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Автор: Klossowski de Rola S.
Теги: alchimie hermétisme symbolisme figures emblématiques
ISBN: 2-87811-134-6
Год: 1997
Текст
LE JEU D’OR
Figures hiéroglyphiques et emblèmes hermétiques
dans la littérature alchimique du XVIIe siècle
STANISLAS K L O S S O W S K I DE R O L A
L’alchimie et ses mystères, et notamment
la quête de la pierre philosophale, constituent,
depuis l’Antiquité, une tendance « alternative »
au cœur de la culture européenne. La beauté
des langages iconographique et symbolique
dans lesquels s’expriment théories et secrets
alchimiques atteint son apogée au xvne siècle,
époque à laquelle l’essor de l’imprimerie
contribuera de manière fondamentale à la
diffusion de ce genre pictural.
Cet ouvrage réunit pour la première fois
une vaste sélection des plus beaux emblèmes
hermétiques et figures hiéroglyphiques de la
littérature alchimique. Les reproductions
respectent fidèlement les originaux publics
dans des ouvrages malheureusement rarissimes
ou difficiles d’accès. Les plaques de cuivre
originales furent réalisées par les meilleurs
graveurs de l’époque — Mcnan, De Hooghe,
la famille De Bry... —, artistes attachés à
traduire graphiquement des concepts aussi
complexes que les cosmogrammes de Mylius,
les emblèmes envoûtants de Lambsprinck ou
de Michael Maier, ou encore le mysticisme
chrétien de Jacob Bôhme. Au total, plus de
500 gravures constituent le cœur de cet
ouvrage.
Dans son introduction et ses commentaires,
Stanislas Klossowski de Rola rappelle les
origines de cette tradition visuelle, donne les
clés des symboles et dresse le portrait des
auteurs, éditeurs, mécènes et graveurs qui
contribuèrent à l’épanouissement de cet art
à la fois éblouissant et mystérieux.
En COUVERTURE : « Le Soleil a besoin de la Lune comme
le coq de la poule », emblème xxx de Michael Maier, extrait
de Atalanta fugiens, 1618.
Stanislas Klossowski de Rola
est un éminent spécialiste de la tradition
alchimique. Il est le fils du peintre Balthus.
Pour tout renseignement et demande de
catalogue, veuillez vous adresser à :
THAMES & HUDSON
4, impasse des Peintres
75002 Paris
DifFusion/distnbution : Hazan
ISBN: 2x87811x134,6
Imprimé en Slovénie
195 F
Le Jeu d’Or
Stanislas Klossowski de Rol
Le Jeu d’Or
Figures hiéroglyphiques et emblèmes
hermétiques dans la littérature alchimique
du XVIIe siècle
Thames & Hudson
Cet ouvrage est dédié
à la mémoire vivante
de notre ami
Eugène Canseliet F.C.H.
Le texte français de cette édition a été spécialement établi
par l’auteur d’après une traduction de Vincent Barder et Anne
de Gandillac du texte de l’édition en langue anglaise.
Traduction des sous-titres latins par Catherine Henri.
© 1988 Thames and Hudson Ltd, Londres.
© 1997 Éditions Thames & Hudson SARL, Paris,
pour la présente édition
Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, de
cet ouvrage est interdite. Une copie ou reproduction par
quelque procédé que ce soit, photographie, photocopie,
microfilm, bande magnétique, disque ou autre, constitue une
contrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars
1957 sur la protection des droits d’auteur.
Cet ouvrage a été reproduit et achevé d’imprimer
en mai 1997 par l’imprimerie Mladinska Knjiga pour les
Éditions Thames & Hudson.
Dépôt légal : 3e trimestre 1997
ISBN : 2-87811-134-6
Imprime en Slovénie
SOMMAIRE
Préface et remerciements 7
Introduction 8
Avertissement 24
François Béroalde de Verville,
Le Tableau des riches inventions, 1600 25
François Béroalde de Verville,
Le Voyage des princes fortunez, 1610 25
Heinrich Khunrath, Amphïtheatrum sapientiae aeternae, 1602 29
Andréas Libavius, Alchymia, 1606 45
Steffan Michelspacher, Cabala, 1616 52
Michael Maier, Arcana arcanissima, 1614 59
Michael Maier, Lusus serins, 1616 60
Michael Maier, Examen fucorum, 1617 61
Michael Maier, Jocus severus, 1617 61
Michael Maier, Atalanta fugiens, 1618 68
Michael Maier, Symbola aureae mensae, 1617 105
Michael Maier, Tripus aureus, 1618 117
Michael Maier, Viatonum, 1618 127
Johann Daniel Myhus, Opus medico-chymicum, 1618 133
Johann Daniel Mylius, Antidotarium, 1620 156
Oswald Croll, Basilica chymica, 1622 157
Michael Maier, Sept'mana philosophica, 1620 161
Johann Daniel Mylius, Pnilosophia reformata, 1622 167
Musaeum hermeticum, 1625
183
Lambsprinck, De lapide philosophico, 1625 187
Johann Daniel Mylius, Anatomia Auri, 1628 198
David de Planis Campy, L’Hydre morbifique exterminée, 1628 208
David de Planis Campy, L’Ouverture de l’escolle, 1633 209
Elias Ashmole, Theatrum chemicum britannicum, 1652 214
Johann Joachim Becher, Œdimis chimicus, 1664 222
Joannes de Monte-Snyders, Metamorphosis Planetarum, 1663 224
Theodorus Kerckring,
Commentarius in Currum trlumphalem Amimonii, 1671 226
Joannes de Monte-Snyders(?), Chymica vannus, 1666 228
Goossen Van Vreeswijk, De Roode Leeuw, 1672 240
Goossen Van Vreeswijk, De Groene Leeuw, 1674 246
Goossen Van Vreeswijk, De Goude Leeuw, 1675 253
Goossen Van Vreeswi|k, De Goude Son, 1675 260
Altus, Mutus Liber, 1677 266
Barent Coenders Van Helpen, Escalier des sages, 1689 285
Alexandre Toussaint de Limojon de Saint-Didier,
Le Triomphe Hermétique, 1689 301
Baro Urbigerus, Aphorismi Urbigerani 1690 302
Christopher Love Morley et Theodorus Muykens,
Collectanea chymica, 1693 303
Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 308
Bibliographie 318
Formats des gravures 318
Index
319
PREFACE
Cet ouvrage, qui a l’ambition d’être à la fois plaisant et utile, rassemble une
vaste collection d’emblèmes hermétiques extraits de la littérature alchimique
du XVIIe siècle. Toutes les gravures reproduites dans les pages qui suivent pro-
viennent de livres rares conservés pour la plupart dans les réserves des gran-
des bibliothèques et, par conséquent, inaccessibles à l’amateur comme à l’amou-
reux de science.
En outre, par une curieuse ironie, il semble que les rares réimpressions de
l’un ou l’autre titre célèbre soient, presque toujours, ou épuisées ou de médio-
cre qualité. Il arrive, d’ailleurs, que même un spécialiste ne puisse trouver
ce qu’il recherche : il n’y a, par exemple, pas un seul turc de Goosen Van
Vreeswijk à la Bibliothèque nationale à Paris.
Durant les nombreuses années consacrées à ce travail nous avons été aidé
par un grand nombre de personnes qui ont souhaité garder l’anonymat. Néan-
moins que tous et toutes soient assurés de notre immense gratitude.
Nous souhaitons remercier tout particulièrement notre fidèle collaborateur
David Britt, ainsi que Madame Antoinette de Watteville et Mons1 :ur Tigrane
Matossian.
Nous remercions le personnel de la British Library pour sa gentillesse et
son efficacité, Monsieur C.D. Blockhuis, directeur du Département des infor-
mations bibliographiques et des prêts de la Bibliothèque universitaire de Leyde
qui nous fit parvenir de précieux renseignements concernant Goosen Van Vrees-
wijk, ainsi que Monsieur Marc Sursock qui a bien voulu permettre que son
magnifique exemplaire de l’Amphitheatrum Sapientiae soit photographié.
Nous souhaitons exprimer notre vive reconnaissance envers Monsieur Ber-
nard Renaud de La Faverie qui nous signala les trésors de la Bibliotheca Phi-
losophica Hermetica, située à Amsterdam, où nous fûmes reçus avec une gen-
tillesse et une courtoisie hors du commun par le personnel, par l’érudit
conservateur, Monsieur le Docteur F.A. Janssen et par le charmant proprié-
taire Monsieur J.R. Ritman, véritable mécène des temps modernes.
Enfin, nous souhaitons rendre un très affectueux hommage plein de tendre
gratitude à Mesdemoiselles Venetia Spicer, Anna André, Patrizia Brouwer et
Shireen Al-Hayderi auxquelles nous devons plus que ce que nous pouvons
exprimer et sans l’aide desquelles nous n’aurions jamais pu terminer ce livre.
INTRODUCTION
*
Il est assez curieux de constater que l’invention de l’imprimerie ne contribua
pas à la diffusion de la vaste littérature alchimique avant une date relative-
ment tardive. En effet, tandis que des centaines de manuscrits alchimiques
circulaient en Europe, on ne connaît guère que deux textes imprimés à l’épo-
que des incunables.
Leur nombre resta d’ailleurs assez modeste jusqu’aux dernières décennies
du XVIe siècle car, alors, les progrès techniques réalisés par l’imprimerie
devaient permettre l’excellente reproduction des motifs gravés les plus sub-
tils. Ainsi, la gravure sur cuivre allait dorénavant supplanter de plus en plus
la gravure sur bois. C’est pourquoi, dès le début du XVIIe siècle, l’on assiste
à une véritable floraison d’ouvrages alchimiques contenant de magnifiques gra-
vures dont la fonction réelle transcende cependant tout prétexte d’illustration
ou de décoration. (Ce qui, d’ailleurs, a été depuis toujours le cas de toute ico-
nographie hermétique.) En effet, ces « figures hiéroglyphiques » et ces « emblè-
mes hermétiques » constituent un véritable langage pictural indépendant des
textes qui, en silence mais non sans éloquence, transmet un véritable ensei-
gnement à ceux qui sont capables de le comprendre. Comme cet idiome extraor-
dinaire joue avec un art consommé sur les doubles sens, les analogies, et les
subtiles interprétations hermétiques de la mythologie classique, nous l’avons
nommé le Jeu d’Or (1).
Pour en retrouver les sources et en étudier le développement nous devons
tout d’abord nous tourner vers l’Egypte, patrie mystique de la Philosophie
hermétique et de son légendaire fondateur Hermès Trismégiste.
La tradition veut en effet qu’Hermès, qu’elle identifie au dieu égyptien Toth,
soit l’inventeur des hiéroglyphes, c’est-à-dire des signes sacrés qui préservent
la connaissance secrète de la sagesse divine. Selon les écrits grecs du Corpus
Hermeiicum, la source de tout savon est toujours la révélation divine sous forme
de vision ou de rêve :
« Hermès vit la totalité des choses. L’ayant vue, il comprit. Ayant compris,
il eut le pouvoir de révéler et de montrer. Et précisément ce qu’il savait,
il l’écrivit. Mais ce qu’.l écrivit il le cacha, gardant le silence plutôt que
de parler, de sorte que chaque génération en venant au monde devait cher-
cher ces choses » (Kore Kosmou 5).
Le terme employé pour « écrire » dans le texte grec est celui de « graver ».
Hermès grava donc ses secrets sur des stèles de marbre (« stelai ») qu’il cacha
soigneusement en affirmant cependant :
« Certains découvriront et connaîtront totalement les secrets de mes écrits
et les interpréteront, et même s’ils en gardent quelques-uns pour eux seuls,
ils en graveront d’autres pour le bénéfice de l’humanité sur des stèles et des
obélisques » (Kore Kosmou VII et I xvi).
Les Grecs, fascinés depuis des siècles par l’Egypte et la splendeur de sa cul-
ture millénaire, vinrent s’y établir en grand nombre dès 565 avant notre ère.
Le pharaon Amasis avait en effet fondé une colonie grecque à Naucratis, où,
selon le récit de Socrate aux convives du Symposium de Platon, Hermès en
personne s’etait établi.
8 • Introduction
On perçoit d’ailleurs dans les traités hermétiques grecs le reflet des pensées
les plus profondes que l’on trouve dans les anciens ouvrages égyptiens. Ce
qui prouve bien la dette que doit la pensée hermétique grecque à l’antique
spéculation pharaonique. Pendant toute la période ptolémaïque, le mysticisme
égyptien s’allia au rationalisme grec ouvrant ainsi une nouvelle ère dans l’his-
toire de l’Antiquité.
Car malgré l’admiration que les Grecs vouaient à l’Egypte, les différences
fondamentales qui séparaient leurs modes de penser respectifs les empêchè-
rent toujours de véritablement comprendre les Égyptiens. C’est d’ailleurs pour-
quoi Hérodote devait déclarer que les Égyptiens avaient adopté des lois et des
coutumes contraires à celles des autres peuples. Afin de pouvoir concevoir les
conceptions religieuses et philosophiques des Égyptiens, les Grecs les tradui-
sirent dans les termes de leur propre logique, ce qui impliquait alors une inter-
prétation qui n’avait plus rien à voir avec la pensée égyptienne.
Est-il cependant possible de croire qu’aucun Grec (à l’exception possible
de Pythagore) n’ait été à même de comprendre les hiéroglyphes? Nous n’osons
pas répondre par l’affirmative, tandis que nombre de savants n’hésitent pas
à le certifier. Selon eux, les Grecs, s’étant basés sur des sources fragmentaires
ou incomplètes, croyaient que les hiéroglyphes n’avaient rien à voir avec le
langage profane mais qu’ils étaient au contraire l’expression allégorique d’un
savoir sacré. Au IIIe siècle de notre ère, Plotin, lui-même né en Égypte, se
demande si c’est en toute connaissance de cause ou par intuition que les Sages
Égyptiens avaient, pour parler de Philosophie, abandonne toute forme d’écri-
ture phonétique, donc toute forme discursive au profit d’images gravées dont
chacune exprime une vérité profonde (2).
Il faut cependant admettre que l’écriture hiéroglyphique au temps des deux
premières dynasties (vers 3000 - 2778 avant notre ère) avait déjà beaucoup
évolué et n’avait plus rien de commun avec « l’ancienne pictographie dont elle
était issue » car aux signes idéogrammes s’ajoutaient déjà les signes syllabi-
ques et alphabétiques. Si l’écriture égyptienne conserve encore ses idéogram-
mes archaïques « c’est sans doute, explique Pirenne, parce qu’ils étaient atta-
chés aux textes sacrés écrits dans une forme d’écriture plus ancienne, ce qui
ferait remonter à une très haute antiquité certains textes religieux. Les diffé-
rentes époques que l’on discerne dans les inscriptions des Pyramides prou-
vent en effet que les plus anciens textes sacrés sont antérieurs de très nom-
breux siècles à ceux dans lesquels s’exprime la cosmogonie solaire » (3).
Nous ne pouvons donc pas exclure que ce soit bien cette forme primitive
des hiéroglyphes à laquelle se réfère Plotin.
Commentant sa traduction latine de Plotin publiée en 1492, Marcile Ficin
écrivait :
« Notre façon de penser au “temps” est complexe et changeante. Par exem-
ple, “le temps passe rapidement”, “le temps tourne et s’arrête où il com-
mença”, “le temps enseigne la prudence”, “le temps donne et reprend”.
Tout cet ordre d’idées était compris par les Egyptiens en une seule image
lorsqu’ils dessinaient un serpent ailé mordant sa queue. Et il y a beaucoup
d’autres images du même genre décrites par Horus » (4).
En parlant d’Horus, Ficin voulait dire Horus Apollon, Horapollo (ou Hora-
pollon). C’est-à-dire l’auteur des Hieroglyphica, une œuvre en grec soi-disant
traduite d’un original égyptien. Un manuscrit des Hieroglyphica avait été décou-
vert en 1419 sur l’île grecque d’Andros par un moine florentin nommé Cris-
toforo Buondelmonti (5). Ce dernier l’ayant acheté pour Cosme de Médicis,
le manuscrit arriva finalement en 1422 à Florence, où il fit immédiatement
sensation. Car enfin les humanistes détenaient un ouvrage qui expliquait le
sens caché des mystérieux hiéroglyphes égyptiens. Malgré les nombreuses
imperfections de son texte, l’extraordinaire succès de ce livre influença non
Introduction • 9
Hiéroglyphes dessinés par Albrecht
Durer pour le manuscrit de Willibald
Pirckheimer traduit par Horapollo,
1514.
seulement la Renaissance mais encore l’opinion concernant les hiéroglyphes
pendant quatre siècles.
Le manuscrit commence par une introduction déclarant que l’original écrit
en « égyptien » par Horapollo de Nilopolis a été traduit en grec par Phihppos.
Bien qu’il soit presque impossible d’identifier avec certitude, soit l’auteur (6),
soit le traducteur, il semble pourtant qu’il fut composé entre le IVe et le
Ve siècle de notre ère (7).
L’ouvrage consiste en deux volumes dont le premier est divisé en 70 chapi-
tres, et le second en 119 chapitres. Chaque chapitre est consacré à un seul
hiéroglyphe. Les commentaires exposant la relation allégorique entre les hié-
roglyphes et leur signification sont pour la plupart fantaisistes, mais, étrange-
ment, il s’y mêle aussi un certain nombre de notions parfaitement exactes,
donc d’autant plus troublantes.
Il est très regrettable que l’on ne sache rien concernant les sources de l’auteur,
car il semble bien, malgré tout, qu’il ait été en contact avec la véritable tradi-
tion hiéroglyphique, du moins d’une façon superficielle, et qu’à l’époque la
connaissance de ce système était donc toujours bel et bien vivante (8).
Iversen explique d’ailleurs à ce propos que, si quelqu’un ignorant complè-
tement les principes de l’écriture hiéroglyphique interrogeait un égyptologue
moderne quant à la signification des différents signes composant une inscrip-
tion hiéroglyphique en ne montrant que les plus caractéristiques et les plus
voyants d’entre eux, il est fort possible que son impression générale quant à
leur nature ressemblerait fort à celle d’Horapollo (9).
Après avoir été maintes fois copié au cours du XVe siècle (10), le manuscrit
des Hieroglyphica fut imprimé pour la première fois à Venise par Aide (11)
en 1505.
Traduit successivement en Win, en français, en italien et en allemand, ce
meme ouvrage fut dans l’une ou l’autre de ces langues publié plus de vingt
fois au XVIe siècle.
Parmi les nombreuses copies manuscrites, de loin la plus intéressante est
celle de la traduction latine qu’entreprit à la demande expresse de l’empereur
Maximilien Ier l’humaniste de Nuremberg Willibald Pirckheimer. Cette tra-
duction, illustrée des dessins de son ami Albrecht Dürer, fut solennellement
remise par Pirckheimer à l’empereur de Linz en 1515. Redécouvert par l’his-
torien d’art autrichien Charles Giehlow à la Bibliothèque de Vienne à la fin
du siècle dernier, ce manusci it allait lui permettre de résoudre une fois pour
toutes l’énigme de l’F.hrenporte (1515) de Dürer, c’est-à-dire du gigantesque
Arc de Triomphe de Maximilien qui constitue la plus grande gravure sur bois
jamais créée. Ce monumental ensemble (que l’on peut admirer au départe-
ment des gravures et dessins du British Muséum à Londres) mesure 3 mètres 80
sur 3 mètres 22.
Au sommet du monument se trouve un panneau que Stabius, l’historiogra-
phe de l’empereur, décrit comme « un mystère en caractères sacrés égyptiens ».
Maximilien y est représenté sur son trône entouré de symboles tirés des illus-
trations faites par Dürer pour les Hieroglyphica d’Horapollo.
Nous allons maintenant suivre les directives de Wittkower et nous tourner
vers la traduction que fit Erwin Panofsky du texte allemand de Stabius, ainsi
que du texte latin de Pirckheimer, car elle va nous permettre de déchiffrer
cette image « hiéroglyphique » (les interpolations sont celles de Panofsky) :
« Maximilien (l’empereur lui même) — un prince (chien drapé d’une étole)
d’une grande piété (étoile au-dessus de la couronne impériale), très magna-
nime, puissant et courageux (lion), ennobli par une gloire éternelle et impé-
rissable (basilic sur la couronne impériale), descendant d'un ancien lignage
(la gerbe de papyrus sur laquelle il est assis), Empereur Romain (aigles bro-
dées sur la robe d’apparat), doué de tous les dons de la nature et possédant
10 • Introduction
L’Empereur Maximilien. Détail d’une
des parties de la gravure sur bois de
VArc de Triomphe de Maximilien
d’Albrecht Dürer, 1515.
art et savoir (rosée descendant du ciel) et maître d’une grande partie du globe
terrestre (serpent encerclant le sceptre) — Il a avec vertu guerrière et grande
discrétion (taureau) remporté une brillante victoire (faucon sur l’orbe) sur
le puissant Roi de France, et s’est par là protégé avec vigilance (grue levant
sa patte) des stratagèmes dudit ennemi ce qui avait été jugé impossible (pieds
marchant tous seuls sur l’eau) par toute l’humanité» (12).
L’inestimable mérite de la « méthode » d’Horapollo fut d’avoir stimulé les
forces créatrices d’une quantité d’artistes qui s’en inspirèrent afin d’inventer
à leur tour leurs propres « hiéroglyphes ».
La première œuvre littéraire dont l’iconographie révèle indéniablement
l’influence d’Horapollo s’intitule l’Hypnerotomachia Pohphui. Ce curieux roman
allégorique fut écrit en 1467 par un moine dominicain, Fra Francesco Colonna
(13), dans un italien mâtiné de latin. L’édition originale publiée par Aide à
Venise en 1499 est un chef-d’œuvre de typographie. Elle contient 192 magni-
fiques gravures sur bois qui contribuèrent grandement à son succès. Après
une seconde édition Aldine en 1545, cet ouvrage fut très librement traduit
en français. Devenu « le Songe de Poliphile », il fut publié trois fois de suite
(1546, 1553 et 1561) par Jacques Kerver à Paris où il connut un vif succès
et se répandit ainsi dans les pays de langue française. Enfin, en 1600, Fran-
çois Beroalde de Verville en fit une traduction améliorée qu’il publia à Paris
Introduction 11
Emblèmes d’Andréa Alciati,
Emblematum titrer, Augsbovrg 1531.
avec le titre suivant : Le Tableau des riches inventions couvertes du voile des fein-
tes amoureuses, qui sont représentées dans le Songe de Poliphile desvoilées des ombres
du songe et subtilement exposées par Beroalde (14).
Dans son introduction dédiée « aux Beaux Esprits qui arresteront leurs yeux
sur ces projets de plaisir sérieux » Béroalde de Verville souligne que :
«... Cet auteur suit la façon des Anciens : qui voiloient toute sorte de vérité
philosophique de certaines figures agréables qui attiroient les cœurs ou pour
les retenir à l’escorce de ce qui s’offroit, ou pour s’efforcer d’ouvrir ce qui
cachoit la beauté intérieure pour en jouyr, contentant ainsi le vulgaire et
satisfaisant aux désireux de perfection. Et pour ce que l’amour parfaict est
le bon juste et véhément désir que l’on a vers ce qui est excellent, Poliphile
a fondé son subiet sur les difïicultez d’amour, car il n’y a rien qui relève
plus l’esprit que des pensées amoureuses envers un objet de mérite. Mais
affin que je puisse un peu soulager et esclarcir ceux qui voudront entrer
en ce Songe, ou tout doit estre comme obscur pour ce que le Songeur dor-
moit, durât le reste des ténèbres, et que toujours les Songes sont imparfaicts,
je vous déduiray une partie de l’intention de l’Auteur, et de ce que peuvent
couvrir ces projets divers. Il estoit Philosophe spéculatif, d’un Esprit trans-
cendant, et plein de belles imaginations, relevees au-dessus du commun, ayant
au reste pour but le poinct final de la perfection désirable de la Lumière
des sages Mercurialistes, et cependant faisant voir combien il est accomply,
PoRcntts jic wtr utrosfaidiip peritoS,
Indicdt,ut rerwm copia main beet.
EX PA CE VBERm’
Grandibus ex/picts tenues contexe corollas,
qms areu alterna pctlmite uitis eut.
H1S compte Alcyonrs tranquilli m marmoris undi
Nidifiant pallos tnuolucreiq; fouent.
Lents ent Ccreri Bdccho quoq;firnhs annM,
Aequorei fi rex dlitts mftar er:t.
IN EOS Q.VJ SVPRAV1RFS
qmcqudmdudtni.
Dum fournit>dulcirecroît dam cor paru. romno,
Sub picea ZX clouam ceteraifi arma. teneu
Alcydcnpygmea mania prdfterncre letbo,
Pofii puât, rares non bene dottd /ùm.
Excitas ipfi- udut pu'n es fie prétérit hoslem,
Et [eut impllatum peüe leonisa<ÿt.
P R.INCEPS SVBDITOR.VMIN'
columMtem procurons.
TiMij quotits conturbdnt tqwrd frdtres
Tarn m feras iuu.i anchord idfiA tuudt.
tidnc puis ergd hommes Delphin compiechturimù
Tutuesutpofiît figier ilia uddis.
Qm.,i dec et hec membres ffftdre infignid reges,
Anchord q, ndults,fie populo eficfuo.
MVTVVM AVXIL-ÎVM
B 1
iz • Introduction
Inscription hiéroglyphique de
Francesco Colonna, Hypnerotomachia
Poliphili, Venise 1499.
Lequalcuetuftiffime&facrefcripttire penficulante.cufiio le interprétai.
EX LABORE DEO NATVRAE SACRIFIC A LIBER A
L1TER.PAVLATIM REDVCES ANIMVM DEOSVBIEz
CTVM.F1RMAMCVSTODIAM VITAETVAEMISERI
COR DIT ER G VBER N ANDO TENEB1T.INCOL V MEM
Q^ESERVABFE
et qu’une science pousse à l’autre, qui s’enchaisne avec toutes. Il paroit fort
peu estre Alquemiste, et ce n’est qu’au discours de sa lampe, et des filets
de soye, et du verre filé, mais tant secrettement que peu s’en faut qu’il soit
le secret mesme pour taire le secret. »
La passion pour les Emblemata ou Livres d’Emblèmes au XVIe siècle est la
conséquence directe de l’extraordinaire engouement pour les figures hiérogly-
phiques qu’avait attisé, smon provoqué, la vaste diffusion des Hieroglyphica
d’Horapollo.
Le terme grec « emblema » (pl. emblemata) désignait à l’origine les orne-
ments en relief des vases et boucliers ainsi que les merveilleuses peintures en
mosaïque réalisées, jusqu’au IIIe siècle de notre ère, avec des éléments d’une
extiême finesse aux formes irrégulières et aux couleurs vives.
Andrea Alciati (15) s’empara du terme pour désigner un nouveau genre lit-
téraire. Avec lui l’emblème devient alors un idéogramme allégorique, accom-
pagné de quelques vers latins, « la stanza », et d’un court « motto » exprimant
en quelque sorte la quintessence du tout. C’était pour ainsi dire une énigme
picturale, un « divertimento » que l’on s’amusait à déchiffrer. « L’invenzione »,
c’est-à-dire la trouvaille, revêt ainsi souvent le masque du « capriccio » ou caprice
qui dissimule alors parfaitement le sens ésotérique du symbole hermétique.
C’est donc l’ambiguïté de l’emblème qui le fit adopter avec enthousiasme par
les alchimistes comme nous allons d’ailleurs le voir.
Le premier des innombrables livres d’emblèmes, celui d’Andrea Alciati,
l’Emblematum Liber, déjà achevé en 1521, ne fut publié que dix ans plus tard
Hiéroglyphe de la Justice de Pierio
Valériane, Hieroglyphica, Bâle 1556.
Introduction ♦ 13
Emblème de J.J. Boissard3
Emblematum liber, Francfort 1593.
Page de titre de Uttiusque cosrni... historia
de Robert Fludd, Oppenheim 1617.
à Augsbourg en 1531, par Heinrich Steyner. Cet ouvrage qui lança la mode,
connut un extraordinaire succès et fut réimprimé pas moins de cent trente
fois entre 1532 et 1781.
La vogue s’installa bientôt en France avec la publication à Paris en 1539
du Théâtre des bons engins de Guillaume de La Perrière, suivie de près par
celle de l’Hecatomgraphie du savant libraire Gilles Corrozet (1540), tous deux
issus des presses de Denys Janot et assez semblables au point de vue du texte
et des illustrations. Dans sa dédicace à Marguerite de Navarre, Guillaume de
La Perrière, tout en vantant l’origine très ancienne des emblèmes, cite entre
autres les noms d’Horapollo, de Chaeremon, de Poliphile et d’Alciati.
A Bâle en 1556, parurent les Hieroglyphica de Pierio Valeriano (16), somme
de la symbolique où le sacré se mêle au profane, la plus haute antiquité aux
inventions contemporaines. De cette œuvre capitale écrite en latin, Cesare Ripa
tira son Iconologia qui fut publié en 1593. Ce manuel écrit en italien qui pro-
curait les moyens de concrétiser les abstractions sous forme sensible devint
rapidement la Bible des ateliers.
Entre-temps, le premier livre d’emblèmes anglais par Geoffroy Whitney,
A Choice of Emblems, avait été publié à Leyde en 1586. En 1593, le célèbre
graveur Théodore de Bry (17) publia à Francfort les Emblemaia de Jean-Jacques
Boissard (18) qu’il orna de superbes gravures. L’alchimiste Michael Maier (19)
étudia d’ailleurs soigneusement cet auteur qu’il cite au XIXe discours de son
Atalanta fugi ms. Toujours en 1593, Théodore de Bry, assisté de ses fils Jean
Théodore (20) et Jean Israël, publia un autre magnifique ouvrage d’emblèmes
orné de merveilleuses gravures intitulé Emblemata nobi itati...
Enfin, nous terminerons cette énumération avec un dernier ouvrage, égale-
ment une œuvre des de Bry, qui parut à Francfort en 1596. Il s’agit des Emble-
mata Sœadaria dont l’épître de dédicace condamne fermement la tendance
« regrettable » à l’obscénité qui s’affirmait pour des raisons commerciales dans
de nombreux livres d’emblèmes :
« Il est bien à regretter que certains afin de faire un gain honteux emploient
leurs dons pour inventer de subtiles et corrosives images et abusent aussi
de ce noble et louable art par la reproduction d’images honteuses séduisant
les cœurs simples et innocents et ainsi stimulant encore plus les gens per-
vertis à penser et à poursuivre leurs facéties comme s’il n’y avait pas assez
de fâcheux exemples quotidiens à voir et à ressentir» (21).
14 • Introduction
Emblème de Théodore de Bry,
Emblemata Nobilitati et Vulgo scitu,
Francfort 1593.
Les de Bry étaient des protestants originaires de Liège qui, ayant fui la répres-
sive domination catholique, s’étaient expatriés à Francfort, ville impériale libre,
en 1581. Leur prospère entreprise, à la fois maison d’édition et atelier de gra-
vure fut dirigée par Théodore de Bry it squ’à sa mort en 1598. Ses fils lui
ayant succédé, l’aîné, Jean-Théodore, ouvrit en 1610 une succursale à Oppen-
heim dans le Haut Palatinat, où il devait publier et graver de nombreux chefs-
d’œuvre hermétiques tels que VAtalanta fugiens de Maier et les œuvres remar-
quables de Robert Fludd.
Le cadet, Jean-Israël, avait, en 1607, épousé une veuve dont le fils, Lucas
Jennis, allait par la suite devenir le plus grand éditeur d’œuvres alchimiques
de son époque. Ainsi Jennis, dont nous ne savons hélas que trop peu de cho-
ses, faisait partie de la famille de Bry. Il semble avoir commencé sa brillante
carrière vers 1616 et, comme Jean-Théodore, son oncle par alliance, il aurait
aussi travaillé à Oppenheim (22), en même temps qu’à Francfort. Mais ces
deux éditeurs durent se replier à Francfort devant l’avance des armées de Spi-
nola qui envahirent le Palatinat en 1620.
En 1623, Jean-Théodore de Bry mourut à Francfort; comme il n’avait que
des filles et que son frère l’avait déjà précédé dans la tombe, en 1611, c’est
son talentueux gendre Matthâus Merian qui lui succéda à la tête de l’entre-
prise familiale (23).
Introduction • 15
Toutefois Merian continua à collaborer avec Lucas Jennis signant, par exem-
ple, les cuivres du Musaewn Hermeticum en 1625. Jennis, quant à lui, dispa-
rut vers 1643 et malgré le fait que d’innombrables traités hermétiques aient
été publiés après sa mort, aucun autre éditeur au XVIIe siècle ne se distingua
avec un tel brio (24).
* *
Un traité perdu sur les hiéroglyphes égyptiens, œuvre de Chaeremon
d’Alexandrie (25), précepteur de Néron, est cite par le poète-érudit byzantin
du XIIe siècle, Tzetzès (26), dans son commentaire sur l’Iliade.
Tzetzès affirme non seulement que le sens secret de l’Iliade est allégorique,
mais encore que la méthode employée par Homère est identique avec celle
de Chaeremon. Il en conclut donc qu’Homère en a été instruit par des études
hiéroglyphiques. Il semble d’ailleurs que ses idées ainsi que celles d’un cer-
tain nombre de ses contemporains aient été connues par Petrus Bonus ou Pie-
tro Bono, de Ferrare, qui en 1330 termina son célèbre traité alchimique inti-
tulé Pretiosa Margarita Novella dans lequel il déclare que le véritable but de
poètes tels que Virgile, Ovide et Homère, n’est autre que la transmission secrète
des arcanes de l’alchimie
« Et dans ces histoires et fables ils insérèrent de manière mystique, avec des
ornements de langage, cet art en tant que matière principale et cachée, afin
que leur propos secret ne se révélât qu’aux seuls qui en possèdent l’intelli-
gence. Car, comme nous l’avons dit, cette science avec toutes les choses qui
se peuvent dire et faire, est mystique. Mais certaines personnes qui vinrent
après eux, considérant la seule matière principale manifeste avec ses paroles
peintes, ornées et feintes, ou bien en la réduisant à l’expression métaphori-
que de l’éthique du corps et de l’âme humaine, mais en ignorant la princi-
pale matière cachée et vraie, exposèrent complètement leurs écrits et racon-
tèrent ces mêmes fables et d’autres semblables. Et ainsi successivement et
continuellement font les suivants. Et ils mendièrent faussement le nom de
poètes, puisque les poèmes, bien qu’ils soient fictifs, possèdent cependant
toujours une certaine vérité cachée et propre qui est fondamentale dans
l’esprit du poète, de telle sorte que seuls les sages peuvent tirer cette vérité
cachée des poèmes. Autrement en effet on ne pourrait les considérer ni comme
des poèmes ni comme des fictions, mais plutôt comme des sottises; et
en vérité tout poème et toute figure recouvrent une pluralité de significa-
tions. C’est pourquoi il a plu à certains de cacher et de dévoiler ce secret
dans des histoires et des fables, à d’autres dans des récits concernant les
dieux... » (27)
Le succès considérable de deux dialogues en italien sur le même thème publiés
à Venise en 1544 (28), La Espositione de Geber Philosopha et II Legno délia Vita
par Giovanni Bracesco du lorci Novi, inspira sans doute Aide à publier en
1546 l’édition originale abrégée et remaniée par Janus Lacinius Therapus, de
la Pretiosa Margarita Novella restée manuscrite pendant plus de deux siècles.
Bracesco par la voix de Geber s’adressant à un certain Demogorgon, ter-
mine un discours en lui disant : « ... Ces choses susdites ont été cachées par
les Anciens sous le voile de la fable poétique. » Demogorgon refuse de le croire
car d’après ce qu’il a lu de doctes sources, « ces fictions chimériques ont un
sens moral ». Geber rejette cette opinion qui appartient à ceux qui ne connais-
16 • Introduction
sent en rien l’alchimie et qui ne peuvent rien savoir, par conséquent, des inten-
tions des Anciens. Citant Albert le Grand (De nuneralibus, livre I, chapi-
tre 4) qui à son tour cite Empédocle, Geber tente d’expliquer l’histoire de
Pyrrha et de Deucalion en termes hermétiques. Peu convaincu, Demogorgon
rétorque qu’il ne lui semble pas que ce soit bien là ce que veut dire Albert.
