/
Текст
BIBLIOTHEQUE AUGUSTINIENNE
<EUVRES DE
SAINT AUGUSTIN
3t! SERlE
20/A
PREMIERES REACTIONS
ANTIPELAGIENNES I I
, ,
SALAIRE ET PARDON DES PECHES
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Texte critique du CSEL
Traduction de Madeleine MOREAU t et
Christiane INGREMEAU
Introduction, annotation et notes complementaires de
Bruno DELAROCHE
Ouvrage publie avec Ie soutien des Augustins de l'Assomption
(www.assomption.org), du Centre national du livre
et de l'Universite de Paris-Sorbonne (Paris IV)
,
Institut d'Etudes Augustiniennes
PARIS
2013
La publication de cet ouvrage a ete preparee
a I'lnstitut d'Etudes Augustiniennes,
composante de I'U.M.R. 8584
du Centre National de la Recherche Scientifique.
La mise en page a ete realisee par Marjorie BROSSE (C.N.R.S.).
BIBLIOTHEQUE AUGUSTINIENNE
<EUVRES DE SAINT AUGUSTIN
Fondateurs: Fulbert CAYRE t, Georges FOLLIET t
Ancien Directeur: Goulven MADEC t
Directeurs: Martine DULAEY et Jean-Marie SALAMITO
Comite scientifique
Emmanuel BERMON, Isabelle BOCHET,
Pierre-Marie HOMBERT, Vincent ZARINI
Tous droits reserves pour tous pays. Aux termes du Code de
la Propriete Intellectuelle, toute reproduction ou representation,
integrale ou partielle, faite par quelque procede que ce soit
(photocopie, photograph ie, microfilm, bande magnetique, disque
optique ou autre) sans Ie consentement de l'auteur ou de ses ayants
droits ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaon
sanction nee par les articles L 335-2 a L 335-10 du Code de la
Propriete Intellectuelle.
ISBN: 978-2-85121-244-3
ISSN: 0996-4657
@ Institut d'Etudes Augustiniennes 2013
INTRODUCTION
I. - CIRCONSTANCES DE COMPOSITION
1. La reponse a l'appel d'un ami
Comme tant d'autres ecrits d'Augustin, Ie De pecca-
torum meritis et remissione l est ne d'un appel exterieur.
L'introduction de l'ouvrage et la notice que lui cons a-
crent les Revisions sont, a cet egard, tres claires : «Je n'ai
pas voulu etre plus longtemps en dette envers ton zele,
tres cher Marcellinus (...) pour resoudre, autant que j 'en
aurai la force, les questions que tu m'as adressees par
ecrit 2 »; «les circonstances m'obligerent a ecrire contre
une nouvelle heresie : la pelagienne (. . .). On m'envoya de
Carthage leurs questions en me demandat de les refuter
par ecrit. Je composai d'abord trois livres intitules Du
salaire et du pardon des peches 3 .»
Flavius Marcellinus avait ete envoye en Afrique par
l'empereur Honorius, fin 410, pour y organiser une
confrontation generale entre les episcopats catholique
et donatiste, arbitrer les debats et, par un jugement
imperial, clore un conftit qui dechirait I'Eglise locale
depuis plus d'un siecle 4 . La confrontation s'ouvrit Ie
1 er juin 411. Le 8 au soir, Marcellinus trancha en faveur
de la communaute catholique, ordonnant aux donatistes
de reintegrer l'unite de I'Eglise universelle. Marcellinus
etait un chretien fervent et intelligent, aussi Augustin et
lui devinrent-ils vite amis, comme en temoigne ce qui
nous reste de leur correspondance. Vers septembre,
l'eveque supplie Ie tribun de ne pas appliquer la peine
1. Quand des citations de l'ouvrage seront faites, Ie titre de celui-ci
sera ramene a l'abreviation suivante: Pecc. mer.
2. Pecc. mer. I, 1, 1.
3. Revisions II, 60, BA 12, p. 508-509.
4. Sur Marcellinus, voir A. MANDOUZE en collaboration avec
A.-M. LA BONNARDIERE, Prosopographie chretienne du Bas-Empire
1: Prosopographie de l'Afrique chretienne (303-533), Paris, 1982,
p. 671-688.
7
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
de mort prononcee contre des donatistes meurtriers 5 .
De son cote, Marcellinus interroge Augustin sur des
questions qui Ie tracassent sans doute et comme chretien
et comme haut fonctionnaire, car ce sont des objections
que des patens de Carthage font a la religion chretienne.
Ainsi, l'observance des preceptes evangeliques de dou-
ceur par les derniers empereurs n'est-elle pas la cause
des presents malheurs de l'Empire, comme la prise de
Rome puis son pillage par les Wisigoths d'Alaric du 24
au 26 aoOt 410 6 ?
Augustin envoie une breve reponse 7 , prelude a un
bien plus vaste chantier, qui sera la confection des dix
premiers livres de la Cite de Dieu entamee en 413. Mais
les sollicitations continuent. Plusieurs courriers ont dO
etre ensuite envoyes par Marcellinus, ce qu'evoquent
precisement les premieres lignes de notre ouvrage.
2. Theses diffusees par un proche de Pelage,
Caelestius
Cette fois, les objections que son ami soumet a
l'eveque d'Hippone n'emanent pas du cercle de patens
carthaginois. II s'agit d'opinions sur la doctrine que des
catholiques expo sent a d'autres catholiques. Augustin
repond avec cet espoir: «Arriver a faire quelque chose
d'ou il ressorte que - sinon suffisamment, du moins avec
soumission - j 'aurai servi tes bonnes dispositions ainsi
que celles des personnes que Ie sujet preoccupe 8 .» Le
sujet parait en effet avoir trouble des chretiens cultives
d'Afrique car la derniere partie de l'ouvrage, appelee
depuis livre III, contient ce constat: «Voici que la situa-
5. Cf. Ep. 133.
6. Cf. Ep. 136. Sur Ie courrier echange entre les deux hommes, voir
l'etude de de M. MOREAU, Le dossier Marcellinus dans la corres-
pondance de saint Augustin (Collection des Etudes augustiniennes,
Serie Antiquite 57), Paris, 1973.
7. Ep. 137.
8. Pecc. mer. I, 1, 1.
8
INTRODUCTION
tion est desormais a ce point tendue que des freres en
viennent a nous consulter 9 . »
Le De peccatorum meritis et remissione reprend, pour
les etudier, trois affirmations que Marcellinus signale
apres en avoir reu lui-meme connaissance. Ainsi, il y a
des gens «qui disent qu'Adam a ete cree tel que, meme
sans avoir peche, il serait mort, non en punition d 'une
faute mais par une necessite de sa nature». Les memes
«en outre refusent de croire que leur bapteme absout
chez les tout-petits Ie peche originel: ils soutiennent sa
totale inexistence chez les nouveau-nes». Par ailleurs,
la question est posee de savoir «si l'on peut imaginer ou
bien s'il existe, a existe ou existera un etre humain sans
peche en cette vie» a l'exception du Christ IO .,
Ces trois opinions paraissent avoir ete inconnues de
l'Afrique chretienne jusqu'a l'epoque qui nous occupe.
D'une part, aucune trace ecrite ne nous en est parvenue
qui remonte en amont du debut du v e siecle. D'autre part,
on constate que, des leur premiere diffusion, elles heur-
tent et troublent profondement les elites catholiques de
cette province romaine on I , Eglise etait depuis longtemps
bien implantee. Plusieurs fois Ie De peccatorum meritis
et remissione les denonce comme des «innovations»
{nouitates}, c'est-a-dire des affirmations etrangeres a la
foi reue et transmise depuis ses origines II. Augustin se
souvient d'avoir ete lui-meme abasourdi d'entendre, «il
y a peu », des gens se dire entre eux que les bebes ne sont
pas baptises pour recevoir un pardon 12 .
La notice retrospective qu'en 427 les Revisions
consacrent a l'ouvrage designe a la fois les «fauteurs de
trouble» et Ie caractere tres recent de leur apparition au
9. Pecc. mer. III, 6, 12.
10. Voir successivement: Pecc. mer. I, 2, 2; I, 9, 9; I, 39, 70.
11. Augustin ajoute qu'elles n'ont meme jamais ete proferees par
des heretiques ou des schismatiques (cf. Pecc. mer. III, 6, 12).
12. Cf. Pecc. mer. III, 6, 12.
9
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
moment on Augustin commenait de composer: «Je me
trouvai aussi, par necessite, contraint a ecrire contre une
heresie nouvelle, l'heresie pelagienne I3 .» En Afrique,
la premiere trace d'une propagande ouverte de ceux
qu'on appellera ensuite «les pelagiens» remonte aux
annees 410-411. Le seul nom emergeant a l'epoque fut
celui d'« un certain Caelestius I4 ». Fuyant les Wisigoths,
cet italien avait debarque en Afrique avec de grandes
families romaines et en probable compagnie du moine
Pelage dont il eta it disciple. Son enseignement perturba
les esprits au point que, ayant postule au sacerdoce, il
vit sa candidature contestee. II comparut a Carthage en
411, devant Aurelius et d'autres eveques, a propos de six
theses qu'on lui reprochait de repandre, declara qu'il y
avait la matiere a libre discussion et non pas heresie I5 et,
ayant refuse de les rejeter, fut econduit. Non amende, il
rembarqua I6 sans doute pour I'Orient, on Pelage l'avait
precede.
Precisement quatre des six theses en question recou-
pent les trois que Marcellinus a rapportees a Augustin,
a savoir: 1)« Adam a ete cree mortel; qu'il eOt ou non
peche, il serait aile a la mort»; 2) «les tout-petits a leur
naissance sont dans la condition qui fut celie d'Adam
avant sa desobeissance»; 3) «dire que par la mort et la
13. Retr. 11,60, BA 12, p. 508-509.
14. Cf. De gest. Pel. 35, 62, BA 21, p. 566: «Ista haeresis cum plu-
rimos decepisset et fratres quos non deceperat conturbaret, Caelestius
quidam talia sentiens ad iudicium Carthaginensis ecclesiae perductus
episcoporum sententia condemnatus est. »
15. «Caelestius dixit: "lam de traduce peccati dixi quia intra
catholicam constitutos plures audiui destruere necnon et alios
astruere: licet quaestionis res sit ita, non haeresis"» (AuG., De gratia
Christi et de pecc. or. 11,4,3, BA 22, p. 164). Citations conservees des
Actes de cette confrontation: De gratia Christi et de pecc. or. II, 2, 2
- II, 4,3 (BA 22, p. 160-164) et II, 11, 12 (BA 22, p. 176-178); MARIUS
MERCATOR, Commonitorium de nomine CaelestU II, ACO I, V, 1 et
Liber subnotationum, pref. 5, PL 48, col. 114-115.
16. Cf. Ep. 157, 22: «Magis conuictus et ab Ecc1esia detestatus
quam correctus et pacatus abscessit. »
10
INTRODUCTION
desobeissance d'Adam Ie genre humain tout entier meurt,
cela est faux tout comme il est faux que par la resurrec-
tion du Christ Ie genre humain tout entier ressuscite» ;
4) «meme avant la venue du Seigneur, il y a eu des hom-
mes impeccables, c'est-a-dire sans peche». Une autre
cOIncide avec une opinion qu'Augustin dit avoir apprise
par d'autres que Marcellinus 17 : «Le peche d'Adam n'a
nui qu'a sa personne et non au genre humain I8 .» De fait,
l'eveque rapporte 19 avoir lu un libellus breuissimus, qui
est presque sOrement la brochure que Caelestius produisit
pour sa defense, mais aussi un ouvrage plus volumineux
(liber), peut-etre aussi de la main de Caelestius, en tout
cas apparente au Liber de fide d'un pretre Rufin, dont
Caelestius revendiqua, devant les eveques, Ie patronage
theologique 2o . /
II. - DATATION
1. Contestation recente de la datation admise
C'est une «periode tres riche de la vie d'Augustin 2I »
que celie ou il redige Ie De peccatorum meritis et
remissione, et une periode ou il a beaucoup ecrit. La
17. Cf. Pecc. mer. I, 9, 9: «Ce peche est passe chez les autres
hommes, non par voie de propagation, mais par imitation. »
18. Sources de ces theses: MARIUS MERCATOR, Commonitorium II,
ACO I, V, 1, p. 66 et Liber subnotationum, pref., PL 48, col. 114-115);
AUG., De gest. Pel. 11, 23, BA 21, p. 484 et De pecc. or. 3-4, BA 21,
p. 160-164. Paulin de Milan resumait ainsi une sixieme these repro-
chee: «La loi conduit au royaume des cieux de la meme faon que
I'Evangile. »
19. Voir Pecc. mer. I, 34, 64.
20. Sur lui, voir G. BONNER, «Rufinus of Syria and African
Pelagianism», Augustinian Studies, 1, 1970, p. 31-47; E. TESELLE,
« Rufinus the Syrian, Calestius, Pelagius. Explorations in the
prehistory of the Pelagian Controversy», Augustinian Studies, 3,
1972, p. 61-95; F. NUVOLONE, «"Pelage" et "pelagianisme"», dans
Dictionnaire de spiritualite, XII/2, 1986, col. 2890-2891.
21. P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de chronologie augus-
tinienne (Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 163),
Paris, 2000, p. 182.
11
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
critique interne et comparee des documents de l'epoque 22
et les travaux de la plupart des chercheurs sur I 'activite
d'Augustin dans les annees 410-412 portent a confirmer
la datation communement admise, etalee entre la fin
de l'annee 411 et Ie debut de l'annee 412 23 . Mais cette
datation a ete recemment contestee par W. Dunph y 24. II
lui reproche d'obliger a supposer l'invraisemblable: que,
avant son retour a Hippone en septembre-octobre 411,
Augustin n'avait pas la moindre idee de la propagande
menee par Caelestius et d'autres disciples de Pelage, mais
qu'une fois alerte par Marcellinus, il ait interrompu toute
activite pour «torcher 25 » une reponse pourtant volumi-
neuse et temoignant d'une remarquable connaissance et
comprehension de ce qui etait en jeu 26 . En realite, selon
ce chercheur, la diffusion de theses pelagiennes commen-
cerait des Ie debut de 411 et serait aussi Ie fait de Pelage.
22. Essentiellement: Pecc. mer. (I, 1 , 1 ; I, 9, 9; I, 34, 63-64; III,
1, 1 ; III, 6, 12 et III, 13,23); Ep. 133 (fin 411), 138, 139 et 143 (respec-
tivement fin 411, avant fin fevrier 412, debut du printemps 412); De
spiro et litt. 1, 1 (printemps et ete 412); Ep. 157, 3, 22 au syracusain
Hilaire (fin 414); De nat. et gr. 14, 15 (entre fin 414 et courant 415);
De gest. Pel. 11,25 (fin 416 ou tout debut de 417); enfin Revisions, II,
60 et II, 64 (en 427).
23. Voir surtout F. REFOULE, «Datation du premier concile de
Carthage contre les pelagiens et du Libellus fidei de Rufin », Revue
des Etudes augustiniennes, 9, 1963, p. 41-49; O. WERMELINGER, Rom
und Pelagius. Die theologische Position der romischen Bischofe im
Pelagianischen Streit in den Jahren 411-432, Stuttgart, 1975, p. 4-28;
M. MOREAU, Le dossier Marcellinus...; P.-M. HOMBERT, Nouvelles
recherches. .., p. 182-184; bilan de la recherche et refutation d'autres
hypotheses: B. DELAROCHE «La datation du De peccatorum meritis
et remissione», Revue des Etudes augustiniennes, 41, 1995, p. 37-57,
mais ici corrige quant a la datation de 1'« affaire» Caelestius.
24. W. DUNPHY, «A Lost Year: Pelagianism in Carthage,
411 A.D. », Augustinianum, 45, 2, 2005, p. 389-467.
25. W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 403, n. 48.
26. L'idee qu'Augustin ignorait ce qui etait «dans l'air» avant
son depart de Carthage (selon P. BROWN, La vie de saint Augustin,
nouvelle ed., Paris, 2001, p. 453) «force les limites de la credulite»
(W. DUNPHY, «A Lost Year...», p. 401), d'autant que Brown admet
cette remarquable connaissance du sujet demontree par Augustin
dans sa reponse.
12
INTRODUCTION
Caelestius aurait postule au sacerdoce au printemps,
peut-etre des fevrier. Son proces aura it eu lieu ou du
moins debute alors que Pelage etait encore a Carthage,
soit au debut de juin. Marcellinus aurait sollicite l'avis
d'Augustin avant ou apres Ie proces, a titre personnel,
mais jiussi pour remplir sa mission de restaurer l'unite
de I'Eglise africaine. Entre debut avril et Ie 17 mai,
Augustin serait arrive a Carthage, y aurait lu les Actes
du proces et decide avec Aurelius, primat d'Afrique, de
combattre les erreurs par des sermons et des ouvrages
plutot que par des proces. En juin et a Carthage, alors
que Pelage avait quitte l'Afrique, Augustin aurait com-
mence simultanement a ecrire sa reponse a Marcellinus
(Ie De peccatorum meritis et remissione) et a precher
sur Ie probleme pelagien, ou plus specifiquement cae-
lestien. Peu apres avoir acheve les livres I et II, ayant lu
les Expositiones de Pelage, il aura it cru devoir ajouter
une lettre pour clarifier son attitude envers lui a propos
des citations que tous deux auraient faites du (ou des)
livre(s) de Caelestius. Fin septembre, ce dernier a sans
doute quitte l'Afrique, condamne par les eveques sans
s'etre amende, en sorte que, pour Augustin, la question
aurait ete dorenavant officiellement bouclee (in tran-
sactis atque abolitis 2 1) quand, debut octobre, il rentra
a Hippone. En janvier-fevrier 412 seulement, il aurait
acheve Ie complement qu'est Ie livre III. II n'y aurait
done plus eu d'urgence a ses yeux en cette affaire.
Ce reexamen a Ie merite d 'attirer I 'attention sur des
points importants: Augustin pouvait-il ne pas avoir
connaissance de 1'« affaire» Caelestius quand il entre-
prit de repondre a Marcellinus? Combien de temps
a dO lui prendre la redaction des deux gros livres I et
II? Comment expliquer qu'il dise ne plus se souvenir
precisement de la raison du retour de ceux-ci? Quelle
position a-t-il voulu prendre envers Pelage? Cependant
la methode d'elucidation employee oublie des donnees
27. Pecc. mer. III, 6, 12.
13
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
essentielles du temoignage d'Augustin et recourt a
trop de conjectures ou de suspicions pour emporter la
conviction, et elle n'echappe pas a une invraisemblance
majeure.
2. Nouveaute des assertions et rapidite de leur
diffusion
II est en effet une double constante dans la memoire
de l'eveque a propos de la controverse suscitee par des
gens comme Caelestius et elle provient de reftexions qu'il
se fait souvent dans Ie De peccatorum meritis et remis-
sione : bien des assertions rapportees par Marcellinus ou
apprises directement par l'eveque sont des «nouveau-
tes» (nouitates), c'est-a-dire des declarations heurtant la
tradition de la foi enseignee 28 ; et Augustin avoue qu'il
ne les a pas vues venir et a ete surpris par la rapidite avec
laquelle elles ont suscite emoi et debat en Afrique. «D'ou
nous est sortie soudain cette affaire? Je l'ignore 29 .»
Une cause concomitante de cet effet de surprise
aura ete la mobilisation des energies, tout au long du
premier semestre 411 et au-dela, pour Ie reglement du
schisme donatiste. Augustin Ie premier en temoigne
aupres de Marcellinus pour se faire excuser du retard
28. Cf. Pecc. mer. I, 28, 56, a la fin du dossier biblique: «Nihil
inuenitur nisi quod uniuersa Ecclesia tenet, quae aduersus omnes pro-
Janas nouitates (cf. I Tim. 6,20) uigilare debet»; I, 20, 26: «Conantur
paruulis non baptizatis innocentiae merito salutem ac uitam aetemam
tribuere (...) noua quadam et mirabili presumptione»; III, 6, 12:
«Nescio cuius nouae disputationis audacia quidam nobis facere
conantur incertum, quod maiores nostri ad dissoluenda quaedam
quae nonnullis uidebatur incerta, tamquam certissimum proferebant
(...) qua nouitate permotus»; III, 13, 22: «Ilia disputatio, contra
cuius nouitatem antiqua ueritate nitendum est. »
29. Pecc. mer. III, 6, 12: «Vnde nobis hoc negotium repente
emerserit nescio (.. .). Quando enim primitus hoc disputari coeperit
nescio. »
14
INTRODUCTION
pris a repondre a ses sollicitations d'ordre theologique 3o .
L'aveu de surprise fait aussi apparaitre qu'entre Ie debut
de sa reponse et ce qu'il y ajoute par une lettre, du temps
s'est ecoule, avec une extension rapide du trouble qui
avait decide Ie tribun a ecrire a l'eveque. Car ce dernier
s'explique aussitot de son ignorance par Ie souvenir per-
sonnel d'avoir entendu des gens se dire que Ie bapteme
des bebes ne comportait pas de pardon. «Le propos
me sortit de l'esprit facilement et entierement 3I . Mais
voici qu'a present Ie zele s'enftamme et l'on defend cette
idee.» Cela ne relevait donc que de l'anecdote et avait
visiblement eu lieu avant I '«affaire» Caelestius 32 .
3. Paulin de Milan, Caelestius
La prise en compte de l'integralite du temoignage
d'Augustin, ci-dessus rapporte, permet de comprendre
que Ie theologien n'ait pas ete aux avant-postes d'une
reaction de l'autorite ecclesiale a de tels propos, du fait
qu'ils emanaient de gens sans importance exrimant une
opinion proprement inoule en terre africaine 33 .
30. Cf. Pecc. mer. I, 1, 1: «Quoique environne du lourd tourment
des soucis et ennuis qui nous paralysent du fait de pecheurs abandon-
nant la loi de Dieu, encore que nous les mettions aussi au compte de
nos propres peches, je n'ai pas voulu, tres cher Marcellinus, demeurer
plus longtemps redevable a ton devouement. »
31. Pecc. mer. III, 6, 12: «Facile hoc in transactis atque abolitis
habui. »
32. W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 450-451 et 464, n'est donc
pas fonde a dater cette conversation bien apres la condamnation de
Caelestius en s 'appuyant (p. 450, n. 73) sur la traduction de R. J. TESKE,
The Works oJ Saint Augustine 1/23; Answer to the Pelagians, New
York, 1997, p. 128: «Je tins aisement la chose comme pas see et
reglee.» Dunphy cite la traduction d'A. TRAPE, NBA XVII/I, p. 221:
«Je rangeai sans peine l'evenement parmi les choses pas sees et tom-
bees dans l'oubli», mais en relevant a juste titre l'incoherence de sa
justification car Trape comprend curieusement la nouitas ressentie
par Augustin «comme s'il s'agissait d'une heresie antique et morte»
(p. 221, n. 11).
33. Cf. Pecc. mer. III, 6, 12: «qua nouitate permotus».
15
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
Tout autre parait avoir ete la position d 'un Paulin de
Milan, diacre italien residant a Carthage, frequentant
aussi bien l'eveque Aurelius que les cercles intellectuels,
qui comptaient, outre les Africains, des refugies au
nombre desquels figurait Caelestius. Paulin n'etait pas
Ie premier venu en theologie: il avait ete Ie secretaire
de l'eveque Ambroise. II n'etait pas non plus un clerc de
second rang puisqu'il administrait les biens de I'Eglise
de Milan en terre africaine. Nous ignorons jusqu'a quel
point il connaissait les idees que developpaient Pelage,
Caelestius et d'autres chretiens avant leur arrivee en
Afrique. C'est la candidature spontanee de Caelestius au
sacerdoce qui semble l'avoir decide a intervenir aupres
d 'Aurelius.
Qui etait donc ce Caelestius pour qu'un important
ministre ordonne fit objection a une candidature qui
concernait I 'Eglise locale de Carthage? Force est aux
historiens de constater qu'il est malaise de repondre a
la question, du fait que I 'homme, a peine entre en scene,
s'est trouve marginalise par les autorites ecclesiales, mais
aussi du fait que l'incertitude reste grande sur ce qui, de
sa defense ecrite, peut lui etre attribue avec certitude 34 .
Quant au premier point, les portraits de Caelestius sont
tous posterieurs aI' echec de sa candidature au sacerdoce
et tires par des adversaires. Une constante merite cepen-
dant consideration: Caelestius est presente comme ayant
reu une solide formation juridique, comme un homme
tres doue dans Ie maniement de l'argumentation 35 . Par
34. A juste titre, R. DODARO, « Note on the Carthaginian
Debate over Sinlessness, A.D. 411-412 (Augustine, Pecc. Mer. 2.7.8
- 16.25»), Augustinianum, 40,2000, p. 202, renvoie a l'etude menee
par G. HONNAY, «Caelestius, Discipulus Pelagii», Augustiniana,
44, 1994, p.271-302, qui conclut (p.302) qu'«en un certain sens,
Caelestius demeure un "etranger"».
35. MARIUS MERCATOR, Commonitorium II, ACO I, V, 1, p.66,
dit qu'il eta it «eunuque de naissance», mais alors l'acces au sacerdoce
lui eOt ete d'emblee interdit. II evoque un homme «d'une faconde
incroyable» et JEROME, Aduersus Pelagianos II, 4, CCSL 80, p. 59,
16
INTRODUCTION
ailleurs, comme Pelage, il beneficie de smpathies dans
les plus hautes spheres du clerge romain 6. II passe pour
un discipulus de Pelage depuis au moins 390, mais Ie
terme n'implique pas la passivite d'un repetiteur des
leons de son maitre 37 .
Ainsi, jeune homme, il aurait ecrit trois lettres d'ex-
hortation morale 38 a ses parents, puis un livre Contra
traducem peccati inspire par sa rencontre avec Ie theolo-
gien Rufin Ie Syrien, puis un libellus presente a Carthage
a l!i commission devant laquelle il comparut 39 , et enfin
a Ephese, en 415, une liste de raisonnements, diffuses
comme des Definitiones4°.
Mais seule une faible partie des contenus nous est
parvenue. Quel est ce libellus qui parait 'correspondre
au libellus breuissimus signale dans Ie De peccatorum
meritis et remissione? Procuree par deux adversaires,
une copie de son ecrit suivant parvient a Hippone et,
cette fois, Augustin Ie cite en signalant qu'il y trouve des
«raisonnements» (ratiocinationes) plutot que des defi-
nitions, et que l'opuscule a cela precisement en commun
Ie compare a Demosthene. Recapitulation des donnees biographiques
chez V. GROSSI, «Celestius», dans Dictionnaire encyclopedique du
christianisme ancien, t. 1, 1990, p. 443-444; G. DE PLINVAL, Pelage,
ses ecrits, sa vie et sa reJorme, Paris, 1943, p. 254-260 et G. BONNER,
« Caelestius », dans Augustinus-Lexikon, vol. I, col. 693-698.
36. Cf. AUG., Ep. 191, 1.
37. MARIUS MERCATOR, Commonitorium II, p. 66: «Ante uiginti
plus minus annos discipulus et auditor Pelagii». Voir W. DUNPHY, «A
Lost Year... », p. 398, n. 22.
38. Cf. GENNADE, De uiris illustribus, 44, PL 58, col. 1083-1084.
39. Cf. l'anonyme Praedestinatus, I (ed. critique dans CCSL 25B
par F. Gori, pour qui l'auteur serait Amobe Ie leune). Paulin aurait
den once un (ou des) livres de Caelestius.
40. Enfin, deux plaidoyers presentes en 417 au pape Zosime: un
libellus appellationis assorti d'un libellus fidei dont ne nous restent
que des fragments grace a AUG., De gr. Christi et de pecc. or. I, 30,
32; I, 33, 36 et II, 5, 5 - 7, 8 (cf. BA 22, p. 114, 122-124 et 166-170,
et NC 5, p. 690-692). Sur les ecrits de Caelestius, voir F. NUVOLONE,
«"Pelage" et "pelagianisme"...», dans Dictionnaire de spiritualite,
XII, 2, col. 2891-2895.
17
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
avec un autre ecrit qu'il a lu et qui est admis comme un
ouvrage de Caelestius 4I . On voit donc se dessiner ici une
forme de pensee structuree, persistante et independante
de celie d'un Pelage, voire anterieure a elle au moins
partiellement 42 . Mais la paternite de sa trace ecrite n'est
pas clairement assuree avant 417, Caelestius n'ayant
jusque-la pas formellement assumee celle-ci 43 .
De ce fait, I 'aveu de P. Brown garde sa pertinence:
«II est extremement difficile d'identifier les opinions
et les pamphlets qui fournirent a Augustin Ie materiau
pour une premiere description coherente des idees qu'il
attribuerait plus tard a Pelage 44 .» La comparution de
Caelestius ne peut prouver que les opinions verbales
ou ecrites examinees dans Ie De peccatorum meritis et
remissione emanent de lui seul 45 . Aussi trouvera-t-on en
41. Cf. De pert iust. homo 1, 1, BA 21, p. 126: «Neque istae breues
definitiones uel potius ratiocinationes ab illius abhorrent ingenio,
quod in oPere alio eius insPexi, cuius eum esse constat auctorem.»
Puis Augustin cite 16 syllogismes avec lesquels Caelestius veut prou-
ver que l'homme peut vivre sans pecher.
42. Le Praedestinatus, I, 88, designe Caelestius comme auteur,
non nomme par Pelage, mais connu de lui comme tel, de la declaration
que l'ascete cite dans son commentaire de Rom. 5, 12: «Pelagius (...)
tangens Caelestium, qui contra traducem peccati primus scripsit, his
uerbis ait: "Hi, inquit, qui contra traducem ueniunt"... », declaration
citee par Augustin en Pecc. mer. III, 2, 2.
43. Augustin est a deux reprises temoin de cette incertitude des
lecteurs: «Definitionibus quae dicuntur Caelestii esse» (De pert
iust. 1, 1, BA 21, p. 126); «legi ego, quo sensu id Caelestius in libro
suo posuerit, si tamen eum suum esse non negat» (De gest. Pel. 13,
29, BA 21, p. 496).
44. P. BROWN, La vie de saint Augustin, p.454. R. DODARO,
« Note. . . », p. 202, ajoute que «la fascination des chercheurs pour Ie
role de Caelestius dans la promotion de la these selon laquelle des
humains vecurent des vies sans peche est fondee sur sa condamnation
a Carthage en 411 et sur Ie Liber definitiorum, dont l'attribution est
incertaine ».
45. Ainsi conclut R. DODARO, «Note...», p. 202: «Plus encore,
meme si [Caelestius] enseigna a Carthage une doctrine de l'impec-
cabilite qui lui valut d'@tre condamne, il est egalement possible que
d'autres que lui soient tenus pour responsables de sa diffusion dans
18
INTRODUCTION
fin de volume et dans deux notes complementaires 46 Ie
releve des declarations rapportees, avec les affinites de
fond et de forme que certaines presentent avec des ecrits
de l'epoque, mentionnes ou non par Augustin.
4. Pelage et Augustin connaissent leurs divergences
Qu' en est - il cependant de Pelage a I 'epoque de 1'« af-
faire» Caelestius ? Augustin a deja entendu parler de lui.
II Ie raconte plus tard, a la suite du premier proces public
du moine (decembre 415), dans Ie De gestis Pelagii,
redige a la fin de 416 ou au tout debut de 417 47 . Alors que
Pelage reside encore a Rome, Augustin ntend parler de
lui en tres grand bien: sa personne, son enseignement,
tout parait alors lie dans un meme eloge, dont l'echo
gagne Hippone 48 . Mais «ensuite» (postea) commence
a y circuler «la rumeur qu'il disputerait contre la grace
de Dieu». Augustin desire vivement entendre l'interesse,
ou Ie lire, pour verifier la grave accusation 49 . Cette
deuxieme phase remonte a 404 ou 405 avec l'incident,
a Rome, de la colere provoquee chez Pelage par cette
priere des Confessions: «Donne ce que tu ordonnes,
la cite d'Afrique et des debats qu'elle suscita a l'automne ou a l'hiver
411-412. »
46. Voir la Table des reJerences 1) et les NC 40 et 44.
47. Voir Y.-M. DUVAL dans BA 46/B, Lettres 1-29 (nouvelles
lettres), p. 432, et A. KESSLER, «Gestis Pelagii (De -) », dans
Augustinus-Lexikon, 3, col. 158-167.
48. Voir De gest. Pel. 22,46, BA 21, p. 532.
49. Voir De gest. Pel. 22, 46, BA 21, p. 532-533: «Je n'en avais
pas moins Ie desir d'apprendre pareille chose de sa bouche meme ou
par un de ses ecrits en sorte que, pris par moi sur Ie fait, it ne puisse
nier.» Voir aussi De gest. Pel. 26, 51. La discussion sur Ie sens de la
gratia etait donc deja ancienne avant l'entree en scene de Caelestius.
Voir Y.-M. DUVAL, «Le De natura de Pelage. Les premieres etaPes
de la controverse sur la nature et la grace», Revue des Etudes augusti-
niennes, 36, 1990, p. 257-283, et W. A. LOHR, «Pelagius's Schrift ,De
natura': Rekonstruktion und Analyse», Recherches augustiniennes,
31, 1999, p. 235-294 (ici p. 285-292).
19
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
et ordonne ce que tu veux 50 » que lui citait un ami du
pasteur, qui fut ensuite informe de la scene 5I . La chose
n'a pu qu'inciter ce dernier a rechercher a leur source
meme les positions de Pelage 52 . A-t-il pu Ie faire avant
411 ? Aucune citation expresse du moine n'apparaissant
sous sa plume avant l'hiver 411-412, il est improbable
qu'il ait deja pu disposer d'ecrits de celui-ci.
Si Ie De peccatorum meritis et remissione est Ie
plus ancien document connu a signaler la diffusion des
theses avancees au meme moment a Carthage par des
lalcs catholiques, auparavant deja, et hors d'Afrique, il
y avait mefiance et resistance envers I' enseignement de
Pelage. II s'agit des discussions orageuses que ce dernier
suscita a Rome sur la grace, son opposition aI' exegese
de Jerome dont il reprochait la tournure allegorique 53 .
Aussi, rien d 'etonnant a ce que ce soient des Italiens qui
reagissent les premiers aux theses diffusees par I'Italien
Caelestius: Ie diacre Paulin de Milan, qui Ie denonce,
puis Marcellinus. Pelage, lui, ne cree pas d'incident lors
de son bref sejour africain. Absent d'Hippone lors de son
debarquement, Augustin reoit de lui une lettre elogieuse,
mais sans offre de rendez-vous, a laquelle il repond par
50. Conf. X, 39,40; X, 31,45 et X, 37,60.
51. L'incident est raconte en Perseu. 20, 53, BA 24, p. 730. Le
lecteur fut sans doute I'Africain Evodius d'Uzalis plutot que Paulin
de Nole. Voir J.-M. SALAMITO, Les virtuoses et la multitude. Aspects
sociaux de la controverse entre Augustin et les pelagiens, Grenoble,
2005, p. 8, qui renvoie a A. SOLIGNAC, «Autour du De natura de
Pelage», dans Valeurs dans Ie stoicisme, p. 182, et a Y.-M. DUVAL,
«La correspondance entre Augustin et Pelage», Revue des Etudes
augustiniennes, 45, 1999, p. 376.
52. G. MARTINETTO, «Les premieres reactions anti-augustinien-
nes de Pelage» , Revue des Etudes augustiniennes, 17, 1971, p. 84,
avance que ce desir serait ne de la lecture d'une lettre (perdue depuis)
adressee par Pelage a Paulin de Nole vers 405/406. Mais il pouvait
suffire a Augustin de savoir 1'« allergie» declaree de Pelage a sa
conception de la priere et de la grace pour desirer acceder a des textes
de la main meme de l'ascete.
53. Voir G. DE PLINVAL dans BA 21, p. 13.
20
INTRODUCTION
un billet soulignant son vif desir d 'une rencontre 54 .
Vers la fin mai 411, ill'entr'aperoit une ou deux fois a
Carthage, mais sans pouvoir l'aborder, accapare qu'il est
par les derniers preparatifs de la conference entre eve-
ques donatistes et catholiques. Puis en juin, semble-t-il,
et precipitamment, Ie moine embarque pour I'Orient 55 .
II faut donc se tourner aussi du cote de Pelage, dont
Caelestius etait notoirement proche. Avant 411, avait-il
redige quelque chose de la position theologique qu'en
Afrique la seule rumeur lui pretait alors? Et l'avait-il
fait en reagissant plus particulierement a la theologie
de la grace developpee par Augustin? Signale par les
contemporains, nous est parvenu un commentaire des
epitres de Paul, precisement l'ouvrage dont l'eveque
d'Hippone prend connaissance alors qu'il vient d'achever
deux livres de reponse a Marcellinus. On situe sa com-
position entre 395 et 410 56 . II presente, pour I , Epitre aux
Romains, bien des contacts litteraires avec les premiers
travaux d'Augustin sur la meme epitre. Un chercheur y
a vu la preuve que Pelage avait ici mene une exegese
hostile a celie qu'Augustin soutenait duis son De
diuersis quaestionibus ad Simplicianum 5 . Sur Ie fond,
c'est-a-dire, les rapports entre les deux hommes, il est
sOr que Pelage est Ie premier a avoir en quelque sorte
54. II s'agit de I' Ep. 146, citee et commentee six ans plus tard (De
gest. Pel. 26, 51 - 29, 53). Pelage avait quitte Hippone «plus tot qu'on
ne pensait» (De gest. Pel. 22, 46, BA 21, p. 533). A. MANDOUZE,
L'aventure de la raison et de la grace, Paris, 1968, p. 394, se demande
si ce n'est pas «la prudence de Pelage» qui empecha leur rencontre.
55. Suite des souvenirs rapportes en De gest. Pel. 22, 46, BA 21,
p. 532-534. La reponse a la leure (perdue) de Pelage est I'Ep. 146. Voir
Y.-M. DUVAL, «La correspondance... », p. 363-384.
56. Voir F. NUVOLONE, «"Pelage" et "pelagianisme"...», dans
Dictionnaire de spiritualite, XII, 2, col. 2895, et P. T. CAMELOT,
«Pelage, pelagianisme», Catholicisme, 10, col. 1092. Texte:
A. SOUTER, Pelagius's Expositions oJ 13 Epistles oJ St Paul (Text
and Studies IX), Cambridge, 1922-1931; H.l. FREDE, Pelagius, der
Irische Paulustext. Sedulius Scottus, Freiburg, 1961, p. 48-58.
57. G. MARTINETTO, «Les premieres reactions. . . », p. 84.
21
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
attaque, comme l'atteste son rejet du «Da quod iubes,
et iube quod uis» des Confessions, ce qu'un autre cher-
cheur, voici plus d'un siecle, avait d'ailleurs bien etabli 58 .
Mais l'enquete menee pour trouver des traces ecrites
de cette hostilite avant 411 n' est pas probante quant
aux Expositiones 59 . En effet, celles-ci ne s'en prennent
jamais expressement a l'eveque, lequel de son cote n'a
jamais reagi a leur lecture comme s'il s'y etait senti vise.
Rien de ce texte tres bref n'est repere par l'eveque au
livre III comme attaquant son exegese de l'Apotre. Mais
autre chose est I 'histoire de la redaction et transmission
des Expositiones jusqu'en l'etat oil elles nous sont parve-
nues. Deja, dans Ie De gestis Pelagii, Augustin signale
qu'« il existe certains commentaires de l'epitre de Paul
aux Romains qui passent pour etre l'reuvre de Pelage
meme60». Pourquoi cette attribution non assumee par
ce dernier? Une raison pourrait etre que Ie texte connu
d'Augustin en 416 contient au moins une interpretation
de I'Apotre (Rom. 9, 16) contraire a celie que, selon les
Actes du proces de Lydda (decembre 415), l'eveque Jean
de Jerusalem soutint en faveur de la necessite de la grace
et a laquelle Pelage declara aussi adherer6 I . L'ascete
58. F. LOOFS, «Augustinus», Realencyclopadie Jur protestantis-
che Theologie und Kirche, II [1897], p. 278: «L'augustinisme ne fut
pas une reaction contre Ie pelagianisme ; au contraire, ce fut bien plu-
tot Ie pelagianisme qui constitua une reaction aux vues d'Augustin. »
59. L'hypothese de Martinetto est critiquee par M.-F. BERROUARD,
«L'exegese augustinienne de Rom. 7, 7-25 entre 396 et 418, avec des
remarques sur les deux premieres periodes de la crise "pelagienne"»,
Recherches augustiniennes, 16, 1981, p. 129.
60. De gest. Pel. 16,39, BA 21, p. 520.
61. Cf. De gest. Pel. 14, 37, BA 22, p. 518-520: Jean declara «qu'il
y avait des gens qui insinuaient a voix basse et pretendaient que, aux
dires de Pelage, "sans la grace de Dieu l'on POuvait realiser l'ideal"
dont it avait parle precedemment, a savoir que "l'homme peut etre
sans che". "Le blamant en ce point, dit Jean, j'ai avance Ie fait que
meme l'apotre Paul (...) avait dit (...): Ceci n'est pas leJait de l'homme
22
INTRODUCTION
lui-meme cherche a s'expliquer. En 415, une citation
augustinienne de son De natura informe qu'il ecrit
pour apaiser les nombreuses personnes que choue son
assurance des capacites humaines a faire Ie bien 2. Une
autre, en 418, rapporte qu'il a dO, «douze ans environ»
avant sa lettre au pape Innocent (debut 417), s'exrliquer
avec deux eveques sur sa conception de la grace 6 . II est
donc tres plausible qu'il ait, des 404-405, commence de
preciser sa theologie, ainsi dans Ie De natura. L'ouvrage
contenant des renvois plus ou moins explicites a des
ecrits d'Augustin des annees 387-401, c'est un indice que
Pelage, encore a Rome, a pu exprimer par ecrit quelque
chose de ce qui Ie rapprochait ou l'eloignait du theolo-
gien africain, mais secondairement, Ie public vise etant
des chretiens romains qu'il s'agissait a la fois de rassurer
et de convaincre 64 .
qui veut ou qui court, mais de Dieu qui Jait misericorde (Rm 9, 16)"
(...) Or Pelage dit: "Telle est aussi ma conception"». Pourtant, note
Augustin lisant Ie commentaire attribue a Pelage, ce verset «"n'emane
pas de Paul Personnellement", dit l'auteur, "mais il a pris la voix de
quelqu'un qui interroge et repond en disant cela comme ce qu'il ne
fallait precisement pas dire"». W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 422,
n. 110, rejette l'hypothese (presentee aussi par Y.-M. DUVAL, «La
correspondance. . . », p. 377) de modifications ulterieures du texte des
Expositiones, en s'en tenant a la publication de SOUTER, donc sans
prendre en compte Ie travail critique fourni par L. F. LADARIA, «Paul
(st). Chez les Peres de I'Eglise», dans Dictionnaire de spiritualite,
XII, 1, 1984, col. 512-522.
62. Cf. De natura et gratia 44, 52, BA 21, p. 340: «II dit en effet:
"Mais ce qui trouble bien des personnes, diras-tu, c'est que tu soutiens
que ce n'est pas par la grace de Dieu que l'homme est capable de se
trouver sans peche."»
63. De gratia Christi et de pecc. or. 1,35,38, BA 22, p. 126.
64. Voir Y.-M. DUVAL, «La date du De natura». II avance ainsi,
a juste titre, de 10 ans la redaction du De natura grace a l'examen de
textes des deux hommes, surtout des Lettres d'Augustin recemment
decouvertes. Certaines laissent entendre que Jacques et Timase,
encore disciples de Pelage en 410-412, connaissaient l'ouvrage avant
Ie passage de Pelage en Afrique. Le De natura fait appel au De libero
arbitrio d'Augustin, compose entre 388 et 391.
23
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
5. Augustin menage un peu Pelage, ne nomme pas
Caelestius
Ainsi les deux hommes se seront-ils juste entr'aperus
un jour du printemps 411, mais sans se parler face a face.
Hormis une lettre et sa breve reponse, c'est de maniere
croisee qu'ils ontjusqu'ici communique l'un a propos de
l'autre 65 . Mais chacun en savait assez de la spiritualite de
l'autre pour constater combien elles divergeaient. En ce
sens, la remarque est juste a propos d'Augustin : «II avait,
a-t-on pu dire, refute Pelage avant meme de Ie connai-
tre 66 .» Mais Ie De peccatorum meritis et remissione
est Ie premier ecrit qui, meme a mots couverts, Ie vise
assurement. D'abord, des l'ouverture du livre II: a qui
imagine que l'homme pourra, avec son seul libre-arbi-
tre, resister aux tentations, l'eveque rappelle les prieres
bibliques d'imploration et, par trois fois, fait suivre ses
citations de la formule: «Par la que disons-nous d'autre
sinon: "Donne ce que tu ordonnes''67?» L'histoire de
la colere de Pelage devant cette priere des Confessions
avait dO assez se repandre hors de Rome depuis plu-
sieurs annees pour qu'un Italien comme Marcellinus
comprenne a quoi il etait ici fait allusion. Ainsi, Ie pre-
mier temoignage de l'eveque sur l'opposition de Pelage
a l'auteur des Confessions apparait quatre ans avant Ie
premier proces public intente contre Ie moine, fin 415, ce
qui infirme la these selon laquelle nous ne disposerions,
65. Et de maniere feutree dans la reponse d'Augustin a la lettre
(146) de Pelage: court billet sollicitant pour lui la priere de l'autre et
formant Ie vreu qu'il soit agreable a Dieu. Car Pelage a-t-il peru qu'il
y avait la une allusion a Rom. 9, 16 (la justice n'est pas reuvre de la
volonte humaine, mais de Dieu), comme Augustin Ie commente six
ans plus tard (De gest. Pel. 26, 51 et 29, 53)?
66. E. GILSON, Introduction a l'etude de saint Augustin, 2 e ed.,
Paris, 1943, p. 206.
67. Cf. Pecc. mer. 11,5,5.
24
INTRODUCTION
du cote d'Augustin, que de jugements retrospectifs sur
les debuts declares de la controverse 68 .
Pourquoi l'eveque ne nomme-t-il pas Pelage dans
ce livre II? Sauf a hasarder des speculations plus ou
moins souponneuses, nous ne pouvons repondre a la
question sans tenir compte de ce qu'Augustin dira apres
que Pelage aura eu a s'expliquer ouvertement devant un
tribunal episcopal, mais deja de ce qu'il ecrit dans ce
complement aux livres I et II qui est devenu Ie livre III.
En effet, la premiere mise en cause theologique de
Pelage par Augustin fait suite a la nouvelle, reue par
lui, du proces intente contre Ie moine breton a Lydda
(Diospolis) en decembre 415. Elle s'exprime dans Ie
Sermon Dolbeau 30, prononce a Hippone dans la
seconde moitie de mai ou au debut de juin 416 69 . L'eveque
rappelle qu'« une heresie nouvelle s'insinue a la derobee
et se repand partout», heresie qu'il a «supportee en
silence jusqu'a ce qu'elle eclate au grand jour», allusion
sans doute aux declarations de Caelestius en Afrique car
Augustin ajoute que, des lors, «nous n'avons cesse de
denoncer l'erreur, mais sans citer de noms, pour Ie cas ou,
quand nous denoncions l'erreur, les individus en seraient
68. M. R. RACKETT, « What's Wrong with Pelagianism? Augustine
and Jerome on the Dangers of Pelagius and his Followers »,
Augustinian Studies, 33, 2002, p. 231, ecrit curieusement: «Le De
peccatorum manque de toute critique directe des conceptions pela-
giennes de la grace.» W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 408, n. 64, a
raison de trouver cela incoherent avec Pecc. mer. I, 27,43: «Quanto
diligentius curauit [scil. Paulus] commendare gratiam Dei aduersus
eos qui operibus gloriabantur.» Mais a l'est de maniere bien plus
flagrante avec l'allusion a l'hostilite personnelle de Pelage ala priere
« Da quod iubes, et iube quod uis».
69. Texte latin edite par F. DOLBEAU, «Le Sermon 348A de saint
Augustin contre Pelage», Recherches augustiniennes, 28, 1995, p. 37-
63 (pour la datation, voir p. 41-50) et «Un second manuscrit complet
du Sermo contra Pelagium (S. 348A augmente»), Revue des Etudes
augustiniennes, 45, 1999, p. 353-361.
25
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
venus a se corriger» 70. Mais voici un fait nouveau:
«Nous venons de l'apprendre, l'homme meme qui est Ie
principal auteur de ce dogme ruineux a ete, lors d 'une
reunion d'eveques des regions orientales, absous 7I » sur
la foi de sa denegation de ce qui lui etait reproche, et
Augustin nomme alors Pelage et dit red outer de sa part
une duplicite, car Ie moine lui a fait remettre un texte 00
il se defend, mais sans lettre personnelle authentifiant
l'ecrit comme c'etait l'usage 72 . Or l'eveque declare etre
informe depuis un an deja du trouble qu'entretient en
Palestine I' enseignement de Pelage 73.
Fin 416 ou au tout debut de 417, ayant enfin eu acces
aux Actes du proces de Lydda, Augustin compose un
explicite De gestis Pelagii. Se demandant pourquoi sa
refutation 74 du De natura - qu'il savait alors pourtant de
Pelage - ne nom me pas son auteur, il se rappelle avoir
eu, a l'epoque, souci d'une amitie a preserver, de l'hon-
neur d'un homme a menager encore, mais sans epargner
ses ecrits 75. Six mois plus tard, I' eveque renouvelle et
nuance son temoignage: «Dans la mesure ou la nouvelle
a son sujet» (a savoir qu'il combattait la grace de Dieu)
«fut assez longtemps lancee a tous vents par la rumeur
publique, il fut bien malaise d'y croire car la rumeur a
coutu me d'etre mensongere »76.
Ainsi donc, Diospolis mit un terme a l'epoque et au
regime de la «rumeur» (fama) qui avaient justifie, aux
yeux du theologien africain, sa prudence personnelle. Le
70. S. Dolbeau 30, 5 (traduction de Ch. CARRAUD et
J.-M. SALAMITO dans Conference, 18, 2004, p. 495-496).
71. S. Dolbeau 30, 6 (p. 497).
72. Cf. S. Dolbeau 30, 7. L'ecrit est connu sous Ie nom de
Chartula deJensionis (fragments dans Ie CSEL 42, p. 111-113).
73. Cf. S. Dolbeau 30, 6.
74. Environ deux ans plus tot, entre fin 414 et courant 415.
75. Cf. De gest. Pel. 23,47, BA 21, p. 534.
76. Cf. Ep. 186, I, 1, CSEL 57, p. 45.
26
INTRODUCTION
motif de celle-ci est donne au seuil du livre III du De
peccatorum meritis et remissione, debut 412: «J'avais
termine deux livres (.. .). Or il y a tres peu de jours j'ai lu
quelque chose de Pelage 77 », a savoir des commentaires 78
d'epitres de Paul, avec citation d'objections similaires a
celles qui circulaient a Carthage.
L'une d'elles presentant une argumentation jusque-la
ignoree d'Augustin, celui-ci ajoute une lettre aux deux
livres acheves. V oici surtout la premiere occasion qui lui
est donnee de nommer Pelage et de commenter un de ses
ecrits 79. II distingue alors la personnalite prestigieuse et
l'auteur. II fait entierement credit a l'excellente reutation
morale du chretien dont temoignent ses proches o. Mais
quant au theologien, il note simplement sa prudence sur
un point difficile 8I , son recours a lusieurs interpreta-
tions d'une expression paulinienne 2 et Ie fait que les
irrecevables objections rencontrees dans son texte sont
des citations d'autrui 83 . Pour Ie reste, s'il cherche bien
a convaincre Marcellinus que Pelage ne partage pas
les theses qu'il rapporte, c'est par conjecture qu'il s'y
77. Pecc. mer. III, 1, 1.
78. Augustin ecrit: «des Expositiones», mais nous ignorons si Ie
manuscrit portait ce titre.
79. L'opinion emise par W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 424 et
449, qu'Augustin a ajoute Ie livre III pour se disculper vis-a-vis de
Marcellinus et son entourage d'avoir accuse Pelage dans les livres let
II, releve de la supposition. Augustin n'est d'ailleurs pas person nelle-
ment porte a traquer les heresies.
80. Cf. Pecc. mer. III, 1, 1; III, 3, 5 et III, 3, 6. Voir de meme
Retr. II, 33, 60.
81. Sur l'ame dans la transmission du peche originel, «observe,
je t'en prie, comment en homme prudent Pelage sent combien est
delicate la question de l'ame. En effet, il ne dit pas que l'ame n'est pas
transmise hereditairement mais emet cette hypothese: uSi elle ne l'est
pas"» (Pecc. mer. III, 10, 18).
82. En Pecc. mer. III, 4, 9, sur Ie sens de Jorma Juturi (Rom. 5,
14).
83. Cf. Pecc. mer. III, 2, 4 et III, 3, 6.
27
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
emploie et en se refusant a croire qu'il y adhere, mais au
seul vu de sa reputation morale 84 .
Tout laisse donc penser que Ie theologien africain attend
encore de l'ascete breton une claire prise de position sur
les points en debate Un souci d'honnetete intellectuelle
expliquerait son attitude de l'epoque. La prudence a dO
jouer aussi: ne pas attaer de front un homme dispo-
sant d'appuis haut places 5. Avec Caelestius, la situation
etait tout differente puisqu'il avait affiche des positions
theologiques, qu'elles avaient ete officiellement rejetees
et qu'il avait refuse d'y renoncer. Pourtant, meme ne
des graves troubles de la foi que celui-ci provoqua en
Afrique, Ie De peccatorum meritis et remissione est des
plus discrets sur lui. II ne Ie nomme pas et ne renvoie
nommement qu'une fois a son Libellus breuissimus:
quand il admet que Ie bapteme est redemption et, par
cette concession, laisse la porte ouverte a une entente 86 .
En pasteur et theologien, Augustin montre par la qu'il
cherche, dans les declarations des objecteurs, tout ce
qui, par-dela les malentendus de langage, rejoint la foi
de I'Eglise et peut contribuer au dialogue en son seine
De fait, l'eveque dira plus tard avoir choisi Ie combat
des idees, non celui des personnes. Ainsi quand, en
414, avise de la campagne que des catholiques menent
a Syracuse en faveur d'idees nouvelles, Augustin
84. Cf. Pecc. mer. III, 3, 6: «Peut-etre n'est-il pas d'accord lui-
meme pour dire que l'homme nait sans peche» ; III, 3, 5 : «II nous faut
observer - et ce n'est pas a negliger - que cet homme bon et recom-
mandable, comme Ie disent ceux qui Ie connaissent, n'a pas introduit
comme la sienne propre cette argumentation contre la transmission
du peche. »
85. Pelage disposait alors de plus puissantes protections qu'Augus-
tin, avant tout grAce a son role de directeur de conscience aupres de
families senatoriales. Voir P. BROWN, «The Patrons of Pelagius. The
Roman Aristocracy between East and West», Journal oJ Theological
Studies, N.S. 21, 1970, p. 56-72. La presence en Afrique de families
aristocratiques amies de Pelage a pu aussi retenir Augustin.
86. Voir o. WERMELINGER, Rom und Pelagius..., p. 22.
28
INTRODUCTION
s'aperoit que deux d'entre elles sont identiques a deux
theses condamnees par Ie tribunal de 411, il ecrit a son
correspondant: «Nous avons abondamment parle de ces
questions dans d'autres ouvrages et dans des sermons
a l'eglise; car chez nous egalement, il s'est trouve des
gens pour repandre partout ou ils pouvaient les germes
nouveaux de leur erreur. Mais avec la misericorde du
Seigneur notre ministere ou celui de nos freres en a gueri
plusieurs du fteau 87 .» Augustin mentionne Ie nom de
Caelestius parce que ce pourrait bien etre lui qui trouble
cette fois les chretiens siciliens. Ces objecteurs se reve-
lent plus nombreux qu'on ne s'y attend. «Pourtant, nous
preferons les soigner dans Ie cadre de I'Eglise, autant du
moins que les necessites Ie permettent, plutot que de les
amputer de son corps comme si c'etaient des membres
inguerissables 88 . »
Le meme temoignage revient deux ans plus tard, dans
Ie De gestis Pelagii. Augustin s'y souvient qu'a l'epoque
de 1'« affaire» Caelestius, lui et d'autres n'etaient pas
partisans des poursuites judiciaires. «II etait nettement
plus salutaire, estimions-nous, d'agir contre eux en les
refutant et en denonant leur erreurs tout en ne men-
tionnant pas leurs noms.» Car «de la sorte, ils seraient
corriges par la crainte du tribunal ecclesiastique plutot
que punis par Ie tribunal meme. Nous ne cessions donc
pas d'argumenter contre ce mal tant par des livres que
par des instructions au peuple 89 ».
Comment concilier ce souvenir avec celui qui nous
est rapporte dix ans plus tard dans les Revisions: «Les
circonstances m'obligerent a ecrire contre une nouvelle
heresie: la pelagienne, que nous combattions d'abord,
87. Ep. 157, 3, 22, BA 21, p. 78.
88. Ep. 157, 3, 22, BA 21, p. 80. Voir la NC 41.
89. De gest. Pel. 22, 46, BA 21, p. 534-535; Retr. II, 60, BA 12,
p. 508-509: «Dans ces livres (Pecc. mer.), j'ai juge qu'il fallait encore
taire leurs noms, dans l'espoir qu'ils pourraient ainsi plus aisement
s'amender. »
29
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
quand il y en avait besoin, non par des ecrits, mais par
des sermons et des eXfoses, selon que chacun de nous Ie
pouvait ou Ie devait 9 »? Le premier temoignage decrit
clairement la periode d 'environ quatre ans ou, suite aux
declarations de Caelestius, toute une serie de theses
etaient etalees au grand jour en Afrique, mais sans que
les eveques africains eussent en main un ecrit de Pelage
les assumant lui aussi. Le De peccatorum meritis et
remissione est, ici, Ie plus ancien ecrit conserve. Mais Ie
second temoignage est malaise a interpreter: «d'abord»
(prius) a jusqu'ici ete compris au sens de «auparavant»,
ce qu'autorise l'imparfait descriptif agebamus 9I , mais a
condition de restreindre I 'heresie combattue avant 411
a cette mise en cause de la puissance de la grace dont
la rumeur accusait Pelage, quand il sejournait encore a
Rome. Car la nouitas heretique dans I'Afrique de 411
fut dans d'autres theses (Ie corps humain est mortel
par nature, Ie bapteme des bebes ne comporte pas de
pardon). Cela a conduit un chercheur a traduire prius
par «en priorite 92 », mais alors reste l'incoherence entre
«nous ne cessions pas» et «quand il y en avait besoin
(. ..) selon que chacun de nous Ie pouvait ou Ie devait».
En resume, Ie plus probable semble etre une evolution
en deux phases de la conduite des eveques d'Afrique,
et non du seul Augustin: jusqu'au passage de Pelage et
Caelestius, la mise en garde des auditeurs des sermons
contre une devalorisation de l'action divine dans l'agir
humain; a partir de 411 et des premiers devoilements
publics, en Afrique meme, de l'ensemble des theses
90. Revisions, II, 33 (60), BA 12, p. 508-509.
91. P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. XI, releve la tra-
duction erronee de G. BARDY (BA 12, p. 509) par un plus-que-parfait:
« que nous avions combattue ».
92. P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. XIII. Mais l'ab-
sence, dans Ie De pecc. mer., de phrases du genre «comme je l'ai deja
maintes fois preche» ne saurait masquer les trois renvois d'Augustin a
son «Da quod iubes», qui visent nettement Pelage.
30
INTRODUCTION
qui se reveleront quatre ans plus tard «pelagiennes», la
denonciation ecrite et constante de ces erreurs, et argu-
mentee parce qu' elle pouvait repondre, point par point, a
une argumentation adverse diffusee par ecrit.
6. Marcellinus
Reste a tenir Ie plus grand compte, pour une datation
plausible de l'reuvre, de l'homme qui a obtenu sa reali-
sation. Ce haut fonctionnaire 93 avait ete, Ie 14 octobre
410, choisi par Honorius pour, muni des pleins pouvoirs,
pre sider une conference au sommet entre eveques catho-
liques et donatistes, puis trancher.
Marcellinus a dO debarquer en Afrique fin 410 et
s'atteler aussitot a la meilleure instruction possible du
dossier, tout en preparant la convocation a la conference
et les modalites de sa tenue, a faire approuver par les
deux parties. En effet, la premiere trace de correspon-
dance entre Augustin et Ie tribun est constituee de deux
courriers tres officiels que I' eveque d 'Hippone adresse
a ce dernier au nom de «tout l'episcopat catholique»
vers la fin mai 411 94 . Puis, dans les mois qui suivent la
conclusion de la Conference, vient, cette fois, une lettre
personnelle 00 Augustin supplie de ne pas executer des
donatistes convaincus d'assassinat et de mutilation de
clercs catholiques 95 . La liberte de style et de ton denote
une evolution des rapports entre les deux hommes vers
l'amitie, ce que confirme un courrier posterieur, ou
se surajoute a la question du sort des meurtriers et du
traitement des violences commises par les donatistes
extremistes, la premiere mention du De peccatorum
93. Les eveques catholiques africains s'adressent a lui comme a un
«uir clarissimus et spectabilis, tribunus et notarius ».
94. Ep. 128 et 129.
95. Ep. 133. Une autre (134) est adressee dans Ie meme sens a
Apringius, frere de Marcellinus et proconsul. Voir A. MANDOUZE,
Prosopographie. .., p. 85.
31
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
meritis et remissione comme d'un travail fini auquel son
auteur doit cependant apporter un complement 96 .
Ainsi, meme si nous ignorons la date precise de la
comparution de Caelestius, il apparait bien que les
demarches de Marcellinus aupres d'Augustin puis la
reponse de celui-ci sont posterieures a la Conference.
Augustin est alors, de son pro pre aveu, un homme
«occupe au plus haut point 97 » par cette affaire cruciale,
et Marcellinus sans doute tout autant.
7. Chronologie la plus probable de la composition du
De peccatorum meritis et remissione
La comparution de Caelestius a eu lieu apres
la Conference, soit pendant l'ete soit au debut de
l'automne 98 , en tout cas en l'absence d'Augustin, et sans
que cela ait gene Aurelius 99 . Car d'autres eveques avec
lui n'etaient pas partisans de tribunaux en la matiere et il
s'est alors agi d'un examen de candidature plus que d'un
proces proprement dit IOO . Pelage avait quitte l'Afrique,
96. Ep. 139. La correspondance s'intensifie ensuite jusqu'a
I'Ep. 143, quelques mois plus tard, 00 Augustin confie notamment a
son ami qu'il projette de reviser tous ses ecrits, ce qu'il realisera en
426/427 avec ses Revisions.
97. Occupatissimus (De gest. Pel. 22,46, BA 21, p. 534).
98. Voir J. H. KOOPMANS,« Augustine's First Contact with Pelagius
and the Dating of the Condemnation of Caelestius at Carthage»,
Vigiliae Christianae, 8, 1954, p. 152 (entre juillet et debut septembre).
F. REFOULE, «Datation...», p. 42, admet les deux temps «si Augustin
etait bien absent de Carthage durant cette periode». Je corrige donc
mon propos de «La datation. . . », p. 40.
99. «L'evidente tournure anti-augustinienne de certains des argu-
ments en circulation contre Ie tradux peccati» (W. DUNPHY, «A Lost
Year...», p. 426) n'a rien d'evident, car tout l'episcopat africain soute-
nait la doctrine de la transmission du peche originel. G. DE PLINVAL,
Pelage. .., p. 260, fait observer que «l'eveque d'Hippone n'avait, en
effet, rien a voir dans une affaire qui echappait completement a sa
juridiction ».
100. Pour avoir soutenu qu'il n'y avait pas la de doctrine eta-
blie, Caelestius a ete econduit, mais pas formellement condamne.
32
INTRODUCTION
en hate, se rappellera Augustin cinq ans plus tard, signe
peut-etre que l'ascete voulait continuer d'eviter une
implication personnelle, alors que les theses repandues
par ses proches avaient commence de «bouillonner IOI ».
Augustin etait de retour a Hione dans la seconde
quinzaine de septembre. C'est la 2 qu'il reut plusieurs
courriers de Marcellinus reclamant son avis sur les
assertions qui continuaient de circuler a Carthage, mal-
gre Ie desaveu officiel de Caelestius. L'insistance de son
ami fut forte: «Ainsi, dis-je, ai-je ete pousse, conduit,
entraine a resoudre selon mes forces bien limitees les
questions que tu m'as adressees par ecrit I03 .» Et, si ces
lettres sont perdues, la trace en reste vive das la memoire
de l'eveque plusieurs annees apres: «La sollicitude de la
charite (...) en est venue a nous forcer d'ecrire encore a
Marcellinus, de bienheureuse memoire I04 , qui endurait
journellement ces raisonneurs penibles au plus haut point
et me consultait par lettres, a nous forcer d'ecrire sur des
w. DUNPHY, « A Lost Year...», p. 432, repousse aussi l'idee d'un
synodus ou concilium. Le fait que Ie veritable concile de 416 s'en
tienne a un vague «il y a environ cinq ans» s'expliquerait ainsi par la
modicite de ce jury de la seule Eglise de Carthage.
101. Cf. De gest. Pel. 22,46, BA 21, p. 534: «Ule uero etiam inde
ad transmarina properauit; interea per ora eorum qui eius discipuli
ferebantur dogmata ista feruebant.» W. DUNPHY, «A lost year...»,
p. 428, souligne que interea oblige a comprendre: «tandis que Pelage
se trouvait encore a Carthage», ce qui est juste mais n'impose pas
que la comparution de Caelestius ait eu lieu avant Ie depart de Pelage
et meme avant la Conference. P. BA TIFFOL, Le catholicisme de saint
Augustin, Paris, 1920, p. 361 : «Le concile de Carthage n'anathema-
tise pas formellement les erreurs qu'il denonce, comme s'il hesitait a
s'engager a fond.»
102. Retr. II, 60, BA 12, p. 508-509: «On m'envoya de Carthage
leurs questions en me demandant de les refuter par ecrit. »
103. Pecc. mer. I, 1, 1: «Sic, inquam, me conpulit, sic duxit et
traxit ad dissoluandas pro tantillis uiribus quaestiones quas mihi
scribendo indixisti. »
104. Victime innocente de la repression imperiale d'un complot
en Afrique, Marcellinus fut decapite Ie 13 septembre 413, malgre les
interventions en sa faveur de son ami Augustin.
33
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
questions qu'elles me soumettaient I05 .» II y eut un delai
d'attente avant que l'eveque d'Hippone pOt se mettre au
travail 106 . Mais quand ille fit, ce fut en concentrant toute
son attention sur sa reponse a d'aussi precises questions.
Loin d'avoir expedie la tache, Augustin examina tres
attentivement les theses rapportees, exposa en quoi elles
heurtaient Ie creur meme de la revelation chretienne,
argumenta, produisit un volumineux dossier scriptu-
raire, Jusqu'a se rendre compte, au terme de deux livres
epais l 7, «que ce debat l'a emporte un moment dans mon
esprit sur d'autres I08 ».
La redaction soignee de ces deux livres a pu mobili-
ser les deux derniers mois de 411. Envoyes alors a leur
commanditaire, ils reviennent pourtant a Hippone. Nous
apprenons ce retour par la Lettre 139 ou, cependant,
l'eveque avoue ne plus se rappeler qui en eut l'initiative.
Comment nous risquer a nous substituer a lui pour
repondre? Jusqu'a quel point meme nous estimer fondes
a suspecter un oubli volontaire I09 ? II observe seule-
ment: «.. .si ce n'est qu'en les revoyant, je les ai trouves
105. De gest. Pel. 11, 25, BA 21, p. 488-489. Deja dans sa lettre
de fin 411, Augustin evoque «ce dont tu me presses d'ecrire a coups
de reclamations et de rappels» (Ep. 139, 3). M. MOREAU, Le dos-
sier Marcellinus..., p. 45-46, peut donc envisager «des entretiens
a Carthage et une ou plusieurs lettres perdues de Marcellinus a
Augustin» comme sources de la redaction du De peccatorum meritis
et remissione.
106. Ceci contredit P. BROWN, La vie de saint Augustin, p. 454:
«Cependant Augustin repondit sur-Ie-champ a la lettre de Marcellinus.
Comme toujours il formula d'emblee son jugement avant meme
d'avoir pris Ie temps de lire tout ce qu'on lui avait envoye.»
107. Cf. la fin du livre II (Pecc. mer. II, 36, 59): «1\1 as entre les
mains l'ouvrage - aussi utile que long, j'esre ! - que j'ai elabore en
fonction de mes forces et dont je pourrais defendre la longueur si, en
la defendant, je ne craignais de l'allonger.»
108. Pecc. mer. I, 1, 1: «.. .ut ea causa in animo meo paulisper
uinceret alias».
109. Un pas que franchit W. DUNPHY, «A Lost Year...», p. 406-
407: «Quand il suggere que Marcellinus POurrait avoir retoume Ie
manuscrit pour corriger des erreurs triviales commises par Ie copiste,
34
INTRODUCTION
defectueux et que j'ai voulu les corriger, ce que par suite
d'emRechements multiples, je n'ai pas fait jusqu'a pre-
sentI 0.» Nous pouvons au moins en deduire que l'oubli
a partie liee avec du temps ecoule depuis l' envoi du long
manuscrit, temps de sa lecture par Marcellinus et les
proches interesses par Ie sujet III .
La Lettre 139, en tout cas, n'a pu etre ecrite au-dela de la
fin fevrier 412, car elle appelle a la clemence Marcellinus
et son frere, lequel est sorti de charge proconsulaire Ie
28 fevrier l12 . Augustin y apprend au tribun que, depuis
l'envoi des deux livres, il a choisi de leur ajouter comme
complement une lettre, interrompue pour l'heure. Le
motif de l'ajout est donne en ouverture de l'crit: «Tres
peu de jours apres (l'achevement des deux livres), j'ai
lu certains ecrits de Pelage (...) contenant sur les lettres
de l'apotre Paul de tres courtes explications, et la j'ai
trouve (...) une argumentation de ceux qui nient que les
tout-petits portent Ie peche originel que j'avoue n'avoir
pas refutee dans mes ouvrages pourtant si volumineux,
car il ne m'etait absolument pas venu a l'esprit que l'on
pOt concevoir ou dire pareilles choses. C'est pourquoi
n'ayant voulu rien ajouter a cet ouvrage auquel j'avais
mis clairement fin, j'ai pense devoir inserer dans cette
lettre et I 'argumentation dans les termes memes ou je I 'ai
lue et la refutation que j'ai cru bon de lui opposer I 13. »
Dans la Lettre 139, Augustin ecrit: «J'avais commence
de dieter (cette lettre) quand j'etais la-bas 1l4 » et ajoute
eel a sonne comme une pure, voire pietre circonlocution pour dire
qu'il prefererait ne pas encore mentionner la vraie raison.»
110. Ep. 139, 3, CSEL 44, p. 152-153.
111. Augustin ecrit en effet aussi pour «ceux qui ont souci de ces
questions» (Pecc. mer. I, 1, 1, fin de l'introduction).
112. Voir Cod. Theodos. VI, 29, 9; VIII, 4, 23; XI, 1, 32 et 7, 19-
20; PALLU DE LESSERT, Fastes des provinces africaines, Paris, 1901,
p. 124-125; A. MANDOUZE, Prosopographie..., p. 85 et 684.
113. Pecc. mer. III, 1, 1.
114. Ep. 139, 3, CSEL 44, p. 152: «(epistolam) quam cum ibi
essem iam dictare coeperam». Ce serait donc lors d'un passage a
35
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
qu'il a repris la dictee a son retour, mais sans avoir
encore acheve car il a dO donner priorite a des taches
urgentes 115. La lettre finira par prendre, elle aussi, les
proportions d'un livre, ainsi que Ie reconnait l'auteur tout
a la fin de l'ouvrage 1l6 . Le livre III a vraisemblablement
ete acheve dans les semaines qui suivirent l'envoi de la
Lettre 139.
Au total, la redaction du De peccatorum meritis et
remissione a donc dO prendre plusieurs mois entre la
fin de l'automne 411 et Ie printemps 412, mais en deux
phases: la plus longue, en fin d'annee 411, pour les volu-
mineux livres I et II, suivie de I' envoi et de la lecture par
Marcellinus et ses proches; la plus courte, entre janvier
et mars, pour Ie livre III, mais avec une interruption puis
une reprIse.
III. - OBJET
« Ouvrage composite », comme l'a ecrit
A. Mandouze II7 , il l'est deja litteralement, puisque
Augustin lui-meme a temoigne l'avoir redige en trois
temps. Mais sa complexite se lit plus profondement encore
dans les appellations variees qu 'en a donnees son propre
auteur. Appeles «livres sur Ie bapteme des tout-petits»
alors qu'il leur ajoute ce qui deviendra Ie livre 111 118 ,
Carthage en tout debut d'annee 412.
115. Cf. Ep. 139, 3: «Si j'y ai ajoute un peu, sache qu'elle est
encore inachevee. Si seulement je pouvais te rendre compte des autres
obligations qui occupent tous mes jours et toutes mes veilles, tu serais
vivement attriste et surpris de ce que je sois tourmente par tant de
choses qui ne peuvent absolument pas etre differees.» Ainsi, il a dQ
donner priorite a l'achevement du Breuiculus et de I'Ad Donatistas.
Quant a savoir 00 la dictee avait ete interrompue, voir plus loin au fil
du texte du livre III.
116. Pecc. mer. III, 13, 23: «Je comptais donner jour a une courte
lettre, mais c'est un livre prolixe qui est ne.»
117. A. MANDOUZE, Saint Augustin. L'aventure de la raison et de
la grace, Paris, 1968, p. 397.
118. Ep. 139, 3 (CSEL 44, p. 152), de janvier-fevrier 412.
36
INTRODUCTION
une fois Ie tout acheve, les voici qualifies d'« opuscules
sur Ie bapteme des tout-petits et sur la perfection de la
justice de I'homme II9 ». II reprend la meme bipartition
moins de trois ans plus tard en parlant d'« opuscules »
qui discutent ces deux objections: la possibilite de ne
plus pecher, l'innocence absolue des nouveau-nes qui
prouverait que leur bapteme n'a rien d'un pardon I20 , puis
evoque ailleurs les «livres que j'ai ecrits a Marcellinus a
ce propos », a savoir l'unite entre deux versets johanni-
ques: I Ioh. 3, 9 (les baptises sont totalement pardonnes)
et I Ioh. 1, 8 (tout homme peche), livres oil il a aussi
cherche a expliquer pourquoi la mort phrsique persiste,
meme apres Ie pardon reu au bapteme I2 .
Cependant, plus subtilement et quinze aD'S plus tard,
les Revisions nous presentent «trois livres dont Ie titre
est Du salaire des peches et de leur pardon, oil il est
surtout question du bapteme des tout-petits - en raison
du peche originel- et de la grace qui nous justifie, c'est-
a-dire fait de nous des justes encore que nul en cette
vie n'observe les commandements de la justice au point
de ne plus avoir a supplier pour ses propres peches:
"Pardonne-nous nos offenses"122». De meme, la notice
suivante, consacree au De spiritu et littera, rappelle que
l'eveque vena it d'ecrire «trois livres dont Ie titre est Du
salaire des peches et de leur pardon, livres qui traitent
minutieusement aussi du bapteme des tout-petits I 23 ».
119. De spiritu et littera, 1, 1 (CSEL 60, p. 155), printemps 412.
L'hypothese de G. BONNER «Perfection de la justice de l'homme
(Sur la»), dans Encyclopedie saint Augustin, p. 1123, selon laquelle
la mention « sur la perfection de la justice de l'homme» pourrait desi-
gner l'ouvrage distinct d'Augustin qui porte ce nom (De perJectione
iustitiae hominis) est hasardeuse.
120. Cf. Ep. 157, 3, 22 (BA 21, p. 78-79), de fin 414.
121. De natura et gratia, 14, 15; 23, 25 (BA 21, p. 268), de 415.
122. Retr. II, 60, BA 12, p. 508-509.
123. Retr. II, 64, BA 12, p. 516-517. Vers 420, Augustin dit avoir
resolu la question de l'origine et la nature de la mort «dans notre
ouvrage Le bapteme des petits enJants» (<< iam ista quaestio in alio
37
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
A. travers ces diverses appellations, on retrouve plus
ou moins les trois theses que Marcellinus avait soumises
a son ami comme autant de defis lances a l'enseigne-
ment traditionnel de I'Eglise: contestation que la mort
physique soit la punition d'un peche d'Adam; refus que
Ie bapteme des tout-petits comprenne un pardon; hypo-
these qu'on peut arriver sur terre a etre sans peche. Mais
Ie titre finalement donne a l'ouvrage et son commentaire
manifestent, qu'avec Ie recul du temps, Augustin a res-
saisi de deux faons conjointes (Ie pardon divin et son
signe dans Ie bapteme des tout-petits) l'enjeu global,
pour les chretiens, de ce qu'avait introduit en Afrique
Caelestius et, plus largement, ceux qu'on appellerait plus
tard «les pelagiens ».
La traduction « salaire et pardon des peches » fait echo
a la phrase de saint Paul: «Le salaire du peche, c'est la
mort, mais Ie don gratuit de Dieu, c'est la vie eternelle en
Jesus Christ Notre Seigneur» (Rom. 23), car Augustin
expose a Marcellinus la doctrine de l' hglise sur la condi-
tion humaine et ce que lui apporte Ie salut realise par
I'Incarnation 124. Le pluriel «peches» est explique, dans
I 'ouvrage, par Ie rappel de la confession de foi chretienne
selon laquelle l'etre humain fait une double experience
de culpabilite devant Dieu: la conscience de ses propres
peches et celie d'une culpabilite genera Ie de l'huma-
nite depuis ses premiers pas, ce qu'Augustin appelle
l'experience du peccatum originale. Or, comme c'est
cette derniere realite qui est niee par les objecteurs et se
trouve donc evacuee par eux de tout bapteme, l'eveque
insiste plus particulierement sur Ie sens du bapteme des
tout-petits comme pardon. Ce bapteme devient pour lui,
a travers sa liturgie, un signe irrefutable de la confession,
par toute I 'Eglise, que tout etre humain, quel que soit son
nostro opere quod scripsimus de baptismo paruulorum tractata et
soluta est»: De Ciu. Dei XIII, 4, CCSL 48, p. 387).
124. Voir la NC 1: «Comment traduire au mieux en franais Ie
titre de I' ouvrage ».
38
INTRODUCTION
age, est prisonnier d'une situation pecheresse tant qu'il
n'a pas commence de recevoir les sacrements du salut en
Jesus Christ.
Tel est Ie theme theologique general du De peccato-
rum meritis et remissione, avec une insistance repetee
sur Ie cas du bapteme des bebes comme lieu d'attestation
concrete de la foi chretienne qu'Augustin et Marcellinus
voyaient mise en danger. De fait, pres de la moitie des
assertions reproduites et discutees ont trait a la condition
humaine des nouveau-nes et au sens precis de leur bap-
teme, 22 sur 45 port ant sur Ie sujet I25 . Mais cela s'accorde
tout a fait avec Ie contexte: lors de la comparution de
Caelestius, l'interrogatoire des eveques s'eta,it concentre
sur ce meme point doctrinal, et Augustin a toujours
garde en memoire que les sollicitations de Marcellinus
portaient «avant tout sur Ie bapteme des tout-petits 126 ».
On ne saurait donc dissocier les deux premiers livres
quant a l'objectif vise par leur auteur I27 .
125. Voir O. WERMELINGER, Rom und Pelagius..., p. 15-18. «De
baptismo paruulorum» eta it deja Ie titre que l'eveque donnait au livre I
en entamant Ie II, et il y revient vers 417-418 en De pecc. or. 21,24 et
en De ciu. Dei XIII, 4. JEROME fait de meme quand il evoque Ie De
peccatorum meritis et remissione (Contra Pelagianos, III, 19). Cela
invalide Ie jugement de W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 428, pour
qui Ie livre I ne serait que «la face emergee d'un iceberg», l'essentiel
de l'objet de l'ouvrage entier, sa face immergee, etant, avec Ie livre II,
Ie traitement de l'hypothese qu'un homme puisse parvenir a etre sans
peche.
126. De gest. Pel. 11, 25, BA 21, p. 488-489.
127. C'est l'erreur de G. DE PLINVAL, Pelage..., p. 261: «De la
question du bapteme, c'est-a-dire a un autre point de vue, celie de
l'exemption naturelle du peche originel, theme caelestien qu'il traite
dans Ie livre premier, Augustin passe dans Ie livre second a la critique
des theories proprement pelagiennes concernant l'exemption volon-
taire du P6che actuel, c'est-a-dire l'impeccabilite.» Car Caelestius
soutenait et l'exemption du peche originel et l'impeccabilite. Plinval
reconnait d'ailleurs aussitot (ibidem) qu'«entre les dires de Caelestius
et la morale de Pelage, entre la doctrine de l'innocence infantile et
celie de l'impeccabilite, il etablit une solidarite qui, a premiere vue,
POuvait ne pas paraitre s'imposer», avec renvoi a Pecc. mer. 11,34,38.
Non seulement la premiere «doctrine» est rediscutee aux livres II et
39
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
IV. - METHODE ET PLAN GENERAL
Marcellinus pressait son ami d'elucider des questions
precises que son entourage et lui se voyaient soumettre
par d'autres avec insistance. Augustin s'engage, des Ie
court prologue de sa reponse, a Ie faire aussi precise-
ment que possible. C 'est pourquoi il en vient aussitot a
citer puis a discuter I 'une des declarations qui lui ont ete
communiquees, puis de meme les autres. Mais si l'on y
regarde de plus pres, on s'aperoit que l'expose d'Augus-
tin repond, a travers les sequences des citations et leurs
reprises, a une organisation de sa pensee et en manifeste
la progression.
Cela apparait deja dans l'enonce des declarations
abordees. Augustin traite dans cet ordre 128 quatre gran-
des theses: d'abord l'affirmation que la mort physique
est une pure necessite de la nature humaine sans lien
avec Ie peche ; puis l'affirmation que Ie peche se transmet
par imitation, et non par propagation de l'espece depuis
Adam; enfin l'affirmation que Ie bapteme des tout-petits
ne comporte aucun pardon; Ie traitement de ces trois
theses ayant rempli un premier livre, l'eveque aborde
dans un second la quatrieme affirmation, a savoir qu'un
homme pourrait arriver sur terre a etre sans peche.
III, mais la seconde commence d'etre contestee des Ie livre I (I, 9, 10;
14; 15, 19) par la qualite unique (et essentielle au salut de tout homme)
du Christ justificateur, pas seulement homme moralement juste.
128. L'ordre coincide avec celui que donne MARIUS MERCATOR,
Commonitorium II, ACO V, 1, 66, qui affirme avoir travaille «pieces
en mains» (quorum gestorum exemplaria habemus in manibus), a
savoir les Actes de la comparution de Caelestius. Mais Marcellinus
ne parait pas avoir connu l'integralite de la plainte deposee par Paulin
car c'est par un autre canal qu'Augustin a connu la these 2 et il n'evo-
que pas la these 5 (voir plus haut, 2. Theses diffusees par un proche
de Pelage, Caelestius). Les theses 2 et 4 sont cependant reunies en
une seule par l'eveque.
40
INTRODUCTION
Cependant, les trois premieres affirmations ne sont pas
examinees isolement les unes des autres. Peu apres avoir
engage la discussion de la premiere these, a propos de
Rom. 5, 12 (<<par un seul homme Ie peche est entre dans
Ie monde et, par Ie peche, la mort»), Augustin declare:
«D'apres ce que j'ai trouve ailleurs, ils estiment que la
mort dont il est ici question n'est pas celie du corps car
ils refusent qu'elle ait ete Ie salaire du peche d'Adam,
mais celie de l'ame, qui se produit dans Ie peche meme,
et que ce peche est passe chez les autres hommes non
par voie de propagation, mais par imitation. De la vient
qu'ils refusent aussi d'admettre que Ie bapteme efface
chez les tout-petits Ie peche originel, qu'ils jretendent
absolument inexistant chez les nouveau-nes 1'2 .»
Ainsi, pour Augustin, les trois affirmations se rejoi-
gnent dans la mesure oil elles relevent d'une meme
conception du peche. Meme s'il ne les a pas apprises
comme emanant d'une seule source, elles sont pour
lui theologiquement liees I30 . Aussi revient-il sur les
deux premieres lorsqu'il aborde en detailla troisieme.
Le livre I cherche a montrer, en definitive, que tout
bapteme est salut et pardon du Christ, et cela pour l'etre
humain tout entier, donc y compris dans notre realite
corporelle.
Avec Ie livre II, un deuxieme temps prolonge Ie pre-
mier: exprimer la verite revelee que toute vie baptismale
est un chemin de saintete personnelle seulement achevee
129. Pecc. mer. I, 9, 9.
130. La deuxieme et la troisieme n'en forment meme qu'une seule
dans son esprit. Cf. Pecc. mer. III, 1, 1: «J'avais deja acheve deux
gros livres contre ceux qui disent qu'Adam, meme s'il n'avait pas
peche, serait mort (1) et que rien qui soit issu de sa faute n'est passe
a ses descendants par propagation, la meilleure preuve: Ie bapteme
des tout-Petits que pratique l'Eglise universelle selon une coutume
tres pieuse et maternelle (2) et qu'en cette vie il y a eu et il y aura des
enfants des hommes entierement exempts de peche (3). »
41
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
au dernier jour par la resurrection des corps. En effet,
Augustin integre Ie traitement de la quatrieme objection
dans l'enjeu pour la foi qu'a mis au jour la discussion des
trois premieres. L'hypothese qu'il puisse y avoir en cette
vie un etre humain sans peche sous-tend, a ses yeux,
quatre questions a bien distinguer: pourrait-il exister un
etre humain ne commettant aucun peche? Existe-t-il un
etre humain qui ne commet aucun peche? Pourquoi se
fait-il qu'aucun etre humain n'est sans peche? Un etre
humain sans peche aurait-il pu ou pourrait-il exister?
Or en repondant a chacune, l'une apres l'autre, Augustin
reintroduit tout Ie debat en cours, ,comme il en previent
d'ailleurs d'emblee son lecteur I3I . A la premiere question
il repond positivement: avec la grace divine et Ie bon
usage, par l'interesse, de son libre-arbitre, on peut ad met-
tre a priori que ce soit realisable, mais en nous rappe!ant
que meme notre responsabilite est un don de Dieu. A la
deuxieme, il repond par la negative: I , Ecriture dit que
tous commettent des peches ; Ie bapteme renove la seule
dimension spirituelle, par une renovation a traduire en
actes jour apres jour. A la troisieme question, Augustin
repond en evoql!ant l'actuel defaut d'intelligence et de
desir humains. A la quatrieme, il repond categorique-
ment: non, a l'exception de l'unique Mediateur entre
Dieu et les hommes, l'homme Jesus Christ, il n'est
pas dans l'histoire entiere d'etre humain absolument
indemne du peche, cela a cause de la connivence de tous
avec Ie peche originel.
Une lettre de complement a fini par prendre l'ampleur
d'un livre, sans doute parce qu'Augustin s'etait entre
temps rendu compte de l'etendue du peril, les objections
troublant, semble-t-il, un nombre croissant de person-
nes. Quelques phrases du debut de ce troisieme livre
adressees, par dela Marcellinus, a d'autres catholiques
131. Cf. Pecc. mer. II, 1, 1 : «II ne faudra pas s'etonner que, selon
la necessite ou l'opportunite, s'insere dans cette discussion la question
du peche ou du bapteme des tout-petits. »
42
INTRODUCTION
de Carthage, donnent a penser que Ie tribun avait lu
l'ensemble I et II a des gens de son entourage et que son
accueil n'avait pas satisfait tout Ie monde I32 .
v. - ARGUMENTATION
Les objections apprises cherchent souvent un appui
scripturaire. Mais vu la disparite de leur provenance,
il nous est impossible de savoir si les contradicteurs de
l'epoque avaient constitue un dossier biblique en faveur
de leurs positions theologiques. Nous voyons quand
meme qu'ils eprouvent un certain embarras: pour sou-
tenir qu'un humain peut etre sans peche, its semblent
disposer d 'un arsenal de textes sur la saintete de figures
de l'un et l'autre Testament; mais leurs autres affirma-
tions paraissent etre deja critiquees par l'invocation
de tel ou tel verset qu'il leur faut donc reinterpreter a
leur propre avantage. Cela se remarque surtout a pro-
pos de saint Paul et de saint Jean, Ie premier a cause
de son parallele entre Adam et Ie Christ (Rom. 5) et de
son insistance sur la necessite de la grace (par ex. en
I Cor. 4, 7), Ie second a cause de sa catechese baptismale
fondee sur la parole du Christ: Nul, a moins de renaitre
de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume
des Cieux (Ioh. 3, 5). Or, en ce cas, la methode souvent
retenue consiste, non pas a proceder a un nouvel examen
du passage biblique a la lumiere de son contexte, mais
a degager ce qui parait Ie plus logique dans la forme de
l'enonce et ses consequences. Ainsi certains refusent-ils
que la mort dont parle Rom. 5, 12 soit celie du corps,
132. Cf. Pecc. mer. III, 2, 4: «Quand bien meme certains trou-
veraient (l'ouvrage) insuffisant ou obscur, qu'ils m'accordent leur
indulgence et composent avec ceux qui, Peut-etre, lui reprochent non
pas sa brievete, mais sa prolixite; quant a ceux qui ne comprennent
pas encore les explications que j'ai donnees, clairement, ce me sem-
ble, compte tenu de la nature de ces questions, ils voudront bien ne pas
m'incriminer a tort pour ma negligence et mon incapacite, mais plutot
solliciter Dieu pour en recevoir l'intelligence. »
43
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
parce que «si la faute du premier homme a eu pour
consequence que nous mourons, alors la venue du Christ
a pour conseuence que nous qui croyons en lui nous ne
mourons pas I 3».
La reponse d'Augustin n'ecarte pas tout recours
au raisonnement logique. II apparait, dans plus d'une
argumentation ad hominem, des appels au bon sens et a
l'experience humaine. Mais l'eveque argumente d'abord
a partir de I'Ecriture et de la pratique sacramentelle de
I'Eglise, ici, bien sOr, sa liturgie baptismale. Celle-ci est
bien pour lui Ie lieu incontournable on se traduit en actes
ce que I'Eglise croit par la Revelation scripturaire.
Comme on en viendra a dire en adage: Lex orandi, lex
credendi I34 . Les paroles et les gestes rituels du bapteme
etant alors les memes pour tous les ages, Ie pasteur y voit
la preuve que tout bapteme comporte un pardon.
Quant a l'invocation de I'Ecriture sainte, Ie De pec-
catorum meritis et remissione est Ie fruit d'un travail
de theologie biblique tres elaboree I35 . L'expose recourt
a des citations ponctuelles, a l'analyse d'une section
entiere d'epitre paulinienne, au rapprochement de pas-
sages differents ou a leur confrontation. Le theologien
s'efforce de manifester la coherence globale de I'Ecri-
ture jusque dans certaines apparentes discordances chez
un meme auteur sacre. «lIs se trompent grandement a
trop peu examiner les Ecritures I36 », dit-il des objecteurs
qui selectionnent les seules phrases qui s'accordent avec
leurs opinions. Aussi en vient-il a exposer tout un cata-
logue de textes neo-testamentaires, on saint Paul occupe
133. Pecc. mer. II, 30,49.
134. «Comme il faut prier, a l'identique it faut croire.»
135. Cf. A. TRAPE, St Augustin. L'homme Ie pasteur, Ie mystique,
Paris, 1988, p. 177: «La premiere reuvre (du combat anti-Upelagien"),
Merites et remission des peches, fondamentale, contient la premiere
theologie biblique de la redemption et du peche originel. »
136. Pecc. mer. II, 7, 9: «Multum falluntur minus considerando
Scripturas. »
44
INTRODUCTION
la place la plus importante I37 . Comme ill'avait fait pour
refuter les donatistes, au seuil de ce qu'il pressent etre
un nouveau et dur debat interne a I'Eglise, Augustin se
constitue pour l'avenir un solide dossier scripturaire 138 .
VI. - SUITES DE L'HISTOIRE DE L'OUVRAGE
Le De peccatorum meritis et remissione est ainsi pour
nous Ie premier temoin conserve contemporain du trou-
ble qu'en 411 des chretiens venus d'Italie provoquent en
Afrique, troubles qui apparaitront, a posteriori, comme
les premiers signes de la controverse dite «pelagienne».
II est donc regrettable que l'ouvrage n'ait pas fait
jusqu'ici l'objet d'examens approfondis, mais ait ete
Ie plus souvent cite a propos de l' ensemble de la crise
pelagienne, ce qui masque son apport specifique, au
seuil meme de l'engagement d'Augustin. Nous cherche-
TOns a degager cet apport ainsi que son influence non
seulement sur la suite de la contribution du pasteur et
137. Cf. Pecc. mer. I, 26, 39 - 27, 54. La section 27,43-49 rassem-
ble les extra its de I'Apotre: «Prete maintenant attention aux textes
de Paul sur cette question, d'autant plus nombreux qu'il a ecrit plus
de leures et qu'il a eu un souci plus attentif de faire valoir la grace de
Dieu a ceux qui se glorifient de leurs reuvres et, ignorant la justice de
Dieu et voulant etablir leur propre justice, n'etaient pas soumis a la
justice de Dieu» (27,43).
138. Cf. G. DE PLINVAL, La crise pelagienne.oo, p. 17: «II avait
reuni dans son livre l'armature maitresse de son argumentation (...)
il n'aura pour ainsi dire rien de substantiel a ajouter aux arguments
produits dans Ie De peccatorum meritis et remissione.» De meme
G. MADEC, La patrie et la voie. Le Christ dans la vie et la pensee
de st Augustin (Jesus et Jesus Christ, 36), Paris, 1989, p. 269-270:
Augustin «saisit d'emblee, encore une fois, l'enjeu de la controverse ;
et c'est pourquoi il s'appliqua, des sa premiere reuvre antipelagienne,
a dresser Ie "dossier scripturaire de la redemption" et a en administrer
ainsi ul a preuve scripturaire"; ce qui tend a prouver que Ie pelagia-
nisme, dans son esprit, n'etait pas seulement oppose a son experience
personnelle, mais aussi en contradiction avec l'Ecriture ». L'auteur
renvoie, pour ses citations, a 1. RIVIERE, Le dogme de la redemption
chez saint Augustin, 3 c edition, Paris, 1933, p. 339-347.
45
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
theologien d'Hippone au debat pelagien, mais sur son
ecriture de nouvelles reuvres, voire la retouche apportee
a des reuvres anterieures, aides en cela par l'aport de la
recherche recente en matiere de chronologie I 9.
L'enseignement public d'un Caelestius et des textes
d'anonymes avaient trouble l'elite chretienne africaine
sur des points de doctrine traditionnelle de I'Eglise.
Augustin montre alors qu'un meme enjeu unit les
diverses contestations: qu'est-ce que l'incarnation de
Dieu en Jesus revele aux hommes de leur condition
presente? Qu'a-t-elle realise pour eux d'une maniere et
vitale et unique qui justifie l'originalite radicale de la foi
chretienne et son temoignage? En definitive, qu'apporte
concretement a tout humain ce que l'Eglise appelle Ie
salut en Jesus Christ I40 ?
Cependant, meme si la reponse de l'eveque s'avere
fortement argumentee et unifiee, elle ne pretend pas
etre definitive. L'auteur lui-meme se souviendra plus
tard: «Je composai d'abord trois livres intitules Du
salaire et du pardon des pecheS I4I .» De fait, quelques
139. Contribution de premier plan: celie de P.-M. HOMBERT,
Nouvelles recherches..., qui ecrit: «C'est seulement a partir de
l'hiver 411-412 qu'apparaissent un grand nombre de themes et de
versets bibliques; ceux-ci devenant du meme coup des balises fiables
permettant de dater une reuvre au plus tot. »
140. A.-M. LA BONNARDIERE, Biblia Augustiniana. Le Livre
de la Sagesse, Paris, 1970, p. 36, resume bien «sur quel plan saint
Augustin situait Ie debat avec Ie pelagianisme naissant: d'emblee, il
avait compris que c'etait l'reuvre du Christ lui-meme qui etait mise
en cause». De meme A. ZUMKELLER, Aurelius Augustinus Lehrer
der Gnade: Schriften gegen die Pelagianer, I, Wiirzburg, 1971, p. 33:
«Pour Ie Pere d I 'Eglise, des Ie debut de la controverse pelagienne
il y va d'abord et essentiellement de la defense de la grace immeritee
et du salut par Ie Christ. Jesus Christ occupe la place centrale comme
l'universel "redemptor", "mediator" et "salvator".»
141. Revisions, II, 60, BA 12, p.508-509. C'est pourquoi aller
jusqu'a parler de «systeme» (P. BROWN, La vie de saint Augustin,
p. 454: «Sa reponse revele une extraordinaire penetration du nouveau
probleme: ce qui, a Carthage, etait apparu comme quelques brandons
suspects mais disparates, prit corps pour la premiere fois dans cette
46
INTRODUCTION
mois au plus apres l'achevement de l'ouvrage, une lettre
a Marcellinus revele qu'un debat public sur la question
centrale du salut etait maintenant en route. Augustin
avait reu un courrier du tribun lui confiant son embar-
ras a propos d'une phrase du De libero arbitrio: «Dans
les corps inferieurs, l'ame qui y a ete etablie apres Ie
peche gouverne Ie corps non pas absolument selon sa
volonte, mais selon que Ie permettent les lois de l'uni-
vers.» Augustin ne privilegiait-il pas la une des quatre
hypotheses sur l'origine de l'ame exposees plus loin I42 ?
II repond par la negative, en reprenant «ceux qui esti-
ment» qu'il aura it «etabli et arrete comme certain soit
que l'ame serait heritee des geniteurs, soit gu'elle aurait
pee he dans une vie celeste anterieure puis ete enfermee,
en punition, dans un corps corruptible I43 ». En realite, il
n'avait pas emis cette derniere hypothese et n'avait pas
non plus tranche parmi les quatre avancees. II esquissait
deja dans Ie De libero arbitrio sa conviction de croyant
qu'« "apres Ie peche" du premier homme, tous les autres
sont nes et naissent dans la chair de peche que, dans Ie
Seigneur, la ressemblance de la chair de peche (Rom. 8,
3) est venue guerir I44 ».
Par-dela Marcellinus et la question de l'origine de
l'ame, Augustin vise donc une controverse en cours,
qui Ie met en cause et concerne avant tout l'etat pecheur
de l'ame dans l'actuelle condition humaine. Ceux qui
reuvre d'Augustin et devint un systeme coherent.») parait inapproprie
en soi et a l'horizon de l'age patristique. Mais il est vrai que «c'est Ie
premier ouvrage de cette longue serie de traites sur la grace 00 devait
se manifester avec tant de puissance et de vigueur la propre concep-
tion religieuse d'Augustin» (G. DE PLINVAL, Pelage..., p. 261).
142. Cf. Ep. 143,5: citation de De libero arbitrio III, 11,34, BA 6,
p.448-449. Les quatre hypotheses sont exposees en De lib. arb. III,
20, 56-58.
143. Ep. 143,5.
144. Ep. 143, 5. Augustin ajoute: «Car je n'ai pas dit (de l'ame):
"apres son P6che" ou "apres qu'elle eut peche", mais "apres Ie peche"»
(Ep. 143, 6).
47
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
attaquent un passage du De libero arbitrio font partie de
ces «ennemis prets a mordre », evoques plus haut dans la
lettre. Ce sont bien des partisans de Caelestius, voire de
Pelage, fervents chretiens d'Afrique ou y sejournant I45 .
Car Ie De peccatorum meritis et remissione renou-
velie a deux reprises les hypotheses sur l'origine de
l'ame qu'avait avancees, vingt ans plus tot, Ie De libero
arbitrio, encore une fois sans trancher entre aucune, et
en ajoutant que l'essentiel est d'adherer a la foi commune
que l'etre humain tout entier, corps et ame, a besoin du
pardon divin 146. La condition humaine, universellement
marquee par Ie peche, trouve en l'homme Jesus Christ Ie
seul saint qui peut guerir les infirmites de notre volonte.
Cette conviction repetee dans l'ouvrage marque
d'autres ecrits suivants de l'eveque. Ainsi en va-t-il de
celui qu'il avait parallelement en chantier: sa lettre a un
autre ami, Honoratus. Ce dernier lui avait soumis cinq
questions portant chacune sur un texte biblique. Augustin
repond: «Ajoutons-en une sixieme et demandons-nous
plutot quelle est la grace de la Nouvelle Alliance», car
c'est en les reliant entre elles par cette question-cle qu'el-
les pourront etre mieux resolues 147. La lettre developpe
un expose du salut chretien on la doctrine paulinienne
tient une place centrale avec des versets deja tres pre-
sents dans notre ouvrage, mais aussi des associations de
versets.
145. Cf. Ep. 143, 3.
146. Cf. Pecc. mer. I, 38, 69 et III, 9, 17. La remarque d'Augustin
est en II, 36, 59. Dans la Lettre 143, il fait aussi allusion a ceux qui
ne croient pas a la transmission du peche en leur concedant que la
chair n'est pas seulement faible a cause du peche mais deja par nature
(Ep. 143, 6).
147. Ep. 140, 2, CSEL 44, p. 156, ecrit devenu livre precisement
appele De gratia Testamenti Noui. Cf. Retr., II, 63, BA 12, p. 514:
« En pensant a la nouvelle heresie susdite, j'ajoutai une sixieme ques-
tion Sur la grace du Nouveau Testament (.. .). Je resolus egalement
toutes les autres questions, non pas dans l'ordre 00 elles avaient ete
proposees, mais dans celui 00 elles pouvaient Ie mieux s'adapter a
mon travail sur la grace du Nouveau Testament. »
48
INTRODUCTION
L'impact du De peccatorum meritis et remissione se
fait encore sentir sur la predication. Qu'on pense aux
grands Sermons 293 et 294, prononces les 24 et 27 juin
413, dont Ie fil conducteur reprend l'argumentation
scripturaire et sacramentaire de notre ouvrage. Mais
d'autres homelies presentent avec celui-ci de semblables
parentes dans l'orchestration biblique.
II faut aussi se reporter au De spiritu et littera, puisqu'il
s'agit de la reponse d'Augustin (printemps ou ete 412) a
des questions que son ami s'etait posees en lisant, dans
Ie livre II du De peccatorum meritis et remissione, qu'on
ne peut exclure l'hypothese qu'un etre humain soit sans
peche, meme si dans les faits il n'y en a qu'un: Jesus.
La encore, Augustin emprunte Ie titre de ce comple-
ment a saint Paullui-meme (en II Cor. 3, 6), centrant sa
reflex ion sur ce verset avec l'appui de passages de I'Epl-
tre aux Romains I48 . De meme, sa reponse au syracusain
Hilaire (Lettre 157), vers la fin 414, reprend plus d'une
citation et d'une argumentation du livre II sur Ie meme
sujet.
Le De peccatorum meritis et remissione siue de
paruulorum baptismo constitue donc une indispensable
base de recherche pour etudier I 'extension de la theo-
logie biblique augustinienne au fil des annees 412-430
dans la controverse pelagienne. Son contenu et sa
methode montrent que, sitot reues les premieres alertes,
l'eveque d'Hippone a peru en quoi les theses avancees
contredisaient a la fois Ie temoignage biblique, la priere
et la pratique sacramentelle de I'Eglise un iverselle 149.
148. Un plausible motif urgent de ce recours: la suite de la lecture
des Expositiones de Pelage. Voir I. BOCHET, «La lettre tue, l'Esprit
vivifie. L'exegese augustinienne de II Cor. 3, 6», Nouvelle revue theo-
logique, 114,3, 1992, p. 341-370, en part. p. 342-343.
149. Ainsi que Ie resume S. LANCEL, Saint Augustin, p. 462, «ce
qui fait la puissante originalite du De peccatorum meritis, c'est que
des ce premier ouvrage, alors qu'il n'a encore qu'une connaissance
incomplete des ecrits de Pelage, Augustin a une claire conscience
49
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Aussi est-il aile y puiser abondamment dans la suite de
la controverse, y compris apres les attaques de Julien
d'Eclane, en reprenant les memes citations bibliwes ou
les memes images que celles de l'hiver 411-412 1 o. Les
contemporains ne s'y sont pas trompes, non plus que les
chretiens des generations suivantes. En effet, l'ouvrage
a connu une diffusion rapide et lointaine 151 , permettant
aux uns et aux autres de mesurer l'enjeu, pour la foi
chretienne, des questions auxquelles il avait cherche a
repondre tout en recherchant un terrain d 'entente partout
on cela avait paru possible. Peut-etre et sans doute meme
est-ce la raison majeure pour laquelle cet ecrit semble
bien avoir ete employe par I'Eglise latine du v e s. dans
son enseignement antipelagien, et cela du vivant de
l'auteur comme apres sa mort. Un manuscrit en temoi-
gne clairement, qui, sans nom mer l'auteur, recopie bien
des passages de l'ouvrage relatifs a trois des objections
des enjeux theologiques du debat qui s'engage et de toutes ses
implications ».
150. A Julien qui contestait l'exemplarite de l'olivier franc, dont
la graine ne produit que des oliviers sauvages (ex. en De nuptiis et
concupiscentia, I, 19, 21), l'eveque repond (Contra lulianum, VI, 7,
18-21, PL 44, col. 833 BC, ecrit en 420) par l'exemple de la circonci-
sion (elle ne se transmet pas d'un re circoncis a son fils), qu'il n'avait
plus repris depuis Pecc. mer. III, 8, 16 puis Ie Sermon 294 (condense
du De pecc. mer.), 16, 16, PL 38, col. 1345. Or Ie meme exemple
apparait dans l' Ep. 6* a Atticus de Constantinople, ce qui induit une
redaction de celle-ci vers 420 (selon Y.-M. DUVAL, Ep. 1*-29*, NC
pour I'Ep. 6*, BA 46/B, p. 455).
151. O. WERMELINGER, Rom und Pelagius..., p. 23, signale une
diffusion a Rome (source: Ep. 193, 7 d'Augustin a Marius Mercator),
en Gaule (cf. Ep. 187, 22 d'Augustin a Dardanus) et en Palestine (cf.
Ep. 166, 8 d'Augustin a Jerome; Ep. 172, 1 de Jerome a Augustin;
JEROME, Dialogu' contra Pelagianos, III, 19). Y.-M. DUVAL, L'affaire
lovinien: d'une crise de la societe romaine a une crise de la pen see
chretienne a la fin du lye et au debut du ve siecle (Studia Ephemeridis
Augustinianum, 83), Roma, 2003, p. 351, releve 3 paralleles dans Ie
Dialogus (1,4; II, 16 et III, 15-16) avec Pecc. mer. 11,5,6 et II, 10, 13.
A. la question ultime de Critobule: «Pourquoi les petits enfants sont-
Hs baptises?», Jerome repond par une citation integrale de Rom. 5,
14 (que transcrivait deja Pecc. mer. I, 13) avec la meme interpretation
qu'Augustin dans Ie passage.
50
INTRODUCTION
qu'y traite saint Augustin 152. Mais ce n'est la au fond
qu'une consequence de l'approbation du texte meme
de l'eveque par Ie magistere de I'Eglise, et quatre ans
seulement apres sa redaction, car Ie concile de Milev de
416 condamne ceux qui nient Ie peche originel chez les
nouveau-nes en reprenant des termes typiques et repetes
(comme peccatum originale, ex Adam trahere) de l'ex-
pose du De peccatorum meritis et remissione I53 .
VII. - BIBLIOGRAPHIE
1. Editions modernes
Mauristes, 10/1, 1-84, Paris, 1690.
Jacques-Paul MIGNE, PL 44, 109-200, Paris, 1865
(d'apres les Mauristes, mais avec des erreurs ou des
corrections injustifiees).
Carl F. VRBA et Joseph ZYCHA, cSEL 60, 3-151, Wien,
1913 (avec des ameliorations du texte des Mauristes).
152. Voir D. DE BRUYNE, « Un ecrit anti-pelagien », Revue
benedictine, 43, 1931, p. 142-144, qui reproduit Ie texte du manus-
crit Paris B.N. 13344, feuillets 61-63. La confrontation operee par
nous en detail, ce sont les trois-quarts de ces courts «temoignages
contre l'heretique Pelage» qui citent, litteralement ou de maniere
accommodee, des phrases du De peccatorum meritis et remissione,
toutes issues des livres I ou III. Le ftorilege d'EuGIPPE (Excerpta ex
operibus S. Augustini, CCCXVII, CSEL 9/1) ne recopie que deux
extraits: Pecc. mer. I, 31, 59 - 32, 60 (p. 1010) et Pecc. mer. II, 34,
54 - 36, 59 (p. 1072).
153. Concile de Milev de 416, can. 2, PL 84,229 (cf. MANSI 3, 811 ;
4, 327): «Placuit ut quicunque paruulos recentes ab uteris matrum
baptizandos negat aut dicit in remissionem quidem Peccatorum eos
baptizari, sed nihil ex Adam trahere originalis peccati quod lauacro
regenerationis expietur (...) anathema sit.» La distinction «trahere-
contrahere peccatum» a ete creee par Augustin a partir du De
peccatorum meritis et remissione, alors que Cyprien n'utilisait que
contrahere a propos du peche herite d'Adam par tout etre humain (cf.
sa leure Ep. 64 ad Fidum citee en Pecc. mer. 111,5, 10).
51
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Editions bilingues modernes auxquelles il est fait
reference:
Augustinus Lehrer der Gnade: Schriften gegen die
Pelagianer I, Wurzburg, 1971, p. 54-300 (texte et
traduction); p. 10-38 et 569-652 (commentaires).
Traduction: Rochus HABITZKY. Introduction et com-
mentaires: Adolar ZUMKELLER.
Bibliotheca de Autores Cristianos 9, Madrid, 1952,
p. 187-198 (introduction); p. 200-453 (texte et traduc-
tion). Traduction: Victorio CAPANAGA.
Opere di sant'Agostino, Natura e grazia I, Nuova
Biblioteca Agostiniana 17/1, Roma, 1981, p. VII-CIC
(introduction generale); p. 3-14 (introduction parti-
culiere) et p. 16-239 (texte et traduction). Traduction:
Italo VOLPI. Introductions et notes: Agostino TRAPE.
The Works of Saint Augustine, 1/23: Answer to the
Pelagians, Hyde Park, New York, 1996. Traduction,
introduction et notes: Roland 1. TESKE.
Sigles et abreviations dans les notes de bas de page
et notes complementaires
Acta conciliorum oecumenicorum,
ed. SCHWARTZ, Berlin - Leipzig.
Augustinus Lehrer der Gnade: Schriften
gegen die Pelagianer, Wurzburg.
Bibliotheque augustinienne, Paris.
Bibliotheca de Autores Cristianos, Madrid.
Corpus Scriptorum, Series Latina, Thrnhout.
Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum
Latinorum, Wien.
Opere di sant'Agostino, Roma.
Patrologiae cursus completus, Series Latina,
Jacques-Paul MIGNE (ed.), Paris.
Sources chretiennes, Paris.
The Works of Saint Augustine, New York.
ACO
ALG
BA
BAC
CCSL
CSEL
OSA
PL
SC
WSA
52
INTRODUCTION
2. Etudes d'auteurs modernes
Ne sont mentionnees ici que les etudes d'interet general ou
portant precisement sur Ie De peccatorum meritis et remissione; la
bibliographie relative a des points particuliers figure a la fin des notes
complementaires consacrees a ceux-ci.
Gustave BARDY, «Celestius», dans Dictionnaire d'his-
toire et de geographie ecclesiastique, XII, Paris,
1953, p. 104-107.
Pierre BATIFFOL, Le catholicisme de saint Augustin,
Paris, 1929, p. 349-411 = ch. 6: "Augustin, Pelage et
Ie siege apostolique (411-417)".
Marie-Franois BERROUARD, «L'exegese augustinienne
de Rom. 7, 7-25 entre 396 et 418, avec des remarques
sur les deux premieres periodes de la crise "pel a-
gienne"», Recherches augustiniennes, 16, 1981,
p. 101-196.
Jacques DE BLIC, « Le peche originel selon saint
Augustin», Recherches de science religieuse, 16,
1926, p. 97-119; 17, 1927, p. 414-433 et 512-531.
Gerald BONNER, «Caelestius », dans Augustinus-
Lexikon, Wiirzburg, vol. I, col. 693-698 e.
- «Rufinus of Syria and African Pelagianism»,
Augustinian Studies, 1, 1970, p. 31-47.
- Augustine and modern research on Pelagian ism (The
St Augustine Lecture 1970), Villanova, Pennsylvania,
1972.
Peter BROWN, «The Patrons of Pelagius. The Roman
Aristocracy between East and West», Journal of
Theological Studies, N.S. 21, 1970, p. 56-72.
- La vie de saint Augustin, nouvelle edition, Paris,
2001. Cf. surtout p. 447-463 (ch. "Pelage et Ie pelagia-
nisme") et p. 465-469 (debut du ch. "causa gratiae").
Jean CHENE, La theologie de saint Augustin. Grace et
predestination, Le Puy - Lyon, 1962.
Nello CIPRIANI, «Un'altra traccia dell'Ambrosiaster in
Agostino. De peccatorum meritis et remissione II, 36,
58-59», Augustinianum, 24, 1984, p. 515-525.
53
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Donatien DE BRUYNE, «Un ecrit anti-pelagien», Revue
benedictine, 43, 1931, p. 142-144.
Bruno DELAROCHE, «La datation du De peccatorum
meritis et remissione», Revue des Etudes augusti-
niennes, 41, 1995, p. 37-57.
- St Augustin lecteur et inter prete de saint Paul
(Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite
146), Paris, 1995.
- «Memoire et methode exegetiques a la premiere
ecoute de theses pelagiennes», dans Saint Augustin
et la Bible. Actes du colloque de l'universite Paul
Verlaine-Metz (7-8 avril 2005), Gerard Nauroy et
Marie-Anne Vannier (ed.), Berne, 2008, p. 235-243.
Jean-Charles DIDIER, « Saint Augustin et Ie bapteme des
enfants», Revue des Etudes augustiniennes, 2, 1956,
p. 109-129.
Walter DUNPHY, «A Lost Year: Pelagianism in Carthage,
411 A.D.», Augustinianum, 45, 2, 2005, p. 389-467.
Yves-Marie DUVAL, «Le De natura de Pelage. Les
premieres etapes de la controverse sur la nature et la
grace», Revue des Etudes augustiniennes, 36, 1990,
p. 257-283.
- L'affaire lovinien: d'une crise de la societe
romaine a une crise de la pen see chretienne a la fin
du lve et au debut du ve siecle (Studia Ephemeridis
Augustinianum, 83), Roma, 2003, en particulier
p. 320-326 (<< L'impeccabilite en Afrique en 411-413 »).
Vittorino GROSSI, «Celestius», dans Dizionario patris-
tico e di antichita cristiane, p. 443-444.
- «Battesimo dei bambini e teologia», Augustinianum,
67, 1967, p. 323-337.
Pierre-Marie HOMBERT, Nouvelles recherches de
chronologie augustinienne (Collection des Etudes
augustiniennes, Serie Antiquite 163), Paris, 2000.
Guido HONNA Y, «Caelestius, Discipulus Pelagii »,
Augustiniana,44, 1994, p. 271-302.
Jacob H. KOOPMANS, «Augustine's First Contact with
Pelagius and the Dating of the Condemnation of
54
INTRODUCTION
Caelestius at Carthage», Vigiliae Christianae, 8,
1954.
Adalbert KUNZELMANN, «Die Chronologie der
,Sermones' des hI. Augustinus», dans Miscellanea
Augustiniana, II, Roma, 1931, p. 417-520.
Luis F. LADARIA, « Paul (st). Chez les Peres de
I'Eglise», dans Dictionnaire de sp iritua lite, XII/I,
coI. 512-522.
Serge LANCEL, Saint Augustin, Paris, 1999, en particu-
lier p. 458-462.
W. A. LOHR, «Pelagius's Schrift ,De natura':
Rekonstruktion und Analyse», Recherches augusti-
niennes, 31, 1999, p. 235-294 (voir particulierement
p. 285-292).
Goulven MADEC, La patrie et la voie. Le Christ dans
la vie et la pensee de saint Augustin (Jesus et Jesus
Christ, 36), Paris, 1989, en particulier p. 265-274.
Andre MANDOUZE, Saint Augustin. L'aventure de
la raison et de la grace, Paris, 1968, en particulier
p. 393-398.
- en collaboration avec Anne-Marie LA BONNARDIERE,
Prosopographie chretienne du bas Empire. 1:
Prosopographie de l'Afrique chretienne (303-533),
Paris, 1982, p. 671-688 = article "Marcellinus".
Maria Grazia MARA, Agostino interprete di Paolo,
Roma, 1993.
Henri Irenee MARROU, Saint Augustin et la fin de la
culture antique, Paris, 1938.
Giovanni MARTINETIO, « Les premieres reactions
anti-augustiniennes de Pelage», Revue des Etudes
augustiniennes, 17, 1971, p. 83-117.
Madeleine MOREAU, Le dossier Marcellinus dans la
correspondance de st Augustin (Collection des Etudes
augustiniennes, Serie Antiquite 57), Paris, 1973.
- «Lecture du "De doctrina christiana" », dans Saint
Augustin et la Bible (Bible de tous les temps, 3), Anne-
Marie La Bonnardiere (dir.), Paris, 1987, p. 253-285.
55
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Flavio NUVOLONE, « "Pelage" et "pelagianisme" »,
dans Dictionnaire de spiritualite, XII/2, 1986,
co!. 2889-2942.
Vera PARONETIO, Augustin. Le message d'une vie
(= Agostino, messagio di una vita, Roma, 1981), Paris,
1986. Voir en particulier p. 197-204.
Othmar PERLER et Jean-Louis MAIER, Les voyages de
saint Augustin, Paris, 1969, p. 300-305.
Charles PERROT, L'Epitre aux Romains (Cahiers
Evangile, 65), Paris, 1988.
Philipp PLATZ, Der Romerbrief in der Gnadenlehre
Augustins (Cassiciacum, 5), Wiirzburg, 1938.
Georges DE PLINVAL, Pelage, ses ecrits, sa vie et sa
reforme, Paris, 1943, p. 254-259.
Alessandra POLLASTRI, « Agostino d'Ippona », dans
Bibbia e storia nel cristianesimo latino, Alessandra
Pollastri et Prancesca Cocchini (ed.), p. 13-93 = parte
prima, Roma, 1988.
Michael R. RACKETI, « What's Wrong with Pelagianism?
Augustine and Jerome on the Dangers of Pelagius and
his Followers», Augustinian Studies, 33, 2002.
Franois REFOULE, «Datation du premier concile de
Carthage contre les pelagiens et du "Libellus fidei"
de Rufin», Revue des Etudes augustiniennes, 9, 1963,
p.41-49.
Graziano RIPANTI, Agostino teorico dell'interpretazione
(Filosofia dell a religione, Testi e Studi; 111), Brescia,
1980.
Jean RIVIERE, Le dogme de la redemption chez saint
Augustin, 3 e edition, Paris, 1933, en particulier
p. 339-347.
Saint Augustin et la Bible, Anne-Marie La Bonnardiere
(dir.), (Bible de tous les temps, 3), Paris, 1987, p. 27-47
(- chap. 1 : "L'initiation biblique d'Augustin"); p. 205-
211 (= introduction aux chap. 12 et 13: "L'eventail des
correspondances"); p. 329-352 (= chap. 17: "Bible et
polemiques").
56
INTRODUCTION
Bernard SESBOUE, Jesus-Christ l'unique Mediateur.
Essais sur la redemption et le salute T. 1 :
Problematique et relecture doctrinale (Jesus et Jesus-
Christ, 33), Paris, 1988 et T. 2: Recits du Salut (Jesus
et Jesus Christ, 51), Paris, 1992.
Aime SOLIGNAC, «"Pelage" et "pelagianisme"», dans
Dictionnaire de spiritualite, XII, 1986, co!. 2889-
2942 (= "theologie de Pelage").
- «Les exces de l'intellectus fidei dans la doctrine
d'Augustin sur la grace», Nouvelle revue theologique,
110, 1988, p. 825-849.
Eugene TESELLE, « Rufinus the Syrian, Caelestius,
Pelagius. Explorations in the Prehistory of the
Pelagian controversy», Augustininan Studies, 3, 1972,
p. 61-95.
Agostino TRAPE, Saint Augustin. L'homme, le pasteur,
le mystique (traduction de S. Agostino. L'uomo, il
pastore, il mistico, Fossano, 1976), Paris, 1988.
- «aint Augustin», dans Initiation aux Peres de
l'Eglise. IV: Du concile de Nicee (325) au concile
de Chalcedoine (451), les Peres latins, Angelo Di
Berardino (dir.), traduction franaise, Paris, 1986,
p. 544-577.
- Opere di S. Agostino. Natura e grazia I (Nuova
Biblioteca Agostiniana, XVII/I), Roma, 1981 =
Agostino TRAPE, S. Agostino: introduzione alia dot-
trina della grazia.1. Natura e grazia (Collana di Studi
Agostiniani, 3), Roma, 1987.
Maurice F. WILES, The Divine Apostle. The Interpretation
of St Paul's Epistles in the Early Church, Cambridge,
1967.
S. M. ZARB., Chronologia operum S. Augustini, Roma,
1934.
Adolar ZUMKELLER, Augustinus Lehrer der Gnade:
Schriften gegen die Pelagianer, I, Wiirzburg, 1971,
p. 10-38 (introduction) et p. 569-652 (commentaire).
57
RETRACTATIONVM LIBRI II, XXXIII (LX)
De peccatorum meritis et remissione et de baptismo
paruulorum ad Marcellinum, libri tres.
Venit etiam necessitas quae me cogeret aduersus
nouam pelagianam haeresim scribere, contra quam
prius, cum opus erat, non scriptis sed sermonibus et
collocutionibus agebamus, ut quisque nostrum poterat
aut debebat.
Missis ergo mihi a Carthagine quaestionibus eorum
quae rescribendo dissoluerem, scripsi primum libros tres
quorum titulus est De peccatorum meritis et remissione,
ubi maxime disputatur de baptismate paruulorum propter
originale peccatum et de gratia Dei qua iustificamur, hoc
est iusti efficimur, quamuis in hac uita nemo ita seruet
mandata iustitiae ut non sit ei necessarium pro suis pec-
catis orando dicere: Dimitte nobis debita nostra.
Contra quae omnia sentientes ilia nouam haeresim
condiderunt. In his autem libris tacenda ad hue arbitratus
sum nomina eorum, sic eos facilius posse corrigi spe-
rans, immo etiam in tertio libro - quae est epistola sed
in libris habita propter duos quibus eam connectandam
putaui - Pelagii ipsius nomen non sine aliqua laude
posui, quia uita eius a multis praedicabatur et eius ilia
redargui quae in suis scriptis non ex persona sua posuit,
sed quid ab aliis diceretur exposuit; quae tamen postea
iam haereticus pertinacissima animositate defendit.
154. Iloh. 3, 24.
155. Matth. 6, 12.
156. Cf. De gestis Pelagii, 23, 47.
58
REVISIONS, LIVRE II, CHAPITRE 33 (60)
Du salaire et pardon des peches et du bapteme des
tout-petits, a Marcellinus, trois livres.
Je me trouvai aussi, par necessite, contraint a ecrire
contre une heresie nouvelle, l'heresie pelagienne. Nous
la combattions auparavant, quand il en etait besoin, non
par des ecrits mais par des sermons et des entretiens,
comme chacun de nous etait en mesure ou en devoir de
Ie faire.
On m'adressa donc de Carthage les questions de ces
gens-la en me priant de les refuter par ecrit. Je redigeai
tout d'abord trois livres, dont Ie titre est Le salaire et le
pardon des peches. II y est surtout discute du bapteme
des tout-petits a cause du peche originel et de la grace
de Dieu qui nous justifie, autrement dit qui nous rend
justes, encore que, en cette vie, il n'existe personne pour
observer les commandements I54 de la justice au point
qu'il n'ait pas besoin de dire, en priant pour ses peches:
Remets-nous nos dettes I55 . C'est en emettant une opinion
contraire a tous ces points qu'ils ont fonde la nouvelle
heresie.
Neanmoins, j'ai estime que, dans ces livres, il fallait
encore taire leurs noms, car j'eserais qu'ils pourraient
ainsi plus facilement s'amender 56. Bien plus, dans Ie
troisieme livre - en realite une lettre, mais elle est consi-
deree comme livre parce que j'ai pense necessaire de
l'adjoindre aux deux livres qui la precedent - j'ai men-
tionne Ie nom de Pelage en personne non sans quelque
eloge, parce que bien des gens celebraient sa conduite;
et si j 'ai refute les opinions contenues dans son ouvrage,
ce n'etait pas qu'illes sou tint a titre personnel, mais il
les rapportait comme l'expression d'autres gens. Mais,
par la suite, desormais heretique, illes defendit avec une
59
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE
Caelestius uero, discipulus eius, iam propter tales asser-
tiones apud Carthaginem in episcopali iudicio, ubi ego
non interfui, excommunicationem meruerat.
In secundo libro, quodam loco: «Hoc quibusdam»,
inquam, «in fine largietur ut mortem repentina com-
mutatione non sentiant», seruans locum diligentiori de
hac re inquisitioni. Aut enim non morientur, aut de uita
ista in mortem et de morte in aeternam uitam celerrima
commutatione tanquam in ictu oculi transeundo mortem
non sentient.
Hoc opus sic incipit: «Quamuis in mediis et magnis
curarum aestibus... »
60
INTRODUCTION
hargne des plus tetues. Quant a Caelestius, son disciple,
de telles declarations lui avaient deja valu l'excommu-
nication de la art d 'un tribunal episcopal, auquel je ne
participai pas l 7.
Quelque part dans Ie deuxieme livre, j'ai ecrit: «C'est
a la fin des temps que ce privilege sera accorde a quel-
ques-uns d'etre brusquement transformes sans ressentir
cette mort I 58 . » Je reserve les droits d'une recherche plus
poussee sur ce point. En effet, ou bien ils ne mourront
pas, ou bien, passant de cette vie presente a la mort
et de la mort a la vie eternelle par une transformation
extremement rapide, comme en un clin d'ceil I59 , ils ne
sentiront pas la mort.
L'ouvrage commence ainsi: «Quamuis in mediis et
magnis curarum aestibus. . . »
157. Cf. De gest. Pel. 35, 62.
158. Pecc. mer. II, 31, 50.
159. Cf. I Cor. 15, 52.
61
STRUCTURE DU
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Preface (I, 1, 1)
LIVRE I
1. La contestation de la mort physique comme punition
du peche d'Adam et Eve. Reponse (I, 2, 2 - 8, 8).
2. La contestation de la propagation universelle du peche
(on ne peche que par imitation du mauvais exemple
d'Adam). Reponse (I, 9, 9 - 15, 20 avec explanatio de
la section de Rom. 5, 12-21 : I, 10, 12 - 15, 20).
3. La preuve par Ie bapteme des tout-petits (I, 16, 21) :
3.1. Reponse a ceux qui justifient Ie bapteme des tout-
petits par un pardon de leurs peches personnels (I, 17,
22).
3.2. Reponse a ceux qui justifient Ie bapteme des tout-
petits pour leur acces au royaume des cieux, mais sans
besoin d'un pardon (I, 18, 23).
3.3. Reponse a ceux qui pretendent que Ie Christ a loue
les tout-petits comme justes (I, 19, 24 - 21, 29).
3.4. Reponse a ceux qui trouvent injuste que les tout-
petits morts non baptises soient prives du salut eternel
(I, 21, 30).
4. Annonce d'un catalogue de textes bibliques (I, 26, 39).
Catalogue de textes bibliques (I, 27,40-54).
5. Par Ie bapteme tous reoivent Ie pardon (I, 28, 55-56).
6. Le mariage, bon usage de la concupiscence (I, 29, 57).
7. Le bapteme des tout-petits comporte bien un pardon
divin, qui ne peut etre que celui du peche orginel
commun a tous les humains (I, 30, 58 - 33, 62).
62
INTRODUCTION
8. Preuve par la liturgie baptismale et la condition infan-
tile (I, 34, 63 - 38, 69).
9. Pourquoi la concupiscence demeure chez Ie baptise.
Annonce du theme du livre II (I, 39, 70).
LIVRE II
Introduction. L'objet de ce livre et son enjeu pour la foi
chretienne (II, 1, 1 - 5, 6).
1. La question comporte quatre sous-questions. Reponse
a la premiere sous-question: un humain sans Ie moin-
dre peche pourrait-il exister? - Oui (II, 6, 7).
2. Reponse a la deuxieme sous-question: existe-t-il un
humain qui ne peche pas? - Non (II, 7, 8 - 16, 25).
3. Reponse a la troisieme sous-question: pourquoi se
fait-il qu'aucun humain n'est sans peche? - Parce que
les humains, par ignorance ou par faiblesse, ne veulent
pas bien agir (II, 17, 26 - 19, 33).
4. Reponse a la quatrieme sous-question: a-t-il pu et
pourra-t-il exister un etre humain indemne de tout
peche? - Non, a l'exception de Jesus (II, 20, 34 - 27,
43).
5. La concupiscence qui persiste chez les baptises n'est
pas peche (II, 27, 44 - 28, 46).
6. Jesus Christ est I 'unique Sauveur de tous les humains
(II, 29, 47 - 36, 58).
7. Une question delicate: celie de l'implication de l'ame
dans la condition pecheresse des humains (II, 36, 59).
LIVRE III
Motifs de l'adjonction de cette lettre aux deux livres deja
acheves (III, 1, 1).
La nouvelle argumentation decouverte par Augustin
(III, 2, 2-3).
63
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Les autres objections ont ete traitees dans les livres I et
II. Bien noter que Pelage ne fait que les citer (III, 2,
4 - 3, 6).
Le point de vue d'Augustin. Retour sur l'argumentaire
deploye dans les livres I et II (III, 4, 7-9).
Citation d'un texte de Cyprien de Carthage (III, 5,
10-11).
Citation de deux textes de Jerome (III, 6, 12 - 7, 14).
Reponse aux objections citees par Pelage, sur Ie pardon
des peches et Ie bapteme, qu'Augustin avait mention-
nees plus haut (III, 8, 15-16).
Discours d'Augustin aces objecteurs (III, 9, 17).
Reponse a une objection rapportee par Pelage: innocence
de l'ame si celle-ci ne se transmet pas (III, 10, 18).
Recapitulation 1. La mort et Ie peche sont passes d'Adam
a tous les humains, hormis Ie Christ (III, 11, 19 - 12,
21).
Recapitulation 2. Denonciation de la sournoise mise en
cause du bapteme des bebes (III, 13, 22).
Recapitulation 3. La priere nous oblige a confesser qu'il
n'y a pas, a ce jour, d'humain sans peche, hormis Ie
Christ (III, 13, 23).
Le texte latin est celui qui a ete etabli par Rochus
Habitzky, Aurelius Augustinus Lehrer der Gnade.
Schriften gegen die Pelagianer, Wiirzburg, Augustinus-
Verlag, 1971 sur l'edition du Corpus Scriptorum
Ecclesiasticorum Latinorum (CSEL, volume 60, Wien,
1913, p. 3-151) procuree par Carl Franz Vrba et Joseph
Zycha a partir de l'edition benedictine des Mauristes
(10.1, 1-84, Paris, 1690). Quelques corrections y ont ete
apportees, signalees dans l'apparat. Les debuts de page
du texte latin du CSEL seront signales entre crochets
droits.
SALAIRE ET PARDON DES PECHES
LIVRE I
LIBER PRIMVS
I, 1. (Proemium) [3]
Quamuis in mediis et magnis curarum aestibus atque
taediorum, quae nos detinent a peccatoribus relin-
quentibus legem Dei - licet ea quoque ipsa nostrorum
etiam peccatorum meritis inputemus - studio tamen
tuo, Marcelline carissime, quo nobis es gratior atque
iucundior, diutius esse debitor nolui atque, ut uerum
audias, non potui. Sic enim me conpulit uel ipsa caritas,
qua in uno incommutabili unum sumus in melius com-
mutandi, uel timor ne in te offenderem Deum qui tibi
desiderium tale donauit, cui seruiendo illi seruiam qui
donauit, sic, inquam, me conpulit, sic duxit et traxit ad
dissoluandas pro tantillis uiribus quaestiones quas mihi
scribendo indixisti, ut ea causa in animo mea paulisper
uinceret alias, donec aliquid efficerem quo me bonae
tuae uoluntati et eorum quibus haec curae sunt etsi non
sufficienter, tamen oboedienter seruisse constaret.
II, 2. Qui dicunt «Adam sic creatum ut etiam sine
peccati merito moreretur non poena culpae, sed neces-
sitate naturae» profecto illud quod in lege dictum est:
1. Voir la NC 2: « Les preoccupations d' Augustin fin 411 ».
2. Sur l'amitie entre les deux hommes, voir M. MOREAU, Le dossier
Marcellinus dans la correspondance de saint Augustin, Paris, 1973.
3. Cf. Rom. 12, 5 et Gal. 3, 28.
4. Affirmation (1) rapportee par Marcellinus. Elle avait ete sou-
tenue publiquement par Caelestius, com me Ie rappellera plus tard
AUGUSTIN (cf. De gestis Pelagii, 2, 23 et De gratia Christi et de
peccato originali, II, 2, 12) et it a pu la lire dans Ie libellus breuissimus
signale en I, 34, 63, ecrit de Caelestius. Voir NC 3: «Le corps humain
70
LIVRE PREMIER
I, 1. (Preface)
Quoique environne du lourd tourment des soucis et
ennuis qui nous paralysent du fait de pecheurs aban-
donnant la loi de Dieu I, encore que nous les mettions
aussi au compte de nos propres peches, je n' ai pas
voulu, tres cher Marcellinus 2 , demeurer plus longtemps
redevable a ton devouement, pour lequel tu nous es si
precieux et si agreable et, a vrai dire, je ne I' ai pas pu.
Ainsi m' a pousse ou la charite elle-meme 3 , par laquelle
nous sommes un dans l'Un immuable pour acceder a
une transformation meilleure, ou la crainte d' offenser,
en ta personne, Dieu qui t' a donne un tel desir dont Ie
service fera que je servirai celui qui l'a donne - ainsi,
dis-je, ai-je ete pousse, conduit, entraine a resoudre
selon mes forces bien limitees les questions que tu m' as
adressees par ecrit, au point que ce debat l'a emporte un
moment dans mon esprit sur d' autres, jusqu' a ce qu' il
rut evident que j' aie rendu service, insuffisamment sans
doute, mais avec obeissance, et a ta volonte droite et a
ceux qui ont souci de ces questions.
1. La contestation de la mrt physique comme
punition du peche d' Adam et Eve. Reponse.
II, 2. Ceux qui disent: «Adam a ete cree de faon a
mourir, meme sans Ie salaire du peche, non pour ex pier
une faute mais selon une necessite de la nature 4 » ten-
tent done de rapporter ce qui est dit dans la Loi : 1£ jour
et la mort selon les objecteurs», et NC 4: «Le corps humain et la mort
chez des auteurs chretiens precedents ».
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Qua die ederitis, morte moriemini non ad mortem
corporis, sed ad mortem animae, quae [4] in peccato
fit, referre conantur. Qua morte mortuos significauit
Dominus infideles de quibus ait: Sine mortuos sepelire
mortuos suos. Quid ergo respondebunt cum legitur hoc
Deum primo homini etiam post peccatum increpando
et damnando dixisse: Terra es et in terram ibis? Neque
enim secundum animam, sed, quod manifestum est,
secundum corpus terra erat et morte eiusdem corporis
erat iturus in terram. Quamuis enim secundum corpus
terra esset et corpus in quo creatus est animale gestaret,
tamen si non peccasset in corpus fuerat spiritale mutan-
dus et in illam incorruptionem quae fidelibus et sanctis
promittitur, sine mortis supplicio transiturus. Cuius rei
desiderium nos habere non solum ipsi sentimus in
nobis, uerum etiam monente Apostolo agnoscimus ubi
ait: Etenim in hoc ingemescimus, habitaculum nostrum
quod de caelo est superindui cupientes, si tamen et
induti, non nudi inueniamur. Etenim qui sumus in hac
habitatione ingemescimus grauati, in quo nolumus
expo lia ri, sed superuestiri, ut absorbeatur mortale a
uita. Proinde si non peccasset Adam, non erat expo-
liandus corpore, sed superuestiendus inmortalitate et
incorruptione, ut absorberetur mortale a uita, id est ab
animali in spiritale transiret.
5. Gen. 2, 17. C' est l' exegese spiritualisante des tenants de l' affir-
mation (1), donc probablement soutenue dans Ie libellus.
6. Matth. 8, 22; Luc. 9, 60.
7. Gen. 3, 19.
8. Cf. I Cor. 15,47a.44a.
9. Cf. I Cor. 15,51-53 et I Thess. 4, 15-17.
10. II Cor. 5, 2-4. Curieusement, Augustin se represente l'a-venir
du corps du premier humain si celui-ci n' avait pas peche a partir
des aspirations de I 'homme actuel, donc apres la faute originelle. Le
cupientes de Paul rejoint ici Ie desiderium evoque par Augustin au sens
72
LIVRE I
ou vous aurez mange, vous mourrez 5 non a la mort du
corps, mais a la mort de I' arne, qui se produit dans Ie
peche; et par cette mort Ie Seigneur a designe comme
morts les infideles dont il dit: Laisse les morts ensevelir
les morts 6 . Que repondront-ils quand on lit que Dieu
a dit aussi du premier homme en lui adressant apres
son peche reproches et condamnation: Tu es terre et tu
retourneras a la terre 7 ? Car ce n' est pas selon I' arne
qu'il etait de la terre, mais, bien evidemment, selon Ie
corps, et c' est par la mort de ce meme corps qu' il devait
retourner a la terre. Car bien qu' il rut terre selon Ie
corps et portat comme animal Ie corps dans lequel il fut
cree, il etait neanmoins destine, s' il n' avait pas peche,
a etre transfonne en corps spiritueZS et a acceder sans
Ie supplice de la mort a I' incorruptibilite promise aux
fideles et aux saints 9 ; et Ie desir de cette situation, nous
sentons que non seulement nous I' avons en nous-memes,
mais nous Ie reconnaissons dans I' enseignement de
I' Apotre quand il dit: Car nous gemissons dans le desir
d'etre revetus de notre demeure celeste pour qu'une
fois revetus, nous ne nous trouvions pas nus. Car nous
qui sommes dans cette demeure, nous gemissons sous
un jardeau dont nous ne voulons pas etre depouilles
mais revetus, pour que ce qui est mortel soit absorbe
par la vie IO . Si donc Adam n'avait pas peche, il n'aurait
pas eu a etre depouille de son corps, mais a etre revetu
d'immortalite et d'incorruptibilite pour que ce qui est
mortel soit absorbe par la vie et que ce qui est animal
soit transfonne en spirituel I I.
litteral du terme, a savoir un desir nostalgique de ce qui avait ete Perdu
par la faute d' Adam. Voir la NC 6: «Statut et destin du corps humain
selon Augustin».
11. Cf. I Cor. 15, 43b-44a.
73
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
III, 3. Neque enim metuendum fuit ne forte, si diu-
tius hic uiueret in corpore animali, senectute graueretur
et paulatim ueterescendo perueniret ad mortem. Si enim
Deus Israhelitarum uestimentis et calciamentis praesti-
tit, quod per tot annos non sunt ob[5]trita, quid mirum
si oboedienti homini eiusdem potentia praestaretur ut
animale, hoc est mortale, habens corpus haberet in
eo quendam statum, quo sine defectu esset annosus,
tempore quo Deus uellet a mortalitate ad inmortalitatem
sine media morte uenturus? Sicut enim ipsa caro quam
nunc habemus non ideo non est uulnerabilis quia non est
necesse ut uulneretur, sic ilia non ideo non fuit mortalis
quia non erat necesse ut moreretur.
Talem puto habitudinem adhuc in corpore animali
atque mortali etiam illis qui sine morte hinc translati
sunt fuisse concessam. Neque enim Enoc et Helias per
tam longam aetatem senectute marcuerunt nec tamen
eos credo iam in illam spiritalem qualitatem corporis
commutatos qualis in resurrectione promittitur, quae in
Domino prima praecessit; nisi quia isti fortasse nec his
cibis egent qui sui consumptione reficiunt, sed ex quo
translati sunt ita uiuunt ut similem habeant satietatem
illis quadraginta diebus quibus Helias ex calice aquae
et collyride panis sine cibo uixit; aut, si et his susten-
taculis opus est, ita in paradiso fortasse pascuntur sicut
Adam priusquam propter peccatum inde exire meruis-
set. Habebat enim, quantum existimo, et de lignorum
fructibus refectionem contra defectionem et de ligno
uitae stabilitatem contra uetustatem.
12. Cf. I Cor. 15,47a.
13. Cf. Deut. 8,4 + 29, 4.
14. Cf. Gen. 5, 24; IV Reg. (= 2 Rois) 2, 11; Eccli.44, 16 et 48,
9; I Macc. 2, 58; Hebr. 11, 5. Voir la NC 5: «Corps et mort. Le cas
d 'Henoch et Elie».
15. Cf. I Cor. 14,44a.
16. Cf. I Cor. 15,51-53 et I Thess. 4, 15-17.
17. Cf. Act. 26,23; I Cor. 15,20; Col. 1,18.
18. Cf. III Reg. (= 1 Rois) 19, 8.6.
74
LIVRE I
HI, 3. II n'y avait pas a craindre que l'homme, s'il
venait a vivre un peu longuement dans un corps ani-
1OOl I2 , fut appesanti par la vieillesse et, en vieillissant,
parvint progressivement a la mort. Car si Dieu a per-
mis aux vetements et aux chaussures des Israelites de
ne s'etre pas uses pendant tant d'annees I3 , qu'y a-t-il
d' etonnant a ce que, par sa puissance, il eOt pennis a
I 'homme obeissant, ayant un corps animal, c' est-A-dire
mortel, d'avoir en ce corps comme une stabilite qui lui
vaudrait d' etre charge d' annees sans deficience et, du
moment ou Dieu Ie voudrait, d' aller de la mortalite a
l'immortalite sans passer par la mort? De meme, en
effet, que cette chair que nous avons maintenant n' est
pas vulnerable pour la raison qu' il n' est pas 'inevitable
qu'elle soit blessee, de meme cette autre chair n'etait
pas mortelle pour la raison qu' il n' etait pas inevitable
qu' elle mourut.
Je pense que cette disposition demeuree encore telle
dans un corps animal et mortel a ete accordee aussi a
ceux qui ont ete emmenes d'ici-bas sans connaitre la
mort. Car ni Henoch ni Elie I4 , au cours d'une si longue
existence, n' ont deperi sous Ie poids de la vieillesse, et
pourtant je ne crois pas u'ils soient deja passes a cette
sorte de corps spirituel 1 promis pour la resurrection 16
qui a precede pour la premiere fois dans Ie Seigneur I7 .
Si ce n' est peut -etre qu ' ils n' ont pas besoin des aliments
qui reconfortent du fait de la digestion mais que, depuis
qu'ils ont ete enleves de la terre, ils vi vent de telle faon
qu'ils se satisfont comme dans ces quarante jours ou Elie
a vecu d'une coupe d'eau et d'un petit pain, sans autre
nourriture I8 . Ou bien s'ils ont besoin d'aliments pour
se soutenir, peut -etre se nourrissent - ils comme Adam,
avant qu'il eut a sortir (du jardin) comme sanction de
son peche. Car il avait, autant que je Ie presume, dans
les fruits des arbres un soutien contre la faiblesse et dans
I' arbre de vie un appui contre Ie vieillissement 19.
19. Cf. Gen. 2, 9.
75
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
IV, 4. Praeter hoc autem quod puniens Deus dixit:
Terra es et in terram ibis, quod nisi de morte corporis
quomodo intellegi possit ignoro, sunt et alia testimonia,
quibus euidentissime appareat non tantum spiritus,
sed etiam corporis mortem propter peccatum meruisse
genus humanum. Ad Romanos Apostolus dicit: Si [6]
autem Christis in uobis est, corpus quidem mortuum est
propter peccatum, spiritus autem uita est propter iusti-
tiam. Si ergo spiritus eius qui suscitauit Iesum a mortuis
habitat in uobis, qui suscitauit Christum Iesum a mortuis
uiuificabit et mortalia corpora uestra per inhabitantem
spiritum eius in uobis. Puto quod non expositore sed
tantum lectore opus habet tam clara et aperta sententia.
Corpus, inquit, mortuum est non propter fragilitatem
terrenam quia de terrae puluere factum est, sed propter
peccatum. Quid quaerimus amplius? Et uigilantissime
non ait «mortale» sed mortuum.
V, 5. Namque antequam inmutaretur in illam incor-
ruptionem quae in sanctorum resurrectionem promittitur,
poterat esse mortale quamuis non moriturum, sicut hoc
nostrum potest, ut ita dicam, esse aegrotabile quamuis
non aegrotaturum. Cuius enim caro est quae non aegro-
tare possit, etiamsi aliquo casu priusquam aegrotet
occumbat? Sic et illud corpus iam erat mortale. Quam
mortalitatem fuerat absumptura mutatio in aetemam
incorruptionem si in homine iustitia, id est oboedientia,
pennaneret; sed ipsum mortale non est factum mortuum
nisi propter peccatum. Quia uero ilia in resurrectione
futura mutatio non solum nullam mortem quae facta
20. Gen. 3, 19.
21. Rom. 8, 10-11. Mais les Bibles modemes tendent a traduire:
«L'Esprit (Saint) est vie.» Augustin comprend: «l'esprit humain»
parce qu'il est engage dans un debat autour des deux sortes de mort
humaine: physiologique et spirituelle. Voir NC 6: «Statut et destin
du corps humain selon Augustin», et B. DELAROCHE, Saint Augustin
lecteur..., p. 210.
22. Cf. I Cor. 15,51-53 et I Thess. 4, 15-17.
76
LIVRE I
IV, 4. Outre Ie fait que Dieu, punissant I 'homme,
lui a dit: Tu es terre et tu iras a la terre 20 , texte dont
j'ignore comment on pourrait Ie comprendre autrement
qu' a propos de la mort du corps, il y ad' autres textes
qui temoignent tres clairement que c' est non seulement
la mort de I' esprit, mais aussi celie du corps, que Ie
genre humain a meritee a cause du peche. Aux Romains
I' Apotre dit: Si le Christ est en vous, le corps, bien sur,
est mort a cause du pee he, mais l' esprit est vie a cause
de la justice. Si done l' esprit de celui qui a ressuscite
Jesus d' entre les morts habite en vous, celui qui a
ressuscite Jesus d'entre les morts rendra aussi la vie a
vos corps mortels par son esprit qui habite ,en vouS 2I .
J'estime qu'une declaration si claire n'a pas besoin de
commentateur, mais seulement d 'un lecteur; le corps,
y est-il dit, est mort non a cause de sa fragilite terrestre
parce qu' il a ete fait de la poussiere de la terre, mais a
cause du pee he. Que cherchons-nous de plus? Et avec
un tres grand soin il ne dit pas «mortel», mais mort.
V, 5. Car avant d'etre change en cet etat d'incoITUfti-
bilite qui est promis pour la resurrection des saints 2 , Ie
corps pouvait etre mortel sans etre destine a la mort, tout
comme Ie coq>s qui est Ie notre peut etre, si je puis dire,
« maladible 23 » sans etre destine a etre malade. Quelle
est en effet la chair qui ne puisse etre malade meme si,
par quelque accident, elle meurt avant d' etre malade?
De meme ce corps d'autrefois etait deja mortel. Cette
mortalite devait etre abolie par une transfonnation en
incorruptibilite etemell24 si dans I 'homme demeurait la
justice, c' est-A-dire I' obeissance. Mais Ie mortel meme
n' est devenu mort qu' en raison du peche. Or, parce que
cette transfonnation qui aboutirait a la resurrection ne
devait connaitre non seulement nulle mort, laquelle ne
23. L'adjectif aegrotabile est forge par Augustin pour faire pendant
a mortale, et il prie d' excuser Ie neologisme par son « si je puis dire»
(ut ita dicam).
24. Cf. I Cor. 15, 53.
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
est propter peccatum, sed nec mortalitatem habitura est
quam corpus animale habuit ante peccatum, non ait qui
suscitauit Christum Iesum a mortuis uiuijicabit et mortua
corpora uestra cum supra dixisset corpus mortuum, sed
uiuijicabit, inquit, et mortalia corpora uestra, ut scilicet
iam non solum non sint mortua, [7] sed nec mortalia
cum ani male resurget in spiritale et mortale hoc induet
inmortalitatem et absorbebitur mortale a uita.
VI, 6. Mirum si aliquid quaeritur hac manifestatione
liquidius.
Nisi forte audiendum est - quod huic perspicuitati
contradicitur - ut mortuum corpus secundum ilium
modum hic intellegamus quo dictum est: Mortijicate
membra uestra quae sunt super terram. Sed hoc modo
corpus propter iustitiam mortificatur, non propter pecca-
tum; ut enim operemur iustitiam mortificamus membra
nostra quae sunt super terram.
Aut si putant ideo additum: propter peccatum ut non
intelligamus quia peccatum factum est, sed ut peccatum
non fiat - tamquam diceret: Corpus quidem mortuum est
propter non faciendum peccatum - quid sibi ergo uult
quod, cum adiunxisset: Spiritus autem uita est, addi-
dit: propter iustitiam? Suffecerat enim si adiungeret a
«uitam spiritus» ut etiam hic subaudiretur propter non
faciendum peccatum, ut sic utrumque propter unam rem
a. Selon la leon «si adiungeret» donnee par trois manuscrits,
preferable a « sic adiungere», retenue par Ie CSEL.
25. Rom. 8, 10.
26. Rom. 8, 11.
27. Cf. I Cor. 15,44a.53-54.
28. Cf. II Cor. 5, 4. La consonance du verset avec Rom. 8, 10-11
et I Cor. 15, 44a.53-54 est en partie contestable. Voir NC 6. Ce retour
d' Augustin a II Cor. 5 ferme la «boucle» exegetique ouverte en I, 2, 2.
29. Col. 3, 5. Rien n'indique qu' Augustin rapporte une interpreta-
tion qu'il aurait lue ou entendue (comme l'ecrit A. ZUMKELLER, ALG,
p. 570: «Le Pere de I 'Eglise rapporte que son adversaire interpretait
78
LIVRE I
s' est produite qu' en raison du peche, mais non plus la
mortalite que possedait Ie corps animal avant Ie peche, il
ne dit pas: «Celui qui ressuscita Ie Christ Jesus d' entre
les morts fera vivre aussi vos corps morts» au sens 00 il
avait dit plus haut : 1£ cOTs est mort 25 , mais : Il fera vivre
aussi vos corps mortels 2 , etant donne que desonnais ils
ne seront non seulement pas morts, mais pas meme mor-
tels, du fait que Ie corps animal ressuscitera en spirituel,
que ce qui est mortel revetira I' immortalite 27 , et que ce
qui est mortel sera absorbe par la vie 28 .
VI, 6. II serait etonnant de chercher une analyse plus
limpide que cette explication bien claire.
A moins peut -etre qu' il ne faille entendre (ce qui est
en contradiction avec cette evidence) que nous ayons a
comprendre ici corps mort selon Ie sens du texte ou il est
dit: F aites mourir vos membres qui sont de la terre 29 .
Mais en ce sens Ie corps est mortifie en raison de la
justice et non en raison du peche. En effet, pour faire
reuvre de justice, nous nlortifions nos membres qui sont
de la terre.
Ou bien, si l'on pense qu'a ete ajoute en raison du
peche pour que nous comprenions, non qu 'un peche a
ete commis, mais «pour qu' il n'y ait point de peche»
- comme s' il disait: «Le corps en verite est mort pour
que Ie peche ne soit point commis» - que veut-il dire,
apres avoir ajoute mais l'esprit est vie, en ajoutant
en raison de la justice 30 ? II aurait suffi, en effet, s' il
ajoutait: «L' esprit est vie», que I' on sous-entende:
«pour que Ie peche ne . soit pas commis», afin que nous
comprenions que l'une et l'autre expression ont Ie
cette parole differemment.») car il ne s'agit que d'une hypothese avan-
cee, tout comme la suivante. Voir la NC 6. Si Ie texte des Expositiones
de Pelage, tel qu'il nous est parvenu, contient une interpretation
purement morale de la mors de Rom. 8, 10, celle-ci n' est accompagnee
d'aucun appui analogique sur Col. 3, 5.
30. Rom. 8, 10.
79
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
intelligeremus : et mortuum esse corpus et uitam
esse spiritum propter non faciendum peccatum. Ita
quippe, etiamsi tantummodo uellet dicere propter
iustitiam, hoc est « propter faciendam iustitiam », utrum-
que ad hoc posset referri: et mortuum esse corpus et
uitam esse spiritum propter faciendam iustitiam. Nunc
uero et mortuum corpus dixit esse propter peccatum et
spiritum esse uitam propter iustitiam, diuersa merita
diuersis rebus adttibuens : morti quidem corporis
meritum peccati, uitae autem spiritus meritum iusti-
tiae. Quodcirca si, ut dubitari non potest, spiritus uita
est propter iustitiam, hoc est merito iustitiae, profecto
corpus mortuum [8] propter peccatum, quid aliud quam
«merito peccati» intellegere debemus aut possumus
si apertissimum scripturae sensum nondum non pro
arbittio peruertere ac detorquere conamur? Huic etiam
uerborum consequentium lumen accedit. Cum enim
praesentis temporis gratiam detenninans diceret mor-
tuum quidem esse corpus propter peccatum quia in eo
nondum per resurrectionem renouato peccati meritum
manet, hoc est necessitas mortis, spiritum autem uitam
esse propter iustitiam quia licet adhuc corpore mortis
huius oneremur iam secundum interiorem hominem
coepta renouatione in fidei iustitiam respiramus, tamen,
ne human a ignorantia de resurrectione corporis nihil
speraret, etiam ipsum quod propter meritum peccati in
praesenti saeculo dixerat mortuum, in futuro propter
iustitiae meritum dicit uiuificandum nec sic ut tantum ex
mortuo uiuum fiat, uerum etiam ex mortali inmortale.
31. Rom. 8, 10
32. Rom. 8, 10.
33. Cf. Rom. 6, 23.
34. Cf. Gal. 6, 7b-8.
35. Cf. Rom. 6, 23a.
36. Cf. Rom. 7, 24b
37. Cf. Rom. 7, 22.
38. Cf. II Cor. 4, 16b.
80
LIVRE I
meme sens, que ce qui est mort, c' est Ie corps et que
la vie, c' est I' esprit pour ne point commettre Ie peche.
Ainsi, en verite, meme s' il voulait seulement dire: «en
raison de la justice», c'est-a-dire: «pour faire reuvre de
justice», les deux expressions pourraient se rapporter
a cette seule idee que Ie corps est mort et que I' esprit
est vie en vue de I' accomplissement de la justice. Mais
en realite il a dit et que le corps est mort en raison du
peChe"3I et que l'esprit est vie en raison de la justice 32 ,
attribuant des salaires divers a des realites diverses: ala
mort du corps Ie salaire du peche"33, a I' esprit de vie Ie
salaire de la justice 34 . C' est pourquoi si, comme on ne
saurait en douter, l' esprit est vie en raison d la justice,
c'est-a-dire par Ie salaire de la justice, dans le corps est
mort en raison du peche que devons-nous ou gouvons-
nous comprendre d'autre que salaire du peche 5 si nous
essayons de ne pas efonner t detoumer a notre gre
Ie sens si clair de I'Ecriture? A cela s'ajoute encore la
lumiere des paroles qui sui vent car, lorsque, precisant
la grace du temps present, il disait que le corps est mort
en raison du peche parce qu'en ce corps qui n'est pas
encore renove par la resurrection Ie salaire du peche
demeure, c'est-a-dire la necessite de la mort, mais que
l' esprit est vie en raison de la justice parce que, bien
que nous soyons encore charges de ce corps de mort 36 ,
deja, selon l' homme interieui3 7 , le renouvellement etant
deja commence"38, nous aspirons a la justice qui nait de
la foi, cependant - pour que l'ignorance humaine ne so it
pas sans esperance en ce qui conceme la resurrection
du cos, ce corps lui-meme qu'a cause du salaire du
pechl3 il avait dit mort en cette vie du siecle present - il
dit que, dans l'avenir, a cause du salaire de la justice, il
devra etre vi vifie, et pas seulement en passant de la mort
a la vie, mais aussi de la mortalite a I' immortalit e 40.
39. Cf. Rom. 6,23.
40. Cf. I Cor. 15, 53-54.
81
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
VII, 7. Quamquam itaque uerear ne res manifesta
exponendo potius obscuretur, apostolicae tamen senten-
tiae lumen adtende. Si autem Christus, inquit, in uobis,
corpus quidem mortuum est propter peccatum, spiritus
autem uita propter iustitiam.
Hoc dictum est ne ideo putarent homines uel nullum
uel paruum se habere beneficium de gratia Christi quia
necessario morituri sunt corpore. Adtendere quippe
de bent corpus quidem adhuc peccati meritum gerere,
quod condicioni mortis obstrictum est, sed etiam spi-
ritum coepisse uiuere propter iustitiam fidei, qui et ipse
in homine fuerat quadam morte infidelitatis exstinctus.
«Non igitur», inquit, «parum uobis muneris putetis
esse conlatum per id quod Christus in uobis est, quod in
corpore propter [9] peccatum mortuo iam propter iusti-
tiam uester spiritus uiuit, nec ideo de uita quoque ipsius
corporis desperetis. Si enim spiritus eius qui suscitauit
Christum a mortuis habitat in uobis, qui suscitauit
Christum a mortuis uiuificabit et mortalia corpora
uestra per inhabitantem spiritum eius in uobis. »
Quid adhuc tantae luci fumus contentionis offundi-
tor? Clamat Apostolus: Corpus quidem mortuum est in
uobis propter peccatum sed uiuificabuntur etiam morta-
lia corpora uestra propter iustitiam, propter quam nunc
spiritus iam uita est, quod totum perficietur per gratiam
Christi, hoc est per inhabitantem spiritum eius in uobis.
Et adhuc reclamatur: dicit etiam quemadmodum fiat ut
uita in se mortem mortificando conuertat: Ergo, inquit,
fratres, debitores sumus non carni ut secundum carnem
uiuamus. Si enim secundum carnem uixeritis, morie-
mini,. si autem spiritu facta carnis mortificaueritis,
uiuetis.
41. Rom. 8, 10.
42. Cf. Rom. 6, 23.
43. Rom. 8, 11.
82
LIVRE I
Vll, 7. Aussi, encore que je craigne, en expos ant une
question bien claire, de plutot I' obscurcir, fais attention
pourtant a la lumineuse expression de I' Apotre: Si le
Christ est en vous, le corps sans doute est mort en raison
du pee he, mais l' esprit est vie en raison de la justice 4I .
Ceci a ete dit pour que les hommes ne croient pas
qu'ils ne retirent aucun avantage ou seulement un faible
avantage de la grace du Christ parce qu' il est inevitable
qu'iIs aient a mourir dans leur corps. lIs doivent, en
verite, faire attention que Ie corps porte encore le salaire
du peche 42 parce qu' il est lie etroitement a la condition
mortelle, mais que I' esprit a deja commence a vivre
a cause de la justice nee de la foi, cet e,sprit qui dans
l'homme s'etait eteint d'une sorte de mort nee de l'in-
fidelite. «Ne pensez donc pas, dit-il, qu'i! ne vous a ete
donne que peu de secours par Ie fait que Ie Christ est en
vous, car dans votre corps mort a cause du peche votre
esprit vit deja a cause de la justice et, pour cette raison,
ne desesperez pas de la vie de ce corps non plus. Si en
effet l'esprit de Celui qui a ressuscite le Christ d'entre
les morts habite en vous, Celui qui a ressuscite le Christ
d'entre les morts rendra la vie a vos corps mortels par
son esprit qui habite en vous4 3 . »
Pourquoi repandre encore la brume de la discussion
sur une lumiere si vive? L' Apotre s'ecrie: «Le corps
mortel est en vous a cause du peche, mais les corps
mortels aussi seront rendus a la vie a cause de la justice
par laquelle maintenant l' esprit est vie, et tout cela sera
accompli par la grace du Christ, c' est-A-dire par son
esprit qui habite en vous.» Et cela est encore repete
bien fort: il dit aussi comment il se fait que la vie, par la
mortification, change la mort en elle-meme. Done, dit-
iI, mesfreres, nous ne sommes pas debiteurs de la chair
afin de vivre selon la chair car, si vous vivez selon la
chair, vous mourrez, mais si vous mortifiez par l' esprit
les actes de la chair, vous vivrez44.
44. Rom. 8, 12-13.
83
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Quid est aliud quam hoc: «Si secundum mortem
uixeritis, totum morietur; si autem secundum uitam
uiuendo mortem mortificaueritis, totum uiuet» ?
VllI, 8. Item quod ait: Per hominem mors et per
hominem resurrectio mortuorum, quid aliud quam de
morte corporis intellegi potest quando ut hoc diceret de
resurrectione corporis loquebatur eamque instantissima
et acerrima intentione suadebat? Quid est ergo quod hic
ait ad Corinthios: Per hominem mors et per hominem
resurrectio mortuorum,. sicut enim in Adam omnes
moriuntur, sic et in Christo omnes uiuificabuntur nisi
quod ait etiam ad Romanos: Per unum hominem pec-
catum intrauit in mundum et per peccatum [10] mors?
Hanc illi mortem non corporis, sed animae intellegi
uolunt; quasi aliud dictum sit ad Corinthios per homi-
nem mors, ubi omnino animae mortem accipere non
sinuntur, quia de resurrectione corporis agebatur, quae
morti corporis est contraria. Ideo etiam sola mors ibi per
hominem facta commemorata est, non etiam peccatum,
quia non agebatur de iustitia, quae contraria est peccato,
sed de corporis resurrectione, quae contraria est corporis
morti.
IX, 9. Hoc autem apostolicum testimonium in quo
ait: Per unum hominem peccatum intrauit in mundum et
per peccatum mors, conari eos quidem in aliam nouam
45. Autrement dit Ie corps et l'esprit humains, tout comme Gen. 3
evoque Ie peche d' Adam comme une faute qui a introduit la mort dans
toutes les dimensions de la nature humaine (cf. 1,4,4).
