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es Arméniens ont contribué d’une façon essentielle
L au développement de toutes les branches
des arts et métiers dans l’Empire ottoman.
Ce phénomène a ses origines, pour une grande part,
dans leur situation politique et sociale puisqu'ils étaient,
comme d’autres, des minoritaires dans l’Empire.
À partir du milieu du XIX° siècle, les Arméniens
se font photographes et leurs studios se multiplient
dans la plupart des villes ottomanes.
C’est vers eux que se tournent les sultans
et les hauts personnages du Sérail quand ils veulent
« éterniser » leur portrait.
Le succès aidant, certains, comme les frères Abdullah,
déjà célèbres à Istanbul, ouvriront des studios
au Caire, sous la protection des khédives.
Bientôt, tout un réseau d’Arméniens-photographes
se déploie entre la Méditerranée orientale et l’Asie,
de Beyrouth à Téhéran.
D’autres raisons amèneront cette diaspora à s’établir
dans les capitales du monde arabe à partir de 1915.
|
On doit à cette production photographique, qui s'étend
sur un siècle pour culminer au Caire vers les années 1950,
dans la mouvance du cinéma égyptien,
la plus belle chronique en images d’un Orient révolu.
Légende de la photographie de couverture:
Abdullah Frères
Femmes turques en costumes d’apparat portant le yachmak
et leurs admirateurs, 1865
Épreuve sur papier albuminé,
Collection Pierre de Gigord
19,5 x 25,8 cm
EE
51, rue Monsieur-le-Prince
75006
PARIS
- Æ& O1 43 26 88 65
|
|
Alcatel-Lucent est heureux de parrainer l'exposition « L’'Orient des photographes arméniens »
dans le cadre d'« Arménie, mon amie », Année de l’Arménie en France,
marquant ainsi son attachement au dialogue entre les peuples et les cultures.
En s’engageant à soutenir la photographie comme expression artistique
de l'ouverture aux autres, Alcatel-Lucent inscrit sa politique de mécénat
dans une démarche de reconnaissance et de valorisation de la diversité culturelle.
Serge Tchuruk,
Président d’Alcatel-Lucent
Alcatel-Lucent ©
L'Orient
photographes
ARMÉNIENS
L'Orient
photographes
RMÉNIENS
(9
&
ÉDITIONS CERCLE D'ART
Cette exposition, conçue et réalisée par l’Institut du monde arabe,
est présentée du 21 février au 1 avril 2007.
Cette manifestation s'inscrit dans le cadre d’« Arménie, mon amie »,
Année de l'Arménie en France
INSTITUT DU MONDE ARABE
Yves Guéna, président
Catalogue
L'Année de l'Arménie en France
Mokhtar Taleb-Bendiab,
Mona Khazindar,
Djamila Chakour,
est organisée et mise en œuvre:
directeur général
François Baudet, directeur général adjoint
coordination éditoriale
Hoda Makram-Ebeid, suivi des biographies
Commissariat
Brahim Alaoui, directeur du département
Musée et Expositions
Mona Khazindar, chargée de collections
et d'expositions
Communication
Remerciements
Philippe Cardinal, directeur
assisté de Aïcha Idir Ouagouni
Nous exprimons notre gratitude
aux prêteurs dont la générosité
a permis que cette exposition
voie le jour.
Josy Perceval, presse et partenariats
Salwa Al Neïmi, chargée de communication
de l'exposition
Arlette Bodin, Marie-Flore Nemecek,
secrétariat d'exposition
Jalal Alami el Idrissi, technicien d'exposition
Véronique Dollfus, scénographie
Pour leur soutien, conseil et aide,
que soient aussi remerciés
Ruth Victor- Hummel, George Hintlian,
Dickran Kouymijian et Nelly TardivierHenrot.
Notre gratitude à Serge Tchuruk,
président d’Alcatel-Lucent
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5 d’une part, que « les copies ou reproductions
strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et d'autre part, sous réserve
que soient indiqués clairement l’auteur et la source, « les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique,
scientifique ou d’information de l'ouvrage auquel elles sont incorporées », toute reproduction intégrale ou partielle, toute traduction adaptation
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Il en va de même des reproductions et enregistrements opérés sur supports numériques ainsi que de leur diffusion notamment par hébergement
sur un site accessible par Internet. Ces infractions constituent les délits prévus et réprimés par les dispositions
de l’article L.335 — 3 du Code de la propriété intellectuelle.
© 2007 Institut du monde arabe, Paris
© 2007 Editions Cercle d'Art, Paris
ISBN 978 2 7022 0 839 7
Imprimé en Italie
(21 septembre 2006 - 14 juillet 2007)
Y oh:
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le
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pour la République d'Arménie,
par la Commission Gouvernementale,
l'Ambassade d'Arménie en France,
le Commissariat général arménien
Commissaire général: Vigen Sargsyan
pour la France, par le ministère des Affaires
étrangères, le ministère de la Culture
et de la Communication,
l'Ambassade de France en Arménie,
CULTURESFRANCE,
le Commissariat général français
Commissaire générale: Nelly Tardivier-Henrot
Préface
Brahim Alaoui
Les Arméniens
et la photographie au Proche-Orient
Badr el-Hage
Liste des principaux studios
de photographes arméniens de l'Orient
Abdullah Frères
Yessayi Garabedian
Sarrafian Frères
|
Garabed Krikorian
G. Lekegian
Boghos Tarkulyan (Phébus)
Mihran Iranian
Papazyan Frères
Z. G. Donatossian
Angelo
Van Léo
Préface
L'invention officielle de la photographie en 1839, grâce aux découvertes de Niépce
et de Daguerre, puis les successives améliorations qui seront apportées au procédé au cours du
XIX° siècle, seront vite connues hors de l’Europe industrielle et notamment au sein de l’immense
Empire ottoman. Dès 1841, le livre de Daguerre est traduit en turc. Par ailleurs, des voyageurs
français, épris d’archéologie, fixent sur leurs plaques sensibles les principaux monuments de
l'Égypte pharaonique. Entre 1860 et 1890, ce sont encore des Européens qui, établis dans les
principales villes du Proche-Orient, ouvriront des studios et formeront les premières générations
de photographes locaux.
Au cours de cette période, la cour ottomane n’est pas indifférente au pouvoir de la photographie, à ses capacités d'illustration et de propagande. Relativement tôt, les sultans s’entourent
d'opérateurs attachés à leur service; il les choisissent parmi ceux qui leur paraissent les plus aptes
à utiliser cette nouvelle technique de l’image: les membres de la communauté arménienne.
Ces chrétiens, réputés pour leur ingéniosité et leur aptitude à apprendre, ne nourrissent aucune
prévention à l'encontre de la représentation figurative. De surcroît, ils sont en quête de toutes les
nouveautés venues d'Europe. Dans le monde ottoman, ils jouent bien souvent le rôle d’intermédiaires
entre les milieux cosmopolites des grandes villes, l’élite cultivée et les cercles proches du Sérail,
que ce soit à Istanbul ou au Caire; ce sont eux qui seront choisis pour être les portraitistes de
l'Empire et qui auront le quasi-monopole de la photographie de studio.
Les Arméniens-photographes tissent une toile étonnante dans toute la partie orientale
de la Méditerranée. À Istanbul, le studio le plus réputé est celui des trois frères Abdullah, photo-
graphes attitrés de la cour. Deux d’entre eux, appelés en 1886 par le khédive d'Égypte Tewfik Pacha,
ouvriront un studio au Caire. À Jérusalem, ce sont Garabedian et les Krikorian. Sarrafian à Beyrouth,
Donatossian à Bagdad, les frères Papazyan à Bursa et à Istanbul, Tarkulyan et Iranian à Istanbul
et Lekegian au Caire. Les Berberian sont à Amman, les Halladjian à Haïfa.… Ils vont jouer un rôle
de premier plan dans la chronique de l’époque. Ce réseau professionnel n’est pas seulement l’effet
du hasard ou du commerce.
Dans bien des cas, il est la conséquence d’une histoire qui est tragique. Le génocide
de 1915, qui fait suite à d’autres persécutions, a entraîné l’exode des survivants dans les contrées
limitrophes de l’Empire, dans ces pays arabes où ils trouvent hospitalité et sécurité. D’autres iront
travailler en Iran.
C’est ainsi que va se constituer cette documentation iconographique inestimable qui nous
restitue non seulement la capitale ottomane et ses différents acteurs, mais l’ensemble du MoyenOrient, sur une période qui s’étend du milieu du XIX° siècle à la première moitié du siècle suivant.
Nous l’interrogeons comme on interroge des archives pour retrouver les modes de vie, les
types d’environnements et tout ce qui faisait le cadre d’un monde aujourd’hui à demi effacé.
Une douzaine de photographes arméniens seront les artisans de cette mémoire. En ce qui concerne
les portraits féminins des années 1940, révélateurs du changement des mentalités, on notera
l’extraordinaire désinvolture des toilettes, notamment au Caire où l’atelier de Van Léo reproduit
le glamour en vogue dans les studios de cinéma Misr. La dernière partie rend hommage au travail
contemporain de Katia Boyadjian. Héritière de cette longue lignée d'artistes, cette jeune femme,
fille du photographe Angelo, fait revivre le procédé de la colorisation qui consiste à peindre directement à l'huile un tirage en noir et blanc, procédé qui a été une spécialité des Arméniens de l'Orient.
Brahim Alaoui
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Les Arméniens
et la photographie au Proche-Orient
Les Arméniens ont contribué de façon décisive au développement de toutes les techniques artisanales dans l’Empire ottoman; leur remarquable et intense activité s’est poursuivie
au-delà de la période ottomane. Les persécutions politiques, les massacres dont ils ont été victimes
les ont amenés à transférer ces savoir-faire techniques, photographiques en particulier, dans les
pays arabes du Proche-Orient où ils avaient trouvé refuge : dans le Levant (Bilâd al-Shâm), en Irak,
en Égypte, et jusqu’en Iran et en Asie Centrale. Dans l’Empire ottoman, la photographie fut immédiatement confrontée à l’hostilité des milieux religieux conservateurs, laquelle s’atténua cependant
peu à peu à mesure que l’Empire se modernisait sous la pression des puissances européennes.
C’est du fait de l’anathème lancé contre les « faiseurs d'images » que cette pratique s’est trouvée
d'emblée réservée à certaines catégories « minoritaires » de citoyens ottomans, tels les Arméniens
et les chrétiens syriens. Ce sont eux qui, pendant la dernière décennie du XIX° siècle, possédaient
les studios de photographie de la plupart des villes de l'Empire ottoman — et d'Égypte. À vrai dire,
cette modernisation de l’Empire avait déjà discrètement commencé dès avant l’annonce, par
François Daguerre, à Paris, en 1839, de l'invention baptisée de son nom (le daguerréotype).
Le sultan Mahmüd II (r. 1808-1839) qui manifestait en effet un vif intérêt pour toutes les inventions techniques européennes eut notamment recours à des experts européens pour moderniser
son armée et autorisa même la création de troupes de théâtre et d’orchestres. Sa capacité à
s'inscrire en rupture avec la tradition se manifesta en particulier par la présentation au public, en
1836, de son portrait réalisé à l’huile, exposé en permanence à la caserne Süleymanie d'Istanbul.
La même année, des médailles étaient frappées à son effigie, destinées à être offertes à ses hôtes
de marque et aux dignitaires. C’est l’une de ces médailles que le musicien Franz Liszt recevra,
en 1847, à l’occasion d’un concert donné au Palais. L'habitude s'établit bientôt d’accrocher des
portraits de personnages importants, à l'instar de celui du Sultan, dans les bureaux des édifices
gouvernementaux et les demeures des particuliers sans que cela provoquât la moindre réaction
dans le peuple.
Quoique
diminuait
rétifs aux techniques
n’ont pas entravé
modernes,
les Arméniens
les milieux conservateurs
dans leur exercice
dont l'influence
du métier de photographe.
11
Cartes-portraits des studios
Garabet Papazyan, Harentz
et Melconian Frères.
Collection Badr el-Hage
Bien au contraire, ces derniers ont même si bien su saisir l'opportunité qui s’offrait à eux qu'ils
ont véritablement dominé le marché de la production d’images photographiques au Proche-Orient
pendant des décennies et jusqu’au milieu du XX° siècle.