Geber ignore cette objection et continue son explication que Demogorgon
trouve « plus obscure que le texte lui même ». Sans se laisser intimider, Geber
explique tour à tour l’histoire de Jupiter et de Ganyméde, celle de Dédale et
d’Icare, ainsi que la passion mutuelle de Mars et de Vénus. A ce stade, Demo-
gorgon déclare froidement : « Je crois qu’il s’agit là d’une de ces choses que
vous êtes bien le seul à comprendre. »
Imperturbable, Geber se lance alors dans un prolixe mais fascinant exposé
sur les mythes grecs et leur interprétation selon l’art d’Hermès. Demogorgon
hésite avant de déclarer son admiration pour les ingénieuses interprétations
de Geber; mais il doute cependant que telle ait été l’intention originale des
Anciens. A cela, Geber lui répond calmement :
« Quand vous aurez compris la pratique de cet Art et que vous serez ainsi
l’un de nos fils, vous connaîtrez alors cette vérité; et si vous ne niez pas
l’opinion des anciens sages, qui est, comme je vous l’ai dit, que tout métal
se trouve dans tout métal comme je l’ai déjà expliqué, vous ne pourrez plus
nier que tel ait été le sens véi itable et la vraie intention des poètes antiques
concernant les fables poétiques, puisqu’ils ont de toutes les manières possi-
bles caché cette science; et que de nombreux sages disent que dans ces fables
poétiques les Anciens ont caché les secrets de la Nature... »
Il multiplie encore les exemples jusqu’à ce qu’enfin Demogorgon capitule,
se déclarant dès lors reconnaissant et résolu, grâce aux explications de Geber,
à rechercher le véritable sens de toutes les fictions poétiques. Geber, vers la
fin de l’ouvrage, déclare encore :
« Les Anciens dissimulaient les secrets de la nature non seulement dans leurs
écrits, mais aussi dans des tableaux variés, des caractères, des chiffres, des
monstres et autres animaux diversement dépeints et transformés; et à l’inté-
rieur de leurs palais et de leurs temples, ils peignaient ces fables poétiques,
les planètes et les signes célestes, avec beaucoup d’autres signes, monstres
et animaux : et ils n’étaient compris de personne, sauf de ceux qui connais-
saient ces secrets... »
En 1602, dans son De veritate et anùquitate artis chemicae, Robertus Vallen-
sis amplifie ce même passage auquel il ajoute édifices et monuments tels que
l’Arche de Nicolas Flamel et le Labyrinthe.
Ainsi les alchimistes en arrivèrent-ils à inclure chaque mythe classique, cha-
que ancienne fable ou conte, et chaque figure allégorique, emblème, symbole
ou « hiéroglyphe » en un vaste et complexe système aux correspondances mul-
tiples qui constitue un formidable défi initiatique pour tout néophyte rêvant
de devenir Fils de Science.
Michael Maier (qui cite d’ailleurs Bracesco et Vallensis dans sa préface) fut
le premier à publier une étude globale de ce système dans un traité consacré
entièrement à l’interprétation hermétique des mythes grecs et égyptiens, des
hiéroglyphes, du bestiaire, de la guerre de Troie et de l’Odyssée d’Ulysse. Il
s’agit des Arcana Arcanissima, hoc est Hieroglyphica Ætgpptiograeca, le premier
ouvrage de Maier qui parut à Londres en 1614 (29).
Au XVIIIe siècle cet ouvrage tout entier servit de « canevas » au savant béné-
dictin Dom Antoine-Joseph Pernety (30) pour la composition de ses Fables
Egyptiennes et Grecques Dévoilées et réduites au même principe, avec une explica-
tion des Hiéroglyphes et de la Guerre de Troye (Paris 1786). Dans ce texte Per-
nety admet franchement l’immense dette qu’il doit à Maier :
Introduction 17
« J’ai lu avec attention plusieurs des traités de Michel Majer, & ils m’ont
été d’un si grand secours que celui qui a pour titre Arcana Arcanissima a
servi de canevas à mon ouvrage, au moins pour sa distribution, car je n’ai
pas toujours suivi ses idées » (31).
L’année suivante, Pernety publiait, à Paris également, son très utile Dic-
tionnaire Mytho-Hermétique. On retrouve dans ses deux ouvrages toutes les
considérations traditionnelles concernant à la fois la mythologie, les emblè-
mes et les hiéroglyphes :
« Les Anciens employaient communément les fables, et celles des Égyptiens
et des Grecs n’ont été inventées qu’en vue du Grand Œuvre, si nous en
croyons les Philosophes qui les ont souvent rappelées dans leurs ouvrages.
C’est en suivant leurs idées que je les ai expliquées dans le Traité que j’ai
donné au Public, sous le titre de : Les Fables Egyptiennes et Grecques Dévoilées.
Quelques Philosophes ont employé un langage muet pour parler aux yeux
de l’esprit. Ils ont présenté par des symboles et hiéroglyphes à la manière
des Égyptiens, tant les matières requises pour l’Œuvre que leur prépara-
tion et souvent jusqu’aux signes démonstratifs, ou les couleurs qui survien-
nent à cette matière pendant le cours des opérations : parce que c’est à ces
signes que l’Artiste connaît s’il a bien ou mal opéré. Plusieurs Philosophes
ont joint un discours à ces hiéroglyphes; mais cette explication apparente
est toujours aussi difficile à entendre que le symbole même, souvent davan-
tage. Tels sont ceux de Nicolas Flamel, de Senior, de Basile Valentin, ceux
de Michel Majer, quoique d’Espagnet dise que ces derniers sont comme des
espèces de lunettes qui nous découvrent assez clairement la vérité que les
Philosophes ont cachée » (32).
Cette vérité que l’investigateur de science doit rechercher est si bien cachée
qu’il aura souvent l’occasion de désespérer. Non seulement la diversité des
auteurs est immense mais ils emploient une multitude de termes pour dési-
gner la même chose et réciproquement, ils emploient le même terme pour dési
gner une multitude de choses (33). C'est bien entendu le cas de l’omniprésent
« Mercure », terme analogique s’il en est un et d’autant plus trompeur. Si les
Philosophes affirment en effet que tout l’Œuvre se trouve dans le Mercure
auquel ils attribuent l’hiéroglyphe du serpent Ouroboros dévorant sa queue;
s’ils affirment encore que ce même Mercure commence, continue, et achève
l’Œuvre dont il est le moteur, il faut cependant savoir que ce Mercure est
triple, comme Hermès ou Mercure Trismégiste. C’est tout d’abord l’écailleux
dragon ailé ou mercure volatil, « produit de la purification superficielle du
sujet ». C’est ensuite le serpent aptère « hiéroglyphe du mercure commun, pur
et mondé, extrait du corps de la Magnésie ou matière première ». Véritable
vitalité cachée du minéral brut, cet agent « vivant » et vivifiant rend la vie au
soufre des métaux morts C’est enfin la Sirène, ou la Chimère, issue de l’alliance
du soufre et du mercure principes, qui n’est autre que le mercure philoso-
phique, lequel possède alors toutes les facultés requises pour devenir, comme
le dit Fulcanelli : « le fameux bélier à toison d’or, notre Élixir et notre
Pierre » (34).
Comme la nature résolument ésotérique de l’alchimie en interdit toute appro-
che véritablement fructueuse par les moyens conventionnels d’mvestigation
qui sont à la disposition de l’historien : les études critiques qui lui sont consa-
crées, bien qu’au demeurant fort intéressantes, se montrent trop souvent déce-
vantes de par l’incapacité totale que démontrent leurs auteurs lorsqu’il s’agit
d’interpréter le langage, toujours voilé, des Sages. Quelles que soient les qua-
lifications académiques d’un auteur, elles ne pourront jamais, sans une nou-
velle longue et patiente étude préalable, lui permettre d’appréhender les
sublimes secrets de cette noble et antique science dont les ignorants diplômés
se moquent à tort.
18 • Introduction
S’il veut devenir fils de science, fils de l’art ou encore fils d’Hermès, le
néophyte devra rester sourd aux stupides préjugés afin d’acquérir par la lec-
ture et l’étude assidue des meilleurs auteurs la solide base théorique qui est
absolument indispensable Nous ne pourrions lui donner de meilleur conseil
que de lire et relire souvent les deux ouvrages de Fulcanelli ainsi que tous
ceux de notre cher Canseliet dont l’aide nous fut si précieuse et auquel nous
vouons une éternelle reconnaissance.
Bien entendu, la théorie seule ne suffit pas, ainsi que l’écrit Maier : « Comme
le disent les Philosophes l’un ne va pas sans l’autre. Un esprit aigu ne suffit
pas sans travail manuel, ni celui-ci sans celui-là, de sorte que ni théorie sans
pratique et vice versa » (35).
Pour conclure nous ajouterons qu’il ne faut jamais perdre de vue le fait que
la Pierre Philosophale, but sublime de l’Œuvre, est une réalisation à la fois
matérielle et spirituelle. L’on peut en effet dire que son élaboration se résume
à merveille par l’axiome hermétique Salve et Coagula, et que l’Œuvre
consiste en une série de dissolutions semblables quant à leurs techniques mais
différentes quant à leur but. Il faut donc dissoudre le corps et coaguler l’esprit.
La purification par la dissolution du Sujet des Sages lui confère une qualité
magnétique toute particulière qui lui permet d’attirer le mystérieux dynamisme
céleste que l’on pourrait appeler l’Esprit du Printemps. C’est alors que la
matière « incorpore » l’esprit qui lui confère d’extraordinaires qualités.
Ainsi une spiritualisation de la matière précède une matérialisation de l’esprit,
c’est alors seulement que la Pierre des Philosophes devient véritablement la
Pierre Philosophale.
Introduction • 19
NOTES DE L’INTRODUCTION
1 Le choix de ce titre nous a été inspiré par ceux des
livres de Michael Maier. En latin il se lirait donc ainsi :
Lusus aureus : hoc est tractatus m quo tamen tota Philoso-
phia hermetica et Sapientia veterum Philosophorum figuris
hieroglyphïcis depingitur. Solis filvs actis dedicatus.
2 Plotinus, The Enneads, tr. Stephen Mc Kenna, 4th ed.
Londres, 1969, V.8.6., p. 427.
3 Jacques Pirenne, HLtoire de la Civilisation de l’Egypte
Ancienne. Neuchâtel et Paris, 1961, Vol. I, p. 102.
4 Voir Maurice Pope, The Story of Decipherment, Front
Egyptian hieroglyphic to I tnear B. Londres, 1975, p. 21.
Le serpent ailé mordant sa queue est bien l’Ouroboros,
un symbole aux applications hermétiques variées.
5 Cristoforo Buondelmonti (1380-1430). Ce moine éru-
dit, qui s’était établi à Rhodes en 1408, fut le premier
Européen qui dressa la topographie des îles grecques et
en fit une étude complète. Il écrivit en 1420 son Liber
insularum archipelagt qui ne fut jamais imprimé, mais dont
on possède diverses copies manuscrites datant du XVe et
du XVI' siècles.
6 II y eut bien un Horapollo — Orus Apollo — ou Hora-
pollon de Phaenebythis dans le nome de Panapolis en
Haute-Égypte, qui vécut au V' siècle de notre ère.
D’après Suidas, il fut l’auteur de commentaires sur Sopho-
cle, Alcaeus et Homère et d’un ouvrage intitulé Teme-
nica sur les lieux consacrés. Photius le qualifie également
de dramaturge et lui attribue une histoire d’Alexandrie.
7 Voir Parthey : « Horapollo von der Hieroglyphen »,
Monatsschrift der preuss. Akad der Wissenschaften zu Ber-
lin, 1871, p. 10.
8 Les inscriptions hiéroglyphiques étaient encore cou-
rantes un siècle ou deux plus tôt, sous le règne de Dio-
clétien (248-305 après J.-C.), tandis que la dernière que
l’on connaisse date d’août 394. Ce qui bien évidemment
ne veut pas dire que la science sacrée et secrète des scri-
bes ait alors disparu. Il semble au contraire qu’elle ait
été conservée par les prêtres d’Isis qui ne furent finale-
ment expulsés de leurs vénérables sanctuaires que sous
le régne de Justinien, en 535, c’est-à-dire au VIe siècle de
notre ère.
9 Iversen. The Myth of Egypt and its Hiéroglyphe in Euro-
pean Tradition. Copenhague, 1961, note 33, p. 151.
10 Sur la douzaine de manuscrits que l’on a conservés
des Hieroglyphica, neuf d’entre eux datent du XV' siècle.
11 Aldo Manuzio l’Ancien (1450-1515). Imprimeur-
éditeur vénitien, plus connu sous son nom latin Aldus
Manutius ou encore Aldus tout simplement (en français
Aide). Les éditions Aldines constituent un exemple uni-
que dans les annales de l’imprimerie. Personne n’avait
auparavant utilisé d’aussi beaux caractères grecs, dont
il avait fabriqué neuf sortes différentes, tandis qu’il
ne possédait pas moins de quatorze jeux de caractères
latins. C’est à lui et au graveur Francesco de Bologna que
nous devons les caractères que les Italiens appellent
« corsivi » et que nous appelions en français « itali-
ques », qui furent utilisés pour la première fois dans ses
éditions in-octavo des classiques modernes et anciens dont
la première (celle de Virgile) date de 1501. Les impres-
sions d’Alde sur parchemin sont superbes, ce fut lui qui
initia la coutume de faire quelques tirages sur papier plus
fin ou plus fort que le reste de l’édition. Son Epistolae
graecae (1499) en présente le premier exemple. Les pres-
ses Aldines exercèrent leur activité pendant une centaine
d’années, au cours desquelles 908 ouvrages différents
furent impr imés. Leur emblème était une ancre enlacée
par un dauphin accompagné de la devise Festina lente
(Hâte-toi lentement).
12 Erwin Panofsky, Albrecht Durer. Princeton N.J.,
1943, p. 177. Cité par E.H. Wittkower, Allegory and the
Migration of Symbols. Londres et New York 1977,
pp. 123-125. « Le chien avec l’étole » qui signifie égale-
ment un juge, devrait donc, selon nous, être traduit par
« un prince au jugement excellent ».
13 Fra Francesco Colonna. Ce moine dominicain, huma-
niste, né à Trévise en 1433, mourut à Venise en 1527.
Il enseigna la rhétorique à Trévise.
14 François Béroalde de Verville, né à Paris en 1556,
était le fils d’un théologien protestant de Genève. Il renia
le Calvinisme vers 1585 et en 1593 devint chanoine de
Saint-Gatien à Tours. Il étudia toutes les sciences con-
nues et écrivit entre autres Les Aventures de Floride
(1593-1601), Les Amours d’Aesionne (1597), La Pucelle
d’Orléans (1599) et Le Voyage des Princes Fortunes; (1610).
Le seul ouvrage pour lequel il est encore connu est Le
Moyen de parvenir (1610). Son style rappelle agréablement
celui de Rabelais.
15 Andrea Alciati (né à Alzate près de Côme en 1492,
mort à Pavie en 1550). Juriste italien et humaniste. Il
enseigna le droit en France et en Italie et fut l’un des fon-
dateurs de la méthode scientifique de jurisprudence. Ses
célèbres Emblemata furent dédiés au Conseiller Impérial
Konrad Peutinger, qui avait découvert en Grèce un autre
manuscrit des Hieroglyphica d’Horapollo que Trebatius
20 • Introduction
avait traduit en latin en 1515. Cette traduction avait éga-
lement été dédiée à Peutinger.
16 Le vrai nom de Pierio Valeriano était Giovan Pictro
delle Fosse. Il était né à Belluno en 1477. Son oncle Fra
Urbano Valerio Bolzanio qui fut à la fois l’am1 de Fra
Francesco Colonna et le précepteur de Giovann. de Médi-
cis (le futur pape Léon X), l’intéressa à l’étude des hié-
roglyphes, qui devint la passion prédominante de sa vie.
L’un de ses précepteurs, l’érudit Marcantonio Sabellico,
fut si enchante par l’intelligence de son élève qu’il trans-
forma son nom en Pierio faisant ainsi allusion aux Piéri-
des (un autre nom désignant les Muses). Pierio devint le
tuteur d'Hippolyte et d’Alexandre de Médicis et i' fut
nommé camérier secret de Léon X. En 1537, il entra dans
les ordres mais refusa deux évêchés pour pouvoir pour-
suivre ses études.
17 Théodore de Bry (né à Liège en 1528, mort à Franc-
fort le 27 mars 1598) était très connu comme graveur mais
il fut aussi orfèvre, il inventa des pendules, fit des médail-
les et grava des timbres. Lors d’un séjour à Londres en
1587, il grava la célèbre Procession des Chevaliers de la
Jarretière sous la Reine Elizabeth (12 planches d’après
Marcus Gheeraerts) et Les Funérailles de Sir Philip
Sidney (34 planches d’après Thomas Tant). C’est aussi
en Angleterre qu’il put acquérir grâce au géographe
Richard Hakluyt, une série de dessins — conservée actuel-
lement au British Muséum — que John White avait exé-
cutés en Virginie lors d’une expédition organisée par Sir
Walter Raleigh (1585-1596). Il obtint également les cro-
quis de Floride réalisés par Jacques Le Moyne pendant
l’expéd .tion Laudonmère (1563-1565). Cet ensemble de
documentation allait inspirer la composition de cette
extraordinaire archive de découvertes et de voyages que
constituent les Collectiones peregrinat'onum m Indiam
orientalem et occidentalem que Théodore de Bry commença
avec l’aide de ses fils à Francfort en 1590.
18 Jean-Jacques Boissard (né à Besançon en 1528, mort
à Metz en 1602) était un archéologue, antiquaire fran-
çais qui voyagea beaucoup en Grèce et en Italie. Il a laissé
d’autres œuvres parmi lesquelles : Habitus variarum orbis
gentium (1580) et Romanae urbis topographia et antiqui-
tates (1597-1602).
19 Pour Michael Maier, voir page 59 et suivantes.
20 Jean Théodore de Bry (né à Liège en 1561, mort à
Francfort en 1623). Fils aîné de Théodore de Bry, il fut
formé par son père mais bientôt son immense talent lui
permit de surpasser son maître. Devenu chef de l’entre-
prise de Bry en 1598, il la dirigea pendant vingt-cinq ans.
Son œuvre magistrale dont les emblèmes d'Atalanta
fugiens a souvent été à tort attribuée à son talentueux gen-
dre Matthâus Merian.
21 « Dann es ist wol zu beklagen dasz etliche um
schaendlichen Gewins willen beydes ihre Gaben subtile
scharpffsinnige Anbildungen zu erfinden und auch diese
edle lœbliche Kunst also schaendlich mizbrauchen dasz
sie durch Abrisz schaendhcher Gemaelden die einfaelti-
gen und unschuldigen Herzen verfuehren und hiermit
lose Leute noch mehr bewegen ihren Bubenstuecken nach
zu dencken und nach zu haengen gleichsam alsz ob nicht
genug aegerlicher Exempel taglich gesehen und gespue-
ret wuerden. »
22 Oppenheim, opportunément proche de Francfort,
était une ville calviniste, comme les autres villes du Pala-
tinat, de là son attrait pour Jean Théodore de Bry et Lucas
Jennis. L’ouverture de la succursale de Bry à Oppenheim
en 1610 coïncide avec l’accession de Frédéric V, futur
roi de Bohême, à la dignité d’Electeur palatin.
23 Matthâus Merian (PAncien) (né à Bâle en 1593, mort
à Francfort en 1650). En 1609, à l’âge de seize ans, ce
peintre-graveur de talent fut l’apprenti du peinti e-graveur
Dietrich Meyer à Zurich. En 1613, il se rendit à Nancy
puis à Paris, afin de continuer ses études. En 1616, il est'
à Stuttgart puis aux Pays- Bas. En 1618, il épouse à Franc-
fort Maria Magdalena de Bry, l’aînée des trois filles de
Jean Théodore de Bry. Il travaille alors pour son beau-
père ainsi que pour Lucas Jennis, avant de retourner à
Bâle au début de la guerre de Trente Ans. Ayant hérité
de la direction de la maison de Bry en 1623, il termine,
en 1624, les Collectiones peregrinationum in Indtan orien-
talem et occidentalem qu’avaient commencé Théodore de
Bry et ses fils en 1590. A part les nombreuses gravures
hermétiques reproduites dans le présent ouvrage. Merian
illustra aussi la Bible. En 1635, il commença la série Thea-
trum Europaeum et en 1642 il publia la Topographia de
Martin Zeiller dont il exécuta les planches avec l’aide de
ses fils Matthâus le Jeune et Caspar Merian. L’une de
ses dernières œuvres est une Danse de la Mort (1649) La
maison d’édition de Bry resta aux mains de sa famille
jusqu’en 1726, date à laquelle elle fut, hélas, la proie d’un
gigantesque incendie.
24 On peut citer à propos de Lucas Jennis les deux char-
mants poèmes latins, l’un sous forme d’anagramme,
l’autre sous forme d’dcrostiche, que lui adressa dans le
Viridarium Chymicum (1624) le jeune Bohémien Daniel
Stolcius de Stolcenberg.
ANAGRAMMA
LUCAS JENNIS
LUCINA SENIS
Parlurbus auxdium quandam Lucina ferebat
Infans ut nitidis surgeret auspiciis.
Tu senis Hermetis doctissima scripta requiris,
Ut videant lucem nomine req : juvas.
Diceris inde Senis merito Lucina Parentis,
Perge modo, felix vive, valeq; diu.
Introduction 21
ACROSTICHIS
Ad Ornatissimum Dominum LUCAM IENNISSIUM
de Clariss. Dr DANIELE STOLCIO c.
Lumine flamminomi perfusa ut Cynthia Phoeb I
V ivificat LUCA, cunsta caloris op E :
C laret luce Sophos, inter sic STOLCIUS ome N
A nne? tenet gravium dicta sécréta Sophw N
S criptores multos Chymicae quia provehis art I.
Hinc Tibi Lux surget gloria, major hono S.
25 Chaeremon d’Alexandrie (Ier siècle de notre ère). Ce
philosophe stoïcien et grammairien était le directeur de
la partie de la Bibliothèque d’Alexandrie conservée dans
le temple de Sérapis; en tant que conservateur et inter-
prète des livres sacrés (hicrogrammateus ou scribe sacré),
il appartenait aux plus hauts rangs du clergé. En l’an 49,
il fut convoqué à Rome pour y devenir le précepteur du
jeune Néron. Il fut en outre l’auteur d’une histoire
d’Égypte, d’ouvrages sur les comètes, sur l’astrologie et
les hiéroglyphes égyptiens, ainsi que d’une grammaire.
Chaeremon fut le chef du parti qui expliquait le système
religieux égyptien comme une simple allégorie du culte
de la nature. L’intention de ses ouvrages n’était pas de
représenter les idées de ses contemporains égyptiens ; leur
principal objet était plutôt de décrire le caractère sacré
et les secrets symboliques de l’ancienne Égypte.
26 Jean Tzetzès (vers 1110-1180). Grammairien et poète
byzantin. Ses œuvres comprennent un long poeme didac-
tique, Le Livre des Histoires, connu sous le nom de
Chiliades de par sa division arbitraire en 13 livres de
mille lignes chacun, une impressionnante compilation de
connaissances littéraires, historiques, religieuses et archéo-
logiques qu’il republia en prose et en vers. Parmi ses
autres œuvres, on trouve des allégories de Y Ili ade et de
YOdvssée, ainsi que des commentaires sur Hésiode et Aris-
tophane. Beaucoup de détails sur sa vie et son époque
peuvent être puisés dans ses œuvres, car Tzetzès aimait
parler de lui-même.
27 Pretiosa Margarita Novella, Ed. Manget in Biblw-
theca Chimica curiosa... Genève, 1702, pages 42-43. Voir
aussi : C. Crisciani, « The conception of alchemy as
expressed in the Pretiosa Margarita Novella of Petrus
Bonus ofFerrara », Ambir XX (1973), pp. 165-181. Sur
Petrus Bonus lui-même rien de précis. Voir aussi con-
cernant toute cette question l’admirable introduction de
Sylvain Matton dans la réédition des Fables Egyptiennes
et Grecques... de Pernety faites par les Éditions de la Table
d’Émeraude, Paris 1982.
28 La Espost'ione di Geber Philosopha di misser Giovanni
Bracesco da lorci novi, nella quale si dichiarano molti nobi-
lissimi secreti, délia natura. Con Privilégia del Somma Pon-
tefice, Paulo III & Délia illustriss. Senato veneto, per anni
diece. In Vtnetia Appresso Gabriel Griolito de Ferrarii,
MDXLIIII, p. 42 et suivantes. Voir aussi p. 77, Il Legno
délia Vita, ‘Gli antichi sotto le favole poetice hanno occul-
tato questa scientia & hanno parlato per similitudine. »
29 Cet ouvrage ayant paru sans lieu ni date, on a sup-
posé à tort qu’il avait été imprimé à Oppenheim. Cepen-
dant, comme nous l’avions longtemps soupçonné, cet
ouvrage a bien été publié à Londres, ce que confirme un
catalogue contemporain de la Foire du Livre à Francfort.
Voir les détails page 60.
30 Antoine-Joseph Pernety (né à Roanne en 1716, mort
à Avignon en 179t>). Ce religieux bénédictin érudit devint
en 1763 l’aumônier du célèbre Bougainville avec lequel
il participera à l’essai de colonisation raté des îles Maloui-
nes en 1764. Cinq ans plus tard, il publiera d’ailleurs le
récit de ces aventures dans son Journal du Voyage fait aux
îles Malouines 1769. Lors de la publication des Fables et
du Dictionnaire Mytho-Hermétique, Pernety appartient à
la Congrégation de Saint-Maur. Il devint ensuite biblio-
thécaire du roi de Prusse Frédéric II et ayant quitté les
ordres devint membre de l’Académie de Berlin. Disciple
de Swedenborg et martiniste enthousiaste, il fonda à Avi-
gnon une secte illuministe.
31 Op. cit., Tome I, p. 243.
32 Dictionnaire Mytho-Hermétique dans lequel on trouve
les allégories fabuleuses des poètes, les métaphores, les énig-
mes et les termes barbares des philosophes hermétiques expli-
qués par Dom Antoine Joseph Pernety, Religieux Bénédic-
tin de la Congrégaticn de Saint-Maur. A Paris chez Dela-
lain l’aîné, Libraire rue Saint-Jacques, N° 240
M.DCC.LXXXVII, avec approbation et privilège du Roi.
Voir article : Langage.
33 Cf. Michael Maier, Atalanta fugiens, Discursus XL
p. 54 : « Tanta est authorum in scribendo diversitas, ut
fere inquisitores veritatis de artis fine invemendo despe-
rent. Cum enim per se allegorici sermones sint captu dif-
ficiles & multorum errorum causae, tum imprimis, si
vocabula rebus diversis eadem & iisdem diversa
applicentur. »
34 Voir Fulcanelli, Les Demeures Philosophales, Troi-
sième édition, Tome II, p. 203.
35 « At philosophi unum absque alio non sufficere
dicunt, ingenium acutum absq; manuum labore, aut hune
absq; illo, ut nec theoriam absque praxi & vice versa. »
Atalanta Fugiens, Discursus XI, p. 54.
22 • Introduction
PLANCHES
ET COMMENTAIRES
"WAS HELFFEN FAKELN L1CHT
ODER BRLLN,
SO DIE LEV1 NICHT SEHEN
WOLLEN .
AVERTISSEMENT
Précédant les planches on trouvera successivement le titre complet de l’ouvrage
contenant la ou les gravures reproduites, les indications bibliographiques s’y
rapportant, une brève notice biographique concernant son auteur ainsi que
le nom du graveur lorsque celui-ci a pu être identifié.
Les planches sont suivies de commentaires alchimiques écrits avec le sou-
hai’ qu’ils puissent quelque peu aider à élucider le sens subtilement voilé de
ces emblèmes hermétiques.
Il est cependant certain que nous n’avons pas essayé de répondre à toutes
les questions, ce qui, vu la complexité d’un sujet qui ne peut pas être compris
sans préparation, serait pratiquement impossible.
« La clef de la compréhension du symbolisme alchimique est l’analogie natu-
relle mais c’est la science la plus difficile pour un ignorant ! » s’exclame l’auteur
anonyme de la Pratique des Lumières Nos commentaires dirigés par l’esprit
de la Tradition Hermétique ne sont donc que des « indications » destinées à
diriger le lecteur, futur fils de l’art, vers ses propres découvertes.
Par conséquent, nos frères en Hermès ont toute licence de les amender à
leur guise, car aucune « explication » ne saurait être autre chose qu’une allu-
sion. Chaque composition symbolique contient, en effet, des vérités ineffa-
bles qui par la vue de ceux qui regardent et voient sont semées dans les esprits
afin d’y fleurir comme fleurs de l’intelligence et d’y mûrir comme fruits de
la Sagesse.
La véritable connaissance de cet Art Secret étant un Don de Dieu qui sou-
dain illumine l’âme imprégnée de Beauté.
24 • Author's Note
François Béroalde
de Verville
Le Tableau des riches inventions
1600
Le Tableau des riches inventions couvertes du voile des feintes amoureuses,
qui sont représentées dans le Songe de Pohphile. Desvoilees des ombres du
Songe, & subtilement exposees par Beroalde. A Paris. Chez Matthieu Guil-
lemot, au Palais, en la gallerie des prisonniers. Avec privilège du Roy. 1600.
Pour Béroalde, voir note 14, p.20. La gra-
vure qui ne porte pas de signature serait
selon les uns l’œuvre de Thomas Le Leu,
gendre du peintre Antoine Caron, ou selon
les autres (nous-même inclus) celle de Léo-
nard Gaulthier.
François Béroalde
de Verville
Le Voyage des princes fortunes
1610
L’Histoire véritable ou le Voyage des princes fortunez divisée en IIII entre-
prises. Par Beroalde de Verville. A Paris, chez Pierre Chevalier, au mont
Saint Hilaire. M.D.C.X. Avec Privilège du Roy.
Le graveur Léonard Gaulthier, qui grava en
1610 le frontispice du Voyage des princes for-
tunez, naquit à Mayence en 1561. Il vint
dans sa jeunesse à Paris où il devint rapide-
ment célèbre travaillant exclusivement sur
cuivre, un moyen qu’il maîtrisait avec suc-
cès. Il fut le graveur de trois rois successifs,
Henri III, Henri IV et Louis XIII, dont il
exécuta de nombreux portraits. Il est aussi
connu pour des portraits de Marie de
Médicis et de divers grands seigneurs du
Royaume. Il mourut à Paris en 1641.
Le Tableau; Le Voyage 25
26 • BEROALDE DE VERVILLB
Le Tableau; Le Voyage 27
1 Le Tableau des riches inventions. L’Aigle est le symbole
du Mercure Philosophique, le Principe Volatil liant le
ciel et la terre. Le Lion est le Soufre des Sages, le Prin-
cipe Fixe. Ses quatre pattes sont sectionnées pour indi-
quer la répétition d’une double opération résumée par
l’axiome alchimique Solve et Coagula (« Dissous le Fixe
et Coagule le Volatil »). La première rencontre violente
de ces natures à la fois antagonistes et complémentaires
est symbolisée par le combat des deux Dragons (l’un ailé
et l’autre aptère). L’harmonieux dénouement final de leur
lutte à mort est exprimé par l’entrelacement de leurs
queues. L’arbre enflammé, équivalent symbolique du
Phénix, indique la nature régénératrice de l’Œuvre
alchimique.
Le médaillon central révèle l’action du Feu sur la
semence des métaux, déterminant leur degré de perfec-
tion. Exactement au centre, se trouve cette espèce de
Terre métallique que les Philosophes appellent « notre
Pierre », renfermant Soufre et Mercure des Sages. De ce
corps est extrait le Mercure Philosophique, d’ou surgit
l’Arbre de Vie sur lequel est perché l’Aigle - mainte-
nant révélé sous sa seconde apparence symbolique, celle
du Phénix - toujours représente comme un aigle au plu-
mage rouge et or -, tenant dans ses serres la corne
d’Amalthée (la corne d’abondance, un attribut caracté-
ristique de la Pierre Philosophale).
Le fabuleux Phénix, selon les Histoires d’Hérodote
(II, 13), se rendait tous les cinq cents ans d’Arabie à Hélio-
polis en Egypte. Il construisait un œuf de myrrhe aussi
gros qu’il le pouvait; l’ayant évidé il plaçait son père
dedans, le scellant hermétiquement. L’œuf alors, par mira-
cle, pesait le même poids qu’avant. Sa fin approchant,
il se construisait un nid auquel il conférait un pouvoir
régénérateur de sorte qu’après sa mort renaîtrait un nou-
veau Phénix. Dès que ce dernier avait grandi, il se ren-
dait à son tour à Iléliopolis, brûlait et enterrait le corps
de son père dans le temple d’Hélios (Tacite, Annales VI,
34). Un autre récit décrit comment le Phénix, ayant atteint
un grand âge, se consuma sur un bûcher (Lucian, De
Mort per. 27; Philostr. Apollon, III, 49). D’autres encore
prétendent que lorsqu’il mourut, un ver se glissa hors de
son corps et sous l’action du soleil se transforma en nou-
veau Phénix (Pline X, 4.i). Une autre variante de la même
histoire utilisée par les Philosophes Hermétiques et tirée
des Métamorphoses d’Ovide (XV, 392-407), rapporte
qu’après cinq cents ans d’existence, le Phénix se bâtit lui-
même un bûcher fait d'épices, s’installa dessus et mou-
rut. Il surgit du corps calciné et, reprenant une nouvelle
vie, enveloppa les cendres de son ancien corps dans de
la myrrhe et les transporta à Héliopohs.
Un autre symbole de Dissolution et de Fixation est celui
du patriarche, tenant la Lune entre ses dents, un livre
ouvert dans les mains et le Soleil à ses pieds. Le Dragon
en flammes au-dessus de lui est la Matière brute nageant
sur les eaux de la transformation. La souche d’arbre est
une substance métallique « morte » qui peut être revivi-
fiée par les eaux dissoutes de la Fontaine de Jouvence
(eaux vives extraites du Sujet primordial). Le sablier indi-
que la nécessité de la patience el du temps dans le domaine
hermétique. Les branches de myrte poussant dans tou-
tes les directions signifient que l’Amour, dont le myrte
consacré à Vénus est le symbole, est l’origine, la cause
et la fin de toutes choses.
2 Le Voyage des princes fortunez est un roman allégori-
que long de 800 pages, pleines d’allusions alchimiques.
« La stéganographie, écrit Béroalde (f. 2), est l’art de repré-
senter naïvement ce qui est d’aisée conception, & qui tou-
tefois sous les traits esboisis [ordinaires] de son apparence
cache des suiets [sujets] tout autres, que ce qui semble
estre proposé ; ce qui est practiqué en peinture quand on
met un veuë quelque païsage, ou port, ou autre pourtrait
qui cependant musse [recèlent] quelque autre figure que
l’on dicerne quand on regarde par un certain angle que
le maistre a désigné. Et aussi s’exerce par escrit, quand
on discourt amplement de suiets plausibles, lesquels enve-
lopent quelques autres excellences qui ne sont cognues
que lors qu’on lit par le secret endroit qui descouvre les
magnificences occultes à l’apparence comune. »
Sur le frontispice, la conjonction des Principes opposés
est exprimée par un embrasement royal, produisant fina-
lement la Perfection Solaire de la Pierre Philosophale. La
Volatilisation du Fixe, dans la Dissolution, est représen-
tée par un combat mortel entre le Roi et le Dragon ailé.
(La nudité du Roi indique la Purification préliminaire de
la matière.) Le résultat de la bataille est la Mort et la Putré-
faction s’ensuivant, symbolisées par le Corbeau dans le
cercueil Le Roi tenant l’Aigle démontre la Fixation du
Volatil. L’Eve nue est VAlbedo, blancheur ou Perfection
Première, qui finalement émerge de la Nuit de la Mort.
Au-dessous, dans l’Eden reconquis, coule la Fontaine
de Vie.
28 BEROALDE Dll VERVILLE
Heinrich Khunrath
Amphitheatrum sapientiae aetcrnae
1602
Amphitheatrum sapientiae aeternae solius verae christiano-kabahsticum
divino-magicum nec non physico-chymicum, tertnunum catholicon : instruc-
tore Henrico Khunrath Lips : theosophiae amatore fideh. et medicinae utrius-
que doct : Hallelu-Iah! Hallelu-Iah! Hallelu-Iah Phy diabolo! E milibus vix
uni. Anno M.D.C.II. Rumpantur et ilia Momo. Cum Privilégia Caesareae
Maiest : Ad decennium : A prima impressionis die.
Amphithéâtre de la sagesse éternelle et seule vraie, traité à trois titres en
un universel, christiano-cabalistique, divino-magique et aussi physico-
chimique. L’instructeur en est Heinrich Khunrath de Leipzig, amant fidèle
de la théosophie et docteur dans les deux médecines : Hallelu-Iah! Hallelu-
Iah! Hallelu-Iah! Fi au diable! Pour à peine un sur mille. Année 1602. Que
soient déchirées les entrailles de Momus! Avec le Privilège de Sa Majesté
Impériale pour dix ans à partir du premier jour de l’impression.
Les différentes dates de cette œuvre ont
occasionné de nombreux désaccords concer-
nant à la fois la date de l’édition originale
et le nombre de planches contenues dans
celle-ci.
Le privilège accordé par l’empereur
Rodolphe II est daté du 1er juin 1598, ce qui
indique que le manuscrit de l’œuvre sous
sa forme originale était alors achevé. Cepen-
dant, il n'a pas été imprimé avant 1602, date
figurant sur la gravure de la page de titre,
sur le portrait de Khunrath, et sur les cinq
grandes planches rectangulaires dépliantes
qui portent des légendes. La même date
figure à la conclusion de l’œuvre (p. 222) :
Ex Musae nostro anno aerae Christianae
1602.
Nous sommes donc enclins à croire que
ces sept planches, probablement exécutées
par Jan Diricks Van Campen (qui signa le
portrait de Khunrath), sont en fait les ori-
ginaux et que les quatre planches circulai-
res non datées, dessinées par Khunrath et
exécutées par Paul lus Van de Doort, furent
ajoutées en 1604. Ces planches circulaires
sans légendes sont cependant les seules men-
tionnées par Khunrath dans son texte, c’est
pourquoi un certain nombre d’auteurs les
prétendent originales. Quoi qu’il en soit,
Henrich Khunrath quitta ce monde à
Dresde en 1605, et son ami Erasmus Wol-
fart S., « qui partageait ses secrets », publia
la première édition complète de V Amphi-
theatrum sapientiae, imprimé par Wilhelm
Anton, à Hanau en 1609. Sur la dernière
page apparaît la ligne Excudebat Guilielmus
Antonius MDCIX.