46. I Cor. 15,21.
47. Cf. I Cor. 15, 12-23.
48. I Cor. 15,21-22.
49. Rom. 5, 12a. Sur l'association des deux epitres pauliniennes,
voir NC 7: «I Cor. 15, 21-22 et Rom. 5, 12 dans l'itineraire theologi-
que d' Augustin».
50. flU, tenants de l' affirmation (1) sign alee en I, 2, 2, parait annon-
cer ceux dont Augustin dit plus loin (I, 9, 9) qu'une autre source que
MarceUinus lui a appris leur exegese de Rom. 5, 12.
51. Augustin ressaisit Pertinemment la thematique d' ensemble du
84
LIVRE I
Que dit-il d'autre la que: «Si vous vivez selon la
mort, Ie tout4 5 mourra, mais si, en vivant selon la vie,
vous mortifiez la mort, Ie tout vivra» ?
VITI, 8. De meme quand il dit: La mort est venue par
un homme et la resurrection des morts par un homme 46 ,
comment peut-on comprendre qu'il s'agit d'autre chose
que de la mort du corps puisque, pour parler ainsi,
c' est de la resurrection du corps qu' il etait question,
et il cherchait a en persuader avec une vigueur fort
pressante et tres energique 47 ? Que signifie ce qu' il dit
aux Corinthiens: C' est par un homme que la mort est
venue et par un homme la resurrection des morts, car
de meme que tous meurent en Adam, de meme aussi tous
sont ramenes a la vie dans le Chrisr4 8 , sinon ce qu' il
dit aussi aux Romains: Par un seul homme le Ceche
est entre dans le monde, et par le peche la morr4 . Ces
gens 50 veulent que I' on comprenne ici la mort, non du
corps, mais de I' ame, comme si c' etait autre chose qui
avait ete dit aux Corinthiens: C' est par un homme que
la mort est venue, ou il n' est absolument pas permis de
comprendre la mort de I' ame parce qu' il traitait de la
resurrection du corps, qui est I' oppose de la mort du
corps. Ainsi est ici evoquee seulement la mort reuvre de
I 'homme, et pas encore Ie peche, parce qu' il n' etait pas
question de la justice, qui est I' oppose du peche, mais
de la resurrection du corps, qui est I' oppose de la mort
du COrps5I.
2. La contestation de la propagation universelle
du peche (on ne peche que par imitation du mauvais
exemple d' Adam). Reponse.
IX, 9. Quant a ce texte de I' Apotre ou il dit: Par un
seul homme le {eche est entre dans le monde, et par le
peche la mort 5 , tu m' as fait savoir dans ta lettre qu' ils
chapitre 15 de la premiere lettre aux Corinthiens, qui est la resurrection
finale des corps et la propre resurrection de Jesus.
52. Rom. 5, 12a.
85
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
detorquere opinionem tuis litteris intimasti, sed quidnam
illud sit quod in his uerbis opinentur tacuisti. Quantum
autem ex aliis comperi, hoc ibi sentiunt quod et mors
ista quae illic commemorata est non sit corporis, quam
nolunt Adam peccando meruisse, sed animae, quae in
ipso peccato fit, et ipsum peccatum non propagatione
in alios homines ex primo homine, sed imitatione tran-
sisse. Hinc enim etiam in paruulis nolunt credere per
baptismum solui originale peccatum quod in nascenti-
bus nullum esse omnino contendunt. Sed si peccatum
Apostolus illud commemorare uoluisset, quod in hunc
mundum non propagatione, sed imitatione intrauerit,
eius principem non Adam, sed diabolum diceret, de quo
scriptum est: Ab initio diabolus peccat, de quo etiam
legitur in libro Sapientiae: Inuidia autem diaboli mors
intrauit in orbem terrarum. Nam quoniam ista mors
sic a diabolo uenit in homines, non quod ab illo fue-
rint propagati, sed quod eum fuerint imitati, continuo
subiunxit: Imitantur autem eum qui sunt ex parte eius.
Proinde Apostolus [11] cum illud peccatum ac mortem
commemoraret, quae ab uno in omnes propagatione
transisset, eum principem posuit, a quo propagatio
generis humani sumpsit exordium.
10. Imitantur quidem Adam quotquot per in oboe-
dientiam transgrediuntur mandatum Dei; sed aliud est
quod exemplum est uoluntate peccantibus, aliud quod
53. Ces «autres» informateurs sont Peut-etre ceux qui ont procure
a Augustin, sinon Ie libellus breuissimus de Caelestius (transmis par
Marcellinus 1), du moins Ie liber sign ale en I, 34, 64. En tout cas, c'est
plus tard, en lisant Ie commentaire de I' epitre par Pelage qu' Augustin
decouvrira une interpretation tres argumentee de Rom. 5, 12 (cf. III,
1, 1).
54. RapPel de I' opinion (1) signalee en I, 2, 2 et I, 8, 8. Elle avait ete
soutenue par Caelestius et se lisait donc dans Ie libellus breuissimus.
55. Opinion (2). Caelestius ne l'avait pas ouvertement defendue
devant les eveques. Elle se trouvait Peut-etre dans Ie liber.
56. Opinion (3) transmise par Marcellinus com me (1) et sou-
tenue par Caelestius. L'expression peccatum originale a-t-elle ete
86
LIVRE I
s'efforcent de detoumer ce passage pour une autre inter-
". . .. ..
pretatlon ; mals en quol conslste cette opInIon, to ne me
I' as pas dit. Autant que je I' ai trouve par d' autres 53 , leur
sentiment sur ce point est que cette mort qu ' ils evoquent
n' est pas celie du corps, qu' ils ne veulent pas qu' Adam
ait meritee par Ie peche, mais celie de I' ame, qui se
produit dans Ie peche meme 54 , et que ce peche est passe
chez les autres hommes, non par voie de propagation,
mais par imitation 55 . C' est pourquoi ils refusent aussi
d'admettre que chez les tout-petits est efface par Ie
bapteme Ie peche originel, qu' ils pretendent absolument
inexistant chez les nouveau-nes 56 . Mais si I' ApOtre
avait voulu evoquer un peche entre dans Ie monde
non par propagation, mais par imitation, if dirait que
l'initiateur n'en est pas Adam, mais Ie diable, dont il est
ecrit: Au debut, c' est le diable qui peche 57 , lui dont on
dit aussi au livre de la Sagesse: C'est par laalousie du
diable que la mort est entree dans le monde 8. En effet,
puisque cette mort est venue aux hommes par Ie diable,
non parce qu'ils naissent de lui, mais parce qu'ils l'ont
imite, il aJoute aussitot: Et l' imitent ceux qui sont de
son parti 5 . Aussi l' Apotre, evoquant Ie peche et la mort
qui etaient passes par propagation d'un seul a tous 60 , a
donne comme I' initiateur celui a partir duquella trans-
mission du genre humain a trouve sa source.
10. Certes, ils imitent Adam chaque fois que, par
desobeissance, ils transgressent un ordre de Dieu. Mais
une chose est I' exemple donne a ceux qui pechent
utili see par ces objecteurs ? C' est en tout cas son premier emploi sous
la plume d' Augustin. Voir NC 8: «L'expression originale peccatum
chez Augustin avant Ie De peccatorum meritis et remissione», NC 9 :
«Peccatum originale: reconnaissances patristiques anterieures a
Augustin» et NC 10: «Originale peccatum dans Ie De peccatorum
meritis et remissione».
57. I loh. 3, 8.
58. Sap. 2, 24.
59. Sap. 2, 25.
60. Cf. Rom. 5, 12a.14.
87
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
origo est cum peccato nascentibus. Nam et Christum
imitantur sancti eius ad sequendam iustitiam. Vnde
et idem Apostolus dicit: Imitatores mei estote sicut et
ego Christi. Sed praeter hanc imitationem gratia eius
inluminationem iustificationemque nostram etiam
inttinsecus operatur illo opere de quo idem praedica-
tor eius dicit: Neque qui plantat est aliquid neque qui
rigat, sed qui incrementum dat Deus. Hac enim gratia
baptizatos quoque paruulos suo inserit corpori, qui
certe imitari aliquem nondum ualent. Sicut ergo HIe in
quo omnes uiuificantur, praeter quod se ad iustitiam
exemplum imitantibus praebuit, dat etiam sui spiritus
occultissimam fidelibus gratiam quam latenter infundit
et paruulis, sic et HIe in quo omnes moriuntur, praeter
quod eis qui praeceptum Domini uoluntate transgre-
diuntur imitationis exemplum est, occulta etiam tabe
camalis concupiscentiae suae tabificauit in se omnes de
sua stirpe uenturos.
Hinc omnino nec aliunde Apostolus dicit: Per unum
hominem peccatum intrauit in mundum et per peccatum
mors,. et ita in omnes homines pertransiit in quo omnes
peccauerunt. Hoc si ego dicerem, resisterent isti meque
non recte dicere, non recte sentire clamarent. Nullam
quippe in his uerbis intellegerent sententiam cuiuslibet
hominis qui haec diceret, nisi istam quam in Apostolo
intellegere nolunt. Sed quia eius uerba [12] sunt cuius
auctoritati docttinaeque succumbunt, cum ea quae
61. I Cor. 11, 1.
62. Voir NC 55 : «La justice dans la condition actuelle de
1 'homme ».
63. I Cor. 3, 7.
64. Cf. I Cor. 15, 22b.
65. Cf. I Cor. 15, 22a.
66. La forme verbale tabijicare parait etre un neologisme forge par
Augustin d'apres Ie substantif tabes, «corruption». Sur la notion de
concupiscentia, voir NC 11 : «Concupiscentia et peccatum».
88
LWRE I
volontairement, une autre I' origine de la faute pour des
etres qui naissent avec Ie peche. Car les saints imitent
aussi Ie Christ pour suivre la justice, ce qui fait dire a
l' Apotre: Imitez-moi comme moi j' imite le Chrisf'I.
Mais outre cette imitation, sa grace opere interieure-
ment en nous illumination et justification 62 par cette
operation dont Ie meme predicateur dit: Ce n' est pas
celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui
arrose, mais celui qui donne la croissance 63 . Car par
cette grace il integre a son corps les baptises, meme
les tout-petits, qui ne sont pas encore capables d'imiter
quelqu'un. De meme donc que lui, en qui tous ont la
vie 64 , outre qu' il s' est presente a ceux qui imitent son
exemple pour aller vers la justice et donne aux fideles la
grace tres cachee de son esprit, qu' il repand secretement
sur les enfants aussi, de meme encore est-ce I' autre, en
qui tous meurenf'5, outre qu' il est un exemple a imiter
pour ceux qui transgressent volontairement I' enseigne-
ment du Seigneur, qui, par la corruption cachee de la
concupiscence charnelle, a corrompu 66 en lui tous ceux
qui seraient issus de sa race.
Et c' est de la absolument, et non d' ailleurs, que
I' Apotre dit: Par un seul homme le peche est entre dans
Ie monde et par le peche la mort, et ainsi il est passe
a tous les hommes en celui en qui tous ont peche'67.
Si c' etait moi qui parlais, ils s' opposeraient a moi et
s' ecrieraient que je ne parle pas justement, que je ne
pense pas justement, car ils comprendraient que dans
ces paroles il n'y a pas d'autre pen see de la part de
l'homme qui les pronocerait que celIe qu'ils ne veulent
pas comprendre chez I' Apotre. Mais parce que ce sont
les paroles de celui dont I' autorite et I' enseignement les
67. Rom. 5, 12. La traduction latine et les textes grecs dont dispo-
sait Augustin ne donnent pas de sujet a pertransiit alors que les autres
textes grecs et la Vulgate precisent qu'il s'agit de la mort. Cf. D. DE
BRUYNE, Saint Augustin reviseur de la Bible, MA II, p. 527. Aussi
pour I' eveque la preuve scripturaire est patente que Ie peche commis
par Adam se propage a sa descendance entiere.
89
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
perspicue dicta sunt in nescio quid aliud detorquere
conantur. Per unum, inquit, hominem peccatum intrauit
in mundum et per peccatum mors: hoc propagationis
est, non imitationis ; nam «per diabolum » diceret. Quod
autem nemo ambigit, istum primum hominem dicit qui
est appellatus Adam. Et ita, inquit, in omnes homines
pertransiit.
X, 11. Deinde quod sequitur: In quo omnes peccaue-
runt, quam circumspecte, quam proprie, quam sine
ambiguitate dictum est! Si enim «peccatum» intel-
lexeris quod per unum hominem intrauit in mundum, in
quo «peccato» omnes peccauerunt, certe manifestum
est alia esse propria cuique peccata in quibus hi tantum
peccant quorum peccata sunt, aliud hoc unum in quo
omnes peccauerunt, quando omnes HIe unus homo fue-
runt. Si autem non «peccatum», sed «ipse unus homo»
intellegitur, in quo uno homine omnes peccauerunt,
quid etiam ista manifestatione manifestius? Nempe
legimus iustificari in Christo qui credunt in eum propter
occultam communicationem et inspirationem gratiae
spiritalis qua quisquis haeret Domino unus spiritus
est. Quamuis eum et imitentur sancti eius, legatur mihi
68. Accusation (4) lancee par ceux dont Augustin a appris (cf. 1,9,
9) leur exegese de Rom. 5, 12. Lue dans Ie liber s'il depend du Liber
de fide. Voir NC 12: «L' interpretation augustinienne de Rom. 5, 12-21,
la solidarite humaine en Adam» et NC 44: «Le liber lu par Augustin et
Ie Liber de fide attribue a Rufin Ie Syrien».
69. Rom. 5, 12a.
70. Rom. 5, 12b.
71. Rom. 5, 12c (fin du verset).
72. Rom. 5, 12a.
73. Huit ans plus tard, l'hiver 419-420, Augustin ecarte cette
interpretation pour une raison grammaticale: «peche» etant en grec
un nom de genre feminin (af.WQ'tLa) ne peut etre l'antecedant d'un
pronom relatif de genre masculin (latin quo). Voir Contra duas epistu-
las Pelagianorum, IV, 4, 7.
74. Sur ce theme recurrent tout au long de l'ouvrage, voir NC 13:
«La distinction augustinienne entre peche originel et peches person-
nels (propria)>>. Sur l'expression «quand tous etaient cet homme
90
LIVRE I
accablent, ils nous objectent notre lenteur a comprendre
quand ils s' efforcent de detoumer des declarations tres
clairement exprimees en je ne sais quoi d' autre 68 . Par
un seul homme, dit-il, le peche est entre dans le monde,
et par le peche la mort6 9 . lIs' agit la de propagation, non
d'imitation, car il aurait dit «par Ie diable» et, ce dont
personne ne doute, il designe ici Ie premier homme, qui
s'appelait Adam. Et ainsi, dit-il, (le peche) est passe
dans tous les hommes 7o .
X, 11. Puis ce qui suit: En qui tous ont peche/l I , avec
quelle prudence soigneuse, quelle propriete dans les ter-
mes, que lie absence d'ambigulte cela a-t-il ete dit! Car
si l'on comprenait du peche qui, par un seul homme est
entre dans le monde 72 , que c'est en lui, «peche 73 », que
tous ont peche, il est bien evident que seraient propres a
chacun d' autres peches dans lesquels pechent seulement
ceux dont ce sont les peches, et autre chose cet unique
peche dans lequel tous ont peche quand tous etaient cet
homme unique 74; mais si I' on entend, non Ie peche,
mais cet homme unique, homme unique en qui tous
ont peche, quoi de plus explicite que cette explication?
C'est un fait que nous lisons que sont justifies dans le
Christ ceux qui croient en lui 75 a cause de cette commu-
nication et inspiration secrete de la grace spirituelle par
laquelle quiconque est attache au Seigneur est un seul
esprit 76 avec lui. Encore que ses saints l'imitent aussi 77 ,
que l'on me lise quelque chose de semblable au sujet de
unique», voir NC 12: «L' interpretation augustinienne de Rom. 5,
12-21, la solidarite en Adam».
75. Rom. 4, 5. L'appel ace verset dit la conviction de foi que c'est
la situation de I 'homme «en Christ» qui lui devoile la vraie situation
de tout homme «en Adam». Le contexte immediat de Rom. 4, 5
n'evoque pourtant pas Ie Christ lui-meme mais Augustin s'explique
plus loin (I, 14, 18) sur son interpretation.
76. I Cor. 6, 17.
77. Cette proposition est rattachee a tort par Ie CSEL a la phrase
precedente.
91
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
tale aliquid de his qui sanctos eius imitati sunt, utrum
quisquam dictus sit iustificatus in Paulo aut in Petro aut
in quolibet eorum quorum in populo Dei magna excellit
auctoritas; nisi quod in Abraham dicimur benedicti,
sicut ei dictum est: Benedicentur in te omnes gentes
propter Christum qui semen [13] eius dictus est secun-
dum camem. Quod manifestius dicitur cum hoc idem
ita dicitur: Benedicentur in semine tuo omnes gentes.
Dictum autem quemquam diuinis eloquiis peccasse uel
peccare in diabolo, cum eum iniqui et impii omnes imi-
tentur, nescio utrum quisquam repperiat. Quod tamen
cum Apostolus de primo homine dixerit - in quo omnes
peccauerunt - adhuc de peccati propagine disceptatur et
nescio qua nebula imitationis obponitur.
12. Adtende etiam quae secuntur. Cum enim dixisset :
In quo omnes peccauerunt, secutus adiunxit: Vsque
enim ad legem peccatum in mundo fuit, hoc est quia nec
lex potuit auferre peccatum, quae subintrauit ut magis
abundaret peccatum, siue naturalis lex in qua quisque
iam ratione utens incipit peccato originali addere et pro-
pria, siue ipsa quae scripta per Moysen populo data est.
Si enim data esset lex quae posset uiuijicare, omnino
ex lege esset iustitia. Sed conclusit scriptura omnia
sub peccato ut promissio ex fide Iesu Christi daretur
credentibus.
78. Gal. 3, 8, reprise libre de Gen. 12, 3.
79. Gen. 22, 18. Repris en Act. 3, 25.
80. Rom. 5, 12c.
81. La section 1,10,12 - 11, 14 est qualifiee a tort d'excursus par
A. ZUMKELLER (ALG, p. 579). En effet, l'ensemble I, 10, 12 - 15,
20 deploie l'explanatio de Rom. 5, 13-21 comme la suite du verset
Rom. 5, 12 qui fait corps et sens avec lui.
82. Rom. 5, 12c.
83. Rom. 5, 13a.
84. Cf. Rom. 5, 20.
92
UVRE I
ceux qui ont imite ses saints pour savoir si quelqu 'un
a ete dit justifie en Paul ou en Pierre ou en n' importe
lequel de ceux dont I' autorite I' emporte grandement
dans Ie peuple de Dieu. Si ce n' est que I' on dit «etre
ooni en Abraham» comme il lui a ete dit: routes les
nations seront benies en toi 78 a cause du Christ qui a ete
dit sa descendance selon la chair, ce qui est exprime plus
clairement lorsque la meme chose est ainsi exprimee:
routes les nations seront benies dans ta descendance 79 .
Mais une parole disant que quelqu 'un, selon les paroles
divines, avait peche ou pechait dans Ie diable, alors que
tous les mechants et tous les impies I' imitent, je ne sais
si l'on pourrait en trouver. Mais que I' Apotre, a propos
du premier homme, ait dit: en qui tous ont, pecho,
c' est encore sur la propagation du peche que porte Ie
debat et qu'on lui oppose je ne sais quelle fumeuse idee
d'imitation.
12. Sois attentif aussi a ce qui suit 8I , car ayant dit: En
qui tous ont pech e 'd2, il ajoute aussitot: Jusqu' a la loi
en effet le peche Jut dans le monde 83 , c'est-a-dire que
la loi n' a pu enlever Ie peche, elle qui est intervenue de
fafon qu' abondat le peche'd4, soit la loi naturelle dans
laquelle quiconque usant de sa raison se met a a jouter
au peche originelles siens propres, soit la loi qui, ecrite
par MOIse, fut donnee au peuple 85 . Si, en effet, avait
ete donnee une loi qui pouvait susciter la vie, la justice
viendrait toute de la loi ,. mais l' Ecriture a tout enferme
sous le peche afin que la promesse JUt donnee par la foi
en Jesus Christ a ceux qui croiraienr8 6 .
85. Augustin comprend donc par Jusqu'a la Loi: y compris dans
un regime de loi, «naturelle» ou transmise par MOise. Mais ce n' est
pas Ie propos de Paul, qui essaie d' expliquer pourquoi, meme avant la
loi mosalque, tous les humains avaient des conduites reprehensibles.
A. TRAPE, OSA, p. 31, n. 10, reconnait que «ce que dit Augustin est
vrai mais ne colle pas au texte biblique».
86. Gal. 3, 21b-22.
93
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Peccatum autem non deputabatur cum lex non esset.
Quid est non deputabatur nisi « ignorabatur et peccatum
esse non putabatur»? Neque enim ab ipso Domino
Deo tamquam non esset habebatur, cum scriptum sit:
Quicumque sine lege peccauerunt sine lege peribunt.
XI, 13. Sed regnauit, inquit, mors ab Adam usque ad
Moysen, id est a primo homine usque ad ipsam etiam
legem quae diuinitus promulgata est, quia nec ipsa potu it
regnum mortis auferre. Regnum enim mortis uult intel-
legi quando ita dominatur in hominibus reatus peccati
ut eos ad uitam aetemam, quae uera uita est, [14] uenire
non sinat, sed ad secundam etiam, quae poenaliter
aetema est, mortem trahat. Hoc regnum mortis sola in
quolibet homine gratia destruit saluatoris, quae operata
est etiam in antiquis sanctis quicumque, antequam
in came Christus ueniret, ad eius tamen adiuuantem
gratiam, non ad legis litteram, quae iubere tantum, non
adiuuare poterat, pertinebant. Hoc namque occultabatur
in uetere testamento pro temporum dispensatione iustis-
sima, quod nunc reuelatur in nouo.
Ergo in omnibus regnauit mors ab Adam usque
ad Moysen qui Christi gratia non adiuti sunt, ut in
eis regnum mortis destrueretur, ergo et in eis qui non
peccauerunt in similitudine praeuaricationis Adae,
id est qui nondum sua et propria uoluntate sicut HIe
87. Rom. 5, 13b.
88. Rom. 2, 12.
89. Rom. 5, 14.
90. Donc y compris au temps 00 fut en vigueur la loi mosalque.
91. Cf. Apoc. 20, 14. Augustin quitte Ie cadre de sa reponse a la
premiere objection (rapport entre peche et mort physique) pour dire
jusqu' 00 Peut conduire Ie peche pour I' etemite. A. ZUMKELLER, ALG,
p. 571-572, releve qu' Augustin a su, a propos de Rom. 5, 14 «degager
la vaste amplitude du concept paulinien de "mort"».
92. Cf. Iloh. 4, 2 et Illoh. 7.
93. Sur cette action anticipee, voir G. DE PLINVAL, «Le salut des
justes anciens» et «Saintete des justes anciens », NC 5 et 46, BA 21,
p. 586-587 et 609.
94
LIVRE I
Mais le peche n' eta it pas impute quand la loi n' exis-
tait pas 87 . Que signifie n' eta it pas impute sinon «etait
ignore et n' etait pas considere comme peche»? Mais
il n'etait pas ignore par Ie Seigneur lui-meme comme
s'il n' existait pas, puisqu' il est ecrit: Tous ceux qui ont
peche sans la loi periront sans la loi 88 .
XI, 13. Mais la mort a regne, dit-il, depuis Adam
jusqu'a Moise 89 , c'est-a-dire depuis Ie premier homme
jusqu'a cette loi meme90 qui fut promulguee par Dieu,
parce qu' elle non plus n' a pu detruire Ie regne de la mort.
Le «regne de la mort» demande a etre compris comme
la situation ou I' etat de peche domine les hommes, ne
leur pennettant pas d'arriver a la vie etemelle qui est
la vraie vie, mais les entraine a une seconde mort 9I qui
est un chatiment etemel. Ce «regne de la mort», seule
Ie detruit en tout homme la grace du Sauveur, qui a ete
a l'reuvre meme chez les saints d'autrefois 92 , tous ceux
qui, avant que Ie Christ vint dans la chair, relevaient de
sa grace qui leur portait secours 93 , non de la lettre de
la loi qui pouvait seulement commander et non porter
secours. Car cela etait cache dans I' Ancien Testament
en raison de I' ordonnance tres justement organisee des
temps et cela est maintenant revele dans Ie Nouveau.
Donc la mort regna depuis Adamjusqu'a Moise 94 en
tous ceux qui n' ont pas reu Ie secours de la grace du
Christ pour qu' en eux rut detruit Ie regne de la mort
et done aussi en ceux qui n' ont pas peche en imitant
la transgression d'Adam 95 , c'est-a-dire qui n'ont pas
encore, de leur propre volonte, peche contre lui 96 ,
94. Rom. 5, 14 (debut).
95. Rom. 5, 14 (suite).
96. Augustin vise donc ici les etre irresponsables selon les lois
humaines alors que Paul pensait aux adultes qui, ayant ignore la loi
mosalque, n' ont pas peche par une transgression analogue a celie que
commit Adam. L' eveque pense aux etres en bas-age et prepare ainsi
ses lecteurs ace qu'il va dire plus loin sur leur statut.
95
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
peccauerunt, sed ab illo peccatum originale traxerunt
qui est forma fuJuri, quia in illo constituta est «fonna»
condemnationis futuris posteris qui eius propagine crea-
rentur, ut ex uno omnes in condemnationem nascerentur
ex qua non liberat nisi gratia saluatoris.
Scio quidem plerosque latinos codices sic habere:
Regnauit mors ab Adam usque ad Moysen in eos qui
peccauerunt in similitudinem praeuaricationis Adae,
quod etiam ipsum qui ita legunt ad eundem referunt
intellectum, ut in similitudinem praeuaricationis Adae
peccasse accipiunt qui in illo peccauerunt, ut ei similes
crearentur sicut ex homine homines, ita ex peccatore
peccatores, ex morituro morituri damnatoque damnati.
Graeci autem codices unde in latinam linguam interpre-
tatio facta est aut omnes aut paene omnes id quod a me
primo positum est habent.
14 [15]. Sed non, inquit, sicut delictum ita et dona-
tio,. si enim ob unius delictum multi mortui sunt, multo
magis gratia Dei et donum in gratia unius hominis Iesu
Christi in multos abundauit. Non «magis multos», id
est multo plures homines - neque enim plures iustifican-
tur quam condemnantur - sed multo magis abundauit.
Adam quippe ex uno suo delicto reos genuit; Christus
autem etiam quae homines delicta propriae uoluntatis ad
97. Rom. 5, 14 (suite).
98. Si Adam figure du Christ-a-venir est l'interpretation la plus
repandue chez les Peres depuis IRENEE, Aduersus haereses, III, 22,
3, SC 34, p. 378, celle-ci ne se retrouve que chez Origene (qui hesite
entre les deux sens) et Ephrem, tres proche d' Augustin car pour lui,
dans 'tU3tO 'to\) AAovtO, Ie genitif est un neutre: «C'est-a-dire
la Jorme du temps a venir; tout comme Adam est devenu pour tous
la cause de la mort, de meme Ie Christ la cause de la vie.» Augustin
reprend la meme interpretation en III, 4, 9.
99. Cf. Rom. 7, 24-25.
100. Rom. 5, 14 (debut).
96
LIVRE I
mais ont tire Ie peche originel de celui qui est figure de
celui qui allait venir 97 , parce qu' en lui a ete etablie la
« figure» de la condamnation destinee aux descendants
a venir, qui seraient crees selon sa filiation 98 , afin que
d 'un seul iIs naissent tous pour la condamnation dont ne
libere que la grace du Sauveur 99 .
Je sais bien que la plupart des textes latins portent:
La mort a regne depuis Adamjusqu'a Moise sur ceux
qui ont peche en imitant la transgression d'Adam IOO ,
ce que ceux qui lisent ainsi ramenent au meme sens,
comprenant qu'ils ont peche en imitant la transgression
d'Adam, ceux qui ont peche en lui IOI , en sorte qu'ils
sont crees sembI abIes a lui comme des hommes nes
d'un homme et, de meme, comme des pecheurs nes
d'un pecheur, mortels nes d'un mortel, condamnes nes
d 'un condamne. Mais les textes grecs a partir desquels a
ete faite la traduction latine, soit tous, soit presque tous,
portent ce qui a ete avance par moi au debut I02 .
14. Mais il n' en va pas, dit- iI, du don de la grace
comme de la faute,. en effet, si par la faute d'un seul
beaucoup sont morts, la grace de Dieu et le don, dans
cette grace, du seul homme Jesus Christ, ont ete beau-
coup plus abondants pour un grand nombre I03 , non
pas «un plus grand nombre», c'est-a-dire des hommes
beaucoup plus nombreux - car ne sont pas en plus
grand nombre ceux qui sont justifies que ceux qui sont
condamnes - mais ont ete beaucoup plus abondants.
Adam, en verite, a, de son unique faute, fait naitre
des coupables. Le Christ, lui, meme les fautes que les
101. Cf. Rom. 5, 12.
102. Augustin renouvelle cette observation de critique textuelle
trois ans plus tard, dans un courrier (Ep. 157, III, 19 a Hilaire de
Syracuse), et pour soutenir la meme interpretation. Voir NC 14: «Les
regles d'interpretation de l'Ecriture rapPelees dans Ie De peccatorum
meritis et remissione», et NC 62: « Trace de l' Ambrosiaster dans
quelques passages du De peccatorum meritis et remissione ?»
103. Rom. 5, 15.
97
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
originale, in quo nati sunt, addiderunt gratia sua soluit
atque donauit, quod euidentius in consequentibus dicit.
XII, 15. Verum illud diligentius intuere quod ait
ob unius delictum multos mortuos. Cur enim ob unius
illius et non potius «ob delicta sua propria», si hoc loco
intellegenda est imitatio, non propagatio? Sed adtende
quod sequitur: Et non sicut per unum peccantem ita est
donum,. nam iudicium quidem ex uno in condemnatio-
nem, gratia autem ex multis delictis in iustificationem.
Nunc dicant ubi locum habeat in his uerbis ilia imita-
tio. Ex uno, inquit, in condemnationem; quo uno nisi
delicto? Hoc enim explanat cum adiungit: Gratia autem
ex multis delictis in iustificationem. Cur ergo iudicium
ex uno delicto in condemnationem, gratia uero ex multis
delictis in iustificationem? Nonne, si nullum est origi-
nale delictum, non solum ad iustificationem gratia, sed
etiam iudicium ad condemnationem ex multis delictis
homines ducit? Neque enim gratia multa delicta donat
et non etiam multa delicta condemnate Aut si propterea
ex uno delicto in condemnationem ducuntur quia omnia
delicta quae condemnantur ex unius illius imitatione
commissa sunt, eadem causa est cur ex uno delicto
etiam ad iustificationem duci intelle[16]gantur, quia
omnia delicta quae iustificatis remittuntur ex illius unius
imitatione commissa sunt.
104. Augustin croit pouvoir relever ici que la surabondance de la
grace n'est pas dans un nombre plus eleve de beneficiaires qu'il n'y a
d 'humains qui se Perdent, mais dans la double remise de Peine (pardon
et du peche originel et des peches personnels). Ce n'est pourtant pas a
ce niveau que Paul situe Ie surcroit. Son bien plus (multo magis) tient
a la disproportion qu'il confesse entre Ie retentissement d'une faute
humaine (commise par Adam) et celui de l'action divine (Ie salut opere
par Dieu-fait-homme).
105. Rom. 5, 15.
106. Rom. 5, 15.
107. Rom. 5, 16.
98
LWRE I
hommes ajouterent de leur propre volonte a la faute
originelle dans laquelle ils sont nes, les a, par Ie don
de sa grace, absoutes et pardonnees, ce qui est dit plus
clairement dans Ie passage qui suit 104 .
XII, 15. Mais examine avec plus de soin Ie fait qu' il
dit que par la faute d'un seul beaucou sont morts I05 .
Car pourquoi par la faute de lui seul l et non plutot
«par leurs propres fautes» si dans ce passage il faut
comprendre «imitation» et non «propagation»? Mais
prends garde a ce qui suit: Et il n' en va pas de meme
pour ce qui depend d'un unique pecheur et pour le don,
car si le jugement aboutit, a partir d'une seule, a la
condamnation, la grace, elle, aboutit, a partir d'un
grand nombre de fautes, a la justijication I07 . Qu'ils
disent main tenant ou trouve place dans ces paroles cette
imitation qu'ils avancent. A partir d'une seule, dit-il,
on vient a la condamnation. Quelle est cette «seule»
sinon une faute? C' est ce qu' il explique clairement
quand il ajoute: Mais c' est a partir d'un grand nom-
bre de fautes que la grace aboutit a la justijication 108 .
Pourquoi donc Ie jugement aboutissant, a partir d'une
seule faute, a la condamnation, tandis que la grace, a
partir de nombreuses fautes, mene a la justijication?
N'est-il pas vrai, s'il n'y a point de faute originelle, qu'a
partir d'un grand nombre de fautes, non seulement la
grace conduit a la justification, mais aussi Ie jugement
a la condamnation ? Car alors on ne peut pas dire que
la grace pardonne un grand nombre de fautes, et que Ie
jugement n' en condamne pas aussi un grand nombre.
Autrement dit, si la raison pour laquelle les hommes
sont conduits a la condamnation a partir d'une seule
faute, c' est que toutes les fautes condamnees ont ete
commises par l'imitation de ce seul homme, on com-
prendra qu' ils sont aussi conduits a la justification pour
la meme raison, a savoir que toutes les fautes remises
aux justifies ont ete commises en imitant ce seul homme.
108. Rom. 5, 16b.
99
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Sed hoc uidelicet non intellegebat Apostolus cum
dicebat: Iudicium quidem ex uno delicto in condemna-
tionem, gratia uero ex multis de lie tis in iustificationem!
Immo uero nos intellegamus Apostolum et uideamus
ideo dictum iudicium ex uno delicto in condemnationem
quia sufficeret ad condemnationem, etiamsi non esset
in hominibus nisi origin ale peccatum. Quamuis enim
condemnatio grauior sit eorum qui originali delicto
etiam propria coniunxerunt, et tanto singulis grauior
quanto grauius quisque peccauit, tamen etiam illud
solum quod originaliter tractum est non tantum a regno
Dei separat, quo paruulos sine accepta Christi gratia
defunctos intrare non posse ipsi etiam confitentur, uerum
et a salute ac uita aeterna facit alienos, quae nulla esse
alia potest praeter regnum Dei quo sola Christi societas
introducit.
XIII, 16. Ac per hoc ab Adam in quo omnes peccaui-
mus, non omnia nostra peccata, sed tantum originale
traximus b . A Christo uero in quo omnes iustificamur
non illius tantum originalis sed etiam ceterorum quae
ipsi addidimus peccatorum remissionem consequimur.
Ideo non sicut per unum peccantem ita est et donum.
Nam iudicium quidem ex uno delicto, si non remittitur,
b. A. traduximus (CSEL) on preferera la lon traximus, oubliee
dans l'apparat critique du CSEL mais presente dans l'edition des
Mauristes (PL 44). Voir G. FOLLIET, «"Trahere/contrahere peccatum".
Observations sur la terminologie augustinienne du che», dans
Homo spiritalis. Festgabeflir Luc Verheijen zu seinem 70. Geburtstag,
C. Mayer ed., Wiirzburg, 1987, p. 125 et la NC 15: «La transmission
(tradux) du peche originel: une terminologie desormais fixee».
109. Rom. 5, 16.
110. Declaration (5) qu'imposnt aux objecteurs les paroles du
Christ rapportees par saint Jean: A moins de renaftre d'En-Haut, nul
ne peut entrer dans Ie royaume de Dieu (Ioh. 3,5), comme il est dit plus
loin. Augustin a pu l' apprendre de Marcellinus et par une source ecrite
comme Ie liber signale plus loin (I, 34, 64). Voir la NC 44: «Le liber lu
par Augustin et Ie Liber de fide attribue a Rufin Ie Syrien».
100
LIVRE I
Mais, a I' evidence, ce n' est pas ce que comprenait
I' Apotre lorsqu' il disait: 1£ jugement, c ' est a partir
d'une seule faute qu'il mene a la condamnation, mais
la grace, c'est a partir t!'un grand nombre qu'elle
mene a lajustification I09 ! A nous plutot de comprendre
I' Apotre et de voir que le jugement pour la condam-
nation a ete prononce a partir d'une seule faute parce
que cette seule faute serait suffisante pour conduire a
la condamnation, meme s'il n'y avait chez les hommes
que Ie peche originel. Car, bien que plus lourde soit
la condamnation de ceux qui a la faute originelle ont
ajoute des fautes personnelles, et d' autant plus lourde
individuellement que I' on a peche plus lourdement,
cependant cette seule faute qui a ete conttactee a I' ori-
gine non seulement separe du royaume de Dieu, 00 ils
reconnaissent eux aussi que les petits enfants morts sans
avoir reu la grace du Christ ne peuvent entrer IIO , mais
aussi rend etranger au salut et a la vie etemelle, qui ne
peut etre rien d'autre que Ie royaume de Dieu ou seule
nous introduit I 'union avec Ie Christ.
XIII, 16. II en resulte que d' Adam, en qui nous
avons tous peche III , nous avons tire, non tous nos
peches, mais seulement Ie peche originel II2 , tandis que
du Christ, en qui nous sommes tous justifies I 13 , nous
obtenons Ie pardon non seulement du peche originel,
mais encore de tous les autres peches que nous lui
avons ajoutes. Ainsi n' en va-t-il pas de meme pour ce
qui depend d'un unique pecheur et pour le don 1l4 . Car
Ie jugement portant sur une seule faute, a savoir la faute
111. Cf. Rom. 5, 12c.
112. Voir la NC 15: «La transmission (tradux) du che originel:
une tenninologie desormais fixee».
113. Cf. Rom. 5, 16, construit sur Ie modele de Rom. 5, 12c.
114. Rom. 5,16.
101
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
id est originali, in condemnationem iam potest ducere,
gratia uero ex multis de lie tis remissis, hoc est non
solum illo originali, uerum etiam omnibus ceteris, ad
iustificationem perducit.
17. Si enim ob unius delictum mors regnauit per unum,
multo magis qui abundantiam gratiae et iustitiae acci-
piunt in uita regnabunt per unum Iesum Chri[17]stum.
Cur ob unius delictum mors regnauit per unum
nisi quia mortis uinculo tenebantur in illo uno in quo
omnes peccauerunt, etiamsi propria peccata non
adderent? Alioquin non ob unius delictum mors per
unum regnauit, sed ob delicta multa multorum per
unumquemque peccantem. Nam si propterea ceteri ob
alterius hominis delictum mortui sunt, quia ilIum in
delinquendo praecedentem subsequentes imitati sunt,
ille quoque et multo magis ob alterius delictum mortuus
est, quem diabolus delinquendo ita praecesserat ut ei
delictum etiam ipse suaderet. Adam uero nihil suasit
imitatoribus suis et multi qui eius imitatores dicuntur
eum fuisse et tale aliquid commisisse uel non audierunt
uel omnino non credunt. Quanto ergo rectius, sicut iam
dixi, diabolum principem constituisset Apostolus, a quo
uno peccatum et mortem per omnes transisse diceret si
hoc loco non propagationem, sed imitationem docere
uoluisset! Multo enim rationabilius Adam dicitur imi-
tator diaboli, quem suasorem peccati habuit, si potest
quisque imitari etiam ilium qui nihil ei tale suasit uel
omnino quem nescit.
115. Rom. 5, 17.
116. Rom. 5, 12c.
117. Cf. Iloh. 3,8.
118. Cf. Gen. 3, 1.
119. Cf. Rom. 5, 12b.
102
LIVRE I
originelle, si elle n' est pas remise, peut alors conduire
a la condamnation, tandis que la grace, a partir d'un
grand nombre de fautes pardonnees, c'est-a-dire non
seulement la faute originelle, mais toutes les autres,
conduit a la justification.
17. Si, en effet, par lafaute d'un seulla mort a regne
du fait d'un seul, bien plus ceux qui refoivent l'abon-
dance et de la grace et de la justice regneront dans la
vie par le seul Jesus Christl 15 .
Pourquoi a cause de la faute d'un seulla mort a-t-
elle regne par un seul, sinon parce qu' ils etaient retenus
par Ie lien de la mort en ce seul homme en qui tous
ont peche 1l6 , meme s'ils n'y ajoutaient pas de peches
personnels? Autrement, ce n' est pas a cause de la faute
d'un seul que la mort a regne par un seul, mais a cause
des nombreuses fautes d'un grand nombre par chaque
pecheur en particulier. Car si tous les autres sont morts
a cause de la faute d' un autre homme parce qu' ils I' ont
imite, succedant ainsi a qui les avait precedes, celui-la
aussi, et bien plus, est mort pour la faute d 'un autre, Ie
diable, qui I' avait precede dans Ie peche 117 en Ie pous-
sant lui-meme a la fauteII8. Adam, lui, n'a nullement
pousse a la faute ses imitateurs et beaucoup que I' on dit
ses imitateurs n' ont pas appris ou ne croient absolument
pas qu' il a existe et commis un tel acte. Combien plus
justement, comme je I'ai deja dit, l' ApOtre aurait-il pre-
sente Ie diable comme I 'unique initiateur a partir duquel
declarer ue Ie peche et la mort sont passes d'homme a
homme II , s' il avait voulu enseigner ici non la propa-
gation, mais I' imitation! Car c' est avec beaucoup plus
de raison qu' Adam est declare imitateur du diable, qu' il
tint pour celui qui Ie persuada de pecher I20 , si l'on peut
imiter meme quelqu 'un qui ne vous a rien inspire de tel
et dont on ignore absolument tout.
120. Cf. Gen. 3, 13 (Eve accuse Ie serPent, figure du diable, de
l' avoir trompee).
103
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Quid est autem: Qui abundantiam gratiae et iustitiae
accipiunt, nisi quod non ei tantum peccato in quo omnes
peccauerunt, sed eis etiam quae addiderunt gratia
remissionis datur eisque hominibus tanta iustitia dona-
tur ut, cum Adam consenserit ad peccatum suadenti,
non cedant isti etiam cogenti ? Et quid est: Multo magis
in uita regnabunt, cum mortis regnum multo plures in
aetemas poenas trahat, nisi intellegamus eos ipsos in
utroque dici qui transeunt ab Adam ad Christum, id
est [18] a morte ad uitam, quia in uita aetema sine fine
regnabunt, magis quam in eis temporal iter et cum fine
regnauit?
18. Itaque sicut per un ius delictum in omnes homines
ad condemnationem ita et per un ius iustificationem
in omnes homines ad iustificationem uitae. Hoc unius
delictum, si imitationem adtendamus, non erit nisi dia-
boli. Sed quia manifestum est de Adam, non de diabolo
dici, restat intellegenda non imitatio, sed propagatio
peccati.
XIV. Nam et quod ait de Christo: Per unius iusti-
ficationem, magis hoc expressit quam si «per unius
iustitiam» diceret. Eam quippe iustificationem dicit qua
Christus iustificat impium, quam non imitandam propo-
suit, sed solus hoc potest. Nam potuit Apostolus recte
dicere: «Imitatores mei estote sicut et ego Christi»,
numquam autem diceret: «Iustificamini a me sicut et
121. Rom. 5, 17 (debut).
122. Rom. 5, 12c.
123. Rom. 5, 17 (suite).
124. Sur ce passage de multo magis (<< combien davantage») a
multo plures (<<combien plus d'humains»), voir plus loin, I, 15,20.
125. A savoir: ceux qui sont concemes par Ie pardon du seul che
originel et ceux qui sont concemes par Ie pardon et du che originel
et de leurs peches Personnels.
126. Rom. 5, 18.
127. Cf. Rom. 5, 18.
128. Cf. Rom. 4, 5.
104
LIVRE I
Par ailleurs, que signifie: ui refoivent l' abondance
de la grace et de la justice I I, sinon que ce n' est pas
seulement a ce peche dans lequel tous ont peche I22 , mais
aux peches qu' ils ont a joutes qu' est donnee la grace du
pardon, et qu' aces hommes est accordee une justice si
gran de que, alors qu' Adam a donne son consentement
a qui Ie poussait au peche, ceux-la ne lui cedent pas,
meme sous sa contrainte? Et pourquoi: lls regneront
beaucoup plus dans la vie I23 , alors que Ie regne de la
mort en entraine beaucoup plus dans les chatiments
etemels I24 , sinon pour que nous comprenions que sont
designes dans les deux cas 125 ceux qui pas sent d' Adam
au Christ, c'est-a-dire de la mort a la vie, parce que dans
la vie etemelle ils regneront sans fin, plus I que la mort
n ' a regne en eux dans Ie temps et de faon limitee ?
18. Aussi, de meme que, par lafaute d'un seul, pour
tous les hommes on va a la condamnation, de meme
aussi, par la justification d'un seul, our tous les hom-
mes on va a lajustification de la vie l 6. Cette faute d'un
seul, si nous admettions l'imitation, ne sera que celIe du
diable. Mais parce qu' il est clair qu' il s' agit d' Adam et
non du diable, il reste qu'on doit comprendre non pas
« imitation», mais «propagation» du peche.
XIV. Et quand il dit du Christ: Par la justification
d'un seul I27 , il exprime mieux cette pensee que s'il disait
«par la justice d 'un seul ». II appelle en effet «justifica-
tion» ce par quoi Ie Christ justifie l'impie I28 , ce qu'il
n'a Eas propose d'imiter mais que lui seul peut accom-
plir 29. Car I' Apotre pu dire avec raison: Soyez mes
imitateurs comme je le suis du Christl 30 , mais jamais il
n' aurait dit: «Vous etes justifies par moi comme je suis
129. Si Ie Christ a ete juste dans sa vie Personnelle et imitable
comme tel, il est encore plus - car a titre unique - Ie justificateur de
tout humain. Voir NC 55: «La justice dans la condition actuelle de
1 'homme». Augustin annonce a Marcellinus Ie traitement de la qua-
trieme grande objection (un homme Peut parvenir a etre parfaitement
juste) auquel est consacre Ie livre II de Pecc. mer.
130. I Cor. 11, 1.
105
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ego sum iustificatus a ChristO», quoniam possunt esse
et sunt et fuerunt multi iusti homines et imitandi, iustus
autem et iustijicans nemo nisi Christus. V nde dicitur:
Credenti in eum qui iustijicat impium deputatur fides
eius ad iustitiam. Quisquis ergo ausus fuerit dicere:
«Iustifico te», consequens est ut dicat etiam: «Crede
in me.» Quod nemo sanctorum recte dicere potuit nisi
sanctus sanctorum: Credite in Deum et in me credite ut,
quia ipse iustijicat impium, credenti in eum qui iustijicat
impium deputetur fides ad iustitiam.
XV, 19. Nam si sola imitatio facit peccatores per
Adam, cur non etiam per Christum sola imitatio iustos
facit? Sicut enim, inquit, per un ius delictum in omnes
homines ad condemnation em, sic et per un ius iustijicatio-
nem in omnes homines ad iustijicationem uitae. Proinde
isti «unus» et «unus » non Adam et Christus, sed Adam
et Abel constitui debuerunt, quoniam cum multi nos in
huius uitae tempore praecesserint peccatores [19] eos-
que imitari fuerint qui posteriore tempore peccauerunt,
ideo tamen uolunt isti non nisi Adam dictum, in quo
omnes imitatione peccauerinrc, quia primus hominum
ipse peccauit ac per hoc Abel dici debuit, in quo uno
similiter homines imitatione iustificentur, quoniam ipse
primus hominum iuste uixit. Aut si propter quendam
articulum temporis ad noui testamenti exordium perti-
nentem Christus est positus propter imitationem caput
c. Le CSEL retient la lon peccauerunt mais Ie subjonctif peccaue-
rint que presentent quelques-uns des plus anciens manuscrits parat"t
mieux etabli pour Ie sens (Augustin rapporte l'opinion des isti) et est
retenu par R. Habitzky et R. Teske.
131. Cf. Rom. 3,26.
132. Rom. 4, 5.
133.loh. 14, 1.
134. Rom. 4, 5.
135. Rom. 5, 18.
136. Isti designe les Personnes qui emettent l' opinion (3) rapportee
106
LIVRE I
justifie par Ie Christ», parce qu'il peut y avoir, il y a et
il y a eu bien des hommes justes et dignes d' etre imites,
mais que personne n' est juste et capable de justifier I 3 I
sinon Ie Christ. Aussi est-il dit: A celui qui croit en
celui qui justifie l'impie, sa foi est imputee a justice I32 .
Aussi pour quiconque aura ose dire: «Je te justifie», il
est logique qu' il dise aussi: «Crois en moL» Ce que
nul parmi les saints n' a ose dire si ce n' est Ie saint des
saints: Croyez en Dieu et croyez en moi I33 pour que,
puisque lui-meme justifie l'impie, a qui croit en celui
quijustifie l'impie, lafoi soit imputee a justice I 34.
XV, 19. Car si c'est l'imitation seule qui fait les
pecheurs en Adam, pourquoi la seule imitation ne fait-
elle pas les justes en Christ? De meme que, dit-il, c'est
par le peche d'un seul que l'on en vient a la condam-
nation pour tous les hommes, c' est par la justification
d'un seul qu' on en vient a la justification de la vie pour
tous les hommes I35 . Par consequent, ces «un seul» et
«un seul» auraient dO etre presentes non comme Adam
et Ie Christ, mais comme Adam et Abel puisque, bien
qu'ils aient ete nombreux, nos predecesseurs en cette
vie, a avoir peche et que les aient imites ceux qui ont
vecu aux epoques suivantes, neanmoins ils I36 veulent
qu'il ne so it question que d' Adam, en qui tous auraient
peche I37 par imitation parce que lui, Ie premier des
hommes, a peche. Et pour cette raison il aurait dO etre
question d' Abel, en qui seul, de la meme faon, les
hommes seraient justifies par I' imitation parce qu' il est
Ie premier homme a avoir vecu selon la usticeI38. Ou
bien si, en raison d'une certaine periode l 9 appartenant
au debut du Nouveau Testament, Ie Christ a ete propose
a l'imitation en tant que «tete» des justes, Judas, qui
par Augustin au debut de cette section (I, 9, 9) d'apres leur propre
interpretation de Rom. 5, 12.
137. Cf. Rom. 5, 12c.
138. Cf. Hebr. 11, 4.
139. Articulum designe l'epoque de la premiere generation de
chn5tiens.
107
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
iustorum, Iudas eius traditor caput poni debuit peccato-
rum. Porro si propterea Christus unus est in quo omnes
iustificentur quia non sola eius imitatio iustos facit sed
per spiritum regenerans gratia, propterea et Adam unus
est in quo omnes peccauerunt quia non sola eius imitatio
peccatores facit sed per camem generans poena. Ob hoc
etiam dictum est «omnes» et «omnes». Neque enim
qui generantur per Adam idem ipsi omnes per Christum
regenerantur; sed hoc recte dictum est quia sicut nullius
camalis generatio nisi per Adam sic spiritalis nullius
nisi per Christum. Nam si aliqui possent came gene-
rari non per Adam et aliqui generari d spiritu non per
Christum, non liquide omnes siue hic siue ibi dicerentur.
Eosdem autem omnes postea multos dicit; possunt
quippe in aliqua re omnes esse qui pauci sunt. Sed
multos habet generatio camalis, multos et spiritalis,
quamuis non tam multos haec spiritalis quam ilia car-
nalis. Verum tamen quemadmodum ilia omnes habet
homines, sic ista omnes iustos homines, quia sicut nemo
praeter illam homo sic nemo praeter istam iustus homo,
et in utraque multi. Sicut enim per inoboedientiam unius
hominis [20] peccatores constituti sunt multi, ita per
oboedientiam unius hominis iusti constituentur multi.
d. Generari, retenu par R. Habitzky et R. Teske, plutot que regene-
rari, a cause du parallele precedent (carne generari).
140. Voir NC 55.
141. Rom. 5, 12c.
142. «RegenereS», c'est-a-dire, tout d'abord baptises dans la foi de
I'Eglise (cf. Tit. 3, 5c: Sauves par Ie bain de la regeneration). En ce
sens, Ie decompte d' Augustin est arithmetiquement juste. Ill' est aussi
theologiquement, a ses yeux, en vertu des paroles de Jesus: A moins
de renaitre de l'eau et de l'Esprit, nul ne peut entrer dans Ie Royaume
des cieux (Ioh. 3, 5).
143. Rom. 5, 19. Dans Ie vocabulaire semitique, « beaucoup »
signifie « la multitude» jusqu' au sens de «toUS», ainsi quand Jesus dit :
«Mon sang (qui sera) verse pour la multitude» (Matth. 26, 28; voir
aussi Matth. 20,28 et Marc. 10,45). II convient donc de ne pas forcer
108
LNRE I
I' a trahi, aurait do etre presente comme «tete» des
pecheurs. D' autre part, si Ie Christ est Ie seul en qui
tous soient justifies car ce n' est pas sa seule imitation
qui les fait justes, mais la grace qui regenere par I' action
de l'EritI40, Adam aussi est Ie seul en qui tous ont
pee he I car ce n' est pas sa seule imitation qui fait les
pecheurs, mais la condamnation qui les engendre. Pour
cette raison aussi il a ete dit tous et tous car ceux qui
sont engendres par Adam ne sont pas tous regeneres par
Ie Christ I42 . Mais cela a ete dit justement parce que, de
meme qu ' il n' y a de generation charnelle que par Adam,
il n' en est de spirituelle que par Ie Christ. Car si certains
pouvaient etre engendres dans la chair autrement que
par Adam et certains engendres en esprit autrement que
par Ie Christ, tous ne serait pas employe clairement dans
ce cas et dans I' autre.
Mais ces to us , I' Apotre les dit ensuite nombreux:
peuvent en verite, en tel ou tel cas, etre appeles «toUS»
des gens peu nombreux; mais la generation charnelle
en compte un grand nombre, un grand nombre aussi
la spirituelle, encore que cette generation spirituelle
n ' en compte pas autant que la charnelle. Cependant,
de meme que la premiere compte tous les hommes, de
meme la seconde tous les hommes justes, car de meme
que personne n' existe comme homme en dehors de la
premiere, de meme il n' est pas d 'homme juste en dehors
de la seconde, et dans I 'une et I' autre ils sont nombreux :
De meme en effet que par la desobeissance d'un seul
homme des pecheurs ont ete constitues en grand nom-
bre, de meme, par l'obeissance d'un seul homme, des
justes seront constitues en grand nombre I43 .
theologiquement ce multi (grec oi 3tOAAO£), estime A. ZUMKELLER
apres O. Kuss, ALG, p.238. Voir J. JEREMIAS, «Polloi», dans
Theologisches Worterbuch zum Neuen Testament, VI, Stuttgart, 1959,
p. 536-545. Mais Augustin n'eOt pas admis une extension du sens latin
litteral puisqu 'illit dans Ie verset une opposition entre «les humains»
et ceux d'entre eux qui sont devenus «justes », alors que Paul meditait
plus exactement sur Ie passage de la condition de «pecheurs» a celle
de «justes».
109
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
20. Lex autem subintrauit ut abundaret delictum. Hoc
ad originale homines addiderunt iam propria uoluntate,
non per Adam; sed hoc quoque soluitur sanaturque per
Christum quia ubi abundauit peccatum superabundauit
gratia ut, quemadmodum regnauit peccatum in mortem,
etiam quod non ex Adam traxerunt homines, sed sua
uoluntate addiderunt, sic et gratia regnet per iustitiam
in uitam aeternam. Non tamen aliqua iustitia praeter
Christum sicut aliqua peccata praeter Adam. Ideo
cum dixisset: Quemadmodum regnauit peccatum in
mortem, hic non addidit: Per unum aut per Adam quia
supra dixerat etiam de peccato illo quod subintrante
lege abundauit et hoc utique non est originis, sed iam
propriae uoluntatis. Cum autem dixisset: Sic et gratia
regnet per iustitiam in uitam aeternam, addidit: Per
Iesum Christum Dominum nostrum quia generante came
illud tantummodo trahitur quod est originale peccatum,
regenerante autem Spiritu non solum originalis, sed
etiam uoluntariorum fit remissio peccatorum.
XVI, 21. Potest proinde recte dici paruulos sine
baptismo de corpore exeuntes in damnatione omnium
mitissima futuros. Multum autem fall it et fallitur
144. Rom. 5, 20a.
145. Rom. 5, 20b.
146. Rom. 5, 21a.
147. Rom. 5, 21b.
148. Rom. 5, 21a.
149. Rom. 5, 20a.
150. Rom. 5,21 b.
151. Rom. 5, 21b.
152. Ainsi s'acheve Ie commentaire suivi de Rom. 5, 12-21, 00
Augustin a voulu montrer que Paul soutenait que Ie Christ est l'unique
sauveur non seulement des humains qui se rendent coupables de fautes
personnelles, mais de tout etre humain puisque tous les descendants
d' Adam sont pecheurs solidairement en lui. Tel n' etait pas, en realite,
I' objectif declare de I' Ap<>tre. Mais Augustin etait, du moins, en droit
de puiser en Rom. 5 des elements d' intelligence du mystere du salut
chretien puisque I' Ap<>tre y medite sur ce que la foi dans Ie Christ
revele du che, de la loi, de la justice et du destin de I'humanite.
110
LNRE I
20. Mais la loi est intervenue pour faire surabonder
la jaute I44 . C'est la ce que les hommes ajouterent au
peche originel, desonnais de leur propre volonte et non
par Adam. Mais cela aussi est pardonne et gueri par Ie
Christ parce que, la ou le peche a abonde, a surabonde
la grace I45 de faon 2ue, de meme que le peche a regne
pour donner la mort l 6 - meme ce que les hommes n' ont
pas tire d' Adam mais ont ajoute de leur propre volonte
-, de meme aussi la race regne par la justice pour
donner la vie eternelle 47. Or il n' est pas de justice sans
Ie Christ comme il n' est point de peches sans Adam.
Aussi, ayant dit: De meme que le peche a regne pour
donner la mort I48 , il n'a pas ajoute ici «par un seul»
ou «par Adam» parce qu' il avait dit aussi plus haut a
propos de ce peche-la que, la loi etant intervenue, il
devint abondant I49 et cela n' etait pas d' origine, bien sOr,
mais issu desonnais de la volonte propre. Puis, ayant
dit: De fafon que de meme aussi la grace regne par
la justice pour la vie eternelle I50 , il ajouta: Par Jesus
Christ, notre Seigneur I5I parce que dans la generation
charnelle n' est transmis que ce qui est peche originel,
mais que de la regeneration par I 'Esprit resulte non
seulement Ie pardon du che originel, mais aussi celui
des peches volontaires 1 .
3. La preuve par Ie bapreme des tout-petits I53 .
XVI, 21. Aussi peut-il etre dit justement que les tout-
petits qui quittent leur corps sans bapteme sont promis
a la condamnation, mais la plus douce de toutes I54 .
Mais I' on se trompe et I' on est fortement trompe si I' on
153. Voir NC 16: «La pratique, entre Ir s. et ve s., de baptiser des
tout-Petits», NC 17: «Positions d'auteurs chretiens sur Ie motif theo-
logique de baptiser des tout -Petits» et NC 18: «Augustin et Ie bapteme
des tout-Petits avant Ie De peccatorum meritis et remissione et apres
1 ui ».
154. Sur cette «condamnation la plus douce de toutes », voir
NC 19: «Mitissima damnatio/poena. L' adoucissement des Peines de
I' enfer pour les non-baptises morts en bas-age».
111
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
qui eos in damnatione predicat non futuros, dicente
Apostolo: Judicium ex uno delicto in condemnationem
et paulo post: Per unius delictum in omnes homines
ad condemnationem. Quando ergo peccauit Adam non
oboe[21]diens Deo, tunc eius corpus, quamuis esset ani-
male ac mortale, gratiam perdidit qua eius animae omni
ex parte oboediebat; tunc ille extitit bestialis motus
pudendus hominibus quem in sua erubuit nuditate; tunc
etiam morbo quodam ex repentina et pestifera corrup-
tione concepto factum in illis est ut ilia in qua creati sunt
stabilitate aetatis amissa per mutabilitates aetatum irent
in mortem. Quamuis ergo annos multos postea uixerint,
illo tamen die mori coeperunt quo mortis legem quam
in senium ueterescerent acceperunt. Non enim stat uel
temporis puncto sed sine intennissione labitur quicquid
continua mutatione sensim currit in finem non perficien-
tem, sed consumentem. Sic itaque impletum est quod
dixerat Deus: Qua die ederitis, morte moriemini.
Ex hac igitur inoboedientia camis, ex hac lege pec-
cati et mortis quisquis camaliter generator regenerari
spiritaliter opus habet, ut non solum ad regnum Dei
perducatur, uerum etiam a peccati damnatione liberetur.
Simul itaque peccato et morti primi hominis obnoxii
nascuntur in came, et simul iustitiae uitaeque aetemae
secundi hominis sociati renascuntur in baptismo; sic et
in Ecclesiastico scriptum est: A muliere initium factum
155. Rom. 5, 16.
156. Rom. 5, 18.
157. Cf. Gen. 3, 7. Augustin approfondit cela a partir de I, 29, 57,
en abordant la sexualite conjugale, puis en II, 22, 36. Voir la NC 38 :
«La sexualite, lieu d' experience sensible de la condition humaine,
blessee par Ie he originel ».
158. Cf. Rom. 8, 2.
159. Gen. 2, 17.
160. Cf. Rom. 8, 2. De retour en Afrique et avant son ordination
episcopale, Augustin avait commente la double expression paulinienne
(De diu. quaest. 83, quo 66): «On dit loi de peche, non parce que la loi
112
LIVRE I
pretend qu' ils ne sont pas promis a la condamnation,
puisque I' Apotre dit: 1£ juement voue a la condam-
nation pour une seule faute 55 et un peu plus loin: Par
la faute d'un seulla condamnation tombe sur tous les
hommes I56 . Lorsque donc Adam eut peche pour n'avoir
pas obei a Dieu, son corps, quoique pourvu d'une ame
et mortel, perdit alors la grace par laquelle il obeissait
tout entier a son ame; c' est alors que se manifesta ce
mouvement bestial, qui fait honte aux humains, qui
Ie fit rougir dans sa nudite I57 ; c'est alors que, par un
mal ne d'une corruption soudaine et contagieuse, il se
fit en eux que, ayant perdu la duree inalterable de la
jeunesse, ils allaient a la mort a travers les ,changements
de I' age; et donc, bien qu' ils vecussent encore de nom-
breuses annees, ils commencerent a mourir Ie jour ou
leur fut imposee la loi de la mort I58 selon laquelle ils
devaient vieillir jusqu' a la decrepitude. Car ne s' arrete
pas un seul instant mais glisse sans interruption tout ce
qui, en une mutation continuelle, court jusqu' a une fin
qui n' est pas achevement, mais dissolution. C' est ainsi
qu' est accompli ce que Dieu avait dit: 1£ jour OU vous
mangerez, vous mourrez I59 .
Donc par cette desobeissance de la chair et cette
loi du peche et de la mort I60 , tout ce qui est engendre
charnellement a besoin d' etre regenere spirituellement,
non seulement pour etre conduit au royaume de Dieu,
mais pour etre libere de la condamnation du peche. De
meme, donc, que les hommes naissent dans la chair
exposes au peche et a la mort du premier homme,
de meme ils renaissent dans Ie bapteme associes a la
justice et a la vie etemelle du second homme I6I . Ainsi
est-il ecrit aussi dans l'Ecclesiastique: D'une femme
serait che, mais parce qu' elle est imposee aux cheurs; de meme
loi de la mort parce que la mort est Ie salaire du peche (Rom. 6, 23:
Stipendium peccati mors).»
161. «Ie premier homme» (Adam): cf. I Cor. 15, 45.47; «Ie
second» (Jesus Christ): cf. I Cor. 15,47.
113
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
est peccati et per illam omnes morimur. Siue autem a
muliere siue ab Adam dicatur, utrumque ad primum
hominem pertinet quoniam, sicut nouimus, mulier ex
uiro est et uttiusque una caro est. V nde et illud quod
scriptum est: Et erunt duo in carne una. Igitur iam non
duo, inquit Dominus, sed una caro.
XVII, 22. Quapropter qui dicunt paruulos ideo bap-
tizari ut hoc eis remittatur quod in hac uita proprium
contraxerunt, non quod ex Adam traduxerun , non
magno molimine refellendi sunt. Quando enim secum
ipsi paululum sine certandi studio cogitauerint quam sit
absurdum nec dignum disputatione quod dicunt, conti-
nuo [22] sententiam commutabunt. Quod si noluerint,
non usque adeo de humanis sensibus desperandum est
ut metuamus ne hoc cuipiam persuadeant. Ipsi quippe,
ut hoc dicerent, alicuius alterius sententiae suae praeiu-
dicio, ni failor, inpulsi sunt ac propterea cum remitti
baptizato peccata necessario faterentur nec fateri uellent
ex Adam ductum esse peccatum quod remitti fatebantur
infantibus, ips am infantiam coacti sunt accusare; quasi
accusator infantiae hoc securior fieret quo accusatus ei
respondere non posset. Sed istos, ut dixi, omittamus;
neque enim sennone uel documentis opus est quibus
innocentia probetur infantum quantum ad eorum pertinet
e. G. FOLLIET, «UTrahere/contrahere"oo.», p. 124, s'etonne de ne
pas trouver de lon traxerunt dans la mesure 00 Ie couple contrahere
- trahere est une creation d' Augustin et ecrit: «Malgre tout, la leon
"traxerunt" nous parait s' imposer.» Mais tous les manuscrits portent
traduxerunt et Augustin rapporte ici Ie point de vue d' objecteurs.
162. Eccli. 25, 24.
163. Cf. Gen. 2,21-23.
164. Matth. 19,5-6,00 Jesus cite Gen. 2,24.
165. Premiere explication theologique (opinion 6) avancee par
certains de la pratique du baptSme des hehes. Elle est repetee (15) en
I, 34, 63 puis (17) en I, 34, 64. Caelestius ne la soutenait pas mais,
114
LIVRE I
est sortie l' origine du peche, et par elle nous mourons
tous I62 . Que l'on parle de la femme ou d'Adam, dans
les deux cas on se rerere au premier homme puisue,
comme nous Ie savons, la femme sort de l'homme l et
ils ne sont qu 'une seule chair. D' ou aussi ce qui est ecrit :
Et Us seront deux en une seule chair. lls ne sont done
plus deux, dit Ie Seigneur, mais une seule chair I64 .
3.1. Reponse it ceux qui justifient Ie bapreme des
tout-petits par un pardon de leurs peches personnels.
XVII, 22. C'est pourquoi ceux qui disent que les
tout-petits sont baptises pour que leur so it pardonne ce
qu'ils ont commis personnellement en cette vie, mais
non ce qu'ils ont tire d' Adam I65 doivent etre refutes
sans grande peine. Car, lorsqu' ils auront reflechi un peu
en eux-memes, sans passion pour la controverse, a quel
point ce qu' ils disent est absurde et indigne de discus-
sion, ils changeront aussitot d'avis. Et s'ils s'y refusent,
il ne faut pas desesperer de I' intelligence humaine au
point de redouter qu' ils en seduisent certains. Eux, sans
doute, pour dire cela, ont ete, si je ne me trompe, pousses
par un prejuge ne de l'opinion de quelqu'un d'autre I66
. .".
et, pour cette raIson, reconnalssant necessalrement que
les peches sont pardonnes au baptise et, ne voulant pas
reconnaitre qu'est venu d'Adam Ie peche qu'ils recon-
naissaient comme pardonne aux petits enfants, ils ont
ete contraints d' accuser la petite enfance elle-meme,
comme si I' accusateur de la petite enfance etait dans une
situation d' autant plus sOre que I' accuse ne pouvait lui
repondre. Mais laisons ces gens-la, comme je l'ai dit.
Car il n' est point besoin de discours ou de temoignages
pour prouver I' innocence des petits enfants quant a la
d'apres I, 34, 63, d'autres chretiens entendus par MarceUinus depuis la
conclusion de la comparution de Caelestius.
166. Qui serait cet « autre » (qui Peut renvoyer a plusieurs Per-
sonnes)? Apparemment pas Caelestius car, devant la commission
d'eveques, il avait esquive Ie mot «pardon», admettant seulement que
Ie bapteme confere aux nouveau-nes est un acte de redemption.
115
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
uitam quam recenti ortu in se ipsis agunt, si eam non
agnoscit sensus humanus nullis amminiculis cuiusquam
disputationis adiutus.
XVIII, 23. Sed illi mouent et aliquid consideratione
ac discussione dignum uidentur afferre qui dicunt paruu-
los recenti uita editos uisceribus matrum non propter
remittendum peccatum percipere baptismum, sed ut
spiritalem procreationem habentes creentur in Christo
et ipsius regni caelorum participes fiant eodem modo
filii et heredes Dei, coheredes autem Christi. A quibus
tamen cum quaeritur utrum non baptizati et non effecti
coheredes Christi regnique caelorum participes habeant
saltem beneficium salutis aetemae in resurrectione
mortuorum, laborant uehementer nec exitum inueniunt.
Quis enim Christianorum ferat cum dicitur ad aetemam
salutem posse quemquam peruenire si non renascatur
in Christo, quod per baptismum fieri uoluit eo iam
tempore quo tale [23] sacramentum constituendum fuit
regenerandis in spem salutis aetemae?
Vnde dicit Apostolus: Non ex operibus iustitiae quae
nos fecimus, sed secundum suam misericordiam saluos
nos fecit per lauacrum regenerationis. Quam tamen
salutem in spe dicit esse cum hic uiuimus, ubi ait: Spe
enim saluifacti sumus. Spe autem quae uidetur non est
spes,. quod enim uidet quis, quid sperat ? Si autem quod
non uidemus speramus, per patientiam expectamus.
167. Pour toute la section I, 18, 23 - 25, 38, voir NC 20: «La
confession du peche originel: surtout a propos des tout-Petits?»
168. Cf. II Cor. 5, 17a.
169. Cf. loh. 3, 5.
170. Rom. 8, 17. Deuxieme essai d' explication (opinion 7) du bap-
teme des hehes, sans doute lu dans Ie liber signale plus loin (I, 34, 64),
la declaration ici rapportee se lisant quasi a I' identique dans Ie Liber
de fide. Voir la NC 44.
171. En l' absence d' exrience Personnelle, Augustin parait evo-
quer ici des discussions avec ces Personnes, en Afrique meme, dont il
aura entendu parler, par exemple par Marcellinus.
116
LIVRE I
vie qu'ils menent en eux-memes lorsqu'ils viennent de
naitre, si Ie bon sens de l'homme ne la reconnait pas
comme telle sans Ie secours d'une discussion.
3.2. Reponse a ceux qui justifient Ie bapteme des
tout-petits pour leur acces au royaume des cieux,
mais sans besoin d'un pardon I67 .
XVIII, 23. Mais d' autres deplacent Ie debat et
semblent apporter un element digne de reflex ion et de
discussion. lIs disent que les tout-petits qui viennent de
sortir des entrailles de leur mere reoivent Ie bapteme
non pour Ie pardon du peche, mais pour que, beneficiant
d' une procreation spirituelle, ils soient crees dans Ie
Christ Ib8 et que, participant au royaume des cieux 169, ils
deviennent de la meme faon fils et heritiers de Dieu,
et aussi coheritiers du Christl 70. Pourtant, lorsqu'on
leur demande si des non-baptises, qui ne sont pas deve-
nus coheritiers du Christ et participants au royaume
des cieux, ont tout de meme Ie benefice du salut a la
resurrection des morts, ils sont bien embarrasses et ne
trouvent pas d'issue I7I . Quel chretien, en effet, ad met-
trait qu' on dise que quelqu 'un peut parvenir au salut
etemel sans renaitre en Christ, ce que lui-meme voulut
operer par Ie bapteme 172, a I' epoque 00 un tel sacrement
fut etabli pour la regeneration de I 'homme dans I' espoir
du salut etemel ?
C' est pour cela que I' Apotre dit: Ce n' est pas selon
les lEuvres de justice que nous avons faites, nous, mais
c 'est selon sa misericorde qu' il nous a sauves par le
bain de la regen era ti(J n 173 ; mais ce salut, ille dit etre
dans I' esperance tant que nous vivons ici-bas, quand il
dit: C' est en esperance que nous avons ete sauves, mais
l'esperance, quand on voit, n'est pas esperance, car ce
que l' on voit, pourquoi l' esperer? Mais si nous espe-
rons ce que nous ne voyons pas, nous attendons dans
172. Cf. loh. 3, 5.
173. Tit. 3, 5ab.
117
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Sine ista ergo regeneratione saluos in aetemum posse
paruulos fieri quis audeat adfinnare, tamquam non pro
eis mortuus sit Christus?
Etenim Christus pro impiis mortuus est. Isti autem
qui, ut manifestum est, nihil in sua propria uita impie
commiserunt, si nec originaliter ullo impetatis uinculo
detinentur, quomodo pro eis mortuus est qui pro impiis
mortuus est? Si nulla originalis peccati aegrltudine
sauciati sunt, quomodo ad medicum Christum, hoc est
ad percipiendum sacramentum salutis aetemae, suorum
currentium f pio timore portantur et non eis in ecclesia
dicitur: «Auferte hinc innocentes istos: Non est opus
sanis medic us, sed male habentibus,. non uenit Christus
uocare iustos, sed peccatores» ? Numquam dictum est,
numquam dicitur, numquam dicetur in ecclesia Christi
tale commentum.
XIX, 24. Ac ne g quis existimet ideo paruulos ad
baptismum adferri oportet quia, sicut peccatores non
sunt, ita nec iusti sunt, quomodo ergo quidam meritum
huius aetatis a Domino laudatum esse commemorant
quando ait: Sinite paruulos uenire ad me,. talium est
f. Currentium figure sur tous les manuscrits. La correction
curantium (<< ceux qui ont soin d' eux ») due a un editeur modeme
(ENGELBRECHT) et suivie par Ie CSEL, puis R. HABITZKY et R. TEsKE
mais pas I. VOLPI, trahit l' ignorance du contexte Ie plus frequent des
baptSmes de hehes au temps d' Augustin, a savoir Ie danger de mort
imminente. Voir la NC 22.
g. La section ne quis existimet (. . .) iusti sunt dePend de la proposi-
tion principale quomodo ergo quidam (. . .) caelorum 00 ergo prolonge
ues logiquement Ie raisonnement deploye depuis I, 18, 23. II n 'y a
donc pas lieu de remplacer ne par si (absent des manuscrits) comme Ie
fait Ie CSEL, suivi par R. Habitzky.
174. Rom. 8, 24-25. Apparait ici l'amorce de la thematique «en
esrance»l«en realite» (in spe ou spe/in re) deployee au livre II
section II, 7, 9; 8, 10; 10, 12; 24.
175. Rom. 5, 6.
118
LIVRE I
la patience I74 . Sans cette regeneration, donc, qui oserait
affinner que les tout-petits peuvent etre sauves pour
I' etemite comme si Ie Christ n' etait pas mort pour eux ?
Car le Christ est mort pour les impies l75 , mais ces
petits qui, comme c ' est evident, n' ont rien commis
d'impie dans leur vie personnelle, s'ils ne sont pri-
sonniers des I' origine dans quelque lien d' impiete,
comment est-il mort pour eux, lui qui est mort pour les
impies I76 ? S'ils n'ont ete blesses par aucune maladie I77
nee du peche originel, comment sont-ils portes devant ce
medecin qu' est Ie Christ 178, c' est -a-dire afin de recevoir
Ie sacrement du salut etemel, par la crainte pieuse de
ceux qui se precipitent 179, et comment ne leur est - il pas
dit dans l'eglise: «Retirez d'ici ces innocents: les bien
portants n ' ont pas besoin de medecin, mais ceux qui sont
malades I80 ; Ie Christ n'est pas venu appeler les justes,
mais les pecheUrS I8I »? Jamais n'a ete prononcee,jamais
n'est prononcee, absolument jamais ne sera prononcee
dans I , Eglise du Christ une telle interpretation.
3. 3. Reponse a ceux qui pretendent que Ie Christ a
loue les tout-petits comme justes.
XIX, 24. Et comment donc certains, par crainte qu' on
pense qu'il convient de porter les tout-petits au bapteme
pour la raison que, tout en n' etant pas des pecheurs, ce
ne sont pas des justes, comment donc rappellent-ils que
la valeur de cet age a ete louee par Ie Seigneur quand il a
dit: Laissez venir a moi les tout-petits car c' est a de tels
176. Rom. 5, 6.
177. «Maladie» (aegritudo): voir la NC 21 : «Christus medicus et
la metaphore medicale sur Ie peche originel ».
178. Cf. Matth. 9,12; Marc. 2,17; Luc. 5, 31.
179. Currentium. Voir laNC 22: « Grande frequence, chez Augustin,
de l'expression currere ad baptismum a propos des tout-Petits ».
180. Luc. 5, 31.
181. Cf. Luc. 5, 32.
119
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
enim regnum caelorum? Si enim hoc non propter [24]
humilitatis similitudinem, quod humilitas paruulos
faciat, sed propter puerorum uitam laudabilem dictum
est, profecto et iusti sunt. Non enim recte aliter dici
potuit: Talium est regnum caelorum cum esse non pos-
sit nisi iustorum. Sed forte hoc quidem non congruenter
dicitur quod paruulorum uitam laudauerit Dominus
dicens talium esse regnum caelorum cum uerax ille
sit intellectus quod humilitatis similitudinem in parua
aetate posuerit. Verum tamen forsitan hoc tenendum est,
quod dixi, propterea paruulos baptizari debere quia, sicut
peccatores non sunt, ita nec iusti sunt. Sed cum dictum
esset: Non ueni uocare iustos, quasi ei responderetur:
« Quos ergo uocare uenisti? », continuo subiunxit :
Sed peccatores in paenitentiam. Ac per hoc quomodo,
si iusti sunt, ita etiam si peccatores non sunt, non eos
uenit uocare qui dixit: Non ueni uocare iustos, sed pec-
catores? Et ideo baptismo eius qui eos non uocat, non
tantum frustra, uerum etiam inprobe uidentur inruere;
quod absit ut sentiamus. Vocat eos igitur medicus qui
non est opus sanis, sed aegrotantibus, nec uenit uocare
iustos, sed peccatores in paenitentiam. Et ideo quia suae
uitae propriae peccatis nullis adhuc tenentur obnoxii,
originalis in eis aegritudo sanatur in eius gratia, qui
saluos lacit per lauacrum re generationis.
25. Dicet aliquis: Quomodo ergo et ipsi uocantur
in paenitentiam? Numquid tantillus potest aliquid
paenitere? Huic respondetur: Si propterea paenitentes
182. Marc. 10, 14. Affinite de cette opinion (8) avec (7). Car c'est
l'appui biblique (Marc. 10, 14-15) de RUFIN, Liber de fide n041. Voir
la NC 44. Voir la NC 23: «Sicut peccatores non sunt, ita nec iusti
sunt. L'hypothese d'un statut d'exception des tout-Petits parmi les
humains ».
183. Luc. 5, 32 (debut).
184. Luc. 5, 32 (fin).
185. Cf. Luc. 5, 31-32.
186. Tit. 3, 5c.
120
LWRE I
etres qu' appartient le royaume des cieux I82 ? Si cela a
ete dit, non par reference a I 'humilite, car I 'humilite est
la marque des tout-petits, mais a cause de la vie digne
d' eloges des enfants, assurement ils sont justes aussi;
car autrement on ne saurait dire: Car c' est a de tels etres
qu'appartient le royaume des cieux puisqu'il ne peut
qu'appartenir aux justes. Mais peut-etre n'est-il pas
convenable de dire que Ie Seigneur a loue la vie des tout-
petits en disant que c' est a de tels etres qu' appartient le
royaume des cieux, alors que I' interpretation veritable
est qu' il a presente dans Ie tout jeune age une image de
I 'humilite. Neanmoins, peut-etre faut-il pourtant retenir
ce que j'ai dit: que les tout-petits doivent etre baptises
parce que, de meme qu'ils ne sont pas des' pecheurs, ils
ne sont pas non plus des justes; mais ayant dit: J e ne
suis pas venu appeler les justes 183 , comme si on lui avait
demande: «Qui donc es-tu venu appeler?», il ajouta
aussitot: mais les pecheurs, pour qu' Us lassent peni-
tence I84 . Et, de ce fait, comment, si les tout-petits sont
justes, autrement dit s'ils ne sont pas pecheurs, n'est-il
pas venu les appeler, lui qui a dit: J e ne suis pas venu
appeler le justes, mais les pecheurs? Aussi semblent-ils
non seulement inutilement, mais me me injustement se
precipiter vers Ie bapteme de celui qui ne les appelle
pas! Gardons-nous de cette pen see : Ie medecin les
invite donc, lui dont n' ont pas besoin les bien portants,
mais les malades, et qui ne vient pas appeler les justes,
mais les pecheurs, pour qu'ils fassent penitence I85 . Et
ainsi, parce qu' ils ne sont encore prisonniers d' aucun
peche relevant de leur vie personnelle, c' est la maladie
originelle qui est guerie en eux dans la grace de celui
qui les a sauves par le bain de la regeneration I86 .
25. Quelqu'un I87 dira: Comment donc sont-ils appe-
les eux aussi a la penitence? De quoi peut bien se repentir
un etre aussi petit? On lui repondra: S 'ils ne doivent pas
187. Objection imaginee par Augustin.
121
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
dicendi non sunt quia sensum paenitendi nondum
habent, nec fideles dicendi sunt quia similiter sensum
credendi nondum habent. Si autem propterea recte fide-
les uocantur quoniam [25] fidem per uerba gestantium
quodam modo profitentur, cur non prius etiam paeniten-
tes habeantur cum eorundem uerba gestantium diabolo
et huic saeculo renuntiare monstrantur? Totum hoc in
spe fit ui sacramenti et diuinae gratiae quam Dominus
donauit ecclesiae.
Ceterum quis ignorat quod baptizatus paruulus, si
ad rationales annos ueniens non crediderit nec se ab
inlicitis concupiscentiis abstinuerit, nihil proderit quod
paruus acceperit? Verum tamen si percepto baptismate
de hac uita emigrauerit, soluto reatu cui original iter erat
obnoxius, perficietur in illo lumine ueritatis quod incom-
mutabiliter manens in aetemum iustificatos praesentia
creatoris inluminat. Peccata enim sola separant inter
homines et Deum, quae soluuntur eius gratia per quem
mediatorem reconciliamur, cum iustificat impium.
XX, 26. Terrentur autem isti sententia Domini dicen-
tis: Nisi quis natus fuerit denuo, non uidebit regnum
Dei - quod cum exponeret ait: Nisi quis renatus fuerit
ex aqua et Spiritu, non intrabit in regnum caelorum - et
propterea conantur paruulis non baptizatis innocentiae
merito salutem ac uitam aetemam tribuere sed, quia
baptizati non sunt, eos a regno caelorum facere alienos
188. Gestantium: les adultes qui se portent ainsi garants pour Ie
heM de son adhesion (future) a la foi chretienne.
189. Voir NC 26: «Totum hoc in spefit ui sacramenti. Le sacrement
pour les tout-Petits esperance pour leur future foi Personnelle». Voir
aussi NC 27: «Affinites entre Ie De peccatorum meritis et remissione
et la Lettre 98 a Bonifatius».
190. Sur ce devoir du baptise en bas age d'accueillir ensuite la
grace du sacrement, voir notamment l' Ep. 3*, BA 46/8, 102, de la
collection Divjak (datation impossible), En. Ps. 50 (juillet 413) et
l'etude de S. POQUE, «Un souci pastoral d' Augustin: la Perseverance
des chretiens baptises dans leur enfance», Bulletin de litterature eccle-
siastique, 88, 1987, p. 273-286.
122
LWRE I
etre appeles penitents car ils n' ont pas encore la notion de
la penitence, on ne doit pas non plus les appeler fideles
car, de la meme faon, ils n' ont pas encore la notion de
la foi; mais s' ils sont avec raison appeles fideles parce
qu'ils affinnent d'une certaine faon leur foi par les
paroles de ceux qui les portent, pourquoi ne seraient - ils
pas consideres auparavant comme des penitents uand,
par les paroles de ces memes gens qui les portent 88, ils
declarent renoncer au diable et a ce monde? Tout cela se
fait dans I' esperance par la force du sacrement et de la
grace divine que Ie Seigneur a donnee a l'Eglise I89 .
D'ailleurs, qui ignore que Ie tout-petit baptise, si, arrive
a I' age de raison, il ne croit pas et ne se tient pas eloigne
des concupiscences illicites, ne tirera aucun profit de ce
qu'il a reu tout-petit I90 ? Au contraire, celui qui quitte,
baptise, cette vie, de livre de la culpabilite a laquelle il
etait originellement expose, atteindra la perfection dans
cette lumiere de la verite qui, demeurant inchangee, illu-
mine pour I' etemite, par la presence du createur, ceux
qui ont ete justifies. Car seuls les peches sont un obstacle
entre les hommes et Dieu, et ils sont detruits par la grace
de ce mediateur par lequel nous sommes reconcilies I9I
puisqu'il justifie l'impie I92 .
XX, 26. Mais ces gens sont effrayes par cette parole
du Seigneur: Quiconque ne renalt pas ne verra pas le
royaume de Dieu I93 , qu'il explicite ainsi: Quiconque ne
renalt pas de l' eau et de l' Esprit n' entrera pas dans le
royaume des cieux I94 . C'est pourquoi ils tentent d'attri-
buer aux tout-petits non baptises, grace au merite lie a
l'innocence, Ie salut et la vie etemelle, mais parce qu'ils
n' ont pas ete baptises, de les faire etrangers au royaume
191. Cf. Rom. 5, 11 + I TIm. 2,5.
192. Cf. Rom. 4, 5.
193. loh. 3, 3.
194. loh. 3, 5.
123
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
noua quadam et mirabili praesumptione quasi salus
aetemae uitae possit esse praeter Christi hereditatem,
praeter regnum caelorum. Habent enim uidelicet quo
confugiant atque ubi delitiscant quia non ait Dominus:
Si quis non renatus fuerit ex aqua et Spiritu « non habebit
uitam», sed ait: Non intrabit in regnumDei. Nam si illud
dixisset, nulla hinc dubitatio posset oboriri. Auferatur
ergo iam dubitatio, Do[26]minum audiamus, non suspi-
ciones coniecturasque mortalium, Dominum audiamus,
inquam, non quidem hoc de sacramento sancti lauacri
dicentem, sed de sacramento sanctae mensae suae quo
nemo rite nisi baptizatus accedit: Nisi manducaueritis
carnem meam et biberitis sanguinem meum, non habe-
bitis uitam in uobis. Quid ultra quaerimus? Quid ad
hoc responderi potest nisi pertinacia pugnaces neruos
aduersus constantiam perspicuae ueritatis intendat?
27. An uero quisquam etiam hoc dicere audebit quod
ad paruulos haec sententia non pertineat possintque sine
participatione corporis huius et sanguinis in se habere
uitam, quia non ait «qui non manducauerit» sicut de
baptismo: Qui non renatus fuerit, sed ait: Si non man-
ducaueritis, uelut eos alloquens qui au dire et intellegere
poterant, quod utique non ualent paruuli ? Sed qui hoc
dicit non adtendit quia nisi omnes ista sententia teneat,
195. Variante de l'opinion (5) signalee en I, 18, 23 sur Ie sens du
bapteme des hehes. Cela fait sans doute echo au liber signale plus loin
(I, 34, 64), ce demier presentant alors des affinites avec Ie Liber de
fide, n040. Voir la NC 44.
196. La distinction entre Royaume de Dieu et Vie etemelle n' appa-
rait pas avec les ecrits dits «lagiens», mais elle etait deja un theme
theologique a la fin du IVC s. Voir la NC 28: «Traces d'une distinction,
selon des chretiens contemporains d' Augustin, entre regnum Dei et
uita/salus aeterna ».
197. loh. 3, 5. Suite de l'opinion (8). Augustin revient a la fin du
livre (I, 30,58) sur Ie fait que ces cl1retiens s'appuient sur loh. 3, 5.
198. loh. 6, 54.
199. Objection fictive ou emanant d'un des objecteurs reels signales
par Marcellinus. Augustin y revient plus loin (III, 4, 7). Sur la place de
124
LIVRE I
des cieux 195, par une conception nouvelle et etonnante,
comme si Ie salut qu' est la vie etemelle pouvait exister
en marge de I 'heritage du Christ, en marge du royaume
des cieux l96 . Car ils ont apparemment un refuge et un
abri parce que Ie Seigneur ne dit pas: «Quiconque ne
renalt pas de l' eau et de l' Esprit n' aura pas la vie», mais
il dit: N'entrera pas dans le royaume des cieux I97 . Car
s'il avait dit cela aucun doute n' aurait pu surgir. Que Ie
doute soit donc desonnais aboli, ecoutons Ie Seigneur,
non pas des suppositions et des conjectures de mortels,
ecoutons, dis-je, Ie Seigneur non quand il parle du sacre-
ment du saint bapteme, mais du sacrement de sa table
sainte, auquel n' accede legitimement que celui qui a ete
baptise: Si vous ne mangez ma chair et 'ne buvez mon
sang, vous n'aurez pas la vie en vous I98 . Que deman-
dons-nous de plus? Que peut-on repondre a cela, sinon
que I' entetement dirige des forces agressi yes contre la
pennanence de la claire verite?
27. Mais quelqu'un peut-etre osera dire que cette
parole ne conceme pas les tout-petits 199 et qu 'ils peuvent,
sans participer a ce corps et a ce sang 2OO , avoir la vie en
eux, parce qu' il ne dit pas: «Quiconque ne mange pas»
comme a prOJ?os du bapteme: Quiconque ne renalt pas
de nouveau 2 , mais il dit: Si vous ne mangez pas 202 ,
comme s'adressant a des gens qui pouvaient l'entendre
et Ie comprendre, ce dont, bien sOr, ne sont pas capables
les tout-petits. Mais qui parle ainsi ne prend pas garde
que si cette phrase n'englobe pas tous les hommes,
l'eucharistie dans Ie debat naissant, voir la NC 24: «Les tout-Petits et
leur acces ai' eucharistie».
200. Selon l'usage primitif de l'Eglise (conserve par l'Eglise ortho-
doxe), tout nouveau fidele, meme en bas age, recevait simultanement
les sacrements du baptSme et de I' eucharistie. Voir NC 24 et NC 25 :
«La pratique du bapteme de tout-Petits, preuve que tous les humains
ont besoin d'un pardon divin ».
201. loh. 3, 5.
202. loh. 6, 54.
125
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ut sine corpore et sanguine filii hominis uitam habere
non possint, frustra etiam aetas maior id curat. Potest
enim, si non uoluntatem sed uerba loquentis adtendas,
eis solis uideri dictum quibus tunc Dominus loquebatur,
quia non ait « Qui non manducauerit», sed: Si non man-
ducaueritis. Et ubi est quod eodem loco de hac ipsa re
ait: Panis quem ego dedero, caro mea est pro saeculi
uita? Secundum hoc enim etiam ad nos pertinere illud
sacramentum intellegimus, qui tunc nondum fuimus,
quando ista dicebat, quia non possumus dicere ad sae-
culum nos non pertinere, pro cuius uita Christus suam
camem dedit. Quis autem ambigat «saeculi» nomine
« homines» significasse qui nascendo in hoc saeculum
ueniunt? Nam, sicut alibi ait, [27] filii saeculi huius
generant et generantur. Ac per hoc etiam pro paruulo-
rum uita caro data est quae data est pro saeculi uita;
et si non manducauerint camem filii hominis, nec ipsi
habebunt uitam.
28. Hinc est etiam illud: Pater diligit Filium et
omnia dedit in manu eius. Qui credit in Filium habet
uitam aeternam,. qui autem incredulus est Filio non
habebit uitam sed ira Dei manet super eum. In quo
igitur horum genere ponemus infantes? In eorum qui
credunt in Filium an in eorum qui sunt increduli Filio ?
«In neutro», ait aliquis, «quia cum adhuc credere non
possunt nec increduli deputandi sunt». Non hoc indicat
ecclesiastica regula, quae baptizatos infantes fidelium
numero adiungit. Porro si isti qui baptizantur propter
uirtutem celebrationemque tanti sacramenti, quamuis
suo corde atque ore non agant quod ad credendum
203. C'est une regie d'exegese sur laquelle insiste Augustin a
plusieurs reprises dans cet ouvrage comme dans d' autres: it faut tenir
compte tout ensemble et des paroles et de I' intention de celui qui s' ex-
prime dans Ie texte sacre. Voir la NC 14: «Les regles d'interpretation
de 1 'Ecriture rapPelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione».
204. loh. 6, 52.
205. Luc. 20, 34.
206. loh. 6, 52.
126
LIVRE I
lesquels sans Ie corps et Ie sang du Fils de l'homme
ne pourraient avoir la vie, c' est inutilement aussi que
I' age adulte s' en soucie. Car, si I' on ne prend pas garde
a I' intention de celui qui parle, mais seulement a ses
paroles, elles pourraient sembler dites seulement pour
ceux auxquels Ie Seigneur s' adressait alors, parce qu' il
ne dit pas: «Quiconque ne mange pas», mais: Si vous
ne mangez pas 203 . Et OU est donc Ie texte dans lequel il
dit dans Ie meme passage, sur Ie meme sujet: 1£ pain
que je donnerai, c' est ma chair pour la vie du monde 204 ?
D'apres cela, nous comprenons que ce sacrement nous
conceme, nous qui n' existions pas encore quand il disait
ces paroles, parce que nous ne pouvons I;'as dire que
nous n'appartenons pas au monde pour la vie duquelle
Christ a donne sa chair. Qui donc pourrait douter que,
par Ie mot «monde», il a designe les hommes qui, en
naissant, viennent dans ce monde? En effet, comme il
Ie dit ailleurs, les enfants de ce siecle engendrent et sont
engendres 205 . Et d' apres cela, c' est pour la vie des tout-
petits aussi qu' a ete donnee cette chair, qui a ete donnee
pour la vie du monde 206 ; et s' ils ne mangent pas la chair
du Fils de I 'homme, eux non plus n' auront pas la vie.
28. Puis vient ceci : 1£ Pere aime le Fils et a tout remis
entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie eternelle,
mais celui qui ne croit pas au Fils n' aura pas la vie,
mais la colere de Dieu demeure sur lui 207 . Dans quelle
categorie mettrons-nous les tout-petits? Parmi ceux qui
croient au Fils ou parmi ceux qui sont incredules envers
Ie Fils? «Ni d'un cote ni de l'autre, dira-t-on, parce que,
comme ils ne peuvent'pas encore croire, ils ne peuvent
pas non plus etre consideres comme des incredules.»
Ce n'est pas ce qu'indique la regIe de I'Eglise, qui joint
les petits enfants baptises au nombre des fideles. De
plus, si ceux qui sont baptises, a cause de la valeur et de
la celebration d' un si grand sacrement, quoique, dans
leur creur et par leur bouche, ils ne fassent pas ce qui
207. loh. 3, 35-36.
127
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ut sine corpore et sanguine filii hominis uitam habere
non possint, frustra etiam aetas maior id curat. Potest
enim, si non uoluntatem sed uerba loquentis adtendas,
eis solis uideri dictum quibus tunc Dominus loquebatur,
quia non ait « Qui non manducauerit», sed: Si non man-
ducaueritis. Et ubi est quod eodem loco de hac ipsa re
ait: Panis quem ego dedero, caro mea est pro saeculi
uita? Secundum hoc enim etiam ad nos pertinere illud
sacramentum intellegimus, qui tunc nondum fuimus,
quando ista dicebat, quia non possumus dicere ad sae-
culum nos non pertinere, pro cuius uita Christus suam
camem dedit. Quis autem ambigat «saeculi» nomine
« homines» significasse qui nascendo in hoc saeculum
ueniunt? Nam, sicut alibi ait, [27] filii saeculi huius
generant et generantur. Ac per hoc etiam pro paruulo-
rum uita caro data est quae data est pro saeculi uita;
et si non manducauerint camem filii hominis, nec ipsi
habebunt uitam.
28. Hinc est etiam illud: Pater diligit Filium et
omnia dedit in manu eius. Qui credit in Filium habet
uitam aeternam,. qui autem incredulus est Filio non
habebit uitam sed ira Dei manet super eum. In quo
igitur horum genere ponemus infantes? In eorum qui
credunt in Filium an in eorum qui sunt increduli Filio?
«In neutro», ait aliquis, «quia cum adhuc credere non
possunt nec increduli deputandi sunt». Non hoc indicat
ecclesiastica regula, quae baptizatos infantes fidelium
numero adiungit. Porro si isti qui baptizantur propter
uirtutem celebrationemque tanti sacramenti, quamuis
suo corde atque ore non agant quod ad credendum
203. C'est une regie d'exegese sur laquelle insiste Augustin a
plusieurs reprises dans cet ouvrage comme dans d' autres: it faut tenir
compte tout ensemble et des paroles et de I' intention de celui qui s' ex-
prime dans Ie texte sacre. Voir la NC 14: «Les regles d' interpretation
de 1 'Ecriture rapPelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione».
204. loh. 6, 52.
205. Luc. 20,34.
206. loh. 6, 52.
126
LIVRE I
lesquels sans Ie corps et Ie sang du Fils de l'homme
ne pourraient avoir la vie, c' est inutilement aussi que
l'age adulte s'en soucie. Car, si l'on ne prend pas garde
a I' intention de celui qui parle, mais seulement a ses
paroles, elles pourraient sembler dites seulement pour
ceux auxquels Ie Seigneur s' adressait alors, parce qu' il
ne dit pas: «Quiconque ne mange pas», mais: Si vous
ne mangez pas 203 . Et OU est donc Ie texte dans lequel il
dit dans Ie meme passage, sur Ie meme sujet: 1£ pain
que je donnerai, c' est ma chair pour la vie du monde 204 ?
D'apres cela, nous comprenons que ce sacrement nous
conceme, nous qui n' existions pas encore quand il disait
ces paroles, parce que nous ne pouvons 'pas dire que
nous n' appartenons pas au monde pour la vie duquelle
Christ a donne sa chair. Qui donc pourrait douter que,
par Ie mot «monde», il a designe les hommes qui, en
naissant, viennent dans ce monde? En effet, comme il
Ie dit ailleurs, les en/ants de ce siecle engendrent et sont
engendres 205 . Et d'apres cela, c'est pour la vie des tout-
petits aussi qu' a ete donnee cette chair, qui a ete donnee
pour la vie du monde 206 ; et s' ils ne mangent pas la chair
du Fils de l'homme, eux non plus n'auront pas la vie.
28. Puis vient ceci : 1£ Pere aime le Fils et a tout remis
entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie eternelle,
mais celui qui ne croit pas au Fils n' aura pas la vie,
mais la colere de Dieu demeure sur lui 207 . Dans quelle
categorie mettrons-nous les tout-petits? Parmi ceux qui
croient au Fils ou parmi ceux qui sont incredules envers
Ie Fils? «Ni d'un cote ni de l'autre, dira-t-on, parce que,
comme ils ne peuvent pas encore croire, ils ne peuvent
pas non plus etre consideres comme des incredules.»
Ce n'est pas ce qu'indique la regIe de l'Eglise, qui joint
les petits enfants baptises au nombre des fideles. De
plus, si ceux qui sont baptises, a cause de la valeur et de
la celebration d' un si grand sacrement, quoique, dans
leur creur et par leur bouche, ils ne fassent pas ce qui
207. loh. 3, 35-36.
127
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
confitendumque pertineat, tamen in numero credentium
conputantur, profecto illi quibus sacramentum defuerit
in eis habendi sunt qui non credunt Filio; atque ideo si
huius inanes gratiae corpore exierunt, sequetur eos quod
dictum est: Non uidebunt uitam sed ira Dei manet super
eos. Et unde hoc, quando eos clarum est peccata propria
non habere, si nec originali peccato teneantur obnoxii ?
XXI, 29. Bene autem non ait: «Ira Dei ueniet super
eum» sed: Manet super eum. Ab hac quippe ira qua
omnes sub peccato sunt, de qua dicit Apostolus : Fuimus
enim et nos aliquando na tura liter filii irae sicut et ceteri,
nulla res liberat nisi gratia Dei per Iesum Christum
Dominum nostrum. Haec gratia cur ad ilium ueniat, ad
ilIum non ueniat, occulta esse causa potest, iniusta non
potest. Numquid enim iniquitas apud Deum? Absit. Sed
prius sanctarum scripturarum auctoritatibus colla sub-
denda sunt ut ad intellectum per fidem quisque perueniat.
Neque enim frustra dictum est: Iudicia tua sicut multa
abyss us . Cuius abyssi altitudinem ueluti expauescens
exclamat Apostolus: 0 altitudo diuitiarum sapientiae
et scientiae Dei! Praemiserat quippe sententiam mirae
profunditatis dicens: Conclusit enim Deus omnes in
208. Cf. Rom. 10, 10.
209. loh. 3, 36.
210. Echo de Pecc. mer. I, 18,23 (voir un peu plus haut).
211. loh. 3, 36.
212. Cf. Rom. 3, 9. Paul comprenait par to us la reunion des Juifs
et des «Grecs», c'est-a-dire les non-Juifs. Augustin comprend: les
humains de tous les temps. Ailleurs, cependant, i1 precise qui vise
I' ApOtre, ainsi dans I' En. Ps. 118, s. 25,2, mais parce qu'il est alors en
train de commenter l' ensemble Rom. 2, 10-12 et sa suite, qui exami-
nent la situation humaine in Lege et sine lege.
213. Eph. 2, 3.
214. Rom. 7, 25a. Les Bibles modemes traduisent: Graces soient a
Dieu, etc. en s' appuyant sur Ie grec xaQ bE 't4> Stq>. Mais la version
latine gratia Dei, commune a tous les manuscrits anciens conserves,
n'innovait pas puisque bien des temoins grecs ont la leon it XaQL<;
'tou Stov. K. ALAND et alii, The Greek New Testament, Munster, 1975
(= 3 e ed.), p. 547, tranchent non sans hesitation pour xaQ bE 't4>
128
LWRE I
releve de la foi et de la confession 208 , sont cependant
comptes au nombre des croyants, assurement ceux a qui
Ie sacrement a manque doivent etre mis au nombre de
ceux qui ne croient pas au Fils; et pour cette raison, s'ils
ont quitte leur corps en etant depourvus de cette grace, il
s' ensuivra pour eux ce qui a ete dit: lls ne verront pas la
vie, mais la colere de Dieu demeure sur eu.x 209 . Et d'ou
vient cela, puisqu' il est clair qu' ils n' ont pas de peches
personnels, s' ils ne sont pas non plus maintenus soumis
au peche origine1 2IO ?
XXI, 29. Or, a juste titre, il ne dit pas: «La colere de
Dieu viendra sur lui », mais demeure sur lui 2II . II s' ait
de cette colere qui fait que tous sont sous Ie peche 2 2,
celIe dont l' Apotre dit: No us fUmes, nous aussi, un jour
naturellementfils de la colere, comme tous les autres 2I3 ,
et dont rien ne libere sinon la grace de Dieu par Jesus
Christ notre Seigneur 2I4 . Cette grace, pourquoi va-t-elle
a I'un, ne va-t-elle pas a l' autre? La cause peut en etre
cachee, mais ne peut etre injuste. Car y a-t-il en Dieu
de l'injustice? Cela est exclu 2I5 ! Mais d'abord notre
nuque doit se soumettre a I' autorite des saintes Ecritures
afin que chacun parvienne a I' intelligence par la foi. Car
ce n' est pas pour rien qu' il a ete dit: res jugements sont
comme un vaste abfme 2I6 . Et comme epouvaqte par la
profondeur de cet abime, I' Apotre s' ecrie: 0 goulfr,e
des richesses de la sagesse et de la science de Dieu I7!
II avait en verite prononce auparavant une phrase d'une
etonnante profondeur, en disant: Dieu les a enfermes
8eq>, signalant les leons it xaQ 'tou 8eo'U (mss D, Irenee, Origene,
Ambrosiaster, Jerome) et it xaQ 'tou X'UQLo'U (G, Irenee).
215. Rom. 9, 14. Sur l'evolution de la comprehension, par
Augustin, de Rom. 9 comme meditation du mystere de I' election
divine, voir P. GoRDAY, Principles oJ Patristic Exegesis. Rom. 9-11 in
Origen, John Chrysostom and Augustine, New York - Toronto, 1983 et
w. S. BABCOCK, «Augustine on Paul. The Case of Romans IX », dans
Studia patristica, 16, II, Leuven, 1985, p. 473-479.
216. Ps. 35, 7.
217. Rom. 11,33.
129
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
incredulitate ut omnibus misereatur. Cuius profunditatis
ueluti horrore percussus: 0 altitudo, inquit, diuitiarum
sapientiae et scientiae Dei! Quam inscrutabilia sunt
iudicia eius et inuestigabiles uiae eius! Quis enim
co gnouit sensum Domini? Aut quis consiliarius illius
fuit? Aut quis prior dedit illi et retribuetur ei ? Quoniam
ex ipso et per ipsum et in ipso sunt omnia,. ipsi glo-
ria in saecula saeculorum, amen. Valde ergo paruum
sensum habemus ad discutiendam iustitiam iudiciorum
Dei, ad discutiendam gratiam gratuitam, nullis meritis
praecedentibus non iniquam, quae non tam mouet
cum praestatur indignis quam cum aeque indignis aliis
denegatur.
30. Nam et hi quibus uidetur iniustum ut paruuli sine
gratia Christi de corpore exeuntes non solum regno Dei,
quo et ipsi fatentur nisi per baptismum renatos intrare
non posse, uerum etiam uita aetema et salute priuentur,
quaerentes quomodo iustum sit ut alius ab originali
impietate soluatur, alius non soluatur cum eadem sit
uttiusque conditio, ipsi respondeant secundum sen-
tentiam suam, quomodo identidem iustum sit ut huic
prestetur baptismus quo intret in regnum Dei, illi non
praestetur cum sit utriusque par causa.
218. Rom. 11, 32. Ce tous conceme encore ici, pour Paul, Ie
mystere des deux Peuples dont Ie Christ n'a fait qu'un (cf. Eph. 2,
14): Israel et les Nations. Le verset fait partie d'une section bien
particuliere de la lettre (les chapitres 9-11) et qui a des paralleles
dans l'epistolaire paulinien (cf. Eph.2, 3). Mais Augustin continue
d' appliquer I' intentio globale de I' epitre: defendre que la grace est
entierement gracieuse (cf. Pecc. mer. I, 27,43).
219. L'interpretation d' Augustin est ici contestable: Ie Afin de
jairemisericorde a tous et I' exclamation qui suit expriment bien plutot
Ie joyeux acte d'esperance de Paul face a la generosite divine. Voir
B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 231-232.
220. Rom. 11,33-36. Noter la continuite de l'expression de la foi
d' Augustin depuis l' Ad Simplicianum 00 I' on trouve Ie meme mou-
vement de phrase avec la meme invocation de Rom. 9, 14 et Rom. 11,
33 (cf. De diu. quo ad Simple I, 2, 22).
130
LIVRE I
tous dans l' incredulite, afin de faire misericorde a
tous 2I8 ; et, comme "'sous Ie coup de l'effroi 2I9 de cette
profondeur, il dit: 0 gouffre des richesses de la sagesse
et de la science de Dieu! Comme insondables sont
ses jugements et indechiffrables ses chemins! Car qui
connait la pensee du Seigneur? Qui a ete associe a ses
conseils? Et qui lui a donne le premier et en recevra
retribution? Puisque tout vient de lui et par lui et en lui.
A lui la gloire pour les siecles des siecles! Amen 220 . Nous
n' avons donc que peu d' intelligence pour discuter la
justice des jugements de Dieu, pour discuter cette grace
gratuite, donnee sans injustice, sans qu'aucun merite
I' ait precedee, et qui n' etonne pas autant lorsqu' elle est
accordee a des gens indignes que lorsqu' elle est refusee
ad' autres, egalement indignes.
3. 4. Reponse a ceux qui trouvent injuste que les
tout-petits morts non baptises soient prives du salut
eterneI.
30. En effet, ceux aussi a qui il semble injuste que
les tout-petits qui sortent de leur corps sans la grace du
Christ soient prives non seulement du royaume de Dieu,
ou ils reconnaissent eux-memes qu'ils ne peuvent entrer
sinon regeneres par Ie bapteme, mais encore de la vie
etemelle et du salut, se demandant comment il est juste
que l'un soit lib ere de l'impiete originelle et que l'autre
ne Ie soit pas, alors que la condition de l'un et l'autre est
la meme, qu' ils repondent eux aussi, selon leur avis, a la
question de savoir comment il est juste de la meme faon
que Ie bapteme soit donne a I 'un pour qu'il puisse entrer
dans Ie royaume de Dieu, et non accorde a I' autre, alors
que la cause de I 'un et de I' autre est la meme 22I .
221. Augustin repond par un argument ad hominem. Le raisonne-
ment (9) ainsi contre-attaque veut appuyer les opinions (5) et (7), et,
comme elles, a pu etre lu par Augustin dans Ie liber, alors proche de
RUFIN, Liber de fide n041. Voir NC 44.
131
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Si enim mouet cur ex illis duobus, cum ex aequo
ambo sint originaliter peccatores, alius ab hoc uinculo
soluitur cui conceditur baptismus, alius non soluitur cui
talis gratia non conceditur, cur non taliter mouet quod ex
duobus originaliter innocentibus alius accepit baptismum
quo in regnum Dei possit intrare, alius non accepit ne ad
regnum Dei possit accedere? Nempe in utraque causa
ad illam exclamationem reditur: 0 altitudo diuitiarum!
Ex ipsis deinde baptizatis paruulis dicatur mihi cur alius
rapitur ne malitia mutet intellectum eius et alius uiuit
impius futurus? Nonne, si ambo raperentur, ambo in
regnum caelorum ingrederentur? Et tamen non est ini-
quitas apud Deum. Quid? Illud quem non moueat, quem
non in tanta altitudine exclamare conpellat, quod alii
paruuli spiritu inmundi uexantur, alii nihil tale patiuntur,
alii etiam in uteris matrum sicut Hieremias sanctificantur
cum omnes, si est originale peccatum, pariter rei sint, si
non est pariter innocentes sint? V nde ista tanta diuersitas
nisi quia inscrutabilia sunt iudicia eius et inuestigabiles
uiae eius ?
XXII, 31. An forte illud iam explosum repudiatumque
sentiendum est, quod animae prius in caelesti habita-
tione peccantes gradatim atque paulatim ad suorum
meritorum corpora ueniant ac pro ante gesta uita magis
minusue corporeis pestibus adfligantur? Cui opinioni
quamuis sancta scriptura apertissime contradicat, quae
cum gratiam commendaret nondum natis, inquit, nee qui
222. Rom. 11,33.
223. Sap. 4, II.
224. Cf. Rom. 9, 14.
225. Cf. Luc. 6, 18.
226. Cf. Hier. 1,5.
227. Rom. 11,33.
228. C'est l'hypothese plotinienne reprise par Origene, que les
ames vivent une preexistence celeste avant de s' incarner dans un corps
terrestre. Sur cette opinion et la propre recherche d' Augustin, notam-
ment sa circonsPection (<< illud iam explosum repudiatumque forte
132
LWRE I
Si en effet la question les etonne de savoir pourquoi
de ces deux, qui sont tous les deux egalement pecheurs
par leur origine, l'un est libere de cette chaine, celui a
qui Ie bapteme est confere, et que I' autre ne I' est pas,
celui a qui une telle grace n' est pas accordee, pourquoi
ne les etonne pas autant Ie fait que de deux personnes
originellement innocentes l'une a reu Ie bapteme, par
lequel elle pourra entrer dans Ie royaume de Dieu, et
I' autre ne l' a pas reu, de faon qu' elle ne pourra entrer
au royaume de Dieu? Assuremeqt, dans les deux cas
on revient a cette exclamation: 0 gouffre des riches-
ses 222 ! Puis, de ces tout-petits baptises, que I' on me dise
pourquoi I 'un est enleve de telle jaEon que la malice ne
pervertisse point son intelligence 23 et que I' autre vit
de telle faon qu'il devient un impie? N'est-il pas vrai
que si tous deux etaient enleves, tous les deux entre-
raient dans Ie royaume de Dieu? Et pourtant il n'y a
pas d' injustice en Dieu 224 . Quoi? Qui ne s' etonnerait
pas, qui ne serait pas pousse, devant un tel gouffre, a
s'ecrier que certains tout-petits sont tounnentes par un
esprit impur 225 , que d' autres ne subissent rien de tel,
que d'autres, comme Jeremie 226 , sont meme sanctifies
dans Ie sein de leur mere, alors que tous, s' il y a peche
originel, sont egalement coupables, et s ' il n' existe
pas, egalement innocents? D' ou vient cette si grande
difference, si ce n' est de ce que ses jugements sont
insondables et indechiffrables, ses chemins 227 ?
XXII, 31. Faut-il par hasard prendre en compte
I' opinion deja abolie et rejetee selon laquelle les ames,
pechant d' abord dans une residence celeste, viennent
par degres et peu a peu dans les corps selon les peines
meritees et, pour une vie menee auparavant, sont frar-
pees plus ou moins fortement de maux corporels 22 ?
<;ette opinion est tres clairement contredite par la sainte
Ecriture qui, faisant I' eloge de la grace, dit qu' a ceux
sentendium est»), voir NC 29: « La question de l' origine des ames et
de leur mode d'implication dans la condition cheresse».
133
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
aliquid egerint boni aut mali, ut secundum electionem
propositum Dei maneret non ex operibus sed ex uocante
dictum est quod maior seruiet minori, nec ipsi tamen
qui hoc sentiunt euadunt huius quaestionis angustias sed
in eis [30] coartati et haerentes similiter: 0 altitudo!
exclarnare coguntur.
Vnde enim fit ut homo ab ineunte pueritita modestior,
ingeniosior, temperantior, ex magna parte libidinum
uictor, qui oderit auaritiarn, luxuriarn detestetur atque
ad uirtutes ceteras prouectior aptiorque consurgat [et h ]
tamen eo loco sit ubi ei praedicari gratia christiana non
possit - quomodo enim inuocabunt in quem non cre-
diderunt? aut quomodo credent quem non audierunt?
quomodo autem audient sine praedicante? - alius
autem tardus ingenio, libidinibus deditus, flagitiis et
facinoribus coopertus ita gubemetur ut audiat, credat,
baptizetur, rapiatur aut, si detentus hic fuerit, laudabi-
liter uiuat?
Vbi duo isti tarn diuersa merita contraxerunt, non
dico ut iste credat, ille non credat, quod est propriae
uoluntatis, sed ut iste audiat quod credat, ille non audiat
- hoc enim non est in hominis potestate - ubi, inquarn,
haec tam diuersa merita contraxerunt? Si in caelo ege-
runt aliquarn uitam ut pro suis actibus propellerentur uel
laberentur in terras congruisque suae ante actae uitae
corporeis receptaculis tenerentur, ille utique melius
ante hoc mortale corpus uixisse credendus est, qui eo
non multum meruit praegrauari ut et bonum haberet
ingenium et concupiscentiis eius mitioribus urgeretur
quas posset facile superare, et tarnen earn sibi gratiam
praedicari non meruit, qua sola posset a secundae mortis
h. Ce et est a juste titre ecarte pour Ie sens par Ie CSEL et R. Habitzky
car il rompt totalement la logique de I' enonce.
229. Rom. 9, 11-12, qui cite Gen. 25,23.
230. Rom. 11,33.
231. Rom. 10, 14.
134
LIVRE I
qui n' etaient pas encore nes et qui n' avaient rien fait
de bien ni de mal pour que, selon le choix qu'il avait
fait, le dessein de Dieu demeurat ferme, il Jut dit, non en
raison des lEuvres mais de son appel, que l'afne serait
assujetti au plus jeune 229 ; et ceux memes qui pen sent
ainsi n' echappent pas aux difficultes de cette question
mais, empetres et embaJIasses dans ces problemes, ils
sont forces de s' ecrier: 0 gouffre 230 !
D'ou vient, en effet, qu'un homme des l'enfance
assez modeste, intelligent, mesure, maitre pour une
grande part de ses passions, halssant la cupidite, detes-
tant la luxure et s' elevant avec assez d' ardeur et d' assez
bonnes dispositions jusqu' aux autres vertus, se trouve
cependant en un lieu ou la grace chretienne ne peut lui
etre annoncee - Car comment invoqueront-ils quel-
qu 'un en qui ils n ' ont pas cru ? Ou comment croiront-ils
quelqu 'un qu'ils n' ont pas entendu? Et comment enten-
dront-ils sans quelqu'un pour le leur annoncer 23I ?
- et qu 'un autre, au contraire, d' esprit lent, adonne a
la debauche, couvert de hontes et de crimes, se trouve
conduit a entendre, a croire, a etre baptise et a etre
enleve au monde, ou, s' il y est retenu, a vivre de louable
faon ?
D'ou vient donc que ces hommes aient reu des sorts
si differents? Je ne veux pas dire de faon que l'un croie
et I' autre non, ce qui releve de la volonte personnelle,
mais que l'un entende ce qu'il devra croire, que l'autre
ne I' entende pas, car cela ne releve pas du pouvoir de
l'homme, d'ou vient, dis-je, qu'ils aient reu des sorts si
differents ? S' ils ont mene dans Ie ciel une vie telle qu ' ils
en ont ete chasses en raison de leurs actes, sont tombes
sur la terre et sont detenus dans des prisons corporelles
en rapport avec la vie qu'ils ont menee auparavant, du
premier on doit croire qu'il a a coup sOr mieux vecu
avant ce corps mortel, lui qui a merite de ne pas etre
trop accable, puisqu'il a un bon naturel, qu'il n'est en
butte qu' a des concupiscences assez faibles qu' il peut
facilement dominer, et pourtant il n' a pas merite que
lui soit prechee la grace par laquelle seule il pourrait
135
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
pemicie liberari; HIe autem pro meritis deterioribus,
sicut putant, grauiori corpori inplicitus et ob hoc cordis
obtusi, cum camis inlecebris ardentissima cupidine
uinceretur et per nequissimam uitam peccatis pristinis
quibus ad hoc uenire meruerat adderet peiora terrena,
aut in cruce tamen audiuit: Hodie mecum eris in para-
diso, aut alicui cohaesit apostolo cuius praedicatione
mutatus et per lauacrum regenerationis saluus effectus
est, ut ubi abundauit peccatum superabundaret gratia.
Quid hinc responde ant omnino non uideo, qui uolentes
humanis coniecturis iustitiam Dei defendere et ignoran-
tes altitudinem gratiae fabulas inprobabiles texuerunt.
32. Multa enim dici possunt de miris uocationibus
hominum, siue quas legimus siue quas experti sumus,
quibus eorum opinio subuertatur, qui credunt ante ista
corpora sua quasdam proprias uitas gessisse animas
hominum qui bus ad haec uenirent pro diuersitate
meritorum diuersa hic experturae uel bona uel mala.
Sed tenninandi huius operis cura non sinit in his diutius
. .
Inmoran.
V num tamen quod inter multa mirabile comperi non
tacebo. Quis non, secundum istos qui ex meritis prio-
ris uitae ante hoc corpus in caelestibus gestae animas
terrenis corporibus magis minusue grauari opinantur,
adfinnet eos ante istam uitam sceleratius inmaniusque
peccasse qui mentis lumen sic amittere meruerunt ut
232. Cf. Apoc. 20,6-7.
233. Cf. Sap. 9, 15a.
234. Luc. 23,43.
235. Allusion possible au bapteme de Paul par Ananie (Ac. 9, 17-
18), plus sQrement a celui de l'eunuque par PhiliPPe (Ac. 8, 30-38).
«Le bain de la regeneration» (lauacrum regeneration is) : TIt. 3, 5c.
236. Rom. 5, 20.
237. Reprise de I' opinion rap portee plus haut en I, 22, 31.
136
LIVRE I
etre libere du malheur de la seconde mort 232 ; I' autre, au
contraire, a cause d'une conduite plus mauvaise, pense-
t-on, est encombre d'un corps bien lourd 233 et, de ce fait
d'un creur grossier, devenu la proie de passions effre-
nees pour les desirs de la chair et de peches d' autrefois
dans une vie infame pour lesquels il avait merite d' en
venir a cet etat, et il y ajoutait des fautes terrestres pires;
cependant, il a entendu sur la croix: Aujourd' hui tu seras
avec moi dans le paradis 234 , ou bien il s' est attache a un
apotre dont la predication I' a transfonne, et il a trouve
Ie Salut par le bain de la regeneration 235 , de faon que
la ou le peche avait abonde la grace a surabondp36.
Ie ne vois absolument pas ce que repondent la ceux qui
veulent defendre la justice de Dieu par des conjectures
humaines et qui, ignorant la profondeur de la grace, ont
tisse des fables incertaines.
32. Car on peut dire bien des choses sur d' etonnantes
vocations d 'hommes, soit que nous les ayons lues, so it
que nous en ayons ete temoins, par lesquelles serait
retoumee I' opinion de ceux qui croient que, avant les
corps, les ames des hommes auraient mene des vies per-
sonnelles, a la suite desquelles elles en seraient venues,
selon la diversite de leurs merites, a connaitre ici des
situations diverses, soit bonnes soit mauvaises 237 . Mais
Ie souci que j'ai d'arriver au tenne de mon ouvrage ne
me pennet pas de m'attarder la-dessus plus longtemps.
Pourtant, il est un cas parmi beaucoup d' autres que j' ai
trouve etonnant et que je ne tairai pas. Qui done, selon
nos adversaires qui pensent que, en fonction des merites
acquis dans une vie anterieure a ce corps pas see dans les
regions celestes, les ames sont plus ou moins accablees
dans leurs corps terrestres 238 , qui donc n' affinnerait pas
qu'avant cette vie avaient peche de faon plus coupable
et scelerate ceux qui ont merite de perdre la lumiere de
238. Cf. Sap. 9, 15a.
137
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
sensu uicino pecoribus nascerentur - non dico tardissimi
ingenio nam hoc de aliis dici solet - sed ita excordes
ut etiam cirrati ad mouendum risum exhibeant cordatis
delicias fatuitatis, quorum nomen ex graeco deriuatum
« moriones » uulgus appellat ? Talium tamen quidam fuit
ita christianus ut, cum esset omnium iniuriarum suarum
mira fatuitate patientissimus, iniuriam tamen nominis
Christi uel in se ipso religionis [32] qua inbutus erat sic
ferre non posset ut blasphemantes uidelicet cordatos, a
quibus haec ut prouocaretur audiebat, insectari lapidibus
non desisteret nec in ea causa uel dominis parceret.
Tales ergo praedestinari et creari arbitror ut qui
possunt intellegant Dei gratiam et Spiritum qui ubi uult
spirat, ob hoc omne ingenii genus in filiis misericordiae
non praeterire itemque omne ingenii genus in gehennae
filiis praeterire, ut qui gloriatur in Domino glorietur. Illi
autem qui pro meritis uitae superioris accipere quasque
animas diuersa terrena corpora adfinnant, quibus alia
magis, aliae minus grauentur et pro eisdem meritis
humana ingenia uariari ut acutiora sint quaedam et alia
obtunsiora, proque ipsius uitae superioris meritis diui-
nam quoque gratiam liberandis hominibus dispensari,
quid de isto poterunt respondere? Quomodo ei ttibuent
et teterrimam uitam superiorem ut ex hoc fatuus
239. Moriones vient du grec f.LOOQ6 qui renvoie particulierement a
l'hebetude des faibles d'esprit. Voir plus loin (I, 35, 66) et la NC 30:
«Les moriones ».
240.lnbutus erat. Imbui signifie «imbiber», «impregner», d'ou,
au sens figure: «former», « instruire ». Voir De cat. rude I, 1, CCSL 46,
p. 121: «Qui fide christiana primitus imbuti sunt» (litteralement, ecrit
en note G. MADEC, BA 11/1, p. 45: «Ceux qui ont a recevoir leur
premiere "teinture" de foi chretienne »), et De bapt. I, 15, 24: «diuinis
sacramentis imbuti». L'image revient deux fois plus loin: en II, 2, 2
et III, 11, 19.
241. loh. 3, 8.
242. Filii misericordiae designe tous les humains qui se laissent
pardonner par Dieu, ce qui commence par leur bapteme. Filii pourrait
evoquer la figure celebre du «fils prodigue» de la parabole rapportee
en Luc. 15, 11-32. Voir plus loin (II, 17,26).
138
LIVRE I
I' esprit au point de naitre avec une conscience voisine de
celIe des betes - je ne veux pas parler de I' extreme len-
teur d'esprit, car cela se dit d'ordinaire d'autres gens-,
mais d' etres si deraisonnables qu' ils vont, en bouffons,
etaler les charmes de leurs sottises devant les esprits
raisonnables, et la foule leur donne d'un mot derive du
grec Ie nom de «morions 239 » ? II y eut pourtant, panni
les gens de cette sorte, un homme si chretien que, alors
qu'il manifestait, avec une etrange stupidite, la plus
grande patience devant toutes les insultes subies par sa
personne, il ne pouvait tolerer une insulte portee contre
Ie nom du Christ ou, s' adressant a lui, contre la religion
dont il etait impregne 240 , et ce a tel point qu' aux gens
senses qui blasphemaient, qui lui adressaierit ces propos
pour Ie provoquer, il ne cessait de lancer des pierres et,
en ce cas, ne menageait meme pas les grands.
Je pense donc que de tels etres sont predestines et
crees afin que ceux qui Ie peuvent comprennent e
la grace de Dieu et I 'Esprit qui souffle ou il veut 41
n' abandonnent aucune sorte d' esprits panni les fils de
la misericorde 242 et abandonnent de meme toutes sortes
d' esprits parmi les fils de la gehenne, afin que celui qui
se glorifie, se glorifie en Dieu 243 . Ceux, d'autre part, qui
professent que les ames reoivent des corps terrestres
differents selon les merites de leur vie anterieure si bien
que les uns sont accables davantage et d' autres moins, et
qu' en fonction de ces memes merites les esprits varient
de telle faon que les uns sont plus penetrants et les
autres plus obtus, et que c' est selon les merites de cette
vie anterieure que la grace divine est donnee aux hom-
mes pour leur liberation, que pourront-ils repondre au
sujet de cet homme? Comment lui attribueront-ils une
vie anterieure tout a fait mauvaise au point d' en naitre
243. I Cor. 1,31 (= II Cor. 10, 17), citation libre de Hier. 9, 22-23.
Celle-ci est amenee chez Paul par sa description de la communaute
chretienne de Corinthe, composee surtout de gens « faibles» ou « vils »
aux yeux du monde (cf. I Cor. 1, 26-29). Or tel est precisement Ie cas
des moriones.
139
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
nasceretur et tam bene meritam ut ex hoc in Christi
gratia multis acutissimis praeferretur?
33. Cedamus igitur et consentiamus auctoritati sanctae
scripturae quae nescit falli nec fallere et, sicut nondum
natos ad discemenda merita eorum aliquid boni uel mali
egisse non credimus, ita omnes sub peccato esse quod
per unum hominem intrauit in mundum et per omnes
homines pertransiit, a quo non liberat nisi gratia Dei per
Dominum nostrum Iesum Christum minime dubitemus.
XXIII. Cuius medicinalis aduentus non est opus
sanis, sed aegrotantibus quia non uenit uocare iustos
sed peccatores, in cuius regnum non intrabit nisi qui
renatus fuerit ex aqua et Spiritu [33] nec praeter regnum
eius salutem ac uitam possidebit aetemam, quoniam
qui non manducauerit carnem eius et qui incredulus est
Filio non habebit uitam sed ira Dei manet super eum.
Ab hoc peccato, ab hac aegritudine, ab hac ira Dei cuius
naturaliter filii sunt qui, etiam si per aetatem non habent
proprium, trahunt tamen origin ale peccatum, non liberat
nisi agnus Dei qui tollit peccata mundi, non nisi medicus
qui non uenit propter sanos, sed propter aegrotos, non
nisi saluator de quo dictum est generi humano : Natus est
uobis hodie saluator, non nisi redemptor cuius sanguine
deletur debitum nostrum.
244. Cf. Rom. 9, 11.
245. Cf. Rom. 3, 9.
246. Rom. 5, 12a.
247. Rom. 5, 12b.
248. Cf. Rom. 7, 24b.
249. Rom. 7,25.
250. Cf. Matth. 9, 12-13.
251. Cf. loh. 3, 5.
252. Cf. loh. 6, 54.
253. Cf. loh. 3,36.
140
LNRE I
stupide, et si meritoire au point d' en etre prefere dans la
grace du Christ a bien des esprits tres perspicaces ?
33. Inclinons-nous donc et donnons notre accord a
I' autorite de la sainte Ecriture, qui ne sait ni se tromper
ni tromper, et de meme que nous ne croyons pas que
ceux qui ne sont pas encore nes aient fait quoi que ce soit
en bien ou en mal qui autorise a discerner des merites 244 ,
de meme ne doutons absolument pas que tous sont
soumis au peche/245, qui est entre dans le monde par un
seul homme 246 et a passe par tous les hommes 247 , et dont
nous libere 248 la seule grace de Dieu par notre Seigneur
Jesus Christ 249 .
I
XXDI. De sa venue comme medecin les bien portants
n' ont pas besoin, mais les malades ; car il n' est pas venu
appeler les justes, mais les pecheurs 25o , et dans son
royaume n' entrera que celui qui sera rene de I' eau et
de I 'Esprit25I , et hors de son royaume on ne possedera
ni Ie salut ni la vie eternelle, puisque celui qui n'aura
pas mange sa chair et ne croit pas au Fils n' aura pas la
vie 252 , et la colere de Dieu demeure sur lui 253 . De ce
peche, de cette maladie, de cette colere divine dont sont
naturellement fils254 ceux qui, meme si du fait de leur
age ils n' ont pas de peche personnel, trainent avec eux
pourtant Ie peche originel, ne les libere que l' Agneau de
Dieu qui efface les peches du monde 255 , que Ie medecin
qui ne vient pas pour les bien port ants mais pour les
malades 256 , que Ie Sauveur dont il a ete dit au genre
humain: Aujourd' hui un Sauveur vous est ne/257, que Ie
redempteur dont Ie sang efface notre dette 258 .
254. Cf. Eph. 2, 3.
255. loh. 1, 29.
256. Cf. Matth. 9, 12-13.
257.Luc.2, 11.
258. Cf. Matth. 26, 38 + Eph. 1, 7.
141
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Nam quis audeat dicere non esse Christum infantium
saluatorem nec redemptorem? Vnde autem saluos
facit si nulla in eis est originalis aegritudo peccati?
Vnde redimit si non sunt per originem primi hominis
uenundati sub peccato? Nulla igitur ex nostro praeter
baptismum Christi salus aetema promittatur infantibus
quam non promittit scriptura diuina humanis omnibus
ingeniis praeferenda.
XXIV, 34. Optime Punici Christiani baptismum ipsum
nihil aliud quam « salutem » et sacramentum Christi nihil
aliud quam «uitam» uocant. Vnde, nisi ex antiqua, ut
existimo, et apostolica traditione qua ecclesiae Christi
insitum tenent praeter baptismum et participationem
mensae dominicae non solum ad regnum Dei, sed nec ad
salutem et uitam aetemam posse quemquam hominum
peruenire? Hoc enim et scriptura testatur secundum ea
quae supra diximus. Nam quid aliud tenent qui baptismum
nomine salutis appellant nisi quod dictum est: Saluos
nos fecit per lauacrum regeneration is et quod Petrus ait:
Sic et uos simili forma baptisma saluos facit? Quid aliud
etiam qui sacramentum mensae [34] dominicae « uitam»
uocant nisi quod dictum est: Ego sum panis uiuus qui de
caelo descendi et: Panis quem ego dedero caro mea est
pro saeculi uita et: Si non manducaueritis carnem filii
hominis et sanguinem biberitis, non habebitis uitam in
uobis ?
Si ergo, ut tot et tanta diuina testimonia concinunt,
nee salus nec uita aetema sine baptismo et corpore et
sanguine Domini cuiquam speranda est, frustra sine his
259. A propos de cette image medicale, voir NC 21: «Christus
medicus et la metaphore medicale sur Ie peche originel».
260. Cf. Rom. 7, 14b.
261. Voir NC 31: « Le bapteme en langue punique : "salut" ;
1 'eucharistie: "vie" ».
262. TIt. 3, 5c.
263. I Petro 3, 21.
264. loh. 6, 51.
142
LIVRE I
Car qui oserait dire que Ie Christ n' est pas Ie sauveur
et Ie redempteur des petits enfants? Et urquoi les
sauve-t-il s'il n'y a pas en eux la maladie 59 du peche
originel? Pourquoi les rachete-t-il si, de par l'origine du
premier homme, ils n' ont pas ete vendus au peche 260 ?
Ne promettons donc de nous-memes aux petits enfants,
en dehors du bapteme du Christ, aucun salut que ne
promet pas I , Ecriture divine, laquelle doit etre preferee a
toutes les inventions humaines.
XXIV, 34. C'est tres justement que les chretiens de
langue punique n'appellent pas Ie bapteme lui-meme
autrement que «salut», et Ie sacrement du corps du
Christ autrement que «vie». D'ou cela vient-il, sinon
- je pense - d'une tradition ancienne et apostolique 261
selon laquelle ils tiennent comme inculque a l'Eglise du
Christ que, hors du bapteme et de la participation a la
table du Seigneur, personne parmi les hommes ne peut
parvenir non seulement au royaume de Dieu, mais pas
non plus au salut et a la vie etemelle? Cela est en effet
atteste aussi par I , Ecriture, selon ce que nous avons dit
plus haute Car que pen sent d' autre ceux qui designent Ie
bapteme par Ie nom de «salut» que ce qui est dit ainsi :
Il nous a sauves par le bain de la regeneration 262 et que
ce que dit Pierre: Et ainsi c' est !tar un bapteme de forme
semblable qu' il vous a sauves 63? Et quoi d' autre ceux
qui appellent « vie» Ie sacrement de la table du Seigneur
que ce qui a ete dit ainsi: Je suis le pain vivant, moi qui
suis descendu du cief264 et: 1£ pain que je vous donne-
rai, c' est ma chair pour la vie du siecle 265 , et: Si vous ne
mangez pas la chair du Fils de l' homme et ne buvez pas
son sang, vous n ' aurez pas la vie en vous 266 ?
Si donc, etant donne que concordent des temoignages
divins si nombreux et si importants, ni Ie salut ni la vie
etemelle ne doivent etre esperes par personne sans Ie
bapteme et Ie corps et Ie sang du Seigneur, c' est en vain
265. loh. 6, 52.
266. loh. 6, 54.
143
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
promittitur paruulis. Porro si a salute ac uita aetema
hominem nisi peccata non separant, per haec sacramenta
non nisi peccati reatus in paruulis soluitur, de quo reatu
scriptum est neminem esse mundum nee si un ius diei
fuerit uita eius. V nde est et illud in Psalmis: Ego enim
in iniquitatibus conceptus sum et in peccatis mater mea
me in utero aluit; aut enim ex persona generali ipsius
hominis dicitur aut, si proprie Dauid hoc de se dicit, non
utique de fomicatione, sed de legitimo conubio natus
est. Non itaque dubitemus etiam pro infantibus bapti-
zandis sanguinem fusum qui priusquam funderetur, sic
in sacramento datus est et commendatus ut diceretur:
Hie est sanguis meus qui pro multis effundetur in remis-
sionem peccatorum. Negant enim illos liberari qui sub
peccato esse nolunt fateri. Nam unde liberantur si nulla
seruitute peccati tenentur obstricti ?
35. Ego, inquit, lux in saeculum ueni ut omnis qui
crediderit in me non maneat in tenebris. Hoc dicto quid
ostendit nisi in tenebris esse omnem qui non credit in
eum et credendo efficere ne maneat in tenebris? Has
tenebras quid nisi peccata intellegimus? Sed quodli-
bet aliud intellegantur hae tenebrae, profecto qui non
credit in Christum manebit in eis et utique poenales
sunt, non quasi noctumae ad quietem animantium
necessariae. [35]
XXV. Proinde paruuli, si per sacramentum quod ad
hoc diuinitus institutum est in credentium numerum non
transeant, profecto in his tenebris remanebunt.. .
267. Cf. Is. 59, 2.
268. lob 14, 5.
269. Ps. 50,7.
270. Matth. 26,28.
271. Cf. Rom. 3, 9b.
144
liVRE I
que sans eux on les pro met aux tout-petits. En outre, si
ce sont bien les peches qui separent I 'homme du salut
et de la vie eternelle 267 , c' est bien, par ces sacrements,
l'imputation de peche qui est effacee chez les tout-petits,
imputation dont il est ecrit que personne n' est exempt,
meme si sa vie n'a dure qu'un jour 268 . D'ou aussi ce
qui figure dans les Psaumes: Car j' ai ete confu dans
les iniquites et c' est dans les peches que ma mere m' a
nourri en son sein 269 . Ou bien cela est dit de I 'homme
en general ou bien, si David I' a dit de lui particuliere-
ment, il n' est de toute faon pas ne de la fornication
mais d'une union legitime. Ne doutons donc pas que
Ie sang a ete repandu aussi pour les peits enfants a
baptiser, ce sang qui avant d' etre repandu a ete donne
et recommande dans Ie sacrement selon cette parole:
Voici mon sang qui sera repandu pour un grand nombre
en vue du pardon des peches 27o . lIs disent en effet que
ne sont pas delivres ceux ui ne veulent pas reconnaitre
qu'ils sont sous Ie peche 2 . Car de quoi sont - ils liberes
s'ils ne sont pas tenus lies par I' esclavage du peche?
35. Moi, dit-il, la lumiere, je suis venu dans le monde
pour que celui qui aura cru en moi ne demeure pas dans
les tenebreS 272 . Par cette parole, que montre-t-il, sinon
qu'est dans les tenebres quiconque ne croit pas en lui
et que, en croyant, il reussit a ne pas demeurer dans les
tenebres? Ces «tenebres», comment les comprendre
sinon comme etant les peches ? Mais quelle que soit la
faon dont ces «tenebres » peuvent etre entendues, il est
sOr que celui qui ne croit pas dans Ie Christ y demeurera,
et elles sont bien sur'des chatiments, mais pas comme
les tenebres de la nuit, necessaires au repos des etres
vivants.
XXV. Par consequent, les petits enfants, s' ils n' acce-
dent pas au nombre des croyants par Ie sacrement qui a
ete divinement institue a cette fin, resteront certainement
dans ces tenebres...
272.loh. 12,46.
145
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
36. .. .quamuis i eos nonnulli mox natos inluminari
credant sic intellegentes quod scriptum est: Erat lumen
uerum quod inluminat omnem hominem uenientem
in hunc mundum. Quod si ita est, multum mirandum
est quomodo inluminati ab unico Filio, quod erat in
principio Verbum Deus apud Deum, non ammitantur
ad regnum Dei nec sint heredes Dei, coheredes autem
Christi. Hoc enim eis nisi per baptismum non praestari
etiam qui hoc sentiunt confitentur. Deinde iam inlu-
minati, si ad consequendum regnum Dei nondum sunt
idonei, saltem ipsum baptismum quo ad hoc idonei fiunt
laeti suscipere debuerunt; cui tamen eos uidemus cum
magnis fletibus reluctari eamque ignorantiam in ilia
aetate contemnimus, ut sacramenta quae illis prodesse
nouimus in eis etiam reluctantibus compleamus. Cur
enim et Apostolus dicit: Nolite pueri esse mentibus si
iam lumine illo uero quod Verbum Dei est eorum men-
tes inluminatae sunt?
37. Itaque illud quod in euangelio positum est:
Erat lumen uerum quod inluminat omnem hominem
uenientem in hunc mundum, ideo dictum est quia nullus
hominum inluminatur nisi illo lumine ueritatis quod
Deus est, ne quisquam putaret ab eo se inluminari, a quo
aliquid audit ut discat, non dico, si quemquam magnum
hominem, sed nec si angelum ei contingat habere doc-
torem. Adhibetur enim senno ueritatis exttinsecus uocis
i. Plutot qu'au depart d'une nouvelle phrase (selon la ponctuation
du CSEL), cette proposition est subordonnee a ce qui precede. I. Volpi
et R. Teske Ie comprennent de meme.
273.loh. 1, 9. Opinion (10) variante de (8) et s'appuyant sur une
phrase de saint Jean, Peut -etre lue par Augustin dans Ie liber, tres
proche alors du Liber de fide. Voir NC 44.
274.loh. 1, 1.
275. Cf. Rom. 8, 17.
276. Cette resistance n'est donc pas ici un indice du bien-fonde du
146
LIVRE I
36. .. . encore que quelques-uns croient que ceux-ci,
une fois nes, reoivent bientot la lumiere, comprenant
ainsi ce qui est ecrit: Il etait la vraie lumiere qui illu-
mine tout homme venant en ce monde 273 . S'il en est
ainsi, on peut se demander avec beaucoup d'etonnement
comment, illumines par Ie Fils unique, qui au commen-
cement etait le Verbe, Dieu aupres de Dieu 274 , ils ne
sont pas admis au royaume de Dieu et ne sont pas les
heritiers de Dieu, coheritiers du Christ 275 . Car ceux qui
pen sent ainsi professent aussi que cela ne leur est accorde
que par Ie bapteme. De plus, etant deja illumines, s'ils
ne sont pas encore capables d' obtenir Ie royaume, ils
auraient au moins dO recevoir dans la joi ce bapteme
par lequel precisement ils en deviennent capables ; nous
les voyons pourtant y resister avec des flots de larmes
et nous regardons avec mepris cette ignorance de leur
age, si bien que, meme s' ils y resistent encore, nous
accomplissons les rites sacramentels que nous savons
leur etre profitables 276 . Pourquoi en effet I' Apotre dit-il
aussi: Ne soyez pas des en/ants quant a l'intelligence 277
si leurs intelligences ont deja ete illuminees par cette
vraie lumiere qui est Ie Verbe de Dieu 278 ?
37. C'est pourquoi ce qui figure dans l'evangile: Il
etait la vraie lumiere qui illumine tout homme venant en
ce monde 279 , a ete dit parce que tout homme n' est illu-
mine que par cette lumiere de la verite qui est Dieu, de
faon que personne ne se croie illumine par celui dont il
entend quelque enseignement 280 : je ne dis pas s' il s' agit
de quelque homme 9'envergure, mais meme s'il lui
arrive d'avoir un ange comme maitre! Car Ie langage
de la verite s' exprime exterieurement par Ie ministere
sacrement pour les tout-Petits, mais Ie devient un an plus tard chez
Augustin. Voir NC 25.
277. I Cor. 14, 20.
278. Cf. loh. 1, 9.
279.loh. 1, 9.
280. Cf. loh. 6, 45.
147
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ministerio corporalis, uerum tamen neque qui plantat est
aliquid neque qui rigat, sed qui incrementum dat Deus.
Audit quippe homo dicentem uel hominem uel ange-
lum ; sed ut sentiat et cognoscat uerum esse quod dicitur,
illo lumine intus mens eius aspergitur, quod aetemum
[36] manet, quod etiam in tenebris lucet. Sed sicut sol
iste a caecis, quamuis eos suis radiis quodam modo ues-
tiat, sic ab stultitiae tenebris non comprehenditur.
38. Cur autem cum dixisset: Quod inluminat omnem
hominem, addiderit: uenientem in hunc mundum - unde
haec opinio nata est quod in exortu corporali ab utero
mattis recentissimo inluminet mentes nascentium
paruulorum - quamuis in graeco ita sit positum ut possit
intellegi etiam «ipsum lumen» ueniens in hunc mun-
dum, tamen si «hominem» uenientem in hunc mundum
necesse est accipi, aut simpliciter dictum arbitror, sicut
multa in scripturis repperiuntur quibus etiam detractis
nihil sententiae minuatur, aut si propter aliquam distinc-
tionem additum esse credendum est, fortasse hoc dictum
est ad discemendam spiritalem inluminationem ab ista
corporali quae siue per caeli luminaria siue quibusque
ignibus inluminat oculos carnis ut hominem interiorem
dixerit uenientem in hunc mundum, quia exterior corpo-
reus est sicut hic mundus, tamquam diceret: «Inluminat
omnem hominem uenientem in corpUS» secundum illud
quod scriptum est: Sortitus sum animam bonam et ueni
in corpus incoinquinatum.
Aut ergo sic dictum est, si distinctionis alicuius gratia
dictum est: Inluminat omnem hominem uenientem in
281./ Cor. 3, 7.
282. Cf. loh. 1, 9.
283.loh. 1, 5.
284. C'est l'opinion (10) rapportee plus haut, en I, 25, 36. Augustin
y repond par une critique textuelle de loh. 1, 9.
285. lei la distinction entre «homme interieur» et « homme exte-
rieur» fait bien echo a la catechese paulinienne. Cf. Rom. 7, 22.
148
LIVRE I
d'une voix corporelle, mais pourtant et celui qui plante
et celui qui arrose ne sont rien, mais Dieu, qui donne
la croissance 28I . L'homme, bien sOr, ecoute celui qui
parle, homme ou ange, mais, pour juger et savoir que ce
qui est dit est vrai, son intelligence est arrosee interieu-
rement de cette lumiere qui demeure pour I' etemite, qui
luit meme dans les tenebres 282 . Mais de meme que Ie
soleil n' est pas peru par les aveugles, lui qui pourtant
les revet en quelque sorte de ses rayons, de meme elle
n' est point perue par les tenebres de la sottise.
38. Mais pourquoi, ayant dit qui illumine tout homme,
a-t-il ajoute venant en ce monde 283 ? C'est de cette
parole qu ' est nee l' opinion selon laquelle, ,aussitot sortis
physiquement du sein de leur mere, les intelligences des
nouveau-nes reoi vent I' illumination 284 . Quoique dans
Ie grec ait ete exprime quelque chose qui puisse etre
compris comme la lumiere meme venant en ce monde,
pourtant, s ' il faut necessairement que I' on entende
«I 'homme venant en ce monde», ou bien je pense que
cela a ete dit tout simplement comme pour bien des
textes dans les Ecritures dans lesquels la suppression
n ' affaiblit en rien Ie sens, ou bien, s' il faut croire que
cela a ete ajoute pour faire apparaitre quelque nuance,
peut-etre cela a-t-il ete dit pour distinguer I' illumination
spirituelle de la corporelle qui illumine les yeux de la
chair soit par les luminaires celestes soit par des feux,
afin de designer I 'homme interieur venant en ce monde
car l'homme exterieur est corporel comme ce monde-
ci 285 ; c'est alors comme s'il disait: «Elle illumine tout
homme venant en uil corpS», comme il est ecrit: J' ai
refu du sort une ame bonne et je suis venu dans un
corps sans souillure 286 .
Ou bien donc il a ete dit, si cela I' a ete en vue d' eta-
blir une distinction: elle illumine tout homme venant
286. Sap. 8, 19-20.
149
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
hunc mundum tamquam dictum esset: « Inluminat
omnem interiorem hominem» quia homo interior, cum
ueraciter fit sapiens, non nisi ab illo inluminatur quod
est lumen uerum; aut si rationem ipsam qua humana
anima rationalis appellatur, quae ratio adhuc uelut quieta
et quasi sospita, tamen insita et quodam modo insemi-
nata in paruulis latet, inluminationem uoluit appellare
tamquam interioris oculi creationem, non resistendum
est tunc eam fieri, cum anima creatur, et non absurde
hoc [37] intellegi, cum homo uenit in mundum. Verum
tamen etiam ipse quamuis iam creatus oculus necesse
est in tenebris maneat si non credat in eum qui dixit:
Ego lux in saeculum ueni ut omnis qui credit in me non
maneat in tenebris. Quod per sacramentum in paruulis
fieri non dubitat mater ecclesia, quae cor et os matemum
eis praestat ut sacris mysteriis imbuantur, quia nondum
possunt corde proprio credere ad iustitiam nec ore pro-
prio confiteri ad salutem. Nec ideo tamen eos quisquam
fidelium fideles appellare cunctatur, quod a credendo
utique nomen est quamuis hoc non ipsi, sed alii pro eis
inter sacramenta responderint.
XXVI, 39. Nimis longum fiet si ad singula testimo-
nia similiter disputemus. Vnde commodius esse arbitror
aceruatim multa congerere quae occurrere potuerint uel
quae sufficere uidebuntur, quibus appareat Dominum
Iesum Christum non aliam ob causam in carne uenisse ac
fonna serui accepta factum oboedientem usque ad mor-
tem crucis nisi ut hac dispensatione misericordissimae
gratiae omnes quibus tamquam membris in suo corpore
287. Cf. loh. 1, 9.
288. loh. 12, 46.
289. Cf. Rom. 10, 10.
290. Dans la liturgie baptismale d'alors, Ie realisme sacramentel
imposait, en effet aux gestantes (parrainlmarraine) de dire du tout-
petit: «il renonce (au mal)>> et «il croit (en Dieu»).
291. Cf. Iloh. 4, 2. + Illoh. 7.
292. Cf. Phil. 2, 7-8bc.
150
LWRE I
en ce monde comme s' il etait dit: «Elle illumine tout
homme interieur» parce que l'homme interieur, quand
il devient sage selon la verite, n' est illumine par rien
d' autre que par ce qui est la vraie lumiere; ou bien, s' il
s'agit de la raison elle-meme par quoi l'ame humaine
est dite rationnelle, raison qui est encore cachee comme
au repos et pour ainsi dire assoupie, mais introduite et
jetee comme une semence dans les petits enfants, si c' est
cette raison qu ' il a voulu appeler « illumination» comme
une creation d 'un reil interieur, il ne faut pas s' opposer
a I' idee qu' elle apparait quand I' ante est creee et il n' est
pas absurde de comprendre cela comme Ie moment ou
I 'homme vient au monde 287 . Cependant cet reil, encore
que deja cree, do it necessairement demeurer dans les
tenebres s' il ne croit pas a celui qui a dit: Moi qui suis
la lumiere, je suis venu dans le monde pour que celui
qui croit en moi ne demeure pas dans les tenebres 288 . Et
que cela se produise chez les petits enfants, notre mere
I , Egli se n' en doute pas, elle qui leur accorde un creur
et une bouche matemels pour qu'ils soient impregnes
des saints mysteres parce qu' ils ne peuvent pas encore
croire, d 'un mouvement personnel de leur creur, a la
justice ni, de leur pro pre bouche, confesser Ie salut 289 . Et
pour cela nul des fideles n'hesite ales appeler« fideles»,
parce que c' est Ie nom qui leur convient de par la foi,
meme si ce ne sont pas eux, mais d' autres pour eux, qui
ont repondu lors des sacrements 290 .
4. Annonce d'un catalogue de textes bibliques.
XXVI, 39. II serait trop long de discuter de la meme
faon, un par un, les temoignages scripturaires. II sera
plus commode,je crois, d' en rassembler un grand nombre
que I' on aura pu rencontrer ou qui sembleront assez forts,
grace auxquels il puisse apparaitre que Ie Seigneur Jesus
Christ n'est venu dans la chair29I , n'a pris la condition
d' esclave en se faisant obeissant jusqu' a la mort de la
croix 292 pour nulle autre raison que, en dispensant cette
grace tres misericordieuse a tous les hommes, dont il
est la tete, comme a des membres faisant partie de son
151
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
constitutis caput est j , ad capessendum regnum caelorum
uiuificaret, saluos faceret, liberaret, redimeret, inlumina-
ret qui prius fuissent in peccatorum morte, languoribus,
seruitute, captiuitate, tenebris constituti sub potestate
diaboli principis peccatorum, ac sic fieret mediator
Dei et hominum, per quem post inimicitias impietatis
nostrae illius gratiae pace finitas reconciliaremur Deo
in aetemam uitam ab aetema morte quae talibus inpen-
debat erepti.
Hoc enim cum abundantius apparuerit, consequens
erit ut [38] ad istam Christi dispensationem quae per
hanc eius humilitatem facta est pertinere non possint
qui uita, salute, liberatione, redemptione, inluminatione
non indigent. Et quoniam ad hanc pertinet baptismus
quo Christo consepeliuntur ut incorporentur illi membra
eius, hoc est fideles eius, profecto nec baptismus est
necessarius eis qui illo remissionis et reconciliationis
beneficio quae fit per mediatorem non opus habent.
Porro quia paruulos baptizandos esse concedunt qui
contra auctoritatem uniuersae ecclesiae procul dubio
per Dominum et apostolos traditam uenire non pos-
sunt, concedant oportet eos egere illos illis beneficiis
mediatoris ut abluti per sacramentum caritatemque
j. Comme R. Habitzky et R. Teske, nous plaons ici la virgule, et
non apres ad capessendum regnum caelorum (ce que font Ie CSEL et
I. Volpi) qui dePend en realite de la serle de verbes juxtaposes uiuifica-
ret, saluos Jaceret, liberaret, redimeret, inluminaret.
293. Cf. I Cor. 12, 27 + Eph. 5, 30.
294. Cf. Col. 1, 12-14.
295. Cf. Eph. 2, 1.
296. I Tim. 2,5.
297. Cf. Rom. 5,10-11 + Eph. 2,14.16 = Col. 1,20.
298. Remarquable recapitulation des motifs de l'incarnation. Voir
NC 32: «Les motifs de l'Incarnation et Ie bapteme».
299. Cf. Rom. 6,4 + Col. 2, 12.
300. Cf. I Cor. 12,27 + Eph. 1,22-23.
152
LIVRE I
COrpS293, pour les faire revivre afin qu' ils obtiennent Ie
royaume de Dieu 294 , pour nulle autre raison que pour
les sauver, les liberer, les racheter, les illuminer, eux
qui auparavant se trouvaient etablis dans la mort nee
des peches 295 , les maladies, I' esclavage, les tenebres,
au pouvoir du diable, prince des pecheurs, et pour se
faire ainsi le mediateur entre Dieu et les hommes 296
par qui nous serons reconcilies avec Dieu, les inimities
nees de notre impiete ayant pris fin par la paix venant
de sa grace 297 , arraches pour la vie etemelle a la mort
etemelle qui pesait sur de telles creatures 298 .
Quand ceci sera apparu avec plus d'abondance, il
s'ensuivra que ne peuvent relever de ce don du Christ
qui s' est opere par son abaissement ceux qui n' ont
pas besoin de la vie, du salut, de la liberation, de la
redemption, de I' illumination. Et puisque c' est cela que
regarde Ie bapteme, par lequel ils sont ensevelis avec Ie
Christ 299 afin de lui etre incorpores comme ses mem-
bres 3OO , c' est-A-dire ses fideles, il est sOr que Ie bapteme
n' est pas necessaire a ceux qui n' ont pas besoin de ce
bienfait que sont Ie pardon et la reconciliation, lesquels
s' operent par Ie Mediateur.
Et parce qu'ils admettent que les tout-petits doivent
etre baptises, ceux 30I qui ne peuvent s'opposer a l'auto-
rite de I , Eglise universelle, transmise a coup sOr par Ie
Seigneur et par les apotres, il convient qu' ils admettent
que ces petits ont besoin de ces bienfaits du Mediateur
afin que, laves par Ie sacrement 302 et la charite des
301. Caelestius et les autres acceptent en effet cette pratique.
302. Cf. Tit. 3, 5c. Comme l'a note A.-M. LA BONNARDIERE dans
son releve de citations (Biblia Augustiniana. Nouveau Testament. Les
Epitres aux Thessaloniciens, a Tite et a Philemon, Paris, 1964, p. 37),
«c' est a partir de 411 et dans les reuvres de la polemique antila-
gienne que saint Augustin a use Ie plus souvent de l'Epitre a Tire ». Or
«Tit. 3, 5 a lui seul totalise au moins 50 citations». Mais Ie verset est
«ues souvent reduit a son fragment c (lauacrum regeneration is pour
designer Ie bapteme)>>. «C' est cette phrase qui polarise l' attention de
saint Augustin» (p. 36).
153
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
fidelium ac sic incorporati Christi corpori, quod est eccle-
sia, reconcilientur Deo ut in illo uiui, ut salui, ut liberati,
ut redempti, ut inluminati fiant. V nde nisi a morte, uitiis,
reatu, subiectione, tenebris peccatorum ? Quae quoniam
nulla in ea aetate per suam uitam propriam commiserunt,
restat originale peccatum.
XXVD, 40. Haec ratiocinatio tunc erit fortior cum ea
quae promisi testimonia multa congessero. lam supra
posuimus: Non ueni uocare iustos, sed peccatores. Item
cum ad Zaccheum esset ingressus: Hodie, inquit, salus
domui huic facta est, quoniam et iste filius est Abrahae.
Venit enim filius hominis quaerere et saluare quod perie-
rat. Hoc est de oue perdita et relictis nonaginta nouem
quaesita et inuenta, hoc et de drachma quae perierat ex
decem. Vnde oportebat, ut dicit, praedicari in nomine
eius paenitentiam et remissionem peccatorum in omnes
gentes incipientibus ab Hierusalem.
Marcus etiam in fine euangelii sui Dominum dixisse
testatur: Euntes in mundum uniuersum praedicate euan-
gelium omni [39] creaturae. Qui crediderit et baptizatus
fuerit saluus erit,. qui uero non crediderit condemnabi-
tur. Quis autem nesciat credere esse infantibus baptizari,
non credere autem non baptizari ?
Ex Iohannis autem euangelio, quamuis iam nonnulla
posuerimus, adtende etiam ista. Iohannes Baptista de
illo: Ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi; et
303. Cf. Eph. 1,22-23 + I Cor. 12,27.
304. Cf. Col. 1, 20.
305. Augustin entend donc combiner raisonnement discursif
(ratiocinatio) et temoignage scripturaire. Sur Ie rassemblement de
« temoignages» scripturaires, voir la NC 33: «La constitution de
catalogues de textes bibliques com me testimonia: une pratique bien
etablie depuis Ie nf s. ».
306. Luc. 5, 32.
307. Luc. 19,9-10.
308. Cf. Luc. 15,3-10.
309. Cf. Luc. 15, 8-10.
310. Luc. 24,46-47.
154
LIVRE I
fideles et pevenus ainsi incorpores au corps du Christ
qui est I , Eglise 303 , ils soient reconcilies avec Dieu 304 ,
de telle faon qu' en lui ils deviennent vivants, sauves,
liberes, rachetes, illumines. Venant d' ou sinon de la
mort, des vices, de la culpabilite, de I' asservissement et
des tenebres des peches ? Et puisque, a leur age, ils n' ont
rien pu commettre de cela dans leur vie personnelle,
reste Ie peche originel.
Catalogue de textes bibliques.
XXVII, 40. Ce raisonnement sera plus fort lorsque
j'aurai rassemble ici les nombreux temoignages que
j'ai promis 305 . Nous avons deja indique plus haut: Je ne
suis pas venu appeler les justes, mais les pecheurs 306 .
De meme, quand il fut entre chez Zachee: Aujourd' hui,
dit-il, le salut est venu pour cette maison parce que lui
aussi est un fils d'Abraham. Car le Fils de l'homme est
venu chercher et sauver ce qui avait peri 307 . Et aussi
Ie texte sur la brebis perdue, cherchee et retrouvee, les
quatre-vingt-dix-neuf autres ayant ete laissees 308 , celui
sur la drachme qui, sur dix, avait ete perdue 309 . Aussi
convenait-il, comme ille dit, que fussent preches en son
nom la penitence et le pardon des peches a toutes les
nations, en commenant par Jerusalem 310 .
Marc aussi, a la fin de son evangile, atteste que
Ie Seigneur a dit: Allez dans le monde entier precher
l' evangile a toute creature. Qui aura cru et aura ete
baptise sera sauve,. mais celui qui n' aura pas cru
sera condamne'3II. Qui donc peut ignorer que, pour les
enfants, croire c' est tre baptise, et ne pas croire c' est
n' etre pas baptise ?
Dans I' evangile de Jean, bien que nous ayons deja cite
quelques textes, fais attention a ceux-ci: Jean-Baptiste
dit de Jesus: Voici l' Agneau de Dieu, voici celui qui
enleve les peches du monde 3I2 ; et de lui-meme Jesus dit:
311. Marc. 16,15-16.
312.loh. 1, 29.
155
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ipse de se ipso: Qui de ouibus meis sunt uocem meam
audiunt et ego noui illas et secuntur me,. et ego uitam
aeternam do illis et non peribunt in aeternum. Quia ergo
de ouibus eius non esse incipiunt paruuli nisi per bap-
tismum, profecto, si hoc non accipiunt, peribunt; uitam
enim aetemam quam suis dabit ouibus non habebunt.
Item alio loco: Ego sum uia, ueritas et uita ,. nemo uenit
ad Patrem nisi per me.
41. Hanc docttinam suscipientes apostoli uide quanta
contestatione declarent. Petrus in prima epistola :
Benedictus est, inquit, Pater Domini nostri lesu Christi,
secundum multitudinem misericordiae suae qui rege-
nerauit nos in spem uitae aeternae per resurrectionem
lesu Christi, in hereditatem inmortalem et intaminatam,
florentem, seruatam in caelis uobis qui in ueritate Dei
conuersamini per fidem in salutem paratam palam fieri
in tempore nouissimo. Et paulo post: Inueniamini, inquit,
in laudem et honorem lesu Christi quem ignorabatis, in
quem modo non uidentes creditis, quem cum uideritis
exultabitis gaudio inenarrabili et honorato gaudio
percipientes testamentum fidei, salutem animarum [40]
uestrarum. Item alio loco: Vos autem, inquit, genus
electum, regale sacerdotium, gens sancta, populus in
adoptione, ut uirtutes enuntietis eius qui uos de tenebris
uocauit in illud admirabile lumen suum. Et iterum:
Christus, inquit, pro peccatis nostris pass us est, iustus
pro iniustis, ut nos adducat ad Deum. Item cum comme-
moras set in arca Noe octo homines saluos factos: Sic et
uos, inquit, simili forma baptisma saluos facit. Ab hac
ergo salute et lumine alieni sunt paruuli et in perditione
ac tenebris remanebunt nisi per adoptionem populo Dei
313.loh. 10,27-28.
314.loh. 14,6.
