , & Retraites.
L'Encloueure eft une bleffure faite au
pied d'un cheval , lorfque celui qui le
ferre a broché un clou , de façon qu'au
lieu de traverſer la corne feulement , il
la fait entrer dans la chair vive , c'eſt ce
qui s'appelle enclouer , ou piquer un che
val.
La retraite n'eft autre chofe qu'une por
tion de clou reftée dans le pied d'un che
val ; le clou s'étant caffé dans le tems que
le Maréchal le tiroit en déferrant le che
val ou autrement , & quand on vient à
pofer un clou au même endroit où fe
trouve la retraite ; ce nouveau clou en
paffant la preffe & la pouffe contre le vif,
ou contre la veine , ce qui fait boiter
le cheval.
* Page 204.
THE
[V
Po
I
رو
COCHE R.
335
Tout cheval qui a été ferré de neuf &
qui boite , n'eft pas pour cela toujours
encloué
car fouvent les chevaux qui
ont le pied charnu , c'eft- à- dire , la corne
du fabot déliée , ou le talon foible ou
ferré , boitent fi fort le jour qu'ils ont été
ferrés , qu'ils ont peine à fe foutenir ;
mais ils fe rafermiffent d'eux- mêmes avec
un ou deux jours de repos . Souvent auffi
un clou qui fe fera coudé, c'eft- à- dire , un
peu plié dans un pied gras , fera boiter
un cheval , quoiqu'on ne puiffe pas dire:
qu'il foit encloué. Si l'on tarde quelque
tems à ôter ce clou , qui ne fait que preffer le vif fans entrer dedans , la matiére :
pourroit bien s'y former , ce qui oblige
roit à le panfer , comme une encloueure..
Les chevaux qui ont les talons ferrés
pour peu qu'ils ayent des clous brochés
haut , boitent , ce n'eft pas qu'ils foient
encloués. ; mais les clous étant trop près
du vif, & le preffant , caufent de la dou
leur. Le repos peut les rétablir..
Entorfe.
L'Entorfe ou Mémarchure fe connoît
premierement à l'avoir vû prendre au che
val. Elle le fait boiter plus ou moins con
fidérable. On la connoît encore àla cha
LE PARFAIT
3.36
leur & au traînement du boulet. La caufe
en eft un effort , que les tendons auront
reçu dans cette partie , lorfque le cheval
aura mis le pied à faux .
Dans le moment de l'entorfe on peut
fe fervir de reftrictifs , c'eſt à-dire , re
ferrer la partie , en jettant de l'eau froide
deffus pendant une heure , ou bien faire
entrer le cheval fur le champ dans de
l'eau froide , & l'y laiffer une heure. Lorf
qu'on ne s'eft pas apperçu de l'entorſe ,
& qu'on ne la reconnoît que quelque
tems après qu'elle a été prife , on doit
commencer par faire faigner plus ou
moins , felon la force de l'entorſe , afin
d'éviter l'inflammation. On fait obſerver
la diéte par la même raifon , & on met
fur la partie des cataplafmes réfolutifs ,
"
les huiles chaudes , & envelopper le bou
let . Si l'entorſe eft vieille on applique
deffus la thérébentine , ou de la poix noi
re ,fitous ces remédes ne réuffiffent pas ,
on deffole , on met le feu fur la partie en
flée ; on y applique un ciroine : on jette
le cheval à l'herbe , on le fait labourer
jufqu'à ce que la partie en foit rafermie.
Epilepfie.
L'Elpilepfie ou mal caduc eft une pa
mɔiſon ,
COCHER .
337
mbifon , & convulfion non continuée de
tout le corps , qui fait que le cheval fe
laifle tomber tout à coup, avec des mou
vemens convulfifs , tremblant, friffonnant,
& écumant par la bouche , mais lorsqu'il
femble mort , il feréléve , & recommence
à manger.
Quand ce mal eft tout-à-fait déclaré , il
eft difficile à guérir. Le gui de chaîne , de
poirier , de pomier , d'épine , &c. paſſe
pour un fpecifique à cette maladie : mais il
faut nourrir le cheval avec de bonnes
nourritures > comme bon foin , bonne
avoine , qu'un Cocher doit donner avec
précaution, car il ne doit pas le laiffer man
ger jufqu'à fe raffaffier ; il doit lui rétran
cher une partie de fon ordinaire . Si un
cheval a quelque difpofition à tomber de
mal caduc , on lui fait prendre des extraits
amers avec de l'acier pendant des années
entiéres.
Erefipelle.
L'Erefipelle plat , l'Erefipelle bouton
né provient comme le farcin de l'arrêt de
P'humeur de la tranſpiration , laquelle fe
gonflant entre la premiere peau, & la vraie
peau , & fe trouvant arrêtée par l'air ex
térieur , forme cette humeur , dont une
III. Partie.
Ff
338
LE "
AIT
PARF
partie fe créve , & fe deféche enfuite , &
l'autre fe diffipe par tranſpiration , il y a
toujours de la bile mêlée avec cette hu
meur. Voyez Ebulition.
Efparvin .
L'Efparvin eft le nom de l'os même ,
fur lequel le forme une groffeur ou plus
petite , ou plus groffe. Il y a deux fortes
d'Efparvins , Elparvin fec & Elparvin de
boeuf. L'Efparvin fait quelquefois boi
ter , mais il y a des chevaux > qui ne
boitent jamais , quand l'Efparvin eft tota
lement déclaré & forti. L'Efparvin de
boeuf eft bien plus dangereux que le pre
mier , car il fait prefque toujours boiter ,
& refte douloureux . Il devient ſouvent,
gros à peu près comme la moitié d'un
oeuf. Il eft auffi dur que l'os , & ne fait }
point harper. Il n'y a de rémede que le
feu : car les plus forts réfolutifs feroient
trop foibles pour diffiper cette groffeur.
Etonnement de Sabot.
L'Etonnement de fabot n'eft autre cho
fe qu'une meurtriffe , que la corne du fa
bot aura faite fur la chair , qui eft entre lui,
& le petit pied. Quand on s'appercoit de
IVA
COCHER .
339
l'étonnement , on pa e bien le pied , en
fuite on décerne la pince , comme fi on
vouloit défoler le cheval , afin qu'il reſte
aflez peu de corne en cet endroit , pour
que la vertu des médicamens puifle y pé
nétrer.
Etranguillon.
L'Etranguillon eft aux chevaux la mê
me chofe que l'Efquinencie des hommes.
C'eft une maladie réelle. Les glandes du
gofier s'enflent plus ou moins . Les fignes
de cette maladie font premierement l'en
flure. Le cheval tient la tête levée. Les
temples, la tête & les yeux s'enflent : il a de
la peine à boire & à manger : il ne reſpire
que difficilement. Quand le mal devient
plus confidérable , la langue lui fort de la
bouche , il ne peut plus ni manger ,
ni
boire , il rejette la boiffon par les naſeaux ,
& quand l'enflure comprime la tranchée
artére, elle ôte la refpiration, & étouffe le
cheval . D'abord qu'on s'apperçoit de cet
te maladie , on doit faire faigner le che
val coup fur coup , trois ou quatre fois.