Plusieurs raisons expliquent cela: au contexte politique et économique vient s’ajouter l'essor
de l’intense activité culturelle et scientifique de leur communauté, accompagnant l’arrivée en nombre
de missionnaires étrangers dans l’Empire ottoman pendant la seconde moitié du XIX° siècle. Ces derniers exerçaient leur apostolat parmi les « minorités » qu’ils souhaitaient entraîner dans la bataille alors
menée par les puissances pour se répartir les (futures) dépouilles de « l’homme malade de l’Europe ».
Au plan politique, cette pénétration européenne progressive, perceptible dans tous les domaines
— militaire, culturel, économique et scientifique — tout au long du XIX° siècle, joua un rôle décisif dans
la formation des infrastructures économiques et des institutions politiques du Moyen-Orient et prépara
l'assaut final contre la Porte ainsi que l'établissement ultérieur des nouveaux États de la région.
C’est la campagne française en Égypte et en Syrie qui, en 1799, avait ouvert l'accès à cette
région et donné ainsi le signal aux autres puissances européennes concurrentes. L’échec militaire
de l’Expédition d'Égypte n’empêcha pas les Britanniques de mener à bien l'occupation d’Aden en
1838, contribuant à inciter le sultan ‘Abd al-Majîd (r. 1839-1861) à signer en 1839, le Khatt-i sherif
de la Maison des Roses par lequel il concédait certaines libertés aux minorités religieuses, obtenant
en contrepartie le soutien des puissances européennes dans sa lutte contre Muhammad ‘Alf qu’il
voulait chasser de Syrie. En 1860, la France intervint militairement au Liban, en proie à la guerre
civile. Mais auparavant la France et la Grande-Bretagne avaient participé à la guerre de Crimée,
aux côtés des Ottomans (entre 1853 et 1856), contre les Russes. À l’issue de cette guerre, le sultan
‘Abd al-Majîd fut à nouveau contraint de signer un Khatt-i humäyün?, lequel, d’une part, accordait
davantage de privilèges aux habitants non musulmans de l’Empire, et d’autre part renforçait,
conformément à la vision européenne, la ligne réformiste. La contrepartie, cette fois-ci, consistait
dans le soutien européen au Congrès de Paris. Il convient de citer encore une autre action militaire,
celle des Britanniques débarquant à Alexandrie en 1882 et occupant bientôt l'Égypte.
Ces interventions militaires et politiques précédaient la pénétration culturelle. Partout
dans l’Empire les missions évangéliques étaient actives, depuis les confins de l’Anatolie jusqu’à
l'Irak, à la Syrie, et à Istanbul. De son côté, la société arménienne — les Arméniens catholiques
en particulier — témoignait d’une remarquable production intellectuelle, autour du foyer que
14
constituait le couvent San Lazzaro, à Venise :des imprimeries du monastère sortaient des ouvrages
de chimie, de mathématiques, de physique, mais aussi des livres d’art ou d’histoire. Par là se
diffusaient les plus récentes inventions européennes de la Révolution industrielle au fur et à mesure
de leur apparition, parmi lesquelles la technique photographique que le climat culturel régnant
parmi les Arméniens avait préparés mieux que d’autres à accueillir et à mettre en œuvre.
Le domaine littéraire témoigne également à partir des années 1840 d’une véritable renaissance
liée à l’éveil de la conscience nationale arménienne; parmi les Arméniens ottomans, les intellectuels et les étudiants catholiques dont certains vivaient à Paris diffusaient les idées de la Révolution
française: le plus actif à ce titre fut Garabedian, directeur de la revue Masis.
La communauté des Arméniens protestants était constituée à la fin des années 1830.
À l'instar de leurs frères arméniens apostoliques et arméniens catholiques, les Arméniens protestants établirent des écoles dans les villes les plus importantes, et particulièrement à Istanbul,
Marsovan, Ayntab et Mersin. Les Arméniens étaient parmi les pionniers dans le domaine de l’enseignement public dans l’Empire ottoman. Dès les années 1840 à Istanbul, il existait 37 écoles dont
deux universités regroupant 4620 étudiants, plusieurs musées, des imprimeries, des hôpitaux, et
des bibliothèques publiques. De plus, avant 1850, on comptait environ huit journaux arméniens
dans la capitale stambouliote®. Vers 1914, à la veille du génocide, il existait près de 1996 écoles,
2538 églises, et 451 monastères‘.
Progressivement, Istanbul devenait le centre de la vie arménienne dans l’Empire ottoman.
Comme l’a rapporté le voyageur polonais d’origine arménienne Simeon Lehatsi, de 40000 habitants
en 1604, la population
importante au monde,
des postes importants
Européens signataires
comme représentants
augmentait peu à peu: « Constantinople devenait la ville arménienne la plus
avec 200000 Arméniens vers la fin du XIX° siècle”. » Certains occupaient
dans les banques et les maisons de commerce européennes au point que les
de traités commerciaux avec la Porte préféraient avoir des Arméniens
exclusifs. Un grand nombre d’Européens vinrent d’ailleurs s'établir à
Istanbul, notamment après la guerre de Crimée :environ 100000 au milieu des années 1880, la plupart vivaient dans le quartier de Péra, où se concentrait l’activité bancaire et commerciale; c’est
également là qu’étaient proposés les derniers produits de l’industrie européenne, et que se trouvaient les studios de photographie possédés par des familles connues, tels Abdullah Frères, Garabed
Baghdasarian, Antuan Zilpochyan, Mateos Papazyan, Gülmez Frères, Boghos Tarkulyan, et d’autres.
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CABINET2.
24 27 CAT,
irtes-portraits de différents studios.
S cartes-portraits introduites
Tr G. W. Wilson en 1862 étaient collées
r des cartons mesurant 16,25 x 11,25 cm
llection Pierre de Gigord
Outre cette présence des Européens à Istanbul, le nombre croissant de voyageurs au ProcheOrient, et notamment en Égypte, sur le chemin de la Terre Sainte, crée de nouveaux itinéraires touristiques et engendre une demande inédite de services, propices au développement de la photographie.
Ainsi les visiteurs de marque dans la capitale ottomane venaient-ils se faire portraiturer au
studio des frères Abdullah: parmi eux, le prince de Galles Albert Edward, en 1869, l’empereur
Napoléon III avec l’impératrice Eugénie, l’empereur d'Autriche François-Joseph.. D'autre part, la
réputation acquise par ces studios conduisait le Palais à les solliciter pour immortaliser des scènes
familiales ou officielles. En 1863, les frères Abdullah furent désignés photographes officiels du
Palais par le sultan ‘Abd al-‘Azîz (r. 1861-1876). En 1867, alors qu'ils participaient à l'Exposition
universelle de Paris dans le pavillon ottoman, ils reçurent la visite du Sultan en personne: c'était
le premier voyage à l'étranger d’un sultan ottoman. En 1886, les frères Abdullah, Kevork et Hovsep,
s'établirent au Caire, où ils ouvrirent une filiale, qui prospéra jusqu’en 1895, grâce à l’appui du
khédive Tewfik.
Pendant
que les frères Abdullah contrôlaient le marché de la photographie dans la
capitale, Jérusalem était le théâtre d’une autre expérience, conduite par un pionnier, le prêtre arménien Yessayi Garabedian, qui avait ouvert, à la fin de l’année 1859, une école de photographie
dans le couvent arménien orthodoxe de Saint-James. Cette école joua un rôle important dans la
diffusion de la technique photographique parmi les Arméniens vivant au Levant puisque c’est là que
se formèrent des photographes comme Garabed et Kevork Krikorian, Khalil Raad — un Palestinien -,
Mihran Tutundjian, qui, avec ses frères, établira un studio dans la ville de Kharpert à la fin du
siècle.
Ainsi, si la seconde moitié du XIX° siècle marque l’éclatante réussite des Arméniens en
matière de production des images photographiques, et ce dans toutes les villes importantes de
l’Empire ottoman, la dégradation de leur situation politique et les massacres dont ils sont l’objet
pendant la dernière décennie du siècle (en 1894 et 1897), puis à nouveau entre 1915 et 1917 du fait
de la politique des Jeunes Turcs, incitèrent nombre d’entre eux à s’exiler en Syrie, en Irak, en
Égypte, et jusqu’en Europe et en Amérique du Nord. Pour ces déplacés et exilés, c’est encore
une fois la pratique de la photographie — ainsi que de quelques autres métiers — qui leur permit
de reconstruire leur vie dans leurs nouveaux lieux de résidence. Ces savoir-faire constituaient un
véritable capital dont ils savaient tirer parti. Partout où ils s’établirent, ils excellent dans leurs
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activités et affirment leur réussite économique dans tous les domaines. Aujourd’hui encore, malgré
leur forte émigration en Amérique du Nord, les Arméniens résidant en Syrie demeurent très
présents dans la classe des artisans et commerçants.
Les Arméniens se sont toujours signalés par leur « esprit de corps ». Depuis les débuts
de leur activité de producteurs d'images photographiques, dans les années 1860, leurs studios
apparaissent comme de véritables ruches, organisées selon un principe familial. Tous les membres
de la famille étaient partie prenante, et l'affaire se transmettait de père en fils ou d’un frère à
l’autre, voire à une autre famille, par mariage. Voici quelques exemples, parmi bien d’autres: les
frères Abdullah (cités plus haut), les frères Gülmez, les frères Papazyan — à Istanbul —, les frères
Melconian, les frères Sarrafian — à Beyrouth -, Garabed et Kevork Krikorian (déjà cités) —
à Jérusalem -—, Philippe, Vartan et Hagop Derounian -— à Alep -, les frères Margoyan -— à Chypre.
En conclusion, il convient de rappeler que la réputation de la photographie arménienne
résulte d’une combinaison de facteurs politiques, culturels et économiques, dont l'interaction
explique le degré d’excellence atteint et maintenu pendant tout un siècle, de 1859 à 1960, dans la
production comme dans la commercialisation d’images photographiques. Malgré les changements
radicaux survenus dans ce domaine au cours de ces dernières années, la création photographique
des Arméniens constitue un témoignage documentaire irremplaçable sur une région du monde
qui a connu de profonds bouleversements. Ces prises de vue, opérées par des artisans arméniens,
ne témoignent pas seulement de leur haute compétence technique, mais aussi d’un temps et d’un
monde aujourd’hui disparus, heureusement sauvés de l’oubli sur le papier photographique.
Badr el-Hage
Traduit de l’arabe par Luc Barbulesco
—
. Un Khatt-i sherif ou Khatt-i humäyüän est un décret rédigé de la main des sultans ottomans ou sur lequel ils apposent leur signature. Le Khatt-i sherif
proclamé en 1839 par le sultan pose les règles pour la réforme de l’administration de l’Empire et reconnaît l'égalité de la population quel que soit son culte.
E Ce décret signé en 1856 complète celui de 1839 pour répondre aux attentes des puissances européennes: liberté de culte, égalité de tous les sujets
de l’Empire, réforme de la justice et des impôts, etc.
Lo Vahé Oshagan, « Literature and Intellectual History from 1700 to 1915 », Richard Hovannisian (éd.), The Armenian People from Ancient to Modern
Times, vol. 2, New York, St Martin's Press, 1997, p. 151.
4. Dickran Kouymijian, « La confiscation des biens et la destruction des monuments historiques », L'actualité du génocide des Arméniens, Actes du
colloque, préface de Jack Lang, Paris, Edipol, 1999, p. 222 citant Raymond Kévorkian et Paul B. Baboudjian, Les Arméniens dans l'Empire ottoman
à la veille du génocide, Paris, ARHIS, 1992, p. 57-60, d’après les archives du Patriarcat arménien d'Istanbul.
Si Dickran Kouymijian, « Armenia from the Fall of the Cilician Kingdom (1375) to the Forced Migration under Shah Abbas (1604) », Richard Hovannisian,
P
op. cit., vol. 1, p. 26.
Université
publiée,
non
thèse
(1856-1981),
East
Near
the
in
Photography
of
Growth
the
and
Armenians
Art
Craftsman's
The
Miller,
Jenkins
Dickinson
S
américaine de Beyrouth, p. 32.
19
Liste des principaux
Les noms des photographes présents
dans l'ouvrage sont indiqués en italique gras.
ADANA (Turquie)
studios
de photographes
Abraham Guiragossian
Melconian Frères (Dikran, Diran, Melkon) .