Bien qu’il existe, dit-on, de nombreuses
rééditions de ce livre, la seule que nous
ayons vue est celle publiée à Hambourg en
1653.
Heinrich Khunrath semble avoir toujours
suscité beaucoup d’injustes critiques : Lan-
glet Dufresnoy dans son Histoire de la phi-
losophie hermétique dit de lui : « Par le biais
d’un obscurantisme affecté, il aspirait à se
présenter lui-même comme un grand
homme. Il est vrai que trop de clarté des-
sert les auteurs de cette Science, qui fait
contraste avec toutes les autres, où l’on est
Amphitheatrum sapientiae 29
estimé pour des œuvres offrant à l’esprit une
lumière sans nuage. » Lvnn Thorndike dans
son History of Magic and Experimental
Science (vol. 7, ch. 10) traite dédaigneuse-
ment Khunrath et FAmphitheatrum, faisant
allusion à son « ton affecté » et son « bre-
douillage religieux ».
Il est indéniablement vrai que le texte est
protégé du profane par une masse de ver-
biage; mais cela mis à part, ce qui reste est
tout à fait excellent. Nous sommes particu-
lièrement impressionnés par la façon dont
Khunrath recherche la Pierre Philosophale
dans le but avoué de se fondre dans la
Sagesse Divine, par son usage combiné de
la Cabale, de la musique et de l’alchimie,
ainsi que par son audacieuse interpréta-
tion des Écritures Saintes. Ses emblèmes
contiennent de véritables trésors, et une
étude prolongée permettra bien de subtiles
découvertes. Nous recommandons leur exa-
men à l’aide d’une bonne loupe.
Il semble qu’on ne sache rien du graveur
Jan Diricks Van Campen. Toutefois, Hans
Vredeman de Vries, qui dessina les planches
circulaires du Laboratoire (gravées par la
suite par Paullus Van de Doort à Anvers),
était un architecte et un peintre d’architec-
ture renommé. Né à Leeuwarden (1527),
il étudia à Amsterdam, puis se rendit à
Anvers, Hambourg (1591), Prague et Leip-
zig. Ses idées sur l’architecture et la pers-
pective furent répandues par de nombreux
ouvrages, y compris le Theatrum vitae
humanae (1577). Il mourut à Anvers en
1604.
30 • HEINR1CH KHUNRATH
Amphitheatrum sapientiae 31
OOÇTRfNÆ
«/parue —.tros HUI tl<S, -tibi Jico, SOPHIS'TA
Afe/L HENPJCI c-Ja: labor AMPHITHEATRO
ûmtnis inftinciû ^Acri nam rif* pere^it;
uni e<pj>flem Sertpta IjttP, nnnqûan outra fin VE.PX -
J aûia Jrnccréim SOPHLAA'Çj derrrdfi &orrvtf,
jfz ZZX <>«.
> M«'k "Î
ft^arn rejtitutr,piarspndo lilnjtrar ,
n ‘ -uinjis- Hbmim "wo/4r| DEC'çr Ifâf
t ra/ionr pari KHUNBA l'HI Ncmen Z^~Omen,
AGNU5 COMSIL-TO, cebbrar^ Dona IE.HOVAÙ M F"
tHt^, rtil lups’rtjf Mrft Scammrrba terrrrar^'j <^v-ÿï'ÿ
conJûcere
l, a/4, efi .Arrz poHtUV. ^ciiir. « ».
32 • HEINRICH KHUNRATH
Amphitheatrum sapientiae • 3 3
34 ’ HEINRICH KHUNRATH
* PORTA -M
AMPHITHEATR1
SAPIENTIAL ÆTERNÆ.
SOUVS DERÆ
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Amphitheatrum sapientiae 35
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e&aft ûflfjt fèhr lw& fakn/wW office ajfricctitar Amftee, Hta*tMW>uniur- )x qùibût p*Jni irn/b* yuafitajZïi vei
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at^ o^rÿïiwoorn-tnlIrruU, Calnalicon, M*rtùrl*t«, S*lrôm, Tnûtuôri. Ao< <}ï, 4i£RCEWHW rtJ«X>oXorûw,ft>nMnrut<m/ VniverGlem ne AÀ/mf/ VenOr in Reno* Nntûn,, inter Naturel >4, TriufUpMHtenr, S AL, pùta. O A,
r/iA'TME./vzrwxE.'fenyfy sapif.nH'm ajerchuaie, vüIo»»i4 «ll N-ptohui fVjr JMrAt ü>n( ( AïH’ lecrrfo fècünl») S’fNt^^rict! pcnrt'are > iliu/1 rrnilti* * ' 1 1 Z a" ............ D "' ‘
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4E0 qür/fb^^ro <4f»7&«,pr»TtV<rÀntfT1/où;^/AR£U>LAPID£M ririr* Ca<Mfc<mCOGNOrf(XNtH»"'<m>«/Dœ<wKz^,J ritè PRAEPARANOIJIINDAMRNTVM ViVy^/^wJ^KVCTVJrfr^w».^*'^ VJ F.rrÀT!5^M/ii<ÿ
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36 • HEINRICH KHUNRATH
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3 La gravure de la page de titre, avec ses deux piliers
jumeaux, fait allusion à plusieurs complémentarités inhé-
rentes à l’Œuvre (macrocosme et microcosme, prière et
travail. Soleil et Lune, Terre et Mer), et peut-être aussi
au glyphe cabalistique connu sous le nom d’Arbre de Vie.
Khunrath, surmonté d’une couronne, donne la morale :
« Ces choses ne peuvent être sans Dieu l’Elohim. »
4 Portrait d’Heinrich Khunrath en 1602 à l’âge de
quarante-deux ans, par Jan Diricks Van Campen de Mag-
deburg. On connaît peu de choses sur la vie de Khun-
rath : il naquit à Leipzig et obtint un diplôme de méde-
cine à Bâle en 1588, où il soutint une thèse brillante sur
le thème De Signatura Rerum. Selon Elias Ashmole, citant
le journal du Dr John Dee, Khunrath était déjà une célé-
brté en 1589. Il était à la cour de l’empereur Rodolphe
II en 1598 et mourut à Dresde en 1605. La couronne de
lauriers au-dessus de sa tête encercle l’inscription « fils
fidèle de la Doctrine ». L’influx divin porte le message :
« Que te suffise ma Grâce. » Le compas indique l’inscrip-
tion Deo Duce, « Avec Dieu pour Gmde », et l’acrostiche
par le non-identifié M. Andr. Ruccius forme Consi-
lium Dei, Conseil de Dieu. Le livre ouvert indique le
Psaume 71.17, « O Dieu tu m’as instruit depuis ma jeu-
nesse et jusqu’à présent j’ai proclamé tes merveilles. »
5 L’Art de l’Alchimie est divisé en deux parties égales
et essentielles : le travail manuel d’une part et, de l’autre,
la prière, la méditation et l’étude. Ainsi le mot Laborato-
rium (inscrit sur le manteau de la cheminée) est composé
de labor et oratorium, parce que le laboratoire de l’alchi-
miste est un lieu dédié à la fois au travail et à la prière.
Les bases des colonnes soutenant le manteau de la che-
minée portent les mots Ratio et Experientia car raison et
expérience précèdent et suivent respectivement la prati-
que alchimique. Notez la devise (utilisée par Aldus) sur
le Fourneau à Distillation Fes/uia lente : Hâte-toi lente-
ment. La précipitation est l’œuvre du diable, dit le Sage.
Sur la première poutre transversale nous lisons : « Sans
inspiration Divine personne n’est grand. » Ainsi le phi-
losophe hermétique prie devant un tabernacle rappelant
la tente des Hébreux dans le désert. Suspendue à l’inté-
rieur, une inscription encadree : « Ne parle pas de Dieu
sans Lumière. » Au-dessus est écrit : « Heureux celui qui
suit le conseil de Dieu. » Sur la table, un livre magique
avec des pentacles (qu’on peut supposer être les Tables
des Senior) et une Bible. Dans la fumée de l’encensoir
apparaissent les mots : « La prière s’élève comme la
fumée, un sacrifice agréable à Dieu. »
Au centre de cette composition harmonieusement équi-
librée, trois instruments de musique sont posés sur la table
de travail avec une inscription difficile à déchiffrer :
« La musique sacrée dissipe la tristesse et les esprits mal-
veillants, car l’esprit de Jéhovah chante joyeusement dans
un cœur empli de sainte joie. » Mais ces instruments
superposés sont aussi les trois Principes du Grand Œu-
vre, le Sel, le Soufre et le Mercure (des Sages) dont l’har-
monieuse combinaison explique pourquoi l’alchimie est
souvent nommée l’Art de la Musique. Comme dernier
rappel de la nécessité à tous instants de la vigilance spiri-
tuelle, l’inscription sur le fronton, Dormiens vigila, enjoint
à être prudent même durant le sommeil.
6 La Voie des Sages, menant à la porte de l’Amphithéâ-
tre de la Sagesse Eternelle, passe par l’étude et la
contemplation de la Nature dans toutes ses manifestations.
Meditafon, étude, prière et juste association avec des amis
capables de guider, sont des nécessités durant ces rudes
voyages, et l’on doit marcher selon la maxime : Cum
Numine Lumen et in Lumine Numen, « (dans) la Lumière
avec Dieu et (avec) Dieu dans la Lumière ».
7 Vingt et une portes semblent promettre l’accès au cœur
de la citadelle hermétique dans laquelle les principes et
les secrets de l’alchimie, art secret authentique et sacré,
sont gardes, protégés et soustraits à l’ignorance, au mal,
à la malice, à l’avidité et à la stupidité.
Cependant vingt d’entre elles ne mènent, par les détours
de chemins tortueux, qu’à l’erreur, la ruine, la douleur
et le désespoir. La seule route conduisant au pont-levis
est atteinte par élévation de l’esprit vers l’amour de Dieu
et de la Sagesse. Le bon travail et la rectitude morale sont
préalablement requis, et la connaissance du Sujet des
Sages, des Principes de l’Art, et du premier Mercure
conduit alors à travers le pont-levis vers le but final.
8 Le texte de la Table d’Èmeraude d’Hermès Trismé-
giste, tel qu’on le trouve dans le Poimandrès, résume la
quintessence de la pensée alchimique. Citée à travers les
âges, la Table est ici présentée en latin et en allemand.
En voici la traduction :
« Les Mots des Secrets d’Hermès.
« Il est vrai sans mensonge, certain et très véritable :
ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui
est en haut est comme ce qui est en bas; par ces choses
se font les miracles d’une seule chose.
« Et comme toutes les choses sont et proviennent d’UN,
par la médiation d’UN, ainsi toutes les choses sont nées
de cette chose unique par adaptation.
« Le Soleil en est le père, et la Lune, la mère :
« Le vent l’a porté sur son ventre, la Terre est sa nour-
rice et son réceptacle. Le Père de tout, le Thélème du
monde universel est ici.
« Sa force ou puissance reste entière, si elle est conver-
tie en terre.
« Sépare la Terre du Feu, le subtil de l’épais, douce-
ment et avec grande ingéniosité.
« Il monte de la Terre au ciel, et redescend sur la Terre
et reçoit la force des choses supérieures et inférieures.
« Par ce moyen tu obtiendras la gloire du monde entier :
toute obscurité s’enfuira loin de toi.
42 HEINRICH KHUNRATH
« C’est la force forte de toute force, car elle vaincra toute
chose subtile et pénétrera toute chose solide.
« Ainsi le monde a été créé.
« De cela sortiront d’admirables adaptations, desquel-
les le moyen est ici donné.
« C’est pourquoi je m'appelle Hermès Trismégiste,
ayant les trois parties de la philosophie du monde entier.
« Complet est ce que j’ai dit de l’opération du Soleil. »
Selon la légende, la Table d’Émeraude fut découverte
« après le Déluge [...] dans une caverne rocheuse » dans
la vallée d’Hébron Mais selon Fulcanelh, cette fameuse
Table « pourrait bien n’avoir jamais existé ailleurs
que dans l’imagination subtile et malicieuse des vieux
maîtres ».
« On nous dit qu’elle est verte - ainsi que la rosée du
Printemps, appelée pour cette raison Emeraude des Phi-
losophes - première analogie avec la matière saline des
Sages ; qu’elle fut rédigée par Hermès, seconde analogie,
puisque cette Matière porte le nom de Mercure, divinité
romaine correspondant à l’Hermès des Grecs. Enfin, troi-
sième analogie, ce mercure vert servant pour les trois
Œuvres, on le qualifie de Triple, d’où l’épithète Tris-
mégiste (trois fois grand, ou sublime) ajoutée au nom
d’Hermès. La Table d’Émeraude prend ainsi le caractère
d’un discours prononcé par le mercure des Sages sur la
manière dont s’élabore l’Œuvre Philosophale. Ce n’est
pas Hermès, le Thot égyptien, qui parle, mais bien l’Éme-
raude des Philosophes ou la Table isiaque elle-même. »
9 Le plus violent chapelet d’injures est envoyé par
Khunrath à ses détracteurs et aux doctes ignorants qui
se gaussent de l’alchimie et des alchimistes.
Au centre de la planche (la dernière de la série de Khun-
rath) se trouvent la plupart des hiéroglyphes classiques
de l’Art Secret : le Lion Vert, le Serpent Ouroboros se
mordant la queue, la Rivière Verte provenant du rocher
frappé par le bâton de Moïse, et le Cristal de Saturne,
la Quintessence Universelle, prêtant corps à l’influence
céleste.
A la plupart des calomniateurs, on a prêté des traits
démoniaques ou bestiaux. Le premier sur la gauche, por-
tant un bonnet d’âne, est représenté tel que les Égyptiens
(selon Horapollon) représentaient l’ignorance. Les deux
Philosophes au premier plan, défendant les principes de
la Philosophie Hermétique, sont aussi des symboles de
Fixation du Volatil. Celui de gauche marche sur la tête
du Serpent et le retient avec ses pinces pendant que son
interlocuteur marche sur la queue d’un scorpion, tandis
que des deux côtés des oiseaux morts tombent vers le sol.
10 La porte de l’Amphithéâtre de la Sagesse Éternelle,
le passage vers le Tout en Tout, est caché au profane,
lequel est averti d’en rester éloigné. Les sept marches de
l’Escalier de la Sagesse conduisent l’Adepte à la brillante
Lumière Divine de la Révélation. Les emblèmes de Khun-
rath présentent le mérite inestimable de révéler que le
but ultime de l’alchimie est évidemment l’Ultime Mystère
où l’homme transcende les limites de la mortalité pour
« accéder à l’immortalité », et ne faisant qu’Un avec Dieu,
devient Dieu.
Selon la légende, le seul vrai chemin est étroit mais
sublime (angusta sed tamen augusta); on peut y accéder
de façon « christiano-cabalistique, divino magique ou
physico-chimique ».
L’inscription du haut avertit le profane de ne pas
s’approcher, la seconde en dessous proclame le Tout en
Tout. Sur la gauche est inscrit : « Un Mystère vraiment
divin qui revendique justement l’amour et l’admiration
de tous ceux qui le pénètrent. » Sept recommandations
sont faites : « I. Lavez-vous et soyez purs. IL Que soient
avec vous le Seigneur créateur de toutes choses et les puis
sances qui le servent. III. Au Premier, vœux et prières
[doivent être adressés], et des hymnes aux puissances infé-
rieures. IV. Si la demande est d’abord adressée à ces puis-
sances inférieures, c’est en raison de la délégation [de pou-
voir] qu’elles reçoivent du premier [le Seigneur]. V. Que
la crainte et la révérence de Dieu soient des Anges [mes-
sagers] volant de nous vers le Seigneur et revenant à nous.
VI. Que joyeuse soit l’obéissance envers eux en vertu de
l’expérience reçue. VIL Les Mystères sacrés que vous
allez étudier sont ouverts [dévoilés] à ceux qui les méri
tent, et restent fermés [cachés] au profane. »
Une autre inscription sur la droite déclare : « Avec l’aide
du Seigneur : Bien vouloir, savoir, pouvoir, et être »
11 Un schéma de la Cabale Chrétienne. Le cercle exté-
rieur des Dix Commandements représente le Monde
Physique d’Asiyyah, les vingt-deux lettres de l’alphabet
hébreu, le Monde Formatif de Yetsirah, les Séphiroths,
le Monde Spirituel de Beriah, les Noms de Dieu corres-
pondants (cercle de feu) au Monde Divin d’Azilut.
Le noyau des Emanations Divines, l’En Soph, est
occupé par la figure du Christ ressuscité (en lévitation
au-dessus de la tête du Phénix en feu autre symbole de
Résurrection et d’immortalité). «En Soph! En Soph!
s’exclame Khunrath, profondeur des profondeurs, et
hauteur des hauteurs! je le dis sans blasphème. La Pierre
des Philosophes, servante du Monde Majeur, représente
dans le Livre du Miroir de la Nature, Jésus-Christ cruci-
fié, Sauveur de l’humanité, c’est-à-dire du Monde Mineur.
Connais naturellement le Christ par la Pierre : Christ.
Je ne m’écarte pas du tout du Livre de la Plus sainte
Écriture ».
En effet, l’image du Christ avec l’inscription bi Hoc
Signo Vinces (« Par ce signe tu vaincras ») est un hiérogly-
phe de la Pierre des Philosophes ( ô ) qui, subissant
l’action du Feu dans le creuset (symbolisé par la Cruci-
fixion), devient la Pierre Philosophale, le Sauveur ressus-
cité du Phénix en flammes.
12 La Pierre des Philosophes, leur Materia Prima ou
Sujet, est aussi appelée le Chaos des Sages (XAOE) parce
Amphitheatrum sapientiae 43
que malgré son aspect vil et inutile, elle contient l’essence
et la substance de la Première Matière Universelle dans
un état indifférencié semblable à celui du monde avant
la Création. « Or la terre était un chaos, et il y avait des
ténèbres au-dessus de l’abîme. Et l’Esprit de Dieu pla-
nait sur la face des eaux. » (Gen. I, 2.)
Cette pierre est nommée Triune (une en trois), car elle
est un corps avec un esprit et une âme. Elle contient les
trois principes, Mercure, e Sel et $ Soufre corres-
pondant aux divers états de fluidité ou de volati’ité, et
de densité ou de fixité : le Salin ou état cristallin, le Volatil
ou état humide, et le Fixe ou état sec, qu’assumera la
Matière à maintes reprises.
Le premier modus operandi est de dissoudre et de coa-
guler — Solve et Coagula — comme on peut le lire sur
la figure androgyne le Rebis (de Res bina, la double
chose). Le second, XAOE, advient lorsqu’on a réalisé
une Solution parfaite et « conjoint » les opposés qui ini-
tialement s’affrontent violemment. La Matière revêt la
noirceur de la nuit et se nomme aussi le Corbeau. Une
fois le Corbeau tué, il se métamorphose en Paon faisant
la roue — c’est à ce stade qu’on peut brièvement aperce-
voir dans le récipient toutes sortes de couleurs variées.
Puis la Matière prend l’apparence des ailes du Cygne,
car elle est blanchie avant d’être amenée au Rouge
Solaire, et la Fixité Parfaite qui est atteinte lorsque la
Pierre des Philosophes est enfin devenue la Pierre
Philosophale.
13 Syzygie ou coinonction de l’Unité macrocosmique
avec la trinité microcosmique. Le processus complet de
l’élaboration de la Pierre Philosophale est symbolisé ici.
Cette élaboration trouve son modèle parfait dans la Créa-
tion du Monde, suivie de celle de l’homme et de la femme
et de leur déplorable disgrâce. L’élaboration de la Pierre
est aussi comparée à un Mariage parfait et excellent, dont
le mystérieux produit est comparé au Logos Divin,
rédempteur de toute l’humanité, conçu par le Saint-Esprit
dans le sein de la Vierge. La Pierre Divine, comme le
Christ, est crucifiée, descend en enfer, est ressuscitée et
s’élève glorieusement dans les cieux avec son corps trans-
muté. Khunrath y voit « la preuve infaillible du Jugement
Dernier qui doit être une épreuve par le feu pour les
vivants et les morts, et même pour le monde entier, le
témoignage de la Résurrection de notre chair rénovée et
glorieuse, et même le véridique exemple de la conjonc-
tion de chaque Ame avec son propre Esprit et Corps indis-
solubles dans l’Eternité. [La Pierre] est la formule de notre
Régénération corporelle et spirituelle, et le plus parfait
et le plus clair miroir du Sabbat des Sabbats et par
conséquent de l’éternelle béatitude; (c’est) l’Image Vivante
du mystère de l’union indivisible de la Sainte Trinité
Divine. »
Cet emblème le plus obscur de tous ceux conçus par
Khunrath gratifiera grandement le lecteur qui fera l’effort
d’aller au-delà des mots pour chercher à en élucider plus
amplement la riche et mystérieuse complexité.
44 • khunrath Amphitheatrum
Andréas
Libavius
Alchymia, 1606
Alchymia Andreae Libavii, recognita, emendata, et aucta, tum dogmatibus
& expeiimentis nonnullis; tum commentario medico physico chymico : qui
exornatus est variis instrumentorum chymicorum picturis; partim aliunde
translatis, partim plane novis : gratiam corum, qui arcanorum natura-
lium cupidi, ea absq[ue] tnvolucris elementarium & aenigmaticarum
sordium intueri gaudent. Praemissa defensione artis : opposita censuras Pari-
sianae : Cum Gratia &' Privilégia Caesarea speciali ad decennium. Franco-
furti, Excudebat Joanncs Saurius, impensis Pétri Kopffii. Anna CI3.13. VL
L'Alchimie d’Andréas Libavius, revue, corrigée et augmentée, avec de nou-
veaux enseignements et expériences, ainsi que des commentaires médicaux,
physiques et chimiques, ornés d’illustrations d’instruments de chimie, dont
certaines ont été tirées d’autres ouvrages et d’autres entièrement nouvelles;
pour tous les hommes qui, voulant ardemment connaître les secrets de la
Nature, désirent se libérer des enveloppes élémentaires et des accroissements
mystérieux. Préfacé par un défenseur de l’art contre la censure Parisienne :
Par la Grâce et avec le Pn vilège de sa Majesté Impériale pour 10 ans. Franc-
fort, imprimé par Joannes Saurius pour Petrus Kopflfius, 1506 [sic].
Andréas Libavius naquit à Halle en Saxe en
1540, et fut diplômé de médecine. En 1588
il enseigna au Gymnase de Rottenburg et en
1607, fut prot iseur du Gymnase de Coburg,
où i' mourut le 25 juillet 1616. Chimiste
enthousiaste, auteur de nombreux ouvrages,
il ne fut pas un disciple aveugle de Paracelse
et il entra en fait en conflit tant avec les
Galénistes qu’avec les Paracelsiens. Il fut
parmi les premiers à expliquer en langage
courant les réactions chimiques, et on lui
attribue la rédaction du premier vrai manuel
de chimie. Il tenta l’analyse des eaux miné-
rales et décrivit plusieurs substances qu’il
découvrit.
Georges Keller (né à Francfort le 15 sep-
tembre 1568, mort à Francfort en 1640), qui
signa la gravure de la page de titre (datee
de 1605), fut peintre aussi bien que graveur.
Il fut l’élève de Jost Amman et de Philippe
Uffenbach. Il peignit un remarquable Cou
ronnement de l’empereur Ferdinand 777(1627)
et de nombreux sujets religieux.
Alchymia 45
Σ» >,r"
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Anno cl 3, 1 d. V'T
46 • ANDREAS UBAVtUS
Akhymia 47
48 • ANDREAS LIBAVIUS
Alchymia 49
sniAVHo svaaaNV • oi
14 La page de titre, couronnée par le Tétragramme ou
nom de Dieu, est flanquée d’Hippocrate et de Galien
(pour la médecine), d’Hermès Trismegiste et d’Aristote
(pour l’alchimie). Les opérations dépeintes au bas de la
page contiennent des allusions à l’un des deux compo-
sants jumeaux du Feu Secret : un pressoir et un ancien
cloaque.
15 L’Hydre ailée à quatre têtes est le Dragon ou Sujet
des Sages. Au dessus du Lion couché qui représente la
Terre, se trouve l’Aigle à trois têtes symbolisant l’Air,
le Lion sur la Lune, le Feu et le Soufre; la Femme nue
avec des lilas, l’Eau, Lac Virginis ou Mercure. Sous la
Lune noire de la Putréfaction, la demi-Lune et le Cor-
beau correspondent aux deuxième et troisième cycles de
la Dissolution, ce pourquoi Ouroboros se mord la queue.
Sur la gauche, les Oiseaux s’abattant vers le sol symboli-
sent la Fixation; ceux de droite, s’élevant dans les airs,
avec l’eau coulant du rocher représentent la volatilisation
et la Solution. Le Cygne aux ailes déployées est le Mer-
cure Philosophique; au-dessus le Roi et la Reine repré-
sentent l’union des Principes opposés, culminant dans la
Multiplication ou Phénix, emblème de la Pierre
Philosophale.
16 Libavius attribue ce diagramme à un manuscrit de
1421 d’Heinrich Kuhdorfer, à son tour tiré « d’un ancien
livre de l’année 1028 ». Incapable de dessiner l’image dans
chacun de ses détails, il fournit un code littéral aux détails
laissés en blanc que le lecteur peut remplir comme il juge
qu’il convient. Pour ce qui est de l’interprétation : « Ce
que chacune de ces choses veut dire, il est difficile de le
dire, tant les applications sont diverses; et tant la diver-
sité réside dans l’œuvre elle-même. » Son code littéral est
résumé ci-dessous.
A. Feu des Philosophes, Moteur de l’Œuvre.
B. Dragon ou Sujet des Sages.
C. Aigle Mercuriel ou Volatilité.
D. Corbeau ou Putréfaction.
E. Rose Rouge sur champ d’argent : Soufre.
F. Rose Blanche sur champ rouge : Mercure.
G. Dame : Mercure.
H. Lion : Soufre.
Le Roi et la Reine sont les Principes de l’Œuvre unis
à leur base, remarquez comment leurs pieds les unissent.
17 Un second diagramme de l’Œuvre Philosophique.
Il est peut-être utile ici de résumer l’ensemble du code
de Libavius.
A. Socle : la Terre sur laquelle l’Œuvre est fondée.
B. Atlantes : les Montagnes jumelles supportant
l’Œuvre.
C. Dragon : Sujet de l’Art, soufflant les quatre Feux.
D. Mercure : le médiateur ou Sel d’Harmonie.
E. Lion Vert : le Dissolvant.
F. Dragon Volatil : le Sujet à dissoudre.
G. Aigle Tricéphale : Triple Solution.
H. Mer des Philosophes.
I. Influx Céleste ou Vent
K. Sang du Lion Rouge ou Fixation.
M. Montagne : première Solution, Coagulation et
seconde Solution.
N.N. Obscurité : l’Artiste doit décapiter le Corbeau en
blanchissant par le Feu.
O. Ablution, Pluie d’Argent, Bain de Latone et seconde
Solution.
P. Nuages.
Q. Seconde Coagulation : Ouroboros.
R.R. Obscurité dans les Seconde et Troisième Œuvres.
S Pure Mer d’Argent : le Mercure Philosophique.
T. Cygne Blancheur.
V. Eclipse du Soleil.
XX. Soleil levant et Eclipse Solaire, Arc-en-Ciel ou
Queue de Paon.
YYY. Eclipse de Lune, Arc-en-Ciel et préparation de
la Pierre Blanche.
Z. Lune au fond de la Mer.
b. Reine Blanche : Première phase de la Fixation du
Volatil.
a. Roi vêtu de pourpre portant une couronne en or, avec
le L ion de parfaite fixité.
c. Phénix : Multiplication.
18 A. Le double Lion, de la bouche duquel sort un
liquide que le Spifitus Mundi verdit, est le premier Dis-
solvant. Ce Lion Vert est le résultat du premier Œuvre
consistant en l’union de notre Sujet ê et de notre Mars
d ; il a donc deux corps mais une seule tête.
B. Les Lions flanquant les sept marches sont les résul-
tats d’opérations alternatives de Solve et de Coagula. Les
marches correspondent aux jours de la Création, car
l’Alchimie est une re-Création microcosmique.
C.D. Soleil et Lune, Soufre et Mercure.
E. Du Bain alchimique, dans lequel se reposent le Roi
(F) et la Reine (G), émerge l’Unité Pure de l’Arbre de
Vie, portant les pommes d'or des Hespérides, un symbole
de la Pierre Philosophale.
G. Les six étoiles sont la Multiplication.
Alchymia 5
Steffan Michelspacher
Cabala, 1616
Cabala, Spiegel de Kunst und Natur : in Alchymia. Was der Weisen uralte
Stein, doch fur ein ding sey, der, da dreyfach, und nur ein Stein ist. Welches
allen mühseligen liebhabern der Kunst zu Ehren, mil hilff Gottes, so klar
als ein Spiegel fürgestellt : Davon vil bisshero geschrieben, aber wentgen
bekandt. Gantz offenbar mit kurtzen worten, der gantzen Warheit, durch
die beyligenden Figuren, erklart und an taggegeben. Durch einen unbekand-
ten, doch gewandten, wie ihm das Signet in diser ersten Figur zeugknuss gibt.
Gedruckt zu Augspurg bey David Francken, in verlegung Steffan Michels-
pachers auss Tyroll. 1616.
La Cabale, miroir de l’art et de la Nature en alchimie. Ce qui est l’ancienne
Pierre des Sages, triple, et cependant Unique. Laquelle est exposée à l’hon-
neur de tous les amoureux de cet art qui y travaillent, avec l’aide de Dieu,
aussi clairement qu’un miroir; sur laquelle on a beaucoup écrit, mais
connue seulement de quelques-uns. L’entière vérité expliquée brièvement
et limpidement et accompagnée de gravures, par un inconnu qui mérite
d’être connu, comme en témoigne le sceau de cette première gravure.
Imprime par David Francken à Augsbourg, publié par Steffan Michelspa-
cher du Tyrol, 1616.
Steffan Michelspacher était un médecin
tyrolien sur lequel on ne sait pas grand-
chose. En 1615, il collabora à un ouvrage
d’anatomie, le Pinax microcosmographicus,
avec son auteur, Johann Remmelin, à qui
le présent ouvrage est dédié.
Les planches dessinées par Michelspacher
furent gravées par Raphaël Custos, ou
Custodis, petit-fils du peintre hollandais
Pieter Balten et fils de Dominicus Custos,
lequel prit le nom de Custos lorsqu’il quitta
Anvers en 1584. Raphaël, l’aîné de ses trois
fils, fut son élève. Sa date de naissance est
indéterminée, il mourut à Francfort en
1651. Le Blanc a établi une liste de 70 por-
traits, vues de villes et sujets religieux de
sa main.
Une première édition rarissime de ce livre
parut en 1615; dans celle-ci, le nom de
« Müschelspachen » figure à la place de
Michelspacher. La première des trois édi-
tions latines parut à Augsbourg en 1654, la
seconde en 1667, et la troisième en 1704.
Les titres latins contiennent une référence
intéressante à la Fraternité Rosicrucienne
qui ne figure pas dans les éditions alleman-
des : Rosae Crucis fratermtaii dicata édita,
quo hac in matena amplius ml desideretnr :
« Édité et dédié à la Fraternité de la Rose-
Croix; qui en la matière ne laisse rien de
plus à désirer. »
Le texte de Michelspacher parle beaucoup
sans dire grand chose tout en admettant
qu’il ne sert à rien de procéder de la sorte
« car écrire beaucoup ne rapporte que très
peu».
Ses indications, quant a l’usage que l’on
doit faire de ses emblèmes qui sont pour le
moins envieuses, ne servent qu’à encourager
le lecteur à se détourner du texte afin de
découvrir dans la première figure les secrets
d’un certain nombre d’opérations, tandis
que d'autres, telles que l’Exaltation et la
Sublimation sont décrites dans la seconde.
52 • STEFFAN michelspacher
La troisième figure comprend la Conjonc-
tion avec la Putréfaction, la Dissolution, la
Digestion et la Circulation. Non sans iro-
nie, Michelspacher en conclut qu’il a assez
parlé, car « d’autres ont écrit avec excellence
sur toutes ces choses. » Si toutefois il lui arri-
vait de se rendre compte que les Amoureux
de Science aient besoin d’une aide supplé-
mentaire, il n’hésiterait pas à reprendre la
plume, annonçant ainsi le projet d’un petit
livre concernant à la fois la Nature et l’Art.
Enfin, en guise d’Epilogue, il se lance dans
un discours plein de contradictions, mais
néanmoins du plus vif intérêt. Il parle
notamment du Feu Philosophique : « Ce feu
surnaturel est caché dans la chaux vive et
dans le fumier, mais il ne faut pas être assez
fou pour le chercher dans le fumier... »
Cahala 53
I . SP1CEL DER KVN5T VND NATVR.
54 • STEFFAN MICHELSPACHER
Cahala •
55
56 • STEETAN MICHELSPACHER
Cabùla
19 I SPIGEL. C’est la nature qui fournit la Materia
Prima, ou Sujet des Sages (voir l’homme en haut à gau-
che) tandis que la Pierre Philosophale, VUltima Materia,
est une production de l’Art d’Hermès, qui aide la Nature
à réaliser son but idéal. L’Aigle volatil appartient au pre-
mier groupe tandis que le Lion se rapporte au second
c’est-à-dire à la fixité. Mais en même temps les deux
animaux sont des « hiéroglyphes » des premiers princi-
pes initialement en opposition. Les armoiries démontrent
l’alternance des trois couleurs principales, tt>ir, blanc et
rouge.
La partie centrale contient des diagrammes complexes.
En haut du Caducée, entre les têtes jumelles du Mercure
ou Double Philosophique, se trouve l’emblème de notre
sujet ê conjoint à l’agent martial cf, devenant ainsi ê .
Dans le cercle, nous lisons VITRIOL (1’0 étant le cercle
lui-même et l’A d’AZOT étant formé par le symbole de
l’Air A).
Au-dessous nous voyons dans le laboratoire les deux
méthodes classiques pour accomphr le Grand Œuvre; un
alchimiste travaillant par la Voie Humide sur un appa-
reil à distillation, tandis que l’autre manipule les creu-
sets de la Voie Sèche. Tout en haut, sur les deux médail-
lons est écrit :
Cabale et Alchimie
Te donne la plus haute médecine,
Aussi la Pierre des Sages
Dans laquelle seule se trouve le fondement,
Comme il est évident a Tes yeux
Dès l’abord en ces effigies.
0 Dieu aide-nous à être reconnaissants
Pour ce don pur et sublime.
L’homme dont Tu ouvres l’espiù et le cœui
Et qui par là est rendu parfait
Pour préparer ici cet Œuvre
Que toute force lui soit donnée.
20 II ANFANG. EXALTATION. Cette planche mon-
tre le procédé complet de Fabrication de la Pierre du
début (Anfang) jusqu’à la fin du Grand Œuvre Alchimi-
que ou Magnum Opus. La redoutable bête à cornes (une
référence à la bête de l’Apocalypse) est un hiéroglyphe
de la Materia Prima, Sujet des Sages, qui revêt le carac-
tère hiéroglyphique et stéganographique du Bélier; d’où
les cornes. La Triple Couronne indique que ce véritable
Sujet, une fois parfit, devient la Pierre Philosophale qw
domine alors les trois Royaumes ou Règnes de la Nature
(Animal, Végétal et Minéral). L’Élaboration est montrée
comme ayant lieu dans le Vaisseau ou Œuf Alchimique.
De la destruction des deux Corps naît le Corbeau (Noir-
ceur et Putréfaction) suivi du Paon (couleurs variées), de
l’Aigle Mercurial (Blancheur) et finalement de la Perfec-
tion Solaire.
Les trois principes de cet Œuvre, Soufre $ , Mercure
Ç et Sel e, apparaissent dans le triangle. Le Sel est un
Dissolvant; retenu ici dans un triangle dont la pointe est
dirigée vers en bas, symbolisant l’Élément aqueux. Ceci
dissout la Terre au-dessous, représentée par une sphère,
sous laquelle à son tour se trouve un signe de Terre du
Zodiaque, le Taureau. Le Dissolvant est un double Feu,
de là le signe double des Gémeaux; il s’applique en de
justes proportions, de là les plateaux de la Balance. Le
résultat de cette dissolution est le Lac Virginis, le Lait
de la Vierge qui est le Mercure des Philosophes; d’où
le signe de la Vierge (gouverné par la planète Mercure).
21 III MITTEL : CONIUNCTION. L’homme aux
yeux bandes (au premier plan à droite) indique l’ignorance
du Principe de base, c’est-à-dire de la Materia Prima. De
l’autre côté, son vis-à-vis qui rappelle l’axiome : Visita
Interiora Terrae Reclificandoque Inverties Occultum Lapi-
dent Verum Medicinalem, « Visite l’intérieur de la terre
et par la rectification tu trouveras la véritable Pierre Phi-
losophale cachée », dépiste un Lièvre, symbole de la
recherche de la Matière Première, qui court vers lui.