S'il peut manger on lui fait manger du
chenevis ; on lui fait un armand , on lui
donne des billots , cordiaux & œemol
liens , & on le met au maftigadour .
Ff ijl
LE PARFAIT
340
Faim canine.
LaFaim canine fe marque par une fair
outrée , de laquelle il s'enfuit , que plus
l'animal mange , moins il fe raffafie. Ce
pendant il maigrit de jour en jour , & fi
nit par mourir, étique. Cette incommodité
provient d'un fermentaire dans l'eftomac,
caufé par des mauvaiſes digeftions. On ne
peut ruiner ce fermentaire , que par des
amers, mais cette maladie eft rare à l'égard
des chevaux,
Faim-vale.
La Faim-vale a quelque rapport à l'E
pilepfie; ce mal prend au cheval ordinai
rement trois ou quatre heures après qu'il a
mangé. S'il eft en chemin , il demeure
tout à coup immobile , de façon qu'il eft
infenfible aux coups , qu'on lui donne
dans ce tems , & il ne repart pas qu'il
n'ait mangé
ainfi il faut abfolument le
Jaiffer manger ce qu'il trouve fur le lieu
même , après il remarche comme à l'ordi
naire. Ces fortes de chevaux mangent
trois fois plus que les autres, fans pouvoir
s'engraiffer. Il n'y a point d'autres fignes à
cemal que le moment de l'accès , la faim,
4
GOCHER.
347
& la maigreur . Il faut à ce mal compli
qué des rémédes apéritifs , & délayans
quantité d'acier; le foye d'antimoine y eft
bon. De pareils chevaux ne font pas pro
pres à un carofſe.
Farcin.
Le Farcin n'eft autre chofe que des dar
tres encroutées , & la plus confidérable
des maladies de la peau. Les Maréchaux
diftinguent jufqu'à cinq fortes de Farcins.
Le Nouveau Parfait-Maréchal n'en veut
que deux efpéces , fçavoir , le Farcin gué
riffable , & le Farcin incurable. Les che
vaux du pays de bled qui ne mangent que
du froment au lieu d'avoine , ont preſque
tous le farcin.
Le Farcin fe gagne , & fe communique
comme la galle. Les chevaux qui font plus
difficiles à traiter , font ceux qui font de
licats au manger , parce que les rémédes
les dégoutent , & leur font perdre abfolu
ment l'appetit. Hors ce cas un cheval qui
a le farcin eft communement affez gai ,
boit & mange à l'ordinaire. Il ne faut pas
mettre à l'herbe un cheval qui a le farcin ,
car cette nourriture augmente fûrement
fon mal au lieu de le diminuer. Pour la
guérifon du farcin , je n'en parle point ;
Ff iij
LEPARFAIT
342
cette maladie eft affez de conféquence pour
·être traitée par un habile Maréchal , & un
Cocher qui a un cheval attaqué du farcin
n'a rien à faire que de le féparer de fes au
tres chevaux , & de fuivre les ordonnan
ces du Maréchal.
Fatigue & Fortraiture.
Un cheval fatigué, & fortrait eft à peu
près la même chofe , car les fignes en font
prefque pareils. Un cheval fatigué a un ca
nal qui fe forme le long des côtés , lorf
qu'il refpire , dans lequel on pourroit lo
ger une corde. Il a le poil heriffé & mal
teint ; fa fiente eft féche & noire. Outre
que la Fortraiture a les mêmes fignes , ce
qu'on appelle la corde au cheval fatigué ,
eft retiré , dur , fec & douloureux.
On faigne pour ces deux maladies : on
fait faire diéte au cheval dégoûté ou non.
On lui ôte le foin ; on ne lui donne que
la paille & l'orge mondé , ou le feigle
échaudé , ou l'orge écrafé au moulin. On
donne de frequens lavemens , émolliens &
purgatifs , & pour boiffon le policrefte ,
ou le miel délayé dans fon eau. A meſure
que des chevaux fe remettent de fatigue ,
on doit leur faire faire un exercice moderé ,
leur redonner petit-à-petit de la nourri
СоснËR.
343
sture , & les rémettre de cette façon à man
ger comme à leur ordinaire. Plus le che
val eft délicat, plus il a de peine à ſe rémet
-tre.
Fic.
Le Fic eft une excroiffance de chair
fpongieufe & fibreuſe , en forme de poi
reau , ou de veruë , qui vient preſque tou
-jours à la fourchette du cheval , au haut ,
ou à côté. Il en vient encore fous la fole ,
& quelquefois par tout le corps du cheval
en grand nombre.
Le Fic d'abord n'eft pas douloureux ,
& ne fait pas boiter le cheval ; mais fi on
le laiffe vieillir , ou qu'on le panfe mal , il
coulera jufqu'aux talons , à la fole , aux
quartiers , ou à la pince , & gagnant le
tendon ou le petit pied , il deviendra très
dangereux & douloureux : alors il pourra
paffer jufques fous le quartier , foufler au
poil , & paroître à la couronne , enfin il
pourrira le pied , & rendra le cheval
inutile.
Fiévre.
La Fiévre eft un bouillonnement ex
traordinaire du fang , qui fait battre le
cœur & les artéres plus fréquemment que
dans l'état ordinaire. Les chevaux ne font
Ff üij
LE PARFAIT
344
guéres fujets qu'à la fiévre continue plus
ou moins forte , & à la fiévre lente.
Les fiévres continues fe diviſent en fié
vrefimple , fiévre putride , fiévre peftilen
tielle , &c. La fiévre de quelque efpéce
qu'elle foit,provient,ou du trop de travail ,
ou des mauvaiſes nourritures , ou de l'in
temperie de l'air.
La maxime génerale pour guérir tout
cheval qui a la fiévre , eft de le faire beau
coup jeuner , c'eſt-à- dire , de le nourrir
très- peu .
Le grand réméde à la fiévre , & pref
que le feul , qu'il faille faire , eft la fai
gnée. On fait enfuite grand uſage de la
vemens émolliens. A un cheval guéri de
la fiévre , il ne faut redonner de la nourri
ture , que petit-à- petit , augmentant tout
doucement jufqu'à ce qu'il foit en état de
manger comme à fon ordinaire.
Fiente.
Ily a des chevaux dont la Fiente eft
molle , & qui fe vuident trop ſouvent
cela dénote obftruction : car tant qu'ils
font en cet état , ils ont beau manger ils
ne fçauroient engraiffer.Les defobftruans ,
comme l'acier , & le foye d'antimoine
pendant quelque tems , ôteront cette in
•
CoCHE Kẻ .
345
difpofition. Lorfque la fiente eft dure
noire ou verdâtre , c'eft figne d'une bile
échauffée. Si outre cela le cheval eft refer
ré à outrance , ou fujet à avoir fouvent un
flux de ventre, c'eft une marque que la bile
ne fe fépare pas dans le foye. Les defobf
truans , ou aperitifs conviennent dans
cette occafion , auffi-bien , que les her
bes ameres.