Sarrafian Frères (Abraham, Boghos, Samuel)
Varoujan Setian
Gaspar Tutundjian
BURSA (Turquie)
ALEP (Syrie)
Derounian Frères (Vartan, Philippe, Hagop)
Salim Khatkayan
Lekimian
Hartune Mardikian
Krikor Messerlian
Papazyan Frères
CÉSARÉE (Turquie)
Stépanian Frères
CHYPRE
Margoyan Frères
AMASYA (Turquie)
Ghazaros Kayian
Migirditch Najian
Tornig Terzibashian
AMMAN
(Jordanie)
Berberian
ANKARA
(Turquie)
K. Djevahirdjian
AYNTAB (Turquie)
Attar Eghia
H. Haladjian
Mihran Haladjian
Kasbar Khodja Pilavdjian
BAGDAD
(Irak)
Arshak
Z. G. Donatossian
Dikran Ghazarian
BEYROUTH (Liban)
Manoug Alemian
CONSTANTINOPLE / ISTANBUL (Turquie)
Abdullah Frères (Vichen, Kevork, Hovsep)
O. Aharonyan
Garabed Amiraian
M. Arslan
Garabed Baghdasarian (Studio
Photographie American)
Aram Balyan
Robert Caracachian
P. Chakarian
Migirditch Chobanyan & Frères
Takvor Cirakyan
M. J. Contadzian
Kirkor Derarsen (Studio Parnasse)
©. Diradour & Co.
Gülmez Frères
J. P. Hekimian
Rapael Hendamyan
V. Hissarlian
K. Hougassian
Mihran Iranian
H. Izmirlian (Studio Vénus)
M. Itarian
arméniens
de l'Orient
J. Joseph
Edouard Kasparian
Raphael Khendamian
K. Kourken
K. Mozyan
Karnik M. Maziyan
Rafael Nazaret (Studio Nazareth
and Partners)
Garabed Paboudjian (Studio Nadir)
Papazyan Frères (Mathieu J.)
Arshag T. Sedefdjian
Boghos Tarkulyan (Phébus)
Tchamlidjian
H. M. Tchkurechian
Tchobanian Frères
Turchuyan Frères
Antuan Zilpochyan
DAMAS (Syrie)
Armanak Badikrkhanian
S. G. Harentz
George Takhshajian
EREVAN (Arménie)
Ohannes Kurkjian
17,
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KASTAMONU
(Turquie)
Tz. Dildilyan
À. Djevahirdjian
KHARPERT (Arménie)
AZkanazian Soursurian
Harutium Soursurian
ERZNGA (Turquie)
Soursurian Frères (Mardiros, Ovhannes)
Hmayeg Achkiyan
Himayeh Azadian
Nerses Der Ghazarian
Parsegh
Harutyun Raphelian
Tutundjian Frères (Mihran)
ERZERUM
(Turquie)
Himayeh Azadian
Agop Kazanciyan
HAÏFA (Palestine)
J. H. Halladjian
HAJIN (Turquie)
Murad Adonian
Hovhannes Bekerdjian
Bedros Cholakian
A. Haigazian
Eprem Nersessian
Garabed Nersessian
Armenag Zomdjukian
IZMIT (Turquie)
L. Makinistian
Mardiros Mavian
Elia Kahvedjian
Yézékiel Kevork
Garabed Krikorian
Yohannes Krikorian
H. Mardikian
Sarrafian Frères
Garabed Yazedjian
Melik
Hovsep Khan
Boris
sedrak Hovsepian
Sam Well
Anik Harutunian
Andranik Harutunian
TALAS (Turquie)
KONYA (Turquie)
Garabed K. Solakian
LE CAIRE (Égypte)
Abdullah Frères
Alban
Angelo
Armand
Aram Balyan (Studio Vénus)
G. Lekegian & Co
A. T. Sedefijian
Van Léo
MANISA (Turquie)
Moses Yeghparian
MARASH
(Turquie)
Ohannes Varzhabedian
SAMSUN
(Turquie)
Dildilian
H. À. Lucinian
SIVAS (Turquie)
Encababian Frères
JÉRUSALEM (Palestine)
Yessayi Garabedian
TABRIZ (Iran)
SMYRNE / IZMIR (Turquie)
Adjemian
T. E Asfarian
À. Bayadjian
Carlo Bukmedjian
B. Chiclian
Krikor Zeki Kessirbachian
I. Sarian
Harutiun Stepanian
Sarkis Stepanian
TÉHÉRAN (Iran)
Antoin Sevruguin
TIFLIS (Géorgie)
D. I. Ermakov
TOKAT (Turquie)
Ohanig K. Guekbachian
Arsen Margozian
TRÉBIZONDE (Turquie)
Tcholakian
Hatchik Dildilian
TRIPOLI (Liban)
Baghdasar Admalian
Smbat Arabian
Jacob Ibrahimyan
ZAHLEH
(Liban)
B. Khatchadour
ABDULLAH
Frères
Vichen, 1820-1902
Hovsep, 1830-1908
Kevork, 1839-1918
I
ssus d’une famille arménienne d'Istanbul
les jeunes frères Abdullah reçoivent une
éducation artistique: pendant six ans,
Kevork étudie l’art à l’école Murad
Raphaelian à Venise, où traditionnellement
sont envoyés les enfants des familles bourgeoises arméniennes, tandis que Vichen, à
la fois peintre et miniaturiste réputé pour
ses portraits-miniatures en nacre et en
ivoire, travaille à la cour du Sultan.
Devenus assistants du photographe et
chimiste allemand Rabach, c’est en 1858
que les trois frères découvrent leur nouvelle
vocation et lui achètent son studio à
Péra — le premier studio photographique
d’Anatolie — lorsque celui-ci décide de rentrer en Allemagne. Leurs premières cartes
de visite détaillaient: « Vincent Abdullah
Frères; daguerréotypie et photographie;
portraits, vues et costumes; miniatures sur
ivoire et portraits à l’huile ;leçons et appareils ». Ce n’est qu’après 1861 qu'apparaîtra
la mention « Abdullah Frères ».
Grâce à l’évolution rapide des techniques photographiques, et notamment à
celle du négatif au collodion qui permet
aux photographes d'obtenir des négatifs
non plus sur papier mais sur des plaques
de verre et d'imprimer plusieurs copies à
partir d’un seul négatif, l’industrie de
l’image se développe très vite dans les
années 1860. Les frères Abdullah n'hésitent
pas à abandonner le daguerréotype pour
cette technique mais cette dernière ne
leur donnant cependant pas entière satisfaction, ils décident de se rendre à Paris
— centre mondial de la photographie —
2
afin de s’informer des dernières innovations
auprès d’éminents photographes dont le
comte Olympe Aguado et le baron Taylor,
membres de l’Académie de Paris.
De retour à Istanbul, riches de leurs
connaissances artistiques et techniques
associées à une grande diversité et liberté
d'inspiration, ils sont introduits auprès du
sultan ‘Abd al-‘Aziz grâce à l’ambassadeur
de France, le marquis de Moustier, qui
les lui présente comme « des jeunes gens
talentueux qui méritent soutien et encouragements ». Rapidement, les trois frères
gagnent les faveurs du Sultan et, lorsque
celui-ci se rend en Europe en 1863, il offre
aux
monarques
européens
ses
portraits
peints sur ivoire par Vichen Abdullah et
ses photographies présentées sous forme
d'albums ou de cartes de visite marquées du
monogramme impérial.
En récompense, les frères Abdullah promus au rang de Photographes de sa Majesté
Impériale Le Sultan se voient également
octroyer la citoyenneté ottomane. Chargés
de réaliser des portraits de personnalités
officielles du gouvernement, de militaires
et de dignitaires européens, iis seront également sollicités par des membres de
familles royales européennes en visite à
Istanbul souhaitant un portrait photographique. Parmi eux, le prince Albert Edward
d'Angleterre, accompagné de son épouse la
princesse Alexandra, aurait assuré les trois
frères de son appui au cas où ils auraient
souhaité ouvrir un studio à Londres. Ils
firent également des portraits de l’empereur
Napoléon III et de son épouse l’impératrice
Eugénie ainsi que de l’empereur d'Autriche
François-Joseph, en 1869, du prince Ferdinand
de Bulgarie, en 1870 et du Kaiser Wilhelm II
et de son épouse Victoria, en 1898.
Lorsqu’en 1867 les frères Abdullah
ouvrent leur studio à Péra, le quartier chic
de la ville, Istanbul, premier centre photographique du Levant, compte déjà plus de
30 ateliers installés principalement comme
eux dans la Grand-Rue. Cependant, comme
le souligne Kevork Abdullah: « En moins
d’une année, depuis l’ouverture du studio,
nous avons hissé l’art de la photographie à
son apogée. » Cette même année, les frères
Abdullah participent à l'Exposition universelle de Paris qui attirera plus de 15 millions
de visiteurs venus de 42 pays: leur vue
panoramique de la tour Bâyazid aurait été
particulièrement appréciée du public.
En 1876, les frères Abdullah deviennent
membres de la Société française de photographie et participent à diverses expositions
en Europe, notamment à l'Exposition universelle de 1878 à Paris. La section photographique suscitant un intérêt tout particulier, le journal 7he Times écrira: « Nous
avons vu plusieurs photographies portant la
signature Abdullah Frères. Nous ne savons
pas de quel pays ils sont originaires, mais
leurs photographies sont excellentes. »
Devenu célèbre dans tout l’Empire ottoman et en Europe, le studio sera pendant
une trentaine d’années considéré comme le
meilleur atelier photographique d'Istanbul
et formera également de nombreux photographes arméniens du Moyen-orient.
À la demande
du khédive d'Égypte,
Tewfik Pacha, les frères Abdullah ouvrent
en 1886 un nouveau studio au Caire dans
le quartier des Européens, près du jardin
de l’Ezbékieh. Grâce au soutien du Khédive
et de son épouse, le studio qui acquiert
une grande renommée répond à la forte
demande par une production intense, variée
et de qualité. Caractérisés par leur sobriété,
les clichés des frères Abdullah sont également très animés, présentant des aspects
vivants de la ville saisie dans son activité et
donnant l'impression d’être pris sur le vif.
Leurs séries d'images qui comptent parmi
les plus riches et les plus remarquables
jamais réalisées dans l’Empire ottoman sont
par ailleurs facilement identifiables grâce
à la signature, à la légende et à la numérotation inscrites sur le négatif. Très présents
dans des collections publiques et privées
en Turquie, en Égypte, aux États-Unis et en
France, ils font encore référence aujourd’hui.
Peu de temps après l'ouverture du
studio du Caire, Hovsep Abdullah, dont la
santé se détériore à cause du climat, décide
de se faire remplacer par son neveu
Apraham pour retourner à Istanbul.
En janvier 1887, Kevork et Apraham
accompagnent le convoi impérial du khédive Tewfik Pacha et de son épouse pour
Abdullah Frères
Religieux lisant le Coran,
vers 1880
Épreuve Sur papier albuminé,
25,5 x 19,5 cm
Collection Pierre de Gigord
un voyage de 39 jours en Haute-Égypte et
atteignent la ville de Wadi Halfa à la
frontière du Soudan après avoir parcouru
environ 850 kilomètres. Ils ont ainsi pu
photographier quantité de sites et de monuments de l'Égypte ancienne, des temples de
Louxor et de Karnak aux villages endormis
des rives du Nil. De retour au Caire, Kevork
offre au Khédive et à son épouse un album
relié des photographies de ce voyage.
Après neuf années de succès, le studio
du Caire sera vendu aux photographes
Sebah & Joaillier en 1895. En cette même
année, Kevork Abdullah quitte l'Égypte et
retourne s'établir définitivement à Istanbul.
En mai 1890, le Prince de Galles accorde
aux frères Abdullah le titre de «Royal
Photographers, in Cairo » qu'ils ne feront
cependant jamais figurer au dos des cartes
de visite du studio. À la demande du sultan
‘Abd al-Hamîd II (r. 1876-1909), le studio est
chargé de diverses missions, pour la plupart
militaires, dont un relevé des territoires
depuis l’Albanie jusqu’à l'Irak. Cette campagne photographique devait couvrir toutes
les provinces du vaste empire.
Ces missions, qui ont fortement contribué au développement de la photographie
dans l’Empire ottoman, avaient un double
but: le sultan, qui quittait rarement son
palais, disposait d'images des quatre coins
de son immense empire et pouvait transmettre à l’Occident une image officielle
moderne de l’Empire ottoman. Les séquences évoquaient alors les différents monuments de l'Antiquité et les édifices, la vie
somptueuse à la cour mais surtout les
réalisations modernes comme les écoles,
les hôpitaux, les armées, la flotte impériale,
ainsi que les chevaux, les écuries, les
brigades de pompiers, les rues pavées et
éclairées, etc.