315. I Petro 1, 3-5.
316. I Petro 1, 7-9.
317. I Petro 2,9.
318. I Petro 3, 18.
156
LWRE I
Ceux qui/ont partie de mes brebis entendent ma voix, et
moi je les connais, et Us me suivent, et moi je leur donne
la vie eternelle, et Us ne periront pas pour l'eternite'3I3.
Donc, puisque les petits enfants ne commencent a etre
au nombre de ses brebis que par Ie bapteme, il est sOr
que s' ils ne Ie reoivent pas, ils periront; car la vie
etemelle qu' il donnera a ses brebis, ils ne I' auront pas.
Et encore ailleurs: Je suis la voie, la verite et la vie;
personne ne vient au Pere que par moi 3I4 .
41. Voyez les apotres recevant cet enseignement,
avec quelle fennete ils Ie proclament. Pierre, dans sa
premiere lettre: Beni est Dieu, Pere de notre Seigneur
Jesus Christ, qui selon l'abondance de sa misericorde
nous a regeneres dans l'esperance de la vie eternelle
par la resurrection de Jesus Christ, pour un heritage
immortel et incorruptible, florissant, conserve dans
les cieux pour vous qui passez votre vie dans la verite,
par la /oi, pour ce salut prepare afin d' etre manifeste
a la fin des t emps 315, et peu apres: Puissiez-vous etre
trouves pour la gloire et l'honneur de Jesus Christ, que
vous ignoriez, et en qui maintenant vous croyez sans le
voir et devant qui, quand vous le verrez, vous exulterez
d'une joie indicible, d'une joie pleine d' honneur en
recevant le testament de la /oi, qui est le salut de vos
ames 3I6 . Et encore dans un autre passage: Quant a vous,
race choisie, sacerdoce royal, nation sainte, peuple
adopte pour annoncer les grandeurs de celui qui vous
a appeles des tenebres a son admirable lumiere 3I7 . Et
encore: 1£ Christ a souffert pour nos peches, lui le juste
pour les injustes, pour no us conduire jusqu'a Dieu 3I8 .
Et aussi quand il eut rappele que dans l'arche de N06
huit hommes avaient ete sauves, ainsi, vous aussi, de
semblable /aon, le bapteme vous sauve 3I9 . A. ce salut
done et a cette lumiere sont etrangers les tout-petits et ils
demeureront dans la perdition et les tenebres s'ils n'ont
ete, par adoption, associes au peuple de Dieu, assures
319. I Petro 3,21.
157
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
fuerint sociati tenentes Christum passum iustum pro
iniustis ut eos adducat ad Deum.
42. Ex epistola etiam Iohannis haec mihi occurrerunt
quae huic quaestioni necessaria uisa sunt. Quodsi in
lumine, inquit, ambulauerimus sicut et ipse est in lumine,
societatem habemus in inuicem et sanguis Iesu filii eius
purgabit nos ab omni delicto. Item alio loco: Si testi-
monium, inquit, hominum accipimus, testimonium Dei
maius est quia hoc est testimonium Dei. Qui crediderit
in Filium Dei habet testimonium in semet ipso. Qui non
crediderit Deo mendacem lacit eum, quia non credidit
in testimonium quod testificatus est de Filio suo. Et hoc
est testimonium: quia uitam aeternam dedit nobis Deus
et haec uita in Filio eius est. Qui habet Filium habet
uitam,. qui non habet Filium non uitam habet. Non solum
igitur regnum caelorum, sed nec uitam paruuli habebunt
si Filium non habebunt, quem nisi per baptismum eius
habere non possunt. Item alio loco: In hoc, inquit, mani-
festatus est Filius Dei ut soluat opera diaboli. Non ergo
pertinebunt paruuli ad gratiam manifestationis Filii Dei
si non in eis soluet opera diaboli.
43. lam nunc adtende in hanc rem Pauli Apostoli
testimonia tanto utique plura quanto plures epistolas
scrips it et quanto diligentius curauit commendare gra-
tiam Dei aduersus eos qui operibus gloriabantur atque,
ignorantes Dei iustitiam et suam iustitiam uolentes
constituere, iustitiae Dei non erant subditi.
In epistola ad Romanos : Iustitia, inquit, Dei in omnes
qui credunt,. non enim est distinctio. Omnes enim
320. Cf. I Petro 3, 18.
321. Iloh. 1, 7.
322. Iloh. 5, 9-12.
323. Iloh. 3, 8.
324. Cf. I loh. 3, 8.
325. Cf. Rom. 10, 3. Suivent 22 extraits d'epitres qui, a une excep-
tion pres (Eph. 4, 30: Nolite contristare Spiritum Sanctum Dei in quo
signati estis in diem redemptionis. verset cite en I, 27, 46, sans doute
158
LIVRE I
que Ie Christ a souffert, lui, le juste pour les injustes, afin
de les conduire a Dieu 32o .
42. Dans I' epitre de Jean, aussi, se sont presentes a moi
des textes qui me semblent tres lies a cette question. Que
si, dit-il, nous avons marche dans la lumiere, de meme
qu'il est, lui aussi, dans la lumiere, nous nous trouvons
mutuellement associes et le sang de Jesus, son Fils, nous
purifiera de toute faute 32I . De meme ailleurs: Si nous
accueillons le temoignage des hommes, le temoignage
de Dieu est plus grand, parce que c' est le temoignage de
Dieu. Celui qui a cru au Fils de Dieu a ce temoignage en
lui. Celui qui n' a pas cru en Dieu fait de lui un menteur
parce qu'il n' a pas cru au temoignage par lequel il porte
temoignage au sujet de son Fils. Et ce temoignage, c'est
que Dieu nous a donne la vie eternelle et que cette vie
se trouve dans son Fils. ui a le Fils a la vie, qui n' a
pas le Fils n 'a pas la vie 32 . Ainsi, les petits enfants, non
seulement n'auront pas Ie royaume des cieux, mais la vie
non plus, s' ils n' ont pas Ie Fils, qu' ils ne peuvent avoir
que par son bapteme. De meme ailleurs, le Fils de Dieu
s' est manifeste pour detruire les lEuvres du diable 323 . En
consequence, les petits enfants ne participeront pas a la
grace de la manifestation du Fils de Dieu, s' il ne detruit
pas en eux les lEuvres du diable 324 .
43. Prete maintenant attention aux textes de Paul sur
cette question, textes d' autant plus nombreux qu' il a
ecrit plus de lettres et qu' il a eu un souci plus aigu de
faire valoir la grace de Dieu contre ceux qui se glorifient
de leurs reuvres et qui, ignorant la justice de Dieu et
voulant etablir leur propre justice, n' etaient pas soumis a
la justice de Dieu 32 .
Dans I' epitre aux Romains : La justice de Dieu concerne
tous ceux qui croient. Il n'y a point de distinction car
pour son allusion a un des rites baptismaux) rendent tous expresse-
ment temoignage a Jesus Christ comme I 'unique sauveur pour tous
les humains.
159
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
peccauerunt et egent gloria Dei, iustificati gratis per
gratiam ipsius, per redemptionem quae est in Christo
lesu quem proposuit Deus propitiatorium per fidem in
sanguine ipsius ad ostensionem iustitiae eius propter
propositum praecedentium peccatorum in Dei patientia,
ad ostendendam iustitiam ipsius in hoc tempore, ut sit
iustus et iustificans eum qui ex fide est lesu.
Item alio loco: Ei qui operatur, inquit, merces non
inputatur secundum gratiam, sed secundum debitum,. ei
uero qui non operatur, credit autem in eum qui iustificat
impium, deputatur fides ad iustitiam. Sicut et Dauid dicit
beatitudinem hominis cui Deus accepto fert iustitiam
sine operibus: « Beati quorum remissae sunt iniquitates
et quorum tecta sunt peccata. Beatus uir cui non inpu-
tauit Dominus peccatum. »
Item paulo post: Non est autem scriptum, [42] inquit,
propter ilium tantum quia deputatum est illi, sed et
propter nos quibus deputabitur credentibus in eum qui
excitauit lesum Christum Dominum nostrum ex mortuis,
qui traditus est propter delicta nostra et resurrexit prop-
ter iustificationem nostram.
Et paulo post: Si enim Christus, inquit, cum infirmi
essemus adhuc, iuxta tempus pro impiis mortuus est.
Et alibi: Scimus, inquit, quia lex spiritalis est,. ego
autem carnalis sum, uenundatus sub peccato. Quod enim
operor ignoro,. non enim quod uolo hoc ago, sed quod
odi illud facio. Si autem quod nolo hoc facio, consentio
legi quoniam bona. Nunc autem iam non ego operor
illud, sed id quod in me habitat peccatum. Scio enim quia
non habitat in me, hoc est in carne mea, bonum. Velie
enim adiacet mihi. Perficere autem bonum non inuenio.
Non enim quod uolo facio bonum sed quod nolo malum,
hoc ago. Si autem quod nolo ego hoc facio, iam non ego
operor illud sed quod habitat in me peccatum. Inuenio
326. Rom. 3, 22-26.
327. Rom. 4, 4-8 avec, a la fin, citation de Ps. 31, 1-2.
328. Rom. 4, 23-25.
329. Rom. 5, 6.
160
UVRE I
tous ont peche et ont besoin de la gloire de Dieu, justifies
gratuitement par sa grace, de par la redemption qui est
dans le Christ Jesus, que Dieu a presente comme victime
propitiatoire par la foi qu 'on aurait en son sang, pour la
manifestation de sa justice en consideration des peches
passes supportes par la patience de Dieu, pour montrer
sa justice en ce temps de maniere a etre juste tout en
justifiant celui qui, par.. sa foi, appartient a Jesus 326 .
De meme ailleurs : A celui qui travaille le salaire n 'est
pas compte comme une grace, mais comme un du. Mais
a qui ne travaille pas, mais croit en celui qui justifie
l'impie, la foi est comptee pour la justice. Ainsi David
parle du bonheur de l'homme a qui Dteu impute la
justice sans les lEuvres : « Heureux ceux dont les peches
ont ete pardonnes et dont les fautes sont couvertes,.
heureux l'homme a qui le Seigneur n'a point impute de
pechi3 27 1»
De meme un peu apres: Et cela n 'a pas ete ecrit pour
lui seul parce que la foi lui a ete comptee, mais aussi
pour nous a qui la foi sera comptee parce que nous
croyons en lui, qui a ressuscite des morts Jesus Christ
notre Seigneur, qui a ete livre pour nos peches et est
ressuscite pour notre justification 328 .
Et un peu plus bas: Car si le Christ, alors que nous
etions encore des infirmes, est mort, au temps fixe, pour
les impies 329 . . .
Et ailleurs : Nous savons que la loi est spirituelle, mais
moi je suis charnel, vendu sous le peche. En effie, ce
que je fais, je l'ignore ,. car je ne fa is pas ce que je veux,
mais je fais ce que je hais,. mais si je fais ce que je ne
veux pas, je suis en accord avec la loi, parce qu' elle est
bonne,. mais ce n' est pas moi qui fais le mal, mais le
peche qui habite en moi. Car je sais que le bien n'habite
pas en moi, c' est-a-dire dans ma chair. Vouloir m' est
possible, mais je ne trouve pas le moyen d'accomplir
le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, mais le
mal que je ne veux pas, c'est cela que je fais. Mais si ce
que je ne veux pas je le fais, ce n' est pas moi qui agis,
mais le peche qui habite en moi. Je trouve done une loi
161
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ergo legem mihi uolenti facere bonum, quoniam mihi
malum adiacet. Condelector enim legi Dei secundum
interiorem hominem, uideo autem aliam legem in mem-
bris meis repugnantem legi mentis meae et captiuantem
me in lege peccati quae est in membris meis. Miser
ego homo! Quis me liberabit de corpore mortis huius ?
Gratia Dei per Iesum Christum Dominum!
Dicant qui possunt hominem nasci non k in corpore
mortis huius, ut possint etiam dicere non ei necessa-
riam gratiam Dei per Iesum Christum, qua liberetur de
cor[ 43]pore mortis huius.
Item paulo post: Quod enim inpossibile erat legis, in
quo infirmabatur per carnem, Deus Filium suum misit
in similitudine carnis peccati et de peccato damnauit
peccatum in carne.
Dicant qui audent oportuisse nasci Christum in simi-
litudine carnis peccati nisi nos nati essemus in came
peccati.
44. Item ad Corinthios: Tradidi enim uobis in primis,
inquit, quod et accepi: quia Christus mortuus est pro
peccatis nostris secundum scripturas.
Item ad eosdem Corinthios in secunda: Caritas enim
Christi conpellit nos iudicantes hoc: quoniam unus pro
omnibus mortuus est,. ergo omnes mortui sunt et pro
omnibus mortuus est ut qui uiuunt iam non sibi uiuant
sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit. Itaque nos
amodo neminem nouimus secundum carnem et, si noue-
ramus secundum carnem Christum, sed nunc iam non
k. MSme si la lon non est tres minoritaire, il faut la preferer a nisi
pour resPecter la logique du raisonnement, car Augustin denonce ici
ceux qui nient tout lien entre mort physique et peche.
330. Rom. 7, 14-25.
331. Rom. 8,3.
332. Cf. Rom. 8, 3.
162
LIVRE I
quand je veux faire le bien, puisque c' est le mal qui est
en mon pouvoir. Car je me complais en la loi de Dieu
selon l' homme interieur, mais je vois une autre loi dans
mes membres, qui combat la loi de mon esprit et me tient
captif dans la loi du peche, qui est dans mes membres.
Malheureux homme que je suis! Qui me delivrera du
corps de cette mort? La grace de Dieu par Jesus Christ
Seigneur3 30 .
Que disent ceux qui Ie peuvent que l'homme ne nait
pas dans Ie corps de cette mort, afin de pouvoir dire aussi
que ne lui est pas necessaire la grace de Dieu par Jesus
Christ, par laquelle il soit libere du corps de cette mort.
De meme un peu plus loin: Ce qui etait impossible a
la loi, en quoi elle etait rendue infirme par La chair, Dieu
a envoye son Fils dans la ressemblance de la chair de
peche et, a partir du peche, il a condamne le peche dans
la chair3 3I .
Qu'ils Ie disent, s' ils I' osent, qu' il fallait que Ie Christ
naquit dans la ressemblance de la chair du peche'332,
si nous n'etions pas nous-memes nes dans la chair du
peche 333 !
44. De meme aux Corinthiens: Je vous ai, en elfet,
transmis d' abord ce que j' ai moi aussi refu, c' est-a-
d,ire que le Christ est mort pour nos peches selon les
Ecritures 334 .
De meme, aux memes Corinthiens, dans la seconde
lettre: Car la charite du Christ nous pousse ace jugement
qu ' il est mort seul pour tous ,. tous done sont morts et il
est mort pour tous, pour que ceux qui vivent ne vivent
plus pour eux, mais pour lui, qui est mort et ressuscite
pour eux. Ainsi nous, deso rma is, nous ne connaissons
plus personne selon la chair et si nous connaissions le
Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi.
333. Cf. Rom. 8, 3.
334. I Cor. 15, 3.
163
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
nouimus. Si qua igitur in Christo noua creatura,. uetera
transierunt, ecce facta sunt noua. Omnia autem ex Deo
qui reconciliauit nos sibi per Christum et dedit nobis
ministerium reconciliationis. Quemadmodum? Quia
Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi, non
reputans illis delicta eorum et ponens in nobis uerbum
reconciliationis. Pro Christo ergo legatione fungimur
tamquam Deo exhortante per nos: obsecramus pro
Christo reconciliari Deo. Eum qui non nouerat pecca-
tum pro nobis peccatum fecit ut nos simus iustitia Dei
in ipso. Cooperantes autem et rogamus ne in uacuum
gratiam Dei suscipiatis. Dicit enim: «Tempore accep-
tabili exau[44]diui te et in die salutis adiuui te.» Ecce
nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis.
Ad hanc reconciliationem et salutem si non pertinent
paruuli, quis eos quaerit ad baptismum Christi? Si
autem pertinent, inter homines mortuos sunt pro quibus
HIe mortuus est, nec ab eo reconciliari et saluari possunt
nisi dimissa non reputet delicta eorum.
45. Item ad Galatas: Gratia uobis et pax a Deo Patre et
Domino Iesu Christo, qui dedit semet ipsum pro peccatis
nostris ut eximeret nos de praesenti saeculo maligno.
Et alio hoc: Lex transgressionis gratia proposita
est donee ueniret semen cui promissum est, disposi-
tum per angelos in manu mediatoris. Mediator autem
unius non est, Deus uero unus est. Lex ergo aduersus
promissa Dei? Absit! Si enim data esset lex quae posset
uiuijicare, omnino ex lege esset iustitia. Sed conclusit
scriptura omnia sub peccato ut promissio ex fide Iesu
Christi daretur credentibus.
335. II Cor. 5, 14 - 6, 2, avec, a la fin, citation d'ls. 49, 8.
336. Gal. 1, 3-4.
337. Gal. 3, 19-22.
164
LIVRE I
Si done quelqu'un est dans le Christ, c'est une creature
nouvelle,. les choses anciennes sont passees, voici que
de nouvelles ont ete faites. Or tout vient de Dieu, qui
nous a reconcilies avec lui par le Christ et nous a donne
le ministere de la reconciliation. Comment? Parce que
Dieu etait dans le Christ, reconciliant le monde avec
lui, ne leur imputant pas leurs fautes et mettant en nous
la parole de la reconciliation. Nous avons done charge
d'ambassadeurs a la place du Christ, comme si Dieu
vous exhortait par notre bouche: nous vous supplions,
au nom du Christ, de vous reconcilier avec Dieu. Celui
qui ne connaissait pas le peche, Dieu l'a fait peche
pour nous afin que nous soyons justice de Dieu en lui.
Et cooperant avec lui nous vous demandons aussi de ne
pas recevoir en vain la grace de Dieu car il dit: «Au
moment favorable, je t'ai entendu et au jour du salut
je t' ai secouru.» Voici maintenant le temps favorable,
voici maintenant le jour du salut 335 .
Si les petits enfants ne sont pas concemes par cette
reconciliation et ce salut, qui les cherche pour qu' ils
reoivent Ie bapteme du Christ? Mais s' ils sont concer-
nes, ils font partie des hommes morts pour lesquels il est
mort, et ils ne peuvent etre reconcilies et sauves par lui
s'il ne considere pas leurs peches comme pardonnes.
45. De meme aux Galates: A vous la grace et la paix
venant de Dieu le Pere et du Seigneur Jesus Christ, qui
s'est donne lui-meme pour nos peches, pour nous enle-
ver a ce siecle pervers 336 .
Et dans un autre passage: La loi a ete promulguee
pour determiner la transgression jusqu 'a ce que vienne
le rejeton a qui avait ete faite la promesse deposee par
les anges dans la main du mediateur. Mais il n 'y a pas de
mediateur d'un seul. Or Dieu est unique. La loi est done
opposee aux promesses de Dieu? Nullement. Car, si
avait ete donnee une loi qui put donner la vie, la justice
releverait tout entiere de la loi, mais l' Ecriture a tout
enferme sous le peche pour que la prom esse JUt donnee
par lafoi en Jesus Christ a ceux qui croiraient 337 .
165
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
46. Ad Ephesios etiam: Et uos, cum essetis mortui
delictis et peccatis uestris in quibus aliquando ambu-
lastis secundum saeculum mundi huius, secundum
principem potestatis aeris, spiritus eius qui nunc opera-
tur infiliis diffidentiae, in quibus et nos omnes aliquando
conuersati sumus in desideriis carnis nostrae, facientes
uoluntatem carnis et affectionum, et eramus naturaliter
filii irae sicut et ceteri,. Deus autem, qui diues est in
misericordia, propter multam dilectionem qua dilexit
nos et cum essemus mortui peccatis conuiuificauit nos
Christo cuius gratia sumus salui facti.
Et paulo post: [45] Gratia, inquit, salui facti estis
per fidem et hoc non ex uobis, sed Dei donum est, non
ex operibus, ne forte quis extollatur. Ipsius enim sumus
figmentum, creati in Christo Iesu in operibus bonis quae
praeparauit Deus ut in illis ambulemus.
Et paulo post: Qui era tis , inquit, illo tempore sine
Christo, alienati a societate Israhel et peregrini testa-
mentorum et promissionis, spem non habentes et sine
Deo in hoc mundo, nunc autem in Christo Iesu qui
aliquando eratis longe, facti estis prope in sanguine
Christi. Ipse est enim pax nostra, qui fecit utraque unum
et medium parietem maceriae soluens, inimicitias in
carne sua, legem mandatorum decretis euacuans, ut
duos conderet in se in unum nouum hominem, faciens
pacem et commutaret utrosque in uno corpore Deo per
crucem, interficiens inimicitias in semet ipso. Et ueniens
euangelizauit pacem uobis qui eratis Longe et pacem his
qui prope, quia per ipsum habemus accessum ambo in
uno Spiritu ad Patrem.
338. Eph. 2, 1-5.
339. Eph. 2, 8-10.
166
LIVRE I
46. Puis aux Ephesiens: Et vous, alors que vous etiez
morts a cause de vos fautes et de vos peches au milieu
desquels vous avez un temps marche, conformement au
siecle de ce monde, selon le prince de la puissance de
l' air, de l' esprit de celui qui maintenant agit chez les fils
de l'incredulite, parmi lesquels nous tous aussi avons
vecu un temps dans les desirs de notre chair, faisant la
volonte de la chair et des passions, et nous etions natu-
rellement fils de la colere, comme tous les autres ,. mais
Dieu, qui est riche de misericorde, dans l'abondance de
l'amour dont il nous a aimes et alors que nous etions
morts a cause des peches, Dieu nous a fait revivre avec
le Christ, par la grace de qui nous avons te sauves 338 .
Et un peu plus loin: C' est par la grace que vous avez
ete sauves moyennant la foi et cela ne vient pas de vous
mais c'est un don de Dieu, non en raison des lEuvres,
afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son
ouvrage, cree dans le Christ Jesus, dans les lEuvres
bonnes que Dieu a preparees pour que nous march ions
au milieu d'elles 339 .
Et peu apres: Vous etiez en ce temps-La sans le Christ,
eloignes de la societe d'Israel et etrangers a l' alliance et
a la promesse, n' ayant pas d' esperance, etant sans Dieu
en ce monde. Mais main tenan t, dans le Christ Jesus,
vous qui etiez, un temps, bien loin, vous etes devenus
tres proches dans le sang du Christ. Car il est notre paix,
lui qui, de deux peuples en afait un seul, rompant le mur
de separation entre eux, supprimant les inimities dans
sa chair, abolissant la loi par les decisions de ses com-
mandements, afin d'etablir en lui les deux hommes qui
deviennent un seul homme nouveau, en faisant la paix,
et afin de transformer en un seul corps 1 'un et l' autre
pour Dieu, par la croix, detruisant les inimities en lui.
Et en venant, il vous a annonce la paix, a vous qui etiez
loin, et a ceux qui etaient proches, parce que c' est par
lui que nous avons acces au Pere, les uns et les autres,
en un seul Esprit 340 .
340. Eph. 2, 12-18.
167
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Item alibi: Sicut est ueritas in Jesu, deponere uos
secundum priorem conuersationem ueterem homi-
nem, eum qui corrumpitur secundum concupiscentias
deceptionis,. renouamini autem spiritu mentis uestrae
et induite nouum hominem, eum qui secundum Deum
creatus est in iustitia et sanctitate ueritatis.
Et alibi: Nolite contristare Spiritum sanctum Dei, in
quo signati estis in diem redemptionis.
47. Ad Colossenses etiam ita loquitur: Gratias agen-
tes Patri idoneos facienti nos in partem sortis sanctorum
[46] in lumine, qui eruit nos de potestate tenebrarum et
transtulit in regnum Filii caritatis suae, in quo habemus
redemptionem in remissione peccatorum.
Et alio loco: Et estis, inquit, in illo repleti qui est caput
omnis principatus et potestatis, in quo etiam circumcisi
estis circumcisione non manu facta, in expoliatione
corporis earn is, in circumcisione Christi, consepulti
ei in baptismo in quo et conresurrexistis per fidem
operationis Dei qui suscitauit ilium a mortuis, et uos
cum essetis mortui delictis et praeputio carnis uestrae,
uiuificauit cum illo, donans nobis omnia delicta, delens
quod aduersus nos erat chirographum decretis quod
erat contrarium nobis, tollens illud de medio et adfigens
illud cruci, exuens se carnem principatus et potestates
exemplauitfiducialiter triumphans eos in semet ipso.
48. Et ad Timotheum: Human us, inquit, sermo et
omni acceptatione dignus quia Christus uenit in hunc
mundum peccatores saluos facere, quorum primus sum
ego. Sed ideo misericordiam consecutus sum ut in me
primo ostenderet Christus Jesus omnem longanimitatem
ad informationem eorum qui credituri sunt illi in uitam
aeternam.
341. Eph. 4, 21-24.
342. Eph. 4, 30.
343. Col. 1, 12-14.
344. Col. 2, 10-15.
345. I TIm. 1, 15-16.
168
LIVRE I
De meme ailleurs: Tout comme la verite en Jesus,
c' est de depouiller en vous votre premier etat, le vieil
homme, celui qui est corrompu selon les convoitises du
mensonge, renouvelez-vous done dans l'esprit de votre
ame et revetez l'homme nouveau, celui qui a ete cree
selon Dieu dans la justice et la sa in tete de la verite/34I.
Et ailleurs: N' affligez pas l' Esprit Saint de Dieu,
dans lequel vous avez ete marques pour le jour de la
redemption 342 .
47. Aux Colossiens il parle encore ainsi: Rendant
grace au Pere qui nous rend capables de participer au
sort des saints, dans la lumiere, lui qui nous a arraches
au pouvoir des tenebres et nous a fait passer au royaume
du Fils de son amour, en ui nous avons la redemption
par Ie pardon des peches 3 3.
Et dans un autre passage: Et vous etes combles en lui,
qui est la tete de toute puissance et de tout pouvoir, en
qui aussi vous avez ete circoncis d'une circoncision qui
n' a pas ete faite par une main, dans le depouillement
du corps charnel, dans la circoncision du Christ, et
ensevelis avec lui dans le bapteme, dans lequel vous etes
ressuscites avec lui par votre foi en l' lEuvre de Dieu qui
l'a ressuscite des morts, et vous, alors que vous etiez
morts a cause des fautes et du prepuce de votre chair,
il vous a fait revivre avec lui, nous pardonnant toutes
nos fautes, detruisant par ses decrets la reconnaissance
de dette qui etait etablie contre nous et qui nous etait
contraire, la retirant et la clouant a la croix,. et se
depouillant de sa chair, il a donne en exemple les pou-
voirs et les puissances, triomphant d' eux avec assurance
en lui-meme 344 .
48. Et a Timothee: C' est une parole qui vaut pour
tous les hommes et digne d'etre refue pleinement que le
Christ est venu en ce monde pour sauver les pecheurs,
dont je suis le premier. Mais j'ai refu sa misericorde
pour qu'en moi, le premier, le Christ Jesus montre toute
sa patience pour informer ceux qui allaient croire en lui
pour la vie eternelle 345 .
169
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Item dicit: Vnus enim Deus, unus et mediator Dei et
hominum, homo Christus Jesus qui dedit semet ipsum
redemptionem pro omnibus.
In secunda etiam ad eundem: Noli ergo, inquit, eru-
bescere testimonium Domini nostri neque me uinctum
eius, sed conlabora euangelio secundum uirtutem Dei
saluos nos facientis et uocantis [47] uocatione sua
sancta non secundum opera nostra, sed secundum suum
propositum et gratiam quae data est nobis in Christo
Jesu ante saecula aeterna, manifestata autem nunc per
aduentum Domini nostri Jesu Christi euacuantis quidem
mortem, inluminantis autem uitam et incorruptionem
per euangelium.
49. Ad Titum etiam: Expectantes, inquit, illam
beatam spem et manifestationem gloriae magni Dei et
saluatoris nostri Jesu Christi, qui dedit semet ipsum pro
nobis ut nos redimeret ab omni iniquitate et mundaret
nos sibi populum abundantem, aemulatorem bonorum
operum.
Et alio loco: Cum autem benignitas et humanitas
inluxit saluatoris Dei nostri, non ex operibus iustitiae
nos quae fecimus, sed secundum suam misericordiam
saluos nos fecit per lauacrum regeneration is et renoua-
tionis Spiritus sancti quem ditissime effudit super nos
per Jesum Christum saluatorem nostrum, ut iustificati
ipsius gratia heredes efficiamur secundum spem uitae
aeternae.
50. Ad Hebreos quoque epistula, quamquam non-
nullis incerta sit, tamen, quoniam legi quosdam huic
nostrae de baptismo paruulorum sententiae contraria
sentientes etiam ipsam quibusdam opinionibus suis
testem adhibere uoluisse magisque me mouet auctoritas
346. I Tim. 2, 5-6.
347. II Tim. 1,8-10.
348. Tit. 2, 13-14.
170
LIVRE I
II dit encore: Il n 'y a qu 'un Dieu et qu 'un seul media-
teur entre Dieu et les hommes, l'homme Jesus Christ,
qui s'est donne en redemption pour tous 346 .
Et aussi dans la seconde lettre au meme: Ne rougis
done point du temoignage de notre Seigneur, ni de
moi, son captif, mais souffre avec moi pour l' Evangile,
selon la force de Dieu qui nous sauve et no us appelle
de son saint appel, non selon nos lEuvres, mais selon
son dessein et sa grace, laquelle nous a ete donnee
dans le Christ Jesus avant I' eternite des siecles, et a ete
maintenant manifestee par la venue de notre Seigneur
Jesus Christ, qui detrui la mort mais illumine la vie et
1 'incorruptibilite par l' Evangile 347 .
49. A Tite aussi: Attendant, dit-il, cette bienheureuse
esperance et la manifestation de la gloire de notre grand
Dieu et Sauveur Jesus Christ, qui s'est livre pour nous
pour nous racheter de toute iniquite et nous purifier,
pour se fa ire un peuple nombreux et rivalisant d'lEuvres
bonnes 348 .
Et ailleurs: Quand la bonte et l' amour pour les hom-
mes du Sauveur notre Dieu ont repandu leur lumiere,
ce n' est pas en raison des lEuvres de justice que nous
avons accomplies, mais selon sa misericorde qu'il a fait
de nous des sauves par le bain de la regeneration et du
renouvellement venant de l' Esprit Saint, qu' il a repandu
si largement sur nous par Jesus Christ notre Sauveur,
afin que, justifies par sa grace, nous devenions heritiers,
selon l'esperance, de la vie eternelle 349 .
50. L' epitre aux Hebreux, quoique pour quelques-uns
elle soit douteuse, neanmoins, puisque j' ai lu que certains
qui professent des opinions contraires a la notre au su jet
du bapteme des petits enfants ont voulu utiliser cette
lettre comme temoignage a I' appui de leurs idees et que
me detennine davantage I' autorite des Eglises orientales,
349. Tit. 3,4-7.
171
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ecclesiarum orientalium, quae hanc etiam in canonicis
habent, quanta pro nobis testimonia contine at aduerten-
dum est.
In ipso eius exordio legitur: Multis partibus et mul-
tis modis olim Deus locutus est patribus in prophetis,
postremo in his diebus locutus est nobis in Filio quem
constituit [48] heredem uniuersorum, per quem fecit et
saecula. Qui cum sit splendor gloriae et figura subs-
tantiae eius, gerens quoque omnia uerbo uirtutis suae,
purgatione peccatorum a se facta, sedet ad dexteram
maiestatis in excels is.
Et post pauca: Si enim qui per angelos dictus sermo
factus est firmus et omnis praeuaricatio et inoboedientia
ius tam accepit mercedis retributionem, quomodo nos
effugiemus tantam neglegentes salutem ?
Et alio loco: Propterea ergo pueri communicauerunt
sanguini et carni et ipse propemodum eorum partici-
pauit, ut per mortem euacuaret eum qui potestatem
habebat mortis, id est diabolum, et liberaret eos qui
timore mortis per totam uitam rei erant seruitutis.
Et paulo post: Vnde debuit, inquit, secundum omnia
fratribus similis esse, ut misericors fieret et fidelis
princeps sacerdotum eorum quae sunt ad Deum propi-
tiandum pro delictis populi.
Et alibi: Teneamus, inquit, confessionem,. non enim
habemus sacerdotem qui non possit conpati infirm i-
tatibus nostris,. etenim expertus est omnia secundum
similitudinem sine peccato.
350. Augustin savait que la canonicite de cette epitre etait discutee
dans I'Eglise latine. Pour sa part, ill'a toujours accept6e mSme si,
autour de 410, it n' affirme plus aussi resolument qu' auparavant
qu' elle est de saint Paul. Voir la NC 34: «La Lettre aux Hebreux et
Ie Canon de l'Ecriture. Evolution d' Augustin». Qui sont ces chretiens
(opinion [11]) qui recourent a Hebr. pour justifier leur theologie du
baptSme des Petits? Augustin precise plus loin (cf. II, 25, 39) qu'ils
invoquent Hebr. 7, 9 a l'appui d'une argumentation (31). Le «j'ai lu»
(leg i) pourrait se rapporter au liber, mais comme source ici indePen-
dante du Liber de fide de Rufin car celui-ci n'invoque jamais Hebr. a
propos de theologie baptismale.
172
LIVRE I
qui la comptent elle aussi dans les livres canoniques, il
faut prendre garde aux importants temoignages qu'elle
contient en notre faveur 35o .
Dans son exorde on lit: En divers lieux et de bien
des manieres, Dieu jadis a parle a nos peres dans les
prophetes, et finalement en notre temps il nous a parle
par son Fils, qu'il a etabli heritier de toutes choses, par
qui il a cree aussi les siecles,. lui qui, dans la splendeur
de sa gloire et l' empreinte de sa substance, portant tout
par la parole de sa puissance, ayant accompli la purifi-
cation de nos peches, est assis a la droite de la majeste
souveraine, au plus haut des cieux 35I .
Et un peu plus loin: Si, en effet, la parQle prononcee
par les anges a ete garantie, si toute prevarication et
desobeissance a reu la juste retribution qu' elle merite,
comment done echapperons-nous, si nous n' avons cure
d'un tel salut 352 ?
Et dans un autre passage: Les enfants done ont en
commun et la chair et le sang, et lui-meme a presque
participation avec eux, de faon a eliminer par sa mort
celui qui avait pouvoir sur la mort, c' est-a-dire le diable,
et a liberer ceux qui, dans la crainte de la mort, etaient
tout au long de leur vie tenus dans la servitude 353 .
Et un peu apres: C' est pourquoi il a da etre en tout
semblable a ses freres pour devenir le misericordieux
et fidele grand-pretre du culte ojfert a Dieu pour qu'il
pardonne les fa utes du peuple 35 .
Et ailleurs: Tenons ferme notre confession, car
nous n' avons pas un pretre qui ne puisse compatir a
nos faiblesses puisqu'il a particiration a tout selon sa
ressemblance, hormis au peche'35 .
351. Hebr. 1, 1-3.
352. Hebr. 2, 2-3.
353. Hebr. 2, 14-15.
354. Hebr. 2, 17.
355. Hebr. 4, 14-15.
173
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Et alio loco: Intransgressibile, inquit, habet sacerdo-
tium. Vnde et saluos perficere potest eos qui adueniunt
per ipsum ad Deum, semper uiuens ad interpellandum
pro ipsis. Talem enim decebat habere nos principem
sa cerdotum, iustum, sine malitia, incontaminatum,
separatum a peccatoribus, altiorem a cae lis factum, non
habentem [49] cotidianam necessitatem, sicut principes
sacerdotum, primum pro suis peccatis sacrificium offerre,
dehinc pro populo,. hoc enim semel fecit offerens see
Et alio loco: Non enim in manu fabricata san eta
introiit Christus, quae sunt similia uerorum, sed in ipsum
caelum apparere ante faciem Dei pro nobis, non ut
saepius offerat semet ipsum, sicut princeps sacerdotum
intrat in sancta semel cum sanguine alieno. Ceterum
oportebat eum saepius pati a mundi constitutione, nunc
autem semel in extremitate saeculorum ad remissionem
peccatorum per sacrificium suum manifestatus est. Et
sicut constitutum est hominibus semel tantum mori et
post hoc iudicium, sic et Christus semel oblatus est ut
multo rum peccata portaret, secundo sine peccatis appa-
rebit eis qui eum sustinent ad salutem.
51. Apocalypsis etiam Iohannis has laudes Christo
per canticum nouum testator offerri : Dignus es accipere
librum et aperire signacula eius quoniam occisus es
et redemisti nos Deo in sanguine tuo de omni gente et
lingua et populo et natione.
52. Item in Actibus apostolorum inceptorem uitae
Petrus apostolus dixit esse Dominum Iesum, increpans
Iudaeis quod occidissent eum, ita loquens: Vos autem
sanctum et iustum onerastis et negastis et postulastis
hominem homicidam uiuere et donari uobis,. nam incep-
torem uitae occidistis.
356. Hebr. 7,24-27.
357. Hebr. 9, 24-28.
358. Apoc. 5, 9.
359. Act. 3, 14-15.
174
LIVRE I
Et ailleurs: Il a un sacerdoce indestructible. Aussi
peut-il sauver completement ceux qui vont par lui
vers Dieu, vivant a jamais pour interceder pour eux. Il
convenait, en effet, que nous ayons un tel grand-pretre,
juste, sans trace de mal, pur, separe des pecheurs, place
plus haut que les cieux, sans l'obligation quotidienne,
comme les grands-pretres, d' offrir un sacrifice, d' abord
pour leurs peches, puis our le peuple : il ne le fit qu 'une
fois, s'offrant lui-meme 56.
Et ailleurs: Car le Christ n ' entra pas dans un
sanctuaire fait de main d'homme, figure seulement du
veritable, mais dans le ciel meme, pour apparaitre a
notre place, sous le regard de Dieu, non pour s'offrir lui-
meme plusieurs fois comme le grand-pr€tre entre dans
le sanctuaire une fois par an avec un sang etranger. Il
aura it alors dO, souffrir plusieurs fois depuis la creation
du monde, mais maintenant il s'est manifeste une seule
fois, a lafin des siecles, pour le pardon des peches, par
son propre sacrifice,. et de meme qu' il est etabli que
les hommes ne meurent qu 'une fois et qu' apres vient le
jugement, de meme le Christ a ete offert une fois pour
porter les peches du grand nombre, et il apparaitra une
seconde fois sans peches a ceux qui l'attendent pour
obtenir le salut 357 .
51. L' Apocalypse de Jean aussi atteste que les louan-
ges que voici sont offertes au Christ dans un cantique
nouveau: Tu es digne de recevoir le livre et d'en ouvrir
les sceaux puisque tu as ete mis a mort et que tu nous as
rachetes pour Dieu dans ton sang, de toute tribu, langue,
peuple et nation 358 .
52. De meme encore dans les Actes des apotres,
I' apotre Pierre a dit que I' initiateur de la vie, c' est Ie
Seigneur Jesus, en reprochant aux Juifs de l'avoir mis a
mort. lIs' exprime ainsi: Mais vous, vous avez charge et
aneanti le saint et le juste et vous avez reclame que vive
un meurtrier et qu ' on vous l' accorde ,. car vous avez mis
a mort l' initiateur de la vie 359 .
175
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Et alio loco: Hie est lapis reprobatus a uobis
[50] aedijicantibus, qui factus est in caput anguli. Non
est enim aliud nomen sub caelo datum hominibus, in
quo oportet saluos fieri nos.
Et alibi: Deus patrum l suscitauit Iesum quem uos
interfecistis suspendentes in ligno. Hunc Deus principem
et saluatorem exaltauit gloria sua, dare paenitentiam
Israhel et remissionem peccatorum in Ulo.
Item alio loco: Huic omnes prophetae testimonium
perhibent remissionem pecca to rum accipere per manum
illius omnem credentem in eum.
Item in eodem libro apostolus Paulus: Notum ergo
sit uobis, inquit, uiri fratres, quoniam per hunc uobis
remissio peccatorum annuntiatur,. ab omnibus quibus
non potuistis in lege Moysi iustijicari, in hoc omnis
credens iustijicatur.
53. Hoc tanto aggere testimoniorum cuius aduersus
ueritatem Dei elatio non prematur? Et multa quidem
alia repperiri possunt sed et finiendi huius operis cura
non neglegenter habenda est. De libris quoque ueteris
testamenti multas contestationes diuinorum eloquiorum
adhibere in hanc sententiam superuacaneum putaui.
Quando quidem illic quod occultabatur sub uelamento
uelut terrenarum promissionum, hoc in noui testamenti
praedicatione reuelatur. Et ipse Dominus librorum
ueterum utilitatem breuiter demonstrauit et definit
dicens oportuisse inpleri quae de illo scripta essent in
Lege et Prophetis et Psalmis et haec ipsa esse quod
oportebat Christum pati et resurgere a mortuis tertia
die et praedicari in nomine eius paenitentiam et remis-
sionem peccatorum per omnes gentes incipientibus ab
l. Le CSEL ajoute ici un nostrorum absent de tous les manuscrits.
360. Act. 4, 11-12.
361. Act. 5, 30-31.
176
LIVRE I
Et ailleurs: Il est la pierre rejetee par vous qui
construisiez, lui qui est devenu la pierre d'angle. Nul
autre nom sous le ciel n' a ete donne aux hommes dans
lequel il convient que nous soyons sauves 360 .
Et ailleurs: 1£ Dieu des peres a ressuscite Jesus, que
vous avez tue en le suspendant au bois,. c' est lui que
Dieu a eleve par sa gloire comme prince et sauveur,
pour accorder la penitence a Israel et le pardon des
peches en lui 36I . ,
De meme dans un autre passage: A lui tous les pro-
phetes rendent temoignage, disant que de sa main refoit
le pardon des peches quiconque croit en lui 362 .
De meme dans Ie meme livre, l'apotre Paul: Sa chez
done, mes freres, que c' est par lui que vous est annonce
le pardon des peches,. et de tout ce dont vous n' avez
pu etre justifies par la loi de Moise, quiconque croit est
justifie en lui 363 .
53. Sous un tel amoncellement de temoignages, qui
donc, dans sa pretention as' elever contre la verite de
Dieu, ne serait pas ecrase? Et I' on peut en decouvrir
beaucoup d'autres. Mais Ie souci de mettre un tenne
a cet ouvrage ne doit pas etre neglige. Pour les livres
de I' Ancien Testament, j'ai trouve superftu d'apporter
d' abondantes argumentations a I' appui de notre these,
puisque ce qui s'y trouve cache sous Ie voile de promesses
temporelles est maintenant revele dans I' enseignement
du Nouveau Testament, et Ie Seigneur lui-meme a
brievement demontre l'utilite des livres anciens et l'a
precisee en disant qu' il avait fallu que s' accomplit ce
qui avait ete ecrit de lui dans la Loi, les Prophetes et les
Psaumes, et que cela etait: Qu' il lallait que le Christ
souffrlt et ressuscitat d' entre les morts au trois ieme jour,
et que fussent preches en son nom la penitence et le par-
don des peches parmi toutes les nations en commenfant
362. Act. 10,43.
363. Act. 13, 38-39.
177
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Hierusalem. Et Petrus dicit quod paulo ante comme-
moraui, huic omnes prophetas testimonium perhibere
remissionem peccatorum accipere per manum eius
omnem credentem in eum.
[51] 54. Verum tamen commodius est etiam ex ipso
uetere testamento testimonia pauca depromere quae
uel ad supplementum uel potius ad cumulum ualere
debebunt.
Ipse Dominus per prophetam in psalmo loquens ait:
Sanctis qui in terra sunt eius mirificauit omnes uoluntates
meas in illis, non «merita eorum », sed uoluntates meas.
Nam illorum quid nisi quod sequitur? Multiplicatae sunt
infirmitates eorum supra quod infirmi erant. Ad hoc et:
Lex subintrauit ut abundaret delictum. Sed quid adiun-
git? Postea adcelerauerunt. Multiplicatis infirmitatibus,
hoc est abundante delicto, alacrius medicum quaesierunt
ut, ubi abundauit peccatum, superabundaret gratia.
Denique: Non congregabo, inquit, conuenticula
eorum de sanguinibus, quoniam multis sacrificiorum
sanguinibus, cum prius in tabemaculum uel in templum
congregarentur, conuincebantur potius peccatores quam
mundabantur. «Non ergo iam», inquit, «de sanguinibus
congregabo conuenticula eorum»; unus enim sanguis
pro multis datus est, quo ueraciter mundarentur. Denique
sequitur : Nee memor ero nomina illorum per labia mea,
tamquam mundatorum, tamquam innouatorum.
364. Cf. Luc. 24, 44-47.
365. Cf. Act. 10,43.
366. Ps. 15, 3.
367. Ps. 15,4.
368. Rom. 5, 20a.
369. Ps. 15,4.
370. Cf. Matth. 9,12; Marc. 2,178; Luc. 5,31.
371. Rom. 5, 20b.
178
LIVRE I
par J erusalem 364 . Et Pierre dit, ce que j' ai rappele un
peu plus haut, que tous les prophetes apportaient Ie
temoignage que reoit de sa main le pardon des peches
quiconque croit en lui 365 .
54. Neanmoins, il est assez a propos de produire
quelques temoignages tires de cet Ancien Testament,
qui vaudront ou comme complement ou, plutot, comme
couronnement a notre argumentation.
Le Seigneur lui-meme, parI ant par Ie prophete dans
un psaume dit: Aux saints qui sont sur la terre il a fait
paraftre admirables a leurs yeux toutes mes volontes 366 ,
et non point « leurs merites », mais mes volontes, car que
possedaient-ils d'autre que ce qui suit? Leurs jaiblesses
se sont multipliees 367 : c' est qu' ils etaient faibles. En
outre la loi s' y est a joutee, qui a produit l' abondance
du peche'368. Mais qu'ajoute-t-il? Et elles ont pris de
l'elan 369 . Les faiblesses s'etant multipliees, la faute
etant donc surabondante, ils demanderent un medecin 370
avec plus d'ardeur P9ur que la OU avait abonde le peche
surabondat la grace37 I .
Enfin: Je ne reunirai pas des assemblees reposant
sur le sang 372 parce que, dans l'abondance du sang des
sacrifices, alors qu' ils s' assemblaient auparavant sous
la Tente ou au Temple, les pecheurs etaient convaincus
de peches plutot que purifies. Je ne reunirai pas, dit-il,
leurs assemblees reposant sur le sang car un seul sang a
ete donne pour Ie grand nombre 373 , par lequel ils seraient
purifies reellement. Apres quoi: J e ne me souviendrai
pas de leurs noms ur mes levreS 374 , comme etant les
noms d' etres purifies, renouveles.
372. Ps. 15,4.
373. Cf. Matth. 26, 28.
374. Ps. 15,4.
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Nam nomina eorum erant prius filii carnis, filii sae-
culi, filii irae, filii diaboli, «inmundi», «peccatores»,
inpii, postea uero filii Dei, homini nouo nomen nouum
cantanti canticum nouum per testamentum nouum. Non
sint ingrati homines gratiae Dei, pusilli cum magnis,
a minore usque ad maio rem, totius ecclesiae uox est:
Erraui sicut [52] ouis perdita, omnium membrorum
Christi uox est: Omnes ut oues errauimus et ipse tradi-
tus est pro peccatis nostris.
Qui totus prophetiae locus apud Esaiam, quo per
Philippum sibi exposito spado ille Candacis reginae
in eum credidit, uide quotiens hoc ipsum commendet
et tamquam superbis nescio quibus uel contentiosis
identidem inculcet. Homo, inquit, in plaga et qui sciat
ferre infirmitates, propter quod et auertit se facies eius,
iniuriata est nee magni aestimata est. Hie infirmitates
nostras portat et pro nobis in doloribus est. Et nos existi-
mauimus ilium in doloribus esse et in plaga et in poena.
Ipse autem uulneratus est propter peccata nostra et
infirmatus est propter iniquitates nostras. Eruditio pacis
nostrae in eum, liuore eius sanati sumus. Omnes ut oues
errauimus, et Dominus tradidit ilium pro peccatis nos-
tris. Et ipse, quoniam male tractatus est, non aperuit os;
ut ouis ad immolandum ductus est et, ut agnus ante eum
qui se tonderet, fuit sine uoce, sic non aperuit os suum.
375. Rom. 9, 8.
376. Luc. 20, 34.
377. Eph. 2, 3.
378. Iloh. 3, 10.
379. Rom. 5, 6.
380. Rom. 9, 8.
381. Apoc. 2, 17 + 3, 12.
382. Eph. 2, 15 + 4, 24; Col. 3, 10.
383.Ps.33,2;Ps.40,4;Ps.96, I;Ps.98, I;Ps. 144, 9; Apoc. 5,
9 + 14, 3.
384. Hier. 31, 31; Luc. 22, 20; I Cor. 11, 25; II Cor. 3,6; Hebr. 8,
8.13+9,15.
385. Cf. Apoc. 11, 18; 19, 5.
180
LIVRE I
Car leurs noms auparavant etaient fils de la chair3 75 ,
fils du monde 376 , fils de la colere 377 , Jls du diable 378 ,
«etres imKurs», «pecheurs», impies 3 9; mais apres fils
de Dieu 38 , nom nouveau 381 pour un homme nouveau 382
chantant un cantique nouveau 383 dans une alliance nou-
velle 384 de Dieu. Que les hommes ne soient pas ingrats
a I' egard de la grace, les tout-petits en meme terrs que
les grands 385 , du plus petit jusqu 'au plus grand3 8 . C' est
la voix de I'Eglise entiere: J'ai erre comme la brebis
perdue 387 , la voix de tous les membres du Christ: To us ,
nous avons erre comme des brebis et lui, il a ete livre
pour nos peches 388 .
Et tout ce passage de la prophetie chez Isale est celui
par lequel, quand Philippe Ie lui eut expOse, I' eunuque
de la reine Candace crut en lui 389 ; vois combien de fois
il Ie met en avant et cherche a Ie faire penetrer autant
dans les esprits de je ne sais quels orgueilleux qu' en
ceux des rebelles. L'homme, dit-il, dans la misere et
sachant supporter ses infirmites a detourne son visage,
qui a subi des injures et a ete I' objet du mepris. C' est
lui qui porte nos infirmites et c' est pour nous qu' il est
dans la douleur. Et nous, nous avons bien vu qu'il est
dans la misere, dans la douleur et dans la peine. Et il a
ete blesse pour nos peches, il a ete meurtri pour nos cri-
mes. Notre apprentissage de la paix repose sur lui, nous
avons ete gueris par les bleus qu' il a ref us . Tous nous
avons erre comme des brebis, et le Seigneur l'a livre
pour nos peches. Et lui, alors qu'il etait maltraite, n'a
pas ouvert la bouche. Il a ete conduit au sacrifice comme
une brebis ,. et comme un agneau devant celui qui doit le
tondre il est reste sans voix et n'a pas ouvert la bouche.
386. Hier. 1, 34. Cite par Hebr. 8, 11. Voir la NC 9: «Peccatum
originale; reconnaissances patristiques anterieures a Augustin».
387. Ps. 118,176.
388. Is. 53, 6.
389. Cf. Act. 8,27-39.
181
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
In humilitate sublatum est iudicium eius, generationem
eius quis enarrabit ? Quoniam tolletur de terra uita eius.
Ab iniquitatibus populi mei ductus est ad mortem. Dabo
ergo malos propter sepulturam eius et diuites propter
mortem eius, ob hoc quod iniquitatem non fecerit nee
dolum ore suo. Dominus uult purgare ilium de plaga. Si
dederitis uos ob delicta uestra animam uestram, uide-
bitis semen longissimae uitae. Et uult Dominus auferre
a doloribus animam eius, [53] ostendere illi lucem et
figurare per sensum, iustificare iustum bene seruientem
pluribus et peccata illorum ipse sustinebit. Propterea
ipse hereditabit conplures et fortium partietur spolia
propter quod tradita est ad mortem anima eius et inter
iniquos aestimatus est et ipse peccata multorum susti-
nuit et propter iniquitates eorum traditus est.
Adtende etiam illud eiusdem prophetae quod de se
completum lectoris etiam functus officio in synagoga
ipse recitauit: Spiritus Domini super me propter quod
unxit me euangelizare humilibus, misit me ut refrigerent
qui in pressura cordis sunt, praedicare captiuis remis-
sionem et caecis uisum.
Omnes ergo agnoscamus nec ullus exceptus sit eorum
qui uolumus corpori eius haerere, per eum in ouile eius
intrare, ad uitam et salutem quam suis promisit perpe-
tuam pertinere, omnes, inquam, agnoscamus eum qui
peccatum non fecit et peccata nostra pertulit corpore
suo super lignum, ut a peccatis separati cum iustitia
uiuamus, cuius cicatricibus sanati sumus, infirmi cum
essemus m tamquam pecora errantia.
m. Apres essemus les Mauristes conjecturent une lacune.
390. Is. 53,3-12.
391. Cf. Luc. 4, 18-19.
392. Is. 61, 1.
393. Cf. Rom. 12,4 -5; cf. I Cor. 12.
394. Cf. loh. 10, 2-14.
395. I Petro 2, 22a, qui cite Is. 53, 9.
182
LIVRE I
Dans son abaissement la conscience lui a ete enlevee.
Qui done racontera son histoire ? Parce que sa vie sera
retiree de la terre, a cause des iniquites de mon peuple
il a ete conduit a la mort. Je livrerai done les mechants
pour prix de sa sepulture et les riches en compensation
de sa mort pour la raison qu'il n' a point commis le mal,
ni le mensonge par sa bouche. 1£ Seigneur veut le libe-
rer de sa misere. Si vous livrez pour vos fa utes votre vie,
vous connaftrez la semence d'une vie tres longue. Et le
Seigneur veut retirer son ame de ses douleurs, lui mon-
trer la lumiere et lafaire apparaftre par les sens,justifier
lejuste qui se devoue pour un grand nombre, et c'est lui
qui portera leurs peches. Aussi heritera-t-il d'un grand
nombre, il repartira les depouilles des puissants, parce
que son ame a ete livree a la mort, a ete jugee au milieu
des criminels, et il a porte lui-meme les peches du and
nombre et c' est pour leurs crimes qu'il a ete livre'3 .
Prends garde aussi a ce texte du meme prophete, texte
accompli a son su jet et que, remplissant la fonction
de lecteur dans la synagogue, il lut lui-meme a haute
VOix 39I : L' Esprit du Seigneur est sur moi, car il m' a
donne l' onction pour evangeliser les humbles, il m' a
envoye pour soulager ceux qui sont opprimes dans leur
ClEUr, afin d'annoncer aux captifs la remise de leur peine
et aux aveugles la vue 392 .
Reconnaissons-le donc tous et que ne soit exclu aucun
de nous qui voulons faire partie de son COrps393, entrer
par lui dans la bergerie 394 , appartenir a jamais a la vie et
au salut qu' il a promis aux siens, tous, dis- je, reconnais-
sons-Ie, lui qui n 'a pas commis de peche'395 et qui a porte
nos peches dans son corps sur le bois afin que, separes
des peches, nous vivions dans la justice de celui dont les
cicatrices nous ont gueris 396 , alors que nous etions des
infirmes 397 , semblables a du betail errant 398 .
396. I Petro 2, 24, avec allusion a Is. 53, 5.
397. Rom. 5, 6a.
398. I Petro 2, 25a, qui cite Is. 53, 6.
183
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
XXVIII, 55. Quae cum ita sint, neminem umquam
eorum qui ad Christum accesserunt per baptismum
sana fides et sana docttina putauit exceptum a gratia
remissionis peccatorum nec esse posse alicui praeter
regnum eius aetemam salutem. Haec enim parata est
reuelari in tempore nouissimo, hoc est in resurrectione
mortuorum pertinentium non ad mortem aetemam, quae
secunda mors appellatur, sed ad uitam aetemam, quam
promisit non mendax [54] Deus sanctis et fidelibus suis,
cuius uitae participes omnes non uiuificabuntur nisi in
Christo sicut in Adam omnes moriuntur.
Quemadmodum enim omnes omnino pertinentes
ad generationem uoluntatis carnis non moriuntur nisi
in Adam, in quo omnes peccauerunt, sic ex his omnes
omnino pertinentes ad regenerationem uoluntatis
spiritus non uiuificantur nisi in Christo, in quo omnes
iustificantur quia sicut per unum omnes ad condemna-
tionem, sic per unum ad iustificationem nec est ullus ulli
medius locus ut possit esse nisi cum diabolo qui non est
cum Christo.
Hinc et ipse Dominus uolens auferre de cordibus
male credentium istam nescio quam medietatem quam
conantur quidam paruulis non baptizatis ttibuere, ut
quasi merito innocentiae sint in uita aetema sed, quia
non sunt baptizati, non sint cum Christo in regno eius,
definitiuam protulit ad haec ora obstruenda sententiam
ubi ait: Qui mecum non est, aduersum me est. Constitue
399. I Petro 1, 5.
400. Cf. I Petr. 1, 4.
401. Cf. Apoc. 2, 11.20 + 6, 19.
402. Cf. I Cor. J 5, 22b.
403. I Cor. 15, 22a.
404. Cf. loh. 1, 13.
405. Rom. 5, 12.
406. Cf. I Cor. 15, 22b.
407. Cf. Rom. 5, 18.
408. Voir NC 35: «Le refus, par Augustin, d'un locus medius pour
les non-baptises morts en bas-age».
184
LWRE I
5. Par Ie bapteme tous recoivent Ie pardon.
XXVIII, 55. Quoi qu'il en soit, jamais personne de
ceux qui ont accede au Christ par Ie bapteme, selon la
vraie foi et la vraie docttine, n' a ete exclu de la grace du
pardon des peches, et Ie salut etemel ne peut advenir a
quiconque en dehors de son royaume. Ce salut a ete pre-
pare pour etre revele a la fin des t emps 399, c'est-a-dire
lors de la resurrection des morts 400 , qui appartiennent non
a la mort etemelle, qu' on appelle seconde mort4{)l, mais
a la vie etemelle que Dieu qui ne ment pas a promise a
ses saints et a ses fideles, et tous ceux qui ont part a cette
vie ne seront vivifies que dans le ChrisrW 2 , de meme que
tous meurent en Adam 403 . ,
En effet, de meme que tous ceux qui agcartiennent a
la generation nee de la volonte charnelle ne meurent
qu' en Adam, en qui tous ont peche 405 , de meme ceux qui
appartiennent a la regeneration par la volonte spirituelle
ne sont vivifies que dans le ChrisrW 6 , en qui tous sont
justifies, parce que, de me me que par un seul tous etaient
voues a la condamnation, de meme par un seul tous sont
appeles a la justification407. Et il n' est pour personne de
lieu intennediaire ou puisse se trouver, sinon avec Ie
diable, celui qui n' est pas avec Ie Christ40 8 .
De la vient que Ie Seigneur lui-meme, voulant oter
des creurs de croyants mal instruits cette notion de je
ne sais quellieu intennediaire que certai ns 409 s' efforcent
d' attribuer aux petits enfants non baptises pour qu' ils
soient, au benefice de leur innocence, comme dans la vie
etemelle, mais, n' etant pas baptises, ne soient pas avec
Ie Christ dans son royaume, de la vient que Ie Seigneur
a exprime cette opinion decisive afin de leur fenner la
bouche, disant: Qui n' est pas avec moi est contre moi 4IO .
409. Opinion (12) des memes gens qui objectent (voir plus haut
en I, 12, 15; I, 18, 23; I, 20, 26; I, 21, 30) que les tout-Petits morts
non baptises, etant innocents de toute faute, ont, a defaut du Royaume
des cieux, acces du moins a la vie et au salut etemels. On ne sait si
Augustin a lu chez eux I' expression locus medius.
410.Alauh.12,30.
185
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
igitur quemlibet paruulum: si iam cum Christo est, ut
quid baptizatur? Si autem, quod habet ueritas, ideo bap-
tizatur ut sit cum Christo, profecto non baptizatus non
est cum Christo et, quia non est cum Christo, aduersus
Christum est; neque enim eius tam manifestam debemus
aut possumus infinnare uel inmutare sententiam. Vnde
igitur aduersus Christum si non ex peccato? Neque
enim ex corpore et anima: quae utraque Dei creatura est.
Porro si ex peccato, quod in ilia aetate nisi origin ale et
antiquum ?
Vna est quippe caro peccati in qua omnes ad damna-
tionem nascuntur et una est caro in similitudine carnis
peccati per quam omnes a damnatione liberantur. Nec
ita dictum est «omnes» uelut quicumque nascuntur in
carne peccati, idem ipsi «omnes » mundari intellegantur
per carnem similem carni peccati - Non enim omnium
est fides - sed omnes pertinentes [55] ad generationem
conubii carnalis non nascuntur nisi in carne peccati et
omnes pertinentes ad generationem conubii spiritalis
non mundantur nisi per carnem similem carni peccati ;
hoc est: illi per Adam ad condemnationem, isti per
Christum ad iustificationem.
Tamquam si dicamus uerbi gratia: «Vna est obstetrix
in hac ciuitate quae omnes excipit et unus est hic lit-
terarum magister qui omnes docet», neque ibi possunt
intellegi omnes nisi qui nascuntur neque hic omnes nisi
qui discunt; non tamen omnes qui nascuntur litteras
411. Cf. Matth. 12, 30.
412. Augustin souligne ainsi que la relation arne-corps est une
solidarite essentielle qui definit tout etre humain par nature.
413. Cf. Rom. 8,3.
414. Cf. Rom. 8,3.
415. Cf. Rom. 8,3.
416. Cf. Rom. 8,3.
417. II Thess. 3,2.
418. Cf. Rom. 8, 3.
419. Cf. Rom. 8,3. La difference grammatic ale entre « in carne Pec-
cati» et «per carnem Peccati» parait bien sous-tendre une distinction
186
UVRE I
Considere un enfant quelconque: s' il est deja avec Ie
Christ, a quoi bon Ie baptiser? Mais si - c' est la la verite
- il est baptise pour etre avec Ie Christ, il est certain que
Ie non baptise n' est pas avec Ie Christ et, parce qu' il
n' est pas avec Ie Christ, il est contre Ie Christ4 II . Et
nous ne devons ni ne pouvons infinner ni modifier une
aussi claire affinnation du Christ. Mais d' ou vient qu' il
est contre Ie Christ si ce n'est du fait du peche? Et ce
n'est ni par Ie cos ni par l'ame, qui sont l'un et l'autre
creatures de Dieu 12. Et si c'est en raison du peche, quel
peche, a cet age, si ce n' est I' originel et antique?
Une, en verite, est la chair du peChe 4I3 , dans laquelle
tous naissent pour la condamnation, et une la chair a la
ressemblance de la chair du peChe 4I4 par' laquelle tous
sont liberes de la condamnation. Et il n' a pas ete dit
« tous », comme etant ceux qui naissent dans la chair du
peche 4I5 , mais que I'on entende que tous sont purifies
par une chair semblable a la chair du peChe 4I6 - car tous
n'ont pas lafoi 4I7 -, mais tous ceux qui appartiennent a
la generation nee de l' union charnelle ne naissent que
dans la chair du peChe 4I8 ; et tous ceux qui appartiennent
a la generation de I 'union spirituelle ne sont Eurifies que
par une chair semblable a la chair du peche 19; c'est-a-
dire que les premiers, par Adam, vont a la condamnation,
et les autres, par Ie Christ, a la justification.
C'est comme si nous disions par exemple: «II n'y a
qu'une sage-femme dans notre cite, qui met au monde
tous les enfants, et un seul maitre de lettres, qui enseigne
a toUS»; et dans cette phrase on ne peut comprendre Ie
premier « tous » que comme designant ceux qui naissent,
et I' autre «toUS» ceux qui etudient. Car ce ne sont pas
tous ceux qui naissent qui apprennent a lire, mais il est
thoologique capitale aux yeux d' Augustin: la «chair de peche» decrit
I' etat impuissant «dans» (in) lequel nait tout humain; mais notre
salut est la «chair» du Christ «puissante» car mediatrice (per). Voir
B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 244 et note 197, et la
NC 60: «Rom. 8,3, verset capital de la christologie d'Augustin».
187
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
discunt sed cuiuis claret, quod et illic recte dictum est:
«Omnes excipit praeter cuius manus nemo nascitur»
et hic recte dictum est: «Omnes docet praeter cuius
magisterium nemo discit. »
56. Consideratis autem omnibus diuinis testimoniis
quae commemoraui siue singillatim de unoquoque dis-
putans siue aceruatim multa congestans uel quaecumque
similia non commemoraui, nihil inuenitur nisi quod
uniuersa ecclesia tenet, quae aduersus omnes profanas
nouitates uigilare debet, omnem hominem separari a
Deo nisi qui per mediatorem Christum reconciliatur Deo
nee separari quemquam nisi peccatis intercludentibus
posse, non ergo reconciliari nisi peccatorum remissione
per unam gratiam misericordissimi saluatoris, per unam
uictimam uerissimi sacerdotis ac sic omnes filios mulie-
ris quae serpenti credidit ut libidine corrumperetur, non
liberari a corpore mortis huius nisi per filium uirginis
quae angelo credidit ut sine libidine fetaretur.
[56] XXIX, 57. Bonum ergo coniugii non est feruor
concupiscentiae sed quidam licitus et honestus illo
feruore utendi modus propagandae proli, non explendae
libidini accommodatus. Voluntas ista, non uoluptas
420. La comparaison avec Ie maitre revient sous la plume d' Augus-
tin dans ses reponses a Julien d'Eclane: Ie De nuptiis et concupiscentia,
II, 27, 46 (hiver 420-421) puis dans I' Opus imp. II, 209 (428-429).
421. Cf. I Tim. 6, 20.
422. Cf. Rom. 5, 11 + I Tim. 2, 5. Sur l'importance don nee par
Augustin a I Tim. 2, 5, voir l'etude detaillee de G. REMY, Le Christ
Mediateur dans l'lEuvre de saint Augustin, Lille - Paris, 1979
(2 volumes).
423. Cf. Tit. 2, 11.
424. Cf. Hebr. 6-7 et 9, 11-12.
425. Cf. Gen. 3, 1-6.
426. Cf. Rom. 7, 24b.
188
LIVRE I
evident pour n' importe qui que, d' une part, on a raison
de dire «elle met au monde tous les enfants» quand nul
ne nait sans passer par ses mains, raison de dire, d' autre
part, «il enseigne a tout Ie monde» uand personne
n' apprend sans les leons de ce maitre 42 .
56. Et si l'on considere tous les temoignages divins
que j' ai rappeles, soit en les discutant chacun un par
un, so it en en rassemblant un certain nombre, et meme
d' autres semblables que je n' ai pas rappeles, on ne
decouvre rien d'autre que ce que propose I'Eglise
universelle, qui doit etre vigilante envers toutes les
nouveautes profanes4 21 : tout homme est separe de Dieu,
honnis celui qui est reconcilie avec Dieu par le Christ
mediateu,-422. Et personne ne peut etre separe sinon par
les peches qui effectuent cette separation, donc ne peut
etre reconcilie que par Ie pardon des peches dans la seule
grace du Sauveur tres misericordieux4 23 , par la seule
victime offerte par Ie tres veritable pretre24, et ainsi
tous les fils de la femme qui a cru Ie serpent4 25 jusqu' a
etre corrompue par la concupiscence ne sont liberes de
ce corps de morf426 que par Ie fils de la vierge qui a cru
I' ange 427 jusqu' a etre fecondee sans concupiscence.
6. Le mariage, bon usage de la concupiscence.
XXIX, 57. Le bien du mariage n' est donc pas I' ardeur
de la concupiscence, mais une faon licite et honnete
d 'utiliser cette ardeur qui soit ordonnee a la propaga-
tion de I' espece, non aI' assouvissement du desif428.
C'est cette volonte, et non cette volupte, qui releve
427. Cf. Luc. 1,26-38. Voir la NC 36: « Le parallele "les fils d'Eve
-Ie fils de Marie"».
428. Cf. Tob.8, 7. Voir NC 37: «Le "bien du mariage" (bonum
coniugii) dans Ie De peccatorum meritis et remissione et Ie De bono
coniugali». Cette reftexion sur Ie mariage a ete amenee par la confes-
sion christologique de la matemite virginale de Marie et s' inscrit dans
l' effort d' Augustin pour analyser, a la lumiere de I 'Incarnation, ce
qu'il en est de notre condition physiologique et psychologique.
189
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ilia, nuptialis est D . Quod igitur in membris corporis
mortis huius inoboedienter mouetur totumque animum
in se deiectum conatur adtrahere et neque cum mens
uoluerit exsurgit neque cum mens uoluerit conquiescit,
hoc est malum peccati cum quo nascitur omnis homo.
Cum autem ab inlicitis corruptionibus refrenatur et ad
sola generis humani supplementa ordinate propaganda
pennittitur, hoc est bonum coniugii per quod ordinata
societate nascitur homo. Sed nemo renascitur in Christi
corpore nisi prius nascatur in peccati corpore. Sicut
autem bono male uti malum est, sic malo bene uti
bonum est.
Duo igitur haec: bonum et malum et alia duo: bonus
et usus malus, sibimet adiuncta quattuor differentias
faciunt: bene utitur bono continentiam dedicans Deo,
male utitur bono continenti am dedicans idolo; male
utitur malo concupiscentiam relaxans adulterio, bene
utitur malo concupiscentiam restringens conubio. Sicut
ergo melius est bene uti bono quam bene uti malo cum
sit utrumque bonum, ita qui dat uirginem suam bene
facit et qui non dat nuptum melius facit.
De qua quaestione multo uberius et multo sufficien-
tius in duobus libris, uno De bono coniugali, altero De
sancta uirginitate, quantum Dominus dedit pro mearum
n. La phrase «Voluntas ista, non uoluptas ilia nuptialis est» est
imprimee entre parentheses par les Mauristes parce qu' elle manque
dans nombre d' anciens manuscrits.
429. Cf. Rom. 7, 23-24.
430. Ace sujet, voir NC 38: « La sexualite, lieu d'experience sensi-
ble de la condition humaine, blessee par Ie che originel».
431. Cf. Rom. 6, 6. Le passage de caro peccati (Rom. 8, 3) a corpus
peccati (Rom. 6, 6) est sans doute dQ a corpus mortis huius (Rom. 7,
24) et corpus Christi, mais aussi a la catechese de Rom. 6 (cf. Rom. 6,
12: Que Ie peche ne regne plus dans votre corps mortel de maniere
a vous plier a ses convoitises). Voir F.-J. THONNARD, «La morale
conjugale selon saint Augustin», Revue des Etudes augustiniennes,
15, 1969, p. 113-131.
190
LNRE I
du mariage. Le mouvement donc qui s'agite de faon
desordonnee dans les membres de ce corps de mort4 29
et qui tente d' attirer tout I' esprit qui reside en lui, qui
ne s' eleve point quand I' esprit Ie veut, ne s' arrete point
quand I' esprit Ie veut, tel est Ie mal du peche avec lequel
nalt tout homme 43o . Et lorsqu'un frein Ie soustrait aux
corruptions illicites, et qu' il est laisse au seul objectif
d' apporter de faon ordonnee un accroissement du
genre humain, c' est cela Ie bien du mariage, par lequel
l'homme nait selon une relation bien ordonnee. Mais
personne ne renait dans Ie corps du Christ, s' il ne nait
d'abord dans Ie corps de peche3I. Et de meme qu'il est
mal de faire mauvais usage d'un bien, de,meme est-il
bon de faire bon usage d'un mal.
Ces deux elements donc, Ie bien et Ie mal, et les deux
autres, Ie bon usage et Ie mauvais usage, combines
ensemble, constituent quatre choses differentes: on use
bien d'une bonne chose en dedi ant aDieu la continence,
on use mal d'une bonne chose en dediant la continence
a une idole ; on use mal d 'un mal en lachant a I' adultere
les renes de la concupiscence, on use bien d'un mal en
bridant la concupiscence par Ie mariage 432 . De meme
donc qu'il vaut mieux user bien d'un bien que bien user
d 'un mal, encore que I 'un et I' autre soient un bien, de
meme celui qui marie sa fille vierge fait bien et celui qui
ne la donne pas en mariage fait mieux 433 .
Sur cette question, j' ai disserte beaucoup plus lon-
guement et plus completement en deux livres, I 'un Sur
Ie bien du mariage, l'autre Sur la sainte virginite, cela
selon Ie pouvoir que Dieu m'a donne dans la mesure
432. C'est, a posteriori, l'amorce de l'expose detaille qu' Augustin
menera, en 418-419, dans son De nuptiis et concupiscentia, en reponse
a Julien d'Eclane.
433. Cf. I Cor. 7, 38. Mais Paul n'appuie pas sur Ie «bien user d'un
bien» la superiorite de la virginite sur Ie mariage. Celle-ci tient, a son
avis Personnel, a la plus grande disponibilite aDieu qu' offre Ie celibat.
Sur ce point et sur I 'usage, par Augustin, de la tenninologie pauli-
nienne (caro, corpus), voir B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur ..,
p. 247, notes 9 et 11.
191
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
uirium exiguitate disserui. Non itaque per nuptiarum
bonum defendant concupiscentiae malum qui camem
et sanguinem praeuaricatoris aduersus camem et san-
guinem redemptoris extollunt, non erigantur in superbia
erroris alieni de [57] quorum paruula aetate nobis dedit
Dominus humilitatis exemplum. Solus sine peccato
natus est quem sine uirili conplexu non concupiscentia
camis, sed oboedientia mentis uirgo concipit; sola nos-
tro uulneri medicinam parareo potu it quae non ex peccati
uulnere gennen piae prolis emisit.
XXX, 58. lam nunc scrutemur diligentius quantum
adiuuat Dominus, etiam ipsum euangelii capitulum ubi
ait: Nisi qui renatus fuerit ex aqua et Spiritu non intra-
bit in regnum Dei. Qua isti sententia nisi mouerentur,
omnino paruulos nec baptizandos esse censerent. «Sed
quia non ait, inquiunt: "Nisi quis renatus fuerit ex aqua
et Spirito non habebit salutem ac uitam aetemam", tan-
tummodo autem dixit: Non intrabit in regnum Dei, ad
hoc paruuli baptizandi sunt: ut sint etiam cum Christo
in regno Dei, ubi non erunt si baptizati non fuerint,
quamuis et sine baptismo si paruuli moriantur salutem
uitamque aetemam habituri sint quoniam nullo peccati
uinculo obstticti sunt. »
o. Parare plutot que parere qui ne Peut avoir de complement
direct.
434. Les deux ouvrages ont ete composes (Ie De bono coniugali
juste avant Ie De sancta uirginitate) apres decembre 403. Sur l'hypo-
these de retouches apport6es au De bono coniugali sous influence de
Pecc. mer., voir la NC 37.
435. Sur mariage et sexualite, voir H. CROUZEL, «La concupis-
cence chamelle dans Ie mariage selon saint Augustin», Bulletin de
litterature ecclesiastique, 88, 1987, en particulier p. 293-204, 00 il est
montre que la conception augustinienne s 'inscrit dans une tradition de
nombreux auteurs chretiens anterieurs.
436. Cf. Marc. 10, 14.
437. loh. 3,5. Augustin va donc regarder la section loh. 3, 1-21.
192
LIVRE I
limitee de mes forces 434 . Que ne defendent donc pas, au
nom du bien du mariage, Ie mal qu ' est la concupiscence,
ceux qui opposent la chair et Ie san du prevaricateur a
la chair et au sang du redempteur4 3 , qu' ils ne se dres-
sent pas dans I' orgueil d' une erreur etrangere a la foi,
en s'appuyant sur Ie jeune age de ceux aue Ie Seigneur
nous a donnes en exemple d'humilite 4 6. Seul est ne
sans peche celui qu'une vierge a conu sans l'etreinte
d'un homme, non de la concupiscence de la chair, mais
dans I' obeissance de I' esprit; seule elle a pu preparer un
remede a notre blessure, elle qui a produit, en dehors de
la blessure du peche, Ie fruit d 'une lignee sainte.
7. Le bapteme des tout-petits comporte bien un
pardon divin, qui ne peut etre que celui du peche
originel commun a tous les humains.
XXX, 58. Et maintenant, examinons plus soigneu-
sement, dans Ja mesure ou Ie Seigneur nous aide, Ie
chapitre de l'Evangile ou il dit: Celui qui ne renaltra
pas de l' eau et de l' Esprit n ' entrera pas dans le royaume
de Dieu4 37 . Si nos adversaires n' etaient pas ebranles par
cette parole, ils jugeraient certainement qu ' il ne faut pas
baptiser les petits enfants. «Mais, disent-ils, parce qu'il
ne dit pas: "Celui qui ne renaitra pas de I' eau et de I 'Es-
prit n'aura pas Ie salut ou la vie etemelle", mais qu'il
a seulement dit: Il n' entrera pas dans le royaume de
Dieu, les petits enfants doivent etre baptises afin qu'ils
soient aussi avec Ie Christ dans Ie royaume de Dieu, ou
ils ne seront pas s' ils n' ont pas ete baptises, encore que,
meme si des petits enfants mouraient sans bapteme, ils
auraient Ie salut et la vie etemelle puisqu'ils n'ont ete
soumis au lien d' aucun peche 438 . »
438. Opinion (13) qui, comme (7) en I, 18, 23 et I, 20, 26, reven-
dique une interpretation restrictive de loh. 3, 5 et provient sans doute
aussi du liber signale plus loin (I, 34, 64). Voir NC 44.
193
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Haec dicentes primo numquam explicant isti qua
iustitia nullum peccatum habens imago Dei separetur a
regno Dei. Deinde uideamus utrum Dominus Iesus, unus
et solus magister bonus, in hac ipsa euangelica lectione
non significauerit et ostenderit non nisi per remissionem
peccatorum fieri ut ad regnum Dei perueniant baptizati,
quamuis recte intellegentibus sufficere debuerit quod
dictum est: Nisi quis natus fuerit denuo, non potest
uidere regnum Dei et: Nisi quis renatus fuerit ex aqua
et Spiritu non potest introire in regnum Dei. Cur enim
nascatur denuo nisi renouandus? [58] Vnde renouandus
nisi a uetustate? Qua uetustate nisi in qua uetus homo
noster simul confixus est cum Ulo ut euacuetur corpus
peccati? Aut unde imago Dei non intrat in regnum Dei
nisi impedimento prohibente peccati ? Verum tamen, ut
proposuimus, totam ipsam circumstantiam euangelicae
lectionis ad rem de qua agitur pertinentem intente,
quantum possumus, diligenterque uideamus.
59. Erat autem homo, inquit, ex pharisaeis,
Nicodemus nomine, princeps Judaeorum. Hie uenit ad
eum nocte et dixitei: « Rabbi, scimus quia a Deo uenisti
magister,. nemo enim potest haec signa facere quae tu
facis nisi fuerit Deus cum eo. »
Respondit Jesus et dixitei: «Amen, amen, dico tibi:
nisi qui natus fuerit denuo, non potest uidere regnum
Dei. »
Dicit ad eum Nicodemus: «Quomodo potest homo
nasci cum senex sit? Numquid potest in utero matris
suae iterum introire et nasci ? »
439. Cf. Gen. 1, 26-27.
440. Cf. Matth. 23, 10.
441. Cette lectio euangelica est donc Ie verset loh. 3,5.
442. loh. 3, 3.
443. loh. 3, 5.
444. Cf. Eph. 4, 22-23 = Col. 3,9-10.
194
LIVRE I
En disant cela, tout d' abord ils n' eXfliquent jamais
selon quelle justice I' image de Dieu 43 depourvue de
peche serait separee du royaume de Dieu. Ensuite,
voyons si Ie Seigneur Jesus, I 'unique bon maitre 440 ,
precisement dans ce texte evangelique44I n' a pas
indique et montre que c' est seulement par Ie pardon
des peches que les baptises parviennent au royaume
de Dieu, encore qu'a ceux qui comprennent aisement
devrait suffire cette parole: Si quelqu 'un n' est fas ne
a nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu44 et: Si
quelqu 'un n' est pas rene de l' eau et de l' esprit, il ne
peut entrer au royaume de Dieu44 3 . Pourquoi naltre a
nouveau, sinon pour etre renouvele ? Renouvele de quoi
sinon d 'un etat de vetuste 444 ? De que lie vetuste sinon
de celie dans laquelle le vieil homme que nous sommes
a ete crucifie avec lui pour que le corps de peche soit
elimine 445 ? Et d'ou vient que l'image de Dieu n'entre
pas au royaume de Dieu sinon qu'elle en est empechee
par Ie poids du peche? Cependant, comme nous I' avons
propose, voyons, autant que nous Ie pouvons et avec
attention, que tout I' entourage de ce texte evangelique
conceme de tres pres la question que nous traitons.
59. Il y avait, dit-il, parmi les Pharisiens, un homme
nomme Nicodeme, au premier rang des Juifs. Il vint le
trouver de nuit et lui dit: « Rabbi, nous savons que tu es
venu comme un maItre envoye de Dieu,. car personne
ne peut fa ire les signes que tu fa is si Dieu n 'est pas avec
lui. »
Jesus repondit en lui disant: « En verite, en verite, je
te le dis, personne, s'il ne nalt de nouveau, ne peut voir
le royaume de Dieu. »
Nicodeme lui dit: «Comment un homme peut-il nal-
tre, alors qu'i/ est deja un vieillard? Peut-i/ entrer a
nouveau dans le sein de sa mere et naltre ? »
445. Rom. 6, 6.
195
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Respondit Jesus: «Amen, amen, dico tibi: nisi quis
renatus fuerit ex aqua et Spiritu non potest introire in
regnum Dei. Quod natum est de carne caro est et quod
natum est ex Spiritu spiritus est. Non mireris quia dixi
tibi: "Oportet uos nasci denuo." Spiritus ubi uult spirat
et uocem eius audis,. sed non scis unde ueniat et quo
uadat. Sic est omnis qui natus est ex Spiritu. »
Respondit Nicodemus et dixitei: « Quomodo possunt
haec fieri? »
Respondit Jesus et dixitei: «Tu es magister in Jsrahel
[59] et haec ignoras? Amen, amen, dico tibi quia quod
scimus loquimur et qui uidemus testificamur, et testimo-
nium nostrum non accipitis. Si terrena dixi uobis et non
credidistis, quomodo, si dixero uobis caelestia, credetis ?
Nemo ascendit in caelum nisi qui de caelo descendit:
filius hominis qui est in caelo. Et sicut Moyses exaltauit
serpentem in deserto, ita exaltari oportet filium hominis
ut omnis qui credit in eum non pereat sed habeat uitam
aeternam. Sic enim dilexit Deus mundum ut Filium
suum unigenitum daret ut omnis qui credit in eum non
pereat sed habeat uitam aeternam. Non enim misit Deus
Filium suum in mundum ut iudicet mundum sed ut salue-
tur mundus per ipsum. Qui credit in eum non iudicatur ,.
qui autem non credit iam iudicatus est quia non credit
in nomine unigeniti Filii Dei. Hoc est autem iudicium
quia lux uenit in mundum et dilexerunt homines magis
tenebras quam lucem,. erant enim eorum mala opera.
Omnis enim qui male agit odit lucem et non uenit ad
lucem ut non arguantur opera eius,. qui autem facit
ueritatem uenit ad lucem ut manifestentur eius opera
quia in Deo sunt facta. »
Huc usque est ad rem de qua quaerimus pertinens
totus sermo HIe contextus; deinceps in aliud narrator
abscedit.
446. loh. 3, 1-21.
196
LIVRE I
Jesus repondit: « En verite, en verite, je te le dis, per-
sonne, s'il ne renalt de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer
dans le royaume de Dieu. Ce qui est ne de la chair est
chair, ce qui est ne de I'Esprit est esprit. Ne t'etonne pas
de ce que je dis: "Il faut naltre de nouveau." L' esprit
souffle ou il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais
d'ou il vient et ou il va. Ainsi de tout homme qui est ne
de l' Esprit. »
Nicodeme repondit et lui dit: «Comment cela peut-il
se faire ? »
Jesus repondit et lui dit: «Tu es maItre en Israel et
tu ignores cela? En verite, en verite, je te dis que nous
parlons de ce que nous savons, que nous temoignons de
ce que nous voyons, et vous ne recevez pas 'notre temoi-
gnage. Si je vous ai parle de choses terrestres et que
vous n' avez pas cru, comment, si je vous parle de choses
celestes, croirez-vous? Personne n' est monte au ciel
hormis celui qui en est descendu : le fils de l' homme, qui
est au ciel. Et de meme que Moise fit exalter un serpent
dans le desert, de meme faut-il que le fils de l' homme soit
exalte, afin que celui qui croit en lui ne perisse pas mais
possede la vie eternelle. Car Dieu a aime le monde au
point de lui donner son Fils unique, afin que tout homme
qui croit en lui ne perisse pas mais ait la vie eternelie .
Car il n' a pas envoye son Fils dans le monde pour juger
le monde, mais pour que le monde soit sauve par lui.
Celui qui croit en lui n' est pas jugee Celui qui ne croit
pas a deja ete juge, parce qu'il ne croit pas au nom du
Fils unique de Dieu. Et le jugement, le voici: la lumiere
est venue dans le monde et les hommes ont prefere les
tenebres a la lumiere,. car leurs lEuvres etaient mau-
vaises. Car quiconque fait le mal hait la lumiere et ne
vient pas a la lumiere de peur que ses lEuvres ne soient
denoncees,. celui, au contraire, qui fait la verite va a la
lumiere afin que ses lEuvres soient mises en evidence,
parce qu' elles ont ete faites en Dieu 446 . »
Tout ce discours dans son ensemble se rapporte a la
question que nous traitons; puis I' auteur du recit passe
a un autre sujet.
197
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
XXXI, 60. Cum ergo Nicodemus quae dicebantur
non intellegeret, quaesiuit a Domino quomodo ista
possent fieri. Videamus quid Dominus ad hoc respon-
deat. Profecto enim si ad interrogata [60] respondere
dignabitur: «Quomodo possunt ista fieri?», hoc dic-
turus est quomodo possint fieri regeneratio spiritalis
uenientes homines ex generatione camali. Notata itaque
paululum eius inperitia qui se ceteris de magisterio
praeferebat et omnium talium incredulitate reprehensa,
quod testimonium non acciperent ueritatis, addidit etiam
se illis terrena dixisse nec eos credidisse, quaerens uel
ammirans quomodo essent caelestia credituri. Sequitur
tamen et respondet, quod alii credant si illi non credunt,
ad illud quod interrogatus est, quomodo possint ista
fieri: Nemo, inquit, ascendit in caelum nisi qui de caelo
descendit : filius hominis qui est in caelo. Sic, inquit, fiet
generatio spiritalis : ut sint caelestes homines ex terrenis,
quod adipisci non poterunt nisi membra mea efficiantur
ut ipse ascend at qui descendit, quia nemo ascendit nisi
qui descendit.
Nisi ergo in unitatem Christi omnes mutandi leuandi-
que concurrant ut Christus, qui descendit, ipse ascendat,
non aliud deputans corpus suum, id est ecclesiam suam,
quam se ipsum - quia de Christo et ecclesia uerius intel-
legitur: Erunt duo in carne una, de qua re ipse dixit:
Igitur iam non duo, sed una caro - ascendere omnino
non poterunt quia Nemo ascendit in caelum nisi qui de
447. loh. 3,9.
448. Cf. loh. 3, 6.8.
449. Cf. loh. 3, 10-11.
450. Cf. loh. 3, 12.
451. loh. 3, 13.
452. Cf. loh. 3, 6.8.
453. Cf. I Cor. 15, 47.
454. Cf. Eph. 5, 30.
455. Cf. loh. 3, 13.
198
LIVRE I
XXXI, 60. Comme Nicodeme ne comprenait pas ce
qui etait dit, il demand a au Seigneur comment tout cela
pouvait se faire; voyons ce que Ie Seigneur repond a
cette question. II est certain, en effet, que, s' il veut bien
repondre a I' interrogation: Comment cela peut-il se
jaire 447 ?, il va dire comment peuvent devenir generation
spirituelle les hommes qui viennent d 'une generation
chamelle 448 . Aussi, ayant quelque peu fait remarquer
!'ignorance de cet homme qui se mettait devant les
autres a cause de sa fonction de maitre, et ayant blame
l'incredulite de tous les esprits de cette sorte car ils
n'acceptaient pas Ie temoignage de la verite 449 , il ajouta
encore qu' illeur avait aussi parle de choses, terrestres et
qu'ils ne l'avaient pas cru, se demandant avec etonne-
ment comment ils allaient croire les choses du ciel 45o .
II poursuit cependant et repond que, si eux ne croient
pas, certains croient a ce sur quoi il a ete interroge, a
savoir comment cela pourrait se faire: Nul, dit-il, n' est
monte au ciel hormis celui qui est descendu du ciel: le
fils de l'homme, qui est dans le ciel 45I . C'est ainsi, dit-il,
que se fera la generation spirituelle 452 de faon que les
hommes soient celestes, de terrestres qu' ils etaient4 53 ,
ce qu' ils n' ont pu obtenir sans devenir mes membres4 54 ,
pour que monte celui qui est descendu, parce que nul ne
monte hormis celui qui est descendu4 55 .
Si donc tous ne se rassemblent pas dans l'unite du
Christ pour etre transfonnes et releves de faon que Ie
Christ qui est descendu mont lui-meme, ne considerant
pas son corps, c'est-a-dire l'Eglise, comme autre chose
que lui-meme - parce que c'est du Christ et de l'Eglise
que I' on comprend Ie plus justement: lls seront deux
en une seule chair4 56 , verite dont il a dit lui-meme: lls
ne sont done plus deux, mais une seule chair4 57 -, ils
ne pourront absolument pas monter. Car nul ne monte
456. Cf. Eph. 5,29-32 qui contient la citation de Gen. 2,24.
457. Matth. 19,6 commentant Gen. 2, 17.24.
199
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
caelo descendit :filius hominis qui est in caelo. Quamuis
enim in terra factus sit filius hominis, diuinitatem tamen
suam qua in caelo manens descendit ad terram, non indi-
gnam censuit nomine filii hominis, sicut camem suam
dignatus est nomine Filii Dei ne quasi duo Christi [61]
accipiantur: unus Deus et alter homo, sed unus atque
idem Deus et homo: Deus quia in principio erat Verbum
et Deus erat Verbum; homo quia Verbum caro factum
est et habitauit in nobis. Ac per hoc per distantiam diu i-
nitatis et infinnitatis Filius Dei manebat in caelo, filius
hominis ambulabat in terra; per unitatem uero personae
qua utraque substantia unus Christus est, et Filius Dei
ambulabat in terra et idem ipse filius hominis manebat
in caelo.
Fit ergo credibiliorum fides ex incredibilioribus cre-
ditis. Si enim diuina substantia longe distantior atque
incomparabili diuersitate sublimior potuit propter nos ita
suscipere humanam substantiam ut una persona fieret ac
sic filius hominis, qui erat in terra per camis infinnitatem,
idem ipse esset in caelo per participatam cami diuinita-
tem, quanto credibilius alii homines sancti et fideles eius
fiunt cum homine Christo unus Christus, ut omnibus per
eius hanc gratiam societatemque ascendentibus ipse unus
Christus ascend at in caelum, qui de caelo descendit!
Sic Apostolus ait: Sicut in uno corpore multa membra
habemus, omnia autem membra corporis, cum sint
multa, unum est corpus, ita et Christus. Non dixit: «ita
et Christi», id est corpus Christi uel membra Christi sed:
Ita et Christus, unum Christum appellans caput et corpus.
458. loh. 3, 13. On remarquera l'entrelacement, par citations ou
allusions, de paroles pauliniennes et johanniques, comme pour expri-
mer 1 'unite theologique des deux auteurs inspires.
459.loh. 1, 1.
460.loh. 1, 14.
461. L'union croyante a I 'unite humano-divine Personnelle de Jesus
peut seule Permettre Ie salut effectif des hommes jusque dans leur etre
physique: la resurrection finale. Sur cette insistance d' Augustin, voir
NC 39: «L'unite de la Personne du Christ, condition de 1 'unification de
l' etre humain et de son salut».
200
LIVRE I
au ciel sinon celui qui est descendu du ciel: le fils de
l'homme, qui est dans le ciel 458 . En verite, bien que
sur terre il soit devenu fils de l'homme, sa divinite par
laquelle, tout en restant dans Ie ciel, il est descendu sur
terre, il ne l'a pas jugee comme inadaptee au nom de
fils de l'homme, de meme qu'il a juge sa chair digne
du nom de Fils de Dieu, de faon qu' on ne comprit
pas qu'il s'agissait de deux Christs: l'un Dieu, l'autre
homme, mais d'un seul, Ie meme etant Dieu et homme:
Dieu parce qu' au commencement etait le Verbe et le
Verbe etait Dieu4 59 , homme parce q!le le Verbe s' est
fait chair et il a habite parmi nous46U. Et ainsi, par la
distance entre la divinite et la faiblesse, Ie Fils de Dieu
demeurait dans Ie ciel, Ie fils de I 'homme marchait sur la
terre, mais par l'unite de la personne, par quoi avec l'une
et I' autre substance il est Ie seul Christ, comme Fils de
Dieu il marchait sur la terre et comme fils de l'homme il
demeurait dans Ie ciel46I .
Ainsi la foi en des propositions plus faciles a croire nait
de la croyance en des propositions moins faciles a croire.
En effet, si la substance divine, beaucoup plus eloignee
et incomparablement plus elevee a pu pour notre bien
assumer la substance humaine de faon a constituer une
seule personne et qu' ainsi Ie fils de Dieu, qui etait sur la
terre dans la faiblesse de la chair, etait dans Ie ciel en sa
divinite participant a la chair, combien plus credible Ie
fait que d' autres hommes, saints et fideles, deviennent
un seul Christ avec Ie Christ homme, si bien que c' est
pour tous ceux qui montent par sa grace et son alliance
avec eux que Ie Christ monte au ciel, lui qui est descendu
du ciel ! C' est ce que I' Apotre di t : De meme que dans un
seul corps nous avons bien des membres et que ces mem-
bres du corps, malgre leur nombre, ne sont qu'un seul
corps, ainsi le Chrisr4 62 . II n'a pas dit: «il en est ainsi de
celui du Christ», c'est-a-dire du corps du Christ ou des
membres du Christ, mais: ainsi du Christ, nommant Ie
seul Christ comme etant et la tete et Ie corps.
462. I Cor. 12, 12.
201
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
XXXII, 61. Magna haec et mira dignatio ! Quae quo-
niam fieri non potest nisi per remissionem peccatorum,
sequitur et dicit: Et sicut Moyses exaltauit serpentem in
deserto, ita exaltari oportet filium hominis ut omnis qui
crediderit in eum non pereat, sed habeat uitam aeternam.
Quid tunc in deserto factum sit nouimus: serpentum
morsibus multi moriebantur. Tunc populus peccata sua
confitens per Moysen deprecatus est Dominum ut hoc
[62] ab eis uirus auferret. Ac sic Moyses ex praecepto
Domini exaltauit in deserto aeneum serpentem ammo-
nuitque populum ut ilium exaltatum quisquis a serpente
morderetur adtenderet; hoc facientes continuo sana-
bantur. Quid est exaltatus serpens nisi mors Christi eo
significandi modo quo per efficientem id quod efficitur
significatur? A serpente quippe mors uenit qui peccatum
quo mori mereretur homini persuasit. Dominus autem
in camem suam non peccatum transtulit tamquam
uenenum serpentis, sed tamen transtulit mortem ut esset
in similitudine carnis peccati poena sine culpa, unde in
carne peccati et culpa solueretur et poena.
Sicut ergo tunc qui conspiciebat exaltatum serpentem
et a ueneno sanabatur et a morte liberabatur, sic nunc
qui confonnatur similitudini mortis Christi per fidem
baptismumque eius et a peccato per iustificationem et a
morte per resurrectionem liberatur. Hoc est enim quod
ait: Vt omnis qui credit in eum non pereat, sed habeat
uitam aeternam. Quid igitur opus est ut Christi morti
per baptismum conformetur paruulus si morsu serpentis
non est omnino uenenatus ?
463. loh. 3, 14-15.
464. Cf. Num. 21,6-9.
465. Cf. Rom. 8, 3.
466. Cf. Rom. 8, 3.
467. Cf. Rom. 6, 5a.
468. loh. 3, 15.
202
LIVRE I
XXXII, 61. Quelle grande et etonnante marque de
consideration ! Comme elle ne peut se realiser que par Ie
pardon des peches, il poursuit et dit : De meme que Moise
a eleve le serpent dans le desert, de meme convient-i/ que
Ie fils de l' homme soit eleve, pour que quiconque aura
cru en lui ne perisse pas, mais ait la vie eternelle 463 .
Nous savons ce qui s' est passe alors au desert: beau-
coup mouraient de morsures de serpent. Alors Ie peuple,
reconnaissant ses peches, pria Ie Seigneur par I' intenne-
diaire de MOIse pour que s' eloignat d' eux ce venin, et
ainsi MOIse, sur Ie commandement du Seigneur, eleva
dans Ie desert un serpent d' airain pour que tous ceux
qui seraient mordus par Ie serpent regardet ce serpent
dresse au-dessus d' eux; agissant ainsi, ils etaient aussi-
tot gueris 464 . Qu' est -ce que ce serpent dresse, sinon la
mort du Christ, dans cette representation symbolique
dans laquelle est symbolise, par celui qui la realise, ce
qui est realise? La mort est venue par Ie serpent, qui a
porte I 'homme au peche, par lequel il meriterait la mort.
Mais Ie Seigneur n' a pas communique Ie peche a sa
chair comme Ie venin d 'un serpent; illui a communiue
la mort, afin que dans la ressemblance de la chair4 6 il
y ait chatiment du peche sans la faute, d' ou viendrait
dans la chair du peche 466 la remise et de la faute et de
la peine.
De meme donc que, dans ces temps-la, celui qui
regardait Ie serpent dresse etait gueri du venin et libere
de la mort, de meme maintenant celui qui se confonne a
la ressemblance de la mort du Christ, par la foi en lui et
son bapteme 467 , est libere du peche par la justification,
et de la mort par la resurrection. C' est, en effet, ce qu' il
dit: Pour que quiconque croit en lui ne perisse pas, mais
ait la vie eternelle 468 . Quelle necessite donc qu'un petit
enfant so it rendu, par le bapteme, conforme a la mort
du Christ46 9 , s' il n' est nullement infecte par la morsure
du serpent?
469. Cf. Rom. 6, 5a.
203
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
XXXIII, 62. Deinde si - quod consequenter dicit
- Deus sic dilexit mundum ut Filium suum unigenitum
daret ut omnis qui credit in eum non pereat, sed habeat
uitam aeternam, periturus erat paruulus nec habiturus
uitam aetemam si per sacramentum baptismi non crede-
ret in unigenitum Dei Filium, dum interim sic uenit ut
non iudicet mundum, sed ut saluetur mundus per ipsum,
praesertim quia sequitur et dicit: Qui credit in [63] eum
non iudicatur,. qui autem non credit iam iudicatus est
quia non credit in nomine unigeniti Filii Dei. Vbi ergo
paruulos ponimus baptizatos nisi inter fideles, sicut
uniuersae ubique ecclesiae clamat auctoritas? Ergo
inter eos qui crediderunt - hoc enim eis adquiritur per
uirtutem sacramenti et offerentium responsionem - ac
per hoc eos qui baptizati non sunt, inter eos qui non
crediderunt.
Porro si illi qui baptizati sunt non iudicantur, isti,
quia carent baptismo, iudicantur. Quod uero adiunxit:
Hoc est autem iudicium quia lux uenit in mundum et
dilexerunt homines tenebras magis quam lucem, unde
lux uenit in mundum nisi de suo dicit aduentu? Sine
cuius aduentus sacramento quomodo paruuli esse
dicuntur in luce ? Aut quomodo non et hoc in dilectione
tenebrarum habent qui quemadmodum ipsi non credunt,
sic nec baptizandos suos paruulos arbitrantur quando eis
mortem corporis timent ? In Deo autem facta dicit opera
eius qui uenit ad lucem quia intellegit iustificationem
suam non ad sua merita, sed ad Dei gratiam pertinere.
Deus est enim, inquit Apostolus, qui operatur in nobisP
p. Les Mauristes ont retenu uobis, conforme it l'original grec, mais
nobis est atteste par les six plus anciens manuscrits.
470. loh. 3, 16.
471. Cf. loh. 3,17.
204
LIVRE I
XXXIII, 62. Puis si - ce qu ' il dit dans la suite - Dieu
a tellement aime le monde qu'il lui a donne son Fils
unique, pour que tout homme qui croit en lui ne perisse
pas mais ait la vie eternelle 47o , Ie petit enfant allait perir
et ne pas avoir la vie etemelle si, par Ie sacrement du
bapteme, il n' avait pas cru au Fils unique de Dieu, a
celui qui est venu, non pour juger Ie monde, mais pour
que Ie monde soit sauve par lui47 I , surtout parce qu'il
poursuit en disant: Qui croit en lui ne subit pas ce
jugement, mais qui ne croit pas a deja ete juge, parce
qu'i! ne croit pas dans le nom du Fils unique de Dieu 472 .
Ou donc plaons-nous les petits enfants baptises, sinon
parmi les fideles, comme Ie proclame partQut I' autorite
de I , Eglise universelle, donc parmi ceux qui ont cru?
Car cela leur est acquis par la vertu du sacrement et les
paroles de ceux qui les presentent. Et, de ce fait, ceux
qui n' ont pas ete baptises [nous les plaons] parmi ceux
qui n'ont pas cru.
De plus, si ceux qui ont ete baptises ne sont pas sou-
mis au jugement, ceux qui n' ont pas Ie bapteme sont
juges. Et ce qu'il ajoute: Voici le jugement : c' est que la
lumiere est venue dans le monde et les hommes ont pre-
jere les tenebres a la lumiere 473 , ne Ie dit-il pas a propos
de sa venue? Sans Ie mystere de sa venue comment les
petits enfants sont-ils dits «dans la lumiere» ? Ou bien
ne sont-ils pas dans l'amour des tenebres ceux qui, de
meme qu'ils ne croient pas eux-memes, ne jugent pas
que leurs petits enfants doivent etre baptises, alors qu'ils
craignent pour eux la mort du corps? Et il dit qu' en
Dieu ont ete faites les .reuvres de celui qui est venu a la
lumiere 474 , parce qu' il comprend que sa justification ne
tient pas a ses merites, mais a la grace de Dieu. C' est
Dieu, en effet, dit I' Apotre, qui realise en nous et de
472. loh. 3, 18.
473. loh. 3, 19.
474. Cf. loh. 3, 21.
205
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
et uelle et operari pro bona uoluntate. Hoc modo ergo fit
omnium ex camali generatione ad Christum uenientium
regeneratio spiritalis. Ipse hoc aperuit, ipse monstrauit
cum ab eo quaerebatur quomodo possent ista fieri, nemini
humanam argumentationem in hac causa liberam fecit.
Non alienentur paruuli a gratia remissionis peccatorum;
non aliter transitur ad Christum, nemo aliter potest Deo
reconciliari et ad Deum uenire nisi per Christum.
XXXIV, 63. Quid de ipsa fonna sacramenti loquar?
Vellem aliquis istorum qui contraria sapiunt mihi bapti-
zandum paruulum afferret. Quid in illo agit exorcismus
meus si in familia diaboli non [64] tenetur? Ipse certe
mihi fuerat responsurus pro eodem paruulo quem ges-
taret quia pro se ille respondere non posset. Quomodo
ergo dicturus erat eum renuntiare diabolo cuius in eo
nihil esset? Quomodo conuerti ad Deum a quo non
esset auersus? Credere inter cetera in remissionem
peccatorum quae illi nulla tribueretur? Ego quidem si
contra haec eum sentire existimarem nec ad sacramenta
cum paruulo intrare pennitterem; ipse autem in hoc qua
fronte ad homines, qua mente ad Deum se ferret ignoro
nec uolo aliquid grauius dicere.
Falsam igitur uel fallacem tradi paruulis baptismatis
fonnam in qua sonare atque agi uideretur et tamen nulla
fieret remissio peccatorum, uiderunt aliqui eo rum nihil
475. Phil. 2, 13. Par pro bona uoluntate (grec: im;£Q 'tfl EuboXLa),
on pourrait aussi comprendre «selon sa bienveillance», donc la
volonte divine. Mais Ie contexte porte ai' autre intelligence, comme
pour la nouvelle citation du verset en II, 18, 30. Voir NC 58: «Pro
bona uoluntate: bonne volonte humaine ou divine?».
476. Cf. Rom. 5,10-11.
477. Se reporter pour cette section a la NC 61 : «Les informations
contenues dans Ie De peccatorum meritis et remissione sur Ie rite
catechumenal ».
478. Cf. Iloh. 3, 9-10.
479. Noter avec Ie balancement: « Pour ma part... mais Quant
a lui...» (ego quidem... ipse autem...) la prudence d'Augustin qui,
206
LNRE I
vouloir et de realiser selon une volonte bonne 475 . De
cette faon donc se fait la regeneration spirituelle de
ceux qui viennent de la generation de la chair jusqu' au
Christ. Lui-meme a explique, lui-meme a montre cela
quand on lui demandait comment cela pouvait se faire,
et a personne en cette affaire il n'a laisse la liberte d'une
argumentation humaine. Que les petits enfants ne soient
pas exclus de la grace du pardon des peches; on ne va
pas autrement au Christ, personne ne peut etre recon-
cilie avec Dieu et parvenir aDieu autrement que par Ie
Christ4 76 .
8. Preuve par la liturgie baptismale et la condition
infantile.
XXXIV, 63. Que dire de la forme merne du sacre-
ment4 77 ? Je voudrais que l'un de ceux qui professent
des opinions contraires me presente un petit enfant a
baptiser. Que fait en lui mon exorcisme s'il n'appartient
pas aux serviteurs du diable 478 ? C'est lui qui se serait
trouve avoir a me repondre pour ce meme enfant qu'il
presentait car cet enfant ne pouvait repondre par lui-
meme. Comment donc allait-il dire qu'il renonait au
diable, dont il n' avait rien en lui, et qu' il retoumait a
Dieu, dont il n' avait pas ete separe? Qu' il croyait, entre
autres articles de foi, au pardon de peches dont aucun ne
pouvait lui etre attribue? Pour ma part, si je I' estimais
en desaccord avec ces propositions, je ne lui permettrais
pas non plus d' acceder aux sacrements avec Ie petit
enfant. Mais lui personnellement, avec que I front se
presenterait-il devant les hommes, avec quels sentiments
devant Dieu sur ce su jet? Je I' ignore et ne veux rien dire
de plus accablant4 79 .
C'est donc une forme de bapteme fausse et trompeuse
qui serait donnee aux tout-petits, ou apparaitraient paro-
les sonores et gestes sans qu' il y eOt pardon de peches ;
certains d' entre eux ont vu que rien de plus detestable ni
faute d'informations detaillees sur les objecteurs, pretere s'en tenir a la
discussion theologique de I' objection telle qu' elle lui est parvenue.
207
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
execrabilius ac detestabilius posse dici atque sentiri.
Proinde quod adtinet ad baptismum paruulorum, ut eis
sit necessarius, redemptionem etiam ipsis opus esse
concedunt sicut cuiusdam eorum libello breuissimo
continetur, qui tamen ibi remissionem alicuius peccati
apertius exprimere noluit. Sicut autem mihi ipse litteris
intimasti, fatentur iam, ut dicis, etiam in paruulis per
baptismum remissionem fieri peccatorum. Nec mirum;
non enim redemptio alio modo posset intellegi. «Non
tamen originaliter, inquiunt, sed in uita iam propria,
posteaquam nati sunt, peccatum habere coeperunt. »
64. Quamobrem uides quantum iam distet inter eos
contra quos in hoc opere diu iam multumque disserui,
quorum etiam unius legi librum ea continentem quae, ut
potui, refutaui... Inter istos, ergo, ut dicere coeperam,
qui omnino paruulos ab omni peccato, et originali et
proprio, puros et liberos esse defendunt, et istos qui eos
iam natos propria putant contraxisse peccata a quibus
eos credunt per baptismum oportere purgari, quantum
intersit uides.
Proinde [65] isti posteriores intuendo scripturas et
auctoritatem totius ecclesiae et fonnam ipsius sacramenti
bene uiderunt per baptismum in paruulis peccatorum
480. Cette declaration (14) a ete trouvee par Augustin dans ce
libellus breuissimus qui est Ie libellus ecrit par Caelestius, lequel avait
en effet admis, lors de sa comparution, que les hehes oivent, eux
aussi, delivrance et redemption a travers Ie sacrement de bapteme.
Voir NC 40: «Le libellus breuissimus (I, 34, 63); traces de l'ecrit de
Caelestius dans Ie De peccatorum meritis et remissione» et NC 41 :
« Caelestius et ses ecrits».
481. C'est donc une declaration (15) entendue recemment a
Carthage par Marcellinus, puis transmise par lui a Hippone. Nous ne
disposons d' aucune trace d' une inflexion en ce sens de la theologie
de Caelestius; il s' agirait donc d' autres personnes alors presentes en
Afrique. Meme opinion que (6) deja signalee en I, 17, 22. Voir NC 42:
« Diversite des opinions des objecteurs sur bapteme des hehes et par-
don a Carthage en 411 ».
482. Liber et libellus (diminutif de liber) sont donc deux
ecrits differents, comme on Ie voit encore par la mention etiam. Si
208
LIVRE I
de plus execrable ne pouvait etre dit et pense. Aussi, en
ce qui conceme Ie bapteme des petits enfants, pour qu ' il
leur so it necessaire, ils concedent qu' ils ont eux aussi
besoin de redemption, comme cela est exprime dans
un tres bref opuscule de l'un d'eux qui n'a pas voulu
pourtant cPreciser plus clairement Ie pardon de tel ou
tel peche 8 . Mais, ainsi que tu me I' as fait connaitre toi-
meme dans ta lettre, ils admettent maintenant, comme
tu Ie dis, que meme chez les petits enfants Ie bapteme
accomplit Ie pardon des peches ; et ce n' est pas etonnant,
car la redemption ne saurait etre comprise autrement.
«Cependant, ce n' est pas a titre originel, disent-ils, mais
dans leur vie personnelle que, afres leur, naissance, ils
ont commence a avoir Ie peche 48 .»
64. Ainsi vois-tu que lie distance il y a entre ceux
contre lesquels j' ai, dans mon ouvrage, discute deja
depuis longtemps et 10nAuement, dont j' ai lu aussi Ie
livre de l'un d'entre eux 2 et l'ai refute comme j'ai pu
- entre ceux donc, comme je commenais a Ie dire, qui
pretendent que les petits enfants sont absolument furs
et exempts de tout peche, originel ou personnel 48 , et
ceux qui pen sent que, une fois nes, ils ont deja commis
des peches personnels dont ils croient qu' il y a lieu de
les purifier par Ie bapteme 484 , tu vois la distance qui les
separe.
Aussi ces demiers, en examinant les Ecritures et
l'autorite de l'Eglise entiere et la fonne du sacrement
lui-meme, ont bien vu que par Ie bapteme se faisait Ie
pardon des peches ds les petits enfants, mais qu'il y ait
Augustin a eu connaissance du libellus, il parait avoir concentre son
attention sur Ie liber, car il contenait plus de matiere et possedait toute
une argumentation. Quant a I' identite de son auteur, voir la NC 44: «Le
liber lu par Augustin et Ie Liber de fide attribue a Rufin Ie Syrien».
483. Opinion (16) reprise du liber et qu'on retrouve dans Ie Liber
de fide. Voir NC 44.
484. Opinion (17) qui reprend (6), signale en I, 17, 22, et (15),
signale en I, 34, 63.
209
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
fieri remissionem, sed originale esse quicquid illud in
eis est uel nolunt dicere uel uidere non possunt.
Illi autem priores in ipsa natura humana, quae ab
omnibus ut consideretur in promptu est, bene uiderunt
- quod facile fuit - aetatem illam in sua iam uita pro-
pria nihil peccati potuisse contrahere sed, ne peccatum
originale fateantur, nullum esse omnino peccatum in
paruulis dicunt.
In his ergo quae singula uera dicunt prius inter se ipsi
consentiant et consequenter fiet ut a nobis nulla ex parte
dissentiant. Nam si paruulis baptizatis remissionem fieri
peccatorum concedant illi istis, paruulos autem, ut ipsa
natura in tacitis infantibus clamat, suae uitae propriae
nullum adhuc contraxisse peccatum concedant isti illis,
concedant utrique nobis nullum nisi originale restare
quod per baptismum soluatur in paruulis.
XXXV, 65. An uero et hoc quaesituri et de hoc dis-
putaturi et tempus ad hoc inpensuri sumus ut probemus
atque doceamus quomodo per propriam uoluntatem,
sine qua nullum uitae propriae potest esse peccatum,
nihil mali commiserint infantes qui propter hoc uocan-
tur ab omnibus innocentes? Nonne tanta infinnitas
animi et corporis, tanta rerum ignorantia, tanta nulla
omnino praecepti capacitas, nullus uel naturalis uel
conscriptae legis sensus aut motus, nullus in alterutram
partem rationis usus hoc multo testatiore silentio quam
sermo noster proclamat atque indicat ? Valeat aliquid ad
se ipsam persuadendam ipsa euidentia; nam nusquam
sic non inuenio quod dicam quam ubi res de qua dicitur
manifestior est quam omne quod dicitur.
485. On notera la prudence d' Augustin sur les motifs de la position
theologique de ces chretiens.
486. Augustin s' amuse-t-il des contradictions entre ces objecteurs ?
En tout cas, en pasteur, il apPelle a un consensus des catholiques. Voir
NC 42: «Diversite des opinions des objecteurs sur baptSme des hehes
et pardon a Carthage en 411 ».
487. L' examen de I' age neo-natal occuPe presque toute cette fin
du livre I (I, 35, 65 - 38, 69). Voir NC 45: «Une enigme avouee: la
210
LIVRE I
quelque chose d' originel en eux, ou bien ils ne veulent
pas Ie dire, ou bien ils ne peuvent pas Ie voir4 85 .
Quant aux premiers, dans la nature humaine, dont
I' examen est a la portee de tous, ils ont bien vu - ce qui
etait facile - que cet age ne pouvait dans sa vie propre
avoir contracte Ie moindre peche. Mais, pour ne point
reconnaitre Ie peche originel, ils disent qu'il n'y a abso-
lument aucun peche chez les petits enfants.
Pour eux tous donc, que d' abord ils s' accordent entre
eux sur les verites qu' ils professent isolement, et il en
resultera qu' ils ne seront en aucun point en desaccord
avec nous86. Car si les demiers accordaient aux pre-
miers que s' opere pour les petits enfant baptises Ie
pardon des peches, et si les premiers accordaient aux
demiers que les petits enfants, comme la nature Ie
proclame elle-meme chez les tout-petits encore muets,
n' ont dans leur vie personnelle contracte encore aucun
peche, ils nous concederaient les uns et les autres qu' il
ne reste que Ie peche originel a effacer par Ie bapteme
chez les petits enfants.
XXXV, 65. Mais allons-nous demander, discuter et
depenser du temps a prouver et enseigner comment, par
leur volonte personnelle, sans laquelle il ne peut y avoir
aucun peche dans la vie personnelle, rien de mal n' a ete
commis par les tout-petits, qui sont, pour cette raison,
qualifies par tous d'innocents? N'est-il pas vrai qu'une
si grande faiblesse de I' esprit et du corps, une si gran de
ignorance, une si complete incapacite a recevoir un
commandement, aucne comprehension ni sensibilite
devant une loi ou naturelle ou ecrite, aucun usage de
la raison sur l'un ou l'autre aspect d'une question, tout
eel a Ie proclame et Ie signifie par un silence beaucoup
plus expressif que notre discours 487 ? Que I' evidence ait
quelque force pour se persuader elle-meme! Car je ne
trouve rien a dire quand la chose dont on parle est plus
claire que tout ce qu' on en dit.
condition miserable de I' etre humain en bas-age».
211
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
[66] 66. Vellem tamen quisquis hoc sapit diceret quod
peccatum uiderit uel putarit infantis recentis ab utero
cui redimendo fatetur iam baptismum necessarium,
quid mali in hac propria sua uita per animum proprium
corpusue commiserit. Si forte quod plorat taedioque est
maioribus, mirum si hoc iniquitati, non infelicitati potius
deputandum est. An quod ab ipso fletu nulla sua ratione,
nulla cuiusquam prohibitione conpescitur? At hoc igno-
rantiae est in qua profundissima iacet, qua etiam matrem,
cum post exiguum tempus ualuerit, percutiet iratus et
saepe ipsas eius mammas quas, dum esurit, exigit. Haec
non modo feruntur, uerum etiam diliguntur in paruulis
et hoc quo affectu nisi carnali, quo etiam risus iocusque
delectat acutorum quoque hominum ipsa quasi absurdi-
tas conditus? Qui si eo modo sentirentur, ut dicitur, non
iam illi tamquam faceti sed tamquam fatui riderentur.
Ipsos quoque fatuos uidemus quos uulgo «moriones»
uocant, ad cordatorum delicias adhiberi et in mancipio-
rum aestimatione pretiosiores esse cordatis : tantum ualet
camalis affectus etiam minime fatuorum in delectatione
alieni malL Nam cum homini iucunda sit aliena fatuitas
nee ipse tamen talis esse uoluisset; et si suum paruu-
lum filium a quo garriente talia pater laetus expectat et
prouocat talem praesciret futurum esse cum creuerit,
nullo modo dubitaret miserabilius lugendum esse quam
mortuum. Sed dum spes subest incrementorum et ingenii
lumen accessurum creditur aetatis accessu, fit ut conui-
cia paruulorum etiam in parentes non solum iniuriosa
non sint, uerum etiam grata atque iucunda sint. Quod
quidem prudentium nemo probauerit ut a dictis uel factis
488. Deja signales plus haut (I, 22, 31). Voir NC 30: «Les
moriones ».
212
LIVRE I
66. Je voudrais pourtant que quelqu'un d'infonne sur
cette question dise quel peche il a pu voir ou discerner
chez un enfant qui vient de sortir du sein de sa mere,
peche pour Ie rachat duquel il reconnait la necessite du
bapteme, quel mal il a commis dans sa vie personnelle,
en son esprit ou en son corps. Si c' est parce qu' il pleure
et qu' il est un poids pour ses parents, on peut se deman-
der si cela doit etre mis au compte de sa mechancete
et non pas plutot au compte de la malchance. Et Ie fait
que ni sa raison ni I' interdiction de quiconque n' apaisent
ses pleurs? Mais telle est l'ignorance dans laquelle il se
trouve enfoui qu' il va, dans sa colere, jusqu ' a frapper sa
mere et souvent les seins memes qu'il reclame quand il
a faim. Ces attitudes, non seulement sont tolerees, mais
meme aimees dans les petits enfants ; et cela selon quelle
emotion, sinon charnelle, selon laquelle aussi rires et
plaisanteries nous font plaisir, meme de la part d 'hom-
mes a I' esprit penetrant, releves qu' ils sont comme par
leur absurdite meme? Si l'on en jugeait litteralement,
ces gens ne passeraient pas pour spirituels, mais seraient
moques comme des fous.
Nous voyons aussi que ces idiots qu'on appelle vulgai-
rement «morions 488 » sont employes a faire les delices
des gens raisonnables, et qu' au marche des esclaves ils
ont plus de prix que ceux qui sont raisonnables: si fort
est Ie penchant naturel, meme chez les moins fous, a se
plaire au mal qui est dans les autres. En effet, alors qu' on
trouve plaisante la folie d' autrui, on ne voudrait pas pour
autant lui ressembler. Et si un pere prevoyait que son fils
tout petit - dont, dans. son babillage, il guette de tels ges-
tes et meme les provoque - serait de cette sorte une fois
grand, il ne douterait nullement devoir en pleurer plus
douloureusement que si ce fils etait mort. Mais, tant que
I' espoir subsiste d 'un developpement et que I' on croit
que la lumiere de la raison progressera avec Ie progres
de I' age, il arrive que les insolences des enfants, meme
a I' endroit de leurs parents, non seulement ne soient
pas blessantes, mais memes agreables et plaisantes. Et
nul parmi les sages n' approuverait que de tels propos et
213
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
huiusmodi non tantum non prohibeantur cum prohiberi
[67] iam possunt, uerum in haec etiam concitentur
studio ridendi et uanitate maiorum. Nam plerumque ilIa
aetas iam patrem matremque agnoscens neutti eorum
audet maledicere nisi ab altero eorum aut ab utroque uel
pennissa uel ius sa.
Verum haec eorum sunt paruulorum qui iam in uerba
prorumpunt et animi sui motus qualibuscumque linguae
signis promptare iam possunt. Illam potius recentium
natorum profundissimam ignorantiam uideamus ex qua
ad istam non pennansuram balbutientem fatuitatem tam-
quam ad scientiam locutionemque tendentes proficiendo
uenerunt.
XXXVI, 67. Illas, inquam, consideremus tenebras
mentis utique rationalis in quibus et Deum prorsus igno-
rant, cuius sacramentis etiam cum baptizantur obsistunt ;
in has quaero unde et quando summersi sint.
Itane uero eas hic contraxerunt et in hac uita sua iam
propria per nimiam neglegentiam obliti sunt Deum, pru-
dentes uero et religiosi uixerunt uel in uteris matrum?
Dicant ista qui ausi fuerint, audiant qui uoluerint, cre-
dant qui potuerint; ego autem puto quod omnes quorum
mentem non obnubilat defendendae suae sententiae
peruicacia haec sentire non possunt.
An nullum est ignorantiae malum et ideo nec pur-
gandum? Et quid agit ilia uox: Delicta iuuentutis et
ignorantiae meae ne memineris ? Etsi enim damnabiliora
peccata sunt quae ab scientibus committuntur, tamen si
ignorantiae peccata nullum essent hoc non legeremus
quod commemoraui: Delicta iuuentutis et ignorantiae
meae ne memineris. In illas igitur ignorantiae densissi-
mas tenebras ubi anima infantis recentis ab utero, utique
489. Ps. 24, 7.
214
LIVRE I
de tels actes non seulement ne leur soient pas interdits
quand deja ils peuvent l'etre, mais encore qu'ils y soient
excites pour Ie plaisir du rire et la vanite des parents.
Car, la plupart du temps, quand cet age commence a
reconnaitre pere et mere, il n'ose mal parler a l'un d'eux
s'il n'y est autorise ou invite par l'un d'eux ou par l'un
et I' autre.
Mais cela est Ie fait de petits enfants qui deja s' expri-
ment par des paroles et peuvent deja manifester leurs
sentiments par les divers signes du langage. Considerons
plutot la tres profonde ignorance des nouveau-nes, d' ou
ils sont venus a cette folie balbutiante qui ne doit pas
durer, comme si, en progressant, ils tendaient au savoir
et a son expression. '
XXXVI, 67. Considerant, dis- je, les tenebres de leur
esprit pourtant rationnel, dans lesquelles ils ignorent
meme Dieu, s' opposant encore a ses sacrements meme
au moment ou on les baptise, je me demande quand et
comment ils y ont ete plonges.
Dira-t-on qu'ils ont contracte cette ignorance ici et
que dans cette vie personnelle de maintenant ils ont
oublie Dieu par un exces de negligence, mais qu' ils ont
vecu selon la sagesse et la religion dans Ie sein de leur
mere? Que Ie disent ceux qui I' osent, que I' entendent
ceux qui Ie veulent, Ie croient ceux qui Ie peuvent; mais
pour moi, je pense que tous ceux dont l'acharnement a
defendre leur opinion n' obscurcit pas I' esprit ne peuvent
adtpettre cette explication.
A moins que I' ignorance ne soit pas un mal, et qu' il
n'y ait pas lieu de la corriger? Que signifie alors I' appel :
Ne te souviens pas des fautes de ma jeunesse et de mon
ignorance 489 ? Car bien que soient plus condamnables
les fautes commises par des gens qui savent, cependant,
si les peches d' ignorance n' existaient pas, vous ne liriez
pas Ie texte que j' ai cite: Ne te souviens pas de mes
fautes de jeunesse et de mon ignorance. Par consequent,
dans ces tenebres si epaisses de I' ignorance ou git I' ame
de I' enfant tout juste sorti du sein de sa mere, qui est
215
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
anima hominis, utique anima rationalis, non solum
indocta, uerum [68] etiam indocilis iacet, quare aut
quando aut unde contrusa est? Si naturae est hominis
sic incipere et non iam uitiosa est ista natura, cur non
talis creatus est Adam ?
Cur HIe capax praecepti et ualens uxori et omnibus
animalibus nomina inponere ? Nam et de ilIa dixit: Haec
uocabitur mulier et: Quodcumque uocauit Adam ani-
mam uiuam, hoc est nomen eius. Iste autem nesciens ubi
sit, quid sit, a quo creatus, a q quibus genitus sit, iam reus
delicti, nondum capax praecepti, tam profunda ignoran-
tiae caligine inuolutus et pressus ut neque tamquam de
somno excitari possit, ut haec saltem nescio quam uelut
ebrietatem non per unam noctem, sicut quaelibet grauis-
sima solet, sed per aliquot menses atque annos paulatim
digerat - quod donec fiat, tam multa quae in maioribus
punimus, toleramus in paruulis ut numerari omnino non
possint - hoc tam magnum ignorantiae atque infirmitatis
malum si in hac uita iam nati paruuli contraxerunt, ubi,
quando, quomodo magna aliqua impietate commissa
repente tantis tenebris inuoluti sunt?
XXXVII, 68. Dicet aliquis: Si haec naturae purae
non sunt sed uitiosae primordia, quia talis non est crea-
tus Adam, cur Christus longe excellentior et certe sine
ullo peccato natus ex uirgine in hac tamen infinnitate
atque aetate procreatus apparuit?
q. Le CSEL retient, de preference a a, un ex atteste seulement par
une minorite des plus anciens manuscrits.
490. Voir NC 46: « La condition d' Adam a sa creation. Differences
de representation entre Augustin et d'autres theologiens ».
491. Cf. Gen. 2, 16-17.
492. Gen. 2, 23.
493. Gen. 2, 19. Voir la suite (I, 37, 68).
494. Ces observations et leur commentaire etaient deja consignes
ainsi dans les Confessions (Con! I, 7, 11). Voir NC 45.
216
LIVRE I
une ame humaine, ame rationnelle, non seulement non
instruite mais de plus rebelle a I' instruction, pourquoi,
quand et comment y a-t-elle ete projetee? Si la nature
de l'homme est de commencer ainsi et que cette nature
ne soit pas vicieuse, pourquoi Adam n' a-t-il pas ete cree
ainsi 4 9<f ?
Pourquoi etait-il capable de recevoir un commande-
ment4 9I , et en mesure d' attribuer des noms a son epouse
et a tous les etres vivants? Car d' elle il dit: Celle-ci
s'appellera jemme 492 et quelque nom qu'Adam ait
donne a toute ame vivante, c'est cela son nom 493 . Le
tout-petit, lui, qui ignore ou il est, ce qu'il est, par qui
il a ete cree, de qui il est ne, mais deja accuse de peche
sans etre capable de comprendre un coinmandement,
enveloppe et accable de I' obscurite d 'une ignorance
si profonde qu' il ne peut etre tire de cette espece de
sommeil, pour qu' il s' instruise au moins de ce qui
lui sera explique, mais qu' il faut attendre Ie temps ou
il aura dissipe cette sorte d' ivresse, non en une seule
nuit (comme cela arrive pour l'autre ivresse, meme tres
grave), mais peu a peu au cours des mois et des annees;
et jusqu ' a ce que cela se produise, les fautes que nous
punissons chez leurs aines, nous les supportons chez les
tout-petits, en si grand nombre que nous ne pourrions les
compter4 94 ; alors, ce si grand mal que sont I' ignorance
et la faiblesse, si dans la vie presente les tout-petits I' ont
deja contracte a la naissance, ou, quand, comment, pour
avoir commis quel acte de grave impiete, ont-ils ete
soudain enveloppes de si profondes tenebres?
XXXVII, 68. Quelqu 'un dira 495 : «Si ce sont la les
commencements d 'une nature non pas pure mais viciee,
parce qu' Adam n' a pas ete cree tel, pourquoi Ie Christ,
qui est tellement au-dessus de nous, qui est ne vraiment
sans peche de la Vierge, est-il apparu pourtant dans cet
etat de faiblesse, a cet age? »
495. Objection imaginee par Augustin.
217
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Huic propositioni respondemus Adam propterea non
talem creatum quia nullius parentis praecedente peccato
non est creatus in carne peccati, nos ideo tales quia illius
praecedente peccato nati sumus in carne peccati. Christus
ideo talis quia, ut de peccato condemnaret peccatum,
natus est in similitudine carnis peccati. Non enim hoc
agitur de Adam quod pertinet ad corporis quantitatem,
quia non paruulus factus est, sed perfecta mole membro-
rum - potest enim dici etiam [69] pecora sic creata, nec
tamen eorum peccato factum esse ut ex eis pulli paruuli
nascerentur, quod quale sit nunc non quaerimus - sed
agitur de illius mentis quadam ualentia usuque rationis
quo praeceptum Dei legemque mandati et docilis Adam
caperet et facile posset custodire si uellet.
Nunc autem homo sic nascitur ut hoc omnino non
possit propter horrendam ignorantiam atque infinni-
tatem non carnis, sed mentis, cum omnes fateamur in
paruulo non alterius, sed eiusdem substantiae cuius in
primo homine fuit, hoc est rationalem animam degere.
Quamquam etiam ipsa tanta carnis infinnitas nescio
quid, quantum arbitror, poenale demonstrate Mouet
enim, si illi primi homines non peccassent, utrum tales
essent filios habituri qui nec lingua nec manibus nec
pedibus uterentur. Nam propter uteri capacitatem fortasse
necesse fuerit paruulos nasci, quamuis cum exigua sit
pars corporis costa, non tamen propter hoc Deus paruu-
lam uiro coniugem fecit quam aedificauit in mulierem.
496. Cf. Rom. 8, 3.
497. Cf. Rom. 8, 3.
498. Rom. 8, 3.
499. Representation conforme a la litteralite du recit du Livre de
la Genese. II est interessant d'examiner, par contraste, celie d'irenee
de Lyon pour qui, l'humanittS n'etant qu'a ses debuts historiques en
Adam et Eve, ces premiers humains etaient comme des Petits enfants
dans I' apprentissage de leur responsabilite morale. Voir NC 46: «La
condition d' Adam a sa creation. Differences de representation entre
Augustin et d' autres theologiens ».
500. Cette opinion, avancee prudemment, tient sans doute a I 'unite
corps-ame de l' etre humain a laquelle Augustin est tres attache, la
218
LIVRE I
A. cette objection, nous repondrons qu' Adam n' a
pas ete cree ainsi parce que, sans aucun parent qui I' ait
precede dans Ie peche, il n' a pas ete cree dans la chair
du peche 496 alors que nous, si, parce que precedes £ar
son peche, nous sommes nes dans la chair du peche 97.
Le Christ est tel parce que, pour condamner le peche
a partir du peche, il est ne dans la ressemblance de la
chair du peche 498 . Ne conceme pas Adam ce qui touche
a la taille de son corps, parce qu' il n' a pas ete fait petit
enfant mais dans la tail Ie accomplie de son COrpS499.
On peut dire, en effet, que les betes aussi ont ete creees
ainsi, mais pas que c' est par suite d 'un peche de leur
part que leur progeniture nait de petite taille - et ce
n' est pas Ie probleme que nous posons maintenant. II
s'agit pour Adam d'une certaine force de son esprit et
de I' usage de la raison, par lesquels, apte a se laisser
instruire, il recevait Ie precepte de Dieu et la loi de son
commandement, et pouvait aisement les observer s' ille
voulait.
Mais maintenant, I' etre humain nait dans I' absolue
incapacite de realiser cela, a cause d' une ignorance
et d 'une faiblesse terribles, non de la chair, mais de
I' esprit, alors que nous reconnaissons tous que dans un
petit enfant reside une ame qui n' est pas d 'une subs-
tance autre, mais identique a celie qui se trouvait chez
Ie premier homme, c' est-A-dire une ame raisonnable.
Toutefois, cette si gran de faiblesse de la chair fait appa-
raitre elle aussi, a mon sens, je ne sais quel caractere de
chatiment 5OO . II est troublant, en effet, de se demander,
au cas ou ces premiers hommes n'auraient pas peche,
s'ils auraient eu des fils tels qu'ils n'utiliseraient ni
langue, ni mains, ni pieds. Car, a cause de la taille de
l'uterus, il eOt peut-etre ete necessaire qu'ils naquissent
tout-petits, encore que, alors que la cote n' est qu 'une
petite partie de son corps, Dieu n' ait pas pour autant
fait a I 'homme toute petite I' epouse qu' il construisit en
condition physiologique universe lie exprimant une condition morale
universelle de I 'humanite.
219
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
V nde et eius filios poterat omnipotentia creatoris mox
editos grandes protinus facere.
XXXVID, 69. Sed, ut hoc omittam, poterat certe
quod multis etiam pecoribus praestitit, quorum pulli,
quamuis sint paruuli neque accedentibus corporis
incrementis etiam mente proficiant quoniam rationalem
animam non habent, tamen etiam minutissimi et currunt
et matres agnoscunt nec surgendis uberibus cura et ope
admouentur aliena sed ea ipsi in matemi corporis loco
abdito posita mirabili facilitate nouerunt.
Contra homini nato nec ad incessum pedes idonei
nec manus saltem ad scalpendum habiles et, nisi opere
nutrientis inmotis labris papilla uberis ingeratur, nec ubi
sint sentiunt et iuxta se iacentibus mammis [70] magis
possint esurientes flere quam sugere. Proinde infinnitati
mentis congruit haec omnino infinnitas corporis. Nec
fuisset caro Christi in similitudine carnis peccati nisi
caro esset ista peccati cuius pondere rationalis anima
sic grauatur, siue et ipsa ex parenti bus tracta siue ibi-
dem creata siue desuper inspirata, quod nunc quaerere
differo.
XXXIX, 70. In paruulis certe gratia Dei per bap-
tismum eius qui uenit in similitudine carnis peccati id
agitur ut euacuetur caro peccati. Euacuatur autem non ut
501. Cf. Gen. 2, 22.
502. Cf. Rom. 8, 3.
503. Cf. Rom. 8, 3.
504. Cf. Sap. 9, 15a. Ce debut du verset revient sou vent chez
Augustin. A.-M. LA BONNARDIERE, Biblia Augustiniana. Ancien
Testament. Le Livre de la Sagesse, Paris, 1970, p. 206, en releve 115
mentions dans toute l'reuvre. II est souvent associe a I Cor. 15, 54-57
et a II Cor. 5, 1-4, mais aussi a Rom. 8, 3, ainsi en Pecc. mer.
505. Elle sera menee aux livres II (II, 36, 59) et III (III, 10, 18).
506. Rom. 8,3.
507. Cf. Rom. 6,6, mais corpus est ici remplace par Ie caro de Rom. 8,
3, apparemment pour homogeneiser la combinaison des deux versets.
D'ordinaire (car ce n'est pas systematique chez lui), Paul emploie
220
LIVRE I
femme accomplie 50I . La toute puissance du Createur
aurait pu faire que ses fils aussi devinssent, a peine nes,
aussitot de gran de taille.
XXXVIII, 69. Mais, pour laisser de cote cette ques-
tion, il pouvait faire ce qu' il a donne aussi a beaucoup
d' animaux, dont les petits, quoiqu' ils soient tres petits
et ne fassent pas de progres par I' esprit lorsque survient
Ie developpement du corps puisqu' ils n' ont pas d' ame
rationnelle, cependant, tout menus qu' ils soient, courent,
reconnaissent leur mere et n'ont pas besoin pour s'al-
laiter du secours ni de I' aide d' autrui, mais connaissent
avec une etonnante facilite les mamelles placees dans un
endroit cache du corps matemel.
Au contraire, I 'homme, quand il nait, n' a point de
pieds aptes a la marche ni de mains capables de saisir et,
si la pointe du sein n' est pas mise avec I' aide de la nour-
rice entre des levres sans mouvement, elles ne savent pas
non plus ou il est et, tandis que les mamelles se trouvent
a sa portee, I' etre humain pourrait plutot pleurer de faim
que les sucer. Ainsi, cette faiblesse du corps est tout a
fait en rapport avec la faiblesse de I' esprit. Et la chair du
Christ n'aurait pas ete a la ressemblance de la chair du
peche'502, si la chair de peche'503 n' etait pas telle que son
poids alourdit I' ame rationnelle 504 , que celle-ci tire son
origine des parents ou bien soit comme creee ici-bas ou
inspiree d' en haut, su jet sur lequel je remets la reflexion
a plus tard 505 .
9. Pourquoi la concupiscence demeure chez Ie bap-
tise. Annonce du theme du livre II.
XXXIX, 70. Chez les petits enfants, la grace de Dieu,
par Ie bapteme fonde sur celui qui est venu dans la
ressemblance de la chair de peche'506, a pour effet de
detruire la chair de peche'507. Mais elle est detruite non
«chair» pour d6crire l'humanite a la fois pecheresse et incapable de
salut par elle-meme et « corpS» pour designer la dimension physiolo-
gique de chaque humain.
221
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
in ipsa uiuente came concupiscentia conspersa et innata
repente absumatur et non sit, sed ne obsit mortuo quae
inerat nato. Nam si post baptismum uixerit atque ad
aetatem capacem praecepti peruenire potuerit, ibi habet
cum qua pugnet eamque adiuuante Deo superet si non in
uacuum gratiam eius suscepit, si reprobus esse noluerit.
Nam nec grandibus hoc praestatur in baptismo nisi
forte miraculo ineffabili omnipotentissimi creatoris, ut
lex peccati quae inest in membris repugnans legi men-
tis penitus extinguatur et non sit, sed ut quicquid mali
ab homine factum, dictum, cogitatum est cum eidem
concupiscentiae subiecta mente seruiret, totum abolea-
tur ac uelut factum non fuerit habeatur, ipsa uero soluto
reatus uinculo quo per illam diabolus animam retinebat,
et interclusione destructa qua hominem a suo creatore
separabat maneat in certamine quo corpus nostrum
castigamus et seruituti subicimus, uel ad usus licitos et
necessarios relaxanda uel continentia cohibenda.
Sed quoniam diuino Spiritu qui multo melius quam
nos omnia generis humani nouit, uel praeterita uel prae-
sentia uel futura, talis uita humana praecognita atque
praedicta est ut [71] non iustificetur in conspectu Dei
omnis uiuens, fit ut per ignorantiam uel infinnitatem non
exertis aduersus eam totis uiribus uoluntatis eidem ad
inlicita etiam nonnulla cedamus, tam magis et crebrius
quanto deteriores, tanto minus et rarius quanto meliores
sumus.
508. Augustin ne veut pas ecarter I' eventualite d 'une action divine
exceptionnelle puisque Dieu est Ie «Tout-puissant» (omnipotens)
et que lui seul sait ce qui est bon. La meme attitude reviendra au
livre II (II, 6, 7) en reponse a la question: une vie humaine totalement
impeccable est-elle possible sur terre ?
509. Cf. Rom. 7,23.
510. Cf. I Cor. 9, 27.
222
LIVRE I
de telle faon que la concupiscence, repandue et innee
dans la chair vivante, soit aneantie soudain, mais de
faon qu' elle ne nuise pas au [futur] mort, elle qui etait
presente a sa naissance. Car s' il vit apres Ie bapteme
et peut parvenir a I' age ou I' on est apte a recevoir un
commandement, il a alors de quoi la combattre et la
vaincre avec l' aide de Dieu s' il n' a pas reu sa grace en
vain, s' il n' a pas voulu etre reprouve.
Car il n'est pas accorde non plus aux adultes dans Ie
bapteme - a moins d'un eventuel miracle ineffable du
Createur tout puissant 508 - que la loi du pee he qui reside
dans leurs membres en luttant contre la loi de l' esprip09
soit completement aneantie et n' existe pus. Mais il
leur est accorde que tout ce que l'individu a pu faire,
dire, penser de mal alors que, son ame etant asservie a
la concupiscence, il demeurait esclave, soit totalement
detruit et considere comme n'ayant pas ete commis; et
quant a la concupiscence meme, une fois brise Ie lien de
culpabilite ou Ie diable retenait I' ame par son moyen et
une fois detruite I' incarceration par laquelle il separait
l'homme de son Createur, elle demeure dans la lutte
par laquelle nous chations notre corps et le reduisons
a la servitude 5IO , tantot en lui lachant la bride pour des
usages pennis et indispensables, tantot en Ie bridant par
la continence.
Mais puisque, par I 'Esprit divin qui connait bien
mieux que nous tous les aspects du genre humain, ou
passes, ou presents, ou a venir, la vie humaine a ete
d'avance connue et annoncee de telle faon qu'elle ne
soit as justifiee tout entiere de son vivant aux yeux de
Dieu 5II , il arrive que par ignorance ou faiblesse, toutes
les forces de notre volonte n' etant pas deployees contre
cette concupiscence, nous cedions aussi a quelques
conduites illicites, d' autant plus frequentes que nous
sommes plus mauvais, d'autant moindres et plus rares
que nous sommes meilleurs.
511. Cf. Ps. 142,2.
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Sed quoniam de hac quaestione in qua quaeritur
utrum possit uel utrum sit, fuerit futurusque sit homo
sine peccato in hac uita, excepto illo qui dixit: Ecce
uenit princeps mundi et in me nihil inueniet, aliquanto
diligentius disserendum est, iste sit huius uoluminis
modus ut illud ab alio quaeramus exordio.
224
LIVRE I
Mais puisque sur la question 5I2 de savoir s'il est
possible ou si c' est un fait qu' il y a eu et qu' il y aura
un homme sans peche dans cette vie a I' exception de
celui qui a dit: Voici que vient le prince de ce monde et
il ne trouvera rien en moi 5I3 , il faudrait mener l'analyse
avec un peu plus d' attention, qu' ici soit la limite de ce
volume, afin que nous examinions la question a partir
d'un autre point de depart.
512. Quaeritur est un rapPel de la sollicitation initiale de Marcellinus,
trace d'au moins une lettre, Perdue depuis. Voir R. DoDARO, «Note on
the Carthaginian Debate over Sinlessness, A.D. 411-412 (Augustine,
Pecc. Mer. 2.7.8 - 16.25) », Augustinianum, 40, 2000, p. 187. La ques-
tion soulevee conceme une des six theses qui avaient ete soutenues
publiquement par Caelestius.
513.loh. 14,30.
225
LIVRE II
LIBER SECVNDVS
I, 1. De baptismo paruulorum, Marcelline carissime,
quod non solum eis ad regnum Dei, uerum etiam ad
salutem uitamque aetemam adipiscendam detur, quam
sine Dei regno et sine Christi saluatoris societate in
quam nos suo sanguine redemit habere nullus potest,
priore libro satis, ut arbitror, disputauimus.
In hoc autem uiuatne aliquis in hoc saeculo uel
uixerit uicturusue sit sine ullo omnino peccato, excepto
uno mediatore Dei et hominum, homine Iesu Christo
qui dedit semet ipsum redemptionem pro omnibus,
quanta ipse donat diligentia uel facultate disserendum
enodan[72]dumque suscepi. Cui disputationi si se
identidem aliqua necessitate uel opportunitate inseruerit
quaestio de peccato uel baptismo paruulorum miran-
dum non erit nec defugiendum ut eis locis ad omnia
quae responsionem nostram flagitant sicut ualemus
respondeamus.
II, 2. Huius autem quaestionis solutio de hominis
uita sine ulla subreptione uel praeoccupatione peccati
1. A. vrai dire, dans Ie livre I, Augustin a repondu a trois questions,
ou plutot trois theses, successivement: 1. que la mort physique est
indePendante du peche; 2. que I 'unique lien funeste entre Adam et sa
descendance est une consciente imitation de son mauvais exemple;
3. et qu' en consequence les hehes ne sont pas baptises pour se faire
pardonner un queiconque che herite d' Adam. Mais la discussion sur
Ie sens theologique du bapteme des tout-Petits a pris la plus grande
place dans l'expose de l'eveque.
2. Cf. Apoc. 5,9.
3. Cf. I Tim. 2, 5.
4. Cf. I Tim. 2, 6.
5. Voir la NC 47: «Objet specifique du livre II; la question ouverte
de la perJectio iustitiae humanae ».
228
LIVRE DEUXIEME
Introduction. L'objet de ce livre et son enjeu pour
la foi chretienne.
I, 1. Mon tres cher Marcellinus, la I question dont
nous avons traite - suffisamment, je pense - au livre
precedent est celIe du bapteme des tout -petits, qui leur
est donne non seulement pour I' entree dans Ie royaume
de Dieu, mais encore pour I' obtention du salut et de la
vie etemelle, laquelle ne peut etre accordee a aucun
homme sans Ie royaume de Dieu et sans l'union avec Ie
Christ Sauveur, cette union en vue de laquelle il nous a
rachetes par son sang 2 .
Dans ce livre-ci, il s'agit de savoir s'il y a, s'il y a eu,
s ' il y aura en ce monde, un homme exempt de tout peche
sa vie durant, a I' exception du seul mediateur entre Dieu
et les hommes, l'homme Jesus Christ 3 , qui s'est donne
lui-meme en ranon pour tous4: c' est ce que j' ai entre-
pris de developper et d' expliquer, avec toute I' attention
et la capacite que Dieu lui-meme m'accorde 5 . Et si au
cours de cette discussion, vient a ressurgir a diverses
reprises - par necessite ou a I' occasion - la question
du peche et du bapteme des tout -petits, cela n' aura rien
d' etonnant et il ne faudra pas s' y derober, de maniere a
repondre sur Ie champ autant que possible, a tout ce qui
. ,
requlert notre reponse.
II, 2. Or la solution de cette question relative a une
vie d'homme sans la moindre emprise ou 6 la moindre
6. Cela elargit Ie debat: l'hypothese qu'un humain parvienne a ne
jamais pecher de toute sa vie implique, aux yeux d' Augustin, que cet
humain n' eprouve meme aucune tentation de pecher.
229
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
propter cotidianas etiam nostras orationes maxime
necessaria est.
Sunt enim quidam tantum praesumentes de libero
humanae uoluntatis arbitrio, ut ad non peccandum nec
adiuuandos nos diuinitus opinentur semel ipsi naturae
nostrae concesso liberae uoluntatis arbittio. Vnde fit
consequens ut nec orare debeamus ne intremus in temp-
tationem, hoc est ne temptatione uincamur uel cum fallit
et preoccupat nescientes uel cum premit atque urget
infinnos. Quam sit autem noxium et saluti nostrae quae
in Christo est pemiciosum atque contrarium ipsique
religioni qua inbuti sumus et pietati qua Deum colimus,
quam uehementer aduersum ut pro tali accipiendo
beneficio Dominum non rogemus atque in ipsa oratione
dominica: Ne nos inferas in temptationem frustra posi-
tum existimemus, uerbis explicare non possumus.
III, 3. Acute autem sibi uidentur dicere, quasi nos-
trum hoc ullus ignoret, quod si nolumus non peccamus
nec praeciperet Deus homini quod esset humanae
inpossibile uoluntati.
Sed hoc minus uident quod ad nonnulla superanda uel
quae male cupiuntur uel quae male metuuntur, magnis
aliquando et totis uiribus opus est [73] uoluntatis quas
nos non perfecte in omnibus adhibituros praeuidit qui
per prophetam ueridice dici uoluit: Non iustificabitur
in conspectu tuo omnis uiuens. Tales itaque nos futuros
Dominus praesciens quaedam salubria remedia contra
7. Voir la NC 48: «Pourquoi prier».
8. Augustin resume ici une position (18) plus qu'il ne cite un pro-
pos. La source parait Stre Ie libellus de Caelestius plutot que Ie liber
car cette position est absente du Liber de fide de Rufin.
9. Cf. Matth. 26,41, etc.
10. «Religioni qua inbuti sumus». L'image figurait deja en 1,22,32
et reviendra en III, 13, 19.
11. L'expression designe traditionnellement Ie « Notre Pere».
12. Matth. 6, 13a. Augustin avait de longue date medittS ce verset.
Voir la NC 49: «Parentes entre Ie livre II du De peccatorum meritis et
remissione et Ie De libero arbitrio».
230
LIVRE II
offensive du peche est tout particulierement necessaire
aussi pour nos prieres quotidiennes 7 .
II est en effet des hommes assez presomptueux du
libre arbitre de la volonte humaine pour croire que
nous n'avons pas besoin d'etre aides par Dieu a ne
pas pecher, du moment qu' a notre nature meme a ete
une fois pour toutes accorde I' arbitrage d 'une volonte
libre 8 . D' ou il s' en suit que nous n' aurions pas a prier
pour ne pas entrer en tentation 9 , c'est-a-dire pour n'etre
pas vaincus par la tentation quand elle nous egare et
prend I' offensi ve a notre insu ou quand elle nous presse
et nous accable dans notre faiblesse. Or je ne saurais
exprimer par de simples mots combien il est nuisible
ainsi que pemicieux et contraire a notre salut qui est
dans Ie Christ et combien il est violemment oppose au
sentiment religieux meme dont nous avons ete impre-
gnes IO et a la piete par laquelle nous honorons Dieu de
ne pas prier Ie Seigneur pour recevoir un tel bienfait et
d' estimer que c' est sans raison que figure dans la priere
du Seigneur ll ce: Ne nous porte pas a la tentation I2 .
III, 3. Pourtant ils s' imaginent avancer un argument
percutant en disant que, si nous ne voulons pas pecher,
nous ne pechons pas, et que Dieu ne commanderait pas a
I 'homme ce qui serait impossible a la volonte humaine 13,
comme si l'un d'entre nous pouvait l'ignorer.
Mais ce qu' ils voient moins bien, c' est que, pour
triompher de desirs mauvais ou de craintes mauvaises, il
est parfois besoin de grandes forces, de toutes les forces
de notre volonte; et Dieu a bien prevu que nous ne les
emploierions pas parfilitement en toutes circonstances,
lui qui a fait dire par la bouche du prophete ces paroles
veridiques : Aucun vivant ne sera trouve juste a tes yeux I4 .
Aussi Ie Seigneur, sachant par avance nos defaillances
futures, a trouve bon de nous donner efficacement
13. Objection (19) analogue a (18) et, de ce fait, sans doute lue
dans Ie libellus.
14. Ps. 142,2.
231
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
reatum et uincula peccatorum etiam post baptismum dare
ac ualere dignatus est, opera scilicet misericordiae cum
ait: Dimittite et dimittetur uobis ,. date et dabitur uobis.
Quis enim cum aliqua spe adipiscendae salutis aetemae
de hac uita emigraret manente ilIa sententia quod qui-
cumque totam legem seruauerit, offendat autem in uno,
factus est omnium reus, nisi post paululum sequeretur:
Sic loquimini et sic facite tamquam per legem libertatis
incipientes iudicari. Iudicium enim sine misericordia illi
qui nonfacit misericordiam,. superexultat autem miseri-
cordia iudicio ?
IV, 4. Concupiscentia igitur tamquam lex peccati
manens in membris corporis mortis huius cum paruulis
nascitur, in paruulis baptizatis a reatu soluitur, ad ago-
nem relinquitur, ante agonem mortuos nulla damnatione
persequitur; paruulos non baptizatos reos innectit et
tamquam irae filios, etiamsi paruuli moriantur, ad
condemnationem trahit.
In grandibus autem baptizatis in quibus iam ratione
utentibus quicquid eidem concupiscentiae mens ad
peccandum consensit, propriae uoluntatis est; deletis
peccatis omnibus, soluto etiam reatu quo uinctos ori-
ginaliter detinebat, ad [74] agonem interim manet non
sibi ad inlicita consentientibus nihil omnino nocitura
donee absorbeatur mors in uictoriam et pace perfecta
nihil quod uincatur existat. Consentientes autem sibi ad
inlicita reos tenet et, nisi per medicinam paenitentiae et
opera misericordiae per caelestem sacerdotem pro nobis
15. Luc. 6, 37-38. Augustin associe de la sorte etroitement la priere
(rapPelee juste auparavant, en II, 2, 2) et la charite (les «reuvres de
misericorde ») comme moyens vitaux pour triompher dui peche.
16. lac. 2, 10.
17. lac. 2, 12-13.
18. Cf. Rom. 7,23-24.
19. Cf. Eph. 2, 3.
20. Cf. I Cor. 15, 54.
232
LIVRE II
certains remedes salutaires contre la culpabilite et les
liens du peche, meme apres Ie bapteme: il s' agit bien
entendu des reuvres de misericorde. C' est ainsi qu' il
dit: Remettez, et il vous sera remis,. donnez, et il vous
sera donne I5 . Quel homme en effet ne quitterait cette vie
avec quelque espoir d' obtenir Ie salut etemel si I' on s' en
tenait a cette sentence: Quiconque a observe toute la
Loi, mais vient a l' enfreindre sur un seul point, est rendu
coupable en tous points I6 , sans tenir compte de ce qui
suit peu apres: Parlez et agissez comme vous appretant
a etre juges par une loi de liberte. Car le jugement est
sans misericorde pour celui qui ne fait pas misericorde
mais la misericorde surpasse le jugement I7 ?
IV, 4. La concupiscence, donc, perdurant en tant que
loi du peche dans les membres du corps de cette mort I8 ,
nalt en meme temps que les tout-petits, mais, s' ils sont
baptises, elle est deliee de toute culpabilite ; elle demeure
en vue de la lutte mais, s' ils meurent avant la lutte, elle
ne les poursuit d' aucune condamnation; en revanche,
les tout-petits qui ne sont pas baptises, elle les retient
comme coupables et, meme s'ils meurent en bas age,
elle les entraine vers la condamnation, en tant que fils
de la colere 19.
Quant a ceux qui ont ete baptises a I' age adulte, ayant
deja I 'usage de la raison, chaque fois que leur esprit a cede
a cette meme concupiscence pour pecher, c' est Ie fait de
leur volonte pro pre ; apres que tous leurs peches ont ete
effaces, apres qu'ils ont ete delies aussi de la culpabilite
qui les tenait originellement enchaines, la concupiscence
toutefois perdure en eux pour la lutte, sans faire aucun
mal pourtant s'ils ne lui cedent pas pour commettre des
actes illicites, et ce jusqu ' a ce que la mort soit absorbee
dans la victoire 20 et que, la paix etant acquise, il n'y
ait plus rien a vaincre. Ceux au contraire qui lui cedent
pour commettre des actes illicites, la concupiscence les
retient comme coupables et, a moins qu'ils ne cherchent
dans la medecine de la penitence et dans les reuvres de
misericorde a etre gueris par I' entremise du pretre celeste
233
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
interpellantem sanentur, ad secundam mortem damna-
tionemque perducit.
Propter hoc et Dominus orare nos docens inter cetera
monuit ut dicamus: Dimitte nobis debita nostra sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris. Ne nos inferas in
temptationem sed Libera nos a malo. Manet enim malum
in carne nostra non natura, in qua diuinitus creatus est
homo, sed uitio quo uoluntate prolapsus est ubi amissis
uiribus non ea qua uulneratus est uoluntatis facilitate
sanatur. De hoc malo dicit Apostolus: Scio quia non
habitat in carne mea bonum. Cui malo nos non oboe-
dire praecepit cum dicit: Non ergo regnet peccatum in
uestro mortali corpore ad oboediendum desideriis eius.
Si ergo his desideriis concupiscentiae carnis inlicita
uoluntatis inclinatione consensimus, ad hoc sanandum
dicimus : Dimitte nobis debita nostra, adhibentes
remedium ex opere misericordiae in eo quod addimus:
Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Vt autem
non ei consentiamus, deprecamur adiutorium dicentes:
Et ne nos inferas in temptationem uel, sicut nonnulli
codices habent: Ne nos inducas in temptationem - non
quod ipse Deus tali temptatione aliquem temptet, nam
Deus intemptator malorum est, ipse autem neminem
temptat - sed ut, si forte [75] temptari coeperimus a
21. Cf. Rom. 8,34; Hebr. 7, 25.
22. Cf. Apoc. 2, 11.
23. Matth. 6, 12-13.
24. Voir De musica VI, 5, 14, ouvrage compose en 389.
25. Rom. 7, 18.
26. Rom. 6, 12. Manifestement, pour Augustin, Paul decrit ici les
baptises qui prennent douloureusement conscience de ce qui, en eux,
resiste a la grace du sacrement, Ie peche en quelque sorte mis en scene
en Rom. 6, 12 etant, plus qu 'une faute isolee, une puissance malefique
qui habite ce qui, de I' etre humain, demeure fragile (la «chair»).
Cette puissance est comme Personnifiee a quatre reprises par Paul: en
Rom. 5, 12a (Le peche est entre dans Ie monde), Rom. 6, 12 (Qu'U ne
regne plus), Rom. 6, 14a (alors Peche ne sera plus un seigneur; dans
les manuscrits, QfIDQ'tLa est sans article) et Rom. 7, 7-20 (7, 11: Le
peche saisit l'occasion et, utUisant Ie precepte, me seduisit et par son
234
LIVRE II
qui intercede pour nous 2I , elle les conduit a la seconde
mort 22 et a la condamnation.
C' est pour cela encore que Ie Seigneur, nous enseignant
a prier, nous a, entre autres, appris a dire: Remets-nous
nos dettes comme nous aussi nous remettons a nos
debiteurs. Et ne nous porte pas a la tentation, mais
delivre-nous du maP3. Car si Ie mal demeure dans notre
chair, ce n' est pas en raison de la nature dans laquelle
I 'homme a ete cree par Dieu, c' est en raison du vice ou il
est tombe par sa volonte lorsque, ayant perdu ses forces,
il ne peut guerir au moyen de cette volonte par laquelle
il a ete blesse 24 . De ce mal, I' Aotre dit: Je sais que le
bien n'habite pas dans ma chair 5. Et a ce mal, il nous a
ordonne en ces tennes de ne pas obeir: Ainsi done, que
le peche ne regne point dans votre corps mortel pour
vous faire obeir a ses desirs 26 . Si donc nous avons cede
aces desirs de concupiscence de la chair par un penchant
illicite de notre volonte, nous disons pour en guerir:
Remets-nous nos dettes 27 et recourons au remede tire de
l'reuvre de misericorde en ce que nous ajoutons: Comme
nous aussi nous remettons a nos debiteurs 28 . Mais, afin
de ne pas ceder au mal, nous implorons ainsi son aide:
Et ne nous porte pas a la tentation 29 ou, selon certains
manuscrits: Ne nous induis pas en tentation - non que
Dieu tente qui que ce soit par une telle tentation car
Dieu est tout sauf le tentateur du mal, et lui-meme ne
tente personne 30 -, mais nous l'implorons pour que, si
d'aventure nous commenons d'etre tentes par notre
moyen me tua). Sur cette personnification, voir C. PERROT, L'Epftre
aux Romains..., p. 35,36 et 39.
27. Matth. 6, 12a.
28. Matth. 6, 12b.
29. Matth. 6, 13a.
30. lac. 1, 13. Sur cette double traduction latine et sur Ie soin
pris par Augustin a en ecarter une interpretation attribuant aDieu
l'initiative de tenter l'homme, voir la NC 50: «Ne nos inducas I ne
nos inferas in temptationem; la mise en garde patristique contre une
interpretation non chretienne du texte latin».
235
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
concupiscentia nostra, adiutorio eius non deseramur ut
in eo possimus uincere, ne abstrahamur inlecti, deinde
addimus quod perficietur in fine, cum absorbebitur
mortale a uita: Sed Libera nos a malo. Tunc enim nulla
erit talis concupiscentia cum qua certare et cui non
consentire iubeamur.
Sic ergo totum hoc in ttibus beneficiis positum
breuiter peti potest: «Ignosce nobis ea in quibus sumus
abstracti a concupiscentia, adiuua ne abstrahamur a
concupiscentia, aufer a nobis concupiscentiam. »
V, 5. Ad peccandum namque non adiuuamur a Deo ;
iusta autem agere uel iustitiae praeceptum omni ex
parte implere non possumus nisi adiuuemur a Deo.
Sicut enim corporis oculus non adiuuatur a luce ut ab
eadem luce clausus auersusue discedat, ut autem uideat
adiuuatur ab ea neque hoc omnino, nisi ilia adiuuerit,
potest, ita Deus, qui lux est hominis interioris, adiuuat
nostrae mentis obtutum ut non secundum nostram,
sed secundum eius iustitiam boni aliquid operemur. Si
autem ab illo auertimur, nostrum est et tunc secundum
carnem sapimus, tunc concupiscentiae carnis ad inlicita
consentimus. Conuersos ergo Deus adiuuat, auersos
deserit. Sed etiam ut conuertamur ipse adiuuat, quod
certe oculis corporis lux ista non praestat.
Cum ergo nobis iubet dicens: Conuertimini ad me,
et conuertar ad uos nosque illi dicimus: Conuerte nos,
31. lac. 1, 14.
32. Cf. II Cor. 5, 4. Ce «retour» des deux versets I Cor. 15, 54
(plus haut) e II Cor. 5, 4, cites deja au debut du livre I, est associe a
des versets qui decrivent la condition actuelle du chretien. Augustin
exprime a present la « tension» eprouvee par les baptises adultes : dans
la foi ils avouent ce qui entrave encore leur marche ; dans I' esperance
ils attendent leur liberation totale et definitive.
33. Matth. 6, 13b.
34. Cf. Matth. 6, 12-13, a savoir les trois demieres supplications du
«Notre Pere ». La concupiscentia apparait comme 1 'inclinaison au maJ
sous toutes ses formes.
236
LIVRE II
concupiscence 3I , nous ne soyons pas prives de son aide;
nous I' implorons pour que nous puissions vaincre en lui
sans nous laisser seduire et detoumer. Puis nous ajou-
tons ce qui sera pleinement realise a la fin des temps,
quand ce qui est mortel sera absorbe par la vie 32 : Mais
delivre-nous du map3. Alors, en effet, il n'y aura plus
nulle concupiscence que nous ayons ordre de combattre
avec defense de lui ceder.
Voila pourquoi tout cela peut etre resume dans cette
triple demande de bienfaits: «Pardonne-nous ce en quoi
nous nous sommes laisses entrainer par la concupiscence,
aide-nous an' etre pas entraines &ar la concupiscence,
eloigne de nous la concupiscence 4.»