Le temple central mène par sept marches (correspon-
dant à un ordre délibérément trompeur d’Opérations) à
la conjonction des Principes purifiés de l’Œuvre (donc
nus), dont l’union donnera le Mercure Philosophique. Là
encore la composition est extrêmement complexe, et cha-
que détail rigoureusement significatif; voir par exemple
le masque solaire brandi par Vénus.
22 IV ENDT. MULTIPLICATION. Mercure en haut
de la fontaine tient, outre son Caducée, l’Étoile à six bran-
ches de l’Harmonie, indiquant le type d’Eau symbolisé
ici. Les trois Opérations sont représentées par les trois
marches de la fontaine, celle du milieu indique charita-
blement, grâce à la présence de Mars et de Vénus, quel
métal et quelle Matière doivent être conjoints. La prove-
nance des deux substances salines composant le Feu
Secret est révélée. Christ est la Pierre Philosophale, flan-
quée de chaque côté par Luna, la Médecine du Premier
Degré ou Rose Blanche, et Sol, le Soufre Fixe. Au-
dessous, les sept métaux ou Planètes Terrestres (or/Soleil,
argent/Lune, mercure/Mercure, cuivre/Vénus, fer/Mars,
étain/Jupiter et plomb/Saturne) attendent leur Perfection,
qui leur est communiquée par la perfection de l’Œuvre.
58 • michelspacher Cabale
Michael Maier
Arcana arcanissima, 1614
Arcana arcanissima hoc est Hieroglyphica Ægyptio-graeca, Vulgo necdum
cognita, ad demonstrandam falsorum apud antiquos deorum, dearum,
heroum, animantium & institutorwn pro sacris receptorum, originem, ex
uno Aegyptiorum artificio, quod aureum animi & Corpons medicamentum
peregit, deductam. Unde tôt poëtarum allegoriae, scnptorum narrationes fabu-
losae & per totam Encyclopaediam errores sparsi clarissima veritatis luce
manifestantur, suaeque tribui singula restuuuntur, sex ïibris exposita. Authore
Michacle Maiero Comité Palatu Caesarei, équité exemto, Phil & Med. Doct.
& etc. Caesar : Mai : quondam Aulico. Anno salutis humanae M.D. CXII1I.
Le plus secret des Arcanes, autrement dit les Hiéroglyphes égypto-grecs,
encore inconnu du public; livre destiné à démontrer que l’origine des faux
dieux et déesses, héros, animaux, comme des fausses institutions, que les
anciens tenaient pour sacrés, dérive d’un seul art des Egyptiens, qui achève
la médecine d’or de l'âme et du Corps. Ainsi, toutes les allégories des poè-
tes, les récits fabuleux des éci ivains, les erreurs répandues dans l’ensemble
des connaissances sont découvertes à la très claire lumière de la vérité, et
chaque élément est replacé dans son espèce; tel est le sujet des six livres.
L’auteur en est Michael Maier, Comte Palatin Impérial, chevalier libre,
Docteur en Philosophie et en Médecine, etc., autrefois attaché à la Cour
de Sa Majesté Impériale. Année de la rédemption du genre humain 1614.
Fils d’un fonctionnaire du duché d’Hols-
tein, Michael Maier naquit à Rendsburg en
1566. Dès sa prime jeunesse Maier fait
preuve d’une intelligence peu commune.
Un parent de sa mère, Séverin Goebel,
médecin éminent de Dantzig et de Kônigs-
berg l’encouragea et l’aida à poursuivre ses
études. Ainsi Maier alla d’abord à l’univer-
sité de Rostock puis à Nuremberg et à
Padoue avec le fils de Goebel En 1592, à
l’université de Francfort-sur-Oder il attiie
déjà la bienveillante attention de l’Hermès
allemand, l’empereur Rodolphe II, duquel
il obtient le titre de Pœta Laureatus Caesa-
reus et signe d’élégants vers latins « Hermès
Malavici », un anagramme de son nom. Le
24 mai 1596 il est « magister » à l’univer-
sité de Bologne mais la même année il se
rend à l’université de Bâle où il reçoit
son doctorat en médecine ayant présenté
avec brio sa thèse sur l’Épilepsie. Son
nom se trouve le 11 septembre 1601 dans
le registre de l’université de Kônigsberg :
« Michael Meierus Phthsophtae et Mede-
cinae Doctor Honoris Gratta ». Il rejoint
l’empereur à Prague où il évolue dans le cer-
cle impérial intime. Rodolphe le couvre
d’honneurs et l’élève à la dignité de comte
palatin. Cependant il continue de voyager
énormément ce qui permet de supposer
qu’il ait été un agent secret de l’empereur.
En 1611, alors que Rodolphe est condamné
à abdiquer en faveur de son frère Mattnias,
Maier voyage en Saxe à Torgau, Leipzig et
Mulhouse où il rencontre le landgrave
Maurice de Hesse et le prince Christian
d’Anhalt qui tous deux partagent avec lui
sa passion pour l’alchimie et la musique.
Ces deux seigneurs partagent aussi avec
Maier les ambitions mystiques et politiques
Arcana; Lusus; Examen; Jocus • 59
de la mystérieuse fraternité Rose-Croix.
Tous trois allaient soutenir l’aventure de
l’électeur palatin Frédéric V, gendre du roi
Jacques 1er d’Angleterre, qui élu roi de
Bohême ne régna qu’un an à peine. Après
la mort de Rodolphe II en 1612, Michael
Maier se réfugie en Angleterre où il va pas-
ser quatre ans. Il y apprendra parfaitement
l’anglais et traduira VOrdinall of Alchemy de
Thomas Norton en latin. Il y composera son
Arcana arcanissima hoc est Hieroglyphica
Æsgyptio-graeca et probablement plusieurs
des textes publiés de 1616 à 1618 par
Jean Théodore de Bry à Oppenheim et par
Lucas Jennis à Francfort. En Angleterre, il
se lie d’amitié avec des hommes tels que
Robert Fludd, sir William Paddyn, méde-
cin du roi, sir Thomas Smith, qui fut le pre-
mier gouverneur de la Compagnie des Indes
et l’alchimiste Francis Anthony.
F’Arcana arcanissima est une œuvre par-
ticulièrement importante non seulement
parce qu’elle est la première publication de
Michael Maier, mais aussi parce qu’elle
dévoile pour la première fois l’interprétation
hermétique des mythes grecs et égyptiens.
En parlant de son ouvrage, Maier le nom-
mera toujours « mes Hieroglyphica ».
L’endroit de la publication n’étant pas men-
tionné, I on a généralement admis que cet
ouvrage fut publié par J. Théodore de Bry
à Oppenheim. Nous étions, au contraire,
certains qu’il fut publié en Angleterre, car
nous nous refusions à croire que la firme de
Bry aurait pu produ.re une publication aussi
grossière. Après de patientes recherches,
nous avons enfin trouvé la preuve irréfuta-
ble que nous avions raison : dans le catalo-
gue des livres de la Foire de Francfort de
1614 (Catalogus universalis pro Numdinis
Francofurtensibus vernalibus de anno
M.D.C.X.IV), sous l’en-tête Libri Historia,
polttici & géographie, se trouve le I itre sui-
vant : Arcana arcanissima... MichaeleMatera
Med. D. Londtn, in 4.
Michael
Maier
Lusus serius, 1616
Lusus serius, quo Hermes sive Mercurius rex mundanorum omnium sub
homine existentium, post longam disceptationem in concilia octovirah habi-
tam, h amine rationali arbitra, judicatus & constituas est. Authore Michaele
Maiero Com. pal. Med. D. Horat. Omne tulit punctum, qui miscuit utile
dulci. Oppenheimii ex chalcographia Hieronymi Galleri sumptibus Lucae
Jennis Bibliop. 1616.
Le jeu sérieux dans lequel Hermès ou Mercure, après un long débat au
sein du consei1 des huir, avec pour mge l’homme rationnel, fut jugé et nommé
roi de tous les éléments terrestres inférieurs à l’homme. L’auteur en est
Michael Maier, Comte Palatin, Docteur en Àlédecine. Horace : « Que celui
qui combine l’utile à l’agréable soit applaudi ». Oppenheim, imprimé sur
les presses en plaques de cuivre de Jérôme Galler aux frais de Lucas Jennis,
libraire, 1616.
La dédicace de Maier est intéressante : Cia- D.N. Francisco Antonio Londin. Anglo,
rissimis politissimis excellentissimisque viris Seniori, D.N. Jacobo Mosano Illustras. Mau-
60 MICHAEL MAIER
ritii Massiae Landgravii Archiatro digniori,
D.N. Christimo Ritmphio Electoral! Palatino
ad Rhenum Med. ordinariocircumspecto...
Valete, dabam Francofurti ad Mœntum ipso
ex Anglia reditu, Pragam abituriens, Anno
1616 mense Septembre Car elle est adressée
au médecin alchimiste londonien Francis
Anthony, à Jacob Mosanus, médecin du
landgrave de Hesse, et Christian Rumpf,
médecin de ['Électeur palatin, elle est rédi
gée : de « Francfort, près des Remparts, à
mon retour d’Angleterre et sur le point de
partir pour Prague, septembre 1616. »
L’Électeur palatin avait épousé Élisa-
beth Stuart, fille du roi Jacques 1er d’Angle-
terre à Londres en 1613, et fut élu roi
par les protestants insurgés à Prague en
août 1619.
Michael Maier
Examen Fucorum, 1617
Examen fucorum pseudo-chymicorum detectorum et in gratiam veritatis
amantium succincte refutatorum, authore Michaele Maiero, Com. Pal. Eq.
Ex Med. D. Francofurti typis Nicolai Hoffmanni, sumptibus Theodori de
Brij, Anno M. CDXVII [sicJ.
L’examen de l’essaim des pseudo-alchimistes découvert et réfuté pour les
amoureux de la vérité, l’auteui en est Michael Maier, Comte Palatin, Gen-
tilhomme Libre, Docteur en Médecine. Francfort, imprimé par Nicholas
Hoffmann aux frais de Théodore de Bry, 1617.
La gravure est de Jean Théodore de Bry.
La dédicace (datée de septembre 1616 à
Francfort) est adressée à Joachim Hirschber-
ger, docteur en médecine, « un étudiant en
chimie des plus studieux et un ami person-
nel de l’auteur ».
Michael Maier
Jocus Severus, 1617
Jocus severus, hoc est, Tribunal aequum, quo noctua regina avium, phoe-
nice arbitra post varias disceptationes et querelas volucrum eam infestan-
tium pronunciatur, & ob sapientiam singularem, Palladi sacrata agnosci-
tur; authore Michaele Maiero Com. Pal. M.D. Francofurti typis Nicolai
Hoffmanni. sumptibus Theodori de Brij, Anno MDCXVII.
Arcana; Lusus; Examen; Jocus • 6i
Le jeu grave, c’est-à-dire le Tribunal impartial où la Chouette est nommée
reine des oiseaux, le phénix étant le juge, après diverses discussions et objec-
tions de la part des oiseaux l’attaquant, et compte tenu de sa sagesse inéga-
lée, est reconnue et consacrée à Pallas. L’auteur en est Michael Maier, Comte
Palatin, Docteur en Médecine, Francfort, imprimé par Nicholas Hoffmann
aux frais de Théodore de Bry, 1617.
La dédicace se lit ainsi : Omnibus verae
chymiae amantibus, per Germaniam notis et
ignotis, et inter hos, Nisi nos Fama fallût,
adhuc delitescenti, at FAMA FRA TERNI-
TATIS & CONFESSIONS SUA admi-
randa & probabili in genere mamfestato,
ascribo, edico & dedico. « A tous les amateurs
de la vraie chimie en Allemagne, connus et
inconnus; et parmi ceux-ci, la Renommée
(Fama) ne nous trompe pas, à celui qui
demeure caché actuellement mais qui par la
Renommée de la Fraternité et par son admi-
rable et aimable Confession, s’est manifesté
lui-même à ce sujet, j’adresse cet écrit et lui
dédie. »
Les œuvres mentionnées dans le t itre sont,
bien sûr, les fameux Manifestes Rose-Croix,
la Fama Fraternitatis et la Confession, que
l’on suppose avoir été écrits tous deux par
le théologien Jean Valentin Andreae
(1586-1654). Ces manifestes circulèrent
beaucoup sous forme de manuscrits (dès
1610 dans le cas de la Fama) avant d’être
publiés pour la première fois par Wilhelm
Wessel de Cassel respectivement en 1614 et
1615. Les œuvres en question s’annonçaient
comme émanant d’une mystérieuse et toute
puissante fraternité composée d’êtres invi-
sibles, sachant tout, voyant tout et faisant
appel à tous les hommes de bonne volonté
pour vaincre la tyrannie de l’ignorance en
général, du Pape à l’Ouest et de Mahomet
à l’Est. Le mouvement cherchait à substi-
tuer à l’hégémonie catholique des Habs-
bourg un sauveur choisi de la Foi réfor-
mée, probablement l’Électeur palatin, Fré-
déric V.
Michael Maier fut l’un des plus fervents
défenseurs du mouvement Rose-Croix. En
1611, il parcourut l’Allemagne rencontrant
les landgraves Maurice de Hesse et Chris-
tian d’Anhalt, tous deux alchimistes et tous
deux sympathisants des buts politiques et
mystiques des Rose-Croix. Lors dùn séjour
en Angleterre, de 1612 à 1614, Maier sem-
ble avoir rallié beaucoup de gens à la cause,
y compris Robert Fludd. En 1617, il publia
son Silentiumpost clamores..., un traité apo-
logétique dans lequel sont expliquées non
seulement les causes des révélations de la Fra-
ternité Rose-Croix allemande, mais aussi les
raisons de son silence ultérieur ou l’« échec
à répondre aux vœux de chacun », ainsi
qu’une « réfutation des mauvais esprits ». Il
publia l’année suivante son Thémis aurea, hoc
est de legibus Fraternùatis R.C., qui expose
les lois de la mystérieuse Fraternité.
Pour plus ample information, nous ren-
voyons le lecteur à l’ouvrage passionnant
de Frances A. Yates, The Rosicrucian
Enlightemnent.
La dédicace est datée de Francfort, « près
des Remparts », en route d’Angleterre en
Bohême (transita ex Anglia in Bohemiam),
ce qui veut dire que cet ouvrage fut prêt à
être imprimé en même temps que le Lusus
serius que Jennis publia quelques mois avant
lui. La gravure est de J.T. de Bry.
62 MICHAEL MAIER
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Arcana; Lusus; Examen; Jocus 63
MUNDANORUM OMNIUM
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port longam dilcepraricmem.in Concilie» Oct o vir au
liaDitum, lioiiûuc rarionali arbitre, j’idicatus
& confhtutuscft.
A V T H ORL
Michaele Majero Com.Pal. Med.IX
H O R A T.
Omne tulit punci-^m qui mi/cit;: un e dith:
24
OPPENHEIMII
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Sn/^pllbLA Lu C Æ J E N N IS Bîhlldp. I 6 l 6 .
64 • MICHAEL MAIER
F V C O R V M
PSEVDO-CHYMICO-
RVMDETECTO R V M
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IN GRATIAM V E R I T A TIS A M A N-
tium fuccinéte refutatorum,
cZ F T H O R E
MICHAELE MAIER O,
o m. P a l, E Q; E x. Med» D.
Franc ofvrtî
r^pisNicolai Hoffmann i, fumptibus TlicodoridcBrij,
Anno M»CDXVII,
Arcana; Lusus; Examen; Jocus 65
J (j CVS SEVERVS,
HOC EST,
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Q V O
NOCTVA RE-
G I N A A V I V M,
P H OE N ï C E A R B l T R O
P O S T
VARIAS DISCEPTATIONES ET QV E<
rclas Volucrum eam infcftautiumproniinciatui, 8c obla-
pientiam iîngularem , Palladi ïacra
ta agnofcitur:
A V T H O R E
MI C H A E L E M AI E R O C O M. P A L. M, D<.
Franc ofVRTx
EypisNicolaiHotfmannj} fumptibus Thcodoridc Brijÿ
Anmo M.DCXVIL
66 MICHAEL MAIER
23 Arcana arcanissima. Osiris et Isis sont les Principes
opposés, Soufre et Mercure, tandis que Typhon, ana-
gramme de Python, est le Chaos ou Matena Prima.
Eveillé de son sommeil par la morsure aiguë du serpent
à double tête Amphisbène, Dionysos le tue avec un
rameau de vigne poussant à ses côtés. L’action mcisive
du Feu Secret stimule le pouvoir potentiel du Soufre dans
le Mercure des Sages. Lorsque le Soufre atteint la Fixité
Parfaite, il a tué le Mercure Volatil. L’on remarquera
qu’un sous-produit de la vigne est l’un des composants
salins du Feu Secret. Hercule (c’est-à-dire l’alchimiste)
poursuit le Cerf aux sabots de fer et aux bois d’or. Le
Cerf est la Pierre Blanche - il a des sabots de fer à cause
du rôle joué au début de l’Œuvre par l’agent martial, et
des bois d'or car la Pierre Blanche ne demande qu’une
élaboration supplémentaire pour atteindre la Perfection
dorée de la Pierre Philosophale - symbolisée ici par les
pommes d’or des Hespérides (voir la page de titre de l’Aia-
lanta Fugiens). L’Ibis, oiseau aquatique révéré par les
Egyptiens, est un grand destructeur de serpents et le
symbole de la dissolution. Apis, le Taureau Noir sacré
du Dieu Soleil, porte un croissant lunaire sur sa robe.
Il était rituellement noyé au bout de 40 jours. De même
que la Composition dans le vaisseau de l’alchimiste se dis-
sout en devenant noire et se putréfie durant une période
similaire avant de réaliser la « promesse de l’Aube » expri-
mée par le croissant lunaire, c’est-a-uire par la graine ou
l’essence de Soufre, promettant la Fixité Ultime de la
Pierre Philosophale. Révéré comme un symbole d’Osi-
ris, le Cynocéphale ou Babouin est un hiéroglyphe de viri-
lité et de Fixité.
24 Lusus serius. Après un débat animé, dans le Grand
Amphithéâtre du Monde, pour savoii qui serait reconnu
souverain, il fut finalement convenu que seraient élus des
représentants de toutes les espèces naturelles - deux des
quadrupèdes, et un de chaque parmi les oiseaux, pois-
sons, insectes, reptiles, plantes et minéraux - et qu’ils
seraient envoyés pour être jugés par l’Homme. Les huit
représentants réunissent au premier plan une vache, un
mouton, une oie, une huître, une abeille, un ver à soie,
une gerbe de lin et enfin Mercure. Chacun à son tour
adresse une harangue au juge, et Mercure ayant le plus
longuement exposé sa propre utilité se voit décerner la
Couronne. «Toi, dit le juge à Mercure, surpassant tes
concurrents comme le soleil les planètes, tu es le mira-
cle, la splendeur et la lumière du monde. »
25 Examen fucorum. De faux alchimistes, portant les
symboles de leur savoir inutile, s’approchent du vérita-
ble Philosophe auprès de qui demeure la Sagesse sous
l’apparence d’une chouette (l’oiseau de Pallas Athéna).
Maier compare leurs activités à celles des bourdons dans
les ruches. Paresseux et gloutons, les bourdons sont,
comme le pseudo-chimiste, des « abeilles prétentieuses
mais inutiles ».
26 Jocus severus. L’assemblée des oiseaux réunie afin de
déterminer le plus méritoire d’entre eux, comprend la
chouette, la corneille, l’oie, la grue, le corbeau, le rossi-
gnol, le choucas, le héron, l’hirondelle, l’épervier, le cou-
cou, la pie, le geai et le perroquet. Présidée par le Phé-
nix, l’assemblée finalement décerne la couronne de la
Sagesse à la chouette.
Arcana; Lusus; Examen; Jocus 67
Michael Maier
Atalanta fugiens, 1618
Atalanta fugiens, hoc est, Emblemata nova de secretis naturae chymica,
accommodata partim oculis & tntellectui, figuris cupro incisis, adjectisque
sententiis, epigrammatis & notis, partim auribus & recreationi animi plus
minus 50 fugis musicalibus tnum vocum, quarum duae ad unam simplicem
melodiam distichis canendis peraptam, correspondeant, non absque singu-
lari jucunditate videnda, legenda, meditanda, intelhgenda, dijudicanda,
amenda & audienda : Authore Michaele Maiero Impérial. Consistorii
Comité, Med. D. Eq. ex. & c. Oppenheimii ex typographia Hieronymi Gal-
leri, sumptibus Joh. Theodori de Bry, MDCXVIII.
Atalante fuyant, autrement dit nouveaux Emblèmes chimiques des secrets
de la nature, destinés en partie aux yeux et à l’intellect, avec des figures
gravées sur cuivre, et addition de maximes, épigrammes et notes, et en par-
tie aux oreilles et à la récréation de l’âme, avec environ cinquante fugues
musicales à trois voix, dont deux peuvent correspondre à une seule mélo-
die simple propre à chanter des couplets; l’ensemble ne pourra être regardé,
lu, médité, compris, jugé, chanté et entendu sans un plaisir singulier.
L’auteur en est Michael Maier, Comte du Consistoire Impérial, Docteur
en Médecine, Chevalier Libre de l’Empire, etc. Imprimé par Jérôme Gal-
ler à Oppenheim, aux frais de Jean Théodore de Bry, éditeur, 1618.
La dédicacé à Christophe Reinhart de la
ville impériale de Mülhausen, Docteur en
droit et sénateur, est datée de Francfort,
août 1017. L’ouvrage fut en effet d’abord
publié à la fin de cette annee, mais son
succès provoqua une réédition l’année
suivante, à laquelle fut ajoutée le portrait
de l’auteur; c’est pourquoi nous repro-
duisons cette seconde impression II y eut
encore une édition omettant la musique
en 1687 intitulée Secretioris Naturae secreto-
nmi scrutinium chymicum, qui fut traduite
en allemand en 1708. Les planches furet
gravées par Jean Théodore de Bry et non,
comme on l’affirme parfois, par Matthaus
Merian. Le président Jean d’Espagnet, un
autre alchimiste célébré, fait l’éloge des
emblèmes d?Atalanta Fugiens «parce qu’ils
décrivent avec suffisamment de clarté à des
yeux clairvoyants ce qui est le plus secret et
le plus caché dans le Grand Œuvre».
68 • MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 69
Très schola.tres coesar titvlos de.
DIT; H.EC MIHI RESTANT
Po.S.SE BENE IN CHRISTO VIVERE.POSSE MORI
Michael maiervs comf.s imperialis con.
SISTORÏI etc PHILOSOPH ET MEDICJNARVM
DOCTOR P. C C. NOBIL. EXEMPTVS FOR OLIM
TEDICVS CÆS.-etc.-
70 • MICHAEL MAIER
>X F U CA I. in Quirta.infrl.
©5 bat (bu ï»cr 'ÏÏJitiD gctragcu itn Candie.
Ym^hmx.
Embryo vcnro si Bore x quichudicur a!-
EmSlema I. t>efierttisKilurt.
Portavit cutn ventus in ventre fuo.
vo, Vivus in hanclucem fi terne! or tus c rit, or tus c nt.
HtffâffU'
Un in Vf*
Embryo vcnro si Bore ® qui claudirur al-
vo, Vivus in hanc lucem fi temel ortus eric, erit.
fomum ci
yHxmj'nt
vcx Mt-
t*W.
Embryo ventoû Bore® qui claudirur «Ivo,
Vivus in hanc lucem fi temel ortus eut.
Z. Efigrammatù Latini verfio Germanie*.
(^3f$nidjtim®Aucfcti<Ê®inbWmdd5cm>dji>tr6OT8«i(tfCf/
35,1 ©o frire in b«frs litc^t trefdbrwirrrrfKbctl
ScinnQrrfiofirnÂJrUcnOijhrrnbÆ^al vbrrgrfirnrodf
S nr cl) Æunp vnb parrfr <<5tt>nltvnt> feint» bdbceàtbrrt >
CdMin/M tr mcf>< ünrtrmlirf; tær gtHgtbotm rnttOI
ewitrni in rtcÇttf ®îaè femmt IrtcnWa <w(f bit (grt>.
EPIGR.AMMÀ ,
"C Mhryo veatûsa Bo^eæ^uî clauditur ak^.
A-* Fivui t» hanc kuemfi fimcl or tue entj
'UnMÙ Heroum ctinttosfityerarc Ubores
Embl E-
rte.manu fiorti corpore, mente.potesi.
• 2{etibtfit Ccefi,nec abortw in ut dû ille_j,
Agrippd>bano fidtrefid gtmtue.
B 3
Atalanta fugiens 71
7 2. • MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 73
74 ' MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 7$
39
76 • MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens • 77
78 • MICHAEL MAIER
Atalanta jugiens • 79
80 • MICHAEL MAIER
Atalanta Juliens 81
82 • MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 83
84 • MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 85
86 MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 87
UMUuUJ
88 MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 89
90 • MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 91
92 • MICHAEL MAIER
Atalanta juliens 93
94 ' MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 95
96 • MICHAEL MA1EB
27 Les énigmatiques Hespérides, Aeglé, Hespéra et Aré-
thuse (auxquelles l’on rajoute parfois une quatrième : Ery-
theia) étaient (selon l’une des traditions les concernant),
les filles de Zeus et de Thémis. Leur jardin se trouvait
- chose significative - au-delà de la mer Rouge (avec
ses sables pourpres et ses eaux scintillantes dans lesquel-
les se baigne Hélios, le dieu du Soleil), au-delà des
confins occidentaux du monde, caché par des nuages d’or.
Le chemin y menant était un secret impossible à décou-
vrit sans secours divin. Hercule dut lutter avec le Vieil
Homme de la Mer, le triton Nérée, avant d’en découvrir
la voie. Dans ce jardin poussait un arbre aux pommes d’or,
cadeau de mariage que fit la Terre à Héra, Rune des
Dieux. Cet arbre était gardé par un dragon insomniaque
qu’Hercule réussit cependant à vaincre. Il s’empara des
pommes d’or qui, selon une tradition esoterique impor-
tante, furent données à Vénus.
La légende d’Atalante est contée par Vénus à Adonis
(Ovide, Les Métamorphoses, X.560). Atalante dont la
beauté n’avait d’égale que la rapidité de ses pieds, avait
été avertie de résister à tous ses prétendants sous peine
de perdre sa propre nature. Elle avertit donc à son tour
ses prétendants qu’ils devraient soit la vaincre à la course
soit être tués. Le jeune Hippomène, arrière-petit-fils de
Neptune, reçut de Vénus trois pommes d’or qu’elle lui
recommanda de laisser tomber l’une après l’autre durant
la course. Chaque fois qu’Atalante le rattrapait, il lais-
sait tomber une pomme et elle s’arrêtait pour la ramas-
ser; c’est ainsi qu’il gagna la course. Hippomène savoura
son triomphe - puis, saisi de désir pour Atalante, il
l’entraîna impulsivement dans un temple, où il s’unit
charnellement à elle. Offensée, la Mère des Dieux les
transforma tous deux en lions.
Le conte, en langage alchimique, illustre la rivalité entre
Mâle et Femelle, Soufre et Mercure, la domination ini-
tiale de la Femelle, la victoire du Mâle, et la conversion
des deux principes en Fixité (les Lions Rouges). La viva-
cité du Mercure du Sage est donc fixée par l’action de
son propre Soufre qui est de même nature et de même
origine (Atalante et Hippomène étaient tous deux de sou-
che royale et divine).
28 Portrait de l’Adepte en 1617, à l’âge de 49 ans. « J’ai
reçu trois titres de César et trois de l’Ecole. Ces choses
me restent, que je puisse en Christ bien vivre et moui ir ».
29, 30 Emblème I. Portava eum ventus in ventre suo.
« Le vent l’a porté dans son ventre. » Ce premier
Emblème A'Atalanta Fugiens illustre l’un des fameux vers
d’Hermès dans la Table d’Emeraude. L’enfant, la future
Pierre Philosophale, est le Soufre - Feu ou Esprit -
porté par Mercure (le premier des deux principes jumeaux
de l’Œuvre) sous sa forme volatile, et ainsi « dans le ven-
tre du vent ».
Les cinquante devises de Maier sont toutes accompa-
gnées, comme ici, d’une êpigramme et d’une fugue musi-
cale (du latin fugire, fuir) et suivies d’un discours en prose.
31 Emblème IL Nutrix ejus terra est. « La Terre est sa
nourrice. » Cet emblème fait encore allusion à la Table
d’Emeraude. Dans le discours, les mots CLTR VERO
TERRA (« Pourquoi vraiment la Terre? ») sont écrits en
lettres capitales, indiquant qu’on doit lire Cor veruni Terra
(« La Terre est le vrai cœur »). En effet, la Terre Philo-
sophique est la Matière (mater ou mère) de l’Œuvre, dont
le lait, le Lac Virginis (Lait de la Vierge), nourrit l’enfant
Soufre.
32 Emblème III. Fade ad muherem laventem pannos, tu
fac svmliter. « Va vers la femme qui lave des draps, et
fais de même. » Cette injonction signifie que le Sujet du
Sage doit être « lavé » (purifié) par une lessive de feu. En
effet, les Philosophes soulignent que le Feu est une eau
(qui ne mouille pas les mains) et que leur Eau est un feu
(brûlant sans flammes). Ce Feu Secret est essentiel pour
pénétrer et laver la noirceur du Corps Philosophique.
33 Emblème IV. Conjuge fratrem eum sorore et propina
ulis poculum amoris. « Unis le frère à la sœur et offre-lui
la coupe de l’amour. » La nécessité de l’inceste sur laquelle
toute la littérature alch.mique insiste, contribue à mettre
en valeur l’étroite parenté des deux Natures opposées mais
complémentaires. Le Frère est ardent, sec, et « coléri-
que ». La Sœur, froide et humide, contient beaucoup de
matière « flegmatique ». Leur union tumultueuse doit,
toutefois, être à la fois stimulée et « tempérée » par le
moyen d’un philtre d’amour présenté par le troisième per-
sonnage de la gravure, qui incarne le Feu Secret, le média-
teur salin ou Sel d’Harmonie.
34 Emblème V. Apporte mulieri super mammas bufonem,
ut ablactet eum & moriatur mulier, fitque bufo grossus de
lacté. « Place sur le sein de la femme un crapaud, de façon
qu’elle puisse l’allaiter, que la femme meure et que le cra-
paud soit gros de lait. » (Dans l’ordre des opérations, cet
emblème devrait précéder et non suivre l’Emblème IV.)
Dans le Premier Œuvre, cette sinistre injonction illus-
trée ici se tradu'i par l’alimentation du Soufre (Crapaud-
Enfant) des Philosophes par le Lait (Mercure) de la
Matière ou Sujet. La mort de la femme, correspondant
à l’axiome capital « Tuer le vif pour ressusciter le mort »,
signifie que la Matière initiale meurt dans la Dissolution
qui produit le Lait (Mercure) dont se nourrit le Soufre
embryonnaire - jusqu’ici décrit comme mort parce que
initialement le Soufre n’était qu’une potentialité latente
dans le tombeau de la Matière.
35 Emblème VI. Seminate aurum vestrum in terram
albam foliotant. « Semez l’or dans la blanche terre
feuillée. » L’Alchimie (souvent appelée « Agriculture
Céleste ») emprunte de nombreuses analogies à l’agricul-
ture. En dessous de la présente image, l'épigramme (tirée
Atalante fugiens 97
du Rosarium phtiosophicum, Francfort, 1550) souligne la
nécessité d’observer comme dans un miroir la leçon du
grain de blé, qui enseigne comment l’Or des Sages est
seme dans la blanche terre feuillée. Maier dans son dis-
cours fait une référence à l’excellent traité (Secretum)
publié à Leyde en 1599 par Jodocus Greverus, qui com-
pare de façon détaillée les opérations de la culture du blé
à celles de l’Œuvre alchimique.
De même qu’il faut un germe pour produire du blé,
(nist granum frumenti), il est nécessaire pour obtenir le
Grain métallique de multiplier le métal. La Graine con-
tenue dans chaque produit naturel est obtenue par la
décomposition totale de la substance. Mais chaque Graine
requiert un terrain adéquat, et l’Artiste devra préparer
la Terre requise, travail qui prendra (comparé à l’ense-
mencement lui-même) un temps considérablement plus
long.
36 Emblème VIL Fit pullus a nido valons, qui iterum cadit
in nidum. « Ici apparaît un oisillon volant hors du nid,
puis retombant dans le nid. » Maier dit : « Si vous joi-
gnez la tête de l’un au corps de l’autre, ce ne sera pas
un travail futile » L’Aiglon (Principe volatil) tente de
s’envoler de Faire creusée dans le rocher. Son jeune frère
sans plumes en piaillant le retient, et le Volatil ainsi
retombe dans le nid. « Joindre la tête de l’un au corps
de l’autre » consiste à rendre le Fixe volatil et le Volatil
fixe.
37 Emblème VIII. Accipe ovnm & igneo percute gladio.
« Prends l’œuf et frappe-le avec une épée de feu ». L’œuf
est le Sujet de l’Art, qui doit être frappé par l’agent mar-
tial igné maniant l’épée à double tranchant du Feu Secret.
Mars vient ainsi à l’aide de Vulcain, et de la subséquente
noirceui de la Putréfaction (Nigredd) le poussin herméti-
que naîtra. Raymond Lulle, cité ici par Maier, souligne
à diverses reprises que le glaive brûlant est une lance effi-
lée, car le Feu transperce les corps comme une lance, les
rendant poreux et perméables afin que l’Eau puisse les
pénétrer et transformer leur dureté en mollesse.
38 Emblème IX. Arborent cum sene conclude in rortda
domo & comedens de fructu ejus fiel juvenis. « Enferme le
vieil homme et l’arbre dans une maison de rosée, et en
mangeant de ses fruits il rajeunira. » Il est fait ici une dou
ble allusion, d’abord au pouvoii réjuvénateur de la Pana-
cée ou remède universel (l'un des degrés de perfection
de la Pierre Philosophale); et ensuite à l’Œuvre lui-même.
Le Sujet de l’Art (le vieil homme) est placé dans un vais-
seau alchimique et amené à « exsuder » l’humidité super
fine et corruptrice qui, sublimée, s’élève au haut du vais-
seau puis retombe comme la rosée sur la Matière dessé-
chée (au fond du vaisseau) qui l’absorbe avidement.
39 Emblème X. Da ignem igni Mercurtum Mercurio &
suffictt tibi. « Donne du feu au feu, du Mercure au Mer-
cure et (cela) te suffit. » Ce conseil se fonde sur l’axiome
alchimique attribué à Democrite (voir Berthelot, Collec-
tion des anciens alchimistes grecs, I, 43). La nature se réjouit
en la nature ; mais, avertii Maier, les Philosophes ont dif-
férents Feux et différents Mercures. Le Feu extérieur
(produit par n’importe quel combustible) doit être
employé à bon escient afin d’exciter le Feu intérieur (ou
secret) caché dans le Sujet. D’une manière semblable, le
Mercure des Sages (Principe Primordial de l’Œuvre)
transmet sa propre vitalité au Soufre, donnant sa propre
vie autant ce processus. Le Soufre Philosophique est
ensuite uni, dans des proportions correctes, au même
Mercure vivant; le produit de cette opération est le Mer-
cure Philosophique.
40 Emblème XL Dealbate Latonam & rumpitc libros.
« Blanchis Latone et déchire les livres. » Cet axiome est
attribué à Morienus - qui lui-même cite une source
hébraïque. La découverte de l’identité de Latone : mère
de Diane et d’Apollon - qui sont non seulement le Soleil
et la Lune mais aussi le Mercure et le Soufre des Philo-
sophes - correspond à la découverte de l’identité du Sujet
des Sages ou Materia Prima. L’ordre de blanchir ou de
purifier le sujet comprend tout l’Œuvre; tandis que la
destruction des livres signifie que la façon de procéder
est par Dissolution. N’importe quel type de violence en
alcl mue signifie l’application alchimique du Feu. Les
feuilles des livres sont une indication supplémentaire de
la nature du Sujet ou Matière. Les anciens Sages le nom-
maient Liber, livre, car sa texture cristalline, laminée ou
feuilletée, est formée de feuilles superposées, comme les
pages d’un livre.
41 Emblème XII. Lapis, quem Saturnus, pro Jove filio
devoratum, evomuit, pro monumento in Helicone mortali-
bus est positus. « La Pierre que Saturne dévora à la place
de son fils Jupiter et qu’il vomit fut placée sur le mont
Hélicon comme monument pour les mortels. » Le Saturne
des Sages est la Pierre des Philosophes, de couleur som-
bre à laquelle convient tout à fait la formule biblique :
« Je suis noire mais je suis belle » (Nigra sum sed formata}.
En outre, Saturne est aussi le Nigredo, c’est-à-dire la noir-
ceur de la Putréfaction, premier signe important de la
réussite. Saturne vomit la pierre (que, trompé, il avala
au lieu de l’enfant Jupiter) parce que la première cou-
leur succédant à la noirceur est le gris de l’Aube - cou-
leur de Jupiter. Ainsi dans l’ombre des opérations, il est
dit que Saturne engendre Jupiter qui, à son tour, engen-
dre avec Latone Diane (la Blancheur) et Apollon (la Par-
faite Rougeur). Le lecteur a ici un autre exemple de la
façon dont un symbole peut changer de sens lorsque les
Philosophes considèrent en même temps plusieurs pha-
ses de l’Œuvre.