Cette œuvre photographique monumentale (1819 photographies rassemblées en
51 albums), réalisée par une demi-douzaine
de studios d'Istanbul sous la direction des
frères Abdullah, consomme la rupture
avec « les récits de voyage » en proscrivant
un « pittoresque » convenu.
Du fait qu’elle ait été poursuivie sur
plusieurs années pendant la décennie 1880,
Carney Gavin (conservateur au Semitic
Museum, à l’université d'Harvard) considère qu’elle offre « les seuls documents
visuels complets du monde islamique jamais
adressés à l’humanité jusqu'ici ».
En 1893, le sultan ‘Abd al-Hamfîd II offre
aux gouvernements américain et britannique ces albums réalisés en majorité par
les frères Abdullah. Intitulés « Imperial
Self-Portrait », ils sont conservés aujourd’hui à la Library of Congress à Washington,
au British Museum à Londres ainsi qu’à la
Bibliothèque de l’Université d'Istanbul.
25
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ABDULLAN FRÈR
Photographes &
DE S.MILE SULTAN
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Cartes de visite introduites dès 1854
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BOULE
par André Disdéri (1819-1889)
dans le format 6 x 9 cm qui permet
de réaliser un cliché à 10 épreuves
grâce à un appareil à 10 objectifs.
Dès 1862, les frères Abdullah diffusent
ce type de cartes où figurent des portraits
de la famille impériale et de dignitaires
dont le shâh de Perse, l’émir Abdeikader,
les enfants des sultans, le sultan ‘Abd al‘Aziz. (reproduits ci-contre à gauche).
Au verso, sont imprimés
le monogramme impérial (tughra du sultan
‘Abd al-Hamïd), les médailles reçues
par les empereurs et dignitaires étrangers
(dont l’effigie de Napoléon III)
et la signature officielle « Photographe
de Sa Majesté Impériale Le Sultan ».
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FRÈRES
Photographes
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Collection Pierre de Gigord
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ABDULLAH
FRÈRES
PHOTOGRAPHES DE SA MAJESTÉ IMPÈRIALE
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ah Frères. Officier photographe
Carte-portrait
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères. Sultan ‘Abd al-‘Azîz
Carte-portrait
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Collection Pierre de Gigord
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Abdullah Frères. Jeunes enfants
Carte-portrait. Collection Pierre de Gigord
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Abdullah Frères. Mahmäûd Chevket Pacha
Carte-portrait. Collection Pierre de Gigord
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Abdullah Frères
Femmes turques
en costumes d’apparat
portant le yachmak et leurs admirateurs :
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Épreuve sur papier albuminé,
Collection Pierre de Gigord
19,5 x 25,8 cm
Abdullah Frères
Deux femmes
avec narghilé
et chibouque (pipe à long tuyau), 1890
Épreuve sur papier albuminé,
29,5 x 25,710
Collection Pierre de Gigord
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à
à
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Abdullah Frères
Groupe de derviches probablement de l’ordre des Mévlévis, vers 1880
Épreuve sur papier albuminé,
19,7 x 25,5 cm. Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Circassiens en armes, 1880
Épreuve sur papier albuminé,
10525720
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Juifs posant dans un studio, 1863
Epreuve sur papier albuminé
225520
Sem
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Bateliers dans le quartier
d’Eyüp, Istanbul, 1890
Épreuve sur papier albuminé,
25,560,
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Hommes
fumant
sur un embarcadère des rives
du-Bosphore, 1865
Epreuve sur papier albuminé,
24 x 28,5 em
Collection Pierre de Gigord
Double page précédente
Abdullah Frères
Vue d'Istanbul et du quartier du bazar, vers 1865
Épreuve sur papier albuminé, 58,5 x 77 cm
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Kiosque du palais de Topkapi depuis lequel le sultan admirait le Bosphore, vers 1865-1875
Épreuve sur papier albuminé, 23,5 x 290,5 cm
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Le pur-sang du sultan ‘Abd al-Hamîd, 1890
Épreuve sur papier albuminé, 20 x 26 cm
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Fontaine à ablutions, vers 1880
Épreuve sur papier albuminé,
25,5 x19,2 cm
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Intérieur du harem
du palais de Topkapi, Istanbul,
vers 1865-1875
Épreuve sur papier albuminé,
30 x 24 cm
Collection Pierre de Gigord
usa
thLE
jante
Abdullah Frères
Gitanes dans un chariot, 1890
Épreuve sur papier albuminé, 19,5 x 25,5 cm
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Femmes turques dans une araba
(voiture légère de couleurs vives,
attelée de bœufs et conduite
par un sais), 1875
Épreuve sur papier albuminé,
19,5 x 26 cm
Collection Pierre de Gigord
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a
Abdullah Frères
Vue d’Anadoiu Hisar,
dans les environs d'Istanbul,
avec la forteresse édifiée
en 1390-1393 par Bâyazfid I, 1890
Épreuve sur papier albuminé,
19/5025
SIC
Collection Pierre de Gigord
AHdilléh Frères.
Abdullah Frères
Cuisine ambulante, vers 1880
Épreuve sur papier albuminé,
19,5 x 25,5 cm
Collection Pierre de Gigord
Abdullah Frères
Gorgore Mehmed Agha au café, vers 1890
Épreuve sur papier albuminé, 18,5 x 25 cm,
Collection Pierre de Gigord
40
Rue
rendaient
Yessayi GARABEDIAN
1825-1885
Ve
Garabedian est né à Kayseri en
Anatolie. Conformément à une tradition
rurale arménienne, il est envoyé en 1840
à Istanbul pour y apprendre l’art de la
menuiserie auprès de la Confrérie des
artisans arméniens. Très tôt, il manifeste
une passion pour les travaux manuels et
se lance dans des expérimentations sur les
techniques de galvanisation et les techniques photographiques.
Destiné à la prétrise, il poursuit dès
l’âge de dix-neuf ans à partir de 1844 des
études de théologie au monastère arménien
Saint-James de Jérusalem où il sera ordonné
prêtre en 1851.
Réalisant combien les sites archéologiques et bibliques du Moyen-Orient et de
la Palestine sont devenus pour les voyageurs occidentaux curieux des vestiges des
Croisades, de véritables objets d’explorations, d’études, de fantasmes et de rêves,
Garabedian continue, parallèlement à la prétrise de se passionner pour la photographie.
Pour parfaire sa technique, il séjourne
six mois à Istanbul — premier centre photographique de l’Empire ottoman — en 1859,
échangeant à cette occasion avec les
célèbres frères Abdullah sur des procédés
jusqu'alors gardés secrets et s’enquérant
auprès du Consul d'Autriche de la nouvelle
technique du négatif au collodion.
En 1863, soucieux de se tenir au
courant des technologies photographiques
les plus avancées d'Europe, Garabedian se
rend à Manchester, Londres et Paris. Dès son
retour, il entreprend de former de jeunes
séminaristes — dont Garabed Krikorian
42
Malgré sa production intense qui à
constitué un tournant dans l’histoire de la
photographie en Terre Sainte, il ne subsiste
que peu de clichés de ce photographe.
et Yézékiel Kevork — ainsi que de nombreux
apprentis photographes venus des confins
de l’Empire ottoman. Il initie également
ses neveux Harutium et Sarkis Stepanian
— venus de Turquie centrale — aux procédés
modernes de photographie et de développement.
Élu patriarche de Jérusalem en
1865, Yessayi Garabedian instaure le
premier atelier photographique de la
région sur le site même du monastère.
Il photographie le couvent et réalise
des portraits de dignitaires religieux
et d’officiels pour la communauté arménienne de Jérusalem.
De 1865 à 1885, sa réputation grandissant, un nombre considérable de pèlerins affluent au monastère pour se faire
portraiturer au studio du Patriarche et
acheter, en souvenir, les photographies
des lieux saints réalisées à leur intention.
Multipliant les expéditions sur les sites
de Jérusalem, Bethléem, Hébron ou de
Galilée, Garabedian manifeste une quête
exigeante de vérité.
En rupture avec la production commerciale contemporaine principalement picturale, exotique et romantique, son regard
personnel et subjectif témoigne d’une vision
différente des lieux et des hommes. Refusant
de limiter la photographie à son caractère
exclusivement scientifique, Garabedian s’attache à en révéler, bien au-delà de ses fonctions couramment admises, les possibilités
créatrices et la beauté propre. Il convient de
rappeler que refusée au pavillon des BeauxArts mais admise à celui de l'Industrie lors
de l’Exposition universelle à Paris en 1855,
il fallut attendre 1859 pour que soit reconnu
à la photographie un statut artistique!
Le décès de Yessayi Garabedian en 1885
marquera également la fermeture définitive
de l’atelier du monastère.
1
Yessayi Garabedian
Portraits d'hommes
pris dans le studio du couvent
arménien de Jérusalem
Cartes de visite
Collection particulière
Portrait de Yessayi Garabedian
après sa nomination
comme patriarche, vers 1870.
Il porte les décorations
octroyées par les monarques
européens
Épreuve sur papier albuminé
Collection particulière
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Couvent arménien de Jérusalem
Façade sud de la basilique
du Saint-Sépulcre, Jérusalem, 1861
Épreuve sur papier albuminé, 20 x 27 cm
Collection particulière
ouvent arménien de Jérusalem
iglise grecque orthodoxe
u Saint-Sépulcre, Jérusalem.
rise de vue extraite de l’album
lestiné aux touristes,
ontenant 72 panoramas
je la Terre Sainte
épreuve sur papier albuminé,
20,5 x 25 cm
Zollection particulière
Yessayi Garabedian
La citadelle de David, Jérusalem
Épreuve sur papier albuminé, 24,5 x 32 cm
Collection particulière
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JÉRUSALEM
COUVENT
PHOTOGRAPHIE
ARMENIEN
OÙ
Couvent arménien de Jérusalem
Carte-portrait
Collection Badr el-Hage
Yessayi Garabedian
Colonnade de la basilique de la Nativité,
Bethléem ; le mur face à l'autel fut détruit
en 1920 par les Britanniques, 1865-1885
Épreuve sur papier albuminé, 24 x 32,5 cm
Collection particulière
Couvent arménien de Jérusalem
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Cypogeaphie
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Uruménienne
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du couvent
14311.
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Couverture de l’ouvrage
du R. P. Dimotheos
Deux ans de séjour en Abyssinie, 1871
Zincographie d’après une photographie
de Yessayi Garabedian, 31 x 22 cm
Collection particulière
Monastère grec de Mar Elias
sur la route de Bethléem, 1890
Stéréoscopie, 8,5x 17,5 cm
Collection particulière
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SARRAFIAN
Frères
Abraham, 1876-1926
Boghos, 1876-1934
Samuel, 1884-1941
I ssu d’une famille de protestants arméniens,
Abraham Sarrafian manifeste un intérêt vif
et précoce pour la photographie. Dès 1892,
il décide de s’établir comme photographe
avec son frère Boghos dans sa ville natale
de Dikranagerd, au sud de la Turquie. La
même année, les deux frères entreprennent
des voyages dans le but de reproduire de
manière détaillée tout ce qui les frappera
visuellement, ainsi en Irak où ils photographient les sites archéologiques de Mossoul.
Les points de vue retenus révèlent leur
capacité à s'adapter aux découvertes faites
sur place.
À la suite des massacres de 1895, les
frères Sarrafian quittent la Turquie pour
Beyrouth avec l'intention d’émigrer en
Angleterre. Mais les missionnaires vont
rapidement convaincre
Abraham,
qui
connaît la langue arabe, de devenir le
pasteur de la communauté arménienne
protestante de la ville.
Comme les guides de voyage signalent
aux visiteurs les noms et adresses des
studios de photographes au même titre
que ceux des hôtels, des apothicaires et
des interprètes, et qu’en 1894 les nouvelles
régulations postales autorisent l’acheminement des cartes postales/souvenir imagées,
la demande explose. À la fois alléchés par
les perspectives commerciales et influencés
par la mode, les trois frères installent un
studio dans le quartier de Bâb lIdris à
Beyrouth en 1895.
À leur tour, ils vont « orientaliser »
l'Orient. Sillonnant le Proche-Orient et
surtout Damas, ils utilisent la technique
48
du négatif au collodion dans les nombreuses
vues qu’ils commercialisent principalement
sous forme de cartes postales, imprimées
souvent en Allemagne, en Autriche ou en
Suisse.