Fiftule.
La Fiftule eft un canal qui fe forme
dans les chairs , & même dans les os,
lorſque la matiére ayant corrodé par fon
acreté quelque partie , dans laquelle elle
étoit contenuë , a fait un trou à cette par
tie , au moyen duquel fortant de fon lieu
propre , & mangeant petit à petit les chairs
par fon acreté , elle fe fait chemin , &
étant parvenue à la fuperficie de la peau ,
elle fort en y faifant une ouverture non
naturelle. Ainfi il ſe peut faire des fiftules
en plufieurs endroits , comme aux yeux ,
à la ganache au fondement , &c. Je ren
vois aux livres , qui enfeignent la ma
niére de les guérir.
J
346
T
LE PARFAI
Flux d'Urine.
Le Flux d'Urine eft une maladie qu'on
connoît en voyant rendre au cheval une
grande quantité d'urine claire comme de
l'eau. Les pluies froides du commence
-ment de l'hiver , l'avoine marinée , avoir
fait travailler un jeune cheval trop tôt ,
ou trop outrément , peuvent donner le
flux d'Urine.
Pour guérir cette incommodité , on
faigne , on met le cheval au fon & au
miel , on le fait boire chaud , on le nour
rit avec la paille feule , & on lui donne
très-peu de foin. Les herbes rafraichif
-fantes en nourriture , comme la chicorée ,
les melons , &c. font propre à ce mal.
On donne encore des extraits amers pen
dant quelques jours , puis le foie d'An
timoine , & la décoction de falfe-pareille.
Fluxions & Enflures .
Les fluxions & enflures ne fçauroient
arriver que par deux raifons : ou par un
accident extérieur , qui aura meurtri ,
contus , ou forcé la chair , ou les muf
cles , ou par une caufe intérieure , qui
vient des difpofitions défectueufes des hu
COCHE R.
347
meurs ou du fang. Ainfi il y a enflures
provenantes de caufes intérieures , en
flures accidentelles , & qui viennent à fup
puration , & enflures rébelles envieillies
ون
1ן
& qui ne fuppurent point. Il y a des pré
cautions à prendre pour empêcher que
les parties du corps d'un cheval n'enflent ,
ou par trop de repos , ou par une fati
gue exceffive.
Ces moyens font d'avoir grand foin
des jambes des chevaux , de les tenir bien
nettes , de ne pas trop nourrir un che
val , qu'il ne mange pas de mauvais ali
mens , qu'il faffe un exercice modéré , qu'il
ne fatigue & ne repoſe pas trop.
Forme.
La forme eft une groffeur qui croît
fur le côté du boulet , ou en dedans ,
ou en dehors , & quelquefois fur tous
les deux côtés. Cette tumeur eft dure , &
ne plie point fous le doigt. Les formes
occupent les côtés de la réunion du ten
don , qui paffe en devant fous le cartil
lage de la couronue. Elles ne font point
mobiles ni douloureuſes. Elles commen
cent quelquefois à n'être pas plus groffes
qu'une febve , mais en vieilliffant elles
s'approchent de la couronne , ôtent la
LE PARFAIT
348
nourriture du pied & deffechent le fabot
Ce mal eft héréditaire , mais fouvent il
vient des efforts que font les chevaux en
travaillant , comme auffi d'avoir eû trop
de fatigues étant jeunes , ou d'avoir fait
des courfes outrées.
Comme ce mal preffe les tendons &
les ligamens qui font fur le paturon , il
fait boiter le cheval , ôte la nourriture du
pied , & deffeche le fabot. Le véritable
reméde à ce mal eft d'y donner le feu très
fort , c'est- à- dire , en perçant la peau avec
des rayes de feu , ou avec des boutons.
Fourbure.
La fourbure eft une fluxion , ou unë
eſpéce de rhumatifme univerfel , qui tom
be fur les nerfs des jambes du cheval , &
les lui rend fi roides , qu'elle leur ôte le
mouvement. La fourbure vient au cheval
qu'on a fait boire trop tôt pour avoir eû
chaud , qu'on a trop fatigué , & quelque
fois pour trop manger & ne point faire
affez d'exercice.
Si la courbature ne fe joint point à la
fourbure , le cheval eſt aiſé à guérir , mais
on ne le rechape pas aifément , quand il
eft en même tems , fourbu , courbatu &
grasfondu. Pour guérir un cheval fourbu
COCHER .
349
faut d'abord le faigner au cou , met
tre fon fang dans une térine , y mêler une
chopine d'eau de vie , & puis en frotter
les jambes juſqu'au - deſſus du genou.
Fracture.
L'Auteur du nouveau Parfait Maré
chal dit qu'il eft fingulier , que fans au
cune raiſon apparente , il foit pteſque
généralement reçû que les chevaux n'ont
point de moile dans les os , & qu'on
croye qu'auffi-tôt que la jambe d'un che
val eft caffée , il n'y a point de reffource ,
& que les os ne fçauroient jamais fe join
dre. Rien n'eft fi faux , dit - il , les
chevaux ont de la moile comme les au
tres animaux. Il donne le moyen de
remettre les os , & de guérir un cheval
qui auroit la jambe caflée. J'y renvois
le lecteur.
Fufée.
L'offelet ou fufée , n'eft autre choſe
qu'un fur-os long , qui prend du boulet
& monte jufqu'à la moitié de la jambe.
Quelques- uns diftinguent l'offelet de la
fufée , en difant que c'eft un gros fur- os ,
qui vient auprès du genou en dedans , &
;
LE PARFAIT
350
la
fufée
eft deux fur os au- deffus l'un
que
de l'autre. Quoiqu'il en foit , tous ces
maux étant fur l'os doivent ſe ranger
dans le genre des fur-os , & le traiter de
même.
Galle.
Il y deux fortes de galles : galle fari❤
neufe & galle ulcerée. Toute gal'e épaif,
fit le cuir. Elle fe communique par la
fréquentation des chevaux > & par les
étrilles & uftencilles , qui fervent au che
val galleux. C'eft pourquoi , il faut le
féparer des autres , & lui donner des uf
tencilles à part. Ce mal eft beaucoup plus
difficile à déraciner en hiver , & dans les
tems froids , qu'en toute autre ſaiſon. Les
deux eſpèces de galles ci - deffus , fe
guériflent par les mêmes remédes , en les
Continuant plus ou moins long-tems.
On commence par les faignées : on
purge , on rafraichit. On met le cheval
·
galleux au fon mouillé , & à l'eau blan
che ,
, on lui donne un peu de foin & de
paille. Quand il a été faigné & bien pré
paré , on con mence par l'étriller jufqu'au
fang aux endroits où il a de la galle.
On prend enfuite une chopine de fort
vinaigre qu'on verfe dans un pot de terre
1
Сосне R.