42 Emblème XIII. Aes Philosophorum hydropicum est &
vult lavar’ septics in fluvio, ut Naaman leprosus in Jor-
98 • MICHAEL MAIER
dane. « Le minerai des Philosophes est hydropique et doit
être lavé sept fois dans la rivière comme le lépreux Naa-
man dans le Jourdain. » L’hydropisie de « notre Pierre »
est l’humidité superflue qui adhère à son Mercure. A un
tel problème ne correspond qu’un seul remède alchimi-
que : dissoudre et sublimer le Sujet sept fois de telle sorte
que l’hydropisie puisse être aspirée et sublimée dans les
eaux de la Dissolution pour se convertir en rosée bien-
faisante. Maier recommande le plus grand soin pour évi-
ter de trop dessécher, ce qui brûlerait le Corps, ou encore
une hydropisie supplémentaire et difficile à guérir qui pro-
viendrait de l’emploi d’un excès d’eau.
43 Emblème XIV. Hic est Draco caudam suam devorans.
« Voici le Dragon qui dévore sa queue. » Ce Dragon,
Ouroboros, est peut-être le plus ancien hiéroglyphe her-
métique, symbolisant à la fois l’Unité de la Matière et
le Sujet des Sages, ou plus précisément le Mercure des
Sages, dans lequel, affirment les Philosophes, toute chose
se trouve : « De l’Un à l’Un par l’Un. »
44 Emblème XV. Opus figoli cansiit&is m sicco & humido,
te doceat. « Que l’Œuvre du potier, consistant en une com-
binaison du sec et de l’humide, t’ir.struise. » Une autre
analogie favorite avec l’œuvre de l’Artiste Hermétique est
celle du potier. De même qu’il mélange l’Eau à la Terre,
l’Air et le Feu, il existe dans les deux Œuvres une grande
affinité entre l’humide et le sec, ou l’Eau et la Terre (Mer-
cure et Soufre).
45 Emblème XVI. Hic leo, quas plumas non habet, alter
habet. « Ce lion n’a pas de plumes, l’autre en a. » Le Sou-
fre fixe cherche à empêcher l’envolée de sa contrepartie
volatile. Cette gravure est, en un sens, une variante de
l’Emblèmc VIL La Lionne est représentée ailée, parce
que le premier Mercure (le Dissolvant ' nitial) communi-
que au Soufre une qualité volatile (durant la Réincruda-
tion et la Décomposition du métal) sans laquelle leur
union ne sérail pas possible.
46 Emblème XVII. Orbita quadruplex hoc régit ignis opus.
« La quadruple orbite régit cette Œuvre du Feu. » Ici sont
montrées les relations entre les quatre Feux de l’Œuvre
qui, dit l’épigramme, « comme une chaîne guideront ta
main ». Le premier est le Feu Elémentaire qui fournit la
chaleur et le premier mouvement; le second et le troi-
sième sont les principes composites du Feu Secret ame-
nés à réagir par la chaleur du premier. Le quatrième -
appartenant à la sphère d’Apollon - consiste en un dyna-
misme électromagnétique dont l’action indispensable à
tout l’ensemble de l’Œuvre sépare l’Alchimie de la chi-
mie vulgaire. Au premier plan à gauche, le vieil édicule
à côté des bâtiments constitue un indice sur la nature de
l’un des composants du Feu Secret; la présence de l’eau
dans le tableau indique en outre que les « Feux » des Phi-
losophes sont, comme le dit Maier, des eaux, mais « des
eaux qui ne mouillent pas les mains. » « Ces quatre Feux,
remarque Maier en conclusion de son discours, sont enfer-
mes dans des sphères ou cercles, ce qui signifie que cha-
cun possède son propre centre d’où, ou vers lequel, tend
son mouvement; et cependant, comme on peut l’obser-
ver, ils sont liés en partie par la Nature et en partie par
l’Art, de telle sorte que l’un n’accomplit que peu ou rien
sans l’autre, que l’activité de l’un est la passion de l’autre,
et vice versa. »
47 Emblème XVIII. Ignire ignis amat, non aurificare sed
aurum. « Le Feu aime brûler, mais l’or n’aime pas faire
de l’or. » L’or vulgaire est inutile dans l’Œuvre, à moins
qu’il ne soit transmuté en Or Philosophique par la Réin-
crudation, ou retour à l’etat cru : un terme très ambigu.
Car le « métal mort » doit être réammé par un « esprit »,
emprunté à une « racine métallique », comme le recom-
mande Basile Valentin : ce procédé revitalise l’or et le
rend utilisable par l’Alchimiste. Lorsqu’on adopte ce que
l’on nomme la Voie Humide, cet « Or Philosophique »
sert de Sujet; et dans toutes les opérations alchimiques,
il sert de ferment dans la deinière partie de l’élaboration.
Le Chien est le symbole du Soufre, le germe fixe ou
l’embryon latent.
48 Emblème XIX. Si de quattuor unum Occidas, subito
nwrtuus omni erit. « Si tu tues l’un des quatre, tous mour-
ront subitement. » Dans la littérature alchimique, la des-
truction de l’or a la réputation d’être plus difficile que
sa fabricauon. Les frères sont, en termes alchimiques, les
Quatre Eléments qui composent une substance. C’est
pourquoi la destruction de l’un cause la mort de tous.
« Tue donc le vif, mais afin de ressusciter le mort, sinon
la mort de la victime aura été vaine », avertit Maier dans
son discours. Avicenne, cité par notre auteur dans le dis-
cours précédent, écrit : « D’Eau est faite la Terre. L’Eau
est vaincue par les qualités de la Terre et réciproque-
ment. » Il faut comprendre par là que la Réincrudation
suppose une liquéfaction par Dissolution, et un retour
au sein de la Terre. Le but de cette opération est l’acqui-
sition du Soufre et sa revivification par la mort du Mer-
cure initial.
49 Emblème XX. Naturam natura docet, debellet ut
ignern. « La nature enseigne à la Nature à triompher du
feu. » La voie de la Nature lorsqu’elle recherche la per-
fection d’une œuvre quelconque, écrit Maier, « consiste
à faire sortir une chose d’une autre, la plus parfaite de
la moins parfaite, et à activer son potentiel ». C’est exac-
tement ce que nous voyons dans le geste de l’héroïne mer
curielle pressant le Martial Chevalier sur le point de com-
battre la tyrannie du Feu. Le chevalier est le Soufre fixe
que les flammes ne peuvent plus vaincre.
50 Emblème XXL Fac ex mare & foemina ctrculum, inde
quadrangulum, ninc triangulum, fac circulum & habebis lap
Atalanta fugiens 99
Philosophorum. « Fais à partir de l’homme et de la femme
un cercle puis un carré, ensuite un triangle. Fais un cer-
cle et ainsi tu obtiendras la Pierre Philosophale. » La Qua-
drature alchimique du Cercle consiste à prendre une
sphère microcosmique à laquelle est ajoutée une croix
(remarquez-la aux pieds de P Artiste), qui est ensuite
convertie en carré (les quatre éléments), puis en un trian-
gle (corps, esprit et âme). L’homme et la femme sont le
Soufre et le Mercure (des Sages) Principes de l’Œuvre,
et le triangle est finalement converti en une plus grande
sphère macrocosmique qui est la Pierre Philosophale. Le
compas - dont les pointes non seulement mesurent et
comparent les distances mais tracent aussi la circonférence
parfaite du cycle hermétique - agit comme un outil
d’enseignement infiniment précieux indiquant les propor-
tions des Poids de l’Art.
51 Emblème XXII. Plumbo habùo candtdo fac opus mulie-
rum, hoc est, COQUE. « Une fois que tu as du plomb
blanc, fais le travail des femmes, c’est-à-dire : CUIS.
«Tu n’as besoin que d’une chose, éci it Alphidius, notre
Eau et une seule décoction » (coction ou décoction signi-
fie « cuisson »). Il ajoute : « Il n’y a qu’un seul vaisseau
pour le Blanc et le Rouge. » On peut dire de cette ques-
tion alchimique qu'elle est toute l’Œuvre car elle en cons-
titue la majeure partie; alors, comme dans la cuisine, ne
sont nécessaires que patience et attention. Le Sujet est
tout d’abord résolu dans sa propre eau (dissous), et c’est
pourquoi l’épigramme de Maier dit ici que la truite doit
être liquéfiée dans ses propres eaux. Ici la fenêtre ouverte
donne sur la rivière. « Par coction, écrit Maier, nous
entendons la maturation des parties crues qui, grâce à Vul-
cain, s’accomplit dans les vaisseaux de la Philosophie. »
Le Philosophe, comme la femme qui amène à maturité
le poisson dans l’eau, résout en Air et en Eau toute leur
humidité supertlue Son Sujet macérant dans sa propre
Eau (plus forte que le plus fort vinaigre) y est liquéfié
et dissous. Il est finalement coagulé et fixé par la même
« Eau » dans le même vaisseau hermétiquement fermé.
Remarquez, parmi les nombreux détails significatifs, le
Chat, emblème du Feu Secret.
52 Emblème XXIII. Aurum pluit, dum nascitur Pallas
Rhodi, & Sol concuml it Veneri. « L’or tombe en phr.e
lorsqu’à Rhodes naît Pallas et le Soleil couche avec
Vénus. » Maier souligne dans son discours qu’il ne faut
pas entendre toutes ces choses littéralement mais bien allé-
goriquement. « En effet, écrit-il si nous suivons les mots
de cet Emblème dans leur nudité, rien n’est plus absurde,
mais si nous en suivons l’esprit, rien n’est plus vrai. Vul-
cain (Feu), d’un seul coup de hache, fend la tête de Jupi-
ter, le soulageant d’un teirible mal de tête en donnant
naissance à Pallas Athéna (le Mercure sublimé au plus
haut degré par la coction). Jupiter, en ce cas, est passif,
parce qu’il représente la chaleur innée génératrice des
corps (le Feu Naturel) qui amène le métal à maturation.
Une pluie d’or tombe sur l’île de Rhodes (la terre philo-
sophique) durant cet événement, et ceci parce que l’Or
Philosophique volatilisé retombe en pluie d’or sur la
matière fixe qui demeure au fond du vaisseau alchimi-
que. L’union sexuelle du Soleil et de Vénus, représentée
à l’arrière-plan, est l’union du Fixe et du Volatil produi-
sant la parfaite Fixité finale d’Apollon, sous la forme du
Colosse de Rhodes.
53 Emblème XXIV. Regem lupus voravu & vttae crema-
tus reddid.il. « Le loup dévora le Roi et, incinéré, le ren-
dit à la vie. » Le loup est le Dissolvant (Mercure) qui
dévore le Roi « inanimé » (c’est-à-dire l’Or des Philo-
sophes) inutile à l’Œuvre tant qu’il n’est pas réincrudé.
Le Loup cède sa propre vie dans la Solution (voir
Emblème XIX), communiquant sa propre vitalité à la
potentialité jusqu’ici latente du Roi, et celui-ci, ayant assi-
milé la vie de son assaillant, sort du feu avec une « nou-
velle vigueur, jeunesse et beauté ». Bref, cet emblème est
une autre illustration de l’axiome hermétique : « Tue le
vif pour ressusciter le mort. »
54 Emblème XXV. DRACO non moritur, nisi cum fra-
tre & sorore sua inter]iciatur, qui sunt Sol & Luna. « Le
Dragon ne meurt qu’à condition qu’il soit tué avec son
frère et sa sœur qui sont Soleil et Lune. » La mort du
Dragon consiste en sa Dissolution par son propre Mer-
cure ou sœur (extrait de son propre sang); l’Emblème
montre donc Cynthia la Lune tuant le chasseur Orion,
et sa Fixation (coagulation) ultérieure, symbolisée par
Apollon tuant le serpent Python (qui est bien le même
Dragon).
55 Emblème XXVI. Sapientiae hutnanae fructus Ltgnum
vüae est. « Le fruit de la Sagesse humaine est l’Arbre de
Vie. » La Sagesse Humaine s’avance portant dans une
main « Santé et longueur des jours », dans l’autre « Gloire
et infinies richesses ». Si quelqu’un, en acte et en pen-
sée, accède à la Sagesse, « elle sera en lui comme le fruit
en l’arbre de vie. Ceux qui lui sont parents atteignent
l’éternité, dit Solomon, tandis que ceux qui sont ses amis
jouissent de vrais délices et quiconque le recherche dili-
gemment partagera de grands plaisirs. Car avec la Sagesse
il n’y a dans l’existence ni peine ni lassitude, mais au con-
traire bonheur el joie. Aussi suaves que puissent être les
plaisirs de la musique et le goût du vin, la Sagesse l’est
encore plus. Pour ceux qui s’en saisissent elle est l’arbre
de vie : ceux qui la conservent sont bénis. « Les Philoso-
phes encouragent les Fils de l’Art à rechercher la Sagesse
en pénétrant jusqu’aux arcanes de la Connaissance de
Dieu. Toutefois c’est un Don de Dieu accordé à ceux choi-
sis comme dignes de le recevoir.
56 Emblème XXVII. Qui Rosarium intrare conatur Phi-
losophicum absque clave, assmilatur homini ambulare
volenti absq lue] pedibus. « Celui qui tente d’entrer sans
100 • MICHAEL MAIH.R
clef dans la Roseraie des Philosophes est comme un
homme essayant de marcher sans pieds. » Aucun homme,
s’il n’a pas le savoir requis, ne peut pénétrer dans le Jar-
din des Philosophes, la porte étant barrée par de solides
verrous. La (première) clef consiste en la connaissance
de la Matière propre. Celui qui ne parvient pas à l’acqué-
rir « est comme un homme privé de pieds ayant toutes
les peines du monde à se tenir meme sur le sol », essayant
de grimper sur le Parnasse escarpé (les personnages du
Parnasse méritent d’être étudiés de près).
57 Emblème XXVIII. Rex balneatur in Laconico sedens,
Atraque bile liberatur a Pharut. « Le Roi se baigne,
assis dans le bain Lacomen il est purgé de sa bile noire
par Pharut. » Cet Emblème devrait faire suite à l’Em
blême XXII - auquel est renvoyé le lecteur Ici le Roi
(le Sujet des Sages) a été reconnu en dépit « d’un vête-
ment ordinaire ». Une bile noire (melancholia) s’accumu-
lait dans son corps, et il désirait ou mourir ou guérir. Un
grand docteur prescrivit un bain lacomen, « c’est-à-dire
v aporeux et sudoi ifique », prenant soin de le porter à la
température convenable, et le Roi fut (dans la Sublima-
tion) purgé de toutes les impuretés et totalement guéri.
« Cette allégorie est fréquente dans les écrits des Sages »,
indique Maier qui cite Bernard le Trévisan et Alanus.
58 Emblème XXIX. Ut Salamandra vivit igné sic lapis.
« Comme la Salamandre, la Pierre vit dans le Feu. » La
Salamandre hiéroglyphe du Feu est le symbole à la fois
du Soufre et du Feu Secret, des Sages, auquel rien ne
saurait se substituer pour l’élaboration du mercure. Cet
esprit agent actif de toutes les transformations est seul
susceptible de l’animer, de l’exalter et de faire corps avec
lui après l’avoir extrait de la matière brute. En effet, sans
ce feu caché sous une forme saline (dont l’identiùcation
est l’une des énigmes les plus subtiles de l’Art d’Hermès),
la matière préparée ne pourrait être évertuée ni remplir
ses fonctions de mère. Salamandra vient de sal, sel, et
mandra qui veut dire étable et aussi creux de roche, soli-
tude, ermitage. Salamandra est donc le nom du sel d’eta-
ble, sel de roche ou sel solitaire. Ce feu spirituel informé
et corporifié en sel, c’est le soufre caché et invisible de
meme essence que le soufre spécifique de l’Or mais moins
digéré et plus abondant que ce dernier, ce qui lui permet
de s’unir facilement au mercure des métaux imparfaits.
En conclusion de son discours, Maier remarque que la
nature aqueuse et volatile du Mercure ne permettrait pas
sa fixation sans l’étreinte conjugale du soufre ou Tein-
ture Philosophique, qui fixe tous les esprits volants.
59 Emblème XXX. Sol irdigei luna ut gallus gallina.
« Le Soleil a besoin de la Lune comme le poulet de la
poule. » Ce thème tiré du Rosarium Philosophorum est
l’un des axiomes de base de la Philosophie Hermétique,
et montre que les Principes jumeaux de l’Œuvre sont
complémentaires et doivent être unis. La volatile Lune
mercurielle devra être exaltée jusqu’au degré sublime du
Soleil afin de réaliser une union durable. Le Soleil (Sou-
fre) est pratiquement dénué de valeur sans la Lune,
laquelle sans le Soleil est vile et méprisée. Son union avec
le Soleil confère à cette humble Matière splendeur, force
et dignité, dit Maier : autrement dit fermeté du corps et
de l’àme (Fixation). La Lune, à son tour, fournit le récep-
tacle de la Teinture du Soleil, et donne naissance à
ses enfants, assurant ainsi la propagation de sa race
(Multiplication).
60 Emblème XXXI. Rex natans in mari, damans altâ
voce : Qui me enpict ingens praemium habebit. « Le Roi
nageant dans la mer, criant à haute voix : Quiconque me
sauvera recevra une grande récompense. » Cet emblème
illustre le commandement d’Hermès de soustraire le vil
Sujet des Sages à sa condition misérable. Quoique mécon-
nue par l’ignorant, la Pierre des Philosophes est un Roi
qui, sauvé et soigné, rapportera de riches récompenses
à son sauveur. Dans une autre interprétation, le Roi,
désespérant d’être sauvé, est aussi le Soufre, qui après
la Dissolution flotte sur les eaux « cristallines » de la Mer
Philosophique.
61 Emblème XXXII. Corallus sub aquis ut crescit & aere
induratur, sic lapis. « La Pierre de même que le corail se
développe sous l’eau et durcit à l’air. » Suivant l’inter-
prétation de l’emblème précédent, nous voyons l’Artiste
extrayant soigneusement le corail, le Soufre Philosophi-
que coagulé, hors de l’Eau Mercurielle. La séparation ou
la cueillette du Corail est pleine de difficultés. Maier
recommande de le « couper sous l’eau, avec beaucoup de
prudence, afin d’éviter de perdre son sang et son goût
en ne laissant par conséquent subsister qu’un chaos ter-
restre informe. » Maier conclut en avertissant d’un autre
danger majeur menaçant la Pierre, un excès d’humidité,
empêchant son développement, qui doit être éliminé.
62 Emblème XXXIII. Hermaphroditus mortuo similis,
in tenebns jacens, tgne indiget. « L’Hermaphrodite, gisant
tel un cadavre dans l’obscurité, a besoin du feu. » Dans
les ténèbres de la Mort il faut à l’Hermaphrodite (ou
Rebis) — le Sujet — la chaleur du feu pour guider son
évolution vers la Perfection. Lorsque la froide humidité
de la Lune est présente dans leur Sujet, les Philosophes
l’appellent leur Femme, quand à leur tour régnent la
sécheresse et la chaleur du soleil, ils l’appellent leur
Homme. Lorsque ces quatre qualités sont présentes en
même temps, ils l’appellent leur Rebis ou Hermaphro-
dite. La Femme est facilement changée en Homme (c’est-
à-dire le Volatile en Fixe), par la médiation de la chaleur
de la coction alchimique. La chaleur chasse et élimine
l’excès d’humidité, et la Teinture est obtenue : c’est une
huile incombustible contenant le pouvoir actif du Soleil.
Atalanta fugiens toi
63 Emblème XXXIV. In balneis concipitur, & in aere nas-
citur, rubeus vero factus graditur super aquas. « Il fut conçu
dans les bains et né dans l’air; fait véritablement rouge,
il monte sur les eaux. » Le Soufre (le Soleil du Sage)
féconde la Lune Mercurielle par immersion. Mercure (la
Lune des Sages) possède la propriété spécifique d’absor-
ber la Teinture que le Soufre précipite durant l’immer-
sion (ou Bain du Roi). C’est cette analogie précise avec
le coït qui a inspiré les images érotiques dans l’alchimie.
64 Emblème XXXV. Ceres Tnhtolemum, Thétis Achil-
lem, ut sub igné morari assueftcii, sic artifex lapidem.
« Comme Cérès et Thétis rendirent l’une Triptolème et
l’autre Achille invulnérables au Feu, de même l’Artiste
rend la pierre incombustible. » Au premier plan à gau-
che, Cerès (la Terre Philosophique), mère-nourricière de
Triptolème (le Sujet des Sages), le nourrit de son propre
Lait Divin (Mercure) et le rend immortel en le couchant
la nuit sous un foyer ardent, le rendant ainsi insensible
aux flammes qui font s’enfuir les autres. Triptolème
devient ainsi la Teinture Philosophique (voir l’Emblème
précédent). Achille, fils de Thétis, déesse de la Mer, et
de Pélée (la Montagne ou Terre) est, après sa mort, retiré
par sa mère du bûcher funéraire de Leukos, l’Ile Blan-
che. Le Sujet de l’Art parvient ainsi à la Blancheur -
premier degré de l’immortalité.
65 Emblème XXXVI. Lapis projectus est in terras, & in
montibus exaltatus, & in aëre habitat, & in flumine pasci-
tur, id est Mercurius. « La Pierre est projetée sur la Terre,
exaltée sur les montagnes, elle habite dans l’air, et se nour-
rit dans le fleuve qui est Mercure. » L’omniprésence de
la Pierre sous ses aspects divers est illustrée par des cubes.
L’explication exotérique et déroutante serait que la Pierre
est partout, mais ignorée, et pourrait être trouvée par
n’importe qui. Toutefois une étude de la gravure révèle
qu’elle doit être recherchée dans les montagnes où elle
est triple (allusion au triple Mercure et aux trois princi-
pes). Sur la Terre feuillée elle devient une quintessence;
et sur le fleuve de savantes ombres indiquent que la Pierre
est un composé de quatre Eléments alternativement dis-
sous et coagulés. Enfin, la nature de la Pierre est suggé-
rée par la curieuse enseigne au-dessus du cavalier au cen-
tre de la composition.
66 Emblème XXXVII. Tria suffuiunt ad tnagisteriunt,
fumus albus, hoc est, aqua, leo viridis, id est, aes Hermetis,
& aqua foedita. « Trois choses suffisent à l’Œuvre : une
fumée blanche qui est l’Eau, un Lion Vert qui est le Mine-
rai d’Hermès, et de l’Eau fétide. » La vapeur neigeuse
ou fumée blanche est le Feu Secret, et l’eau fétide est la
noirceur sépulcrale de la composition dissoute La Ver-
deur renvoie à la crudité de ce produit, et au fait curieux
qu’à la surface du bain, le Vitriol Philosophique acqu iert
une couleur verte, attribuée par l’Esprit Universel. Le
Lion Vert est l’esprit vivant et lumineux (le Feu Secret)
extrait du Sujet minéral brut; c’est un cristal vert trans-
lucide, aussi fusible que la cire, que les Sages nomment
leur Vitriol, ou Emeraude des Sages. Comme Jonas rejeté
par la baleine, celui-ci émerge à la surface de l’eau. C’est
pour ainsi dire le Grain de Fixité. Basile Valentin remar-
que que « le sang fixe du Lyon Rouge (Soufre) est faict
du sang non-volatile du Lyon Verd, parquoy ils sont tous
deux d’une mesme nature. »
67 Emblème XXXVIII. Rebis, ut Hermaphroditus, nas-
citur ex duobus montibus Mercurii & Veneris. « Le Rebis,
comme l’Hermaphrodite, est né des deux monts de Mer-
cure et de Vénus. Le Rebis, Hermaphrodite ou
Androgyne du Sage, est né de l’union des Principes
jumeaux (Soufre et Mercure), qui entrent dans le Bain
mercuriel. Celui-ci, comme la fontaine mythique où
nageait la nymphe Salmacis, a la particularité de confon-
dre les deux sexes en un : c’est-à-dire de dissoudre radi-
calement les corps de telle façon qu’une fois recomposés
dans la Fixation, ils ne font plus qu’Un.
68 Emblème XXXIX. Œdypus Sphynge superata & tru-
cidato Lajo paire matrem ducit in uxorem. « Œdipe ayant
vaincu le Sphinx et tué son père Laïus, prend sa mère
pour femme. » Le Sphinx questionne Œdipe en lui posant
la fameuse énigme illustrée au premier plan (Qu’est-ce
qui a quatre pieds le matin, deux à midi et trois au cou-
chant?). La réponse bien connue est : l’homme. Mais ici
la réponse (renvoyant à l’emblème XXI) est la Pierre Phi-
losophale : les quatre Eléments (le carré sur la tête du
bébé), les Principes jumeaux fusionnés en un (voir
l’Emblème précédent); l’Hermaphrodite (ou, comme
l’indique l’hémisphère lunaire sur le front de l’homme,
la Matière ayant atteint la Première Perfection); enfin le
triangle du Feu (indiquant aussi le Soufre, le Mercure
et le Sel) sur le front du vieil homme. Le Sphinx vaincu
est sur le point de se précipiter du haut de la falaise. La
Noirceur Nigredo, ou Mort, apparaîtra. Œdipe tue son
père Laïus puisque le premier agent, comme l’écrit Maier,
est détruit par son effet, ou fils, puis Œdipe épouse sa
mère, car le même effet s’unit à la cause secondaire jusqu’à
ce qu’ils fusionnent en un.
69 Emblème XL. Ex duabus aquis fac unam, & et it aqua
sanctuatis. « De deux eaux fais-en une, ce sera de l’eau
de sainteté. » Durant l’Œuvre, deux Eaux de nature con-
traire sont obtenues et mélangées. Raymond Lulle, cité
par Maier, dit de la Première qu’elle possède la propriété
de durcir, fixer et coaguler, tandis que la Seconde est ins-
table, volatile et molle. La Première Eau (Premier Mer-
cure ou Dissolvant) liquéfie et dissocie les métaux de telle
sorte qu’ils retrouvent leur pouvoir original naturel. Le
Dissolvant élimine leurs impuretés hétérogènes tout
autant que leurs défauts; il les ranime et les renouvelle,
en produisant sur eux l’effet d’une véritable fontaine de
Jouvence. Ainsi, les métaux rêincrudés sont dits vivants
TO2 • MICHAEL MAIER
ou « métaux philosophiques ». La Première Eau (Premier
Mercure) est l’Eve Edènique, qui possède un pouvoir
régénérateur. Le pouvoir régénérateur est réservé à la
Seconde Eau (Second Mercure), fille de la Première. Lors-
que les deux sont mélangées de façon bien proportion-
née, on obtient le Mercure Philosophique. Lequel est le
Sujet direct de la Pierre Philosophale, qui est la Fontaine
de Jouvence.
70 Emblème XLI. Adonis ab apro occiditur, cui Venus
accurens tinxit Rosas sanguine. « Adonis est tue par un san-
glier sauvage; Vénus accourant vers lui teint les Roses
de sang. » La mort d’Adonis est causée par un sanglier
sauvage que Mars jaloux a placé sur son chemin. Vénus
écorche ses jambes à des épines et son sang rougit les
Roses Blanches. L’emblème est une illustration de la Dis-
solution (Mort) de la Substance (dissoute par le Dissol-
vant martial) provoquant la Noirceur (Nigredo). Selon le
texte de Maier, Vénus place son amant mort sous de ten-
dres laitues, indiquant par là la Remcrudation. Son sang
colore la Rose Blanche en rouge, car à l’issue de la lon-
gue nuit de la Mort, la Blancheur sera atteinte et enfin
cette Blancheur sera teintée par la Rougeur de la Fixité
parfaite.
71 Emblème XLII. In Chymicis versanti Natura, Ratio,
Experientia & lectio, sint Dux, scipto, perspicilia & lam-
pas. « A celui qui est versé dans l’Alchimie. puissent la
Nature, la Raison, l’Expérience et la Lecture être guide,
bâton, lunettes et lanterne. » La Nature doit être le guide
de l’Artiste; la Raison, le bâton sur lequel il doit prendre
appui de crainte de trébucher et de tomber dans des
erreurs insensées; l’Expérience doit servir de lunettes qui,
de même qu’elles permettent au myope de voir à distance,
autoriseront l’artiste à discerner le vrai du faux. La lec-
ture doit illuminer l’intelligence comme une brillante
lumière sans laquelle « ne sont partout que ténèbres et
nuages épais. » La lecture de bons livres doit être sou-
vent renouvelée, autrement elle est inutile. « Celui qui
sera patient, écrit Bacassar dans la Turba Philosophorum,
et qui jouit de sa patience, progressera dans la juste vo’e
de cet Art, mais si quelqu’un venait à croire qu’il peut
rapidement saisir le fruit de nos livres, il se trompe et
mieux aurait valu pour lui qu'il ne les ait jamais ouverts. »
Qui ergo inquit longammis erit, libenterque patiMia frui-
tier, in tramite juste hujus artis meabil qui vero citius sepu-
tat ex libi is nostris fructum capere passe falhtur satiusque
fuerat, non mspicere guident, quam unquam contigisse : Et
quae ibidem sequuntur.
72 Emblème XLIII. Audi loquacem vulturem, qui neu-
tiquam te decipit. « Ecoute le vautour loquace qui ne
te trompe nullement. » Au sommet du pic montagneux
(la Matière originelle), le Vautour (l’oiseau d’Hermès)
proclame : « je suis noir, blanc, jaune et rouge » - cou-
leurs dominantes du Sujet évoluant vers la perfection
de la Pierre Philosophale. Le Vautour est le symbole
du Mercure Philosophique : en partie fixe (représenté
par conséquent avec ses serres agrippant fermement la
Montagne) et en partie volatil (les ailes à moitié
déployées). Né après la mort du premier Mercure (ou
Dissolvant) il est tué par l’action fixative du Soufre issu
de lui-même. Ce procédé antérieur est symbolisé par
le Corbeau sans ailes représentant Nigredo, la Noirceur,
Mort, ou Nuit de l’Œuvre. Le Mercure Philosophi-
que est porté au degré final de la Perfection par la
maturation ultérieure.
73 Emblème XLIV. Dolo Typhon Osyridem trucidât,
artusque ilhus Hinc inde dissipât, sed hos collegit Isis inclyta.
« Par traîtrise, Typhon tue Osiris et disperse ses mem-
bres de tous les côtés, mais la majestueuse Isis les ras-
semble. » Typhon, maniant l'épée à deux tranchants du
Feu Secret, dépèce (Séparation) le corps du Roi Osiris
(le Fixe). Isis, la mère-sœur-épouse et Principe Volatil
mercuriel intervient alors parce que l’Eau dissoute, ou
Premier Mercure, est le résultat de la Dissolution initiale
du sujet. Elle reunit les morceaux du corps pour recons-
tituer Osiris. Et ceci, comme nous l’avons déjà dit, parce
que le Dissolvant mercuriel cède sa vie en ranimant le
Soufre. Le Roi émerge entier (fixe) du coffre-cercueil au
premier plan.
74 Emblème XLV. Sol & ejus umbra perfuàunt opus.
« Le Soleil et son ombre accomplissent l’Œuvre. » Le
mouvement apparent du Soleil à travers le ciel durant
l’année, et l’alternance nécessaire du jour et de la nuit,
sont utu.sés dans cet emblème comme des symboles de
l’Œuvre entier. L’ombre « cause de la nuit » renvoie, dans
le discours de Maier, au chaos des Philosophes (c’est-à-
dire à leur Matière) et au Nigredo. L’accent y est mis sur
la nécessité d’employer un remède igné pour ôter l’obs-
curité profonde (impuretés hétérogènes) du Corps (voir
le 6e emblème des Symbola aureat mensae de Maier).
Pareillement, nous est rappelée la nécessité de blanchir
ou de laver Latone (voir Fmblème XI).
75 Emblème XLVI. Aquilae duae, una ab ortu, altéra ab
occasu convennmt. « Deux Aigles, l’un de l’est, l’autre de
l’ouest, se rencontrent. » Jupiter lance deux Aigles, l’un
vers l’est, l’autre vers l’ouest; ils se rejoindront en un
même point. Les deux Aigles symbolisent ici les Princi-
pes jumeaux de l’Œuvre qui sont représentés dans
l’emblème suivant sous une tout autre apparence. Ils sont,
dit Maier, les deux Pierres satisfaites de s’assembler.
L’Aigle, déclare Pernety, était consacré à Jupiter car le
Mercure des Sages est volatilisé, emportant avec lui le
Fixe, dès que Jupiter (la couleur grise) succède à Saturne
(la couleur noire). (Voir plus loin le 5e emblème du Via-
tormm de Maier.)
Atalanta fugiens 103
76 Emblème XLVII. Lupus ab Oriente & Canis ab
Occidente venientes se invicem momorderunt. « Le loup
venant d’Orient et le Chien d’Occident se mordent
mutuellement. »
« Ceux-cy (qu’Avicenne appelle Chienne de Corassene &
Chien d’Arménie) ces deux-cy estans donc mis ensem-
ble, dans le vaisseau du Sepulchre, ils se mordent tous
deux cruellement, & par leur grande poison et rage
furieuse, ne se laissent jamais depuis le moment qu’ils
se sont entresaisis (si le froid ne les empesche) que tous
deux de leur bavant venin & mortelles blessures, ne soient
ensanglâtez par toutes les parties de leur corps, & finale-
ment s’entretuans, ne soiet estouffez dans leur venin
propre, qui les change après leur mort en eau vive & per-
manente avant quoy, ils perdent avec la corruption &
putréfaction leurs premières formes naturelles pour en
reprendre après une seule nouvelle plus noble & meil-
leure. Ce sont ces deux spermes masculine et foeminine
descnptes au commencement de mon Sommaire Philo-
sophique qui sont engendrées (dit Rasis, Avicenne, &
Abraham le Juif) dans les reins, entrailles & des opéra-
tions des quatres Elemens. Ce sont l’humide radical des
métaux, Soulfre & Argent vif, non les vulgaires, &. qui
se vendent par les marchans & apotiquaires, mais ceux-
là que nous dônent ces deux beaux & chers corps que nous
aymos tât. » (Nicolas Flamel, le Livre des Figures Hierogly-
fiques..., Paris 1612).
77 Emblème XLVIH. Rex ab aquis potatis morbum, à
medicis curatus sanitatem obtinet « Le Roi malade de l’eau
qu’il a bue étant soigné par des médecins obtient la san-
té. » Affecté par un excès d’eau, le Boi est devenu pâle
et malade. Des Docteurs d’Alexandrie (alchimistes) l’ayant
purgé à l’aide de remèdes et de sudations, ont obtenu une
guérison totale; le Roi reconnaissant récompense alors ses
sauveurs. Une fois la Matière purgée de son excès d’humi-
dité et de ses impuretés hétérogènes, elle retrouve « sa
santé » et en temps voulu devient la Pierre Philosophale.
Elle accorde alors les dons les plus précieux.
78 Emblème XLIX. Infans Philosophicus très agnoscit
patres, ut Orion. « Comme Orion, l’Enfant Philosophi-
que reconnaît trois pères. » Selon les mythographes, Orion
aurait non pas un mais trois pères. La plupart des récits
relatent comment Jupiter, Mercure et Neptune exaucè-
rent le vœu de leur hôte Hyrteus de lui donner un fils.
En conséquence, les dieux urinèrent dans la peau d’une
génisse qui fut ensuite enterrée. Neuf mois plus tard,
Orion (le nom est un jeu de mots sur le grec ouron, urine)
naquit. Maier cite ici Apollon, Vulcain et Mercure comme
pères d’Orion, mais comme d’habitude en Alchimie, il
faut comprendre les allégories hermétiques se cachant
ainsi sous le manteau de ces circonstances contre nature.
Le premier père de la Pierre est Apollon, une vertu
occulte celeste solaire qui féconde la matière des Philo-
sophes et lui donne un fils qui deviendra finalement
encore plus splendide que son père. Vulcain, symbole du
Feu, est son second père (ou mentor). Son troisième père
est Mercure, qui lui prête sa propre Matière volatile (ou
mercure). A cette triade l’on doit ajouter (à gauche)
l’Artiste attentif qui est un peu comme un quatrième père
et (à droite) Mars, dominant tous les autres, dont la pré-
sence est indispensable car sans son action le Corps ne
serait pas dissous; il est de plus le symbole du Métal qui,
joint à la Matière minérale, attire l’influence magnétique
de Phanès : Lumière, Esprit ou Feu, personnifié par
Apollon.
79 Emblème L. Draco mulierem, & haec ilium mtenmit.
stmulque sanguine perfunduntur. « Le dragon détruit la
femme, et réciproquement, et en même temps ils sont
inondés de sang. » Le Dragon de Feu (Soufre des Philo-
sophes) s’unit à la femme (Mercure des Sages). Le Sang
du Dragon est dit mêlé à celui de « la Saturnie végé-
tale » ainsi nommé car elle est de la race de Saturne;
« c’est pourquoi, ajoute Pernety (apportant une informa-
tion précieuse qui permet aux Fils de l’Art d’iden-
tifier la substance), elle est nommée Vénus par cer-
tains ». (Voir le Liber tecretus ou Livre Secret d’Artephius.)