Leurs images documentaires, composées comme des tableaux avec un sens aigu
de la perspective et du paysage, aux détails
architecturaux structurés et parfaitement
construits, affirment une grande maîtrise
tandis que la spontanéité caractérise les
scènes de rue où la population semble saisie
sur le vif.
Photographes attitrés du Collège protestant syrien (future Université américaine
de Beyrouth), les frères Sarrafian photographient beaucoup, et tout. La diversité
remarquable de leurs images — sujets et
thèmes issus de scènes de la vie quotidienne: petits métiers, cafés, musiciens.
mais également nombreux clichés de paysages pittoresques, urbains ou champêtres —
constitue ainsi un fonds documentaire
unique de l’histoire, de la population et des
lieux aujourd’hui méconnaissables ou tout
simplement disparus de la ville.
En 1925, le Premier prix de photographie leur est décerné lors de l'Exposition
ottomane de Shuweir au Mont-Liban.
Rapidement reconnus comme les plus
grands éditeurs de cartes postales au
Proche-Orient, les frères Sarrafian décident
d'ouvrir un deuxième studio, à Jérusalem,
spécialisé dans la vente de cartes postales
colorées des lieux saints. Le studio fermera
définitivement en 1927; quant à l'atelier
de Beyrouth, il poursuivra son activité
longtemps après le décès des frères
Sarrafian, jusqu’en 1975, début de la guerre
civile au Liban.
Sarrafian Frères
Musiciens, vers 1900
Épreuve sur papier albuminé,
Collection Badr el-Hage
16,2 x 21,3 cm
Sarrafian Frères
Porteur, vers 1900
Épreuve sur papier albuminé, 21,3 x 16,3 cm
Collection Badr el-Hage
Sarrafian Frères
Arabes de Mossoul, vers 1900
Épreuve Sur papier albuminé, 21,3 x 16,2 cm
Collection Badr el-Hage
49
Sarrafian Frères
Transport de marchandises
par radeaux en Irak, vers 1892
Épreuve Sur papier albuminé,
10,4 x 10,7 cm
Collection Badr el-Hage
Sarrafian Frères
Fabrication et cuisson artisanales
du pain, vers 1900
Épreuve sur papier albuminé,
19,85025 Sem
Collection Badr el-Hage
Sarrafian Frères
Bédouine kurde
et son enfant, vers 1900
Épreuve sur papier albuminé,
21,340 20m
Collection Badr el-Hage
S1
Sarrafian Frères
Fontaine à Baattin, Liban,
vers 1900
Épreuve sur papier albuminé,
21,4%10
10cm
Collection Badr el-Hage
Sarrafian Frères
Pont de bateaux permettant le passage
d’une caravane, Mossoul, Irak, vers 1892
Épreuve sur papier albuminé,
15,8 x 22,1 cm
Collection Badr el-Hage
Sarrafian Frères
Fabrication du dibbs
(vin ou mélasse), vers 1900
Épreuve sur papier albuminé,
HO
ME277/01erm
Collection Badr el-Hage
Sarrafian Frères
Fabrication artisanale de farine
à l’aide d’une meule à grains, 1907
Épreuve sur papier albuminé, 21,3 x 27,5 cm
Collection Badr el-Hage
Sarrafian Frères
Route menant à la ville de Jezzine au sud du Liban, 1907
Épreuve sur papier albuminé, 19,5 x 24,5 cm
Collection Badr el-Hage
j
j
l
Sarrafian Frères
Scène de rue avec marchands, vers 1900
Épreuve sur papier albuminé, 21,4 x 16,3 cm
Collection Badr el-Hage
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Sarrafian Frères
Salon de la maison du docteur Le Brun
(professeur de médecine à l’Université française
Saint-Joseph à Beyrouth),
quartier Zukak al-Balat, Beyrouth, 1907
Épreuve sur papier albuminé, 21,9 x 27,9 cm
Collection Badr el-Hage
Garabed
KRIKORIAN
1847-1920
D epuis 1839, date officielle de l'invention de
la photographie, nombreux furent les photographes-voyageurs occidentaux amateurs
ou professionnels à affluer vers l'Orient,
et particulièrement vers Jérusalem. Motivé
soit par
leur caractère romantique, soit
par des intérêts religieux, l'intérêt pour
ces terres a conduit à une multiplication
des ateliers photographiques permettant
de répondre à une forte demande d’images.
Issu d’une
famille
arménienne
d'Istanbul
et âgé d’une
dizaine
d'années le jeune orphelin Garabed Krikorian, est
envoyé en 1860 au monastère arménien Saint- James
de Jérusalem pour devenir diacre. C’est là qu’il
s’initie à la photographie
auprès du père Yessayi
Garabedian,
patriarche
arménien, qui enseignait
cette discipline au siège
même du Patriarcat.
Devenu l'assistant de ce dernier,
Krikorian photographie surtout le monastère et réalise des clichés — au dos desquels
il appose la mention: « Photographie du
Couvent Arménien » — à l'intention des
nombreux pèlerins qui se rendent à l’atelier
pour se faire photographier.
Après avoir quitté les ordres, Krikorian,
qui s’est converti au protestantisme et s’est
marié, décide de se consacrer totalement
à la photographie. Il fonde alors, en 1884,
à l'extérieur des murs de la Vieille Ville
58
à proximité de la Porte de Jaffa, le Studio
Garabed Krikorian, premier studio photographique d’origine locale de Jérusalem.
S’associant au photographe Georges
Saboungi de Beyrouth, et à Daoud Saboungi,
propriétaire d’un studio à Jaffa, Krikorian
réalise des portraits élaborés en studio, pour
lesquels il propose à ses clients de revêtir
toutes sortes de costumes et d'accessoires
du folklore traditionnel.
Les progrès de la technique photographique, la diminution des temps de
poses et l’allègement des équipements lui
permettent toutefois d'élargir son activité
et il réalise des prises en extérieur. Les
compositions inhabituelles de ses images
associent des vues architecturales avec
des personnages — jusqu'ici photographier
la société et les hommes nécessitait autant
de savoir-faire que de patience: il fallait
inciter les sujets à garder très longuement
la pose.
Krikorian photographie également les
membres de la famille du gouverneur de
Syrie, Nazim Pacha, et les notables syriens
devant leurs demeures. Ainsi transformait-il
en images durables, sinon intemporelles,
les scènes éphémères de tous les jours.
En sillonnant la Palestine, il a photographié sites et monuments de manière à
les inscrire dans la réalité :en 1892, il entreprend une série sur la construction de la
nouvelle ligne de chemin de fer reliant
Jaffa à Jérusalem, destinée à transporter les
pèlerins vers les lieux saints de Palestine.
L'emploi de la technique du négatif au
collodion lui permet également de rapporter de ses expéditions des clichés d’archi-.
tecture de grande qualité souvent destinés
à illustrer des ouvrages.
Lorsqu’en 1898 le sultan ‘Abd al-Hamîd
charge plusieurs photographes civils et
militaires de couvrir le voyage en Orient
de l’empereur
au nombre de
convoi impérial
Guillaume II à
d'Allemagne, Krikorian est
ceux qui accompagnent le
depuis l’arrivée du Kaiser
Jaffa jusqu’à son départ de
Beyrouth.
L'album officiel de la visite, qui marque
en effet le début du reportage photographique, comprend 47 vues dont 41 signées
par Krikorian et portant la marque typographique Kônigl. Preuss. Hof-Photograph
(Photographe de la cour de l’Empereur de
Prusse).
Soucieux de transmettre son savoir et
sa passion, il se charge à son tour de former
de nombreux jeunes Arméniens aux techniques de la photographie. Il aura également pour élève le Palestinien Khalil Raad
qui installera en 1890 son studio non loin du
Studio Garabed Krikorian, inaugurant ainsi
avec son ancien professeur une compétition
intense.
En 1912, après un séjour à Cologne en
Allemagne au cours duquel il s’est formé
à l’art et aux techniques modernes de la
photographie, Yohannes Krikorian décide de
devenir l'assistant de son père. Lorsqu’en
1920, Garabed Krikorian décède, Yohannes
prend sa relève et épouse Najla la fille de
Khalil Raad, le concurrent de son père.
Participant aux côtés de son mari aux
travaux d'impression et de mise en couleur
des photographies, Najla est considérée
comme l’une des premières femmes arabes
à travailler dans le domaine de la photographie. Elle poursuivra sa collaboration
avec Yohannes jusqu’à la fin de l’activité
du Studio Garabed Krikorian en 1948.
Garabed Krikorian
Le passage de l’empereur Guillaume II
sous l’arc de triomphe à Jaffa, 1898
Épreuve sur papier albuminé,
33 x 42 cm
Collection Pierre de Gigord
Garabed Krikorian
Les enfants du wali Nazim Pacha,
gouverneur de Syrie,
attendant la visite de l'Empereur, 1898
Épreuve sur papier albuminé, 33 x 42 cm
Collection Pierre de Gigord
Garabed Krikorian
L'empereur Guillaume II et sa suite entrant
dans une riche maison juive, 1898
Épreuve sur papier albuminé, 33 x 42 cm
Collection Pierre de Gigord
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©
î
S Ÿ LS) Krikorian
Campement de l’empereur Guillaume II,
2
LDpreuve
sur papier alb[buminé,
Collection Pierre de Gigord
Garabed Krikorian
Intérieur de la tente de l’empereur Guillaume II
sur la route de Jérusalem, 1898
Épreuve sur papier albuminé, 33 x 42 cm
Collection Pierre de Gigord
Garabed Krikorian
Visite de l’empereur Guillaume II à la mosquée al-Aqsa, Jérusalem, 1898
Épreuve sur papier albuminé, 33 x 42 cm
Collection Pierre de Gigord
Ô1
Garabed Krikorian
L'empereur Guillaume II partant assister à une fantasia de Bédouins, 1898
Épreuve sur papier albuminé, 33 x 42 cm
Collection Pierre de Gigord
Garabed Krikorian
L'empereur Guillaume II à la gare de Haydar Pacha
partant visiter la manufacture de tapis de soie
fondée en 1843 par les Ottomans à Héréké (Turquie), 1898
Épreuve sur papier albuminé, 33 x 42 cm
Collection Pierre de Gigord
Garabed Krikorian
Fantasia
de Bédouins organisée
en l’honneur de l’empereur
Guillaume II, 1898
Épreuve Sur papier albuminé,
33 x 42 cm
Collection Pierre de Gigord
63
à
Verso d’une carte-portrait
témoignant de l’association de Krikorian
avec Daoud Saboungi à Jaffa
’
Collection Badr el-Hage
SÉHOTOGRAPHES
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Carte-portrait du Studio Garabed Krikorian.
Pèlerin arménien tenant la photographie
d’une femme décédée
Collection particulière
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Carte-portrait du Studio Garabed Krikorian,
Jeune fille arménienne
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Collection particulière
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Carte-portrait du Studio Garabed Krikorian
Palestiniens en costumes traditionnels
Collection Badr el-Hage
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Carte-portrait du Studio Garabed Krikorian
Couple en costume traditionnel
Collection Badr el-Hage
G. LEKEGIAN
Actif entre 1860-1890
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arménien d'Istanbul, G. Lekegian
réalise des aquarelles qu’il présente notamment lors de l'exposition des Jeunes
Artistes de Péra, le quartier chic de la ville.
Attiré par le pittoresque de la rue stambouliote, il peint avec un étonnant réalisme,
quasi photographique, des scènes de rues
avec leurs saltimbanques, leurs porteurs
d’eau et leurs musiciens ambulants.
En 1882, la révolte du nationaliste
Ahmad Orabi contre le khédive Ismail est
contrée par l'intervention militaire britannique en Égypte. Avec la colonisation,
l’agence de voyage Thomas Cook & Sons
s'établit au Caire et un tourisme moderne
se développe en Égypte, attirant une très
abondante clientèle occidentale éprise
d’exotisme et de folklore.
C’est alors que Lekegian décide de s’installer au Caire pour se consacrer à la photographie. En 1887, il ouvre un studio près
du célèbre hôtel Shepheard's et du jardin
de l’Ezbékieh dans un quartier devenu, à
l'exemple de la rue Péra d'Istanbul, l’un des
hauts lieux de la photographie cairote.
Divers travaux en Afrique et en HauteÉgypte, lui ont déjà assuré une certaine
notoriété au Proche-Orient et en Europe.