V, 5. Car, pour commettre des peches, nous ne sommes
pas aides par Dieu ; mais a I' inverse, faire ce qui est juste
et satisfaire en tous points au precepte de justice, voila
ce dont nous sommes incapables si nous ne sommes pas
aides par Dieu. En effet, I' reil du corps n' est pas aide par
la lumiere pour peu qu' en se fennant ou en se detour-
nant il s'ecarte de cette meme lumiere; et neanmoins
il a besoin de son aide pour voir, il en est totalement
incapable si elle ne I' y aide pas. De meme Dieu, qui est
la lumiere de I 'homme interieur, aide Ie regard de notre
intelligence pour que nous fassions du bien non selon
notre justice mais selon la sienne; mais si nous nous
detoumons de lui, cela est notre fait: alors nous sentons
selon la chair 35 , alors nous cedons a la concupiscence
de la chair pour commettre des actes illicites. Dieu aide
donc qui se toume vers lui, et abandonne qui se detoume
de lui. Mais c' est encore lui qui nous aide a nous toumer
vers lui, ce que la lumiere naturelle ne fait certes pas
pour les yeux du corps.
Lors donc qu'il nous ordonne: Tournez-vous vers moi,
et je me tournerai vers vous 36 et que nous lui disons:
35. Cf. Rom. 8, 5.
36. Zacharias 1,3; Malachias 3, 7.
237
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Deus sanitatum a nostrarum et: Deus uirtutum, conuerte
nos, quid aliud dicimus quam: «Da quod iubes» ? Cum
iubet dicendo: Intellegite ergo, qui insipientes estis in
populo nosque illi dicimus : Da mihi intellectum ut dis-
cam mandata tua, quid aliud dicimus quam: «Da quod
iubes» ? Cum iubet dicendo [76] : Post concupiscentias
tuas non eas nosque dicimus: Scimus quoniam nemo
esse potest continens nisi Deus det, quid aliud dicimus
quam: «Da quod iubes» ? Cum iubet dicendo: F acite
iustitiam itemque dicit: Beati qui esuriunt et sitiunt ius-
titiam quoniam ipsi saturabuntur, a quo debemus petere
cibum potumque iustitiae nisi ab illo qui esurientibus
eam et sitientibus promittit eius saturitatem?
6. Repellamus itaque ab auribus et mentibus nosttis
eos qui dicunt accepto semelliberae uoluntatis arbittio
nec orare nos debere ut Deus nos adiuuet ne peccemus.
Talibus enim tenebris nec pharisaeus ille caecabatur
qui, quamuis in hoc erraret quod sibi addendum ad ius-
titiam nihil putabat seque arbitrabatur eius plenitudine
saturatum, Deo tamen gratias agebat quod non esset
sicut ceteri homines, iniusti, raptores, adulteri, sicut
ille publicanus, quod bis in sabbato ieiunaret, quod
omnium quae possidebat decimas daret. Nihil sibi addi
a. Le CSEL pretere reprendre a une serle d' anciens manuscrlts la
leon sanitatium.
37. Ps. 84,5.
38. Ps. 79, 8.
39. Confessions X, 29, 40 (deux fois); X, 31, 45; X, 37, 60. Sur
cette citation insistante (par trois fois), voir la NC 51: «Da quod
iubes; motifs et suites de cette auto-citation ».
40. Ps. 93, 8.
41. Ps. 118, 73.
42. Eccli. 18, 30.
43. Cf. Sap. 8, 21.
44. Is. 56, 1.
45. Ps. 118, 12.
238
LIVRE II
Tourne-nous vers toi, Dieu de nos guerisons 37 et: Dieu
des vertus, tourne-nous vers toi 38 , faisons-nous autre
chose que de dire: «Donne ce que to ordonnes 39 »?
Lorsqu'il ordonne: Soyez done intelligents, insenses
que vous etes dans le peuple 40 et que nous lui disons:
Donne-moi l'intelligence afin que j'apprenne tes
ordres4 I , faisons-nous autre chose que de dire: «Donne
ce que to ordonnes»? Lorsqu' il ordonne: Ne suis pas
tes desirs concupiscents4 2 et que nous disons: «Nous
savons que personne ne peut etre temperant a moins que
Dieu ne Ie lui donne 43 », faisons-nous autre chose que de
dire: «Donne ce que to ordonnes » ? Lorsqu' il ordonne :
Pratiquez la justice44 et que nous disons: Enseigne-moi
les voies de ta justice 45 , faisons-nous autre chose que de
dire: «Donne ce que tu ordonnes» ? De meme lorsqu' il
dit: Heureux ceux qui ont faim et soif de justice car Us
seront rassasies4 6 , a qui devons-nous demander cette
nourriture et ce breuvage de justice, sinon a celui qui en
promet la satiete a ceux qui ont faim et so if de justice?
6. Repoussons donc loin de nos oreilles et de nos
esprits ceux qui disent que, du moment que nous avons
une fois reu Ie pouvoir d' exercer notre libre volonte,
nous n'avons pas a prier pour que Dieu nous aide a ne
pas pecher4 7 . Le pharisien lui-meme 48 n'etait pas aveu-
gle par d' aussi epaisses tenebres: bien qu' il se trompat
en ce qu' il estimait n' avoir besoin d' aucun surcroit de
justice et s' en croyait pleinement rassasie, cependant il
rendait graces a Dieu de ce qu' il n' etait pas comme les
autres hommes, injustes, voleurs, adulteres, ni comme ce
publicain, de ce qu' il jeOnait deux fois dans la semaine et
qu'il donnait la dime de tout ce qu'il possedait. Des lors
46. Matth. 5,6.
47. These (20), variante de (18), signalee un Peu plus haut (II, 2,
2). On n'en trouve pas trace dans Ie Liber defide. Peut-etre lue dans Ie
libellus, en tout cas entendue puis rapportee par Marcellinus.
48. Cf. Luc. 18, 10-14.
239
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ad iustitiam iam petebat, sed tamen ex his quae habebat
gratias Deo agendo ab illo se accepisse omnia fatebatur.
Et tamen inprobatus est et quia ueluti saturatus nihil de
alimentis iustitiae iam rogabat accipere et quod eam
publicano esurienti ac sitienti se uelut insultans prae-
ferre gestiebat.
Quid ergo illis fiet qui, etsi fateantur se non habere
uel non plenam habere iustitiam, tamen a se ipsis haben-
dam, non a suo creatore ubi horreum eius et fons est
deprecandam esse praesumunt? Nec ideo tamen solis
de hac re uotis agendum est [77] ut non subinferatur
ad bene uiuendum etiam nostrae efficacia uoluntatis.
Adiutor enim noster Deus dicitur nec adiuuari potest
nisi qui aliquid etiam sponte conatur, quia non sicut in
lapidibus insensatis aut sicut in eis in quorum natura
rationem uoluntatemque non condidit salutem nostram
Deus operatur in nobis.
Cur autem ilium adiuuet, ilIum non adiuuet, illum
tantum, ilIum autem tantum, istum illo, ilium isto modo,
penes ipsum est et aequitatis tam secretae ratio et excel-
lentia potestatis.
VI, 7. Nam qui dicunt esse posse in hac uita hominem
sine peccato, non est eis continuo incauta temeritate
obsistendum. Si enim esse posse negauerimus, et
49. Aveu (21) des objecteurs eux-memes, sans doute entendu par
Marcellinus, voire lu par Augustin.
50. Cf. Ps. 61,9.
51. «Dieu ne nous traite pas comme les pierres insensibles.»
On trouve une image similaire pour dire la me me chose (Dieu veut
1 'homme responsable devant Lui) chez JEAN CHRYSOSTOME: «Le
Christ (...) veut aussi nous apprendre que les ApOtres etaient des
hommes comme nous et que ce n'est pas toujours la grace qui fait tout,
sinon on les aurait pris tout simplement pour des morceaux de bois»
(Vingtieme homelie sur les Actes des Apotres). Voir la NC 57: «Vive
conscience d' Augustin de devoir tenir ensemble necessite de la grace
et realite de la responsabilite humaine». La meme conviction revient
plus loin (II, 18, 28).
52. Tel est, en resume, la these (22) a laquelle Augustin consacre ce
livre II de sa reponse a Marcellinus. Car ce demier avait dQ entendre
240
LIVRE II
il ne demandait pour lui-meme nul surcroit de justice;
et cependant, en rend ant graces a Dieu de ce qu' il avait,
il reconnaissait qu' il avait tout reu de lui. Pourtant, il
fut blame, a la fois parce que, se croyant rassasie, il ne
demandait plus a recevoir nulle nourriture de justice
et parce que, insultant en quelque sorte Ie publicain, il
triomphait de se croire superieur a lui qui avait faim et
soif de justice.
Qu'adviendra-t-il donc de ceux qui, tout en recon-
naissant qu' ils n' ont pas la justice ou qu' ils ne I' ont pas
pleinement4 9 , croient pourtant dans leur presomption
devoir l'acquerir par eux-memes au lieu de la deman-
der a leur Createur qui en est Ie grenier et la source?
Neanmoins il ne s' agit pas non plus de s' en tenir aces
seules prieres pour I' obtention de la justice sans que soit
mise a contribution, pour une vie droite, l'activite de
notre volonte. Car Dieu est appele notre secours 50 , mais
seul peut etre secoufl1: celui qui fait aussi quelque effort
de son cote. Dieu en effet ne nous traite pas comme les
pierres insensibles ou comme les etres dans la nature
desquels il n' a pas inclus la raison et la volonte, lors-
qu'il opere en nous notre salut 5I .
Mais pourquoi aider l'un et non I' autre, pourquoi
l'un tellement et l'autre si peu, pourquoi un mechant de
belle faon et un bon de pietre faon ? En lui resident la
raison d'une aussi secrete equite et l'excellence de sa
pUIssance.
1. La question comporte quatre sous-questions.
Reponse a la premiere sous-question: un humain
sans Ie moindre poche pourrait-il exister? - Oui.
VI, 7. De fait, il ne faut pas s'opposer d'emblee avec
une imprudente temerite a ceux qui disent qu' il peut
exister un homme sans peche en cette vie 52 . En effet, si
l'affirmation et Augustin a pu la lire dans Ie libellus breuissimus,
Caelestius I' ayant soutenue et ayant refuse de la retracter. RUFIN, dans
Ie Liber de fide, est plus precis, et soutient (cf. n° 39) par les contre-
exemples d' Abel, Henoch, Elie et Noe que Ie peche d' Adam et Eve n'a
pu faire des criminels de leur descendance tout entiere. Voir la NC 40.
241
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
hominis libero arbittio qui hoc uolendo appetit et Dei
uirtuti uel misericordiae qui hoc adiuuendo efficit
derogabimus.
Sed alia quaestio est utrum esse possit, alia utrum sit,
alia, si non est cum possit esse, cur non sit; alia utrum
qui omnino numquam ullum peccatum habuerit non
solum quisquam sit, uerum etiam potuerit b aliquando
esse uel possit.
In hac quadripertita propositione quaestionum si a
me quaeratur utrum homo sine peccato possit esse in
hac uita, confitebor posse per Dei gratiam et liberum
eius arbittium, ipsum quoque liberum arbittium ad Dei
gratiam, hoc est ad Dei dona, pertinere non ambigens,
nec tantum ut sit, uerum etiam ut bonum sit, id est ad
facienda mandata Domini conuertatur atque ita Dei gra-
tia non solum ostendat quid faciendum sit, sed adiuuet
etiam ut possit fieri quod ostenderit.
Quid enim habemus quod non accepimus? Vnde et
Hieremias dicit: Scio, Domine, quia non est in homine
uia eius nee uiri est ut ambulet et [78] dirigat gressus
suos.
Hinc et in Psalmis cum quidam dixisset Deo: Tu
praecepisti mandata tua custodiri nimis, continuo
non de se praesumpsit, sed optauit ut faceret: Vtinam,
inquit, dirigantur uiae meae ad custodiendas iustifica-
tiones tuas! Tunc non confundar dum inspicio in omnia
b. On a reteau la leon potuerit, syntaxiquement plus comprehen-
sible que poterit et qui s'impose d'autant plus que l'on retrouve plus
loin (II, 20, 34) une formulation presque identique de cette quatrieme
question avec, cette fois, un potuerit c1airement etabli, sans qu'il soit
fait mention d' aucune autre lon: «Quartum iam illud restat quo
explicato, quantum adiuuat Dominus, sermo quoque iste tam prolixus
tandem terminum sumat, utrum qui omnino numquam ullum Peccatum
habuerit habiturusque sit, non solum quisquam natorum hominum sit,
uerum etiam potuerit aliquando esse uel possit. »
242
LIVRE II
nous nions cette possibilite, nous derogerons et au libre
arbitre de l'homme qui aspire a cela par sa volonte et a
la puissance et misericorde de Dieu qui realise cela par
son aide.
Mais il y a lieu de distinguer plusieurs questions et de
se demander d' abord si un tel homme peut exister, puis
s'il existe, puis, au cas ou un tel homme n' existe pas
alors qu ' il pourrait exister, pourquoi il n' existe pas, enfin
si un homme exempt de tout peche non seulement existe,
mais meme a pu ou pourra exister un jour.
Selon cette quadruple presentation des questions, sup-
posons qu' on me demande s' il peut exister un homme
sans peche en cette vie, je reconnaitrai qe c' est possible
avec la grace de Dieu et Ie libre arbitre de I 'homme, tout
en sachant que Ie libre arbitre lui-meme releve aussi de la
grace de Dieu, a savoir des dons de Dieu, non seulement
pour etre, mais encore pour etre bon, c' est -a-dire pour
se toumer vers l'accomplissement des commandements
du Seigneur, si bien que la grace de Dieu non seulement
nous montre ce qu'il faut faire, mais encore nous aide
pour que nous puissions faire ce qu' elle nous a montre.
Qu' avons-nous en effet, que nous n' ayons reu53?
C'est pourquoi Jeremie dit: Je sais, Seigneur, que la voie
de l' homme n' est pas en lui, et qu ' il n' apartient pas a
l'homme de marcher et de diriger ses pas 4.
De la aussi ce qu' on trouve dans les Psaumes ; alors que
quelqu'un venait de dire aDieu: Toi, tu as or donne que
tes commandements soient observes tres exactement 55 ,
immediatement, sans presumer de lui-meme, il demanda
de pouvoir les accomplir: Puissent mes voies, dit-il, se
diriger vers l' observance de tes preceptes de justice!
Alors je ne serai pas confondu tant que mes yeux seront
53. Cf. I Cor. 4, 7.
54. Hier. 10, 23.
55.Ps.118,4.
243
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
mandata tua. Quis autem optat quod in potestate sic
habet ut ad faciendum nullo indigeat adiumento? A quo
autem id optet quia non a fortuna uel a fato uel a quolibet
alio praeter Deum, in consequentibus satis ostendens:
itinera, inquit, mea dirige secundum uerbum tuum et ne
dominetur mihi omnis iniquitas? Ab huius execrandae
dominae seruitute liberantur quibus Dominus Iesus eum
recipientibus dedit potestatem filios Dei fieri. Ab ista
horrenda dominatione liberandi fuerant quibus dicit:
Si uos Filius liberauit, tunc uere liberi eritis. His atque
huiusmodi aliis innumerabilibus testimoniis dubitare
non possum nec Deum aliquid inpossibile homini prae-
cepisse nec Deo ad opitulandum et adiuuandum quo fiat
quod iubet inpossibile aliquid esse. Ac per hoc potest
homo, si uelit, esse sine peccato adiutus a Deo.
VII, 8. Si autem, quod secundo loco posueram, quae-
ratur utrum sit, esse non credo.
Magis enim Scripturae credo dicenti: Ne intres in
iudicium cum seruo tuo, quoniam non iustijicabitur in
conspectu tuo omnis uiuens. Et ideo misericordia Dei
opus est, quae superexultat iudicio, quae illi non erit qui
non lacit misericordiam. Et quod propheta cum diceret:
Dixi: pronun[79]tiabo aduersus me delictum meum
Domino, et tu dimisisti impietatem cordis mei, continuo
subiunxit: Pro hac orabit ad te omnis sanctus in tempore
oportuno, non ergo omnis peccator sed omnis sanctus;
uox enim sanctorum est: Si dixerimus quia peccatum
non habemus, nos ipsos decipimus et ueritas in nobis
non est.
56. Ps. 118,5-6.
57. Ps. 118, 13.
58. Cf. loh. 1, 12.
59. loh. 8, 36.
60. Ps. 142, 2.
61. Cf. lac. 2, 13.
62. Ps. 31, 5-6.
63. Ps. 31,6.
64.lloh.l,8.
244
LIVRE II
fixes sur tous tes commandements 56 . Or qui demande ce
qu'il a en son pouvoir en sorte qu' il n' a besoin d' aucune
aide pour Ie faire? Et a qui Ie demanderait-il, car cette
priere ne s' adresse ni a la fortune, ni au destin, ni a quel-
que autre que Dieu? II Ie montre suffisamment dans la
suite de ses propos: Dirige mes chemins selon ta parole,
et ne laisse aucune iniquite me dominer5 7 . Or ils sont
liberes de I' esclavage de cette execrable dominatrlce, les
hommes qui accueillent Ie Seigneur Jesus et ont ainsi
reu de lui Ie pouvoir de devenir fils de Dieu 58 . Et ils
devaient etre liberes de cette effroyable domination,
eux auxquels Jesus dit: Si le Fils vous libere, alors vous
serez vraiment libres 59 . Fort de ces temoignages et d' in-
nombrables autres de ce genre, je puis affiriner, sans Ie
moindre doute, que Dieu n' a rien prescrit d' impossible
a I 'homme et que rien n' est impossible a Dieu pour
nous secourir et nous aider en sorte qu' advienne ce qu' il
ordonne. Et de ce fait, I 'homme peut, s' il Ie veut, etre
sans peche, avec I' aide de Dieu.
2. Reponse it la deuxieme sous-question: existe-t-il
un humain qui ne peche pas? - Non.
VII, 8. Quant a la question que j' avais placee en
deuxieme position: supposons que I' on me demande s' il
existe un homme sans peche, je crois que non. ,
En effet, je crois plutot les paroles de I , Ecriture :
N'entre pas en jugement avec ton serviteur, car aucun
vivant ne sera trouve juste a tes yeuxflJ. Et c ' est pourquoi
la misericorde de Dieu est necessaire, elle qui sur passe
Ie jugement ,. mais elle ne sera point pour celui qui ne fait
point misericorde 6I . Et, puisque Ie prophete a declare:
J'ai dit: contre moi-meme je confesserai ma faute au
Seigneur, et toi, tu remets l' impiete de mon cceur6 2 , puis
ajoute aussitot: En raison de cette impiete, tout homme
saint te priera au temps opportun 63 , il ne s' agit donc pas
de tout homme pecheur, mais bien de tout homme saint;
car telle est la parole des saints: Si nous disons que nous
n ' avons point de peche, nous nous abusons nous-memes
et la verite n ' est point en nous 64 .
245
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Vnde in eiusdem apostoli Apocalypsi ilia centum
quadraginta et quattuor milia sanctorum qui etiam cum
mulieribus se non coinquinauerunt - uirgines enim
pennanserunt - et non est inuentum in ore eorum men-
dacium quia inreprehensibiles sunt, profecto ideo sunt
inreprehensibiles quia se ipsos ueraciter reprehenderunt ;
et ideo non est inuentum in ore eorum mendacium quia,
si dicerent se peccatum non habere, se ipsos deciperent
et ueritas in eis non esset et utique mendacium esset
ubi ueritas non esset quoniam iustus, cum in sennonis
exordio accusator sui est, non utique mentitur.
9. Ac per hoc quod scriptum est: Qui natus est ex Deo
non peccat et non potest peccare, quia semen eius in
ipso manet et si quid aliud eo modo dictum est, multum
falluntur minus considerando scripturas.
Non enim aduertunt eo quosque fieri filios Dei quo
incipiunt in nouitate Spiritus et renouari in interiore
homine secundum imaginem eius qui creauit eos. Non
enim ex qua hora quisque baptizatur omnis uetus infir-
mitas eius absumitur, sed renouatio incipit a remissione
omnium peccatorum et [80] in quantum quisque spirita-
lia sapit qui iam sapit. Cetera uero in spe facta sunt donec
65. Cf. Apoc. 14,4-5.
66. Cf. I loh. 1, 8.
67. Cf. Prou. 18, 17.
68. Iloh. 3, 9.
69. A. un verset unique Augustin va opposer comme un panorama.
Voir la NC 14: «Les regles d'interpretation de I'Ecriture rapPelees
dans Ie De peccatorum meritis et remissione». II est donc informe
- par Marcellinus? - que des chretiens pretendent s' appuyer sur
Iloh. 3, 9 pour soutenir (23) que Ie bapteme rend indemne de tout
peche. Le Liber de fide ne cite pas Iloh. 3, 9. Peut-etre Caelestius
l'avait-il fait dans Ie libellus ou Ie liber.
70. Cf. Rom. 7, 6 ; Rom. 8, 14.
71. Cf. II Cor. 4, 16b.
72. Cf. Col. 3, 10; Eph. 4, 24.
246
LIVRE II
D' ou, dans I' Apocalypse du meme apotre, les cent
quarante-quatre mille hommes saints, qui ne se sont pas
meme souilles avec des femmes car ils sont demeures
vierges, et il ne s' est point trouve de mensonge dans
leur bouche car ils sont irreprochables 65 ; or s' ils sont
irreprochables, c' est assurement parce qu' ils se sont fait
des reproches a eux-memes confonnement a la verite;
et s'il ne s'est point trouve de mensonge dans leur bou-
che, c' est parce que, s' ils disaient qu' ils n' ont point de
peche, ils s'abuseraient eux-memes et la verite ne serait
point en eux 66 , et il y aurait certes mensonge la ou la
verite ne serait point car Ie juste, lorsqu' il commence
par s'accuser lui-meme, n'est certes pas menteur6 7 .
9. Et quant a la parole de I , Ecriture : Celui qui est
ne de Dieu ne peche pas et ne peut pas pecher, car la
semence de Dieu demeure en lui 68 ou quelque autre
propos de ce genre qui s'y trouverait, ils se trompent
grandement en scrutant insuffisamment les Ecritures 69 .
En effet, ils ne pretent pas attention au fait que tous
deviennent fils de Dieu des lors qu'ils commencent a
etre dans la nouveaute de l' Esprit 70 et a etre renou-
veles dans l'homme interieur 7I selon l'image de celui
qui les a crees 72. Effectivement, pour chacun ce n' est
pas a l'heure du bapteme que diarait toute sa vieille
infirmite 73 ; mais la renovation 7 commence avec Ie
pardon de tous ses peches et dans la mesure oil cha-
que homme deja capable de discemement disceme les
choses spirituelles 75 ; tout Ie reste n' est qu' en esperance,
73. Cf. Eph. 4, 22.
74. Cf. Eph. 4, 23. Ici, par attraction du theme, egalement pauli-
nien, du «vieil homme» et de «I 'homme nouveau», theme que parait
lui avoir inspire Ie «renouvellement de jour en jour» de II Cor. 4, 16b,
Augustin laisse dans I' ombre I' opposition de Rom. 7, 6 entre «nou-
veaute de l'Esprit» et «vetuste de la lettre» qu'amenait la citation du
verset.
75. Cf. Rom. 8, 5.
247
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
etiam in re fiant usque ad ipsius corporis renouationem
in meliorem statum inmortalitatis et incorruptionis qua
induemur in resurrectione mortuorum.
Nam et ipsam Dominus «regenerationem» uocat,
non utique talem qualis fit per baptismum sed in qua
etiam corpore perficietur quod nunc Spiritu incoatur: In
regeneratione, inquit, cum sederit filius hominis in sede
maiestatis suae, sedebitis et uos super duodecim sedes
iudicantes duodecim tribus Israhel.
Nam in baptismo quamuis tota et plena fiat remissio
peccatorum, tamen, si continuo tota et plena etiam homi-
nis in aetemam nouitatem mutatio fieret - non dico et in
corpore, quod certe manifestum est adhuc in ueterem
corruptionem atque in mortem tendere in fine postea
renouandum quando uere tota nouitas erit, sed excepto
corpore si in ipso animo qui est homo interior perfecta
in baptismo nouitas fieret - non diceret Apostolus: Etsi
exterior homo noster corrumpitur, sed interior renoua-
tur de die in diem.
Profecto enim qui de die in diem adhuc renouatur,
nondum totus est renouatus ; et in quantum nondum est
renouatus, in tantum adhuc in uetustate est. Proinde ex
hoc quod adhuc in uetustate sunt, quamuis iam baptizati,
ex hoc etiam adhuc sunt filii saeculi ; et hoc autem quod
in nouitate sunt, hoc est ex plena et perfecta remissione
peccatorum et quantumcumque illud est quod spiritaliter
sapiunt eique congruos mores agunt, filii Dei sunt.
Intrinsecus enim exuimus ueterem hominem [81] et
induimus nouum quoniam ibi deponimus mendacium et
76. Cf. I Cor. 15, 53. Noter Ie balancement in spe... in re..., qui
revient plus loin en II, 8, 10; II, 10, 12 et II, 16, 24.
77. Matth. 19,28.
78. II Cor. 4, 16b.
79. Cf. Eph. 4, 22.
80. Cf. Luc. 20,34.
81. Cf. Rom. 8, 5 + cf. Eph. 4, 23 + cf. Eph. 4, 1.22.24-35.
82. Cf. Luc. 20, 36.
83. Cf. Eph. 4, 22-25.
248
LIVRE II
en attendant d' advenir aussi en realite jusqu' a ce que Ie
corps lui-meme soit renouvele en cet etat meilleur d'im-
mortalite et d' incorruptibilite dont nous serons revetus a
la resurrection des morts 76.
Car Ie Seigneur appelle aussi ce demier etat une
regeneration, non certes comme celIe qui advient par Ie
bapteme, mais une regeneration dans laquelle se realisera
aussi dans Ie corps ce qui est des a present commence
en Esprit: Au jour de la regeneration, dit-il, lorsque le
fils de l' homme siegera sur le trone de sa majeste, vous
aussi, vous siegerez sur douze trones, jugeant les douze
tribus d']srae(l7.
En effet, dans Ie bapteme Ie pardon des, peches a beau
etre plenier et entier, neanmoins la transformation de
l'homme vers un etat nouveau pour l'etemite n'est pas
pour autant d ' emblee pleine et entiere. Je ne parle pas ici
du corps, lequel laisse bien voir qu' il tend encore vers
I' ancienne corruption et la mort pour etre renouvele plus
tard, a la fin des temps, quand la nouveaute sera vrai-
ment la tout entiere; mais, sans parler du corps, si dans
I' ame meme qui est I 'homme interieur la nouveaute etait
parfaite dans Ie bapteme, I' Apotre ne dirait pas: Mime
si, en nous, l'homme exterieur se co rromft, l'homme
interieur, lui, se renouvelle de jour en jour 7 .
Assurement en effet, celui qui se renouvelle encore
de jour en jour, n' est pas encore entierement renouvele ;
et dans la mesure ou il n' est pas encore renouvele, il est
encore dans la vetuste. Par suite, du fait que les hommes
sont encore dans la. vetuste 79 , meme deja baptises, ils
sont encore aussi de ce fait fils du monde 8o ; mais, du
fait qu' ils sont dans la nouveaute (laquelle est consecu-
tive au pardon plenier et parfait des peches) et dans la
me sure ou c'est la ce qu'ils discement selon I'Esprit 8I ,
menant une vie confonne ace discemement, ils sontfils
de Dieu 82 .
C' est interieurement, en effet, que nous depouillons
Ie vieil homme et revetons Ie nouveau; car alors nous
quittons Ie mensonge, nous disons la verite 83 et faisons
249
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
loquimur ueritatem, et cetera quibus Apostolus explicat
quid sit exui ueterem hominem et indui nouo qui secun-
dum Deum creatus est in iustitia et sanctitate ueritatis.
Et hoc ut faciant iam baptizatos fidelesque adhortatur;
quod adhuc monendi non essent si hoc in baptismo iam
perfecte factum esset. Et tamen factum est sicut et salui
facti sumus ; saluos enim nos fecit per lauacrum regene-
rationis. Sed alio loco dicit quemadmodum hoc factum
sit: Non solum, inquit, sed etiam nos ipsi primitias
habentes Spiritus et ipsi in nobismet ipsis ingemescimus
adoptionem expectantes, redemptionem corporis nostri.
Spe enim salui facti sumus,. spes autem quae uidetur
non est spes,. quod enim uidet quis, quid et sperat?
Si autem quod non uidemus speramus, per patientiam
expectamus.
VOl, 10. Adoptio ergo plena filiorum in redemptione
fiet etiam corporis nostri. Primitias itaque Spiritus
nunc habemus, unde iam filii Dei re ipsa facti sumus;
in ceteris uero spe sicut salui, sicut innouati ita et filii
Dei, re autem ipsa quia nondum salui, ideo nondum
plene innouati, nondum etiam filii Dei, sed filii saeculi.
84. Voir l'ensemble de la section d' Eph. 4, 26 - 6, 20.
85. Cf. Eph. 4, 24.
86. Eph. 4, 24.
87. Tit. 3, 5.
88. Rom. 8, 23-25. Ainsi a un premier tableau de la condition des
baptises (les commencements de «renovation» reelle [in re] de l'etre
interieur selon I 'Esprit) a succede celui du «reste» de la filiation divine
qui, lui, est porte en esperance (in spe) par les baptises (la «renova-
tion» du corps par son passage, au Demier Jour, a l'immortalite et a
l'incorruption). La combinaison de Rom., II Cor. et Eph. presente ici
une intelligence avisee des images pauliniennes de «homme interieurl
homme exterieur» et «vieil homme/homme nouveau». Sur la Percep-
tion, par Augustin, de ce que recouvre la creatio evoquee par Rom. 8,
23 par rapport a nos ipsi, a savoir les baptises, voir M. ALFECHE,
«Groaning Creation in the Theology of Augustine », Augustiniana, 34,
1984, p. 5-52; M. T. CLARK, «St Augustine and Cosmic Redemption»,
Theological Studies, 19, 1958, p. 133-164; H.-I. MARROU etA.-M. LA
BONNARDIERE, «Le dog me de la resurrection des corps et la theologie
250
LIVRE II
tout ce que I' Apotre enumere 84 pour expliquer en quoi
consiste Ie fait de depouiller le vieil homme et revetir
le nouveau 85 , qui a ete cree selon Dieu dans la justice
et la saintete de la verite6. Et il exhorte a se conduire
de la sorte ceux qui sont deja des baptises et des fide-
les; or cet avertissement n' aurait plus lieu d' etre si la
transfonnation avait ete deja parfaitement realisee dans
Ie bapteme. Et pourtant, elle s' est realisee, de meme que
nous avons ete sauves; en effet il nous a sauves par le
bain de la regeneration 87 . Mais I' ApOtre dit en un autre
endroit comment cette transfonnation s' est realisee : Non
seulement (La Creation), mais nous aussi, qui possedons
les premices de l'Esprit, nous gemissons nous aussi en
nous-memes en attendant l'adoption, la redemption de
notre corps. Car c'est en esperance que nous avons ete
sauves,. or l' esperance qui se laisse voir n 'est plus espe-
ranee,. en effet, ce que l' on voit, pourquoi l' esperer ?
Mais si nous esperons ce ue nous ne voyons pas, nous
l' attendons avec patience 8 .
VllI, 10. L' adoption complete des fils se fera donc
dans la redemption de notre corps egalement 89 . C'est
pourquoi nous possedons des a present les premices de
l' Esprit 90 , et far la nous sommes deja reellement devenus
fils de Dieu 9 ; mais pour Ie reste, c' est en esperance gue
nous avons ete sauves 92 , que nous avons ete renoves 9 et
que nous sommes aussi fils de Dieu tandis que, dans la
realite, parce que nous ne sommes pas encore sauves et,
partant, non encore pleinement renoves, nous ne sommes
pas encore fils de Dieu on plus, mais fils du monde 94 .
des valeurs humaines selon l'enseignement de saint Augustin»,
Revue des Etudes augustiniennes, 12, 1966, p. 111-136 (repris dans
Patristique et humanisme, Paris, 1976, p. 429-454).
89. Cf. Rom. 8, 23c.
90. Cf. Rom. 8, 23b.
91. Cf. Iloh. 3, 1.
92. Rom. 8, 24a.
93. Cf. II Cor. 4, 16b.
94. Fils de Dieu I du monde: cf. Rom. 9, 8; Luc. 20,34-36.
251
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Proficimus ergo in renouationem iustamque uitam per
quod filii Dei sumus et per hoc peccare omnino non
possumus, donec totum in hoc transmutetur, etiam illud
quo adhuc filii saeculi sumus ; per hoc enim et peccare
adhuc possumus. Ita fit ut et qui natus est ex Deo non
peccet et, si dixerimus quia peccatum non habemus, nos
ipsos decipiamus et ueritas non sit in nobis. Consumetur
ergo quod filii [82] carnis et saeculi sumus et perficietur
quod filii Dei et Spiritu renati sumus.
Vnde idem Ioannes: Dilectissimi, inquit, filii Dei
sumus et nondum apparuit quod erimus. Quid est hoc
sumus et erimus nisi quia sumus in spe, erimus in re?
Nam sequitur et dicit: Scimus quia, cum apparuerit,
similes ei erimus quoniam uidebimus eum sicuti est.
Nunc ergo et similes ei esse iam coepimus primitias
habentes Spiritus, et adhuc dissimiles sumus per reli-
quias uetustatis. Proinde in quantum similes, in tantum
regenerante Spiritufilii Dei, in quantum autem dissimi-
les, in tantumfilii carnis et saeculi. Illinc ergo peccare
non possumus; hinc uero, si dixerimus quia peccatum
non habemus nos ipsos decipimus, donec totum transeat
in adoptionem et non sit peccator et quaeras locum eius
et non inuenias.
95. Iloh. 3, 9.
96. Iloh. 1, 8. Quatre a cinq ans plus tot (annees 406-407), dans son
In lohannis primam Epistulam, Augustin predicateur voyait designe
par peccatum non pas tout che mais «Ie peche contre la charite» en
tant que racine de tous les ches. Cites isolement l'un de l'autre en
II, 7, 8-9, les versets Iloh. 3, 9 et Iloh. 1, 8, apparemment contradic-
toires, sont mainenant confrontes pour etre «tenus» ensemble dans la
foi. Voir encore plus loin (I, 10, 12).
97. « de la chair» : cf. Rom. 9, 8 ; « du monde» : cf. Luc. 20, 34.
98. Cf. Rom. 9, 8; Luc. 20, 36.
99. Cf. loh. 3, 5; Rom. 8, 14.
100. Iloh. 3, 2.
101. Iloh. 3, 2.
102. Cf. Rom. 9, 8.
252
LIVRE II
Nous progressons donc vers la renovation et la vie juste
en ce que nous sommes fils de Dieu et, en cela, nous ne
pouvons absolument pas pecher, jusqu' a ce que tout soit
transfonne, y compris ce par quoi nous sommes encore
fils du monde; car, en cela, nous pouvons encore aussi
pecher. C'est ainsi gue, d'une part, celui qui est ne de
Dieu ne pee he pas 95 et que, d'autre part, si nous disons
que nous n' avons point de peche, nous nous abusons
nous-memes et la verite n 'est point en nous 96 . Sera donc
aneanti ce en quoi nous sommes fils de la chair 97 et du
monde, et sera accompli ce en quoi nous sommesfils de
Dieu 98 et regeneres par l'Esprit 99 .
D'ou ce que dit Ie meme Jean: Mes bien-aimes,
nous sommes fils de Dieu et ce que nous serons n' est
pas encore apparu IOO . Que signifient ces mots: Nous
sommes et no us serons sinon que nous sommes en
esperance et que nous serons en realite? Car il poursuit
en disant: Nous savons que, lorsqu'il apparaitra, nous
serons emblables a lui puisque nous le verrons tel qu'il
est I01 . A present donc, nous commenons deja a etre
semblables a lui parce que nous possedons les premices
de l'Esprit; mais nous sommes encore differents de
lui, a cause des restes de notre vetuste. Par suite, dans
la mesure ou nous sommes sembI abIes a lui, I 'Esprit
nous regenere et nous sommesfils de Dieu, mais dans la
mesure ou nous sommes differents de lui, nous sommes
fils de la chair I02 et du monde I03 . D 'un cote donc, nous
ne pouvons pas pecher, mais de I' autre, si nous disons
que nous n' avons point de peche, nous nous abusons
nous-memes I04 , et ce.jusqu'aujour du passage a l'adop-
tion complete, jour ou il n'y aura plus de pecheur, OU
l'on en cherchera la place et ne la trouvera pas I05 .
103. Cf. Luc. 20, 34.
104. Cf. Iloh. 1, 8.
105. Cf. Ps. 36, 10.
253
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
IX, 11. Frustra itaque nonnulli etiam illud argu-
mentantur ut dicant: «Si peccator genuit peccatorem
ut paruulo eius reatus originalis peccati in baptismi
acceptione soluatur, etiam iustum gignere debuit» quasi
ex hoc quisque carnaliter gignat quod iustus est, et non
ex hoc potius quod in membris eius concupiscentialiter
mouetur et ad usum propagandi lex peccati mentis lege
conuertitur. Ex hoc ergo gignit quod adhuc uetustum
trahit inter filios saeculi, non ex hoc quod in nouitatem
promouit inter filios Dei; filii enim saeculi huius gene-
rant et generantur. Inde et quod nascitur tale est quia
quod nascitur de carne caro est. Iusti autem non sunt
nisi filii Dei; in quantum autem suntfilii Dei, carne non
gignunt quia Spiritu et ipsi non carne nati sunt. Sed ex
hoc carne gignunt quicumque eorum gignunt, ex quo
nondum in nouitatem perfectam [83] totas uetustatis
reliquias commutarunt. V nde quisquis filius de hac
parte nascitur uetusta et infinna, necesse est ut etiam
ipse uetustus sit et infinnus ; idcirco oportet ut etiam ipse
in aliam generationem per remissionem peccati Spiritu
renouetur. Quod si in eo non fit, nihil ei proderit pater
iustus; Spiritu enim iustus est quo eum non genuit. Si
106. II faut en effet sous-entendre un iustus sujet de debuit car l'on
retrouve cette meme phrase au livre 11,25,39 avec, cette fois, un iustus
c1airement exprime.
107. Ce sont la avant tout des adversaires de la tradux peccati puis-
que, selon eux, il n'y a de peches que Personnels. Cette assertion (24)
en forme de syllogisme familier a Caelestius pourrait venir de son
libellus. L'apPeI a l'heredite est absent du Liber de fide de Rufin.
MARIUS MERCATOR, Commonitorium II, 10, attribue a tort a Pelage
une argumentation analogue.
108. Cf. Rom. 7, 23.
109. Cf. Rom. 7, 23.
110. Cf. Luc. 20, 34.
111. Cf. Eph. 4, 22-24.
112. Cf. Eph. 4, 22-24.
113. Cf. Iloh. 3, 1.
254
LIVRE II
IX, 11. C'est donc en vain que quelques-uns avan-
cent encore cet argument et disent: «Si un pecheur a
engendre un pecheur et que son enfant soit delie de la
culpabilite du che originel par la reception du bap-
teme, un juste l devrait aussi engendrer un juste I07 »:
c'est la raisonner comme si un homme engendrait selon
la chair parce qu' il est juste et non parce qu' il y a dans
ses membres un mouvement concupiscent ainsi que la
loi du peche I08 convertie par la loi de l' esprit I09 pour la
propagation de I' espece. Si donc il engendre, c' est parce
que, au nombre des fils du mondellO, il traine encore le
vieil homme llI ; ce n'est pas parce qu'il a accede a la
nouveaute II2 , au nombre des fils de Dieu 11 ; car ce sont
les fils du monde qui engendrent et sont engendres II4 .
En consequence, tel est aussi ce qui nait, car ce qui nalt
de la chair, est chair II5 . De fait, seuls sont justes les fils
de Dieu ll6 . Or, dans la mesure ou ils sont fils de Dieu,
ils n'engendrent pas selon la chair, parce qu'eux-memes
aussi sont nes de l'Esprit et non de la chair II7 ; mais tous
ceux d' entre eux qui engendrent Ie font selon la chair,
parce qu' ils n' ont pas encore transfonne dans la nou-
veaute parfaite tous les restes de leur vetuste ll8 . C'est
pourquoi tout fils, ne de cette part de vetuste et d'in-
firmite, est necessairement, lui aussi, un vieil homme
infinne; il faut donc qu' il soit lui aussi renouvele par
I 'Esprit pour une autre generation, grace au pardon du
peche. Si cela n' est pas realise en lui, il ne lui servira de
rien que son pere soit juste ; en effet, c' est selon I 'Esprit
que Ie pere est juste, mais ce n' est pas selon I 'Esprit
114. Luc. 20, 34. Echo d'un texte tres different de celui de la
Vulgate (filii saeculi huius nubunt et traduntur ad nuptias). Par ailleurs,
Augustin mene la une exegese allegorique morale de la declaration de
Jesus alors que la citation lucanienne fait seulement dire au Christ qu 'it
n 'y a que « sur terre» qu' on se marie ou remarie, mais pas «au ciel».
115. loh. 3, 6.
116. Cf. Rom. 9, 8.
117. Cf. loh. 1, 13 + loh. 3, 6.
118. Cf. Eph. 4, 22-24.
255
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
autem fit, nihil ei oberit etiam pater iniustus; iste enim
gratia spiritali in spem nouitatis aetemae transitum fecit,
ille autem mente camali totus in uetustate pennansit.
X, 12. Non igitur contrarium testimonium est illud
quo dictum est: Qui natus est ex Deo non peccat ei tes-
timonio quo iam natis ex Deo dicitur: Si dixerimus quia
peccatum non habemus nos ipsos decipimus et ueritas
in nobis non est. Quamdiu enim homo quamuis totus
in spe iam et iam in re ex parte regeneratione spiritali
renouatus adhuc tamen portat corpus quod corrumpitur
et adgrauat animam, quid quo pertineat et quid unde
dicatur, etiam in uno homine distinguendum est.
Nam, ut ego arbitror, non facile cuiquam scriptura
Dei tam magnum iustitiae perhibet testimonium quam
tribus famulis eius, Noe, Danihel et lob, quos Hiezechiel
propheta dicit ab inminente quadam iracundia Dei solos
posse liberari, in tribus utique illis uiris tria quaedam
hominum liberanda genera praefigurans: in Noe, quan-
tum arbitror, iustos plebium praepositos propter arcae
tamquam ecclesiae gubemationem, in Danihele iustos
continentes, in lob iustos coniugatos [84] et si quis
est forte alius intellectus de quo nunc non est necesse
disquirere. Verum tamen quanta isti iustitia praeminue-
rint et hoc prophetico et aliis diuinis testimoniis satis
apparet. Nec ideo quisquam sobrius dixerit ebrietatem
non esse peccatum quae tamen subrepsit tanto uiro;
nam Noe, sicut legimus, fuit aliquando ebrius, quamuis
absit ut fuerit ebriosus.
119. Iloh. 3,9.
120. Iloh. 1, 8. Nouvelle confrontation des deux versets. La sec-
tion II, 10, 12 - 14, 21 veut montrer que les justes de l'un et l'autre
Testaments (hormis Jesus) sont justes devant Dieu dans un sens
toujours relatif.
121. Cf. Sap. 9, 15.
122. Cf. Ezech. 14, 14.
123. Cf. Gen. 6,9; Eccli. 44, 17; II Petro 2,5; Dan. 6,22; lob. 1,8.
256
LIVRE II
qu'ill'a engendre. A I' inverse, si la renovation est reali-
see, 'meme un pere injuste ne lui fera aucun tort; lui, en
effet, par la grace de l'Esprit, est passe dans l'esperance
de la nouveaute etemelle, tandis que Ie pere, par son ame
charnelle, est demeure tout entier dans la vetuste.
X, 12. Ce temoignage de I , Ecriture ou il est dit: Celui
qui est ne de Dieu ne peche pas 1l9 n' est donc pas contraire
a cet autre temoignage ou il est dit a des hommes deja
nes de Dieu: Si nous disons que nous n' avons point de
peche, nous nous abusons no us-memes et la verite n 'est
point en nous I20 . En effet, aussi longtemps qu 'un homme
- fOt-il renouvele totalement deja en esperance et deja
partiellement en realite par la regeneration de I 'Esprit
- porte encore un corps qui se corrompt et appesantit
son ame I2I , il faut distinguer en lui, pourtant un seul et
meme homme, ce qu'on dit de sa fin et ce qu'on dit de
son onglne.
De fait, selon moi, il n' est pas facile de trouver un
homme a qui I , Ecriture divine rende un aussi grand
temoignage pour sa justice qu' aux trois serviteurs de
Dieu Noe, Daniel et Job. D'eux, Ie prophete Ezechiel
declare qu' ils peuvent seuls etre sauves d 'une colere
imminente de Dieu 122; les trois, en tout cas, prefigurent
pour lui les trois categories d 'hommes a sauver: Noe,
a ce qu' il me semble, figure les justes places a la tete
des peuples car il gouveme I' arche comme une Eglise;
Daniel figure les justes temperants et Job les justes
maries; et si I' on peut donner quelque autre interpreta-
tion, il n'y a pas lieu <:Ie s'en enquerir pour Ie moment.
Quoi qu'il en soit, la preeminence de leur justice I23 est
assez manifeste et dans la parole du prophete et dans les
autres temoignages divins. Mais aucun homme sobre ne
saurait dire pour autant que l'ivresse n'est pas un peche,
bien qu'elle ait surpris un si grand homme; car Noe fut
ivre un jour, a ce que nous lisons 124, mais loin de nous
l'idee qu'il fOt un ivrogne!
124. Cf. Gen. 9, 21.
257
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
13. Danihel uero post orationem quam fudit Deo de
se ipse dicit: Cum orarem et confiterer peccata mea
et peccata populi mei Domino Deo meo... Propterea,
nisi faIlor, per supra memoratum Hiezechielem cuidam
superbissimo dicitur: Numquid tu sapientior quam
Danihel? Neque hic dici potest quod quidam contra
orationem dominicam argumentantur, quia «etsi orabant
eam, inquiunt, sancti et perfecti iam apostoli nullum
omnino habentes peccatum, non tamen pro se ipsis sed
pro inperfectis et adhuc peccatoribus dicebant: Dimitte
nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus
nostris », ut per hoc, inquiunt, quod dicerent nostra in
uno esse corpore demonstrarent et illos adhuc haben-
tes peccata et se ipsos qui iam carebant omni ex parte
peccato.
In Danihele certe hoc non potest dici qui, ut credo,
tamquam propheta praeuidens hanc aliquando prae-
sumptionem futuram cum in oratione saepe dixisset:
Peccauimus, non ita nobis exposuit cur hoc dixerit ut
ab illo audiremus: «Cum orarem et confiterer peccata
populi mei Domino Deo meo» nec adhuc distinctione
confusa ut esset incertum propter unius corporis societa-
tem si diceret: «Cum peccata nostra confiterer Domino
Deo meo», sed omnino [85] tam distincte tamquam de
se ipsa distinctione satagens eamque maxime uehemen-
terque commendans: Peccata, inquit, mea et peccata
populi mei. Quis huic euidentiae contradicit nisi quem
plus delectat defensare quod sentit quam quid sentien-
dum sit inuenire ?
125. Dan. 9, 20.
126. Ezech. 28, 3.
127. Matth. 6, 12.
128. Par un tel raisonnement (25), ces objecteurs ressentaient donc
Ie besoin de justifier leur these en interpretant en leur sens la priere du
«Notre Pere». Ce n' est en tout cas pas Augustin qui la leur oppose.
L' affirmation est absente du Liber de fide, elle pourrait avoir ete tout
simplement entendue par Marcellinus.
129. Cf. Dan. 9,5; 9, 11 ; 9, 15.
258
LIVRE II
13. Daniel, lui, au tenne d 'une priere epanchee devant
Dieu, dit en parlant de lui-meme: Tandis que je priais et
que je confessais mes peches et les peches de mon peuple
au Seigneur mon Dieu 125. .. Voila pourquoi I' on trouve,
si je ne me trompe, dans la bouche d'Ezechiel men-
tionne plus haut, cette parole adressee a un homme tres
orgueilleux: Est-ce que toi, par hasard, tu es plus sage
que Daniel I26 ? Et I' on ne peut objecter ici les arguments
que certains avancent contre la priere du Seigneur: selon
leurs dires, «meme si les apotres, hommes saints et deja
parfaits, exempts de tout peche, faisaient cette priere,
neanmoins, ce n' etait pas pour eux -memes mais pour les
hommes imparfaits et encore pecheurs qu' il disaient:
Remets-nous nos dettes, comme nous aussi, nous remet-
tons a nos debiteurS I27 »; en sorte que, selon eux, en
disant nos dettes, ils manifestaient que tous fonnaient
un seul corps: ceux qui avaient encore des peches, et
eux-memes qui etaient deja totalement depourvus de
peche 128.
En ce qui conceme Daniel, en tout cas, I' objection ne
peut etre retenue; car, a ce que je crois, en sa qualite
de prophete, prevoyant la presomption qui serait un jour
la leur, apres avoir repete dans sa priere: Nous avons
peche I29 , il ne s' en est pas explique en nous disant:
«Tandis que e priais et que je confessais les peches de
mon peuple I 0»; il ne I' a pas fait non plus au moyen
d'une distinction encore imparfaite, en nous laissant dans
l'incertitude ou nous serions a cause de la communion
en un seul corps s' il disait: «Tandis que je confessais
nos peches au Seigneur mon Dieu » ; au contraire, il a ete
parfaitement clair, s' appliquant en quelque sorte a cette
distinction precisement et la faisant valoir hautement et
vigoureusement: Mes peches, dit-il, et les peches de mon
peuple I3I . Qui peut nier cette evidence, sinon l'homme
qui trouve plus de plaisir a defendre ce qu' il pense qu' a
trouver ce qu' il faut penser?
130. Cf. Dan. 9, 20.
131. Dan. 9,20.
259
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
14. lob autem post tam magnum de illo iustitiae testi-
monium Dei quid dicat ipse uideamus.
In ueritate, inquit, scio quia ita est. Quemadmodum
enim iustus erit ante Dominum ? Si enim uelit contendere
cum eo, non poterit oboedire ei. Et paulo post: Quis,
inquit, iudicio eius aduersabitur? Quodsi fuero iustus,
os meum impie loquetur. Iterum paulo post: Scio, inquit,
quia inpunitum me non dimittit. Quia sum impius, quare
non sum mortuus? Quodsi purificatus niue et munda-
tus fuero mundis manibus, sufficienter in sordibus me
tinxisti. Item in alio suo sennone: Quia conscripsisti,
inquit, aduersus me mala et induisti me iuuentutis meae
peccata et posuisti pedem meum in prohibitione, seruasti
omnia opera mea et in radices pedum meorum inspexisti,
qui ueterescunt sicut uter uel sicut uestimentum a tinea
comestum. Homo enim natus ex muliere parui est tempo-
ris et plenus iracundia et, sicut flos cum floruit et decidit,
discessit, sicut umbra non manet. Nonne et huius curam
fecisti uenire in iudicium tuum? Quis enim erit mundus
a sordibus? Nemo nee si unius dieifuerit uita eius.
Et paulo [86] post: Dinumerasti, inquit, necessitudines
meas et nihil te latuit de peccatis meis,. signasti peccata
mea in folliculo et adnotasti si quid inuitus commisi.
Ecce et lob confitetur peccata sua et in ueritate se dicit
scire quia non est iustus quisquam ante Dominum. Et
ideo iste hoc in ueritate scit quia, si nos dixerimus non
habere peccatum, ipsa ueritas in nobis non est. Proinde
secundum modum conuersationis humanae perhibet ei
132. lob 9, 2-3. Le texte de toutes les citations du Livre de Job
contenues en Pecc. mer. differe et de la Septante et de la Vulgate.
Mais dans des ouvrages suivants et antilagiens, Augustin recourt a
une version latine de la Septante (notamment pour lob 14, 4-5). Sur
l' evocation augustinienne de Job, voir la NC 53: «Job et les autres
Justes, figures d'une justice encore relative dans 1 'attente du seul Juste,
Jesus Christ».
133. lob 9, 19-20.
134. lob 9, 28-31.
135. lob 13, 26 - 14, 5.
136. lob 14,16-17.
260
LIVRE II
14. Quant a Job, voyons ce que, de lui-meme, il dit
apres Ie si grand temoignage que Dieu lui a rendu pour
sa justice.
II declare: Je sais en verite ce qu'il en est. Comment
en elfet l'homme sera-t-il juste devant Dieu? S'il veut
plaider contre lui, il ne pourra lui etre soumis I32 . Et peu
apres: Qui s' opposera au jugement de Dieu ? Si je suis
juste, ma bouche parlera de maniere impie I33 . Et de
nouveau peu apres: Je sais qu'il ne me renvoie pas sans
me punir. Puisque je suis impie, pourquoi ne suis-je pas
mort? Si je me suis purifie dans la neige et nettoye, avec
les mains nettes, tu m'as encore suffisamment plonge
dans lafange I34 . De meme, il dit dans un autre de ses
discours: Car tu as consigne mes fautes contre moi, tu
m' as revetu des peches de ma jeunesse, tu as impose une
entrave ames pieds, tu as observe toutes mes lEuvres et
scrute les racines de mes pas, qui vieillissent comme
une outre ou comme un vetement ronge par les mites.
En elfet, l'homme ne de la femme est de peu de temps
et rempli de colere et, telle une fleur lorsqu' elle a fleuri
puis s' est fanee, il a sitot disparu : telle une ombre, il ne
demeure pas. Or n' as-tu pas pris soin, pour lui aussi,
de le faire comparaltre en ton jugement? Qui en elfet
sera exempt de souillures? Personne, quand meme sa
vie n' aura it ete que d'un jour I35 .
Et peu apres: Tu as denombre mes liens, et de mes
peches rien ne t'a echappe,. tu as see lie mes peches
dans un sac et tu as note ce que j'ai commis malgre
moi I36 .
Voila donc que Job.lui aussi confesse ses peches,
et dit qu'il sait en verite que nul n'est juste devant Ie
Seigneur I 37. Et s'ille sait en verite, c'est parce que, si
nous disons que nous n' avons point de peche, la verite
meme n' est point en nous 138. C' est donc selon la mesure
de l'humaine condition que Dieu lui rend, pour sa
137. Cf. lob 9, 2.
138. Cf. Iloh. 1, 8.
261
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Deus tam magnum iustitiae testimonium; ipse autem se
metiens ex regula ilia iustitiae quam sicut potest conspi-
cit apud Deum in ueritate scit quia ita est et adiungit:
Quemadmodum enim iustus erit ante Dominum? Si
enim uelit contendere cum eo, non poterit oboedire
ei, id est: «Si iudicandus ostendere uoluerit non in se
inueniri posse quod damnet, non poterit oboedire ei» ;
amittit enim etiam illam oboedientiam qua oboedire
posset praecipienti confitenda esse peccata.
Vnde quosdam increpat dicens: Quid uultis mecum
iudicio contendere? Quod ille praecauens: Ne, inquit,
intres in iudicium cum seruo tuo, quoniam non iustifi-
cabitur in conspectu tuo omnis uiuens. Ideo etiam dicit
lob: Quis enim iudicio eius aduersabitur ? Quodsi fuero
iustus, os meum impie loquetur. Hoc est enim: «Si me
iustum dixero contra iudicium eius, ubi perfecta ilia
iustitiae regula me conuincit iniustum, profecto impie
loquetur os meum quia contra Dei ueritatem loquetur. »
15. Fragilitatem quoque ipsam uel potius damn a-
tionem camalis generationis ostendens ex originalis
transgressione peccati, cum de peccatis suis ageret uelut
eorum causas reddens dixit hominem [87] natum ex
muliere paruui esse temporis et plenum iracundia. Qua
iracundia nisi qua sunt omnes, sicut dicit Apostolus,
naturaliter, hoc est original iter, irae filii quoniam filii
sunt concupiscentiae carnis et saeculi ?
139. lob 9,2-3.
140. Hier. 2, 29.
141. Ps. 142,2.
142. lob 9, 19-20.
143. Cf. lob 14, 1.
144. Eph. 2, 3. «Originellement», c' est-a-dire depuis Ie peche com-
mis par les premiers humains. Depuis 388-395 (De libero arbitrio III,
19, 54) et contre l'interpretation manicheenne, Augustin defend ce
sens d' Eph. 2, 3. Voir J. MEHLMANN, Natura filii irae. Historia inter-
pretationis Eph 2,3 eiusque cum doctrina de Peccato Originali nexus,
Roma, 1957, en particulier p. 164-181.
262
LIVRE II
justice, un si grand temoignage; mais Job, se mesurant
lui-meme a la regIe de justice qu'il entrevoit, comme
il peut, aupres de Dieu, sait en verite ce qu' il en est,
et il ajoute: Comment en effet l'homme sera-t-il juste
devant le Seigneur? S' il veut plaider contre lui, il ne
pourra lui etre soumis I39 . C'est-a-dire: «Si en instance
de jugement il veut montrer qu' on ne peut rien trouver a
condamner en lui, il ne pourra lui etre soumis. » En effet
il perd meme la soumission qu'il pourrait manifester a
celui qui commande de confesser ses peches.
D'ou ce reproche que Dieu fait a quelques-uns:
Pouruoi voulez-vous plaider contre moi en mon juge-
ment 4O? Aussi Ie psalmiste, pour eviter c reproche,
dit: N' entre pas en jugement avec ton serviteur, car
aucun vivant ne sera trouve juste a tes yeux I4I . Et c' est
la meme raison qui fait dire a Job: Qui en effet s' oppo-
sera au jugement de Dieu? Si je suis juste, ma bouche
parlera de maniere impie I42 . C'est-a-dire: «Si je me dis
juste contre Ie jugement de Dieu, la ou la regIe parfaite
de la justice m' accuse d' etre in juste, assurement ma
bouche parlera de maniere impie, car elle parlera contre
la verite de Dieu. »
15. II montre aussi que notre fragilite meme, ou plu-
tot la condamnation de toute naissance charnelle, vient
de la transgression que fut Ie peche originel ; alors qu' il
traitait de ses propres peches comme pour en rechercher
les causes, il a dit que I 'homme ne de la femme est de
peu de temps et rempli de colere 143. De que lie colere
parle-t-il, sinon de cell par laquelle tous les hommes
sont, selon les tennes de I' ApOtre, naturellement, autre-
ment dit originellement,fils de la colere I44 parce qu'ils
sontfils de la concupiscence charnelle et du monde I45 ?
145. Cf. Rom. 9, 8; Luc. 20, 34. Filii carnis etfilii concupiscentiae
sont en passe de devenir une formule-cle d' Augustin pour designer la
condition a la fois infirme et pecheresse de tous les humains, des leur
naissance, sans Ie secours de la grace divine.
263
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Ad ipsam iram pertinere etiam mortem hominis
consequenter ostendit. Cum enim dixisset: Parui est
temporis et plenus iracundia, addidit etiam: et sicut
flos cum floruit et decidit discessit, sicut umbra non
manet. Cum autem subiungit: Nonne et huius curam
fecisti uenire in iudicium tuum? Quis enim erit mundus
a sordibus? Nemo nee si unius dieifuerit uita eius, hoc
utique dicit: «Curam hominis breuis uitae fecisti uenire
in iudicium tuum. Quantumlibet enim breuis fuerit uita
eius, etiamsi unius diei esset, mundus a sordibus esse
non posset et ideo iustissime in iudicium tuum ueniet. »
Illud uero quod ait: Dinumerasti omnes necessitudines
meas et nihil te latuit de peccatis meis ,. signasti peccata
mea in folliculo et adnotasti si quid inuitus commisi,
nonne satis aperuit etiam ilia peccata iuste inputari quae
non delectationis inlecebra committuntur, sed causa
deuitandae molestiae alicuius aut doloris aut mortis?
Nam et haec dicuntur quadam necessitate committi cum
omnia superanda sint amore et delectatione iustitiae.
Potest etiam quod dixit: Et adnotasti si quid inuitus
commisi, ad illam uocem uideri pertinere qua dictum
est: Non enim quod uolo ago sed quod odi hoc facio.
16. Quid quod ipse Dominus qui ei perhibuerat tes-
timonium, cum etiam scriptura, hoc est Dei Spiritus,
dixerit in omnibus quae [88] contigerunt ei, non eum
146. lob 14, 1.
147. lob 14, 2.
148. lob 14,3-5. Versets 4-5, Septante: Comment un etre pur pour-
rait-il provenir d'un milieu impur? Pas un seul puisque ses jours sont
tous comptes et Qui est exempt de peche? Pas meme I' enfant dont la
vie sur terre ne date que d'un jour; Vulgate: Qui peut rendre pur ce
qui a ete confu d'une semence impure? Les jours de l'homme sont
courts, Ie nombre de ses mois est devant toi ,. tu en as fixe Ie nombre, il
ne pourra en etre ajoute.
149. lob 14, 16-17.
150. lob 14, 17.
151. Rom. 7, 15. Des cette citation, c'est la Personne meme de Paul
qu' Augustin designe a Marcellinus, quoique avec precautions. Sur la
264
LIVRE II
Or il montre ensuite que la mort de l'homme aussi
est liee a cette meme colere. En effet, aEres avoir dit:
Il dure peu de temps et rempli de colere 46, il a encore
ajoute: Et, telle une fleur lorsqu' elle a fleuri puis s' est
fanee, il a sitot disparu,. telle une ombre, il ne demeure
pas 147. Et lorsqu'il poursuit: Or n'as-tu pas pris soin,
pour lui aussi, de le faire comparaltre en ton jugement ?
Qui en elfet est exempt de souillures ? Personne, quand
meme sa vie n' aurait ete que d'un jour I48 , il dit bien:
«Tu as pris soin, pour I 'homme a la vie breve, de Ie faire
comparaitre en ton jugement. En effet, si breve qu' ait
ete sa vie, fOt-ce d'un jour, il ne pourrait etre exempt
de souillures, et c' est pourquoi il sera tres juste qu' il
comparaisse en ton jugement. » Quant a ces paroles: Tu
as denombre tous mes liens, de mes peches rien ne t'a
echappe,. tu as scelle mes peches dans un sac et tu as
note ce que j'ai commis malgre moi I49 , n'ont-elles pas
'" . '" ,. . A
assez expose que nous sont Imputes a Juste tItre meme
les peches non commis par I' attrait du plaisir, mais pour
eviter quelque des agrement, la douleur ou la mort? Car
on pretend que ces peches memes sont commis comme
par necessite, alors qu' il faudrait tout sunnonter pour
I' amour et Ie plaisir de la justice. Quant a la parole de
Job: Et tu as note ce que j' ai commis malgre moi I50 , elle
peut meme apparaitre comme liee a cette autre parole:
Ie ne fais pas ce que je veux, mais ce que je hais, je le
fais I5 r.
16. Mais que penser de cette c0l!tradiction : Ie
Seigneur a rendu temoignage a Job et l'Ecriture meme,
c'est-a-dire I'Esprit de Dieu I52 , a bien dit de lui qu'au
milieu de tous les malheurs qui lui etaient arrives il
perception du degre de saintete de Paul par Augustin en 411-412, face
a la revendication de certains que I 'homme Peut parvenir a la perfec-
tion dans sa vie, voir la NC 56: «Rom. 7, 14-25: aveu de faiblesse
personnelle reconnu par saint Paul».
152. Voir la NC 54 : « Une formule etonnante d' Augustin:
Scriptura, hoc est Dei Spiritus ».
265
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
peccasse labiis suis ante Dominum, postea tamen cum
ei loqueretur increpans locutus est sicut ipse lob testis
est dicens: Quid adhuc ego iudicor monitus et increpa-
tiones Domini audiens? Nemo autem iuste increpatur
nisi in quo est aliquid quod increpatione sit dignum.
XI. Et ipsa increpatio qualis est, quae ex Domini
Christi persona intellegitur? Enumerat illi diuina opera
potestatis suae sub hac sententia increpans ut eum dicere
appareat: Numquid potes haec tanta quae possum?
Quo autem pertinet nisi ut intellegat lob - etiam hoc ei
diuinitus credimus inspiratum ut praesciret Christum ad
passionem esse uenturum - intellegat ergo quam debeat
aequo animo tolerare quae pertulit si Christus in quo
peccatum, cum propter nos homo factus esset, omnino
nullum fuit et in quo Deo tanta potentia est, nequaquam
tamen passionis oboedientiam recusauit? Quod puriore
cordis intentione lob intellegens responsioni suae addi-
dit: Auris auditu audiebam te prius et nunc ecce oculus
meus uidet tee Ideo uituperaui me ipsum et distabui et
aestimaui me ipsum terram et cinerem.
Quare sibi ita in hoc tam magno intellectu displicuit?
Neque enim opus Dei quo erat homo recte illi poterat
displicere, cum etiam ipsi Deo dicatur: Opera manuum
tuarum ne despexeris. Sed profecto secundum illam
iustitiam qua se nouerat iustum, se uituperauit atque
distabuit aestimauitque se terram et cinerem mente
153. Cf. lob 1,22; 2, 10.
154. lob 39, 34.
155. C'est en effet, par l'incamation du Fils, la Nouvelle Alliance
qui eclaire la revelation deja donnee, mais comme en ombre, dans
I' Ancienne.
156. Cf. lob 38-39.
157. Cf. loh. 8, 46 ; etc.
158. Cf. Matth. 26, 39.
159. lob 42, 5-6.
160. Ps. 137,8.
266
LIVRE II
n'avait point peche par ses levres devant Ie Seigneur I53 ;
et pourtant Ie Seigneur meme, s'adressant a Job, lui fait
ensuite des reproches comme Job lui-meme en temoi-
gne: Pourquoi suis-je encore mis en jugement, moi qui
ai refu les avertissements et entendu les reproches du
Seigneur I54 ? Or il n'est personne a qui l'on fasse ajuste
titre des reproches, sinon I 'homme en qui I' on trouve
matiere a des reproches mentes.
XI. Et quelle est donc la nature de ce reproche, qui
se comrend a la lumiere de la personne du Seigneur
Christl 5? Dieu enumere I56 a Job les reuvres divines de
sa toute-puissance, lui faisant reproche par cette sentence
au point qu'il semble lui dire: «Et-ce que vraiment
tu pourrais tout ce que je peux?» A quoi tendent ces
propos, si ce n'est a faire comprendre a Job - et nous
croyons que Dieu lui a meme inspire la prescience que
Ie Christ viendrait un jour pour subir sa passion -, faire
comprendre a Job, donc, avec que lIe resignation il doit
supporter ce u' il endure si Ie Christ, qui etait exempt
de tout peche I 7 bien qu' il se soit fait homme pour nous
et qui, en tant que Dieu, possedait une si grande puis-
sance, n' a ceendant nullement refuse de se soumettre
a sa passion 1 8? Or c'est ce que Job a compns en une
clairvoyance plus gran de de son creur, et il a ajoute dans
sa reponse: Jusqu' a present je ne te connaissais que
par l'oui"e de mon oreille, mais a present voici que mon
lEil te voit. C'est pourquoi je me blame moi-meme, je
m' aneantis et je vois que je ne suis moi-meme que terre
et cendre 159.
Pourquoi s'est-illili meme deprecie avec une telle
hauteur de vue? En effet, ce n' est pas I' reuvre de Dieu
par ou il etait homme qu' il pouvait deprecier a bon droit,
puisqu'il est meme dit a Dieu en personne: Ne meprise
pas les lEuvres de tes mains I60 . Mais c'est assurement
selon cette justice dont il se savait juste qu' il se blame,
s'aneantit et ne voit plus en lui que terre et cendre I6I :
161. Cf. lob 42, 6.
267
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
conspiciens Christi iustitiam in cuius non tantum
diuinitate sed nec in anima nec in came ullum potuit
esse peccatum secundum quam iustitiam quae ex Deo
est, etiam Paulus apostolus illud suum quod secundum
iusti[89]tiam quae ex lege est fuit sine querella, non
solum damna, uerum etiam stercora existimauit.
XII, 17. Non igitur praeclarum illud testimonium Dei
quo laudatus est lob contrarium est ei testimonio quo
dictum est: Non iustijicabitur in conspectu tuo omnis
uiuens, quia non id persuadet prorsus in illo nihil fuisse
quod uel ab ipso ueraciter uel a Domino Deo recte
reprehenderetur, quamuis iam iustus et uerax Dei cultor
et ab omni malo opere se abstinens non mendaciter
diceretur.
Haec enim de illo uerba sunt Dei: Animo aduertisti in
puerum meum lob? Non enim est illi homo similis super
terram, sine querella, iustus, Dei culto,.c, abstinens ab
omni opere malo. Primis uerbis ex hominum qui sunt
in terra comparatione laudatur; proinde omnibus qui
tunc in terra iusti esse poterant excellebat. Non ergo
ipse propterea nullum peccatum omnino habebat quia
in profectu iustitiae ceteros anteibat.
Deinde adiungitur sine querella de cuius uita nemo
iuste quereretur; iustus qui tam morum probitate pro-
fecerat ut nullus ei esset aequandus; uerus Dei cultor
quippe etiam suorum peccatorum uerax humilisque
confessor; abstinens se ab omni opere malo, mirum si
ab omni etiam uerbo et cogitatu malo. Quantus quidem
c. A la suite des Mauristes, R. Habizky ajoute un «uerus» devant
« Dei cultor» parce qu' Augustin a annonce la citation de lob 1, 8 par
ces qualificatifs: tam iustus et uerax Dei cultor et qu'il commente plus
loin, distincts, iustus et uerus Dei cultor. Mais l'adjectif est absent de
la plupart des anciens manuscrits.
162. Cf. Phil. 3, 9b.
163. Cf. Phil. 3, 9a.
164. Cf. Phil. 3, 6-8.
268
LNRE II
il considere en son esprit la justice du Christ, en qui
aucun peche n' a pu trouver place, ni dans sa divinite,
ni non plus dans son ame et dans sa chair; c' est selon
cette meme justice qui vient de Dieu 162 que I' apOtre
Paul, pourtant irreprochable selon la justice qui vient de
la Loi 163, a estime lui aussi que ses merites etaient non
seulement des pertes, mais encore des dechets I64 .
XII, 17. Ce remarquable temoignage de Dieu a la
louange de Job n'est donc point contraire a cet autre
temoignage ou il est dit: Aucun vivant ne sera trouve
juste a tes yeux I65 ; en effet, cela ne veut pas dire que Job
n' avait absolument rien a se reprocher en toute verite
ou que Dieu n'avait absolument rien a lui reprocher en
toute justice, bien qu' il fut dit de lui sans mensonge
qu'il etait un homme juste, veritable adorateur de Dieu
et s' abstenant de toute reuvre mauvaise.
Voici en effet les paroles de Dieu a son su jet: As-tu
prete attention a mon serviteur Job? En elfet, il n' a pas
son pareil sur la terre,. c' est un homme irreprochable,
juste, adorateur de Dieu, s' abstenant de toute lEuvre
mauvaise I66 . Dans les premiers mots, on loue Job par
comparaison avec les hommes qui sont sur la terre; il
I' emportait donc sur tous les hommes qui pouvaient etre
justes sur la terre a son epoque. Mais on ne peut pas dire
que lui-meme etait exempt de tout peche par la raison
qu'il surpassait tous les autres hommes dans sa marche
vers la justice.
On ajoute ensuite qu'il etait irreprochable car nul ne
pouvait a bon droit se plaindre de sa conduite ; qu' il etait
juste car il avait tant progresse grace a la probite de ses
mreurs que personne ne pouvait I' egaler; qu' il etait un
veritable adorateur de Dieu car, de surcroit, sincere et
humble confesseur de ses peches; qu' il s' abstenait de
toute lEuvre mauvaise, et peut-etre meme - ce qui serait
admirable - de toute parole mauvaise et de toute pen see
165. Ps. 142, 2.
166. lob 1, 8.
269
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
lob fuerit ignoramus; sed nouimus iustum, nouimus
etiam in perferendis horrendis ttibulationum tempta-
tionibus magnum; nouimus non propterea peccata, sed
propter eius demonstrandam iustitiam ilia omnia fuisse
perpessum.
Verum tamen haec uerba [90] quibus a Domino lau-
datur, possent etiam de illo dici qui condelectatur legi
Dei secundum interiorem hominem, uidet autem aliam
legem in membris suis repugnantem legi mentis suae,
praesertim quia dicit: Non quod uolo facio bonum, sed
quod odi malum, hoc ago. Si autem quod odi malum, hoc
facio, iam non ego operor illud, sed quod habitat in me
peccatum. Ecce et iste secundum interiorem hominem
alienus est ab omni opere malo, quia illud non operator
ipse, sed quod in came eius habitat malum; et tamen cum
illud ipsum quo condelectatur legi Dei non habeat nisi
ex gratia Dei, adhuc liberationis indigens clamat: Miser
ego homo! Quis me liberabit de corpore mortis huius?
Gratia Dei per Iesum Christum Dominum nostrum.
XIII, 18. Sunt ergo in terra iusti, sunt magni, fortes,
prudentes, continentes, patientes, pH, misericordes,
temporalia mala omnia propter iustitiam aequo animo
tolerantes; sed si uerum est quia et uerum est: Si dixe-
rimus quia peccatum non habemus, nos ipsos decipimus
et: Non iustificabitur in conspectu tuo omnis uiuens, non
sunt sine peccato nec quisquam eorum tam arroganter
insanit ut non sibi pro suis qualibuscumque peccatis
dominica oratione opus esse arbitretur.
167. Cf. Rom. 7,22-23.
168. Rom. 7, 19-20.
169. Cf. Rom. 7,22.
170. Rom. 7, 24-25a.
171.lloh.1,8.
172. Ps. 142, 2.
270
LNRE II
mauvaise. Nous ignorons, certes, combien Job a ete
grand; mais nous savons qu' il a ete juste, nous savons
aussi qu' il a ete grand au milieu des honibles epreuves
de ses ttibulations; nous savons que ce n' est pas pour
ses peches, mais pour que soit manifestee sa justice,
qu'il a endure tous ces maux.
Du reste, ces paroles prononcees par Ie Seigneur a
la louange de Job pourraient s' appliquer aussi a celui-
la qui se complait dans la loi de Dieu selon l'homme
interieur, mais voit dans ses membres une autre loi com-
battant la loi de son esprit I67 , et tout particulierement
lorsqu'il dit: Je ne fais pas le bien que je veux, mais
Ie mal que je hais, je le fais. Or si je fais le mal que je
hais, des lors ce n' est pas moi qui agis ainsi, mais le
peche qui habite en moi 168 . Voici donc que cet homme-
la, lui aussi, est etranger a toute reuvre mauvaise selon
l'homme interieur, car ce n'est pas lui-meme qui agit
ainsi, mais Ie mal qui habite en sa chair; et pourtant,
puisque ce par quoi il se complait dans la loi de Dieu 169,
il ne Ie tient que de la grace de Dieu, il a encore besoin
de liberation et s' ecrie : Malheureux homme que je suis!
Qui me delivrera du corps de cette mort? La grace de
Dieu, par Jesus Christ notre Seigneur I70 .
Xill, 18. II Y a donc sur la terre des hommes justes,
des hommes grands, courageux, prudents, temperants,
patients, pieux, misericordieux, supportant avec resi-
gnation pour la justice tous les maux temporels ; mais il
est ecrit: Si nous disons que le peche n' est point en no us,
nous nous abusons nous-memes I7I , et: Aucun vivant ne
sera trouve juste a tes'yeux I72 ; si c' est vrai, et c' est vrai,
ces hommes ne sont pas sans peche, et aucun d' entre
eux ne saurait montrer une arrogance assez folIe pour
penser qu' il n' a nul besoin de la priere du Seigneur I73
pour ses propres peches, si infimes soient - ils.
173. Autrement dit, Ie «Notre Pere» (cf. 11,2, 2 - 4,4 et II, 13).
271
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
19. Nam de Zacharia et Elisabeth qui nobis saepe
in huius quaestionis disputationibus obiciuntur, quid
dicamus nisi quod euidenter scriptura testatur eminenti
iustitia fuisse Zachariam in principibus sacerdotum ad
offerenda ueteris testamenti sacrificia pertinentium?
Legimus autem in epistola quae ad Hebreos scribitur,
[91] quod testimonium in libro priore iam posui, solum
Christum esse principem sacerdotum qui non haberet
necessitatem, sicut illi qui sacerdotum principes dice-
bantur, sacrificium pro suis primum offerre peccatis
cotidie, deinde pro populo.
Talem enim decebat, inquit, habere nos principem
sacerdotum iustum, sine malitia, incontaminatum,
separatum a peccatoribus, altiorem a caelis factum,
non habentem cotidianam necessitatem, sicut princi-
pes sacerdotum, primum pro suis peccatis sacrificium
offerre. In hoc sacerdotum numero Zacharias, in hoc
Finees, in hoc ipse Aaron, a quo iste ordo exorsus est fuit
et quicumque alii in illo sacerdotio laudabiliter iusteque
uixerunt, qui tamen habebant necessitatem sacrificium
primitus pro suis offerre peccatis, solo Christo existente,
cuius uenturi figuram gestabant, qui hanc necessitatem
sacerdos incontaminabilis non haberet.
20. Quid autem de Zacharia et Elisabeth laudabile
dictum est quod non in eo comprehendatur quod de se
Apostolus, cum in Christum nondum credidisset, profes-
sus est? Dixit enim se secundum iustitiam quae in lege
est fuisse sine querella, hoc et de illis ita legitur: Erant
autem ambo iusti ante Deum, incedentes in omnibus
174. Augustin se fait donc I' echo de discussions ouvertes en Afrique
a la suite immediate de 1'« affaire» Caelestius. Dans son De natura,
Pelage avait invoque de grandes figures bibliques comme Elisabeth
et Zacharie (cf. De natura et gratia, 36, 42), mais Augustin ignorait
encore l'ouvrage. Surce recours (26), voir laNC 47: «Objet scifique
du livre II: la question ouverte de la perJectio iustitiae humanae ».
175. Cf. Luc. 1, 5-9.
176. Voir plus haut (I, 27, 50).
272
LWRE II
19. Et que dire de Zacharie et d'Elisabeth, qu'on I74
nous oppose souvent dans les discussions relatives a
cette question? Nous dirons ,simplement que, selon
Ie temoignage evident de I'Ecriture I75 , Zacharie fit
preuve d 'une eminente justice panni les grands-pretres
charges d ' offrir les sacrifices de I' ancienne alliance.
Or nous lisons dans la lettre aux Hebreux (temoignage
deja mentionne au livre un I76 ), que Ie Christ est Ie seul
grand pretre a n'avoir pas besoin - comme ceux que
l' on appelait grands-pretres - d' offrir chaque jour un
sacrifice, d' abord pour ses propres peches, et ensuite
pour ceux du peuple 177.
En elfet, dit-il, tel est le grand-pretre qu 'il,nous conve-
nait d'avoir: juste, sans malignite, immacule, separe
des pecheurs, eleve plus haut que les cieux, n' ayant
pas besoin, comme les grands-pretres, d'offrir chaue
jour un sacrifice, d'abord pour ses propres peches 78.
Or au nombre de ces pretres on comptait Zacharie, on
comptait Phinees, on comptait Aaron lui-meme, d'ou
est issue cette lignee, et tous ceux enfin qui ont consacre
a ce sacerdoce une vie louable et juste; et pourtant ils
avaient besoin d' offrir un sacrifice, tout d' abord pour
leurs propres peches 179, Ie Christ - dont ils prefiguraient
la venue - etant Ie seul an' avoir pas cette obligation,
pretre inaccessible a toute souillure.
20. Mais qu'a-t-on dit d'elogieux sur Zacharie et
Elisabeth qui ne s' entende dans ce que I' Apotre a
declare sur son propre compte, lorsqu' il ne croyait pas
encore au Christ? II a dit en effet que, confonnement a
la justice selon la Loi 180, il etait irreprochable. Or voici
ce qu' on lit encore a leur su jet: Tous deux etaient justes
devant Dieu, marchant dans tous les commandements et
177. Cf. Hebr. 6, 20.
178. Hebr. 7,26-27.
179. Cf. Hebr. 5, 1-3.
180. Cf. Phil. 3,6.
273
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
mandatis et iustificationibus Domini sine querella. Quia
ergo quicquid in eis erat iustitiae non erat ad homines
simulatum, ideo dictum est: Ante Deum. Quod autem de
[92] Zacharia et eius coniuge scriptum est: In omnibus
mandatis et iustificationibus Domini, hoc ille breuiter
dixit: In lege. Non enim alia lex illis, alia isti fuit ante
euangelium, sed una atque eadem quam legimus per
Moysen datam pattibus eorum, secundum quam etiam
sacerdos erat Zacharias et uice sua sacrificabat.
Et tamen Apostolus, qui simili tunc iustitia praeditus
fuit, sequitur et dicit: Quae mihi lucra fuerunt, haec
propter Christum damna esse duxi. Verum tamen et
arbitror omnia damnum esse propter eminentem scien-
tiam Christi Iesu Domini nostri, propter quem omnia
non solum detrimenta credidi, uerum etiam stercora
existimaui esse ut Christum lucrifaciam et inueniar in
illo, non habens meam iustitiam quae ex lege est, sed
eam quae est per fidem Christi quae est ex Deo iustitia
in fide ad cognoscendum eum et uirtutem resurrectionis
eius et communicationem passionis eius, conformatus
morti ipsius si quo modo occurram in resurrectionem
mortuorum.
Tantum ergo longe est ut propter ilIa uerba Zachariam
et Elisabeth credamus sine ullo peccato perfectam
habuisse iustitiam ut nec ipsum Apostolum eiusdem
regulae summitate arbitremur fuisse perfectum non
solum in ilIa legis iustitia quam similem istis habuit,
quam inter damna et stercora deputat in conparatione
eminentissimae iustitiae quae in fide Christi est, uerum
etiam in ipso quoque euangelio, ubi et tanti apostolatus
meruit principatum, quod dicere non auderem nisi ei non
credere nefas ducerem.
181.Luc.l,6.
182. Phil. 3, 5b.
183. Phil. 3,7-11.
184. Cf. Phil. 3, 9-10.
274
LNRE II
les rescriptions du Seigneur d'une maniere irreprocha-
hle 81. Donc, toute la justice qui etait en eux n' etai t point
une feinte pour tromper les hommes, et c' est pourquoi
il est dit: Devant Dieu. Quant a ce qui est ecrit au sujet
de Zacharie et de son epouse: Dans tous les comman-
dements et les prescriptions du Seigneur, I;ApOtre l'a
resume en disant: Selon la Loi I82 . Avant I'Evangile en
effet, il n'y avait pas une loi pour ceux-la, une autre pour
celui-ci, mais une seule et meme Loi, dont nous lisons
qu'elle fut donnee par MOIse a leurs peres, et suivant
laquelle Zacharie aussi etait pretre et sacrifiait a son
tour.
Et pourtant I' Apotre, alors pourvu <Je cette meme
justice, poursuit en ces tennes: Ce qui ames yeux etait
un gain, a cause du Christ je l' ai considere comme une
perte. Mais en verite, j'en viens meme a penser que tout
est perte, tant est sureminente la connaissance du Christ
Jesus, notre Seigneur,. a cause de lui, je me suis mis a
tout considerer comme un dommage, et meme a tout
regarder comme des dechets, afin de gagner le Christ
et d' etre trouve en lui, non avec ma justice, celie qui
vient de la Loi, mais avec la justice qui nait par la foi en
Christ, celie qui vient de Dieu dans la foi ,. ceci afin de le
connaitre, lui, la puissance de sa resurrection et la com-
munion a sa passion, etant devenu conforme a lui dans
sa mort, pour parvenir, si possible, a la resurrection des
morts I83 .
En consequence, les propos sur Zacharie et Elisabeth
sont bien loin de nous faire croire qu'ils aient ete par-
faitement justes safts Ie moindre peche, car nous ne
pensons pas non plus que I' Apotre lui-meme ait atteint
la perfection dans I' observance absolue de cette meme
regIe, et ce, non seulement selon la justice de la Loi qu' il
observait comme eux, et qu'il considere comme perte
et dechets en comparaison de la sureminente justice qui
est dans la foi en Christl 84 , mais encore selon I , Evangile
meme, ou il a pourtant merite la primaute d'un si grand
apostolat. Voila une remarque que je n' oserais faire, si je
n'estimais pas impie de ne pas ici l'en croire lui-meme.
275
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Vbi enim sequitur et adiungit: Non quia iam acce-
perim aut iam perfectus [93] sim, sequor autem si
conprehendam in quo et adprehensus sum a Christo
Iesu. Fratres, ego me ipsum non arbitror adprehen-
disse,. unum autem, quae retro oblitus in ea quae ante
sunt extentus, secundum intentionem sequor ad pal-
mam supernae uocationis Dei in Christo Iesu, ipse se
confitetur nondum accepisse, nondum esse perfectum
in plenitudine iustitiae quam adipisci dilexit in Christo,
sed adhuc secundum intentionem sequi et praeterita
obliuiscentem in ea quae ante sunt extendi, ut nouerimus
etiam ad ipsum pertinere illud quod ait: Et si exterior
homo noster corrumpit, sed interior renouatur de die in
diem, quamuis iam esset perfectus uiator, etsi nondum
erat ipsius itineris perfectione peruentor.
Denique tales uult secum in isto cursu comites rapere
quibus continuo subiungit et dicit: Quotquot ergo per-
fecti, hoc sapiamus ,. et si quid aliter sapitis, hos quoque
Deus uobis reuelabit ,. uerum tamen in quod peruenimus,
in eo ambulemus. Ambulatio ista non corporis pedibus,
sed mentis affectibus et uitae moribus geritur, ut possint
esse perfecti iustitiae possessores, qui recto itinere fidei
de die in diem sua renouatione proficientes iam perfecti
facti sunt eiusdem iustitiae uiatores.
XIV, 21. Sic itaque omnes quicumque in hac uita
diuinarum scripturarum testimoniis in bona uoluntate
185. Phil. 3, 12-14.
186. II Cor. 4, 16b.
187. II n' est pas possible de rendre peruentor en franais par un
autre substantif. Selon De consensu euangelistarum, II, 29, 49 et
Contra Faustum, 33, 7, Ie terme etait usite pour designer ceux qui
reussissent a contacter des autorites, bien que ce soit Ie plus souvent
grace a des intermediaires. De Trinitate, 12, 23 evoque aussi, par
peruentor, l'etre humain qui parvient aux n5alites intelligibles, mais
ne peut se maintenir dans leur contemplation, ce qui fait, en effet,
Penser a Paul rapportant avoir connu des extases (cf. II Cor. 12, 2-4).
188. Phil. 3, 15-16.
276
LIVRE II
L' ApOtre poursuit en effet en ajoutant: Ce n' est pas
que j'aie deja reu ou que je sois deja parfait, mais je
poursuis ma course pour tenter de saisir, en ce que j' ai
aussi ete saisi par le Christ Jesus. Freres,je ne pense pas
avoir saisi moi-meme,. mais j' ai un seul but: oubliant
ce qui est en arriere et tendu vers ce qui est en avant,
je poursuis ma course conformement a cette tension, en
vue de la palme celeste a laquelle Dieu nous appelle
dans le Christ Jesus I85 . Ce faisant, il reconnait que lui-
meme n' a pas encore reu, qu' il n' est pas encore parfait
dans la plenitude de la justice qu' il desirait atteindre
dans Ie Christ, mais que, confonnement a cette tension,
il poursuit encore sa course et que, oubliant Ie passe,
il est tendu vers ce qui est en avant. II veut que nous
sachions qu'a lui aussi s'applique ce qu'il dit: Meme
si, en nous, l'homme exterieur se corrot, l'homme
interieur, lui, se renouvelle de jour enjour l 6; bien qu'il
rut deja un voyageur accompli, neanmoins il n' etait as
encore parvenu a I' accomplissement de son chemin I 7.
II veut enfin entrainer avec lui dans cette course des
compagnons semblables a lui, pour lesquels il ajoute
aussitot: Nous tous, done, qui sommes parfaits, c' est
ainsi qu' il nous faut penser,. et si, sur quelque point,
vous pensez autrement, cela aussi Dieu vous le revelera ,.
cependant, la ou nous sommes parvenus, marchons en
ce sens I88 . Or cette marche ne requiert pas les pieds
de notre corps, mais la disposition de notre ame et la
conduite de notre vie; ainsi se peut-il que soient en
parfaite possession de la justice les hommes qui, pro-
gressant sur Ie droit chemin de la foi en se renouvelant
de jour en jour I89 , sont deja devenus, quant a cette meme
justice, des voyageurs parfaits 190.
XIV, 21. C'est pourquoi tous ceux que les divines
Ecritures ont celebres en leur rendant temoignage pour
189. Cf. II Cor. 4, 16b.
190. Voir la NC 56: «Rom. 7, 14-25: aveu de faiblesse Personnelle
reconnue par saint Paul».
277
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
atque actibus iustitiae praedicati sunt, et quicumque tales
uel post eos fuerunt, quamuis non eisdem testimoniis
praedicati atque laudati, uel nunc usque etiam sunt uel
postea quoque futuri sunt, omnes magni, omnes iusti,
omnes ueraciter laudabiles sunt, sed sine peccato aliquo
non sunt quoniam scripturarum testimoniis, quibus de
illorum laudibus credimus, hoc etiam credimus, non
iustificari in conspectu Dei [94] omnem uiuentem et
ideo rogari ne intret in iudicium cum seruis suis et non
tantum uniuersaliter fidelibus omnibus, uerum etiam
singulis esse orationem dominicam necessariam quam
tradidit discipulis suis.
XV, 22. «At enim ait Dominus: Estote perfecti sicut
pater uester caelestis perfectus est, quod non praecipe-
ret, inquiunt, si sciret fieri non posse quod praecipit.»
Non nunc quaeritur utrum fieri possit si istam perfec-
tionem ad hoc accipiunt ut sine ullo sit quisque peccato
cum hanc agit uitam - iam enim supra respondimus
posse fieri - sed utrum aliquis faciat, hoc nunc quaeri-
muse Neminem autem esse qui tantum uelit quantum res
exigit ante praecognitum est, sicut scripturarum quae
supra commemoraui testimonia tanta declarant.
Et tamen cum dicitur cuiusque perfectio, qua in re
dicatur uidendum est. Nam ex Apostolo testimonium
paulo ante posui ubi se fatetur in acceptione iustitiae
quam desiderat nondum esse perfectum, et tamen
continuo dicit: Quotquot ergo perfecti, hoc sapiamus;
quod utrumque non diceret nisi in alia re perfectus esset,
191. Cf. Ps. 142,2.
192. Cf. Ps. 142,2.
193. Matth. 5,48.
194. Objection (27) identique a celie (19) que rapporte plus haut II,
3, 3, mais enrichie de l'appui sur Matth. 5, 48 et analogue a la these
(18) signalee en II, 2, 2, donc sans doute aussi entendue puis rapportee
par Marcellinus, voire lue dans Ie libellus.
195. Voir plus haut, II, 13, 20.
278
LIVRE II
leur bonne volonte et leurs actes de justice en cette vie,
tous ceux qui, apres eux, leur ont ressemble sans que ce
meme temoignage les ait celebres ou loues, tous ceux qui
leur ressemblent a present encore ou leur ressembleront
a I'avenir aussi, tous ceux-la sont grands, justes, verita-
blement dignes d' eloge, et pourtant ils ne sont pas sans
quelque peche ; car, si nous croyons les temoignages des
Ecritures a la louange de ces hommes, nous la croyons
egalement en ceci: aucun vivant n'est trouve juste aux
yeux de Dieu 191, et c' est pourquoi l' on prie, pour qu' il
n' entre point en jugement avec son serviteur I92 ; et la
priere que Ie Seigneur a laissee a ses disciples est une
necessite a la fois pour tous les fideles en general et pour
chacun en particulier. '
XV, 22. «Mais, objectent-ils, Ie Seigneur dit: Soyez
parfaits comme votre Pere celeste est parfait I93 ; or il
ne commanderait pas cela, s' il savait que ce qu' il com-
man de est impossibleI 94 .»
La question a present n' est pas de savoir s' il est possi-
ble qu'un homme soit sans peche en cette vie (puisqu'ils
conoivent ainsi la perfection) car nous avons deja
repondu plus haut que c' etait possible; en revanche,
existe-t-il un homme qui realise cette perfection, telle
est la question qui nous occupe a present. Or il est deja
bien connu qu' il n' est personne pour avoir une volonte a
la hauteur de ce precepte, comme Ie montrent clairement
les eminents temoignages des Ecritures cites plus haut.
D' ailleurs, quand elles parlent de perfection pour un
homme, il faut voir en quel sens elles en parlent. Car je
citais tout a I'heure I95 " un temoignage de I' Apotre ou il
reconnait n' etre pas encore parfait en ce qui conceme
I' accueil de cette justice qu' il desire 196; et pourtant il
poursuit: Nous tous, done, ui sommes parfaits, c' est
ainsi qu'il nous faut penser 97; il ne tiendrait pas ces
deux propos contradictoires s'il n'etait parfait en un
196. Cf. Phil. 3, 12.
197. Phil. 3, 15.
279
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
in alia non esset. Velut si iam sit quisquam sapientiae
perfectus auditor - quod nondum erant illi quibus dice-
bat: Lac uobis potum dedi, non escam,. nondum enim
poteratis sed nee adhuc quidem potestis; eis quippe et
illud ait: Sapientiam loquimur inter perfectos, utique
perfectos auditores uolens intellegi - potest ergo fieri,
sicut dixi, ut iam sit aliquis sapientiae perfectus auditor
cuius nondum sit perfectos et doctor; potest perfectos
esse iustitiae cognitor, nondum [95] perfectos effector;
potest perfectus esse ut diligat inimicos qui nondum
est perfectus ut sufferat. Et qui perfectus est in eo quod
omnes homines diligit, quippe qui etiam ad inimicorum
dilectionem peruenerit, quaeritur utrum iam sit in ipsa
quoque dilectione perfectus, id est utrum quos diligit
tantum diligat quantum ilIa incommutabilis regula ueri-
tatis diligendos esse praescribit.
Cum ergo legitur in Scriptoris cui usque perfectio, qua
in re dicatur non neglegenter intuendum est, quoniam
non ideo quisque prorsus sine peccato esse intellegitur,
quia in aliqua re dicitur esse perfectos. Quamquam et in
hoc possit ita dici ut non quia iam non est quo proficiat,
sed quia ex maxima parte profecit, hoc nomine dignus
habeatur, sicut in docb1na legis dici potest quisquam d
perfectus, etiamsi eum aliquid adhuc latet ; sicut perfec-
tus dicebat Apostolus quibus tamen ait: Et si quid aliter
sapitis, id quoque uobis Deus reuelabit,. uerum tamen
in quod peruenimus, in eo ambulemus.
XVI, 23. Neque negandum est hoc, Deum iubere ita
nos in facienda iustitia esse debere perfectos ut nullum
d. Le CSEL opte pour un quisque present dans une minorite de
manuscrits.
198. I Cor. 3, 2a.
199. I Cor. 2, 6a.
280
LIVRE II
sens, mais en un autre non. C'est comme si un homme
etait deja parfaitement apte a entendre la sagesse; tels
n' etaient pas encore ceux auxquels I' Apotre disait: C' est
du lait que je vous ai donne a boire, non de la nourri-
ture solide ,. car vous n' en etiez pas encore capables, et
meme a present vous n' en etes pas encore capables I98 ;
mais, de fait, il leur dit aussi: Il est une sage sse que
nous prechons parmi les parfaits 199, voulant certes faire
comprendre qu' il s' agit d' auditeurs parfaits; il peut donc
amver, disais-je, qu 'un homme soit deja parfaitement
apte a entendre la sagesse sans etre encore parfaitement
apte a I' enseigner; il peut connaitre parfaitement la
justice sans pouvoir encore la realiser parfaitement; il
peut etre parfait au point d' aimer ses enneniis sans etre
encore assez parfait pour les supporter. Quant a celui qui
est parfait en ce qu'il aime tous les hommes, etant meme
parvenu a I' amour des ennemis, reste a savoir s' il est
deja parfait jusque dans cet amour meme, c' est-A-dire si
ceux qu' il aime, illes aime autant que I' immuable regIe
de la verite prescrit de les aimer.
Quand donc dans les Ecritures on parle de perfection
pour un homme, il faut examiner soigneusement en que I
sens on en parle, car si un homme est dit parfait en un
sens, cela ne signifie pas pour autant qu'il soit absolu-
ment sans peche. Encore que, la aussi, cela puisse etre
dit au sens ou un homme est juge digne de ce nom, non
pas parce qu' il n' a plus de progres a faire, mais parce
qu'il a fait la majeure partie de ces progres; de meme,
on peut dire d'un homme qu'il connait parfaitement la
Loi, meme si quelque point lui demeure encore obscur;
et de meme I' Apotre qualifiait de parfaits ceux auxquels
il dit pourtant: Et si, sur quelque point, vous pensez
autrement, cela aussi Dieu vous le revelera ,. cependant,
la ou nous sommes parvenus, marchons en ce sens 2OO .
XVI, 23. On ne saurait nier que Dieu nous assigne Ie
devoir d' etre parfaits dans I' observance de la justice au
200. Phil. 3, 15-16.
281
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
habeamus omnino peccatum. Nam neque peccatum erit,
si quid erit, si non diuinitus iubetur ut non sit.
« Cur ergo iubet, inquiunt, quod scit nullum hominum
esse facturum ?» Hoc modo etiam dici potest cur primis
illis hominibus iusserit qui duo soli erant, quod sciebat
eos non esse facturos. Neque enim dicendum est, ideo
iussisse ut nostrum aliquis id faceret si illi non facerent;
hoc enim, ne de ilIa scilicet arbore cibum sumerent, non
nisi iUis solis Deus ius sit quia, sicut sciebat quid iustitiae
facturi non erant, ita etiam sciebat quid iustitiae de illis
erat ipse facturus. Eo [96] modo ergo iubet omnibus
hominibus ut non faciant ullum peccatum, quamuis
sit praesciens neminem hoc inpleturum, ut quicumque
impie ac damnabiliter eius praecepta contempserint, ipse
faciat eorum damnatione quod iustum est, quicumque
autem in eius praeceptis oboedienter et pie proficientes
nec tamen omnia quae praecepit inplentes, sicut sibi
dimitti uolunt, sic aliis peccata dimiserint, ipse faciat
in eorum mundatione quod bonum est. Quomodo enim
dimittenti dimittitur per Dei misericordiam, si peccatum
non est? Aut quomodo non uetatur per Dei iustitiam, si
peccatum est?
24. «Sed ecce, inquiunt, Apostolus dicit: Bonum
certamen certaui, cursum consummaui, fidem seruaui;
superest mihi corona iustitiae, quod non diceret si habe-
ret ullum peccatum. »
Immo uero respondeant quomodo potuit haec dicere
cui adhuc restabat ipsius passionis quam sibi inpendere
dixerat tam magna conflictatio, tam molestum et grande
201. Objection (28) analogue it la precedente, probablement de la
meme source.
202. Cf. Gen. 2, 17.
203. Cf. Matth. 6, 12.
204. II Tim. 4, 7-8.
205. Affirmation (29), puisee sans doute aux memes sources que
les deux precedentes.
282
LIVRE II
point que nous soyons exempts de tout peche. De fait,
s'il se commet un peche, ce n'en sera pas un si Dieu ne
prescrit pas de n' en point commettre.
«Pourquoi donc, objectent-ils, Dieu ordonne-t-il ce
qu'il sait qu' aucun homme ne fera 20 I ?» De la sorte,
on pourrait aussi demander pourquoi il a ordonne aux
premiers humains, qui n'etaient que deux, ce qu'il savait
qu'ils ne feraient pas. On ne saurait non plus dire, en
effet, que Dieu a ordonne que l'un de nous fasse cela
pour Ie cas 00 eux ne Ie feraient pas: il n' a donne qu' a
eux seuls cet ordre, a savoir de ne pas prendre de nour-
riture a cet arbre 202 , car, de meme qu' il savait ce qu' ils
ne feraient pas selon la justice, de meme i1 savait aussi
ce que lui-meme ferait a leur egard selon la justice. De
meme, il ordonne donc a tous les hommes de ne com-
mettre aucun peche, tout en sachant par avance que nul
n' accomplira pleinement cet ordre, en sorte que tous
ceux qui auront ete assez impies et condamnables pour
mepriser ses commandements, Dieu lui-meme fasse ce
qui est juste en les condamnant et qu'en revanche tous
ceux qui, progressant dans la pieuse obeissance a ses
commandements sans toutefois accomplir pleinement
tout ce qu'il a commande, auront pardonne aux autres
leurs peches comme ils veulent que leur soient pardonnes
les leurs 203 , Dieu lui-meme fasse ce qui est bon en les
purifiant. En effet s' il n' est pas de peche, comment Dieu,
dans sa misericorde, pardonnerait-il a qui pardonne? Et,
si Ie peche existe, comment Dieu, dans sa justice, ne
l'interdirait-il pas?
24. «Mais, voyez, objectent-t-ils, I' Apotre dit: J' ai
combattu le bon combat, j'ai acheve ma course, j'ai
garde la foi,. il ne me reste qu' a recevoir la couronne
de justice 204 ; et il ne dirait pas cela, s'il avait Ie moindre
peche 205 . »
J'aimerais au contraire qu'ils nous expliquent: com-
ment I' Apotre a pu parler ainsi quand illui restait encore
a soutenir une lutte si importante, un combat si rude et
si grand, celui de sa passion, qu' il venait de presenter
283
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
certamen. An ad eius consummandum cursum parum
adhuc deerat, quando illud deerat, ubi erat futurus acrior
et crudelior inimicus ? Quodsi ideo talibus uerbis certus
securusque gaudebat quia de uictoria futuri tanti certa-
minis certum eum securumque iam fecerat qui eandem
passionem iam illi reuelauerat inminere, non re plenis-
sima sed spe firmissima haec dixit, et quod futurum esse
praesumpsit tamquam factum fuerit indicauit. Si ergo his
uerbis etiam hoc adderet ut diceret: «Nullum habeo iam
peccatum», hoc quoque ilium intellegeremus non de rei
factae, sed de rei futurae perfectione dixisse. Sic enim
ad ipsius cursus consummationem pertinebat nullum
habere peccatum, quod isti putant, cum haec diceret, iam
in illo fuisse conpletum, [97] quemadmodum ad ipsius
cursus consummationem pertinebat etiam in certamine
passionis aduersarium superare, quod etiam ipsi necesse
est fateantur, cum haec diceret, adhuc in illo fuisse
conplendum. Hoc ergo totum nos dicimus tunc fuisse
adhuc perficiendum, quando iam de Dei promissione
praefidens totum ita dicebat tamquam fuisset effectum.
Ad ipsius quippe cursus consummationem pertinebat
etiam quod peccata dimittebat debitoribus suis atque ita
sibi ut dimitterentur orabat; qua Domini pollicitatione
certissimus erat in illo fine quem adhuc futurum iam
fidendo dicebat inpletum, nullum se habiturum esse
peccatum.
Nam, ut alia omittam, miror si, cum uerba ilia dicebat
per quae istis uisus est nullum habuisse peccatum, iam
fuerat ab illo ablatus ille stimulus carnis de quo a se
auferendo Dominum ter interrogauerat responsumque
206. Cf. II Tim. 4, 6.
207. Cf. II Tim. 4, 6.
208. Cf. Matth. 6, 12.
209. Lafides de Paul s' ajuste au sens objectif que lui donne Hebr. 11,
1 (LaJoi est la realite de ce qu'on espere, la preuve des choses qu'on
ne voit pas), comme exprime plus loin (cf. II, 24, 38).
210. Cf. II Cor. 12,7-9. Surce «je me demande vraiment» (miror),
signe d'une reelle evolution d' Augustin dans sa Perception de la
284
LIVRE II
comme deja imminente 206 . Lui manquait-il donc si peu
de chose pour achever sa course, quand illui manquait
de connaitre ce combat ou l'ennemi se montrerait plus
achame et plus cruel? S' il exprimait sa joie en ces ter-
mes, avec assurance et certitude, parce que de sa victoire
dans Ie grand combat a venir il etait deja assure et rendu
certain par celui qui lui avait deja revele l'imminence de
cette meme passion 207 , cela etant, ces paroles lui etaient
dictees, non par une realite pleine et entiere, mais par
une esperance tres fenne, et ce qu'il a decrit comme un
fait accompli, c' est I' avenir qu ' il pressentait. Par conse-
quent, a supposer meme qu' a ces paroles il ait ajoute la
fonnule: «Je n' ai plus aucun peche», nous entendrions
que, la encore, il s' agit de I' accomplissement, non d 'une
realite existante, mais d'une realite a venit. En effet, s'il
importait a l'achevement de sa course me me qu'il n'eOt
aucun peche (ce qui, a les en croire, etait deja pleinement
realise en lui quand il prononait ces mots), de meme
il importait a I' achevement de cette course meme qu' il
triomphat de I' adversaire jusque dans Ie combat de sa
passion; or nos objecteurs eux-memes en conviendront:
quand il prononait ces mots, cela devait encore etre
pleinement realise en lui. Nous disons donc que tout
devait encore etre acheve en cette heure ou I' Apotre,
plein de confiance en la promesse de Dieu, s' exprimait
deja comme si tout eOt ete accompli. De fait, il importait
encore a I' achevement de cette course me me qu' il remIt
leurs peches a ses debiteurs et priat pour que les siens
lui fussent remis 208 ; et c' est a cause de la promesse du
Seigneur qu'il etait parfaitement sOr de n'avoir plus
aucun peche au moment de cette fin encore a venir mais
que, dans sa foi 209 , il disait deja pleinement realisee.
De fait, pour m' en tenir a cette seule question, je me
demande vraiment si, a I 'heure ou il prononait ces mots
qui leur ont fait croire qu'il etait sans peche, il etait deja
delivre de cet aiguillon de la chair, dont il avait, trois
fois, prie Ie Seigneur de Ie delivrer 2IO , recevant cette
saintete de Paul, voir la NC 56.
285
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
acceperat: Sufficit tibi gratia mea,. uirtus in infirmitate
perficitur. Huic tanto uiro perficiendo necessarium fuit
ut ab illo angelus Satanae non auferretur, a quo propterea
colaphizabatur ne magnitudine reuelationum extollere-
tur, et audet quisquam quemquam uel putare uel dicere
positum sub onere uitae huius ab omni omnino mundum
esse peccato ?
25. Sint licet homines tanta excellentes iustitia ut ad
eos de columna nubis loquatur Deus, qualis Moyses et
Aaron in sacerdotibus eius et Samuhel in his qui inuocant
nomen eius, cuius magnae laudes pietatis et innocentiae
scriptura ueridica [98] praedicantur ab ineunte pue-
ritia, ex quo eum mater uotum soluens in templo Dei
constituit et seruum Domino dedicauit, etiam de tali bus
tamen scriptum est: Tu propitius eras illis et uindicans
in omnes affectiones eorum. In filios quippe damnationis
uindicat iratus, in filios autem gratiae uindicat propitius,
dum quem diligit corripit et flagellat omnem filium
quem recipit. Nulla autem uindicta, nulla correptio,
nullum Dei flagellum debetur nisi peccato, excepto illo
qui in flagella paratus est ut experiretur omnia secundum
similitudinem sine peccato, ut esset sanctus sanctorum
sacerdos interpellans etiam pro sanctis, qui non menda-
citer etiam de se quisque dicunt: Dimitte nobis debita
nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris.
V nde et ipsi qui contra haec disputant, cum sint casta
uita moribusque laudabiles nec dubitent facere quod illi
diuiti pro consequenda uita aetema consilium requirenti,
211. II Cor. 12, 9a.
212. Cf. Ps. 98, 7.
213. Ps. 98,6.
214. Cf. I Sm. 1, 11.
215. Ps. 98, 8.
216. Cf. Prou. 3, 12.
217. Cf. Hebr. 12,6.
218. Cf. Ps. 37, 18.
219. Cf. Hebr. 4, 15.
286
LIVRE II
reponse : Ma grace te suffit ,. la vertu s ' accomplit dans la
jaiblesse 2I1 . Un si grand homme avait donc besoin, pour
devenir parfait, de n'etre pas de livre de l'ange de Satan
qui Ie souffletait precisement pour qu' il ne s' enorgueillit
pas de la grandeur des revelations reues ; et I' on oserait
penser, on oserait dire qu 'un homme, charge du fardeau
de cette vie, est absolument pur de tout peche !
25. Accordons qu'il y ait des hommes d'une justice
si eminente que Dieu leur parle depuis la colonne de
nuee 212 , tels Moise et Aaron parmi ses rretres, et
Samuel parmi ceux qui invoquent son nom 2I - Samuel
dont I , Ecriture, tou jours veridique, loue grandement
la piete et I' innocence des Ie plus jeune age, du jour
oil sa mere, comme elle en avait fait Ie vreu, I' etablit
dans Ie temple de Dieu et Ie consacra au service du
Seigneur 2I4 - eh bien! meme de tels hommes il est
pourtant ecrit: Toi, tu etais bienveillant envers eux,
mais tu les unissais aussi pour tous leurs changements
d' humeur 2 5. Car si Dieu punit dans sa colere les fils
de la condamnation, il punit aussi dans sa bienveillance
les fils de la grace: celui qu'il aime, ille corrige 2I6 , et il
chatie Ie fils qu' il accueille 2I7 . Or il n' est nulle punition
divine, nulle correction, nul chatiment, qui ne soient
dus au peche, exception faite pour celui qui a accepte
les chatiments 2I8 pour eprouver toutes choses a notre
ressemblance, mais sans Ie peche 2I9 , afin d' etre Ie retre
saint entre tous, intercedant meme pour les saints 2 0, qui
eux aussi disent sincerement et chacun a son propos:
Remets-nous nos dettes, comme no us aussi nous remet-
tons a nos debiteurs22 I
C'est pourquoi ceux-la meme qui combattent nos
idees peuvent, certes, meriter des eloges pour leur vie
pure et pour leur conduite; ils peuvent, certes, suivre
sans hesiter I' avis donne a ce riche qui demandait
conseil pour obtenir la vie etemelle; comme il venait
220. Cf. Hebr. 7,24-25.
221. Matth. 6, 12.
287
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
cum se respondisset iam omnia legis inpleuisse mandata,
precepit Dominus, si uellet esse perfectus, uenderet
omnia quae habebat et daret pauperibus thesaurumque
transferret in caelum, nemo tamen eorum audet dicere
se esse sine peccato. Quod, sicut credimus, non fallaci
animo dicunt ; si autem mentiuntur, eo ipso incipiunt uel
augere uel habere peccatum.
XVII, 26. lam ergo quod loco tertio posui uideamus.
Cum uoluntatem humanam gratia adiuuante diuina
sine peccato in hac uita possit homo esse, cur non
sit, possem facillime ac ueracissime respondere: quia
homines nolunt. Sed si ex me quaeritur quare nolint,
imus in longum; uerum tamen etiam hoc sine praeiu-
dicio diligentioris inquisitionis breuiter dicam. N olunt
homines facere quod iustum est, siue quia latet an ius-
tum sit siue quia non delectate [99] Tanto enim quidque
uehementius uolumus, quanto certius quam bonum sit
nouimus eoque delectamur ardentius. Ignorantia igitur
et infinnitas uitia sunt quae inpediunt uoluntatem ne
moueatur ad faciendum opus bonum uel ab opere malo
abstinendum.
Vt autem innotescat quod latebat et suaue fiat quod
non delectabat, gratiae Dei est qua hominum adiuuat
uoluntates; qua ut non adiuuentur in ipsis itidem causa
est, non in Deo, siue damnandi praedestinati sunt propter
222. Cf. Matth. 19,20-21.
223. Augustin est tout dispose a faire I' eloge des objecteurs dont
la vie morale et :)pirituelle cherche sincerement a repondre aux apPels
evangeliques, et il se Peut qu'il Pense ici it Pelage, dont la reputation
de bonne conduite lui etait connue. nleur fait credit d' etre de bonne
foi dans leur desir declare de saintete. Mais 1 'humilite leur commande
de se reconnaitre cheurs, donc encore en chemin. Dans Ie De spiritu
et littera, ouvrage qi prolongera en quelque sorte ce livre II, l'eveque
ecrit en ce sens: «A mon avis, il a beaucoup progresse en cette vie
dans Ie Perfectionnement de la justice, celui qui, en progressant, a
compris combien il est loin de la Perfection de la justice» (De sp. et
288
LIVRE II
de repondre qu' il avait pleinement accompli tous les
commandements de la Loi, Ie Seigneur lui enjoignit, s'il
voulait etre parfait, de vendre tout ce qu' il possedait, de
Ie donner aux pauvres, et de transporter son tresor dans
Ie cie1 222 ; neanmoins aucun d'entre eux n'oserait se dire
sans peche. Cela, ils Ie disent sans intention de tromper,
croyons-nous22; mais s'ils mentent, ils commencent
par la meme a accroitre leur peche ou a pecher.
3. Reponse it la troisieme sous-question: pourquoi
se fait-i1 qu'aucun humain n'est sans peche? - Parce
que les humains, par ignorance ou par faiblesse, ne
veulent pas bien agir.
XVII, 26. Voyons donc maintenant Ie troisieme point
que j' ai propose. Puisque I' aide qu' apporte la grace
divine a la volonte humaine pennet a l'homme d'etre
sans peche en cette vie, pourquoi n'en est-il pas ainsi?
Je pourrais tres facilement et en toute verite repondre a
cette question: parce que les hommes ne Ie veulent pas.
Mais si I' on me demande pourquoi ils ne Ie veulent pas,
cela nous entraine loin; pourtant, j'y repondrai aussi, en
peu de mots, sans prejudice d'un examen plus attentif.
Les hommes ne veulent pas faire ce qui est juste, soit
qu ' illeur echappe que cela est juste, soit parce qu ' ils n' y
trouvent aucun plaisir. En effet, nous voulons d' autant
plus vivement toute chose que nous la connaissons plus
certainement pour bonne et que nous y trouvons un plus
ardent plaisir. L'ignorance et la faiblesse sont donc des
vices qui empechent la volonte de se porter a faire une
bonne action ou as' abstenir d 'une mauvaise.
Or, pour que se fasse connaitre ce qui echappait et
que devienne agreable ce qui n' offrait aucun plaisir, il
faut la grace divine, qui vient en aide aux volontes des
hommes. S'ils n'en sont point aides, c'est encore en
eux-memes que se trouve la cause, et non en Dieu, soit
lilt. 36,64, CSEL 60, p. 225: «Quantum mihi uidetur, in ea quae perfi-
cienda est iustitia multum in hac uita ille profecit qui quam longe sit a
perfectione iustitiae proficiendo cognouit » ).
289
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
iniquitatem superbiae, siue contra ipsam suam super-
biam iudicandi et erudiendi si filii sunt misericordiae.
Vnde Hieremias cum dixisset: Scio, Domine, quia non
est in homine uia eius nee uiri est ut ambulet et dirigat
gressus suos, continuo subiunxit: Corripe me, Domine,
uerum tamen in iudicio et non in furore tuo, tamquam
diceret: «Scio ad correptionem meam pertinere quod
minus abs te adiuuor ut perfecte dirigantur gressus mei ;
uerum tamen hoc ipsum noli sic mecum agere tamquam
in furore quo iniquos damnare statuisti, sed tamquam
in iudicio quo doces tuos non superbire.» V nde alibi
dicitur: Et iudicia tua adiuuabunt me.
27. Nullius proinde culpae humanae in Deum referas
causam. Vitiorum namque omnium humanorum causa
superbia est. Ad hanc conuicendam atque auferendam
talis medic in a caelitus uenit: ad elatum hominem per
superbiam Deus humilis descendit per misericordiam,
gratiam claram manifestamque commendans in ipso
homine quem tanta prae participibus suis caritate sus-
cepit. Neque enim et ipse ita uerbo Dei coniunctus ut
ea coniunctione unus Filius Dei et [100] idem ipse unus
filius hominis fieret, praecedentibus suae uoluntatis
meritis fecit. V num quippe ilium esse oportebat; esset
autem et duo et tres et plures si hoc fieri posset non per
Dei proprium donum, sed per hominis liberum arbittium.
224. L'expression filii misericordiae (deja employee en I, 22, 32)
designe les humains se laissant pardonner par Dieu, a commencer par
leur bapteme, distincts des orgueilleux endurcis. Augustin a souligne
que chaque humain est responsable de sa relation aDieu (la precision
«a cause de I' iniquite de [leur] orgueil» ecarte un pur arbitraire du
luge divin) mais, etrangement, it surajoute un choix divin de pre-
destination a la condamnation (<< siue damnandi praedestinati sunt»)
pourtant absent de Hier. 10, 24 comme de l'Ecriture entiere, laquelle
ne confesse que la vocation divine des humains au salut (cf. Eph. 1,
11-12: II nous a predestines a etre, ala louange de sa gloire, ceux qui
ont par avance espere dans Ie Christ). Mais la paraphrase fait dire au
prophete que Dieu reserverait aux uns sa colere, aux autres son juge-
ment a visee de correction, quand Ie verset dit seulement I' importance
de la responsabilite Personnelle a travers cet acte de foi qu' est la priere
du prophete.
290
LIVRE II
qu'ils aient ete predestines a la condamnation a cause
de I' iniquite de leur orgueil, soit qu' il leur faille etre
juges et instruits contre leur orgueil meme, s' ils sont
fils de la misericorde 224 . C' est pourquoi, apres avoir dit:
Ie sais, Seigneur, que le chemin d'un etre humain ne
depend pas de lui, et qu'il n'appartient pas a l'homme
de marcher et de diriger ses pas 225 , Jeremie a aussitot
ajoute ces patoles : Corrige-moi, Seigneur, mais selon ta
justice, non se Lon ta colere 226 , comme s' il disait: «C' est
pour ma correction, je Ie sais, que je suis moins aide
de toi, pour que mes pas soient parfaitement diriges.
Pourtant, en cela meme, n'agis pas avec moi comme
dans la colere par laquelle tu as resolu (ie condamner
les impies, mais comme tu Ie fais dans Ie jugement par
lequel tu enseignes aux tiens a ne pas s' enorgueillir. »
C' est pourquoi il est dit ailleurs: Et tes jugements me
viendront en aide 227 .
27. Par consequent, n'impute aDieu aucune faute
humaine. Car la cause de tous les vices humains reside
dans I' orgueil. Mais, pour Ie confondre et I' extirper, voici
quel remede nous est venu du ciel: jusqu'a l'homme
eleve par orgueil, Dieu, dans son humilite, s' est abaisse
par misericorde, faisant manifestement eclater sa grace
en l'homme meme, dont il a pris la nature, dans l'amour
infini qu' il lui portait, en regard de ses autres creatu-
res 228 . Car ce n'est pas non plus l'homme lui-meme qui,
prenant les devants par les merites de sa volonte, a rea-
lise l'union avec Ie Verbe de Dieu, de sorte que, grace a
cette union, un seul t meme etait a la fois Fils de Dieu
et fils de I 'homme. Car il fallait que celui-la fOt unique;
ils seraient au contraire deux, trois et meme davantage,
si cela pouvait se faire non par Ie don pro pre de Dieu,
225. Hier. 10,23.
226. Hier. 10, 24.
227. Ps. 118,175.
228. Cf. Ps. 44, 8. Cf. Hebr. 1,9 et 3, 14.
291
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Hoc ergo praecipue commendatur, hoc in sapientiae
atque scientiae thesauris in Christo absconditis, quantum
existimare audeo, praecipue docetur et discitur.
Ideo quisque nostrum bonum opus suscipere, agere,
inplere nunc scit, nunc nescit, nunc delectatur, nunc
non delectatur, ut nouerit non suae facultatis, sed diuini
muneris esse uel quod scit uel quod delectatur, ac sic
ab elationis uanitate sanetur et sciat quam uere non de
terra ista, sed spiritaliter dictum sit: Dominus dabit
suauitatem et terra nostra dab it fructum suum. Tanto
autem magis delectat opus bonum quanto magis diligitur
Deus, summum atque incommutabile bonum et auctor
qualiumcumque bonorum omnium. Vt autem diligatur
Deus, caritas eius diffusa est in cordibus nostris non per
nos, sed per Spiritum sanctum qui datus est nobis.
XVIII, 28. Sed laborant homines inuenire in nostra
uoluntate quid boni sit nostrum quod nobis non sit ex
Deo, et quomodo inueniri possit ignoro. Excepto enim
quod Apostolus ait cum de bonis hominum loqueretur:
Quid enim habes quod non accepisti ? Si autem accepisti,
quid gloriaris quasi non acceperis?, ipsa etiam ratio,
quae de his rebus a talibus quales sumus iniri potest,
quemlibet nostrum quaerentem uehementer angustat
ne sic defendamus gratiam ut liberum arbitrium auferre
uideamur, rursus ne liberum sic asseramus arbitrium ut
superba impietate ingrati Dei gratiae iudicemur.
229. Cf. Col. 2, 3.
230. Ps. 84, 13.
231. Rom. 5, 5. C'est la l'unique renvoi de l'ouvrage a un verset
dont A.-M. LA BONNARDIERE, «Le verset paulinien Rm 5, 5 dans
l'reuvre de st Augustin», dans Augustinus Magister, II, Paris, 1954,
p.657-665, a pourtant releve au moins 201 mentions entre 387 et
429, dont 150 apres 411. Mais il est abondamment cite dans l'Ep. 140
(lettre en chantier quand Augustin acheve Pecc. mer.), avec la meme
association a I Cor. 4, 7b, et on Ie rencontre 14 fois dans Ie De spiritu
et littera, ce complement au livre II de Pecc. mer. que I' eveque ecrit
pour Marcellinus au printemps ou ai' ete 412.
232. I Cor. 4, 7.
292
LIVRE II
mais par Ie libre arbitre de I 'homme. Voila donc ce qui
est principalement mis en lumiere ; voila donc ce qui est
principalement enseigne et appris - j' ose du moins Ie
penser - dans les tresors de sagesse et de science caches
dans Ie Christ 229 .
Si chacun de nous, lorsqu' il s' agit d' entreprendre, de
faire, d' accomplir une bonne reuvre, tantot sait Ie faire,
tantot ne Ie sait pas, tantot y trouve plaisir, tantot n' en
trouve aucun, c' est pour qu' il prenne conscience que
ce savoir ou ce plaisir ne dependent pas de ses facultes,
mais de la grace divine, et qu' ainsi il se trouve gueri
de sa vaine arrogance et sache avec quelle verite il est
dit, non pas de cette terre, mais en un sens spirituel:
Le Seigneur donnera la douceur et notre terre donnera
son fruit 230 . Or une bonne action procure d' autant plus
de plaisir que I' on a plus d' amour pour Dieu, bien
souverain et immuable, auteur de tous les biens sans
distinction. Mais pour que Dieu soit aime, sa tendresse
a ete repandue dans nos ClEurs, non pas de notre fait,
mais par l' Esprit Saint qui nous a ete donne/23I .
XVIII, 28. Mais les hommes s' acharnent a decouvrir
dans notre volonte un bien qui soit notre et ne nous
vienne pas de Dieu, et j'ignore comment on peut Ie
decouvrir. En effet, si I' on omet ce que dit I' Apotre,
parlant des biens de I 'homme: Qu' as-tu, en effet, que tu
n' aies refu? Or, si tu l' as refu, fourquoi t' en glorifier
comme si tu ne l' avais pas refu 23 ?, la raison, elle aussi,
qui peut etre engagee par des gens tels que nous dans
ces considerations, embarrasse fort quiconque parmi
nous s' interroge: nous craignons de defendre la grace
au point de paraitre supprimer Ie libre arbitre, mais
inversement, nous craignons d' affinner Ie libre arbitre
au point d'etre accuses d'ingratitude envers la grace de
Dieu en une orgueilleuse impiete 233 .
233. Sur cette delicate relation entre grace divine et liberte humaine,
voir la NC 57: «Vive conscience d' Augustin de devoir tenir ensemble
necessite de la grace et realite de la responsabilite humaine».
293
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
29. [101] Namque illud Apostoli quod commemo-
raui, sic defendere quidam uoluerunt ut dicerent: «Ideo
quicquid etiam bonae uoluntatis habet homo, Deo
ttibuendum esse quia et hoc in illo esse non posset si
homo ipse non esset; cum uero, ut sit aliquid atque ut
homo sit non habeat nisi a Deo, cur non auctori Deo
ttibuatur etiam quicquid in illo est bonae uoluntatis,
quod non esset nisi esset in quo esset? »
Sed hoc modo etiam illud dici potest malam quoque
uoluntatem Deo auctori e tribuendam, quia nec ipsa esse
posset in homine nisi homo esset in quo esset. Vt autem
homo sit, Deus auctor est; ita et eius malae uoluntatis
quae, nisi hominem haberet ubi esset, esse omnino non
posset, ad auctorem Deus esse referendum. Quod nefas
est dicere.
30. Quapropter nisi obtineamus non solum uoluntatis
arbitrium, quod huc atque illuc liberum flectitur atque in
eis naturalibus bonis est quibus et male uti malus potest,
sed etiam uoluntatem bonam, quae iam in eis bonis est
quorum esse usus non potest malus nisi ex Deo nobis
esse non posse, nescio quemadmodum defendamus
quod dictum est: Quid enim habes quod non accepisti ?
Nam si nobis libera quaedam uoluntas ex Deo est quae
adhuc potest esse uel bona uel mala, bona uero uoluntas
ex nobis est, melius est id quod a nobis quam quod ab
illo est.
Quod si absurdissime dicitur, oportet fateamur
etiam bonam uoluntatem nos diuinitus adipisci.
Quamquam uoluntas mirum si potest in medio quodam
ita con[102]sistere ut nec bona nec mala sit. Aut enim
iustitiam diligimus et bona est - et si magis diligimus
e. Le CSEL intercale ici un esse present dans une minorite de
temoins anciens.
234. Affirmation (30) qui presente une affinite avec les declarations
18 (II, 2, 2) et 19 (II, 3, 3), donc sans doute, comme elles, entendue par
Marcellinus, voire lue dans Ie libellus.
294
LIVRE II
29. De fait, ces paroles de I' Apotre que je viens de
citer, certains ont pretendu ainsi les defendre: «Toute la
bonne volonte que I 'homme possede do it etre attribuee
a Dieu pour la simple raison qu' elle aussi ne pourrait
exister en l'homme si lui-meme n' existait pas; or, puis-
qu'il tient de Dieu seul son existence et son humanite,
pourquoi ne pas encore attribuer au Dieu createur toute
la bonne volonte qui est en lui, laquelle n' existerait pas
si elle ne trouvait ou exister 234 ?»
Mais, de cette faon, on pourrait aller jusqu' a dire
qu'il faut attribuer au Dieu createur la mauvaise volonte
aussi, car elle non plus ne pourrait exister en I 'homme
s'il n'y avait pas d'homme en qui elle pO,t exister. Or,
si I 'homme existe, son createur est Dieu; ainsi, pour
ce qui est de sa mauvaise volonte, laquelle ne pourrait
aucunement exister si elle ne trouvait d'homme ou
exister, il faudrait renvoyer a un Dieu qui en serait aussi
I' auteur. Mais un tellangage serait impie.
30. C' est pourquoi, si nous n' affinnons pas que nous
ne pouvons tenir que de Dieu, non seulement I' arbitrage
de notre volonte, qui incline librement ici ou la et figure
parmi les biens naturels dont Ie mauvais peut egalement
mal user, mais encore la bonne volonte, qui fait deja
partie des biens dont l'usage ne peut etre mauvais, je ne
sais comment nous defendrons ce qui a ete dit: Qu' as-tu
que tu n' aies reu235 ? Car si nous tenons de Dieu une
volonte libre, laquelle peut encore etre bonne ou mau-
vaise, alors que nous tenons de nous la bonne volonte,
ce qui vient de nous v.aut mieux que ce qui vient de lui.
Face a une telle absurdite, il nous faut avouer que nous
acquerons aussi la bonne volonte par grace divine. II est
d' ailleurs etonnant que la volonte puisse s' arreter dans
une position mediane et n'etre ni bonne ni mauvaise.
En effet, soit nous aimons la justice, et la volonte est
bonne - et si nous I' aimons plus, elle est meilleure, si
235. I Cor. 4, 7.
295
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
magis bona, si minus minus bona est - aut si omnino
non diligimus non est bona. Quis uero dubitet dicere
uoluntatem nullo modo iustitiam diligentem non modo
esse malam, sed etiam pessimam uoluntatem? Si ergo
uoluntas aut bona est aut mala et utique malam non
habemus ex Deo, restat ut bonam uoluntatem habeamus
ex Deo; alioquin nescio, cum ab eo iustificamur, quo
alio munere ipsius gaudere debeamus. Et hinc scriptum
arbitror: Paratur uoluntas a Domino et in Psalmis: A
Domino gressus hominis dirigentur f et uiam eius uolet
et quod Apostolus ait: Deus est enim qui operatur in
uobis et uelle et operari pro bona uoluntate.
31. Quocirca quoniam quod a Deo nos auertimus
nostrum est - et haec est uoluntas mala -, quod uero
ad Deum nos conuertimus nisi ipso excitante atque
adiuuante non possumus - et haec est uoluntas bona-,
quid habemus quod non accepimus? Si autem accepi-
mus, quid gloriamur quasi non acceperimus? Ac per
hoc ut qui gloriatur, in Domino glorietur, quibus hoc
Deus donare uoluerit eius misericordiae est, non meritis
illorum, quibus autem noluerit ueritatis est. Iusta nam-
que peccatoribus poena debetur quoniam misericordiam
et ueritatem diligit Dominus Deus et: Misericordia
et ueritas occurrerunt sibi et: Vniuersae uiae Domini
misericordia et ueritas. Et quis explicet quam crebro
haec duo coniuncta diuina scriptura commemoret?
f. Le CSEL opte pour diriguntur, atteste pourtant par une minorite
d'anciens manuscrits. L'ensemble de l'enonce est au futuro
236. Prou. 8, 35 selon la traduction latine de la Septante dont dis-
posait Augustin. C'est la premiere apparition connue de cette citation
sous la plume de I' eveque. Voir la NC 58 : «Pro bona uoluntate : bonne
volonte humaine ou divine?»
237. Ps. 36, 23.
238. Phil. 2, 13. Voir la NC 58: «Pro bona uoluntate: bonne
volonte humaine ou divine?» et la NC 59: «Liberte du chretien dans
son actuelle condition humaine ».
296
LWRE II
nous l'aimons moins, elle est moins bonne -, so it nous
ne I' aimons pas du tout, et la volonte n' est pas bonne.
Or qui hesiterait a dire qu'une volonte qui n'aime en
aucune faon la justice est une volonte mauvaise, et
meme tres mauvaise? Si donc la volonte est soit bonne
soit mauvaise et si, dans tous les cas, nous ne tenons
pas de Dieu la mauvaise volonte, il s' ensuit que nous
tenons de lui la bonne volonte. Sinon, je ne sais de que I
autre don de Dieu nous devrions nous rejouir quand il
nous justifie. Et t' est pourquoi, je pense, il est ecrit: La
volonte est preparee par le Seigneur 236 , de meme que
dans les Psaumes: Les pas de l'homme seront diriges
par le Seigneur et il decidera de sa voie 237 , ou encore,
chez I' Apotre: C' est Dieu, en effet, qui rialise en vous
et de vouloir et de realiser selon une volonte bonne 238 .
31. Ainsi, puisque nous detoumerde Dieu nous appar-
tient en propre (et c' est la mauvaise volonte), tandis que
nous toumer vers Dieu nous est chose impossible sans
son incitation et son aide precisement (et c'est la bonne
volonte), qu' avons-nous que nous n' ayons reu239? Or,
si nous l'avons reu, pourquoi nous en glorifier comme
si nous ne l'avions pas reu240? Et par la meme, pour
que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur2 4I ,
ceux auxquels Dieu a voulu faire ce don Ie doivent a sa
misericorde et non a leur merite, ceux auxquels il I' a
refuse Ie doivent a sa verite. De fait, un juste chatiment
est dO aux pecheurs puisue le Seigneur Dieu aime la
misericorde et la verite/24 , que misericorde et verite se
sont rencontrees 243 , et que toutes les voies du Seigneur
sont misericorde et verite/244. Qui saurait denombrer
avec quelle frequence la divine Ecriture les mentionne
239. Cf. I Cor. 4, 7.
240. Cf. I Cor. 4, 7.
241. I Cor. 1,31;IICor. 10, 17.
242. Ps. 83,12.
243. Ps. 84, 11.
244. Ps. 24, 10.
297
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Aliquando [103] etiam mutatis nominibus ut gratia pro
misericordia ponatur - unde est: Et uidimus gloriam
eius, gloriam tamquam unigeniti a Patre, plenum gratia
et ueritate -, aliquando pro ueritate iudicium, sicut est:
Misericordiam et iudicium cantabo tibi, Domine.
32. Quare autem illos uelit conuertere, illos pro
auersione punire, cum et in beneficio ttibuendo nemo
iuste reprehend at misericordem et in uindicta exercenda
nemo iuste reprehendat ueracem, sicut in illis euangeli-
cis operariis aliis placitam mercedem reddentem, aliis
etiam non placitam largientem nullus iuste culpauerit,
cons ilium tamen occultioris iustitiae penes ipsum est.
XIX. Nos, quantum concessum est, sapiamus et intel-
legamus, si possumus, Dominum Deum bonum ideo
etiam sanctis suis alicuius operis iusti aliquando non tti-
buere uel certam scientiam uel uictticem delectationem,
ut cognoscant non a se ipsis, sed ab illo sibi esse lucem
qua inluminentur tenebrae eorum et suauitatem qua det
fructum suum terra eorum.
33. Cum autem ab illo illius adiutorium deprecamur
ad faciendam perficiendamque iustitiam, quid aliud
deprecamur quam ut aperiat quod latebat et suaue faciat
quod non delectabat? Quia et hoc ab illo esse deprecan-
dum eius gratia didicimus, dum antea lateret, eius gratia
dileximus, dum antea non delectaret, ut qui gloriatur non
in se, sed in Domino glorietur. Extolli quippe in super-
biam propriae uoluntatis est hominum, non operis Dei;
neque enim ad hoc eos con[I04]pellit aut adiuuat Deus.
245. loh. 1, 14.
246. Ps. 100, 1.
247. Cf. Matth. 20,9-10.
248. Cf. Luc. 1,79 et Ps. 84,13.
249. Cf. I Cor. 1, 31.
298
LIVRE II
toutes deux con jointement ? Parfois aussi elle modifie les
tennes, si bien que grace est mis pour misericorde, ce
qui donne: Et nous avons vu sa gloire, gloire telle que le
Fils unique la refoit de son Pere ,. nous l' avons vu rempli
de grace et de verite/245; et parfois c' est jugement qui
remplace verite, comme dans ce passage: Je chanterai,
Seigneur, ta misericorde et ton jugement 246 .
32. Quant a savoir pourquoi il veut toumer vers lui
les uns et punir les autres pour s' etre detoumes de lui,
bien que personne ne soit en droit de Ie blamer quand il
manifeste sa misericorde dans I' attribution d 'un bienfait,
ni quand il dit la verite dans l'exercice de sa vindicte, de
meme que, dans Ie cas des travailleurs de I' evangile 247 ,
nul n'etait en droit d'accuser celui qui payait aux uns Ie
salaire convenu et aux autres donnait meme plus que Ie
salaire convenu, Dieu lui-meme, en tout cas, detient Ie
dessein d 'une justice encore plus impenetrable.
XIX. Pour nous, sachons, autant qu' il nous I' a ete
concede, et comprenons, si nous Ie pouvons, que, si Ie
Seigneur Dieu, qui est bon, parfois n' accorde pas, meme
a ses saints, soit la connaissance assuree, so it Ie plaisir
qui pousse a une reuvre juste, c' est pour qu' ils appren-
nent que ce n'est pas d'eux-memes mais de lui que leur
viennent la lumiere qui illumine leurs tenebres et la
douceur qui pennet a leur terre de porter son fruit 248 .
33. Or, quand nous Ie prions de nous accorder son aide
pour pratiquer et parfaire la justice, de quoi Ie prions-
nous, sinon de decouvrir ce qui echappait et de rendre
doux ce qui ne charmait pas? Car c'est par sa grace que
nous avons appris qu' il fallait aussi lui demander cela,
alors que cela, auparavant, echappait; c' est par sa grace
que nous avons aime cela, qui, auparavant, ne charmait
pas; ainsi, celui qui se glorifie ne se glorifiera pas en
lui-meme, mais dans Ie Seigneur 249 . En effet, etre porte
a l'orgueil releve de la volonte propre des hommes, non
de I' reuvre de Dieu: a cela, Dieu ne les pousse ni ne les
aide.
299
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Praecedit ergo in uoluntate hominis adpetitus quidam
propriae potestatis, ut fiat inoboediens per superbiam.
Hic autem adpetitus etiam si non esset, nihil molestum
esset et cum hoc uoluit homo sine difficultate noluisset;
secutum est autem ex debita iusta poena tale uitium ut
iam molestum esset oboedire iustitiae. Quod uitium nisi
adiuuante gratia superetur, ad iustitiam nemo conuer-
titur; nisi operante gratia sanetur, iustitiae pace nemo
perfrui tur.
Cuius autem gratia uincitur et sanatur nisi illius cui
dicitur: Conuerte nos, Deus sanitantium nostrarum,
et auerte iram tuam a nobis? Quo et si facit, miseri-
cordia facit ut dicatur: Non secundum peccata nostra
fecit nobis nee secundum iniquitates nostras retribuit
nobis. Et quibus non facit, iudicio non facit. Et quis
dicet illi: «Quid fecisti cui misericordia et iudicium pia
sanctorum mente cantatur?» Idcirco etiam sanctos et
fideles suos in aliquibus uitiis tardius sanat, ut in his eos
minus quam inplendae ex omni parte iustitiae sufficit,
delectet bonum, siue cum latet siue cum etiam manifes-
tum est ut, quantum pertinet ad integerrimam regulam
ueritatis eius, non iustificetur in conspectu eius omnis
uiuens. Nec in eo ipso uult nos damnabiles esse, sed
humiles, commendans nobis eandem gratiam suam, ne
facilitatem in omnibus adsecuti nostrum putemus esse
quod eius est; qui error multum est religioni pietatique
contrarius.
Nec ideo tamen in eisdem uitiis nobis pennanen-
dum esse existimemus, sed aduersus ipsam maxime
250. Ps. 84, 5.
251. Ps. 102, 10.
252. Cf. Ps. 100, 1.
253. Cf. Ps. 142, 2.
300
LWRE II
Ainsi donc, dans la volonte de I 'homme precede
un certain appetit de sa propre puissance qui Ie rend
desobeissant par orgueil. Or, s' il n' existait meme pas
cet appetit, rien ne serait penible: quand l'homme a
voulu une chose, il n' aurait eu aucune difficulte a ne
pas la vouloir; mais d'un chatiment juste et merite a
decoule ce vice qu' illui fut desonnais penible d' obeir a
la justice. Et si ce vice n' est pas dompte par Ie secours
de la grace, nul ne se toume vers la justice; s' il n' est pas
gueri par I' operation de la grace, nul ne jouit de la paix
qu' apporte la justice.
Or a qui appartient la grace qui pennet de Ie vaincre
et de Ie guerir sinon a celui auquel il est dit: F ais-
nous revenir, Dieu de nos guerisons, 'et detourne de
nous ta colere 250 ? S'il Ie fait a quelque egard, c'est
par misericorde qu'ille fait, si bien qu'il est dit: Il ne
nous a pas traites selon nos peches ni retribues selon
nos iniquites 25I . Et pour ceux auxquels il ne Ie fait
pas, c'est par son jugement qu'il ne Ie fait pas. Et qui
lui dira: «Qu' as-tu fait, toi dont la misericorde et Ie
jugement sont chantes par I' ame pieuse des saints 252 ?»
S'il tarde a guerir meme ses saints et ses fideles en ce
qui conceme certains vices, c' est pour que, dans ces
vices, Ie bien leur plaise moins qu' il n' est necessaire
au parfait accomplissement de la justice, soit quand
il leur echappe, soit meme quand il est manifeste, de
sorte qu'aucun etre vivant, pour ce qui regarde la rele
inalterable de sa verite, n' est justifie en sa presence 53.
Et en cela meme il ne veut pas nous condamner, mais
nous rendre humbls, nous faisant eprouver cette meme
grace qui est sienne, afin que nous ne tenions pas pour
notre ce qui lui appartient parce ue nous aurions en
toutes choses rencontre la facilite 54; cette erreur est
fort contraire a la religion et a la piete.
Ne pen sons pas cependant qu' il nous faille pour autant
persister dans les memes vices mais, pour ce qui est de
254. Cf. I Cor. 4, 7.
301
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
superbiam propter quam in eis humiliamur g et nos
uigilanter conemur et ipsum deprecemur ardenter
simul intelle[105]gentes et quod sic conamur et quod
sic precamur do no illius nos habere, ut in omnibus non
ad nos respicientes, sed sursum cor habentes Domino
Deo nostro gratias agamus et, cum gloriamur, in illo
gloriemur.
XX, 34. Quartum iam illud restat quo explicato, quan-
tum adiuuat Dominus, senno quoque iste tam prolixus
tandem tenninum sumat, utrum qui omnino numquam
ullum peccatum habuerit habiturusque sit, non solum
quisquam natorum hominum sit, uerum etiam potuerit
aliquando esse uel possit.
Hunc prorsus nisi unum mediatorem Dei et hominum,
hominem Christum Iesum, nullum uel esse uel fuisse uel
futurum esse certissimum est. Vnde iam multa diximus
de baptismo paruulorum, qui si nullum peccatum
habent, non solum sunt homines innumerabiles sine
peccato, uerum etiam fuerunt et erunt. Porro si ueraciter
illud constitit unde secundo loco egimus, neminem esse
sine peccato, profecto nec paruuli sine peccato sunt. Ex
quo conficitur, etsi quisquam in hac uita esse potuisset
qui uirtute ita perficeretur ut ad tantam plenitudinem
iustitiae perueniret qua nullum haberet omnino pecca-
tum, fuisse tamen eum antea peccatorem unde in istam
nouitatem uitae conuerteretur non esse dubitandum.
Etenim secundo illo loco aliud quaerebatur, aliud in
hoc quarto propositum est. Nam in illo utrum aliquis in
hac uita ad perfectam, quae prorsus sine ullo peccato
g. Le CSEL retient humilamur, que ne donnent que deux temoins
anciens.
255. Cf. I Cor. 1, 31.
256. Cf. I Tim. 2, 5.
257. Augustin renvoie ici Marcellinus et ses autres lecteurs au
livre I.
258. Essentiellement en II, 7, 8 - 13, 20.
302
LNRE II
nous, deployons des efforts vigil ants et prions ardem-
ment Dieu pour combattre avant tout I' orgueil qui fait
qu' en ces vices nous sommes humilies; et comprenons
en meme temps que ces efforts et ces prieres memes
nous sont un don de Dieu; ainsi en toutes choses, sans
un regard sur nous-memes mais en elevant notre creur,
nous rendrons graces au Seigneur notre Dieu et, lorsue
nous nous glorifierons, nous nous glorifierons en lui 2 5.
4. Reponse a la quatrieme sous-question: a-t-il pu
et pourra-t-il exister un etre humain indemne de tout
pkhe? - Non, a l'exception de Jesus.
xx, 34. Reste desonnais Ie quatrieme point qui, une
fois developpe avec l'aide du Seigneur, clora du meme
coup enfin ce si long propos: il s' agit de savoir s' il existe,
parmi les enfants des hommes, et meme s' il a pu un jour
ou s' il peut exister un etre qui, absolument jamais, n' ait
eu ou ne doive avoir aucun peche.
Or un tel etre, assurement, il est absolument certain
qu'a l'exception du seul Mediateur entre Dieu et les
hommes, l'homme Jesus-Christ 256 , il n'en existe, n'en
a existe ou n' en existera aucun. Voila pourquoi nous
avons deja tant parle du bapteme des tout-petits 257 car,
s'ils n'ont aucun peche, innombrables sont les hommes
sans peche non seulement dans Ie present, mais aussi
dans Ie passe et I' avenir. Allons plus loin: si I' on recon-
nalt comme une verite etablie ce dont nous avons traite
en deuxieme lieu 258 , a savoir que personne n' est sans
peche, assurement les tout-petits non plus ne sont pas
sans peche. D' ou il. s' en suit que, meme s' il avait pu
exister dans cette vie un homme assez parfait en vertu
pour parvenir a une telle plenitude de justice qu' il n' eOt
absolument aucun peche, il ne faut point douter qu' il
eOt pourtant ete pecheur avant de se toumer vers cette
renovation de sa vie.
En effet, la question traitee dans Ie deuxieme point
etait differente de celIe qui est proposee ici en quattieme
lieu. Peut -on, en cette vie, parvenir a la perfection
totalement exempte de peche par Ie zele de sa volonte
303
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
est, uitam perueniret per gratiam Dei studio uoluntatis,
hoc requirebatur; in hoc autem quarto, utrum esset in
filiis hominum uel esse potuisset aut posset qui non
ex peccato ad iustitiam perfectissimam perueniret, sed
nullo omnino umquam peccato esset obsttictus, hoc
quaeritur. Ideo, si ilia uera sunt quae [106] tam multa
de paruulis diximus, nec est iste in filiis hominum quis-
quam nee fuit nec erit, excepto uno mediatore in quo
nobis propitiatio et iustificatio posita est per quam finitis
inimicitiis peccatorum reconciliemur Deo. Non itaque
ab re est, quantum praesenti causae sufficere uidetur,
ab ipso exordio generis humani pauca repetere, quibus
aduersus quaedam quae mouere possent legentis animus
infonnetur.
XXI, 35. Posteaquam illi primi homines, uir unus
Adam et ex illo Eua uxor eius, accepto Dei praecepto
seruare oboedientiam noluerunt, iusta eos poena ac
debita consecuta est. Sic enim comminatus fuerat
Dominus, quod ea die qua uetitum cibum ederent morte
morerentur. Proinde, quia utendi ad escam omni ligno
quod in paradiso erat acceperant potestatem, in quo
etiam lignum uitae plantauerat Deus, ab illo autem solo
eos prohibuerat, quod appellauit scientiae boni et mali,
quo nomine significaretur experientiae consequentia,
et quid boni custodita et quid mali essent transgressa
prohibitione sensuri, recte profecto intelleguntur ante
malignam diaboli persuasionem abstinuisse cibo uetito
atque usi fuisse concessis ac per hoc et ceteris et praeci-
pue ligno uitae.
259. Cf. I Tim. 2, 5.
260. Cf. Rom. 3, 25.
261. Cf. Rom. 5, 10-11.
262. Augustin se propose donc, en quelque sorte, de reintroduire ici
la reftexion qu'il avait menee dans Ie livre I (section I, 9, 9 - 15, 20).
nle fait dans la section II, 21, 35 - 24, 38 en partant de Gen. 1-3 puis
en y retoumant.
263. Cf. Gen. 2, 17.
304
LWRE II
aide de la grace divine? Telle est la question traitee dans
Ie deuxieme point. Existe-t-il, a-t-il pu ou peut-il exister,
parmi les enfants des hommes, non un etre qui parvienne,
au sortir du peche, a la justice la plus parfaite, mais un
etre qui n'ait absolumentjamais ete lie par aucun peche?
Voila, en revanche, la question traitee ici dans Ie qua-
trieme point. Si donc ce que nous avons si longuement
developpe au sujet des tout-petits est vrai, il n'existe, n'a
existe et n' existera aucun etre tel parmi les enfants des
hommes, a I' exception du seul Mediateur2 59 , sur lequel
reposent notre pardon et notre justification 260 qui, met-
tant fin aux inimities de nos peches, nous reconcilient
avec Dieu26I . Aussi n' est - il pas hors de propos - mais
dans une me sure qui semble suffisante au present sujet
- de remonter en quelques mots a I' origine meme du
genre humain, afin de premunir I' esprit du lecteur contre
certaines difficultes susceptibles de I' ebranler 262 .
XXI, 35. Apres gue les premiers humains, Adam,
Ie seul homme, et Eve, son epouse qui fut tiree de lui,
eurent refuse d'obeir plus longtemps au precepte reu
de Dieu, un chatiment juste et merite s'ensuivit. Le
Seigneur, en effet, avait fonnule la menace qu' ils mour-
raient de mort Ie jour ou ils mangeraient la nourriture
defendue 263 . Ainsi donc, ils avaient reu Ie pouvoir
d'user, pour se nourrir, de tout arbre existant au paradis,
dans lequel Dieu avait aussi plante I' arbre de vie, mais
illeur en avait interdit un seul, qu' il appela I' arbre de la
science du bien et du maI 264 , nom destine ales eclairer
sur les suites de I' experience ainsi que sur Ie bien ou Ie
mal qu' ils eprouveraient selon qu' ils respecteraient ou
transgresseraient l'interdiction ; de ce fait, on comprend
bien, assurement, qu' ils se sont abstenus de la nourriture
interdite avant la persuasion maligne du demon, et qu 'ils
ont use des arbres permis, donc de tous, en particulier de
I' arbre de vie.
264. Cf. Gen. 2,9.16.17.
305
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Quid enim absurdius quam ut credantur ex aliis arbo-
ribus alimenta sumpsisse, non autem etiam ex illo quod
et similiter pennissum fuerat et utilitate praecipua per
aetatum labem mutari, quamuis animalia corpora atque
in mortem ueterescere non sinebat, tribuens hoc corpori
humano de suo corpore beneficium et mystica signifi-
catione demons trans quid per sapientiam, cuius figuram
gestabat, conferretur animae rationali, ut alimento eius
uiuificata nequaquam in labem mortemque nequitiae
uerteretur? Merito enim de ilia dicitur: Li[107]gnum
uitae est amplectentibus eam. Sicut haec arbor in cor-
porali, sic ilia in spiritali paradiso, ista exterioris, ilIa
interioris hominis sensibus praebens uigorem sine ulla
in deterius temporis commutatione uitalem.
Seruiebant igitur Deo uehementer sibi commendata
pietate oboedientiae, qua una colitur Deus. Quae per se
ips am quanta sit quamque sola sufficiat ad tuendam ratio-
nalem sub creatore creaturam, non potu it excellentius
intimari quam ut a ligno prohiberentur non malo. Absit
enim ut bonorum creator qui fecit omnia et ecce bona
ualde, male aliquid in illius etiam corporalis paradisi
fertilitate plantaret. Sed ut ostenderetur homini cui esset
sub tali Domino utilissima seruitus, quantum esset solius
oboedientiae bonum quam solam de famulo exegerat,
cui oboedire non propter ipsius dominatum, sed propter
seruientis utilitatem potius expediret, ab eo ligno sunt
prohibiti, quo si uterentur non prohibiti, nihil omnino
paterentur, ut quod illo post prohibitionem utentes passi
265. Prou. 3, 18.
266. Gen. 1,31.
306
LIVRE II
Quoi de plus absurde, en effet, que de croire qu' ils
ont mange les fruits des autres arbres, mais pas de celui-
la qui leur avait ete pareillement pennis et qui, par une
vertu speciale, empechait que leurs corps, malgre leur
nature animale, ne se trouvent changes par la souillure
des ans et ne vieillissent jusqu' a la mort? II communi-
quait au corps humain ce bienfait tire de sa propre nature
et revelait, en un sens mystique, ce qui, par la sagesse
dont il etait la figure, etait confere a I' Arne raisonnable,
afin que, vivifiee par son aliment, elle ne tombe en
aucune maniere dans la souillure et la mort du mal. Et
c'est avec raison qu'on dit de la sa 8 esse: Elle est l'arbre
de vie pour ceux qui s'y attachent 65. De mme que cet
arbre etait dans Ie paradis terrestre, elle est dans Ie para-
dis spirituel, l'un procurant aux facultes exterieures de
I 'homme, I' autre a ses facultes interieures une vigueur
dont la vie se maintient sans etre aucunement degradee
par Ie temps.
lIs servaient donc Dieu avec la pieuse obeissance
a eux vivement recommandee, par laquelle seule on
rend un culte a Dieu. Or la grandeur de l'obeissance en
elle-meme et combien, a elle seule, elle suffit a garder
la creature raisonnable soumise a son Createur, cela ne
pouvait leur etre intime de faon plus excellente qu' en
leur interdisant de toucher a un arbre qui n' etait pas mau-
vais. Loin de nous, en effet, I' idee que Ie Createur de tout
bien, I' auteur de toutes choses - et voici to utes choses
tres bonnes 266 - pOt planter quelque chose de mauvais
dans Ie sol fertile de ce paradis, meme terrestre. Mais
Dieu voulait que fOt mantre a I 'homme, qui connaissait
sous un tel Maitre une servitude tres profitable, que I bien
representait a elle seule I' obeissance, seule exigence
imposee au serviteur, dont I' interet etait d' obeir non pas
tant a cause de la souverainete divine que pour Ie profit de
celui qui servait; illeur fut donc interdit de toucher a cet
arbre, dont I' usage ne leur aurait fait aucun mal sans cette
interdiction, afin qu' il fut suffisamment manifeste que ce
qu'ils ont subi en usant de cet arbre apres I' interdiction
307
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
sunt satis ostenderetur quod eis hoc non intulerit arbor
cibo noxio pemiciosa, sed tantum oboedientia uiolata.
XXII, 36. Hanc ergo priusquam uiolassent, placebant
Deo et placebat eis Deus et, quamuis corpus animale
gestarent, nihil inoboediens in illo aduersum se moueri
sentiebant. Faciebat quippe hoc ordo iustitiae ut, quia
eorum anima farnulum corpus a Domino acceperat, sicut
ipsa eidem Domino suo, ita illi corpus eius oboediret
atque exhiberet uitae illi congruum sine ulla resistentia
famulatum. Hinc et nudi erant et non confundebantur.
Animam quippe rationalem naturali uerecundia nunc
pudet quod in carne in cuius seruitutem ius potestatis
accepti, nescio qua infinnitate efficere non [108] potest,
ut se nolente moueantur membra et se uolente mouean-
tur. Quae propter hoc in quouis casto merito appellantur
pudenda, quod aduersus dominam mentem, quasi suae
sint potestatis, sicut libitum est, excitantur idque solum
iuris in his habent frena uirtutis ut ad inmundas et inlici-
tas corruptiones ea peruenire non sinant.
Haec igitur carnis inoboedientia quae in ipso motu est,
etiamsi habere non pennittatur effectum, non erat in illis
tunc primis hominibus quando nudi erant et non confun-
debantur. Nondum quippe anima rationalis domina
carnis inoboediens extiterat Domino suo, ut poena reci-
proca inoboedientiam experiretur carnem famulam suam
cum sensu quodam confusionis et molestiae suae, quem
sensum certe ipsa per inoboedientiam suam non intulit
267. Cf. I Cor. 15,44a.
268. Cf. Gen. 2, 25.
269. «Chair» (caro) est ici identifie a «corps» (corpus), mais
ensuite (II, 23, 37) designe la condition native humaine comme Ie fait
Paul en Rom. 8, 3 (in similitudine carnis peccati) a propos de l'in-
carnation du Verbe.
270. Deja evoque en I, 16, 21. Augustin d6crit ici l'asPeCt pul-
sionnel de la sexualite humaine. Voir la NC 38: «La sexualite, lieu
d'exrience sensible de la condition humaine, blessee par Ie peche
originel ».
308
LIVRE II
ne leur est pas venu d 'un arbre dangereux par la nocivite
de ses fruits, mais seulement de la transgression de
I' obeissance.
XXII, 36. Avant donc qu'ils ne l'eussent transgressee,
ils etaient agreables aDieu et Dieu leur etait agreable et,
bien que revetus d 'un corps animaf2 67 , ils ne sentaient en
lui aucun mouvement rebelle a leur encontre. L' ordre de
la justice, en effet, realisait ceci: leur ame ayant reu du
Seigneur un corps qui lui etait soumis, comme cette ame
elle-meme obeissait a son Seigneur, pareillement son
corps lui obeissait et lui manifestait sans aucune resis-
tance une soumission confonne a la vie paradisiae.
C' est pourquoi ils etaient nus et n' en rougissaient pas 68.
En effet, si aujourd'hui l'ame raisonnable eprouve de la
honte par pudeur naturelle, c' est qu' en ce qui conceme
la chair 269 , qu' elle a reu Ie pouvoir d' asservir, je ne sais
que lie faiblesse l'empeche d'obtenir que ses membres
ne soient pas ebranles quand elle ne Ie veut pas et qu' ils
Ie soient quand elle Ie veut. Et ce qui justifie chez toute
personne chaste Ie fait qu' on les appelle parties honteu-
ses, c' est qu' ils s' excitent a leur gre contre I' ame, leur
maitresse, comme s' ils relevaient de leur pro pre pouvoir,
et que I 'unique droit dont disposent sur eux les freins
de la vertu est de les empecher d'arriver a d'impures et
illicites debauches 27o .
Donc cette desobeissance de la chair, presente dans
l'impulsion elle-meme, meme si l'on ne pennet pas
qu'elle soit sui vie d'effet, n'existait pas alors chez ces
premiers humains, puisqu' ils etaient nus et n' en rougis-
saient pas27 I . C' est que I' ame raisonnable, maitresse de
la chair, n' avait pas encore fait preuve de desobeissance
envers son Seigneur et, partant, n' experimentait pas la
desobeissance de la chair, sa servante, comme un chati-
ment en retour, avec un certain sentiment de confusion et
de gene, sentiment qu'elle-meme n'a certes pas inspire a
271. Cf. Gen. 2, 25.
309
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Deo. Neque enim Deo pudendum est aut molestum, si
nos ei non oboedimus, cuius in nos summam potestatem
nullo modo minuere ualeamus, sed nobis pudendum est
quod imperio nostro caro non seruit, quia hoc fit per
infinnitatem quam peccando meruimus uocaturque
peccatum habitans in membris nosttis. Sic est autem
hoc peccatum ut sit poena peccati.
Denique posteaquam est ilia facta transgressio et
anima inoboediens a lege sui Domini auersa est, habere
coepit contra eam seruus eius, hoc est corpus eius,
legem inoboedientiae et puduit illos homines nuditatis
suae animaduerso in se motu quem ante non senserant,
quae animaduersio apertio dicta est oculorum; neque
enim oculis clausis inter illas arbores oberrabant. Sic
et de Agar scriptum est: Aperti sunt oculi eius et uidit
puteum. Tunc illi homines pudenda texerunt quae Deus
illis membra, ipsi uero pudenda fecerunt. [109]
XXIII, 37. De hac lege peccati nascitur caro peccati
expianda per illius sacramentum qui uenit in similitu-
dine carnis peccati, ut euacuetur corpus peccati quod
et corpus mortis huius appellat, unde miserum hominem
272. Dans la Cite de Dieu, Augustin revient sur cette obeissance
initiale chez les premiers humains et emploie la meme expression
reciproca poena (cf. Ciu. 13, 13, BA 35, p. 282-283) pour designer un
effet de leur desobeissance aDieu.
273. L' expression combine Rom. 7, 17 (= Rom. 17, 20: peccatum
habitans) et Rom. 7,23 (legi peccati quae in membris meis habitat).
274. «Peehe en tant que chitiment du peche». Voir la NC 38.
Meme si, en Rom. 7, Paul ne prolonge pas son examen de la faiblesse
du baptise par un retour sur ce qu'il disait, en Rom. 5, sur Ie reten-
tissement sur l'humanite de la faute d' Adam, l'analyse d' Augustin
n' en est pas moins fondee a deceler ici une piste pour distinguer entre
conscience des peches Personnels et conscience d'une emprise plus
vaste touchant, de naissance, tous les humains.
275. Cf. Gen. 3, 7. Mais Ie recit biblique est muet sur ce point.
Augustin extrapole en referant la conscience honteuse, par Adam et
Eve, de leur nudite a une experience d' excitation non controlee de
leurs organes sexuels. Le meme «retrecissement» s' etait manifeste au
livre I (I, 29, 57), quand Augustin lisait en Rom. 6, 6 une exhortation
de Paul aux cl1retiens a maitriser chacun les pulsions de ses organes
genitaux. Voir la NC 38.
310
LIVRE II
Dieu par sa desobeissance 272 . Dieu, en effet, ne saurait
eprouver ni honte ni gene si, pour notre part, nous ne
lui obeissons pas, car nous ne pouvons en aucune faon
entamer son pouvoir souverain sur nous; mais nous,
nous devons avoir honte de ce que la chair n'est pas
soumise a notre empire, car cela provient de la faiblesse
que nous avons meritee en chant et s' appelle le peche
qui habite en nos membres 73. Mais il est peche en tant
que chatiment du peche 274 .
Enfin, quand la transgression eut ete accomplie et
que I' ame, en desobeissant, se fut detoumee de la loi
de son Seigneur, son propre serviteur, c' est-A-dire Ie
corps, adopta des lors contre elle la loi de desobeissance
et les hommes, alors, eurent honte de leur nudite en
decouvrant en eux-memes un mouvement non encore
eprouve; c' est cette decouverte dont il est dit que leurs
yeux furent ouverts 275 ; car ils n' avaient pas les yeux
fermes lorsqu' ils se promenaient parmi les arbres. Ainsi
est-il ecrit d' ASar elle aussi: Ses yeux s' ouvrirent et
elle vit un puits 76. Alors les hommes couvrirent leurs
parties honteuses 277 : Dieu leur avait fait des membres,
eux les ont rendus honteux.
XXIII, 37. De cette loi du peche/278 nait la chair
du peche/279, qui doit etre expiee par Ie sacrement de
celui qui est venu dans la ressemblance de la chair
du peche/280, afin que soit extirp6 Ie corps de peche/28I,
qu'il appelle egalement corps de cette mort 282 et dont Ie
276. Gen. 21, 19. Le rapprochement de cette scene (sic) avec celie
00 Adam et Eve se rendent compte avec honte qu' ils sont nus a de
quoi etonner.
277. Cf. Gen. 3, 7.
278. Cf. Rom. 7, 23.25b. Cf. Rom. 8, 2.
279. Cf. Rom. 8, 3.
280. Cf. Rom. 8, 3. TERTULLIEN, De carne Christi, 18, evoque dans
Ie meme sens I' expiatam carnem sordibus antiquitatis. Voir la NC 60 :
«Rom. 8, 3, verset capital de la christologie d' Augustin».
281. Rom. 6, 6.
282. Cf. Rom. 7, 24.
311
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
non liberat nisi gratia Dei per Iesum Christum Dominum
nostrum. Sic enim ab eis transitum fecit in posteros ista
lex initium mortis, quemadmodum labor quo cuncti
homines laborant in terra, quemadmodum in feminas
parturitio cum doloribus. Haec enim, cum de peccato
arguerentur, Dei sententia meruerunt quae non in eis
solis, sed etiam in successoribus eorum, in aliis magis,
in aliis minus, tamen in omnibus uidemus inpleri.