104 • maier Atalanta fugiens
Michael Maier
Symbola aureae mensae, 1617
Svmbola aureae mensae duodecim nattonum. Hoc est, Hermaea seu Mercu-
rii f esta ab heroibus duodenis selecv.s, arlis chymica usu, sapientia & autho-
ritate paribus celebrata, ad Pyrgopolynicen seu adversartum ilium tôt annis
iactabundum, virgini Chemiae iniuriam. argumentis tam vitiosis, quam con-
vitiis argutis inferentem, confundendum & exarmandum, artifices vero optime
de ea méritas sua honon & famae restituendum, ub’ & artis continuatio
& veritas invûtîa 36. rationibus, & experientta ïibrisque authorum plus quam
trecenlis demonstratur, Opus, ut Chemiae, sic omnibus aliis antiqui-
tatis & rerum scitu dignissimarum percupidis, utilissimum, 12. libris expli-
catum & traditum, figuris cupro incisis passim adiectis, Authore Michaele
Maiero Comité Impérialis Consistant, Nobili, Exempta, Med. Doct. P.C.
olim Aulico Caes. Francofurn typis Antonij Hummij, impensis Lucae len-
nis. M.DC. XVII.
Symboles de la table d’or de douze nations; autrement dit Fêtes d’Hermès
ou Mercure célébrées par douze héros éminents, égaux dans l’exercice, la
sagesse et l’autorité de l’art de la chimie, et destinées a confondre et à désar-
mer Pyrgopolynices, c’est-à-dire l’adversaire qui pendant tant d’années n’a
cessé avec ostentation d’attenter à l’honneur de la Vierge Chimie, l’atta-
quant par des arguments très vicieux et des insultes tout aussi pernicieuses,
afin de rendre véritablement et parfaitement aux maîtres de cet art l’hon-
neur et la renommée dus à leurs mérites. La continuité de cet art et sa vérité
triomphante sont démontrées ici par trente six-raisons, par l’expérience et
par les ouvrages de plus de trois cents auteurs ; Ouvrage très utile aux Chi-
mistes ainsi qu’à tous les autres hommes désirant ardemment connaître l’his-
toire des choses anciennes et tout ce qui est très digne d’être su, développé
et présenté en douze livres avec de nombreuses additions de figures gravées
sur cuivre. L’auteur est Michael Maier, Comte du Consistoire Impérial,
Gentilhomme Libre, Docteur en Médecine, Physico-chimiste, autrefois atta-
ché à la Cour Impériale. Imprimé à Francfort par Antonius Hummius pour
Lucas Jennis, 1617
La dédicace à Ernst, comte d’Holstein,
Schaumburg et Sternberg, est datée de
Francfort, décembre 1616.
Après son retour en Allemagne en 1616
(voir p. 60), Maier continua à beaucoup
voyager bien qu’étant devenu le médecin
personnel de Maurice de Hesse. Malgré
l’ouverture des hostilités de la guerre de
Trente Ans, Maier continua à publier de
nombreux livres et semble à cette époque
avoir été en rapport avec beaucoup de per-
sonnages fascinants. La dernière œuvre
publiée de son vivant, Cantilenae intellectuel-
les de phoenice redivivo, parut en automne
1622. Sa dédicace au prince Frédéric de Nor-
vège est datée de Rostock, le 25 août 1622.
Symbola aureae mensae 105
Certains biographes pensent que Maier
mourut à Magdebourg en 1622, mais
nous ne le croyons pas. Nous pensons au
contraire que Maier sentit alors que le
moment propice pour disparaître était venu,
et cela pour des raisons philosophiques et
politiques. C’est peut-être pouiquoi son der-
nier traité datant de 1624 passa pour pos-
thume. Ce sentiment, purement subjectif,
nous fut en partie inspué par le titre de ce
dernier traité : Tractacus posthumus, se je
Ulysses; hoc est Sapientia seu intelligentia,
tanquam coelesiis scintilla beatudinis, quod si
in fortunae et corporis bonis naufragium
faciat, ad portum méditations et patientiae
remigio féliciter se expédiât. Una cum annexis
tractaiibus Fraterni'atis Rosae Crucis. Fran-
cofurti 1624. (Traité Posthume, ou Ulysse :
c’est-à-dire Sagesse ou intelligence tel le
s< intillement de la béatitude céleste, par
laquelle si lors d’un naufrage sombrent
corps et biens, lui-même arrive à bon port
sam et sauf en ramant à l’aide des rames de
la patience et de la méditation. Avec un
appendice des textes de la Fraternité de la
Rose-Croix. Francfort 1624.)
106 • MICHAEL MAJER
8o
Symbola aureae mensae 107
108 • MICHAEL MAIER
Symbola aureae mensae • 109
IIO • MICHAEL MAIER
ikmiiummi
SyinMa aureae mensae • 111
MICHAEL MAIER
Symbola aureae mensae • 113
80 Maier invoque, en guise de réfutation des « argu-
ments vicieux et spécieux » dirigés contre l’alchimie, le
témoignage de ses plus fameux héros de douze pays dif-
férents : Hermès l’Égyptien, Marie la Juive, Démocrite
le Grec, Morienus le Romain, Avicenne l’Arabe, Albert
le Grand l’Allemand, Arnaud de Villeneuve le Français,
Thomas d’Aquin l’Italien, Raymond Lulle l’Espagnol,
Roger Bacon l’Anglais, Melchior Cibinensis le Hongrois;
la liste est complétée, non sans ironie, par la figure d’un
Sarmate Anonyme. L’anonymat de ce dernier n’a pas
empêché l’artiste de nous en donner deux portraits : celui
de la page de t>tre en tous points différent de celui du
texte. Nous connaissons parfaitement bien les nombreu-
ses difficultés critiques liées aux identités des auteurs
alchimiques auxquels la tradition a attribué des œuvres
qu’ils n’ont pu avoir écrites. Toutefois, dans le contexte
de l’ouvrage qui nous occupe, de telles considérations ne
sont ni utiles m pertinentes et risquent de provoquer
d’autres confusions. Nous allons donc délibérément trai-
ter ces personnages comme s’ils étaient véritablement les
auteurs des préceptes illustrés dans ces emblèmes.
81 Les alchimistes ont toujours considéré Hermès Tris-
mégiste, « Hermès, Trois fois Grand », comme le père
de leur Art qui pour cette raison est aussi nommé la Phi-
losophie Hermétique. Hermès est traditionnellement tou-
jours représenté de cette façon, .1 indique ici les Princi-
pes lumeaux de l’Œuvre, Soufre et Mercure (des Sages),
dont le père et la mère sont le Soleil et la Lune joints
par l’étreinte des composants jumeaux du Feu Secret.
La sphère armillaire qu’il tient en l’air rappelle
l’influence .ndispensable de l’agent cosmique mystérieux
que le Sujet des Sages doit subir et assimiler avant de deve-
nir la Pierre Philosophale.
82 Avicenne est le nom latin d’ABU ALI ibn SINA, un
célèbre médecin persan né près de Bokhara en 980. Sur-
nommé le Prince des Physiciens, il fut l’un des hommes
les plus remarquables de son temps, dont le savoir et le
génie couvraient un domaine extrêmement vaste. Il mou-
rut en 1037. La Volatdisation du Fixe et la Fixation du
Volatd constituent l’ensemble de l’Œuvre.
83 Morienus le Romain, ermite chrétien du VIIe siècle,
célèbre dans les Annales de l’alchimie comme précepteur
du « Roi Calid », lequel fui en réalité le prince Khalid
ibn Jazid ibn Mu’awijah (673-705), illustre représentant
de l’alchimie Arabe. Les paroles de Morienus provien
nent du Liber de compositione alchymiae, ou De transfigu-
ratione metallorum, manuscrit latin traduit de l’arabe en
1182 par Robertus Castrensis (Robert de Chester) et
imprimé pour la première fois à Paris en 1559. Morie-
nus compare les difficultés du chercheur inexpérimenté
à un homme embourbé dans son propre fumic r ou encore
à un homme tentant d’escalader une tour sans échelle,
et tombant inévitablement sur la tête. Morienus désigne
le sol rappelant ainsi que la terre partage avec la Terre
Philosophique le même signe spagyrique.
84 Albert le Grand (St Albert le Grand), érudit, savant
et philosophe, né Albert comte de Bollstaedt, naquit à
Lavingen (Souabe) en 1193. Il entra dans l’ordre des
Dominicains à Padoue en 1222. Sa prodigieuse érudition
lui valut l’épithète de Docteur Universel, tandis que ses
détracteurs le nommaient en revanche le Singe d’Aris-
tote. Il enseigna dans de nombreuses universités et fut
évêque de Ratisbonne de 1260 à 1262 avant de se retirer
dans un cloître à Cologne et de consacrer le reste de sa
vie à la prière, l’étude, et la rédaction de nombreux trai-
tés. Il mourut le 15 novembre 1280.
L’androgyne ou Rebis (la double chose) résulte de la
conjonction des Principes jumeaux obtenue au moyen du
double médiateur salin ou Feu Secret, symbolisé à la fois
par Y et par l’évêque lui-même.
85 Zosimos de Panapolis, une alchimiste grêco-égvp-
tienne du IIIe siècle, assimile Marie la Juive à Maria ou
Miriam, la sœur de Moïse. De ses œuvres peu de choses
subsistent, à part quelques paroles citées par d’autres.
Toutefois elle fut une alchimiste remarquable et nous lui
devons l’invention du bain de vapeur - connu encore
aujourd’hui par toutes les cuisinières françaises et les maî-
tresses de maison sous le nom de bain-marie - et d’un
appareil alch mique fort subtil nommé le Kérotakis.
La Montagne, dans le symbolisme alchimique, est la
Materia Prima, qui doit d’abord être réincrudée, « rever-
dir », afin de produire les résultats souhaités. La vapeur
montant et retombant entre les vases symbolise le procès
circulaire de Dissolution et de Fixation (Solve et Coagula),
précédant la naissance de la Quintessence - cinq fleurs
sur une seule tige.
86 Démocrite, un sage Grec du Ve siècle avant notre
ère, fut appelé le Philosophe Souriant, car riant des folies
des hommes; il fut avec Leucippe le fondateur de la
théorie atomiste. Il voyagea beaucoup et, selon Dio-
dore de Sicile, passa cinq ans parmi les Égyptiens qui
lui apprirent de nombreux secrets. Il mourut à l’âge de
109 ans.
La Vénus des Philosophes est leur sujet qui doit appa-
raître dans toute sa splendide nudité. Toutefois son ombre
dense formée d’impuretés hétérogènes doit d’abord être
supprimée, cette opération nécessite le remède igné offert
par Vulcain. Cette analyse est confirmée par le livre fermé
sous les bras du Philosophe, symbolisant la matière non
ouverte, c’est-à-dire non préparée.
87 Arnaud de Villeneuve n’était pas Français mais Cata-
lan. Né près de Valence en 1235, il fut éduqué par les
Dominicains. Il étudia la médecine à Naples et apprit de
nombreuses langues, entre autres l’arabe. Son génie médi
cal lui apporta la gloire et il fut le médecin des papes et
114 • MICHAEL MAIER
des rois. Il voyagea beaucoup et rédigea de nombreux
ouvrages. Son plus célèbre ouvrage alchimique est le Rosa-
rium p/iilosophorum imprimé pour la première fois à
Francfort en 1556.
La Pierre est obtenue par l’union incestueuse de Gabri-
tius (de l’Arabe al Kibric, le Soufre) avec Beya sa sœur
(en arabe al Raida, le Mercure), Principes mmeaux de
l’Œuvre. Cette union est symbolisée par le large anneau
portant l'Émeraude des Sages. Cet anneau est le Feu Phi-
losoohiaue ou Sel, la Fontaine de Dissolution dans
laquelle se baignent le Roi et la Reine. Il se compose de
deux sels et brûle sans flammes comme la chaux vive.
88 Thomas d’Aquin, fils de Landolfo comte d’Aquin,
naquit en 1225 à Rocca-Secca entre Naples et Rome. Il
étudia à l’université de Naples puis entra dans l’ordre de
saint Dominique. En 1245 il vint à Paris où il devint
l’élève favori et le disciple d’Albert le Grand. Admis au
grade de Maître en 1256, il retourna en Italie où l’atten-
dait une brillante carrière auprès de quatie papes à la
Curie Pontificale. Théologien et philosophe, il fut sur-
nommé le Docteur Angchque. Son génie et sa sainteté
furent rapidement reconnus. Le pape Clément IV vou-
lait le faire cardinal puis archevêque de Naples mais il
déclina les deux offres. Auteur d’un nombre considéra-
ble d’ouvrages, il mourut en janvier 1274. Il fut cano-
nisé le 18 juillet 1323 par le pape Jean XXII.
L'Emblème illustre son célèbre commentaire sur le troi-
sième livre des Météorologiques d’Aristote où il explique
la formation des métaux à partir de deux exhalaisons Sou-
fre et Mercure : l’une sèche, l’autre humide. Thomas
d’Aquin dit que les alchimistes produisent une véritable
génération métallique à partir du Soufre et du Mercure
en faisant exsuder des exhalaisons vaporeuses ou ignées
de certains corps par application d’une chaleur propor-
tionnée qui en est l’agent naturel. Mais il signale que la
difficulté majeure rencontrée par l’Artiste est l’opération
occulte d’une « vertu céleste ».
89 Raymond Lulle ou Ramon Llull, surnommé le Doc-
teur Illuminé, naquit à Palma de Majorque dans les îles
Baléares vers 1235. Après une jeunesse dissipée, il se
convertit en 1266 et fut bientôt convaincu que sa mis-
sion était d’évangéliser les musulmans. Il passa neuf ans
à s’y préparer, étudiant la philosophie, la théologie et
l’arabe, et entra dans l’ordre franciscain. Il fonda une
école d’études arabes et écrivit de nombreux traités. Pen
dant trente ans il fit de nombreux et lointains voyages,
cherchant sans succès de l’aide à ses entreprises. Selon
la tradition alchimiste, il fut initié à l’Art Hermétique par
Arnaud de Villeneuve dont il devint, paraît-il. le disci-
ple. Toutefois le sentiment obsédant de sa mission l’amena
à se rendre trois fois à Tunis, deux fois il y fut empri-
sonné et la troisième fois lapidé. Secouru par un marchand
génois, il fut embarqué sur son bateau mais mourut à bord
avant d’atteindre Palma en 1315.
L’Emblème représente l’enfant qui, résultat de l’union
d’un homme et d’une femme, réclame au départ le sou-
fien et l’aide de ses deux parents, ce qui signnie en ter-
mes alchimiques que lorsque les Principes sont conjoints,
le Soufre, future Pierre Philosophale, naît de leur union,
et se nourrira des qualités de l’un et de l’autre.
90 Roger Bacon naquit à Ilchester (Somerset) en 1214.
Il semble avoir appartenu à une famille riche ruinée pai
les guerres entre Henri III et ses barons (1258-65). Élève
du philosophe humaniste Robert Grosseteste, évêque de
Lincoln, il entra dans l’ordre franciscain en 1247. De 1234
à 1250 il enseigna à Paris et suivit les cours de Petrus
Peregrinus, auteur de l’un des premiers traités sur
faimant. Il se consacra à l’étude des sciences de l’alchi-
mie, de l’astronomie et des mathématiques. Il rassembla
divers livres occultes écrits en plusieurs langues et fit de
nombreuses expériences. Doué d'une extraordinaire
acuité, Roger Bacon fut en mesure de rejeter la plupart
des spéculations absurdes des alchimistes, ne retenant que
ce qui est essentiel pour la pratique. Il vécut plusieurs
années à Oxford où il fut enterré en 1292.
L’Emblème indique que le succès n’est possible que
lorsque l’équilibre délicat des proportions des éléments
est réalisé. Mais de quels poids parle-t-on? Ceux de la
nature ou ceux de l'Art? Malheureusement, les textes
alchimiques occultent effectivement la réponse, et la règle
doit en être déterminée : les poids de l’Art s’appliquent
exclusivement à des corps distincts pouvant être pesés,
tandis que le poids de Nature se réfère aux proportions
relatives des composants d’un corps donné — comme le
Soufre et le Mercure, principes unis dans le Mercure Phi-
losophique. « Si les poids de l’art sont connus par l’artiste
et rigoureusement déterminés par lui, en revanche, le
poids de Nature est toujours ignoré même des plus grands
maîtres. C’est là un tel mystère qu’il relève de Dieu seul
et dont l’intelligence demeure inaccessible à l’homme. »
Voir Fulcanelli, Les Demeures Philosophales, tome II,
p. 252-253.
91 Melchior Cibinensis (Nicholas Melchior Szebeni)
était un Hongrois de la ville de Szeben en Transylvanie
(Hermannstadt en allemand, en roumain Cibiu et en latin
Cibir ’im). Vers 1490 il devint chapelain et astrologue
à la cour du roi Ladislas II de Hongrie et de Bohême.
Il conserva cette fonction sous Louis II puis en 1526 après
la mort de celui-ci, il se rendit à la cour de l’empereur
Ferdinand Ier où il composa un ouvrage qui analyse le
symbolisme alchimique de la Messe Catholique Romaine
(telle qu’elle était célébrée avant les scandaleuses réfor-
mes effectuées à la suite du Concile Vatican II).
Maier souligne le précepte : Lapis ut infans, lacté nutrien-
dus est virginalis : « La Pierre, comme un enfant, doit être
nourrie du Lait de la Vierge. » Lac Virginis (Lait Virginal)
est un terme utilisé par les alchimistes pour désignei l’Eau
mercurielle obtenue par la Dissolution de notre Sujet.
Symhola aureae mensae • 115
92 Daniel Stolcius, dans le Viridarium chymicum publié
en 1624 (sept ans après l’ouvrage de Maier), identifie le
Sarmate Anonyme à Michael Sendivogius Polonus. Sendi-
vogius était un contemporain de Maier, né en Moravie
en 1566, propriétaire d’une maison à Cracovie, et pour
cette raison il fut souvent appelé « Le Polonais » (Sarmata
ou Polonus). Maier omet sans doute délibérément de le
nommer à cause des événements que nous allons relater.
Sendivogius devint l’ami d’un Adepte, l’écossais Alexan-
der Seton (ou Sethon), connu sous le nom du Cosmopo-
lite, qui avait réussi de nombreuses transmutations à tra-
vers l’Europe afin de convaincre les incrédules. Vers la
fin de 1603, Seton (en voyage de noces) arriva à Kros-
sen, résidence de Christian II, Électeur de Saxe. Sa
renommée était telle que ce prince le fit mander immé-
diatement. Seton envoya son assistant William Hamilton,
qui accomplit une transmutation devant toute la cour
assemblée. L’Électeur convoqua Seton, et en lui mani-
festant son affection, tenta de lui arracher son secret. Le
Cosmopolite refusant de le lui livrer fut emprisonné et
torturé, mais en vain. Plus mort que vif, il continua à
refuser de parler et fut mis au secret dans un cachot.
Michael Sendivogius, un gentilhomme étudiant l’Art
Hermétique, réussit, grâce à des amis influents, à lui ren-
dre visite plusieurs fois. Finalement il organisa son éva-
sion et l’emmena en Pologne où le Cosmopolite mourut
le jour du nouvel an 1604. Sur son lit de mort il donna
à Sendivogius une grande quantité de sa poudre de trans-
mutation mais refusa de lu en livrer le secret. Sendivo-
gius épousa la veuve de Seton qui lui remit un manuscrit
écrit par son précèdent mari, qu’il pub'ia sous un ana-
gramme de son propre nom. Ainsi le Novum lumen chymi-
cum (Cologne, 1610) lui fut longtemps attribué.
Sendivogius, qui se nomma dès lors lui-même le Cos-
mopolite, se rendit à la cour de Rodolphe II à Prague,
qu’il impressionna vivement en réussissant une transmu-
tation, puis après de nombreuses aventures arriva en Polo-
gne où il effectua d’autres transmutations pour le roi Sigis-
mond III Vasa. Invité par le duc Frédéric de Württem-
berg, il l’étonna par deux nouvelles riansmutations. Le
duc lui fit conférer le titre de comte de Neidlingen II
fut par la suite abusé et volé par un rival, et enfin ruiné
par l’extravagance de son style de vie.
Lorsque Maier écrivit son Symbola aureae mensae, Sen-
divogius avait disparu e* Mater le soupçonnait d’avoir fait
passer pour sien le savoir d'un autre. Sendivogius réap-
parut à Varsovie en 1625 et mourut, sans un sou, à Cra-
covie en 1646.
L’Emblème représente Saturne arrosant la Terre por-
tant les fleurs du Soleil et de la Lune. La Matière des
Sages étant devenue d’abord Soufre Blanc (Arbre lunaire)
puis Soufre Rouge (Arbre solaire) est soigneusement
imprégnée ou imbibée goutte à goutte afin d’améliorer
sa qualité et de multiplier sa quantité. Saturne en est le
jardinier afin d’indiquer l’origine et la qualité de l’Eau
mercurielle qu’il emploie.
n6 • maier Symbola aureae mensae
Michael Maier
Tripus aureus, 1618
Tripus aureus, hoc est, Très tactatus chymici selectissimi, nempe I. Basili
Valentini, Benedïclini ordinis monachi, Germain, Practica una cum 12 cla-
vibus & appendice, ex Germanico; II. Thomae Nortoni, Angli philosophi
Crede mihi seu Ordinale, ante annos 140. ab authore scriptum, nunc ex angli-
cano manuscripto in latinum translatum, phrasi cuiusque authoris ut & sen-
tentia retenia; III. Crenieri cutusdam Abbatis Westnionasteriensis Angli
Testamentum, hactenus nondum publication, nunc in diversarum nationum
gratiam editi, & figuris cupro affabre incisis ornait operâ & studio Michae-
lis Maieri Phi/. & Med. D. Coni. P. & c. Francofurti. ex chalcographia
Pauli lacobi, impensis Lucae lennts. Anno M.DC.XVIII.
Le Trépied d’or, autrement dit Trois Traités choisis de chimie, à savoir :
I. De Basile Valentin, moine allemand de l’ordre des Bénédictins, Livre
de Pratique avec douze clés et appendice, traduit de l’allemand; IL De Tho-
mas Norton, philosophe anglais, Crois-moi ou Ordinal, écr t par l’auteur
il y a cent quarante ans, traduu ici en latin depuis le manuscrit anglais,
chaque phrase et chaque maxime de l’auteur étant respectées, III. D’un
certain Cremer, Abbé de Westminster, Testament d’un Anglais, inédit
jusqu’à aujourd’hui; ces traités sont maintenant édités pour obliger diver-
ses nations, ornés de figures gravées avec art sur cuivre, grâce au travail
et au zèle de Michael Maier, Docteur en Philosophie et en Médecine, Comte
Palatin, etc. Francfort, chalcographie due à Paul Jacob, pour Lucas Jen-
nis, 1618.
L’identité de Basile Valentin, auteur des
Douze Clefs illustrées ici par Maier, demeure
une énigme controversée. Nous savons par
les ouvrages d’Antonius Guainerius que
Basile Valentin vivait vers la fin du XIV' siè-
cle. Guainerius étant lui-même mort en
1440, nous pouvons rejeter l’hypothèse
selon laquelle Johann Tholden qui publia
les œuvres de Valentin en 1590, en aurait
été l’auteur. Dans son Currus triumphalis
Antimonii, Valentin dit lui-même qu’il vint
de Rhénanie (in superiore quoque Germania
in tractu rhenano patria mea, p. 21) et qu il
passa une partie de sa jeunesse en Belgique
et en Angleterre (sicut junior existens in Bel-
gio et Anglia observant exacte...). Il devint
moine bénédictin au monastère de St Pierre
à Erfurt, mais sous un pseudonyme et n’est
donc pas répertorié. Toutefois, Johann
Moritz Guden note à la page 129 d’Histo-
ria Erfurtensis Duderstacb (1675) : « Eadem
aetate (scilicet anno 1413) Basilius Valentinus
in Divi Pétri monasterio vixit arte ntedica et
naturalium indagine mirabilis : « A cette épo-
que, en 1413, Basile Valentin vivait au
monastère de Saint-Pierre, étonnant par sa
merveilleuse connaissance de l’art médical
et des produits naturels. » Selon la tradition,
son nom d’étymologie greco-latine, Basileus,
le Roi et Valons, puissant, signifie le Roi
Puissant, expression désignant la Pierre
Philosophale.
Tripus aureus -117
TRIPVS AVREVS;
Hoccft,.
TRES T R A C T AT V S
CHYMICI SELECTISSIMI,
Nempe
L BASILII VALENTINI, BENEDICTIN! ORDI-
nis mcnachi, Germani, P r a c t i c a vnacum n.ciauibus &
appendice,ex Germamco;
IL TH.OMÆ NORTONI, ANGLI PHILOSOPHI
c R a d e m i fl i (eu ordinale, ante annos 14 o. ab au-
rhore icriptum, mme ex Ang'kano tnatiufcnpro in Lacinura
translatum, phralfcmuiquc authoris vt ce fentenna retenti;
III. CREME RI CVIVSDAM AB3ATIS WEST-
monatleiierils Angli TcRamentum, racejmis nondum Dubli-
catum, nunc1ndiue.tl2.ru.nl nationum gratumediL', Sc figuriA
eupro affabre ineifis ornan opéra &.ftudio
MIC.ÈLAILI3 MAIE RI D.Cfm.R.
f x A-N <_ O » V K T1
4x Chal<egrapl.‘aPauhIacobi,impcnfisLT«> 1 « >« N J s.
"Anno M'DC.’XVIIÏ.
93
Il8 • MICHAEL MAIER
P R A C T I C A
C V M D V O D E C I M
CLAV1BVS ET APPENDICE,
DE MAGNO LAPIDE ANTIQVORVM
SapienciiiD,fcrip£a& rcliéta
Germ. ^enediÜmt ordinù monacho.
TraCtarus Primus.
i!
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122 • MICHAEL MAIER
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124 • MICHAEL MAIER
93 Page de titre. Basile Valentin, John Cremer et Tho-
mas Norton, auteurs des trois traités contenus dans le Tri-
pus Aureus, dans un laboratoire. L’athanor et son feu sont
surveillés par Vulcain lui même, tandis que l’on distin-
gue les serpents de Minerve, celui dans l’alambic forme
la lettre Q oméga, car le Mercure est l’Alpha et l’Omega
de l’Œuvre.
94 Page de titre des Douze Clefs. « Pratique avec douze
clefs et un appendice sur la Grande Pierre des Anciens
Sages. » L’ironique insouciance des Sages à l’égard de
l’identité des auteurs couramment pratiquée dans la lit-
térature alchimique est ici à nouveau évidente. Roger
Bacon (90) est maintenant devenu Basile Valentin.
95 Première Clef. Le Roi et la Reine, Principes jumeaux
de l’Œuvre, sont extraits de leur minerai par Dissolu-
tion (solve), le Loup gris de l’Antimoine saute par-dessus
le creuset tandis que le Soufre est soigneusement extrait
par l’action de Saturne. Interprété d’une autre façon,
l’Emblème illustre précisément la première phrase du
Liber secretus d’Artephius : Ammonium est de pccrtibus
Saturni & in omnibus modis habet naturam eius. « L’Anti-
moine est des parties de Saturne ayant en toutes façons
sa nature... »
96 Seconde Clef. Séparation et Solution de l’Or Philo-
sophique : « une opération », déclare Basile Valentin (dans
le Testament), « dont aucun des anciens sages Philosophes
ayant vécu avant moi et ayant connu ce Magistère n’a
donne de description ». Les opposés (Fixe et Volatil) sont
séparés et réconciliés en la personne du Mercure Philo-
sophique Ç ou Mercure double - nomme ainsi pour le
distinguer du premier Dissolvant obtenu dans le Premier
Œuvre. La nudité du jeune dieu signale l’absence d’impu-
retés et la couronne sa noblesse. Les deux Caducées ainsi
que la Lune et le Soleil représentent son double pouvoir.
Au premier plan, les ailes indiquent le but de l’opération :
la Volatilisation des parties pures du Fixe. Le Serpent
sur l’une des épées indique le Dissolvant et l’Aigle sur
l’autre le moyen qu’il faut employer.
97 Troisième Clef. Le Dragon est l’emblème tradition-
nel de la Materia Prima, Matière Première ou Sujet des
Sages, appelée aussi Pierre des Philosophes. Le renard
s’enfuyant avec une poule et attaqué à son tour par le
coq symbolise la Fixation du Volatil et la Volatilisation
du Fixe : un processus circula're résumé par l’axiome
Solve et Coagula, « Dissous et coagule ».
98 Quatrième Clef. La Dissolution - nommée « Mort »
par de nombreux auteurs anciens -, est la première et
la plus importante des opérations alchimiques. C’est
durant cette Mort que la Matière est purifiée par l’Esprit
(ou Feu) dont la bougie allumée est le symbole. Le Paon
sur le clocher indique qu’à la noirceur de la Putréfaction
- un noir plus noir que noir, Nigrum nigrius nigra -
succède une gamme de couleurs comparée à la Queue du
Paon. L’importance de la Dissolution est de plus encore
soulignée par l’Arbre mort (à droite) symbolisant l’état
« mort » de la Materia Prima lors de sa première acquisi-
tion. La Dissolution, étant la clef ou l’axe de l’Œuvre,
ressuscite le mort, ce qui explique la position verticale
du squelette et l’Arbre en fleur près de l’église.
99 Cinquième Clef. Vénus, le Sujet des Sages, démon-
tre ses qualités merveilleuses, car tout procède d’elle. Le
vaisseau semblant émaner de sa bouche et de ses yeux
est le plus éloquent symbole du Sal Petrae (Sel de la
Pierre) nomme aussi, à cause de sa blancheur, Cristal (de
Christou Halas, sel du Christ). « Notre Sel » partage en
effet avec le Princine Mercuriel son humidité froide et
volatile, et avec le Soufre sa qualité ignée fixe, c’est pour-
quoi il est dans l’Œuvre le médiateur entre le Soufre et
le Mercure. En outre, le mélange des deux substances sali-
nes, ou Sel des Philosophes, est le Feu des Sages qui n’a
besoin pour être activé que de l’intervention du Feu Elé-
mentaire (à droite). Eros aux yeux bandés démontre néan-
moins que le pouvoir magnétique de la Matière suffit à
attirer le trait céleste qui est le troisième Feu c’est-à-dire
le Secret ou le dynamisme céleste dont dépend l’alchi-
mie. Le Lion couronné est un hiéroglyphe du Fixe (Sou-
fre des Sages), tandis que le « Soleil dans toute sa gloire »
personnifie la perfection de la Pierre Philosophale.
100 Sixième Clef. Mariage - l’indissoluble Union des
Opposés - est, comme nous l’avons vu, l’un des symbo-
les alchimiques les plus fréquents. Frère et Sœur sont liés
grâce au Sel ou Feu Secret (dont il est fait mention à la
Cinquième Clef) représenté par l’Évêque. L’Arc-en-Ciel
annonce la fin de la noirceur (Nigredo) tandis que la future
Blancheur (Albedo) est annoncée par le Cygne qui pré-
cède le Soleil. La double nature du Feu Secret est claire-
ment révélée par le fourneau ou Athanor, orné d’une tête
de Janus. Neptune, symbolisé par son trident, est l’Eau
mercurielle qui nettoie la noirceui de la Putréfaction au
moyen de Subhmations repétées durant les trois degrés
du Grand Œuvre, représentés par les dents du trident.
101 Septième Clef. Le Sceau Hermétique (Sigillum
Hermetis) est composé par le Chaos (la Materia Prima)
contenant le carré des Quatre Eléments, les Quatre Sai-
sons de l’Œuvre. L’Eau (Aqua, c’est-à-dire le Mercure)
est à l’intérieur du Triangle du Feu et dans le Sal Philo-
sophorum ou Sel des Philosophes. En haut, l’Ange tient
la balance (indiquant les Poids de l’Art) et l’épée à dou-
ble tranchant du Feu Secret.
102 Huitième Clef. « En vérité, en vérité je vous le dis,
si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul,
mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jean, 12.2.)
« Sot! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt.
Tripus aureus 125
Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais
un simple grtin, par exemple de blé ou de quelque autre
plante; et Dieu lui donne le corps qu’il a voulu, à cha-
que semence un corps particulier. » (I Corinthiens
15.36-38.).
De ces textes bibliques est tiré l’axiome alchimique :
« Pas de général ton sans corruption préalable. » Le but,
Clef de l’Œuvre, est la Dissolution menant à la Putré-
faction et précédant la glorieuse Renaissance.
103 Neuvième Clef. La forme de cette figure est celle
de l’hiéroglyphe de la Materia Prima Ô. Au-dessus de
la Triade, Sel, Soufre et Mercure, et des trois degres de
Perfection se trouvent les deux Principes Opposés, Mas-
culin et Féminin. Le Corbeau du premier degré de l’opé-
ration (Noirceur) est sur les pieds de l’Homme; la Queue
du Paon du deuxième degré est sous les pieds de la
Femme. Le Cygne correspondant à la Blancheur est au-
dessus de sa tête tandis que l’Aigle Rouge est sur la tête
de l’Homme.
104 Dixième Clef. Les trois opérations du Grand Œu-
vre sont exprimées par une formule énigmatique compo-
sée de trois phrases inscrites sur les côtés du Triangle
d’Eau : « Je suis né d’Hermogène. Hypérion m’a élu. Sans
Jamsuph je suis condamné à périr. » Hermogène, la prime
substance mercurielle, combiné avec le second Principe
initial, produit un rejeton de qualité mixte : ce rejeton,
symbolisé par le Griffon, est le premier pas vers la Pierre
Philosophale. C’est pai Hypérion, père du Soleil, que la
partie la plus pure, l’âme du Griffon, est capturée tandis
qu’elle émerge du second Chaos (le Chaos de l’Art) telle
un clair liquide : le Mercure des Sages. Jamsuph est le
nom hébreu de la Mer Rouge; et la Mer Rouge, en lan-
gage alchimique, est l’Eau mercurielle ou Mercure Phi-
losophique, rouge car elle contient sa propre Fixité. Cette
dernière phrase fait référence au Feu de la Vie, la Lumière
invisible - ou Esprit - sans lequel la Pierre ne pourrait
ni vivre ni progresser vers la Perfection.
105 Onzième Clef. Afin de multiplier son poids, son
volume et sa Perfection, la Pierre fixée réabsorbe une nou-
velle quantité de Mercure, étant par ce procédé redissoute
c’est-à-dire « teinte » à nouveau. A chaque Multiplication
la vitesse de l’élaboration augmente et son pouvoir décu-
ple, mais il faut se méfier de ne pas pousser les choses
trop loin par crainte de tout perdre.
106 Douzième Clef. « Tous nos lavages sont faits par
le feu, déclare Fulcanelli, toutes nos purifications se font
dans le feu, par le feu et avec le feu. C’est la raison pour
laquelle quelques auteurs ont décrit ces opérations sous
le titre chimique de calcination. » Le tonneau en flam-
mes est l’un des plus précieux hiéroglyphes du Feu Secret,
indiquant l’origine de cette mystérieuse substance, trou-
vée dans les vieux fûts de vin et préparée ensuite selon
les règles de l’Art. Le Lion (Soufre) dévorant le Serpent
(Mercure) indique la Fixation du Volatil.
107 Voici l’Athanor, le fourneau alchimique. A l'inté-
rieur se trouve le vaisseau, avec le serpent symbolisant
le Mercure des Philosophes. En dessous, le bestiaire her-
métique : le Lion symbole du Soufre Fixe; l’Aigle symbo-
lisant le Mercure, la Volatilité et la Dissolution; le Ser-
pent, le Dissolvant mercuriel; le Dragon qui est le Sujet
de l’Art ; le Corbeau de la Noirceur (Nigredo) ou Putré-
faction; le Paon, la gamme des couleurs variées; le Cygne,
la Pierre Blanche; et le Phénix symbolisant la Pierre Phi-
losophale et la Multiplication.
126 • maier Tripus aureus
Viaiorium, 1618
Michaelis Maieri Viatorium, hoc est De mont i bus planetarum septem seu
Metallorum; Tractatus tam uttlis, quant persptcuus, quo, ut Indice Mercu-
riali in triviis, vel Ariadenêo filo in Labyrinthe), seu Cynosurâ in Oceano
Chymicorum errorum immenso, quihbet rattonahs, veritatis amans, ad ilium,
qui in monttbus sese abdidtt De Rubea-petra Alexicacum, omnibus Medtcis
desideratum, investigandum, uti poterit. Oppenheimii, ex typographia Hie-
ronymi Galleri, sumptibus Joh. Théodore de Bry. MDCXVIII.
De Michael Maier, Guide du Voyageur, autrement dit Des montagnes des
sept planètes ou Métaux. Traité utile autant que clair qui, comme l’index
de Mercure aux carrefours, ou le fil d’Ariane dans le Labyrinthe, ou encore
la Petite Ourse dans le vaste Océan des errances Chimiques, peut être uti-
lisé par tout amant rationnel de la véi ite pour rechercher la médecine de
la Pierre Rouge Eloignant les maux, désirée par tous les Médecins, et qui
s’est cachée dans les montagnes. Imprimé à Oppenheim par Jérôme Galler
aux frais de Jean Théodore de Bry, 1618.
Les planches gravées par Jean Théodore de
Bry furent remaniées dans une édition ulté-
rieure qui parut à Rouen en 1651.
La dédicace rédigée à Francfort en sep-
tembre 1618 est adressée au prince Chris-
tian Ier d’Anhalt (1568 à 1630).