351
neuf. On y mêle deux onces & demi d'el
lebore blanc , deux onces & demi de
mouches cantaride , quatre onces d'eu
phorbe , une once de couperole verte. On
fait bouillir le tout enfemble environ l'ef
pace d'un quart- d'heure, & on en applique
tout chand fur les endroits galleux . Quand
l'escarre eft détachée , on lave la playe
avec de l'urine de vache , & du favon de
Bonnetier. On continue jufqu'à parfaite
guérifon. On faigne deux ou trois fois 2
& l'on purge de même.
Gangrene.
La gangrene eſt une perte de mou-.
vement , fentiment & chaleur , par l'in- {,
terruption des eſprits & du fang , occa
fionnée toujours dans les chevaux par le
dérangement des folides , c'eft- à- dire
des vaiffeaux & conduits.
Plufieurs cauſes peuvent caufer la gan
grene à une playe. La négligence , l'im
preffion de l'air & des mouches , accom
pagnées de la chaleur de l'été , la mau
vaiſe qualité de la playe par elle- même :
une ligature trop ferrée , qui aura inter
rompu le cours des liqueurs. La gan
grene dans une plaie , fi on n'y remédie
promptememt , gagne en peu d'heures de
LE PARFAIT
352
proche en proche , & corrompt le fang
Pour remédier à la gangrene , on faigne ,
on ſcarifie , on coupe tout l'endroit gans
grene , on dégorge la partie , & on fair
fortir les fucs pernicieux.
Gourme.
La gourme eft un écoulement de mas
tiére par les nazeaux , qui arrive aux
poulains une fois en différens tems depuis
feur naiffance , jufqu'à l'âge de cinq ans.
Un cheval qui a la gourme doit être fé
paré de tous les autres , attendu que fi
un cheval qui fera proche de celui qui
jette ſa gourme , la leche , peut ganer la
morve.
Par cette même raiſon , aucun des
uftencilles qui lui fervent , comme le
feau , l'étrille , &c. ne doivent pas fer
vir à d'autres. Le Palfrenier même qui en
a foin ne doit point approcher des au
tres chevaux. Lorfqu'on veut mettre
d'autres chevaux dans une écurie où un
poulain a jetté fa gourme , on doit avoir
l'attention de la bien nettoyer , d'ôter la
vielle litiére , de laver la mangeoire , de
frotter les murailles & le ratelier d'eau
mêlée avec de la chaux,
Gras
H
COCHER.
.
$33
Gras-Fondure.
La gras-fondure vient par les mêmes
raifons que la fourbure & la courbature ,
c'est-à- dire par un trop long travail , ou
diffipation d'efprits , ou par un trop long
féjour fans faire d'exercice. Ainfi on peut
diftinguer la gras- fondure de travail , qui
eft la plus dangereuſe & la plus difficile
à guérir , & la gras-fondure d'écurie , qui
fe guérit avec un peu moins de peine.
On guérit prefque tous les chevaux
gras- fondus , fi on y donne reméde au
commencement , mais fi on rétarde , on
a de la peine à les tirer d'affaire , fur
tout à l'égard des chevaux gras- fondus
à force de travail. Cette maladie ne veut
ni chaud ni froid. Elle vient de chaleur
mais on la doit traiter avec des remédes
un peu tiedes.
Hémoragie .
L'Hémoragie eft un écoulement de
fang par la bouche & par les nafeaux.
Cet écoulement peut devenir quelque .
fois fi confidérable , que la fièvre s'y
joint mais cela eft très-rare. La faignée
& une très - grande abftinence arrêtent
III. Partie.
Gg
354
LE PARFA
T
l'hémoragie , le tout ménagé fuivant la
grandeur du mal.
Si l'hémoragie eft de conféquence, on
fait faire deux ou trois faignées au moins
dans un jour. On rétranche prefque la
nourriture du cheval pendant deux ou
trois jours , & on ne lui donne à boire
que de la décoction de plantin ou de
renouée , vulgairement appellée trainaſſe,
& des lavemens rafraichiflans. C'eft prin
cipalement fur les grandes faignées , &
une diéte plus auftére qu'en toute autre
maladie qu'il faut tabler. L'hémoragie
arrive plutôt en été qu'en toute autre
faifon par l'excès du travail. C'eſt à quoi
un Cocher doit prendre garde.
Hydrocelle.
L'Hydrocelle provient d'obſtructions
intérieures , qui embaraffant les vaiſſeaux
des tefticules , font répandre la lymphe
épaiffie dans la tunique vaginale. Voilà
la feule hydropifie à laquelle les che
vaux foient fujets. Le danger de l'hy
drocelle eft , que fi l'eau féjourne trop
long-tems , elle peut ulcerer & corrom
pre le tefticule , y amener la gangrene ,
& faire mourir le cheval. Pour cette
maladie on eft obligé d'en venir à la
ponction,
COCHE R.
355
Jardon.
Le Jardon eft une groffeur calleufe
auffi dure que l'os. Elle croît au- dehors
du jaret , au-deffous de la place du veſ
figon , fur l'os du jaret même. Ce mal
n'eft pas ordinaire aux chevaux . Il fait
rarement boiter. Il peut être héréditaire
mais très-fouvent il provient des coups.
Si on apperçoit que c'eft un coup qui a
occafionné le jardon , il faut le frotter
plufieurs fois avec l'efprit de vin camphré.
Il peut refter une groffeur , mais le che
val n'en eft pas moins droit.
أنه
do !
Javard.
1
Le Javard eft une petite tumeur qui fe
réfout en apoftumes ou bourbillon , & fe
forme au paturon fur le boulet , & quel
quefois fous la corne. Un Javard nerveux
eft celui qui vient fur le nerf. Le Javard
encorné eft celui qui vient ſous la corne .
Il faut deffoler le plus fouvent un cheval ,
quand il a un javard encorné , & lui cou
per le tendon. Pour panfer un javard , on
met deffus de la thérebantine froide avec
un quart d'huile de laurier pour faire for
tir le bourbillon.
T
356
LE
FAI
PAR
Jauniffe.
La jauniffe , qu'on appelle mal de tête
improprement , eft une maladie de la bîle
Le cheval qui en eft attaqué , eft dégou
té , digére mal les alimens , eft foible
trifte & abattu . Il a l'oreille baffe , l'oeil
trifte , les nazeaux ouverts . Il chancelle
en marchant , fes levres font jaunes en
dedans . Les yeux auffi font teints de la
même couleur , & fi cette bîle qui regor
ge dans le fang , vient à s'échauffer à for
ce d'y rouler , elle caufe quelquefois la
fievre , pour lors la maladie devient très
dangereufe , & emporte quelquefois le
cheval , fi on n'y remedie promptement,
Il faut à ce mal faigner plus ou moins ,
s'il
fievre , donner des lavemens , met
ya
tre à l'eau blanche , & ufer d'un grand
régime ..
Lampas.