Cum itaque primorum illorum hominum fuerit prima
iustitia oboedire Deo et hanc in membris aduersus legem
mentis suae legem concupiscentiae non habere, nunc
post eorum peccatum nata ex eis nostra carne peccati
pro magno obtinetur ab his qui oboediunt Deo desideriis
eiusdem concupiscentiae non oboedire et crucifigere in
se carnem cum passionibus et concupiscentiis, ut sint
Iesu Christi qui hoc in sua cruce figurauit, quibus per
gratiam suam dedit potestatemfilios Deifieri. Non enim
omnibus hominibus dedit, sed quotquot receperunt eum,
ut Deo renascerentur Spiritu qui saeculo nati erant carne.
Sic enim de his dictum est: Quotquot autem receperunt
eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, qui non ex
carne, non ex sanguine, non ex uoluntate uiri nee ex
uoluntate carnis, sed ex Deo nati sunt.
XXIV, 38. Secutus autem addidit: Et Verbum caro
factus est et habitauit in nobis, tamquam dicens:
283. Cf. Rom. 7, 24-25. L'association de Rom. 8, 3, Rom. 6, 6 et
Rom. 7, 24 avec Ie meme sens donne a caro et corpus avait ete faite par
ORIGENE, In Ep. ad Rom. 5,9, PG 14, 1046C: «De Saluatore quodam
loco dicit (Paulus) qui uenerit in similitudine carnis peccati (Rom. 8,
3), ut de peccato damnaret peccatum in carne (fin de Rom. 8,3) ... Sic
ergo Paulus (...) corpus nostrum corpus peccati (Rom. 6,6) et corpus
mortis (Rom. 7, 24) et corpus humilitatis (Phil. 3, 21) apPellat.»
284. Cf. Gen. 3, 16.
285. Cf. Rom. 7,23.
286. Cf.Rom. 8,3.0RIGENE,lnEp.adRom. 5,9 comprendde meme
(fin de la citation donnee ci-dessus): «Corpus ergo peccati (Rom. 6,6)
est corpus nostrum quia nec Adam scribitur cognouisse Euam uxorem
suam et genuisse CaIn (cf. Gen. 4, 1) nisi post Peccatum. »
312
LIVRE II
malheureux etre humain n' est libere 3fe par la grace de
Dieu par Jesus-Christ notre Seigneur 83. C'est ainsi, en
effet, que cette loi, principe de mort, est pas see d' eux a
leurs descendants, comme Ie labeur sous lequel peinent
tous les hommes sur terre, et comme, pour les femmes,
l'enfantement dans la douleur 284 . En effet, etant convain-
cus de peche, ils ont merite de la sentence divine ces
miseres que nous voyons s' accomplir, non en eux seuls,
mais egalement dans leur posterite, plus chez les uns,
moins chez les autres, mais en tous cependant.
C'est pourquoi, alors que la premiere justice, pour ces
premiers humains, fut d'obeir a Dieu sans eprouver dans
leurs membres I' opposition de cette loi de, la concupis-
cence a la loi de leur esprit 285 , aujourd'hui, apres leur
peche, notre chair issue d' eux etant chair du peche/286,
ceux qui obeissent aDieu obtiennent a grand-peine de
ne pas obeir aux desirs de cette meme concupiscence 287
et de crucifier en eux la chair avec ses passions 288 et
ses concupiscences, pour etre a Jesus-Christ, qui a figure
eel a dans sa croix; et par sa grace il leur a donne le
pouvoir de devenir enfants de Dieu 289 . En effet, il n' a
pas donne a tous les hommes, mais a tous ceux qui l'ont
reu290, de renaitre a Dieu par I 'Esprit, eux qui etaient
nes au siecle par, la chair 29 . C' est ainsi, en effet, qu' il
a ete dit d' eux: A tous ceux qui l' ont reu il a donne le
pouvoir de devenir fils de Dieu, eux qui ne sont nes ni de
la chair, ni du sang, ni de la volonte de l'homme, ni de la
volonte de la chair, mais de Dieu 292 .
XXIV, 38. Or l'evgeliste a poursuivi en disant: Et
le Verbe s' est fait chair et il a habite chez nous 293 ; il
287. Cf. Rom. 6, 12.
288. Cf. Gal. 5, 24.
289. loh. 1, 12.
290. loh. 1, 12.
291. Cf. loh. 3,5.
292.loh. 1, 12-13.
293. loh. 1, 14.
313
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
«Magnum [110] quidem hoc in his factum est, ut Deo
nascerentur ex Deo qui prius nati fuerant ex came sae-
culo quamuis creati ab ipso Deo; sed longe mirabilius
factum est quod, cum istis naturae fuerit nasci de came,
beneficii uero nasci ex Deo, propter hoc inpertiendum
beneficium HIe qui de Deo naturaliter natus est nasci
etiam misericorditer de came dignatus est.» Hoc est
enim: Et Verbum caro factum est et habitauit in nobis.
Per hoc, inquit, factum est ut nati de came caro postea
nascendo de Spiritu spiritus essemus et habitaremus in
Deo, quia et Deus natus de Deo postea de came nas-
cendo caro factus est et habitauit in nobis.
Verbum enim, quod caro factum est, in principio erat
et apud Deum Deus erat. Verum tamen ipsa participatio
ill ius in inferiora nostra, ut nostra esset in superiora
illius, tenuit quandam et in camis natiuitate medietatem
ut nos quidem nati essemus in carne peccati, HIe autem
in similitudine carnis peccati, nos non solum ex came
et sanguine, uerum etiam ex uoluntate uiri et uoluntate
carnis, HIe autem tantum ex came et sanguine, non ex
uoluntate uiri neque ex uoluntate carnis, sed ex Deo
natus est. Et ideo nos in mortem propter peccatum, ille
propter nos in mortem sine peccato. Sicut autem inferiora
eius quibus ad nos descendit non omni modo coaequata
sunt inferioribus nosttis in quibus nos hic inuenit, sic
et superiora nostra quibus ad eum ascendimus non
294. Cf. loh. 1, 13d.
295. Cf. loh. 1, 13b et 3, 6a.
296. loh. 1, 14.
297. Cf. loh. 3, 6.
298. Cf. loh. 1, i 4.
299. Cf. loh. 1, 14 puis loh. 1, 1.
300. Cf. Rom. 8, 3.
301. Cf. Rom. 8, 3. Voir la NC 60: «Rom. 8, 3, verset capital de la
christologie d' Augustin».
302. Cf. loh. 1, 13abc.
303. Cf. loh. 1, 13. Des chretiens Jean dit qu'ils sont, comme tels,
nes de Dieu et non d'une naissance purement humaine. Mais Augustin
314
LIVRE II
disait en quelque sorte: «Certes, c' est une grande chose
qui s' est operee en eux: naitre de Dieu 294 aDieu, eux
qui d' abord etaient nes de la chair 295 au siecle, bien que
crees par Dieu en personne; mais voici une merveille
bien plus grande encore: alors qu' ils devaient a leur
nature de naitre de la chair, mais a un bienfait de naitre
de Dieu, celui qui, par nature, est ne de Dieu a, pour leur
faire partager ce bienfait, daigne naitre aussi de la chair
par misericorde.» C' est en effet ce que veut dire: Et
le Verbe s' est fait chair, et il a habite chez nous 296 . Par
la, dit-il, il s' est produit qu' etant chair, nes de la chair,
nous devenions esprit en naissant ensuite de I , Esprit 297
et habitions en Dieu car Dieu aussi, ne de Dieu, s' est
fait chair en naissant ensuite de la chair et il a habite
chez nous 298 .
En effet, Ie Verbe qui s' est fait chair etait au commen-
cement et etait Dieu aupres de Dieu 299 . Pourtant, dans
la part meme qu' il a prise a notre inferiorite pour que
nous ayons part a sa preeminence, il a garde un moyen
tenne, meme dans sa naissance selon la chair: nous,
nous sommes nes vraiment dans la chair du peche'300,
lui est ne dans la ressemblance de la chair du peChe'30I ;
nous, nous sommes nes non seulement de la chair et
du sang, mais encore de la volonte de l' homme et de la
volonte de la chair3° 2 , lui est ne seulement de la chair et
du sang, non de la volonte de l'homme ni de la volonte
de la chair, mais de Dieu 303 . Aussi allons-nous a la mort
a cause du peche, tandis que lui, a cause de nous, va a la
mort sans Ie peche 304 . Et de meme que son inferiorite,
par laquelle il est descendu jusqu' a nous 305 , n' etait en
aucune faon comparable a la notre ou il nous a trouves
ici-bas, de meme notre preeminence, par laquelle nous
accommode la citation, car il veut souligner la difference de condition
native entre Jesus et tous les autres humains: lui seul est ne d'une
vierge, etant seul par nature Fils de Dieu. Voir la NC 60.
304. Cf. Rom. 5, 8-9; I Cor. 15,3; II Cor. 5, 15.
305. Cf. loh. 3, 13.
315
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
coaequabuntur superioribus eius in quibus eum illic
inuenturi sumus. Nos enim ipsius gratia facti erimus filii
Dei, ille semper natura erat Filius Dei; nos aliquando
conuersi adhaerebimus inpares Deo, ille numquam
auersus manet aequalis Deo; nos participes uitae aeter-
nae, ille uita aeterna.
Solus ergo ille etiam homo [111] factus manens Deus
peccatum nullum umquam habuit nec sumpsit carnem
peccati quamuis de materna carne peccati. Quod enim
carnis inde suscepit, id profecto aut suscipiendum mun-
dauit aut suscipiendo mundauit. Ideo uirginem matrem
non lege carnis peccati, id est non concupiscentiae car-
nalis motu concipientem, sed pia fide sanctum gennen
in se fieri promerentem quam eligeret creauit, de qua
crearetur elegit. Quanto magis ergo caro peccati bapti-
zanda est propter euadendum iudicium si baptizata est
caro sine peccato propter imitationis exemplum !
XXV, 39. Quod autem supra respondimus aduersus
qui dicunt: «Si peccator genuit peccatorem, iustus
quoque iustum gignere debuit», hoc etiam his respon-
demus qui dicunt de homine baptizato natum iam uelut
baptizatum haberi debuisse. «Cur enim non, inquiunt,
in lumbis patris sui potuerit baptizari, si secundum
306. Cf. Matth. 3, 17.
307. Cf. Phil. 2, 6.
308. Cf. loh. 14, 6 et 11, 25.
309. Cf. I Petro 2, 22a.
310. Cf. Rom. 8,3.
311. Cf. Rom. 8, 3.
312. Al'instar de tous les autres Peres de l'Eglise, Augustin ne fait
pas d' exception pour Marie: comme tous les autres humains, hormis
Jesus, elle a herite du che originel. Mais c' est sa matemite virginale
qui, pour Ie theologien africain, garantit la non-contamination de la
chair de Jesus par Ie regime de notre commune «chair de peche». Voir
laNC 60.
313. L'expression fusionne Rom. 7, 23 (lex peccati) et Rom. 8, 3
(caro peccati).
316
LWRE II
montons jusqu'a lui, ne sera pas comparable ala sienne
ou nous Ie retrouverons la-haute Nous, en effet, nous
serons devenus fils de Dieu par sa seule grace, lui de tout
temps etait par nature Fils de Dieu 306 ; nous, retoumes un
jour a lui, nous nous attacherons a Dieu sans I' egaler, lui,
qui ne s'est jamais detoume, demeure egal a Dieu 307 ;
nous, nous prendrons part a la vie etemelle, lui est la vie
etemelle 308 .
Donc lui seul, meme devenu homme, ne cessant d'etre
Dieu, n' a jamais eu aucun peche 309 et n' a pas pris la
chair du peche 3I 0 , bien qu' issu par sa mere de la chair du
peche 3II . En effet, ce qu' il en prit de charnel, ill' a assu-
rement purifie pour Ie prendre ou purifie en Ie prenant 3I2 .
nlui fallait pour mere une vierge qui ne Ie conOt pas
selon la loi de la chair du peche 3I3 , c'est-a-dire par un
mouvement de la concupiscence charnelle, mais qui
meritat par une pieuse foi que Ie saint fruit gennat en
elle; aussi la fit-il naitre afin de la choisir, il la choisit
afin de naitre d' elle. Combien plus faut-il donc que soit
baptisee la chair du peche 3I4 pour echapper au jugement,
si une chair sans peche a ete baptisee pour nous donner
un exemple a imiter 3I5 !
XXV, 39. Or la reponse que nous avons faite plus
haut a ceux qui disent: «Si un pecheur engendre un
pecheur, un juste devrait aussi engendrer un juste 3I6 »,
nous la faisons aussi a ceux qui disent que I' enfant ne
d'un baptise doit etre considere comme deja baptise.
«Pourquoi, disent-ils, ne pourrait-il pas, en effet, etre
baptise dans les entraiUes de son pere si, selon I' epitre
314. Cf. Rom. 8,3.
315. Cf. Matth.3, 13-15. La fin du livre I (voir fin de I, 28, 56
et I, 29, 57) d6crivait deja l'exceptionalite de la conception et de la
naissance du Christ. Mais Augustin souligne a present que cette excep-
tionnalite est un enseignement revele de la condition de tous les autres
humains, marques par Ie peche originel.
316. Objection (24) des nonnulli cites plus haut (II, 9, 11).
317
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
epistolam quae ad Hebreos scripta est in lumbis Abrahae
Leui potuit decimari ? »
Hoc qui dicunt adtendant non propterea Leui postea
non fuisse decimatum quia iam fuerat decimatus in
lumbis Abrahae, sed quia sic ordinatus est honore sacer-
dotii ut acciperet decimas, non praeberet; alioquin nec
ceteri fratres eius, qui ei praebebant, decimarentur, quia
et ipsi in lumbis Abrahae a Melchisedech iam fuerant
decimati.
40. Sed ne quis dicat propterea recte potuisse Abrahae
filios decimari, quamuis iam fuissent in lumbis patris sui
decimati, quia [112] decimatio talis erat quae in uno-
quoque homine saepe fuerat facienda, sicut Israhelitae
annis omnibus ex fructibus omnibus decimas tota uita
sua ere bras solent praebere Leuitis, baptismum autem
tale sacramentum esse quod semel datur et, si iam hoc
acceperat quisque cum in patre suo esset, non nisi bap-
tizatum fuisse deputandum cum de illo qui baptizatus
fuerat gigneretur ; qui hoc dicit, ne diu disputem, circum-
cisionem respiciat, quae semel fiebat et tamen in singulis
singulatim fiebat. Sicut ergo tempore illius sacramenti
de circumciso qui nasceretur circumcidendus fuit, sic
nunc de baptizato qui natus fuerit baptizandus est.
317. Cf. Hebr.7, 9. Affirmation (31) visiblement exprimee par
d' autres objecteurs que ces nonnulli puisqu' Augustin se toume vers
d' autres chretiens (<<hoc etiam his respondemus qui dicunt...»)
qui, eux, contestent la necessite de baptiser les hehes de baptises, Ie
bapteme de ceux-ci sanctifiant d'avance leur progeniture. La citation
pourrait provenir du liber mentionne en I, 34, 64, avec affinites avec Ie
Liber de fide qui soutient que « les enfants ne sont pas punis pour leurs
parents non plus que les parents pour leurs enfants» (n° 38, ed. Miller,
p. 110) avec appui sur Deut. 24, 16 et Ez. 18,25.2-4. Le recours de ces
objecteurs a un passage de I' epitre aux Hebreux avait ete annonce plus
haut (cf. I, 27, 50).
318
LIVRE II
ecrite aux Hebreux, Levi a pu etre soumis a la dime
dans les entrailles d' Abraham 3I7 ?»
Que ceux qui parlent ainsi soient attentifs au fait
que, si Levi, plus tard, ne fut pas soumis a la dime, ce
n' est pas parce qu' il I' avait deja ete dans les entrailles
d' Abraham 3I8 , mais parce qu'il etait destine par la
dignite du sacerdoce a recevoir la dime, et non a la
verser; sinon, tous ses freres, qui, eux, la lui versaient,
n' auraient pas non plus ete soumis a la dime, puisque
eux aussi I' avaient dea ete par Melchisedech dans les
entrailles d' Abraham 3 9.
40. Mais n' allons pas dire que les fils d' Abraham,
quoique deja soumis a la dime dans les 'entrailles de
leur pere, ont tres bien pu y etre soumis parce que son
paiement constituait une obligation incombant regulie-
rement a chacun - c' est ainsi que les Israelites versent
chaque annee aux Uvites, durant toute leur vie, une
dime importante, et sur toutes leurs recoltes -, tandis
que Ie bapteme est un sacrement qui ne se donne qu 'une
fois et, si quelqu 'un I' avait reu des Ie moment ou il se
trouvait dans les entrailles de son pere, il ne saurait etre
tenu que pour baptise puisque engendre par un baptise.
Pour abreger la discussion, que celui qui parle ainsi se
rappelle la circoncision, qui n' avait lieu qu 'une fois et
pourtant pour chacun, individuellement. De meme donc
qu'a l'epoque de ce sacrement il fallait circoncire celui
qui naissait d'un circoncis, de meme, maintenant, il faut
baptiser celui qui est ne d 'un baptise.
318. Cf. Hebr. 7,9.
319. Cf. Hebr. 7, 10.
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
41. «At enim ait Apostolus: Filii uestri inmundi
essent, nunc autem sancti sunt; et ideo, inquiunt, fide-
lium filii iam baptizari minime debuerunt. »
Miror hoc dicere qui negant peccatum ex Adam
originaliter trahi. Si enim hanc Apostoli sententiam
sic accipiunt ut credant de fidelibus sanctificatos filios
nasci, cur eos etiam ipsi baptizari oportere non dubitant?
Cur denique nolunt fateri de parente peccatore aliquod
peccatum originaliter trahi, si de sancto aliqua sanctitas
trahitur? Et contra nostram quidem non est adsertionem,
etiamsi ex fidelibus sancti propagantur, quod eos dici-
mus, si non baptizantur, pergere in damnationem, quibus
et ipsi regnum caelorum intercludunt, quamuis eos dicant
non habere ullum uel proprium uel originale peccatum.
Aut si eis indignum uidetur ut sancti damnentur, quo-
modo est h dignum ut a regno Dei sancti separentur?
Illud potius adtendant, quomodo non de peccatoribus
parentibus trahitur aliquod peccatum, si de sanctis aliqua
sanctitas trahitur et inmunditia de inmundis. V trumque
enim dixit qui dixit: Alioquin filii uestri inmundi essent,
nunc autem sancti sunt. [113] Explicent etiam quomodo
iustum sit ut sancti ex fidelibus et inmundi ex infidelibus
h. Le CSEL retient erit, leon d 'une minorite des manuscrits
anciens.
320. I Cor. 7, 14. Augustin revient sur ce verset en III, 12, 21.
321. Affirmation (32) emanant des memes objecteurs que ceux dont
Augustin vient de dire qu'ils soutiennent (31) que l'enfant ne d'un
baptise doit etre considere comme deja baptise (II, 25, 39). La source
parait bien etre Ie liber car il est ici tres proche du Liber de fide de
RUFIN, n° 40. Voir la NC 44.
322. En realite, la contradiction interne du discours de ces objec-
teurs n' existe pas: ce qu' ils contestent, c' est que les nouveau-nes aient
besoin du bapteme pour se Jaire pardonner une faute.Le bapteme leur
est necessaire pour d'autres raisons. Voir la NC 42.
323. Erreur d'interpretation de I Cor. 7, 14b: Paul ne considere
qu 'une seule situation, tenue pour reelle, a savoir la «saintete» du
conjoint non baptise et de la progeniture qu'il a eue avec son conjoint
320
LIVRE II
41. «Mais, objectent-ils, I' Apotre dit: Vos ls
seraient impurs, alors qu' a present Us sont saints 20;
partant, les fils des fideles n' auraient plus du tout a etre
baptises 32I . »
Cette objection m' etonne venant de ceux qui nient
que Ie peche soit originellement transmis depuis Adam.
En effet, si pour eux cette phrase de I' Apotre signifie
que les fideles donnent naissance a des fils sanctifies,
pourquoi alors affirment-ils sans hesiter qu'eux aussi
doivent etre baptises 322 ? Pourquoi enfin ne veulent-ils
pas reconnaitre que quelque peche so it transmis origi-
nellement d'un pere pecheur si un pere saint transmet
quelque saintete 323 ? Ce n' est certes pas I contraire a
nos affirmations, meme si I' on admet que les fideles
procreent des saints; car nous disons qu' en I' absence
de bapteme ils vont a la condamnation 324 . Or nos
adversaires eux aussi leur ferment Ie royaume des cieux
tout en disant qu' ils n' ont aucun peche, ni personnel ni
originel 325 . Ou bien, s' il ne leur semble pas bon que des
saints soient condamnes, comment est-t-il bon que des
saints soient exclus du royaume de Dieu ?
Voici a quoi ils devraient plutot etre attentifs: com-
ment des parents pecheurs ne transmettraient - ils pas
quelque peche, si des saints transmettent quelque sain-
tete et des hommes impurs quelque impurete ? L' Apotre,
en effet, a dit l'un et l'autre quand il a dit: Sinon, vos
fils seraient impurs, alors qu' a present Us sont saints 326 .
Qu'ils expliquent encore comment il serait juste qu' a
des saints nes de fideles et des impurs nes d' infideles
baptise. Mais Augustin parait avoir ete convaincu que pouvait s'appli-
quer ici une logique antithetique... logique d' ai lie urs souvent maniee
par les objecteurs, dont Caelestius.
324. Autrement dit, admet Augustin, un fils de baptise tire de son
geniteur a la fois une certaine saintete et un certain etat pecheur.
325. Recapitulation de la serle d'opinions issues de (5) en I, 12,
15: les tout-Petits ont besoin du baptSme pour d'autres motifs qu'un
pardon, etant exempts de tout peche.
326. I Cor. 7, 14.
321
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
nati pariter tamen, si baptizati non fuerint, regnum
Dei non pennittantur intrare. Quid ergo illis ista sanc-
titas prodest? Nam si damnari faterentur inmundos ex
infidelibus natos, sanctos autem filios fidelium in Dei
quidem regnum intrare non posse nisi fuerint baptizati,
non tamen damnari quia sancti sunt, esset qualiscumque
distinctio ; nunc uero natos de sanctis sanctos et inmun-
dis inmundos aequaliter dicunt et, quia peccatum non
habent, non damnari et, quia baptismum non habent, a
Dei regno separari. Hanc absurditatem tali a ingenia non
uidere, quis credat?
42. Nostrae autem, immo ipsius Apostoli sententiae
qui dixit: Ex uno omnes ad condemnationem et: Ex uno
omnes ad iustificationem uitae, quam non sit contrarium
hoc quod ait cum de alia re ageret: Alioquin filii ues-
tri inmundi essent, nunc autem sancti sunt, paululum
adtende.
XXVI. Non unius modi est sanctificatio; nam et
catechumenos secundum quendam modum suum per
signum Christi et orationem manus inpositionis puto
sanctificari et, quod accipiunt quamuis non sit corpus
Christi, sanctum est tamen et sanctius quam cibi quibus
alimur, quoniam sacramentum est, uerum et ipsos cibos
quibus ad necessitatem sustentandae uitae huius utimur,
sanctificari idem Apostolus dixit per uerbum Dei et ora-
tionem qua oramus utique nostra corpuscula refecturi.
Sicut ergo ista ciborum sanctificatio non efficit ut, quod
in os intrauerit, non in uentrem uadat et in secessum
327. Rom. 5, 16b.
328. Rom. 5, 18.
329. I Cor. 7, 14.
330. Les candidats au baptSme recevaient quelques grains de
sel ou un morceau de pain saupoudre de sel. Voir la NC 61: «Les
informations contenues dans Ie De peccatorum meritis et remissione
sur Ie rite catechumenal».
322
LIVRE II
on interdise a egalite d' entrer ,dans Ie royaume des cieux
s'ils n' ont pas ete baptises. A quoi sert donc aux pre-
miers une telle saintete? Car s' ils admettaient que sont
condamnes les impurs, nes d' infideles, tandis que les
saints, fils de fideles, ne peuvent certes pas entrer dans
Ie royaume de Dieu s' ils n' ont ete baptises, mais pour
autant ne sont pas condamnes puisqu' ils sont saints, il y
aurait une certaine distinction; mais voila qu' ils mettent
sur Ie meme plan les saints nes de parents saints et les
impurs nes de parents impurs, en affinnant tout a la fois
qu'ils ne sont pas condamnes, n' ayant pas de peche, et
qu'ils sont exclus du royaume de Dieu, n'ayant pas reu
Ie bapteme. Or c' est une absurdite: coment croire que
de tels esprits ne Ie voient pas?
42. Quant a notre doctrine, ou plutot celIe de I' Apotre
lui-meme qui a dit: Par un seul homme tous sont conduits
a la condamnation 327 et: Par un seul homme tous sont
conduits a la justification qui donne la vie 328 , elle n' est
pas du tout contredite par ce qu'il a dit a un autre sujet:
Sinon, vos ls seraient impurs, alors qu' a present Us
sont saints 3 9; tu Ie verras avec un peu d' attention.
XXVI. II n'y a pas qu'une sorte de sanctification. En
effet, les catechumenes sont, je pense, sanctifies dans
une mesure qui leur est propre par Ie signe du Christ et
la priere de l'imposition des mains; et ce qu'ils reoi-
vent, sans etre Ie corps du Christ, est cependant chose
sainte, et plus sainte que les nourritures dont nous nous
sustentons puisqu' il s' agit d' un sacrement 330 . Mais en
outre les nourritures memes dont nous usons necessai-
rement pour soutenir notre vie ici-bas sont sanctifiees, a
dit encore I' Apotre, par la parole de Dieu et par la priere
que nous lui adressons 33 , notamment au moment de
restaurer nos humbles corps. Or cette sanctification des
aliments n' empeche pas ce qui est entre dans la bouche
de descendre dans I' estomac et d' etre rejete en un lieu
331. Cf. I Tim. 4, 3b-5. Paul fait en effet allusion aux benedjctions
d' aliments qui entourent les repas.
323
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
emittatur per corruptionem qua omnia terrena soluuntur,
unde et [114] ad aliam escam quae non corrumpitur nos
Dominus exhortatur, ita sanctificatio catechumeni, si
non fuerit baptizatus, non ei ualet ad intrandum regnum
caelorum aut ad peccatorum remissionem.
Ac per hoc et ilia sanctificatio, cuiusque modi sit,
quam in filiis fidelium esse dixit Apostolus, ad istam
de baptismo et de peccati origine uel remissione quaes-
tionem omnino non pertinet. Nam et coniuges infideles
in coniugibus fidelibus sanctificari dicit eo ipso loco
ita loquens: Sanctificatur enim uir infidelis in uxore
et sanctificatur mulier infidelis in fratre,. alioquin filii
uestri inmundi essent, nunc autem sancti sunt. Non,
opinor, quisquam tam infideliter intellegit, quodlibet in
his uerbis intellegat, ut ob hoc existimet etiam maritum
non Christianum, quia Christiana fuerit uxor eius, neque
iam baptizari oportere et ad peccatorum remissionem
iam peruenisse et in regnum caelorum esse intraturum,
quia sanctificatus dictus est in uxore.
XXVII, 43. Quisquis uero adhuc mouetur quare
baptizentur qui iam de baptizatis nascuntur, hoc breuiter
accipiat.
Sicut generatio carnis peccati per unum Adam ad
condemnation em trahit omnes qui eo modo generantur,
sic regeneratio i spiritus gratiae per unum Iesum Christum
i. R. Habitzky ecarte la Ion regeneratio (conservee par Ie CSEL)
parce qu' elle est foumie par une minorite des plus anciens manuscrits.
Elle a cePendant pour elle deux appuis : la reminiscence biblique et I' in-
sistance habituelle d' Augustin sur la sequence generatio-regeneratio,
attestee ici aussi par «sicut qui generantur ... sic qui regenerantur».
332. Cf. Matt. 15, 17.
333. Cf. loh. 6, 27.
334. I Cor. 7, 14.
335. Augustin montre Ie «hors sujet» commis par les objecteurs
signales en II, 25, 41, en citant l' integralite du verset I Cor. 7, 14 et
son contexte (/ Cor. 7, 12-16). La « sanctification» des enfants est du
324
LIVRE II
retire 332 du fait de la corruption oil se desagregent toutes
choses terrestres - et c' est pourquoi Ie Seigneur nous
exhorte egalement a prendre une autre nourriture, qui ne
se corrompt pas 333 ; de la meme faon, donc, la sanctifi-
cation du catechumene, s' il n' est pas baptise, ne lui sert
de rien pour entrer dans Ie royaume des cieux ou pour Ie
pardon de ses peches.
C' est pourquoi cette sanctification dont I' Apotre a
atteste I' existence dans les fils des fideles, de quelque
sorte qu' elle soit, n' a absolument rien a voir avec la
question du bapteme et de I' origine du peche ou de son
pardon. Car il dit aussi des conjoints infideles qu' ils
sont sanctifies dans leurs conjoints fidels, et voici ses
tennes dans ce meme passage precisement: En elfet,
l' epoux infidele est sanctifie en son epouse et l' epouse
infidele est sanctifiee en un frere ,. sinon vos ls seraient
impurs, alors qu' a present ils sont saints 34. Or per-
sonne, je pense, quoi qu' il comprenne en ces paroles, ne
les interprete assez infidelement pour en conclure que
meme un marl non chretien, parce que son epouse est
chretienne, n' a plus besoin d' etre baptise, qu' il est deja
parvenu au pardon des peches et qu'il entrera dans Ie
royaume des cieux parce qu' on I' a dit sanctifie en son
epouse 335
XXVII, 43. Et que ceux qui s'emeuvent encore de
ce que I' on baptise ceux qui naissent de parents deja
baptises me pretent un instant d' attention.
De meme que la generation de la chair du peche'336,
par Ie seul Adam, e.ntraine a la condamnation tous 337
ceux qui sont ainsi engendres, de meme la regeneration
spirituelle de la grace, par le seul Jesus-Christ 338 ,
meme ordre que celie du conjoint « infidele» (c'est-a-dire non-baptise).
Elle ne provient pas de la «saintete» unique du couple des geniteurs,
puisqu 'un seul conjoint est croyant.
336. Cf. Rom. 8, 3.
337. Cf. Rom. 5, 16.18.
338. Cf. Rom. 5, 17.
325
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ad iustificationem uitae aetemae ducit omnes qui eo
modo praedestinati regenerantur. Sacramentum autem
baptismi profecto sacramentum regenerationis est.
Quocirca sicut homo qui non uixerit mori non potest
et qui mortuus non fuerit resurgere non potest, ita qui
natus non fuerit renasci non potest. Ex quo conficitur
neminem in suo parente renasci potuisse non natum.
Oportet autem ut, si natus fuerit, renascatur, quia nisi
quis natus fuerit denuo, non potest uidere regnum Dei.
Oportet igitur ut sacramento regenerationis, ne sine illo
male de hac uita exeat, etiam [115] paruulus inbuatur;
quod non fit nisi in remissionem peccatorum. Quod
etiam ipso loco Christus ostendit, cum interrogatus
quomodo possent ista fieri, commemorauit quid Moyses
fecerit in exaltatione serpentis. Cum itaque per baptismi
sacramentum morti Christi confonnantur infantes, eos
a serpentis morsu fatendum est liberari, si a Christianae
fidei regula nolumus aberrare. Quem tamen morsum
non in sua uita propria, sed in illo cui primitus inflictus
estacceperunt.
44. Neque illud fallat quod nec parenti post conuer-
sionem obsunt propria peccata.
« Quanto » enim « magis», inquiunt, « filio eius obesse
non possunt», sed qui hoc sentiunt non adtendunt quia,
sicut parenti per hoc quod Spiritu renatus est propria
peccata non obsunt, ita qui de illo natus est, nisi eo modo
renascatur, quae a parente tracta sunt oberunt, quia et
339. Cf. Rom. 5, 18.
340. Cf. Tit. 3, 5.
341. loh. 3, 3.
342. Cf. Marc. 1, 4; Act. 2, 38.
343. Cf. loh. 3, 14; Num. 21, 4-9.
344. Cf. Col. 2, 12.
345. Cf. Gen. 3.
346. Affirmation (33) qui n'est qu'une variante de (32), donc
lancee par les meme objecteurs cites en II, 25, 41 avec meme source
commune: Ie liber.
326
LIVRE II
conduit a la justification de la vie etemelle 339 tous ceux
qui, ainsi predestines, se trouvent regeneres 340 . Or Ie
sacrement du bapteme est assurement Ie sacrement de
la regeneration.
C'est pourquoi, de meme que l'homme qui n'a pas
vecu ne peut mourir et que celui qui n'est pas mort
ne peut ressusciter, de meme celui qui n' est pas ne ne
peut renaitre. II s'ensuit que nul n'a jamais pu renaitre
en son pere avant d' etre nee Or il faut qu 'une fois ne il
renaisse car, a moins de naitre a nouveau, on ne peut
voir le royaume de Dieu 34I . II faut donc qu'il soit, encore
tout petit, impregne du sacrement de la regeneration, de
peur qu' il ait Ie malheur de quitter cette v,ie sans I' avoir
reu; car ce sacrement n' est donne que pour Ie pardon
des peches 342 . Et cela, Ie Christ Ie montre aussi dans Ie
passage precisement OU, s' entendant demander comment
c' etait possible, il rappela Ie geste de MOIse elevant Ie
serpent d' airain 343 . Ainsi, du moment que les bebes, par
Ie sacrement du bapteme, sont rendus confonnes a la
mort du Christ 344 , il faut convenir qu'ils sont delivres
de la morsure du serpent si nous ne voulons pas nous
ecarter de la regIe de la foi chretienne. Cette morsure,
pourtant, ils ne I' ont pas reue durant leur pro pre vie,
mais en celui auquel elle fut primitivement infligee 345 .
5. La concupiscence qui persiste chez les baptises
n'est pas peche.
44. Et ne nous laissons pas abuser par Ie fait que les
parents, apres leur conversion, ne subissent plus Ie pre-
judice de leurs propres pches.
lIs disent en effet: «A plus forte raison leur fils ne
saurait Ie subir 346 !» Mais ceux qui pen sent ainsi ne
sont pas attentifs a ceci: de meme que Ie pere, des lors
qu'il est rene de I'Esprit, ne subit pas Ie prejudice de ses
propres peches 347 , de meme Ie fils, a moins de renaitre
pareillement, subira Ie prejudice des peches contractes
347. Cf. loh. 3,5.
327
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
innouati parentes non ex primitiis nouitatis, sed ex reli-
quiis uetustatis carnaliter gignunt, et filii ex parentum
reliqua uetustate toti uetusti in peccati carne propagati
damnationem ueteri homini debitam sacramento spiri-
talis regenerationis et renouationis euadunt.
Illud namque praecipue propter quaestiones quae
de hac re motae sunt uel moueri adhuc possunt, adten-
dere ac meminisse debemus tantummodo peccatorum
omnium plenam perfectamque remissionem baptismo
fieri, hominis uero ipsius qualitatem non totam continuo
commutari, sed spiritales primitias in bene proficienti-
bus de die in diem nouitate crescente commutare in se
quod carnaliter uetus est, donec totum ita renouetur ut
animalis etiam infirmitas corporis ad firmitatem spirita-
lem incorruptionemque perueniat.
[116] XXVill, 45. Haec autem lex peccati quod
etiam peccatum appellat Apostolus cum dicit: Non ergo
regnet peccatum in uestro mortali corpore ad oboedien-
dum desideriis eius, non sic manet in membris eorum
qui ex aqua et Spiritu renati sunt, tamquam non sit eius
facta remissio ubi omnino plena et perfecta fit remissio
peccatorum omnibus inimicitiis interfectis quibus sepa-
rabamur a Deo, sed manet in uetustate carnis tamquam
superatum et peremptum, si non inlicitis consensionibus
quodam modo reuiuiscat et in regnum proprium domi-
nationemque reuocetur.
348. Cf. Eph. 4, 22.
349. Cf. Rom. 8, 3.
350. Cf. Eph. 4,22-23 et Tit. 3, 5b. Augustin revient ainsi sur l'ana-
lyse de la condition du baptise qu'il avait ouverte en II, 7, 9.
351. Cf. Col. 2, 13.
352. Cf. II Cor. 4, 16b.
353. Cf. I Cor. 15, 44b et 44a.
354. Rom. 7, 23 = Rom. 7, 25b. Rom. 8, 2.
355. Rom. 6, 12.
356. Cf. Rom. 7, 23. loh. 3, 5.
328
LIVRE II
par son pere, car les parents, meme renouveles, n' en-
gendrent pas selon les premices de la nouveaute, mais
charnellement, selon les restes du vieil etat 348 , et les
fils, tout entiers a la vetuste par suite du vieil etat qui
subsiste chez leurs parents, perpetues qu' ils sont dans la
chair de peche'349, echappent a la condamnation due au
vieil homme par Ie sacrement de la regeneration et de la
renovation spirituelles 35o .
De fait, a cause des questions qui ont ete soulevees a
ce sujet ou qui peuvent l'etre encore, nous devons parti-
culierement appliquer notre attention et notre memoire
au fait que du bapteme ne resulte que Ie pardon plenier
et parfait de tous les peches35I , mais que la nature de
l'homme lui-meme n'en est pas aussitot entierement
modifiee; en revanche, chez ceux qui proessent
en bien, la nouveaute croissant de jour en jour 352 , les
premices de l'esprit s'assimilent ce qui est vieux selon
la chair jusqu' a ce qu' il soit entierement renouvele, de
sorte que me me la faiblesse animale du cos parvienne
a la force et a I' incorruptibilite de I' esprit 3 .
XXVIII, 45. Or cette loi du peche'354 - que I' Apo-
tre appelle aussi peche quand il dit: Que le peche ne
regne donc !as dans votre corps mortel pour obeir a
ses desirs 35 - ce peche, donc, ne subsiste pas dans les
membres de ceux qui renaissent de l' eau et de I'Es-
prit 356 comme ce serait Ie cas si son pardon ne s'etait
pas effectue, tandis que Ie pardon des peches se fait,
plein et entier, par I' extinction de toutes les inimities qui
nous separaient de Dieu 357 ; mais Ie peche subsiste dans
la vetuste de la chair; en quelque sorte vaincu et aneanti,
tant qu' on ne Ie fait pas revivre de quelque faon par des
consentements illicites et qu' on ne Ie rappelle pas a son
empire et a sa domination.
357. Cf. Eph. 2, 16. Es. 59,2.
329
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Ab hac autem uetustate camis in qua est lex ista
peccati uel peccatum iarn remissum usque adeo Spiritus
uita discemitur, in cuius nouitate baptizati per Dei gra-
tiarn renascuntur, ut parum fuerit Apostolo dicere tales
non esse in peccato, nisi etiarn diceret in ipsa carne illos
non esse antequarn ex hac mortali uita emigrarent: Qui
enim in carne sunt, inquit, Deo placere non possunt;
uos autem non estis in carne, sed in Spiritu si tamen
Spiritus Dei habitat in uobis. Verum tamen sicut ipsa
carne quarnuis corruptibili bene utuntur qui membra
eius ad opera bona conuertunt, in qua carne non sunt
quia non secundum earn sapiunt neque uiuunt, sicut
denique etiarn morte, quae primi peccati poena est, bene
utuntur qui earn pro fratribus, pro fide, pro quacumque
uera et sancta iustitia fortiter et patienter inpendunt, sic
ilia etiam lege peccati, quod iarn remissum in uetustate
carnis manet, bene utuntur coniugati fideles qui ex eo
quod sunt in Christi nouitate dominari sibi libidinem
minime patiuntur, ex eo autem quod adhuc trahunt Adae
uetustatem regenerandos inmortaliter filios mort aliter
generant, cum ea propagine peccati qua illi qui renati
sunt obnoxii non tenentur et qua illi qui [117] nascuntur
renascendo soluuntur.
Quamdiu ergo manet lex concupiscentialis in mem-
bris, manente ipsa, reatus eius soluitur; sed ei soluitur
qui sacramentum regenerationis accepit renouarique iarn
coepit. Ex ilIa autem manente concupiscentiae uetustate
quod nascitur renasci indiget ut sanetur, quia parentes
fideles et nati carnaliter et renati spiritaliter filios
358. Rom. 7,23. Rom. 8,2.
359. Cf. Rom. 8,5.
360. Cf. Rom. 7, 6.
361. Rom. 8,8-9.
362. Cf. Rom. 8, 5b.
363. Cf. Rom. 6, 23.
364. Rom. 7,23.Rom. 8,2.
365. Cf. Rom. 7,6 + 8, 1.
366. Cf. /oh. 3, 3.
330
LIVRE II
Or cette vetuste de la chair, dans laquelle subsiste cette
loi du peche'358 ou Ie peche deja remis, la vie de l' Esprit
dans la nouveaute de laquelle 359 les baptises renaissent
par la grace de Dieu 360 s' en distingue a tel point que
I' Apotre, non content d'affirmer que de tels hommes
ne sont plus dans Ie peche, a ajoute qu'avant de quitter
cette existence mortelle, ils ne sont plus dans la chair
elle-meme. En effet, dit-il, ceux qui sont dans la chair
ne peuvent plaire aDieu,. or vous, vous n' etes pas dans
la chair mais dans l' Esprit, si toutefois l' Esprit de Dieu
habite en VOUS36 I . Pourtant, de meme que de la chair,
bien qu'elle soit corruptible, ceux-la font bon usage qui
destinent a de bonnes actions les membres de cette chair
dans laquelle ils ne sont plus car ils ne reglent sur elle ni
leurs goOts ni leur vie 362 , de meme enfin que de la mort
aussi, chatiment du premier peche 363 , ceux-la font bon
usage qui I' offrent avec courage et patience pour leurs
freres, pour la foi, pour toute justice veritable et sainte,
de meme aussi, de cette loi du peche'364 qui, deja remis,
subsiste desonnais dans la vetuste de la chair, les fideles
maries font bon usae, eux qui, parce qu' ils sont dans la
nouveaute du Christ 65, ne se laissent pas du tout dominer
par Ie desir, mais, parce qu' ils trainent encore la vetuste
d' Adam, engendrent suivant la condition mortelle des
fils qui devront etre regeneres pour la vie immortelle,
dans la perpetuation du peche, qui ne retient &luS sous
sa dependance ceux qui sont nes de nouveau 3 , et dont
ceux qui naissent sont delies en naissant de nouveau 367 .
Donc, tant que la loi de la concupiscence demeure
dans nos membres, la faute en est deliee, alors que cette
loi meme demeure; mais elle est deliee pour qui a reu
Ie sacrement de la regeneration et a deja commence a
se renouveler. En revanche, ce qui nait de cette vetuste
persistante de la concupiscence a besoin de renaitre pour
etre gueri ; car des parents fideles, nes selon la chair et de
367. Cf. loh. 3, 3.
331
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
camaliter genuerunt, filii uero antequam nascerentur
renasci quomodo potuerunt ?
46. Nee mireris quod dixi manente concupiscentialiter
lege peccati reatum eius solui per gratiam sacramenti.
Sicut enim facta et dicta et cogitata iniqua quantum ad
ipsos motus animi et corporis pertinet, iam praeterierunt
et non sunt, eis tamen praeteritis et non iam existen-
tibus reatus eorum manet nisi peccatorum remissione
soluatur, sic contra in hac non iam praeterita, sed adhuc
manente lege concupiscentiae reatus eius soluitur et
non erit cum fit in baptismo plena remissio peccatorum.
Denique si continuo consequatur ab hac uita emigratio,
non erit omnino quod obnoxium hominem teneat solutis
omnibus quae tenebant. Sicut ergo non est mirum prae-
teritorum factorum, cogitatorum atque dictorum reatum
manere ante peccatorum remissionem, sic contra non
debet esse mirum manentis concupiscentiae reatum
praeterlre post peccatorum remissionem.
XXIX, 47. Quae cum ita sint, ex quo per unum
hominem peccatum intrauit in hunc mundum et per pec-
catum mors et ita in omnes homines pertransiit usque
in finem camalis huius generationis et corruptibilis
saeculi cuius filii generant et generantur, nullo existente
homine de quo in hac uita constituto ueraciter dici pos-
sit quod nullum habeat omnino peccatum, excepto uno
mediatore qui [118] nos creatori nostro per remissionem
reconciliat peccatorum, idem ipse Dominus noster hanc
suam medellam null is generis humani temporibus
ante ultimum futurum adhuc iudicium denegauit eis
368. Cf. loh. 3, 5-6.
369. Cf. Rom. 7, 23 et 8, 2.
370. Rom. 5, 12.
371. Cf. Luc. 20,34.
372. Cf. Rom. 3, 23.
373. Cf. Tim. 2, 5 et Rom. 5, 10-11.
332
LWRE II
nouveau selon I , Esprit 368 , ont engendre leurs fils selon la
chair; or ces fils, comment pourraient-ils renaitre avant
de naitre ?
46. Et ne t' etonne pas si j' ai dit que, la loi du peche'369
demeurant par la concupiscence, la faute en est deliee par
la grace du sacrement. En effet, les actions, les paroles et
les pensees coupables, dans la me sure oil sont concernes
les mouvements memes de I' esprit et du corps, sont
deja pas sees et ne sont plus mais, bien qu' elles soient
passees et n' existent plus, la faute en demeure a moins
d' etre deliee par Ie pardon des peches; de meme, en
sens inverse, concernant cette loi de la concupiscence,
non deja passee mais demeurant toujours, la faute en est
deliee pour n'etre plus quand, dans Ie bapteme, s'opere
Ie plein pardon des peches. Bref, a supposer que l'on
quitte aussitot apres cette vie, il n 'y aura plus du tout
de peche qui tienne 1 'homme sous sa dependance, tous
ceux qui Ie tenaient ayant ete delies. De meme donc qu' il
n' est pas etonnant que la faute attachee aux actions, aux
pen sees et aux paroles pas sees demeure avant Ie pardon
des peches, de meme, en sens inverse, on ne doit pas
s' etonner que passe, apres Ie pardon des peches, la faute
de la concupiscence qui, elle-meme, demeure.
6. Jesus Christ est l'unique Sauveur de tous les
humains.
XXIX, 47. Dans ces conditions, depuis que par un
seul homme le peche est entre dans ce monde et, par
le peche, la mort,. qui est ainsi pas see dans tous les
hommes 37o , depuis lors et jusqu ' au tenne de cette
generation charnelle et de ce siecle corruptible dont les
fils engendrent et sont engendres37I , puisqu' il n' existe
aucun homme dont on puisse dire en verite, tant qu'il
est dans cette vie, qu'il n'a absolument aucun peche 372 ,
a I' exception de 1 'unique Mediateur qui nous reconcilie
avec notre Createur par Ie pardon des peches 373 , ce
meme Mediateur, notre Seigneur, en aucun temps du
genre humain jusqu'au Jugement dernier encore a venir
333
DE PECCATORVM MERlTIS ET REMISSIONE
quos per certissimam praescientiam et iustissimam
beneficentiam secum regnaturos in uitam praedestinauit
aetemam. Namque ante natiuitatem camis infinnita-
temque passionis et uirtutem resurrectionis suae earum
rerum futurarum fide eos qui tunc fuerant infonnabat ad
hereditatem salutis aetemae, quarum rerum praesentium
fide infonnauit eos qui, cum gererentur, aderant atque
inpleri praedicta cemebant, quarum etiam praeteritarum
fide qui postea fuerunt et nos ipsos et qui deinde futuri
sunt infonnare non cessat.
Vna ergo fides est quae omnes saluos facit qui ex
camali generatione in spiritalem renascendo saluantur,
tenninata in eo qui uenit pro nobis iudicari et mori,
iudex uiuorum et mortuorum. Sed huius unius fidei pro
significationis oportunitate per uaria tempora sacramenta
uariata sunt.
48. Idem ipse itaque saluator est paruulorum atque
maiorum, de quo dixerunt angeli : Natus est uobis hodie
saluator et de quo dictum est ad uirginem Mariam:
Vocabis nomen eius Iesum,. ipse enim saluum faciet
populum suum a peccatis eorum, ubi aperte demonstra-
tom est eum hoc nomine quo appellatus est Iesus propter
salutem quam nobis ttibuit nominari: «Iesus» quippe
latine «saluator» est. Quis est igitur qui audeat dicere
Dominum Christum tantum maioribus, non etiam paruu-
lis esse « Iesum » ? Qui uenit in similitudine earn is peccati
ut euacuaret corpus peccati, in quo in[119]finnissimo
nulli usui congruis uel idoneis infantilibus membris
anima rationalis miserabili ignorantia praegrauatur.
374. Cf. Eph. 1,5.
375. Cf. Luc. 8, 48.
376. Cf. loh. 3, 5.
377.Luc.2, 11.
378. Matth. 1, 21.
379. Cf. Rom. 8, 3.
334
LIVRE II
n'a refuse ce remede qui est sien a ceux que, dans sa
prescience infaillible et sa tres juste bienfaisance, il a
predestines 374 a regner avec lui pour la vie etemelle. De
fait, avant sa naissance dans la chair, I' abaissement de
sa passion et la puissance de sa resurrection, c' est par la
foi en ces evenements a venir qu' il fonnait a I 'heritage
du salut etemel ceux qui vivaient alors ; par la foi en ces
evenements presents il a fonne ceux qui etaient la quand
ils se produisaient et voyaient s' accomplir ce qui avait
ete predit; et c' est encore par la foi en ces evenements
passes qu ' il ne cesse de fonner ceux qui vecurent ensuite,
nous-memes et ceux qui vivront apres nous.
II n'y a donc qu'une seule foi, laquelle conduit au salut
tous les hommes 375 qui sont sauves en 'passant d'une
generation charnelle a la regeneration spirituelle 376 , et
cette foi trouve son aboutissement en celui qui, pour
nous, est venu pour etre juge et mourlr, lui, Ie Juge des
vivants et des morts. Mais cette unique foi a ete confessee
diversement aux diverses epoques, selon I' opportunite
qu' on avait de I' exprimer.
48. C'est pourquoi il est en meme temps Ie Sauveur
des tout-petits et des adultes, lui dont les anges ont pro-
clame: Il vous est ne aujourd' hui un Sauveu1-3 77 , et dont
il fut dit a la Vierge Marie: Tu lui donneras le nom de
Jesus,. en effet, c' est lui qui sauvera son peuple de ses
peches 378 , ce qui demontre a l'evidence que Ie nom de
Jesus dont on l'a appele, ille porte a cause du salut qu'il
nous a apporte; «Jesus», en effet, se traduit en latin par
« Sauveur». Qui donc oserait dire que Seigneur Christ
n' est «Jesus» que pour les adultes, et non aussi pour les
tout-petits? Car il est venu dans la ressemblance de la
chair du peche'379, pour detruire Ie corps de peche'380;
or, dans l'extreme faiblesse de ce corps aux membres
d'enfant impropres ou inaptes a un quelconque usage,
l'ame raisonnable est ecrasee sous Ie poids d'une pitoya-
ble ignorance.
380. Rom. 6, 6. Pour Augustin, corpus a donc ici Ie sens du caro
de Rom. 8, 3.
335
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Quam plane ignorantiam nullo modo crediderim
fuisse in infante illo in quo Verbum caro factum est ut
habitaret in nobis, nec illam ipsius animi infirmitatem
in Christo paruulo fuerim suspicatus quam uidemus
in paruulis. Per hanc enim etiarn, cum motibus inra-
tionabilibus perturbantur, nulla ratione, nullo imperio,
sed dolore aliquando uel doloris terrore cohibentur, ut
omnino uideas illius inoboedientiae filios, quae mouetur
in membris repugnans legi mentis nec, cum uult ratio,
conquiescit; uerum et ipsa saepe uel dolore corporis
tamquarn uapulando conpescitur uel pauescendo uel
tali aliquo animi motu non tamen uoluntate praecipiente
conprimitur.
Sed quia erat in eo similitudo carnis peccati muta-
tiones, aetatum perpeti uoluit ab ipsa exorsus infantia,
ut ad mortem uideatur etiam senescendo ilIa caro
peruenire potuisse, nisi iuuenis fuisset occisus. Quae
tamen mors in carne peccati inoboedientiae debita red-
ditur, in similitudine autem carnis peccati oboedientiae
uoluntate suscepta est. Ad earn quippe iturus eamque
passurus hoc ait: Ecce uenit princeps mundi huius, et in
me nihil inueniet,. sed ut sciant omnes quia uoluntatem
patris facio, surgite, eamus hinc. His dictis, perrexit ad
indebitam mortem, factus oboediens usque ad mortem.
XXX, 49. Quapropter illi qui dicunt: «Si primi homi-
nis peccato factum est ut moreremur, Christi aduentu
fieret ut credentes in eum non moreremur», et addunt
quasi rationem dicentes: «Neque enim praeuaricatoris
381. Cf. loh. 1, 14.
382. Voir NC 45 : « Une enigme avouee: la condition miserable de
l' etre humain en bas-age».
383. Cf. Rom. 7, 23.
384. Cf. Rom. 8, 3.
385. Voir la NC 45.
386. Cf. Rom. 8, 3.
387. Cf. Rom. 8, 3.
388. loh. 14, 30-31.
336
LWRE II
Mais, a coup sOr, je ne saurais aucunement croire que
cette ignorance se soit trouvee chez cet enfant en qui le
Verbe s'est fait chair afin d'habiter chez nous38 I , et je
ne saurais souponner dans Ie Christ petit enfant cette
faiblesse de l'esprit lui-meme que nous voyons chez
les tout-petits 382 . Car c'est a cause d'elle aussi que,
lorsqu'ils sont troubles par des mouvements deraison-
nables, ils ne sont retenus par aucune raison, aucune
autorite, mais parfois par la douleur ou la crainte de la
douleur, de sorte que I' on a tout a fait sous les yeux les
fils de cette desobeissance qui s' agite en leurs membres,
luttant contre la loi de I' esprit, et ne se calme pas quand
la raison I' exige 383 ; au contraire, si cette desobeissance
meme est sou vent contenue, par exemple sous Ie coup
de la douleur physique ou par peur de celle-ci ou par
tout autre mouvement semblable de l'ame, elle n'est
pourtant pas arretee sur I' ordre de la volonte.
Le Christ, lui, parce qu ' il portait en lui la ressemblance
de la chair du peche'384, a voulu subir les alterations suc-
cessives de I' age, en debutant par I' enfance meme 385 ,
si bien que son corps aurait a I' evidence pu aussi, en
vieillissant, parvenir a la mort s' il n' avait ete tue dans
sa jeunesse. Mais pourtant, dans la chair du peche'386,
cette mort, due a la desobeissance, est Ie paiement d 'une
dette, tandis que, dans la ressemblance de la chair du
peche'387, elle fut assumee par une volonte d' obeissance.
Car, sur Ie point d'aller a elle et de la souffrir, Jesus dit:
Voici que vient le prince de ce monde, et il ne trouvera
rien en moi,. mais afin que tous sachent que je ais la
volonte de mon pere, levez - vous, partons d' ici 3 8. Sur
ces mots, il marcha vers une mort indue, s' etant fait
obeissant jusqu 'a la mort 389 .
XXX, 49. C'est pourquoi ceux qui disent: «Si
Ie peche du premier homme nous a valu la mort, la
venue du Christ devrait nous valoir de ne pas mourir
quand nous croyons en lui», et qui ajoutent en guise
389. Phil. 2, 8.
337
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
transgressio plus nobis nocuit quam incamatio uel
redemptio [120] profuit saluatoris», cur non potius
hoc adtendunt, hoc sine disceptatione credunt quod
Apostolus sine ambiguitate locutus est: Quia per homi-
nem mors et per hominem resurrectio mortuorum, sicut
enim in Adam omnes moriuntur, sic et in Christo omnes
uiuificabuntur? Neque enim aliunde quam de corporis
resurrectione dicebat. Omnium ergo corporis mortem
factam per unum hominem dixit et omnium corporis
resurrectionem in uitam aetemam per unum Christum
futuram esse promisit.
Quomodo ergo plus nobis nocuit HIe peccando quam
iste profuit redimendo, cum per illius peccatum tempo-
raliter moriamur, per istius autem redemptionem non
ad temporal em uitam, sed ad perpetuam resurgamus?
Nostrum ergo corpus mortuum est propter peccatum,
Christi autem corpus solum mortuum est sine peccato,
ut fuso sanguine sine culpa omnium culparum chirogra-
pha delerentur. Quibus debitores qui in eum credunt a
diabolo antea tenebantur. Ideo: Hie est sanguis meus,
qui pro multis effundetur in remissionem peccatorum.
XXXI, 50. Poterat autem etiam hoc donare cre-
dentibus ut nec istius experirentur corporis mortem;
sed si hoc fecisset, cami quaedam felicitas adderetur,
minueretur autem fidei fortitudo. Sic enim homines
390. Affirmation (34) qui vise a demontrer la verite de la premiere
grande these trait6e dans l' ouvrage (cf. I, 2, 2), a savoir que la mort phy-
sique des hommes est inscrite dans leur nature. Elle etait soutenue par
Caelestius, mais pas par Rufin, selon qui Adam est mort physiquement
pour avoir peche. Mais Rufin a inspire Caelestius a propos des tout-
petits puisqu'il nie qu'ils meurent en punition d'un peche. Augustin
a donc pu lire ce syllogisme, typique de la maniere d'argumenter
de Caelestius, dans Ie liber. De fait, une des six theses reprochees a
Caelestius par Paulin etait la suivante: « Le genre humain, dans sa
totalite, ne meurt pas a cause de la mort ou de la prevarication d' Adam,
pas plus qu' il ne ressuscite en sa totalite en vertu de la resurrection
du Christ» (De gest. Pel. 35, 65; BA 21, p. 574: «Quod neque Per
mortem uel praeuaricationem Adae omne genus hominum moriatur
neque per resurrectionem Christi omne genus hominum resurgat»).
338
LIVRE II
d'explication: «La transgression d'un prevaricateur ne
peut, en effet, nous avoir nui davantage que ne nous ont
servi I' incarnation et la redemption du Sauveur 390 »,
feraient mieux d' entendre attentivement, d' ecouter
et de croire sans discussion ce que I' ApOtre a dit sans
ambigulte: Parce que la mort est venue par un homme,
c'est aussi par un homme que viendra la resurrection
des morts. De meme, en effet, que tous meurent en
Adam, de meme tous revivront aussi dans le Christ 39I .
Ces mots, en effet, n' avaient en vue rien d' autre que
la resurrection du corps. II a donc dit que la mort du
corps s' est produite, pour tous, par un seul homme et il a
promis que la resurrection du corps pour la vie etemelle
se produira, pour tous, par Ie seul Jesus-Christ.
Comment donc Ie premier a-t-il pu nous nuire
davantage en pechant que Ie second ne nous a servi en
nous rachetant, alors que Ie peche de I' un cause notre
mort temporelle, tandis que la redemption de I' autre
nous fait ressusciter, non pour une vie temporelle, mais
pour I' etemite? Notre corps est donc mort a cause du
peche'392 , mais seul Ie corps du Christ est mort sans
peche afin que, grace au sang verse en I' absence de
faute, fOt detruite la liste de toutes les fautes 393 ; car,
du fait de celles-ci, les debiteurs qui a present croient
en lui etaient auparavant tenus par Ie demon 394 . C' est
pourquoi il a dit: Ceci est mon sang, ui sera verse pour
la multitude en remission des peches 95.
XXXI, 50. Or il aurait pu accorder aussi aux croyants
de ne pas eprouver non plus la mort de ce corps; mais,
s'il l'avait fait, la chair y aurait gagne une certaine
felicite, mais la vigueur de la foi aurait ete diminuee.
Les hommes, en effet, craignent a tel point cette mort
391. I Cor. 15,21-22.
392. Cf. Rom. 8, lOa.
393. Cf. Col. 2, 13b-14a.
394. Cf. Col. 2, 15.
395. Matth. 26, 28.
339
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
mortem istam timent, ut non ob aliud felices dicerent
esse Christianos nisi quod mori omnino non possent, ac
per hoc nemo propter illam uitam quae post istam mor-
tem beata futura est, per uirtutem etiam contemnendae
ipsius mortis ad Christi gratiam festinaret, sed propter
remouendam mortis molestiam delicatius crederetur
in Christum. Plus ergo gratiae praestitit, plus fidelibus
suis sine dubitatione donauit. Quid enim magnum erat,
uidendo non mori eos qui credere nt, credere se non
moriturum? Quanto est maius, [121] quanto fortius,
quanto laudabilius ita credere ut se speret moriturus sine
fine uicturum!
Denique hoc quibusdam in fine largietur, ut mortem
istam repentina commutatione non senti ant, sed simul
cum resurgentibus rapiantur in nubibus obui Christo
in aera et sic semper cum Domino uiuant. Et recte illis,
quia non erunt iam posteri, qui propter hoc credunt non
sperando quod non uident, sed amando quod uident.
Quae fides est eneruis et debilis nec fides omnino
dicenda, quando quidem fides ita definita est: Fides
est sperantium substantia, conuictio rerum quae non
uidentur.
Vnde etiam in eadem, ubi et hoc scriptum est, ad
Hebreos epistola, cum consequenter enumerasset quos-
dam qui Deo fide placuerunt: Secundum fidem, inquit,
mortui sunt hi omnes cum non accepissent promissiones,
sed Longe eas uidentes et salutantes et confitentes, quia
hospites et peregrini sunt super terram. Et paulo post
j. R. Habitzky ecarte avec justesse un in devant obuiam (retenu
par Ie CSEL) tres modestement atteste et non indisPensable
grammaticalement.
396. Cf. I Th. 4, 17. Dans ses Revisions, II, 33 (60), Augustin ecrit
a propos de la premiere partie de la phrase (<< Bref [. . .] sans ressentir
cette mort»): «Je reserve les droits d'une recherche plus POussee sur
ce point. En effet, ou bien ils ne mourront pas, ou bien, passant de
cette vie presente a la mort et de la mort a la vie etemelle par une
transformation extremement rapide, comme en un clin d'ai! (/ Cor. 15,
340
LIVRE II
qu'ils diraient que tout Ie bonheur des chretiens est de
ne pouvoir aucunement mourir; personne, alors, pour
obtenir la vie qui, apres cette mort, sera bienheureuse,
ne se haterait vers la grace du Christ par son courage
a mepriser la mort meme; mais I' on croirait en Christ
d 'une maniere trop facile, pour s' eviter I' inquietude
de la mort. II a donc manifeste plus de grace, il a, sans
contredit, accorde plus a ses fideles. En quoi serait-il
grand, en effet, en voyant que ceux qui croient ne meu-
rent pas, de croire qu' on ne mourra pas? Combien il
est plus grand, plus courageux, plus louable de croire
en esperant, quoique devant mourir, que l'on vivra
etemellement !
Bref, c'est a la fin des temps que ce privilege sera
accorde a quelques-uns d' etre brusquement transformes
sans ressentir cette mort, d' etre, en meme temps que
les ressuscites, emportes dans les airs pour rejoindre Ie
Christ, et de vivre ainsi a jamais avec Ie Seigneur 396 . Et
c' est juste pour ceux -ci, car ils n' auront plus de descen-
dants pour croire, non en esperant ce qu' ils ne voient
pas, mais en aimant ce qu' ils voient. U ne telle foi est
sans vigueur et sans force, elle ne doit meme aucune-
ment recevoir ce nom, puisque la foi a ete ainsi definie :
La foi est la realite de ce qu' on espere, la preuve des
choses qu' on ne voit pas 397 .
C'est pourquoi, dans la meme epitre aux Hebreux ou
se trouve cette fonnule, I' Apotre a ensuite enumere un
certain nombre d'hommes qui ont plu a Dieu par leur
foi, et il a ajoute: C' est selon la foi que sont morts tous
ces hommes, sans av.oir reu ce qui etait promis, mais
Ie voyant, le saluant de loin, et confessant leur statut
d'hotes et d'etrangers sur la terre 398 . Un peu plus loin,
52), ils ne sentiront pas la mort. » Des deux lettres aux Thessaloniciens
Pecc. mer. n'evoque que deux versets (en simple incise: II Thess. 3,
2b: Car tous n'ont pas laJoi) et I Thess. 4, 17 (ici et trois reminiscen-
ces en I, 2, 2; I, 3, 3 et I, 5, 5).
397. Hebr. 11, 1.
398. Hebr. 11, 13.
341
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
eandem fidei laudem ita conclusit: Et omnes, inquit,
testimonium consecuti per fidem non tulerunt promis-
siones Dei,. pro nobis enim meliora prouiderunt, ne sine
nobis perfecti perficerentur. Haec laus fidei non esset
nec omnino, ut iam dixi, fides esset, si homines in cre-
dendo praemia uisibilia sequerentur, hoc est si fidelibus
merces inmortalitatis in hoc saeculo redderetur.
51. Hinc et ipse Dominus mori uoluit ut, quemad-
modum de illo scriptum est, per mortem euacuaret
eum qui potestatem habebat mortis, id est diabolum, et
liberaret eos qui timore mortis per totam uitam rei erant
seruitutis. Hoc testimonio satis etiam illud monstratur et
mortem istam corporis principe atque auctore diabolo,
hoc est ex peccato, accidisse, quod [122] ille persuasit;
neque enim ob aliud potestatem habere mortis uerissime
diceretur. V nde ille qui sine ullo peccato uel originali
uel proprio moriebatur dixit quod paulo ante commemo-
raui: Ecce ueniet princeps mundi - id est diabolus, qui
potestatem habet mortis - et in me nihil inueniet, id est
peccati propter quod homines mori fecit. Et quasi dice-
retur ei: «Quare ergo moreris ? », Sed ut sciant omnes,
inquit, quia uoluntatem Patris mei facio, surgite, eamus
hinc, id est «Vt moriar, non habens mortis causam de
peccato sub auctore peccati, sed de oboedientiae iustitia
factus oboediens usque ad mortem». Et hoc ergo illo
testimonio demonstratum est et, quod timorem mortis
399. Hebr. 11,39-40.
400. Ainsi, pour Augustin, Ie maintien, apres bapteme, de la neces-
site de mourir, conserve a la foi chretienne sa «vigueur» (fortitudo) ,
qui est d'etre, de la part dufidelis Ie courage d'esrer. Mais Ie terme
fides s' origine dans Ie sens objectif que lui donne Hebr. 11, 1 : «realite
de ce qui est espere», sens rapPele par BENOIT XVI, encyclique Spe
salui, 7.
401. Hebr. 2, 14-15.
402.loh. 14, 30.
403. loh. 14, 31.
342
LIVRE II
il a conclu Ie meme eloge de la foi par ces mots: Et
pourtant, tous ces hommes, s' ils ont obtenu par leur foi
ce temoignage, n'ont pas vu s'accomplir les promes-
ses de Dieu,. en effet, ils ont entrevu pour nous mieux
encore, si bien u'ils ne devaient pas parvenir sans nous
a la perfection 3 9. Or cet eloge de la foi ne serait pas et,
comme je l'ai deja dit, il n'y aurait aucunement foi, si
les hommes, en croyant, poursuivaient des recompenses
visibles, c'est-a-dire si Ie salaire de l'immortalite etait
donne aux fideles en ce monde 400 .
51. C'est encore pourquoi Ie Seigneur lui-meme
a voulu mourir afin, comme il a ete ecrit a son sujet,
d'aneantir par sa mort celui qui detenait, la puissance
de la mort, c'est-a-dire le diable, et de liberer ceux qui,
par peur de la mort, etaient toute leur vie condamnes a
la servitud e 40I. Grace a ce temoignage il est aussi suffi-
samment montre que cette mort du corps, elle aussi, est
survenue a l'initiative et a l'instigation du diable, c'est-
a-dire par suite du peche qu' il conseilla; on ne saurait
en effet, pour une autre raison, dire en toute verite qu' il
detient la puissance de la mort. C' est pourquoi celui
qui mourait sans aucun peche originel ou personnel a
prononce les mots que j'ai rappeles un peu plus haut:
Voici que viendra le prince de ce monde - c'est-a-dire
Ie diable, qui detient la puissance de la mort - et il ne
trouvera rien en moi 402 , c'est-a-dire nulle trace du peche
qui, de son fait, a cause la mort des hommes. Et, comme
si on lui disait: «Alors, pourquoi meurs-tu ? », il ajoute:
Mais pour que tous sachent que je lais la volonte de
mon Pere, levez-vous; partons d'ici 40 , entendez: «Pour
que je meure, bien que ma mort ne tire pas sa cause du
peche sous I' emprise de I' auteur du peche, mais, par la
justice de I' obeissance, je me suis fait obeissant jusqu 'a
la morrW4.» Voila donc ce qui a ete demontre par ce
404. Cf. Phil. 2, 8b.
343
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
fideles uincunt, ad agonem ipsius fidei pertinere qui
profecto defuisset si mox esset credentes inmortalitas
consecuta.
XXXII, 52. Quamuis itaque multa Dominus uisibilia
miracula fecerit, unde ipsa fides uelut quibusdam pri-
mordiis lactescentibus germinaret et in suum robur ex
ilIa temeritate coalesceret - tanto est enim fortior quanto
magis iam ista non quaerit -, tamen illud quod promis-
sum speramus, inuisibiliter uoluit expectari ut iustus ex
fide uiueret, in tantum ut nec ipse qui die tertio resurrexit
inter homines esse uoluerit sed, eis demonstrato in sua
carne resurrectionis exemplo quos huius rei testes habere
dignatus est, in caelum ascenderit illorum quoque se
oculis auferens nihilque tale cuiusquam eorum carni
iam tribuens quale in carne propria demonstrauerat, ut
et ipsi ex fide uiuerent eiusque iustitiae, in qua ex fide
uiuitur, praemium quod post erit uisibile, nunc interim
per patientiam inuisibiliter expectarent.
Ad hunc intellectum credo etiam illud esse referen-
dum quod ait de sancto Spiritu: Non potest ipse uenire
nisi ego abiero. Hoc enim erat dicere: «Non poteritis
iuste uiuere ex fide, quod de meo dono, id est de sancto
Spiritu, habebitis nisi [123] a uestris oculis hoc quod
intuemini abstulero, ut spiritaliter cor uestrum inuisibi-
lia credendo proficiat. Hanc ex fide iustitiam identidem
loquens de Spiritu sancto ita commendat: file, inquit,
arguet mundum de peccato, de iustitia, de iudicio,. de
peccato quidem quia non crediderunt in me, de iustitia
quia ad Patrem uado et iam non uidebitis me. Quae est
ista iustitia qua eum non uiderent, nisi ut iustus ex fide
405. Cf. Rom. 1, 17.
406. Cf. Marc. 16, 7 et Luc. 24,48.
407.loh. 16,7b.
408. Cf. Phil. 3, 9b.
409.loh. 16, 8-10.
410. Cf. Rom. 1, 17 et Gal. 3, 11.
344
LIVRE II
remoignage, mais aussi que la victoire des fideles sur la
peur de la mort conceme Ie combat de la foi elle-meme,
lequel eOt assurement fait defaut, si I' immortalite avait
d'emblee accompagne les croyants.
XXXII, 52. C'est pourquoi, bien que Ie Seigneur
ait fait de nombreux miracles visibles d' ou la foi elle-
meme pOt genner comme nourrie d'un premier lait et,
de ce tendre etat, pousser et parvenir a sa propre vigueur
- elle est, en effet, d' autant plus forte qu' elle ne reclame
plus ces nourritures -, il a cependant voulu nous faire
attendre, sans que nous Ie voyions, Ie bien promis que
nous esperons, pour que Ie juste vi ve de la foi 405 ; et cela
est si vrai que lui-meme, ressuscite Ie troisieme jour, n'a
pas voulu etre parmi les hommes, mais, la preuve de la
resurrection ayant ete faite dans sa chair pour ceux qu' il
a daigne choisir comme temoins de cet evenement40 6 ,
il est monte au ciel, se derobant aussi a leurs yeux,
sans rien conceder des lors a la chair d'aucun d'eux
de ce qu' il avait laisse voir dans sa propre chair; ainsi
eux-memes devraient vivre de leur foi et attendre dans
l'intervalle, patiemment, sans la voir, la recompense de
cette justice dans laquelle on vit de la foi, recompense
qui sera visible plus tarde
e' est a ce sens, je crois, qu' il nous faut aussi rattacher
ce qu'il dit de I'Esprit Saint: Lui-meme ne peut venir si
moi, je ne m' en vais40 7 . Cela, en effet, revenait a dire:
«Vous ne pourrez pas vivre en justes de la foi - ce que
vous recevrez du don que je vais vous faire, c' est-A-dire
I 'Esprit Saint -, si je ne soustrais avos yeux ce que vous
regardez, afin que votre creur progresse spirituellement,
en crant a l'invisible.» Or cette justice qui vient de
la foi 8, sou vent, parlant de I 'Esprit Saint, ille recom-
mande en ces tennes: Lui, dit-il, denoncera le monde
pour ce qui est du peche, de la justice, du jugement : du
peche, parce qu'ils n'ont pas cru en moi, de la justice,
parce que je vais a mon pere et que vous ne me verrez
plus40 9 . Quelle est cette justice dans laquelle on ne Ie
voit plus, sinon I' exigence que Ie juste vive de la foi 4IO
345
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
uiueret et non respicientes quae uidentur, sed quae non
uidentur Spiritu ex fide spem iustitiae expectaremus ?
XXXDI, 53. Qui autem dicunt: «Si peccato mors
ista corporis accidisset, non utique post remissionem
peccatorum quam redemptor nobis tribuit moreremur»,
non intellegunt quomodo res quarum reatum, ne post
hanc uitam obsint, Deus soluit, tamen eas ad certamen
fidei sinit manere, ut per ill as erudiantur et exerceantur
proficientes in agone iustitiae. Posset enim et alius hoc
non intellegens dicere: «Si propter peccatum dixit Deus
homini : In sudore uultus tui edes panem tuum et spinas
et tribulos pariet tibi terra, quare et post remissionem
peccatorum labor hic pennanet et haec dura et aspera
parit etiam terra fidelium? Item si propter peccatum
mulieri dictum est: In gemitu paries, cur etiam post
peccatorum remissionem feminae fideles eosdem dolo-
res in parturiendo patiuntur? Et tamen constat propter
peccatum quod admiserant illos a Deo primos homines
haec audisse atque meruisse, nec resistit his uerbis diuini
libri quae posui de labore hominis et de parturitione
mulieris, nisi qui prorsus alienus a fide catholica eisdem
litteris aduersatur.
XXXIV, 54. Verum quia et tales non desunt,
quemadmodum eis hac quaestione proposita respon-
demus dicentes ante remissionem esse ilia supplicia
peccatorum, post remissionem autem certamina [124]
exercitationesque iustorum, ita et illis quos de morte
corporis similiter mouet respondere debemus, ut eam et
411. Argumentation (35), variante de (34), Peut-etre lue elle aussi
par Augustin dans Ie liber, dans la mesure 00 Ie Liber de fide presente
une objection analogue a propos des hehes: «Si, comme its Ie soutien-
nent, les hehes meurent a cause du peche d' Adam, qu' ils nous disent
pourquoi, sitot baptises, illeur est donne de goQter la mort?» Voir la
NC 44.
412. Gen. 3, 19 et 18.
413. Gen. 3, 16.
346
LIVRE II
et que, considerant non Ie visible mais I' invisible, nous
attendions de la foi, par I 'Esprit, ce que laisse esp6rer la
justice?
XXXIII, 53. Quant a ceux qui affinnent: «Si cette
mort du corps etait survenue a cause du peche, nous ne
saurions evidemment mourir apres Ie pardon des peches,
que nous a accorde Ie Redempteur UI », ils ne compren-
nent pas que Dieu a aboli la culpabilite liee aces choses,
pour qu' elles ne nous fassent pas obstacle apres cette vie,
mais qu' il les laisse cependant subsister pour qu' elles
servent au combat de la foi, afin qu' a travers elles soient
instruits et eprouves ceux qui progressent dans la lutte
de lajustice. Faute de comprendre cela, en effet, un autre
aussi pourrait dire: «Si c' est a cause du peche que Dieu
a dit a I 'homme: Tu mangeras ton pain a la sueur de ton
front et la terre produira pour toi epines et chardons4 I2 ,
pourquoi, meme apres Ie pardon des peches, ce labeur
perdure-t-il et la terre des fideles aussi produit-elle ces
fruits ingrats et epineux ? De meme, si c' est a cause du
pee he qu'il fut dit a la femme: Tu enfanteras dans les
gemissements4 I3 , pourquoi, meme apres Ie pardon des
peches, les femmes fideles 4I4 endurent-elles toujours les
memes souffrances en enfantant?» Et pourtant, cela est
certain, c' est a cause du peche qu' ils avaient commis
que les premiers humains ont entendu et merite cette
condamnation venant de Dieu, et seul resiste a ces paroles
du livre divin que j' ai citees sur Ie labeur de I 'homme et
l'enfantement de la femme celui qui, resolument hostile
a la foi catholique, s' oppose a ces memes Ecritures.
XXXIV, 54. Mais, puisque de telles personnes ne sont
pas rares, nous leur repondons sur ce demier point en
disant qu' avant Ie pardon, ces maux sont les chatiments
des peches, tandis qu' apres Ie pardon ils sont les com-
bats et les epreuves des justes; de la meme faon nous
devons repondre aussi a ceux que trouble pareillement
414. Fideles, c'est-a-dire «baptisees dans la foi chretienne ».
347
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
peccato accidisse fateamur et post peccatorum remissio-
nem, ut magnus timor eius a proficientibus superetur, ad
certamen nobis relictam esse non dedignemur.
Si enim parua uirtus esset fidei quae per dilectionem
operatur, mortis metum uincere, non esset tanta marty-
rum gloria nec Dominus diceret : Maiorem hac caritatem
nemo habet quam ut animam suam ponat pro amicis suis.
Quod in epistula sua Ioannes ita dicit: Sicut ille an imam
suam pro nobis posuit, sic et nos debemus animam pro
fratribus ponere. Nequaquam igitur in morte pro iustitia
subeunda uel contemnenda laudaretur praecipua patien-
tia, si mortis non esset magna multumque dura molestia.
Cuius timorem qui uincit ex fide, magnam ipsius fidei
comparat gloriam iustamque mercedem.
Vnde mirandum non est et mortem corporis non
fuisse euenturam homini nisi praecessisset peccatum,
cuius etiam talis poena consequeretur, et post remissio-
nem peccatorum eam fidelibus euenire, ut in eius timore
uincendo exerceatur fortitudo iustitiae.
55. Caro enim, quae primo facta est, non erat caro
peccati, in qua noluit homo inter delicias paradisi seruare
iustitiam. V nde statuit Deus ut post eius peccatum prop a-
gata caro peccati ad recipiendam iustitiam laboribus et
molestiis niteretur. Propter hoc etiam de paradiso dimis-
sus Adam contra Eden habitauit, id est contra sedem
deliciarum, ut significaret quod in laboribus, qui sunt
deliciis contrarii, erudienda esset caro peccati, quae in
deliciis oboedientiam non [125] seruauit antequam esset
caro peccati. Sicut ergo illi primi homines postea iuste
415. Cf. Gal. 5,6.
416.loh. 15, 13.
417. loh. 3, 16.
418. Cf. Rom. 8, 3.
419. Cf. Rom. 8,3.
420. Cf. Gen. 3, 23.
421. Cf. Rom. 8, 3.
348
LWRE II
la question de la mort corporelle, en reconnaissant que
celle-ci est survenue a cause du peche, mais sans negli-
ger Ie fait qu' apres Ie pardon des peches, elle nous a ete
laissee pour Ie combat, afin que la grande crainte qu' elle
. .. , .
InspIre SOlt sunnontee par ceux qUI progressent.
En effet, si, pour la foi qui opere par l'amour4 I5 , il
n'y avait qu'un pietre merite a vaincre la mort, la gloire
des martyrs ne serait pas si gran de et Ie Seigneur ne
dirait pas: Nul ne manifeste une plus grande charite
qu'en donnant sa vie pour ses ami,s4I6. C'est ce que Jean
exprime dans son epitre par ces mots: De meme qu'il
a donne sa vie pour nous, de meme nous devons nous
aussi donner notre vie pour nos jreres4 I7 . Qn ne louerait
done nullement comme Ie comble de la patience Ie fait
de subir ou de mepriser la mort pour la justice, si les
rigueurs de la mort n' etaient grandes et fort penibles. Et
celui qui triomphe par la foi de la crainte qu' elle inspire
acquiert, pour cette foi meme, grande gloire et juste
recompense.
Aussi n' est-il pas etonnant de dire a la fois que la
mort corporelle ne serait pas echue a I 'homme si n' avait
precede Ie peche, qui entrainait aussi un tel chatiment,
et qu' apres Ie pardon des peches, elle echoit aux fideles,
afin que, par Ie triomphe sur la peur qu' elle inspire, soit
eprouve Ie courage de la justice.
55. En effet, la chair qui fut d'abord creee n'etait pas
la chair du peChe 4I8 , mais dans cette chair l'homme n'a
pas voulu conserver la justice parmi les delices du para-
dis. C'est pourquoi Dieu a decide qu'apres Ie peche de
l'homme, la chair du peChe 4I9 , s'etant propagee, devrait,
pour recouvrer la justice, lutter au prix de labeurs et de
peines. C'est encore pour cela qu' Adam, chasse du
paradis, habita face a I'Eden 420 , c'est-a-dire face au
sejour des delices, afin de signifier que, dans ces labeurs
opposes aux delices, la chair devait etre eduquee, elle qui
n' a pas dans les delices garde I' obeissance avant d' etre
chair du peche 42I . De meme donc que ces premiers
humains, en vivant par la suite en justes - et I' on a raison
349
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
uiuendo - unde merito creduntur per Domini sanguinem
ab extremo supplicio liberati - non tamen in ilia uita
meruerunt ad paradisum reuocari, sic et caro peccati,
etiamsi remissis peccatis homo in ea iuste uixerit, non
continuo meretur eam mortem non perpeti quam traxit
de propagine peccati.
56. Tale aliquid nobis insinuatum est de pattiarcha
Dauid in libro Regnorum, ad quem propheta missus
esset eique propter peccatum quod admiserat euentura
mala ex iracundia Dei comminaretur, confessione pec-
cati ueniam meruit, respondente propheta quod illud ei
flagitium facinusque remissum sit; et tamen consecuta
sunt quae Deus fuerat comminatus, ut sic humiliaretur a
filio. Quare et hic non dicitur: «Si Deus propter pecca-
tum illud fuerat comminatus, cur dimisso peccato quod
erat minatus inpleuit?», nisi quia rectissime, si dictum
fuerit, respondebitur remissionem illam peccati factam
ne homo a percipienda uita inpediretur aetema, subse-
cutum uero ill ius comminationis effectum, ut pietatis
hominis in ilIa humilitate exerceretur atque probaretur?
Sic et mortem corporis, et propter peccatum Deus
homini inflixit, et post peccatorum remissionem propter
exercendam iustitiam non ademit.
XXXV, 57. Teneamus ergo indeclinabilem fidei
confessionem. Solus unus est qui sine peccato natus est
in similitudine carnis peccati, sine peccato uixit inter
aliena peccata, sine peccato mortuus est propter nostra
peccata. Non declinemus in dexteram aut sinistram; in
dexteram enim declinare est se ipsum decipere dicendo
se esse sine peccato, in sinistram autem per nescio quam
peruersam et prauam [126] securitatem se tamquam
422. Cf. Rom. 8, 3.
423. Cf. III Reg. (= II Sam.) 12, 13.
424. Cf. III Reg. (= II Sam.) 16, 11.
425. Cf. Rom. 8, 3.
426. Cf. I Petro 3, 18a.
427. Cf. Prou. 4, 27.
350
LIVRE II
de les croire pour cela liberes de I 'ultime supplice par Ie
sang du Seigneur -, n'ont cependant pas merite d'etre
rappeles au paradis en cette vie, de meme aussi la chair
du peche 422 , meme si, les peches etant remis, l'homme
mene en elle une vie juste, ne merite pas immediatement
de ne pas subir la mort, qu' elle a tiree de la propagation
du peche.
56. C'est un exemple de ce genre qui a ete insere
pour nous dans Ie livre des Rois a propos du pattiarche
David: comme Ie prophete avait ete envoye vers lui et Ie
menaait, pour Ie peche qu' il avait commis, de maux qui
lui viendraient de la colere de Dieu, il merita Ie pardon
grace a la confession de son peche, puisque Ie prophete lui
repond que cette ignominie et ce crime lui sont remis 423 ;
et pourtant les menaces de Dieu s' acc0"¥llirent a travers
cette humiliation qu'il subit de son fils4 . Pourquoi, ici
aussi, n'objecte-t-on pas: «Si Dieu avait menace a cause
de ce peche, pourquoi, Ie peche pardonne, a-t-il accom-
pli ses menaces?»; c' est qu' a I' objection I' on pourra
fort justement repondre que ce pardon du peche a ete
effectue afin de ne pas empecher I 'homme de recevoir la
vie etemelle, mais que cette menace a ete suivie d' effet
afin que la piete de I 'homme fOt eprouvee et manifestee
a travers cette humiliation. II en va de meme pour la mort
du corps: c' est a cause du peche que Dieu I' a infligee a
l'homme et c'est pour eprouver sa justice qu'il ne l'a pas
abolie apres Ie pardon des peches.
XXXV, 57. Maintenons donc sans deviance la confes-
sion de la foi. II n'y a qu 'un seul et unique etre qui soit ne
sans peche dans la ressemblance de la chair du peche 425 ,
qui ait vecu sans peche parmi les peches d ' autrui, qui soit
mort sans peche a cause de nos peches4 26 . Ne devions ni
a droite ni a gauche 427 ; en effet, devier a droite, c' est
s'abuser soi-meme en disant qu'on est sans peche 428 ;
devier a gauche, c' est s' adonner aux peches comme si
c' etait impunement, par je ne sais quelle absence de
428. Cf. Iloh. 1, 8.
351
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
inpune dare peccatis. Vias enim, quae a dextris sunt,
nouit Dominus, qui solus sine peccato est et nostra
potest delere peccata; peruersae autem sunt quae a
sinistris, amicitiae cum peccatis.
Tales etiam illi uiginti annorum adulescentuli figuram
noui populi praemiserunt, qui in terram promissionis
intrarunt, qui nec in dextram nec in sinistram dicti
sunt declinasse. Non enim et uiginti annorum aetas
conparanda est innocentiae paruulorum sed, ni faIlor,
hic numerus mysticum aliquid adumbrat et resonate
Vetus enim testamentum in quinque Moysi libris excel-
lit, nouum autem quattuor euangeliorum auctoritate
praefulget.
Qui numeri per se multiplicati ad uicenarium perue-
niunt; quater enim quini uel quinquiens quatemi uiginti
sunt. Talis populus, ut praedixi, eruditus in regno caelo-
rum per duo testamenta, uetus et nouum, non declinans
in dextram superba praesumptione iustitiae neque in
sinistram secura dilectione peccati, in terram illius
promissionis intrabit, ubi iam peccata ulterius nec nobis
donanda optemus nec in nobis punienda timeamus, ab
illo redemptore liberati qui non uenundatus sub peccato
redemit Israhel ab omnibus iniquitatibus eius, siue pro-
pria cuiusquam uita commissis siue originaliter tractis.
429. «Ne devions ni a droite ni a gauche» (Non declinemus in dex-
teram aut sinistram). La recommandation Peut etre rapprochee de ce
qu' Augustin ecrit dans Ie De sancta uirginitate, 9, 19 contre la doubl
erreur d'egaler Ie mariage au celibat consacre et de Ie condamner: «A
force de s' eviter, ces deux erreurs finissent par s' affronter pour n' avoir
pas voulu tenir Ie juste milieu de la verite» (ueritatis medium tenere).
430. Cf. Prou. 4, 27.
431. Cf. Prou. 4, 27.
432. Cf. Num. 14, 29-30.
433. Cf. los. 23, 6.
352
LIVRE II
crainte perverse et depravee 429 . En effet, le Seigneur
connait les voies qui sont a droite 430 , lui qui seul est
sans peche et peut effacer nos peches; mais il en est de
perverses, qui sont a gauche 43 : ce sont nos liens avec
les peches.
Voila meme comment ils ont prefigure Ie peuple
nouveau, ces jeunes gens de vingt ans qui entrerent en
terre promise 32 et dont il a ete dit qu' ils ne devierent
ni a droite ni a gauche 433 . En effet, cet age de vingt ans
n'est pas comparable a l'innocence des tout-petits, mais,
si je ne me trom, ce nombre recouvre et fait entendre
quelque mystere 34. En effet, I' Ancien Testament excelle
dans les cinq livres de MOIse tandis que Ie Nouveau res-
plendit plus que tout de I' autorite des quatre evangiles.
Or, multiplies l'un par I' autre, ces deux nombres attei-
gnent vingt ; en effet, quatre fois cinq ou cinq fois quatre
font vingt4 35 . Or voila Ie peuple qui, instruit du royaume
des cieux, comme je I' ai dit, par les deux testaments,
l' Ancien et Ie Nouveau, ne deviant ni a droite par une
confiance orgueilleuse en sa justice, ni a gauche par un
amour sans crainte du peche, entrera dans la terre de
cette promesse ou nous n'aurons plus jamais a souhai-
ter que des peches nous soient pardonnes ni a craindre
qu'ils ne soient punis en nous, liberes que nous serons
par Ie Redempteur qui, n' etant pas esclave du peche 436 , a
rachete Israel de toutes ses iniquites, commises person-
nellement par chacun dans sa vie pro pre ou contractees
originellement.
434. La symbolique des nombres occuPe une certaine place chez les
Peres de I'Eglise. Augustin la puise dans I'Ecriture. Voir W. G. MOST,
«The Scriptural Basis of St Augustine's Arithmologie», The
Catholic Biblical Qua terly , 13, 1951, p. 284-295, et C. COUTURIER,
«Sacramentum et mysterium dans I' reuvre de saint Augustin», dans
Etudes augustiniennes, Paris, 1953, p. 243-255.
435. La meme interpretation reviendra dans les Quaestiones in
Heptateuchum, IV, 2, CCSL 33, p. 235.
436. Cf. Rom. 7, 14.
353
DE PECCATORVM MERlTIS ET REMISSIONE
XXXVI, 58. Non enim parum scripturarum diuina-
rum auctoritati ueritatique cesserunt qui, etsi noluerunt
litteris suis aperte exprimere paruulis remissionem
necessariam peccatorum, redemptionem tamen eis opus
esse confessi sunt. Alio quippe uerbo, etiam [127] ipso
de christiana eruditione deprompto, nihil aliud omnino
dixerunt. Nec dubitandum est eis qui diuina scripta
fideliter legunt, fideliter audiunt, fideliter tenent, quod
ab ilia came quae prius uoluntate peccati facta est caro
peccati, deinceps per successionem transeunte in omnes
transcriptione iniquitatis et mortis caro sit propagata
peccati, excepta una similitudine carnis peccati quae
tamen non esset nisi esset caro peccati.
59. De anima uero, utrum et ipsa eodem modo
propagata reatu qui ei dimittatur obstticta sit - neque
enim possumus dicere solam camem paruuli, non etiam
animam indigere saluatoris et redemptoris auxilio alie-
namque ab ea esse gratiarum actione quae in Psalmis est,
ubi legimus et dicimus : Benedic, anima mea, Dominum
et noli obliuisci omnes retributiones eius, qui propitius
fit omnibus iniquitatibus tuis, qui sanat omnes languores
tuos, qui redimit de corruptione uitam toom - an etiam
non propagata, eo ipso quo carni peccati aggrauanda
437. Repetition de l'affirmation (14), en forme de concession, deja
rapportee en I, 34, 64, et trouvee par Augustin dans Ie libellus breuissi-
mus qu'il mentionnait alors. C'est ce qu'avait admis Caelestius devant
la commission d' eveques.
438. Augustin ne donne pas ce mot. Mais la citation d'objecteur
qu'il avait reproduite en I, 18, 23 (et qu'il avait sans doute lue dans
Ie liber car elle se trouve quasi a l'identique dans Ie Liber de fide de
Rufin) parlait de «procreation», «creation dans Ie Christ» (emprunt a
II Cor. 5, 17a) et d'«heritage de Dieu», «coheritage avec Ie Christ»
(emprunt a Rom. 8, 17 avec theme de I' adoption filiale). Julien d 'Eclane
(cite par Augustin en Contra lulianum, III, 3, 8) disait: «Quos fecerat
[Deus] condendo bonos, fecit innouando adoptandoque meliores.»
439. Cf. Rom. 8, 3.
440. Cf. Gen. 2, 16.
354
LIVRE II
XXXVI, 58. En realite, ce n'est pas une mince
concession a l'autorite et a la verite des divines Ecritures
qu' ont faite ces gens qui, meme s' ils n' ont pas voulu
exprimer clairement dans leurs ecrits que Ie pardon des
peches etait necessaire aux tout-petits, ont cependant
reconnu que ceux -ci avaient besoin de la redemption 437 .
Car, tout en usant d 'un autre mot, lui-meme tire de
I' enseignement chretien 438 , ils n' ont absolument rien dit
d' autre. Et pour qui lit fidelement, entend fidelement,
garde fidelement les divines Ecritures, il ne peut faire
aucun doute qu' a partir de cette chair, qui est d' abord
devenue chair de peche 439 par la volonte du peche, s' est
ensuite propagee une chair de peche, l'arre d'iniquite et
de motfWO se transmettant a tous successivement; seule
fut exceptee la ressemblance de la chair du peche44 I ,
laquelle cependant n'existerait pas s'il n'y avait pas de
chair du peche.
7. Une question delicate: celie de l'implication de
1'8me dans la condition pecheresse des humains.
59. Pour ce qui est de l'ame, si elle-meme se transmet
de la meme faon, se trouve-t-elle liee par une accusation
dont elle doive etre acquittee? En effet, nous ne pouvons
dire que ce soit la seule chair du tout-petit, et non aussi
son ame, qui ait besoin du secours d'un Sauveur et d'un
Redempteur, et que cette demiere demeure etrangere a
I' action de graces qui se trouve dans les Psaumes, ou nous
lisons et disons: Mon ame, benis le Seigneur, n 'oublie
aucun de ses bienfaits, lui qui se montre indulgent pour
tes iniquites, guerit toutes tes faiblesses et rachete ta
vie de la corruption 442 . Ou bien, meme si l'ame ne se
transmet pas, du seul fait qu' elle se trouve melee a la
chair du peche 443 dont elle doit subir Ie poids 444 , a-t-elle
441. Cf. Rom. 8, 3.
442. Ps. 102,2-4.
443. Cf. Rom. 8, 3.
444. Cf. Sap. 9, 15a.
355
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
miscetur, iam ipsius peccati remissione et sua redemp-
tione opus habeat, Deo per summam praescientiam
iudicante qui paruulorum ab isto reatu non mereantur
absolui, etiam qui nondum nati nihil alicubi propria sua
uita egerunt uel boni uel mali, et quomodo Deus, etiamsi
non de traduce animas creat, non sit tamen auctor reatus
eiusdem propter quem redemptio sacramenti necessaria
est animae paruuli, magna quaestio est aliamque dispu-
tationem desiderat, eo tamen, quantum [128] arbitror,
moderamine temperatam, ut magis inquisitio cauta
laudetur quam praecipitata reprehendatur assertio.
Vbi enim de re obscurissima disputatur non adiuuanti-
bus diuinarum auctoritatum certis clarisque documentis,
cohibere se debet humana praesumptio nihil faciens in
partem alteram declinando. Etsi enim quodlibet horum,
quemadmodum demonstrari et explicari possit, ignorem,
illud tamen credo, quod etiam hinc diuinorum eloquio-
rum clarissima auctoritas esset, si homo id sine dispendio
promissae salutis ignorare non posset.
Habes elaboratum - utinam tam commodum quam
prolixum! - pro meis uiribus opus, cuius prolixitatem
fortasse defenderem nisi id uererer facere defendendo
prolixius.
356
LWRE II
des loTS besoin du pardon de ce peche et de sa propre
redemption, Dieu jugeant dans sa prescience souveraine
lesquels des tout -petits ne meritent pas d' etre absous de
cette accusation, meme ceux qui, n' etant pas encore
nes, n' ont nulle part fait ni bien ni mal dans leur propre
vie 445 ? Et meme si Dieu ne cree pas les ames par trans-
mission, comment cependant n'est-il pas Ie garant de
cette meme accusation qui rend necessaire, pour I' ame
du tout-petit, la redetion par Ie sacrement? C' est
la une grave question , qui demande un autre debat,
mais tempere, selon moi, par une grande moderation, de
faon qu'on y loue la prudence de l'examen plutot que
d'en blamer les hatives assertions.
En effet, quand on discute une question si obscure
sans l'aide des enseignements certains et lumineux des
autorites divines, la presomption humaine doit s'impo-
ser un frein sans rien faire en penchant d'un cote ou
de I' autre. Meme si, en effet, j' ignore comment on peut
demontrer ou expliquer I 'un de ces points, j' ai cepen-
dant la conviction que I' autorite des paroles divines
serait tres claire si I 'homme ne pouvait ignorer cela sans
prejudice pour Ie salut qui lui a ete promis 447 .
To as entre les mains I' ouvrage - aussi utile que long,
j' espere ! - que j' ai elabore en fonction de mes forces et
dont je pourrais defendre la longueur si, en la defendant,
je ne craignais de I' allonger.
445. Cf. Rom. 9, 11.
446. Question deja soulevee plus haut (I, 22, 31 et I, 38, 69) et
qui reviendra plus loin (III, 10, 18). Voir la NC 29: «La question de
l' origine des ames et de leur mode d' implication dans la condition
pecheresse». Voir aussi la NC 62: «Trace de l' Ambrosiaster dans
quelques passages du De peccatorum meritis et remissione? ».
447. Voir la NC 14: «Les regles d'interpretation de l'Ecriture
rappelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione ».
357
LIVRE III
LIBER TERTIVS
Carissimo filio Marcellino Augustinus episcopus,
seruus Christi seruorumque Christi, in Domino
salutem.
I, 1. De quaestionibus quas mihi proposueras, ut ad
te aliquid scriberem aduersus eos qui dicunt Adam,
etiamsi non peccasset, fuisse moriturum nec ex eius
peccato quicquam ad eius posteros propagando tran-
sisse, maxime propter baptismum paruulorum quem
more piissimo atque matemo uniuersa frequentat eccle-
sia, et quod in hac uita sint, fuerint futurique sint filii
hominum nullum habentes omnino peccatum, iam duos
prolixos absolueram libros.
Quibus [129] mihi uisus sum non quidem omnibus
omnium occurrisse in hac causa motibus animorum
- quod uel a me uel a quoquam utrum fieri possit ignoro,
immo fieri non posse non dubito -, sed tamen egisse
aliquid, quo de his rebus a maioribus traditae fidei
defensores contra nouitates eorum qui aliter sentiunt
non inennes, usquequaque consisterent.
Verum post paucissimos dies legi Pelagii quaedam
scripta sancti uiri, ut audio, et non paruo prouectu
1. II y a donc la trois opinions rapportees par Marcellinus, dont
deux ont ete traitees au livre I, la troisieme etant discutee dans Ie
livre II. Mais on notera que Ie resume de la deuxieme opinion (<<rien
de son che n' a ete transmis a ses descendants») renvoie (maxime
propter) a la pratique du bapteme des nouveau-nes, Augustin laissant
entendre que les objecteurs eux-memes apportent une interpretation
du sens de ce bapteme a leur argumentation contre la realite d'un
peche originel. Comme Ie suggere W. DUNPHY, «A Lost Year...»,
p. 424, « la lettre pouvait aussi circuler indePendamment [des deux
360
LIVRE TROISIEME
Augustin eveque, serviteur du Christ et des serviteurs
du Christ, a son tres cher fils Marcellinus salut dans Ie
Seigneur.
Motifs de l'adjonction de cette lettre aux deux
livres deja acheves.
I, 1. A propos des questions que tu m'avais soumises
pour que je t'ecrive quelque reponse contre ceux qui
disent qu' Adam, meme s' il n' avait pas peche, serait
mort, et que rien de son peche n' a ete transmis a ses
descendants, surtout quand il s' agit du bapteme des
tout-petits - que I'Eglise entiere pratique selon une
coutume tres pieuse et matemelle - et qu' en cette vie il
y a, il y a eu et il y aura des fils d 'hommes absolument
exemfts de tout peche, j'avais deja acheve deux gros
Ii vres .
Grace a eux, il m'a semble, certes non avoir prevenu
en cette affaire tous les troubles de tous les esprits
(m'etait-il possible a moi ou a tout autre de Ie faire? je
l'ignore, ou plutot ne doute pas que ce soit impossible),
mais du moins avoir fait reuvre utile, afin que sur ces
questions les defenseurs de la foi transmise par les
anciens ne se trouvent pas desarmes face aux theories
nouvelles de ceux qui pensent autrement, en quoi qu' el-
les consistent.
Mais tres peu de jours apres, j' ai lu certains ecrits
de Pelage - un saint homme, a ce que j'entends dire, et
chretien de grand merite - ecrits qui contiennent sur les
premiers livres], d'ou la precaution prise de resumer, en introduction,
la reponse aux theses de Caelestius».
361
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Christiani, quae in Pauli apostoli epistolas expositiones
breuissimas continerent, atque ibi comperi, cum ad
ilium uenisset locum ubi dicit Apostolus: Per unum
hominem peccatum intrasse in mundum et per pecca-
tum mortem atque ita in omnes homines pertransisse,
quandam eorum argumentationem qui negant paruulos
peccatum originale gestare, quam, fateor in illis tam lon-
gis uoluminibus meis non refelli, quia in mentem mihi
omnino non uenerat quemquam posse talia cogitare uel
dicere. Quapropter, quoniam illi operi quod iam certo
fine concluseram nihil addere uolui, et ipsam eisdem
uerbis quibus eam legi et quid mihi contra uideatur huic
epistolae inserendum putaui.
II, 2. Sic ergo ilia argumentatio posita est: « Hi
autem, inquit, qui contra traducem peccati sunt, ita illam
impugnare nituntur: "Si Adae, inquiunt, peccatum etiam
non peccantibus nocuit, ergo et Christi iustitia etiam non
credentibus prodest, quia similiter, immo et magis dicit
per unum saluari quam per unum ante perierunt".»
Huic ergo, ut dixi, argumento in illis duobus libris quos
ad te scripsi nihil respondi neque [130] id mihi prorsus
redarguendum proposui. Nunc ergo prius illud adtende
quemadmodum, cum dicunt: «Si Adae peccatum etiam
2. L' ouvrage nous est parvenu sous Ie titre suivant: Expositiones
XlII Epistularum S. Pauli; edite par A. Souter, Cambridge, 1926
et dans Ie Supplement de la Patrologie Latine (PLS) , vol. I. Sur cet
ecrit, voir la NC 63: «Le commentaire de Paul par Pelage parvenu it
Augustin». Voir aussi la NC 64: «Pelage et Augustin en 410-411 ».
3. Rom. 5, 12ab.
4. Cf. Rom. 5, 17-19.21.
5. Cf. Rom. 5, 12.18-19.21.
6. Cf. Rom. 5, 15.l7.20b.
7. Cf. Rom. 5, 12.17-19.
8. PELAGE, Expositiones in epistulam ad Romanos, 5, 15, PLS I,
col. 1137. Cette affirmation (36) rapportee par Pelage presente une
argumentation nouvelle, mais au service de la meme these deja rap-
portee plusieurs fois: declarations 2 (I, 9, 9 et III, 1, 1) et 24 (II, 9,
11). Augustin citera de nouveau Ie passage en De gratia Christi et de
362
LIVRE III
lettres de I' apotre Paul de tres courtes explications 2 , et la
j' ai trouve, quand il en vient au passage ou I' Apotre dit:
Par un seul homme le peche est entre dans le monde et
par le peche la mort, et ainsi le peche a passe dans tous
les hommes 3 , une argumentation de ceux qui nient que les
tout -petits portent Ie peche originel que j' avoue n' avoir
pas refutee dans mes ouvrages pourtant si volumineux,
car il ne m' etait absolument pas venu a I' esprit que I' on
pOt concevoir ou dire pareilles choses. C'est pourquoi,
n'ayant voulu rien ajouter a cet ouvrage auquel j'avais
mis clairement fin, j' ai pense devoir inserer dans cette
lettre et I' argumentation dans les tennes memes 00 je
I' ai lue et la refutation que j' ai cru bon de ui opposer.
La nouvelle argumentation decouverte par
Augustin.
D, 2. Voici donc I' argumentation en question: «Ceux
qui, dit Pelage, s' opposent a la transmission du peche
s' efforcent de la combattre par des propos tels que ceux-
ci: "Si Ie peche d' Adam, disent-ils, a nui meme a ceux
qui ne pechent pas, donc la justice du Christ, elle aussi,
profite meme a ceux qui ne croient pas; car Paul dit que
le salut vient par un seul 4 , de la meme maniere 5 et meme
plus encore 6 que la perdition est d'abord venue par un
seu(1"8. »
A cet argument donc, comme je I' ai dit, je n' ai rien
repondu dans les deux livres que j'ai ecrits a ton inteq-
tion, et je n' ai pas du tout envisage d' avoir a Ie refuter. A
present donc, observe tout d' abord comment, lorsqu' ils
affinnent: «Si Ie peche d' Adam nuit meme a ceux qui
peccato originali, II, 21, 24, BA 22, p. 200, ajoutant: .. .et, a la suite,
toutes les arguties du meme genre que, Dieu aidant, j' ai toutes refutees
et reduites a neant dans mes livres sur Ie bapteme des tout-Petits »,
allusion donc a III, 3, 5-6. L'auteur anonyme du Praedestinatus, I, 88
designe Caelestius comme I' auteur cite et vise par Pelage: «Pelagius
(. . .) tangens Caelestium, qui contra traducem peccati primus scrips it,
his uerbis ait: "Hi, inquit, qui contra traducem ueniunt"...» Voir la
NC 65: «Fondements de I' argumentation des Personnes citees par
Pelage» .
363
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
non peccantibus nocet, ergo et Christi iustitia etiam non
credentibus prodest», absurdissimum utique et falsissi-
mum iudicant ut Christi iustitia etiam non credentibus
prosit. Vnde putant confici nec primi hominis peccatum
paruulis non peccantibus nocere potuisse, sicut Christi
iustitia prodesse ullis non credentibus non potest.
Dicant itaque iustitia Christi quid baptizatis paruulis
prosit, dicant omnino quod uolunt. Profecto enim, si
se Christianos esse meminerunt, aliquid prodesse non
ambigunt. Quodlibet igitur prosit, prodesse, sicut etiam
ipsi adserunt, non credentibus non potest. Vnde cogun-
tur paruulos baptizatos in credentium numero deputare
et auctoritati sanctae ubique ecclesiae consentire, quae
fidelium eos nomine non censet indignos, quibus iustitia
Christi etiam secundum istos prodesse non nisi creden-
tibus posset.
Sicut ergo eorum per quos renascuntur iustitiae spiri-
tus responsione sua traicit in eos fidem quam uoluntate
propria nondum habere potuerunt, sic eorum per quos
nascuntur caro peccati traicit in eos noxam quam nondum
uita propria contraxerunt. Et sicut eos uitae Spiritus in
Christo regenerat fideles, sic eos corpus mortis in Adam
generauerat peccatores ; ilia enim camalis generatio est,
haec spiritalis; ilIa facitfilios carnis, haec Spiritus; ilIa
filios mortis, haec filios resurrectionis ; ilIa filios saeculi,
9. Augustin convient donc avec les contradicteurs que la justice
du Christ ne Peut profiter qu'a des croyants. Mais puisque I'Eglise
baptise des humains meme en bas age et les apPelle «croyants» (fide-
les) comme les autres, c' est que la justice du Christ leur profite. La
nuance «en quelque faon» (aliquid) parait exprimer la conscience
qu' a I' eveque du cas particulier de ce bapteme d' etres non encore en
mesure de confesser eux-memes la foi chretienne.
10. Cf. Rom. 8,3.
11. Noxa, terme pour la premiere fois employe dans I' ouvrage, est
plus complexe que culpa car il renvoie a la fois au prejudice subi, a la
faute commise et a la punition qui s' ensuit.
12. Cf. Rom. 7, 25.
364
LIVRE III
ne pechent pas, donc la justice du Christ, elle aussi,
profite meme a ceux qui ne croient pas», ils po sent un
jugement totalement absurde et faux selon lequella jus-
tice du Christ profiterait meme a ceux qui ne croient pas.
lIs en concluent que Ie peche du premier homme n'a pu
nuire aux tout-petits, qui ne pechent pas, tout comme la
justice du Christ ne saurait profiter a aucun de ceux qui
ne croient pas.
Qu'ils disent donc en quoi la justice du Christ profite
aux tout-petits une fois baptises, qu'ils disent tout ce
qu'ils veulent car, assurement, ils ne doutent pas, s'ils
se rappellent qu' ils sont chretiens, que la justice du
Christ ne soit profitable en quelque faon. Or de quelque
faon qu'elle Ie soit, elle ne peut profiter a ceux qui ne
croient pas, comme eux aussi Ie reconnaissent. lIs sont
donc contraints de compter au nombre des croyants les
tout-petits une fois baptises et de souscrire a l'autorite
de la sainte Eglise universelle, laquelle ne juge pas
indignes du nom de fideles ceux qui, meme selon ces
gens, ne pourraient profiter de la justice du Christ s'ils
ne croyaient pas 9 .
De meme donc que l'esprit de justice de ceux qui
les font renaitre leur communique, en repondant pour
eux, la foi qu' ils ne pourraient avoir de par leur propre
volonte, de meme la chair de peche IO de ceux qui les
font naitre leur communique une faute II qu'ils n'ont pas
contractee par leur propre vie. Et de meme que I 'Esprit
de vie les regenere fideles dans Ie Christ, ainsi Ie corps
de mort I2 les avait engendres pecheurs en Adam: I 'une
est, en effet, une gneration charnelle, I' autre une gene-
ration spirituelle; I' une roduit les en/ants de la chair I 3 ,
l'autre ceux de I'Esprit 4; l'une des en/ants de mort I5 ,
l'autre des en/ants de resurrection 16 ; l'une des en/ants
13. Cf. Rom. 9, 8 et loh. 3, 6a.
14. Cf. loh. 3, 6b.
15. Cf. Rom. 7, 5.
16. Cf. Luc. 20, 36b.
365
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
haec filios Dei; ilIa filios irae, haec filios misericordiae ;
ac per hoc ilia peccato originali obligatos, ista omnis
peccati uinculo liberatos.
3. Postremo ad id quod intellectu perspicacissimo
assequi non ualemus, auctoritate diuina consentire
cogamur. Bene, quod ipsi nos [131] admonent, ius-
titiam Christi nisi credentibus prodesse non posse et
prodesse aliquid paruulis confitentur. Vnde, ut diximus,
necesse est eos baptizatos in credentium numero sine
ulla tergiuersatione constituant. Consequenter igitur, si
non baptizentur, inter eos qui non credunt erunt ac per
hoc nee uitam habebunt, sed ira Dei manet super eos,
quoniam qui non credit Filio non habebit uitam, sed ira
Dei manet super eum, et iudicati sunt, quoniam qui non
credit iam iudicatus est, et condemnabuntur quoniam
qui crediderit et baptizatus fuerit saluus erit, qui autem
non crediderit condemnabitur.
lam nunc uideant isti qua iustitia temptent uel conen-
tur adserere non ad uitam aetemam, sed ad iram Dei
pertinere et iudicari diuinitus atque damnari homines
qui sine peccato sunt, si quemadmodum proprium ita
nullum in eis est etiam originale peccatum.
4. lam ceteris quae Pelagius insinuat eos dicere qui
contra originale peccatum disputant, in illis duobus pro-
lixi mei operis libris satis, quantum arbitror, dilucideque
respondi, quod etsi quibusdam uel parum uel obscurum
17. Cf. Luc. 20,34.
18. Cf. Luc. 20, 36b; loh. 1,12; Iloh. 3,1-2.
19. Cf. Eph. 2, 3.
20. loh. 3, 36.
21. loh. 3, 18.
22. Marc. 16, 16.
23. L' allusion aces «autres objections» indique qu' Augustin a eu
entre les mains un texte des Expositiones qui contenait, par exemple,
l'interpretation purement morale de Rom. 5, 12 ainsi exposee dans
la PLS I, col. 1136: «Et ita in omnes homines pertransiit, in quo
omnes peccauerunt. Dum ita peccant, et similiter moriuntur» et les
366
LIVRE III
du monde 17 , l'autre des enfants de Dieu l8 ; l'une des
en/ants de la colere 19, I' autre ceux de la misericorde; et
c'est pourquoi l'une les fait esclaves du peche originel
tandis que I' autre les affranchit du lien de tout peche.
3. Enfin, a ce que par notre intelligence - si perspicace
soit-elle - nous ne pouvons atteindre, soyons obliges de
souscrire par I' autorite divine. lIs font bien, comme ils
nous Ie rappellent eux-memes, d'avouer que la justice
du Christ ne peut profiter aux non croyants et qu'elle
est d'un certain profit aux tout petits. C'est pourquoi,
comme nous I' avons dit, il est necessaire de les compter
sans aucune discussion, une fois baptises, au nombre des
croyants. En consequence, donc, a moins d' etre baptises,
ils seront parmi ceux qui ne croient pas et, de ce fait
ils n'auront pas la vie, mais la colere de Dieu demeure
sur eux 20 , puisque celui qui ne croit pas au Fils n' aura
pas la vie, mais la colere de Dieu demeure sur lui, et
ils seront juges puisque celui qui ne croit pas est deja
juge/l I , et ils seront condamnes, puisque celui qui croira
et qui sera baptise sera sauve, mais celui qui ne croira
pas sera conda mne /l 2 .
Qu'ils voient des a present, ces gens, par quelle justice
ils tentent ou s' efforcent de soutenir que sont promis non
a la vie etemelle mais a la colere de Dieu et au jugement
divin et a la condamnation les hommes qui sont sans
peche, s' il est vrai qu' ils sont exempts, tout comme de
peches personnels, egalement meme du peche originel.
Les autres objections ont ete traitees dans les
livres I et II. Bien Doter que Pelage ne fait que les
citer.
4. Quant aux autres objections que Pelage prete a ceux
qui contestent Ie peche originel, je les ai deja suffisam-
ment et clairement refutees, je crois, dans les deux livres
de mon abondant ouvrage 23 . Quand bien meme certains
autres explications de la dePendance de ses descendants vis-a-vis
d' Adam par la seule imitation de son mauvais exemple. Augustin a
refute cela en I, 2, 2 - 8, 8.
367
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
uidebitur, dent ueniam et componant cum eis qui fortasse
illud non quia parum est, sed quia nimium reprehendunt ;
et qui ea quae pro natura quaestionum dilucide dicta
existimo adhuc non intellegunt, non mihi calumnientur
pro neglegentia uel pro meae facultatis indigentia, sed
Deum potius pro accipienda intellegentia deprecentur.
III, 5. Verumtamen nos non neglegenter oportet
aduertere istum, sicut eum qui nouerunt loquuntur,
bonum ac praedicandum uirum hanc argumentationem
contra peccati propaginem non ex propria intulisse per-
sona, sed quid illi dicant qui eam non adprobant [132]
intimasse nec solum hoc quod modo proposui eique
respondi, uerum etiam cetera quibus me in iBis libris iam
respondisse recolui.
Nam cum dixisset: «"Si Adae, inquiunt, peccatum
etiam non peccantibus nocuit, ergo et Christi iustitia etiam
non credentibus prodest"» - quod in his quae respondi
cemis quam non solum non expugnet quod dicimus, sed
etiam nos admoneat quid dicamus - secutus adiunxit:
«"Deinde si baptismus mundat antiquum illud delictum,
qui de duobus baptizatis nati fuerint debent hoc carere
peccato; non enim potuerunt ad posteros transmittere
quod ipsi minime habuerunt." Illud quoque accedit,
inquit, quia, si anima non est ex traduce, sed sola caro,
ipsa tantum habet traducem peccati et ipsa sola poenam
24. Voir la NC 64.
25. Retition de l'affirmation (36) rapportee par Pelage et signalee
plus haut, en III, 2, 2, 00 Augustin a repondu.
26. Affirmation (37) rapportee par Pelage, qui presente des ressem-
blances avec (31-33) signalees successivement en II, 25, 39; II, 25,41
et II, 27, 44. Dans la mesure 00 elle est donnee par Pelage comme la
suite de (36), si l'auteur anonyme du Praedestinatus, I, 88, a vu juste
en designant Caelestius comme l'auteur vise de (36), l'affirmation (37)
serait a lui attribuer, mais un enonce tres proche se lit dans Ie Liber
de fide (n° 40) de son maitre Rufin. Augustin repond plus loin (III,
8, 16).
368
LWRE III
Ie trouveraient insuffisant ou obscur, qu' ils m' accordent
leur indulgence et compo sent avec ceux qui, peut-etre,
lui reprochent non pas sa brievete, mais sa prolixite;
quant a ceux qui ne comprennent pas encore les expli-
cations que j' ai donnees - clairement, ce me semble,
compte tenu de la nature de ces questions - ils voudront
bien ne pas m'incriminer a tort pour ma negligence
et mon incapacite, mais plutot solliciter Dieu pour en
recevoir I' intelligence.
111,5. Neanmoins, il nous faut sans negligence
remarquer que cet homme de bien dont on doit louer
les merites, comme disent ceux qui Ie connaissent, n' a
pas presente comme issue de sa pen see personnelle
cette argumentation contre la transmission du peche,
mais qu' il a fait connaitre des objections d' autrui contre
celle-ci, et non seulement ce que je viens d' exposer et
de refuter, mais encore les autres points que je me suis
deja attache a refuter dans mes deux livres 24 .
De fait, apres avoir ecrit: «"Si Ie peche d' Adam,
disent-ils, a nui meme a ceux qui ne pechent pas, donc
la justice du Christ elle aussi profite meme a ceux qui
ne croient pas 25 " » - et tu constates d' apres les reponses
que j' ai fonnulees que, loin de contredire mon propos,
il nous signifie meme ce qu' il faut dire -, il a continue
en ajoutant: «lIs disent ensuite: "Si Ie bapteme lave
cette ancienne faute, les enfants nes de deux baptises
doi vent etre exempts de ce peche, car ils n' ont pu trans-
mettre a leurs dscendants ce qu'eux-memes n'avaient
pas du tout 26 ." A cea s'ajoute encore, dit-il 27 , que si
I' ame n' est pas Ie fruit d 'une transmission, mais la
chair seule, celle-ci seulement connait la transmission
27. Dans la PL, cette phrase suit immediatement la precedente
(<< ...quod ipsi mimime habuerunt. Illud quoque accidit quia, si
anima. . . » ); c' est donc encore une citation d' autrui par Pelage. Cf.
Expositiones in epistulam ad Romanos, 5, 15.
369
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
meretur, "iniustum esse" dicentes "ut hodie nata anima,
non ex massa Adae, tam antiquum peccatum portet alie-
num". » «Dicunt etiam, inquit, "nulla ratione concedi ut
Deus qui propria peccata remittit imputet aliena". »
6. Videsne, obsecro, quemadmodum hoc totum
Pelagius non ex sua, sed ex aliorum persona indiderit
scriptis suis, usque adeo sciens hanc nescio quam esse
nouitatem quae contra antiquam a ecclesiae insitam opi-
nionem sonare nunc coeperit, ut eam ipse confiteri aut
uerecundatus aut ueritus fuerit?
Et forte hoc ipse non sentit quod sine peccato nasca-
tur homo, cui fatetur necessarium esse baptismum, in
quo fit remissio peccatorum; quod sine peccato dam-
netur homo, quem necesse est non baptizatum in non
credentibus deputari, quia utique scriptura euangelica
fallere non potest, in qua apertissime legitur: Qui non
crediderit, condemnabitur; postremo quod sine peccato
imago Dei non admittatur ad regnum Dei, quoniam nisi
quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu [133] non potest
introire in regnum Dei, atque ita uel in aetemam mortem
a. Le CSEL, a la suite d'une minorite d'anciens temoins, ajoute un
et apres antiquam.
28. Opinion (38) rapportee par Pelage, appuyee sur une nouvelle
argumentation, mais au service de la meme these traittSe plus haut:
declarations (2) en I, 9, 9 + III, 1, 1 et (24) en II, 9, 11. Comme elle suit
(36) et (37) son auteur en serait encore Caelestius. Augustin y repond
plus loin (III, 10, 18).
29. Affirmation (39) rapportee, equivalente a la precedente (38).
Son auteur en serait alors aussi Caelestius. Augustin repond plus loin
(III, 8, 15).
30. PELAGE, Expositiones..., 5, 15, PLS I, col. 1137. Affirmation
(40) rapportee par Pelage (et, puisqu'elle suit immediatement [39],
son auteur serait Caelestius) et qui appuie les precedentes tout en etant
nouvellement introduite dans Ie Pecc. mer.: pour ses partisans, Dieu
n' agit qu' envers des individus, car ils refusent la solidarite morale et
metaphysique des humains dans leur nature heritee d' Adam. Voir la
NC 65: «Fondements de I' argumentation des Personnes cittSes par
Pelage» .
370
LIVRE III
du peche et elle seule merite la punition 28 . "II serait
injuste, disent-ils, qu 'une ame nee aujourd 'hui sans etre
issue de la matiere d' Adam porte Ie goids d'un peche si
ancien, alors qu'il est celui d'autrui 9".» «lIs ajoutent,
dit-il, qu'aucune raison ne saurait admettre que Dieu,
qui pardonne a I 'homme ses propres peches, lui impute
ceux d' autrui 30. »
6. Tu vois, n' est -ce pas, comment Pelage a intro-
duit tout cela dans ses ecrits, non d' apres sa pen see
personnelle mais d' apres celie d' autrui? II savait si
pertinemment qu' il s' agit de je ne sais quelle nouveaute
qui commence a se faire entendre aujourd'hui contre
l'ancienne croyance etablie de l'Eglise que, par honte ou
par crainte, il ne l'a pas professee lui-meme.
Et peut-etre n'est-il pas d'avis lui-meme que l'homme
nait sans che3I: il reconnait que Ie bapteme lui est
necessaire 2, dans lequel se fait Ie pardon des peches; ni
que soit condamne un homme sans peche qui, non bap-
tise, est necessairement compte parmi les non-croyants,
car Ie texte de I , Evangile ne saurait, certes, nous tromper,
ou on lit tres clairement: Celui qui ne croira pas sera
condamne'33; enfin, peut-etre n'est-il pas d'avis que, sans
avoir peche, l'image de Dieu 34 puisse ne pas etre admise
au royaume de Dieu, car si l'on ne renait de l'eau et de
l' Esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu 35 , et
31. Opinion (41) equivalente a ce qui est rapporte (3) depuis I, 9,
9. Caelestius, sans aller jusqu'a refuser l'reuvre d'un pardon dans Ie
bapreme des tout-Petits, 6cartait en tout cas la transmission hereditaire
du peche d' Adam, se revendiquant en cela de Rufin.
32. La proposition relative a valeur causale: «Peut-etre n' est-il pas
d'avis lui-meme que l'homme nait sans peche, a qui it reconnait que
Ie bapteme lui est necessaire.» C'etait une concession des objecteurs
(42) maintes fois mentionnee plus haut: (4) en I, 12, 15 et II, 25, 41;
(6) en I, 18,23; (8) en I, 20, 26; (9) en I, 21,30; (12) en I, 28, 55; (13)
en I, 30, 58; (16) en I, 34, 64 ; (42) et (43) en III, 3, 6. Caelestius avait
reconnu que les hehes doivent etre baptises.
33. Marc. 16, 16.
34. Cf. Gen. 1, 26.
35. loh. 3, 5.
371
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
sine peccato praecipitetur aut, quod est absurdius, extra
regnum Dei habeat uitam aetemam, cum Dominus prae-
dicens quid suis in fine dicturus sit: Venite, benedicti
Patris mei, percipite regnum quod uobis paratum est
ab initio mundi, manifestauerit etiam quid sit ipsum
regnum, quod dicebat ita concludens: Sic ibunt illi in
ambustionem aeternam, iusti autem in uitam aeternam.
Haec ergo et alia, quae hunc sequuntur errorem,
nimium peruersa et Christianae repugnantia ueritati
credo quod uir ille tam egregie Christianus omnino non
senti at. Sed fieri potest ut etiam istorum argumentis
qui contra peccati traducem sentiunt, adhuc fortasse ita
moueatur ut audire uel nosse quid contra eos dicatur
exspectet; et ideo quid illi dicant, qui contra peccati tra-
ducem sentiunt, nec tacere uoluit ut quaestio discutienda
insinuaretur, et a personna sua remouit, ne hoc etiam
ipse sentire iudicaretur.
IV, 7. Ego autem etsi refellere istorum argumenta
non ualeam, uideo tamen inhaerendum esse his quae in
scripturis sunt apertissima, ut ex his reuelentur obscura
aut, si mens nondum est idonea, quae possit ea demons-
trata cemere uel abstrusa uestigare, sine ulla haesitatione
credantur.
Quid autem apertius tot tantisque testimoniis diui-
norum eloquiorum, quibus delucidissime apparet nee
praeter Christi societatem ad uitam salutemque aetemam
posse quemquam hominum peruenire, nec diuino iudicio
36. Matth. 25, 34.
37. Matth. 25,46. «Peut-etre n'est-il pas d'avis...». La these expri-
mee (43) est analogue a la precedente (42) et a bien d'autres depuis (4)
en I, 12, 15. Noter qu'en I, 30, 58 se trouvait aussi Ie theme de l'imago
Dei. Caelestius etait du nombre de ces chretiens ici vises: il admettait
la necessite du bapteme meme pour les hehes tout en defendant leur
innocence.
38. Tout ce paragraphe a propos de Pelage, ecrit avec tact et habi-
lete, est en definitive un apPeI au moine, courtois mais pas moins clair,
pour qu'il prenne position Personnellement sur les assertions qu'il a
372
LIVRE III
qu'ainsi sans avoir peche l'homme soit precipite dans la
mort etemelle ou, ce qui est plus absurde encore, qu' il
ait la vie etemelle en dehors du royaume de Dieu, alors
que Ie Seigneur, annonant ce qu' il dira aux siens a la
fin du monde - Venez, les benis de mon Pere, recevez le
royaume qui vous a ete prepare des l' origine du monde 36
- a meme revele quel est precisement Ie royaume dont
il parlait, concluant en ces tennes: Ainsi Us iront au leu
eternel, tandis que les justes iront a la vie eternelle 3 .
Ces opinions, donc, et d' autres qui decoulent de la
meme erreur, trop perverses et contraires a la verite
chretienne, je crois que cet homme, un chretien si
remarquable, ne saurait nullement les epouser. Mais il
se peut que meme les arguments des adversaires de la
transmission du peche continuent peut -etre de I' ebranler,
si bien qu' il attendrait d' apprendre et de savoir comment
les refuter; voila pourquoi il n' a pas voulu taire les
arguments de ceux qui s' opposent a la transmission du
peche, afin d' i ntrodu ire la question a discuter, mais il
a evite de parler en son nom personnel, afin u' on ne
pense pas que telle est aussi sa propre opinion 3 .
Le point de vue d' Augustin. Retour sur l'argumen-
taire deploye dans les livres I et II.
IV, 7. Pour ma part, meme si je ne suis pas capable de
refuter leurs arguments, je cOl}state cependant qu' il faut
s' attacher a ce qui, dans les Ecritures, est parfaitement
clair, afin que les obscurites se devoilent, ou qu' on les
croie sans hesitation si I' esprit n' est encore apte ni a dis-
tinguer ce qui est montre, ni a chercher ce qui est cache.
Or peut-il y avoir rien de plus clair que les temoignages
si nombreux et si importants des paroles divines, les-
quelles montrent si lumineusement et que, s' il n' est pas
associe au Christ, aucun homme ne peut parvenir a la vie
et au salut etemels, et que nul ne peut etre injustement
rapportees dans son ouvrage. Voir la NC 64: « Pelage et Augustin en
410-411 ».
373
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
iniuste aliquem posse damnari, hoc est ab ilia uita et
salute separari? Vnde fit consequens ut, quoniam nihil
agitur aliud, cum paruuli baptizantur, nisi ut incorpo-
rentur ecclesiae, id est Christi corpori membrisque
socientur, manifestum sit eos ad damnationnem, nisi
hoc eis conlatum fuerit, pertinere.
Non autem damnari possent, si peccatum utique
non haberent. Hoc [134] quia ilia aetas nullum in uita
propria contrahere potuit, restat intellegere uel, si hoc
nondum possumus, saltim credere trahere paruulos
origin ale peccatum.
8. Ac per hoc si ambigui aliquid habent uerba aposto-
lica quibus dicit: Per unum hominem peccatum intrauit
in mundum et per peccatum mors et ita in omnes homi-
nes pertransiit, possuntque in aliam duci transferrique
sententiam, numquid et ambiguum est: Nisi quis renatus
fuerit ex aqua et Spiritu, non potest introire in regnum
Dei? Numquid et illud: Vocabis nomen eius Iesum,. ipse
enim saluum faciet populum suum a peccatis eorum?
Numquid etiam illud, quia non est opus sanis medic us,
sed ae grotantibus, hoc est quia non est necessarius Iesus
eis qui non habent peccatum, sed eis qui saluandi sunt a
peccato? Numquid etiam illud, quia nisi manducauerint
homines carnem eius, hoc est participes facti fuerint
corporis eius, non habebunt uitam ?
His atque huiusmodi aliis quae nunc praetereo
testimoniis diuina luce clarissimis, diuina auctoritate cer-
tissimis, nonne ueritas sine ulla ambiguitate proclamat,
39. Raisonnement deja tenu en I, 16, 21 avec Rom. 5, 16.21 pour
appui scripturaire.
40. Raisonnement deja tenu en I, 18, 23 avec Rom. 5, 6. lei est bien
presente la distinction augustinienne entre trahere peccatum (contrac-
ter Ie peche originel, ce qui est un fait de transmission hereditaire) et
contrahere peccatum (contracter Ie peche par nos fautes Personnelles
commises Pendant notre vie). Voir G. FOLLIET, «"Traherelcontrahere
peccatum " ... ».
41. Rom. 5, 12ab.
42. /oh. 3, 5.
374
LIVRE III
condamne par Ie jugement divin, c' est-A-dire prive de
cette vie et du salut? D' ou la consequence que, puisque
Ie bapteme des tout-petits n'a d'autre effet que de les
incorporer a l'Eglise et de les associer au corps et aux
membres du Christ, ceux-ci sont manifestement voues a
la condamnation s'ils n'ont pas reu Ie bapteme 39 .
Mais ils ne pourraient etre condamnes s' ils n' avaient
pas du tout de peche; or, puisque cet age ne saurait
avoir contracte de peche dans sa vie propre, il nous
reste a comprendre ou, si nous n' en avons pas encore les
moyens, a croire que les tout-petits contractent Ie peche
originel 40 .
8. C'est pourquoi, s'il se trouve quelque ambigulte
dans les paroles de I' Apotre quand il dit: Par un seul
homme le peche est entre dans le monde et, par le peche,
la mort,. et ainsi il a passe dans tous les hommes4 1 , et
si elles peuvent etre interpretees et transposees autre-
ment, Ie texte que voici comporte-t-il, lui aussi, quelque
ambigulte: Personne, a moins de renaftre de I' eau et de
l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu4 2 ? Et
celui-ci: Tu I' appelleras du nom de Jesus, car lui-meme
sauvera son peuple de leurs peches4 3 ? Et cette parole
encore selon laquelle ce ne sont pas les bienJortants,
mais les malades qui ont besoin d'un medecin , c'est-a-
dire que Jesus n' est pas necessaire a ceux qui n' ont pas
de peche, mais a ceux qui doivent etre sauves du peche?
Et cette parole encore selon laquelle, si les hommes ne
mangent la chair du Christ - c' est -a-dire s' ils ne sont
devenus participants de son corps - ils n' auront pas la
vie 45 ? .
A. travers ces temoignages et d' autres similaires que,
pour l'heure, je laisse de cote, si parfaitement eclaires
par la lumiere divine et certifies par l'autorite divine, la
Verite ne proclame-t-elle pas sans nulle ambigulte que,
43. Matth. 1,21.
44. Matth. 9, 12.
45. Cf. loh. 6, 54.
375
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
non solum in regnum Dei non baptizatos paruulos
intrare non posse, sed nec uitam aetemam posse habere
praeter Christi corpus, cui ut incorporentur sacramento
baptismatis inbuuntur? Nonne ueritas sine ulla dubi-
tatione testatur eos non ob aliud ad Iesum, hoc est ad
saluatorem et ad medicum Christum, piis gestantium
manibus ferri, nisi ut per medicinam sacramentorum
eius possint a peccati peste sanari ? Quid ergo cunctamur
Apostoli uerba de quibus forte dubitabamus etiam ipsa
sic intellegere, ut his congruant testimoniis de quibus
dubitare non possumus?
9. Quamquam toto ipso loco ubi per un ius peccatum
multo rum condemnationem et per unius iustitiam multo-
rum iustificationem [135] Apostolus loquitur, nihil mihi
uideatur ambigui, nisi quod ait Adam formam futuri.
Hoc enim reuera non solum huic sententiae conuenit,
quia intellegitur futuros eius posteros ex eadem forma
cum peccato esse generatos, sed etiam in alios et alios
intellectus possunt haec uerba deduci. Nam et nos aliud
inde aliquando diximus et aliud fortasse dicemus, quod
46. Imbuuntur, meme verbe qu' en I, 22, 32 et II, 2, 2, 00 it s' agissait
de la religio dont les chretiens sont «impregneS» et comme «teints ».
lei, I' image est encore plus parlante puisqu' elle est rapportee au Corps
du Christ, son Eglise, dans lequel on etait immerge par un realiste bain
baptismal.
47. Cf. Matth. 1,21.
48. II s'agit des adultes qui portent a l'eglise un nouveau-ne pour
Ie faire baptiser, Ie plus sou vent, quand il est en ril de mort, ceux
qui vont se porter pour lui garants de la foi chretienne (aujourd'hui
les parrains et marraines). Voir deja I, 18, 23 et la NC 22: «Grande
fr6quence, chez Augustin, de l' expression currere ad baptismum a
propos des tout-Petits».
49. Ainsi Augustin apPelle-t-il a une influence mutuelle de ces deux
autorites: I 'Ecriture et la pratique sacramentelle de I 'Eglise.
50. Cf. Rom. 5, 18-19.
51. Cf. Rom. 5, 14.
52. Meme interpretation avancee au livre I (I, 13).
376
LIVRE III
non seulement les tout-petits ne peuvent entrer sans bap-
teme dans Ie royaume de Dieu, mais encore ils ne peuvent
avoir la vie etemelle en dehors du corps du Christ, dont
les impregne 46 Ie sacrement du bapteme pour qu'ils lui
soient incorpores ? La Verite n' atteste-t-elle pas sans nul
doute que, s'ils sont apportes a Jesus - c'est-a-dire Ie
Sauveuf47 - et au Christ medecin par les mains pieuses
de ceux qui les portent4 8 , c' est pour qu' ils puissent etre
gueris de la contagion du peche grace aux remedes de
ses sacrements ? Pourquoi alors hesitons-nous a donner
aussi a ces paroles memes de I' Apotre, sur lesquelles
nous pouvions avoir quelque doute, I' interpretation qui
est confonne aces temoignages dont nous ne pouvons
? '
9. Certes, dans tout Ie passage oil I' Apotre dit que Ie
peche d'un seul entraine la condamnation de beaucouf
et la justice d' un seul la justification de beaucoup5 ,
il n'y a, je crois, rien d'ambigu, si ce n'est qu'il dit
Adam figure de celui qui va venirS I . Ceci, en verite, est
confonne a I' opinion qui entend que ses descendants
a venir, provenant de la meme figure, sont engendres
avec Ie peche 52 ; mais, de plus, ces mots peuvent etre
interpretes dans bien d' autres sense De fait, nous aussi,
nous en avons un jour donne une autre explication 53 et
peut-etre en donnerons-nous une autre 54 , qui toutefois
53. Augustin avait en effet deja commente au moins deux fois
l' expression Adam Jorma futuri: en 394 dans I' Expositio quarumdam
propositionum ex epistola ad Romanos, 29,00 il voyait en Adam l'an-
titype du Christ; dans Ie Contra F austum, 13, 8, 00 Adam etait montre
comme sa prefiguration prophetique.
54. Augustin reviendra sur Adam Jorma futuri dans l'Ep. 157, puis
dans deux 6crits de controverse avec Julien d'Eclane: De nuptiis et
concupiscentia, II, 6 et Contra lulianum, VI, 9. Sur l'evolution de
son exegese de I' expression, voir P. PLATZ, Der RomerbrieJ in der
Gnadenlehre Augustins, Wiirzburg, 1932, p. 112-114, qui analyse ses
trois principales interpretations.
377
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
tamen huic intellectui non sit aduersum, et ipse Pelagius
non uno modo id exposuit.
Cetera uero quae ibi dicuntur, si diligenter aduertan-
tur atque tractentur, sicut in primo duorum illorum libro
utcumque conatus sum, etiamsi subobscurum pariunt
rerum ipsarum necessitate sennonem, non tamen pote-
runt alium sensum habere nisi per quem factum est, ut
antiquitus uniuersa ecclesia retineret fideles paruulos
originalis peccati remissionem per Christi baptismum
consecutos.
V, 10. Vnde non immerito beatus Cyprianus satis
ostendit quam hoc ab initio creditum et intellectum
seruet Ecclesia. Qui cum paruulos matemo utero
recentissimo iam idoneos ad percipiendum Christi bap-
tismum adsereret, quoniam consultus fuerat utrum hoc
ante octauum diem fieri deberet, quantum potuit, cona-
tus est eos demonstrare perfectos, ne quis ipso numero
dierum quo octauo antea circumcidebantur infantes, eos
adhuc perficiendos existimaret. Sed cum magnum eis
defensionis patrocinium praestitisset, ab originali tamen
peccato eos immunes non esse confessus est, quia, si
hoc negaret, ipsius baptismi causam propter quem per-
cipiendum eos defendebat auferret.
Potes ipsam epistolam memorati martyris [136] de
baptizandis paruulis legere, si uolueris, neque enim
potest deesse Carthagini. Verum in hanc etiam nostram,
quantum praesenti quaestioni satis uisum est, pauca inde
tranferenda arbitratus sum, quae prudenter adtende.
55. L'eveque parait donc attache a l'interpretation nouvelle qu'il
vient de donner.
56. Voir PELAGE, Expositio in epistulam ad Romanos, 5, 14,
PLS I, col. 1137. Premiere interpretation: tout comme Adam est
venu au monde hors union sexuelle, Ie Christ est ne par la puissance
de l'Esprit (deja chez IRENEE, Aduersus haereses, III, 21, 10, PG 7,
col. 954). Deuxieme: Adam est l'antityPe du Christ.
57. Voir en particulier I, 9, 9.
378
LIVRE III
ne contredise pas la presente 55 ; et Pelage lui-meme ne
l'a pas explique d'une seule faon56.
Mais Ie reste de ce qui est dit la, pour peu qu' on I' etu-
die et Ie pese avec soin comme je m'y suis efforce tant
bien que mal dans Ie premier des deux livres 57 , produit
certes un discours assez obscur - necessite due au su jet
meme -, mais ne pourra toutefois avoir d'autre sens
que celui qui tient a ce fait: depuis les temps anciens,
I 'Eglise universelle garde en son sein comme fideles les
tout-petits qui ont obtenu Ie pardon du peche originel
par Ie bapteme du Christ.
Citation d 'un texte de Cyprien de Carthage.
V, 10. Ce n'est donc pas a tort que Ie bienheureux
Cyprien a suffisamment montre combien I 'Eglise, depuis
I' origine, conserve cette croyance et cette interpretation.
II affinnait, en effet, que les tout-petits a peine sortis du
sein matemel etaient deja aptes a recevoir Ie bapteme
du Christ; a ceux qui I' avaient consulte pour savoir si
cela devait se faire avant Ie huitieme jour il s' effora,
autant qu' il put, de demontrer qu' ils en etaient parfaite-
ment capables, afin qu' on ne pensat pas qu' ils devaient
encore se parfaire pendant ce nombre precis de jours,
les bebes etant auparavant circoncis Ie huitieme jour.
Mais, bien qu' illeur eOt apporte Ie puissant soutien de
sa defense, il reconnaissait neanmoins qu'ils ne sont pas
exempts du peche originel ; car s ' ille niait, il supprimait
la raison meme du bapteme, alors qu'il defendait leur
droit a Ie recevoir.
Tu peux, si tu Ie veux., lire cette lettre du celebre martyr
sur Ie bapteme des tout-petits: elle ne peut manquer de
se trouver a Carthage. Mais j' ai pense devoir en trans-
crire quelques passages dans ma lettre, dans la mesure
ou cela m' a semble assez interessant pour la question
presente 58 . Prete-leur donc toute ton attention:
58. Voir la NC 66: «Citation d 'un texte de Cyprien» et la NC 71 :
«Le recours d' Augustin aux auteurs ecclesiastiques».
379
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
«Quantum uero, inquit, ad causam infantium pertinet,
quos dixisti intra secundum uel tertium diem quo nati sunt
constitutos baptizari non oportere, et considerandam esse
legem circumcisionis antiquae, ut intra octauum diem
eum qui natus est baptizandum et sanctificandum non
putares, longe aliud in concilio nostro uisum est. In hoc
enim, quod tu putabas esse faciendum, nemo consensit;
sed uniuersi potius iudicauimus, nulli hominum nato
misericordiam Dei et gratiam denegandam. Nam cum
Dominus in euangelio suo dicat: Filius hominis non
uenit animas hominum perdere, sed saluare, quantum in
nobis est, si fieri potuerit, nulla anima perdenda est. »
Aduertisne quid dicat, quemadmodum sentiat, non
tantum cami, sed animae quoque infantis exitiabile esse
atque mortiferum sine illo salutari sacramento exire de
hac uita? V nde, si iam nihil aliud diceret, intellegere
nostrum fuit sine peccato animam perire non posse. Sed
uide paulo post defendens innocentiam paruulorum,
quid tamen de illis apertissime fateatur: «Ceterum si
homines, inquit, impedire aliquid ad consecutionem gra-
tiae posset, magis adultos et prouectos et maiores natu
possent impedire peccata grauiora. Porro autem si etiam
grauissimis delictoribus et in Deum multum ante peccan-
tibus, cum postea crediderint, remissa [137] peccatorum
datur et a baptismo atque gratia nemo prohibetur, quanto
magis prohiberi non debet infans, qui recens natus nihil
peccauit, nisi quod secundum Adam camaliter natus
contagium mortis antiquae prima natiuitate contraxit!
59. Luc. 9, 56.
60. CYPRIEN DE CARTHAGE, Ep. 64,5 ad Fidum, CSEL 3/2, p. 718.
61. Contraxit. Augustin a donc cree lui-meme Ie couple trahere-
contrahere 00 contrahere ne designe plus (comme chez Cyprien) la
contamination du peche d' Adam sur l'humanite entiere, mais l'ajout,
380
LIVRE III
«Quant a ce qui conceme la question des bebes, to as
dit qu'il ne faut pas les baptiser avant Ie deuxieme ou Ie
troisieme jour de leur naissance, et qu' il faut prendre en
consideration I' ancienne loi de la circoncision, si bien
que tu n' es pas d' avis qu 'un nouveau-ne soit baptise et
sanctifie avant Ie huitieme jour. Or, au cours de notre
concile, les avis ont ete fort differents: sur ce que tu
considerais comme une obligation, personne n'a ete
d'accord; au contraire, a l'unanimite, nous avons plutot
juge que la misericorde et la grace de Dieu ne doivent
etre refusees a aucun etre humain des lors qu' il est nee
Car, puisque Ie Seigneur dit dans son Evangile: 1£ Fils
de l'homme n'est pas venu pour perdre les ames, mais
pour les sauver5 9 , dans la mesure 00 cela depend de nous,
aucune ame, s' il est possible, ne do it se perdre 60 . »
Remarques-tu ce qu'il dit et comme il pense qu'il
serait pemicieux et fatal non seulement pour la chair
d 'un bebe, mais aussi pour son ame de quitter cette vie
sans avoir reu ce sacrement salutaire ? En consequence,
s'il n'ajoutait rien de plus, il nous appartiendrait de com-
prendre qu'une ante sans peche ne peut perir. Mais vois
un peu plus loin ce que, tout en defendant I' innocence
des tout-petits, il reconnait pourtant en tennes tres clairs
a leur sujet: «D' ailleurs, si quelque obstacle pouvait
empecher les hommes d'obtenir la grace, ce sont surtout
les adultes, les personnes avancees en age et les aines
qui pourraient etre empeches par des peches plus graves.
Mais allons plus loin: si les plus grands coupables et
ceux qui, par Ie passe, pechaient beaucoup contre Dieu,
se voient accorder Ie pardon de leurs peches lorsque plus
tard ils croient, et si Ie bapteme et la grace ne sont refuses
a personne, ceux-ci doivent d'autant moins etre interdits
a un bebe; car, venant de naitre, il n' a commis aucun
peche si ce n'est que, ne charnellement selon Adam,
il a contracte 6I par sa premiere naissance la contagion
de I' ancienne mort. Et il lui est d' autant plus facile de
par 1 'homme, de peches Personnels au cours de son existence. Voir
deja I, 13, 16 et NC 15.
381
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Qui ad remissionem peccatorum accipiendam hoc ipso
facilius accedit, quod illi remittuntur non propria, sed
aliena peccata. »
11. Vides quanta fiducia ex antiqua et indubitata fidei
regula uir tantus ista loquatur. Qui haec documenta cer-
tissima ideo protulit, ut illud quod erat incertum unde
consuluerat ille cui rescribit et unde concilii decretum
constitutum esse commemorat, ut scilicet etiam ante
octauum diem, ex quo die natus esset infans, eum, si
afferretur, baptizare nemo dubitaret, per haec finna-
menta probaretur.
Neque enim hoc tunc quasi nouum aut quasi aliqua
cuiusquam contradictione pulsatum concilio statuebatur
seu finnabatur, quod obstricti originali peccato tenerentur
infantes, sed cum illic ilIa consultatio uersaretur et dis-
ceptaretur propter legem carnalis circumcisionis, utrum
eos et ante octauum diem baptizari oporteret, ideo ei qui
hoc negabat nemo consensit, quia iam non consulendum
nec disceptandum, sed finnum certumque habebatur
animam saluti aetemae perituram, si hanc uitam sine
illius sacramenti, consecutione finiret, quamuis ab utero
recentissimi paruuli solo reatu essent peccati originalis
obstricti ; quare illis et si multo facilior, quod alienorum,
sed tamen esset necessaria remissio peccatorum.
His certis ilIa incerta de octauo die quaestio disso-
luta est atque in concilio iudicatum homini nato, ne in
[138] aetemum pereat, omni die licere succurrere, cum
etiam de ipsa carnali circumcisione ratio redderetur,
quod umbra esset futuri, non quo intellegeremus etiam
baptismum octauo ex quo natus est homo die dari
62. CYPRIEN, Lettre 64, 5, CSEL 3/2, p. 720. Sur l'usage du pluriel
au lieu du singulier pour renvoyer au peche originel, voir la NC 67 :
«Remissio peccatorum au sens de remissio peccati originalis».
382
LWRE III
recevoir Ie pardon des peches qu' a lui sont pardonnes,
non des peches personnels, mais ceux d' autrui 62 . »
11. Tu vois avec quelle confiance, tiree de I' ancienne
et indubitable regIe de la foi, un homme aussi eminent
tient ce langage. Car, s' il a produit cet enseignement
tres assure, c' est pour que soit tranchee, grace aces
confirmations, la question en suspens sur laquelle I' avait
consulte celui a qui il repond et sur laquelle un decret du
concile avait ete formule, comme ille rappelle: a savoir
qu'evidemment personne n'hesite a baptiser un bebe,
meme avant Ie huitieme jour de sa naissance, si on Ie
,
presentee
Et, de fait, a I' epoque, cette decision et ,cette decla-
ration du concile, a savoir que les bebes sont retenus
dans les entraves du peche originel, n' apparaissaient ni
comme une nouveaute, ni comme provoquees par quel-
que contradiction emise par qui que ce soit. Mais, en
I' occurrence, Ie debat et la discussion toumaient autour
de ceci: fallait-il, compte tenu de la loi de la circonci-
sion charnelle, qu' ils fussent baptises meme avant Ie
huitieme jour? Et si personne ne fut d' accord avec celui
qui s'y opposait, c'est parce que l'on considerait comme
ne devant plus etre debattu ni discute, mais comme
certain, que l'ame serait perdue pour Ie salut etemel si
elle achevait cette vie sans voir obtenu ce sacrement,
meme si les tout-petits, tout nouvellement nes, n' etaient
entraves que par la seule faute du peche originel; voila
pourquoi, bien que Ie pardon des peches fOt pour eux
beaucoup plus facile que pour les autres humains, il etait
cependant necessaire. .
Grace a ces certitudes, la question incertaine du hui-
tieme jour fut resolue et l'on jugea au concile qu'il etait
permis d' accorder Ie salut, quel que soit Ie jour, a un
homme, des lors qu' il etait ne, afin qu' il ne perisse pas
pour l'etemite. Quant a la circoncision charnelle preci-
sement, on en rendait compte aussi en disant qu ' elle etait
une figure de I' avenir; ceci pour nous signifier, non pas
qu'il faut aussi donner Ie bapteme Ie huitieme jour apres
383
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
oportere, sed nos in Christi resurrectione spiritaliter
circumcidi, qui tertio quidem post diem passionis, in
diebus tamen quibus tempora prouoluuntur, octauo, hoc
est post sabbatum primo die, a mortuis resurrexit.
VI, 12. Et nunc nescio cuius nouae disputationis
audacia quidam nobis facere conantur incertum, quod
maiores nostri ad dissoluenda quaedam quae nonnullis
uidebatur incerta, tamquam certissimum proferebant.
Quando enim primitus hoc disputari coeperit, nescio.
Illud tamen scio, quod etiam sanctus Hieronymus, qui
hodieque in litteris ecclesiasticis tam excellentis doctti-
nae fama ac labore uersatur, ad quasdam soluendas in
suis libris quaestiones etiam hoc certissimum adhibet
sine ulla disceptione documentum.
Nam in eo quod in Ionam prophetam scripsit, cum ad
eum uenisset locum, ubi commemorantur etiam paruuli
ieiunio castigati: «Maior, inquit, aetas incipit, usque
ad minorem peruenit. Nullus enim absque peccato nee
si un ius quidem diei fuerit uita eius et numerabiles
anni uitae illius. Si enim stellae non sunt mundae in
conspectu Dei, quanto magis uennis et putredo et hi
qui peccato offendentis Adam tenentur obnoxii ! » Hunc
doctissimum uirum si facile interrogare possemus, quam
multos utriusque linguae diuinarum scripturarum trac-
tatores et Christianarum [139] disputationum scriptores
commemoraret, qui non aliud ex quo Christi ecclesia est
constituta senserunt, non aliud a maioribus acceperunt,
non aliud posteris tradiderunt.
Ego quidem, quamuis longe pauciora legerim, non
memini me aliud audisse a Christianis qui utrumque
63. Cf. Matth. 16, 21 = Luc. 9, 22.
64. Cf. Matth. 28, 1 = Marc. 16,9 = Luc. 24, 1 = loh. 20, 1.
65. Voir la NC 68: «Citation de deux textes de Jerome» et la
NC 71 : «Le recours d' Augustin aux auteurs ecclesiastiques».
66. lob 14,4-5.
67. Cf. lob 25, 5-6.
68. JEROME, Commentarium in lonam prophetam, III, 5, PL 25,
col. 1195 M.
384
LIVRE III
la naissance, mais que nous devons etre spirituellement
circoncis dans la resurrection du Christ; car il s 'est
releve d' entre les morts Ie troisieme jour, certes, apres
celui de sa passion 63 , mais Ie huitieme dans les jours de
la semaine qui deroulent Ie temps, c' est-A-dire Ie premier
jour apres Ie sabbat 64 .
Citation de deux textes de Jerome.
VI, 12. Et aujourd'hui certains, avec l'impudence de
je ne sais quelle envie nouvelle de debattre, s' efforcent
de rendre incertain a nos yeux ce que nos peres presen-
taient comme parfaitement certain lorsqu' il s' agissait
de resoudre des questions que d'aucuns jugeaient
incertaines. J'ignore a quel moment cOlnmena cette
contestation a I' origine; mais je sais une chose: Ie saint
homme Jerome, lui aussi, qui a place aujourd'hui dans la
litterature ecclesiastique par la reputation de son excel-
lente doctrine et par ses travaux, a recours pour resoudre
quelques questions dans ses ouvrages a ce meme ensei-
gnement tres certain, sans la moindre discussion 65 .
En effet, dans son commentaire sur Ie prophete Jonas,
arrivant au passage ou il est rappele que meme les tout-
petits furent amendes par Ie jeOne, il dit: «Le grand
age commence (a jeOner) et cela va jusqu'au plus jeune
age. Car nul n' est exempt de peche, quand bien meme
sa vie n' aurait ete que d'un jour6 6 ou peu nombreuses
les annees de sa vie. Car si les etoiles ne sont pas pures
au regard de Dieu 67 , combien moins encore Ie sont Ie
ver de terre, la pourriture et tous ceux qui sont retenus
comme coupables du peche de l'offenseur Adam 68 !» Or
s'il nous etait facile de consulter ce remarquable erudit,
combien mentionnerait-il- de langue grecque aussi bien
que latine - de commentateurs des saintes Ecritures et
d' ecrivains ayant traite des questions debattues par les
chJetiens, qui n' ont eu d' autre conviction depuis que
l'Eglise du Christ s'est constituee, qui n'en ont pas reu
d'autre des anciens ni transmis d'autre a la posterite!
Pour ma part, quoique j'aie beaucoup moins lu, je
n' ai pas souvenir d' avoir reu autre chose des chretiens
385
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
accipiunt testamentum, non solum in catholica ecclesia,
uerum etiam in qualibet heresi uel schismate constitutis,
non memini me aliud legisse apud eos quos de his rebus
aliquid scribentes legere potui, qui scripturas canonicas
sequerentur uel sequi se crederent crediue uoluissent.
Vnde nobis hoc negotium repente emerserit, nescio.
Nam ante paruum tempus a quibusdam transitorie con-
loquentibus cursim mihi aures persttictae sunt, cum illic
apud Carthaginem essemus, non ideo paruulos baptizari
ut remissionem accipiant peccatorum, sed ut sanctificen-
tur in Christo. Qua nouitate pennotus et quia oportunum
non fuit ut contra aliquid dicerem et non tales homines
erant de quorum essem auctoritate sollicitus, facile hoc
in transactis atque abolitis habui. Et ecce iam studio
flammante defenditur, ecce scribendo etiam memoriae
commendatur, ecce res in hoc discrimen adducitur ut
hinc etiam a fratribus consulamur, ecce contra disputare
atque scribere cogimur !
VII, 13. Ante paucos annos Romae quidam extitit
Iouinianus, qui sanctimonialibus etiam aetate iam
prouectioribus nuptias persuasisse dicatur non inli-
ciendo, quo earum aliquam ducere uellet uxorem, sed
disputando uirgines sanctimonio dicatas nihil amplius
fidelibus coniugatis apud Deum habere meritorum.
Numquam tamen hoc ei commentum uenit in mentem, ut
asserere conaretur sine originali peccato nasci hominum
filios. Et utique si hoc astrueret, multo [140] procliuius
69. «II y a PeU» (ante paruum tempus) est assez vague. Cela a
dO en tout cas se passer avant la denonciation de la candidature de
Caelestius. Voir Introduction 2. 2: «nouveaute» des assertions et
rapidite soudaine de leur diffusion par leurs propagateurs.
70. Opinion (44), qui en rapPelle d'autres communiquees depuis Ie
livre I: (6 + 8 + 12 + 13 + 16) respectivement en I, 18,23; I, 20, 26; I,
28, 55 ; I, 30, 58 et I, 34, 64.
71. Sur cette conclusion, voir la NC 69: «La scene dont Augustin
raconte qu'iI fut temoin involontaire a Carthage».
72. Allusion au libellus breuissimus signale en I, 34, 63 et au
liber signale en I, 34, 64 - deux ecrits auxquels Augustin a tache
386
LIVRE III
qui acceptent l'un et l'autre Testament, non seulement
dans I , Eglise catholique, mais meme chez les adeptes
de quelque heresie ou schisme que ce soit; je n' ai pas
souvenir d' avoir lu autre chose chez les ecrivains traitant
de ces sujets que j',ai pu parcourir, pour autant qu'ils se
confonnaient aux Ecritures canoniques ou croyaient s'y
confonner ou auraient voulu qu'on Ie crut. D'ou nous
est sortie soudain cette affaire? Je l'ignore. De fait, il
y a peu 69 , alors que nous etions la-bas, a Carthage, mes
oreilles furent incidemment effleurees par des propos
echanges en passant, comme quoi, si les tout-petits
sont baptises, ce n' est pas pour recevoir Ie pardon des
peches, mais pour etre sanctifies dans Ie Christ 70. Cette
nouveaute me troubla; mais comme il n'etait pas oppor-
tun de la contredire et qu' il ne s' agissait pas d 'hommes
susceptibles de m' alarmer par leur autorite, Ie propos me
sortit de I' esprit facilement et entierement 71. Mais voici
qu' a present Ie zele s' enflamme et I' on defend cette
idee; voici qu'en l'ecrivant 72 on va jusqu'a la confier
a la memoire! Voici que la chose en arrive a un point
si crucial que meme nos freres nous consultent dessus ;
nous voici contraints a une refutation ecrite !
VII, 13. Voila quelques annees, il y eut a Rome un
certain Jovinien 73 qui, dit-on, incitait au mariage les per-
sonnes consacrees, me me d'un age assez avance, non par
seduction dans I' intention d' epouser I 'une d' elles, mais
par conviction que les vierges vouees a la consecration
n'ont nullement plus de merite aux yeux de Dieu que les
fideles mariees. Mais jamais il ne lui vint a I' esprit de
chercher a soutenir que les enfants des hommes naissent
sans Ie peche originel. Et certes, s' il avait echafaude
de repondre dans les livres I et II - mais aussi, de maniere voilee, au
Commentaire de saint Paul compose par Pelage, dans la mesure 00 son
auteur y a mis par ecrit des affirmations de ces objecteurs. Augustin
semble supposer que ce demier ecrit est tout recent.
73. Sur ce Personnage, voir la NC 70: « 10vinien».
387
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
uellent feminae nubere fetus mundissimos pariturae.
Huius sane scripta - nam et scribere ausus est - cum
fratres ad Hieronymum refellenda misissent, non solum
in eis nihil tale conperit, uerum etiam ad quaedam eius
uana refutanda hoc tamquam certissimum de hominis
originali peccato, unde utique nec ipsum dubitare cre-
debat inter multa sua documenta deprompsit.
Id agentis haec uerba sunt: «Qui dicit se, inquit, in
Christo manere, debet sicut ille ambulauit et ipse ambu-
lare. Eligat aduersarius e duobus quod uult; optionem
ei damus. Manet in Christo an non manet? Si manet,
ita ergo ambulet ut Christus. Si autem temerarium est
similitudinem uirtutum Domini polliceri, non manet in
Christo, quia non ingreditur ut Christus. file peccatum
non fecit neque inuentus est dolus in ore eius,. qui cum
malediceretur, non remaledixit et tamquam agnus coram
tondente, sic non aperuit os suum,. ad quem uenit prin-
ceps mundi istius et inuenit in eo nihil ,. qui cum peccatum
non fecisset, pro nobis peccatum eum fecit Deus. Nos
autem iuxta epistolam Iacobi multa peccamus omnes
et nemo mundus a peccatis, nee si unius quidem diei
fuerit uita eius. Quis enim gloriabitur castum se habere
cor? Aut quis confidet mundum se esse a peccatis?
Tenemurque rei in similitudine praeuaricationis Adam.
V nde et Dauid: Ecce, inquit, in iniquitatibus conceptus
sum et in de lie tis concepit me mater mea.» [141]
74. I loh. 2, 6.
75. Cf. Is. 53, 9.7 repris en I Petro 2, 22-23.
76. Cf. loh. 14, 30.
77. II Cor. 5, 21.
78. lac. 3, 2.
79. lob 14, 4-5.
80. Prou. 20, 9.
81. Rom. 5, 14b.
388
LIVRE III
cela, les femmes seraient beaucoup plus enclines a se
marier pour donner naissance a des petits parfaitement
purse Or les ecrits de Jovinien (car il osa meme ecrire)
ayant ete envoyes par les freres a Jerome pour qu'illes
refutat, non seulement ce demier n'y trouva rien de tel,
mais encore, pour refuter des idees creuses de celui-ci, il
decouvrit panni ses multiples enseignements, presente
comme tout a fait certain, Ie principe du peche originel
de l'homme, si bien qu'en tout cas il croyait que meme
Jovinien n' en doutait pas.
Ce faisant, voici les propos que Jerome tient: «Celui
qui dit qu'il demeure dans le Christ doit marcher, lui
aussi, comme le Christ a marche/74. Que notre adver-
saire se prononce entre les deux, nous' lui donnons
Ie choix. Demeure-t-il ou non dans Ie Christ? S'il
demeure en lui, qu'il marche donc comme Ie Christ.
Mais s' il est temeraire de pretendre a I' imitation des
vertus du Seigneur, il ne demeure pas dans Ie Christ
puisqu'il n'avance pas comme Ie Christ. Lui, il n'a pas
commis de peche et l' on n' a pas trouve de ruse dans sa
bouche,. alors qu' on l' outrageait, il n' a pas rendu les
outrages et, tell'agneau devant celui qui le tond, il n'a
pas ouvert la bouche 75 ; le prince de ce monde est venu
vers lui et n' a rien trouve en lui 76 ; alors qu'il n' avait
commis aucun peche, Dieu l' a fait peche pour nous 77.
Nous, au contraire, selon I' epitre de Jacques, nous com-
mettons tous de nombreux peches 78 et nul n'est-tur de
tout peche, meme si sa vie n'a ete que d'unjour . Qui,
en elfet, se glorifiera d'avoir un ClEur chaste? Qui se
croira pur de tous peches 80 ? Et nous sommes retenus
comme inculpes, a la ressemblance de la prevarication
d'Adam 8I . D'ou ces paroles de David aussi: Voila, j'ai
ete confu dans les iniquites et ma mere m 'a confu dans
les fautes 82 .»