Ce prince épris de musique et féru d’alchi-
mie, qui avait à son service le médecin-
alchimiste Oswald Croll (ou Crollius), fut
l’un des protagonistes de la guerre de Trente
Ans. Conseiller de l’Électeur palatin Frédé-
ric V du Rhin, il l’encouragea à accepter la
couronne de Bohême, et devint le général
en chef de ses armées. Le 10 mars 1620, à
la bataille d’Egembourg, Christian d’Anhalt
réussit l’exploit de vaincre les forces com-
binées de Bucquoy et d’Ampierre. Mais, le
8 novembre, les armées impériales allaient
à leur tour défaire ses troupes à la bataille
de la Montagne Blanche. Cette terrible
défaite, qui provoqua la fuite précipitée,
l’exil, et la ruine de l’Électeur palatin, allait
mettre un terme au rêve politique des Rose-
Croix qui voyaient en Frédéric V un futur
empereur protestant.
Viatorium 127
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Jeptem feuMetallorum >
Tractatus ramutilis,quàmperfpicuuu,
quo,ut Indice Mercuriali in triviis,vel
Ariadnêo filo in Labyrinthe,lèuCyno-
(tira in Oceano Chymicorum errorum
immenfo,quilibet rationalis,veriratis a-
mans,ad iilum,qui inmontibusfefe ab-
didit De Rubea-pctra Alexicacum, o-
mnibus Medicis deliderauim, invcfti-
gandum,uti poterie.
OPPENHEIA/II
Ex typographia Hieronymi G alleri,
SumptibM Joh.The odori de Bry.
M DC XV LU.
128 • MICHAEL MAIER
Viatoriiim 129
130 MICHAEL MAIER
Viatorium -131
108 Les correspondances traditionnelles entre Métaux
et Planètes ont induit maints chercheurs (ainsi que la plu-
part des historiens) en erreur. Maier nous offre, charita-
blement, un nouvel ensemble éclairant de correspondan-
ces. Il faut tout d’abord examiner la relation entre Mars
et Vénus (à qui est attribué le hiéroglyphe Ô ); Vénus
porte de façon révélati ice un cœur enflammé. Basile
Valentin, parlant du « Sulfure de Vénus » ou « Soufre de
Vénus », dit de la Teinte et de la couleur de son corps
qu’elles sont presque semblables à celles du Soleil qui,
de par son abondance (ou intensité) est presque rouge.
Malgré tout, son corps étant lépreux et malade, la Tein-
ture fixée ne résiste pas. La mort de son corps entraîne
la mort de la Teinture à moins qu’elle ne soit jointe à
un Corps Fixe, où elle tient en permanence. Toutefois
Mars possède les qualités requises et prouve qu’ « Arès
(Mars en grec) est plus puissant qu’Aries (le Bélier) ».
109 Le Combat entre le Fixe et le Volatil (Principes
jumeaux de l’Œuvre) dont la double mort et la Putréfac-
tion qui s’ensuit, donne naissance au Premier Mercure.
110 Agathoclès, tyran de Sicile, fit fondre un vieux pot
de chambre en or puis il fit mouler une idole de Jupiter
à laquelle ses sujets rendirent un culte. Alors il leur révéla
la provenance originale de la matière, se moquant ainsi
de ceux qui avaient raillé ses humbles origines (il avait
été potier avant son accession au trône). Cette obscure
allégorie fait allusion à l’origine vile de la Matière de
l’Œuvre, laquelle provient d’une substance que l’igno-
rant considère sans valeur. La statue faite à partit du pot
de chambre fait aussi allusion à l’origine du mystérieux
Feu des Philosophes, composé en partie par une subs-
tance que l’on peut trouver dans les latrines et les vieux
tonneaux.
111 Démocrite, visitant l’Égypte « mère de toutes les
Sciences » rit fort des allégories incomprises des prêtres.
Il étudia l’anatomie de l’homme et des animaux. Le Camé-
léon et le Crocodile, explique Maier, retinrent tout par-
ticulièrement son attention.
112 Mucius Scaevola poignarde le secrétaire du roi Lars
Porsenna, qu’il confond avec le tyran. Ceci indique
qu’une substance autre que l’or royal est dissoute (plus
par choix que par erreur). L’assassin est Mars, la victime
est la Terre Philosophique Ô. Ces deux derniers sont les
Principes jumeaux comparés par Avicenne à la chienne
de Khorassan et au dogue arménien.
113 Le vol des deux Aigles lancés de Delphes par Jupi-
ter afin de prouver que ce lieu est le centre de la terre,
semble aussi incongru que la présence du navire de
Magellan ayant fait le tour du globe. En fait l’île sur
laquelle se tient Jupiter est Delos (voir Atalanta Fugtens,
Emblème XLVI, 75) presque entièrement recouverte par
les flots à l’époque où Latone y accosta pour donner nais-
sance à ses jumeaux Diane et Apollon, la composition ren-
voie donc clairement à la Coagulation ou Naissance du
Soufre qui apparaît d’abord comme la peau sur le lait.
Hermès décrit ainsi cet événement : « Voyant cette Eau
qui après avoir peu à peu épaissi, commençait à durcir,
je me rejouis car je savais que je trouverais certainement
ce que je cherchais. » Le navire indique la présence du
Rémora (nommé échénéis en grec), le poisson qui, selon
les auteurs hermétiques, pouvait arrêter un vaisseau en
plein milieu de sa course : autre allusion à la Fixation.
114 Androclès et le Lion. Cette histoire très connue fut
d'abord racontée par Aulus Gelle, auteur latin du IIe siè-
cle après J.-C. L’homme soulage le lion et le lion plus
tard sauve l’homme : le sens secret est que la connais-
sance de la Pierre des Philosophes - qui, comme le lion
souffrant, appelle au secours - conduit l’Artiste à la « soi-
gner » selon les règles de son Art. Transformée alors en
Pierre Philosophale, elle apporte à son libérateur santé,
opulence, sagesse et longévité.
ijl • maier Viatorium
Johann
Daniel
Mylius
Opus medico-chymicum, 1618
loannis Danielis Myhi Vetteram Hassi M.C. Opus medico-chymicum : Con-
tinens très Tractatus sive Basihcas : quorum prior inscribitur Basilica medica,
secondus Basilica chymica, tertius Basilica philosophica. Francofurti, apud
Lucam Jennis, 1618.
De Johann Daniel Mylius, de Wetrer, Hesse, Candidat en Médecine :
Ouvrage médico-chimique, Contenant trois Traités ou Basiliques : le pre-
mier est intil ulé Basilique médicale, le deuxième Basilique chimique, le troi
sième Basilique philosophique. Francfort, chez Lucas Jennis, 1618.
Cette œuvre colossale d’environ trois mille
pages, divisée en trois parties, se termine par
un index que Lucas Jennis publia à part en
1630. Les trois traités possèdent des pages
de titre distinctes avec des vignettes tirées
des Douze Clefs de Basile Valenlin (déjà
parues dans le Tnpus Aureus de Maier). Il
y a dans ces volumes une richesse iconogra-
phique considérable mais, désireux de nous
en tenir aux emblèmes hiéroglyphiques de
notre Jeu d’Or, nous ne reproduisons ici que
la page de titre, le portrait de l’auteur et les
emblèmes symboliques du traité Basilica
Philosophica, tous gravés par Matthâus
Merian. Cependant, nous signalons à tou
tes tins utiles les belles planches représen-
tant l’équipement de laboratoire au livre II
des Bas'lica Philosophica.
Le troisième livre des Basilica philosophica
contient les « Sceaux des Philosophes », cent
soixante Emblèmes Hermétiques attribués
aux héros de l’alchimie, historiques et
mythiques, célèbres et anonymes. Compo-
sée et librement adaptée à partir de sources
diverses provenant de manuscrits et de gra-
vures déjà publiés, l’iconographie de ces
« Sceaux » constitue un extraordinaire réper-
toire du symbolisme alchimique; l’associa-
tion de devises et d’images dans ces emblè-
mes en miniature devait avoir une fonction
à la fois didactique et mnémonique.
Les « Sceaux » furent insérés ultérieure-
ment dans le Dyas chimica ti ipartita...
publié en 1625 par Lucas Jennis. Deux ans
plus tard Daniel Stolcius fit paraître son
Honulus hermeticus (1627), un livret entiè-
rement consacré à ces emblèmes, imprimés
en quatre par page, avec une transcription
de chaque devise et des commentaires ver-
sifiés. Cet ouvrage, également publié par
Jennis, a induit en erreur plus d’un auteur
qui en attribue leur composition à Stolcius
lui-même.
Johann Daniel Mylius (1585 - après
1628?) naquit, comme Oswald Croll, à Wet-
ter dans la Hesse. Il écrivit de nombreux
ouvrages sur la médecine spagyrique et la
Philosophie Hermétique, mais les détails de
sa vie restent mystérieux. Même Johann
Christoph Mylius, biographe d’un nombre
incalculable de porteurs, mémorables ou
non, du nom de Mylius ou Müller, le
délaisse « par manque de place » dans son
Historia Myliana (léna 1751-52). Dans cet
ouvrage, Johann Christoph promettait de
joindre une biographie fùture du prédicateur
de la Réforme George Mylius, celle de la vie
de Johann Daniel, mais cette œuvre semble
malheureusement n’avoir jamais paru.
Mylius jouissait du patronage des diri-
geants du parti protestant, Maurice et Fré-
déric Henri de Nassau à qui il dédia sa Phi-
losophai Reformata. La principale épître
dédicatoire est adressée à Dieu-Tout-
Puissant et se termine avec le souhait que
les cœurs des lecteurs malveillants puissent
être convertis, il est signé Ego, Homo.
Opus medico'chytricum -133
134 ’ JOHANN DANIEL MYLIUS
Opus medico'chymicum -135
I 36 • JOHANN DANIEL MYLIUS
Opus medico'chymicum -157
138 • JOHANN D4J®L mylius
Opus medico'chymicum -139
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qua. > qua erant jub Ftrmamento, ab ku qut étant
jtifer firmamentum Etfaüum t(l ira.
v. 8, Votauttq; Deu> Firmamentum ttxlufn, &fd-
Sium& mnntdiesfecundui.
Gcn 1. v 9.Dtxif vero Drus , eonf re'gtntur a?;<<• Gin i.* 1+ Dixit a-ercmDev Fiant Laminaim G n i v, 10. Dixu ena,> D eitt,pr usine ant aq ut
que fubcatlo (nntin locum vniim.fa apparent Anda, ! tn frnummt la i.fr •butdar-t diem ac noflem Ô> reptile anima •viurntu, & volai îlejitper terramjnl
Ftfaâum efl tta
v-1 o, Etvorauit Deto» andm,terram. eongrega
tiane/que aquartem appellauit Marta Et vtdit Dites
quodeffe bonum.
v.li. Et eut, Germrnet terra herbam z'ir-nteti,^ ........ ........ ... ..^ ..............v,
prteffet n-'Fhi^rfiellai
v.lJ.Erpo.uiftiu Deus in Firmameniocaeli.vt lu-
cerent jtt •( rr*>am
fat tentent femen.^r lignum pnmiferum. fn'iens /ru-
c?um,tuxta genn* (uum , tutus jernen m jemcttpqo fît
juper terrain. Ft fallu me fl tta
v ti. Ff protubt terra herbnm virentem , f**fu
eienttm fernen tuxta genu* futtm. lignumqtee Fartent
fruiïum & habent vnumqiiodque .emrntem 'ecttn-
dum (portent fuam. Et vidit Dettequodtfet bonum
r. 1 J. El Fallut» e/l ve/pere & maae Dus tertuti.
firmamtato cah.
v.zi. C.reaitttque Deturete grandi» & omnem a
nimam •viuentem arque moiablicm.quam produite
! v4f. Vf L-<reant tn ri ’m-imcntoetxli, & illumi-
nent ter ram. F r taêî.< n; < Il t’a
v.i<». Fret! que Dett'd-fi' T uminarta niannts. Z./<- rantaqnam fyities(uns & omnt vdatile Jecundun.
gentte fieum. Ft Vidit Dcn* quod e(fttbr'num.
v il RenedtXtw.. eu, dirent, Cre ttte frmultiplt-
camim, & replete tiquas maris :auc j j«e mulltpltCen-
tur tuper terraf'i.
'i.i'y.kt fatlutn efl Ve litre (L mane dies quitituS.
e Gcn i v 14. Dixtt quoque Dew, produeatterr»
i antmam viueHtem tagenert juo, turnenta,& reptika,
befttoe terra fetundum fptetesjuns. Faâtimq efi tta.
v.if. Etfeett Deut brjiiiu terra tuxta/petitsfutu,
tumenta^ omne reptile terrai» Rentre juo. Et vidtt
. Dette quodeffet bonum
v 16. Etait, Faciamuo bomtnem ad Imaginent^
ftmilitudinemnofirafn,& prtfitpi/ctbut rnuru.^va-
lattltbuecali.tpr be/lttf, vntuerjique terra, emntqxe
repttli quodmouetttr mterra.
v.17. Et creauit Detu bemmemad îmagtnem^g
(smilttudinem /uatn: adtmagtntm Dtt creautl tSut»,
Majcttlum 0s Faemmam ereautt eos.
v.48. Benedixtiquetllx Dew, &attCrefcite, &
mtelnplitamint,^repltte terram.tfyjubtictte eam.
dominamtntptirtbut maru^valattlibM roelt.^rVni
uerfit antmantibus qua mettentur (upra terram.
v i^.Dixnqttt DeW.tccededt'uobuomnefnbetbatft
rfferen'em’emen juper terram , ^vntueriahgnaqM
habent tn itmeiipfts Jetneniemgenertsfut Vt fint vobtt
tn e ram.
v. ;g. EtrunHn antmantibutterra, omaïque Volih
rrtttrli.^pvntucr/isquim-'uentHrtnferra , & tn qui-
bus e/J anima viuens,vt hnbeant advefeendum. Etfa-
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14-2 • JOHANN DANIEL MYLIUS
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Optis medico'chymicum 143
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265-280
Opus medico'chytnicum 149
115 Flanqué d’Hermès et d’Hippocrate, le glyphe de
Mylius de correspondances triples ou quadruples a en son
noyau la Terre Adamique. Quatre emblèmes représen-
tent les Eléments. Le Feu (Salamandre) est le séjour des
Étoiles : « en haut comme en bas ». L’Air (Phénix et
Crapaud) est la demeure des Éléments : « Par la conver-
sion des Éléments (et) la Triple Purification laisse l’un
être fait. » L’Eau (Sirène) est le royaume des Minéraux :
« Toutes choses naturelles sont dans le Soleil et le Sel. »
La Terre (Lion et Dragon) est la demeure du Micro-
cosme : « Sépare-les et amène-les à maturité. »
116 La gravure de Merian représente Johann Daniel
Mylius en 1618, âgé de 33 ans, entre un laboratoire et
une bibliothèque. « Lecteur, veux-tu avoir le miroir de
Paracelse et de Galien? Vois, Mylius est certainement
pour toi le miroir des deux. »
117 Du Saint Mystère de la Trinité, la Divine Intelli-
gence, telle une lumière raaieuse, descend à travers le
Monde Archétypal et les trois chœurs successifs de la hié-
rarchie céleste : Séraph ns, Chérubins et Trônes, Domi-
nations, Princes et Puissances, Vertus, Archanges et
Anges.
118 Le Monde des Éléments : sont montrées ici toutes
les correspondances entre les signes du Zodiaque, les Mois
de l’année, les Organes humains, les Vertus, les Métaux,
les Minéraux, les Éléments et les Anges. Le douzième
anneau proclame : Trois sont les Mondes, Trois sont les
Ages, Trois sont les Royaumes, Trois sont les Principes.
Dans l’anneau suivant se trouvent les noms de douze
sciences, l’alchimie incluse. La Nature a un anneau
contenant six étoiles, rappel de l’Étoile à six branches qui
plane sur la Nuit de l’Œuvre comme l’étoile de Beth-
léem Au centre se tient l’Homme purifié, ou Sujet de
l’Art, gardé par deux Anges.
119 Dans cette magnifique composition signée par
Merian, les correspondances du Macrocosme et du Micro-
cosme sont superbement symbolisées. En haut, la Sainte
Trinité et les Anges de Lumière influençant le Zodiaque ;
en dessous le Corbeau du Nigredo, le Cygne àiAlbedo, le
Dragon Sujet de l’Art, le Pélican (Mercure) et le Phénix
(Soufre). Toutes sortes de combinaisons des contraires
complémentaires, tels Soleil et Lune, Mercure et Soufre,
sont subtilement représentées ici. Le personnage central
symbolise la puissante Unité indissoluble de la Pierre
d’Or. Voir le Psaume 104, qui accompagne cette plan-
che dans le Musaeum hermeticum (1677) ainsi que le texte
de la Table d’Émeraude d’Hermès (8, p. 36) qu’elle
illustre.
120 Le récit biblique de la Création est considéré par
les alchimistes comme un modèle de leur propre « re-
création » microcosmique, et chaque degré reçoit une
interprétation complexe qui peut être très brièvement
résumée ainsi : De l’Unité Divine procède l’Esprit, Feu
ou Lumière, qui se matérialise dans la diversité de la
Matière. En isolant et en purifiant ses principes essen-
tiels, l’Altiste sauve la Matière victime des conséquen-
ces de la Chute succédant à la création de la race humaine.
LES « SCEAUX DES PHILOSOPHES »
121 Hermès Tnsmêgiste, l’Égyptien : Ce qui est en haut
est comme ce qui est en bas.
122 Adfar l’Alexandrien, professeur de Morienus : Dans
notre union le Soleil est le Père tandis que la blanche Lune
est la Mère.
123 Calid, roi saracène d’Égypte, disciple de Morienus :
Celui qui vient en troisième après le Père et la Mère est
le maître du Feu.
124 Marie la Juive, sœur de Moïse : Deux fumées se
mêlent l’une à l’autre et l’herbe des montagnes les absorbe
toutes deux.
125 Cléopâtre, reine d’Égypte : Le Divin est caché au
peuple selon la Sagesse du Seigneur.
126 Medera, femme alchimiste : Qui ne connaît pas la
Règle du vrai ignore le vase d’Hermès.
127 Thaphuntia, femme philosophe . Mariage de deux
gommes, la Blanche et la Rouge.
128 Euthica, femme philosophe arabe : Ce qui lutte
contre le feu est le Soufre, ce qui l’entretient est le
Mercure.
129 Calid le Juif, fils de Gazichus : La faculté de créer
provient de l’adoration de Dieu, non de ta force.
130 Musa, de l’école de Calid : Les maîtres des hom-
mes pieux sont les médiateurs de la Sagesse Divine.
131 Démocrite, Alchimiste grec : L’obscurité du corps
solide est éliminée par le remède igné.
132 Pythagore, Philosophe grec : Dans la nature tu dois
étudier ce à partir de quoi Dieu créa toute chose.
133 Anaxagore, Philosophe de Clazomène : Le Soleil
ardent, l’âme de la Lune, l’esprit en leur milieu ne sont
rien d’autre que Mercure.
IJO • JOHANN DANIEL MYLIUS
134 Zamolxis, compagnon de Pythagore : Avec Dieu et
la piété comme compagnons, je parviens aux régions éle-
vées par des chemins étroits.
135 Héraclite, Philosophe : Le Feu est le piincipe de
toutes choses.
136 Apollonius de Tyane, Philosophe : Nul n’est pro-
phète en son pays.
137 Michel Psellus, Philosophe : Âme et Nature font
descendre Dieu des cieux
138 Morienus, Philosophe romain : C’est dans le fumier
de notre putréfaction que se trouve le commencement et
la cause sine qua non.
139 Avicenne, Philosophe arabe : L’Aigle volant dans
l’air et le Crapaud avançant sur la terre sont le Magistère.
140 Geber, Philosophe arabe : Dans le soleil et le sel
toutes choses sont situées par nature.
141 Artephius, Philosophe arabe : La Sagesse du Monde
s’occupe de trois choses, l’Âme, le Corps et l’Esprit.
142 Alphidius, Philosophe arabe : Ce n’est pas acheté
à grand prix mais jeté sur la route pour le riche et le
pauvre.
143 Gilgil, Philosophe maure : La Nature ne produit
pas la Teinture sans Soufre et Vif-argent.
144 Hamuel, Philosophe : Raison et expérience cons-
truisent l’Œuvre sur un fondement ferme et stable.
145 Senior, Philosophe : La génération du Fils L unaire
est plus forte que toute sa parente.
146 Rasis, Philosophe : La Gomme coagule le Lait et
notre Lait dissout la Gomme, de là viennent la Rougeur
et le Sang Oriental.
147 Rosinus, Philosophe : L’ignorant frappe, en toute
ignorance, la coloquinte et il espère en tirer du miel pour
le malheureux.
148 Le Philosophe de Massara : La saleté de la Pierre
fait que les hommes l’estiment peu au lieu de la mettre
de côté.
149 Mitigo, Philosophe : Bien que méprisée par les bêtes
et les hommes, la Pierre est cependant aimée par le Sage.
150 Malus, Philosophe : Cette Pierre est au-dessous, au-
dessus, en face et autour de toi.
151 Dante, Philosophe : Préparez et dissolvez les Corps
et de cette Eau imbibez les Esprits purifiés.
152 Galienus, Philosophe : Préparez, purifiez, dissol-
vez, coagulez les Corps et jetez-les sur le Corps.
153 Mahomet, Philosophe : La Pierre très nécessaire à
cet Œuvre vient de la Matière animée.
154 Hercule, Roi, Sage et Philosophe : Le magistère
vient d’une seule racine, se développe en plusieurs et
retourne à l’unité.
155 Arsianus, Philosophe : Notre Eau l’emporte sur
notre Terre en ce qu’elle est propre, grande et claire.
156 Datin, Philosophe et Chimiste : Rouge, notre Laton
est inutile, devenu blanc il a beaucoup de force.
157 Euthices, Philosophe : Nous avons supprimé la
Noirceur avec du sel de Natron et de l’Almizadir et fixons
la blancheur avec du Borax.
1 58 Adarmath, Philosophe : Le principe de cette chose
dépasse sa fin et sa fin dépasse son principe.
159 Azinabam, Philosophe La Matière Philosophique
est par sa nature nommée Vulphi, c’est-à-dire Animal.
160 Elbo, Philosophe et Assassin : Blanchissez Laton
et déchirez les livres afin que vos coeurs ne soient point
corrompus.
loi Ademarus, Philosophe : Quoiqu’il soit purifié, su-
blimé, extrait et fixé, il n’est toutefois ni répandu, ni péné-
tré ni mélangé, mais il est vitrifié.
162 Belinus, Philosophe : Mon père le Soleil a toute la
puissance dont le monde entier est en quête.
163 Albugazal, Précepteur du Philosophe Platon : Celui
qui est Saturne me détruit, mais non ma nature.
164 Hélisardes, Philosophe : Sur la voie du Magistère,
celui qui observera noms et couleurs ne déviera pas.
165 Platon, Chimiste : D’abord l’œuf périt, puis le pous-
sin est engendré, une fois l’œuf corrompu naît l’animal.
166 Yezid de Constantinople : Notre Pierre est une
chose que le Feu n’a pas touché et de laquelle sort notre
Mercure.
167 Galud, Roi de Babylone : 1 - Le rôle de Saturne
est de décomposer et d’escamoter le Soleil. 2 - La recom-
position prend quatre nuits.
Opus medico'chymicum -151
168 Sénèque, Philosophe : Le Feu est avantageux pour
ce qui est parfait et désavantageux pour ce qui est cor-
rompu.
169 Albert le Grand, Évêque et Chimiste : Non par mon
savoir, mais par la grâce du Saint-Esprit
170 Bernard, Comte de Trévise : Une solution perma-
nente de semence mâle et femelle engendre une nouvelle
espèce.
171 Basile Valentin, Moine : L’or est le Père de la Tein-
ture, le Vif-argent sa Mère, Mercure son Grand-père,
l’Eau mercurielle sa Grand-mère.
172 Alanus de Lille, Philosophe : Celui qui connaît
2 et 7 sait tout ce qui peut être su. 2 et 7 sont les poids
chimiques.
173 Arnaud de Villeneuve, Chimiste : Si la maladie dure
un mois, elle guérit en un seul jour, si elle dure un an,
elle guérit en douze jours.
174 Pierre de Villeneuve, frère d’Arnaud : Cette méde-
cine supérieure à toutes les autres et à toutes les riches-
ses du monde doit être recherchée dans la citadelle.
175 Vincent de Beauvais, Moine : L’Élixir est nommé
une pierre car il est moulu et une non-pierre car il est
fondu et va au feu sans s’évaporer, comme l’Or.
176 Jean de Padoue, Philosophe : Les eaux possèdeni
des vertus merveilleuses et innombrables. Rien n’est plus
merveilleux que l’Eau de ce Bam.
177 Jodocus Greverus, Chimiste : Le Soleil prend tou-
jours Mercure pour compagnon, la Lune reçoit son éclat
du Soleil.
178 Auteur du Rosier des Philosophes : L’un court vers
l’Est, l’autre se hâte vers l’Ouest.
179 Auteur du dialogue fraternel entre l’Or et la Pierre :
La Pierre faite d’or est un ver vénéneux : témoin le Mer-
cure fait d’or vulgaire.
180 Auteur des Rimes Philosophiques : Tu visiteras l’inté-
rieur de la Terre.
181 Isaac et Arnaud, Philosophes : Dieu a donné deux
pierres, la première blanche, la seconde rouge, gratuite-
ment et pour rien.
182 Philippe Théophraste Paracelse : Telle est la méde-
cine, tel aussi devient l’or.
183 Isaac Le Hollandais l’Ancien : Voici la Matière qui
à la fois contient du vif-argent et la Fulguration.
184 Isaac Le Hollandais le Jeune : Voici les fleurs qui
se cachent parmi tant de chardons et d’épines.
185 Jean Pontanus, Philosophe : Ce feu sans flamme,
m us non sans lumière, est difficile à découvrir.
186 Nicolas Flamel, Français : Celui qui a bien vécu
ne peut en aucune façon mal mourir.
187 Denys Zacharias, Philosophe : Cet Art, détenu par
la puissance de Dieu, est funeste au commun.
188 Jean Fernley Ambiensis : Il appartient aux Sages
de rechercher de plus hauts secrets des choses éternelles
en élévant leur esprit et leurs yeux.
189 Guillaume de Paris, Philosophe : Ce savoir requiert
un vrai Philosophe, non un fou.
190 Jean de Meung, Philosophe : Pouvoir et Vouloir
tout en tout ne dépend pas de la seule activité de l’homme,
mais de la main de Dieu.
191 Christophe de Paris, Chimiste : Ici est le Frère, là
la Sœur, ici le Mari, là sa Femme, ici le Fils, là la Mère.
192 Guido de Montanor, Philosophe : La conjonction
finale est celle des Quatre Éléments et ceci se nomme la
Philosophie quadruple et spirituelle.
193 Philippe de Ravilasco, Philosophe : Par la putré-
faction il meurt en tant que corps, par une nouvelle végé-
tation, il naît en esprit.
194 Gratianus, Philosophe Chimiste : Toutes les cho-
ses peuvent devenir cendre; de la cendre vient le Sel; du
Sel, l’Eau; de l’Eau le Mercure; du Mercure, l’Or.
195 Raymond de Marseille, Philosophe : Nous savons
qu’il existe des choses profondes dans la Nature, sous la
terre et qu’il faut chercher dans les minéraux et nulle part
ailleurs.
196 Jean d’Autriche, Philosophe : Toute composition
et génération se fait à partir des quatre éléments simples.
197 Étienne, Philosophe Chimiste : De l’homme ne sort
que l’homme et de l’animal naît son semblable.
198 Daniel, Philosophe, dans ses Palinodies : Plus le
métal cuit, plus il noircit et devient de l’eau spirituelle.
152 • JOHANN DANIEL MYLIUS
199 Valerandus de Bosco, Philosophe : Plus le métal
cuit, plus il rougit et devient la teinture de rougeur.
200 Jean de Sacro Bosco, Philosophe : Plus le métal cuit,
plus il épaissit et devient la teinture de blancheur.
201 Thomas d’Aquin, Chimiste italien : Comme la
nature, l’Art produit des métaux à partir du Soufre et du
Mercure.
202 Petrus Bonus de Ferrare : De l’Ame vient le début
et le premier mouvement et même tout ce qui arrive, du
Corps vient l’exécution.
203 Pierre de Zalento, Philosophe et Chimiste : Le fer-
ment est le moyen de la conjonction. S’il est employé au
début ou au milieu, l’Œuvre est conduite à son achè-
vement.
204 Jean Aurelius Augurellus : Celui qui me délivrera
de l’Eau et me ramènera au sec, je le bénis comme un
bienfaiteur.
205 Marcellus Palingenius, Philosophe : Prenez et tuez
Saturne en l’immergeant dans des Eaux amères.
206 Jean de Rupescissa, Philosophe : La Pauvreté enseï
gne tous les arts et le ventre est dispensateur d’inventions.
207 Augustin Pantheus, Prêtre Vénitien : Voici le tri-
ple père créé par le sel, dirigé par l’artiste et éduqué par
Vulcain.
208 Aloysius Marlianus, Philosophe : L’Or est produit
à partir du Soufre et du Vif-Argent en peu de temps dans
le feu.
209 Jean Lacimus, Philosophe : Comparées à la chimie,
les sciences des arts sont comme des servantes devant une
maîtresse.
210 Jean Chrysippe de Fano ; L’opération cachée de la
puissance céleste est la minière des sages philosophes.
211 Jean Theobanus, Philosophe : Dans la Rougeur, j’ai
contemplé la forme du Feu, dans la Transparence la forme
de l’Air, dans la luminosité la forme de l’Eau.
212 Ludovic Lazarellus, Philosophe : Ce que nous
voyons et avons fait avec l’aide de la Nature est le parfait
Élixir.
213 Effarius, le Moine, Philosophe et Chimiste : Le but
des Alchimistes est de transmuer les métaux imparfaits,
véritablement et non de manière sophistique.
214 Cardinal Gilbert, Philosophe : Celui qui ignore la
destruction de l’or ne peut qu’ignorer sa construction
selon le déroulement naturel.
215 Jean d’Aquin, Philosophe : Il est plus facile de pro-
duire l’or le plus pur que de le détruire.
216 Raymond Lulle, Philosophe : Le corps de l’enfant
issu du masculin et du féminin accède à l’acte.
217 Aegidius, Maître de l’Hôpital de Jérusalem : Il se
nourrit d’aliments sans valeur, comme le fœtus dans la
matrice se nourrit de menstrues.
218 Auteur de V Abrégé du Rosier : Il y a quatre Princi-
pes, quatre Couleurs, quatre Feux, trois intermédiaires.
219 Le Prieur d'Alexandrie, Philosophe et Chimiste :
Un feu tiré des rayons du Soleil comme le Feu Élé-
mentaire.
220 Cardinal Garcia, Philosophe : La forme de l’année
descend des astres comme la férule de Prométhée vient
aux mortels.
221 Hugo Apostolicus, Philosophe : Voici le sommet
du Magistère pour que l’ombre mortelle soit écartée du
rayon.
222 Pierre, Moine et Philosophe : Ce petit rayon igné
habite dans la terre et l’eau ne peut l’éteindre car il est
céleste.
223 Durandus, Moine et Philosophe : La Pierre est
d’abord un Vieillard blanc puis un Jeune Homme roux
et un Enfant couleur de sang.
224 Évêque Androicus, Philosophe : Voici la flamme,
voilà l’huile, voici le cheval, voilà le poulain, voici le
chien, voilà le l'èvre.
225 Évêque Donrnicus, « Des Poids » : Rends l’or
vivant par sublimation, verse-le sur le Sel et place-le dans
le fumier à l’intérieur d’un vase solide.
226 Dominicus l’Apôtre, Chimiste : Il y a deux Matiè-
res, l’une pour brûler, l’autre pour durcir.
227 Jean Dastin, l’Anglais : La nature accepte avec
reconnaissance tout ce qui agrée à Dieu.
228 Roger Bacon, Philosophe anglais : Réalise l’équi-
valence des éléments et tu auras le Magistère.
229 Hortulanus, Philosophe et Chimiste : Seul celui qui
sait fabriquer la Pierre des Philosophes comprend ce qu’ils
disent de cette Pierre.
Opus medico'chymicum -153
230 Richard, Philosophe anglais : L’étude de la Science
supprime l’ignorance et mène l’intelligence à la vraie
connaissance.
231 Thomas Norton, Philosophe anglais : Notre Matière
est une chose de peu de prix et d’aucune valeur, qui la
trouve la relève à peine.
232 George Ripley, Philosophe : Il y a trois Mercures,
deux superficiels et le troisième essentiel, celui du Soleil
et de la Lune.
233 L’Abbé de Westminster, Philosophe : A la vue, la
Pierre est diaphane, translucide et d’une transparence
admirable et stellaire.
234 Edward Kelley, Philosophe douteux : La Matière
Première est brillante et quelque peu rougeâtre, c’est
pourquoi nous l’appelons notre Marcasite.
235 Scot, le plus savant des Philosophes : L’Œuvre
reçoit une grâce telle qu’une fois que tu l’as faite tu n’as
pas besoin de la recommencer.
236 Aegidius de Vadius, Philosophe : Au toucher et à
la vue ce n’est pas une pierre mais une terre subtile, bril-
lante, rouge et non transparente.
237 John Duns Scot, Philosophe : Séparée et préparée
notre Matière est nommée Litharge Philosophique.
238 Michael Scot, Philosophe : Ce qui était offert à nos
mains est perdu à cause des péchés des hommes impies.
239 Melchior Cibinensis, Philosophe hongrois : La
Pierre Philosophique des Philosophes doit être nourrie
comme un petit enfant de Lait Virginal.
240 Bavran, Philosophe éminent : Notre fils engendré,
roi glorieux, tire du feu sa teinture philosophique.
241 Frère Albert de Bavière, Moine et Philosophe :
Donné par Vénus, il renaît en tunique droite, et c’est ce
que signifie l’Ornemcnt Rouge.
242 Rhodianus, l’excellent Philosophe : La mort a péri
et notre fils règne à présent vêtu de notre argent et de
notre chair.
243 Rachaidibi, Philosophe et Chimiste : Tout ce qui
est nourri l’est par des rations réduites, tout ce qui est
vivifié l’est par des doubles rations.
244 Aristote, Philosophe de l’Alchimie : La vit ification
et la nutrition des philosophes sont les premiers pas de
l’Œuvre Philosophique du Sage.
245 Arda, Philosophe, disciple d’Aristote : Le grain se
nourrit de 1 humidité qui appartient à sa nature jusqu’à
ce qu’il pousse et reçoive vie.
246 Remarque sur la lettre d’Alexandre : Mort, mer
et ténèbres le fuient et le Dragon fuit les rayons du
soleil.
247 Serapio, le plus industrieux Philosophe : Le temps
est venu de ranimer le mort et de guérir le malade.
248 Le Livre de Saturne des Philosophes : Il est en vie
tant qu’il ne meurt pas à partir de cette forme métallique
qui est l’ombre lépreuse de la Pierre.
249 Dumbeleius, Philosophe et Chimiste : Il provoque
la fusion métallique, cependant il n’est pas le métal
philosophique.
250 Bernard de Gravia, Philosophâtre : Notre Fils mort
vit, le Roi vient du Feu et se réjouit en un mariage secret.
251 Melchior, Cardinal et Evêque : Il faut le tuer avec
science car sa mort le révélera.
252 Malchamec, Philosophe et Chimiste : Marie gomme
avec la gomme en un véritable mariage et les rend pareil-
les à l’eau fraîche
253 Aranus, Philosopne de Medes : Quand on ne sait
produire, féconder et engendrer les composants, rien ne
se fait ni ne se propage.
254 Le Philosophe qui porte la Palme : Marie l’Esclave
à sa sœur parfumée et ils engendreront un fils qui ne res-
semblera pas à ses Parents.
255 Le Sarmate anonyme. Chimiste : Une fois vue la
Blancheur, refroidis ton Œuvre et tu verras la Lune revê-
tir la couleur du Soleil.
256 Auteur de La Cymbale d’Or : Reste près du vase
et vois des merveilles car son contenu devient blanc et
jaune en moins de trois heures.
257 Auteur du Petit Rosier : La première germination
est verte, la seconde blanche, d’une blancheur qui
l’emporte sur toutes les blancheurs du monde.
258 L’Echelle des Philosophes : Prends du Mercure pur
et stable pour obtenir le grand Magistère caché de la
Pierre.
259 Le jeu des Enfants Philosophiques : La chose peut
exister même si beaucoup de gens ne la voient pas alors
même qu’ils marchent dessus.
154 • JOHANN DANIEL MYLIUS
260 L’Aurore Naissante : En chaque chose demeure un
Esprit propre par lequel elle est animée et croît.
261 Le Testament Philosophique de Pythagore : Sans
Feu rien ne s’opère pas plus qu’il n’est de guerrier sans
arme.
262 L’Assemblée des Philosophes et des Sages : Le pre-
mier agencement est le coït, le deuxième la conception,
le troisième la grossesse, le quatrième la naissance, le cin-
quième la nutrition.
263 Auteur du Miroir de l’Art Chimique : Le lit à la belle
étoile est le gazon offrant beaucoup de plaisir aux nou-
veaux mariés.
264 Auteur de La Voie Universelle de la Sagesse : Les
Neuf Muses font cadeau d’une couronne de fleurs pour-
pres, les Grâces de la beauté et de la grâce.