Le lampas eft une tumeur ou enflure ,
qui vient dans la partie de la bouche du
cheval , derriere les pinces de la machoire
fupérieure . On brûle le lampas , qu'on ap
pelle auffi la fêve.
2
COCHER.
357
Létargie.
&
On appelle létargie un fommeil pref
que continuel. Un cheval , qui en eft atta
qué , dort tout de bout , a les yeux char
gés , perd abfolument la mémoire , & eft
dans une fi grande indifférence , qu'il ne
fonge pas à fermer la bouche , quand il
l'a ouverte , ni même à boire & à man
ger. Ce mal vient de nourritures mauvai
fes , ou trop abondantes , qui auront ren
1
du le fang très-flegmatique & fort lent.
1
"
1
ire
Morfondure.
La morfondure eft , à proprement par
fer , dans le cheval , ce que le rhume eft
dans l'homme. Elle a bien des dégrés ,
puiſqu'il peut y en avoir de peu de con
féquence , de plus confidérables par dé
grés , & de très- dangereuſes & même
mortelles.
Les chevaux deviennent morfondus ,
lorfqu'on les fait paffer tout d'un coup
d'une grande chaleur à un grand froid
après un travail exceffif , ou pour les
avoir fatigués ; fi on laiffe boire un che
val qui a chaud fans lui faire faire aucun
exercice , après qu'il a bu , ou s'il boit
T
FAI
LE PAR
358
en été des eaux trop vives , & trop avi
dement , ou de l'eau de neige fonduë
tout cela lui caufera un rhume plus ou
moins fort , ou une courbature fimple qui
eft la même chofe. Voilà des chofes aux
quelles un Cocher doit faire attention .
Morfure de bêtes vénimeuſes.
Quand on s'apperçoit qu'un cheval a
été mordu de quelques bêtes vénimeuſes,
il faut mettre vîte un bouton de feu fur
la morfure , ou bien lier , fi on peut au
deffus de la morfure , pour empêcher le
venin de monter. On bat enſuite la partie
avec une branche de grozeilles épineux ,
jufqu'à ce que le fang forte ; on frotte en
fuite l'endroit avec du thériaque , de l'or
vietan.
Mules traverfieres .
Les mules traverfieres viennent au-def
fus de l'endroit des crevaffes , c'eft-à- di
re , qu'elles entourent le boulet à l'en
droit du pli ; & fouvent au-deffus de ce
pli , dans laquelle a paru la premiere mule
traverfiere , il s'en forme quelques autres.
Elles font toutes douloureufes , & font
boiter le cheval , par la douleur qu'elles
C
S
1.
COCHER.
359
lui caufent , attendu qu'en marchant , il
eft obligé d'étendre , & de plier fucceffi
vement cette jointure , quelquefois mê
me le boulet enfle , c'eft alors que le mal
eft plus difficile à guérir. Voyez crevaffes.
Nerferrure.
Le terme de nerferrure fignifie bleſſure
faite au nerf de la jambe. Cette bleſſure
provient de ce qu'un cheval fe fera don
né un coup avec le fer du pied au ten
don de la jambe de devant , ou même
avec un des pieds de devant.
Cet accident arrive d'ordinaire aux che.
vaux dans des courfes violentes , & dans
les mouvemens précipités qu'on leur fait
faire , comme dans les chemins pleins de
cailloux , ou dans les ornieres , lorfqu'on
les preffe trop , car alors ils peuvent s'y
attraper les tendons des jambes de devant.
5
Quand la nerferrure eft récente , &
qu'elle n'eft pas confidérable , il la faut
traiter d'abord avec de l'eau de vie , & la
traiter comme une entorfe. Quand elle eſt
plus forte , on la frotte avec l'huile d'o
live fort chaude , puis on préfente une
pelle rouge vis-à- vis , pour faire pénétrer
Î'huile. On continue à remettre de l'huile ,
& à repréſenter la pelle pendant une de
LE • PARFAIT
360
mi-heure , au bout du quel tems la ner
ferrure eft presque toujours guérie.
Si la nerferrure n'eft pas récente , &
qu'il y ait du tems que le coup ait été
donné. On met un linge en cinq ou fix
doubles , on le mouille , & on en enve
loppe le mal. On préfente enfuite un fer
vis-à-vis & fort près du linge mouillé.
Quand le linge eft fec , on le remouille
on approche le fer rouge , on continue
ee procedé pendant une demie heure ;
après quoi on facrifie la peau fur l'enflu
re , c'eft-à-dire , on la découpe légere
ment en travers & non en long , pour
faire fortir le fang extravafé , puis on
frotte avec de l'eau de vie , de l'efprit
de vin , de la thérébantine , ou de l'huile
de thérébantine.
Si la nerferrure eft confidérable , & qu'il
y ait grandes douleurs , on faigne , on
met le cheval à la diete , & on le laiffe
en répos. Si le tendon eft découvert , on
applique la teinture d'aloës , ou l'onguent
de fcarabeus. Si après tous ces rémédes ,
il refte de l'enflure , pour la refferrer , le
plus fur eft de donner fur la nerferrure
cinq ou fix rayes de feu de haut en bas,
Palpitation
COCHE R..
361
Palpitation de cœur.
La palpitation eft un mouvement du
coeur plus vif qu'à l'ordinaire , qui arrive
comme par fécouffes d'intervalle en in
tervalle. Ce mal peut être occafionné par
de mauvaiſes digeftions , par un travail
trop rude , par une courfe trop rapide ,
par un leger refroidiffement , ou par de
mauvaiſes nourritures . Ce mal n'eft pas
mortel , à moins que la fievre ne s'y joi
gne. On trouve la maniere de la guérir
dans les livres que j'ai cité plufieurs fois.
Peignes & mal d'âne.
11
Il y a deux fortes de peignes ; peignes
fecs , qui font des dartres farineufes , &
peignes humides , qui font des dartres
coulantes. Le mal d'âne eft une espece de
peigne humide , ou un ulcére dartreux.
Les peignesfecs fe dénotent par une craf
fe farineufe , qui paroît fur la couronne ,
fur laquelle le poil devient heriſſé : la cou
ronne enfle , & par fucceffion de tems ,
ce mal monte au paturon , au boulet , &
quelquefois jufqu'auprès du genoüil & du
jarret.
Les peignes humides ont les mêmes ſi
Hh
III. Partie.
362
IT
LE PARFA
gnes que les fecs , excepté qu'au lieu de
craffe farineufe , ils font abreuvés d'eau
puante. Ces maux ne font jamais doulou
reux , mais ils font très difficiles à guérir
radicalement , fur-tout quand ils font en
vieillis. Les peignes humides fe fechent
pendant l'Eté & reviennent l'Hyver. Les
vieux chevaux de caroffe font fujets à ce
mal,qui n'arrive que rarement aux jeunes.
Pouffe.