82. Ps. 50, 7. JER6ME, Aduersus louinianum, II, 2, PL 23, col. 296.
389
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
14. Haec non ideo commemoraui quod disputatorum
quorumlibet sententiis tamquam canonica auctoritate
nitamur, sed ut appareat ab initio usque ad praesens tem-
pus, quo ista nouitas orta est, hoc de originali peccato
apud ecclesiae fidem tanta constantia custoditum, ut ab
eis, qui dominica tractarent eloquia, magis certissimum
proferretur ad alia falsa refutanda quam id tamquam
falsum refutari ab aliquo temptaretur. Ceterum in sanctis
canonicis libris uiget huius sententiae clarissima et plenis-
sima auctoritas. Clamat Apostolus: Per unum hominem
peccatum intrauit in mundum et per peccatum mors et
ita omnes homines pertransiit, in quo omnes peccaue-
runt. Vnde nec illud liquide dici potest, quod peccatum
Adae etiam non peccantibus nocuit, cum scriptura dicat:
In quo omnes peccauerunt. Nec sic dicuntur ista aliena
peccata, tamquam omnino ad paruulos non pertineant
- si quidem in Adam omnes tunc peccauerunt, quando
in eis natura ilia insita ui qua eos gignere poterat, adhuc
omnes HIe unus fuerunt -, sed dicuntur aliena quia
nondum ipsi agebant uitas proprias, sed quicquid erat in
futura propagine uita unius hominis continebat.
VnI, 15. «"Nulla, inquiunt, ratione conceditur ut
Deus, qui propria peccata remittit, imputet aliena".»
83. Voir la NC 71: «Le recours d' Augustin aux auteurs eccle-
siastiques » et la NC 72 : « L' enseignement de 1 'Eglise sur Ie
peccatum originale selon Augustin dans Ie De peccatorum meritis et
remissione ».
84. Rom. 5, 12.
85. Rom. 5,12c.
86. Allusion a la fin du deuxieme passage cite de Cyprien: «Illi
remittuntur non propria, sed aliena peccata. »
87. Voir la NC 12: «L'interpretation augustinienne de Rom. 5, 12-
21, la solidarite en Adam» et la NC 13: « La distinction augustinienne
entre peche originel et peches Personnels (propria)). C'est la la plus
ancienne comprehension, par Augustin, du mode de transmission
du che d' Adam: la solidarite metaphysique de tous les humains
de 1 'histoire en Adam, mais ici renforcee de maniere realiste par un
lien quasi genetique. Avant que d'etre interprete figurativement (ainsi
d'apres Rom. 5, 14b), Adam demeure donc, pour Augustin, cet etre
390
LIVRE III
14. Si j'ai rappele ces propos, ce n'est pas que nous
pretendions nous appuyer sur I' opinion de raisonneurs,
quels qu ' ils soient, comme sur I' autorite de textes
canoniques; mais je voulais faire apparaitre que, des
origines jusqu' au temps present ou est apparue cette
nouveaute, cette conviction sur Ie peche originel a ete
gardee dans la foi de I , Eglise avec une telle constance
que les interpretes des Paroles du Seigneur ont mis en
avant cette conviction parfaitement sOre pour refuter
les autres erreurs plutot que tente, l'un ou l'autre, de
la refuter comme une erreur8 3 . Du reste, dans les saints
livres canoniques, I' autorite de cet avis s' epanouit dans
tout son eclat et toute sa plenitude. L' Apotre proclame :
Par un seul homme le peche est entre dans' le monde et,
par le peche, la mort, et ainsi il a passe dans tous les
hommes,. en lui, tous ont pech e /S4. Aussi est-illimpide
qu'on ne peut pas dire non plus que Ie peche d' Adam a
nui meme a ceux qui ne chent pas, puisque I , Ecriture
dit: En lui tous ont peche5. Et, puisque tous ont peche
en Adam lorsque tous etaient encore ce seul homme, la
vigueur qui pennettait de les engendrer etant enracinee
dans sa nature, ces peches ne sont pas dits «d' autrui »86
comme s'ils ne concemaient aucunement les tout-petits,
mais ils sont dits «d' autrui» dans la mesure ou ces
demiers n'ont pas encore par eux-memes mene une
existence propre; mais la vie d'un seul homme contenait
en genne tout ce qui existerait dans sa future lignee 87 .
Reponse aux objections citees par Pelage, sur Ie
pardon des peches et Ie bapteme, qu' Augustin avait
mentionnees plus haute
VIII, 15. «"Aucune raison, disent-ils, ne peut admet-
tre que Dieu qui pardonne les peches personnels en
historique en quelque sorte «inaugural». La conviction de l'eveque se
retrouve dans Ie chapitre 8 du De Genesi ad litteram, compose Peu apres
Pecc. mer. : «Ipse Adam, etsi aliquid significat secundum id quod eum
formam fu.turi dixit Aposto\us (Rom. 5, 14b), homo tamen in natura
propria expressus accipitur» (De Gen. ad litt. VIII, 1, 1, BA 49, 8).
391
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Remittit, sed Spiritu regeneratis, non came generatis;
imputat uero non iam aliena, sed propria. Aliena quippe
erant, quando hi qui ea propagata portarent nondum
erant; nunc uero camali generatione iam eorum sunt,
quibus nondum spiritali regeneratione dimissa sunt.
16. Sed «"si baptismus, inquiunt, mundat antiquum
illud delictum, qui de duobus baptizatis nati fuerint
debent hoc carere peccato. Non enim potuerunt ad pos-
teros transmittere quod ipsi mini me habuerunt" ».
Ecce [142] unde plerumque conualescit error, cum
homines idonei sunt his rebus interrogandis quibus intel-
legendis non sunt idonei. Cui enim auditori uel quibus
explicem uerbis, quomodo mortalia uitiosa primordia
non obsint eis qui aliis immortalibus inchoati sunt, et
tamen obsint eis quos idem ipsi, quibus iam non obsunt,
ex a eisdem uitiosis primordiis generauerint? Quomodo
id intellegat homo cuius tardiusculam mentem impedit
etiam suae sententiae praeiudicium et peruicaciae
grauissimum uinculum?
Verum tamen si aduersus eos mihi esset causa ista
suscepta, qui omnino paruulos baptizari prohiberent
aut superft uo baptizari contenderent, dicentes eos ex
88. PELAGE, Expositio in epistulam ad Romanos, 5, 15, PLS I,
col. 1137. Mais dans Ie texte de Pelage cette phrase se trouve plusieurs
lignes apres l' objection que cite ensuite Augustin: «Si baptismus
mundat...». C'est l'affirmation (40) qui avait ete citee plus haut (III,
3,5) sans qu' Augustin y repondit sur-Ie-champ.
89. lei, Augustin se demarque de Cyprien en qualifiant Ie peche
originel comme «Personnel» (proprium) a l'etre humain des lors qu'i!
s'agit d'un humain venu a l'existence. La naissance terrestre d'un
individu inaugure en meme temps une relation de son createur a lui
comme etre Personnellement responsable. Mais Augustin maintient la
difference entre Ie che originel ainsi approprie et les ches Person-
nels que chacun lui ajoute au fil de sa vie, et dont sont exempts les
nouveau-nes. Voir la NC 12.
90. PELAGE, Expositio in epistulam ad Romanos, 5, 15, PLS I,
col. 1137. C'est l'affirmation (37), elle aussi rapportee plus haut en
III, 3, 5.
392
LIVRE III
impute qui viendraient d' autrui "88.» II pardonne, mais
a ceux que I 'Esprit a regeneres, non a ceux que la chair
a engendres ; et s' il impute des peches, ceux -ci ne sont
plus Ie fait d' autrui, mais sont personnels. Car ils etaient
Ie fait d' autrui quand n' existaient pas encore ceux qui
les porteraient une fois transmis; mais a present la
generation charnelle les rend desormais propres a ceux
pour qui la regeneration spirituelle ne les a pas encore
pardonnes 89 .
16. «"Mais, disent-ils encore, si Ie bapteme lave
cette ancienne faute, ceux qui sont nes de deux baptises
doi vent etre exempts de ce peche; en effet, ils n' ont
pu transmettre a leurs descendants ce qu"eux-memes
n' avaient pas du tout"90. »
Voila comment se developpe I' erreur la plupart du
temps: quand les hommes sont aptes a soulevr des
questions qu' ils ne sont pas aptes a comprendre. A quel
auditeur, en effet, et avec quels mots expliquer comment
les semences mortelles perverties 9I ne nuisent pas a
ceux qui ont eu un nouveau commencement grace a des
semences d' immortalite, et que, pourtant, ces memes
semences perverties nuisent a ceux qu' ils ont engendres
a partir d'elles, alors qu'a eux-memes pourtant elles
ne nuisent plus? Comment pourrait Ie comprendre un
homme dont I' esprit deja lent est entrave par Ie pre-
juge de sa ropre opinion et la si lourde chaine de son
obstination 2?
Supposons neanmoins que j' aie ete charge de cette
cause: pI aider contre ceux qui interdisent absolument
de baptiser les tout-petits ou soutiennent que c' est
superftu en disant que, s ' ils sont nes de fideles, ils
91. Voir I, 3, 3: «Ilia [caro] non ideo non fuit mortalis quia non erat
necesse ut moreretur» et la NC 6. La desobeissance d' Adam a eu pour
punition que sa mortalite est devenue pour lui inevitable.
92. Tardiusculam mentem. Augustin retoume contre les objecteurs
leur accusation rapportee en I, 9, 10: «lis nous objectent (4) notre
lenteur a comprendre [Ie sens de Rom. 5, 12]» (nobis intellegendi
obiciunt tarditatem).
393
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
fidelibus natos parentum meritum necessario consequi,
tunc deberem ad hanc opinionem conuincendam labo-
riosius fortassis et operosius excitari, tunc si mihi apud
obtunsos et contensiosos propter rerum naturae obscu-
ritatem difficultas refellendi falsa et persuadendi uera
resisteret, ad haec forte quae in usu atque in promptu
essent exempla confugerem uicissimque interroga-
rem, ut, quia eos moueret quomodo peccatum, quod
mundatur per baptismum, maneat in eis quos genue-
rint baptizati, ipsi explicarent quomodo praepucium
quod per circumcisionem aufertur maneat in eis quos
genuerint circumcisi, quomodo etiam palea, quae opere
humano tanta diligentia separatur, maneat in fructu qui
de purgato tritico nascitur.
IX, 17. His et talibus forsitan utcumque conarer
exemplis persuadere hominibus, qui mundationis sacra-
menta superftuo filiis mundatorum crederent adhiberi,
quam recto consilio baptizatorum paruuli baptizentur
quamque fieri possit, ut homini habenti utrumque semen,
et mortis in carne et immortalitatis in Spiritu, non obsit
regenerato per Spiritum, quod obest eius filio generato
per carnem, sitque in isto remissione mundatum, quod
sit etiam in illo simili remissione [143] uelut circumci-
sione uelut trituratione ac uentilatione mundandum.
Nunc uero, quando quidem cum eis agimus, qui
confitentur baptizatorum filios baptizandos, quanto
93. A vrai dire, cela n'est pas soutenu expressement par eux, mais
indirectement, puisqu'ils admettent l'usage et l'utilite du bapteme
pour tous, tout en soutenant pour la plupart (ce que leur reproche
aussitot l'eveque) que les tout-Petits doivent etre baptises pour une
autre raison qu'un pardon, dont ils n'ont pas besoin. Trois raisons ont
ete rapportees au fil du livre I: en I, 12, 15 (opinion 4, reprise en I, 20,
26, I; 28, 55 et I, 30, 58 : entrer dans Ie royaume de Dieu) ; en I, 18, 23
(opinion 7: etre crees dans Ie Christ et devenir co-heritiers avec lui);
en I, 34, 63 (opinion 16: recevoir la redemption) et une quatrieme au
livre III, en III, 6, 12, propos 44 entendu par Augustin lui-meme: etre
sanctifies dans Ie Christ.
94. Ici commence une longue et puissante interPellation des
objecteurs imaginee par Augustin, mais dont on notera qu'illa met
au compte d' autres catholiques avec lui (<< quando quidem cum eis
394
LIVRE III
acquierent necessairement Ie merite de leurs parents,
alors je devrais, pour ttiompher de cette opinion, etre
anime sans doute d'une bien grande ardeur a la peine et
au travail. Alors si, en face d'hommes obtus et opinia-
tres, compte tenu de l'obscurite du sujet, la difficulte de
refuter l'erreur et de persuader de la verite me resistait,
je pourrais avoir recours aux exemples usuels et a la
portee de tous; a mon tour je les interrogerais: puis-
qu'ils sont troubles par la maniere dont Ie peche, qui est
lave par Ie bapteme, demeure en ceux qu'ont engendres
des baptises, qu' ils m' expliquent, eux, comment Ie pre-
puce, qui est enleve par la circoncision, demeure chez
ceux qu' ont engendres des circoncis ; et aussi comment
la balle, qui est si soigneusement separee par Ie travail
humain, demeure dans Ie grain qui nait du ble nettoye.
Discours d' Augustin it ces objecteurs.
IX, 17. Et c'est peut-etre avec ces exemples et
d' autres sembI abIes que j' entreprendrais, vaille que
vaille, de persuader les hommes qui croient superft u de
recourir au sacrement de la purification pour les enfants
de ceux qui ont ete purifies; je montrerais comme est
juste la decision de faire baptiser les tout-petits nes de
baptises et comment il peut se faire qu'un homme qui
porte a la fois, dans sa chair, une semence de mort et,
dans I 'Esprit, une semence d' immortalite ne soit pas en
butte, ayant ete regenere par I 'Esprit, a ce qui nuit a son
fils engendre par la chair; et comment il peut se faire
que, dans I 'un, ait ete purifie par Ie pardon ce qui, dans
I' autre aussi, do it etre. purifie par un sembI able pardon,
comme on Ie fait par la circoncision ou pour Ie battage
et Ie vannage du ble.
Mais en realite, puisque nous traitons avec des gens
qui reconnaissent que les fils de baptises doivent etre
baptises 93 , nous faisons beaucoup mieux en disant 94 :
agimus ut dicamus. . . »), un indice que la discussion se poursuivait en
Afrique meme apres Ie desaveu de Caelestius, un signe de plus, aussi,
de la volonte du pasteur africain, de parvenir ai' entente entre tous.
395
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
melius sic agimus, ut dicamus: «Vos, qui asseritis de
hominibus a peccati labe mundatis sine peccato nasci
filios debuisse, cur non attenditis eo modo uobis posse
dici, de Christianis parentibus Christianos nasci filios
debuisse? Cur ergo eos Christianos fieri debere cense-
tis? » Numquid in eorum parentibus corpus Christianum
non erat quibus dictum est: Nescitis quia corpora
uestra membra sunt Christi? An forte corpus quidem
Christianum de Christianis parenti bus natum est, sed
non Christianam animam accepit? Hoc uero multo est
mirabilius.
Namque utrumlibet de anima sentiatis: quia profecto
cum Apostolo non eam creditis, antequam nasceretur,
aliquid egisse boni aut mali, aut de traduce adtracta est
et similiter ut corpus de Christianis Christianum anima
etiam Christiana esse debuit, aut a Christo creata, uel
in Christiano corpore uel propter Christianum corpus,
Christiana debuit seu creari seu mitti. Nisi forte dice-
tis Christianos homines christianum corpus gignere
potuisse et ipsum Christum animam Christianam non
potuisse procreare?
Cedite itaque ueritati et uidete, sicut fieri potuit,
quod et uos fatemini, ut de Christianis non Christian us,
de membris Christi non membrum Christi atque - ut
occurramus etiam omnibus qui, licet falso, tamen quo-
cumque religionis nomine detinentur - de consecratis
non consecratus, ita etiam fieri ut de mundatis non mun-
datus nascatur. Quid respondebitis quare de Christianis
95. C'est Ie rapPel de l'affirmation (31) rapportee en II, 25, 39
avec appui sur Hebr. 12,9.
96. Sans qu' ils I' expriment litteralement ainsi, tous les objecteurs
cites qui nient Ie che originel admettent la pratique du baptSme a
tout age et son utilite.
97. I Cor. 6, 15.
98. Cf. Rom. 9, 11. Cette conviction (45) est, a coup sQr, celie
d' Augustin, qu' il esre partagee par les objecteurs. S' il ne I' a pas
lue dans Ie liber, elle est en tout cas exprimee dans Ie Liber de fide.
Voir la NC 44.
396
LIVRE III
«Vous qui soutenez que les enfants issus de parents
purifies de la souillure du peche doivent etre nes sans
peche 95 , pourquoi ne remarquez-vous pas que l'on
pourrait vous dire, de la meme faon, que les enfants
issus de parents chretiens doivent etre nes chretiens?
Pourquoi alors pensez-vous qu'ils doivent devenir
chretiens 96 ?» Serait-ce que, chez leurs parents, Ie corps
n'etait pas chretien, eux a qui il a ete dit: Ne savez-v0u..s
pas que vos corps sont les membres du Christ 97 ? A
moins que leur corps so it ne, certes, chretien, puisqu' il
est issu de parents chretiens, mais n' ait pas reu une
ame chretienne ? C' est encore bien plus extravagant!
De fait, des deux opinions sur I' arne, que lie que soit la
votre (car assurement avec I' Apotre vous 'ne croyez as
que I' ame, avant de naitre, ait fait du bien ou du mal 8),
ou bien elle a ete transmise d' un intennediaire et, alors,
comme est chretien un corps issu de parents chretiens,
I' ame aussi doit etre chretienne, ou bien, si elle a ete
creee par Ie Christ dans un corps chretien, que ce soit
dans un corps chretien ou a cause d'un corps chretien,
lle doit etre chretienne par creation ou par emission.
A moins que, peut-etre, vous disiez que des hommes
chretiens pourraient engendrer un corps chretien et que
Ie Christ, lui, ne pourrait pro creer une ame chretienne?
Cedez donc a la verite et voyez: tout comme il a pu
se faire (vous aussi Ie reconnaissez) que des chretiens
ne donnent pas naissance a un chretien ni des membres
du Christ a un membre du Christ ni (pour nous adresser
aussi a tous ceux qui estiment avoir une religion, fOt-
elle fausse) des etres consacres a un etre consacre 99 ;
eh bien, de meme, il est egalement possible que des
etres purifies ne donnent pas naissance a un etre purifie.
Que repondrez-vous si l'on vous demande pourquoi,
99. Dans la mesure 00 tous les objecteurs admettent la validite du
bapteme a tout age car il contere toujours un bien divin, Augustin
en deduit qu' ils reconnaissent que la foi et l' appartenance ecclesiale
ne sont pas hereditaires, mais cela ne ressort pas expressement des
declarations rapportees par Pecc. mer.
397
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
non Christianus nascatur, nisi quia non facit generatio,
sed regeneratio Christianos? Hanc igitur uobis reddite
rationem, quia similiter a peccatis nemo nascendo, sed
omnes renascendo mundantur. Ac per hoc de hominibus
ideo mundatis, quoniam renatis, homo qui nascitur
renascatur ut [144] etiam ipse mundetur. Potuerunt enim
parentes ad posteros transmittere quod ipsi minime
habuerunt, non solum sicut frumenta paleam et praepu-
tium circumcisus, sed etiam, quod et uos dicitis, fideles
infidelitatem in posteros traiciunt; quod non est iam
illorum per Spiritum regeneratorum, sed, quo in carne
generati sunt, mortalis seminis uitium. N am utique quos
paruulos per sacramentum fidelium fideles faciendos
esse iudicatis, infideles natos ex parentibus fidelibus non
negatis.
X, 18. At enim: «Si anima non est ex traduce, sed
sola caro, ipsa tantum habet traducem peccati et ipsa
sola poenam meretur» - hoc enim sentiunt - « "iniustum
esse", dicentes, "ut hodie nata anima non ex massa Adae
tam antiquum peccatum portet alienum"». Adtende,
obsecro te, quemadmodum uir circumspectus Pelagius
- nam ex eius libro haec quae modo posui uerba trans-
cripsi - sensit quam in difficili de anima quaestione
uersetur. Non enim ait quia anima non est ex traduce,
sed « si anima non est ex traduce», rectissime faciens de
re tam obscura, de qua nulla in scripturis sanctis certa
100. La phrase fait a coup sQr penser a la celebre formule de
TERTULLIEN, autre Pere de l'Eglise d' Afrique: «On ne nait pas chre-
tien, on Ie devient» (fiunt, non nascuntur christiani: Apologeticum,
XVIII, 4, CCSL 1, p. 118), s' inspirant du mot de SENEQUE: (sapiens)
scit neminem nasci sapientem, sed fieri (De ira, 2, 10, 6, ed. Bourgery,
p. 37).
101. Fideles, infideles: c'est-a-dire adherents (ou non) a la foi de
1 'Eglise.
102. PELAGE, Expositio in Epistulam ad Romanos, 5, 15, PLS I,
398
LNRE III
issu de parents chretiens, on ne nait pas chretien, sinon
que ce n' est as la generation qui rend chretien, mais la
regeneration oo? Eh bien, rendez-vous compte de ceci:
de la meme faon, personne n' est purifie des peches a
la naissance, mais tous Ie sont par une renaissance. Et
voila pourquoi doit renaitre I 'homme qui nait d 'hommes
purifies par leur renaissance, renaitre pour etre lui aussi
personnellement purifie. Les parents, en effet, ont pu
transmettre a leurs descendants ce qu' ils n' avaient plus
du tout personnellement, tout comme Ie ble transmet la
paille et comme Ie circoncis transmet un prepuce; mais
il y a plus, et vous Ie dites aussi: les fideles transmettent
l'infidelite a leurs descendants 10I ; or ce vice n'est plus Ie
leur puisqu' ils ont ete regeneres par I 'Esprit, mais c' est
Ie vice de la semence mortelle qui les a engendres dans
la chair. De fait, ceux que vous estimez devoir, tout-
petits, devenir des fideles par Ie sacrement des fideles,
vous ne niez certes pas qu' ils sont nes infideles, quoique
de parents fideles.
Reponse a une objection rapportee par Pelage:
innocence de I' ime si celle-ci ne se transmet pas.
X, 18. Mais, de fait, «si I' ame n' est pas transmise,
mais seulement la chair, celle-ci seulement se voit trans-
mettre Ie peche et elle seule merite Ie chatiment». C' est
en effet ce qu' ils pensent, «disant qu' "il serait in juste
qu'une ame nee aujourd'hui en dehors de la pate d' Adam
porte un peche si ancien et imputable a autrui" 102 ».
Remarque, je te prie, comme cet homme circonspect
qu' est Pelage (car le propos que je viens de citer sont
extraits de son livre) a compris dans que lie difficile
question il se trouve au sujet de I' ame. En effet, il ne dit
pas que I' ame n' est pas transmise, mais «si I' ame n' est
pas transmise»; et, s 'agissant d'un sujet aussi obscur sur
lequel, dans les saintes Ecritures, nous ne pouvons pas
trouver - ou fort difficilement - des temoignages sOrs et
col. 1137. Cf. 3, 5. C'est l'affirmation (38) qui avait ete seulement
relevee plus haut, en III, 3, 5.
399
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
et aperta testimonia possumus inuenire aut difficillime
possumus, cunctanter loqui potius quam fidenter.
Quapropter ego quoque huic propositioni non praeci-
piti assertione respondeo: si anima non est ex traduce,
ergo quae ista iustitia est, ut recens creata et ab omni
delicto prorsus inmunis, ab omni peccati contagione
penitus libera, passiones camis diuersosque cruciatus
et, quod est horribilius, etiam daemonum incursus in
paruulis sustinere cogatur? Neque enim aliquid horum
caro sic patitur ut non ibi anima potius, quae uiuit ac
sentit, poenas luat.
Hoc enim si iustum ostenditur, sic etiam ostendi
potest, qua iustitia in carne quoque peccati subeat
originale peccatum baptismatis sacramento [145] et
gratiae miseratione mundandum. Si autem illud ostendi
non potest, neque hoc posse arbitror. Aut ergo utrumque
occultum feramus et nos homines esse meminerimus,
aut alias aliud de anima opus, si necesse uidebitur, cau-
tela sobria disputando moliamur.
XI, 19. Nunc tamen illud, quod ait Apostolus: Per
unum hominem peccatum intrauit in mundum et per
peccatum mors et ita in omnes homines pertransiit, in
quo omnes peccauerunt, sic accipiamus, ne tot tantisque
apertissimis diuinarum scripturarum testimoniis, quibus
docemur praeter Christi societatem quae in illo et cum
illo fit, cum sacramentis eius imbuimur et eius membris
incorporamur, uitam salutemque aetemam adipisci
neminem posse, nimis insipienter atque infeliciter
repugnare iudicemur. Neque enim alio sensu dictum est
103. Augustin voit donc la une objection a 1 'hypothese creatianiste,
mais ne tranche pas pour autant en faveur de I 'hypothese traducianiste.
Lui aussi veut etre ici circumspectus. Voir la NC 29.
104. Cf. Rom. 8, 3.
105. Augustin parait donc n'admettre de solution claire qu'a la
condition qu' elle prenne en compte la solidarite corps-ame de la
nature humaine.
106. Rom. 5, 12.
107. Imbuimur. Voir deja plus haut, en I, 22, 32 et 11,2, 2.
400
LIVRE III
clairs, il fait tres bien de s' exprimer avec prudence plutot
qu'avec confiance.
C' est pourquoi moi aussi, je reponds a cette presen-
tation en declarant sans precipitation: si I' ante n' est pas
transmise, quelle est donc cette justice qui fait qu'une
ante tout juste creee, entierement exempte de toute faute
et totalement libre de toute contagion du peche, soit,
chez des tout-petits, contrainte de supporter les passions
et les divers tounnents de la chair et, ce qui est plus hor-
rible encore, les assauts memes des demons 103 ? En effet,
la chair n' endure aucun de ces tounnents sans qu' alors
l' ame surtout, qui est vivante et sensible, subisse Ie
chatiment.
Si I' on demontre en effet que c' est jusie, de meme
on peut encore demontrer selon quelle justice, dans une
chair de peche I04 elle aussi se glisse Ie peche originel,
qui doit etre purifie par Ie sacrement du bapteme et la
misericorde de la grace. Si, au contraire, on ne peut
demontrer l'un, je ne pense pas qu'on puisse demontrer
l'autre I05 . Par consequent, acceptons ce double mystere
et souvenons-nous que nous sommes des hommes; ou
bien, si cela semble necessaire, entreprenons ailleurs un
autre ouvrage sur l'ame, en debattant avec une prudente
reserve.
Recapitulation 1. La mort et Ie peche sont passes
d' Adam a tous les humains, hormis Ie Christ.
XI, 19. Mais pour Ie moment acceptons ce que dit
I' Apotre: Par un seul homme le peche est entre dans
Ie monde et, par le peche, la mort, et ainsi il a passe
dans tous les hommes,. en lui, tous ont peche I06 . Ainsi,
nous ne laisserons pas penser que nous resistons par
trop sottement et de faon sterile aux si nombreux et
si grands temoignages tres clairs des divines Ecritures,
lesquels nous enseignent qu'en dehors de l'union au
Christ, qui se fait en lui et avec lui lorsque nous som-
mes impregnes I07 de ses sacrements et incorpores a ses
membres, nul ne peut atteindre la vie et Ie salut etemels.
En effet, les paroles adressees aux Romains : Par un seul
401
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ad Romanos: Per unum hominem peccatum intrauit in
mundum et per peccatum mors atque ita in omnes homi-
nes pertransiit, quam illo quo dictum est ad Corinthios:
Per hominem mors et per hominem resurrrectio mor-
tuorum,. sicut enim in Adam omnes moriuntur, sic et in
Christo omnes uiuificabuntur. Nemo quippe ambigit hoc
ibi de morte corporis dictum, quoniam de resurrectione
corporis magna Apostoli intentione quaestio uersabatur.
Et ideo uidetur ibi de peccato tacuisse, quia non erat
quaestio de iustitia; hic autem ad Romanos utrumque
posuit et utrumque diutissime commendauit, peccatum
in Adam, iustitiam in Christo et mortem in Adam, uitam
in Christo; quae omnia uerba sennonis apostolici,
quantum potui satisque uisum est, in primo, ut iam dixi,
duorum illorum libro perscrutatus aperui. [146]
20. Quamquam etiam ibi ad Corinthios locum ipsum
de resurrectione diu tractatum sic in fine concluserit,
ut nos dubitare non sineret, mortem quoque corporis
merito accidisse peccati. Cum enim dixisset: Oportet
corruptibile hoc induere incorruptionem, et mortale
hoc induere immortalitem. Cum autem corruptibile hoc
indutumfuerit incorruptionem et mortale hoc inmmorta-
litem, tunc fiet, inquit, sermo qui scriptus est: «Absorta
est mors in uictoria. Vbi est, mors, uictoria tua ? Vbi est,
mors, aculeus tuus? » Deinde subiecit: Aculeus autem
mortis est peccatum, uirtus uero peccati lex.
108. Rom. 5, 12ab.
109. I Cor. 15, 21-22. Nouvelle association des deux epitres
pauliniennes. Voir la NC 7: «I Cor. 15,21-22 et Rom. 5, 12 dans l'iti-
neraire theologique d' Augustin». S. LYONNET, «Rm 5, 12 chez saint
Augustin... », p. 335, Peut ecrire: «En cette demiere citation de Rm 5,
12 dans son traite, Augustin revient exactement a son point de depart:
l'affirmation de Paul en 1 Co 15,21-22.»
110. Voir III, 2, 4. Ici, Augustin renvoie plus precisement
MarceUinus a deux sections du livre I (I, 8, 8: exegese comparee de
I Cor. 15, 21-22 et de Rom. 5, 12; I, 9, 9 - 15, 20: exegese suivie de
Rom. 5, 12-21).
111. A savoir la section de I Cor. 15, 12-57.
402
LIVRE III
homme le peche est entre dans le monde et, par le peche,
la mort, et ainsi il a passe dans tous les hommes I08
n' ont pas un autre sens que celles qui sont adressees aux
Corinthiens : Par un homme la mort est venue et par un
homme la resurrection des morts ,. car, de meme que tous
meurent en Adam, de meme tous seront rendus a la vie
dans le Christ I09 . De fait, nul ne doute qu'il s'agisse la
de la mort du corps puisque, dans la preoccupation de
I' Apotre, la grande question etait celIe de la resurrection
du corps.
Et s' il semble y avoir passe sous silence Ie peche, c' est
qu'il n'etait pas question de la justice. Ici, au contraire,
s'adressant aux Romains, il a expose l'un et l'autre et a
fort longuement fait valoir I 'un et I' autre: que Ie peche
est en Adam et la justice en Christ, la mort en Adam et la
vie en Christ. Mais tous les tennes du discours de I' Apo-
tre, je les ai soigneusement examines et eclaires dans Ie
premier des deux livres, comme je l'ai deja dit llO , autant
que je I' ai pu et qu' il a pam suffisant.
20. Et pourtant, meme la, s' adressant aux Corinthiens,
il a finalement conclu Ie rassage meme longuement
consacre a la resurrection I I de maniere a ne pas nous
laisser douter que la mort du corps aussi est advenue
par Ie salaire du peche II2 . En effet il a dit d'abord: Il
taut que cet etre corruptible revete l' incorruptibilite, et
que cet etre mortel revete l' immortalite. Or quand cet
etre corruptible aura revetu l' incorruptibilite et cet etre
mortell'immortalite, alors se realisera, dit-il, la parole
de I' Ecriture : « La mort a ete engloutie dans la vie to ire .
Ou est-elle, mort, ta' victoire? OU est-il, mort, ton
aiguillon 1l3 ? » Mais ensuite il a ajoute: Or I' aiguillon
de la mort, c' est le peche et la force du peche, c' est la
Loi 1l4 .
112. Cf. Rom. 6,23.
113. I Cor. 15,53-55, avec allusion a Is. 25, 8 et Os. 13, 14.
114. I Cor. 15, 56.
403
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Quia ergo, sicut Apostoli apertissima uerba declarant,
eo absorbebitur mors in uictoria, quo corruptibile et
mortale hoc in duet incorruptionem et immortalitatem,
id est uiuificabit Deus et mortalia corpora nostra propter
inhabitantem Spiritum eius in nobis, manifestum est
et huius mortis corporis, quae resurrectioni corporis
contraria est, aculeum autem, quo mors facta est, non
quem mors fecit; peccato enim morimur, non morte
peccamus. Sic itaque dictum est aculeus mortis, quo-
modo lignum uitae, non quod hominis uita faceret, sed
quo uita hominis fieret, et quomodo lignum scientiae,
per quod scientia fieret hominis, non quod per suam
scientiam fecerit homo.
Sic ergo et aculeus mortis, quo mors facta est, non
quem mors fecit. Sic enim dicimus et pocu[147]lum
mortis, quo aliquis mortuus sit uel mori possit, non quod
moriens mortuusque confecerit. Aculeus itaque mortis
peccatum est, peccato punctum mortificatum est genus
human us. Quid adhuc quaerimus cuius mortis, utrum
animae an corporis? Vtrum primae, qua nunc omnes
morimur, an secundae, qua tunc impii morientur?
Nulla causa est exagitandi quaestionem, nullus
tergiuersandi locus; Apostoli uerba, quibus id agebat,
interrogata respondent. Cum mortale hoc, inquit,
induerit inmortalitem, tunc fiet sermo qui scriptus
est: «Absorta est mors in uictoriam. Vbi est, mors,
uictoria tua? Vbi est, mors, aculeus tuus?» Aculeus
115. Cf. I Cor. 15, 54b.
116. Cf. I Cor. 15, 53-54a.
117. Cf. Rom. 8,11.
118. Augustin revient ainsi sur la premiere partie de son expose du
livre I (I, 2, 2 - 8, 8): la mort physique (et pas seulement celie de
l' ame) est une consequence du peche d' Adam.
119. Cf. Gen. 2, 9.
120. Cf. Gen. 2, 9.
121. Cf. Apoc. 2, 11.
122. La question est-elle rhetorique? Ou bien Augustin reagit-il a
une preoccupation dont il a eu connaissance ? Dans I' etat 00 elles nous
404
LIVRE III
Donc, comme Ie declarent tres clairement les paroles
de l' Apotre, la mort sera engloutie dans la victoire 1l5 du
fait que cet etre corruptible et mortel revetira l'incorrup-
tibilite et l'immortalite 1l6 , c'est-a-dire que Dieu rendra
la vie aussi a nos corps mortels a cause de son Esprit qui
habite en nous 117 ; par suite, il est evident que Ie peche a
ete I' aiguillon de cette mort du corps, elle aussi, contraire
a sa resurrection 118, mais un aiguillon qui a produit la
mort et non que la mort a produit; car c' est Ie peche
qui nous fait mourir et non la mort qui nous fait pecher.
C'est pourquoi il est dit l'aiguillon de la mort comme
l'arbre de vie 1l9 : ce n'est pas que la vie de I'homme Ie
produise, mais il produit la vie de l'homme. Et de meme
il est dit l'arbre de la science I20 car par lui se produisait
la science de I'homme, et non pas que l'homme I'ait
produit par sa science.
Ainsi il est dit aussi l' aiguillon de la mort, lui qui a
produit la mort et non que la mort a produit. De la meme
faon, en effet, nous disons aussi «un breuvage de
mort», c'est-a-dire dont quelqu'un est mort ou pouvait
mourir, et non un breuvage qu'un mourant ou un mort
aurait confectionne. Voila pourquoi I' aiguillon de la
mort, c' est Ie peche ; pique par Ie peche, Ie genre humain
a ete voue a la mort. Pourquoi nous demandons-nous
encore a quelle mort, celIe de I' ame ou celie du corps?
La premiere, dont tous nous mourons maintenant, ou la
seconde I2I , dont mourront alors les impies I22 ?
II n'y a nulle raison d'agiter la question, nulle place
pour tergiverser; les tennes dans lesquels I' Apotre trai-
tait cela repondent aux interrogations: Lorsque cet etre
mortel, dit-il, aura revetu l'immortalite, alors se reali-
sera la parole de l' Ecriture: «La mort a ete engloutie
dans la victoire. Ou est-elle, mort, ta victoire ? OU est-ii,
mort, ton aiguillon ? » Or l' aiguillon de la mort, c' est Ie
sont parvenues, les Expositiones de Pelage presentent une exegese
purement morale de Rom. 8, 10, mais aucun echo n'en ressurgit dans
ce livre III.
405
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
autem mortis peccatum, uirtus uero peccati lex. De
resurrectione corporis agebat, quod absorbebitur mors
in uictoria, cum mortale hoc induerit immortalitatem.
Tunc ipsi morti insultabitur, quae in uictoriam resur-
rectione corporis absorbebitur. Tunc ei dicetur: Vbi
est, mors, uictoria tua? Vbi est, mors, aculeus tuus?
Morti ergo corporis hoc dicetur. Hanc enim absorbebit
uictoriosa immortalitas, cum mortale hoc immortalitate
induetur. Morti, inquam, corporis tunc dicetur: Vbi est,
mors, uictoria tua?, qua b omnes sic uiceras ut etiam
Dei Filius tecum confligeret teque non uitando, sed
suscipiendo superaret? Vicisti in morientibus, uicta es
in resurgentibus. Victoria tua, qua absorbueras corpora
morientium, temporalis fuit; uictoria nostra, qua in
corporibus absorta es resurgentium, aetema constabit.
Vbi est aculeus tuus ? Hoc est peccatum; quo puncti et
uenenati sumus, ut etiam in nostris corporibus fieres et
ea tam longo saeculo [148] possideres. Aculeus autem
mortis est peccatum, uirtus uero peccati lex.
Peccauimus in uno omnes, ut moreremur in uno
omnes ; accepimus legem, non ut emendatione finiremus
peccatum, sed ut transgressione augeremus. Lex, enim,
subintrauit ut abundaret peccatum et Conclusit scriptura
omnia sub peccato. Sed Deo gratias, qui dedit nobis
uictoriam per Dominum nostrum Iesum Christum ut,
b. Suivant une minorite de manuscrits anciens, Ie CSEL ajoute un
hic apres qua.
123. I Cor. 15,54-56.
124. Cf. I Cor. 15, 54b.
125. Cf. I Cor. 15,53.
126. Cf. I Cor. 15, 54a.
127. I Cor. 15,55.
128. I Cor. 15, 56.
129. Cf. Rom. 5,12c.
406
LIVRE III
peche, et la force du peche, c' est la Loi I23 . II traitait de
la resurrection du corps, car la mort sera engloutie dans
la victoire I24 uand cet etre mortel, dit-il, aura revetu
l'immortalite l 5. Alors on insultera la mort elle-meme I26 ,
qui sera engloutie dans la victoire par la resurrection du
corps. Alors on lui dira: OU est-elle, mort, ta victoire?
OU est-ii, mort, ton aiguillon I27 ? C'est donc a la mort
du corps que ces paroles seront adressees. Car l'immor-
talite victorieuse I' engloutira quand cet etre mortel sera
revetu de l'immortalite. C'est a la mort du corps, dis-je,
que I' on dira alors: OU est-elle, mort, ta victoire? Par
elle, ici-bas, to avais vaincu tous les etres, si bien que
meme Ie Fils de Dieu lutta avec toi et l'emporta, non en
t'evitant, mais en t'assumant. Tu as vaincu dans ceux
qui meurent, tu es vaincue dans ceux qui ressuscitent.
Ta victoire, par laquelle tu engloutissais les corps des
mourants, a ete temporelle, tandis que notre victoire, par
laquelle tu es engloutie dans les corps qui ressuscitent,
demeurera etemelle. ou est-ii, ton aiguillon, c' est-A-dire
Ie peche dont nous avons ete piques et empoisonnes au
point meme que tu t' installes dans nos corps et en aies
la possession pour de si longs siecles? Or l' aiguillon
de la mort, c' est le peche, et la force du peche, c' est la
Loi I28 .
Tous, nous avons peche en un seul I29 , si bien que tous,
nous mourons en un seu}l30; et nous avons reu la Loi,
non pour mettre fin au peche par notre amendement, mais
pour l'accroitre par la transgression. En effet la Loi est
intervenue en sorte qu ' abondat le peche I3I et l' Ecriture a
tout enferme sous le peche I32 . Mais graces soient aDieu,
qui nous a donne la victoire par notre Seigneur Jesus
130. Cf. I Cor. 15, 22. Troisieme association des deux epitres
pauliniennes, voir la NC 7: « I Cor. 15, 21-22 et Rom. 5, 12 dans
l'itineraire theologique d' Augustin ».
131. Rom. 5,20.
132. Gal. 3, 22a.
407
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
ubi abundauit peccatum, superabundaret gratia atque
ut promissio ex fide Iesu Christi daretur credentibus et
uinceremus mortem per immortalem resurrectionem et
aculeum eius peccatum per gratuitam iustificationem.
XU, 21. Nemo itaque de hac re fallatur et fallat.
Omnes adimit atque aufert iste sanctae scripturae sen-
sus manifestus ambages. Quemadmodum ab origine
trahitur mors in corpore mortis huius, sic ab origine
tractum est et peccatum in hac came peccati; propter
quod sanandum et propagine adtractum et uoluntate
auctum atque ipsam camem resuscitandam medicus
uenit in similitudine carnis peccati, qui non est opus
sanis, sed aegrotantibus, nec uenit uocare iustos, sed
peccatores.
Proinde quod ait Apostolus, cum fideles moneret
ut se ab infidelibus coniugibus non disiungerent:
Sanctijicatus est enim uir infidelis in uxore et sanctiji-
cata est mulier infidelis in fratre,. alioquin filii uestri
inmundi essent, nunc autem sancti sunt, aut sic est acci-
piendum, quemadmodum et nos alibi et Pelagius cum
eandem ad Corinthios epistolam tractaret expo suit,
quod exempla iam praecesserant et uirorum quos
uxores et feminarum quas mariti lucrifecerant Christo
[149], et paruulorum ad quos faciendos Christianos
uoluntas Christiana etiam unius parentis euicerat, aut si
133. I Cor. 15, 57.
134. Cf. Rom. 5, 20b.
135. Gal. 3, 22b.
136. Cf. I Cor. 15,56.
137. Cf. Rom. 7, 24b.
138. Cf. Rom. 8, 3.
139. Cf. Matth. 9, 12; Marc. 2, 17;Luc. 5, 31.
140. Cf. Rom. 8, 3.
141. Cf. Marc. 2, 17.
142. I Cor. 7, 14.
408
LIVRE III
Christl 33 , afin que la OU abondait le peche surabondat la
grace I34 et afin que, par suite de la foi en Jesus Christ,
la promesse JUt accordee aux croyants I35 ; que nous
vainquions la mort !Jar I' immortelle resurrection et son
aiguillon, Ie peche I 6, par la justification gracieuse.
XII, 21. Ainsi, sur cette question, nul ne doit se lais-
ser tromper ni tromper. Cette signification manifeste de
I , Ecriture sainte supprime et ecarte toutes les ambiguI-
res. De meme que, des I' ori.fine, la mort est contractee
dans Ie corps de cette mort 13 , de meme, des I' origine, Ie
peche aussi a ete contracte dans notre chair de peche 138 ;
or c' est pour guerir ce peche, a la fois contracte par
transmission et accru par notre volonte, c' est pour
la chair elle-meme qu'est venu Ie Medecin I39 dans la
ressemblance de la chair de peche I40 , lui dont n' ont pas
besoin les bien-portants mais les malades et 3ui n' est
pas venu appeler les justes, mais les pecheUrS I4 .
Par consequent, lorsque I' Apotre engage les fideles a
ne pas se separer de leurs conjoints infideles: L' homme
infidele se trouve sanctifie dans son epouse et la femme
infidele se trouve sanctifiee dans celui qui est un frere,
sinon vos fils seraient impurs, alors qu' en fait Us sont
saints 142, ses propos doivent etre compris comme
nous-memes l'avons fait ailleurs I43 et comme Pelage
l'a expose dans son commentaire de cette meme lettre
aux Corinthiens I44 : a savoir qu'il y a deja eu precedem-
ment des exemples d'hommes que leurs epouses - et
de femmes que leurs marls - ont gagnes au Christ; et
des exemples de tout-petits dont la volonte chretienne
d'un seul meme de leurs parents a ttiomphe pour en faire
143. Voir AUGUSTIN, De sermone Domini in monte, I, 16,45. Mais
l'eveque avait deja aborde ce sujet dans Ie livre II (II, 25,41) a propos
du meme verset de I Cor. 7, 14 et de I' interpretation (32) qu' il avait lue
qu 'en faisaient certains.
144. Voir PELAGE, Expositio in epistolam primam ad Corinthios, 7,
14, PLS I, col. 1201.
409
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
- quod magis uerba Apostoli uidentur sonare et quodam
modo cogere - aliqua illic intellegenda est sanctificatio,
qua sanctificabantur uir uel mulier infidelis in coniuge
fideli et qua sancti nascebantur filii fidelium, siue quia
in menstruo cruore mulieris a concubitu continebat,
quicumque uir uel femina id in lege didicerat - nam hoc
Hiezechiel inter ilIa praecepta ponit quae non figurate
accipienda sunt -, siue propter aliam quamlibet, quae ibi
aperte posita non est, ex ipsa necessitudine coniugiorum
atque filiorum sanctitatis asperginem, illud tamen sine
dubitatione tenendum est, quaecumque ilia sanctificatio
sit, non ualere ad Christianos faciendos atque ad dimit-
tenda peccata, nisi Christiana et ecclesiastic a institutione
et sacramentis efficientur fideles. N am nec coniuges
infideles, quamlibet sanctis et iustis coniugibus haereant,
ab iniquitate mundantur, quae a regno Dei separatos in
damnationem uenire compellit, nec paruuli de quibus-
libet sanctis iustisque procreati originalis peccati reatu
absoluuntur, nisi in Christo fuerint baptizati, pro quibus
tanto inpensius loqui debemus quanto pro se ipsi minus
possunt.
XIII, 22. Id enim agit ilIa disputatio, contra cuius
nouitatem antiqua ueritate nitendum est, ut infantes
omnino superft uo baptizari uideantur. Sed aperte hoc
non dicitur, ne tam finnata salubriter ecclesiae consue-
tudo uiolatores suos ferre non possit. Sed si pupillis
opem ferre praecipimur, quanto magis pro istis laborare
debemus, qui destitutiores et miseriores pupillis sub
145. Cf. Hiez. 18,6.
146. Augustin estime ainsi Stre en devoir absolu de se faire I' avocat
de ces Stres humains qui n' ont pas encore de voix pour se defendre.
Dans Ie paragraphe suivant (III, 13, 22), il insiste sur ce devoir, qui est
celui de I 'Eglise entiere puisqu' elle vient au secours des tout-Petits en
leur offrant Ie baptSme qu'il ne Peuvent solliciter par eux-memes.
410
LIVRE III
des chretiens. Ou bien, comme les tennes de I' ApOtre
semblent plutot Ie faire entendre et l'imposer en quel-
que maniere, il faut peut-etre entendre ici une certaine
sanctification par laquelle un homme ou une femme
infidele se trouvent sanctifies dans leur conjoint fidele, et
par laquelle les fils de fideles naissent saints, soit parce
que, pendant les menstrues de l'epouse, tout homme et
toute femme I' ayant appris dans la Loi s' abstenaient de
l'union conjugale - car Ezechiel pose cela parmi les
preceptes qui ne doivent pas etre pris au sens figure I45 _,
soit encore en raison de quelque rejaillissement de sain-
tete dO aux liens memes du mariage et de la filiation,
mais qui n'a pas ete ici expose clairement. Neanmoins
il faut retenir sans hesitation que cette sanctification,
quelle qu' elle soit, n' a aucune valeur pour rendre chre-
tien et pardonner les peches, si I' on ne devient fidele
par une fonnation chretienne et ecclesiastique et par les
sacrements. Car les epoux non baptises, quelque saints
et justes que soient les conjoints a qui ils sont lies, ne
sont pas purifies de I' iniquite qui contraint ceux qui sont
separes du royaume de Dieu a subir la condamnation ; et
les tout-petits, quelque saints et justes que soient leurs
parents, ne sont pas delies de la faute du peche originel
s'ils n' ont pas ete baptises dans Ie Christ; et nous devons
parler pour eux avec d' autant plus d' energie u' eux peu-
vent d'autant moins plaider pour eux-memes 46.
Recapitulation 2. Denonciation de la sournoise
mise en cause du bapteme des bebes.
XIII, 22. En effet, cette controverse dont il faut com-
battre la nouveaute en s' appuyant sur I' ancienne verite
vise a faire paraitre tout a fait superftu Ie bapteme des
bebes. Mais cela n' est pas dit ouvertement, de peur que
la coutume de I 'Eglise, si solidement implantee de faon
salutaire, ne puisse supporter ceux qui la violent. Mais
s'il nous est prescrit de porter secours aux orphelins,
combien plus devons-nous nous donner de la peine en
faveur de ceux qui, meme sous une autorite parentale,
demeureront plus delaisses et plus malheureux que des
411
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
parentibus remanebunt, si eis Christi gratia denegabitur,
quam per se ipsi flagitare non possunt! [150]
23. Illud autem quod dicunt sine ullo peccato ali-
quos homines iam ratione propriae uoluntatis utentes
in hoc saeculo uixisse uel uiuere optandum est ut fiat,
conandum est ut fiat, supplicandum est ut fiat, non tamen
quasi factum fuerit confidendum. Hoc enim optantibus
et conantibus et digna supplicatione deprecantibus,
quidquid remanserit peccatorum, per hoc cotidie solui-
tur, quod ueraciter in oratione dicimus: Dimitte nobis
debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nos-
tris. Quam orationem quisquis cuilibet, etiam homini
sancto et Dei uoluntatem scienti atque facienti, praeter
unum sanctum sanctorum, dicit in hac uita necessariam
non fuisse, multum errat nec potest omnino illi ipsi pla-
cere quem laudat; si autem se ipsum talem putat, ipse se
decepit et ueritas in eo non est, non ob aliud, nisi quia
falsum putat.
Nouit ergo ille medicus, qui non est opus sanis, sed
aegrotantibus, quemadmodum nos curando perficiat
in aetemam salutem, qui et ipsam mortem, quamuis
peccati merito inflicta sit, non aufert in hoc saeculo
eis quibus peccata dimittit, ut etiam cum eius timore
superando suscipiant pro fidei sinceritate certamen, et
in quibusdam etiam iustos suos, quoniam adhuc extolli
possunt, non adiuuat ad perficiendam iustitiam, ut, dum
147. C'est donc bien Ie pasteur, avant tout, qui s'exprime ici. Son
inquietude porte sur la perennite de la pratique du bapteme a tout age,
y compris pour ces «tout-Petits» (paruuli), meme si cette pratique est
ancienne et si imp:antee que les contradicteurs n' osent pas la denoncer,
car leur argumentation vide de sens cette pratique.
148. Affirmation (22) deja rapportee en II, 6, 7 puis, sous d'autres
formes, en II, 2, 2 (18), II, 3, 3 (19) et II, 5, 6 (20). On se rappelle
qu' elle avait ete soutenue par Caelestius a Carthage.
149. Matth. 6, 12.
150. A savoir, bien entendu, Jesus Ie Christ.
151. Cf. Iloh. 1,8.
412
LWRE III
orphelins, si leur est refusee la grace du Christ, qu' eux-
memes ne peuventreclamerpar leurs propres moyens I47 !
Recapitulation 3. La priere noDS oblige it comes-
ser qu'il n'y a pas, it ce jour, d'humain sans peche,
hormis Ie Christ.
23. Quant a leur affinnation que quelques hommes,
usant deja de la raison de leur volonte propre, ont
vecu ou vi vent dans ce monde sans commettre aucun
peche I48 , il faut souhaiter qu'elle se realise, s'efforcer
qu' elle se realise, supplier qu' elle se realise, et pourtant
il ne faut pas la croire comme si elle s' etait realisee.
En effet, pour ceux qui Ie souhaitent, s'y efforcent et
prient en une digne supplication, tout ce qui reste de
leurs peches est absout chaque jour, du fait que nous
disons en verite dans la priere: Remets-nous nos dettes
comme nous aussi nous remettons a nos debiteurS I49 .
Or quiconque dit que cette priere n' est pas necessaire a
tous en cette vie, meme pour un homme saint connais-
sant et faisant la volonte de Dieu - a I' exception d 'un
seul qui est Ie Saint des saints I50 -, celui-la commet une
grave erreur et ne saurait en aucun cas plaire a Celui
qu'illoue; et s'il pense, lui, etre tel, il s'abuse lui-meme
et la verite n'est pas en luP5I pour l'unique raison qu'il
pense faux.
II sait donc, lui, le Medecin dont n ' ont pas besoin les
bien-portants, mais les malades I52 , comment, en nous
soignant, nous parfaire pour Ie salut etemel: d 'une part,
bien que la mort ait ete infligee en salaire du peche 153 ,
il ne la supprime pas .en ce monde pour ceux dont il
pardonne les peches, afin que, meme avec la peur de
cette mort, ils la sunnontent et engagent Ie combat pour
l'integrite de leur foi ; d' autre part, en certains cas, parce
que ses justes pourraient encore s' enorgueillir, meme
eux, il ne les aide pas a parfaire leur justice; ainsi,
152. Cf. Matth. 9, 12.
153. Cf. Rom. 6,23.
413
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
non iustificatur in conspectu eius omnis uiuens, actionem
gratiarum semper indulgentiae ipsius debeamus et sic
ab ilia prima causa omnium uitiorum, hoc est a tumore
superbiae, sancta humilitate sanemur.
Hanc epistolam dum [151] dispositio mea breuem
parturit, liber prolixus est natus, utinam tam perfectus
quam tandem aliquando finitus !
414
LNRE III
aucun etre vivant n'etant justifie sous son regard 1 54,
nous devons sans cesse action de grace, a son indulgence
et ainsi nous sommes gueris, par une sainte humilite, de
cette cause premiere de tous les vices, a savoir I' enflure
de I' orgueil.
Tandis que mon intention concevait cette lettre
comme breve, c'est un livre volumineux qui est nee PlOt
au Ciel qu' il rot aussi parfait qu' il est, enfin, une bonne
fois tennine !
154. Cf. Ps. 142, 2.
NOTES COMPLEMENTAIRES
1. Comment traduire au mieux en franais Ie titre de
I'ouvrage
Le pluriel peccatorum inclut l'experience et la confession
des peches personnels, comme si celles-ci se trouvaient
incontoumables pour confesser Ie peche originel. Augustin
montre par la que, si Ie pardon divin effectue aupres des tout-
petits dans leur bapteme est celui du seul peche originel, c'est
la confession, par des etres responsables moralement, de leurs
propres peches qui eclaire l'intelligence de ce que I'Eglise
nomme «peche».
La traduction de meritis, quant a elle, es delicate. D'un
cote, comme Ie reI eve F.-J. THONNARD, «Merite et demerite
chez Augustin», NC 30, BA 23, p. 783, «si on peut meriter
("mereri" ou "merere") un chatiment aussi bien qu'une recom-
pense, en langage courant, par contre, Ie merite est pris en
bonne part». Traduire en franais Ie titre de l'ouvrage par
«Des merites et de la remission des peches» (G. BARDY,
BA 12, p. 509; C. BROC, traductrice de l'article de G. BONNER
sur Ie Pecc. mer. dans l'Encyclopedie saint Augustin. La
Mediterranee et l'Europe, lve s.-xxr s., Paris, 2005) introduit
une contradiction dans les termes; traduire par «La peine»
(comme Ie font les auteurs de l'edition Vives [1872], suivis
par M. NEUSCH, «Le bapteme des petits enfants. Plaidoyer
d'Augustin», Itineraires augustiniens, 29, janvier 2003,
p.5-16) rend Ie sens du titre entier particulierement obscur.
S. LANCEL, Saint Augustin, 1999, p. 462, note c, echappe aux
« pieges» en traduisant: Des peines meritees par les peches
et de leur remission, ce qui fait toutefois un titre long et
« savant».
D'un autre cote, Ie substantif latin epouse differents sens
selon qu'il est employe adverbialement (merito), au singu-
lier ou au pluriel avec adjectif possessif ou Ie complement
homines (nostra merita, merita hominum) ou encore avec
un complement comme peccatum. Dans Ie premier cas, il se
traduit par «a bon droit», dans Ie deuxieme par «merites» et
419
NOTES COMPLEMENTAIRES
il est alors presque toujours mis en balance par Augustin avec
gratia, dans Ie troisieme cas par «salaire» ou «retribution»,
autrement dit comme l'exercice du jugement divin des actes
humains, qu'ils soient bons ou mauvais (cf. Pecc. mer. I, 6,
6: «Et mortuum corpus dixit esse propter peccatum et spiri-
tum esse uitam propter iustitiam [Rom. 8, 10], diuersa merita
diuersis rebus adtribuens: morti quidem corporis meritum
peccati, uitae autem spiritus meritum iustitiae»; de meme
TERTULLIEN, Apol. 21: «Meritum fuit delictorum eorum »).
Aussi ai-je traduit Ie titre de Pecc. mer. par Salaire et par-
don des pechis, qui a l'avantage d'etre court et de renvoyer
a Rom. 6, 23: Car Ie salaire du pechi, c'est la mort, pour Ie
sens du moins car la Vetus Latina dont disposait Augustin
donne Stipendium (synonyme de meritum) peccati mors. On
pourra seulement s'etonner que l'eveque ne cite pas ce verset
dans la premiere section du livre I de Pecc. mer., pourtant
attachee a rappeler que la mort physique ineluctable est, pour
les hommes, un chatiment du peche d'Adam. II est pourtant
cite avant Ie debut de la controverse pelagienne (cf. De diu.
quaest. 83, quo 66) comme pendant celle-ci (cf. De gratia et
libero arbitrio, 8, 20).
L'emploi de meritum/merita peccati/peccatorum est
tres ancien chez l'eveque. En De diu. quaestionibus ad
Simplicianum, quo 1, 11, il ecrit: «Certe enim ipsum uelle in
potestate est quoniam adiacet nobis; sed quod perficere bonum
non est in potestate ad meritum pertinet originalis peccati »,
autrement dit «est a mettre au compte du peche originel»;
similairement, on trouve en Pecc. mer. I, 1, 1: «Quamuis in
mediis et magnis curarum aestibus atque taediorum, quae
nos detinent a peccatoribus relinquentibus legem Dei - licet
ea quoque ipsa nostrorum etiam peccatorum meritis inpute-
mus...», soit «nous Ie portons au compte de nos peches».
BIBLIOGRAPHIE: 1. RIVIERE, « Merite», Dictionnaire de
thiologie catholique, X, col. 643-651; F.-1. THONNARD,
«Merite et demerite chez Augustin », NC 30, BA 23,
p. 783-784.
420
NOTES COMPLEMENTAIRES
2. Les preoccupations d'Augustin fin 411
La preoccupation immediate est celIe du pasteur confronte
aux resistances de donatistes aux conclusions de la collatio.
«In mediis et magnis curarum aestibus atque taediorum, quae
nos detinent a peccatoribus relinquentibus legem Dei» (Pecc.
mer. I, 1, 1). Aestibus construit avec deux complements est
donc employe ici dans un sens metaphorique, et non pas litte-
ral comme l'imagine W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 455 :
«forte chaleur », pour justifier une redaction de Pecc. mer. en
plein ete 411.
Grace a la Lettre 139 (sans doute fevrier 412), ou Augustin
detaille a Marcellinus la foule de devoirs ecrits qui 1'« ecarte-
lent» (Ep. 139,3, CSEL 44, 152: Quanta me distendant), nous
pouvons avoir une idee des devoirs ecrits qui accaparaient
l'eveque vers la fin de l'annee 411 : outre Ie courrier quotidien
de premiere urgence, comme les interventions officielles dans
Ie conflit avec les donatistes (cf. Ep. 133 et 134), les Lettres
suivantes (137 et 138) qui ont ete envoyees respectivement
a Marcellinus et a Volusianus, la redaction d'une Breuiatio
collation is nostrae (resume de la conference entre catholiques
et donatistes, achevee alors qu'Augustin ecrit la Lettre 139),
une lettre aux lalcs donatistes (devenue Ie livre Ad Donatistas
post conlationem, achevee elle aussi ala meme date), un livre
a l'intention d'Honoratus (De gratia Noui Testamenti, reper-
torie aussi comme la Lettre 140, encore en chantier en fevrier
412).
P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 182-184
ajoute d'autres travaux:' a son retour a Hippone en septem-
bre, Augustin se remet au De Genesi ad litteram (a partir de
IIIb) et au De Trinitate (II), puis, fin 411-debut 412, envoie la
Lettre 148 a Fortunatianus sur la vision de Dieu, donc sur la
meme question que lui avait posee Pauline (comment peut-on
voir Dieu ?) sans doute courant 411.
BIBLIOGRAPHIE: P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de
chronologie augustinienne, Collection des Etudes augusti-
niennes, Serie Antiquite 163, Paris, 2000.
421
NOTES COMPLEMENTAIRES
3. Le corps humain et la mort selon les objecteurs (I, 2, 2)
L'opinion rapportee par Marcellinus etait soutenue par
Caelestius et, de ce fait, avait figure en tete de la liste des the-
ses reprochees et condamnees par Ie tribunal ecclesiastique
reuni a Carthage sans doute a l'automne 411. Augustin a donc
pu la trouver dans Ie libellus breuissimus, court plaidoyer
ecrit par Caelestius. II y revient 7 fois tres explicitement: voir
Pecc. mer. I, 8, 8; I, 9, 9 (2 fois); I, 9, 10; II, 30, 49; II, 33,
53; III, 1, 1.
L'interpretation de Caelestius revient a n'attribuer qu'un
sens moral a la mort evoquee par Gen. 2-3. Ce type d'exe-
gese se retrouve dans la version qui nous est parvenue des
Commentaires de saint Paul par Pelage, mais ne figurait pas
dans Ie texte lu par Augustin, qui ne releve rien de semblable
(cf. livre III). De meme, cette interpretation est absente du
Liber de fide de Rufin, qui admet qu'Adam, personnellement,
est mort parce qu'it avait peche. Cf. n° 29, edition Miller,
p. 94: «Je dirais que si les premiers humains ont ete crees
immortels quant a leur arne, quant a leur corps its ont ete
crees mortels; jamais pourtant its n'auraient connu la mort si
du moins its avaient observe Ie commandement de Dieu. »
BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, «Caelestius», Augustinus-
Lexikon, vol. I, col. 693-698; M. LAMBERIGTS, «Celestius»,
Encyclopedie saint Augustin, Paris, 2005, p. 210-211.
4. Le corps humain et la mort chez des auteurs chretiens
precedents
Rom. 8, 10 est interprete dans un sens moral par une
majorite de Peres grecs. Ainsi, CLEMENT D'ALEXANDRIE,
Stromates III, 77, 3, GCS 15, p. 230, influence par l'image
platonicienne du corps tombeau, dit que la mortalite du corps
revele celle de l'ame tant que celle-ci n'est pas sanctifiee par
Dieu: to ,rev oWf.La VEXQOV L' af.LaQtLaV (Rom. 8, 10),
OflA,WV we; OtL f.Lf) VEWe; (cf. I Cor. 3, 16 et 6, 19), ta<t>oe; (cf.
Stromates III, 16, 3 et PLATON, Cratyle 400 BC) 0' EOtLV EtL
tf]e; <t>uxf]e; (cf. I Cor. 3, 16 + 6, 19). Voir aussi ORIGENE traduit
422
NOTES COMPLEMENTAIRES
par RUFIN, In Epistolan ad Romanos, PG, col. 1099-1101:
«Le corps doit etre mort au peche»; JEAN CHRYSOSTOME,
Homelie sur Rom., PG 60, col. 569F; THEODORET DE CYR,
Commentaire de Rom., PG 82, col. 132. De meme, l'AM-
BROSIASTER, Comm. in ep. ad Romanos, PL 17, col. 121,
comprend: Ie corps mortel - c'est-a-dire l'homme tout entier
- est rendu a nouveau vivant grace a sa bonne conduite. Cette
interpretation se retrouve dans Ie texte actuel de PELAGE,
Expositio in epistolam ad Romanos, 8, 10. Le verset est ainsi
commente: «Si vous imitez Ie Christ, Ie corps ne provoque
aucune resistance, tout comme s'il etait mort. »
Rom. 8, 10 est interprete dans un sens physique par
TERTULLIEN, De resurrectione carnis, 46 et Aduersus
Marcionem, 5, 15; AMBROSIASTER, Commentaria in epis-
tolam ad Romanos, 5 = PL 17, col. 92C-D: «(Adam) dum
praeuaricauit, indignus factus edere de arbore uitae, ut
moreretur. Mors autem dissolutio corporis est, cum anima a
corpore separatur. Est et alia mors, quae secunda dicitur in
gehenna, quam non peccato Adae patimur, sed eius occasione
propriis peccatis acquiritur. »
Rom. 8, 10 rattache au peche la mort de notre corps, selon
METHODE D'OLYMPE, De resurrectione, I, 21, 23; IRENEE DE
LYON, Aduersus haereses, V, 7, 1, SC 153, p. 86: «De meme
il dit aux Romains: Mais si l'Esprit est vie, etc. (Rom. 8, 11).
Que sont donc les corps mortels? (...) Que reste-t-il a dire
sinon que Ie corps mortel est l'ouvrage modele par Dieu, autre-
ment dit la chair? Car c'est elle qui meurt et se decompose, et
non l'ame ou l'Esprit.» Irenee semble donc avoir connu une
interpretation purement spiritualiste du verset, sans doute
influencee par Ie courant gnostique. Voir K. H. SCHELKLE,
Paulus Lehrer der Vater, p. 270.
On peut conclure avec G. M. LUKKEN, Original Sin...,
p. 108, que «la tradition latine considere la mort qui vint dans
Ie monde en consequence du peche d'Adam non pas comme
purement physique, mais aussi comme une mort spirituelle
et ultimement eschatologique». Et, comme l'a bien montre
423
NOTES COMPLEMENTAIRES
S. Lyonnet, les Grecs ne sont donc pas les seuls a avoir ainsi
compris Rom. 5, 12.
Par ailleurs, l'interpretation theologique, par Ambroise,
de la mortalite humaine inevitable integre sa connaissance
de l'opinion publique comme «accoutumee» au fait que tous
les humains doivent mourir un jour; elle exprime aussi des
accents differents de ceux d'Augustin dans Pecc. mer.: «La
mort ne doit pas etre pleuree, puisqu'elle est cause de salut
(...) la mort n'etait pas naturelle, mais elle l'est devenue; car
au commencement Dieu n'a pas cree la mort; il nous l'a don-
nee comme un remede (...) a cause de la transgression (.. .). II
fallait mettre un terme [au] malheur [de l'homme], afin que sa
mort lui rende ce que sa vie avait perdu» (Homelie pour la
mort de son frere Saturus, II, 46-47, CSEL 73, p. 273-274).
BIBLIOGRAPHIE: G.M. LUKKEN, Original Sin in the Roman
Liturgy, Leiden, 1973, p. 268-269; K. H. SCHELKLE, Paulus
Lehrer der Vater. Die altkirchliche Auslegung von Romer 1-
11, Dusseldorf, 1956.
S. Corps et mort. Le cas d'Henoch et EUe (I, 3, 3)
Sans doute en application du «principe du surcroit» deja
formule par saint Paul (combien plus recevons-nous du Christ
que nous ne tenons d'Adam !), Augustin envisage donc Ie
statut du corps ressuscite comme superieur a celui d'Adam
avant sa faute. Sans elle, Dieu aurait pu donner a l'homme
de prendre de l'age sans souffrir de la vieillesse et de passer
insensiblement, sans mort, de la mortalite a l'immortalite. Tel
peut etre d'ailleurs, estime-t-il, Ie statut de «ceux qui ont ete
emmenes d'ici-bas sans connaitre la mort», ces justes de l'An-
cien Testament que sont Henoch et Elie. Curieusement, sans
tenir compte du fait qu'ils appartenaient a l'humanite desor-
mais affaiblie par Ie peche d'Adam, l'eveque imagine qu'ils
ont vieilli sans peines et, enleves au ciel, n'ont pour ainsi dire
plus besoin de nourriture sinon celle du paradis. «Pourtant »,
prend-il soin d'ajouter, «je ne crois pas qu'ils soient mainte-
nant passes a cette sorte de corps spirituel qui est promis lors
424
NOTES COMPLEMENTAIRES
de la resurrection» (Pecc. mer. I, 3, 3), car Ie Seigneur Jesus
est Ie premier a etre ressuscite. Tout Ie Pecc. mer. confesse
en effet que, pour tout etre humain, rien n'est accompli de
son salut tant que n'est pas advenue la resurrection finale des
corps, au dernier Jour, avec l'avenement glorieux du Christ.
En s'appuyant precisement sur Ie cas d'Henoch, dont l'en-
levement au ciel ante mortem, rapporte par Gen. 5, 24, est
explique par Hebr. 11, 5, Ie Liber de fide attribue au pretre
Rufin soutient qu'en recompense de sa bonne conduite un
humain peut echapper a sa condition mortelle. Cf. Liber de
fide, n° 29, ed. Miller, Rufini presbyteri.. ., p. 94: «Numquam
mortem gustassent [Adam et Eua] siquidem mandatum Dei
seruare uoluissent sicut beatus Henoch meruit. Hic namque
licet mortalis esset, tamen translatus est ut mortem penitus
non uideret (Hebr. 11, 5 evoquant Gen. 5, 24).» Voir encore
Liber de fide, n° 39 (p. 112), qui invoque, outre celui d'He-
noch, Ie cas d'Abel (a peccatis alienus) et d'Elie, enleve au
ciel comme Henoch. Augustin a peut-etre lu dans Ie liber qu'il
mentionne en I, 34, 64 une revendication de ces deux figures
de «justes ».
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et
interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes,
Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 362; M. W. MILLER, Rufini
Presbyteri liber de fide. A Critical Text with Introduction and
Commentar, Patristic Studies 96, Washington, 1964.
6. Statut et destin du corps humain selon Augustin
Avant 411
Rom. 8, 10 est interprete par Augustin dans un sens moral
en De diuersis quaestionibus 83, quo 66, BA 10, p. 252: Paul
«declare Ie corps "mort" tant qu'il est en etat d'importuner
l'ame par Ie besoin de choses corporelles et de l'exciter, par
certaines impulsions nees de ce besoin meme, a convoiter
les realites terrestres. Mais meme si ces pressions existent,
l'esprit ne consent pas a faire Ie mal, lui qui, desormais sert
la loi de Dieu (cf. Rom. 7, 25b) et se trouve etabli sous la
425
NOTES COMPLEMENTAIRES
graCe». Dans les Revisions (I, 26), Augustin desavouera cette
interpretation.
La reponse d 'Augustin dans Pecc. mer. :
1. Le corps physique et la mort
Augustin admet d'abord que I'Ecriture traite parfois de la
seule mort de I'ame (ex.: en Matth. 8, 22). Mais it conteste
que ce soit Ie cas pour Gen. 2-3, avec sa description bien phy-
sique de I'etre humain: Tu es terre et tu iras a La terre (Gen. 3,
19). Puis aussitot, comme par association mentale, l'eveque
fait echo a deux passages des deux lettres aux Corinthiens:
I Cor. 15, 44-53 et II Cor. 5, 2-4 (avec une trace de I Thess. 4,
15-17), qui renvoient eux-memes a Gen. 2-3, puis it en vient
a des citations explicites de saint Paul pour decrire selon la
foi chretienne I'avenir du corps du premier homme si celui-
ci n'avait pas peche. Dans cette hypothese, Ie corps d'Adam
serait passe de I'etat «animal» a I'etat «spirituel», autrement
dit a 1'« incorruption» (cf I Cor. 15, 44). Nous ressentons tous
intimement ce desir d'incorruption, comme Paul Ie decrit en
II Cor. 5, 2-4. A vrai dire, I'Apotre ne cherche pas a imaginer
ce que sera it devenu notre corps si I'homme n'avait jamais
peche, mais a exprimer I'esperance dans la resurrection
promise des corps. De plus, la restriction Si du moins nous
sommes trouves habilles et non pas nus montre que, dans
son esprit, l'image du vetement designe autant notre «tenue»
morale devant Dieu que notre «habitation» dans un corps
mortel. Augustin semble donner au «desir» (cupientes) pau-
linien de I'avenir final du corps Ie sens conjoint, absent du
texte, d'une nostalgie (desiderium, Ie mot meme qu'Augustin
emploie) de ce que Ie peche a empeche.
Ressaisi dans son ensemble (II Cor. 4-5), Ie propos de
saint Paul est en fait plus complexe, jusqu'a susciter meme
quelque obscurite. Car it decrit Ie croyant dans une double
situation terrestre: celle de I'«homme exterieur», etre physi-
que et, comme tel, ne pouvant echapper aux souffrances, a
la degradation et a la mort, et celle de 1'« homme interieur»,
cheminant «par la foi, pas encore par la vision». Augustin
426
NOTES COMPLEMENTAIRES
passe la-dessus, mais y vient plus loin en abordant, avec la
quatrieme these, la question de l'actuelle condition humaine
se reconnaissant pecheresse a la lumiere du salut apporte par
Ie Christ (cf. Pecc. mer. II, 4, 4; II, 7, 9; II, 13, 20; II, 27, 44).
L'appel a un autre texte paulinien (Rom. 8, 10-11) traduit
Ie souci de manifester la «symphonie» du discours de Paul
a travers au moins trois epitres. Le commentaire exploite ici
la difference entre mortale, moriturus et mortuum . Le corps
du premier humain pouvait etre «mortel» (corpus mortale)
sans que cela signifiat qu'il etait immanquablement «destine
a mourir» (moriturum). Mais il est mort a cause du peche
(Rom. 8, 10: Mortuum est propter peccatum). Cependant, fait
observer Augustin, en exprimant ainsi l'esperance chretienne :
Celui qui a ressuscite Ie Christ Jesus d'entre ies morts don-
nera la vie jusqu'O, vos corps mortels (Rom. 8, 11 : et mortalia
corpora uestra), Paul signifiait que la resurrection finale ira
plus loin qu'une restauration de l'etre humain dans sa condi-
tion adamique, puisque Ie mortellui-meme sera englouti par
la vie (cf. II Cor. 5,4).
2. L'etre humain tout entier et la mort
Relevons aussi qu'Augustin ne se limite pas a la discussion
du rapport entre corps et mort. Pour lui, Ie peche a affecte
l'etre humain tout entier, corps et arne, et c'est la revelation
du Christ sauveur qui en donne conscience. Car Rom. 8, 10-13
affirme un premier «bienfait reu de la grace du Christ: si
Ie corps est mort a cause du peche, l'esprit est vie a cause
de la justice (Rom. 8, 10)). Alors que les Bibles modernes
tendent a traduire: « I 'Esprit Saint », Augustin comprend
«l'esprit humain», selon la conception bi-partite de l'homme,
«corps/ame», courante dans la culture greco-romaine. La
justice revelee par Dieu vivifie notre esprit, signe que «lui
aussi, dans I 'homme, avait ete eteint par une certaine mort:
l'infidelite» et signe d'esperance pour Ie corps, a son tour
(Pecc. mer. I, 7, 7). Mais «tout cela sera accompli par la
grace du Christ, c'est-a-dire par son Esprit qui habite en vous
(Rom. 8, 11)), en sorte que si nous mortifions la mort, «tout
427
NOTES COMPLEMENTAIRES
l'etre» vivra. G. MADEC, Lectures augustiniennes, p. 160-
161, resume la methode employee par Augustin: «rassembler
les textes pertinents: les testimonia (...) cette maniere de faire
n'a rien d'originel; elle est commune dans toute la litterature
patristique, mais on n'y prete pas assez attention. Augustin,
du reste, a fait cette operation, au tout debut de la controverse
pelagienne, qui a trait pour une large part a la corporalite, pas
seulement a la sexualite»; il a dresse «Ie dossier scriptuaire
de la redemption» (1. RIVIERE, Le dogme de la redemption
chez saint Augustin, Paris, 1933, p. 339-347) dans Ie De pec-
eatorum meritis et remissione, I, 26, 39 - 28, 56.
Influence de 1'« affaire» Caelestius sur la poursuite ou Ie
remaniement d'ecrits dans les annees 411-412
En De Genesi ad litteram. (VI, 22, 33, section ecrite a par-
tir de l'automne 411), Augustin repond a des gens pour qui Ie
corps humain meurt «naturellement» (naturaliter) puisqu'il
est animal originellement. En realite, seulement «susceptible
de mourir» a sa creation (mortale), il est depuis Ie peche
d'Adam «condamne a mourir» (moriturus).
Sur Ie statut du corps humain avant Ie peche, voir De
Genesi ad litteram, VI, 25, 36: Ie premier etre humain etait
a la fois mortel et immortel: mortel «du fait du statut animal
de son corpS» (conditione corporis animalis), immortel «par
un bien fait du Createur» (beneficio Conditoris). «Car si son
corps etait animal, il etait donc mortel, puisqu'il pouvait mou-
rir» (si enim corpus animale, utique mortale, quia et mori
poterat).
La distinction entre mortale et moriturus se retrouve dans
Ie traite De bono coniugali, compose vers 403-404, mais il
pourrait y avoir la trace d 'une retouche apportee aI' ouvrage
par Augustin au moment ou il ecrivait Pecc. mer. L'hypothese
a ete emise par P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches...,
p. 113-114. Voir la NC 37.
BIBLIOGRAPHIE: G. BARDY et 1.-A. BECKAERT, «La mort
a cause du peche», NC 75, BA 10, p. 741; 10., «Le fardeau
de la mortalite», NC 75, BA 10, p. 751-752; B. DELAROCHE,
428
NOTES COMPLEMENTAIRES
Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection
des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995,
p. 203-204; P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de chro-
nologie augustinienne, Collection des Etudes Augustiniennes,
Serie Antiquite 163, Paris, 2000; G. MADEC, «Caro chris-
tiana: saint Augustin et la corporalite», Trans versa lites,
1997, p. 157-165: «Le corps chretien ou la chair et I 'esprit».
7.1 Cor. 15, 21-22 et Rom. 5, 12 dans l'itineraire theologi-
que d'Augustin (I, 8, 8; III, 11,20)
Le plus apre du litige exegetique entre les Pelagiens et
Augustin s'est fixe, apres Pecc. mer., sur un verset paulinien:
Rom. 5, 12. C'est par ailleurs l'unique texte scripturaire invo-
que en faveur de la doctrine du peche originel par les concHes
de Carthage, Orange et Trente, tous si impregnes de theologie
augustinienne.
Par suite l'idee s'est repandue qu'Augustin aurait fonde
sa conviction et sa demonstration sur Rom. 5, 12, et cela des
l'epoque de l'Ad Simplicianum. Pourtant A. C. DE VEER,
Le sens de Rm 5, 12 en son contexte..., rappelait que saint
Augustin, Quant a lui, invoquait l'ensemble de la Bible.
En realite, les plus anciennes meditations d'Augustin
sur la revelation chretienne du lien entre peche et mortalite
invoquent I Cor. 15, 21-22. On trouve en ce sens une premiere
mention de I Cor. 15,22 dans Ie De moribus Ecclesiae catho-
licae (387-388), une deuxieme en De diuersis quaestionibus
ad Simplicianum, I, quo 2, 16. Rom. 5, 12 est alors cite sans
commentaire particulier ou sinon dans Ie sillage de I Cor. 15,
21-22.
S. Lyonnet a, Ie premier (entre 1963 et 1967), demontre
a partir des textes que Rom. 5, 12 est un verset peu cite par
Augustin avant l'ouverture de la controverse pelagienne et,
meme a partir de ce moment la, toujours amene par ou associe
etroitement a I Cor. 15, 21-22.
Pecc. mer. renouvelle et renforce la conviction du lien.
Les contradicteurs invoquant pour eux Rom. 5, 12 avec
429
NOTES COMPLEMENTAIRES
l'interpretation restrictive selon laquelle l'apotre n'y parlerait
que de la mort de l'ame, Augustin fait observer l'harmonie de
sens entre ce verset et I Cor. 15, 21: Par un homme la mort
et par un homme la resurrection des morts, qui s'inscrit dans
tout un enseignement clairement centre sur Ie corps humain et
sa resurrection.
L'ultime citation de Rom. 5, 12 (Pecc. mer. III, 19), don-
nee a cause de l'interpretation qu'en avancent les objecteurs,
amene de nouveau I Cor. 15, 21-22 sous la plume d'Augustin,
comme un retour au point de depart de l'expose (observe par
S. LYONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin...», p. 335).
Non pas pourtant, comme l'avance Lyonnet, qu 'Augustin
montre «que la mort mention nee en I Cor. 15, 21-22 ne peut
qu'inclure la mort corporelle puisqu'elle s'oppose a la resur-
rection corporelle du Christ» (p. 335, note 45) car l'eveque
y reconnait clairement la mort corporelle, mais Ie rappro-
chement avec Rom. 5, 12 lui permet de soutenir que, dans sa
lettre aux Romains, Paul pense a la mort physique autant qu'a
la mort spirituelle. Par la suite, Augustin a continue d'associer
les deux passages pauliniens. Cf. Lettre 157 (3, 11) a Hilaire
(414) puis l'ensemble des ecrits de debat avec des pelagiens,
par ex. Julien d'Eclane (De nuptiis et concupiscentia, II, 27,
46).
BIBLIOGRAPHIE: A. C. DE VEER, «Le sens de Rom. 5, 12
en son contexte», NC 20, BA 23, p.734-740; S. LYONNET,
«Rom. 5, 12 chez saint Augustin. Note sur l'elaboration
augustinienne du peche originel », dans L'homme devant
Dieu. Melange Henri de Lubac, 1. 1 : Exegese et patristique,
Theologie 56, Paris, 1963, p. 327-339; «A. propos de Rom. 5,
12 dans l'reuvre de saint Augustin. Note complementaire»,
Biblica, 45, 4, 1964, p. 541-542; «Augustin et Rm 5, 12
avant la controverse pelagienne. A. propos d 'un texte de saint
Augustin sur Ie bapteme des enfants », Nouvelle revue theolo-
gique, 89, 1967, p. 842-849.
430
NOTES COMPLEMENTAIRES
8. L'expression originale peccatum chez Augustin avant Ie
De peccatorum meritis et remissione
Le De diuersis quaestionibus ad Simplicianum presente
une premiere apparition de l'expression originale peccatum,
en I, 1, 10, BA 10, p. 424: «D'ou (Paul) tient-il, comme ille
dit, que ce n' est pas du tout Ie bien qui habite en sa chair
(cf. Rom. 7, 18), mais Ie peche, sinon de la transmission de la
mortalite et de la persistance de la sensualite? La premiere
provient du chatiment du peche originel, la seconde du cha-
timent du peche souvent commis. Nous naissons a cette vie
avec ce peche-Ia, en vivant nous y ajoutons celui-ci» (Illud
est ex poena originalis peccati, hoc est ex poena frequen-
tati peccati. Cum illo in hanc uitam nascimur, hoc uiuendo
addimus).
Une formulation voisine s'y rencontre plus loin, en I, 2,
19, BA 10, p. 500: «Et Ules a fait marcher dans des voies
differentes (Eccl. = Sir. 10, 11), en sorte qu'ils vivent desor-
mais soumis a la mort. Alors a ete formee la masse unique
de tous les humains, masse issue de la transmission du peche
et du chatiment qu'est la mortalite (una massa omnium
ueniens de traduce peccati et de poena mortalitatis) (...) La
concupiscence charnelle, dont la tyrannie fait suite au cha-
timent du peche, avait confondu la totalite du genre humain
comme en une seule et meme pate, la faute originelle enta-
chant tout» (uniuersum genus humanum tamquam totam et
unam conspersionem originali reatu in omnia permanante
confuderat).
L'expression reapparait dans les Confessions, V, 9, 16,
BA 13, p. 490-492: «Je m'en allais deja vers les enfers, charge
de tous les mefaits que j'avais commis et contre toi et contre
moi et contre les autres, nombreux et lourds peches ajoutes a
la servitude du peche originel, qui nous fait tous mourir en
Adam» (I Cor. 15, 22) (multa et grauia super originalis pec-
cati uinculum quo omnes in Adam morimur).
431
NOTES COMPLEMENTAIRES
On voit donc que chez Augustin peccatum originale
ou reatus originalis ne designe pas alors simplement la
faute personnelle et initiale d'Adam (<< peche d'origine»
comme l'a exprime la theologie de l'age modeme), mais
une faute qui rejaillit (cf. permanante) sur tout nouvel etre
humain a sa naissance. 1. GROSS, Entstehungsgeschichte des
Erbsundendogmas..., ecrit (p. 274): «De toutes faons, deja
en 397, l'enseignement d'Augustin sur Ie peche originel etait
arrete dans ses lignes essentielles.» Ill'etait meme, du propre
aveu d'Augustin, depuis son retour dans I'Eglise catholique
(<< Ab initio conuersionis meae sic tenui semper ut teneo»:
Contra Iul. VI, 12, 39, PL 44, 843).
A. ZUMKELLER, ALG, p. 572 signale d'autres termes equi-
valents chez Augustin: «dette hereditaire» (debitum here-
ditarium), «peche en quelque sorte hereditaire» (peccatum
quodammodo hereditarium). Mais ils sont tres rares sous sa
plume (Ie premier: cf. Tractatus in Ioannis Euangelium, 84, 2,
CCSL 36, 538; Ie second: cf. Revisions, I, 12, 5, BA 12, 346).
BIBLIOGRAPHIE: 1. GROSS, Entstehungsgeschichte des
Erbsundendogmas. Yon der Bibel bis Augustin, MUnchen
- Basel, 1960; V. GROSSI, La liturgia battesimale in s. Agos-
tino. Studio sulla catechesi del peccato originale negli anni
393-412, Roma, 1970; P. RIGBY, Original Sin in Augustine's
Confessions, Ottawa, 1987; A. ZUMKELLER, Augustinus
Lehrer der Gnade, WUrzburg, 1971, p. 572-573.
9. Peccatum originale: reconnaissances patristiques ante-
rieures a Augustin
G. M. LUKKEN, Original Sin..., recense chez neuf ecri-
vains chretiens anterieurs a Augustin une profession de la foi
que tous les humains sont, de naissance, solidaires dans Ie
peche introduit par Adam. Si un passage de JUSTIN (Apologia,
I, 61, 10) est mis a part car, trait ant d'adultes, non de bebes,
it n'evoque que Ie pardon de peches personnels, en revanche
tel n'est pas Ie cas chez IRENEE, Aduersus haereses, V, 16, 3,
(G. M. LUKKEN, p. 268-269: «peut-etre Ie premier avocat du
432
NOTES COMPLEMENTAIRES
concept que tous ont peche en Adam ») ; ORIGENE, In Romanos
Commentarii, 5, 9, PG 14, col. 1047 (les genuinae sordes
peccati sont presents dans les enfants) et 5, 1 (s'il est ecrit que
Levi eta it dans les reins d'Abraham [Hebr. 7, 9 sq.], combien
plus tous les humains etaient-ils dans les reins d'Adam quand
celui-ci etait encore au paradis); 10., In Leu. Hom. 12, 4,
GCS 29, p. 460: «Hoc ipsum ergo quod in uulua matris est
positus et quod materiam corporis ab origine paterni seminis
sumit, in patre et in matre contaminatus dici potest ... Omnis
ergo homo in patre et in matre pollutus est, solus uere lesus ...
in hanc generation em mundus ingressus est»; TERTULLIEN,
De resurrectione, 49, 6, CCSL 2, p. 991 : «Sicut portauimus
imaginem choici, portemus etiam imaginem I supercaelestis
(I Cor. 15, 49). Portauimus enim [earn] imaginem choici
per collegium transgressionis, per consortium mortis, per
exilium paradisi»; CYPRIEN, Lettre 64, 5; AMBROISE, De
Excess. Sa tyri , 2, 6: «ego in Adam/ego in Christo» et Exp.
Eu. Luc. 7, 234: «Fuit Adam et in illo fuimus omnes; periit
Adam et in illo omnes perierunt»); HILAIRE DE POITIERS, In
Matthaeum, 18, 6: «Sed in unius Adae errore omne hominum
genus aberrauit. »
Le premier auteur latin usant ici explicitement de Rom. 5,
12 semble l'AMBROSIASTER, Comm. in Ep. ad Rom. 5, 12,
PL 17, col. 92 «<manifestum itaque est in Adam omnes pec-
casse quasi in massa; ipsa enim per peccatum corruptus quos
genuit, omnes nati sunt sub peccato. Ex eo igitur cuncti pec-
catores quia ex eo ipso sumus omnes »). Voir encore CYPRIEN,
Lettre 64, 5; DIDYME D'ALEXANDRIE, Contra Manichaeos,
8, PG 39, col. 1096; TERTULLIEN, De testimonio animae, 3 ;
AMBROISE, Apol. Dauid, I, 11, 57; EPHREM, Commentarii in
Ep. Diui Pauli (In Rom. 5, 12): «Sicut per Adam peccatum
intrauit et per peccatum mors, sic et super omnes haec eadem
mors propagata est, omnes enim tunc maiores tunc minores
peccando peccauerunt. »
Ce maiores tunc minores est equivalent au pusilli cum
magnis repris de Ps. 103, 25 et Ps. 114, 13 par Augustin, et
433
NOTES COMPLEMENTAIRES
de longue date, ainsi contre les manicheens (Contra Faustum,
5, 11) a la fois pour decrire la diversite des chretiens et en
reference au jugement divin egal pour tous car l'expression est
reemployee en ce sens par Ap. 11, 18 et 19, 5 (cf. En. Ps. 103,
25 ; En. Ps. 117, 3; Pecc. mer. I, 28, 54 et son echo en Contra
Iul. II, 34 et Contra Iul. imp. VI, 29).
Ainsi, bien plus de Peres grecs ou latins qu'on ne croit ou
qu'on ne dit ont exprime une vue theologique analogue, sinon
presque identique, a celle qu'Augustin expose dans Pecc. mer.
a travers l'expression peccatum originale: CYRILLE DE
JERUSALEM, Catechese baptismale, 13, 2 comprend en
Rom. 5, 12a que «Ie peche d'un unique homme a ete capable
d'apporter la mort au monde»; EPHREM, Commentarii...,
confesse que, a cause d'Adam, Ie premier humain, «Ie ferment
du mal a ete fabrique dans notre entiere masse et son ferment
a change notre masse», ce qui fait penser a ce qu'ecrira plus
tard l'Ambrosiaster. Signalons enfin ce contemporain de
1'6veque d'Hippone, CYRILLE D'ALEXANDRIE, si proche, dans
l'expression, de son collegue africain: «A la ressemblance de
la mort d'Adam, la mort a frappe tout entiere la race descen-
dant de lui, tout comme, quand un arbre est empoisonne a la
racine, tous les rameaux qui poussent a partir de lui doivent
mourir» (Comm. de Rom. 5, 14, PG 74, p. 787) et: «La nature
humaine est devenue malade du peche» (vEvoorp(,Ev i] <t>UOL
ti]v af.WQt£av: Comm. de Rom. 5, 18, PG 74, p. 789AB),
expression etonnamment proche de la «maladie du peche
originel» ou «maladie originelle» evoquee par Augustin en
I, 19, 24.
Certes, A. ZUMKELLER, ALG, p. 646-647 commence par
signaler qu'«on est devenu aujourd'hui tres reserve Quant a
reconnaitre des temoins de l'enseignement du peche originel
parmi les Peres d'avant Augustin» et cite des chercheurs
qui, entre 1933 et 1966, s'y sont refuse. Mais il n'en rejette
pas moins l'affirmation de 1. GROSS, Entstehungsgeschichte
des Erbsundendogmas..., qu'Augustin serait «au plein sens
du terme, Ie pere du dogme du peche originel» (p. 368), car
434
NOTES COMPLEMENTAIRES
l'eveque a trouve chez les auteurs d'Occident et d'Orient bien
des racines theologiques a ce qu'it exprime personnellement.
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur
et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augus-
tiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 321-323 ;
G.M. LUKKEN, Original Sin in the Roman Liturgy, Leiden,
1973; A. ZUMKELLER, Augustinus Lehrer der Gnade,
Wiirzburg, 1971, p. 646-647.
10. Originale peccatum dans Ie De peccatorum meritis et
remissione (I, 9, 9; I, 26, 39 et passim)
A. ZUMKELLER, ALG, p.572 observe qu'«on a soutenu
que cet emploi est Ie premier dans l'reuvre entiere du Pere
de I'Eglise oil celui-ci utilise Ie mot dans ce sens special
(= Ie peche du premier humain qui affecte toute sa descen-
dance»), ajoutant: «Sans doute Ie rencontre-t-on deja 15 ans
plus tot, par deux fois, dans son De diuersis quaestionibus
ad Simplicianum; mais it designe alors visiblement Ie peche
personnel d'Adam. » En realite, peccatum orignale renvoie ici
a une faute initiale, mais entrain ant une situation pecheresse
historique de l'humanite entiere.
Augustin est-it surement «Ie createur de l'expression pec-
catum originale» (A. V ANNESTE, «Le decret du concite de
Trente sur Ie peche originel», Nouvelle revue theologique, 88,
1966, p. 590)? En tout cas, elle se rencontre sous sa plume
pour la premiere fois de faon massive a partir de Pecc. mer.
D'apres A. SAGE, «Peche originel. Naissance d'un dogme»,
p. 211, «des Ie De peccatorum meritis et remissione, sous
la nouveaute du vocabulaire, se derobe une nouveaute de
pen see dont it importe de cerner la portee et dont it reste a
juger si elle respecte ou trahit I' enseignement traditionnel de
I'Eglise». Le chercheur se represente ainsi l'itineraire theolo-
gique d'Augustin:
1. jusqu'au De diuersis quaestionibus ad Simplicianum
(397): l'homme subit la punition heritee du peche personnel
d'Adam dans la mortalite de sa chair;
435
NOTES COMPLEMENTAIRES
2. entre 397 et 411 : il herite de cette punition dans son ame
aUSSl ;
3. a partir de Pecc. mer. (411): l'homme herite, de nais-
sance, d'un peche lie a la punition: Ie peche originel.
Mais dans son introduction, Sage ecrit que la pen see
d'Augustin a progresse par des «glissements subtils». Or
cette reconstructrion elimine tous les doutes et les recherches,
par ex. celIe d'un peccatum originale dans Ie De catechizan-
dis rudibus. Par ailleurs, chez Augustin l'heredite de la peine
implique une «maladie hereditaire qui a sa culpabilite et,
donc, son aspect penal» (p. 37). Ce qui est neanmoins clai-
rement affirme dans Pecc. mer., c'est que la dependance du
peche d'Adam est contractee de naissance par les humains,
et non pas par simple imitation. Le lecteur averti doit etre
bien conscient que Ie vocabulaire d 'Augustin ne releve pas
des systemes philosophiques, signe que, pour l'eveque, ce
que recouvre la confession du peche originel tient plus d'une
realite vecue que du concept.
Mais les variations de termes traduisent aussi la conscience
de la difficulte a decrire dans toute sa complexite cette rea-
lite. Ainsi Augustin distingue-t-il de la faute initiale (hoc est
originis) toutes les fautes personnelles commises depuis par
les descendants d'Adam (hoc est iam propriae uoluntatis), cf.
Pecc. mer. I, 15, 20. Ailleurs il distingue «peche originel» et
«maladie (aegritudo) originelle» quand il veut souligner la
difference entre la faute personnelle et volontaire d'Adam (ce
que nous appellerions «Ie peche d'Adam») et ses effets sur la
condition humaine universelle, a savoir un etat devenu maladif
de cette condition. La distinction apparait surtout a propos des
bebes, sans doute parce qu'Augustin veut alors ecarter toute
inculpation de ceux-ci a titre personnel. Voir Pecc. mer. I, 18,
23: «S'ils n'ont ete blesses d'aucune maladie nee du peche
originel, comment sont-ils amenes devant ce medecin qu'est
Ie Christ?» Voir aussi Pecc. mer. 1,19,24: «Parce qu'ils ne
sont encore prisonniers d'aucun peche relevant de leur vie
person nelle, c'est la maladie originelle qui est guerie en eux.»
436
NOTES COMPLEMENTAIRES
Voir encore Pecc. mer. I, 23, 33: «Pourquoi les sauver s'il n'y
a pas en eux la maladie originelle du peche ? »
L'image medicale latine de l'aegritudo s'accorde bien avec
Ie theme grec de la <t>80Qa usite par les Peres orientaux.
L'examen des textes oblige donc a cesser d'opposer une
supposee «decision d 'Augustin, si lourde de consequences
pour I'Eglise et la civilisation occidentale» et de supposees
«approches bien plus prudentes» des Peres grecs dont on
pourrait dire qu'elles seules «soulignent du moins, retros-
pectivement, Ie caractere analogique du concept de "peche"
originel», comme Ie soutient C. THEOBALD, Le peche origi-
nel..., p. 170-171.
S. LYONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin... », p. 337,
soulignait avec justesse qu'Augustin «n'a jamais renie la dis-
tinction faite tres clairement au livre III du De libero arbitrio
(III, 54) entre "illud peccatum quod proprie uocatur pecca-
turn: libere enim et ab sciente committitur" et, d'autre part,
"illud quod iam de huius supplicio consequatur necesse est"».
Pecc. mer. precise bien a propos du peccatum originale: «Sic
est autem hoc peccatum ut sit poena peccati» (Pecc. mer. II,
22, 36, CSEL 60, p. 108).
De fait, B. SESBOUE, Le peche originel..., p. 18, cite Pecc.
mer. I, 26, 39 en ajoutant: «II fallait citer ce texte qui est
l'acte de naissance theologique de la formulation du peche
originel, car Augustin est vraiment Ie createur du dogme du
peche originel (.. .). Sans doute Ie concept de peche est-il ici
analogique par rapport au sens courant ou Ie peche designe
toujours un acte personnel, libre et responsable. II s 'agit ici
d'un etat, d'une situation qui affecte chacun uolens nolens,
d'une condition pecheresse "objective" en quelque sorte. Son
contenu est double: elle comporte d'une part une rupture de
la relation de grace avec Dieu et, d'autre part et de ce fait,
une degradation de l'etre humain par rapport ace qu'il devrait
etre, un desequilibre, une sorte de malefice interieur, que tout
etre humain ratifie en pechant a son tour.» II precise plus
loin (p. 22): «Le terme de "peche originel" est la: il vit et
437
NOTES COMPLEMENTAIRES
il agit dans les mentalites. On est oblige de "faire avec". Le
role de la theologie et de la pastorale est de rendre compte en
verite des realites sous-jacentes a cette expression (.. .). C'est
a la lumiere du salut en Jesus Christ que I 'humanite decouvre
qu'elle est enfermee dans Ie peche, interpretation theologale
de la situation que son experience lui fait affronter. A partir
de la, la reflex ion sur Ie commencement de l'humanite lui
ouvre une lueur sur l'origine de cette situation.»
P. RICCEUR, Le conflit des interpretations..., p. 277, admet
de meme: «Pelage peut avoir mille fois raison contre Ie
pseudo-concept de peche originel, saint Augustin fait passer a
travers cette mythologie dogmatique quelque chose d' essentiel
que Pelage a entierement meconnu. »
Plutot que de «dogme», on peut parler de doctrine
d'Augustin sur Ie peche originel. Elle etait ancree en lui bien
avant 411-412. Mais, souligne G. BONNER, «Les origines
africaines... », p. 115-116, la contestation pelagienne a conduit
l'eveque a developper cette doctrine.
Ajoutons avec A. ZUMKELLER, ALG, p. 578: «Augustin,
en penseur de I'Eglise antique, pense non pas dans l'ordre
abstrait, speculatif, mais concret, historique. C'est pourquoi
sa comprehension du peche originel porte une impregnation
existentielle. Le "peccatum orignale" n'est pas pour lui exclu-
sivement peche de l'ame, mais de la nature humaine entiere.»
BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, «Les origines africaines de
la doctrine augustinienne sur la chute et Ie peche originel»,
Augustinus, 12, 1967, p. 97-116; S. LYONNET, «Rom. 5, 12
chez saint Augustin. Note sur l'elaboration augustinienne du
peche originel», dans L'homme devant Dieu. Melange Henri
de Lubac, 1. 1: Exegese et patristique, Theologie 56, Paris,
1963, p. 327-339; P. RICCEUR, «Le peche originel, etude de
signification», dans Le conflit des interpretations, Paris,
1968, p. 265-282; A. SAGE, «Peche originel. Naissance d'un
dogme», Revue des Etudes augustiniennes, 13, 1967, p. 211-
248; «Le peche originel dans la pen see de saint Augustin, de
412 a 430», Revue des Etudes augustiniennes, 15, 1969, p. 75-
438
NOTES COMPLEMENTAIRES
112; B. SESBOOE et C. THEOBALD, «Concilium», dans Le
peche origineL. Heurs et maLheurs d'un dogme, C. Boureux
et C. Theobald dir., Paris, 2005, p. 18-22 et p. 170-171 ;
A. V ANNESTE, «Le decret du concile de Trente sur Ie peche
originel», Nouvelle revue theoLogique, 88, 1966, p. 590;
A. ZUMKELLER, Augustinus Lehrer der Gnade, I, Wiirzburg,
1971, p. 572 et p. 578-579.
11. Concupiscentia et peccatum (I, 9, 10; I, 29, 57)
La concupiscence dans La generation et La transmision du
peche origineL. Representation antique puis medievaLe
Dans la representation antique, seulle pere st au principe
actif de la procreation; c'est lui qui communique la nature
humaine. Un acte de procreation qui ne transmette pas, avec
elle, Ie peche originel, doit donc ne pas etre Ie fait d 'un pere.
Ainsi s'explique la conception du Christ par l'Esprit Saint en
Marie, sans intervention masculine d'un pere, et sans qu'il
faille ecarter absolument l'union sexuelle it cause de la concu-
piscence qu' elle comporte.
D'autres auteurs qu'Augustin ont traite des rapports de la
concupiscence avec Ie peche originel: GREGOIRE LE GRAND,
Moralia, II, 52, 70; FAUSTE DE RIEZ, De gratia, I, 2 et
FULGENCE, De uerit. Praed. I, 4, 10. Mais ce sont des auteurs
posterieurs a Augustin, donc sans doute influences par ses
ecrits.
A partir du XIII e s. seulement, les theologiens disent que
Ie seul fait de la generation humaine (donc independamment
de l'influence de la con'cupiscence) entraine la solidarite de
tous les humains en Adam comme heritant de sa faute. Ainsi
Thomas d'Aquin (influence par Anselme): la concupiscence
comme telle est entierement naturelle. Elle se trouve desor-
don nee parce que l'homme a perdu la justice originelle. Mais
chez Thomas, cette perte ne reoit pas l'enorme charge morale
qu'elle avait reue chez Augustin. Cf. THOMAS, Somme
theoLogique, la, IIae, quo 82 a 3, respondeo 1: «Quand la
concupiscence sort des frontieres du raisonnable, l'homme
439
NOTES COMPLEMENTAIRES
se retrouve oppose a sa nature. Telle est la concupiscence qui
appartient au peche originel.» Chez Thomas, la «matiere»
du peche originel est une concupiscence non intrinsequement
pecheresse.
Concupiscence et transmission du peche originel selon
Augustin
II faut lire ensemble I, 9, 10 et I, 29, 57 pour approcher au
plus juste Ie sens qu'Augustin donne au rapport entre concu-
piscentia et peccatum. En I, 9, 10, Augustin analyse la faute
d'Adam comme un abandon volontaire a un «desir charnel»
(carnalis concupiscentia), au sens paulinien, c'est-a-dire un
desir non inspire et conduit par l'Esprit Saint. Ce desir portait
en lui un germe de corruption qui a infecte en quelque sorte
toute sa descendance (<< occulta etiam tabe carnalis concupis-
centiae suae tabificauit in se omnes de sua stirpe uenturos »),
donc par voie de generation. En I, 29, 57, la thematique pauli-
nienne des deux Adam (Adam meme puis Jesus Christ) lui fait
donc comprendre la conception de ce dernier par une vierge
comme Ie signe que Ie Christ seul est, de naissance meme,
indemne de toute concupiscentia. Mais on ne saurait en
deduire qu'Augustin qualifie Ie desir sexuel comme peche en-
soi. La concupiscentia eprouvee dans l'exercice de la sexua-
lite est une «blessure du peche », qui a ete epargnee a Marie
non pour son bien propre, mais pour la guerison de l'humanite
entiere (<< solo nostro uulneri medicinam parare potuit quae
non ex peccati uulnere germen piae prolis emisit »).
II y a donc contre-sens a identifier chez Augustin concu-
piscentia et peccatum, comme Ie fait P. F. BEATRICE, Tradux
peccati... Selon lui, a l'oppose de «Pelage et tous les Grecs»
(p. 134), supposes interpreter la causalite entre Ie chef de race,
Adam, et ses descendants comme «extrinseque» et de nature
« exemplariste », Augustin, influence par l'encratisme, l'aurait
definie comme «intrinseque» et de nature «physiologique,
seminale» (p. 133-134). Tout cela doit etre revise par une
analyse ponderee comme celle de A. SOLIGNAC, «La condi-
tion de l'homme pecheur...» et «Les exces de l'intellectus
440
NOTES COMPLEMENTAIRES
fidei... » (voir NC 12 et NC 38). Quant a l'isolement pretendu
d'Augustin par rapport aux autres Peres, surtout les Grecs,
il est dementi par bien des affinites signalees plus haut (voir
NC 9), en particulier avec Cyrille d'Alexandrie. Beatrice
admet qu'« ici Cyrille s'approche beaucoup de la notion
augustinienne de natura uitiata», tout en ajoutant: «mais
rejette explicitement l'idee d'une cooperation des hommes au
peche d'Adam a travers quelque forme que ce soit d'identite
seminale» (p. 135). Mais on serait bien en peine de trouver
pareille notion chez un ecrivain de l'Antiquite.. .
BIBLIOGRAPHIE: P. F. BEATRICE, Tradux peccati. Alle fonti
della dottrina agostiniana del peccato originale, Studia
Patristica Mediolanensia 8, Milano, 1978; A. SOLIGNAC,
«La condition de l'homme pecheur d'apres saint Augustin»,
Nouvelle revue theologique, 78, 1956, p. 359-387; «Les exces
de l'intellectus fidei dans la doctrine d'Augustin sur la grace »,
Nouvelle revue thiologique, 110, 1988, p. 825-849.
12. L'interpretation augustinienne de Rom. 5, 12-21, la
solidarite humaine en Adam (I, 9, 9 - 15, 20; III, 7, 14)
Adam et les autres humains, d'apres Paul puis les Peres
Meme si la traduction ambivalente in quo de Rom. 5, 12 a
empeche une juste comprehension de la phrase de Paul par
les Peres latins, Paul n'en a pas moins exprime la conviction
d'une certaine solidarite des humains avec Adam pecheur.
L'exegete C. PERROT, L'Epitre aux Romains..., p.34, fait
remarquer ceci: «Du judalsme de son temps Paul reoit pour-
tant l'idee d'un peche premier qui porta la mort (.. .). L'auteur
de l'Apocalypse de Baruch (Ier siecle) ecrit: "Si Adam a peche
Ie premier et a amene la mort sur ceux qui n'existaient pas en
son temps, cependant, parmi ceux qui sont nes de Iui, chacun
a prepare pour lui-meme Ie supplice a venir (.. .). Adam n'a
ete cause que pour lui-meme, mais chacun de nous tous pour
lui-meme est devenu Adam" (2 Baruch 54, 15, 19).» Perrot
s'interroge: «Lorsque en Rom. 5, 12, l'Apotre declare que
tous ont pechi, il s 'agit effectivement des peches personnels
441
NOTES COMPLEMENTAIRES
d'un chacun, comme en Rom. 3, 23. Pourtant l'Apotre n'irait-
il pas plus loin? L'homme n'est pas simplement un "Adam
pour soi". Pour que fonctionne l'argument de l'Apotre, dans
un recours a l'originaire qui puisse justifier l'universalite et
l'egalite pecheresse entre tous les hommes (Rom. 1, 18 - 3,
20), il importe en effet que les peches personnels d'un chacun
se relient de quelque maniere a une solidarite de I 'humanite
dans Ie peche, dont Adam porte Ie signe d'origine.»
Adam selon Augustin est un individu. «II est Ie premier
homme et Ie premier pecheur; nous sommes loin, chez
Augustin, des speculations origeniennes sur un Homme ideal»
(A. SOLIGNAC, La condition de l'homme pecheur..., p. 384).
Mais, ajoute A. Solignac, il «est aussi un personnage transin-
dividuel: il est lui-meme et (...) il est toute l'humanite» en ce
sens qu'il porte en germe sa descendance. Un appui biblique
majeur est ici Rom. 5, 12 avec son in quo omnes peccauerunt,
puisque pour l'eveque quo renvoie a Adam. Voir Pecc. mer. I,
10, 11: «Omnes ille unus homo fuerunt» et III, 7, 14: «In
Adam omnes tunc peccauerunt (cf. Rom. 5,12) quando in eius
natura illa insita ui qua eos gignere poterat, adhuc omnes ille
unus fuerunt (.. .). Quicquid erat in futura propagine uita unius
hominis continebat.» C'est la une representation patristique
anterieure a Augustin. Citons seulement AMBROISE, Expositio
in Lucam, VIII, 234: «Fuit Adam et in illo fuimus omnes. »
Le in quo de Rom. 5, 12
Le «peche originel grammatical» rappele en 1875, par
G. VOLKMAR, Paulus Romerbriej, mais denonce pour la pre-
miere fois, vers 420, par JULIEN D'EcLANE (Cf. De nuptiis et
concupiscentia, II, 27, 45 - 28, 47 ou Augustin rapporte l'ac-
cusation lancee contre lui par Julien dans son Ad Turbantium)
provient de la traduction latine in quo (<< en Adam», comprend
Augustin) du e<p'Q> grec, qui, lui, ne pretait pas a malentendu
(<< en ce que »). Mais est-il pour autant « l'enfant de son esprit»
(1. GROSS, Entstehungsgeschichte des Erbsundendogmas...,
p. 294)? En realite, des ecrivains chretiens latins, tels
l'Ambrosiaster et Ambroise, avaient deja commis l'erreur,
442
NOTES COMPLEMENTAIRES
qui ne disposaient que de ce texte. L'erreur grammaticale est
d'ailleurs double chez Augustin et d'autres, dans la mesure ou
Ie sujet mors de pertransiit manquant dans nombre de manus-
crits, its ont attribue au peche ce passage d'Adam a tous ses
descendants.
L'interpretation d 'Augustin
Si, dans Pecc.mer., it laisse d'abord ouvert Ie choix entre
peccatum et homo comme sujet de pertransiit (cf. I, 13, 17),
it en vient a ne plus retenir que homo (cf. I, 15, 19; I, 28, 55 ;
III, 7, 14), sans doute pour une raison theologique: l'attraction
du parallele paulinien Christ-Adam, resurgent avec Rom. 4, 5
(I, 10, 11). ,
Par ailleurs, resume A. SOLIGNAC, « La condition de
l'homme pecheur...», p. 377-379, «Augustin exprime (...) la
transmission du peche d'Adam de la maniere la plus realiste
qui soit : par Ie role physiologique des semina et par la presence
active et incontrolable de la concupiscence dans l'acte genera-
teur. II indique ainsi deux voies par lesquelles se transmet Ie
peche originel»: un schema «biologico-juridique» (plutot:
metaphysique) et un schema «psychologico-ethique (.. .). C'est
donc par une sorte d 'application de ce que nous appellerions
aujourd'hui les lois de l'heredite que s'expliquerait Ie passage
de la faute d'Adam a toute sa descendance. Augustin a mis en
valeur l'idee que les personnes humaines ne se succedent pas
les unes aux autres comme des monades incommunicables,
mais Use propagent" comme des corps animes procedant les
uns des autres et lies a leur ascendance par les lois memes de
la propagation». C'est bien ce principe d'inclusion de l'huma-
nite entiere dans Ie premier humain en date qu'exprime Pecc.
mer. III, 7, 14.
Nous lisons dans I'In Ioannem, X, 11: «Nous avons deja
dit (...) qu'Adam fut un unique humain et Ie genre humain
meme tout entier. » Cependant, la formule-choc «omnis homo
Adam, omnis homo Christus» de I'En. Ps. 70, s. 2, 1 et sa suite
(<<Adam a donc fait l'experience du mal, mais tout humain est
Adam tout comme en ceux qui ont eu foi tout homme est Ie
443
NOTES COMPLEMENTAIRES
Christ parce qu'ils sont les membres du Christ») trouvent leur
pleine explication dans Pecc. mer. ou Augustin repete a satiete
que la re-naissance baptismale permet la re-generation de tout
homme dans Ie Christ, qui Ie sauve de la generation d' ordre
charnel qui lie tout homme, de naissance, au premier Adam.
La profession de foi vise clairement les tenants, comme
Caelestius, d'une solidarite malheureuse entre les humains et
Adam liee seulement par l'imitation de son mauvais exemple.
BIBLIOGRAPHIE: C. PERROT, L' Epitre aux Romains, Cahiers
Evangile 65, Paris, 1988, p. 34-35 ; A. SOLIGNAC, «La condi-
tion de l'homme pecheur d'apres saint Augustin», Nouvelle
revue theologique, 78, 1956, p. 359-387; G. VOLKMAR, Paulus
Romerbriej, Ziirich, 1875, p. 88; A. ZUMKELLER, Augustinus
Lehrer der Gnade, Wiirzburg, 1971, p. 574-576.
13. La distinction augustinienne entre peche originel et
peches personnels (propria)
En attirant l'attention sur Ie «theme de uita propria»,
P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 160-165, a mis
en lumiere la place prise, au seuil de la controverse avec
les Pelagiens, de la distinction entre «peches personnels»
(propria peccata) et «peche originel» commun a l'humanite
entiere. Les premiers sont dits propria (cf. I, 10, 12: «quisque
iam ratione utens incipit peccato originali addere et propria» ;
I, 12, 15: «ob delicta sua propria» ; I, 20, 28; II, 27, 44) dans
la mesure ou ils relevent d'une uoluntas propria (cf. I, 11, 13;
I, 15, 20: «Supra dixerat etiam de peccato illo quod subin-
trante lege abundauit, et hoc utique non est originis, sed iam
propriae uoluntatis »). Les objecteurs usent aussi de l'expres-
sion peccata propria (cf. III, 3, 5). Mais c'est Augustin qui
insiste pour preciser que, selon la foi de I'Eglise, les peches
personnels sont ajoutes a la culpabilite commune heritee
d'Adam par les humains a partir du moment ou ils sont aptes
a exercer une responsabilite morale personnelle (cf. I, 10, 12:
«Quisquis iam ratione utens incipit peccato originali addere
et propria»).
444
NOTES COMPLEMENTAIRES
Aussi, au fil de Pecc. mer., Augustin parle-t-il abondam-
ment de la «vie propre» (uita propria) qui est celle de l'etre
humain moralement responsable de ses actes. P.-M. Hombert
observe que «c'est plus de dix fois que l'expression revient»
(p. 161), douze en tout exactement: cf. I, 18, 23; I, 19, 24; I,
34, 63; I, 34, 64; I, 35, 66; I, 36, 67 ; II, 27, 43; II, 35, 57 ; II,
36, 59; III, 2, 2; III, 4, 7; III, 7, 14. P.-M. Hombert associe Ie
theme de la uita propria au recours a Rom. 9, 11. Le verset est
effectivement invoque dans Pecc. mer., une fois dans chaque
livre (cf. I, 22, 31-33; II, 36, 59; III, 9, 17), et chaque fois
pour rejeter l'hypothese que la condition humaine dependrait
d'une responsabilite morale de l'ame anterieurement a son
union a un corps. Neanmoins, chez l'auteur, Ie theme de la
uita propria n'est pas lie au recours a Rom. 9, 11 (il n'apparait
ainsi qu'en II, 36, 59). II veut d'abord insister sur la distinc-
tion qu'on doit maintenir, dans la vie humaine, entre l'age
non encore moralement responsable a titre personnel et l'age
responsable a ce titre. Puisque les etres en bas-age reoivent,
par Ie bapteme, un pardon et qu'il est hors de question de leur
imputer des peches personnels (commis avant ou apres leur
naissance), c'est donc que Ie bapteme leur ote la culpabilite du
peche originel.
Ainsi, au livre III, parce que Cyprien y est cite evoquant
Ie pardon que reoivent les nouveau-nes comme pardon de
«fautes d'autrui» (<< illi remittuntur non propria, sed aliena
peccata»: Lettre 64, 5 ad Fidum, citee en Pecc. mer. III, 5,
10), Augustin precise qu'il faut entendre par la Ie peche issu
d'Adam, par distinction'des peches que, en grandissant en
responsabilite morale, ces etres commettront par eux-memes :
«dicuntur aliena quia nondum ipsi agebant uitas proprias»
(Pecc. mer. III, 7, 14).
II sera it interessant de voir si Ie theme de la uita propria et
des peccata propria par distinction d'avec Ie peccatum origi-
nale s'amplifie sous la plume d'Augustin a partir de 411-412.
P.-M. Hombert, p. 162, estime que la conjonction du theme et
de l'appui sur Rom. 9, 11 dans Ie livre VI du De Genesi ad
445
NOTES COMPLEMENTAIRES
litteram (VI, 9, 14-15) est un indice probant de la contempo-
raneite d'ecriture de ce livre et de Pecc. mer. Voir son tableau
p. 164-165.
BIBLIOGRAPHIE: P.-M. HOMBERT, Nouvelles recher-
ches de chronologie augustinienne, Collection des Etudes
Augustiniennes, Serie Antiquite 163, Paris, 2000, p. 160-165.
14. Les regles d'interpretation de l'Ecriture rappelees
dans Ie De peccatorum meritis et remissione
Au fil de Pecc. mer., son auteur foumit a Marcellinus des
criteres de discernement dans la lecture et l'interpretation de
l'Ecriture, ou l'on peut retrouver la marque du De doctrina
christiana, dont les deux premiers livres et la moitie du troi-
sieme avaient ete rediges par Ie jeune eveque, debut 397.
Les contradicteurs aussi avancent des passages bibliques
a l'appui de leurs theses, voire contestent l'interpretation
traditionnelle de tel verset. Ainsi pour Rom. 5, 12 «ils nous
objectent notre lenteur a comprendre (nobis intellegendi
obiciunt tarditatem) quand ils s'efforcent de detourner des
declarations tres clairement exprimees en je ne sais quoi
d'autre. Par un seul homme, dit-il, Ie peche est entre dans Ie
monde, et par Ie peche la mort. II s'agit la de propagation, non
d'imitation» (I, 9, 10).
Le travail de critique textuelle (emendatio)
Augustin en avait pose les regles au livre II du De doctrina
christiana (II, 12, 17 - 15, 22; voir aussi III, 4, 8). Deux
fois dans Pecc. mer. il s'applique a cette tache: a propos de
Rom. 5, 140u la presence ou non d'une negation conditionne
doctrinalement Ie sens de la phrase entiere (I, 11, 13), et de
Ioh. 1, 9 parce que son texte grec est plus riche de sens que la
traduction latine dont dispose l'eveque (I, 25, 38).
Le travail d'explicitation du contenu (explanatio)
L'expression Adam formam futuri de Rom. 5, 14 est
reconnue assez obscure et admettant, de ce fait, plusieurs
sense Mais Augustin precise aussitot qu'il s'interdira toujours
446
NOTES COMPLEMENTAIRES
d'avancer plusieurs interpretations qui se contrediraient (III,
4, 9) et ajoute plus loin (III, 12, 21), a propos d'un autre verset
paulinien delicat, I Cor. 7, 14, que ne sont admissibles que les
interpretations conformes a la foi reue.
II en appelle aussi a la confrontation de plusieurs passages
bibliques pour elucider Ie sens de tel ou tel ou pour se garder
de lui donner un sens restrictif. Ainsi fait-il au sujet de I Ioh. 3,
9 (qui est ne de Dieu ne peche pas), car les partisans de
l'impeccabilite morale de certains chretiens brandissaient ce
verset en leur faveur. «lIs se trompent grandement a examiner
trop peu les Ecritures» ou «trop peu des Ecritures» (multum
falluntur minus considerando Scripturas), leur repond l'eve-
que (II, 7, 9). Et d'ajouter Rom. 7, 6; 8, 14; 8, 5 ; II Cor. 4, 15b
et I Cor. 15, 53 et plus loin (II, 8, 10 et II, 10, 12) IIoh. 1, 8.
Augustin recommande aussi de relier les versets d'un meme
passage (cas de lac 2, 10 et lac 2, 12-13 en II, 3, 3).
Cependant, quand il ne trouve pas d'eclairage biblique
a une question theologique, ainsi du mode d'implication de
l'ame dans la commune condition pecheresse issue de la
faute d'Adam, il avoue son embarras et se refuse a trancher:
«Quand on discute d 'un sujet des plus difficiles sans etre aide
par des temoignages clairs et nets des autorites divines, la
presomption humaine do it se refrener, du fait qu'a pencher en
sens contraire elle n'aboutit a rien (non plus)) (II, 36, 59). II
approuve Pelage de s'en etre tenu a une tournure hypothetique
(<< si l'ame ne provient pas d'une transmission») pour «parler
avec retenue plutot qu'avec assurance» (III, 10, 18).
Enfin, l'eveque avertit que la pratique de l'Eglise d'ac-
cueillir au bapteme a tout age doit nous interdire de donner a
un passage scripturaire (ici Rom. 5, 14-19) «un sens different
de celui qui a fait que l'Eglise universellement et depuis l'an-
tiquite tient que par Ie bapteme du Christ les bebes fideles ont
reu pardon du peche originel» (III, 4, 9).
BIBLIOGRAPHIE: I. BOCHET, Introduction au De
doctrina christiana et NC 16: «Pluralite des sens de
l'Ecriture», BA 11/2, p. 14-36 et p. 558-562; F. CHATILLON,
447
NOTES COMPLEMENTAIRES
«Orchestration scripturaire», Revue du Moyen-Age latin, 10,
1954, p. 210-218; D. DE BRUYNE, «Saint Augustin reviseur
de la Bible», dans Miscellanea Augustiniana, I, Roma, 1931,
p. 521-606; B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et inter-
prete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes,
Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 175-198 et p. 333-341 ;
«Memoire et methode exegetiques a la premiere ecoute de
theses pelagiennes», dans Saint Augustin et la Bible. Actes du
colloque de l'universite Paul Verlaine-Metz (7-8 avril 2005),
G. Nauroy et M.-A. Vannier ed., Bern, 2008, p. 235-243 ;
L. F. PIZZOLATO, «Studi sull'esegesi agostiniana», Rivista di
Storia e Letteratura religiosa, 4, 1968, p. 338-357 (Augustin
"emendator"), p. 503-548 (Augustin "explanator").
15. La transmission (tradux) du peche originel: une ter-
minologie desormais fixee
Tradux peccati (I, 11, 13)
La transmission, par Adam, de sa faute a sa descendance
est don nee en latin par Ie substantif tradux qui ne parait pas
avoir ete une creation d'Augustin puisque Pelage evoque, dans
ses Expositiones, ceux qui contra traducem peccati sunt (III,
2, 2; voir aussi III, 3, 5). Mais nous trouvons une expression
synonyme sous la plume d'Augustin en III, 3, 5: «cette argu-
mentation contre la propagation du peche» (contra peccati
propaginem). Propago est associe au verbe adtrahere en III,
12, 21: «Propter quod [peccatum] sanandum et propagine
adtractum. . . ».
Trahere, contrahere
En revanche, G. FOLLIET, «Traherelcontrahere pecca-
tum...» a fait apparaitre qu'« Augustin est Ie premier a intro-
duire une distinction a propos de la culpabilite de tout homme
vis-a-vis du peche originel, d'une part, et du peche personnel,
d'autre part, par son recours diversifie aux expressions typi-
ques trahere peccatum et contrahere peccatum (p. 119).
448
NOTES COMPLEMENTAIRES
G. Folliet a recense en tout chez Augustin 372 occurrences
de trahere au sens de «recevoir en heritage» Ie peche d'Adam
et 93 enplois de contrahere peccatum au sens de «commet-
tre un peche personnel». Dans Ie seul Pecc. mer., il trouve
15 occurrences de trahere (cf. I, 11, 13; I, 12, 15; I, 15, 20,
2 fois; I, 23, 33; II, 25, 41, 3 fois; II, 26, 43; II, 27, 44; II,
28, 45; II, 34, 55; II, 35, 57; III, 4, 7 et III, 12, 21) et 8 de
contrahere (I, 17, 22; I, 34, 64; I, 36, 67; III, 2, 2; III, 4, 7;
III, 7, 10 mais chez Cyprien). En realite, on doit en compter 17
de trahere car Pecc. mer. II, 25,41 reproche par deux fois aux
objecteurs d 'admettre que les enfants «tirent» en heritage de
saints parents une certaine saintete mais refusent qu'ils tirent,
originellement, un peche de parents pecheurs «Cur denique
nolunt fateri de parente peccatore aliquod peccatum originali-
ter trahi si de sancto aliqua sanctitas trahitur?»
On voit bien par la que trahere peccatum rapporte au
peche originel est une expression recurrente et pregnante
qu'Augustin semble bien avoir longuement «rodee» a travers
sa reponse a Marcellinus, et l'on comprend pourquoi elle fait
l'objet de plus d'emplois que contrahere.
L'originalite d'Augustin se reconnait encore au fait que,
dans Pecc. mer. comme ailleurs, il cite Cyprien, lequel
employait contrahere a propos de la dependance universelle
du peche d'Adam. C'est Ie cas en III, 7, 10.
Notons encore que contrahere peccata se trouve Ie plus
souvent associe a uita propria, soit a l'age humain ou un indi-
vidu peut desormais repondre de ses actes. Voir la NC 13. De
plus, dans la mesure ou.la plus ancienne reflex ion d'Augustin
sur Ie salut l'a conduit a mediter sur la mortalitas humaine
comme symptome d'une condition pecheresse commune issue
du peche d'Adam, il semble bien que l'usage de trahere se
soit etendu de la transmission de la mortalite a celle du peche
originel. Cf. III, 12, 21 : «Quemadmodum ab origine trahitur
mors in corpore mortis huius (cf. Rom. 7, 24b), sic ab origine
tractum est et peccatum in hac carne peccati (cf. Rom. 8, 3).»
449
NOTES COMPLEMENTAIRES
Le couple adtrahere de traduce apparait aussi au sujet de
l'ame. Cf. III, 9, 17: «Aut de traduce adtracta est... ».
Laformulation d'Augustin accueillie par Ie concile de 418
Six ans et demi apres Pecc. mer., Ie concile de Carthage du
l er mai 418 condamne quiconque pretendrait que les nouveau-
nes «nihil ex Adam trahere originalis peccati quod lauacro
regeneration is expietur», car ils sont baptises «ut in eis
regeneratione mundetur quod generatione traxerunt» (Reg.
Eccl. Carth., exc. 110, CCSL 149, p. 221). Ainsi se trouve
enterinee par l'Eglise d'Afrique une formulation chere a l'eve-
que d'Hippone, ou trahere s'integre a la thematique des deux
naissances: generatio charnelle et regeneratio baptismale, si
presente dans Pecc. mer.
Le debat porte cependant aussi, conjointement, sur les
modalites de cette presence universelle. Si elle affecte tous
les humains des leur naissance, c'est donc que ce peche est
hereditaire. Cela amene une question: comment? et un voca-
bulaire: celui de la transmission ou propagation.
BIBLIOGRAPHIE: G. FOLLIET, «Traherelcontrahere pec-
catum. Observations sur la terminologie augustinienne du
peche», dans Homo spiritalis. Festgabe fur Luc Verheijen zu
seinem 70. Geburstag, C. Mayer ed., Wiirzburg, 1987.
16. La pratique, entre lie s. et v e s., de baptiser des tout-petits
Cette pratique apparait bien repandue au moins depuis
Ie milieu du lIe s. P.-T. CAMELOT, «Le bapteme des petits
enfants. . .», mentionne une longue liste de temoins de
l'usage: IRENEE, A.H., II, 24, 4; HIPPOLYTE, Trad. Apost. 21,
4 (aux celebrations baptismales, les premiers baptises sont
les enfants, qu'ils soient en age de repondre ou pas encore,
auquel cas «que d'autres repondent a leur place») ; ORIGENE,
In Rom. 5, 9 (cette pratique est une tradition apostolique). II
signale de CYPRIEN DE CARTHAGE De lapsis, 23 (cas d'une
fillette baptisee puis eucharistiee), mais aussi sa lettre a Fidus
(Ep. 64) qu'Augustin cite en Pecc. mer. III, 5, 10.
450
NOTES COMPLEMENTAIRES
Augustin lui-meme affirme de longue date, ainsi en De lib.
arb. 111,26,67, que l'Eglise a toujours pratique ce bapteme, ce
qu'il repete dans sa lutte pour resorber Ie schisme donatiste:
«Ce que l'Eglise universelle tient et qui n'a pas ete institue
par un concile, qui a toujours ete maintenu, cela ne peut venir
que de l'autorite de la tradition apostolique» (De bapt. IV, 31).
On s'etonnera d'autant moins de sa constante defense de cet
usage que l'Afrique est Ie territoire oil ce dernier est Ie plus
anciennement atteste.
BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, « Baptismus paruulo-
rum», Augustinus-Lexikon, vol. 1, 1994, col. 593-594;
P.-T. CAMELOT, «Le bapteme des petits enfants dans l'Eglise
des premiers siecles», La Maison-Dieu, 88, 1966, p. 23-42.
17. Positions d'auteurs chretiens sur les motifs theologi-
ques de la pratique de baptiser des tout-petits
Une contestation apparait vers 200. TERTULLIEN, De
bapt. 18, 5: «Ait quidem Dominus: Nolite illos prohibere
ad me uenire (Matth. 19, 4). Veniant ergo dum adolescunt,
dum discunt, dum quo ueniant docentur; fiant christiani cum
Christum nosse potuerint! Quid festinat innocens aetas ad
remissionem peccatorum?» Tertullien croit a l'emprise du
mal sur toute ame (cf. De an. 41, 1: «ex originis uitio», un
terme emprunte ensuite par AUGUSTIN, De gr. et pecc. or. II,
17 pour dire peccatum originate), mais ce mal ne descend pas
d'Adam, il est dO aux influences palennes avant et apres la
naissance, ce qui, d'apres G. BONNER, «Baptismus paruulo-
rum. . . », «ne rendait pas, aux yeux de Tertullien, absolument
essentiel» de baptiser les humains n'ayant pas encore com-
mis de fautes personnelles; mais ce dernier, De bapt. 11 sq.
admettait Ie bapteme des bebes en danger de mort, puisque
pour lui il est essentiel au salut (De bapt. 11 et 18, 4: «Quel
besoin y a-t-il, si en realite il n'y a aucun besoin, meme pour
leurs parrains, a etre portes en cas de danger? »).
Des restrictions se font jour au IV e s. GREGOIRE DE
NAZIANZE preconise d'attendre que l'enfant ait 3 ans environ,
451
NOTES COMPLEMENTAIRES
l' age ou il pourra entendre les paroles du rituel, ou elles
pourront impregner sa memoire (Oratio 40, 28, PG 36, 400).
Augustin rapporte une tendance des adultes a differer Ie
bapteme de leurs enfants pour ne pas avoir sur la conscience
une mauvaise education morale de ceux-ci (Con! I, 11,18).
Bien des auteurs du IV e S traitent des bebes comme
d'etres innocents: GREGOIRE DE NAZIANZE, Oratio II, 23,
PG 34, 398; GREGOIRE DE NYSSE, De infant. qui praemat.
abrip., PG 46, col. 177; JEAN CHRYSOSTOME, In Matth.
Horn. XXVIII, 3, PG 57, col. 353 et cite par AUGUSTIN,
Contra Iul. I, 6, 22; THEODORE DE MOPSUESTE, In Ps. 50, 7;
AMBROISE, De paradiso 31 (<< Paruulus sine ull0 est crimine
praeuaricationis et culpae ») et l'AMBROSIASTER, Quaest. 81
(<< Infantes autem propterea baptizantur, cum sint innocentes,
ut anima rudis nata in corpore signum habeat mortis euictae,
ne possit ab ea teneri »).
Les tout-petits sont pour eux innoeentes dans la mesure ou
ils ne sont pas personnellement coupables du peche d'Adam
et de ses suites pour toute l'humanite. JEAN CHRYSOSTOME,
Rapt. Leet. III, 6 explique: «Vous avez vu Ie grand nombre
des dons du bapteme. Bien que beaucoup de gens pen sent que
Ie seul don qu'il confere so it Ie pardon des peches, nous avons
releve jusqu'a dix Ie nombre de ses bienfaits. Et c'est pourquoi
nous baptisons meme des bebes, bien qu'ils soient innocents,
afin qu'ils puissent recevoir les autres dons: sanctification,
droiture, adoption filiale, heritage, qu'ils puissent etre freres
et membres du Christ et deviennent des lieux de residence
pour l'Esprit» (de meme GREGOIRE DE NAZIANZE, Carmina,
I, 1, 9, 1. 87-92).
Pour 1. JEREMIAS, «Die Kindertaufe... », p.62 (contre
K. ALAND, Die Saiiglingstaufe im Neuen Testament und in
der alten Kirehe, Theologische Existenz Heute 86, Miinchen,
1961, p. 48-53), la pratique de baptiser en bas-age etait un
argument en faveur de l'innocence des bebes plutot que la
452
NOTES COMPLEMENTAIRES
culpabilite des bebes Ie fondement de leur bapteme (<< du
moins dans les premieres sources», p. 38).
E. FERGUSON, « Inscriptions and the Origin of Infant
Baptism», cite Origene justifiant ce bapteme par Ie recours
a lob 14, 5 et Ioh. 3, 5. Or ce sont la deux versets recurrents
dans Ie Pecc. mer. Ioh. 3, 5 parait bien avoir ete l'appui bibli-
que pour la reflex ion des chretiens sur l'apres-vie des enfants.
Ce «logion» «etait Ie texte baptismal favori du lIe s» (cf.
HERMAS, Sim. IX, 16, 3; JUSTIN, Apol. I, 61; THEOPHILE,
Ad Autol. II, 16; IRENEE, Aduersus haereses, III, 17, 1 sq;
CLEMENT D'ALEXANDRIE, Strom. IV, 25; TERTULLIEN, De
hapt. 12). Remarquons bien qu'Origene repond a une ques-
tion courante: «Je saisis l'occasion pour discuter un point sur
lequel nos freres nous interrogent sou vent. Les bebes sont bap-
tises pour Ie pardon des peches. De quelles sortes de peches ?
Ou encore quand ont-ils peche ?» (Hom. in Luc. XIV, 5).
Beaucoup d'inscriptions funeraires font etat de bapteme
administre alors que Ie bebe etait a 1 'article apparent de la
mort; de fait il est declare mort dans les heures qui suivent
ou avoir survecu quelques mois. Le sacrement est dit lui avoir
confere la foi (fide lis facta}, mais aussi la grace (gratiam acce-
pit, gratiam consecuta), donc un pardon. Mais alors que pour
«Apronius qui vecut un an, neuf mois et cinq jours, comme il
etait tendrement aime de sa grand-mere et qu'elle vit qu'il etait
sur Ie point de mourir, elle demand a a I'Eglise qu'il fOt auto-
rise a quitter ce monde en croyant» (E. DIEHL, Inscriptiones
latinae christianae ueteres, n° 1343, Catacombes de Priscille,
HIe S.), il semble qu'au debut du v e s. en Afrique, ces baptemes
etaient acceptes d'emblee par Ie clerge.
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur
et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augus-
tiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 324-326;
E. DIEHL, Inscriptiones latinae christianae ueteres, Roma,
1961 ; E. FERGUSON, «Inscriptions and the Origin of Infant
453
NOTES COMPLEMENTAIRES
Baptism», The Journal of Theological Studies, N.S., 30, 1,
1979, p. 37-46; 1. JEREMIAS, Die Kindertaufe in den ersten
vier Jahrhunderten, Gottingen, 1958, p. 62.
18. Augustin et Ie bapteme des tout-petits avant Ie De pee-
eatorum meritis et remissione et apres lui
Le bapteme des bibis, source de deux questions successives
1. Avant 401-402: la question du bienfait qu'apporte
aux bebes leur bapteme, puisque, «la plupart du temps»
(plerumque), ils meurent ensuite avant d'avoir pu prendre
conscience qu'ils sont chretiens (cf. De lib. arb. III, 23, 67). II
Y a la un indice de l'importante mortalite infantile a l'epoque.
Voir B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 347-350.
2. Entre 401/402 et 1'« affaire» Caelestius: la question de ce
que nous revele de l'homme Ie bapteme des tout-petits comme
salut et pardon divins (cf. De baptismo, IV, 31, compose en
404), mais aussi de ce qui rend operant Ie sacrement chez des
etres qui ne peuvent pas encore exprimer personnellement la
foi de I'Eglise (cf. Lettre 98 a Bonifatius, 408 ou 411-4121).
Voir B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 350-353.
Appuis d'Augustin avant Pecc. mer.
La relation entre Ie peche originel et son pardon dans Ie
lauacrum regenerationis (Tit. 3, 5) qu'est Ie bapteme est deja
exposee avant la controverse pelagienne: ainsi dans Ie De
continentia (date habituellement don nee : 394, mais A.-M. LA
BONNARDIERE, Revue des Etudes augustiniennes, 5, 1959,
p. 121-127, Ie date d'apres 413 car Ie texte de De cont. 7, 18
reprend quasi a la lettre un passage de Pecc. mer. I, 19, 24:
«Originalis in eis (= infantibus) aegritudo sanatur in cuius
gratia qui saluos facit per lauacrum regenerationis »).
Deux textes bibliques cles sont alors mis en avant:
- I Cor. 15, 22 (cf. Coni X, 20, 29, BA 14, p. 194: «Nescio
quomodo nouerunt earn (= felicitas) ... utrum singillatim
omnes, an in illo homine qui primus peccauerit, in quo et
omnes mortui sumus et de quo omnes cum miseria nati
sumus »).
454
NOTES COMPLEMENTAIRES
- Rom. 5, 12 (cf. De cat. rude 26, 52): une penalite de mort
exclut pour tous Ie salut; Rom. 5, 12 et I Cor. 15, 21-22 (cf. In
Ioh. Euangelium, 3, 12), bien vu par S. LYONNET, «Rom. 5, 12
chez saint Augustin... », meme s'il n'a pas examine Rom. 5,
12-19 cite en De cat. rude 26, 52.
A partir du debat avec Caelestius et consorts
II s'agit de reaffirmer pourquoi l'Eglise, par sa pratique
baptismale, repond au besoin vital de tout humain, quel que
soit son age, de recevoir un authentique pardon divin pour etre
sauve. Cf. Sermo 294, 1, PL 38, 1336 Uuin 413): «lIs conce-
dent que les tout-petits doivent etre baptises. La question entre
eux et nous n'est donc pas de savoir s'il faut baptiser les petits
enfants, mais pourquoi les baptiser» (concedunt paruulos
baptizari oportere. Non ergo quaestio est inter nos et ipsos,
utrum paruuli baptizandi sint; sed de causa quaeritur, quare
baptizandi sint).
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et
interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustinien-
nes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 347-353; S. LYONNET,
«Rom. 5, 12 chez saint Augustin. Note sur l'elaboration de la
doctrine augustinienne du peche originel», dans L' homme
devant Dieu. Melange Henri de Lubac, 1. 1: Exegese et
patristique, Theologie 56, Paris, 1963, p. 327-339.
19. Mitissimll damnatiolpoena. L'adoucissement des pei-
nes de l'enfer pour les non-baptises morts en bas-age (I,
16, 21)
Augustin convaincu que la condamnation de ceux qui ajou-
tent au peche originel leurs peches personnels sera grauior,
«plus lourde» (I, 12, 15), precise plus loin, quant aux non-bap-
tises morts en bas-age, que leur punition sera mitissima, «des
plus douces». C'est la Ie premier emploi connu de l'expres-
sion par l'eveque. G. FOLLIET, «Tolerabilior damnatio...»,
retrace son itineraire. Elle revient en 421-423 (Enchiridion,
23, 93: mitissima poena) et, avec trois autres adjectifs dans la
Lettre 184bis 1, 2, debut 417 (minima poena), l'En. in Ps. 105,
455
NOTES COMPLEMENTAIRES
2, de 418/419 (tolerabilior damnatio) et en Contra Iul. VI, 11,
44, de 421 (damnatio leuissima). Tolerabilius parait inspire
de Matth. 10, 15: Tolerabilius erit terrae Sodomorum ...
quam illi ciuitati.
Affinites avec les divers degres de peines infernales selon
l'Ambrosiaster
L'Ambrosiaster distingue les effets du bapteme entre
adultes et tout-petits: pardon de leurs peches pour les uns;
liberation du diable pour les autres afin que, s'ils mouraient en
bas-age, ils echappent aux peines de 1'enfer. L'Ambrosiaster
situe les humains morts en bas-age non baptises dans la partie
superieure des enfers, avec les Justes de 1'Ancienne Alliance.
Cf. A. POLLASTRI, Ambrosiaster. Commento alia Lettera
ai Romani..., p. 80. Augustin aussi conoit diverses peines
infemales (Cf. Pecc. mer. I, 12, 15) et, avance N. CIPRIANI,
«Un'altra traccia dell'Ambrosiaster...», p. 520, n. 18, par
damnatio omnium mitissima «on ne peut exclure qu'il se
ref ere precisement a la conception de l'Ambrosiaster (cf. Pecc.
mer. I, 16, 21)).
Un changement de conviction par rapport au De libero
arbitrio
F. CAYRE parle d'une retractatio d'Augustin (voir plus loin
la NC 35). Notons qu'en employant une expression etonnante
en son contexte comme mitissima, l'eveque se montre tout
a fait conscient du «cas limite» que representent les etres
innocents moralement a titre personnel. Cf. Enchiridion, 23,
85, BA 9, p. 269: «Mitissima sane omnium poena erit eorum
qui praeter peccatum quod originale traxerunt, nullum insu-
per addiderunt» et Contra Iul. V, 11, 44: «Quis dubitauerit
paruulos non baptizatos, qui solum habent originale pecca-
turn, nec ullis propriis aggrauantur, in damnatione omnium
leuissima futuros ? »
BIBLIOGRAPHIE: F. CA YRE, «Une retractation de saint
Augustin. Les enfants morts sans bapteme», Recherches
de theologie ancienne et medievale, 21, 1954, p. 131-
143; N. CIPRIANI, «Un' altra traccia dell'Ambrosiaster.
456
NOTES COMPLEMENTAIRES
De Peccatorum Meritis et Remissione II 36, 58-59 »,
Augustinianum, 24, 1984, p. 515-525; G. FOLLIET,
« Tolerabilior damnatio. La these augustinienne de la
mitigation des peines de l'enfer et ses sources scriptuai-
res», Augustinianum, 41, 2001, p. 149-167; A. GAUDEL,
Dictionnaire de theologie catholique, IX, p. 761-762;
A. POLLASTRI, Ambrosiaster. Commento aUa Lettera
ai Romani. Aspetti cristologici, L'Aquila, 1977, p. 80;
F.-J. THONNARD, «Damnatio et Ie sort des enfants morts
sans bapteme», NC 35, BA 22, p. 782-788; AMBROSIASTER,
Commentarius in epistulas S. Pauli, H. G. Vogels ed.,
CSEL 80/1-3, Wien, 1966-1969.
20. La confession du peche originel: surtout it propos des
tout-petits?
Le Pecc. mer. repete a satiete la meme question: pourquoi
presenter au bapteme (qui comporte un pardon divin) meme
des nouveau-nes si ces demiers sont innocents de tout peche ?
L'interrogation revient des lors ensuite dans nombre d'ho-
melies de l'eveque d'Hippone. Ainsi, In Iohannis Epistulas,
tractatus 4, 11, SC 75, p. 240: «Si nous naissons sans peche,
pourquoi courir au bapteme avec les enfants pour qu'ils soient
delivres? »
C'est Ie lien de solidarite native entre tous les humains
et Adam qui autoriserait a qualifier de «volontaire» cette
culpabilite «en quelque sorte» hereditaire (Revisions, I, 12,
5, BA 12, 346: «Et illud quod in paruulis dicitur "originale
peccatum", cum adhuc. non utantur arbitrio voluntatis, non
absurde uocatur etiam "uoluntarium", quia ex primi homi-
nis mala uoluntate contractum, factum est quodammodo
hereditarium »).
On observera qu'Augustin precise: «Ce qu'on appelle,
chez les tout-petits, "peche originel"». L'expression pecca-
turn originale etait donc employee par d'autres que lui. Elle
parait avoir ete appliquee particulierement au statut des etres
en bas-age, probablement pour deux raisons: parce que, tant
457
NOTES COMPLEMENTAIRES
que les etres humains irresponsables ne sont pas con frontes
a l'experience de peches personnels dont ils sont alors seuls
coupables, leur unique servitude par rapport au peche est leur
appartenance a la nature humaine corrompue par Ie peche
d'Adam, leur ancetre; mais sans doute tout autant parce que
les pelagiens avaient commence de nier Ie peche originel jus-
tement a propos des tout-petits.
Notons cependant que, au moins dans Pecc. mer., Augustin
se montre theologiquement mesure. D'une part, il y ecrit:
«Par leur volonte personnelle, sans laquelle il ne peut y avoir
aucun peche dans la vie person nelle, rien de mal n'a ete com-
mins par les tout-petits, qui sont, pour cette raison, qualifies
par tous d'innocents» (I, 35, 65). D'autre part, il precise bien
que la revelation biblique selon laquelle Jesus est «mort pour
les impies» (Rom. 5, 6) et a declare lui-meme etre venu «pour
les pecheurs, non pour les justes» (Luc. 5, 31-32) impose de
croire que les tout-petits sont impies et pecheurs, mais «en
quelque sorte» (quodam modo profitentur: Pecc. mer. I, 19,
25). L'eveque parait con scient que «toutes ces expressions ne
s'appliquent a eux qu'en un sens analogique» et «a lui seul
Ie quodammodo profitentur Ie prouverait» (S. LYONNET,
«Rom. 5,12... », p. 338). II en va de meme pour Ie «quodam-
modo hereditarium» des Revisions relatif au peche originel.
BIBLIOGRAPHIE: S. L YONNET, «Rom. 5, 12 chez saint
Augustin. Note sur l'elaboration augustinienne du peche
originel », dans L'homme devant Dieu. Melanges Henri de
Lubac, 1. 1 : Exegese et patristique, Theologie 56, Paris, 1963,
p. 327-339.
21. Christus medicus et la metaphore medicale sur Ie peche
originel
Jesus se presente comme Ie medecin venu pour les malades
La figure de Jesus Christ medecin des humains provenant
des declarations memes de celui-ci rapportees par les evan-
gelistes (cf. Matth. 9, 12; Marc. 2, 17 et Luc. 5, 31-32), on
la rencontre couramment dans toute la litterature patristique.
458
NOTES COMPLEMENTAIRES
Augustin l'invoque de maniere tres abondante et chaleureuse
dans l'homelie comme au fil de ses ecrits. Les etudes les
plus poussees sur Ie sujet ont ete menees par W. HARMLESS,
«Christ the Pediatrician...», et T. F. MARTIN, «Paul the
Patient, Christus Medicus...», qui degagent l'importance
grandissante du theme au fil de la controverse pelagienne,
precisement a propos du bapteme confere aux tout-petits.
Pecc. mer., a lui seul, contient 16 renvois aux pericopes
evangeliques, repartis dans les livres I et III (I, 18,23; I, 19,24;
I, 23, 33; I, 27, 40; I, 27, 54; III, 4, 8; III, 12, 21 ; III, 13, 23).
Le peche originel decrit comme «maladie» (aegritudo)
Sans doute parce qu'il aborde precisement Ie cas limite
des tout-petits, qui ne peuvent repondre par' eux-memes a
l'appel du Medecin, Augustin evoque Ie peccatum originale
comme Ie fait et l'experience d'une «maladie». Le terme
choisi (aegritudo) a quelque affinite avec l'image usuelle des
chretiens d'Orient, celIe de la «corruption» (<t>80Qa). Cf. I,
18, 23: «S'ils n'ont ete blesses d'aucune maladie nee du
peche originel (originalis peccati aegritudine sauciati sunt),
comment sont-ils amenes devant ce medecin qu'est Ie Christ,
c'est-a-dire afin de recevoir Ie sacrement du salut eternel ? » ; I,
19, 24: parce qu'ils ne sont encore prisonniers d'aucun peche
relevant de leur vie personnelIe, c'est la maladie originelle qui
est guerie en eux (originalis in eis aegritudo sanatur) dans la
grace de celui qui les a sauves par l'eau de la regeneration
(cf. Tit. 3, 5)); I, 23, 33: «De ce peche, de cette maladie (ab
hoc peccato, ab hac aegritudine) ... ne libere que I'Agneau
de Dieu qui efface les peches du monde (Ioh. 1, 29), que Ie
Medecin»; III, 4, 8: «S'ils sont amenes a Jesus - c'est-a-dire
Ie Sauveur (cf. Matth. 1, 21) - et au Christ medecin par les
mains pieuses de ceux qui les portent, c'est pour qu'ils puis-
sent etre gueris de la contagion du peche (a peccati peste
sanari) grace aux remedes de ses sacrements.»
Ici, salus exprime bien son sens litteral de «sante», que
l'on retrouve dans l'apostrophe Salue! (<< Porte-toi bien! »),
precisement une salutation. Les signes de la conscience, chez
459
NOTES COMPLEMENTAIRES
Augustin, que Ie mot peccatum a valeur analogique rapporte
a la situation native des humains se lisent avant tout dans la
variation des termes employes pour designer Ie peche origi-
nel: peccatum et aegritudo, poena peccati; il semble moins
s'agir d'une faute objective que d'une situation malheureuse
mais non irreversible qui comporte une part de responsabilite
morale (poena), mais aussi de souffrance (aegritudo).
De meme, on relevera, en I, 32, 61, Ie renvoi a la scene
veterotestamentaire du «serpent d'airain» (Num. 21, 6-9) 00
Augustin, fidele a l'interpretation du Christ rapportee par
saint Jean (cf. Ioh. 3, 14-15), voit la figure anticipatrice du
salut de tout homme par Ie Crucifie ressuscite. Cf. I, 32, 61 :
avant Ie bapteme, tout etre humain est «totalement infecte par
la morsure du serpent» (morsu serpentis omnino uenenatus).
BIBLIOGRAPHIE: W. HARMLESS, «Christ the Pediatrician:
Infant Baptism and Christological Imagery in the Pelagian
Controversy», Augustinian Studies, 28, 2, 1997, p. 7-34;
T. F. MARTIN, «Paul the Patient, Christus Medicus and the Sti-
mulus carnis (II Cor. 12, 7): A Consideration of Augustine's
Medicinal Christology», Augustinian Studies, 32, 2, 2001,
p. 219-256, precieux pour son excellente synthese des lignes
fortes de la christologie medicale, en particulier p. 220-228, et
pour sa copieuse bibliographie.
22. Grande frequence, chez Augustin, de l'expression cur-
rere ad baptismum a propos des tout-petits
La description est frequente chez l'eveque precisement
a partir de sa premiere reaction aux objections de chretiens
comme Caelestius qui attenuent l'importance de l'adminis-
tration du sacrement aux etres (encore) irresponsables a titre
personnel.
Ainsi: In 10 ep. tr. 4, 11; En. in Ps. 50, 10; Sermo 174, 7,
8; Sermo 176, 2, 2 (annees 413-414: «Nam et ipsi portantur
ad ecclesiam et si pedibus illuc currere non possunt, alienis
pedibus currunt ut sanentur»); Sermo 293, 10; Sermo 294, 19,
18; De Gen. ad litt. 10, 11, 19; Ep. 166, 7, 21.
460
NOTES COMPLEMENTAIRES
On trouve ausi en In Ioh. eu. tr. 38, 6 cette description:
«Tout Ie malheur des Juifs consistait donc, non pas a avoir Ie
peche, mais a mourir dans les peches (cf. Ioh. 8, 24). Voila ce
que tout chretien doit fuir; c 'est pourquoi on court au bapteme
(propter hoc ad baptismum curritur), c'est pourquoi ceux
que la maladie ou toute autre cause met en danger desirent
qu'on vienne a leur secours, c'est pourquoi encore l'enfant
a la mamelle est porte par sa mere a l'eglise avec des mains
religieuses de peur qu'il ne sorte de cette vie sans bapteme et
ne meure dans Ie peche OU il est nee »
M. NEUSCH, «Le bapteme des petits enfants. Plaidoyer
d'Augustin...», rappelle Ie Sermon 176, PL 38 (date de
414 par Beuron et Kunzelmann): «Aux petits enfants la
Mere Eglise prete les pieds des autres pour qu'ils viennent,
Ie creur des autres pour qu'ils croient, la langue des autres
pour qu'ils affirment leur foi» (Quid de paruulis pueris, si
ex Adam aegroti? Nam et ipse portantur ad Ecclesiam,. et
si pedibus illuc currere non possunt, alienis pedibus currunt.
Accommodat illis mater Ecclesia aliorum pedes ut ueniant,
aliorum cor ut credant, aliorum linguam ut fateantur). C'est
un echo de Pecc. mer. I, 25, 38.
M.-F. BERROUARD, BA 73/A, p.254, note 41, observe que
«cet empressement pouvait s'inspirer de motifs tres divers»
et «temoigne neanmoins d'un net changement des mentalites
puisque, soixante ans auparavant, la pieuse Monique s'etait
contentee de faire donner a son nouveau-ne Ie sacrement des
catechumenes». A. vrai dire, non, car ce dernier n'avait pas
failli mourir a sa naissance.
Adulte, l'eveque raconte dans une homelie (Sermon 324)
l'histoire d'une femme africaine dont la priere a saint Etienne
obtint Ie bref retour a la vie de son enfant, juste Ie temps que lui
soient donnes tous les sacrements de l'initiation chretienne.
Des adultes aussi couraient a l'eglise pour eux-memes, tels
ces habitants de Constantinople se precipitant au bapteme lors
d'un tremblement de terre, en 399, episode rapporte par JEAN
CHRYSOSTOME, Homelie 8 sur les Actes des Apotres: «Est-ce
461
NOTES COMPLEMENTAIRES
que tous alors ne se precipitaient pas vers Ie bapteme? Est -ce
que tous les fornicateurs, tous les debauches, tous les infames
ne renonaient pas a leurs vices, ne semblaient pas devenus
les plus pieux des hommes ? »
BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, BA 73/A, p. 254, n. 41,
a propos de In Ioh. eu. tr. 38, 6; M. NEUSCH, «Le bapteme
des petits enfants. Plaidoyer d'Augustin », Itineraires augusti-
niens, 29, janvier 2003, p. 5-16.
23. Sicut peccatores non sunt, ita nee iusti sunt. L'hypothese
d'uD statut d'exception des tout-petits parmi les humains
(I, 19, 24)
L'expression employee par Augustin ne quis existimet...
(<< par crainte qu'on pense qu'il convient» etc.) laisse a
entendre que les quidam dont il a appris qu'ils tiennent les
tout-petits pour des «justes» se voyaient objecter que, puis-
que I'Eglise baptisait meme les petits-petits, c'est donc que
ceux-ci ne peuvent pas se prevaloir d'une justice personnelle
devant Dieu. Augustin accepte d'examiner cette hypothese:
les tout-petits ont besoin, eux aussi, d'etre baptises parce que,
sans avoir (comme les autres humains) de peches a se faire
pardonner, ils n'ont (a la difference des adultes) pas plus de
merites personnels a se voir recompenser. L'eveque admet (cf.
I, 35, 65) que, sous l'angle de la responsabilite morale person-
nelle, les paruuli sont bien sOr unanimement reconnus comme
innocentes. Mais, en fils obeissant de I'Eglise, il donne aux
paroles du Christ la priorite absolue sur tout raisonnement
logique deduit de l'observation ou d'une philosophie elemen-
taire. Puisque Ie Christ n'evoque que deux statuts de l'etre
humain exclusifs l'un de l'autre, «justes» aut «pecheurs»
(cf. Luc. 5, 32), et qu'il appelle ouvertement a venir a lui tous
les humains, meme les tout-petits (cf. Marc. 10, 14), il faut
donc ranger ces derniers, comme tous les autres, parmi les
pecheurs.
462
NOTES COMPLEMENTAIRES
24. Les tout-petits et leur acces a l'eucharistie (I, 20, 27;
1,25,38)
A.-C. DE VEER, NC 42, BA 23, p. 815 releve la difficulte a
saisir la theologie sacramentelle des pelagiens. «L'adversaire
qu'Augustin s'efforce de convaincre, en Pecc. mer. I, 20, 27,
que Ie texte de Ioh. 6, 53-54 vise tous les hommes et meme
les nouveau-nes, peut etre un adversaire fictif aussi bien qu'un
pelagien. »
Meme si l'eveque a toujours soutenu que, faute de bapteme,
tout humain, meme mort en bas-age, ne peut acceder au salut,
et que l'eucharistie est necessaire au salut, conformement aux
paroles du Christ rapportees en Ioh. 6, 53-54" it n'a cependant
pas refuse Ie salut a un bebe qui mourrait baptise, mais non
eucharistie. Les tout-petits en danger de mort imminente
recevaient habituellement les deux sacrements, celui de
l'eucharistie donne sous les deux especes.
BIBLIOGRAPHIE: A.-C. DE VEER, «Le sacrement de l'ini-
tation», NC 42, BA 23, p. 813-817; article «Communion»,
Dictionnaire d'archeologie chretienne et de liturgie, 111/2,
col. 2440-2445.
25. La pratique du bapteme des tout-petits, preuve que
tous les humains ont besoin d'uD pardon divin
Trois arguments sont recurrents chez Augustin pour expli-
quer pourquoi it faut baptiser meme les petits enfants (cf.
Sermo 293, 10-11, du 24 juin 413):
1. la pratique de l'Eglise (<< testis est ipsa mater Ecclesia
suscipiens paruulum abluendum et aut liberatum dimitten-
dum, aut pietate nutriendum») ;
2.la uox populi (<< testis est mater fideliter currens cum
paruulo baptizando in ecclesiam») ;
3. Ie peche originel (<< postremo et in ipso paruulo miseriae
ipsius testis est fletus. Quantum potest, testatur natura infirma,
463
NOTES COMPLEMENTAIRES
parum intellegens; non incipit a risu, incipit a fletu. Agnosce
miserum, porrige auxilium »).
Notons que, dans Pecc. mer., la liturgie du sacrement
apparait, aux yeux d'Augustin, comme Ie premier lieu theo-
logique d'expression de la foi confessee par l'Eglise. Elle
revele la conception chretienne de l'homme devant Dieu. On
trouve la meme demarche vingt ans plus tot (aoOt 392), avec
la liturgie penitentielle, dans Ie debat avec les manicheens
(cf. Contra Fortunatum). La liturgie meme du sacrement du
pardon est une affirmation de la responsabilite humaine, donc
de l'existence du libre-arbitre comme don de Dieu et dignite
de l'homme.
Le signe de l'empressement au sacrement
Cf. Pecc. mer. I, 19, 25: «Si les tout-petits sont justes (...)
ils semblent se precipiter (inruere) sur Ie bapteme donne par
celui (Jesus) qui ne les appelle pas, non seulement inutilement
mais meme injustement!» Mais Augustin evoque plus sou-
vent la hate des adultes qui accourent (currunt, voir la NC 22)
a l'eglise pour Ie sacrement des qu'un petit est danger de mort.
II se souvient d'ailleurs, dans les Confessions (I, 11, 17) avoir,
encore enfant, pris de fievre et d'etouffement, reclame de
lui-meme Ie sacrement, qui lui aurait ete donne s'il ne s'etait
soudain retabli.
La resistance du tout-petit au sacrement
II n'est pas un signe dans Pecc. mer. Cf. I, 25, 36: «Nous
les voyons resister au bapteme avec des flots de larmes et nous
regardons avec mepris cette ignorance de leur age, si bien que
meme s'ils y resistent encore, nous accomplissons les rites
sacramentels, que nous savons leur etre profitables. » Mais un
an plus tard, Augustin interpretera les pleurs des tout-petits
comme l'expression de leur vif desir d'etre liberes par Ie
bapteme de ce qui les separe encore du Christ (Sermon 293,
10, de juin 413, puis De gratia et libero arbitrio, 22, 44, de
426/427).
464
NOTES COMPLEMENTAIRES
Le signe de l'assistance maternelle de l'Eglise
Cf. Pecc. mer. I, 25, 36 et I, 25, 38: «Que cela se produise
(it savoir la foi) chez les petits enfants, notre mere l'Eglise
n'en doute pas, elle qui leur accorde un creur et une bouche
maternels pour qu'ils soient impregnes des saints mysteres»
(ut sacris mysteriis imbuantur).
Les memes rites pour les tout-petits que pour les adultes
Augustin evoque en Pecc. mer. 1,34,63 un exorcisme, sans
doute Ie rite d'exsufflatio: on soufflait sur Ie futur baptise
et murmurait en sa faveur une formule imprecatoire contre
Satan. L'argument sera repris en De nuptiis et concupiscentia,
11,29,50 (en 419/421), puis en De symbolo ad catechumenos,
I, 2 (425).
Ainsi, «avec une sorte de pragmatisme qui grandira en lui
avec les annees, au lieu de voir dans l'institution du bapteme
des tout-petits la consequence ecclesiologique de la doctrine
du peche originel, (Augustin) y voyait a l'inverse la preuve
de la verite de cette doctrine» (S. LANCEL, Saint Augustin,
p.463). L'appui de l'eveque correspond a ce qu'exprimera
l'adage chretien: lex orandi, lex credendi (<< la loi de la priere
guide celle de ce qu'il faut croire »). Les contradicteurs invo-
quaient la pratique de baptiser les bebes comme un cas a part
des autres baptemes (cf. Pecc. mer. III, 1, 1: «Nec ex eius
[sc.: Adam] peccato quicquam ad eius posteros propagando
transisse maxime propter baptismum paruulorum »). L'eveque
d'Hippone, au contaire, releve dans Ie fait que Ie meme sacre-
ment est confere a tout age avec les memes rites la preuve que
Ie Christ appelle tous les ages humains a l'accueil du pardon
divin car il est necessaire a tous.