Photographe très prolifique, Lekegian est
mentionné dans les Guides Joanne de
l’époque.
Le tourisme florissant l’incite alors à
multiplier les clichés en utilisant la technique du négatif sur verre au collodion — les
épreuves reproduites sur papier albuminé
permettent d'obtenir des clichés d’une
très grande finesse de grain dans un temps
68
extrêmement court — et à satisfaire toutes
les attentes par la variété des thèmes qu’il
aborde.
Comme dans ses aquarelles, Lekegian
privilégie les scènes de la vie paysanne et
urbaine de l'Égypte et propose, à l'intention
des touristes, une riche production de
portraits à caractère ethnographique: il
réalise ainsi une série unique de portraits
d’autochtones qu’il capte dans leur cadre de
vie, leurs costumes, leurs attitudes ou leurs
types physiques; une autre série présente
les petits métiers qui florissaient alors.
Sans jamais succomber au poncif du « sujet
oriental, d’une scène crientale pour peintre
orientaliste », son travail témoigne simplement de l’esprit du temps. D’une esthétique
beaucoup plus recherchée que les clichés
classiques des photographes de l’époque,
ses images, d’une grande netteté et structurées de façon tout à fait originale, sont
remarquables par l’instantanéité et le naturel des prises de vues.
En 1888, Lekegian est nommé « photographe officiel de l’armée britannique
d'occupation » par les autorités militaires
britanniques, quoique cette mention n’apparaisse pas sur ses clichés de l’époque.
Ce n’est que quelques années plus tard
qu’elle figurera sur des cartes postales
tandis que les cartes de visites du studio
seront imprimées en anglais.
Devenu photographe personnel du
Khédive, il remporte la médaille d’or à
l'Exposition universelle de photographie
de Paris, en 1892, et le Grand Prix de
l'Exposition internationale de Chicago,
en 1893. Le verso de l’un des clichés semble
indiquer qu’une médaille aurait été attribuée à G. Lekegian pour une « épreuve
à l’eau » exposée à la Gilman Art Gallery
de Chicago, mais sans explication relative
à cette technique.
Déclinés en grands ou petits tirages, en
planches séparées ou rassemblés en albums,
de nombreux éléments de l’immense production du studio signée « Photographie
artistique G. Lekegian & Co. » figurent dans
la documentation photographique et dans
les collections de nombreuses institutions
notamment aux États-Unis, en GrandeBretagne, en France et en Turquie.
Répondant à la grande exigence de
vérité, voire de réalisme, imposée par les
nouvelles découvertes archéologiques et
les récits des grandes fouilles qui nourrissent l'imagination du public, les clichés
de Lekegian sont considérés comme de véritables documents scientifiques importants
pour l'Histoire. Ils constituent également
des « relais au souvenir » pour les peintres
orientalistes qui accumulent sur place la
documentation nécessaire à la création, de
retour en Europe, d'œuvres inspirées par
les lieux visités ; il apparaît clairement qu’ils
furent en particulier des références pour
des peintres comme Ludwig Deutsch et
Eugène Fromentin. Invité à l'inauguration
du canal de Suez, en 1869, ce dernier écrivait d’ailleurs à sa femme: « Je commencerai, il sera grand temps, de fixer au moins
par notes écrites le plus gros de mes souvenirs. Ils abondent, et à défaut de croquis
[..] je ferai une ample provision de photographies [...]. Elles aideront du moins ma
mémoire et fixeront des formes qui échappent au souvenir le plus sûr de lui!. »
1. Eugène Fromentin, Correspondance,
éd. Barbara Wright, Paris, 1905, t. II, p. 1546.
G. Lekegian et Ce
Attelage précédé de coureurs en livrée saïs, vers 1880
Épreuve sur papier albuminé, 21,5 x 28 cm
Collection Badr el-Hage
G. Lekegian et Ci
Porteur d’eau à domicile, sakka,
Égypte, vers 1880
Épreuve sur papier albuminé,
26,7 x 21,0 cm
Collection Badr el-Hage
G. Lekegian et Cie
Groupe d'Égyptiens
posant devant la statue de Ramsès,
Mit Rahmé, vers 1880
Épreuve sur papier albuminé, 21 x 27,5 cm
Collection Badr el-Hage
09
G. Lekegian et C'
Grande colonnade
d’Amenhotep III
(XVIITE dynastie), Louxor,
vers 1880
Épreuve sur papier albuminé,
IIS
DO SIC
Collection Badr el-Hage
G. Lekegian et Ci
Rue du quartier de la mosquée
Ibn Tülün au Caire
Épreuve sur papier albuminé,
27,4 x 21 cm
Collection Badr el-Hage
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d'Anne Kobe p FM XV
dx)
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K LE
G. Lekegian et C'
La palmeraie de Saqqara,
Le Caire, vers 1880
Epreuve sur papier albuminé,
IEC
Collection Badr el-Hage
G. Lekegian et C. Île de Philae, vers 1880
Épreuve sur papier albuminé,
20,8 x 27,3 cm
Collection Badr el-Hage
G. Lekegian et Ci
Les colosses de Memnon
à Thèbes sur ia rive ouest,
vers 1880
Épreuve sur papier albuminé,
215027,31cm
Collection Badr el-Hage
G. Lekegian et Cie
Porteur d’eau du Caire, vers 1880
Épreuve sur papier albuminé,
27,400,
ECM
Collection Badr el-Hage
:Colusses de Mernion
USE
ECS
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Arche
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G. Lekegian et C'. Bas-relief des victoires
de Séthi [*", temple de Karnak, vers 1880
preuve sur papier albuminé,
9 x 27,5 cm
Collection Badr el-Hage
Photog: Aiistique G Lekegian à:
Boghos TARKULYAN
(Phébus)
Actif 1882-1936
Décédé en 1936
IF d’une famille modeste du quartier de
Kumkapi à Istanbul, Boghos Tarkulyan
comme de nombreux jeunes Arméniens
se forme aux techniques photographiques
auprès des célèbres frères Abdullah.
Lorsqu’en 1882, il établit son premier
atelier photographique dans le quartier
catholique de Pangalti, il réalise surtout
des portraits. Quelques années plus tard, il
installe son studio au 310 de la Grand-Rue
à Péra, et adopte le nom de « Phébus » —
du grec ancien phoibus, désignant Apollon,
le dieu de la lumière et des arts — et s’associe avec un photographe du nom de Refiki.
Une version « anglicisée » de son nom figurait sur ses cartes de visite mentionnant:
« Phébus Photographic Studio, Paul Tarkul
and Refiki (Partner) ».
Au début des années 1890, à l'instar de
ses concurrents Sebah & Joaillier, Abdullah
Frères ou Guillaume Berggren, Boghos
Tarkulyan décide, en plus des portraits
réalisés en studio, de photographier en
extérieur des paysages. C’est avec l’intention de présenter son travail au Sultan
qu’il demande au ministère de la Sécurité
publique l’autorisation de photographier les
rivages des Eaux douces d'Europe et les
baies du Bosphore. Lorsque le Grand Vizir
lui accorde cette permission, il se rend
dans les différents quartiers d'Istanbul et
sur les rives du Bosphore mais également
dans la ville historique de Bursa, qui fut la
première capitale de l’Empire ottoman.
Ses clichés, imprimés sur du papier albuminé — l’albumine obturant les pores du
papier évite l’imprégnation de l’image dans
74
l'épaisseur — sont légendés en français et portent la signature « Phébus » sur le négatif.
Les affiches publicitaires de l’époque,
annoncent que le studio propose à la vente de
nombreux clichés de paysages ainsi qu’une
importante collection de portraits d’artistes
lyriques et de comédiens. Dans le fonds
figuraient également 70 prises de vues
représentant
les
écoles
militaires
de
l'Empire réalisées par Tarkulyan et faisant
partie des 51 albums d’archives que le
sultan ‘Abd al-Hamfd II offrira, en 1893, au
Gouvernement américain.
À côté d’un autoportrait de Tarkulyan
paru en 1896 dans la revue Malumat, un placard publicitaire signé « Boghos Effendi »
invite le lecteur « à bien retenir l’adresse
située au 301 au-dessus du magasin Demilvil
afin de ne pas la confondre avec quelques
échoppes insignifiantes se trouvant à proximité du studio Phébus »!
En mai 1900, un immense incendie
ravage le quartier de Péra provoquant 900
morts et détruisant 8000 bâtiments. Plusieurs
studios de la Grand-Rue disparaissent dont
celui de Tarkulyan qui s'établit temporairement au numéro 367, pour s'installer ensuite
dans un vaste local situé au 359, Grand-Rue
«au-dessus du magasin Pygmalion ».
Ses compétences techniques, son caractère et son sens de l’humour, valent à
Tarkulyan de s’attirer une clientèle considé-
rable, issue notamment de l’élite politique,
militaire, artistique et littéraire d'Istanbul.
Outre ses portraits de grande qualité, il est
apprécié pour ses nombreux paysages
peints à la main utilisés comme fonds pour
ses photographies et pour les nombreux
accessoires dont dispose son studio: son:
cheval en papier mâché de 80 cm de haut
importé de France et que l’on retrouve
dans les photographies d'enfants, deviendra
légendaire dans la société stambouliote.
Ayant développé de bonnes relations
avec le Palais et la cour, le studio est chargé
de réaliser le portrait du Sultan et des
membres de la famille impériale. Lors
d’une séance de photographie, à la requête
de Tarkulyan: « Altesse, ne pouvez-vous
sourire juste un petit peu pour la photographie? », le sultan ‘Abd ai-Hamîd II aurait
opposé une réponse catégorique: « Non.
La plus grande solennité est requise! ».
Certains portraits dont le format atteint
100 cm sont colorés à la main et signés
« Ohannes Kürkçiyan et Phébus ».
En 1900, Tarkulyan reçoit commande d’un
portrait du shâh de Perse, Muzaffereddin,
en visite officielle à Istanbul qui lui vaut
l'attribution de la part du shâh de la
médaille du « Lion and Sun » et le titre de
« Royal Photographer ».
En juillet 1905, une tentative d’assassinat est perpétrée contre le sultan ‘Abd alHamîd II par un comité révolutionnaire : 26
personnes sont tuées et 56 autres blessées.
Pour les besoins de l’enquête engagée par le
ministère de la Sécurité publique, Tarkulyan
est chargé de photographier le matériel saisi
utilisé par les révolutionnaires, constitué
de bombes, de fusées, de détonateurs et de
bâtons de dynamite. Ses clichés sont offerts
au Sultan qui, en guise de récompense, lui
décerne les titres de «Photographe de sa
Majesté Impériale Le Sultan » et « Mecidi
Order Sth Class ».
Une étude annuelle d'évaluation réalisée
en 1909 à Paris sur 350 entreprises européennes, gratifie le studio Phébus de « recommandable » et ( digne de confiance ».
Malgré le démembrement de l’Empire
ottoman de 1918 à 1923 et la déclaration de
la République de Turquie, le studio Phébus
poursuit son activité. En 1926, Tarkulyan
réalise un portrait de Mustafâ Kemäl
Atatürk, le fondateur de la République turque.
Considéré comme l’un des portraits les plus
impressionnants jamais réalisés, il sera
reproduit le 5 décembre 1927 sur les premiers billets de banque de 50, 100, 500
et 1000 lires de la nouvelle république .
Peu de temps avant son décès, en 1936,
un article paru dans le mensuel Aydabir,
qualifie Boghos Tarkulyan de « plus grand
photographe de Turquie ».
Bibliographie :Bahattin Oztuncay,
The Photographers of Constantinople,
Arzu Karamani Pekin, Melis H. Seyhun (éd.),
Istanbul, Aygaz, 2003, vol. 1, p. 282-291.
Boghos Tarkulyan (Phébus)
Patriarche grec orthodoxe de Jérusalem
Carte-portrait
Collection Pierre de Gigord
159, Les Dervi ches Tour neurs
Boghos Tarkulyan (Phébus)
Derviches tourneurs de l’ordre de Mévlévis, vers 1890
Épreuve sur papier albuminé,
Collection Pierre de Gigord
19,5 x 25 cm
Boghos Tarkulyan (Phébus)
Les fils du sultan lors de la fête de leur circoncision
et de celle des orphelins, vers 1890
Épreuve sur papier albuminé, 21 x 27 cm
Collection Pierre de Gigord
70
Mihran IRANIAN
Actif vers 1890
ême si les informations concernant sa vie et
son travail ne sont pas nombreuses, Mihran
Iranian n’en est pas moins considéré comme
l’un des plus talentueux photographes portraitistes et paysagistes arméniens ayant
opéré à Istanbul à la fin du xIx® siècle.