La Pouffe eft une oppreffion de poitri
ne , qui empêche le cheval de refpirer. On
diftingue ce mal en deux eſpeces bien dif
férentes l'une de l'autre. L'une peut fe gué
rir , qui eft la Pouffe flegmatique , l'autre
eft incurable , qui eft la pouffe phtifique,
ou phtifie même. Quand un cheval a cel
le-ci, c'eft que par des efforts violens dans
des courfes outrées , il s'eft rompu quel
ques vaiffeaux dans la poitrine. L'autre
eft auffi occafionnée par un travail outré ,
par morfondure , ou par des alimens trop
abondans , ou trop nourriffans. Les grands
chevaux , & les chevaux qui ont le ventre
avalé , auffi-bien que les vieux chevaux
font fujets à devenir pouffifs. Il faut fe
prendre de bonne heure pour guérir cette
maladie , car quand on laiffe vieillir la
L
СоснE R.
363
pouffe , on a bien de la peine à en venir à
bout.
Retention d'Urine.
La Retention d'urine provient d'une
difpofition inflammatoire du col de la vef
fie , ou des reins , caufée par l'âcreté de
l'urine , après de grandes fatigues , qui
auront échauffé le cheval , & auront ren
du la matiére de la tranſpiration trop fa
lée , & trop corrofive .
Ce mal a plufieurs degrés. Quand la
rétention eſt légére , elle eft aifée à gué
rir. Pour peu que le mal augmente , les
tranchées s'y joignent quelquefois , &
font fi violentes , que le cheval eſt en
danger.
Le cheval qui n'a que la rétention fans
douleur , ne montre pas d'autres fignes >
finon que de fe prefenter fouvent pour
uriner , & n'urine que peu , & avec diffi
culté. On donne au cheval qui a la réten
tion " une pinte de vin blanc , qu'on lui
fait avaler. On fait rougir des cailloux ,
puis on les éteint dans le vin blanc , & on
donne ce breuvage au cheval. Il y a des
rémedes extérieurs experimentés , pour
animer , & piquoter le conduit de l'urine.
enfeignés par ceux qui ont écrit fur les
maladies des chevaux.
Hh ij
364
LE PARFAIT
Seime.
Ce qu'on appelle feime ou quarre eft
une fente de la corne , depuis la couronne
jufqu'au fer, qui coupe le quartier en deux,
en ligne droite de haut en bas. Quand on
a un cheval , dont les pieds marquent de
la difpofition pour ce mal , il ne faut pour
cet effet , qu'avoir une grande attention à
lui tenir les pieds gras & humides , lui
mettre longuent de pied & du crotin
mouillé.
Solbature.
La Solbature eft une foulure & meur
triffure à la fole . On connoît la folbature,
en ce qu'on trouve la ſole chaude & noi
re , feche & douloureuſe. Il y a des fol
batures , qui cauſent tant de mal au che
val , qu'il néglige fouvent fa nourriture ,
& refte couché de peur de s'appuyer fur
fa fole.
Ce mal peut avoir plufieurs cauſes ,
comme d'avoir marché pendant les cha
leurs dans un pays fabloneux , d'avoir
long-tems cheminé, & déferréfur un terrain
dur. Quand la folbature provient du fer ›
qui a porté , on pare le pied jufqu'au vif ,
puis on met fur la fo le de l'effence de thé
"
COCHE R.
365
rebentine avec du tarc. Si la folbature eft
légere , &qu'elle ne vienne que d'une fo
le qui fe feche , pour la ramollir , toutes
les graiffes & huiles font bonnes . Si la fol
bature fait des grandes douleurs au che
val , & que la fole foit extrêmement fé
chée , & meurtrie , le meilleur rémede eft
de faigner une fois , puis de deffoler.
Suros.
Le furos eft une tumeur calleuſe , dure
& fans douleur , qui vient fur l'os du ca
non de la jambe. J'en ai parlé dans la fe
conde Partie , page 262.
La caufe la plus ordinaire des Suros ,
eft l'effet des coups & heurts que les che
vaux fe donnent eux-mêmes dans les patu
rages , ou de ceux qu'ils reçoivent des
autres chevaux. Le Suros fe diffipe à me
fure qu'un cheval vieillit. Il y a pluſieurs
façons de faire paffer un furos , uſités
parmi les Maquignons & d'autres.
Tayes.
Il y a deux fortes de Tayes , ou blan
cheurs. L'une eft une espéce de nuage ,
qui couvre tout l'oeil : l'autre eft une tâ
Hh iij
IT
366
A
LE PARF
che ronde épaiffe & blanche , qui eft fur
la prunelle. On appelle cette taye la perle,
parce qu'elle reffemble en quelque façon
à une perle. Ces maux peuvent venir d'un
coup , ou d'une fluxion , & ne font autre
chofe que des concretions d'une lymphe
épaiffe fur la cornée. On diffipe ces maux ,
en mettant ſur la taye de la poudre de
fiente de lézard jufqu'à guérifon , ou de
la couperofe blanche , fucre candi , rutie
partie égale , ou du fucre.
Teignes.
Les Teignes ne font autre chose que la
corruption de la fourchette , qui tombe
par morceaux jufqu'au vif , ayant une
odeur de fromage pourri très- forte. Il s'y
joint une demangaifon , qui oblige le che
val à frapper precipitamment & fréquem
ment du pied contre terre. Ce mal eft quel
quefois affez douloureux pour faire boiter
le cheval. Il eft auffi quelquefois l'avant
coureur du fic , qui pourroit en provenir,
fi on le néglige , ou qu'il s'obftine.
Tenefme.
Tenefme eft une eſpèce de tranchée
très dangereuſe , caufée par une grande
COCHER .
367
âcrété du fang. Si la fiévre ſurvient avec
ce mal , le cheval eft en grand peril : il y
faut apporter de prompts rémedes , com
me de grandes faignées. Mais qu'il y ait
fiévre ou non , il faut toujours faigner
beaucoup , deux ou trois fois , coup fur
coup , faire garder une diéte auftére , en
ne donnant que de l'eau blanche & des
lavemens , compofés de fon & graine de
lin , de chacun une poignée , de dix onces
d'huile commune de deux ou trois jaunes
d'oeufs. On délaye les jaunes d'oeufs avec
l'huile , & on mêle le tout. Si le mal con
tinueon peut donner un breuvage fait avec
de l'huile commune , & de l'huile roſat ,
de chacun quatre onces. D'un feptier &
demi d'eau rofe , & de quatre onces de fu
cre fin. On ne purge point pour cette ma
ladie.
Tiq.
Le Tiq eft une mauvaiſe habitude , que
contractent quelques chevaux. Plufieurs
tiquent en appuyant les dents fur la longe
du licol , ou contre la mangeoire , ou au
fond , ou fur le timon. D'autres tiquent en
l'air , ou furla bride. Cette incommodité
peut nuire à la vente du cheval. Il y a à
cette incommodité plufieurs palliatifs . Le
plus effectif de tous eft de donner l'avoi
Hh iiij
T
FAI
368
LE PAR
ne dans un havrefac , pendu à la tête du
cheval , & qu'il n'ait point de mangeoire.
Toux.