BIBLIOGRAPHIE: S. LANCEL, Saint Augustin, Paris, 1999,
p. 463; F.-J. THONNARD, «L'argument du bapteme des petits
enfants et Ie dogme du peche originel», NC 10, BA 23,
p. 698-702.
465
NOTES COMPLEMENTAIRES
26. Totum hoc in spe fit ui sacramenti. Le sacrement pour
les tout-petits, esperance pour leur future foi personnelle
(I, 19, 25)
Selon Augustin, si Ie bapteme est confere meme aux
humains qui n'ont pas encore acces a une conscience
personnelle de la foi, c'est par un acte d'esperance de I'Eglise:
celIe que, en grandissant, its adherent a la foi de leur bapteme
et menent une vie qui y soit conforme.
Dans la Lettre 98, I' eveque ne repond pas vraiment a la
troisieme question que Bonifatius lui avait posee (entre 408
et 411/412), a savoir: comment pouvons-nous etre assures que
l'enfant tiendra les promesses que l'on a faites pour lui?
Un autre ecrivain chretien, ASTERIUS, commentant Ie
Psaume 14, explique que celui-ci ne comporte pas Ie titre El
to tEA.O parce qu 'on ne sait pas si les enfants baptises vont
perseverer jusqu'a la fin. On ne dit pas au pretre: «II renon-
cera a Satan jusqu'a la fin ... it s'attachera au Christ jusqu'au
bout», mais «maintenant». Et cela suffit (In Ps. 14, Horn. 2,2).
L'affirmation d'une participation des tout-petits au sacre-
ment n'est pas peremptoire: Augustin mesure la limite du rea-
lisme du sacrement d'un point de vue psychologique, car ces
«petits bouts de chou» (tantilli) n'ont pas encore conscience
de ce qu'est la foi chretienne (sensum credendi nondum
habent), et l'exprime par ce quodam modo (fidem per uerba
gestantium quodam modo profitentur).
27. Affinites entre Ie De peccatorum meritis et remissione
et la Lettre 98 a Bonifatius
M.-F. BERROUARD, «Similitudo et la definition du realisme
sacramentel. . . » observe que «c'est la premiere fois qu'Augus-
tin reparle du bapteme des enfants depuis Ie De baptismo»
(que Berrouard date de 400/401, mais P.-M. HOMBERT,
Nouvelles recherches..., p. 93, de 404), mais avec une evolu-
tion d'Augustin depuis: dans Ie De bapt., si la conversion du
creur est necessaire pour la reception fructueuse du sacrement,
conversion et bapteme peuvent etre en fait separes et garder
466
NOTES COMPLEMENTAIRES
leur valeur, ainsi chez les petits enfants qui ne peuvent pas
encore confesser la foi. La Lettre 98 ajoute a cela l'insistance
sur l'efficacite du sacrement: a cause du sacrement de la foi,
les parents peuvent repondre que l'enfant croit.
«Par rapport au petit baptise Ie sacrement de la foi a la
meme efficacite que la foi. Car Augustin n'ignore pas les
paroles du Christ sur la necessite pour Ie salut du bapteme et
de la foi. II n'a pas encore sans doute la formule saisissante
qu'il opposera, des 411, aux objections pelagiennes (Pecc.
mer. I, 27, 40): "Pour les tout-petits croire, c'est etre baptise,
ne pas croire ne pas etre baptise" (quis nesciat credere esse
infantibus baptizari, non credere autem non baptizari ?), mais
sous une forme plus developpee l'affirmation est equivalente »
(M.-F. BERROUARD, p. 333). De fait «qui ne croit pas cela et
Ie regarde comme impossible est un infidele, quand meme il
possede Ie sacrement de la foi, et Ie petit baptise lui est bien
superieur» (Ep. 98, 10, CSEL 34, p. 532).
Toutefois, la datation traditionnelle de la Lettre 98 (408) a
ete remise en cause. Elle semble en effet porter trace des pre-
miers remous introduits par Caelestius en Afrique (voir l'ana-
lyse de B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 353-356,
suite a la nouvelle position de 1.-C. DIDIER, «Observations
sur la date de la Lettre 98 de saint Augustin», Melanges de
Sciences religieuses, 27, 1970) et meme etre contemporaine
des premiers ecrits d'Augustin anti-« pelagiens », selon
P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 161. Ce dernier
avance la periode 411-413 a cause du theme de la propria uita
opposee a la culpabilite heritee d'Adam (voir sur ce theme la
NC 13). «Cette lettre (...) est generalement datee de 408 a la
suite des Mauristes» (mais ceux-ci disent «forte an. 408 »).
Malgre l'avis d'A. DE VEER (Revue des Etudes augustinien-
nes, 16, 1970, p. 328), je considere avec 1. M. PINELL, «La fe
de l'Eglesia en el baptisme dels infants», Questions de Vida
Cristiana, 2, 1958, p. 39; V. GROSSI, «II battesimo e la pole-
mica pelagiana negli anni 411/413 (De peccatorum meritis
et remissione - Ep. 98 ad Bonifatium)), Augustinianum, 9,
467
NOTES COMPLEMENTAIRES
1969, p. 54-61; J.-C. DIDIER, «Observations sur la date de
la Lettre 98... », p. 115-117, que I'Epist. 98 date en realite du
debut de la controverse pelagienne (411-413). La question
posee par Boniface et la reponse d'Augustin se comprennent
infiniment mieux dans ce contexte, et I 'opposition entre Ie
peche commis in propria uita et Ie reatus herite d'Adam est un
indice important qui Ie confirme. Voir aussi A. MANDOUZE,
Prosopographie, p. 149 n. 10 (<< la lettre est vraisemblement
contemporaine de la querelle pelagienne »).
P.-T. CAMELOT, «Le bapteme des petits enfants... »,
p. 38-39 cite en alternance des extra its de Pecc. mer. et de la
Lettre 98 qui presentent des expressions tres proches, ce qui
confirme une ecriture de la lettre vers 412.
BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, «Similitudo et la
definition du realisme sacramentel d'apres I'Epitre 98, 9-10
de saint Augustin», Revue des Etudes augustiniennes, 7,
1961, p. 321-337; P.-T. CAMELOT, «Le bapteme des petits
enfants dans I'Eglise des premiers siecles», La Maison-
Dieu, 88, 1966, p. 23-42; B. DELAROCHE, Saint Augustin
lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes
augustiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 353-
356; P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de chronologie
augustinienne, Collection des Etudes Augustiniennes, Serie
Antiquite 163, Paris, 2000, p. 161, n. 329.
28. Traces d'une distinction, selon des chretiens contem-
porains d'Augustin, entre regnumDei et uita/salus aeterna
(I, 20, 26)
Contrairement a une idee reue, I 'hypothese theologique
selon laquelle certains humains morts non baptises auraient
acces, a defaut du royaume de Dieu (qui requiert Ie sacrement
selon Ioh. 3, 5), a une forme de beatitude eternelle n'est pas
une «invention» de Pelage, Caelestius et consorts. On l'a cru
en s'appuyant notamment sur Pecc. mer. Pourtant, Augustin
n'y soutient pas expressement que les objecteurs dont it com-
mence a prendre connaissance des dires ou des ecrits ont cree
468
NOTES COMPLEMENTAIRES
cette distinction. Elle etait deja en usage a la fin du IV e S., en
Afrique autour de 410.
Ainsi, Vincentius Victor, un ancien rogatiste rallie a I'Eglise
catholique, est un temoin precieux de ces voix de chretiens
qui, sans rejeter la necessite du bapteme, plaident, en faveur
de certains cas, pour l'admission misericordieuse a un etat
bienheureux apres la mort. Victor ne distingue pas ici entre
regnum Dei et uita aeterna, mais entre regnum Dei (reserve
aux seuls baptises a cause de Ioh. 3,4) et paradisum (a cause
du larron repentant mort non baptise ou du cas de Dinocrates,
frere de la martyre sainte Perpetue). Augustin lui repond au
printemps ou au debut de l'ete 419 dans son De natura et
origine animae ou il fait la difference entre la position de
ce dernier - qui confesse Ie peche originel en tout humain, y
compris Ie nouveau-ne - et I'heresis Pelagiana qui Ie nie. Cf.
De nat. et or. an. 9, 11, CSEL 60,312: «Non baptizatis paruu-
lis nemo promittat inter damnationem regnumque caelorum
quietis uel felicitatis cuiuslibet atque ubilibet quasi medium
locum. Hoc enim eis etiam heresis Pelagiana promisit, quia
(...) [paruulos] nullum put at habere originale peccatum.»
BIBLIOGRAPHIE: J.-C. DIDIER, Faut-il baptiser les
enfants?, Paris, 1967, p. 134, n. 16; F.-J. THONNARD, «Les
"Limbes" des enfants morts sans bapteme», NC 34, BA 22,
p. 779-782; F. REFOULE, «La distinction "Royaume de Dieu -
Vie eternelle" est-elle pelagienne?», Recherches de sciences
religieuses, 51, 1963, p. 247-254.
29. La question de lorigine des ames et de leur mode
d'implication dans la condition pecheresse (I, 22, 31; I,
38, 69 ; II, 36, 59)
Une question dibattue avant Augustin
Deux theologies s'affrontaient au debut du v e s.: Ie creatia-
nisme, pour qui chaque ame est creee directement par Dieu ;
Ie traducianisme, pour qui elle est transmise par les parents.
Mais il y a avait aussi debat sur Ie rapport de l'ame a la condi-
tion humaine malheureuse. A THANASE, Vie et conduite de
469
NOTES COMPLEMENTAIRES
notre pere saint Antoine, 74 (3-10), rapporte ce propos d'An-
toine a des philosophes non-chretiens venus disputer avec lui :
«Comment avez-vous l'audace de vous moquer de nous, qui
disons que Ie Christ est manifeste comme homme, alors que
vous, tirant l'ame du ciel, dites qu'elle a erre et est tombee
des hauteurs des cieux dans Ie corps? Encore, si elle n' etait
dechue que dans Ie corps humain et ne passait pas, ne tombait
pas dans les quadrupedes et les reptiles! Notre foi atteste que
la venue du Christ est en vue du salut des hommes. Vous errez
dans vos theories sur l'ame inengendree. Nous pensons a la
puissance de la Providence et a son amour des hommes, car
cela n'etait pas impossible a Dieu. En faisant de l'ame l'image
du vou, vous lui attribuez des chutes et la pretendez sou mise
au changement, et finalement en raison de l'ame vous faites
muable Ie vou lui-meme! Telle en effet est l'image, tel est
necessairement ce dont elle est l'image. Quand vous avez de
telles idees sur Ie vou, considerez que vous blasphemez Ie
Pere du vou. »
L'hypothese avancee par ORIGENE sur la pre-existence des
ames (expo see en De principiis, II, 8, 3 sq., PG 11, col. 223 et
suiv.) fut rejetee une premiere fois en 400 par un synode tenu
a Alexandrie sous la presidence de l'eveque Theophile (texte
conserve en traduction latine: JEROME, Lettre 92, CSEL 55,
p. 147-155). La condamnation fut ensuite enterinee par Ie pape
Anastase Ier (cf. JEROME, Lettre 95, CSEL 55, p.157-158).
Si JEROME a cherche, sans fondements, a prouver la
connivence de Pelage et ses partisans avec l'hypothese
origenienne (Dialogus contra Pelagianos, III, 19, PL 23,
coI. 618, ecrit «quelques annees» apres Ie Pecc. mer. d'apres
A. ZUMKELLER, ALG, p. 601, n. 110), AUGUSTIN, en revanche,
dans son Sermon 165, 5, 6 (PL 38, col. 905-906), qui daterait
au plus tot de 417 d'apres KUNZELMANN, «Die Chronologie
der Sermones des hI. Augustinus», dans Miscellanea
Augustiniana, II, Roma, 1931, p. 476-477, affirme clairement
que les pelagiens refusaient la preexistence des ames.
470
NOTES COMPLEMENTAIRES
La recherche et La position personnelles d'Augustin
En Pecc. mer. I, 22, 31, si Augustin introduit la theorie
«selon laquelle les ames, pechant d'abord dans une residence
celeste, viennent par degres et peu a peu dans les corps
selon les peines meritees et, pour une vie menee auparavant,
sont frappees plus ou moins fortement de maux corporels»,
c'est comme une solution qui serait avancee pour effacer Ie
scandale apparent affiche juste auparavant (I, 21, 30): si les
humains non baptises sont exclus du salut meme s'ils meurent
en bas-age, c'est que leur ame a peche avant la naissance.
Mais on s'etonnera de ce qu'il ecrit de cette theorie: «Peut-
etre faut-il considerer qu'[elle] est desormais abolie et rejetee
(iam expLosum repudiatumque)?» ,
Sa circonspection semble un indice qu'il ne connaissait
pas de texte de condamnation officielle de cette opinion: ni la
condamnation d'Origene signalee plus haut, ni celle, en sep-
tembre de la meme annee 400, par un concile tenu a Tolede,
de la these priscillianiste selon laquelle, avant d'etre unie a un
corps, l'ame aurait ete meritoirement bonne (cf. 1. D. MANSI,
Sacrorum Conciliorum noua et amplissima collectio, Graz,
1962 [reed.], III, p.997-1014 et 1.-R. PALANQUE, Histoire
de l'Eglise, A. FHche et V. Martin dir., 1. 3, Paris, 1963,
p.470-471).
Peut-on tirer de la declaration de l'Augustin fraichement
baptise de 387: «Deum et animam scire cupio» (SoliLoques,
I, 2, 7, BA 5, p. 36) l'annonce d'un «programme celebre»,
selon les mots de F.-1. THONNARD, qui indiquerait que «Ie
probleme de l' ame humaine en ses rapports avec Dieu est l'ob-
jet central de la doctrine augustinienne» (<< Le probleme de
l'origine des ames [De natura et origine animae, IV, 2, 2]»,
NC 53, BA 22, p. 830)? L'interprete est prudent, qui ajoute
que Ie probleme plus precis de l'origine de nos ames «ne fut
jamais Ie plus important pour Augustin» (p. 830). Tout l'en-
seignement du pasteur et theologien qu'il est devenu apres son
retour en Afrique s'est concentre sur l'accueil, l'intelligence et
471
NOTES COMPLEMENTAIRES
la mise en pratique de la foi en Jesus Christ Dieu fait homme,
et dans la confrontation avec des theories incompatibles avec
I'Incamation, a commencer par celles du manicheisme, qui
dissociait radicalement corps et arne, matiere et esprit. Or rien
n'est apparu plus difficile que la question du mode d'union de
l'ame et du corps humains.
G. MADEC, «La condition malheureuse», NC 18, BA 6,
p. 578-583, a bien resume les debats suscites dans les annees
1930-1975 par l'interpretation des «hesitations d'Augustin»,
et conclut que, lorsqu'il acheve Ie De libero arbitrio, vers 395,
«quelle que soit la maniere dont la descendance d'Adam et
d'Eve s'est propagee (cf. III, 24, 71), Augustin ne doute pas
que la misere de la condition presente soit l'effet de cette
decheance premiere. L'economie de la transmission du peche
est secondaire dans l'economie de l'intelligence de la foi
(cf. III, 21, 59 - III, 22, 63)).
La question a ete reprise par A. SOLIGNAC, «Les exces
de l'intellectus fidei...», p. 830. Selon lui, la conception bi-
partite de l'etre humain, corps et arne, d'origine platonicienne,
oblige Augustin a chercher a expliquer aussi du cote de l'ame
Ie mode de transmission du peche originel. Du cote du corps,
cette transmission est spontanement expliquee par la propaga-
tion physique de l'espece: l'acte de la generation. C'etait une
explication «avantageuse» pour Augustin dans la mesure oil
la libido sexuelle associe une conduite du corps et la manifes-
tation d'un desordre spirituel.
Mais Augustin n'arrive pas a trouver une solution claire
et sOre du mode de transmission au niveau de l'ame. Deja
au seuil du De libero arbitrio (I, 12, 24, CSEL 74, p. 24), il
qualifiait Ie sujet de magnum secretum et magna quaestio, et
cette derniere expression revient en Pecc. mer. II, 36, 59. II
avait ensuite avance plusieurs solutions, mais sans en retenir
aucune pour certaine. Sa perplexite provient en grande part
de ce que, de son propre aveu (ainsi en Pecc. mer. II, 36, 58),
la Sainte Ecriture n'offre ici aucun secours, sauf pour exclure
l'hypothese d'une vie morale de l'ame pre-existante a son
472
NOTES COMPLEMENTAIRES
union a un corps (cf. Rom. 9, 10-12, cite en Pecc. mer. I, 22,
31 et II, 36, 59). II est toutefois symptomatique que Pecc. mer.
associe par deux fois Sap. 9, 15a (Un corps corruptible appe-
santit l'ame) et Rom. 8, 3 (en I, 38, 69 et II, 29, 48). Paul a
repris des categories anthropologiques familieres a la culture
grecque et assimilees par les auteurs des derniers ecrits de
I'Ancien Testament comme Ie Livre de la Sagesse. Le plus
souvent, chez Paul, la «chair» (oaQ;) designe l'etre humain
tout entier considere dans sa faiblesse pecheresse et livre
en son intimite au peche et a la mort (cf. Rom. 7 et Rom. 8,
3), voire une quasi puissance mauvaise, hostile aDieu (cf.
Rom. 8, 7). Mais I'Apotre reste semite et, contrairement a la
philosophie grecque, jamais ne dit l'esprit captif de la chair et
ne devalorise Ie corps, de meme Augustin, cf. En. Ps. 141, 17-
18: «Non enim caro quam 1\1 fecisti, sed corruptela carnis et
pressurae et tentationes carcer mihi sunt (.. .). Ergo si caro tibi
carcer est, non corpus est carcer tuus, sed corruptio corporis
tui. »
V. LECLERCQ, «L'enfant a naitre est-il une personne?»,
p. 31-38, rappelle que Jerome penchait pour la theorie crea-
tianiste, mais suggere a Marcellinus d'interroger Augustin,
lequel hesite toujours en 418, quand il s'avoue aupres d'Optat
(Lettre 190) «encore partage», mais pointe les inconvenients
du traducianisme et prend de claires distances avec celui de
Tertullien: l' ame ne saurait provenir de la seule semence
corporelle humaine. Car «l'ame n'est pas un corps, mais un
esprit» (Ep. 190, 3, 15).
Par la suite, Ie meme embarras persiste, et ce jusqu'a la fin
de sa vie. Cf. Revisions, I, 1 : «Pour ce qui regarde l'origine de
l'ame, comment il se fait qu'elle se trouve dans Ie corps (...) je
ne Ie savais pas dans ce temps-la et maintenant encore je ne Ie
sais pas. » Dans sa Lettre a Optat, il se declarait pret a « defen-
dre l'opinion de cet homme (a savoir Jerome) s'il peut m'en-
seigner comment les hommes ne viennent pas d'Adam, mais
heritent cependant de lui une juste condamnation a moins de
parvenir au pardon des peches en renaissant» (Ep. 190, 3, 20).
473
NOTES COMPLEMENTAIRES
Et il a interroge Jerome, Mais celui-ci ne lui a apparemment
jamais repondu.
Julien d 'Eclane s 'averera un defenseur passionne du crea-
tianisme car celui-ci lui fait dire que chaque ame etant creee
directement par Dieu est donc neuve et innocente a sa nais-
sance. En 498, par la voix du pape Anastase II, Ie creatianisme
devient la doctrine officielle de l'Eglise d'Occident.
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur
et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augus-
tiniennes, Serle Antiquite 146, Paris, 1995, p. 289-291 ;
E. DUBREUCQ, «Chair, corps et ame. Les formulations de la
question de l'ame chez saint Augustin», Revue des sciences
religieuses, 84, 1996, p. 351-372; 1. FOUBERT, «Ad gloriam
corporis. Au-dela de Sagesse 9, 15: "corpus quod corrum-
pitur adgravat animam" (Confessions VII 17,23)), dans
«Chercheurs de sage sse ». Hommage a Jean Pepin, Paris,
1992, p. 383-402; V. LECLERCQ, «L'enfant a naitre est-il
une personne?», Itineraires augustiniens, 29, 2003, p. 31-
38; G. MADEC, «La condition malheureuse», NC 18, BA 6,
p. 578-583; A. SOLIGNAC, «Les exces de l'intellectus fidei
dans la doctrine d'Augustin sur la graCe», Nouvelle revue
theologique, 110, 1988, p. 825-849; F.-1. THONNARD, «Le
probleme de l'origine des ames (De natura et origine animae,
IV, 2, 2)), NC 53, BA 22, p. 830-833.
30. Les moriones (I, 22, 32 et I, 35, 66)
Etymologie
Le terme originel est Ie grec f.LooQ6, «ramolli, inerte»
chez HIPPOCRATE, Genit. 2 et ARISTOTE, H. A. 628a, d'ou
«sot, beta, stupide», comme dans Ie substantif f.LO>Q£a (<< sot-
tise», «betise») et Ie verbe f.LooQa£voo (<< etre bete», «faire une
betise ») qu 'on trouve chez Eschyle, Xenophon et Aristote,
dans la Septante (f.LO>QEUOO) et Ie Nouveau Testament avec
Ie passif Ef.LO>Qav8i]oav (Rom. 1, 22: lis se sont rendus
stupides, ceux qui se croyaient sages; voir aussi f.LOOQ60 f.LaL,
« etre hebete, frappe de stupeur, de stupidite» chez ARISTOTE,
474
NOTES COMPLEMENTAIRES
H. A. 610b a propos de chevres). En Matth. 5, 22, Jesus avertit
que quiconque traitera (son frere) de «cretin» (f.LOOQE !) sera
passibLe de La gehenne de feu.
La transcription en latin a donne morus puis morio sous
l'Empire. PLINE LE JEUNE, Lettre 17 du livre IX et MARTIAL,
Epigrammes, VI, 39 et VIII, 13 decrivent les moriones sous
un physique animal, proche de l'ane, avec des airs stupides.
La Cour et de riches particuliers en acqueraient a prix d'or
pour se divertir. Ainsi, ces termes «n'expriment pas la notion
de la folie en tant que possession delirante, ce qui se dit f.Lav£a
etc., mais l'hebetude, l'abrutissement, la sottise, la nigauderie.
C'est encore Ie sens en grec moderne, mais il s'est affaibli,
notamment dans Ie vocatif, f.LOOQE, JiQE (<< mon vieux »). Entin
fJ,OOQo se dit d'un bebe» (Dictionnaire etymoLogique de La
langue grecque). Toutes ces indications sont precieuses pour
expliquer les premiers emplois du terme morio par Augustin.
Les moriones et La defense des tout-petits par Augustin
M. RIBREAU, «Quos uuLgo moriones uocant (Contra
Iulianum III, 4, 10): Ie traitement des moriones (debiles) dans
les reuvres antipelagiennes d'Augustin», p. 335-339, demon-
tre «en quoi l'emploi du terme morio permet a Augustin de
remettre en cause certains points de doctrine du courant pela-
gien et en quoi il est symptomatique de l'opposition entre les
theologies augustinienne et pelagienne ».
Cinq de la dizaine d 'occurrences conservees de morio se
rencontrent chez Augustin, dans ses ecrits des annees 411-
421. Les deux premieres mentions se lisent precisement dans
Pecc. mer. En I, 22, 32, l'eveque cite «un cas parmi beaucoup
d'autres que j'ai trouve etonnant et que je ne tairai pas» : celui
de ce morio baptise qui s'insurgeait vivement contre toute
moquerie lancee contre Ie Christ et la foi chretienne. Voila,
pour Augustin, un signe que les humains ne naissent pas dans
une condition physique et mentale bonne ou non (aux yeux
des hommes) qui serait la sanction d'une vie anterieure de leur
ame. En I, 35, 66, s'interrogeant sur les desordres de compor-
tement des nourrissons et la propension qu'ont les adultes a en
475
NOTES COMPLEMENTAIRES
rire, it evoque encore ces «fatuos (...) quos uulgo "moriones"
uocant» car leur naIf etalage de sottise fait rire meme les
sages. Ainsi, analyse M. Ribreau, l'exemple «permet aussi,
contre un mouvement qui recherche la sagesse, Ie pelagia-
nisme, de montrer que celui-ci n'est pas sans contradiction».
La premiere evocation (en I, 22, 32) est la plus fortement
expressive de la conviction d'Augustin. «Le peuple chretien
comprend aussi les plus petits, et pas seulement une certaine
elite, comme tendent a Ie penser les pelagiens. » Le morio est,
aux yeux du pasteur, «une preuve de la force de la grace de
Dieu, et aussi de la predestination (...) comme la citation de
I Cor. 1, 31, capitale dans sa doctrine de la grace, Ie montre».
Augustin signale que morio vient du grec et, les deux fois,
que c'est une appellation populaire (<<quos uulgo "moriones"
uocant»). Le mot parait donc vulgaire, a traduire par «debi-
les», ce qu'appuie la description d'un etat presque animal
(<<perdre la lumiere de l'esprit au point de naitre avec une
conscience voisine de celIe du betail »), d'ou la valeur de
signe divin que ce refus, chez l'homme connu d'Augustin,
que l'on rie du Christ et de la religion qu'il sait etre la sienne.
M. Ribreau voit la «un raisonnement sans doute inspire du
recit evangelique de l'aveugle ne» (cf. Ioh. 9, 3). L'evocation
du morio defenseur du Christ parait davantage illustrer une
declaration de Paul comme : Dieu a choisi les choses folles du
monde pour confondre les sages,. les choses faibles du monde
pour confondre les fortes,. et il a choisi les choses viles du
monde et celles qu'on meprise, celles qui ne sont point pour
reduire a neant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glo-
rifle devant Dieu (I Cor. 1, 27-29). En tout cas, Ie rapproche-
ment du cas des moriones et des nouveau-nes, marques par
une infirmite provisoire, montre combien Augustin tient a la
pratique du bapteme pour tout etre humain, quels que soient
son age ou ses capacites physiques et intellectuelles.
Les moriones sont derechef evoques en Contra Iulianum,
III, 4, 10, pour illustrer, avec Ie cas des nouveau-nes, la
condition humaine marquee par Ie peche originel. Com me
476
NOTES COMPLEMENTAIRES
Ie resume M. Ribreau, nous voyons que, pour Augustin, its
« servent a prouver trois elements fondamentaux, auxquels les
pelagiens se sont opposes, de faon plus ou moins explicite:
l'universalite du peuple chretien, et partant la vanite d 'un
ideal de sagesse et de perfection en ce monde ; la gratuite de la
grace et la predestination; enfin Ie peche originel. Ainsi, face
a certains systemes dialectiques, comme celui de Celestius
ou de Julien, Augustin oppose une donnee de la vie concrete,
connue de tous, comme la periphrase sans cesse utili see, quos
moriones uulgo uoeant, Ie montre bien ».
BIBLIOGRAPHIE: P. CHANTRAINE, «f,I,(.o'1OO», Dietionnaire
etymologique de la langue greeque, Paris, 1968; «Morio»,
Dietionnaire des Antiquites greeques et romaines, vol. 7,
C. Daremberg et E. Saglio dir., Paris, 1877, col. 2005;
A. ERNOUT et A. MEILLET, «morus, a, urn», Dietionnaire
etymologique de la langue latine, Paris, 1959; «Morio,
onis», Thesaurus linguae latinae, vol. VIII, M, Leipzig,
1966, col. 1491 ; M. RIBREAU, «Quos uulgo moriones uoeant
(Contra Iulianum III, 4, 10): Ie traitement des moriones (debi-
les) dans les reuvres antipelagiennes d'Augustin », dans Studia
Patristiea, XLIX, Leuven, 2010, p. 335-339.
31. Le bapteme en langue punique: «salut»; I'eucharis-
tie: «vie» (I, 24, 34)
La «tradition ancienne et apostolique» (ex antiqua, ut exis-
timo, et Apostoliea tradition e) pourrait se fonder sur I'Ecriture
meme, par exemple Marc. 16, 16; Ioh. 3, 5 ; I Cor. 10, 16, mais
Augustin, plus loin, renvoie a d 'autres textes scripturaires.
Ainsi, la terminologie locale en usage est, pour Augustin,
une confirmation de la foi reue, comme I'Eglise en viendra a
Ie designer, un signe du sensus fidelium.
Noter qu'Augustin associe etroitement les deux sacrements
du bapteme et de l'eucharistie. Or la meme association revient
sous la plume du pape INNOCENT ler, dans sa Lettre (Ep. 182,
5, PL 33, 785) du 27 janvier 417 au primat de Numidie
Sylvain pour tous les eveques qui avaient avec lui condamne
477
NOTES COMPLEMENTAIRES
les pelagiens en 416: «Illud uero quod eos uestra fraternitas
asserit praedicare: paruulos aeternae uitae praemis etiam
sine baptismatis gratia posse donari, perfatuum est. Nisi enim
manducauerint carnem Filii hominis et biberint sanguinem
eius non habebut uitam in semetipsis (cf. Ioh. 6, 54).»
En III, 4, 8, Augustin souligne l'unite essentielle entre Ie
sacrement salus et son donateur, Jesus lui-meme (comme
l'eveque l'avait magistralement enseigne contre les Donatistes)
dont Ie nom hebreu se traduit «Dieu sauve»: «ad Iesum, hoc
est ad saluatorem et ad medicum Christum, piis gestantium
manibus ferri ».
BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, «Baptismus paruulorum»,
Augustinus-Lexikon, vol. 1, fasc. 4, col. 592-602.
32. Les motifs de l'lncarnation et Ie bapteme
En I, 23, 33, Augustin pose la question: «Pourquoi» Ie
Christ est-il venu «sauver (les tout-petits) s'il n'y a pas en eux
la maladie du peche? Pourquoi une redemption si, de par l'ori-
gine du premier homme, ils n'ont pas ete vendus au peche?»
C'est en effet la question essentielle au sens meme du bapteme
confere aux petits enfants. La reponse est fondamentalement
scripturaire (ici renvoi a Rom. 7, 14).
Aussi Augustin s'engage-t-il dans l'examen des motifs
de l'incarnation du Verbe fournis par la Revelation jusqu'a
annoncer tout un catalogue de «temoins» (testimonia). En
I, 26, 39, de maniere saisissante, il recapitule ces motifs par
les images precisement bibliques de l'reuvre du Christ: «pour
nulle autre raison que pour sauver (les humains), les liberer,
les racheter, les illuminer, eux qui auparavant se trouvaient
etablis dans la mort nee des peches, les maladies, l'esclavage,
les tenebres, au pouvoir du diable». Or ce sont les images
reprises par la liturgie baptismale.
A. titre de comparaison, nous les retrouvons deux siecles
plus tot, chez un chretien de langue grecque, MELITON
DE SARDES, dans sa celebre Homelie sur la Paque (n° 46-
71). Suite au peche d'Adam l'homme herite de lui la mort
478
NOTES COMPLEMENTAIRES
«et du Christ Ia vie. Le peche a imprime dans chaque ame
sa trace» (SC 123, p. 90). Mais Ie Christ, par Ie bapteme,
opere Ie passage et Ia transformation de I 'homme: outO
Eotlv 0 QuoaJ.1Evo i] EX OOUA.E(a El EA.EU8EQ(av, EX
o)(,6tou El <t><i>, EX 8avatou El OOTJv, EX tUQavv(oo EL
aOLA.E(av aloovLav (SC 123, p.96-98). Voir aussi IRENEE,
Aduersus haereses, V, 1, 3.
33. La constitution de catalogues de textes bibliques
comme testimonia: une pratique bien etablie depuis Ie
III e s. (I, 27, 40-54)
Le rassemblement de textes bibliques est une pratique tres
ancienne dans l'Eglise. Celle-ci, des ses debuts, a poursuivi
la un usage de l'enseignement juif, mais avec une perspective
nouvelle: manifester que Jesus de Nazareth avait incame la
realisation des promesses divines transmises par la Loi et les
Prophetes. Saint Luc rapporte comment Ie Christ ressuscite
passe en revue les Ecritures pour ouvrir Ie creur de deux dis-
ciples a la foi en cette realisation (cf. Luc. 24, 22-27 et 24,
44-47). Le Nouveau Testament tout entier inaugure une «tra-
dition testimoniale» (1. DANIELOU, Etudes d'exegese judeo-
chretienne...) dans laquelle l'Ecriture entiere est interpretee
a la lumiere de la Passion et de la Resurrection de Jesus.
Cependant, une evolution se dessine a partir du HIe s.: des
theologiens chretiens constituent des dossiers scripturaires
embrassant desormais l'un et l'autre Testament pour refuter
des interpretations jugees deviantes de la Revelation. Les pre-
miers auteurs connus sont NOVATIEN (De Trinitate, 29, vers
235, avec un catalogue de 14 passages) et surtout CYPRIEN dans
ses Testimonia ad Quirinum, dont Ie seul livre III presente
66 extraits d'Epitres. Comme l'avance M. G. MARA, Paolo di
Tarso e it suo epistolario..., p. 21, «la raison pour laquelle la
catechese de Cyprien se presente comme un tissu de citations
bibliques est a rechercher peut-etre dans la possibilite qu'il y
avait d'utiliser des groupes de citations preparees par themes
ou convergence sur des mots-cles du christianisme».
479
NOTES COMPLEMENTAIRES
Augustin apparait bien ici comme un continuateur de
l'eveque de Carthage. II a d'abord reuni un florilege biblique
contre les donatistes (en 405, dans son Ad Catholicos contra
Donatistas, repris par les eveques catholiques a la Conference
de 411). Mais les adversaires, eux aussi, avancent leur pro-
pre catalogue, ainsi les donatistes Parmenianus, successeur
de Donat, puis Emeritus en 411; ainsi Caelestius dans la
seconde partie de ce traite dont Augustin reoit connaissance
en 414 par un Hilaire de Syracuse (il cite ces testimonia en
De perfectione iustitiae hominis, 9, 20-10, 22 et 19, 40-42).
Aussi en vient-il, apres une phase de commentaire suivi d'une
section d'epitre paulinienne (Rom. 5, 12-21 en Pecc. mer. I,
10, 12 - 15, 20), puis d'examens de versets isoles, a offrir a
Marcellinus un long florilege de 22 passages differents du
Nouveau Testament. La part preponderante qu'y occupe saint
Paul est clairement justifiee: «II a eu un souci plus attentif de
faire valoir la grace de Dieu a ceux qui se glorifient de leurs
reuvres et qui, ignorant la justice de Dieu et voulant etablir
leur propre justice, n'etaient pas soumis a la justice de Dieu
(cf. Rom. 10, 3). »
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et
interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes,
Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 126; 1. DANIELOU, Etudes
d'exegese judeo-chretienne: les testimonia, Theologie histo-
rique 5, Paris, 1966; C. H. DODD, According to the Scriptures,
London, 1952, p. 28-60 ("testimonies") ; The Substructures of
New Testament Theology, London, 1965 ; E. LUPIERI, "II cielo
e it mio trono" Isaia 40, 12 e 66, 1 nella tradizione testimo-
niaria, Temi e Testi 28, Roma, 1980; M. G. MARA, Paolo
di Tarso e it suo epistolario. Ricerche storico-esegetiche,
L'Aquila, 1983, p.6-64 = chap. 1: Presenza del 'corpus'
paolino nella storia del cristianesimo dalIl al V secolo (cha-
pitre repris en partie dans «II significato storico-esegetico
dei commentari al corpus paolino dal Ivai V sec.», Annali di
storia dell'esegesi, 1, 1984, p. 59-74); G. DE PLINVAL, «Les
Testimonia de Celestius», NC 23, BA 21, p. 597.
480
NOTES COMPLEMENTAIRES
34. La Lettre aux Hebreux et Ie Canon de l'Ecriture.
Evolution d'Augustin (I, 27, SO)
A.-M. La Bonnardiere a montre certaines fluctuations
d'Augustin, caracteristiques des difficultes d'elaboration du
Canon rencontrees dans I'Occident latin. Dans la section du
De doctrina christiana redigee vers 400, Augustin classe
l'epitre parmi les lettres de Paul (De doctrina christiana, II, 8,
13). Mais la liste etablie par Ie concile de Carthage du 28 aoOt
397 (canon 36), connue ensuite comme l'Abrege d'Hippone,
ne lui donnait pas d'auteur connu (Breuiarum Hipponense,
canon 47 selon la Collectio Hispana, ed. C. Munier,
CCSL 149, Thrnhout, 1974, p. 340).
Vers 409-411, l'eveque d'Hippone cesse d'attribuer l'epitre
a Paul. Mais il se reconnait la d'une minorite car, vers 420, il
signale que l'attribution est discutee: «Epitre que la plupart
attribuent a l'apotre Paul bien que certains s 'y refusent» (De
Ciuitate Dei, XVI, 22). Et Pecc. mer. est deja Ie temoin de
cette discussion.
BIBLIOGRAPHIE: I. BOCHET, « Le canon des Ecritures,
la Septante et l'Itala», NC 11, BA 11/2, surtout p.510-516;
A.-M. LA BONNARDIERE, «L'Epitre aux Hebreux dans l'reu-
vre de saint Augustin», Revue des Etudes augustiniennes, 3,
1957, p. 137-162; A. LE BOULLUEC, «Le probleme de l'exten-
sion du canon des Ecritures aux premiers siecles », Recherches
de sciences religieuses, 92, 1, 2004, p. 45-87.
35. Le refus, par Augustin, d'un locus medius pour les
non-baptises morts en bas-age (I, 28, 55)
Ce «lieu intermediaire» est suppose par des chretiens du
debut du v e s. pour reduire Ie scandale intellectuel et moral
que constitue une condamnation totale des non-baptises morts
en bas-age, donc non responsables de fautes commises per-
sonnellement. II fait penser aux Limbes, terme qui n'apparait
qu'au XlII e s. (Albert Ie Grand, Thomas d'Aquin) sous l'ex-
pression limbus puerorum qui, chez Thomas, designe, non pas
un lieu, mais «l'etat psychologique 00 se trouvent les enfants
481
NOTES COMPLEMENTAIRES
morts sans bapteme» (F.-J. THONNARD, «Les "Limbes" des
enfants morts sans bapteme »). L'Eglise catholique l'a integre
dans son enseignement tout en maintenant la realite du lien
natif de tout homme, quel que soit son age, avec Ie peche
originel.
Le locus medius ne doit pas etre confondu avec I 'etat post
mortem des Justes de l'Ancienne Alliance. Augustin poursuit
ici la representation biblique de ceux-ci comme reposant
«dans Ie sein d'Abraham» (cf. De natura et origine animae,
IV, 16, 24).
A. l'age patristique, une recherche theologique est en
cours sur Ie sort des humains morts en bas-age non-baptises.
D'apres G. BOONER, «Baptismus...», col. 597, GREGOIRE DE
NAZIANZE, Oratio 40, 23, envisage l'existence d'un «troi-
sieme lieu» pour les bebes morts non-baptises. AMBROISE,
De Abraham, II, 84, PL 14, col. 497, avance une hypothese
equivalente: «Habeant tamen [paruuli] illam opertam poe-
narum immunitatem, nescio an habeant regni honorem.»
F. CA YRE, «Une retractation de saint Augustin... », a rappele
que la propre position du theologien africain a fluctue. Mais
ce fut en fonction des debats du temps. Vers 394-395, il veut
croire a une ponderation du jugement divin, en De lib. arb. III,
23, 66-67, CCSL 29, p. 314: «II n'y a pas a craindre qu'il ne
puisse y avoir une vie moyenne (uita media) entre Ie vice
et la vertu ni, de la part du juge, qu'il ne puisse y avoir une
decision moyenne (sententia iudicis media) entre Ie chatiment
et la recompense.» Ici, Augustin repond a des personnes qui
denoncent l'inanite de l'existence pour les humains morts en
bas-age au nom de la dignite de la responsabilite morale, qui
implique de pouvoir s'exercer afin d'etre sanction nee par Dieu
par recompense ou punition. Mais «il est, a coup sOr, inutile de
se poser des questions sur les merites de qui n'a rien merite»,
leur repond Ie theologien africain. Ayant traduit Ie passage a
contre-sens, A. CARPIN, Agostino e it problema dei bambini
morti senza it battesimo, p. 26-28, conclut qu'Augustin «nie
explicitement qu'il y ait un etat intermediaire entre la gloire et
482
NOTES COMPLEMENTAIRES
la condamnation» et pretend qu'il «demeure incertain sur Ie
destin effectif des bebes morts non-baptises».
Quinze ans plus tard, Augustin parait pourtant tres assure
d'une chose: il ne peut y avoir de troisieme lieu entre enfer
et paradis comme situation definitive des humains post mor-
tem. Sa certitude s 'appuie sur l'absence de revelation, par
l'Ecriture, d'un tel «lieu». Est-ce Ie signe d'un changement
d'opinion? En realite, l'eveque affronte cette fois une autre
problematique, introduite par Caelestius, puis Pelage, qui
soutiennent que les humains morts non-baptises en bas-age
vont dans un locus medius, parce qu'ils sont indemnes de tout
peche, y compris du peche originel.
II lui arrive neanmoins de ne pas cacher son embarras au
regard de la defense de la justice divine, et precisement a pro-
pos des etres morts non-baptises en bas-age, donc innocents
de fautes personnelles. Un adversaire comme Pelage avouait
lui aussi son propre embarras. En 418, Augustin rapporte (De
gratia Christi et peccato originali, II, 21, 23) ce que Pelage,
d'apres certains, repond d'ordinaire a qui l'interroge sur Ie
sujet: «Pour ce qui est des petits enfants morts sans avoir ete
baptises, je sais ou ils ne vont pas; mais ou ils vont, je ne Ie
sais pas.» II semblait bien par la se refuser a l'hypothese de
l'enfer pour ces tout-petits.
A. la suite de quoi, Augustin consulte Jerome: «Dis-moi, je
t'en prie, ce que je dois enseigner (.. .). Quelle est cette sorte
de justice qui fait que tant de milliers d'ames seraient dam-
nees parce qu'elles auraient quitte leur corps en etant mortes
dans l'enfance sans la grace du sacrement chretien (...) alors
que [Dieu] savait certainement que chacune d'entre elles, sans
avoir commis de faute, a quitte son corps sans Ie bapteme du
Christ?» (Lettre 166, 10). Mais Jerome n'a jamais repondu a
Augustin.
Le Concile de Carthage de 418 rejette l'hypothese d'un locus
medius: «Item placuit ut si quis dicit ideo dixisse Dominum:
In domo Patris mei mansiones multae sunt (Ioh. 14, 2), ut
intellegatur quia in regno caelorum erit aliquis medius aut
483
NOTES COMPLEMENTAIRES
ullus alicubi locus ubi beate uiuant paruuli qui sine baptismo
ex hac uita migrarunt, sine quo in regno caelorum quod est
uita aeterna intrare non possunt, anathema sit» (canon 3,
CCSL 149, p. 70). Suit aussitot la citation de Ioh. 3, 5 puis l'al-
lusion a Matth. 25 (Qui enim dextera caret, sinistram procul
dubio partem incurrit). L'evocation d'un recours de certains
a Ioh. 14, 2 est-elle a mettre en rapport avec Ie second livre
du memoire de Vincentius Victor, hostile a Augustin quoique
non pelagien, auquel ce dernier repondit en Ie citant dans son
De natura et origine animae? Victor invoque explicitement
Ioh. 14, 2 contre Augustin pour soutenir que, a l'instar du
larron repentant mort non-baptise, les tout-petits peuvent etre
pardonnes des «peches originels» (sic) et acceder au paradis,
mais pas au royaume des cieux a cause de l'exigence de Jesus
rapportee en Ioh. 3, 5 (cite en De nat. et orig. an. II, 10, 14).
En ce cas, comme 1'0uvrage date du printemps ou du debut de
l'ete 419, il Y aurait la un argument en faveur de l'ajout poste-
rieur de ce canon aux Actes du concile de 418.
BIBLIOGRAPHIE: A. CARPIN, Agostino e it problema dei
bambini morti senza it battesimo, Sacra doctrina, 5, 2005,
p. 25-42; G. BONNER, « Baptismus paruulorum», Augustinus-
Lexikon, vol. 1, col. 595-598; F. CAYRE, «Une retractation de
saint Augustin. Les enfants morts sans bapteme», Recherches
de theologie ancienne et medievale, 21, 1954, p. 131-143;
G. DE PLINV AL, «Le probleme du salut des infideles et des
enfants», NC 31, BA 21, p. 601-604; F.-J. THONNARD, «Les
"Limbes" des enfants morts sans bapteme», NC 34, BA 22,
p.779-782.
36. Le parallele «Ies fils d'Eve -Ie fils de Marie» (I, 28, 56)
Augustin dresse un tableau compare, terme a terme, de la
Chute (cf. Gen. 3, 1-6) et du relevement des hommes (cf. Luc. 1,
26-38): «Tous les fils de la femme qui a cru Ie serpentjusqu'A
etre corrompue par la concupiscence ne sont liberes de ce
484
NOTES COMPLEMENTAIRES
corps de mort (cf. Rom. 7, 24b) que par Ie fils de la vierge qui
acru l'angejusqu'aetre fecondee sans concupiscence» (omnes
filios mulieris quae serpenti credidit ut libidine corrumpere-
tur, non liberari a corpore mortis huius nisi per filium uirginis
quae angelo credidit ut sine libidine fetaretur). L'humanite
laissee a elle-meme, ce sont les «fils d'Eve» qu'evoquait deja
un passage des Confessions: «Quousquam uolues Euae filios
in mare magnum et formidulosum» (Con! I, 16, 25, BA 13,
p. 316).
Dans Pecc. mer., la pointe de la comparaison reside
cependant non tant dans Ie contraste entre les deux femmes
que dans l'exception salvatrice constituee par la maternite
virginale de Marie. N. CIPRIANI, «Un'altra 'traccia delI'Am-
brosiaster. .. », releve a ce propos les parentes litteraires entre
I'Ambrosiaster et Pecc. mer. Le premier et plus ancien auteur
ecrit: «Db hoc Deus filium suum misit in similitudinem car-
nis peccati (cf. Rom. 8, 3). Haec est similitudo carnis, quia
quamuis eadem caro sit quae et nostra, non tamen ita facta in
utero est et nata est sicut et caro nostra; est enim sanctificata
in utero et nata sine peccato et neque ipse in ilIa peccauit»
(Ad Romanos, 8, 3, CSEL 80/1, p. 255), tandis que nous lisons
en Pecc. mer. II, 36, 59: «.. .Excepta una similitudine carnis
peccati (cf. Rom. 8, 3), quia tamen non esset nisi esset caro
peccati (cf. Rom. 8, 3).» Comparer de meme Ad Romanos, 7,
5, p. 217: «Sine complexu uiri uirginem peperisse» et Pecc.
mer. I, 29, 58: «Sine uirili complexu ... uirgo concepit. » Le
contraste Eve-Marie de Pecc. mer. I, 28, 56 figure aussi dans
Ie commentaire de I'AMBROSIASTER, Ad Colosenses, 1, 18,
CSEL 81/3, p. 173. Voir plus loin les NC 60 et 62.
BIBLIOGRAPHIE: N. CIPRIANI, « Un'altra traccia dell'
Ambrosiaster. De Peccatorum Meritis et Remissione II 36, 58-
59», Augustinianum, 24, 1984, p. 515-525; AMBROSIASTER,
Commentarius in epistulas S. Pauli, H. G. Vogels ed.,
CSEL 80/1-3, Wien, 1966-1969.
485
NOTES COMPLEMENTAIRES
37. Le «bien du mariage» (bonum coniugii) dans Pecc.
mer. et Ie De bono coniugali (I, 29, 57)
Dans cette section de Pecc. mer., Augustin renvoie ses
lecteurs au De bono coniugali parce qu'il y a traite «beau-
coup plus longuement et plus completement» (multo uberius
et multo sufficientius) la question de l'attitude chretienne face
a la concupiscentia ou libido comme force de desir issue du
peche originel. II renvoie aussi a son De sancta uirginitate. De
fait les deux ouvrages ont ete composes l'un juste apres l'autre,
a partir de la fin 403. Toutefois, P.-M. HOMBERT, Nouvelles
recherches. . ., p. 113-116, avance de maniere convaincante
que des retouches leur ont ete apportees precisement apres
411-412. II s'appuie sur des indices de combat antipelagien
dans les deux premieres pages du De bono coniugali et dans
la premiere page et la finale du De sancta uirginitate.
Hombert releve des paralleles entre De bono coni. 2, 2 et
De Gen. ad litt. IX, 3, 6-7 sur la mort physique non ineluctable
avant Ie peche d'Adam. Or c'est en De Gen. ad litt. IX, 7, 12
qu'Augustin dit avoir publie recemment Ie De bono coniugali.
Et Ie parallele vaut aussi pour Pecc. mer. I, 3, 3, avec meme
renvoi a Deut. 29, 5 (Dieu a bien perm is que les vetements et
les chaussures des Hebreux ne s 'usent pas pendant les qua-
rante ans passes au desert).
Sans s'attarder sur Ie mariage, Pecc. mer. pose des bases
a la theologie developpee ensuite du fait des contestations
pelagiennes du peche originel et de la concupiscentia. Ainsi,
cette theologie du mariage est baptismale, comme Ie mon-
tre E. SCHMI'IT, Le mariage chretien dans l'reuvre de saint
Augustin. . . E. A. CLARK, « Adam's Only Companion. . . »,
estime qu'a dater de la controverse manicheenne puis pela-
gienne, l'eveque modifie sa conception du mariage en accen-
tuant les aspects physiologiques au detriment des facteurs
psychologiques. Ceci est contestable Quant a Pecc. mer., ici
en phase avec les grandes lignes du De bono coniugali par
son insistance sur la maitrise volontaire (bien en soi) par Ie
mariage de la concupiscentia (mal en soi). Par Ie soin que
486
NOTES COMPLEMENTAIRES
prend Augustin a unifier sa reponse aux diverses contestations
emises par Caelestius, il defend l'unite morale corps-ame vou-
lue par Ie Createur comme dignite et vocation ultime de tout
etre humain. Augustin se trouvait ainsi en quelque sorte «pre-
pare» a repondre aux objections d'un Julien d'Eclane, tenant
de la tradition stolcienne qui dissocie ame et corps et considere
la dimension physiologique comme ethiquement «neutre».
BIBLIOGRAPHIE: E. A. CLARK, «Adam's Only Companion.
Augustine and the Early Christian Debate on Marriage»,
Recherches augustiniennes, 21, 1986, p.139-1162;
H. CROUZEL, «La concupiscence charnelle dans Ie mariage
selon saint Augustin », Bulletin de litterature ecclesiastique,
88, 1987, p. 287-308; P. FREDRIKSEN, «Beyond the Body/Soul
Dichotomy. Augustine on Paul against the Manichees and
the Pelagians », Recherches augustiniennes, 23, Paris, 1988,
p. 87-114; P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de chrono-
logie augustinienne, Collection des Etudes augustiniennes,
Serie Antiquite 163, Paris, 2000, p. 113-116; E. SCHMI'IT, Le
mariage chretien dans l'reuvre de saint Augustin. Une theo-
logie baptismale de la vie conjugale, Paris, 1983, voir p. 183-
190; G. SFAMENI GASPARRO, «Concupiscenza e generazione.
Aspetti antropologici della dottrina agostiniana del peccato
originale», dans Congresso internazionale su S. Agostino
nel XVI centenario della conversione, Studia Ephemeridis
Augustinianum 24-26, Roma, 1986, vol. II, p. 225-255.
38. La sexualite, lieu d'experience sensible de la condition
humaine, blessee par. Ie peche originel (I, 16, 21 ; I, 29, 57 ;
II, 22, 36)
Le theme de la pudeur sexuelle dans l'reuvre d'Augustin
est examine par plusieurs chercheurs, mais avec un etonnant
oubli de Pecc. mer. Ainsi, E. MASU'ITI, II problema del corpo
in S. Agostino, cite, aussitot apres les Confessions, des ecrits
de la polemique ouverte avec Julien d'Eclane (Contra duas
ep. Pel., De nupt. et concup.) et De Ciu. Dei, XIV, 16-17; de
meme F.-J. THONNARD, NC 3, BA 23, com mente seulement
487
NOTES COMPLEMENTAIRES
Contra duas ep. Pel. I, 15, 31 - 17, 35, De nupt. et concup. I,
6, 7; I, 22, 24; II, 9, 22; II, 21, 36; II, 30, 52 et De Ciu. Dei,
XIV, 16-26. Pourtant, Pecc. mer. contient trois sections sur Ie
sujet: I, 16, 21 ; I, 29, 57 et II, 22, 36.
En Pecc. mer. I, 16, 21, analysant Ie recit biblique de la
desobeissance a Dieu des premiers humains (Gen. 3, 1-6),
Augustin se represente la prise de conscience honteuse, par
Adam, de sa nudite (Gen. 3, 7) a travers la decouverte d'une
erection non premeditee: «C'est alors que se manifesta ce
mouvement bestial, qui fait honte aux humains, qui Ie fit rou-
gir dans sa nudite », element pourtant absent du recit. Augustin
parle de «chatiment en retour» (poena reciproca): la deso-
beissance a leur Createur de l'ame des premiers humains a
entraine la desobeissance de leur corps a leur arne, qui devrait
pourtant gouverner celui-ci, et cela jusque dans l'ordre de
l'experience sexuelIe, autrement dit de l'amour impliquant au
plus haut point l'harmonie de l'etre humain tout entier (noter
en effet: «son corps [...] perdit la grace par laquelle it obeis-
sait de toute son ame entierement» (qua eius animae omni ex
parte oboediebat).
Certes, Augustin n'a cesse de rejeter (car non scripturaire)
la representation du peche des premiers humains comme une
faute d'ordre sexuel. Pour lui, Ie don aux humains d'organes
genitaux et l'exercice, en soi, d'une sexualite genitale est un
choix du Createur (cf. Pecc. mer. II, 22, 36: «Dieu leur avait
fait des membres, eux les ont rendus honteux »), donc une rea-
lite bonne et admirable. Voir aussi La Cite de Dieu, XXII, 24,
1: «La benediction que Dieu avait accordee avant Ie peche
en disant: "Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre"
(Gen. 1, 28), it n'a pas voulu la retirer apres Ie peche: it resta
donc dans la race condamnee, Ie don de la fecondite; et cette
admirable force des semences, et celIe plus admirable encore
qui les produit, force deposee et en quelque sorte tissee dans
les corps humains, Ie vice du peche n'a pu l'enlever.»
Mais l'eveque distingue entre Ie don divin et les conditions
reelles de son usage par les humains desormais tous marques
NOTES COMPLEMENTAIRES
par Ie peche originel. Or celui-ci a introduit en l'homme un
certain desordre, dont Augustin trouve la confession chez
Paul, particulierement en Rom. 7, evoque a la fin du livre I
a propos du mariage et de la sexualite: «Le mouvement
donc qui s'agite de faon desordonnee dans les membres de
ce corps de mort (Rom. 7, 23-24) et qui tente d'attirer tout
l'esprit qui reside en lui, qui ne s'eleve point quand l'esprit Ie
veut, ne s'arrete point quand l'esprit Ie veut, tel est Ie mal du
peche avec lequel nait tout homme» (I, 29, 57). Comme Ie
note avec justesse A. SOLIGNAC, «Les exces de l'intellectus
fidei... », p. 831, «ici l'interpretation depasse Ie sens imme-
diat des textes pauliniens, qui ne visent pas explicitement la
concupiscence sexuelle. Elle n'est pas cependant contraire au
sens global du texte ».
De la aussi Ie retour, en Pecc. mer. II, 22, 36, sur la
conscience humiliante, par les premiers humains, que leurs
organes genitaux echappent a leur controle. «Si libido il
y avait au paradis, celle-ci etait entierement soumise a la
volonte» (F.-J. THONNARD, p. 672). Remarquons cependant
qu'Augustin - tout comme ill'est sur la nature du peche origi-
nel, voir la NC 10 - reste volontairement imprecis sur la nature
des pulsions touchant les zones genitales : «Aujourd'hui (nunc)
je ne sais quelle faiblesse (nescio qua infirmitate) l'empeche
d'obtenir que ses membres ne soient pas ebranles quand elle
ne Ie veut pas et qu'ils Ie soient quand elle Ie veut»; de meme
pour la nature de la pudeur: «Avec un certain sentiment de
confusion et de gene» (cum sensu quodam confusionis et
molestiae suae), qu'il nomme meme une «pudeur naturelle»
(naturali uerecundia). L'eveque prend aussi soin de qualifier
la concupiscentia qui habite l'homme de «peche en tant que
chatiment du peche» (sic est autem hoc peccatum ut sit poena
peccati), formule deroutante sur laquelle il ne s'explique mal-
heureusement pas.
D'apres A. SOLIGNAC, «Les exces de l'intellectus fidei... »,
p. 832-835, ce serait en II, 24, 38 (en realite aussi en I, 28, 56
- 29, 57) que, pour la premiere fois, Augustin donne, a travers
489
NOTES COMPLEMENTAIRES
Ie caractere impulsif de la sexualite humaine, une autre
explication du mode de transmission du peche originel que
celIe qu'il fournissait jusque-Ia, a savoir la recapitulation en
Adam de la nature humaine perpetuee chez chaque individu.
Mais Solignac releve que Pecc. mer. designe comme vecteur
de la transmission la «desobeissance de la chair» ou «loi de
desobeissance», et pas la «convoitise de la chair» qui sera
ensuite Ie terme habituel. En fait, bien avant 411, Augustin
decelait la condition pecheresse universelle notamment dans
les dereglements de la sexualite, mais Pecc. mer. appuie la
conviction sur des passages bibliques recurrents, surtout de
Jean et Paul (cf. Rom. 6, 12 qui apparait trois fois dans Ie
livre II). A. SOLIGNAC, «Les exces de l'intellectus fidei... »,
p. 831, note: «La conception de la sexualite comme soustraite
au libre-arbitre, Augustin la deduit de Rom. 6, 12-13.»
BIBLIOGRAPHIE: P. F. BEATRICE, Tradux peccati. Alle fonti
della dottrina agostiniana del peccato originale, Studia
Patristica Mediolanensia 8, Milano, 1978; A. DE VEER, «La
concupiscence», NC 24, BA 24, p. 744-747; E. MASU'ITI,
II problema del corpo in S. Agostino, Roma, 1989 ;
A. SOLIGNAC, «Libido et consuetudo d'apres Augustin»,
NC 3 du livre VIII des Confessions, BA 14, p. 537-542; 10.,
«Les exces de l'intellectus fidei dans la doctrine d'Augustin
sur la graCe», Nouvelle revue theologique, 110, 1988, p. 825-
849; F.-J. THONNARD, «Pudeur, revolte des sens et lois psy-
chologiques », NC 3, BA 23, p. 671-675 ; «La morale conjugale
selon saint Augustin », NC 5, BA 23, p. 683-685.
39. L'unite de la personne du Christ, condition de I'unifi.
cation de I'etre humain et de son salut
Le volumineux dossier biblique expose en I, 26, 39 - 28, 56
etait deja centre sur Ie Christ. De la, comment la meditation
d'Augustin sur Ie sens profond du bapteme comme sacrement
indispensable a tous les age Ie conduit-elle a aborder Ie dialo-
gue entre Jesus et Nicodeme (Ioh. 3, 1-21)? A. cause de Ioh. 3,
5, parce que ce verset etait visiblement au centre du debat
490
NOTES COMPLEMENTAIRES
ouvert en Afrique par Caelestius. En I, 30, 58, Augustin rap-
porte l'interpretation restrictive qu'en donnent les objecteurs:
Ie Christ ne declarant pas ceux qui meurent non-baptises
prives de vie et de salut eternels, mais seulement du royaume
de Dieu et les tout-petits etant exempts de toute culpabilite, Ie
bapteme ne leur est necessaire que pour l'acces au royaume.
L'eveque en appelle alors a une analyse «plus attentive»
(scrutemur diligentius) de toute la scene evangelique, l'ipsum
euangelii capitulum, de «l'entourage meme tout entier» du
seul texte (lectio) de Ioh. 3, 5: «totam ipsam circumstantiam
euangelicae lectionis (...) uideamus».
Mene en I, 31, 60 apres citation in extenso de Ioh. 3, 1-21
en I, 30, 59, cet examen fait apparaitre que l'acces au Ciel
n'est possible aux humains que par la mediation de Dieu-
fait-homme: «Nul, dit-il, n'est monte au ciel hormis celui
qui est descendu du ciel: Ie fils de l'homme, qui est dans Ie
ciel (Ioh. 3, 13).» Le theme du «celeste» attire alors a lui
I Cor. 15: «C'est ainsi, dit-il, que se fera la generation spiri-
tuelle (cf. Ioh. 3,6.8) de faon que les hommes soient celestes,
de terrestres qu'ils etaient (cf. I Cor. 15,45).» Augustin renoue
ainsi avec Ie debut du livre I et relie pertinemment sa reponse
a l'affirmation de Caelestius que Ie corps humain meurt par
pure necessite naturelle et sa reponse, plus longue encore, aux
diverses contestations de la theologie baptismale de l'Eglise
appliquee aux tout-petits.
«Si donc tous ne se rassemblent pas dans I 'unite du Christ
(...) ils ne pourront absolument pas monter.» L'unite du
Christ, ici bien affirmee, est «l'unite de la personne, par quoi
avec l'une et l'autre substance [divine et humaine] il est Ie seul
Christ» (per unitatem uero personae qua utraque substantia
unus Christus est). Mais elle est telle pour Ie salut des hom-
mes, comme unite que l'homme Jesus a lui-meme voulu de
son Eglise en lui, puisqu'il en est et Ie Corps et la tete, selon
l'enseignement repris a saint Paul: Ne considerant pas son
corps, c'est-a-dire l'Eglise, comme autre chose que son corps
parce que c'est du Christ et de l'Eglise que l'on comprend Ie
491
NOTES COMPLEMENTAIRES
plus justement: lis seront deux en une seule chair (cf. Eph. 5,
29-32 qui contient la citation de Gen. 2, 24), verite dont il a dit
lui-meme: lis ne sont done plus deux, mais une seule chair
(Matth. 19, 6 comment ant Gen. 2, 17.24). Voir ici E. FRANZ,
"Totus Christus". Studien uber Christus und die Kirche bei
Augustin, Bonn, 1956.
Comme Ie signale B. STUDER, « Le Christ, notre justice. . . »,
p. 311, n. 291, «il est remarquable que Ie developpement de
la doctrine sur l'unite personnelle du Christ cOIncide avec Ie
debut de la controverse pelagienne». Ecrite dans Ie sillage
meme de Pecc. mer., la Lettre 140 a Honoratus insistera sur
Ie fait que c'est l'homme Jesus qui nous a revele la grace du
Nouveau Testament (5).
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et
inter prete de saint Paul, Collection des Etudes augustinien-
nes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 238-243 (centralite du
Christ dans Ie dossier scripturaire), p. 190-191 et p. 248-250
(unite du Christ); B. STUDER, «Le Christ, notre justice, selon
saint Augustin, Dominus Salva tor. Studien zur Christologie
und Exegese der Kirchenvater», Studia Anselmiana, 107,
1992, en part. p. 311-319; F.-J. THONNARD, «L'Unique media-
teur, l'homme Christ-Jesus», NC 17, BA 22, p. 729-732.
40. Le libellus breuissimus (I, 34, 63); traces de I'ecrit de
Caelestius dans Ie De peccatorum meritis et remissione
C'est en Pecc. mer. I, 34, 63 qu'Augustin fait pour la pre-
miere fois mention d'un ecrit en circulation en Afrique, un
«tres court opuscule» dont l'auteur ad met que Ie bapteme
confere Ie rachat aux tout-petits: «Vt eis sit necessarius,
redemptionem etiam ipsis opus esse concedunt sicut cuius-
dam eorum libello breuissimo continetur», meme s'il n'a pas
voulu aller jusqu'a parler de «pardon de quelque peche que
ce soit» (qui tamen ibi remissionem alicuius peccati apertius
exprimere noluit).
Or telle est la concession que Caelestius venait de faire
devant la commission d'eveques reunie sur plainte de Paulin
492
NOTES COMPLEMENTAIRES
de Milan. Augustin signale cela fin 414 dans sa Lettre (157)
au syracusain Hilaire (III, 22: «II s'est vu oblige de recon-
naitre qu'il faut baptiser les enfants parce que, pour eux aussi,
une redemption est necessaire. Bien qu'il n'ait rien voulu dire
de plus formel au sujet du peche originel, il ne s'en est pas
moins fortement engage par ce mot meme de "redemption" »).
Puis, en 418, reproduisant des extraits des Actes de la compa-
rution de Caelestius, il signale que Caelestius produisit alors
un libellus resumant ses positions (De gratia Christi et de
peccato originali, II, 19, 21, CSEL 42, p. 181 : «Et Caelestius
apud Carthaginem in libello suo redemptionem confessus est
paruulorum, et tamen noluit confiteri ex Adam in eos transisse
peccatum» ; ide dans la Lettre 175, 6, CSEL 44, p. 661 : «Per
baptismum Christi etiam paruulorum fieri redemptionem
libello suo Caelestius in Carthaginensi ecclesia iam confessus
est »). Le libellus breuissimus communique a son ami par
Marcellinus est donc ce libellus redige par Caelestius.
Quels extra its du libellus Augustin cite-t-il dans Pecc.
mer.?
II dit avoir cherche a repondre de son mieux aux objections
ou contestations qu'il a apprises. Mais, quant a ses sources
ecrites, il ne precise jamais, selon les cas, a laquelle des deux
(Ie libellus ou Ie liber signale en I, 34, 64) il repond. Dans
la mesure ou l'on constate des affinites, voire des similitudes
entre bien des citations d'objecteurs dans Pecc. mer. et Ie
Liber de fide de Rufin Ie Syrien (voir NC 44), ces citations ont
tout lieu de renvoyer au liber, les autres provenant sans doute
du seullibellus.
En voici la liste :
- En I, 2, 2: «Adam a ete cree de faon a mourir, meme
sans Ie salaire du peche, non pour expier une faute, mais selon
l'inevitable contrainte d'une loi naturelle», en comprenant
Le jour ou vous aurez mange (de ce fruit) vous connaitrez
la mort (Gen. 2, 17) comme visant la mort de l'ame, au sens
de Matth. 8, 22.; Luc. 9, 60 (Laisse les morts ensevelir les
morts ).
493
NOTES COMPLEMENTAIRES
- En I, 9, 9, Augustin: «lIs refusent aussi d'admettre
que chez les tout-petits est efface par Ie bapteme Ie peche
originel, qu'ils pretendent absolument inexistant chez les
nouveau-nes. »
- En 1, 34, 63, Augustin: « lIs admettent maintenant,
comme tu Ie dis, que meme chez les petits enfants Ie pardon
des peches peut etre opere par Ie bapteme; et ce n'est pas
etonnant car la redemption ne saurait etre comprise autrement.
"Cependant, ce n'est pas a titre originel, disent-ils, mais dans
leur vie personnelle que, des leur naissance, ils ont commence
a avoir Ie peche." »
- En II, 2, 2, Augustin: «II est en effet des hommes assez
presomptueux du libre arbitre de la volonte humaine pour
croire que nous n'avons pas besoin d'etre aides par Dieu a ne
pas pecher du moment qu'a notre nature meme a ete une fois
pour toutes accorde l'arbitrage d'une volonte libre» (resume et
critique d'une position, mais non pas citation).
- En II, 3, 3, Augustin: «lIs s'imaginent avancer un argu-
ment percutant en disant que, si nous ne voulons pas pecher,
nous ne pechons pas, et que Dieu ne commanderait pas a
l'homme ce qui serait impossible a la volonte humaine. »
- En II, 5, 6, contre «ceux qui, tout en reconnaissant
qu'ils n'ont pas la justice ou qu'ils ne l'ont pas pleinement»,
neanmoins «disent que, du moment que nous avons une fois
reu Ie pouvoir d'exercer notre libre volonte, nous n'avons pas
a prier pour que Dieu nous aide a ne pas pecher».
- En II, 9, 11: «(lIs) disent: "Si un pecheur engendre un
pecheur et que son enfant soit delie de la culpabilite du peche
originel par la reception du bapteme, un juste devrait aussi
engendrer un juste." »
- En II, 15, 22: «"Mais, objectent-ils, Ie Seigneur dit:
Soyez parfaits comme votre Pere celeste est parfait (Matth. 5,
48); or il ne ferait pas ce commandement s'il savait que ce
qu'il commande est impossible." »
- En II, 16, 23: «"Pourquoi donc, objectent-ils, Dieu
ordonne-t-il ce qu'il sait qu'aucun homme ne fera 1"»
494
NOTES COMPLEMENTAIRES
- En II, 16, 24: «"Mais, voyez, objectent-t-ils, l'ApOtre
dit: J'ai combattu Ie bon combat, j'ai acheve ma course,
j'ai garde laloi,. it ne me reste qu'a recevoir la couronne de
justice (II Tim. 4, 7-8); et il ne dirait pas cela, s'il avait Ie
moindre peche." »
- En II, 17, 29: «Toute la bonne volonte que I'homme pos-
sede doit etre attribuee a Dieu pour la simple raison qu'elle
aussi ne pourrait exister en l'homme si lui-meme n'existait
pas; or, puisqu'il tient de Dieu seul son existence et son
humanite, pourquoi ne pas encore attribuer au Dieu createur
toute la bonne volonte qui est en lui, laquelle n'existerait pas si
elle ne trouvait oil exister?»
- En II, 30, 49 a propos de «ceux qui disent: "Si Ie peche
du premier horn me nous a valu la mort, la venue du Christ
devrait nous valoir de ne pas mourir quand nous croyons en
luin, et qui ajoutent en guise d'explication: "La transgression
d'un prevaricateur ne peut, en effet, nous avoir nui davantage
que ne nous ont servi l'incarnation et la redemption d'un
sauveur." »
- En II, 36, 58, reprise de I, 34, 63, Augustin: «Ce n'est
pas une mince concession a l'autorite et a la verite des divi-
nes Ecritures qu'ont faite ces gens qui, meme s'ils n'ont pas
voulu exprimer clairement dans leurs ecrits que Ie pardon
des peches etait necessaire aux petits enfants, ont cependant
reconnu qu'ils avaient besoin de la redemption.»
41. Caelestius et ses ecrits
Comme c'est souvent Ie cas, dans l'Antiquite, pour des
hommes condamnes par I 'Eglise pour heresie, les informa-
tions conservees sur Caelestius proviennent d'adversaires
contemporains ou posterieurs: outre Augustin, JEROME,
Aduersus Pelagianos; MARIUS MERCATOR, Commonitorium
super nomine Caelestii, ACO, 1, 5; GENNADE, De uiris illus-
tribus. Issu d'une famille noble, mais dont nous ignorons Ie
pays de residence, il fait des etudes de droit et para!t ensuite
tente par la vie monastique. Deux rencontres sont pour lui
495
NOTES COMPLEMENTAIRES
decisives: celle de Pelage, en 390 sinon plus tot; celle du
pretre Rufin, a Rome, vers 399, qui Ie convainc de nier une
transmission hereditaire (tradux) du peche d'Adam. Suite a
son sejour africain et au rejet de sa candidature au sacerdoce
a cause de differends theologiques, il annonce qu'il va faire
appel a Rome, mais part pour l'Orient et s'etablit a Ephese,
ou il parvient a se faire ordonner en 415. Une protestation
des eveques d'Afrique envoyee a Rome apres la relaxe de
Pelage a Diospolis/Lydda (20 decembre 415) conduit Ie pape
Innocent ler a excommunier Pelage et Caelestius Ie 24 janvier
417. Mais son successeur, Zozime, leve la sentence au vu de
deux plaidoyers (un Libellus appellationis et un Libellus fidei)
produits par Caelestius. L'episcopat africain adresse alors au
pape les motifs theologiques de ses accusations et fait pres-
sion sur la Cour, en sorte que les deux hommes sont a nouveau
condamnes, a la fois par une constitution imperiale (30 avril
418), par un concile reuni a Carthage (l er mai) et par Zozime
lui-meme (Tractoria envoyee a toutes les Eglises), Caelestius
ayant quitte Rome. Malgre une tentative de reexamen sous
Celestin (422-432), l'affaire est close. En 428-429, Caelestius
tente une rehabilitation a Constantinople, mais elle echoue:
renseignements pris aupres de Rome par l'eveque Nestorius et
suite aux accusations presentees a l'empereur Theodose II par
Marius Mercator, Caelestius est banni de la ville. La condam-
nation de Pelage, Caelestius, Julien d'Eclane et d'autres
eveques au concile d'Ephese (431) est communiquee a Rome,
apres quoi nous perdons toute trace de Caelestius.
Quels ecrits peuvent lui etre attribues ?
D'apres GENNADE (De uiris illustribus, 45), Ie jeune
Caelestius a envoye a ses parents des lettres (libelli) d'exhorta-
tion morale, perdues depuis. L'anonyme Praedestinatus (dans
l'edition critique de F. GORI, CCSL 25B, Ie texte est inclus
dans les ecrits d'Arnobe Ie Jeune, voir Y.-M. DUVAL, Revue
des Etudes augustiniennes, 47, 2001, p. 195-197) rapporte
qu'a Carthage, Paulin de Milan a denonce un (ou des) ecrits
de Caelestius. Pecc. mer. renvoie a un libellus breuissimus
496
NOTES COMPLEMENTAIRES
qui serait alors un compendium, par ce demier, de ses idees
maitresses, peut-etre retravaille pour sa comparution (voir
plus haut la NC 40). Le liber egalement mentionne et lu
par Augustin pourrait avoir ete un ecrit plus developpe de
Caelestius, original par endroits, presentant ailleurs des affi-
nites avec Ie Liber de fide de son inspirateur declare, Ie pretre
Rutin (voir la NC 44).
Nous avons vu qu'en 417, Caelestius a compose deux courts
plaidoyers devant Ie pape Zozime. Mais deux ans seulement
apres Pecc. mer., un courrier d'un Syracusain, Hilaire, deman-
dait a Augustin que repondre aux assertions que des chretiens
repandaient chez lui; or, comme la plupart correspondent a
des theses que Caelestius avait diffusees a Carthage, l'eveque,
dans sa reponse (Lettre 157, fin 414), souponne nommement
ce dernier d'etre de ceux qui troublent les fideles siciliens. II
avait vu juste puisque, peu apres, deux eveques espagnols,
Eutrope et Paul, lui envoient un ecrit attribue a Caelestius et
circulant en Sicile, presente comme des Definitiones, mais
«plutot des raisonnements», dit Augustin (uel potius ratioci-
nationes) qui veulent prouver que, s'il y a peche, c'est qu'il
peut etre evite, et que puisque Dieu veut que l'homme soit
sans peche, c'est qu'il peut parvenir a l'etre. Le De perfec-
tione iustitiae hominis (entre fin 414 et fin 415) est la reponse
d'Augustin, point a point, a cet ecrit qu'il ignorait jusqu'alors,
mais qu'il croit bien de Caelestius car il y a retrouve la ligne
de pen see d'un autre ecrit, lui, incontestablement de sa main
(cf. De pert iust. homo I, 1, CSEL 42, p. 3-4: «Neque istae
breues definitiones ... ab illius abhorrent ingenio quod in
opere alio eius inspexi, cuius eum esse constat auctorem »).
Par consequent, meme si «on est frappe du parallele entre (Ie)
deuxieme livre du De pecc. mer. et les principaux themes du
De perfectione iustitiae hominis» (P.-M. HOMBERT, Gloria
gratiae..., p. 165, n. 22), Ie liber lu par Augustin fin 411 ne
pouvait etre les Definitiones. L'hypothese de Hombert est
contredite par Ie temoignage d'Augustin qu'il avait lu «un
autre ouvrage», sans doute ce liber dont it avait choisi, en 411,
497
NOTES COMPLEMENTAIRES
de taire Ie nom de l'auteur. Mais, d'un autre cote, il serait utile
de« s'interroger sur Ie lien entre les Definitiones de Caelestius
et Ie De natura de Pelage, ecrit depuis plusieurs annees, et
qui traitait abondamment de l'impeccantia» (Gloria gratiae,
p. 164, n. 22). Mais R. DODARO, «Note on the Carthagianian
Debate over Sinlessness» doute que Caelestius ait soutenu
l'impeccantia.
Un ecrit fut produit a Diospolis contre Pelage, que l'accu-
sation attribuait a Caelestius, mais Ie moine reclama qu'on
verifiat qu'il eta it bien de la main de celui qui passait pour un
de ses disciples, ce qui ne fut pas fait. L'ouvrage ne fut meme
pas cite mot a mot dans les Actes du proces, et Augustin Ie
deplora. Comme pour Pelage, un grand flou demeure donc
sur la paternite des ecrits mis en cause a l'epoque. Au moins
cerne-t-on mieux aujourd'hui l'originalite et l'influence pro-
pre de Caelestius par rapport a Pelage, comme Ie souligne
W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 438-439.
BIBLIOGRAPHIE: R. DODARO, «Note on the Carthaginian
Debate over Sinlessness, A.D. 411-412 (Augustine, Pecc.
mer. 2.7.8-16.25)), Augustinianum, 40, 2000, p. 187-202;
W. DUNPHY, « A Lost Year: Pelagianism in Carthage,
411 A.D. », Augustinianum, 45, 2, 2005, p. 438-439;
P.-M. HOMBERT, Gloria gratiae. Se glorifier en Dieu, principe
et fin de la theologie augustinienne de la grace, Collection
des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 148, Paris, 1996;
M. LAMBERIGTS, « Celestius », dans Encyclopedie saint
Augustin, Paris, 2005, p. 210-211; H. VON SCHUBERT, Der
sogenannte Praedestinatus, Leipzig, 1903, p. 32-52.
42. Diversite des opinions des objecteurs sur bapteme des
bebes et pardon a Carthage en 411 (I, 17, 22; I, 19, 24; I,
25, 36; I, 34, 63)
Augustin con state , d'apres ses sources, que les objecteurs
ne sont pas d'accord entre eux sur la portee du bapteme des
hehes :
498
NOTES COMPLEMENTAIRES
- Pour certains, celui-ci ne remet aux tout-petits que leurs
peches personnels. Mais Ie simple bon sens suffit a debouter
ces absurdes «accusateurs de l'enfance» (cf. I, 17, 22).
- Pour d'autres, les tout-petits sont sans aucun peche: parce
que Jesus lui-meme aurait declare saint cet age (cf. I, 19, 24 et
l'exegese de Marc. 10, 14); parce qu'ils seraient illumines peu
apres leur naissance (cf. I, 25, 36 et l'exegese de Ioh. 1, 9). En
definitive, Ie bapteme ne leur confererait aucun pardon, mais
d'autres graces, telles que la creation spirituelle dans Ie Christ
(cf. I, 18, 23, developpement de Rom. 8, 17) ou la redemption
(cf. I, 34, 64), comme l'admet l'auteur du libellus breuissimus,
dont il y a tout lieu de penser que c'est Caelestius. Cependant
en 417 a Rome, devant Ie tribunal du Siege apostolique, «dans
son libelle qu'il a presente a la commission ecclesiastique, a
Rome, il a confesse que les enfants sont aussi baptises pour
Ie pardon des peches et it a nie qu'ils ont quelque peche ori-
ginel» (De gr. et pecc. or. I, 33, 36) + «Ie peche originel ne
lie aucun enfant» (II, 2, 2) + citation textuelle (II, 5, 5) du
libellus (reproduit dans les Actes romains).
II y avait donc en 411 en Afrique d'autres contradicteurs
que Caelestius de la theologie baptismale tradition nelle, pas
d'accord avec lui sur l'reuvre divine operee dans Ie bapteme
des tout-petits... mais dont il aurait fini, en 417, par rallier leur
conviction que, puisque tout bapteme comporte un pardon et
qu'il n'y pas de transmission du peche, ce sont donc des peches
personnels qui sont remis aux bebes lors de leur bapteme.
En II, 25, 45, Augustin croit relever une contradiction
interne dans Ie discours de certains objecteurs car, d'un
cote, ils admettent la necessite du bapteme, mais, de l'autre,
s'appuient sur I Cor. 7, 14 pour considerer qu'il n'y a pas lieu
de baptiser les enfants de baptises. Mais leur position est,
en fait, tres logique: I Cor. 7, 14 est pour eux la preuve que
les nouveau-nes de baptises ne sont pas baptises a leur tour
pour recevoir un pardon, mais pour d'autres motifs (3 sont
d'ailleurs sign ales plus haut, au livre I, par diverses citations:
499
NOTES COMPLEMENTAIRES
avoir part au royaume de Dieu, devenir coheritiers avec Ie
Christ, recevoir la redemption).
43. L'appui d' Augustin sur l'ipsa forma sacramenti (I, 34,
63)
En Pecc. mer. I, 25, 38, Augustin decrivait la mater ecclesia
pretant a ses petits enfants « son creur et sa bouche matemelle
pour qu'ils soient impregnes, imbus des saints mysteres car
ils ne peuvent pas encore, avec leur creur a eux, croire pour la
justice, ni avec leur bouche a eux confesser pour Ie salut». Le
texte est cite par THOMAS D'AQUIN, Summa Theologica, III,
q. 68, a. 9, ad 1m (cf. Rom. 10, 10).
V. GROSSI, « La formula credo (in) remissionem pec-
catorum...», p. 437, a bien mis en lumiere que Pecc. mer.
«synthetise Ie rapport entre bapteme-remission des peches
et Ie contenu de cette formule (scil.: credo (in) remissionem
peccatorum) qui est un article du symbole, aux debuts du
v e siecle». Augustin repondait ainsi a une question nouvelle
que soulevaient les declarations d'un Caelestius: si l'on portait
des petits enfants au bapteme pour un bain de regeneration
(Tit. 3, 5) par Ie pardon des peches, et que les gestes et paroles
employees par Ie rituel etaient vraiment efficaces, quelle faute
reelle etait alors pardon nee aces etres en bas-age?
Grossi renvoie pour cette synthese a Pecc. mer. I, 34, 63,
qui contient Ie rappel des rites d'exorcisme, de renonciation
au diable et de profession solennelle de la foi au pardon des
peches (credere inter cetera remissionem peccatorum). II
rappelle aussi l'insistance ancienne et constante avec laquelle
Augustin dit et ecrit que Ie pardon des peches prononce par
l'Eglise est total et plenier. Quand il composait Ie De agone
christiano, en 396-397, certains contestaient a l'Eglise Ie pou-
voir de pardonner tous les peches.
Pecc. mer. souligne que c'est du sacrement meme que
procede ce pouvoir: «Adtendere ac meminisse debemus
tantummodo peccatorum omnium plenam perfectamque
remissionem baptismo fieri» (II, 27, 44). Voir encore II, 7,
500
NOTES COMPLEMENTAIRES
9 (<< ex plena et perfecta remissione peccatorum ») et II, 28,
46 (<<ubi omnino plena et perfecta fit remissio peccatorum»).
Augustin reinvestit ainsi dans Ie nouveau defi que presen-
tent les objecteurs signales par Marcellinus les fruits de son
engagement face au defi donatiste, 00 etait en jeu l'efficacite
sacramentelle de I 'Eglise meme.
BIBLIOGRAPHIE: V. GROSSI, «La formula credo (in) remis-
sionem peccatorum agli inizi delle polemica pelagiana », dans
Studia Patristica, XIV, Berlin, 1976, p. 428-442.
44. Le liber lu par Augustin et Ie Liber de fide attribue a
Rutin Ie Syrien (I, 34, 64)
Rufin, auteur du Liber de fide
Alors que sa theologie a notablement influence les pre-
miers intellectuels du courant dit «pelagien », nous sommes
peu renseignes sur l'homme Iui-meme. A. C. DE VEER, «Le
pretre Rufinus», NC 11, BA 22, p. 704-711, recapitule les quel-
ques sources antiques a notre disposition, avant tout Augustin
(De peccato originali, 3, 3, CSEL 42, p. 168) et MARIUS
MERCATOR, Liber subn. in uerba Iuliani, Praef. 1, PL 48,
cot. 111.
Comme Ie degagent les recherches de G. BONNER,
«Rufinus of Syria and African Pelagian ism », Rufin est
tres probablement Ie moine pretre que Jerome envoya de
Bethleem a Rome sous Ie pontificat d'Anastase (399-402) et
qui sejourna dans la Ville jusque vers 409, hote d'un ami et
protecteur de Jerome, Pammachius. Marius Mercator Ie dit
natione Syrus, l'Occident appelant «Syrie» toute l'aire syro-
palestinienne, mais sans doute aussi du fait de ses emprunts a
Ia theologie antiochienne d 'un Theodore de Mopsueste (voir
H.-I. MARROU, «Les attaches orientales du pelagianisme »).
Rufin est l'auteur d'un Liber de fide (et non libellus fidei,
com me l'ecrit F. REFOULE, «Datation du premier concile de
Carthage »), compose pendant son sejour romaine L'ouvrage
reagit ala fois ala theologie origenienne (a la faon de Jerome)
et a la spiritualite d'Augustin issue de ses Confessions,
501
NOTES COMPLEMENTAIRES
celle-Ia meme qui provoqua une colere de Pelage vers 404-
405 (voir ici E. TESELLE, «Rufinus the Syrian, Caelestius,
Pelagius... », B. R. REES, The Letters of Pelagius, p. 9, n. 38,
et o. WERMELINGER, Rom und Pelagius).
Quasi tous les chercheurs ecartent une identification du
pretre Rufin avec Rufin d'Aquilee, mais W. DUNPHY annonce
dans «Marius Mercator on Rufinus the Syrian» qu'il va
publier la demonstration que Marius a fait de I'Aquilate un
Syrien parce que cela servait son projet de forger un lien en
heresie avec Theodore de Mopsueste. La question est ouverte
de l'identite du Rufin traducteur du Nouveau Testament (hor-
mis les evangiles) en Vulgate latine: l'Aquilate pour L. J. VAN
DER LOF, «The Man in the Shadow behind Pelagius», mais
la continuation du travail de Jerome par un de ses proches
est aussi plausible, et l'on sait Ie fruit tire par Pelage de
cette traduction. Comment par ailleurs voir dans l'hote de
Pammachius, que lui envoya son ami Jerome, l'ennemi et rival
bien connu de celui-ci ? Quant a l'hypothese d'un «troisieme»
Rufin, emise par H.-I. MARROU (<< Les attaches orientales »),
elle est aujourd'hui abandonnee.
BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, «Rufinus of Syria and
African Pelagianism», Augustinian Studies, 1, 1970, p.31-
47 et Augustine and Modern Research on Pelagianism,
Villanova, 1972, p. 19-31; A. C. DE VEER, «Le pretre
Rufinus», NC 11, BA 22, p. 704-711; W. DUNPHY, «Marius
Mercator on Rufinus the Syrian. Was Schwartz Mistaken?»,
Augustinianum, 33, 2, 2000, p. 279-288; H.-I. MARROU,
«Les attaches orientales du pelagianisme», Comptes rendus
des seances de l'Academie des Inscriptions et Belles-Lettres,
1968, p. 459-472, repris dans H.-I. MARROU, Patristique et
humanisme, Paris, 1976, p. 331-344; M. W. MILLER, Rufini
Presbyteri liber de fide. A Critical Text with Introduction
and Commentar, Patristic Studies 96, Washington, 1964 ;
B. R. REES, The Letters of Pelagius and his Followers,
Rochester, 1991; H. RONDET, «Rufin Ie Syrien et Ie Liber
de Fide», Augustiniana, 22, 1972, p. 531-539; E. TESELLE,
502
NOTES COMPLEMENTAIRES
«Rufinus the Syrian, Caelestius, Pelagius: Explorations in
the Prehistory of the Pelagian Controversy», Augustinian
Studies, 3, 1972, p. 61-95; L.J. VAN DER LOF, «The Man
in the Shadow behind Pelagius», dans Studia Patristica,
XV, Berlin, 1984, p. 247-254; O. WERMELINGER, Rom und
Pelagius. Die theologische Position der romischen Bischofe
im Pelagianischen Streit in den Jahren 411-432, Stuttgart,
1975, en part. p. 4-18 (affaire Caelestius) et p. 18-28 (compte
rendu de Marcellinus et interventions d'Augustin).
Rufin Ie Syrien et Caelestius
C'est justement Caelestius qui, Ie premier, en 411, a invo-
que en public Ie nom de Rufin et avance la qualite de pretre
de celui-ci (cf. De gr. et de pecc. or. II, 3) devant des eve-
ques charges d 'examiner sa propre candidature au sacerdoce.
II s 'est alors couvert de son patronage theologique car lui
aussi contestait une transmission du peche d'Adam. De fait,
Caelestius s'etait lie d'amitie avec lui a Rome et, si Pelage aussi
avait alors fait sa connaissance, les affinites theologiques avec
Rufin paraissent avoir ete plus fortes chez Ie premier, «ce qui
explique la facilite avec laquelle (Pelage) prendra ses distances
vis-a-vis de son disciple a Diospolis» (A. SOLIGNAC, «Pelage
et pelagianisme »). Et c'est Pecc. mer. qui, indirectement, nous
eclaire sur ces fortes affinites.
BIBLIOGRAPHIE: A. SOLIGNAC, «Pelage et pelagianisme»,
Dictionnaire de Spiritualite, XIII/2, col. 2906; F. THELAMON,
«Rufin d'Aquilee», Dictionnaire de Spiritualite, XIII,
col. 1112.
Le liOOr cite par Pecc. mer. et Ie Liber de fide
En I, 34, 64, Augustin signale avoir lu un «livre» (liber)
en plus du libellus breuissimus mentionne avant (I, 34, 63).
L'auteur du liber - comme du libellus - n'est pas nom me par
Augustin, soit pour les raisons qu'il donnera plus tard (voir
Introduction, 5: «Pourquoi Augustin menage un peu Pelage
et ne nomme pas Caelestius »), soit qu'il circulait encore sans
nom d'auteur, un cas frequent pour les ecrits dits ensuite
503
NOTES COMPLEMENTAIRES
«pelagiens». Mais un premier chercheur, 1. DE BLIC (<< Le
peche originel selon saint Augustin») a remarque en Pecc.
mer. I, 18, 23 une citation du Liber de fide. F. REFOULE
(<< Datation du premier concile de Carthage») a mene une
enquete comparative et abouti a la conclusion qu'« Augustin
s'y referait constamment» (p. 47). En fait, c'est a la fois trop
dire et pas assez. Trop car, plusieurs fois, F. Refoule place en
face de passages de Pecc. mer. des extraits non concord ants
du Liber de fide (Liber de fide, n° 48 et Pecc. mer. I, 20, 26 et
I, 30, 58; n° 39 et Pecc. mer. I, 21, 30; n° 41 et Pecc. mer. I,
29, 57; n° 41 et Pecc. mer. I, 9, 9). Ainsi, Ie Liber convient
qu'Adam est mort en punition de son peche, alors que
Caelestius va jusqu'a declarer la mort physique naturellement
ineluctable. II convient donc de nuancer la «parente d'idees
(. . .) indeniable» (0. WERMELINGER, Rom und Pelagius,
p. 14) entre ce dont Caelestius fut accuse a Carthage et les
chapitres 28-41 de l'ecrit de Rufin. De meme, G. BONNER,
«Baptismus paruulorum», col. 597, ad met qu'il n'est «pas
clair» que les pelagiens aient tenu pour un «troisieme lieu»
pour les bebes morts non-baptises; sa citation de Liber de
fide, n° 48 ne va d'ailleurs pas du tout en ce sense
Mais il est vrai, d'un autre cote, que F. Refoule n'a pas
assez demontre. En effet, des similitudes ont ete oubliees:
n° 39 et Pecc. mer. II, 6, 7; n° 40 et Pecc. mer. II, 7, 9, II, 25,
41 et II, 33, 53; n° 41 et Pecc. mer. III, 9, 17. P.-M. HOMBERT,
Gloria gratiae..., p. 163, n. 22, ne voit pas non plus ces paren-
tes presentes dans Ie livre II. Mais O. WERMELINGER (Rom
und Pelagius, p. 11-15) en a reI eve de «nouvelles» en I et II et
fait remarquer qu'Augustin evoque Henoch et Elie (cf. Pecc.
mer. I, 3, 3), puis Abel (cf. Pecc. mer. I, 15, 19), figures pre-
cisement exaltees par Ie Liber de fide (n° 29: Henoch; n° 39:
Abel et Elie) comme impeccables devant Dieu. Etonnamment,
donc, W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 416, ne signale qu'« un
(tres) court passage» de Pecc. mer. (en I, 18, 23) comme
correspondant a un passage du Liber de fide (n° 40, ed. M,
p. 114). II releve neanmoins a juste titre que Pecc. mer. ne cite
504
NOTES COMPLEMENTAIRES
pas des passages du Liber de fide qui expriment pourtant les
objections combattues par Augustin tandis qu'il cite des the-
ses absentes du Liber de fide, voire opposees a celles du Liber
(comme il a ete montre plus haut).
On peut des lors conclure de cette comparaison que Ie liber
lu par Augustin a de fortes affinites avec Ie Liber de fide tout
en presentant ici et lit une expression theologique originale,
qu'il s'agit donc de deux ecrits distincts et d'auteurs differents.
Comme l'a avance E. TESELLE, «Rufinus the Syrian...»,
p. 76, celui du liber pourrait bien avoir ete Caelestius lui-
meme (hypothese reprise par Dunphy) s'inspirant librement
de Rufin, et non pas l'inverse, ce que propose W. DUNPHY, «A
Lost Year», p.418, n.94, vu l'appui sur celui-ci revendique
par celui-lit.
BIBLIOGRAPHIE: 1. DE BLIC, «Le peche originel selon saint
Augustin», Recherches de sciences religieuses, 17, 1927,
p. 519; G. BONNER, «Baptismus paruulorum», Augustinus-
Lexikon, vol. 1, col. 595-598; W. DUNPHY, «A Lost Year:
Pelagianism in Carthage, 411 A.D.», Augustinianum, 45, 2,
2005, p. 416-420; P.-M. HOMBERT, Gloria gratiae. Se glo-
rifier en Dieu, principe et fin de la theologie augustinienne
de la grace, Paris, 1996, p. 163-165; F. REFOULE, «Datation
du premier concile de Carthage contre les pelagiens et du
Libellus fidei de Rufin », Revue des Etudes augustiniennes, 9,
1963, p. 41-49 ; E. TESELLE, «Rufinus the Syrian, Caelestius,
Pelagius: Explorations into the Prehistory of the Pelagian
Controversy», Augustinian Studies, 3, 1972, p. 61-95.
Citations du liber ayant des affinites avec Ie Liber de fide
- I, 18, 23: cf. Liber de fide n° 40, ed. Miller, p. 114:
«Baptisma igitur infantes non propter peccata percipiunt sed
ut, spiritalem procreationem habentes (cf. Ioh. 3, 3), quasi per
baptisma in Christo creentur et ipsius Regni caelestis partici-
pes fiant (cf. Ioh. 3, 5), sicut beatus Paulus docet hoc modo:
Si qua in Christo noua creatura (II Cor. 5, 17) et iterum: Sin
autem filii et heredes: heredes quidem Dei, coheredes autem
Christi (Rom. 8, 17)), et Liber de fide, n° 48, M, p. 124:
505
NOTES COMPLEMENTAIRES
«Infantes - qui in peccatis non sunt - merentur etiam bap-
tismatis gratiam ut, in Christo noua generatione creati, etiam
Regni eius coheredes efficiantur (cf. Rom. 8, 17), secundum
beatum Paulum: Si qua in Christo noua ereatura (II Cor. 5,
17). »
- I, 21, 30: cf. Liber de fide, n° 41, M, p. 116: «Quia igitur
quidam scripturarum inscientia diuinarum in nefariam et
iniustam de Christo uocem audent erumpere, asserentes eum
pueros minime baptizatos aetemi ignis poenae deputare (...)
discant ex diuinis Scripturis quod ignis aeterni poena inno-
centibus ac penitus peccatum ignorantibus praeparata non sit,
sed illis qui legem Dei praeuaricar noscuntur. »
- I, 25, 36: cf. Liber de fide, n° 40, M, p. 114: «Similiter
autem etiam beatus Iohannes docet de procreandis filiis quia,
simul atque nascentur, illuminationem sanctificationis ab uni-
genito Verbo percipiunt cum dicit: Erat lux uera, quae illu-
minat omnem hominem uenientem in mundum (Ioh. 1, 9)), et
Liber de fide, n° 41, M, p. 116: «Similiter autem etiam beatus
Paulus dicit: Nolite pueri effiei sensibus,. sed malitia paruuli
estote (I Cor. 14, 20). »
- I, 30, 58: cf. Liber de fide, n° 40, M, p. 114 (voir plus
haut).
- II, 25, 41 : cf. Liber de fide, n° 40, M, p. 114: «Et siqui-
dem propter peccatum Adam baptizantur infantes, qui ex
parenti bus Christianus nati sunt baptizari minime debebant et
quasi sancti haberentur quia de parentibus sunt fidelibus pro-
creati, sicut beatus Paulus docet hoc modo, dicens: Alioquin
filii uestri immundi essent, nunc autem saneti sunt (I Cor. 7,
14). »
- II, 33, 53: cf. Liber de fide, n° 40, M, p. 114: «Sin
uero, ut ipsi asserunt, propter peccatum Adam moriuntur
infantes, dicant nobis cur statim baptizari mortem gustare
permittuntur? »
- III, 9, 17: cf. Liber de fide, n° 41, M, p. 116: «Et iterum
de Esau et Iacob docet (Paulus), sic dicens: Cum needum nati
essent nee aliquidfeeissent boni uel mali (Rom. 9, 11). Pueri
506
NOTES COMPLEMENTAIRES
igitur, sicut malitiam prorsus experti, boni etiam uel mali dis-
cretionem ignorantes. . . »
45. Une enigme avouee: la condition miserable de l'etre
humain en bas-age (I, 35, 65 - 38, 69)
I, 36, 67 contient pas moins de 8 questions posees par
Augustin comme des sortes d'appels a reconnaitre comme une
enigme, d'un point de vue philosophique, l'infirmite flagrante
des nouveau-nes et des tout-petits en general.
Aux yeux du chretien Augustin, seule la Revelation
chretienne apporte une reponse it cette enigme: il nous faut
confesser que, des sa conception, tout etre humain se trouve
prive de l'acces plenier au bonheur mais que c'est precisement
pour lui rouvrir cet acces que Dieu lui-meme s'est fait homme,
et par un itineraire similaire a celui de tous les humains, de la
conception a la mort, mais sans la concupiscence charnelle
qui affecte l'union sexuelle.
Les Confessions sont Ie premier ecrit d'Augustin oil il
regarde la condition neo-natale. Les faiblesses qu'il voit sont
l'ignorantia et la non-activite de la raison (cf. I, 6, 7 - 7, 12),
l'impuissance de la uoluntas ainsi que les «douleurs psycho-
physiques» (W. EBOROWICZ, «La misere des enfants...»,
cf. I, 6, 8 et 11). En resume, «nous sommes nes ... avec la
misere» (I, 10, 29).
Mais, note W. Eborowicz (p. 413), «ce qui est caracte-
ristique pour sa peri ode antipelagienne, c'est precisement
l'omission des peches enfantins signales dans les Confessions.
Pourquoi Augustin a-t-il change son attitude? En raison de la
polemique antipelagienne». Quand il signale (Pecc. mer. 1,34,
63) qu'un objecteur admet qu'il y a un pardon dans Ie bapteme
des tout-petits, «cette opinion d'un pelagianisme modere
a non seulement ete la raison qu 'Augustin a omis les suites
du mauvais penchant observe chez les enfants, mais de plus,
dans son premier ecrit antipelagien, il a cherche a justifier Ie
petit "pecheur", affirmant que Ie bebe n'a pas de peches (De
pecc. mer. et rem. I, 39 et III, 7, 18»). Ainsi c'est la misere,
507
NOTES COMPLEMENTAIRES
non la malice qui provoque ses pleurs et ses envies (I, 66) et
l'ignorance est la cause des coleres enfantines ou des coups
portes a la mere. Mais la concupiscentia commence d'agir des
Ie bas-age comme force active du mal: (Pecc. mer. 11,4), effet
du peche originel, l'ame des tout-petits etant soumise elle
aussi aux assauts des demons (Pecc. mer. III, 18). Augustin
voit aussi un parallele entre faiblesse du corps et faiblesse de
l'intelligence (Pecc. mer. I, 68-69).
Selon F. CA YRE, «Une retractation de saint Augustin... »,
p. 135, «la massa damnata designe l'humanite dechue par Ie
peche originel; elle est "condamnee" (plutot que damnee),
soumise des cette vie a des peines qui sont la suite de sa
decheance, d'ou les douleurs des petits enfants en ce monde.
Le realisme de saint Augustin a ce point de vue insinue un
realisme analogue pour l'autre vie, ou la "damnation" meme
la plus mitigee (mitissima) sera accompagnee de douleur».
Trois ans apres Pecc. mer., dans une lettre adressee a Jerome,
Augustin evoque a nouveau les souffrances des tout-petits
(Lettre 166, 7, 18-21).
Peut-on alors s'etonner qu'Augustin se refuse a attribuer a
Jesus bebe cette pitoyable ignorance qu'il a decrite chez les
autres bebes? «Quam plane ignorantiam nullo modo credi-
derim fuisse in infante illo in quo Verbum carD factum est
(Ioh. 1, 14) ut habitaret in nobis nec illam ipsius animi infir-
mitatem in Christo paruulo fuerim suspicatus quam uidemus
in paruulis», ecrit-il en II, 29, 48. Une telle infirmite trahit,
d'apres lui, la dependance du peche d'Adam. Mais, «comme
(Augustin) ne se lasse pas de Ie repeter» (B. STUDER, «Le
Christ, notre justice», p. 317), «Ie Christ, lui, explique l'eve-
que, parce qu'il portait en lui la ressembiance de ia chair du
peche (cf. Rom. 8, 3) a voulu subir les alterations successives
de l'age, en debutant par l'enfance meme» (quia erat in eo
similitudo carnis peccati mutationes aetatum perpeti uoiuit
ab ipsa exorsus infantia). Le motif complementaire de la
conviction d'Augustin tient aussi a cet ideal- porte par quasi
tous les penseurs et sages de l'Antiquite greco-romaine - du
508
NOTES COMPLEMENTAIRES
controle rationnel et volontaire de l'esprit sur tout l'etre, car
il ecrit des mouvements incontroles des beMs: «L'on a tout a
fait sous les yeux les fils de cette desobeissance qui s'agite en
leurs membres, luttant contre la loi de l'esprit, et ne se calme
pas quand la raison l'exige (cf. Rom. 7, 23).»
BIBLIOGRAPHIE: F. CA YRE, «Une retractation de saint
Augustin. Les enfants morts sans bapteme», Recherches
de theologie ancienne et medievale, 21, 1954, p. 131-
143; W. EBOROWICZ, «La misere des enfants d'apres les
Confessions de saint Augustin et ses ecrits anti-pelagiens»,
dans Studia Patristica, XIV, Berlin, 1976, p. 410-416;
G. MADEC, «La condition malheureuse», NC 18, BA 6, p. 578-
583; A. SOLIGNAC, «Les peches de l'enfance» NC 4, BA 13,
p. 657-658; B. STUDER, «Le Christ, notre justIce, selon saint
Augustin, Dominus Salvatore Studien zur Christologie und
Exegese der Kirchenvater», Studia Anselmiana, 107, 1992, en
particulier p. 317-318.
46. La condition d'Adam a sa creation. Differences de
representation entre Augustin et d'autres theologiens (I,
36,67 - 37,68)
En I, 36, 67, Augustin decrit Adam avant sa desobeissance
it Dieu comme un etre humain adulte car, constate-t-il dans Ie
recit de la Genese, Dieu l'a cree ainsi: «capable de connai-
tre une loi» (cf. Gen. 2, 16-17) et «en mesure d'attribuer des
noms a son epouse et a tous les animaux» (cf. Gen. 2, 19). Or
les humains, depuis Adam, naissent plonges dans l'ignorance
et les infirmites. Pourquoi Adam n'a-t-il pas ete cree avec les
memes faiblesses? Parce que, poursuit l'eveque en I, 37, 68,
c'est son peche qui a entraine cette condition native universelle
pour les humains, y compris sur Ie plan physiologique. Adam
a ete forme «non petit enfant, mais dans la taille accomplie
de son corps». Si Ie Christ a accepte de venir au monde
comme un paruulus, c'est pour nous qui naissons ainsi, mais
sans la connotation peccamineuse, heritee du peche d'Adam,
qu'Augustin entrevoit dans les infirmites du bas-age.
509
NOTES COMPLEMENTAIRES
II est donc interessant de confronter cette repesentation
avec celIe d 'autres theologiens des premiers siecles. Si IRENEE
DE LYON decrit Adam a sa creation comme un petit enfant,
c'est a partir d'un autre point de vue. Aduersus haereses,
IV, 38, 1, Paris, 1984, p. 551-552: «Du fait qu'ils ne sont pas
increes, (les humains) sont inferieurs a ce qui est parfait; car,
du fait qu'ils sont nouvellement venus a l'existence, ils sont
de petits enfants et, du fait qu'ils sont de petits enfants, ils ne
sont ni accoutumes ni exerces a la conduite parfaite.» Irenee
poursuit: «Ainsi Dieu pouvait, Quant a lui, donner des Ie
commencement la perfection a l'homme, mais l'homme etait
incapable de la recevoir car il n'etait qu'un petit enfant. Et c'est
pourquoi aussi notre Seigneur, dans les derniers temps, lors-
qu'il recapitula en lui toutes choses, vint a nous, non tel qu'il
Ie pouvait, mais tel que nous etions capables de Ie voir (...)
comme a de petits enfants Ie Pain parfait du Pere se donna a
nous sous forme de lait: ce fut sa venue comme homme. » La
meme pedagogie divine d'adaptation explique, selon l'Asiate,
et la condition initiale immature d'Adam et l'incarnation du
Fils en simple homm.
Quoique sans explication theologique, RUFIN LE SYRIEN,
Liber de fide, n° 31, ed. Miller, p. 98, temoigne de liens avec
l'anthropologie de l'Orient chretien en exprimant une repre-
sentation voisine de celIe d'Irenee: «Tous deux etaient nus,
aussi bien Adam que son epouse, et n'en ressentaient pas de
honte (Gen. 2, 25). MOIse n'a pas dit cela comme si ceux-ci,
abuses par l'aveuglement de l'incontinence, meprisaient la
honte de la nudite, mais il a montre que, tel des petits enfants,
ils n'avaient pas encore de desir d'union sexuelle» (sed osten-
dit eos, tamquam infantes, necdum cupiditatem coeundi
habere). M. W. MILLER, p. 171, comprend que, selon Rutin, ce
n'est que plus tard, ayant grandi, que leur est venue la pudeur
sexuelle.
GREGOIRE DE NYSSE, Sur La perfection, celebre la grace
de croissance spirituelle voulue par Ie Createur : «L'homme
en effet n'est pas simplement incline vers Ie mal: si c'etait Ie
510
NOTES COMPLEMENTAIRES
cas, il lui serait impossible de grandir dans l'acquisition de
biens vers lesquels sa nature ne l'orienterait en rien. Mais en
verite, Ie plus beau caractere de notre mutabilite est la possi-
bilite de grandir dans Ie bien; et cette capacite d'amelioration
transforme l'ame, de changement en changement, en la faisant
toujours de plus en plus divine. »
BIBLIOGRAPHIE: M. W. MILLER, Rufini Presbyteri liber
de fide. A Critical Text with Introduction and Commentar,
Patristic Studies 96, Washington, 1964.
47. Objet specifique du livre II; la question ouverte de la
perfectio iustitiae hUll'Ulnae
Achevant un premier livre, Augustin avait annonce a son
lecteur qu'il allait occuper Ie suivant a traiter la quatrieme
these que celui-ci avait en ten due de chretiens. De la sans
doute vient Ie resume qu'il donne de l'ensemble de Pecc. mer.
tandis qu'il procede comme a son complement qu'est Ie De
spiritu et littera: «opuscules sur Ie bapteme des tout-petits et
sur la perfection de la justice de l'homme» (De spiro et litt. 1,
1, CSEL 60, p.155).
G. BONNER, «Perfection de la justice de l'homme (sur la)),
Encyclopedie saint Augustin, p. 1123, emet l'hypothese que la
mention «sur la perfection de la justice de l'homme» designe
l'ouvrage distinct d'Augustin qui porte ce nom (De perfec-
tione iustitiae hominis), absent des Revisions, mais qui figure
dans I'Indiculus de POSSIDIUS (PL 46, co!. 8), ce qui signifie-
rait qu'il etait ecrit des 412. Mais cet ouvrage repondant a un
ecrit attribue a Caelestius et envoye par deux eveques, Paul
et Eutrope, on ne voit pas et pourquoi Augustin aurait tu ce
fait dans Ie livre I de Pecc. mer. qui annonce qu'il va discuter
la possibilite d'etre sans peche et pourquoi Ie livre II, pres-
que entierement consacre a cette discussion, ne pourrait pas
etre resume par son auteur sous ce titre «de la perfection de
la justice de l'homme». On ne voit pas davantage comment
Augustin, ecrase de travail a l'epoque, aurait ajoute a la com-
position des trois livres de Pecc. mer. un autre ouvrage, par
511
NOTES COMPLEMENTAIRES
ailleurs non mentionne dans sa correspondance. Enfin, Ie De
spiritu et littera etant ne d'une requete de Marcellinus et de
son entourage parce qu'ils etaient heurtes par Ie traitement
de cette question dans Ie livre II, c'est qu'aucun autre ecrit
d'Augustin sur Ie sujet ne leur etait parvenu.
Des chretiens soutenaient qu'il est possible a un humain de
ne commettre aucun peche, a la fois parce qu'une impossibi-
lite serait contraire au desir et a la bonte de Dieu et parce qu'il
y a eu des precedents attestes par I'Ecriture. II est important
de relever Ie serieux et Ie soin avec lesquels Augustin entend
repondre a cette these. La perfectio iustitiae humanae est
donc presentee par ces chretiens comme une possibilite qui
s'est realisee chez certains (Abel, Noe, Samuel, Daniel, Job,
Elisabeth et Zacharie, les Apotres, Paul). Mais I'eveque appelle
a discerner entre les deux notions: la possibilite a priori et
la realite verifiee, soit d'un cote 1'« impeccabilite» au sens
litteral, de I'autre 1'« impeccance» (impeccantia), neologisme
heureux employe par S. Lancel. En effet, il estime n'etre pas
en droit de rejeter la possibilite a priori qu'un humain par-
vienne a ne commettre aucun peche puisque tel est Ie desir du
Dieu trois fois saint qui a voulu I'homme responsable (cf. II,
6, 7). Mais quant a la rea lite historique des faits, il se doit de
confesser qu'il n'y a pas eu et qu'il n'y a pas d'humain tota-
lement sans peche (cf. II, 7, 8), hormis I'unique Jesus Christ
qui est, precisement, Ie seul qui puisse faire passer ses freres
humains du peche a la saintete veritable.
En fait, les objecteurs sont les memes qui refusent I'exis-
tence d 'une solidarite des humains dans Ie peche depuis
Adam. Le peche signifie pour eux exclusivement un acte
individuel contraire aux lois divines et commis de propos
delibere. Augustin, lui, confesse que Ie Christ est venu liberer
tous les humains du peche, pas seulement tel ou tel, isolement,
de ses peches personnels.
Pourtant, il etait depuis longtemps attache a soutenir que
l'ethique chretienne puise sa force dans I'humble accueil de la
grace divine. Qu'on se refere aux Confessions, notamment la
512
NOTES COMPLEMENTAIRES
celebre priere «Da quod iubes, et iube quod uis». Mais Pecc.
mer. est sa reponse au «devoir» de saintete, approfondie par
la provocation nouvelle que constitue, a ses yeux, la reclama-
tion d'une saintete qui ne tiendrait qu'a la soit-disant logique
des rapports entre Dieu et l'homme. «lIs s'imaginent avancer
un argument percutant en disant que, si nous ne voulons pas
pecher, nous ne pechons pas, et que Dieu ne commanderait
pas a l'homme ce qui serait impossible a la volonte humaine,
comme si l'un d'entre nous pouvait l'ignorer» (II, 3, 3).
BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, «Perfectione iustitiae homi-
nis, De», dans Augustine through the Ages, A. Fitzgerald ed.,
Grand Rapids-Cambridge, 1999, et « Perfection de la justice de
l'homme (sur la)), dans Encyclopedie saint Augustin, p. 1123;
S. LANCEL, Saint Augustin, Paris, 1999; G. DE PLINVAL, «Le
salut des Justes anciens», NC 5, BA 21, p. 586-587.
48. Pourquoi prier (II, 2, 2 - 3, 3 ; II, 19, 33)
Si Augustin accepte de se laisser interroger par l'hypothese
qu'un homme parvienne a etre sans peche, en tant qu'ideal a
la fois divin et humain, it n'en denonce pas moins d'emblee
aupres de son (ou ses) lecteur(s) la maniere dont elle est jus-
tifiee par ceux qui la revendiquent: «croire que nous n'avons
pas besoin d'etre aides par Dieu a ne pas pecher du moment
qu'a notre nature meme a ete une fois pour toutes accorde
l'arbitrage d'une volonte libre» (II, 2, 2) ou encore Ie postulat:
«Si nous ne voulons pas pecher, nous ne pechons pas (.. .).
Dieu ne commanderait pas a I 'homme ce qui serait impossible
a la volonte humaine» (II, 3, 3). Une telle posture theologique
a beau revendiquer pour elle la logique pure, elle revient a
marginaliser I 'attitude foncierement receptive, donc humble
du croyant, si caracterisee par la demarche priante.
C'est qu'Augustin, par experience et de baptise et de
ministre ordonne, sait que Ie peche se presente Ie plus souvent
comme une tentation. Comment lutter contre elle sinon par la
priere? Celle-ci est un tresor pour Ie chretien; s'en dispenser
ou la minimiser est donc «nuisible, pernicieux et contraire
513
NOTES COMPLEMENTAIRES
a notre salut qui est dans Ie Christ» ainsi que «violemment
oppose au sentiment religieux meme, dont nous avons ete
impregnes, et a la piete par laquelle nous honorons Dieu». La
vitale necessite de la priere nous est dictee par un pass sage de
la «priere du Seigneur» Jesus lui-meme, qui commande a ses
disciples d'invoquer ainsi son Pere: «Ne nous porte pas a La
tentation» (Matth. 6, 13a).
En II, 19, 33, Augustin met en lumiere Ie role de la priere
comme «canal» d'action de la grace. «Quand nous Ie prions
de nous accorder son aide pour pratiquer et parfaire la justice,
de quoi Ie prions-nous, sinon de decouvrir ce qui echappait
et de rendre agreable ce qui deplaisait?» Et «ces efforts et
ces prieres memes nous sont un don de Dieu». Pecc. mer.
influence nombre d'homelies qui defendent Ie prix et la neces-
site de la priere. Ainsi, en Tractatus in Iohannis Euangelium,
53, 8: «Que personne n'ose defendre Ie libre arbitre au point
de chercher a nous enlever la priere dans laquelle nous disons :
Ne nous soumets pas a La tentation (Matth. 6, 13a).» Mais
sa trace se lit encore dans des ecrits posterieurs qui mettent
en garde contre I 'auto-suffisance pelagienne (voir par ex. De
bono uiduitatis, 17, 21, compose en 414).
Comme l'ecrit P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches...,
p. 117, «la morale d'Augustin est d'abord pratique, et sa theo-
logie de la grace d'abord une doctrine des bienfaits de l'hu-
milite» (p. 117). En ce sens, la diffusion publique de la reven-
dication d'une possible innocence totale d'un humain, telle
qu'elle est apparue en Afrique en 411, n'a pu que renforcer
l'eveque dans sa conviction. C'est ainsi que, dans les dernieres
lignes de Pecc. mer. (III, 13, 23), il fete l'humilite chretienne
et denonce «cette cause premiere de tous les vices, a savoir
l'enflure de l'orgueil» (prima causa omnium uitiorum, hoc
est a tumore superbiae), faute ici plus grave que celle que
com met Ie pharisien de Luc. 18, 10-14 (cf. Pecc. mer. II, 5, 6),
car la necessite meme de la priere est mise en danger par les
nouveaux objecteurs.
514
NOTES COMPLEMENTAIRES
Notons enfin qu'Augustin associe etroitement priere et
reuvres de misericorde, en application de Luc. 6, 37c-38a:
Remettez et it vous sera remis ,. donnez et it vous sera donne
(cf. II, 3, 3).
BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, «Ceux qui nient
l'utilite de la priere pour demander l'aide de la grace» (Tr.,
LIII, 8, p. 361), NC 31, BA 73/B, p. 479-480; P.-M. HOMBERT,
Nouvelles recherches..., p. 116-120; G. DE PLINVAL, «La
priere est-elle indispensable 1 », NC 55, BA 21, p. 623;
1. SAINT-MARTIN, «La priere et la grace », NC 36, BA 3,
p. 465.
49. Parentes entre Ie livre II de Pecc. met. et Ie De libero
arbitrio (II, 2, 2; 5, 5; 26.33; 26)
1. LOSSL, «De peccatorum meritis et remissione y De
spiritu et littera: Su dependencia... », p. 118-130, releve des
parentes entre certains passages du livre II de Pecc. mer. et
des passages du De libero arbitrio. Ainsi la reflex ion theolo-
gique sur Matth. 6, 13 (Ne no us soumets pas a La tentation)
menee en Pecc. mer. II, 2, 2 l'etait deja en De lib arb. I, 1:
«Dis-moi si Dieu n'est pas l'auteur du mal 1» De meme, Pecc.
mer. II, 5, 5: Dieu nous aide it ne pas pecher et De lib. arb. I,
1 (dans Ie Christ, maitre interieur, Dieu nous aide a apprendre
seulement Ie bien) et I, 25 (question d'Evodius sur la bona
uoLuntas). Voir aussi les paralleles entre Pecc. mer. II, 17,
26 (<< Pourquoi les hommes ne choisissent pas de ne jamais
pecher1 Parce qu'ils ne Ie veulent pas ») et De lib. arb. II, 1-7,
entre Pecc. mer. II, 17, 26 - 19, 33 (l'homme ne peut choisir Ie
bien sans l'aide de Dieu) et De lib. arb. II, 52.53, entre Pecc.
mer. II, 17, 26 (ignorance et infirmite) et De lib. arb. III, 52.
BIBLIOGRAPHIE: 1. LOSSL, «De peccatorum meritis et
remissione y De spiritu et littera: Su dependencia respecto
a De libero arbitrio y a De diversis quaestionibus ad
Simplicianum », Augustinus, 45, 176-177, 2000, particuliere-
ment p. 111-118 et 118-130.
515
NOTES COMPLEMENTAIRES
so. Ne nos inducas / ne nos in/eras in temptationem; la
mise en garde patristique contre une interpretation non
chretienne du texte latin (II, 4, 4)
Une catechese du « Notre Pere » a Hippone
Candidat declare au bapteme a Milan, Augustin n'avait
reu l'explication du «Notre Pere» qu'apres la reception du
sacrement (24-25 avril 387), au cours des catecheses mystago-
giques qu'Ambroise donnait alors aux neophytes. Mais devenu
eveque, il a institue dans sa communaute l'usage liturgique,
pour Ie catechu men at , d'une traditio puis d'une reddito ora-
tionis dominicae, comme il existait pour Ie symbole. Quatre
sermons conserves l'attestent (Sermons 56-59, PL 38, 377-
402; voir aussi P. VERBRAKEN, Revue benedictine, 68, 1958,
p. 5-40). Et cette pratique a fait ecole en Afrique au cours du
v e s.
Variantes dans Ie texte latin en circulation
L'etude de V. GROSSI, Tertulliano, Cipriano, Agostino. II
Padre nostro..., p. 93, rappelle l'existence de deux libelles de
la sixieme demande (Matth. 6, 13a) dans les Eglises latines
des HIe S. et IV e s.: Et ne nos inducas in temptationem selon
l'Itala, Et ne passus fueris induci nos in temptationem selon la
Vetus latina afra. Mais on trouve encore des variantes en terre
africaine: si Ne nos inducas se rencontre dans Ie commentaire
de TERTULLIEN, De oratione, CCSL I, 1, celui de CYPRIEN
donne Et ne patiaris induci nos in temptationem (De oratione
dominica, CCSL 3, p. 2); Augustin para!t n'avoir connu que
la filiere de l'Itala, mais avec deux traditions manuscrites:
Ne nos inducas (comme ici en Pecc. mer. II, 4, 4) et Ne nos
inferas (cf. Sermon 56, 13, 18; Sermon 57, 9-11 ; Sermon 58,
8, 9 et 9, 11 ; Serraon 59, 5, 8 et ici aussi en Pecc. mer. II, 4, 4).
En De sermone Domini in monte, II, 9, 30, il signalait deja, a
cote de inducas, la leon inferas, «ce qui, a mon avis, revient
au meme car Ie verbe grec, EloEvtY)(,Tl, peut etre traduit de
l'une ou l'autre faon». La Vulgata donne: Et ne inducas nos
in temptationem.
516
NOTES COMPLEMENTAIRES
La mise en garde contre La representation de Dieu
«tentateur »
Quand les textes presentent les leons Ne nos inducas ou
Ne nos inferas, leurs commentateurs ecartent d'emblee l'in-
terpretation litterale, selon laquelle Dieu lui-meme pourrait
tenter ses enfants. Ainsi TERTULLIEN (De oratione, 8, 1):
«.. .c'est-a-dire "ne permets pas que nous devenions esclaves
de celui qui nous tente". Nous ne pensons pas que Dieu nous
tente, de meme (quasi) qu'll ne connaisse pas notre foi ou
nous rejette». Tertullien renvoie alors a Matth. 26, 41 : Priez
pour ne pas tomber dans La tentation. CYPRIEN (De oratione
dominica, 25) tire de Ne permets pas que nos soyons induits
dans La tentation la leon qu'« avec ceci il nous est assure que
l'ennemi ne peut rien contre nous si Dieu ne Ie lui per met pas
d'abord» et renvoie a Dan. 1, 1-2a et I Reg. 11, 14a.
Augustin reprend la meme mise en garde. Ainsi dans Ie
Sermon 57, date de 410 par KUNZELMANN : «Ecoutez. L'apotre
Jacques dit: Que personne, quand it est tente, ne dise : "Je suis
tente par Dieu" (lac. 1, 13). II a appele mauvaise la tentation
qui nous entraine dans Ie mensonge, qui nous rend esclaves
du diable: telle est la tentation selon l'apotre. Car il est une
autre tentation, qui s'appelle "epreuve". De celle-ci nous trou-
vons ecrit: Le Seigneur votre Dieu vous met a L'epreuve pour
savoir si vous l'aimez (Deut. 13, 3). (...) Quand la tentation
nous trompe et nous seduit, ce n'est pas Dieu qui tente. Lui,
dans son jugement profond et cache, abandonne seulement
certains a eux-memes, et alors Ie tentateur sait bien ce qu'il
doit faire (.. .). Donc, pour que Dieu ne nous abandonne pas
a nous-memes, nous disons: Ne nous induis pas en tentation
(Matth. 6, 13a).» Depuis long temps Augustin prefere pour
Ie sens inferre (<< porter») a inducere (<< induire», c'est-a-dire
«entrainer»); voir De sermone Domini in monte, II, 9,30, qui
remonte a 394. En Pecc. mer. II, 4, 4, il signale l'existence des
deux verbes dans les manuscrits, sans s'arreter a leurs diffe-
rences, mais en s'empressant d'ajouter: «Non pas que Dieu
517
NOTES COMPLEMENTAIRES
tente qui que ce soit par une telle tentation» avec Ie meme
appui, constant chez lui, sur lac. 1, 13.
BIBLIOGRAPHIE: J.-P. BOUHOT, «La tradition catechetique
et exegetique du Pater Noster», Recherches augustinien-
nes, 33, 2003, p. 3-18; M. M. CAMPELO, «San Agustin y el
Padrenuestro», Augustinus, 45, 2000, p. 35-89, en part. p. 41-
55 et 56-66; V. GROSSI, Tertulliano, Cipriano, Agostino.
II Padre nostro. Per un rinnovamento della catechesi sulla
preghiera, Roma, 1980; A. ZUMKELLER, Augustinus Lehrer
der Gnade, Wiirzburg, 1971, p. 168, n. 1 et p. 171, n. 1.
51. Da quod iubes (II, 5, 5); motifs et suite de cette
auto-citation
Augustin se cite en 411 avant de contrer, plus tard, ses
citations ou imitations par Pelage
Voila plus de 40 ans, G. MARTINE'ITO, «Les premieres
reaction antiaugustiniennes de Pelage... », p. 105, avait
rouvert une piste de recherche par la comparaison des ecrits
de Pelage et d'Augustin car elle permettrait «d'entrevoir la
raison de l'acharnement futur de l'eveque d'Hippone contre
Pelage, de sa certitude aussi de bien Ie comprendre. Augustin,
en retrouvant dans Ie Commentaire de Pelage les expressions
que lui-meme employait en 395, sera amene ales comprendre
d'apres sa propre histoire intellectuelle et spirituelle et il sera
convaincu qu'elles contiennent une erreur qu'il a pu depasser
lui-meme avec la grace de Dieu. Les pelagiens, qui retorque-
ront constamment a Augustin ses ecrits de jeunesse, Ie confir-
meront de plus en plus dans la certitude qu'il a a affronter sa
propre pen see de jadis et ses propres erreurs ».
On ne saurait honnetement trouver d'« acharnement»
d'Augustin contre Pelage, en tout cas rien de tel (voir I'In-
troduction) n'anime l'auteur de Pecc. mer. Mais l'hypothese
avancee par G. Martinetto merite d' etre prise en consideration
pour 1'« apres Pecc. mer. », a savoir au fur et a mesure que Ie
pasteur africain prend connaissance d'ecrits du moine bri-
tannique. En ce qui concerne Pecc. mer., on remarquera que
518
NOTES COMPLEMENTAIRES
c'est Ie contraire: Augustin se cite lui-meme, a travers son da
quod iubes, et iube quod uis, parce qu'il sait que Pelage avait,
depuis au moins six ans, publiquement rejete cette priere.
Ce que Pelage rejetait, c'etait, a coup sOr, non pas la fin de
celle-ci (<< Ordonne ce que tu veux»), mais son debut (<< Donne
ce que tu ordonnes») et la conjonction aussitot ajoutee (<< et »)
qui revenait a dire que tout homme a besoin que l'aide divine
precede toujours son obeissance aux commandements divins.
Antecedents et posterite de la form ula tin des Confessions
D. DOUCET, «Daquodiubesetiubequoduis... »,p. 110-111,
attire l'attention sur Ie fait que «les echos de cette formule (Ie
Da quod iubes des Confessions) peuvent se etrouver des 386
dans les Soliloques: "Ordonne (iube), je t'en prie, commande
(impera) tout ce que tu veux (quicquid uis), seulement gueris,
ouvre mes oreilles pour que j'entende tes paroles; gueris,
ouvre mes yeux pour que je voie tes volontes" (Sol. I, 1, 5)).
Or Ie Da quod iubes va avoir une importante posterite sous
la plume de son auteur. Echappe a l'attention des chercheurs, il
revient quatre fois avant l'evocation (dans Ie De dono perseue-
rantiae) de la fameuse colere de Pelage, et la premiere preci-
sement en 411-412, dans les debuts du livre II de Pecc. mer.
Une deuxieme fois apres Pecc. mer., Augustin, revient sur
son Da quod iubes, et c'est dans Ie De spiritu et littera, ce
qui ne surprend donc pas puisque l'ouvrage, des Ie printemps
412, reprend la problematique du livre II sur la necessite de
prier: «Aussi par cette loi des reuvres, Dieu dit: "Fais ce que
j'ordonne", par la loi de la foi on lui dit: "Donne ce que tu
ordonnes"» (De spir.' et litt. 13, 22: Ac per hoc lege operum
dicit Deus: uFac quod iubeo", lege fidei dicitur Deo: uDa
quod iubes").
Une troisieme fois, la formule se laisse reconnaitre dans un
passage du De bono uiduitatis (17, 21, BA 3, p. 280) qui, vers
414, vise precisement ceux qui se dispensent de supplier Dieu
de les aider dans les tentations: «Demandons qu'il donne ce
qu'il nous ordonne d'avoir» (petamus ut det quod ut habea-
mus iubet).
519
NOTES COMPLEMENTAIRES
Le quatrieme renvoi est une quasi citation, en 427,
dans Ie De gratia et libero arbitrio (15, 31, BA 24, p. 159):
«Souvenons-nous que celui qui dit: Faites-vous un ClEur
nouveau et un esprit nouveau (Ezech. 18, 32) est Ie meme qui
dit: Je vous donnerai un ClEur nouveau et je mettrai en vous
un esprit nouveau (Ezech. 36, 26). Comment donc celui qui
dit: Faites-vous dit-il: Je vous donnerai? Pourquoi ordonne-
t-il, si c'est lui qui doit donner (quare iubet, si ipse daturus
est)? Pourquoi donne-t-il, si l'homme doit agir, sinon parce
qu'il donne ce qu'il ordonne en aidant a agir celui a qui il
ordonne? (quare dat si homo facturus est, nisi quia dat quod
iubet cum adiuuat ut faciat cui iubet ?) »
Cinquieme renvoi, enfin: en 429, dans Ie De dono per-
seuerantiae (20, 53, BA 24, p. 730): «Cum et ipsos (libri
Confessionum) ediderim antequam Pelagiana haeresis exsti-
tisset, in eis certe dixi Deo nostro et saepe dixi: "Da quod
iubes, et iube quod uis." Quae mea uerba Pelagius Romae,
cum a quodam fratre et coepiscopo meo fuissent eo praesente
commemorata, ferre non potu it et contradicens aliquanto
commotius, pene cum eo qui illa commemorauerat litigauit. »
Le Da quod iubes, priere au ClEur de l'intelligence de la foi
a la prevenance de la grace
Comme dans les Soliloques (D. DOUCET, « Da quod
iubes. . . », p. 111: «l'element Ie plus remarquable de ce pas-
sage tient a sa situation dans la priere initiale» avec la struc-
ture trinitaire de celle-ci), ici, dans Pecc. mer., notons l'appel
d'Augustin a l'acte de prier (et pas seulement a l'importance
en-soi de la priere) dans une discussion theorique sur l'hypo-
these qu'un humain parvienne a ne pas pecher du tout. Et en
Pecc. mer. II, 5, 5, Augustin se cite (donc appelle Marcellinus
a relire Ie passage des Confessions d'ou est extraite la cita-
tion), mais en sollicitant de son lecteur qu'il constate que la
formulation meme de sa priere decoule de celle qu'exprime
l'Ecriture (en l'occurrence les couples successifs: Zach. 1, 3
et Mal. 3, 7; Ps. 84, 5 et Ps. 79, 8; Ps. 93, 8 et Ps. 118, 73;
Eccli. 18, 30 et Sap. 8, 21 ; Is. 56, 1 et Matth. 5, 6).
520
NOTES COMPLEMENTAIRES
BIBLIOGRAPHIE: D. DOUCET, «Da quod iubes et iube quod
uis: analyse et situation», Bulletin de litterature ecclesiasti-
que, 90, 2, 1989, p. 101-112; G. MARTINETI'O, «Les premieres
reactions antiaugustiniennes de Pelage», Revue des Etudes
Augustiniennes, 17, 1971, p. 83-117; C. MAYER, «Da quod
iubes et iube quod uis», Augustinus-Lexikon, vol. 2, fasc. 1-2,
col. 211-213.
52. Traces de remaniements du De sancta uirginitate
au moment de la redaction du De peccatorum meritis et
remissione? (II, 6, 7)
P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 117, releve la
finale du De sancta uirginitate: «D'ailleurs je ne discute pas
avec ceux qui assurent que l'homme peut vivre ici-bas sans
aucun peche. Non, je ne discute pas; je ne contredis pas» (sed
non contendo cum eis qui asserunt hominem posse in hac
uita sine ullo peccato uiuere. Non con tendo, non contradico).
Pour lui, «si ces propos ne manquent pas de frapper, c'est
parce que la question de l'impeccantia n'apparait jamais
avant l'hiver 411-412», donc avant Pecc. mer., 00 la reponse
a Marcellinus «correspond de pres au propos conclusif du
De sancta uirginitate: Ie refus de discuter sur la possibilite
ou non d'etre sans peche». Aussi P.-M. Hombert estime que
la finale antipelagienne de ce traite a ete redigee en 412 (cf.
paralleles avec Pecc. mer. II, 6, 7 et II, 7, 8).
Mais Ie «refus de discuter» est absent de Pecc. mer. Son
«it ne faut pas s'opposer d'emblee a ces gens avec une impru-
dente temerite» (II, 6; 7: Non est eis continuo incauta teme-
ritate obsistendum) traduit plutot la conscience, a l'epoque,
d'un besoin de dialogue, vu ce qui etait en jeu (voir NC 47).
Toutefois, des Pecc. mer., Augustin previent qu'on ne peut en
rester aux a-priori theoriques (un humain sans peche, pour-
quoi pas 1).
Par ailleurs, P.-M. HOMBERT (p. 119) releve, dans Ie De s.
uirg. une «opposition dialectique» entre I Ioh. 1, 8 (si nous
disons que nous sommes sans peche, nous nous seduisons
521
NOTES COMPLEMENTAIRES
nous-memes et la verite n'est pas en nous) et I Ioh. 2, la (je
vous ecris ces choses afin que vous ne pechiez pas) et fait
observer ceci: «Que Ie De s. uirg. soit Ie seul texte avec Ie De
perf. iust. a confronter directement les deux versets johanni-
ques n'est sans doute pas fortuit.» De fait, en De perf. iust. 18,
39, Augustin signale que Caelestius denonce l'usage abusif de
IIoh. 1, 8 et oppose ace verset d'autres declarations johanni-
ques comme I Ioh. 2, la, I Ioh. 3, 9 (quiconque est ne de Dieu
ne commet pas Ie peche car la semence divine demeure en lui
et it ne peut pecher), I Ioh. 5, 18 (quiconque est ne de Dieu
ne peche pas car la generation divine Ie garde et Ie malin ne
l'atteint pas) et I Ioh. 3, 2-3. Mais seuls I Ioh. 3, 9 et I Ioh. 3,
2 apparaissent dans Pecc. mer. N'est-ce donc pas un indice
que Ie recours des «pelagiens» a I Ioh. 2, la etait absent du
«dossier» adresse par Marcellinus a l'automne 411, a la dif-
ference de I Ioh. 3, 9 (trois fois dans Pecc. mer. confronte a I
Ioh. 1, 8)? Si tel est Ie cas, l'ecriture de la finale du De s. uirg.
serait plus ou moins contemporaine de celIe du De perf. iust.,
autrement dit vers 414-415.
BIBLIOGRAPHIE: P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de
chronologie augustinienne, Collection des Etudes augusti-
niennes, Serie Antiquite 163, Paris, 2000, p. 116-120.
53. Job et les autres Justes, figures d'une justice encore
relative dans l'attente du seul Juste, Jesus Christ (II, 10,
14 - 12, 17)
La figure de Job n'a cesse d'etre veneree dans l'Eglise
depuis ses debuts. On trouvera une recension de cette vene-
ration chez M. MESLIN, Les Ariens d'Occident et M. PONTET,
L'exegese de saint Augustin predicateur, p.469 sq. Ainsi,
PELAGE a-t-il compose en 413 un vibrant panegyrique de Job
dans sa Lettre a Demetriade, 6, PL 30, col. 21-22, la section
5, 1 - 6, 3 exaltant un ensemble de Justes. Le Livre de Job
cherche a repondre a la question: pourquoi Ie mal atteint-il
522
NOTES COMPLEMENTAIRES
meme les hommes les plus vertueux? Job y est presente
comme Ie modele par excellence de l'homme juste devant
Dieu. Et Augustin participe a son eloge (cf. Pecc. mer. II, 10,
12 et 12, 17). C'est vrai, «nous savons que ce n'est pas pour
ses peches, mais pour que soit manifestee sa justice, qu'il a
endure tous ces maux» (II, 12, 17). Mais aussi «voyons ce que
de lui-meme il dit» (II, 10, 14). Et Job Ie confesse aDieu: Tu
as consigne mes fautes contre moi, tu m'as revetu des peches
de ma jeunesse (lob 13, 26).
La contradiction apparente entre la louange unanime et la
confession de l'individu est, selon Augustin, resorbee par une
revelation essentielle de la foi chretienne: la saintete totale
d'un homme va de son origine (sa conception)' a sa fin realisee
(la resurrection de la chair)... et n'a ete accomplie que par Ie
seul Christ, superieur ici a tout juste, fOt-ce Job ou d'autres
personnages bibliques veneres (en II, 10, 12, Noe et Daniel
sont associes a Job a cause du temoignage qu'Ezech. 14, 14
rend aux trois hommes a la fois). On relevera en effet que,
pour l'eveque, la nature relative de la saintete de Job «se
comprend a la lumiere de la personne du Christ». (II, 11 : ex
Domini Christi persona intellegitur). En II, 11, 16, Augustin
se risque meme a imaginer que, de maniere prophetique, Job
avait prevu dans son esprit la justice du Christ, exempt de tout
peche aussi quant a l'ame et la chair.
La meme justice relative s'applique aux autres figures bibli-
ques de Justes d'avant la naissance du Christ, comme celles
qu'examine Ie livre II: Noe en II, 10, 12; Daniel en II, 10,
13; Elisabeth et Zacharie en II, 13, 19-20; MOIse, Aaraon et
Samuel en II, 16, 25, mais vaut aussi pour les Apotres (cf. II,
10, 13) et pour Paul (cf. II, 13, 20; II, 15, 22; II, 16, 24).
BIBLIOGRAPHIE: M. MESLIN, Les Ariens d'Occident,
335-430, Paris, 1967, en particulier p. 212-226; M. PONTET,
L'exegese de saint Augustin predicateur, Theologie 7, Paris,
1946; R. B. REES, The Letters of Pelagius and his Followers,
Woodbridge, 1991, p. 29-70.
523
NOTES COMPLEMENTAIRES
54. Une formule etonnante d' Augustin: Scriptura, hoc est
Dei Spiritus (II, 10, 16)
«L'Ecriture, c'est-a-dire l'Esprit de Dieu»: voila une for-
mule-choc, d'un point de vue theologique, et qui a de quoi
heurter un catholique du debut du XXI e s. nourri de l'heritage
des conciles jusqu'au deuxieme du Vatican et sa constitution
Dei Verbum.
Elle peut en partie s'expliquer par l'histoire mouvemen-
tee d'Augustin chercheur de la verite. Com me Ie resume
A.-M. LA BONNARDIERE, «L'initiation biblique d'Augustin»,
p. 42, «dans les crits de Paul, Augustin allait cette fois trou-
ver rapidement la reponse qui l'atteindrait lui-meme au plus
intime et Ie determinerait a la decision ultime de sa conver-
sion», au terme d'un cheminement ouvert lorsqu'il avait com-
mence d'ecouter Ambroise precher sur l'Ecriture: «Aussi,
puisque nous etions sans force pour trouver la verite par un
raisonnement limpide (liquida ratione) et que pour ce motif
nous avions besoin de l'autorite des saintes Lettres (opus esset
auctoritate sanctarum litterarum), j'avais deja commence
a croire que, d'aucune faon, 1\1 n'aurais accorde a cette
Ecriture une autorite aussi preponderante desormais par toute
la terre (illi Scripturae per omnes iam terras auctoritatem) si
tu n'avais pas voulu, et que par elle on crOt en toi, et que par
elle on te cherchat (Coni VI, 5, 8).»
La formule, qui n'apparait qu'une fois dans Pecc. mer., est
a relativiser dans la mesure ou Augustin n'isole jamais I'Ecri-
ture de l'Eglise qui en est l'autorite interprete incontournable.
Ainsi, apres avoir admis une pluralite de sens a l'expression de
Rom. 5, 14: Adae qui estformafuturi, l'eveque ajoute: «Quant
au reste de ce qui est dit la (a savoir Rom. 5, 14-19), meme
s'il s'en degage quelque obscurite de langage inevitable en la
matiere, il ne pourra jamais avoir un sens different de celui qui
a fait que I'Eglise universellement et depuis l'antiquite tient
que par Ie bapteme du Christ les bebes fideles ont reu pardon
du peche originel» (Pecc. mer. III, 4, 9). Ici s'exprime comme
l'assurance que l'Eglise est la mise en reuvre de l'Ecriture, par
524
NOTES COMPLEMENTAIRES
exemple a travers chaque sacrement. Voir encore I, 28, 56:
«Tous les temoignages divins une fois examines (.. .), on ne
trouve rien sinon ce que tient l'universelle Eglise » et I, 21, 29 :
«Pour parvenir a l'intelligence guidee par la foi, tout un cha-
cun doit d'abord plier Ie cou devant les autorites des saintes
Ecritures.» En effet, elle «est incapable de se tromper ou de
tromper» (I, 22, 33). Ainsi, «il ne nous appartient pas de pro-
mettre aux tout-petits Ie salut eternel independamment du bap-
teme du Christ: la divine Ecriture ne Ie promet pas, elle qu'on
doit preferer a toutes les conceptions humaines» (I, 23, 33).
Augustin eOt souscrit a ce qu'expose ORIGENE
(Commentaire sur saint Jean, XIII, 30, SC 222, p. 48) quand
il veut comme creuser la soif de ses auditeurs et lecteurs chre-
tiens a l'horizon du Demier Jour, au-dela ds mediations divi-
nes presentes: otf.LaL bE tf) OA.Tl YVOOOE(J) OtOLXELa tLVa
EA.aXLOta Kat Qaxutata EtvaL ELoaY(J)va oA.a YQa<t>a,
XQV 3tavu VOTl8WOLV aKQLw (traduction corrigee, p. 308 :
«Je pense qu'en regard de la connaissance totale, les Ecritures
entieres, meme comprises tres exactement, ne sont que les
elements les plus petits et les introductions les plus courtes
de la connaissance totale »). Car l'eveque d'Hippone a evoque
lui aussi, dans Ie meme sens, en termes christologiques ou
on Ie reconnait bien, Ie surpasssement que sera l'entree dans
l'eternite au del a de l'histoire: «Quand cette vie aura pase
(...) il n'y aura plus a lire de livre, quand nous verrons celui
qui est la Parole de Dieu par qui tout a ete fait, la Parole dont
se nourrissent les anges» (Sermon 59, 3, 6, PL 38, 401). Et
cela vaut de meme pour l'eucharistie: les lectures bibliques
et elle sont «Ie pain quotidien necessaire a notre pelerinage»
(Sermon 57, 7, 7, PL 38, 389).
BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, «La vision du Verbe
et la disparition des Ecritures », NC 5, BA 73/A, p.464-
465; B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et interprete
de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes, Serie
Antiquite 146, Paris, 1995, p. 175-180 et 184-185; A.-M. LA
BONNARDIERE, «L'initiation biblique d'Augustin», dans Saint
525
NOTES COMPLEMENTAIRES
Augustin et la Bible, A.-M. La Bonnardiere dir., «Bible de
tous les temps», Paris, 1996, p. 27-47.
SSe La justice dans la condition actuelle de l'homme
Le theme de la justice de I 'homme devant Dieu occupe une
tres grande place dans notre ouvrage. P. CURBELIE, La justice
dans la Cite de Dieu, examine, a son propos, 14 sections ou il
est traite, et l'on remarquera que ce n'est pas uniquement dans
Ie livre II (8 sections relevees), attache pourtant a discuter la
possibilite qu'un humain parvienne a etre entierement juste,
puisque, en realite, Ie livre I contient 5 series d'occurrences du
theme (I, 4, 4 - 7, 7; I, 9, 10 - 10, 12; I, 13, 17 - 16, 21 ; I, 21,
29; I, 27,43-49 = extra it du catalogue scripturaire).
Imiter la justice du Christ, mais aussi accueillir sa grace
Certes, il faut imiter Ie juste Jesus. I, 9, 10: «Les saints
imitent aussi Ie Christ pour suivre la justice, ce qui fait dire a
I'Apotre: Imitez-moi comme moi j'imite Ie Christ (I Cor. 11,
1). Mais outre cette imitation, sa grace opere interieurement en
nous illumination et justification. » P. CURBELIE fait observer
(p. 212), qu'« avec la controverse pelagienne Augustin insiste
moins sur l'exemplarite du Christ que sur la reconcilation avec
Ie Pere qu'il nous obtient». De fait, plus loin (I, 14), Augustin
precise sa pen see en s'appuyant encore sur I'Apotre: «Quand
it dit du Christ: Par la justification d'un seul (cf. Rom. 5, 18) il
exprime mieux cette pensee que s'il disait "par la justice d'un
seul". II appelle en effet "justification" ce par quoi Ie Christ
justifie ['impie (cf. Rom. 4, 5), ce qu'il n'a pas propose d'imiter
mais que lui seul peut accomplir. » Augustin ajoute, evoquant
Rom. 3, 23, que seulle Christ est iustus et iustificans. Et il
repete en I, 15, 19: «Le Christ est Ie seul en qui tous soient
justifies car son imitation n'est pas seule ales rendre justes,
mais la grace qui regenere par l'action de I'Esprit. »
Telle est donc la reponse de l'eveque aux chretiens qui
ne conoivent la justice que comme l'imitation de chretiens
exemplaires. Le Christ est Ie Sauveur en ce qu'il est non
526
NOTES COMPLEMENTAIRES
seulement juste a titre personnel, mais l'unique justificateur de
tout homme. Au reste, qu'est-ce que la justice comme attitude
humaine sinon l'obeissance aDieu (cf. I, 5, 5: iustitia, id est
oboedientia)? Au terme d'une longue etude, B. STUDER, «Le
Christ, notre justice...» admet qu'« it nous faut avouer que
dans l'ensemble de la theologie augustinienne» la thematique
de Jesus l'unique Juste «tient une place plutot marginale»
(p. 324). II attribue cela a l'influence de la tradition niceenne
(Ie Christ vu avant tout comme Ie Verbe de Dieu, Seigneur
de l'univers), mais it est sOr que la revendication pelagienne
d'une perfection par l'imitation de la justice individuelle de
certains modeles a conduit Augustin a traiter secondairement
la justice personnelle de Jesus.
Accomplir la justice de Dieu, non la sienne propre
Tout au long de sa reponse a Marcellinus, Augustin en
appelle a l' enseignement de saint Paul parce qu'« it a eu un
souci plus attentif de faire valoir la grace de Dieu a ceux qui
se glorifient de leurs reuvres et qui, ignorant la justice de Dieu
et voulant etablir leur propre justice, n'etaient pas soumis a
la justice de Dieu (cf. Rom. 10, 3; Pecc. mer. I, 27, 49)). Et
de citer Tit. 3, 4-7 (ibid.): Ce n'est pas en raison des lEuvres
de justice que nous avons accomplies, mais selon sa mise-
ricorde, qu'il a fait de nous des sauves par Ie bain de la
regeneration.
C 'est donc a la lumiere de cette conviction de foi que Ie
livre II etudie Ie cas des «justes» invoques par les objecteurs.
«II y a donc sur terre des hommes justes ... mais pas sans
peche» (II, 13, 18). Le seul Juste sans peche est Ie Christ, de
ce fait unique Mediateur entre Dieu et les hommes, et comme
homme (cette citation de I Tim. 2, 5 revient 10 fois dans Pecc.
mer.). Ce que relevait 1. PLAGNIEUX, «L'unique Mediateur,
l'homme Christ-Jesus», a propos du De peccato originali
est bien present «des» Pecc. mer.: «Saint Augustin met en
relief Ie role de l'homme Christ-Jesus, en tant que chef de la
nouvelle humanite.» Voir II, 24, 38 et II, 29, 47.
527
NOTES COMPLEMENTAIRES
Une justice de combat et de patience jusqu'a la resurrection
II y a comme une «ascese de la justice» (exercitatio ius-
titiae) pour tout baptise, qui est sa lutte contre Ie mal (cf. II,
31, 50 - 34, 56). Le terme de toute justice est eschatologique
(cf. II, 13, 20), Augustin soulignant la tension entre nunc et
tunc: «actuellement» (nunc) la justice sous Ie regime de la foi
est imparfaite; «alors» (tunc), a la resurrection finale, elle sera
parfaite dans la vision eternelle de Dieu. Nunc est Ie temps de
l'attente patiente (patientier exspectare, cf. II 31, 50 - 32, 52).
BIBLIOGRAPHIE: P. CURBELIE, La justice dans la Cite de
Dieu, Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite
171, Paris, 2004; R. DODARO, Christus Iustus in the Anti-
Pelagian Writings of Augustine (411-415), memoire dactylo-
graphie, Institutum Patristicum Augustinianum, Roma, 1985;
J. PLAGNIEUX, «L'unique mediateur, l'homme Christ-Jesus»,
NC 17, BA 22, p. 729-732; B. STUDER, «Le Christ, notre
justice, selon saint Augustin, Dominus Salvatore Studien
zur Christologie und Exegese der Kirchenvater», Studia
Anselmiana, 107, 1992, p. 269-325.
56. Rom. 7, 14-25: aveu de faiblesse personnelle reconnue
par saint Paul (II, 12, 17 ; II, 13, 20; II, 16, 24)
Voici une section d'epitre qui n'a cesse d'etre citee et
commentee par Augustin, et des son acces a l'episcopat.
M.-F. Berrouard a eu la patience et l'intelligence de foumir
Ie plus gros des efforts pour degager l'histoire de son inter-
pretation par Augustin de 396 a 426/427. Tout ce passage est
une declaration a la premiere personne. Mais qui parle ici?
Initialement, Augustin a considere que l'Apotre faisait s'ex-
primer l'homme qui vit sous la Loi, non encore libere par la
grace (cf. Exp. quarumdam prop. ex epist. ad Rom. 41,44,45,
46, PL 35, col. 2071-2072; De diu. quaest. 83, q. 66, 5-6; De
diu. quaest. ad Simp I. I, q. 1, 1-16, CCSL 44A, p. 156-158).
Mais i1 en est vite venu a penser que Paul pretait la sa voix
aux nombreux chretiens qui, meme entres par Ie bapteme
sous Ie regime de la grace, affrontent des tentations et luttent
528
NOTES COMPLEMENTAIRES
contre les sequelles du peche originel (cf. En. in Ps.42, 7,
PL 36, col. 480-481; En. in Ps.83, 9-11, PL 37, col. 1063-
1065). Enfin, il consent a admettre que Paul parle de lui, et
selon M.-F. Berrouard, ce serait seulement a partir de 418-419,
avec Ie De nuptiis et concupiscentia, 1, 27, 30-31, CSEL 42,
p. 242-248, la reconnaissance complete de son evolution etant
consignee en 426/427 dans les Revisions. Entre 411 et 418
se situerait une «etape intermediaire», Augustin observant
un «silence volontaire» sur Ie lien entre Ie «je» qui parle
et la personne meme de saint Paul, comme s'il n'etait pas
encore assez fonde pour designer l'Apotre a son auditoire (cf.
Tractatus in Iohannem 41, 11) ou a son lecteur Marcellinus
(cf. Pecc. mer. II, 12, 17), bien qu'il en risquat ailleurs l'hypo-
these (cf. Sermon 154, 2, 2, PL 38, 833-834).
Mais un examen pousse de Pecc. mer. oblige a rejeter l'idee
de «silence volontaire» d'Augustin sur la question. J'avais
fait remarquer que, si la citation de Rom. 7, 14-25a au cata-
logue du livre I (I, 27, 43) avait servi a decrire en generalles
croyants confessant la misere de leur condition native sans
l'aide de la grace divine (et non pas les humains encore sous la
Loi, comme l'ecrit A. ZUMKELLER, ALG, p. 627), en revanche
Ie livre II presente bien les affirmations de Rom. 7, 19-25a
comme une declaration personnelle de Paul. La comparaison
avancee avec Job l'est toutefois avec prudence (cf. II, 10, 15:
«Potest etiam quod dixit: Et adnotasti si quid inuitus com-
misi [lob 14, 17] ad illam uocem uideri pertinere qua dictum
est: Non enim quod uolo ago sed quod odi hoc facio [Rom. 7,
15] »). Est-ce Ie signe que Ie theologien africain «est alors
en recherche» (M.-F. BERROUARD, p. 143)? Oui, mais pas
comme auparavant. La pretention de Caelestius et consorts
a une possible «impeccance» humaine conduit Augustin a
examiner Ie cas de ces Justes de l'ancienne Alliance (Noe,
Daniel, Job) ou du seuil de la nouvelle (Elisabeth et Zacharie)
puisqu'ils sont invoques par les objecteurs. Mais l'assimilation
de l'Apotre a ceux-ci apparait ici comme un certain risque
pris par Augustin. R. DODARO, «Ego miser homo», n'y prete
529
NOTES COMPLEMENTAIRES
curieusement pas attention, tout attache a demontrer - ce qui
est juste - qu 'Augustin a reellement franchi un pas en attri-
buant a Paulla paternite du «je» de Rom. 7, 7-25a.
R. Dodaro attire l'attention sur Ie fait que Ie cas person-
nel de Paul est rapproche a la fois de celui de Job (par les
confidences successives de Rom. 7, 15; Phil. 3, 6-8 et Rom. 7,
22-23 en II, 10, 15; II, 11 ; II, 11, 16) et de celui d'Elisabeth et
Zacharie (par Phil. 3, 6-14 en II, 13, 19-20). Surtout, a propos
de la comparaison avec Ie couple, Augustin insiste sur Ie fait
que Paul a confesse l'imperfection de sa justice non seulement
d'avant son accueil de la foi (cf. Phil. 3, 6), mais de sa jus-
tice de chretien (cf. Phil. 3, 12-14). Ajoutons que, comme s'il
ressentait Ie besoin de se justifier d'une certaine audace ainsi
com mise, l'eveque ecrit a Marcellinus: «Voila une remarque
que je n'oserais faire, si je n'estimais pas impie de ne pas ici
l'en croire lui-meme» (quod dicere non auderem nisi ei non
credere nefas ducerem: II, 13, 20). II avait donc pris soin de
bien examiner Ie temoignage de Paul, a preuve l'adjonction de
II Cor. 4, 16b desormais reu comme une confidence person-
nelle (cf. II, 13, 20: «II veut que nous sachions qu'a lui aussi
s'applique ce qu'il dit [etiam ad ipsum pertinere illud quod ait] :
Meme si, en nous, l'homme exterieur se corrompt, l'homme
interieur, lui, se renouvelle de jour en jour»). Augustin
ose un neologisme pour decrire cette perfection relative de
l'Apotre: «parfait voyageur, mais pas encore "parveneur"
(peruentor) en perfection de sa propre route» (II, 13, 20).
L'apport de temoignages de Paul Ius dans d'autres epitres
(Phil., II Cor.) permet a Augustin d'oser accueillir les decla-
rations de Rom. 7, 14-24 a la premiere personne comme, elles
aussi, une confession personnelle de l'auteur. Non seulement il
y admet que, tant que son corps n'aura pas connu la resurrec-
tion, illui manquera la totale liberation de tout l'etre (Rom. 7,
23-24a en II, 12, 17), mais il avoue que, deja au fil des jours,
il commet des peches involontaires (Rom. 7, 15 en II, 10, 15
et Rom. 7, 19-20 en II, 12, 17) et meme connait des tentations
(cf. II Cor. 2, 17 en II, 16, 24). Ce n'est cependant qu'a par-
530
NOTES COMPLEMENTAIRES
tir de 419-420 qu 'Augustin appliquera it toute la section de
Rom. 7, 15-24 ce dernier aveu (cf. Contra duas ep. Pel. I, 10,
22, BA 23, p. 354). Enfin, notons Ie lien de ces «confessions»
avec la priere. Augustin l'evoque (cf. II, 16, 25), rappel ant ce
qu'il avait ecrit au debut du livre: la priere est necessaire au
chretien pour qu'il accueille de Dieu la grace de la vraie jus-
tice: celle de Dieu meme.
BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, «L'exegese augusti-
nienne de Rom. 7, 7-25 entre 396 et 418 avec des remarques sur
les deux premieres periodes de la crise pelagienne », Recherches
augustiniennes, 16, 1981, p. 101-196; «L'interpretation augus-
tinienne de Rom. 7, 7-25: une etape intermediaire», NC 27,
BA 73A, p. 501-504; 1. P. BURNS, «The interpretation of
Romans in the Pelagian controversy», Augustinian Studies,
10, 1979, p. 43-54; A. C. DE VEER, «L'exegese de Rom. VII
et ses variations», NC 27, BA 23, p. 770-777; B. DELAROCHE,
Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection
des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995,
p. 262-269 ; R. DODARO, « Ego miser homo. Augustine,
the Pelagian Controversy and the Paul of Romans 7.7-25»,
Augustinianum,44, 1, 2004, p. 135-144; T. F. MARTIN, «Paul
the Patient. Christus medicus and the "Stimulus Carnis"
(2 Cor. 12: 7): A Consideration of Augustine's Medicinal
Christology», Augustinian Studies, 32, 2, 2001, p.219-256.
57. Vive conscience d'Augustin de devoir tenir ensemble
necessite de la grace et rea lite de la responsabilite humaine
(II, 5, 6; II, 18, 28)
II est clair et bien etabli qu'Augustin a connu un itineraire
spirituel personnel qui, du bapteme a l'ordination episcopale,
l'a conduit a admettre que tout bien humain est don de Dieu, y
compris l'usage d'une volonte et l'acte de foi. Cela est exprime
sans detours dans sa reponse it une serie de questions que lui
avait posees Simplicianus. Cette «confession» lui est en quel-
que sorte dictee par la Parole de Dieu, certaines phrases de
saint Paul en particulier, surtout son: Qu'as-tu que tu n'aies
531
NOTES COMPLEMENTAIRES
refu? (I Cor. 4, 7). Toute la suite de la vie de l'eveque sera
un chant a la «gloire de la graCe» (P.-M. HOMBERT, Gloria
gratiae.. .).
Le debat ouvert par les reclamations de Caelestius et
d'autres chretiens en faveur de la responsabilite humaine a-
t-it «durci» chez Augustin la defense de la grace divine? La
reflex ion livree ici, en II, 18, 28, revele sa conscience, fin 411,
d 'une limite a ne pas franchir: defendre la toute puissance de
la grace jusqu'a reduire a neant la dignite de la responsabilite
humaine, pourtant voulue par Dieu et reclamee par lui. Deja,
en II, 5, 6, Augustin precisait: «Dieu est appele notre secours
(cf. Ps. 61, 9), mais seul peut etre secouru celui qui fait aussi
quelque effort de son cote. Dieu en effet ne nous traite pas
comme les pierres insensibles (...) quand it opere en nous
notre salul. »
Observant l'etat de la question pour l'eveque dans les
dernieres annees de sa vie, J. CHENE, «La coexistence de la
grace et du libre arbitre», BA 24, NC 7, degage du De gratia
et libero arbitrio (compose en 426-427) «cette double affir-
mation: que la grace est necessaire a l'homme et que sous la
grace l'homme agit et agit librement» (p. 781), mais signale
(p. 782) que huit a neuf ans plus tot, dans son De gratia
Christi, Augustin avoue que «cette question ou l'on traite de
la liberte de la volonte et de la grace de Dieu offre tant de
difficulte de discernement que, lorsqu'on defend la volonte
libre, on donne l'impression de nier la grace de Dieu et, qu'au
contraire, lorsqu'on affirme la grace de Dieu, on peut croire
que la volonte libre est supprimee» (De gr. Christi, 47, 52).
Le propos d'Augustin en Pecc. mer. II, 18, 28 (<< excepto
enim quod Apostolus ait cum de bonis hominum loqueretur
[cf. I Cor. 4, 1 sq]: Quid enim habes quod non accepisti?
Si autem accepisti quid gloriaris quasi non acceperis?
[I Cor. 4, 7], ipsa etiam ratio quae de his rebus a talibus quales
sumus iniri potest, quemlibet nostrum quaerentem uehemen-
ter angustat ne sic defendamus gratiam ut liberum arbitrium
auferre uideamur, rursus ne liberum sic asseramus arbitrium
532
NOTES COMPLEMENTAIRES
ut superba impietate ingrati Dei gratiae iudicemur») est une
phrase cle de sa foi, car il y exprime et sa conviction intime
que «tout vient de Dieu» et l'embarras (proche de l'angoisse:
angustat) ou Ie theologien et pasteur qu'il est se trouve de
« tenir» a la fois ce «tout vient de Dieu» et la responsabilite
humaine (sens precis, ici, de liberum arbitrium). L'ete 414
(datation proposee par M.-F. BERROUARD, BA 73/A, p. 12), Ie
Traetatus in Ioh. 12, 37-43 associe Lue. 22, 32 (}'ai prie pour
toi, Pierre, afin que tafoi ne defaille pas) et Ioh. 1, 12 (II leur
a donne Ie pouvoir de devenir enfants de Dieu), parce que,
tout a la fois, «il faut rendre grace aussi parce que ce pouvoir
nous a ete donne et il faut prier de peur que la faiblesse ne
succombe ».
La voix d'un autre pasteur et theologien de l'epoque
Surtout en commentant saint Paul, Jean Chrysostome est
tres preoccupe de prevenir toute interpretation de l'Apotre
dans un sens purement predestinatianiste car il veut tenir
ensemble la liberte de l'homme et la bonte de Dieu. «Ce n'est
pas pour eliminer notre libre arbitre que Paul dit: L'ouvrage
fafonne peut-il dire a qui l'afafOnne: Pourquoi m'as-tufait
ainsi? Non, pas du tout.» Plutot, quand Paul parle d'un Dieu
«potier» et de l'homme «argile », il «ne l'a pas dit pour eli-
miner notre pouvoir ni pour leser Ie libre arbitre» (De ineom-
prehens. Dei nat. 2, 5, SC 28 bis, p. 168-170).
«Qui done es-tu pour donner aDieu la replique ? (Rom. 9,
20) Puis, voulant monter a l'homme quel est l'intervalle entre
l'homme et Dieu, Paul n'y parvient sans doute pas comple-
tement, mais la comparaison qu'il emploie nous permet de
concevoir l'idee d'une distance beaucoup plus grandee En
effet, que dit-il? Le vase d'argile demandera-t-il a eelui qui
l'a fafonne: Pourquoi m'as-tu fait ainsi? Le potier n'a-t-il
pas Ie droit de fa ire avee la meme boue d'argile mouillee soit
un vase d'honneur, soit un vase d'ignominie ? (Rom. 9, 20-21)
Que dis-tu? Dois-je etre soumis aDieu comme l'argile l'est
au potier? Oui, affirme Paul, car la distance entre l'homme
et Dieu est analogue a celle qui separe I 'argile du potier, ou
533
NOTES COMPLEMENTAIRES
plutot elle n'est pas analogue, mais beaucoup plus grande
encore (.. .). II te faut rester muet comme l'argile quand Dieu
veut accomplir quelqu'un de ses desseins. Ce n'est certes pas
dans l'intention de detruire notre liberte (a<t>aLQoufJ.£vO tT]v
E;ouo(av f]f.Loov) - ce qu'a Dieu ne plaise! - ou de porter
atteinte a notre libre arbitre (tQ> autE;ouO(<p A.uf.WLv6fJ.£vo)
que Paul s'est exprime ainsi, mais pour imposer silence d'une
faon plus radicale a notre arrogance» (De incomprehens.