En 1891, Mihran Iranian établit son premier studio photographique au numéro 7
de l’impasse Ottoni à Péra, dans le célèbre
quartier artistique de la ville. Quelques
années plus tard, en 1895, il s'associe avec
un photographe arménien du nom de
Gugasyan et installe son atelier au 365 de la
Grand-Rue de Péra. Profitant des dernières
découvertes techniques, Iranian utilise à la
place du collodion les plaques sèches de
gélatino-bromure d’argent qui lui permettent, grâce à la réduction considérable
du temps de pose, de capter dans les rues
et les espaces publics les caractéristiques
des individus qu’il croise ainsi que des
détails architecturaux sur les monuments
d'Istanbul, devenue vers la fin du XIXe siècle
une énorme métropole.
Ses clichés, à partir desquels l'Occident
s'est forgé une image d'Istanbul et du
Bosphore, constituent un registre « pittoresque » et « archéologique » de la ville et de
ses remparts. [ranian photographie systématiquement les quartiers historiques de Galata
et de Péra, de Sainte-Sophie et des innombrables mosquées, des rivages du Bosphore
avec leurs ponts, leurs quais et leurs guérites
de pêcheurs, mais démontre aussi une esthétique très aboutie dans ses scènes de rues
avec leurs marchands ambulants, leurs artisans ou leurs derviches tourneurs…
La maîtrise technique et artistique
d’Iranian, et l’attention particulière qu’il
porte à la lumière, lui permettent de réussir
de remarquables portraits { typologiques ».
Le studio, qui propose aux clients de nombreux costumes et accessoires traditionnels
pour poser, crée des clichés d’une grande
valeur ethnographique. Une partie de cette
production est commercialisée dans le pays,
une autre est envoyée à l’étranger par voie
postale. Imprimés sur du papier albuminé,
les tirages sont montés sur carton et les
négatifs signés, numérotés et légendés en
français. Les similarités des indications
figurant sur ses négatifs et ceux des frères
Abdullah suggèrent qu’'Iranian a travaillé
comme assistant pour ces derniers, précisément pour la rédaction des légendes. Suite
à la fermeture du Studio Abdullah Frères,
il aurait ouvert le sien à Péra.
Cependant, malgré le succès qu’il rencontre auprès de la clientèle, le Studio
Iranian ne parvient pas à faire face à la
concurrence des grands studios de l’époque
et se voit contraint de mettre un terme à
son activité et de déposer le bilan.
À ce jour, plus de 240 négatifs signés
Mihran Iranian sont répertoriés et conservés dans différentes institutions en Europe
et chez des collectionneurs privés. Toutefois, en raison de la difficile conservation
de l’image photographique — l'équilibre
chimique entre les différents composants
répartis sur le support papier étant fragile —,
très rares sont les tirages originaux qui nous
sont parvenus.
Mihran ranian
Place du pont de Galata, Istanbul, vers 1895
Épreuve sur papier albuminé, 19,5 x 24,5 cm
Collection Pierre de Gigord
78
Piace
du
Mihran Iranian
Rémouleur turc, Istanbul, vers 1895
Épreuve sur papier albuminé, 24,5 x 18,5 cm
Collection Pierre de Gigord
Mihran Iranian
Pont de Galata enjambant la Corne d’Or
et reliant les quartiers de Péra et de Topkapi,
Istanbul, vers 1890
Épreuve sur papier albuminé, 19,7x 25,5 cm.
Collection Badr el-Hage
79
Mihran Iranian
Une rue à Stamboul, vers 1890
Épreuve sur papier albuminé,
25x19 cm
Collection Pierre de Gigord
Mihran Iranian
Cafedji turc, Istanbul,
vers 1895
Épreuve sur papier albuminé,
25 x 19,5 cm
Collection Pierre de Gigord
Cafédji Ture
.88 M. Irahian.
PAPAZYAN
Frères
| ssus d’une famille arménienne de Bursa
— capitale des premiers sultans ottomans
de 1326 jusqu’en 1361 — au nord-ouest de
l’Anatolie, les frères Papazyan quittent leur
ville natale pour s'installer à Istanbul.
Profitant du développement de l’industrie de l’image, ils décident d’ouvrir chacun
leur studio en 1867. S’associant à Antuan
Zilpochyan, un photographe arménien
formé par les frères Abdullah, Mateos
Papazyan s'établit au 45, rue Okçularbasi
à Beyazit, tandis que son frère M. Papazyan
s’installe au 47 de la même rue.
L'ère de réformes inaugurée en Turquie
ainsi que l’évolution de la technique photographique en rapport avec l’évolution extrémement rapide de la chimie favorisent,
dans les années 1870, la formidable expansion de la photographie. C’est alors que de
nombreux ateliers s'ouvrent à Istanbul qui
devient le premier centre photographique
du Moyen-Orient.
Le voyage en Orient évoluant de l’aventure individuelle vers l’itinéraire balisé par
les guides, la production photographique se
développe considérablement et se banalise
avec la naissance et la diffusion de la carte
postale, véritable révolution de l’image qui
permet de faire vendre, voyager et rêver.
Mateos Papazyan en réalise alors à partir
de tout un ensemble de clichés de paysages
urbains et pittoresques. S’adressant à un vaste
public, ses prises de vues montrent une
grande diversité de sujets de la vie quotidienne: scènes de rue, portraits, petits
métiers. La recherche du succès commercial impose cependant de camoufler la misère
82
par une mise en scène minutieuse, permet-
tant de rendre plus « photogénique » et plus
conforme à l'attente du public, la réalité.
Lorsqu’en 1880 il se sépare de son associé, Mateos Papazyan installe son studio
au 198, rue Galata, dans l’ancien quartier
génois devenu le cœur économique de la
ville. Nombre de ses cartes postales sont
alors illustrées de portraits du sultan ‘Abd
al-Hamfd II.
Le studio, qui mettra un terme à son
activité en 1883, aurait également utilisé
des portraits de membres de la famille
impériale et de dignitaires ottomans dont
les originaux proviendraient des studios
du photographe grec Vassilaki Kargopoulo
et d’Abdullah Frères!
En 1882, Mateos Papazyan se rend à
Alexandrie pour photographier les conséquences des bombardements par la flotte
britannique ordonnés par l'amiral Sir
Beauchamp Seymour sur le fort de Ras al-Tin,
le 11 juillet. Effectua-t-il cette mission en tant
que photographe officiel ou incité par l’importance croissante accordée à la photographie documentaire ? La raison n’est pas établie mais ses clichés présentent aujourd’hui
un intérêt historique considérable.
Vers les années 1914, en plein effondrement de l’Empire ottoman, il est condamné
à la déportation. Cependant, un télégramme
du ministre de l'Intérieur de la Province de
Hüdavendigâr, daté du 15 août 1915, et réclamant « le report de la déportation du photographe Mateos Papazyan jusqu’à nouvel
ordre », lui permet de poursuivre quelque
temps encore l’activité du studio.
C’est lors de l'exode massif des
Arméniens de la Turquie vers le MoyenOrient et l’Europe que Mateos Papazyan
quitte définitivement Istanbul: il se serait
installé en France et aurait ouvert un studio
photographique à Paris.
J. D. S. Papazyan
Félicitations à la municipalité
à l’occasion de l’avènement
au trône du sultan. ‘Abd al-Hamiîd II,
Bursa, 1901
Épreuve Sur papier albuminé,
24,0 x 33,5 cm
Collection Pierre de Gigord
J. D. S. Papazyan
Inauguration de la salle
de menuiserie à l’École des arts
et métiers de Bursa, 1901
Epreuve sur papier albuminé,
24,2% 33cm
Collection Pierre de Gigord
J. D. S. Papazyan
Inauguration de l’Institut séricicole,
Bursa, 1901
Épreuve sur papier albuminé,
29 x 38,0 cm
Collection Pierre de Gigord
À}
J. D. S. Papazyan. Inauguration de l’abattoir de la ville de Bursa, 1901
Épreuve sur papier albuminé, 25,8 x 32,3 cm
Collection Pierre de Gigord
Z. G. DONATOSSIAN
Actif autour de 1910
| ssu d’une famille arménienne d'Irak,
Z.G. Donatossian s’installe à Bagdad, ouvre
un studio photographique et réalise de
nombreux portraits et photographies de
groupes. Cependant peu d'informations sur
sa vie et son travail nous sont parvenues.
À la prise de Bagdad par les Ottomans
en 1638, l'Irak, berceau de la civilisation
sumérienne, devient province ottomane,
apportant ainsi une légitimité nouvelle au
sultan Murâd IV (r 1623-1640). Après trois
siècles d'occupation turque, le sultan ‘Abd
al-Hamfîd II décide, dans l’espoir de sauver
son empire du déclin, de poursuivre ses
tentatives de modernisation et lors de son
voyage triomphal en 1898 au Proche-Orient
accepte volontiers la proposition du Kaiser
Wilhelm de créer une ligne de chemin
de fer reliant Berlin, Byzance et Bagdad.
Le projet sera interrompu par la Première
Guerre mondiale en 1914.
En 1909, le sultan ‘Abd al-Hamîd II
est déposé par le mouvement libéral
d'opposition, le parti des Jeunes Turcs.
Lorsqu’en 1912 s’achève la construction
du barrage de Hindié — amorcée en 1908
à la demande du sultan -, Donatossian est
chargé de couvrir l'inauguration de ce grand
projet destiné à fertiliser l’une des régions
les plus arides située entre le Tigre et
l’'Euphrate. Ce reportage détaillé, qui a
enregistré les célébrations en présence de
l’émir de Mossoul, Fazil Pacha, ainsi que
de nombreux dignitaires ottomans constitue
aujourd’hui un document d’un considérable
intérêt historique.
64
Réalisé en studio ou sur le terrain,
l'intérêt du travail de Donatossian réside
également dans sa dimension sociologique.
Pêcheurs dans leurs kouffas, des embarcations rondes en vannerie revêtues d’un
enduit de bitume déjà employées au temps
d'Hérode, paysans, ouvriers, dignitaires ou
militaires, ses personnages revêtus de leurs
différents costumes rendent compte de
toute une époque.
Depuis 1888, la commercialisation des
appareils Kodak ainsi que la découverte
et la production de celluloïd — considérée
comme la toute première matière plastique
artificielle — en feuilles suffisamment fines,
révolutionne le travail photographique.
Utilisées à la place des plaques sensibles
de verre qui étaient difficiles à préparer,
à transporter et à développer à cause de la
chaleur, les pellicules de celluloïd plates et
sèches permettent de prendre un nombre
considérable de vues en très peu de temps.
Le début de la Première Guerre mondiale mettant fin à trois siècles d'occupation
ottomane, les Turcs sont chassés d’Irak par
les Britanniques qui, en 1917, prendront
en charge l’administration de la région.
Z. G. Donatossian
Officiers ottomans, Irak, vers 1912
Épreuve sur papier albuminé, 23 x 29 cm
Collection Pierre de Gigord
Z. G. Donatossian
Inauguration du barrage
de Hindié (Irak) en présence
de l’émir de Mossoul,
Fazil Pacha, en blanc au centre,
vers 1912
Épreuve sur papier albuminé,
ICRA AEN
Collection Pierre de Gigord
Z. G. Donatossian
Départ de la délégation ottomane
avec l’émir de Mossoul,
Fazil Pacha après l'inauguration
du barrage de Hindié (Irak),
vers 1912
Épreuve Sur papier albuminé,
15 x 20 cm
Collection Pierre de Gigord
Z. G. Donatossian
Inauguration du barrage de Hindié (Irak); retour de la délégation ottomane, vers 1912
Épreuve sur papier albuminé,
Collection Pierre de Gigord
17 x 21,7 cm
87
ANGELO
1917
— 2003
«
AW suite des massacres et déportations subis
par les Arméniens en Cilicie, Angelo
Boyadjian, alors âgé de six ans, immigre
avec ses parents et débarque à Alexandrie
en 1923. Après ses études, il s’installe avec
sa famille au Caire. Passionné de sport, il
devient champion d'Égypte de cyclisme et
de patinage artistique avant de se spécialiser
dans les danses (tango, valse et claquettes).