La Toux n'a qu'un figne , qui eft aiſé à
diftinguer , c'eft la toux même. Il y a deux
fortes de toux , la toux feche , & la toux
graffe.
La toux feche ſe joint communement à
la pouffe, à la morve ou phtifie , &c. L'au
tre toux eft fans accident , & n'eft propre
ment qu'un morfondement. Elle ne con
duit guéres à la pouffe , qu'au cas qu'elle
s'invetére.
A
Lorfqu'un cheval a la toux , pour avoir
avalé une plume , qui lui eft reftée dans la
gorge , on le guérit en fourant un nerf de
boeuf enduit de miel dans le fond du go
zier , pour faire couler la plume. Lorfque
la toux prend à un cheval , pour avoir
marché en Eté dans les endroits , où il a
refpiré , pendant quelque tems la pouffie
·
re , on peut le guérir aifément en le ra
fraichiffant pendant quelques jours , avec
dufon & de l'eau blanche.
Tranchées.
Les chevaux font fujets comme les hom
1
Сосне R.
369
mes , à des douleurs dans les inteftins. Ce
mal s'appelle tranchées aux chevaux &col
lique aux hommes. Plufieurs cauſes pro
duifent les tranchées , & en font plufieurs
efpéces. Il y a tranchées d'indigeftion &
de vent , tranchées , qu'on appelle tenef
me , tranchées de rétention d'urine , & de
teſticules retirés ; tranchées rouges ou
bilieuſes , & tranchées cauſées par les
vers.
Les tranchées de quelque efpece qu'el
les foient , caufant beaucoup de douleur
aux chevaux , donnent à peu-près les mê
mes fignes , c'eſt- à-dire , que tout cheval,
qui eft attaqué des tranchées , fe débat ,
fe couche , & fe releve fouvent ; il regarde
fon flanc , & lafüeur lui prend. Voilà les
fignes géneraux. Mais il s'en joint d'au
tres à chaque efpece , qui peuvent donner
quelque connoiffance de leur nature , &
dont parlent les Livres que j'ai cités plu
fieurs fois.
Variffe.
La Variffe eft une enflure toujours mol
le & fans douleur , & n'eft qu'une dilata
tion , ou un relachement de la veine , qui
paffe au pli du jarret en dedans. Ce mal
n'en eft quafi pas un , car il ne fait jamais
boiter le cheval. Les chevaux de caroffe y
370
LE
PARFAIT
font plus fujets que les autres. Le meilleur
rémede , felon le Nouveau Parfait- Maré
chal , eft de n'y rien faire " & c'eſt cette
maladie qui a le plus befoin du barrement
de veine , puifque la variffe n'eft que l'en
flure de la veine qu'on barre.
Verrues.
Les Verruës font de petites tumeurs
écrouelleufes. Il eft aifé de les extirper
avec de la foye cramoifi , qu'on ferre tous
les jours un peu , jufqu'à ce qu'elle ait
coupé cette racine. Si on ne peut lier la
verruë , ou le poireau , on n'a qu'à les
couper avec le fer & le feu.
Vertigo.
On appelle Vertigo deux efpeces de
maladies , parce qu'elles ont quelques fi
gnes communs à l'une & à l'autre. Cepen
dant elles font fort éloignées de la même
origine , car l'une vient du fang, & l'autre
de vapeurs , caufées par une palpitation de
cœur affez forte.
Le grand travail dans les chaleurs peut
caufer le vertigo de fang, pour lequel ,foit
qu'il y ait fiévre ou non , il faut toujours
faigner du train de derriere. Pour le ver
COCHER .
371
tigo de vapeurs il faut les mêmes rémedes,
que pour la palpitation de coeur. Voyez
le Nouveau Parfait-Maréchal fur ces deux
ז
j
$
maladies.
Veffigons.
Les Veffigons font fimples , ou dou
bles. Le fimple eft une enflure molle fans
douleurs , & groffe comme la moitié d'une
petite pomme , ou environ , croiffant entre
cuir & chair , au- deffus des os du jarret ,
entre le gros tendon , & l'os du bas de la
cuiffe du cheval. Il vient en dehors , ou en
dedans du jartet. Le double n'eft autre
chofe que deux veffigons , dont l'un eft en
dedans, & l'autre en dehors. Cette tumeur
eft roulante , & ce mal eft hereditaire.
Les Veffigons groffiffent en vieilliffant,
& la cure en eft fort difficile . Ils ne font
pas toujours boiter un cheval , mais ils
groffiflent par le tems , & empêchent le
jarret de fe mouvoir facilement. Ce mal
eft à peu-près de la nature du capelet ,
c'eft-à- dire , de la nature de la loupe.
Ulceres.
t
I
L'Ulcere n'eft autre chofe qu'une playe,
qui jette de la matiere . L'ulcere eft fimple,
ou compofé. Quand il jette un pus blanc,
LE PARFAIT
372 .
il eft confidérable , & la guériſon en eft
aifée. Il s'appelle fimple. Si le pus tourne
fur la couleur du fang épais , & fentant
mauvais, c'eſt un ulcere qu'on appelle for
dide. Celui- ci eft plus confidérable. On
appelle ulceres compofés ceux , qui font
accompagnés de gangrene & de carie ,
parce qu'ils attaquent les chairs , les vaif
feaux , & les os. Il y a auffi des ulceres
fecs , qui ne rendent point de pus , lef
quels font très- difficiles à guérir.
Un ulcere peut venir par accident
c'eft-à-dire , d'une playe négligée , qui
dégenere en ulcere. Pour guérir un ulce
re on commence par la diéte : on fait uſa
ge de decoctions fudorifiques , & ame
res , à-peu près , comme à la galle , & on
fonge à la guériffon externe , c'eft- à- dire,
à la réunion des ulceres.
Urine.
Quand on voit au cheval une urine
claire & cruë , cela denote crudités dans
le fang , & par confequent de mauvaiſes
digeftions qu'il faut corriger, fans échauf
fer le fang. Les amers font cet effet. Si
l'urine eft rouge & enflamée , cela dénote
que le cheval eft échauffé , & a befoin de
rafraîchiffement.
COCHER .
373
Je n'irai pas plus loin fur les maladies
des chevaux . Je n'ai parlé que de celles ,
qui font les plus connues , & dont il eft
neceffaire qu'un Cocher ait connoiflan
ce. Il y en a plufieurs , aufquelles , s'il fe
trouve en Campagne,il peut rémedier fans
le fecours d'un Maréchal. Ce font ces ma
ladies accidentelles , qui ont befoin d'un
prompt fecours , fur lesquelles je me ſuis
le plus arrêté. Pour les autres que j'ai paf
fées fous filence , il y a affez de livres qui
en traitent , & je n'ai point eu defſein ,
comme je l'ai déja dit , de donner des le
çons aux Maréchaux , mais feulement
d'inftruire les Cochers , fur ce qu'ils doi
vent fçavoir , fur-tout ce qui regarde leur
métier.
Troifiéme & derniére Partie.