Dei nat. 2, SC 28bis, p. 169-171).
Un effet de la «prudence» d'Augustin pourrait etre reconnu
dans Ie conseil spirituel attribue a Ignace de Loyola: prier
comme si tout dependait de nous, agir comme si tout depen-
dait de Dieu, conseil qui, deliberement, brouille les pistes de
la logique humaine pour manifester l'indispensable union
intime, en l'homme, de la grace divine et de la responsabilite
humaine.
BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, «La grace et la
liberte», NC 32, BA 73/B, p. 480-481 ; 1. CHENE, «La coexis-
tence de la grace et du libre arbitre», NC 7, BA 24, p. 781-783.
58. Pro bona uoluntate : bonne volonte humaine ou divine?
(I, 33, 62 et II, 18, 30)
Deus est enim qui operatur in nobis et uelle et operari pro
bona uoluntate (Phil. 2, 13). En Pecc. mer. I, 33,62, Augustin
cite cette phrase de saint Paul a la fin d'une profession de foi:
la justification ne vient pas de nos merites, mais de la grace
de Dieu. On doit donc comprendre ici que la bonne volonte
humaine est elle aussi un effet de la grace divine. I. VOLPI
traduit: «selon ses desseins bienveillants» (ce que donne Ie
texte grec). Mais R. HABITZKY et, dans la presente edition
M. MOREAU et C. INGREMEAU traduisent comme s'il y avait
pro bona uoluntate hominis, R. HABITZKY (ALG, p. 151, n. 1)
justifiant ce choix par Ie fait que la citation revient en II, 18,
30 avec Ie sens incontestable de «volonte de l'homme».
534
NOTES COMPLEMENTAIRES
Aussi traduisent-ils respectivement: Car Dieu est celui
qui realise en vous et Ie vouloir et la realisation selon la
bonne volonte et: C'est Dieu, en effet, qui realise en vous et
de vouloir et de realiser selon une volonte bonne tandis que
P.-M. HOMBERT interprete plus ou moins dans Ie meme sens :
en vue d'une volonte bonne. Habitzky (suivi par R. TESKE,
WSA, p. 79) ajoute que, par la suite, Augustin a cite Ie meme
verset cette fois avec Ie sens de uoluntas Dei, mais les deux
references qu'il fournit (De correptione et gratia, 9, 24,
PL 44, col. 931 et De praedestinatione sanctorum, 18, 37,
PL 45, col. 988) n'en fournissent aucune preuve.
La Sainte Bible de L. SEGOND traduit: Selon son bon plai-
sir, la Bible de Jerusalem: Aussi bien, Dieu est la qui opere
en vous a lafois Ie vouloir et l'operation meme, au profit de
ses bienveillants desseins et la Traduction lEcumenique de
la Bible: Car c'est Dieu qui fait en vous et Ie vouloir et Ie
faire selon son dessein bienveillant, mais avec (ed. 1991) la
note: «Certains comprennent: A la mesure de votre volonte.
L'enchainement des deux phrases est paradoxal: agissez puis-
que c'est Dieu qui agit. La volonte et l'activite des chretiens
entrent dans l'reuvre de Dieu (cf. I Cor. 15, 58), commandee
par son dessein de salut dans Ie Christ. »
Paratur uoluntas a Domino
La meme section de II, 18, 30 presente une citation don nee
sans source, mais qui provient du Livre des Proverbes (Prou. 8,
35), traduction latine du texte des Septante dont disposait
Augustin. A.-M. LA BONNARDIERE, «Biblia Augustiniana,
Les Proverbes», a releve que c'est IA la premiere apparition
connue du verset sous la plume de l'eveque. Elle signale que
A. BARUCQ, Le Livre des Proverbes, traduit ainsi Prou.8,
34-35: Heureux l'homme qui m'ecoutera et l'homme qui gar-
dera mes voies, se tenant eveille ames portes chaque jour,
observant les montants de mes entrees, car mes issues sont
des issues de vie et Ie bon plaisir (8tAEOLO) est prepare par
Dieu. Barucq ajoute: «peut-etre: la Dieu a prepare Ie bon
535
NOTES COMPLEMENTAIRES
plaisir (de I' homme) ?» «On voit que la derniere partie de la
sentence, exactement Prou. 8, 35b, presente une signification
ambigue. C'est elle qui a precisement donne lieu a la traduc-
tion latine: Praeparatur uoluntas a Domino que connaissent
Ambroise et Augustin. Tous deux ne transmettent d'ailleurs
que cette phrase, totalement detachee de Prou. 8, 34-35. Ni
l'un ni l'autre ne dit de quellivre il tire cette formule. Augustin
la cite 55 fois» (A.-M. LA BONNARDIERE, p. 66-67). En Pecc.
mer. II, 18, 30, Ie verset est associe a Ps. 36, 23 et Phil. 2, 13,
qui «ont tous un terme-clef commun: uoluntas ou uelle» et
qu'Augustin semble n'avoir reemploye ensemble qu'au debut
de la rude controverse avec Julien d'Eclane.
A.-M. La Bonnardiere renvoie ici a A. SAGE, «Praeparatur
uoluntas a Domino», qui note (p. 16) que, a l'instar des deux
autres passages bibliques, «Ie verset des Proverbes envi-
sage la bonne volonte, telle que, des l'eveil de la foi, elle se
manifeste (...) enveloppe tout Ie deroulement d'une vie de
saintete». En tout cas, Prou. 8, 35, «qui ne cessera de revenir
dans les ouvrages antipelagiens, est essentiel pour Augustin.
II dit en effet l'action propre de la grace: changer de l'inte-
rieur la volonte pour la rendre bonne» (P.-M. HOMBERT,
Gloria gratiae..., p. 168, qui renvoie lui aussi a A. Sage et
sa liste complete, p. 19-20, des citations du verset). «Mais,
ajoute pertinemment Hombert, pour Augustin Ie verset est
aussi la preuve que Dieu ne se substitue pas a nous, ni ne nous
depossede d'une action propre, parce que c'est notre volonte
qu'il prepare» et, a ce titre, «Prou. 8, 35 attenue Ie caractere
tranche du texte de Phil. 2, 13».
BIBLIOGRAPHIE: A. BARUCQ, Le Livre des Proverbes,
collection Sources Bibliques, Paris, 1964; P.-M. HOMBERT,
Gloria gratiae. Se glorifier en Dieu, principe et fin de la
theologie augustinienne de la grace, Collection des Etudes
augustiniennes, Serie Antiquite 148, Paris, 1996; A.-M. LA
BONNARDIERE, Biblia Augustiniana, Les Proverbes,
Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 67,
Paris, 1975, part. p. 66-70; A. SAGE, «Praeparatur uoluntas
536
NOTES COMPLEMENTAIRES
a Domino», Revue des Etudes augustiniennes, 10, 1, 1964,
p. 1-20.
59. Liberte du chretien dans son actuelle condition
humaine (II, 18, 30)
Augustin y insiste: nous n'acquerons pas de Dieu que l'ar-
bitrage de notre volonte (uoluntatis arbitrium), mais aussi la
bonne volonte (bona uoluntas). De la son appui sur Prou. 8,
35 dans la traduction latine de la Septante. Remarquons que,
a la difference de uoluntas, faculte humaine reconnue pour
exercer sa responsabilite devant Dieu, Ie mot libertas est
absent du Pecc. mer., alors qu'il figure de longue date sous
la plume d'Augustin (cf. De libero arbitrio, I, 1'5, 32, ecrit en
388). Mais sans doute a cause des contestations qu'il affronte,
Pecc. mer. s'attache a traiter moins de la liberte actuelle des
humains que des conditions de leur liberation. En effet, selon
la foi de l'Eglise, l'acces a leur vraie liberte n'est possible pour
eux que par la mediation du Christ.
Developpement de la catechese dans les annees suivantes
Commentant Ie Tractatus 41 in Ioh., prononce selon lui l'ete
414 et portant sur la parole du Christ: Si Ie Fils vous libere,
vous serez vraiment libres (Ioh. 8, 36), M.-F. BERROUARD,
«La liberte chretienne de ce temps », NC 29, BA 73/A, resume
un enseignement du pasteur africain dont les grandes lignes
etaient tracees dans Ie Pecc. mer. «Notre esperance, freres,
c'est que nous soyons liberes par celui qui est libre» (Tr. 8,
BA 73/A, p. 358) pour etre, selon Rom. 6,20.22, les affranchis
du peche devenus les eselaves de Dieu. II est une prima liber-
tas (Tr. 9, BA 73/A, p. 360), qui est de ne pas commettre de
peches graves, mais elle reste la «liberte de ce temps» (huius
temporis libertatem: Tr. 2, BA 73/A, p. 340). La libertas plena
et perfecta (Tr. 13, BA 73/A, p. 374) surgira avec la resurrec-
tion finale et la defaite definitive de la mort (cf. I Cor. 15, 53-
55, passage abondamment commente dans Pecc. mer.).
BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, «La liberte chretienne
de ce temps (Tractatus in Ioh. 41, 8-13)), NC 29, BA 73/A,
537
NOTES COMPLEMENTAIRES
p. 505-509; 10., «La grace et la liberte (Tractatus in Ioh. 53,
8)), NC 32, BA 73/B, p. 480-481; M. HUFfIER, «Libre
arbitre, liberte et peche chez saint Augustin», Recherches
de theologie anciene et medievale, 33, 1966, p. 187-281 ;
G. MAOEC, «Liberte, volonte, libre arbitre» (dans Ie De lib.
arbr.), NC 16, BA 6, p. 571-575; F.-J. THONNARO, «La vraie
liberte selon saint Augustin», NC 24 (sur C. duas ep. Pel.),
BA 23, p. 753-762; A. TRAPE, OSA, XVII/I, p. CXLIX-CL.
60. Rom. 8, 3, verset capital de la christologie d' Augustin
P.-M. HOMBERT, Gloria gratiae..., p.495, voit chez
Augustin que «la saintete du Christ homme est Ie resultat
immediat de la presence du Verbe qui s'unit a cette nature
humaine. Le Christ a ete constitue juste des sa conception.
Ce point est capital pour une representation exacte de I 'agir et
de la psychologie du Christ». Car dans son debat avec Julien,
note P.-M. Hombert, Augustin distingue «nous» qui habitons
la chair de peche (Rom. 8, 3) et Ie Christ qui n'a «que la res-
semblance de la chair du peche (Rom. 8, 3)).
Mais cela est deja fermement affirme dans Pecc. mer. En I,
28, 55, Augustin rapproche et distingue les situations humai-
nes: une seule est la «chair» de tous humains a leur nais-
sance; une seule est la «chair» de I 'unique homme par qui
tous les autres peuvent etre sauves. Mais si tous les humains
naissent dans cette «chair de peche» evoquee par Paul (cf.
Rom. 8, 3), lui seul est ne «dans la ressemblance de la chair
de peche» (cf. Rom. 8, 3) par laquelle tous sont «liberes de
la condamnation» (cf. Rom. 8, 1-2). La distinction des prepo-
sitions est capitale car la «chair de peche» commune a tous
les humains est un etat d'impuissance tandis que la «chair du
Christ» est puissance de salul.
Dans Ie livre II, en II, 23, 37 - 24, 38, Augustin revient
dans Ie meme sens sur Rom. 8, 3, mais avec des enrichisse-
ments. II fait apparaitre une communion d'expression de foi
chez Paul et Jean en liant Rom. 8, 3 et Ioh. 1, 13 (naitre de la
chair / naitre de Dieu), soulignant la difference de condition
538
NOTES COMPLEMENTAIRES
native entre Jesus et les autres humains, y compris Marie. En
11,27,43 revient Ie couple generatio-regeneratio qui etait mis
en avant au livre I. II, 36, 58 a quelque parente avec l'Ambro-
siaster, qui recourt volontiers a Rom. 8, 3 dans Ie meme sens
theologique (voir NC 36).
En tout, Pecc. mer. presente au moins 27 citations des
expressions «chair de peche» ou «ressemblance de la chair
de peche», bien davantage dans la mesure oil l'expression
revient souvent plusieurs fois dans certains paragraphes. Mais
Ie traitement theologique de Rom. 8, 3 n'est pas nouveau. Une
de ses premieres traces semble se trouver chez ORIGENE, In
Ep. ad Rom. 5, 9, PG 14, col. 1046C: «Et de Saluatore quo-
dam loco dicit (Paulus) quia uenerit in similitudine carnis
peccati (Rom. 8, 3) ut de peccato damnaret peccatum in
carne (Rom. 8,3 fin). In quo ostendit quod nostra quidem carD
peccati sit caro, Christi autem caro similis sit carni peccati.
Non enim ex semine uiri concepta est, sed Spiritus Sanctus
uenit super Mariam et uirtus Altissimi obumbrauit ei, ut quod
nascebatur ex ea Filius uocaretur Excelsi (cf. Luc. 1, 35).»
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et
interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustinien-
nes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 324-327; N. CIPRIANI,
«Un' altra traccia dell' Ambrosiaster. De Peccatorum Meritis
et Remissione II, 36, 58-59 », Augustinianum, 24, 1984,
p. 515-525; P.-M. HOMBERT, Gloria gratiae. Se glorifier en
Dieu, principe et fin de la theologie augustinienne de la
grace, Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite
148, Paris, 1996.
61. Les informations contenues dans Ie De peccatorum
meritis et remissione sur Ie rite catechumenal (I, 34, 63;
II, 25, 42)
G. MADEC rappelle qu'«on ne trouve pas dans les reuvres
d'Augustin de presentation complete du rite catechumenal»
et, renvoyant a Pecc. mer II, 26, 42, decrit les trois gestes
de «sanctification» reus par les candidats au bapteme:
539
NOTES COMPLEMENTAIRES
signation, imposition de la main, quelques grains de sel ou
un morceau de pain saupoudre de sel, auxquels B. BUSCH, De
initiatione christiana. . ., p. 49, ajoute un exorcisme par exsuf-
flation que suggererait la formule ecclesiae more tractandus.
Ce rite est d'ailleurs evoque en I, 34, 63, et cela quel que soit
l'age du baptise.
BIBLIOGRAPHIE: B. BUSCH, De in itiatione christiana
secundum doctrinam sancti Augustini, Romae, 1939, p. 48-59;
G. MADEC, «Le rite catechumenal», NC 9, BA 11/1, p.265-
267; V. SAXER, Les rites de l'initiation chretienne du Ir au
vr siecle. Esquisse historique et signification d'apres leurs
principaux temoins, Spoleto, 1988, p. 382-383; I-A. VINEL,
Le role de la liturgie dans la reflexion doctrinale de saint
Augustin contre les Pelagiens, Dissertation, Universite catho-
lique de Louvain, Louvain-Ia-Neuve, 1986.
62. Trace de l'Ambrosiaster dans quelques passages du De
peccatorum meritis et remissione? (I, 11, 13; I, 16, 21; I,
28, 56; II, 36, 59)
Depuis plus de 120 ans, des traces de l'ecrit anonyme appele
depuis Erasme (1527) Ambrosiaster ont ete revendiquees dans
les ecrits d'Augustin. C'est ainsi que A. C. DE VEER, «Saint
Augustin et l'Ambrosiaster», NC 43, BA 23, p. 817, a restitue a
ce dernier un passage (Ad Romanos, 5, 12) qu'Augustin, dans
son Contra duas epistolas Pelagianorum (IV, 4, 7) attribue a
Hilaire de Poitiers: «Deinde addidit: "Manifestum in Adam
omnes peccasse quasi in massa; ipse enim per peccatum
corruptus, omnnes quos genu it nati sunt sub peccato."» Mais,
vu que Ie contexte tout entier offre une interpretation radica-
lement differente de celIe de l'eveque - pour l'Ambrosiaster,
seulle corps mortel est a l'origine des peches, pas l'esprit-,
A. C. DE VEER estime (p. 821) qu'Augustin n'a pas eu en
mains tout Ie commentaire Ad Romanos, mais seulement la
phrase qu'il cite pour l'avoir probablement trouvee, sous Ie
nom d'un certain Hilaire, dans un recueil de testimonia.
540
NOTES COMPLEMENTAIRES
En ce qui concerne Pecc. mer., De Veer conteste ajuste titre
it C. MAROLD, «Der Ambrosiaster...», p. 415-470, une trace
de l'Ambrosiaster en Pecc. mer. I, 11, 13 mais se trompe en
pensant que «si (...) Augustin vise quelqu'un sans Ie nom mer,
ce ne peut etre que Pelage» (p. 822), car it n'a pris connais-
sance de ses Expositiones qu'une fois acheves les livres I et
II. II conclut que « sous reserve de nouvelles decouvertes, l'ab-
sence de tout parallele sur confirme l'opinion qu'Augustin n'a
pas subi l'influence directe du Pseudo-Ambrosien» (p. 823).
Or une de ces «decouverteS» a, depuis, ete publiee par
N. CIPRIANI, « Un'altra traccia dell'Ambrosiaster.. .», et
attire l'attention sur Pecc. mer. II, 36, 58-59. Convaincu que
l'ame, comme la chair, a besoin de la grace du salut, mais tres
embarrasse et indecis quant a son mode d'implication dans la
condition humaine, pecheresse de naissance, Augustin risque
deux hypotheses: soit que l'ame est propagee comme Ie corps
(traducianisme), soit que, meme creee immediatement par
Dieu (creatianisme), son union au corps l'alourdit jusqu'a avoir
besoin d'une redemption, elle aussi. Or telle est l'hypothese
retenue par l'Ambrosiaster dans son Commentarius in epis-
tuLas S. Pauli, ou - releve N. Cipriani - se retrouve la meme
image d'une ame alourdie par Ie poids de la chair corrompue
(cf. Ad Romanos, 7, 25, CSEL 81/3, p. 247). Mais lit encore, it
ne parait pas qu'Augustin ait eu en mains l'ouvrage car, sinon,
it n'aurait pas manque de refuser l'opinion de son auteur, selon
qui la chair seule est soumise au peche.
Sans etre en mesure de prouver une dependance, on peut
quand meme constater des affinites d'expression entre les
deux ecrivains dans trois autres sections de Pecc. mer.: en I,
16, 21 (voir la NC 19 sur mitissima poena); en I, 28, 56 et I,
29,58 (voir la NC 36 sur Eve et Marie, qui signale aussi II, 36,
58 et Ie couple carD peccati / similitudo carnis peccati).
BIBLIOGRAPHIE: N. CIPRIANI, « Un'altra traccia dell'
Ambrosiaster. De Peccatorum Meritis et Remissione II 36,
58-59», Augustinianum, 24, 1984, p. 515-525; A. C. DE
541
NOTES COMPLEMENTAIRES
VEER, «Saint Augustin et I'Ambrosiaster», NC 43, BA 23,
p. 821-823; C. MAROLD, «Der Ambrosiaster nach Inhalt und
Ursprung», Zeitschrift fur Wissentschaftliche Theologie, 27,
1884, p. 415-470; AMBROSIASTER, Commentarius in epistu-
las S. Pauli, H. G. Vogels ed., CSEL 80/1-3, Wien, 1966-1969.
63. Le commentaire de Paul par Pelage parvenu a
Augustin
Lectures multiples de Paul depuis Ie milieu du lve s.
Com me Ie souligne V. GROSSI, Leggere la Bibbia con
S. Agostino. . ., la lecture de Paul est devenue «problematique»
dans Ie christianisme latin d 'occident a partir du milieu du
IV e s. (revendications manicheenne, donatiste, pelagienne.. .).
M. G. MARA, Paolo di Tarso e it suo epistolario..., p. 26-
42, analyse la floraison de commentaires suivis de I'Apotre:
entre 250 et 420, 22 travaux de ce type connus, ecrits en
grec (14), en syriaque (1), mais aussi en latin (7), ce qui est
un phenomene nouveau. «Tous (les auteurs) paraissent cher-
cher a repondre a la question: comment l'homme peut-il se
sauver? Quel type d'homme se sauve?» (M. G. MARA, p. 54).
P. BROWN, La vie de saint Augustin, p. 177, a pu qualifier les
auteurs chretiens des dernieres decennies du IV e s. de «gene-
ration "saint Paul"». On sait aussi la place qu'a pris I'Apotre
dans l'itineraire intellectuel et spirituel d'Augustin: en 386
a Milan, il en fait «avec avidite» (ConI VII, 21, 27; avant,
Contra Academicos, II, 2, 5) une lecture integrale, prelude a
la fameuse «scene du jardin» puis a diverses etudes qui se
prolongeront dans la predication.
L'apport de Pelage
Dans un de ses premiers ecrits connus, Ie De induratione
cordis Pharaonis, Pelage exprime une anthropologie chre-
tienne traditionnelle dans I'Orient engage a combattre les
determinismes gnostique et manicheen, Ie fatalisme astrolo-
gique et l'excessive credulite au pouvoir du diable. «C'est une
sensibilite qui semble avoir laisse dans l'ombre Ie Paul des
Lettres aux Galates et aux Romains et la justification par la
542
NOTES COMPLEMENTAIRES
grace. C'est la position, en definitive, d'un Jean Chrysostome,
avec ses "saints palens de l'Ancien Testament"» (1. DANIELOU,
Les saints parens de Z'Ancien Testament, 2, Brescia, 1988).
L'absolution de Pelage au synode de Diospolis/Lydda en
Palestine, en 415, est comprehensible» (C. NALDI, «Paolo: la
giustificazione nell'esegesi patristica», p. 147).
Le texte des Expositiones en 411 et au-dela
T. DE BRUYN, Pelagius's Commentary on Romans, p. 6-7,
estime qu'« il ressort clairement de son commentaire de l'epitre
aux Romains que Pelage etait familiarise avec les differents
travaux qu 'Augustin publia sur la meme epitre entre 394 et
397 (Expositiones, commentaire inacheve, De 83 questions,
Ad Simplicianum)). Mais avec son changement de vue sur
liberte humaine et grace divine (cf. Ad Simpl.), Augustin
«avait perdu la sympathie de Pelage». Cela expliquerait que
Ie moine ait, des lors, pris «ses distances par rapport a ceux
qui, a Rome, favorisent la tradition africaine sur les conse-
quences de la chute ».
Ces Expositiones sont Ie plus conserve de ses ecrits et l'un
des rares dont la paternite est aujourd'hui incontestee. «Pour
cette raison, et aussi parce qu'il est anterieur a l'epoque des
polemiques de la controverse pelagienne, c'est un tres impor-
tant document des vues de Pelage» (DE BRUYN, p. 26; sa
traduction suit celle de Souter, mais avec des notes signalant
divergences ou doutes).
Mais quel etat de son texte est parvenu a Augustin l'hiver
411-412? La question est d'importance car, dans Ie livre III
de Pecc. mer., l'eveque fie signale pas des interpretations qu'il
relevera quatre ans plus tard parce qu'elles sont contraires ala
foi reue. De fait, on peut, comme Ie fait W. Dunphy, observer
au moins une premiere revision du texte apres 412: dans les
annees suivantes (entre 412 et 413, selon W. Dunphy), revision
qui tend, a propos de Rom. 5, 12, a accentuer Ie caractere
volontaire du peche et dont l'editeur serait Caelestius; une
deuxieme intervient plus d'un siecle plus tard, a l'initiative de
Cassiodore. T. DE BRUYN, p.26-35, resume la transmission
543
NOTES COMPLEMENTAIRES
complexe du texte. Debut 412, Augustin ecrivait avoir sous
les yeux de «tres breves explications» (breuissimas expo-
sitiones). Mais l'ouvrage s'est un peu etoffe par la suite.
L'hypothese de W. DUNPHY, «A Lost Year», p. 423, que les
Expositiones n'etaient pas en circulation publique et que ce
sera it Marcellinus qui en aurait procure une copie a Augustin
est difficilement concevable, l'eveque ayant precedemment
accuse reception de ce que son ami lui avait adresse et l'in-
formant a present qu'il avait par lui-meme pris connaissance
d' un ouvrage: «Mais tres peu de jours apres, j'ai lu certains
ecrits de Pelage» (uerum post paueissimos dies legi Pelagii
quaedam scripta: Peee. mer. III, 1, 1).
BIBLIOGRAPHIE: H. 1. CHAPMAN, «Pelage et Ie texte
de saint Paul», Revue d'histoire eeelesiastique, 18, 1922,
p.469-481 et 19, 1923, p. 25-42; T. DE BRUYN, Pelagius's
Commentary on Romans, Oxford, 1993; A. C. DE VEER,
«Ouvrages de Pelage utilises ou signales par Augustin en De
gratia Christi et de peeeato originali», NC 4, BA 22, p. 689 ;
B. DELAROCHE, Saint Augustin leeteur et interprete de saint
Paul, Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite
146, Paris, 1995, p. 77-106 = «Augustin et saint Paul avant Ie
De peeeatorum meritis et remissione»; V. GROSSI, Leggere
la Bibbia con S. Agostino, Brescia, 1999; M. G. MARA, Paolo
di Tarso e it suo epistolario. Rieerehe storieo-esegetiehe,
L'Aquila, 1983, p. 6-64 (<< Presenza del 'corpus' paolino nella
storia del cristianesimo dal II al v secolo» et «II significato
storico-esegetico dei commentari al corpus paolino dal IV
al V sec», Annali di storia delt'esegesi, 1, 1984, p. 59-74);
C. NARDI, «Paolo: la giustificazione nell'esegesi patristica»,
dans La Bibbia nei Padri delta Chiesa: II Nuovo Testamento,
M. Naldini ed., Letture patristiche 8, Bologna, 2000, p. 123-
163, en part. p. 143-163: «La crisi: Pelagio e Agostino»;
F. NUVOLONE, «Pelage et pelagianisme I: Les ecrivains»,
Dietionnaire de spiritualite, XII/2, 1986, col. 2899-2901 ;
G. DE PLINVAL, «Le probleme des versions pelagiennes du
544
NOTES COMPLEMENTAIRES
texte de saint Paul », Revue d'histoire ecclesiastique, 59, 1964,
p. 845-853.
64. Pelage et Augustin en 410-411
La convaincante nouvelle datation du De natura de Pelage
(entre 405 et 410) par Y.-M. DUVAL (<< La date du De natura
de Pelage ») oblige a convenir avec lui que «la lecture des
textes et l'apparition de nouveaux textes imposent une appro-
che differente de la decennie 405-415 au moins» (Revue des
Etudes augustiniennes, 48,2,2002, Bulletin augustinien pour
2001/2002). Absent quand Pelage debarqua a Hippone, vers
la fin de 410, Augustin raconte cinq ans plus tard, dans Ie De
gestis Pelagii, avoir recueilli d'amis (sicut comperi a nostris:
De gest. Pel. 22, 46, CSEL 42, p. 100), a son retour, que «rien
de tel ne fut entendu de sa part» (nihil ab illo huius modi audi-
tum est), a savoir rien de l'hostilite a la grace divine que Pelage
manifestait depuis plusieurs annees, selon l'information reue
a Hippone de personnes credibles (<< quod licet ... ab eis mihi
diceretur quibus crederem »). C'est donc que l'eveque etait
inquiet de la theologie du moine, conseiller spirituel de gran-
des familles romaines. Voir aussi I'Introduction (II. 4: «Pelage
et Augustin connaissent leurs divergences ») et Y.-M. DUVAL,
«La correspondance entre Augustin et Pelage », p. 376-378.
Des face-a-face manques
Les deux hommes se sont en quelque sorte «manques» a
Hippone. A Carthage, en mai 412, ils se sont juste entr'aper-
us. Augustin se rappelle, dans Pecc. mer., qu'il etait alors
accapare par les demiers preparatif de la conference entre
catholiques et donatistes. Quant a Pelage, nous ne disposons
d'aucun temoignage de sa part qui nous explique pourquoi il
n'a pas cherche a aborder Augustin entre fin 410 et juin 411,
moment ou il rembarque. Pourtant, un echange de courrier
avait eu lieu entre les deux hommes. Pelage, Ie premier, avait,
apres son depart d'Hippone, adresse une lettre (non conservee)
a l'eveque. Mais, se souviendra ce dernier (De gest. Pel. 26,
545
NOTES COMPLEMENTAIRES
51 - 29, 53), la missive, quoique elogieuse, ne proposait pas
de rendez-vous. C'est Augustin qui, en retour, envoya un court
billet (Lettre 146) 00 il manifestait un vif desir de rencontre,
laquelle n'aura finalement jamais lieu. Seul Augustin semble
avancer une explication, a savoir que Pelage ne tenait pas
trop a une telle rencontre, en rapportant que celui-ci quitta
Hippone «plus tot qu'on ne s'y attendait» (citius quam puta-
batur: De gest. Pel. 22, 46, CSEL 42, p. 100) et en precisant
que Ie billet qu'illui envoya - qu'Augustin cite et commente
en De gest. Pel. 26, 51 - 29, 53 - contenait, dans sa formule
finale (<< Puisses-tu, gardant Ie souvenir de nous et toujours
sain et sauf, etre agreable a Dieu, seigneur tres aime et frere
tres desire!») un appel sous-entendu a s'en remettre plus a la
grace de Dieu qu'a la volonte humaine.
Avec Pecc. mer., Augustin commence a viser Pelage
M. R. RACKE'IT, «What's Wrong with Pelagianism?
Augustine and Jerome on the Dangers of Pelagius and his
Followers », porte un jugement temeraire en soutenant (p. 231)
que «Ie De peccatorum manque de toute critique directe des
conceptions pelagiennes de la graCe» et ne veut pas se pro-
noncer decidement sur l'impeccabilite.
Certes, l'eveque n'y refute pas des theses «pelagiennes»,
stricto sensu, puisque la paternite des objections et assertions
discutees dans l'ouvrage n'est pas revendiquee par Pelage en
personne. On pourrait les appeler, en 411-412, des theses « cae-
lestiennes ». Mais l'avenir revelera que l'ascete en partageait la
plus grande part, surtout Ie refus d 'une transmission du peche
d'Adam et la revendication d'une «impeccance» parfaite pos-
sible puisque des humains y etaient deja parvenus.
Au livre I, Augustin rejoint saint Paul qui, deja, denonait
«ceux qui se glorifiaient des reuvres» (I, 27, 43: «Quanto
diligentius curauit commend are gratiam Dei aduersus eos qui
operibus gloriabantur»). Puis au livre II, en citant par trois
fois sa priere des Confessions: Da quod iubes, et iube quod
546
NOTES COMPLEMENTAIRES
uis, il persiste bien a soutenir une formule dont lui et son cor-
respondant italien savent qu'elle irrite Pelage depuis plusieurs
annees.
Enfin, si Ie livre III n'attaque pas personnellement ce der-
nier dans la mesure ou il se contente de citer les objections,
Augustin ne l'en appelle pas moins a choisir son camp. Cela
n'est pas dit aussi abruptement, mais tout y conduit dans la
maniere a la fois bienveillante et «diplomatique» dont Ie
theologien africain, en III, 3, 6, imagine en quel etat d'esprit
se trouve Pelage citant des chretiens en rupture avec l'ensei-
gnement de I'Eglise: «II savait si pertinemment qu'il s'agit de
je ne sais quelle nouveaute qui commence a se faire entendre
aujourd'hui contre l'ancienne croyance etablie de I'Eglise que,
par honte ou par crainte, il ne l'a pas professee lui-meme.»
Alors, en affirmant que «ces opinions, donc, et d'autres qui
font suite a la meme erreur, trop perverses et contraires a
la verite chretienne, je crois que cet homme, un chretien si
remarquable, ne saurait nullement les epouser», Augustin
invite Pelage a se prononcer ou, indirectement, invite ceux
qui liront Pecc. mer. a lui demander de Ie faire. Enfin, l'ajout
habile: «Peut-etre n'est-il pas d'avis lui-meme que l'homme
nait sans peche: il reconnait que Ie bapteme lui est neces-
saire», puis «Peut-etre (forte) n'est-il pas d'avis que, sans
avoir peche, l'image de Dieu puisse ne pas etre admise au
royaume de Dieu» est une autre maniere, polie, mais claire,
de solliciter de Pelage une prise de position personnelle. Une
autre hypothese est meme avancee: «II se peut (fieri potest)
que meme les arguments des adversaires de la transmission
du peche continuent peut-etre (fortasse) de l'ebranler, si bien
qu'il attendrait d'apprendre et de savoir comment les refuter.»
Augustin avait donc bien conscience, en commentant un ecrit
reconnu de Pelage qui contenait precisement certaines des
memes theses que l'eveque venait de discuter aux livres I et
II, d'ouvrir un debat auquel Pelage, ou qu'il fOt, ne pouvait se
soustraire aux yeux de l'opinion.
547
NOTES COMPLEMENTAIRES
BIBLIOGRAPHIE: Y.-M. DUVAL, «La date du De natura de
Pelage. Les premieres etapes de la controverse sur la nature de
la grace », Revue des Etudes augustiniennes, 36, 1990, p. 257-
283; ID., «La correspondance entre Augustin et Pelage »,
Revue des Etudes augustiniennes, 45, 1999, p. 363-384; ID.,
«Pelage en son temps: donnees chronologiques nouvelles
pour une presentation nouvelle », dans Studia Patristica,
XXXVIII, Leuven, 2001, p. 95-118; M. R. RACKE'IT, «What's
Wrong with Pelagianism? Augustine and Jerome on the
Dangers of Pelagius and his Followers », Augustinian Studies,
33, 2002, p. 223-237.
65. Fondements de l'argumentation des personnes citees
par Pelage
Fondements theologiques
C'est une forme de theodicee: defendre la justice divine
comme impartiale, non arbitraire, car Dieu ne veut punir
que Ie fautif tout comme it ne veut recompenser que Ie juste,
c'est-a-dire, Ie fautif qui se repent. II y a III une reprise de
l'affirmation scripturaire deja presente chez Ezechiel de la
responsabilite personnelle: l'homme n'est coupable devant
Dieu que de ses peches personnels.
Fondements philosophiques
Le premier est Ie principe de la parite de traitement. Tout
principe enonce sur Ie lien entre peche et punition doit etre,
dans les memes proportions, applique au lien entre foi et justi-
fication. « "Si Ie peche d'Adam, disent-ils, a nui meme a ceux
qui ne pechent pas, donc la justice du Christ elle aussi profite
meme a ceux qui ne croient pas"» (Pecc. mer. III, 2, 2). On
ne trouve pas dans l'Ecriture d'exemples de ce type de syllo-
gisme. L'etonnant raisonnement lance par Paul en I Cor. 15,
12-19 (S'il n'y a pas de resurrection des morts, Christ non
plus n'est pas ressuscite) est comme rompu par l'affirmation
vehemente: Mais non! Christ est resssucite des morts, premi-
ces de ceux qui sont morts (I Cor. 15, 20). Par ailleurs, quand,
en Rom. 5, 15-20, it dresse un parallele entre Adam et Jesus,
548
NOTES COMPLEMENTAIRES
c'est en mettant en avant l'reuvre du Christ comme revelatrice
du sens de la solidarite en Adam et soulignant la surabon-
dance du fruit de cette reuvre par rapport au lien entre Adam
et l'humanite (<< combien plus... »). Augustin attire l'attention
de Marcellinus sur ce recours a la logique pure caracteristique
de l'argumentation rapportee par Pelage, s'appuyant moins sur
I'Ecriture elle-meme que sur des raisonnement par l'absurde.
Cela se revelera un trait d'expression chez Caelestius, ici ori-
ginal par rapport a Pelage.
Le second fondement est une anthropologie selon laquelle
l'etre humain est un compose d'ame (element immateriel,
spirituel donc proprement divin) et de matiere (Ie corps, la
«chair»). S'il se propage en totalite (corps et ame), alors tout
son etre est affecte, de naissance, par I 'heritage transmis par
ses geniteurs; mais s'il ne se propage que quant au corps,
alors il n'y a aucun heritage, aucune transmission humaine
(favorable ou funeste) de generation a generation au niveau de
I' ame
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et
interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes,
Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 142-144; G. DE PLINVAL,
Introduction a BA 21 (La crise pelagienne I), p. 115-116 et
«L'analyse du peche», NC 18, BA 21, p. 593-594.
66. Citation d'un texte de Cyprien (III,S, 10-11)
Cyprien para!t bien avoir ete I 'auteur qui a Ie plus influence
Augustin a propos de la preeminence de la grace. C'est du
moins ce qu'il laisse entendre lui-meme dans ses Revisions
(Retr. II, 1, 28): «Dans la solution de cette question (sens
de Rom. 9, 29), j'ai fait beaucoup d'efforts en faveur du libre
arbitre de la volonte humaine, mais la grace de Dieu a ete
victorieuse, et je n'ai pu ne pas arriver a comprendre la verite
limpide de ces paroles de l'Apotre: "Qui donc te discerne ?
Qu'as-tu que tu n'aies refu? Et si tu as refu, pourquoi te
glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas refu?" (I Cor. 4,
7) Ce que voulant egalement montrer, Ie martyr Cyprien a
549
NOTES COMPLEMENTAIRES
defini tout cela dans un titre: "Nous ne devons nous glorifier
de rien puisque rien ne vient de nous."» Or la citation vient
des Testimonia, III, 4, 00 l'eveque de Carthage commente
I Cor. 4, 7.
Augustin revient sur ce temoignage a la fin de sa vie, en
428-429: «Ce pieux et humble docteur, je parle du bienheu-
reux Cyprien, a dit: "11 ne faut se glorifier de rien puisque
rien n'est de nous." Afin de Ie demontrer il a fait appel au
temoignage de l'Apotre, disant: Qu 'as-tu donc que tu n 'as pas
refu ? (I Cor. 4, 7a) C'est surtout par ce temoignage que moi-
meme j'ai ete convaincu, alors que je me trompais de la meme
maniere en pens ant que la foi, par laquelle nous croyons en
Dieu, n'est pas un don de Dieu, mais est en nous de par nous»
(De praedestinatione sanctorum, 3, 7, PL 44, col. 964).
Apres 412, l'extrait de la Lettre 64 de Cyprien est encore
cite a plusieurs reprises par AUGUSTIN: voir Sermon 294,
19 (preche Ie 27 juin 413); De nupt. et conc. 2, 51 ; Contra
duas Ep. Pel. IV, 8, 23 et Contra Iulianum I, 3, 6 et I, 6, 22.
Mais ill'est aussi, presque a l'identique, par JER{)ME dans son
Dialogus aduersus Pelagianos, 3, 18 et la lettre est invoquee
par PAULIN DE MILAN dans son adresse au pape Zozime
(Libellus aduersus Caelestium, 9).
67. Remissio peccatorum au sens de remissio peccati origi-
nalis (III, 5, 10)
Cyprien ecrit (Lettre 64, 5 a Fidus): «l1lui est d'autant plus
facile de recevoir Ie pardon des peches qu'a lui sont pardon-
nes, non des peches personnels, mais ceux d'autrui» (Qui ad
remissionem peccatorum accipiendam hoc ipso facilius acce-
dit quod illi re,nittuntur non propria, sed aliena peccata).
Comment expliquer ce pluriel alors que Cyprien renvoie ici au
peche d'Adam comme peche originel? M. DUBARLE, La plu-
ralite des peches..., p. 114, Ie fait en rappel ant que la formule
liturgique latine du Symbole n'emploie que Ie pluriel «Credo
. .. in remissionem peccatorum».
550
NOTES COMPLEMENTAIRES
De fait Augustin lui-meme signale que les latins usent
souvent du pluriel pour se referer a une chose particuliere et
vice-versa. Voir Enchiridion, 13,44, BA 9, p. 182-184: «Cum
uero et illud originale [peccatum] unum plurali numero
significatur quando dicimus "in peccatorum remissionem"
baptizari paruulos nec dicimus "in remissionem peccati"; illa
est e contrario locutio qua per pluralem significatur numerus
singularis. »
BIBLIOGRAPHIE: M. DUBARLE, «La pluralite des peches
hereditaires dans la tradition augustinienne », Revue des
Etudes augustiniennes, 3, 1957, p. 114.
68. Citation de deux textes de Jerome (111,6, 12 -7, 13)
Apres avoir cite Cyprien de Carthage, Augustin rapporte
deux propos d'un contemporain celebre, l'exegete Jerome.
Tous deux invoquent, voire commentent des versets bibli-
ques reconnaissant que tout etre humain est pecheur des sa
conception.
Ainsi, dans son commentaire sur Ie prophete Jonas, Jerome
cite lob 14, 4-5. Dans sa replique a Jovinien, il place en
contraste l'innocence absolue du Christ et la condition peche-
resse des autres humains, en citant d'un cote I Cor. 5, 21a (Ie
Christ) et de l'autre (Ie reste de l'humanite) 5 autres versets:
lac. 3, 2, lob 14, 4-5, Prou. 20, 9, Rom. 5, 14b et Ps. 50, 7. Or
les deux derniers avaient ete releves au livre I de Pecc. mer.,
lob 14, 4-5 aussi. Augustin avait-il eu acces a tout l'ecrit de
Jerome? C'est probable, meme s'il se contente, ici, a cause du
theme de Pecc. mer., de signaler que Jovinien n'exaltait pas Ie
mariage au point de declarer sans peche, a leur naissance, les
enfants de deux epoux chretiens. Jerome attaquait cependant
une these de Jovinien: «Ceux qui ont ete baptises ne peuvent
plus etre tentes par Ie demon.» Mais Augustin n'y renvoie
pas, persuade que Jerome a trouve chez Jovinien une claire
confession du peche originel (hoc tamquam certissimum de
hominis originali peccato) ou, du moins, qu'il «croyait que
551
NOTES COMPLEMENTAIRES
(Jovinien) ne doutait pas» de la realite du peche originel
(unde utique nec ipsum dubitare credebat). Y.-M. DUVAL,
L'affaire Jovinien..., a l'impression qu'Augustin «sollicite
ou force Ie texte de Jerome en Ie faisant se declarer en faveur
du peche originel et de sa transmission», mais ce serait plu-
tot Ie texte de Jovinien qu 'Augustin annexe sommairement
parmi les plaidoyers en faveur de la reconnaissance du peche
originel. Quoi qu'il en soit, Y.-M. Duval se demande (p. 336-
337) si l'extrait de l'Aduersus Iouinianum n'avait pas ete deja
lu et utilise par Augustin dans les livres I et II, a cause d'un
parallele releve entre Adu. Iou. II, 3 et Pecc. mer. II, 2, les
deux citations bibliques (Ne nous induis pas en tentation et
Priez pour ne pas entrer en tentation) se trouvant aussi, cote
a cote, chez Jerome. Mais il faudrait une recherche comparee
systematique pour parler de «parentes entre les deux traites,
qui ne sont sans doute pas fortuites ».
Par la suite, Augustin cite encore l'Aduersus Iouinianum,
mais par de plus courts extraits (cf. Lettre 166, 6 et Lettre 167,
4). Quant aux textes bibliques mentionnes ci-dessus, ils sont
cites par les eveques africains dans leurs deux lettres de 416
au pape Innocent.
BIBLIOGRAPHIE: Y.-M. DUVAL, L'affaire lovinien:
d'une crise de La societe romaine a une crise de La pensee
chretienne a La fin du Ive et au debut du ve siecLe, Studia
Ephemeridis Augustinianum 83, Roma, 2003, part. p.320-
326 = «'impeccabilite en Afrique en 411-413».
69. La scene dont Augustin raconte qu'il rut temoin invo-
lontaire a Carthage (III, 6, 12)
W. DUNPHY, «A Lost Year...», p. 430, n. 71, signale a tort
que l'eveque emploie l'adverbe nuper (<<recemment»). En rea-
lite, il ecrit: ante paruum tempus (<< il y a peu »), expression
plutot vague qui, d'apres les usages d'adverbes de temps par
Augustin, ne peut designer un evenement tres recent (cf. Ie
552
NOTES COMPLEMENTAIRES
ante paucos annos de III, 7, 13 qui renvoie a des faits remon-
tant a 20 ans). Compte tenu de la surprise totale qui saisit
l'eveque a l'ecoute des propos entendus, tant ils etaient liUe-
ralement «inouls» pour lui par leur nouitas, la scene a tres
probablement eu lieu avant la denonciation de Caelestius et
sa comparution, soit au moment ou commenait a se diffuser
son enseignement sur Ie sens theologique du bapteme confere
aux tout-petits.
La fin du recit d'Augustin oblige elle aussi a une telle data-
tion. En effet, si, comme Ie suppose W. DUNPHY, «A Lost
Year... », p. 450-451 et 464, Ie propos entendu l'avait ete apres
que Caelestius eut ete econduit de sa candidature au sacer-
doce et ses theses rejetees, mais aussi apres que lui-meme,
non amende, eut fait savoir qu'il allait faire appel, c'eOt ete un
propos deja usite et l'on ne voit pas comment Augustin aura it
aussitot oublie ce qu'il venait d'entendre, comme s'il n'etait
pas opportun de repondre sur-Ie-champ. Mais c'est parce que
l'affirmation saisie au vol etait totalement inedite et lancee par
des gens sans influence que l'eveque l'a, sur Ie moment, laissee
sans peine quitter sa memoire. I. VOLPI, OSA, XVII/I, p. 221,
traduit comme il convient: «Aisement je rangeai ce qui s'etait
passe parmi les choses passees et oubliees» (la comparaison
avancee par A. TRAPE, OSA, XVII/I, p. 221, n. I, est d'autant
plus inadequate: «Remarquons l'etrange impression de nou-
veaute que lui firent les paroles ici rapportees, comme s'it
s'etait agi d'une heresie ancienne et defunte»). R. HABITZKY
traduit de meme: «Je tins cela d'emblee comme passe et
classe», mais R.1. TESKE assez obscurement: «Je considerai
facilement la chose comme finie et bien finie.» En ajoutant
aussitot: «Et voici qu'a present (et ecce iam) on defend avec
passion (ces idees)! (...) Voici que nous sommes contraints
d'ecrire », Augustin fait apparaitre que bien du temps s'est
ecoule entre la scene de Carthage et Ie debut de redaction de
Pecc. mer. Voir I'Introduction, II. 2: «Nouveaute des asser-
tions et rapidite de leur diffusion ».
553
NOTES COMPLEMENTAIRES
70. Jovinien (III, 7, 13)
«Quidam extitit louinianus, qui sanctimonialibus (. . .)
persuasisse dicatur... » On notera la prudence d'Augustin, non
informe precisement de ce que fut la conduite de Jovinien.
Ante paucos annos: ce vague «il y a peu d'annees» nous
fait en realite remonter de 412 au debut des annees 390, soit
vingt ans en arriere. Jovinien etait un moine venu a Rome.
Tenant de l'egalite entre tous les baptises en benefice de la
grace divine, il contestait que Ie celibat consacre fOt un etat
plus digne et meritoire que Ie mariage et relativisait la valeur
du jeOne. Jerome l'attaqua par un Aduersus Iouinianum qui
n'hesitait pas a condamner Ie mariage, ce qui fit scandale, mais
obtint sa condamnation par Ie pape Sirice puis par Ambroise
de Milan. Un edit imperial suivit, en 398, qui condamna
Jovinien et ses partisans a la flagellation et au bannissement.
On ne connait pas precisement sa theologie (il ne reste de
ses Commentarioli que des fragments), mais Ie maitre-mot en
etait «que Ie bapteme creait une communaute rachetee dans
laquelle la consideration du merite ascetique n'avait pas de
sens» (D. G. HUNTER, «Jovinien», dans Encyclopedie saint
Augustin, p.821). Jovinien semble avoir a la fois prone un
retour a l'Evangile et a une Eglise non elitiste et milite pour
une annonce d'un Christ vraiment incarne (contre Ie doce-
tisme et Ie manicheisme), ce qui expliquerait son rejet de la
virginite de Marie apres son accouchement.
Dans Pecc. mer., loin de Ie confondre avec un Pelage ou
un Caelestius, Augustin tire de l'Aduersus Iouinianum la
conviction qu'il confessait l'existence du peche originel.
Y.-M. DUVAL, L'affaire Jovinien..., emet l'hypothese que
l'eveque se sera it reporte a un ouvrage traitant de l'impec-
cantia parce que cette question se serait trouvee a nouveau
soulevee, fOt-ce dans un tout autre sense
Par ailleurs, E. A. CLARK, Ascetic Piety and Women's
Faith..., fait remarquer que De Gen. ad litt. III, 21.33 (Adam
et Eve ont ete crees avec des corps faits pour l'union sexuelle)
equivaut a un desaveu de l'exegese de Jerome (De uirginitate)
554
NOTES COMPLEMENTAIRES
combattant Jovinien. C'est donc Jovinien qui pourrait bien
avoir ete «Ie premier des ecrivains latins tardifs a soutenir
qu'Adam et Eve avaient pu, theoriquement, entretenir au
Paradis des relations sexuelles non peccamineuses» (p. 361).
BIBLIOGRAPHIE: E.A. CLARK, Ascetic Piety and Women's
Faith. Essays on Late Ancient Christianity, Queenstown,
1986, p. 353-385 = ch. Heresy, Ascetism, Adam and Eve:
Interpretations of Genesis 1-3 in the Later Latin Fathers;
Y.-M. DUVAL, L'affaire lovinien: d'une crise de la societe
romaine a une crise de la pensee chretienne a la fin du Ive et
au debut du ve siecle, Studia Ephemeridis Augustinianum 83,
Roma, 2003; D. G. HUNTER, «Jovinien», dans Encyclopedie
saint Augustin, Paris, 2005, p. 821-822.
71. Le recours d' Augustin aux auteurs ecchsiastiques
L'appel a des ecrivains chretiens au ve s. ,. relativisation de
leur autorite par Augustin
Faisant suite a la citation d'extraits de Cyprien puis de
Jerome, deux convictions d'Augustion s'affirment fortement
en III, 7, 14: l'autorite de I'Ecriture est superieure a celIe de
tout autre texte (voir deja I, 22, 33); la conviction des auteurs
chretiens sur Ie peche originel n'a jamais varie, et cela depuis
les debuts de I'Eglise jusqu'au temps d'Augustin (cf. Cyprien,
1 re moitie du HIe s.).
Pecc. mer. cite deux ecrivains chretiens. Les partisans des
theses discutees par I' ouvrage en invoqueront bien davantage,
ce qui amenera Augustin, uolens nolens, a signaler ces reven-
dications. II Ie fait en 4:15, dans Ie De natura et gratia, ou il
rapporte les citations successives, par Pelage, d'un anonyme
(en fait Lactance), d'Hilaire de Poitiers, d'Ambroise, de Jean
Chrysostome, du pape Xyste et de Jerome. Mais lui-meme pro-
duit ensuite ses «appuis»: en 418, dans Ie De gratia Christi
et de peccato originali (Ambroise), en 422 dans ses six livres
Contra Iulianum (Irenee de Lyon, Reticius d'Autun, I'Espa-
gnol Olympius, Hilaire de Poitiers, Gregoire de Nazianze,
Basile de Cesaree et Jean Chrysostome).
555
NOTES COMPLEMENTAIRES
II est certain qu'en evoquant et citant l'homme sanctus et
eruditus qu'etait Jerome, notoirement connaisseur d'auteurs
chretiens de langue grecque aussi bien que latine (utriusque
linguae), l'eveque d'Hippone usait d'un puissant argument
aupres de Marcellinus et de ses autres lecteurs pour invoquer
l'autorite d'un contemporain (voir W. DUNPHY, «A Lost
Year...», p. 431, n. 135). Neanmoins, la relativisation de ce
type d'autorite, affirmee dans Pecc. mer., est maintenue dans
les ouvrages suivants malgre (ou peut-etre a cause de) la place
de plus en plus grande que prend, dans la controverse, l'ap-
pel aux grands theologiens de l'Eglise. V. GROSSI, Leggere
la Bibbia..., p. 34, fait observer a juste titre qu'a Pelage qui
revendiquait en sa faveur l'autorite exegetique d'Ambroise
(dont il disait epouser l'interpretation), Augustin repond (De
gratia Christi et de peccato originali, I, 43, 47, CSEL 42,
p. 160) qu'Ambroise fut «un saint homme et un homme
savant, mais pour autant a ne pas mettre sur un pied d'ega-
lite avec I'Ecriture canonique pour ce qui est de l'autorite»
(sanctum et doctum uirum, nequaquam tamen auctoritati
Scripturae canonicae comparandum). Mais la meme mise
au point apparaissait dans la Lettre 147 a Pelage (Ep. 147, 16,
39), datee de 412-413 par P.-M. HOMBERT, Nouvelles recher-
ches..., p. 184, n. 368.
Conviction tres ancienne d'Augustin
La position de l'eveque sur ce point est ancienne, comme Ie
rappelle V. GROSSI (p. 37 et 41). Augustin avert it Ie donatiste
Vincent: «Sois attentif: Celui qui Ie dit, c'est Ie Seigneur,
pas Rogat ou Donat ou Vincent ou Hilaire ou Ambroise ou
Augustin» (Lettre 93, 6, 20, an nee 407-408). Ou encore a
Jerome: «Mon allegeance, je la reserve uniquement aux
Livres canoniques de la Sainte Ecriture (.. .). Je m'en remets
a lui (= Paul) contre tous les commentateurs de ses ecrits qui
pensent differemment (.. .). Que me pardonnent tous ceux qui
ont une opinion differente, mais, pour ma part, je prefere me
fier a un apotre si eminent quand dans une de ses lettres il fait
556
NOTES COMPLEMENTAIRES
serment pour l'accrediter plutot qu'A un exegete, savant autant
qu'on voudra, qui commente une lettre qui n'est pas la sienne»
(Lettre 82, 3, 24 et 3, 25, annees 404-405).
E. REBILLARD, «Augustin et ses autorites...», a magistra-
lement recapitule la recherche sur ce point et mis au jour les
constantes d'attitude tant chez Augustin que dans Ie monde
chretien de l'epoque. Deja dans Ie Contra Faustum, Augustin
invoque la superiorite de l'autorite scripturaire sur celle «des
ecrivains posterieurs aux Apotres» (Contra Faustum, 11, 5).
En De baptismo, 2, les donatistes se reclamant de la discipline
baptismale fixee par Cyprien, Augustin cherche a demontrer
que Ie prestige de ce demier reste intact meme s'il s'est trompe
en decretant par un concile (en 256) l'invalicJ.ite du bapteme
confere par des heretiques. De meme en Contra Cresconium:
«Nous ne faisons aucun tort a Cyprien quand nous marquons
la difference entre un de ses ecrits et l'autorite canonique des
divines Ecritures» (II, 31, 39).
Vincent de Lerins a sans doute ete Ie premier, dans son
celebre Commonitorium (compose vers 434), a chercher a
definir les conditions de legitimite du recours aux ecrivains
chretiens. Quand aucun concile n'a tranche dans ce qui est
question, on fera appel aux auteurs qui ont ete en communion
avec l'unique Eglise catholique et dont l'enseignement est
repute (3,4).
Mais quand, en 415 a Jerusalem, Orose presenta contre
Pelage un texte d'Augustin, Ie premier repliqua aussitot: Et
quis est mihi Augustinus? (<<Qui est Augustin pour moi 1»,
Liber apologeticus, 4 CSEL 5, p. 607). L'eveque Jean repon-
dit: Augustinus ego sum (<< Augustin, c'est moi ») pour signi-
fier que deux eveques representaient la meme autorite d'Eglise
sur tout laIc comme Pelage. II n'empeche qu'il ordonna
ensuite a Orose d'assumer en son seul nom l'accusation qu'il
porta it contre Ie moine. «Les textes» d'Augustin, rappelle
E. REBILLARD, p. 561, «n'avaient pas autorite devant une cour
ecclesiastique ».
557
NOTES COMPLEMENTAIRES
La meme position dans Pecc. mer. qu'auparavant
Aussi, ecrit E. REBILLARD, p. 566, «contrairement a l'ana-
lyse de G. MASCHIO (<< Argomentazione patristica di s. Agos-
tino nella prima fase della controversia pelagiana (412-418)),
Augustinianum, 26, 1986, p.549-479, ici p.467-470), une
lecture attentive du Du salaire et du pardon des peches et
du bapteme des tout-petits montre qu'Augustin est constant
avec sa position anterieure sur les arguments appuyes sur les
citations patristiques». II cite bien deux ecrivains, mais, apres
citation de Cyprien, finit par appuyer sa propre conviction sur
l'autorite du concile reuni par Cyprien, pas sur celIe de ce
dernier. Quant a Jerome, Augustin dit recourir a lui comme
a un expert dans l'examen de l'Ecriture, non comme a une
autorite en matiere doctrinale. Com me Ie conclut E. Rebillard,
p. 568, «Ie premier traite contre les Pelagiens ne peut donc
plus etre compte comme une preuve en faveur de l'argument
patristique ».
BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et
interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustinien-
nes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 318-319; V. GROSSI,
Leggere la Bibbia con S. Agostino, Brescia, 1999, en part.
p. 31-35 (<< la polemica con Ie letture riduttive dell a Sacra
Scrittura; l'ambiguo riferimento ad Ambrogio del movimento
pelagiano») et p. 36-42 (<< I 'autorita delle Sacre Scritture e
l'autorita degli esegeti»); E. REBILLARD, «Augustin et ses
autorites: l'elaboration de l'argument patristique au cours
de la controverse pelagienne », dans Studia Patristica,
XXXVIII, Leuven, 2001, p. 245-263; 10., «A New Style of
Argument in Christian Polemic: Augustine and the Use of
Patristic Citations», Journal of Early Christianity, 8, 2000,
p.559-578.
72. L'enseignement de l'Eglise sur Ie peccatum originale
selon Augustin dans Pecc. mer.
«Haec non ideo commemoraui quod disputatorum quo-
rumlibet sententiis tamquam canonica auctoritate nitamur,
558
NOTES COMPLEMENTAIRES
sed ut appareat ab initio usque ad praesens tempus, quo ista
nouitas orta est, hoc de originali peccato apud Ecclesiae fidem
tanta constantia custoditum ut ab eis qui dominica tractarent
eloquia magis certissimum proferretur ad alia falsa refutanda
quam id tamquam falsum refutari ab aliquo temptaretur»
(Pecc. mer. III, 14).
Par hoc de originali peccato, Augustin designe une
conviction generale et unanime des ecrivains et orateurs
chretiens, et meme des heretiques et schismatiques. Ce n'est
pas la «notion» de «peche originel» comme telle qui, pour
Ie pasteur et theologien, est au creur de la foi de l'Eglise (il ne
dit pas que Ie terme etait employe avant lui), mais ce qu'im-
plique pour Ie salut la confession de l'entrave ,universelle ou
se trouvent solidairement les humains des leur naissance. II
convient donc d'eviter de parler, dans la theologie d'Augustin,
d'un quelconque «principe» de peche originel, car ce n'est
pas chez lui un concept fondement. Le fondement de la foi
chretienne, martele-t-il depuis son bapteme, est la personne
du Christ, Verbe qui s'est fait chair pour sauver tous les hom-
mes, donc nous revelant que nous tous, humains, avons besoin
de pardon divin et de reconciliation avec Dieu.
559
TABLES DES REFERENCES
1) LES OPINIONS RAPPORTEES DANS L'OUVRAGE
Les chiffres renvoient a la numerotation des propos figurant en
bas de page du texte du De peccatorum meritis et remissione
«Families» de propos d'objecteurs
1. La mort physique est une necessite de nature; elle n'est pas un
chatiment de la faute d'Adam: 1 + 34-35.
2. Le peche d'Adam n'est pas passe a ses descendants par propaga-
tion (24), mais par imitation: 2 + 24 et 36-39.
3. II n'y a donc aucun pardon confere dans Ie bapteme des tout-
petits: 3 + 11 + 41. '
Comme ils sont personnellement saints et innocents a cet age (7 +
10), Ire justification donnee a leur bapteme: c'est pour qu'ils entrent
dans Ie royaume de Dieu (Jesus l'exige en loh. 3, 5), pour etre crees
dans Ie Christ (cf. II Cor. 5, 17), devenir co-heritiers avec Ie Christ
(cf. Rom. 8, 17), etre sanctifies en lui : 4 + 6 + 8-9 + 12-13 + 16 + 37
(syllogisme) + 42-44.
- 2 e justification: c'est pour qu'ils beneficient de la redemption par
Ie Christ: 14.
3 bis. Comme il n'y a pas de peche originel, c'est pour qu'ils se
fassent pardonner leurs peches personnels que les tout-petits sont
baptises: 5 + 15 +17.
3 ter. Comme il n'y a pas de peche originel et que les nouveau-nes
sont innocents de tout peche personnel, les nouveau-nes de deux bap-
tises n'ont a priori pas besoin de bapteme pour eux-memes: 31-33.
4. Dieu lui-meme a donne aux humains la possibilite de parvenir a
etre sans peches: 22-23 + 25 :
- puisque illeur a donne l'autonomie de leur libre arbitre: 18-20
+ 27-30;
- puisqu'il ne veut nous juger qu'individuellement: 40;
- puisque certains y sont parvenus: Noe, Job, Daniel, Zacharie et
Elisabeth: 26.
ft.. part: II n'y pas de vie morale de l'ame anterieurement a son
union avec un corps: 45.
563
fI2
t
D.
"
...
fI2
c::I
.-
c::I
.-
t
fI2
::I
" 0
.!It e
.c cO
i
.&J
...
::s
..!:!
-
o
'1
I
8
-
::s
«S
o
.:=
- c.c:;
a
..c::s:.=
.;: .;: - ...
CI
o::so-..(:)
..... taOG:) ....
t:::s«s...,J
<u".r:; II
=IIIIII
*<U...J
564
TABLES DES REFERENCES
00
+
. 0 0
! -
It-! It-! It-!
"0 "0 "0
." ...J ...J ...J
=' II II II
- .E! .E!
... ... ... ... ...
.
..: -
I. ::s
"0
rI.I CI
.C 0
-
Q. c
t
:8 N
:8 -
0 .,.) 0
"0 E e
- c i
c 0 0
e "0 Q::
=' ... ... e G:)
«s ...
a 0 Q.. ... c .!:!
:; ::s c -
-8 "0 &. 0 'C
a 0 CI .
... '0
8- .c -
u u C «s Q.. 8-
0 Q..
::s 'i .. s .; '0 I
"0 'f -
0 0 ::s
..!:! - u u 0
: '0 0 -
U «s
.c '0 Q.. -8
u - c
::s :; '8. CI c
- 0
«s Q.. ..!:! e ::s cO
C '0 0 .. ... ... 0
"0 cO ::s ::s
t: .c - -
u ::s Q.. &. 8- c
0 '8. «s 0 «s .;
e Q.. c .&J I I
-
c
0
e
0
c
c
0 0
a .;
...
u
0 8. 8. 8. r;
-
.; Q.. Q.. II II
«s «s ...
... ... . * * * . * *
- - - - N ('f') 10 t""- oo 01
.... N ('f') 10 0
0 - N N N N ('f')
N N 00 01 01 01 - N r-: 00 0\ d
N N 00 0\ 0\ 0\ 0\ -
- - - - N N
.c t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 t-4
LES OPINIONS RAPPORTEES
. C"'"
. 0 ...
wi
= It-!
. "0
...J C"'. C"'. C"'. C"'. C"'. C"'. C"'.
:I II C"'. C"'. .E! .E! .E! .E! .E! .E! .E! .E!
-
... ... ... ...
. <'
.
.: - - ... - - - ';' ';' ';' ';'
. ::s ::s «S ::s ::s ::s
Q. "0 "0 Q.. "0 "0 "0 "0 "0 "0 "0
fIj C C ::s c c c c c c c
"C 0 0 "0 0 0 0 0 0 0 0
- - - - - - - - -
Q. c c c c c c c c c c
t 0 0 0 0
- - - -
c
,
c
.g c
- -
N Q.. .;
- e e
+ 0 «S
01 "0 Q.. ::s
I 'f .c
:I 00 c
= + ... «S
i 10 ::s 0 Q.. ::s
+ &. c -
.:; c 0
0
U 10 II :0 u 0
c .C
('f') .; 0 .; «S 01 «S
.,.;- ..: ('t') "0 C u .c
"; u ('t') U
N ...a ('t') 0 g 8- «S
:t u .c N
.c '0 u .5
0 c c
"0 ... .S
::s 0 0 0 ..... -
e . . e :0 . . .8
.; "; cO .8 0 .r;; "[ «S
::s - c "
Q.. Q.. Q..
'f Q.. Q.. «S «S 8- Q.. .us
«S «S .&J Q.. «S
0= ('f') e
-
r
N
- .
+
01 01
rt rt 01 0
- - N
+ + + I +
00 00 10 10 00 00 N N N 00
II II II II II II - - II N N -
* * * * * * * * * II II * II II II
0 0 - N ('f') 10 t""- oo 01 0 - N ('f') 10 t""-
- - - - - - - - - - - N N N N N N N N
10 00 0 00 ('f') ('f') ('f') 01 N
...: - - - N
('f') ('f') 10 10 10 N ('f') 10 10 t""- 01 -
.,.;- .,.;- r-: 00 0 .; .; .; .; N ('t') .,.;- .,.;- ..c r-: a\ 0 ('t') .,.;-
- - -
N N N N ('f') ('f') ('f') ('f') ('f') .-
..... - - - - - - - - -
565
TABLES DES REFERENCES
. 0 0
.
wi
a '- '- '-
. :3 "0 "0 Q,. Q,. Q,. Q,.
C"-' C"-. C"-. ...J ...J
=' II II II c 5 5 c
- .E! .E! .E! C"-. C"-. .E! 0 0,- 0
... ... ... ... ... "i) 1:3 "i) "i) "i)
U u+ U U U
.
.: :;- :;- -
. ::s
Q. "0 "0 "0
-c c c c
! Go)
-
8: c
.
"i)
c
5
...
8-
'0
'i)' .c
u
e '8.
a
t"- j
Go)
i ..; "0
..: >. Go)
a ::s
u - C"
01 Go)
..... N - c
-8 r-: c
- 0
..: "E
:; a «S
«S 1>0 Q..
Q.. '0 ..... Go)
. . . . . . c
.; Go) "; "; ::s
Q.. ... Q.. Q.. Go)
Q.. ::s Q.. Q.. Q
«S .£ «S «S
01
('f')
e t"- rt
('f') ('f')
Go) I I
N e 10 10
00 '6'0 «+ ('f')
°a ('f') +
N I "6'0
I - - ..2 ('f') ('f')
t"- ('f') ('f') e ..2 ('f')
t"- N Go) -8 >. I
>. - -
+ "0 «+ ('f')
Go) Go) j ('f') +
0 0 0 - - 8. 0
N .; 8. .; N N
I >. ('f') 8. 8. I -
00 00 00 + Q.. 00 + ('f')
- - - II Q.. II - «S - N II N N
II II II «S II II ... Q.. Q.. II II II II
* * ... * * «S «S *
00 01 0 - N * ('f') ... ... ('f') 10 t"- oo 01
N N ('f') ('f') ('f') ('f') ('f') ('f') - - N N ('f') ('f') ('f') ('f')
('f') 0\ 01 - - ('f') 00
.. N N N ('f') - - - N
..0 ..0 r-: .,.;- .,.;- .,.;- r-: d ..0 - - - N
- - - N N N N ('f') ('f') ('f') .-
t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 t-4 ..... - - - - - - -
- - - - - - - - - - ..... - - - - - - -
566
LES OPINIONS RAPPORTEES
.
. -
wi
a c..,.
. :3
.a II
...
. <'
.
.: ';' ';' ';' ...
. «S
Q. "8 "8 "8 Q..
.1 ::s
Go) Go) Go) "0
.. - - -
Q. c c c c
Go)
t -
c
Go)
u
C
«S
.;
=' c
a -
i
u e
-8
Go)
.:;
Go)
"0
«S
Q..
('f')
N I
N
10 +
- 10 10
+ - -
+ +
°a ('f') ('f') ('f')
-
I - -
N I I
- N N
+ - -
+ +
01 01 01
+ + rt
r:t: r:t: 8. 8. 8. 8. 8.
+
('f') Q.. Q.. Q.. Q..
II II II II «S e «S «S
* * * ... ... ... ...
- ('f') t"- - 00 N
('f') ('f') ('f') N
00 ('f')
N 10 t"- t"- - N
.. 10 10 10 - - - - - 0
..0 00 00 0\ 0\ - -
...; ...; ...; ...; ...; ...; ...; ...; ...; ...;
- - - - - - - - - -
- - - - - - - - - -
567
TABLES DES REFERENCES
Releve detaille des opinions rapportees dans I'ouvrage
I, 2, 2: (1) «Ceux qui disent: "Adam a ete cree de faon a mourir,
meme sans Ie salaire du peche, non pour ex pier une faute mais selon
une necessite de la nature" tentent donc de rapporter ce qui est dit
dans la Loi: Le jour OU vous aurez mange vous mouurez (Gen. 2, 17)
non a la mort du corps, mais a la mort de l'ame, qui se produit dans
Ie peche. »
I, 8, 8: «Par un seul homme Ie peche est entre dans Ie monde, et
par Ie peche la mort (Rom. 5, 12a). Ces gens veulent que l'on com-
prenne ici la mort, non du corps, mais de l'ame (= 1).»
I, 9, 9: «Leur sentiment sur ce point (Rom. 5, 12a) est que cette
mort qu'ils evoquent n'est pas celie du corps, qu'ils ne veulent pas
qu'Adam ait meritee par Ie peche, mais celie de l'ame, qui se produit
dans Ie peche meme (= 1), et (2) que ce peche est passe chez les autres
hommes, non par voie de propagation, mais par imitation. (3) C'est
pourquoi ils refusent aussi d'admettre que chez les tout-petits est
efface par Ie bapteme Ie peche originel, qu'ils pretendent absolument
inexistant chez les nouveau-nes. »
I, 9, 10: «lis nous objectent (4) notre lenteur a comprendre quand
ils s'efforcent de detoumer des declarations tres clairement exprimees
en je ne sais quoi d'autre. »
I, 12, 15: (5) «(Le) royaume de Dieu, 00 ils reconnaissent eux
aussi que les petits enfants morts sans avoir reu la grace du Christ
ne peuvent entrer. »
I, 17,22: (6)« Ceux qui disent que les tout-petits sont baptises pour
que leur soit pardonne ce qu'ils ont commis personnellement en cette
vie, mais non ce qu'ils ont tire d'Adam.»
I, 18, 23: (7) «Mais d'autres (...) disent que les tout-Petits qui
viennent de sortir des entrailles de leur mere reoivent Ie bapteme non
pour Ie pardon du P6che, mais pour que, beneficiant d'une procreation
spirituelle, ils soient crees dans Ie Christ (cf. II Cor. 5, 17a) et que,
participant au royaume des cieux (cf. loh. 3, 5), ils deviennent de la
meme faon fils et heritiers de Dieu, et aussi coheritiers du Christ
(cf. Rom. 8, 17).»
I, 19,24: (8) «Et comment donc certains, par crainte qu'on pense
qu'il convient de porter les tout-Petits au bapteme pour la raison que,
tout en n'etant pas des pecheurs, ce ne sont pas des justes, comment
donc rappellent-ils que la valeur de cet age a ete louee par Ie Seigneur
quand il a dit: Laissez venir a moi les tout-petits car c'est a de tels
etres qu'appartient Ie royaume des cieux (Marc. 10.14)?»
1,20,26: «lis tentent d'attribuer aux tout-petits non baptises, grace
au merite lie a l'innocence, Ie salut et la vie eternelle, mais parce
qu'ils n'ont pas ete baptises, de les faire etrangers au royaume des
cieux (= 5).»
568
LES OPINIONS RAPPORTEES
I, 21, 30: (9) «Ceux aussi a qui il semble injuste que les tout-petits
qui sortent de leur corps sans la grace du Christ soient prives non
seulement du royaume de Dieu, 00 ils reconnaissent eux-memes qu'ils
ne peuvent entrer sinon regeneres par Ie bapteme, mais encore de la
vie eternelle et du salut, se demandant comment il est juste que l'un
soit libere de l'impiete originelle et que l'autre ne Ie soit pas, alors que
la condition de l'un et l'autre est la meme. . . »
I, 25, 36: (10) «Quelques-uns croient que ceux-ci, une fois nes,
reoivent bientot la lumiere, comprenant ainsi ce qui est ecrit: Il
etait la vraie lumiere qui illumine tout homme venant en ce monde
(Ioh. 1, 9). » I, 25, 38 : « . .. parole d'oo est nee l'opinion selon laquelle,
aussitot sortis physiquement du sein de leur mere, les intelligences des
nouveau-nes reoivent l'illumination.»
1,27,50: (11)« L'epitre aux Hebreux (...) puisque j'ai lu que certains
qui professent des opinions contraires a la notre au sujet du bapteme
des petits enfants ont voulu utiliser cette lettre comme temoignage a
l'appui de leurs idees.»
I, 28, 55: (12) « .. .cette notion de je ne sais quellieu intermediaire
que certains s'efforcent d'attribuer aux petits enfants non baptises
pour qu'ils soient, au benefice de leur innocence, comme dans la vie
eternelle, mais, n'etant pas baptises, ne soient pas avec Ie Christ dans
son royaume. »
I, 30, 58: (13) «Mais, disent-ils, parce qu'il ne dit pas: "Celui qui
ne renaitra pas de l'eau et de I'Esprit n'aura pas Ie salut ou la vie eter-
nelle", mais qu'il a seulement dit: Il n 'entrera pas dans Ie royaume
de Dieu (Ioh. 3, 5), les Petits enfants doivent etre baptises afin qu'ils
soient aussi avec Ie Christ dans Ie royaume de Dieu, 00 ils ne seront
pas s'ils n'ont pas ete baptises, encore que, meme si des petits enfants
mouraient sans bapteme, ils auraient Ie salut et la vie eternelle puis-
qu'ils n'ont ete soumis aux liens d'aucun peche.»
I, 34, 63: (14) «lis concedent que (les tout-petits) ont eux aussi
besoin de redemption, comme cela est exprime dans un tres bref
opuscule de l'un d'eux qui n'a pas voulu pourtant y preciser plus
clairement Ie pardon de tel ou tel peche. »
(15) «Mais (...) ils admettent maintenant, comme tu Ie
dis, que meme chez les petits enfants Ie bapteme accomplit Ie pardon
des peches (.. .). "Cependarit, ce n'est pas a titre originel, disent-ils,
mais dans leur vie personnelle que, apres leur naissance, ils ont com-
mence a avoir Ie peche."»
I, 34, 64: (16) «Ceux (.00) qui pretendent que les petits enfants
sont absolument purs et exempts de tout peche, originel ou Personnel,
et (17) ceux qui pensent que, une fois nes, ils ont deja commis des
peches personnels dont ils croient qu'il y a lieu de les purifier par Ie
bapteme. »
II, 2, 2: (18) «II est en effet des hommes assez presomptueux du
libre arbitre de la volonte humaine pour croire que nous n'avons pas
besoin d'etre aides par Dieu a ne pas pecher, du moment qu'a notre
569
TABLES DES REFERENCES
nature meme a ete une fois pour toutes accorde l'arbitrage d'une
volonte libre. »
II, 3, 3: (19) «lis s'imaginent avancer un argument percutant en
disant que, si nous ne voulons pas P6cher, nous ne pechons pas, et
que Dieu ne commanderait pas a l'homme ce qui serait impossible a
la volonte humaine. »
II, 5, 6: (20) «ceux qui disent que, du moment que nous avons une
fois reu Ie pouvoir d'exercer notre libre volonte, nous n'avons pas
a prier pour que Dieu nous aide a ne pas pecher (...) (21) ceux qui,
tout en reconnaissant qu'ils n'ont pas la justice ou qu'ils ne l'ont pas
pleinement ».
II, 6, 7: (22) «ceux qui disent qu'il peut exister un homme sans
peche en cette vie».
II, 7, 9: (23) «Quant a la parole de I'Ecriture: Celui qui est ne de
Dieu ne peche pas et ne peut pas pecher, car la semence de Dieu
demeure en lui (I loh. 3, 9) ou quelque autre propos de ce genre qui
s'y trouverait, ils se trompent grandement en scrutant insuffisamment
les Ecritures. »
II, 9, 11: (24) «Quelques-uns avancent encore cet argument et
disent: "Si un pecheur a engendre un pecheur et que son enfant soit
delie de la culpabilite du peche originel par la reception du bapteme,
un juste devrait aussi engendrer un juste."»
II, 10, 13: (25) «Selon leurs dires, "meme si les apotres, hommes
saints et deja parfaits, exempts de tout peche, faisaient cette priere,
neanmoins, ce n'etait pas pour eux-memes mais pour les hommes
imparfaits et encore pecheurs qu'ils disaient: Remets-nous nos dettes,
comme nous aussi, nous remettons a nos debiteurs (Matth. 6, 12)";
en sorte que, selon eux, en disant nos dettes, ils manifestaient que
tous formaient un seul corps: ceux qui avaient encore des peches, et
eux-memes qui etaient deja totalement depourvus de peche. »
II, 13, 19: (26) «Zacharie et Elisabeth, qu'on nous oppose souvent
dans les discussions relatives a cette question».
II, 15, 22: (27) «"Mais, objectent-ils, Ie Seigneur dit: Soyez
parJaits comme votre Pere celeste est parJait (Matth. 5, 48); or
il ne commanderait pas cela s'il savait que ce qu'il commande est
impossible." »
II, 16, 23: (28) «"Pourquoi donc, objectent-ils, Dieu ordonne-t-il
ce qu'il sait qu'aucun homme ne fera ?"»
II, 16, 24: (29) «"Mais, voyez, objectent-t-ils, l'Apotre dit: J'ai
combattu Ie bon combat, j'ai acheve ma course, j'ai garde la Joi,. il
ne me reste qu'a recevoir la couronne de justice (II Tim. 4, 7-8); et il
ne dirait pas cela, s'il avait Ie moindre peche."»
II, 17, 29: (30) «Ces paroles de l'Ap6tre que je viens de citer
(I Cor. 4, 7), certains ont pretendu ainsi les defendre: "Toute la bonne
volonte que l'homme POssede doit etre attribuee a Dieu pour la sim-
ple raison qu'elle aussi ne pourrait exister en l'homme si lui-meme
570
LES OPINIONS RAPPORTEES
n'existait pas; or, puisqu'il tient de Dieu seul son existence et son
humanite, pourquoi ne pas encore attribuer au Dieu createur toute la
bonne volonte qui est en lui, laquelle n'existerait pas si elle ne trouvait
00 exister 1" »
II, 25, 39: (31) «(...) ceux qui disent que l'enfant ne d'un baptise
doit etre considere comme deja baptise. "Pourquoi, disent-ils, ne
pourrait-il pas, en effet, etre baptise dans les entrailles de son pere si,
selon l'epitre ecrite aux Hebreux, Levi a pu etre soumis a la dime dans
les entrailles d'Abraham (Cf. Hebr. 7, 9) 1"»
II, 25,41 : (32) «"Mais, objectent-ils, I'Apotre dit: Vos fils seraient
impurs, alors qu'a present Us sont saints (I Cor. 7, 14.); partant, les
fils des fideles n'auraient plus du tout a etre baptises."»
«Nos adversaires eux aussi leur (aux tout-petits)
ferment Ie royaume des cieux tout en disant qu'ils n'ont aucun peche,
ni personnel ni originel.» (= 5)
11,27,44: (33) «lis disent en effet: "ft.. plus forte raison leur fils ne
saurait Ie subir (Ie prejudice des peches de ses parents) "»
II, 30, 49: (34) «Ceux qui disent: "Si Ie P6che du premier homme
nous a valu la mort, la venue du Christ devrait nous valoir de ne pas
mourir quand nous croyons en lui", et qui ajoutent en guise d'explica-
tion: "La transgression d'un prevaricateur ne Peut, en effet, nous avoir
nui davantage que ne nous ont servi l'incarnation et la redemption du
Sauveur". . . »
II, 33, 53 : (35) «Quant a ceux qui affirment: "Si cette mort du corps
etait survenue a cause du peche, nous ne saurions evidemment mourir
apres Ie pardon des peches, que nous a accorde Ie Redempteur"... »
II, 36, 58: «Ces gens qui, meme s'ils n'ont pas voulu exprimer
clairement dans leurs ecrits que Ie pardon des peches etait necessaire
aux tout-petits, ont cependant reconnu que ceux-ci avaient besoin de
la redemption...» (= 14).
III, 1, 1 : «Ceux qui disent qu'Adam, meme s'il n'avait pas peche,
serait mort (= 1), et que rien de son peche n'a ete transmis a ses
descendants, surtout quand il s'agit du bapteme des tout-petits (= 2)
(...) et qu'en cette vie it y a, il y a eu et it y aura des fils d'hommes
absolument exempts de tout peche (= 23). . . »
111,2,2: (36)« "Ceux qui,.dit (Pelage), s'opposent a la transmission
du peche s'efforcent de la combattre par des propos tels que ceux-ci :
'Si Ie peche d'Adam, disent-ils, a nui meme a ceux qui ne chent pas,
donc la justice du Christ, elle aussi, profite meme a ceux qui ne croient
pas; car Paul dit que Ie salut vient par un seul (cf. Rom. 5, 17-19.21),
de la meme maniere (cf. Rom. 5, 12.18-19.21) et meme plus encore (cf.
Rom. 5, 15.17.20b) que la perdition est d'abord venue par un seul (cf.
Rom. 5, 12.17.-19)."'»
III, 3, 5: (37) «"lis disent ensuite: 'Si Ie bapteme lave cette
ancienne faute, les enfants nes de deux baptises doivent etre exempts
de ce P6che, car ils n'ont pu transmettre a leurs descendants ce qu'eux-
memes n'avaient pas du tout."'»
571
TABLES DES REFERENCES
(38) «A cela s'ajoute encore, dit-il, que si l'ame n'est
pas Ie fruit d'une transmission, mais la chair seule, celle-ci seulement
connait la transmission du peche et elle seule merite la punition. »
(39) «"II serait injuste, disent-ils, qu'une ame nee
aujourd'hui sans etre issue de la matiere d'Adam porte Ie poids d'un
P6che si ancien alors qu'il est celui d'autrui."»
(40) «"lis ajoutent, dit-il, qu'aucune raison ne saurait
admettre que Dieu, qui pardonne a l'homme ses propres peches, lui
impute ceux d'autrui." »
III, 3, 6: (41) «Peut-etre (Pelage) n'est-il pas d'avis lui-meme que
l'homme nait sans peche 1»
(42) «II reconnait que Ie bapteme lui est necessaire. »
(43) «Peut-etre n'est-il pas d'avis que, sans avoir peche,
l'image de Dieu puisse ne pas etre admise au royaume de Dieu, car
si l'on ne renait de l'eau et de l'Esprit, on ne peut entrer dans Ie
royaume de Dieu (Ioh. 3, 5), et qu'ainsi sans avoir peche l'homme
so it precipite dans la mort eternelle ou, ce qui est plus absurde encore,
qu'il ait la vie eternelle en dehors du royaume de Dieu.»
III, 6, 12: (44) «Mes oreilles furent incidemment effteurees par
des propos echanges en passant, comme quoi, si les tout-petits sont
baptises, ce n'est pas pour recevoir Ie pardon des peches, mais pour
etre sanctifies dans Ie Christ. »
III, 8, 15: [citation de Pelage] «"Aucune raison, disent-ils, ne peut
admettre que Dieu qui pardonne les peches personnels en impute qui
viendraient d'autrui" (= 40).»
III, 8, 16: [citation de Pelage] «"Mais, disent-ils encore, si Ie
bapteme lave cette ancienne faute, ceux qui sont nes de deux baptises
doivent etre exempts de ce peche; en effet ils n'ont pu transmettre a
leurs descendants ce qu'eux-memes n'avaient pas du tout" (= 37).»
III, 9, 17: «"Vous qui soutenez que les enfants issus de parents
purifies de la souillure du peche doivent etre nes sans peche"...
(= 31»)
III, 9, 17: (45) «Assurement avec I'Apotre (cf. Rom. 9, 11) vous ne
croyez pas que l'ame, avant de naitre, ait fait du bien ou du mal. »
III, 10, 18: «"Si l'ame n'est pas transmise, mais seulement la chair,
elle seule se voit transmettre Ie peche et elle seule merite Ie chati-
ment." C'est effet ce qu'ils pensent, "disant qu"il serait injuste qu'une
ame nee aujourd'hui en dehors de la masse d'Adam porte un P6che si
ancien et imputable a autrui" (= 38).»
III, 13, 23: «Quant a leur affirmation que quelques hommes, usant
deja de la raison de leur volonte propre, ont vecu ou vivent dans ce
monde sans commettre aucun peche (= 22)... »
2) BIBLE
II, 7, 9' : allusion (cf.)
II, 7, 9": reminiscence
1,27,43: au catalogue du livre I
II, 17, 24: avance par d'autres qu'Augustin
=: ayant un parallele en...
lex peccati": mots-cles chez Augustin
Genese 2 Samuel
1, 26 ..........................111, 3, 6' 12, 13 ..................... II, 35, 56'
1, 26-27 ................... I, 30, 58' 16, 11...................... II, 35, 56'
1, 31..........................11, 21, 35
2, 9............ I, 3, 3' ; III, 11, 20 1 Rois
2, 16-17 .... 1,36,67' ;11,36,58' 19, 8.6...........................1, 3, 3'
2, 17 ......... I, 2, 2; I, 16, 21 ;
II, 16, 23' ; II, 21, 35'
2, 17.24.....................1, 31, 60'
2, 19..........................1, 37, 68
2,21-23....................1, 16,21' Tobie
2, 22.........................1, 37, 68' 8, 7 ...........................1, 29, 57'
2, 23..........................1, 36, 67
2,24..........................1, 31, 60
2, 25....................... II, 22, 36'
3 ............................. II, 27, 43'
3, 1 ...........................1, 13, 17'
3, 1-6....................... I, 28, 56'
3, 7 ........... I, 16,21' ;11,22,36'
3, 16..........11,23,37' ;11,33,53
3, 19.18.................... II, 33, 53
3, 19 ................ I, 2, 2' ; 1,4,4
3, 23 ....................... II, 34, 55'
5, 24.............................1, 3, 3'
6, 9......................... II, 10, 12'
2, 9.16.17 ................ II, 21, 35'
12, 3 .......................... I, 10, 11
12, 28........................ I, 10, 11
21, 19....................... II, 22, 36
25, 23 ........................1, 22, 31
Nombres
14, 29-30................. II, 35, 57
21,4-9......................11, 27,43
21,6-9.......................1, 32,61
Deuteronome
8,4+ 29,4....................1, 3, 3
2 Rois
2, 11 .............................1, 3, 3'
Job
1, 8 ......................... II, 10, 12'
1, 22 ....................... II, 10, 16'
2, 10.........................11, 10, 16
9, 2-3........................11, 10, 14
9, 19-20....................11, 10, 14
9, 28-31 ....................11, 10, 14
13, 26 - 14, 5............11, 10, 14
14, 1......................... II, 11, 16
14, 2..........................11, 11, 16
14, 3-5......................11, 11, 16
14,4-5...... III, 6, 12; III, 7, 13
14, 5...........................1, 24, 35
14, 16-17... II, 10, 14' ;11,10,16
25, 5-6.....................111, 6, 12'
38 - 39 .....................11, 11, 16
39, 34 .......................11, 10, 16
42,5-6......................11, 11, 16
Psaumes
2, 5-6........................... II, 7, 8
15, 3 ......................... I, 27, S4
15,4 ......................... I, 27, S4
24, 7 ..........................1, 36, 67
24, 10.......................11, 18, 31
573
TABLES DES REFERENCES
31, 1-2....................... 1,27,43
31, 5-6......................... II, 7, 8
33, 2 ......................... 1,27,54
35, 7 .......................... I, 21, 29
36, 10......................11, 10, 11'
36, 23...................... II, 18, 30
40,4......................... I, 27, 54
50, 7 ......... I, 24, 34; III, 7, 13
61, 9............................ II, 5, 6'
79, 8............................. II, 5, 5
83, 12 .......................11, 18, 31
84, 5...........11, 5, 5; II, 19, 33
84, 11 .......................11, 18, 31
84, 13 .......................11, 17, 27
93, 8 ............................ II, 5, 5
96, 1 ......................... I, 27, 54
98, 1 ......................... I, 27, 54
98, 6........................ II, 16, 25
98, 8........................ II, 16, 25
100, 1 .......................11, 18, 31
102, 2-4................... II, 36, 59
102, 10.....................11, 19, 33
118,4........................... II, 6, 7
118, 5-6....................... II, 6, 7
118, 73......................... 11,5,5
118, 133....................... II, 6, 7
118, 175....................11, 17,26
118, 176..................... I, 39, 70
137, 8........................... II, 1, 1
140,2 ........................ II, 2, 17
142, 2 ....... I, 39, 70; II, 3, 3;
II, 7, 8; II, 10, 14; II, 13, 18
144, 9 ....................... 1,27,54
Proverbes
3, 2......................... II, 16, 25'
3, 12 ........................ II, 16, 25
3, 18..........................11, 21, 35
4, 27 ....................... II, 35, 57'
8, 35 (Septante) ....... II, 18, 30
20, 9......................... III, 7, 13
Sagesse
2,24..............................1, 9, 9
2,25..............................1, 9, 9
4, 11........................... I, 21, 30
8, 19-20.....................1, 25, 38
8, 21 ........................... II, 5, 5'
574
9, 15a........ I, 22, 31'; I, 22,
32' ; I, 38, 69' ; II, 10, 12';
II, 29, 48' ; II, 36, 59'
Siracide
18, 30 .. ............... ......... II, 5, 5
25, 24........................ I, 16, 21
44, 16 ...........................1, 3, 3'
44, 17 ..................... II, 10, 12'
48, 9.............................1, 3, 3'
I sai"e
49, 8.......................... I, 27, 44
53, 6 ........................ I, 27, 54'
53, 3-12.................... I, 27, 54
53, 5.6.9................... 1,27,54
53,9.7......................111, 7, 13'
56, 1 ............................ II, 5, 5
61, 1.......................... 1,27,54
Jeremie
1,5 ...........................1, 21, 30'
1, 34......................... 1,27,54
2, 29.........................11, 10, 14
9, 22-23................... I, 22, 32'
10, 23 .......................... II, 6, 7
10, 23-4....................11, 17, 26
31, 31........................ I, 27, 54
Ezechiel
14, 14...................... II, 10, 12'
28, 3........................ II, 10, 13
Daniel
6, 22....................... II, 10, 12'
9, 5 ......................... II, 10, 13'
9, 11........................ II, 10, 13'
9, 15........................ II, 10, 13'
9, 20 ........................ II, 10, 13
Zacharie
1, 3 .............................. II, 5, 5
Malachie
1, 34 ............................ II, 5, 5
1 Martyrs d'lsraili
2, 58.............................1, 3, 3'
Matthieu
1, 21.......... II, 29,48; 111,4, 8
5, 6.............................. II, 5, 5
5,48 ........................ II, 15, 22
6, 12 (ne nos inducas in
temptationem) ...11, 4, 4;
II, 10, 13; II, 16, 23; II, 16,
25; III, 13, 23
6, 12-13....................... II, 4, 4
6, 13 ...............11, 2, 2; 11,4,4
8, 22..............................1, 2, 2
9, 12.......... I, 18, 23'; I, 27,
54' ; III, 4, 8; III, 12, 21';
III, 13, 23'
9, 12-13 ....... I, 23, 33' (2 fois)
12, 30........................1, 28, 55
16, 21
(= Luc. 9, 22) .....III, 5, 11'
19, 5-6....................... I, 16, 21
19, 6...........................1, 31, 60
19, 14.........................1, 19, 24
19, 28........................... II, 7, 9
23, 10 ...................... I, 30, 58'
25, 34 ......................... III, 3, 6
25,46.........................111, 3, 6
26, 28....... I, 24, 34; II, 30,49
26, 38............................ I, 23'
26, 39........................... II, 11'
28, 1
(= Marc. 16, 9 = Luc. 24, 1
= loh. 20, 1) .......111, 5, 11'
Marc
1,4......................... II, 27,43'
2, 17 ......... I, 18, 23'; I, 27,
54' ; III, 12, 21 '; III, 13, 23'
10, 8 ..........................1, 31, 60
10,14........1, 19,24; I, 29;57'
16,9
(= Matth. 28, 1 = Luc. 24, 1
= loh. 20, 1) .......III, 5, 11'
16, 15-16................... I, 27, 40
16, 16........ 1,24, 34'; III, 2, 3 ;
III, 3, 6
16, 17...................... II, 32, 52'
Luc
1, 5-9...................... II, 13, 19'
BIBLE
1, 6 .......................... II, 13, 20
1, 79 ....................... II, 19, 32'
2, 11 ......... I, 18,23; II, 29,48
4, 18-19 ................... I, 27, 54'
5, 31........................... I, 18, 23
5, 31-32.....................1, 19, 24'
5, 32 ......... I, 18, 23'; I, 19,
24; 1,27,40; I, 27, 54' ; III,
12, 21'
6, 37-38 ....................... II, 3, 3
8,48....................... II, 29,47'
9,22
(= Matth. 16,21)...111,5, 11'
9, 56 ......................... III, 5, 10
9, 60 ..............................1, 2, 2
15, 8-10 ................... 1,27,40'
18, 10-14..................... II, 5, 6'
19, 9-10 ....................I, 27,40
20, 34....... I, 20, 27; I, 26,
38; I, 28, 56' ; I, 54; II, 7,
9; II, 8,10'; II, 9,11
20, 34-36.. II, 8, 10' ; II, 10, 15
20, 36....... II, 8, 10' ; III, 2, 2'
22, 20..............................1, 54
23,43 ........................1, 22, 31
24, 1
(= Matth. 28, 1 = Marc. 16,
9 = loh. 20, 1) ....111, 5, 11'
24, 44-47.. I, 27, 40; I, 27, 53
24,48..................... II, 32, 52'
Jean
1, 1 ........... I, 25, 36; I, 25,
37; I, 31, 60; I, 24, 38'
1, 5 .......................... I, 25, 38'
1, 9 ........... I, 25, 36; I, 25,
37 ; I, 25, 38'
1, 12 ........................... II, 6, 7'
1, 12-13 ................... II, 23, 37
1, 13b......................II, 24, 38'
1, 13d...................... II, 24, 38'
1, 13..........1,28,55' ;11,24,38'
1, 14.......... I, 31, 60; II, 18,
31 ; II, 24, 38
1, 22-23.....................11, 9, 11'
1, 29 ......... I, 23; 1,27,40; II,
29, 48'
3, 1-21 .......................1, 30, 59
575
TABLES DES REFERENCES
3, 3 ........... I, 20, 26; I, 30,
58; II, 27, 43; II, 28,45'
3, 5 ........... I, 18, 23; I, 20,
26; I, 20, 27; I, 23; I, 24,
34' ; I, 30, 58; II, 8, 10' ; II,
25, 37' ; II, 27, 44' ; II, 28,
45'; II, 29, 47'; III, 3, 6;
III, 4, 8
3, 6a........................ II, 24, 38'
3, 6............11, 9, 11; II, 24, 38
3, 6.8 ......................... I, 31, 60
3, 8 ........................... .1, 22, 32
3, 9 ........... 1,31,60; II, 10, 12
3, 10-11 .....................1, 31, 60
3, 12.13...................... I, 31, 60
3, 13 ..........................1, 31, 60
3, 14........................ II, 27,43'
3, 14-15 .....................1, 32, 61
3, 15 ..........................1, 32, 61
3, 16...........................1, 32, 62
3, 17........................... I, 33, 62
3, 18............ I, 33, 62; III, 2, 3
3, 19 ..........................1, 33, 62
3, 21..........................1, 33, 62'
3, 35-36.....................1, 20, 28
3, 36......... I, 21, 29; I, 23';
III, 2, 3
6, 27 ....................... II, 26,42'
6,45 ........................ I, 25, 37'
6, 51-52.54 ................1, 24, 34
6, 52..........................1, 20, 27
6, 54......... I, 20, 26; I, 20,
27; I, 23; III, 3, 6'
8, 36............................ II, 6, 7
8,46...............................1, 11'
9, 19..........................11, 10, 14
9, 19-20....................11, 10, 14
9, 23 .........................11, 10, 14
10, 2-14 ....................1, 27, 54'
10, 27-28 .................. I, 27, 40
11, 25...................... II, 24, 38'
12,46........1, 24, 35; I, 25, 38
13, 26 - 14, 5............11, 10, 14
14, 1................................. I, 14
14, 1-2 ..................... II, 10, 15
14, 5...........................1, 24, 34
14, 6.......... I, 27, 40; II, 24,
38
576
14,16-17... 11,10,14;11,10,15
14, 17....................... II, 10, 15
14, 30 ...... I, 39, 70; III, 7, 13'
14,30-31 .. 11,29,48;11,31,50
15, 13....................... II, 34, 54
16, 7 ........................ II, 32, 52
16, 8-10................... II, 32, 52
20, 1
(= Matth. 28, 1 = Marc. 16,
9 = Luc. 24, 1)....111, 5, 11'
Actes des Apotres
2, 38....................... II, 27,43'
3, 14-15 .................... 1,27,52
4, 11-12..................... 1,27,52
5, 30-31 .................... 1,27,52
10,43........................ 1,27,52
13, 38-39 .................. I, 27,52
Romains
1, 17 = Gal. 3, 11 (citation de
Habacuc 2,4).... II, 32, 52
2, 12..........................1, 10, 12
3,9........... I, 21, 29'; I, 22,
33 ; I, 24, 34'
3, 19b ...................... I, 28, 55'
3, 22-26................... 1,27, 43
3, 25 ...................... II, 20, 34'
3, 26....................... I, 14, 18"
4, 4-8........................ I, 27, 43
4, 5 ........... I, 10, 11' ; I 14, 18;
I, 19, 25'
4, 23-25.................... 1,27,43
5, 5 .......................... II, 17, 27
5, 6 ........... I, 18, 23; I, 27,
43 ; I, 27, 54
5, 8 ....................... II, 24, 38"
5, 10-11 .... I, 26, 39'; I, 28,
56' ; I, 33, 62"; II, 20, 34' ;
II, 29, 47"
5, lIb....................... I, 19, 25'
5, 12a........ I, 8, 8; I, 9, 9; III,
11, 20' ; I I I, 2, 2'
5, 12a+b... I, 9, 10; I, 13, 17;
I, 22, 33 ; II, 24, 38; II, 29,
47; III, 1, 1; 111,4, 8
5, 12c........ I, 10, 11; I, 13,
16; 1,13,17; 1,14,19
5, 12b+c ................. I, 28, 55'
5, 12 ......... I, 9, 10; III, 7, 14;
111,11,19
5, 12c-13................... I, 10, 12
5, 12...21................... III, 2, 2'
5, 14.......... I, 9, 9' ; I, 11, 13;
III, 7, 13
5, 14b..........................III, 4, 9
5, 14-19 .................... 111,4, 9'
5, 15 ............ I, 11,14; I, 12,15
5, 16.......... I, 12, 15; I, 13, 16;
I, 16, 21 ; II, 25,42
5, 17.......... I, 13, 17; I, 28, 55;
II, 27, 43
5, 18.......... I, 11, 13'; I, 13,
18; I, 15, 19; I, 16, 21 ; I,
28, 55; II, 25, 42; II, 27,
43 ; III, 4, 9
5, 19 ............ I, 15, 19; 111,4,9
5, 20......... I, 10, 12; I, 15,20;
I, 22, 31 ; I, 27, S4; III, 11,
20
5, 21.......... 1,15,20 ;111,12,21"
6,4
(= <Col 2,12) .....1, 26, 39'
6,5a
(= <Ph 3,10b) .....1, 32, 61' ;
II, 27,43'
6, 6........... I, 29, 57 ; I, 30, 58 ;
1,39,70 ;11,23,37 ;11,29,48'
6, 12 ......... II, 4, 4; II, 23,
37' ; II, 28,45
6, 23......................111, 10, 20'
7, 6 (in nouitate Spiritus)...II,
7,9; II, 28, 45
7, 14b (uenundatus sub pec-
cato)..... 1,23,33; 11,35,57
7, 14-25a.................. 1,27; 43
7, 15........................ II, 10, 15
7, 17 (= 7, 20) (peccatum
habitans)............II, 22, 36'
7, 18............................ 11,4, 4
7, 19-20................... II, 12, 17
7, 22............................ I, 6, 6'
7, 22-23 ................. II, 12, 17'
7, 23.......... I, 39, 70'; II, 9,
11' ; II, 22, 36' ; II, 23, 37 ;
II, 29, 48'
BIBLE
7,23 (lex peccati")
(= 7, 25b)............II, 23, 37 ;
II, 24, 38 ; II, 28,45
7, 23-24..... I, 29, 57' ; 11,4,4'
7, 24b ....... I, 6, 6' ; I, 22, 3" ;
I, 27,43'; I, 28, 56'
7,24b (corpus mortis
huius")......I, 27, 43; II, 23,
37; III, 2, 2; III, 12, 21
7, 24-25a.. I, 11, 13; II, 12,
17; II, 23, 37
7, 25a........ I, 21, 29; 1,22,33 ;
1,27,43
8, 1-3 ....................... I, 28, 55'
8, 1 ........................ II, 28,45'
8,2 (lex peccati et
mortis") ................ I, 16, 21
8, 3 ............1, 27, 43; I, 37, 68
8, 3 (in similitudine carnis
peccati") ............1, 27, 43;
I, 28, 55; I, 32, 61 ; I, 37,
68; I, 38, 69; I, 39, 70; II,
23, 37; II, 29, 48; II, 35,
57; II, 36, 58; III, 12, 21
8, 3 (caro peccati")......I, 27,
43; I, 28, 55; I, 32, 61 ; I,
37,68; I, 38, 69; II, 23, 37 ;
II, 24, 38 ; II, 27, 43 ; II, 27,
43; II, 27,44; II, 34, 55 ; II,
36, 58 ; II, 36, 59; III, 2, 2 ;
III, 10, 18; III, 12, 21
8, 5a............................. II, 5,5'
8, 5b ......... II, 7, 9' ; II, 28,45
8, 5 (uita secundum / per
Spiritum)............I, 28, 55' ;
II, 28,45'
8, 8-9........................ II, 28,45
8, 10-11 ........................ 1,4,4
8, 10 ......... I, 4, 4; I, 6, 6; I, 7,
7 ; II, 30, 49
8, 11.......... I, 5, 5; I, 6, 6' ; I,
7,7; III, 11, 20
8, 12-13.........................1, 7, 7
8, 14 ......... II, 7, 9" ; II, 8, 10'
8, 17.......... I, 18, 23; I, 25, 36
(objecteurs)
8, 23-25...................... II, 7, 9
8, 23......................... II, 8, 10'
577
TABLES DES REFERENCES
8, 24......................... II, 8, 10'
8, 24-25.................... I, 18, 23
9, 8 (.filii carnis")...I, 10, 15;
I, 27, S4; II, 8, 10; II, 9,
11"; III, 2, 2
9, 8 (.filii Dei per fidem")
(= Luc. 10,34) ....1, 27, S4;
II, 8, 10'; II, 9, 11 ; III, 2,2
9, 11.......... 11,36,59; III, 9,17'
9, 11-12..... 1,22,31; I, 22, 33'
9, 14.......... 1,21,29; I, 21, 30'
10, 3 ........................ I, 27, 43
10, 10...................... I, 25, 38'
10, 14........................ I, 22, 31
11, 32......................... I, 21, 29
11, 33........ I, 21, 29; I, 21, 30;
1,22,31'
11, 33-36.................... I, 21, 29
1 Corinthiens
1, 26-29................... I, 22, 32'
1,31
(= 2 Cor. 10, 17)........1, 22,
32; II, 18, 31 ; II, 19, 33'
2, 6a ....................... II, 15, 22
3, 2......................... II, 15, 22
3,7................ I, 9, 10; I, 25, 37
3 - 4....................... II, 18, 28'
4, 7b .......... II, 6, 7; II, 18, 30
4, 7bc ....... II, 18, 28; II, 18,
29' ; II, 18, 31 ; II, 19, 33'
6, 15 ........................ III, 9, 17
6, 17 ......................... I, 10, 11
7, 14b........ II, 25, 41 (objec-
teurs) ; II, 25, 42
7, 14..........11,26,42 ;111, 12,21
7, 38.......................... I, 29, 57
9, 27 ........................ I, 39, 70'
11, 1............. I, 9, 10; I, 14, 18
12, 12....................... I, 31, 60
12,27 ...................... I, 26, 39'
14, 20 ....................... I, 25, 36
15, 3 ........................ 1,27,44
15, 12-20.................... I, 8, 8'
15, 12-57 ......... III, 11, 19-20'
15,20 (= Col. 1, 18)......1, 3, 3'
15, 21.............................1, 8, 8
15, 21-22... I, 8, 8; II, 30, 49;
III, 11, 19
578
15, 22 ....... I, 9, 10' ; I, 28, 55 ;
III, 11, 20'
15, 42b-44a ............ II, 27,44'
15, 43b-44a ............1, 2, 2" ; I,
3, 3"; I, 5, 5' ; II, 22, 36"
15,45........................ I, 16, 21'
15,45-47 ................ I, 31, 60"
15, 47a........ 1,2,2"; I, 16, 21'
15, 51-52a............... II, 31, 50'
15, 51-53... 1,2,2"; I, 3, 3"; I,
5,5'
15, 53........ I, 2, 2' ; I, 5, 5' ; II,
7,9'
15, 53-54........1, 5, 5' ; I, 6, 6"
15, 53-55 ................ III, 11, 20
15,54.......11,4,4' ;111, 11,20"
15, 54-56................ III, 11, 20
15, 56 ..................... III, 11, 20
15, 57......... ............. III, 11, 20
2 Corinthiens
4, 16b ....... I, 6, 6"; II, 7, 9 ; II,
13, 20; II, 27,44'
5, 2-4............................ I, 2, 2
5,4........... I, 2, 2' ; I, 5, 5' ; II,
4,4'
5, 14 - 6, 2............... 1,27,44
5, 17.......... I, 18, 23' (objec-
teurs)
5, 21a......... III, 7, 13 (Jerome)
12,7...................... II, 16, 24'
12, 7-9.................... II, 16, 24'
12,9a...................... II, 16, 24
Galates
1, 3-4....................... I, 27, 4S
3, 8 = Gen. 12, 3....... I, 10, 11
3, 16 (exegese de Gen. 22,
18) ........ I, 10, 11'
3, 19-22.................... 1,27, 4S
3, 21-22 .....................1, 10, 12
3, 22a..................... III, 11, 20
3, 22b ..................... III, 11, 20
5, 6........................ II, 34, 54'
5, 24....................... II, 23, 37'
Ephesiens
1, 5 ......................... II, 29,47'
1, 7 ...........................1, 23, 33'
1, 22-23................... I, 26, 39'
2, 1 ..........................1, 26, 39"
2, 1-5 ....................... I, 27, 46
2, 3........... I, 21, 29; I, 23,
33' ; II, 10, 15
2, 3 (.filii irae") ......1, 27, 54;
II, 4, 4; III, 2, 2
2, 8-10..................... I, 27, 46
2, 12-18 ................... 1,27,46
2, 14
(= Col. 1, 20)...... I, 26, 39"
2, 16
(= Col. 1,20)......1, 26, 39" ;
II, 28, 45"
4, 1 - 6, 18 ................. II, 7, 9'
4, 21-24 .................... I, 27, 46
4, 22-23
(= Col. 3, 9b-l0)..........I, 30,
58"; II, 27,44'
4, 22-24
(= Col. 3,9-10) ....II, 9, II"
4, 22.24a-25a
(= Col. 3, 9-10) ....... II, 7, 9
4, 22b-24a ..............11, 27,44"
4, 23 ........................... II, 7, 9'
4, 24 (= Col. 3, 10)..... II, 7, 9'
4, 30......................... 1,27,46
5, 29-32................... I, 31, 60"
5, 30....................... I, 26, 39'
Philippiens
2, 7-8....................... I, 26, 39'
2, 8........... 11,29,48' ;11,31,51
2, 13 ......... I, 32, 62; II, 18,30
3, 6b ......... II, 11, 16; II, 13,20
3, 8 .......................... II, 11, 16
3, 7-11......................11, 13,20
3, 9b ......... II, 11, 16'; II, 32,
52"
3, 12 ....................... II, 15, 22'
3, 12-14 ................... II, 13, 20
3, 15a....................... II, 15, 22
3, 15-16 ................... II, 13, 20
3, 15b-16 ................. II, 15,22
Colossiens
1, 12-14..... I, 26, 39"; 1,27,47
1, 18a....................... I, 26, 39'
BIBLE
1, 24b .......................1, 31, 60'
2, 3b .........................11, 17, 27
2, 10-15.................... 1,27,47
2, 13 .......................11, 27, 44"
2, 13-15..................11, 30, 49'
1 Thessaloniciens
4, 15-17 .... 1,2,2"; I, 3, 5"; I,
5,5"
4, 17......................... II, 31, 50
2 Thessaloniciens
3, 2b ..........................1, 28, 55
1 Timothee
I, 15-16..................... I, 27, 48
2, 5........... I, 19, 25'; I, 26,
39 ; I, 28, 56' ;11, 20, 34 ; II,
24,38"
2,5
(Mediator unus").......I, 26,
39; II, 20, 34; II, 29, 47
2, 5-6............ 1,27,48; II, 1, 1
4,4-5...................... II, 26, 42'
6, 20........................1, 28, 56"
2 Timothee
1, 8-10..................... 1,27,48
4, 6 ............ ............. II, 16, 24'
4, 7-8a ...... II, 16, 24 (objec-
teurs)
Tite
2,11 ......... 1,11,13";1,28,56'
2, 13-14.................... 1,27,49
3,4-7 ........................ I, 27, 49
3,5 ............................1, 18, 23
3, 5bc........ I, 19, 24; I, 22,
31; I, 24, 34; II, 7, 9; II,
27,43' ; II, 27,44'
3, 7 .........................11, 27,43"
Hebreux
1, 1-3 ........................ 1,27, SO
1, 9 ......................... II, 17, 27'
2, 2-3........................ I, 27, SO
2, 14-15.... 1,27, SO; II, 31, 50
2, 17 ......................... I, 27, SO
579
TABLES DES REFERENCES
3, 14........................ II, 17, 27'
4, 15 ..........................1, 16, 25
5, 1-3...................... II, 13, 19'
6-7 ........................... I, 28, 56'
7, 9.......................... II, 25, 39'
7, 10........................ II, 25, 39'
7, 24-25....................1, 16, 25'
7, 25............................ 11,4, 4'
4, 14-15 .................... I, 27, 50
6, 20....................... II, 13, 19'
7, 24-27 .................... I, 27, 50
7,26-27 ................... II, 13, 19
8, 8.13....................... I, 27, 54
8, 11.......................... I, 27, 54
9, 11-12.................... 1,28,56'
9, 15.......................... I, 27, 54
9, 24-28.................... I, 27, 50
11, 1......................... II, 31, 50
11, 5..............................1, 3, 3'
11, 13....................... II, 31, 50
11, 39....................... II, 31, 50
12, 6........................ II, 16, 25
Jacques
1, 13...............11, 4, 4; II, 7, 8'
1, 14............................. 11,4,4
2, 10...... ...................... II, 3, 3
2, 12-13....................... II, 3, 3
3, 2 ........................... III, 7, 13
1 Pierre
1, 3-5.........................1,27,41
1, 5 ............................1, 28, 55
1, 7-9.........................1,27,41
2, 9............................1,27,41
2, 22-23.................... III, 7, 13
2, 22.24-25............... 1,27,54
3, 18........................... I, 27,41
3, 21.......... I, 24, 34; I, 27, 41
1 Jean
1, 7 ........................... I, 27, 42
1, 8 ........... II, 7, 8; II, 8, 10;
II, 10, 12; II, 14; II, 13, 18;
II, 35, 57; III, 13, 23'
2, 6........................... III, 7, 13
3, 1 ........... II, 8, 10' ; II, 9, 11'
3, 2............................ II, 8, 10
580
3, 8 ........... I, 9, 9; I, 13, 17; I,
27, 42
3, 9 ........... II, 7, 9; II, 8, 10;
II, 10, 12
3, 9-10..................... I, 34,63'
3, 10 ......................... I, 27, 54
3, 16......................... II, 34, 54
5, 9-12...................... 1,27,42
2 Jean
7 ............... I, 11, 13' ; I, 26, 39'
Apocalypse
2,6.19 .......................1, 28, 55
2, 11 ......... 11,4,4; III, 11,20'
2, 11-20.....................1, 28, 55
5, 9 ............. I, 22, 51 ; II, 1, l'
11, 18....................... I, 28, 54'
14,4-5........................ II, 7, 8'
19, 5......................... I, 28, 54'
20, 6-7......................1, 22, 31'
20, 14 ....................... I, 11, 13'
3) AUGUSTIN
De bono coniugali
I, 29, 57
ConJessions (X, 29,40: «Da quod iubes»)
II, 5, 5
De musica (VI, 5, 14)
II, 4, 4
De sancta uirginitate
I, 29, 57
De sermone Domini in monte (I, 16,45)
III, 12, 21
4) AUTEURS ANCIENS
CVPRIEN DE CARTHAGE
Epistola 64 ad Fidum: 111,5, 10-11
JER6ME
Commentarium in lonam prophetam III, 5: 111,6, 12
Aduersus louinianum II, 2: III, 7, 13
PELAGE
Expositiones in epistulam ad Romanos 5, 14: III, 4, 9
Expositiones in epistulam ad Romanos 5, 15: 111,2,2; III, 3, 5
581
TABLE ANALYTIQUE
Abel: 106-107; 241 ; 425; 504; 512.
Adam: Ie premier humain historique: 86-91; 94-97 - par son
peche implique sa descendance: 94-97; 102-103 - un individu et
l'humanite entiere a venir: 390-391 ; 441-444.
Adam et Eve: leur etat avant de desobeir: 74-75; 214-217; 308-311 ;
509-511 - premiers pecheurs solidairement: 112-115.
Adam - Christ: Ie Christ seul ajoute sa grace a l'imitation de son
exemple: 86-91; 100-103; 106-109 - premier et second homme:
112-113.
Albert Ie Grand: 481.
Ambroise de Milan: 424; 433; 442; 452; 482; 516; 524; 536;
554-556.
Ambrosiaster: 129; 423 ; 433-434 ; 442 ; 452 ; 456-457 ; 539 ; 540-542
- parentes avec Pecc. mer.: 485 - Augustin croyant a un texte
d'Hilaire de Poitiers: 540-542.
Ame: rejet d'une vie anterieure: 138-141; 396-397; 445 - a besoin
de salut comme Ie corps: 354-357; 541 - magna quaestio de son
origine et de son implication dans Ie peche: 354-357; 398-401 ;
469-474; 540-542 - creatianisme ou traducianisme?: 396-397;
398-401 ; 469-474; 540-542.
Anastase Ier (pape): 470; 501.
Anastase II (pape): 474.
Anselme : 439.
Antoine: 470.
Apotres: auraient invoque Ie pardon divin pour d'autres qu'eux: 258-
259 - seraient sans aucun peche: 512.
Aristote : 474.
Amobe Ie Jeune : 496.
Asterius: 466.
Athanase d'Alexandrie: 469.
Attente active du Dernier Jour: 248-251 ; 344-347.
Aurelius de Carthage: 10; 13; 16; 32.
Bapteme, lauacrum (bain): 116; 120; 124; 136; 142; 153; 170; 250;
376 - adultes qui courent se faire baptiser: 461.
BaptSme des tout-petits: mSme forme du sacrement que pour les
adultes: 207; 500 - adultes courant a l'eglise avec leurs bebes:
118-119; 460-461 - In spe, baptises en vue de leur future foi
personnelle: 122; 466.
Basile de Cesaree: 555.
Benediction des aliments: 322-323.
Benoit XVI (pape): 342.
583
TABLES DES REFERENCES
Caelestius: vie et ecrits: 16-19; 495-498 - 1'« affaire» Caelestius
en 411 a Carthage: 8-11; 15-16 - Augustin et Caelestius: 28-31
- opinions affirmees : 480 - Caelestius et Rufin Ie Syrien: 503.
Caro, native condition humaine pecheresse: 310-313 - peccati: pas
celie dans laquelle Adam fut cree: 348-351 - au sens de corpus:
308-309 - caro peccati et in similitudine carnis peccati: 354-355 ;
396-399; 538-539.
Cassiodore: 543.
Catechumenat: description de rites: 206-207 (exorcisme par
exsufflatio); 322-323 (signation, imposition des mains, sel) ;
539-540.
Celestin (paPe): 496.
Christ, medicus: 118-119; 140-141 ; 374-375; 408-409; 412-413; 436;
458-460 - unique Mediator: 122-123; 152-153; 164-165; 170-171 ;
188-189; 228-229; 302-303 ; 304-305 ; 332-333 ; 537 - indemne des
miseres du bas-age: 334-337; 507-509 - juste des sa conception:
538 - unique innocent: 551 - unite de sa personne : 490-492 - seul
humain iustus et iustificans: 104-109; 526 - «tete» des justes:
106-107; 527 - place secondaire, chez Augustin, de Jesus unique
Juste: 527.
Circoncision, rapprochement avec bapteme: 392-395; 396-399.
Cite de Dieu (De ciuitate Dei): 488.
Clement d'Alexandrie : 422; 453.
Concupiscentia, consequence du P6che d'Adam: 262-263 - n'est pas
peche: 232-233; 328-333; 439-441 - demeure apres Ie bapteme
pour la lutte contre Ie mal: 220-225; 232-237; 338-345; 346-349;
350-351 - disparaitre au Demier jour: 234-237.
ConcHes, d'Alexandrie (400): 470 - de Tolede (400): 471 - de
Diospolis/Lydda (415): 23; 25-26; 496; 543 - de Milev (416):
51 - de Carthage (256): 557 - (418): 429; 450; 483-484; 496;
558 - d'Ephese (431): 496 - d'Orange (529): 429 - de Trente
(1545.. .1563): 429; 435; 439 - Vatican II (1962-1965): 524.
ConJessions: 19; 22; 24; 216; 238; 431 ; 464; 485; 487; 501 ; 507;
512; 519-520; 531 ; 546.
Contra Academicos: 542.
Contra Cresconium: 557.
Contra duas epistulas Pelagianorum: 90; 487-488; 531 ; 540; 550.
Contra Faustum: 276; 377; 434; 557.
Contra Fortunatum: 464.
Contra lulianum: 50; 354; 377 ; 475-476; 550; 555.
Corps humain, avant la faute moriturus, depuis, mortale: 76-77; 425-
429 - animale et spiritale: 70-75; 76-77; 308-309.
Cyprien de Carthage, citation de la Lettre 64 it Fidus: 378-383; 392
- evocations: 51 ; 433; 450; 479; 516-517; 549-551 ; 555; 557.
Cyrille d'Alexandrie: 434; 441.
Cyrille de Jerusalem: 434.
Da quod iubes: 22; 25; 30; 238-239; 513; 518-521.
584
TABLE ANALYTIQUE
Daniel: 256-259; 522-523 ; 529.
David: 350-351.
De baptismo: 454; 557.
De bono coniugali: 192; 486-487.
De bono uiduitatis: 514; 519.
De catechizandis rudibus: 436.
De Ciuitate Dei: 487-488.
De continentia: 454.
De correptione et gratia: 535.
De diuersis quaestionibus 83: 112; 528.
De diuersis quaestionibus ad Simplicianum: 420; 429; 431 ; 435;
528 ; 543.
De doctrina christiana: 446-447 ; 481.
De dono perseuerantiae: 519-520.
De Genesi ad litteram: 391; 460; 486.
De gestis Pelagii: 10-12; 18-19; 21-22; 24; 26; 29; 33-34; 39; 60;
63 ; 545-546.
De gratia Christi et de peccato originali: 527; 555-556.
De gratia et libero arbitrio: 520.
De libero arbitrio, parentes avec Pecc. mer.: 230; 515.
De moribus ecclesiae catholicae: 429.
De musica: 234.
De natura et gratia: 555.
De natura et origine animae: 468-471 ; 482; 484.
De nuptiis et concupiscentia: 188; 377; 465; 529; 550.
De perJectione iustitiae hominis: 37; 480; 497; 511 ; 522.
De praedestinatione sanctorum: 535 ; 550.
De sancta uirginitate: 192; 352; 486; 521-522.
De sermone Domini in monte: 409; 516-517.
De spiritu et littera: 37; 49; 288-289; 292; 511-512; 519.
De symbolo ad catechumenos : 465.
De Trinitate: 276; 421 ; 479.
Diable: imite par Adam et les hommes: 86-87; 102-103 -Ie Christ en
delivre: 152-153; Ie bapteme aITache a son pouvoir: 206-207; 222-
223 - est avec lui qui n'est pas avec Ie Christ: 184-185; 206-207.
Didyme d'Alexandrie : 433.
Dinocrates (martyr avec Perpetue): 469.
Donat (donatiste): 556.
,
Ecriture sainte, inerrance: I, 22, 33 - superieure a celie des auteurs
chretiens: 390-391 ; 555-558 - hoc est Dei Spiritus: II, 10, 16; 524-
526 - regles d'interpretation: 96-97; 356-357 ; 446-448 - canon:
481 - autorite indissociable de celie de I'Eglise : I, 28, 56 ; III, 4, 9 ;
524 - association d'epitres de Paul: 400-401 ; 406-407; 429-430.
Eglise, mater: 150-151; 500 - invariable dans sa doctrine et sa
pratique du baptSme: 378-379; 524 - son enseignement sur Ie
bapteme accepte par tous jusqu'a present: 390-391 ; 410-411.
Elie (prophete): 74-75; 241 ; 424-425; 504.
585
TABLES DES REFERENCES
Elisabeth et Zacharie: 272-275; 512; 523; 529.
Emeritus (donatiste): 480.
Ennaratio in Psalmum 42: 529 - 50: 460 - 70: 443 - 83: 529 - 103:
434 - 105: 455 - 117: 434 - 141: 473.
Enchiridion: 551.
Enfants de baptises: pourquoi ceux-ci doivent passer eux aussi par Ie
baptSme: 254-255 ; 326-329; 330-333; 396-399.
Ephrem: 96; 433-434.
Eschyle: 474.
Eucharistie: 463; 477-478; 525.
EutroPe et Paul, eveques espagnols : 497 ; 511.
Eve - Marie: 484-485 - les fils d'Eve et Ie fils de Marie: 188-189;
484-485.
Expositio quarumdam propositionum ex ep. ad Rom. : 528.
Ezechiel: 548.
Fauste de Riez: 439.
Fulgence de RusPe: 439.
Generatio/generari - regeneratio/regenerari: 108-109; 110-111;
116-119; 184-185; 198-199; 206-207; 324-327; 332-335; 354-
355 ; 392-393 ; 398-399.
Gennade: 17; 495.
Grace, a tenir avec la responsabilite personnelle: 240; 293 ; 531-534.
Gregoire de Nazianze: 451-452; 482; 555.
Gregoire de Nysse: 452; 510.
Gregoire Ie Grand (pape): 439.
Henoch: 74-75; 241 ; 424-425; 504.
Hermas: 453.
Hilaire de Poitiers : 433 ; 555 - en rea lite I'Ambrosiaster: 540.
Hilaire, syracusain: 97 ; 430; 480; 493 ; 497.
Hippocrate: 474.
Hippolyte: 450.
Homo interior - exterior: 80-81 ; 246-249.
Homo uetus - uetustas - homo nouus: 248-251 ; 254-257; 328-331.
Honorius (emPereur): 7; 31.
Ignace de Loyola: 534.
Impeccantia (possibilite de ne pas pecher du tout): 240-245; 512;
521; 529 - il y a des hommes justes, mais pas totalement sans
peche: 270-271 ; 276-279.
Innocent Ier (paPe): 477; 496.
In spe, bebes baptises pour leur future foi Personnelle: 122-123;
466.
Inbutus (<< imbibe, impregne» de foi des Ie bapteme): 138-139; 230-
231 ; 400-401.
Inscriptions funeraires pour Petits enfants : 453.
586
TABLE ANALYTIQUE
Irenee de Lyon: 96; 129; 423; 432; 453; 510; 555.
lusti - peccatores, pas de 3 e statut possible: 118-121 ; 462.
Jean Chrysostome: 423; 452; 461; 533; 555.
Jean de Jerusalem: 22; 557.
Jerome: citation de son Commentarium in lonam prophetam: 384-
385 - de son Aduersus louinianum: 388-389 - I'Adu. louin. deja
connu d'Augustin?: 551-552 - evocations: 16; 20; 39; 50; 129;
384-389; 391 ; 470; 473-474; 495; 501-502; 550; 551-552; 554;
555-556 ; 558.
Jesus, mot hebreu qui veut dire «Sauveur» : 334-335 ; 374-377.
Job: 256-257; 260-271 ; 522-523; 529-530.
Jovinien: 386-389; 551-552; 554-555.
Judas: la «tete» des pecheurs si la vie chretienne n'etait qu'imitation
d'exemples: 106-107.
Julien d'Eclane: 354; 442; 474; 477; 487 ; 536; 538.
Justice des hommes, salaire (meritum) de la foi et de la discipline
de soi: 78-83; 312-313 - impossible sans Ie Christ: 110-111;
236-241 ; 274-277; 526-528 - imperfection de celie qui vient de
la Loi: 268-269; 272-275 - est obeissance aDieu: 76-77 ; 342-343
- sa perfection seulement a la resurrection de la chair: 250-253;
344-347.
Justice de Dieu, insondable: 130-131; 132-133; 134-137; 158-159;
298-299.
Justin: 432; 453.
Lactance: 555.
Lettre 6*: 50 - 82: 557 - 98: 454; 466-468 - 139 a Marceillinus: 12;
32; 34-36 - 143 a Marcellinus: 12; 32; 47-48 - 140: 48; 421 ; 492;
147: 556; 146 a Pelage: 21; 24 - 148: 421 - 157: 97; 377 - 166 a
Jerome: 50; 460; 483; 508; 552 -167: 552 -187: 50.
Levi, deja dans les reins d'Abraham: 316-319; 433.
Libellus breuissimus, texte signale dans Pecc. mer., sans doute ecrit
par Caelestius: 11 ; 17-19; 28; 208-209; 492-495; 495-498.
Liber: autre texte signale dans Pecc. mer.: 11; 208-209; 493; 495-
498 - parente avec Ie Liber de fide de Rufin Ie Syrien: 422; 425 ;
501-507; 510.
Liberte du chretien: reuvre de liberation: 152-153; 230-233; 270-271 ;
II, 10, 15; II, 12, 17 - encore imparfaite actuellement: 537-538.
Locus medius inexistant pour les non-baptises morts en bas-age: 184-
187; 481-484; 504 - cas du larron rePentant: 469; 484.
Maladie (aegritudo) du peche originel: 118-119; 120-121 ; 140-141 ;
374-375 ; 459-460.
Marcellinus: 7-15; 20-21 ; 24; 27; 31-33; 35; 38-40; 42; 47; 421-
422; 473; 512; 544.
Mariage, bon usage de la concupiscentia: 188-193; 330-331;
486-487.
587
TABLES DES REFERENCES
Marie, sa maternite virginale a permis la naissance du Sauveur: 192-
193; 538 - nee de la chair de peche comme les autres humains:
316-317; 539.
Martial: 475.
Marius Mercator: 10-11; 16-17; 40; 50; 495-496; 501-502.
Massa damnata: 507-508.
Meliton de Sardes: 478.
Meritum/merita (salaire) peccati: 38; 70-71 ; 80-83; 402-403; 412-
413; 419-420.
Methode d'Olympe: 423.
Moise: 274-275; 286-287; 326-327; 352-353; 523 - et Aaron: 272-
273 ; 286-287.
Monique, mere d'Augustin: 461.
Moriones (<<debiles» mentaux): 136-141; 212-215; 474-477.
Mort physique, chitiment, pour tous les humains, du peche d'Adam:
70-77; 78-81; 84-85; 400-403; 425-429 - mort de l'ime,
definitive: 402-403.
Naturaliter de Eph. 2, 3 au sens de originaliter: 262-263.
Nicodeme, dialogue avec Jesus: 194-197; 490.
Noe: 241 ; 256-257; 512; 523; 529.
Nombres, symbolique du nombre 20: 352-353.
Novatien: 479.
Objecteurs: divises sur Ie bapteme des tout-petits: 114-117; 118-121 ;
146-147; 208-211 - isoles et de peu d'importance au debut, a
present virulents: 386-387 - rapidite soudaine de la diffusion de
leurs opinions: 14-15; 386-387; 552-553.
Olympius d'Espagne: 555.
Optat de Milev: 473.
Organes genitaux, don de Dieu: 308-311; 488-489 - sujets a des
pulsions a controler: 112-113; 487-490.
Orgueil et humilite de l'homme: 238-241; 286-291; 298-303; 412-
415; 513-514 - humilite de Dieu par son incarnation: 290-291.
Origene: 96; 129; 312; 422; 433; 450; 453; 470-471 ; 525; 539.
Orose: 557.
Pammachius, ami de Jerome et Pelage: 501-502.
Parmenianus (donatiste): 480.
Paruuli (les tout-petjts): leur innocence personnelle est indiscutable :
114-117; 120-121; 184-185 - reconnue par Cyprien: 380-381
-la misere de leur condition, indice du peche originel: 210-221 ;
507-509 - I'Eglise doit etre leur avocate: 410-411 - pusilli cum
magnis: 433.
Paul: influence de son judaisme: 441 - et Ie corps: 473 - defenseur
de la grAce divine: 158-159 - saintete personnelle reconnue:
512 - relativite de cette saintete: 264-277 (perJectus uiator, non
588
TABLE ANALYTIQUE
peruentor); 278-281 ; 282-287; 523 - a fait valoir la grace divine:
158-159 - interpretation de ses Epitres aux IV e s.-v e s.: 542-544.
Paulin de Milan: 11 ; 15-17; 20; 40; 550.
Paulin de Nole: 20.
Peche originel (originale): 431-432; 435-439 - proprium a l'etre
individuel des sa naissance: 392-393 - transmis par propagation,
non imitation: 86-91 - pas une faute d'ordre sexuel: 488.
Peches personnels (propria): 444-446 - sont ajoutes au peche
originel: 110-111 - aliena au sens de peche herite d'Adam: 390-
391 ; 550-551.
Pelage: avant fin 410: 16; 19-21 ; 543-544 - son De induratione cordis
Pharaonis: 542-543 - son De natura: 23 ; 26 ; 498 ; 545 - sa Lettre
a Demetriade: 522 - ses Expositiones Epistolarum Pauli: 543
- deux rencontres manquees avec Augustin: 545-546 - attitude
d'Augustin envers lui dans Pecc. mer.: 19-23; 24-28; 360-361;
368-369; 370-373 ; 545-548 - affirmations: 423 ; 483-484.
Perfection: scruter en quel sens I'Ecriture en parle: 278-281.
Platon: 422.
Pline Ie Jeune: 475.
Poena, du peche originel - mitissima pour les non-baptises morts en
bas-age: 110-111 ; 455-457; 508.
Priere, son importance vitale: 230-231; 298-303; 514 - preuve de
notre condition pecheresse: 278-279; 412-413 - celie de Paul
atteste sa faiblesse: 286-289; 530-531 - a unir a la charite: 230-
233; 515 -Ie Notre-Pere: 234-237; 286-287; 516-518.
Propagation (tradux): du peche d'Adam, non imitation: 104-105.
Pudor, honte devant des pulsions sexuelles non commandees: 112-
113; 188-191 ; 308-311 ; 487-490.
Quaestiones in Heptateuchum: 353.
Ratiocinatio (raisonnement) d'Augustin: 154-155 - arme favorite des
objecteurs cites: 346-347; 362-363; 390-393; 548-549.
Redemptio, terme concede par des objecteurs: 208-209.
Resurrection de la chair: 248-251; 402-409 - par Jesus Christ
ressuscite: 170-171; 400-401 - ultime regeneratio: 248-249
- aboutissement de la saintete: 523.
Reticius d'Autun: 555. .
Revisions: 7; 9; 12; 29; 37; 46; 60-63; 426; 432; 457-458; 473;
529 ; 549.
Rogat (donatiste): 556.
Rufin d'Aquilee: 502.
Rufin Ie Syrien, vie et ecrits: 497; 501-507; 509-511 - Caelestius et
Rufin: 11; 17; 493; 503 - affirmations: 425.
Salus, nom du bapteme en langue punique: 142-143; 477-478.
Samuel: 286-287; 512; 523.
589
TABLES DES REFERENCES
Sermon 174, 176: 460 - 293: 460; 463 - 294: 50; 455; 460; 550
- 324: 461 - Dolbeau 30: 28-29 - Tractatus: in loh. eu. 38: 461
- 12: 533 - 41 : 537 - in loh. ep. 4: 460.
Soliloques: 471 ; 519-520.
Tertullien: 398-399 (<< fiunt, non nascuntur christiani»); 423; 433;
451-453; 473.
Testimonia, catalogue biblique: 150-151; 154-155; 176-177;
479-480.
Theodore de Mopsueste: 452; 501-502.
Theodoret de Cyr: 423.
Theodose II (empereur): 496.
Theophile d'Alexandrie: 470.
Theophile d'Antioche : 453.
Thomas d'Aquin: 439-440; 481 ; 500.
Transmission (tradux/propago) du peche d'Adam: 84-87; 92-93; 98-
99; 104-105; 362-363; 368-369; 372-373; 398-399; 448-450.
Vincent (donatiste): 556.
Vincent de Lerins: 557.
Vincentius Victor: 469.
Vita: nom de l'eucharistie en langue punique: 142-143; 477-478
- uita propria (= moralement responsable): 118-119; 120-121;
208-209; 210-211 ; 212-213 ; 214-215; 326-327; 352-353; 356-357 ;
364-365; 374-375; 390-391 ; 445.
Xenophon: 474.
Xyste (pape): 555.
Zozime (paPe): 496-497; 550.
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
I. - CIRCONSTANCES DE COMPOSITION ......................... 7
1. La reponse a l'appel d'un ami................................ 7
2. Theses diffusees par un proche de Pelage,
Caelestius ............................................. J................ 8
II. - DATATION ............................................................ 11
1. Contestation recente de la datation admise......... 11
2. Nouveaute des assertions et rapidite de leur
diffusion.............................................................. 14
3. Paulin de Milan, Caelestius................................. 15
4. Pelage et Augustin connaissent leurs
divergences. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 19
5. Augustin menage un peu Pelage, ne nomme
pas Caelestius...................................................... 24
6. Marcellinus ......................................................... 31
7. Chronologie la plus probable de la composition
du De peccatorum meritis et remissione ............ 32
III. - OBJET ................................................................. 36
IV. - METHODE ET PLAN GENERAL............................. 40
V. - ARGUMENTATION ............ ........................ ............ 43
VI. - SUITES DE L'HISTOIRE DE L'OUVRAGE................ 45
VII. - BIBLIOGRAPHIE................................................. 51
Notice des Revisions, II, 60 ........................................ 58
Structure du De peccatorum meritis et remissione .... 62
591
TABLES DES MATIERES
TEXTE ET TRADUCTION
Livre I.......................................................................... 69
Livre II ...................................................................... 227
Livre III..................................................................... 359
NOTES COMPLEMENTAIRES
Livre I :
1. Comment traduire au mieux en franais Ie titre
de I' ouvrage ........................................................... .419
2. Les preoccupations d'Augustin fin 411 ................. 421
3. Le corps humain et la mort selon les objecteurs
(I, 2, 2)................................................................... 422
4. Le corps humain et la mort chez des auteurs
chretiens precedents.............................................. 422
5. Corps et mort. Le cas d'Henoch et Elie (I, 3, 3) ...424
6. Statut et destin du corps humain selon Augustin.. 425
7. I Cor. 15, 21-22 et Rom. 5, 12 dans l'itineraire
theologique d'Augustin (I, 8, 8; III, 11, 20) .......... 429
8. L'expression originale peccatum chez Augustin
avant Ie De peccatorum meritis et remissione .......431
9. Peccatum originale : reconnaissances patristiques
anterieures a Augustin.......................................... 432
10. Originale peccatum dans Ie De peccatorum
meritis et remississione (I, 9, 9; I, 26, 39 et
pass i m) ................................................................ 435
11. Concupiscen/ia et peccatum (I, 9, 10; I, 29, 57) 439
12. L'interpretation augustinienne de Rom. 5, 12-21,
la solidarite humaine en Adam (I, 9, 9 - 15, 20;
III, 7, 14).............................................................. 441
13. La distinction augustinienne entre peche originel
et peches personnels (propria) ...........................444
592
TABLES DES MATIERES
14. Les regles d'interpretation de l'Ecriture
rappelees dans Ie De peccatorum meritis et
remissione ........................................................... 446
15. La transmission (tradux) du peche originel: une
terminologie desormais fixee .............................. 448
16. La pratique, entre lIe s. et v e s., de baptiser des
tout-petits............................................................. 450
17. Positions d'auteurs chretiens sur Ie motif
theologique de baptiser des tout-petits ................ 451
18. Augustin et Ie bapteme des tout-petits avant Ie
De peccatorum meritis et remissione et apres
I u i . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 454
19. Mitissima damnatio/poena. L'adoucissement des
peines de l'enfer pour les non-baptises morts en
bas-age (I, 16, 21) ................................................ 455
20. La confession du peche originel: surtout a
propos des tout-petits? ........................................ 457
21. Christus medicus et la metaphore medicale sur
Ie peche originel.................................................. 458
22. Grande frequence, chez Augustin, de
l'expression currere ad baptismum a propos
des tout-petits....................................... ...............460
23. Sicut peccatores non sunt, ita nee iusti sunt.
L'hypothese d'un statut d'exception des tout-petits
parmi les humains (I, 19, 24)............................... 462
24. Les tout-petits et leur acces a l'eucharistie (I, 20,
27 ; I, 25, 38) . ....................................................... 463
25. La pratique du bapteme de tout-petits, preuve
que tous les humains ont besoin d'un pardon
divin..................................................................... 463
26. Totum hoc in spe fit ui sacramenti. Le
sacrement pour les tout-petits, esperance pour
leur future foi personnelle (I, 19, 25) ..................466
27. Affinites entre Ie De peccatorum meritis et
remissione et la Lettre 98 a Bonifatius................ 466
593
TABLES DES MATIERES
28. Traces d'une distinction, selon des chretiens
contemporains d'Augustin, entre regnum Dei et
uitalsalus aeterna (I, 20, 26)...............................468
29. La question de l'origine des ames et de leur mode
d'implication dans la condition pecheresse (I, 22,
31 ; I, 38, 69; II, 36, 59) ....................................... 469
30. Les moriones (I, 22, 32 et I, 35, 66).................... 474
31. Le bapteme en langue punique : « salut» ;
l'eucharistie: «vie» (I, 24, 34) ............................ 477
32. Les motifs de I'Incarnation et Ie bapteme ........... 478
33. La constitution de catalogues de textes bibliques
comme testimonia: une pratique bien etablie
depuis Ie HIe s. (I, 27, 40 - 27, 54) ....................... 479
34. La Lettre aux Hebreux et Ie Canon de I'Ecriture.
Evolution d'Augustin (I, 27, 50)........................... 481
35. Le refus, par Augustin, d'un locus medius pour
les non-baptises morts en bas-age (I, 28, 55) ......481
36. Le parallele «les fils d'Eve - Ie fils de Marie»
(I, 28, 56) .............................................................484
37. Le «bien du mariage» (bonum coniugii) dans Ie
De peccatorum meritis et remissione et Ie De
bono coniugali (I, 29, 57) .................................... 486
38. La sexualite, lieu d'experience sensible de la
condition humaine, blessee par Ie peche originel
(I, 16, 21 ; I, 29, 57 ; II, 22, 36) ............................ 487
39. L'unite de la personne du Christ, condition de
l'unification de l'etre humain et de son salut ...... 490
40. Le libellus breuissimus (I, 34, 63); traces de
l'ecrit de Caelestius dans Ie De peccatorum
meritis et remissione ...........................................492
41. Caelestius et ses ecrits .. ..... ........ ................. ......... 495
42. Diversite des opinions des objecteurs sur
bapteme des bebes et pardon a Carthage en 411
(I, 17, 22; I, 19, 24; I, 25, 36; I, 34, 63) ..............498
594
TABLES DES MATIERES
43. L'appui d'Augustin sur l'ipsa forma sacramenti
(I, 34, 63) .............................................................500
44. Le liber lu par Augustin et Ie Liber de fide
attribue a Rufin Ie Syrien (I, 34, 64).................... 501
45. Une enigme avouee: la condition miserable de
l'etre humain en bas-age (I, 35, 65 - 38, 69) .......507
46. La condition d'Adam a sa creation. Differences
de representation entre Augustin et d'autres
theologiens (I, 36, 67 - 37, 68) ............................509
Livre II :
47. Objet specifique du livre II; la question ouverte
de la perfectio iustitiae humanae...............'..........511
48. Pourquoi prier (II, 2, 2 - 3, 3 ; II, 19, 33) .............513
49. Parentes entre Ie livre II du De peccatorum
meritis et remissione et Ie De libero arbitrio
(II, 2, 2; 5, 5 ; 26-33 ; 26)..................................... 515
50. Ne nos inducas I ne nos inferas in
temptationem; la mise en garde patristique
contre une interpretation non chretienne du texte
latin (II, 4, 4) ....................................................... .516
51. Da quod iubes (II, 5, 5); motifs et suites de
cette auto-citation................................................ .518
52. Traces de remaniements du De sancta uirginitate
au moment de la redaction du De peccatorum
meritis et remissione? (II, 6, 7) .......................... 521
53. Job et les autres Justes, figures d'une justice
encore relative dans l'attente du seul Juste, Jesus
Christ (II, 10, 14 - 12, 17) ................................... 522
54. Une formule etonnante d'Augustin: Scriptura,
hoc est Dei Spiritus (II, 10, 16) ........................... 524
55. La justice dans la condition actuelle de
l'homme................................... .......... .................. 526
595
TABLES DES MATIERES
56. Rom. 7, 14-25: aveu de faiblesse personnelle
reconnue par saint Paul (II, 12, 17; II, 13, 20;
II, 16, 24) ............................................................. 528
57. Vive conscience d'Augustin de devoir tenir
ensemble necessite de la grace et realite de la
responsabilite humaine (II, 5, 6; II, 18, 28) .........531
58. Pro bona uoluntate: bonne volonte humaine
ou divine? (I, 33, 62 et II, 18, 30)........................ 534
59. Liberte du chretien dans son actuelle condition
humaine (II, 18, 30)............................................. 537
60. Rom. 8, 3, verset capital de la christologie
d'Augustin............................................................ 538
61. Les informations contenues dans Ie De
peccatorum meritis et remissione sur Ie rite
catechumenal (I, 34, 63 ; II, 25, 42) ..................... 539
62. Trace de I'Ambrosiaster dans quelques passages
du De peccatorum meritis et remissione? (I, 11,
13; I, 16, 21 ; I, 28, 56; II, 36, 59) ....................... 540
Livre III:
63. Le commentaire de Paul par Pelage parvenu a
Augustin.............................................................. 542
64. Pelage et Augustin en 410-411 ............................ 545
65. Fondements de l'argumentation des personnes
citees par Pelage.................................................. 548
66. Citation d'un texte de Cyprien (III, 5, 10-11) ...... 549
67. Remissio peccatorum au sens de remissio
peccati originalis (III, 5, 10) ............................... 550
68. Citation de deux textes de Jerome (III, 6, 12 -
7, 13)........... .......... ......... ............. ................... ...... .551
69. La scene dont Augustin raconte qu'il fut temoin
involontaire a Carthage (III, 6, 12)...................... 552
70. Jovinien (III, 7, 13).............................................. 554
596
TABLES DES MATIERES
71. Le recours d'Augustin aux auteurs
ecclesiastiques ..................................................... 555
72. L'enseignement de I'Eglise sur Ie peccatum
originale selon Augustin dans Ie De peccatorum
. . . . 558
merltls et remlSSlone ...........................................
TABLES DES REFERENCES
1. Les opinions rapportees dans I' ouvrage ................ 563
2. Bible...................................................................... 573
3. Augustin....... ................................................... ...... 581
4. Auteurs anciens..................................................... 581
Table analytique ........................................................ 583
Table des matieres..................................................... 591
597
Bibliotheque Augustinienne
Les reuvres de saint Augustin
Le plan general de l'edition complete se trouve aux pages
104-105 du premier volume de la Bibliotheque Augustinienne
(= BA 1). Voici Ie detail des volumes publies.
Premiere serie : Opuscules
SA 1: La morale chretienne (par B. ROLAND-GOSSELIN,
edition complete, 1949). P. 7-99 : Introduction generale : Les
directions doctrinales de saint Augustin, par F. CA YRE et
F. VAN STEENBERGHEN; p. 101-115: Notes documentaires;
p. 117-132: preface du traducteur; p. 133-367 : Les mreurs
de l' Eglise catholique et les mreurs des manicheens ; p. 369-
435 : Le combat chretien; p. 437-509 : La nature du bien;
p. 511-527 : Notes complementaires (= NC).
SA 2 : Problemes moraux (parG. COMBES, 1937, 2 e ed. 1948).
P. 7-14 : Introduction; p. 15-99 : Le bien du mariage ; p. 101-
233: Les mariages adulteres; p. 235-343: Le mensonge;
p. 345-453 : Contre Ie mensonge ; p. 455-523 : Les soins dus
aux morts ; p. 525-577 : La patience; p. 579-617 : L'utilite du
jeune ; p. 619-641 : NC.
SA 3: L'ascetisme chretien (par 1. SAINT-MARTIN, 1939,
2 e ed. 1949). P. 9-13 : Introduction; p. 15-101 : La continence;
p. 103-227 : De lasainte virginite ; p. 229-305 : De l'excellence
du veuvage ; p. 307-431 : Du travail des moines; p. 433-474 :
NC.
SA 4 : Dialogues philosophiques I : Problemes fondamen-
taux (par R. JOLIVET, 1939, 2 e ed. 1948). P. 7-203 : Contre les
academiciens ; p. 205-214: NC; p. 215-285 : Du bonheur ;
p. 287-291 : NC ; p. 293-459 : De l'ordre ; p. 461-466 : NC.
SA 4/1 : Dialogues philosophiques, De beata uita - La vie
heureuse (par 1. DOIGNON, 1986). P. 7-44 : Introduction; p. 47-
129 : La vie heureuse ; p. 131-152 : N.C.
SA 4/2 : Dialogues philosophiques, De ordine - L' ordre (par
1. DOIGNON, 1996). P. 9-65 : Introduction; p. 67-329 : L'ordre,
p. 331-378 : NC.
SA 5: Dialogues philosophiques II: Dieu et l'ame (par
P. DE LABRIOLLE, 1939, 2 e ed. 1948). P. 7-163 : Les soliloques ;
p. 165-219 : L'immortalite de l'ame ; p. 221-397: La grandeur
de l'ame ; p. 399-408 : NC.
SA 6 : Dialogues philosophiques III : De l'ame a Dieu (par
F.-1. THONNARD, 1941, 2 e ed. 1952 ; 3 e ed. entierement nouvelle
par G. MADEC, 1976 ; Ie detail ci-apres concerne cette derniere
edition). P. 7-153 : Le maitre; p. 155-529: Le libre arbitre ;
p. 531-583 : NC.
SA 7: Dialogues philosophiques IV: La musique (par
G. FINAERT et F.-1. THONNARD, 1947). P. 7-14: Introduction
generale ; p. 15-479 : La musique ; p. 481-529 : NC.
SA 8 : La foi chretienne (par J. PEGON, 1951, 2 e ed. avec mise
a jour par G. MADEC, 1982). P. 7 : Avant-propos; p. 9-191 : La
vraie religion; p. 193-301 : L'utilite de croire ; p. 303-341 ; La
foi aux choses qu'on ne voit pas; p. 343-461 : La foi et les
lEuvres ; p. 463-509 : NC.
SA 9 : Exposes generaux de la foi (par 1. RIVIERE, 1947 ;
2 e ed. avec mise a jour par G. MADEC et 1.-P. BOUHOT, 1988).
P. 7-9 : Preface; p. 11-75 : De lafoi et du symbole ; p. 77-327 :
Manuel ou De la foi, de l'esperance et de la charite ; p. 329-
429 : NC.
SA 10: Melangesdoctrinaux(parG. BARDY,1.-A. BECKAERT,
1. BOUTET, 1952). P. 7: Avant-propos; p. 9-379: Quatre-
vingt-trois questions differentes ; p. 381-579 : Les deux livres
a Simplicien sur diverses questions; p. 581-643 : Les huit
questions de Dulcitius; p. 645-693 : De la divination des
demons; p. 695-775 : NC.
SA 11 : Le magistere chretien (par G. COMBES et 1. F ARGES,
1949). P. 7-147 : La catechese des debutants ; p. 149-541 : La
doctrine chretienne ,. p. 543-595 : NC.
SA 11/1: La premiere catechese (par G. MADEC, 1991).
P.9-41 : Introduction; p. 43-231 : De catechizandis rudibus ;
p. 233-267 : NC.
SA 11/2: La doctrine chretienne (par M. MOREAU et
I. BOCHET, 1997). P. 9-62: Introduction; p. 64-427: De
doctrina christiana ; p. 429-590 : NC.
SA 12: Les revisions (par G. BARDY, 1950). P. 7-256:
Introduction ; p. 259-559 : Retractationes ; p. 561-593 : NC.
Deuxieme sirie : Dieu et son lEuvre
SA 13: Les Confessions (par A. SOLIGNAC, E. TREHOREL
et G. BOUISSOU, 1962). P. 7-270: Introduction; p. 271-643 :
Livres I-VII; p. 645-703 : NC. Nouvelle ed. augmentee 1992.
SA 14 : Les Confessions (Voir ci-dessus). P. 7-525 : Livres
VIII-XIII; p. 527-634 : NC. Nouvelle ed. augmentee 1992.
SA 15: La Trinite (par E. HENDRIKX, M. MELLET et
Th. CAMELOT, 1955). P. 7-83 : Introduction; p. 85-553 : Livres
I-VII; p. 555-591 : NC. Nouvelle ed. 1997.
SA 16 : La Triniti (par P. AGA£SSE et 1. MOINGT, 1955). P. 7-
22 : Introduction; p. 23-567 : Livres VIII -XV ; p. 569-661 :
NC. Nouvelle 6d. 1997.
SA 17: Six traites anti-manicheens (par R. JOLIVET et
M. JOURJON, 1961). P. 7-26 : Introduction generale ; p. 27-115 :
Des deux ames ,. p. 117-193 : Actes ou dibat avec Ie manichien
Fortunat; p. 195-375 : Contre Adimante, disciple de Mani ;
p. 377-507 : Contre l'Epftre de Mani dite "du fondement" ;
p. 509-525 : Lettre de Secundinus; p. 527-633: Contre Ie
manicheen Secundinus; p. 635-757: Contre Ie manicheen
Felix; p. 759-789 : NC.
Troisieme serie : La grace
SA 20/A : Premieres reactions anti-pelagiennes I: Salaire
et pardon des pechis (par B. DELAROCHE, C. INGREMEAU et
M. MOREAU, 2013). P. 5-65 : Introduction; p. 67-415 : Livres 1-
III ; p. 417-559 : NC.
SA 21 : La crise pelagienne I (par G. DE PLINVAL et 1. DE LA
ThLLAYE, 1966). P. 7-23 : Introduction generale; p. 25-111 :
Lettre d'Augustin a Hilaire de Syracuse (Ep. 157); p. 113-
219 : Sur la perfection de la justice de l'homme ; p. 221-413 :
La nature et la grace; p. "415-579 : Sur les actes du proces de
Pilage ; p. 581-637 : NC. Nouvelle ed. 1994.
SA 22 : La crise pelagienne II (par H. CHIRAT, 1. PLAGNIEUX,
Ch. MUNIER, A.-C. DE VEER, F.-1. THONNARD, E. BLEUZEN,
1975) P. 7-269: La grace du Christ et Ie pechi originel;
p. 271-667 : Nature et origine de l'ame ; p. 333-375 : Lettre a
l'eveque Optat (Ep. 190) ; p. 669-869 : NC.
SA 23: Premieres polemiques contre Julien (par
F.-1. THONNARD, E. BLEUZEN et A.-C. DE VEER, 1974). P.7-
30 : Introduction generale ; p. 32-37: Lettre au comte Valerius
(Ep. 200); p. 41-289 : Mariage et concupiscence; p. 291-657 :
Replique en quatre livres a deux lettres des pelagiens ; p. 659-
827 : NC.
SA 24: Aux moines d'Adrumete et de Provence (par
1. CHENE et 1. PINTARD, 1962). P. 7-38 : Introduction generale.
P. 39-207 : De la grace et du libre arbitre ; p. 46-53 : Lettre
d'Evodius a Valentin; p. 52-73 : Lettres d'Augustin a Valentin
(Ep. 214-215) ; p. 209-381 : De la correction et de la grace;
p. 216-227 : Lettre de Valentin a Augustin (Ep. 216) ; p. 228-
229: Lettre d'Augustin a Valentin; p. 228-245: Lettre
de Januarius a Valentin; p. 383-461: Introduction au De
praedestinatione sanctorum et au De dono perseuerantia ;
p. 392-413: Lettre de Prosper d'Aquitaine a Augustin
(Ep. 225) ; p. 414-415 : Lettre d'Hilaire a Augustin (Ep. 226);
p. 463-597 : Sur la predestination des saints ; p. 599-765 : Sur
Ie don de la perseverance; p. 767-837 : NC.
Quatrieme serie : Traites anti-donatistes
SA 28: Traites anti-donatistes I (par G. FINAERT,
Y.-M.-1. CONGAR et G. BOUISSOU, 1963). P. 7-133 : Introduction
generale; p. 135-191: Psaume contre Ie parti de Donat;
p. 193-481: Contre la lettre de Parmenien; p. 483-707 :
Lettre aux catholiques au sujet de la secte des donatistes ;
p. 709-749 : NC.
SA 29: Traites anti-donatistes II (par G. FINAERT et
G. BAVAUD, 1964). P. 7-575: Sept livres sur Ie bapteme;
p. 577-627 : NC.
SA 30: Traites anti-donatistes III (par G. FINAERT et
B. QUINOT, 1967). P. 7-128: Introduction generale; p. 129-
745 : Contre les lettres de Petilien ; p. 747-812 : NC.
SA 31: Traites anti-donatistes IV (par G. FINAERT et
A.-C. DE VEER, 1968). P. 7-643: Reponse a Cresconius,
grammairien et donatiste; p. 645-737: Livre sur l'unique
bapteme ; p. 739-853 : NC.
SA 32: Traites anti-donatistes V (par G. FINAERT et
E. LAMIRANDE, 1965). P. 7-24 : Introduction generale;
p. 25-243 : Compte rendu abrege de la Conference avec les
donatistes; p. 245-393: Un livre aux donatistes apres la
Conference; p. 395-445: Discours aux fideles de l' Eglise
de Cesaree; p. 445-487: Proces-verbal de la conference
avec Emeritus; p. 489-685 : Contre Gaudentius, eveque des
donatistes ; p. 687-753 : NC.
Cinquieme serie : La Cite de Dieu
SA 33 : La Cite de Dieu (par G. BARDY et G. COMBES, 1959-
1960). P. 7-163 : Introduction genera Ie ; p. 165-763 : Livres I-
V ; p. 765-834 : NC.
SA 34 : La Cite de Dieu. P. 7-559: Livres VI-X; p.561-
636 : NC.
SA 35 : La Cite de Dieu. P. 7-467 : Livres XI-XIV; p. 469-
545 : NC.
SA 36: La Cite de Dieu. P. 7-689: Livres XV-XVIII;
p. 691-775 : NC.
SA 37: La Cite de Dieu. P. 7-719: Livres XIX-XXII;
p. 721-859 : NC.
Sixieme serie : Lettres
SA 40/A: Lettres 1-30 (par S. LANCEL, E. BERMON,
A. GABILLON, D. MITERAN, M. MOREAU, 1. NAVARRE-DoMERC,
1. WANKENNE, 2011). P. 5-186: Introduction; p. 197-515 :
Lettres 1-30 ; p. 517-638 : NC.
SA 46/B: Lettres 1*-29* (par 1. DIVJAK, M.-L. AMADEI,
M.-F. BERROUARD, R. BRAUN, Y.-M. DUVAL, G. FOLLIET,
A. GABILLON, A.-M. LA BONNARDIERE, S. LANCEL, C. LEPELLEY,
G. MADEC, M. MOREAU, 1. WANKENNE, 1987). P. 7-40 :
Introduction; p. 41-417 : Lettres 1*-29* ; p. 419-580 : NC.
Septieme serie : Exegese
SA 48: La Genese au sens litteral (par P. AGASSE et
A. SOLIGNAC, 1972). P.9-81 : Introduction genera Ie ; p. 82-
571 : Livres I-VII; p. 573-717 : NC.
SA 49 : La Genese au sens litteral. P. 7-457 : Livres VII-
XII; p. 459-493 : Capitula; p. 495-590 : NC.
SA SO : Sur la Genese contre les Manicheens (par P. MONAT,
M. DULAEY, M. SCOPELLO et A.-I. BOUTON-ToUBOULIC, 2004).
P. 7-155 : Introduction; p. 156-383 : Texte et traduction. Sur la
Genese au sens litteral, livre inacheve (par P. MONAT). P. 387-
395 : Introduction ; p. 396-505 : Texte et traduction ; p. 507-
557 : NC.
Huitieme sirie : Enarrationes in Psalmos
SA 57/A: Les Commentaires des Psaumes 1-16 (par
M. DULAEY, avec I. BOCHET, A.-I. BOUTON-ToUBOULIC,
P.-M. HOMBERT, E. REBILLARD, 2009). P. 7-110 : Introduction;
p. 111-549 : Psaumes 1-16 ; p. 551-623 : NC.
SA 57/B: Les Commentaires des Psaumes 16-25 (par
M. DULAEY, avec I. BOCHET, A.-I. BOUTON-ToUBOULIC,
P.-M. HOMBERT, E. REBILLARD, 2009). P. 5-10 : Introduction;
p. 11-296 : Psaumes 16-25 ; p. 297-336 : NC.
SA 58/A: Les Commentaires des Psaumes 26-31 (par
M. DULAEY, avec I. BOCHET, A.-I. BOUTON-ToUBOULIC,
P.-M. HOMBERT, E. REBILLARD, 2011). P. 5-12 : Avant-propos;
p. 13-400 : Psaumes 26-31 ; p. 401-430 : NC.
SA 66: Les Commentaires des Psaumes 108-117 (par
M. DULAEY et P.-M. HOMBERT, 2013). P. 5-8 : Avant-propos;
p. 9-411 : Psaumes 108-117 ; p. 413-457 : NC.
Neuvieme sirie : Traites sur saint Jean
SA 71: Homilies sur l'Evangile de saint Jean (par
M.-F. BERROUARD, 1969). P. 7-124 : Introduction; p. 125-833 :
Homelies I-XVI; p. 835-955: NC. Nouvelle ed. revue et
augmentee 1993.
SA 72: Homilies sur l' Evangile de saint Jean (par
M.-F. BERROUARD, 1978). P. 7-67: Introduction; p. 69-713 :
Homelies XVII-XXXXIII; p. 715-861: NC. Nouvelle ed.
1988.
SA 73/A: Homelies sur l'Evangile de saint Jean (par
M.-F. BERROUARD, 1988). P. 7-113 : Introduction ; p. 115 -455 :
Homelies XXXIV-XLIII; p. 457-529: NC. Nouvelle ed.
1988.
SA 73/B: Homilies sur l'Evangile de saint Jean (par
M.-F. BERROUARD, 1988). P. 10-397: Homelies XLIV-LIV;
p. 401-484 : NC. Nouvelle ed. 1989.
SA 74/A: Homelies sur l'Evangile de saint Jean (par
M.-F. BERROUARD, 1993). P. 9-397: Homelies LX-LXXIX;
p. 401-470 : NC.
SA 74/B: Homilies sur l' Evangile de saint Jean (par
M.-F. BERROUARD, 1997). P. 8-432: Homelies LXXX-CIII;
p. 434-480 : NC.
SA 7S: Homilies sur l'Evangile de saint Jean (par
M.-F. BERROUARD, 2002). P. 7-465 : Homelies CIV-CXXIV ;
p. 467-496 : NC.
SA 76: Homilies sur La premiere epitre de saint Jean
(par D. DIDEBERG, 2008). P. 7-59: Introduction; p. 61-431 :
Tractatus I-X; p. 433-516 : NC.
Nouvelle Bibliotheque Augustinienne
NBA 1 Le bien du mariage ; traduction de Gustave COMBEs
La virginite consacree ; traduction de Jules SAINT-MARTIN
Avant-propos de Martine DULAEY, introduction de Goulven
MADEC, 170 p. (1992).
NBA 2 Le Maitre: diaLogue avec Adeobat
Le libre arbitre : diaLogue avec Evodius.
Introduction et traduction de Goulven MADEC, 300 p. (1993).
NBA 3 La cite de Dieu : Livres I-X.
Introduction d'lsabelle BOCHET, traduction de Gustave COMBES
revue et corrigee par Goulven MADEC, 636 p. (1993).
NBA 4/1 La cite de Dieu : Livres XI-XVIII.
Traduction de Gustave COMBES revue et corrigee par Goulven
MADEC, 547 p. (1994).
NBA 4/2 La cite de Dieu : Livres XIX-XXII.
Traduction de Gustave COMBES revue et corrigee par Goulven
MADEC, 415 p. (1995).
NBA 5 Sermons sur I'Ecriture I : 1-15.
Traduction d'Andre BOUISSOU, introduction et notes de Goulven
MADEC, 331 p. (1994).
NBA 6 La vie communautaire (Sermons 355-356).
Traduction annotee par Goulven MADEC, 63 p. (1996).
NBA 7 La premiere catechese.
Introduction et traduction de Goulven MADEC, 127 p. (2001).
NBA 8 Sermons sur La chute de Rome.
Introduction, traduction et notes de Jean-Claude FREDOUILLE,
135 p. (2004).