En 1940, engagé comme apprenti par
le photographe d’origine arménienne Aram
Balyan au Studio Vénus, où il apprend le
métier de photographe, Angelo manifeste
un talent évident, particulièrement pour le
portrait, au point de devenir rapidement un
concurrent redoutable pour son employeur,
lequel aussitôt le renvoie.
C’est alors qu’il décide d’ouvrir, avec
son frère Van Léo dans l’appartement de
ses parents — utilisant la salle de bain pour
développer ses photographies — son propre
studio baptisé Studio Angelo.
Grâce au style épuré de leurs portraits,
les deux frères sont reconnus photographes
attitrés de la ENSA (Entertainment National
Service Association) et de la SAEU (South
African Entertainment Unit). Les contingents
militaires de l’Empire britannique défilent
alors devant leur objectif et le Studio Angelo
vedettes de cinéma, artistes de music-hall
et danseurs de ballet de passage au Caire.
Il organise en outre des concours de beauté
et photographie les Miss dont Dalida, future
Miss Égypte.
Sa réputation de « photographe des
vedettes » lui attirant une clientèle de plus
en plus importante, il décide en 1955 d’ouvrir un deuxième studio au Caire. Quelques
années plus tard, à la suite de la crise de
Suez, Angelo, dont l’épouse est française,
est obligé de tout abandonner à son frère
Van Léo et de quitter l'Égypte alors que le
studio est en pleine expansion.
En septembre 1960, il débarque en
France, séjourne dans l'Hérault avec sa
famille avant de s'installer à Paris où il est
engagé à l’atelier de photographie du magasin Le Bon Marché. En 1972, ayant décidé
de s'installer à nouveau à son compte, il
ouvre le Studio d’Art Angelo, avenue de
Wagram, qu’il continuera à gérer jusqu’en
1989 mais sans retrouver l'essor des studios
du Caire.
En 1986, Angelo est invité pour le
« Mois de la Photo » à Paris; en 1987 à
l'émission Permission de minuit de Frédéric
Mitterrand et, en 1989, au « Printemps de
la photo » à Alexandrie.
En 1997, un hommage lui est rendu par
la Maison de la Culture de Loire-Atlantique
à Nantes, dans le cadre du Festival des
trois Continents à travers une exposition
de ses photographies au charme rétro, voire
désuet, des années 1950.
devient célèbre au-delà de l'Égypte jusqu’en
Angleterre et en Afrique du Sud.
Témoignant d’une véritable passion pour
le cinéma, Angelo passe un accord avec la
MGM pour recruter et réaliser des photos
de sosies de stars de l’époque. En 1947, il
commence alors une série de portraits de
personnalités célèbres de la scène artistique:
88
à
Angelo
Omar Sharif, Le Caire, 1950
Tirage argentique noir et blanc peint à l'huile
par Katia Boyadjian, 40 x 30 cm
Angelo
Mendiant, 1948
Tirage d'auteur argentique noir
et blanc d'époque, 40 x 30 cm
Angelo
Samia Gamal,
actrice et danseuse égyptienne
(1924-1994), Le Caire, 1949
Tirage d'auteur argentique noir
et blanc d'époque peint à l'huile,
40 x 30 cm
VAN LÉO
(Levon Boyadjian)
1921 — 2002
D:
arménienne, la famille Boyadjian
quitte Jihane en Turquie pour s'installer en
Égypte en 1923. En 1940, Levon s'inscrit à
l'Université américaine du Caire, mais, fasciné depuis l’enfance par la photographie et
séduit par les images de stars d'Hollywood,
il ne tarde pas à abandonner ses études pour
suivre une formation d’assistant photographe
au célèbre Studio Vénus d’Aram Balyan.
Très vite, il décide d'ouvrir son propre
studio, avec son frère aîné Angelo, dans
la maison de ses parents au Caire et
commence par multiplier les autoportraits
en travaillant particulièrement l'éclairage
et les superpositions d'images.
L'Égypte, placée sous mandat britannique, le studio des deux frères est fréquenté
essentiellement par des soldats des armées
alliées, mais aussi par des intellectuels tel
Taha Hussein, des acteurs tel Omar Sharif
et par des chanteurs et des danseurs locaux
et étrangers appartenant à l’importante
communauté internationale du Caire.
En 1947, les deux frères mettent un terme
à leur association et Van Léo acquiert son
propre studio, connu sous le nom de Studio
Métro jusqu’en 1950, rebaptisé ensuite
Studio Van Léo, nom dérivé de Levon. Grâce
à son emplacement stratégique dans un
quartier à proximité des milieux artistiques
du Caire, Van Léo réalise des milliers de
portraits d'artistes et de célébrités. Imposant
son talent de photographe, il devient rapidement le portraitiste le plus célèbre de la
ville, capable avec sa technique de stylisation extrême d’attribuer à tout un chacun
la séduction des figures hollywoodiennes.
00
À côtoyer l'univers des artistes et du
cinéma, Van Léo développe des tendances
narcissiques qui le conduisent à poursuivre
la réalisation d'innombrables autoportraits
où il se met en scène comme un acteur
jouant différents rôles.
Alors que commence à s'imposer une
nouvelle esthétique liée à la photographie
couleur, il persiste à affirmer son talent
exceptionnel pour l’art du portrait en noir
et blanc: le rendu de la réalité n’est pas son
but et il s’autorise toutes les expérimentations pour transgresser les conventions
habituelles du portrait. Ainsi n’hésite-t-il
pas à recourir aux effets artificiels de
lumière obtenus en jouant avec les ombres,
en utilisant des miroirs pour créer des
taches de lumières, en enduisant la peau de
vaseline... Ce qui l’intéresse est l'illusion
finale une fois la métamorphose effectuée.
1952 est l’année de la révolution égyptienne qui marque la fin de la « Belle
Époque » au Caire. Par crainte du fondamentalisme religieux naissant, Van Léo
brûle sa considérable collection de nus
féminins; sa clientèle cosmopolite du
Caire se faisant de plus en plus rare,
il décide en 1961 de rejoindre son frère
Angelo à Paris mais, nostalgique, ne tarde
pas à y revenir et à y rester actif jusqu’en
1998.
N'ayant jamais eu d’assistants, Van Léo
incarne le modèle du photographe artisan
qui, infatigable travailleur continua tout
au long de 57 années de carrière à assumer
seul l'éclairage, les agrandissements, les
retouches et le contact avec les clients.
Lorsque Van Léo, maître dans l’art de
l'illusion et de la mise en scène, s'éteint
au Caire à l’âge de 80 ans après avoir immortalisé sur papier glacé des milliers de visages,
disparaît avec lui le dernier représentant
d’une tradition photographique « glamour ».
Dans les années 1990 deux expositions
lui sont consacrées à la bibliothèque de
l'Université américaine du Caire. Au département des Livres rares, il lègue une grande
partie de ses archives, soit plus de 19000
négatifs et 16000 clichés. Une cinquantaine
de ses autoportraits sont exposés à la
Brighton Gallery dans le cadre de la
Biennale de la Photo de Brighton en 2006.
En 2000, lui a été décerné le Prince
Claus Award, suprême récompense pour
l’ensemble de son œuvre.
Van Léo
Autoportrait, Le Caire, 1945
Tirage d'auteur argentique noir et blanc d'époque,
40 x 30 cm
Van Léo
Samia, Le Caire, 1951
Tirage d'auteur argentique
noir et blanc d'époque, 40 x 30 cm
80
f,
s
#pnrietratt
Farid al-Atrache,
acteur et chanteur égyptien (1910-1974), 1957
Tirage d'auteur argentique noir et blanc d'époque peint à l'huile, 40 x 30 cm
d’artistes, à la publication des Carnets
d'Égypte aux Éditions de l’Inventaire, ainsi
qu’à de nombreuses expositions dans des
musées et institutions en France et à
l'étranger dont le Festival de l’image
du Mans (1994 et 1995), « Chroniques
Katia BOYADJIAN
Née en 1958
N: au Caire d’une mère française et d’un
père arménien, Katia Boyadjian vit et
travaille à Reviers dans le Calvados.
En 1960, à la suite de la crise de Suez,
sa famille quitte l'Égypte et s’installe à Paris.
Les revenus familiaux étant modestes,
Katia passe souvent ses vacances scolaires
dans la chambre noire et les odeurs de
laboratoire du studio de son père, le photographe Angelo.
Elle partage sa passion de la peinture
avec son compagnon, le peintre Daniel Juré,
dont elle devient également le modèle.
Dès lors, elle éprouve le besoin de saisir
par la photographie ces instants privilégiés
d'atelier, renouant ainsi avec ses années
d'enfance.
Utilisant un seul objectif et limitant le
nombre de clichés, Katia Boyadjian privilégie « l'instant décisif » lors de ses prises
de vues d’une extraordinaire acuité. Ellemême définit ses photos « plutôt frontales,
avec un objectif fixe proche de l’œil
humain, jamais recadrées ». Son travail
photographique constitue une sorte d’autobiographie, de journal d’atelier, concis et
d’une grande sensibilité.
C’est en 1994, à l’occasion de son exposition
individuelle
« Jours
ouvrés
» à Honfleur
(1997)
et « Terre
d'images » à Biarritz (2000), « Photos sensibles » au musée Baron Gérard à Bayeux
(2005), « De flux et de jusant » au musée
de Saint-Peter Port à Guernesey.
S’appropriant une technique quasiment
disparue, Katia reprend à son compte un
procédé de mise en couleur aux pigments
sur tirage argentique noir et blanc, utilisé
notamment pour ses photographies réalisées en Égypte depuis 1994. Son patient
travail de couleurs lui permet de retrouver
cette impression de « temps suspendu » très
en vogue dans Le Caire des années 1940.
Sa version colorisée de « À l’ombre
d'Amon, carnets d'Égypte », au croisement
du réel et de l'imaginaire associés au
« kitsch made in Egypt », prend alors une
dimension poétique étonnante. De cette
technique de mise en couleur, l’artiste dira:
« J'ai de mon père quelques beaux tirages
colorisés d'époque
1940-1950.
En Égypte
comme ailleurs le métier a quasiment
disparu, néanmoins
il reste quelques
vieux retoucheurs jaloux de leur secret.
Je les ai épiés.… »
» au
Centre culturel français d'Alexandrie que
Katia renoue avec le pays de son enfance
dont elle n’a que des souvenirs d'emprunt.
C’est une Égypte au quotidien qui apparaît,
à la fois transfigurée et au cœur de sa vérité.
Une mémoire photographique va venir
se substituer à la mémoire d’origine et donner lieu, après plusieurs séjours en résidence
02
nomades
Katia Boyadjian
Fête du grand Baïram
(fête du sacrifice), Alexandrie, 1997
Tirage d'auteur argentique noir et blanc peint
à l'huile par l’auteur, 26 x 39 cm
Katia Boyadjian
Pêcheuses sur le Nil, Le Caire, 1999
Tirage d'auteur argentique noir et blanc peint à l'huile par l’auteur, 26 x 39 cm
Après les rives du Nil, Katia Boyadjian
se rend en 2001 en Arménie.
Puis, pendant quatre années, elle poursuivra avec Daniel Juré une longue série
de portraits réalisés en maisons de retraite
en Basse-Normandie, en Arménie et en
Égypte.
Intitulé « Portraits chroniques », ce travail est une réflexion sur le portrait — peint
ou photographié — contemporain ainsi que
sur la vieillesse et la mort, qu’a souhaité
04
retracer en 2003 dans une exposition le
musée des Beaux-Arts de Caen.
Douloureuses et fécondes à la fois, les
retrouvailles de Katia avec la terre de ses
ancêtres donneront lieu à un autre travail
photographique « Hayasdan, Voyage en
Arménie », sorte de synthèse de la quête
identitaire qu’elle a menée, et qui sera
présentée en 2006 au cabinet des estampes
du musée des Beaux-Arts de Caen, dans
le cadre de l’Année de l’Arménie en France.
Katia Boyadjian
Guezireh Dahab,
Le Caire, 1997
Tirage
argentique noir
peint
par l’auteur, 26
d'auteur
et blanc
à l'huile
x 39 cm
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Cet ouvrage a été réalisé sous la direction de Philippe Monsel
Coordination éditoriale : Sylvie Poignet
Conception graphique : Catherine Breteau
Mise en page PAO, infographie : Christophe Petit assisté de Camille Delahousse
Fabrication : Bernard Champeau
Photogravure : Arts Graphiques du Centre, Saint-Avertin
Achevé d'imprimer le premier trimestre deux mille sept
sur les presses de l’imprimerie Grafiche Milani à Segrate, Italie