***********:*:************
APPROBATION.
'Ai lûpar l'Ordre de Monfeigneur le Chancel"
Jlier un Manufcrit intitulé le Parfait - Cocher ;
dont j'ai crû l'impreflion utile au Public ; à Paris
ce 20. Juin 1742.
SIMON.
PRIVILEGE GENERAL.
deFrance
Dieu,
la:grace
,
LOU
&IS
de Navarre
A nosdeAmés
& féaux
Confeil
lers les Gens tenans nos Cours de Parlement, Maî
tres desRequêtes ordinaires de notre Hôtel,Grand
Confeil, Prevôt de Paris, Baillifs,Sénéchaux, leurs
Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers qu'il
appartiendra. SALUT ; notre bien-amé FRANÇOIS
GABRIEL MIRIGOT , nous a fait expofer qu'il
defiroit faire imprimer & donner au Public un
Manulcrit intitulé Le Parfait-Cocher , ou l'Art
d'entretenir & de conduire un Caroffe, avec la ma
niere de panfer , de dreffer , de nourrir les Che
vaux & les mettre au Caroffe, s'il Nous plaifoit lui
accorder nos Lettres de Privilege pour ce neceflai
res. A ces caufes , voulant favorablement trai
ter l'Expofant , Nous lui avons permis &
permettons par ces Prefentes de faire impri
mer ledit Manufcrit en un ou plufieurs Volumes ,
& autant de fois que bon lui femblera , & de le
faire vendre & débiter par tout notre Royaume
pendant le temps de neuf années confécutives , à
compter du jour de la datte desdites Prefentes.
Faifons défenfes à toutes fortes de perſonnes , de
quelque qualité & condition qu'elles foient , d'en
introduire d'impreffion étrangere dans aucun lieu
S
.
de notre obéiffance ; comme auffi à tous Librai
res ;Imprimeurs & autres, d'imprimer , faire im
primer > vendre > faire vendre , ni contre
faire le Livre ci-deſſus pecifié , ni d'en faire
aucun extrait , fous quelque prétexte que ce foit
d'augmentation , correction, changement ou au
trement , fans la permiffion exprelle & par écrit
dudit Expolant , ou de ceux qui auront droit de
lui , à peine de confifcation des Exemplaires con
trefaits , & de trois mille livres d'amende contre
chacun des contrevenans , dont un tiers à Nous ,
un tiers à l'Hôtel- Dieu de Paris ,& l'autre tiers au
dit Expofant , de tous dépens , dommages
& interêts ; à la charge que ces Préfentes fe
ront enregistrées tout au long fur le Regiſtre de
la Communauté des Libraires & Im-primeurs
de Paris , dans trois mois de la date d'icelles ; que
l'impreffion dudit Livre fera faite dans notre
Royaume & non ailleurs, en bon papier & beaux
caracteres , conformément à la feuille imprimée
& attachée pour modele fous le contrelcel def
dites Préfentes ; que l'impétrant fe conformera
en tout aux Réglemens de la Librairie, & notam
ment à celui du dix Avril mil fept cens vingt
cinq , qu'avant que de les expofer en vente le
Manufcrit ou Imprimé , qui aura fervi de copie
à l'impreffion dudit Livre, fera remis dans le mê
me état où l'Approbation y aura été donnée ès
main de notre très- cher & féal Chancelier le Sr.
Dagueffeau , Chancelier de France , Comman
deur de nos Ordres , & qu'il en fera enfuite re
mis deux Exemplaires dans notre Bibliotheque
publique , un dans celle de notre Château du
Louvre , & un dans celle de notredit très- cher &
féal Chancelier le St. Dagueffeau , Chancelier de
France , le tout à peine de nullité des Préfentes ;
du contenu defquelles , vous mandons & en
joignons de faire jouir ledit Expofant , & fes
ayans caufes pleinement & paifiblement , fans
fouffrir qu'il leur foit fait aucun trouble , ou em
pêchement , Voulons que la Copie defdites Pré
fentes , qui fera imprimée tout au long au com
mencement , ou à la fin dudit Livre , foit tenuë
pour dûement fignifiée , & qu'aux Copies colla
tionnées par l'un de nos amés & féaux Confeil
lers & Sécretaires foi foit aujoutée comme à l'ori
ginal, COMMANDONS au premier notre Huiffier ou
Sergent fur ce requisde faire pour l'execution d'icel
les tou A&
tes requis & necefiaires, fans demander
autre permiffion, & nonobftant clameur deHaro ,
Chartre Normande & Lettres à ce contraires: CAR
tel eft notre plaifir. DONNE' à Verfailles le
vingt-quatrième jour du mois d'Août , l'an de
grace mil fept cent quarante-deux , & de notre
Regne le vingt-feptiéme. Par le Roi , en fon Con
feil. SAINSON.
I
J'ai donné main levée à Monfieur Merigot, de
l'oppofition que j'avois formée à l'enregistrement
du prefent Privilege , fuivant l'accord fait entre
nous. A Paris ce 2 3. Janvier 1743 .
MESNIER.
{
Regifré fur le Registre XI. de la Chambre
Royale des Libraires
Imprimeurs de Paris Nº.
220. fol. 103. conformément aux anciens Régle
mens confirmés par celui du 28. Fevrier 1723
Ce Privilege a étéregistré nonobftant le termepref
crit > à cause d'une oppofition formée par le Sr.
Mefnier , dont l'original de la main levée eft ci
derriere , & la copie fur le Regiftre XI .fol. 103 .
A Paris le 28. Janvier 17431
Signé. SAUGRAIN. Syndic.
A
1
& en
& les
, fans
ouem
sPré
com
trenue
scolla
onfeil
17 .
alon
ferou
dicel
der
H₂to
CAR P
les le
de
notre
Con
, de
ment
Carre
Combien il faut de tours de grandes
& de petites roues pour faire une
lieuë.
Le Diametre des grandes roues font de
cinq pieds trois pouces , & par conféquent
elles ont de circonférence feize pieds fix
pouces. Cela pofé la lieuë commune de
France d'une heure de chemin , ayant
3000 pas Géometrique , c'eft-à- dire >
15000 pieds , donnera 968 tours de roüe ,
trois quarts. Pour une petite lieuë de
2000 pas , qui vaut 10000 pieds , elle
donnera 645 tours de roue, cinq fixiéme,
& par conféquent le mille d'Italie ; qui
contient 1000 pas , ou 5000 pieds , don
nera 322 tours de roue , onze-douzième.
Le Diamétre des petites roües de de
vant ont 28 pouces de haut , par confé
quent elles ont de circonférence 7 pieds
quatre pouces. Cela pofé la lieuë commu
ne de France d'une heure de chemin de
15000 pieds , donnera 2045 tours de
bre
No.
roue , cinq - onzième. Pour la petite de
10000 pieds , elle donnera 1363 tours de
roue , huit- onziéme de tours ; & le mille
d'Italie de 5000 pieds , 68 neuf-onziéme
de tours.
U
O
Y
•