265 L’Auteur de Sur la Quintessence du Vin : Apollon
joue de la lyre, Diane porte des roses blanches, Saturne
une robe noire.
266 Auteur de La Lumière qui Luit dans l'Obscurité :
Jupiter porte une chemise blanchâtre, Mercure un
péplum, et Mars un pétase.
267 Auteur du Jardin des Richesses de la Sagesse : Vénus
porte sa glorieuse robe ou tunique royale, d or et de
pourpre.
268 Auteur du Traitement de la Teinture Philosophique :
Le Roi viem du feu couronné d’un diadème solaire en or.
269 Auteur du Traité sur Aurélia : La disposition de cette
chose est telle qu’elle ressemble à la Création de l’Homme.
270 Auteur de La Splendeur du Soleil Philosophique : Des
semences du Soleil et de la Lune naît celui que des mil-
liers cherchent et qui n’est que très rarement découvert.
271 Auteur de La Table de l’Ainé des Philosophes :
Recommençons cela jusqu’à ce qu’il meure et ramollisse.
272 L’Allégorie Philosophique de Merlin : Saturne est
la planète de la Mort, vois, il porte ici une robe noire.
273 Parabole allégorique d’Arisleus : La conception et
les fiançailles se font dans la pourriture et la génération
des générations dans Pair.
274 Auteur des Enigmes de la Chimie : Notre semence
est du Vif-Argent qui est uni à notre Terre.
275 La Somme Philosophique : Si le Vif-Argent n’est pas
mis à mort au moyen d’un corps caché, il sera sans
vigueur.
276 Le Livre de la Vérité de la Sagesse Philosophique :
Lorsque le Fils couche pour la première fois avec sa Mère,
d’un coup vipérin elle le tue.
277 Son de la Trompette Philosophique : La Terre du
Corps sera dissoute dans l’Eau de la Semence, et une Eau
indivisée apparaîtra.
278 Auteur du Traité de la Pierre Philosophale en douze
Chapitres : Ce qui fut cause de ta Vie, cela même a causé
ta Mort.
279 Oswald Croll de Wetter, Disciple des Philosophes :
Cette connaissance n’est rien d’autre que les secrets des
maîtres sages et des Philosophes.
280 Johann Daniel Mylius, de Wetter, Disciple de la
Sagesse Philosophique : C’est Marcher sur les voies
Divines et dans le Magistère avec pour compagnon Notre-
Seigneur Jésus-Christ.
Opus medico'chymicum -155
Johann Daniel Mylius
Antidotarium, 1620
Johannis Danieli Mylii. Vetterani Hassi, M.C. Antidotarium medico-
chymicum Reformatum : continent quatuor hbros distinctes. Quorum I. Gene-
raliora in pharmaciam requisita explicat. II. Tractat de quibusdam exoticis
in nostris Basilicis omissi. III. Tradit praecepta Galenic [orum] & Chymi-
corum de praeparatione niedicamentorum. IV. Rcsolvit formas & dividit
médicamenta tam Galen [icorumj quant Chymicorum. Francofurti sumptt-
bus Lucae lennis. M.DC.XX.
De Johann Daniel Mylius, de Wetter, dans la Hesse, médico-chimiste :
Recueil révisé médico-chimique des Remèdes, contenant quatre livres sépa-
rés. Le premier développe les choses générales recherchées par la pharma-
cie. Le deuxième traite de certains remèdes exotiques passés sous silence
dans nos Basiliques. Le troisième rapporte les préceptes des disciples de
Galien et des Chimistes pour la préparation des médicaments. Le quatrième
différencie les formes et introduit des distinctions dans les remèdes, ceux
des disciples de Galien et ceux des Chimistes. Francfort, aux frais de Lucas
Jennis, 1620.
La dédicacé, adressée à la Corporation refuge que l’auteur a trouvés dans l’enceinte
pleine de munificence de la Cité Impériale de ces murs par ces temps troublés.
de Francfort, fait allusion au secours et
156 • MYLIUS, CROLL
OSWALD CROLL
Basilica chymica, 1622
Osualdi Crollii Veterani Hassi Basilica chymica continens philosophicam
propria laborum experientia confirmatam descriptionem et usum rcmedio-
rum chymicorum selectissimorum e luminc gratiae et nature desumptorum.
In fine libn additus est autans ejusdem Tractatus novus de signature rerum
internis. Cum Gratia et Privilégia S. Caes. Maiest : Francofurti impensis
Godefridi Tampachij.
De Oswald Croll, de Wetter, Hesse : Basiliques chimiques contenant une
description philosophique confirmée par l’expérience de ses propres tra-
vaux, ainsi que l’usage de remèdes chimiques très choisis, à la lumière de
la grâce et de la nature. A la fin du livre est ajouté un nouveau Traité du
même auteur, sur les signatures internes des choses. Par la Grâce et avec
le Privilège de Sa Majesté Impériale. Francfort, pour Gottfried Tampach.
D’abord publié en 1608, cet ouvrage fut
maintes fois réédité. Cette édition contient
un Privilège de Ferdinand II délivré à
Vienne le 5 mars 1622. Oswald Croll ou
Crollius (1580-1609), médecin paracelsien,
étudia à Marbourg, Heidelberg, Strasbourg
et Genève. Il inventa nombre de nouveaux
remèdes. Sa dédicace, rédigée à Prague en
1608, est adressée à son maître le prince
Christian Ier de Anhalt Bernberg.
Le graveur Aegidius Sadeler (1575-1629),
natif d’Anvers, était le neveu et pupille de
Jan et Raphaël Sadeler. Il se trouvait en Ita-
lie en train d’exécuter des gravures d’après
des peintres italiens, lorsque Rodolphe II
l’appela à Prague. Il travailla ensuite pour
les successeurs de Rodolphe, Mathias et
Ferdinand II. La qualité de la vaste produc-
tion de Sadeler lui valut le titre de « Phénix
des graveurs ».
Antidofarium; Basilica -157
281
158 ♦ MYLIUS, CROLL
Pater
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HOMO
SoltetSileNètmat.
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OsUALDl CrOLLII VFTER'Nli HASS1
BAS1LICA CHYMICA
, CONTINENS.
Pdiloluphicam prcprra laborum expertcniiâ
conhrmatam Jefcnptionrm et ufum Reme^.
diorum Chyrucorum 5eRctiffimorum e"
Lumine GRATiÆet naturæ
,r DESUMPTO RUM.
Jnj~ine fi&ri atûfrtus *ft*lutortî ejusdm T>ac:aius
j^cuta jiE S7j^>tTLKfS' R^mjnt^'n^
' \ Chem
282
Antidotarium; Basihca -159
281 Antidotanum. Cette même planche de Matthaus
Merian montrant trois Adeptes anciens et trois Adeptes
modernes, une mine et une boutique d’Apothicaire, ser-
vit de page de titre pour l’Hydrolithus Sophicus, seu Aqua-
rium sapientum, l’un des neuf traités de l’édition origi-
nale du Muséum hermetiaim.
282 Basilica Chymica. La Sphère Supérieure montre la
Divine Trinité, avec Dieu, le Messie, l’Homme et la hié-
rarchie céleste des Anges. La Sphère Inférieure suivant
les correspondances microcosmiques comprend la trinité
alchimique Soufre, Mercure et Sel, et au centre la Terre
Adamique ou Sujet des Sages. La similitude des deux
sphères, quoique inversées, est accentuée par les paroles
d’Hermès Trismégiste (en haut à gauche) :
CE QUI EST EN BAS EST
COMME CE QUI EST EN HAUT.
160 • mylius, croll Antidotarium; Basilici
Michael Maier
Septimana Philosophica, 1620
Septimana philosophica, qua Aemgmata auréola de omni naturae genere a
Salomone Israëlitarum sapientissimo Rege, & Arahiae Regina Saba, nec
non Hyramo, Tyri Principe, sibi invicem in modum colloquii proponuntur
& enordantur : Ubi passim novae, & verae, cum ratione & experientiae
convenientes, rerum naturahum causae exponuntur & demonstrantur figu-
ris cupro incisis singulis diebus adiectis. Authore Michaele Maiero, Imperia-
Us Consistorii Comité, Eq. Ex. Med. D. & Caes. Maiest. olim Aulico, nunc
llhistrü Principis ac Dn. Mauritn, Hassiae Landgravii, & c. Archiatro.
Francofurti, Typis Hartmanm Pahhenii, Sumptibus Lucae lennis, 1620.
La Semaine philosophique, livre dans lequel les Enigmes d’or de toute espèce
de nature sont exposées et élucidées par Salomon, le Roi le plus sage des
Israélites, et la Reine de Saba d’Arabie, ainsi que par Hyram, Prince de
Tyr; chacun parle à son tour, à la manière d’une conversation : les causes
nouvelles et véridiques des choses naturelles sont ici abondamment expo-
sées et démontrées en accord avec la raison et l’expérience; l’ensemble est
complété par des figures gravées sur cuivre pour chaque jour. L’auteur en
est Michael Maier, Comte du Consistoire Impérial, Chevalier Libre de
l’Empire, Docteur en Médecine, auparavant attaché à la Cour de Sa Majesté
Impériale, aujourd'hui premier médecin de l’illustre Prince et Seigneur Mau-
rice, Landgrave de Hesse. Francfort, imprimé par Hartmann Palthenius
aux frais de Lucas Jennis, 1620.
Cet ouvrage dédié à Christian Wilhelm,
archevêque de Magdebourg, Prima, d’Alle-
magne, Margrave de Brandebourg et duc de
Prusse, est daté du 2 janvier 1620 ancien
style (Datant Magdeburg An no 1620 II
Irnuar Styli vet.). Il faut remarquer à ce pro-
pos que les États protestants refusèrent
d’adopter le nouveau calendrier grégorien
introduit en 1582 (selon lequel le 2 janvier
serait le 12 janvier), ainsi les États protes-
tants Allemands utilisèrent l’ancien calen-
drier Julien jusqu’en 1700. Cependant dans
les deux systèmes l’année ne commençait
que le 25 mars, car la date du 1er jour de
l’an ne fut changée qu’en 1752.
Le theme de l’ouvrage est un colloque de
six jours au cours duquel le roi Salomon,
la reine de Saba et le prince Hiram de Tyr
analysent les mystères de la Nature.
Septimana philosophica • tôt
ÆNIGMATA
DE OMNI NATVRÆ GENERE
àSALoxoNEl ’raelitarum fapientiflîma
Rege,& ArabiæReginaS A b A,nec non
Hyramo jTyri Principe, fib* Vincent
in modum Colloquiiproponuntur&
cnodanrur:
^rbipaBim nou£, at reu> cum ut'une & experien-
tiA conuemenres, rerum naruralium eau fa expe-
nuntitr & d&wnfantifyfiguw cupro incïfis
fagulu dubut •adtedlis.
' AVTHO^E
MICHAELE MAIES.*®, Igiperialis Confî-
âfùrii Comité,Eq.Ex. Med.D. &CæI Maicft.olim
Aulico, nunc illuftias Principis ac Dn. M A V-
R. IT11} Hfciæ Landgraui^&c.
Atchiauo.
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162 • MICHAEL MAIER
28;
Septimana philosophica -163
164 ’ MICHAEL MAIER
Septimana philosophica • 165
283 La page de tiTre^gravée par Balthasar Schwan ser-
vit de frontispice au quatrième traité du Musaeum Her-
meticum, intitulé Demonstratw Naturae, de Jehan de
Meung.
284 Si les textes alchimiques peuvent être très souvent
trompeurs, les Emblèmes Hermétiques en revanche ne
le sont pas. Ici, à moins de savoir lire entre les lignes,
le texte semble n’avoir que peu de rapports avec 1 image
qu’il accompagne. L’on peut discerner sur celle-ci
l’Europe (tenant de la main droite l’hiéroglyphe de la
Matière des Sages) recevant du Soleil, par l’intermédiaire
de la Lune, l’inilux céleste qui, matérialisé, confère au
Sujet cristallin purifie les qualités extraordinaires de la
Pierre Philosophale. Cet influx feu ou esprit - sans doute
le secret alchimique le mieux gardé - ne peut être capté
que pendant quelques jours de l’année si les conditions
météorologiques sont favorables. Le texte spécifie que cer-
taines parties du monde s’y prêtent mieux que d’autres,
et l’Europe est particulièrement favorisée.
285 Les Météores (du grec meteoron, chose qui survient
dans le ciel) sont de diverses sortes comprenant les ora-
ges, la pluie, la neige, l’aurore boréale, l’arc-en-ciel, la
foudre, le brouillard, les étoiles filantes et les pluies de
rosée. S’ils apparaissent à l’instant où l’on tente de rece-
voir l’influx céleste dont nous avons parlé à propos de
la planche précédente, ils sont autant d’obstacles au suc-
cès. Ces mêmes Météores sont aussi perceptibles dans le
monde microcosmique du Grand Œuvre et peuvent être
contrôlés par l’alchimiste qui, à travers le verre et selon
l’ordre de leur apparition, jugera si oui ou non n peut
espérer atteindre son but.
286 Le lecteur ayant lu ce que nous avons delà écrit sur
le Sujet des Sages saura que cette « terre intérieure » doit
être recherchée dans une mine et préparée par l’alchim"te
lui-même. L’Emblème évoque immédiatement l’axiome
fondamental VISITA INTERIORA Terrae RECTIFI-
CANDO INVENIES OCCULTUM LAPIDEM : « Explore
l’intérieur de la terre et par rectification tu trouveras
la Pierre cachée. » Maier dans son texte nous donne
plusieurs indications précieuses et nous met particulè-
rement en garde contre l’emploi de l’Antimoine Vul-
gaire. Car en effet c’est le Dragon Saturnien qr i est
l’Antimoine des Sages Ô, et qui une fois ouvert par
le glaive enflammé de Mars cf donnera le premier Ç
ou Mercure des Sages. L’alchimiste doit savoir extraire
de sa gangue l’Antimoine des Sages tiré du minerai
brut.
287 Le quatrième jour, la discussion porte sur le règne
végétal. Maier examine les différentes espèces de plantes
liées symboliquement à l’alchimie. La planche montre un
jardin et un champ de blé entourés d’une forêt, la conver-
sation trutant alors de jardins, de champs et de forêts.
En effet, l’étude de la Nature, discipline essentielle pour
comprendre l’Art Hermétique, comprend celle des prin-
cipes du jardinage, de l’agriculture et de la forêt qui per-
mettront de découv ir de nombreuses et précieuses analo-
gies. Maier invoque l’interprétation hermétique de mythes
tels que celui du mûrier coloré par le sang de Pyrame
et de Thisbé, la signification ésotérique du blé et du pain,
des vignes et du un, ce dernier étant bien sûr lié au sang
du Christ et à la Teinture Rouge.
À propos des forêts, la question est posée : Pourquoi
la Toison d’Oi fut-elle suspendue par Aetes, fils du Soleil,
dans le bois de Mars? La Toison d’Or est, bien sûr, la
Pierre Philosophale acquise après bien des luttes et des
difficultés au cours desquelles Arès doit triompher du
Bélier; autrement dit, le Sujet des Sages (Arès le Bélier)
est dissous conjointement avec l’agent martial (Arès ou
Mars) qui produit le Principe de Fixité.
288 Le cinquième jour, l’entretien porte sur le règne
animal. Tous les animaux de cet Emblème appartiennent
au symbolisme du bestiaire hermétique. Dans l’air se trou-
vent l’Aigle volatil ou Vautour, le corbeau de Nigredo ou
Noirceur, la Chouette Grise, le Paon et le Perroquet aux
couleurs variées, le Cygne Blanc et le Phénix Rouge que
nous avons déjà souvent rencontrés. Les eaux contien-
nent des monstres évoquant le tumulte de la Dissolution,
le Rémora et le Dauphin qui sont les Emblèmes du Sou-
fre. Sur le sol se trouve le Chat dont les moustaches évo-
quent le pouvoir réceptif de la Matière cristalline.
289 Un Philosophe dont la noble contenance évoque
celle d’Hermès calcule les proportions requises pour
l’Œuvre. Son Sujet est le Globe terrestre, son assistante
la Mort armée de la lampe du Feu secret, car il faudra
en tout premier lieu dissoudre la terre en eau. La pré-
sence du navire suggère l’invisible intervention du
Rémora, ce petit poisson dont la légende disait qu’il étau
capable de stopper les navires en pleine course, ce qui
se traduit hermétiquement par la première manifestation
du soufre, grain de fixité au milieu de la mer mercurielle
qui finira par la coaguler entièrement.
166 maier Septimana philosophica
Johann
Daniel
Mylius
Philosophia reformata, 1622
loanms Danielis Mylii T. & Med. Candidati Wetterani Hassi Philosophia
reformata continens ]’bros binos. I. Liber in septem partes divisus est. Pars
1. agit de generatione metallorum in visceribus terrae. 2. tractat pnncipia
artis philosophicae. 3. docet de scientia Divina abbreviata. 4. enarrat 12.
gradfus] sapientufm]philosophforum]. 5. déclarât Ambfigua] in hac Divina
scientia. 6. dicit de Recapfilulatione]Artis Divinae Theorifca]. 7. ait de Artis
Druinae Recapfitulatione] Praticca. IL Liber commet authontates Philoso-
phorum. Francofurti apud Lucam lennis, Anno M.DC.XXII.
De Johann Daniel Mylius, Candidat au Doctorat de Théologie et de Méde-
cine, de Wetter, dans la Hesse : Philosophie réformée, contenant deux livres.
Le premier est divisé en sept parties. La première traite de la génération
des métaux dans les entrailles de la terre. La deuxième expose les principes
de l’art philosophique. La troisième enseigne un abrégé de la science Divine.
La quatrième énumère les douze degrés de la sagesse des philosophes. La
cinquième signale les Points Ambigus dans cette science Divine. La sixième
parle de la Récapitulation Pral ique de l’Art Divin Le second livre contient
les autorités des Philosophes. Francfort, chez Lucas Jennis, 1622.
La Philosophia Reformata, avec ses remar-
quables emblèmes gravés par Ballhazar ou
Baltzer Schwan (citoyen de Francfort qui
mourut en 1624), est le chef-d’œuvre de
J.D. Mylius. Ses emblèmes furent réut li-
sés par Daniel Stolcius dans ses anthologies,
Viridarium chemieum (1624) et Chymisch.es
Lustgàrtlein (1627), publiées toutes deux à
Francfort par Lucas Jennis. Leur inspira-
tion iconographique doit beaucoup à
Michael Maier.
Philosophia reformata 167
290
Htiiimiififitiiiii
Anne M. DC. XXII,
104KXIS DANIELISMÏLU
. T. Ô* Med, fandicLati yVettera-
ni Haf>.
PHILOS O PHI A
REFORMATA
Conrnens Ljbrosbinos.
L Liber feptem partes d,xifas eft.
Pars 1. agit de gereratione metallorum in
vifeeribus terra:,
a. traftat prineipia artis philofophicjc.
$. docet de feientia Diuina abbreuiata.
4.erarratiz. grad.lapientû phiiofoph.
$ déclarai Amb/n hacDiuina Icîentia*
ô.dicitde Recap. Artis Diainz Theori.
7. aitae ArtisDiuinz Recap.Prathc-
l L Liber contènet anthoritates Phib/>'
phorum.
168 • JOHANN DANIEL MYLIUS
29î
Philosopha reformata 169
JOO
170 • JOHANN DANIEL MYLIUS
Philosophia reformata -171
51°
312
172 • JOHANN DANIEL MYLIUS
Philosopha reformata 173
316
174 ’ JOHANN DANIEL MYLIUS
Philosophia reformata 175
333
335
337
176 • JOHANN DANIEL MYLIUS
Philosophia reformata 177
178 • JOHANN DANIHL MŸ.L1US
Philosophia reformata 179
290 Sept des dix médaillons sur la page de titre gravée
s’inspirent des Emblèmes (XVI, XXI, XXV, XXVI,
XLV, XLVI) de l’Atalanta Fugiens de Mail r. Le lecteur
pourra découvrir des analogies picturales avec les trois
autres, ailleurs dans ce livre.
291 (Voir le second Emblème d’Atalanta Fugiens)
L’Enfant de la Philosophie est nourri du Lail (Mercure)
de la Terre du Sage.
292 Les Quatre Eléments et les phases correspondan-
tes de l’Œuvre : de gauche à droite Terre, Eau, Air et Feu.
293 Soleil et Lune avec les quatre phases principales de
l’Œuvre : Corbeau (Nigredo), Paon (la Queue du Paon),
Cygne (Albedo) et Roi Rouge (Rougeur parfaite = Fixité).
Le Serpent tricéphale rappelle que le Grand Œuvre se
divise en trois parties.
294 Mars dardant la flèche du Feu Secret sur le Dra-
gon volatil, sujet de l’Art. Le Lion Fixe se repose tran-
quillement au-dessus.
295 Inspiré par la douzième Clef de Basile Valentin. Le
Feu Secret réduit les Corps à leurs Premiers Principes
sans détruire leurs vertus séminales et génératrices. La
Calcination Philosophique est une Fixation du vif au
Volatil, c’est pourquoi le Lion dévore le Serpent,
296 L’objet de cette solution est l’obtention du soufre
(l’homme igné), âme cachée du métal dissous. Cette opé-
ration pourra s’effectuer grâce à l’action combinée du
Lion Vert (issu de Notre Dame) et du Feu Secret.
297 Voir le commentaire de la Seconde Clef de Basile
Valentin (96). Les Principes opposés sont réconciliés en
la personne du Mercure Philosophique (ou Double).
298 Voir la Sixième Clef de Basile Valentin (100). Con-
jonction : le Médiateur unit les Principes Opposés. La
Conjonction Philosophique est montrée ici sous toutes
ses formes. Remarquez la tête de Janus du Feu Secret,
et l’action du Trident de Neptune (l’Eau des Philosophes)
qui en nettoyant la noirceur du Nigredo fait apparaître
la gamme variée des couleurs de l'Arc-en-Ciel ou de la
Queue du Paon annonçant la Lumière.
299 Putréfaction, Mort, Caput cori i (Tête de Corbeau),
Nigredo, sont les noms de l’opération durant laquelle les
Purs Esprits sont séparés des scories.
300 Le premier grade de l’Œuvre débute avec le Bélier,
le second avec le Cancer, le troisième avec la Balance,
tandis que le quatrième grade qui commence avec le
Capricorne, constitue l’hiver de l’Œuvre et symbolise la
Putréfaction à la fin du premier Œuvre et la fermenta-
tion à la fin du troisième.
301 La Congélation est la réconciliation du Fixe et du
Volatil provoquée par le Médiateur possédant les deux
natures.
302 La Cibation est l’allaitement de l’Enfant Philoso-
phique par le Lait Virginal (Lac Virgims) extrait de la
Matière des Sages.
303 La Sublimation est la purification de la Matière au
moyen de la Dissolution. Cette opération est répétée plu-
sieurs fois, c’est pourquoi Saturne est sur le point de cou-
per l’unique tige portant l’Étoile, la Lune et le Soleil (qui
sont le Premier, le Second et le Troisième Œuvre).
304 Fermentation : Le Philosophe sème son or (c’est-à-
dire sa Vertu Tingente) dans la Terre d’Hermes, qui est
la matière dépouillée de toutes ses superfluités, tandis que
l’Ange de la Révélation souffle dans la trompette de la
résurrection. Voir la troisième Clef de Basile Valentin
(97), l’Emblème VI d’Atalanta fugiens (35), Jean 12.24-25
et I Corinthiens 15.36-38.
305 L’Exaltation est la Perfection de la Pierre, dissoute
et coagulée maintes fois dans son propre sang, le Mer-
cure coulant de la tête unique du Lion bicorporé.
306 Multiplication : Chaque fois que la Pierre Fixée est
redissoute dans le Mercure dont elle se nourrit, son poids,
son volume et sa puissance augmentent. Théoriquement,
chaque renaissance de la Pierre décuple son pouvoir.
307 Naissance de la Quintessence des Eléments.
308 A l’intérieur de la Terre, les sept dieux planétaires
incarnant les sept métaux et les Quatre Feux de l’Œuvre
(voir Atalanta fugiens, Emblème XVII, 46).
309 Inspirée par les Emblèmes XXI et XLV d’Atalanta
fugiens (50, 74), cette figure représente la quadrature alchi-
mique du Cercle dans le microcosme de l’Œuvre.
310 Sans le secours du Volatil, le Fixe n’est jamais su-
blimé; tandis que le Volatil en devenant Fixe résiste de
plus en plus à la tyrannie du Feu Extérieur.
311 Toute fixation du Volatil symbolisée ici par la jeune
fugitive attrapée par le monstre sera suivie d’une volati-
lisation du Fixe.
312 Voir Atalanta fugiens, Emblème III (32). Le Sujet
est purgé de ses impuretés par une lessive de feu.
313 Voir Atalanta fugiens, Emblème XVI (45). Lion et
Lionne (Principes Fixe et Volatil) s’affrontent vio-
lemment.
l8O • JOHANN DANIEL MYLIUS
314 Jusqu’à la mort des deux adversaires, il ne saurait
y avoir d’union durable entre le Roi et la Reine.
315 La longue Coction requiert de la part de l’Artiste
une bonne dose de patience.
316 Le Fixe et le Volatil sont résolus par une triple
opération.
317 NAr Atalanta fugicns, Emblème XXXV (64). Cérès,
mère nourricière de l’Enfant Philosophique, le nourrit.
Mars, dont l’importance primordiale ne saurait être négli-
gée, les contemple. Métal et Sujet sont en présence l’un
de l’autre. Les enfants (Apollon et Diane) représentent
la seconde conionction de laquelle naît Mercure, l’Enfant
Philosophique, future Pierre Philosophale.
318 La Première Perfection permet à la Reine d’aider
les pauvres.
319 Des Eaux de ces deux fontaines on en fait une seule
qui est la Fontaine de Vie (voir Emblème XL d’Atalanta
fugiens, 69).
320 L’union durable du Roi et de la Reine dépend de
la Parfaite Solution.
321 La purification par le feu est nécessaire pour enle-
ver toutes les impuretés hétérogènes.
322 Putrifiés, les Corps sont lentement dissous dans
l’eau du Bain.
323 Maintenant, dans le lit de l’amour, la Reine com-
mence à convertir le Roi en sa propre nature (volatile).
324 A l’intérieur du cercueil de cristal (vaisseau de l’Art)
le règne de la mort {Putrefacuo) a commencé. Vulcain est
toujours représenté unijambiste car dans cet Œuvre, son
seul Feu ne suffit pas.
325 Les Corps sont passifs tandis que s’envolent leurs
Esprits libérés.
326 Les Esprits se transforment en pluie céleste ou
rosée, arrosant les corps desséchés fondus dans l’unité de
l’Hermaphrodite ou Rebis (Res bina, Chose double).
327 Les amants sont couchés dans le lit nuptial la Tête
de Corbeau {Caput corvi) doit être décapitée et le sujet
de l’Art blanchi
328 La Première Perfection Lunaire est obtenue au
terme de la Putréfaction.
329 Fermentation. La Reine a communiqué sa nature
volatile au Roi.
330 Maintenant, Diane Fixée décoche une flèche de feu
sur le Soleil volatil, Soufre des Philosophes, et lui trans-
met la Parfaite Fixité.
331 Comme l’Hermaphrodite, Mercure possède une
double nature, il est chaud et sec comme le Mâle alchi-
mique, et froid et humide comme la Femelle alchimique,
c’est pourquoi il sert de médium pour toutes les
transformations.
332 Toute chose fixe doit être rendue volatile et réci-
proquement toute chose volatile doit devenir fixe.
333 Nuit, orages et nuées dissimulent à la vue la nais-
sance des jumeaux hermétiques enfants de Latone et
futurs parents de la Pierre Philosophale.
334 Exaltée ou multipliée par re-Dissolution dans son
propre sang (Mercure), la Pierre Philosophale dans sa Per-
fection d’Or et d’Argent émerge du Puits de l’Alchimie.
335 Le Rebis concilie les principes Opposés, car la
matière possède maintenant la double nature.
336 Voici le Dissolvant Universel, le Lion Vert, ou Mer-
cure des Sages, sans lequel rien ne peut être accompli.
Les Sept étoiles représentent les sept dissolutions de
l’Œuvre.
337 L’Enfant Philosophique né pour surpasser ses deux
parents, en puissance et en splendeur, s’accroche tout de
même aux jupes de sa mère, révélant ainsi qu’il doit
encore accroître sa force et sa Fixité.
338 Après la dernière épreuve de la Mort, voici la Résur-
rection du Roi sur lequel la Mort n’a plus aucun pou-
voir; voici la Pierre Philosophale.
339 Cette image qui paraît à trois reprises dans la Phi-
losophia Reformata est utilisée comme page de titre
(p. 365) de la seconde partie de l’Œuvre {Liber secundus).
Par ailleurs, la même gravure figure dans plusieurs autres
traités et plus particulièrement sur le frontispice de Glo-
ria Mundi : alias Paradysi tabula..., imprime dans l’édi-
tion de 1677 du Musaeum Hermeticum Elle s’inspire de
deux gravures sur bois (datées de 1605) qui figurent dans
Azoth sive Aureliae occultae... en 1613. Dans l’Arbre de
la Philosophie les étoiles représentent les cinq premiers
degrés de la Perfection. Le sixième étant la Lune {Albedo)
et le septième le Soleil Parfait. Ces sept opérations dans
les médaillons autour de l’Arbre sont en contraste les unes
par rapport aux autres, par exemple Putréfaction et Résur-
rection. De part et d’autre, le Roi et la Reine représen-
tent à la fois les Principes opposés et deux des Quatre
Éléments : le Dragon symbolise la Terre, le Roi le Feu,
la Reine l’Eau, et l’Aigle l’Air. En opposition, au pre-
mier plan les Alchimistes Senior et Adolphus discutent.
Philosopha reformata • 181
340 Trois aspects de la Pierre : l’Enfant nu représente
la Matière purifiée, le vieillard dans la sphère, la Mate-
ria Pt ma tandis que le personnage au triple visage symbo
lise l’union des trois Principes, Mercure, Soufre et Sel.
341 Cet Emblème (équivalent symbolique de la Sirène)
représente l’union du Soufre (notre Poisson) et du pre-
mier Mercure (la Femme), dont résulte le Mercure
Philosophique.
342 La Fixation du Volatil (le Lion mordant l’Aigle) per-
met d’obtenir la Salamandre ou Soufre des Sages.
343 Voici la Quintessence Unique de la Pierre Philoso-
phale issue du Chaos des Sages.
344 La Dissolution, dont le résultat est la Noirceur, est
celle des sept opérations qui requiert le plus de patience.
345 Voici le Roi qui en pouvoir, en puissance et en
splendeur surpasse ses parents, qui sont Soleil et Lune.
346 La Sublimation du Roi doit être répétée dix fois afin
que la Pierre puisse exercer les pleins pouvoirs.
347 Encore un autre Emblème traitant de la Mort ou
Dissolution, de la Putréfaction qui s’ensuit, laquelle per-
met l’envol des Esprits.
348 Se désignant elle-même de telle sorte que le specta-
teur ne la confonde pas avec le Roi, la Blanche Reine
d’Argent peut élever à sa condition les cinq métaux
inférieurs.
349 Maniant le sceau de Salomon composé des trian-
gles entrecroisés du feu A et de l’eau V, le Roi incarne
la Pierre Philosophale dans toute sa majesté. Elle est capa-
ble de guérir toutes les infirmités et d’élever les six autres
métaux à son rang d’or.
350 Une seule substance, la Pierre des Philosophes, pré-
sente le signe d’une étoile à six branches.
351 Ici se trouvent les composants du Feu Secret : l’Eau
ignée et le Feu aqueux qui, attisé par le Feu élémentaire
ordinaire, provoque l’envol des Oiseaux, c’est-à-dire la
Sublimation.
182 • mylius Philosophia
Musaeum Hermeticum, 1625
Musaeum hermeticum, omnes sopho-spagyricae artis discipulos fidelisstme
erudiens, quo pacto summa ilia veraque Medicina, quo res omnes, qualem-
cumque defectum patientes, mstauraripossunt (quae alias Benedictus Lapis
Sapientum appellatur) inveniri ac haberi queat. Continens Tractatus-chymicos
nov&n praestantissimos quorum nomma & seriem versa pagella indicabit.
In gratiam Jihorum doctrinae, quibus Germanicum Idioma ignotum, in Lati-
num conversum ac juris publici factum. Francofurti, Sumptibus Lucae Jen-
nisi Anno M.DC.XXV.
Le Musée hermétique, instruisant très fidèlement tous les élèves de l’art
philosophique et spagyrique, et grâce auquel on peut découvrir et posséder
la Médecine suprême et vraie qui permet de rétablir l’intégrité de tout ce
qui souffre de quelque déficience (c’est ce qu’on appelle aussi la Pierre Bénie
des Sages). Contient neuf Traités chimiques très remarquables dont la page
suivante indiquera le nom et la succession. Traduit du Latin et placé dans
le domaine public pour obliger les fils du savoir qui ignorent la Langue
Allemande. Francfort, aux frais de Lucas Tennis, 1625.
L'édition originale du Musaeum Hermeticum
contient en fait les dix traités suivants :
1. Tractatus Aureus de Lapide Philoso-
pha co.
2. Henricus Madathanus, Aureum Seculum
Redivivum.
3. Hydrolithus Sophicus seu Aquarium
sapientum.
4. Johannes de Mehung, Demonstratio
Naturae.
5. Nicolas Hamel, Summartum Philoso-
phicum.
6. Via Ventatis Unicae.
7. Gloria Mundi.
8. Tractatus de Generatwne Metallorum.
9. Liber cuius nomen Alze.
10. Lambsprinck, De lapide Philosophorum
Figurae et Emblemata.
La seconde édition revue, corrigée et
amplifiée fut publiée en 1677 à Francfort
par Herman Van de Sande, intitulée
Musaeum Hermeticum Reforntatum et
AmpUficatum, elle contient en plus des titres
déjà cités :
11. Michael Maier, Tripus Aureus.
12. Michael Sendivogius, Novum Lumen
Chemicum.
13. Michael Sendivogius, Aenigma
Philosophicum.
14. Michael Sendivogius, Dialogus Mercu-
ru Alchymistae et Naturae.
15. Michael Sendivogius, Novi Lumtnis
Tractatus aller de sulphure.
16. Philalèthe, Introitus apertus ab occlusum
Regis Palatium.
17. Michael Maier, Subi dis Allegoria Super
Sécréta Chynuae.
18. Philalèthe, Metallorum Metamorphosis.
19 Philalèthe, Brevis Manuductio ab Rubi-
mm Coelestem.
20. Philalèthe, Forts Chymicae Ventatis.
21. Johannes Fridericus Helvetius, Vitulus
Aureus quem mundus adorat et orat.
22. Janitoi Pansophus, seu Figura Aenea
quadn partita cunctis Muséum hoc mtroeun-
tihus, superiorum ac inferiorum scientam
Mosaïco-Hermetica analyticc exhibens.
(Il s’agit dans ce dernier cas d’une reprise
des planches exécutées par Merian pour
ï'Opus Medico-Chvmteum de Johann Daniel
Mylius (voir p. 133).
Originaire des Pays-Bas, Hermann Van de
Sande fut actif à Francfort entre 1664 et
1688. Son fils Johann Maximilien lui suc-
céda. Ainsi, les membres de la famille Van
de Sande furent, d’une manière beaucoup
plus modeste, les successeurs des De Bry à
la fin du XVIIe siècle.
Musaeum hermeticum -183
352
184 Musaeum hermeticum
553
Musaeum hermeticum -185
352 Le même frontispice, délicatement gravé par
Matthâus Merian se trouve dans les deux éditions. Le
médaillon central représente la Nature portant le symbole
brillant de la Perfection alchimique et les fruits de l’abon-
dance. Des Alchimistes suivent ses traces; voir Atalanta
fugtens, Emblème XLII (71). Sur les côtés, le Soleil, la
Lune et les Eléments, Apollon et les Muses sont flanqués
du Phénix, du Pélican, d’Athéna et de Mercure.
353 En haut comme en bas, les quatre Éléments sont
unis. A gauche A, le Feu, à droite l’Eau V. Au centre
le Sceau de Salomon ou Étoile de David, qui est l’hié-
roglyphe de la Pierre Philosophale où tous les Éléments
réconciliés sont en parfau équilibre. En dessous, Apol-
lon fait résonner la lyre de l’harmonie au milieu des Muses
(au nombre de six, correspondant chacune à un métal et
à une contrepartie céleste) assises autour de lui.
186 • Musaeum hermeticum
L AMBSPRINCK
De lapide philosophico, 1625
Lambsprinck nobilis Germant philosopha antiqui libellas De lapide philoso-
t>hico e germanico ver su latine redditus per Nicolaum Bernaudum Delphi-
natem Medicum, huius scicntiae studiosissinium. Francofurti, sumptibus
Lucae Jenmsi. Anno M.DC.XXV.
Sui la pierre philosophale, pert livre de Lambsprinck, ancien philosophe
et noble Allemand, traduit du vers allemand en vers latin par Nicolaus Bar-
naud du Dauphiné, médecin et très savant dans cette science. Francfort,
aux frais de Lucas Jennis, 1625.
Le De lapide philosophico de Lambsprinck
est un ouvrage particulièrement remarqua-
ble pour la beauté de ses emblèmes, influen-
cés comme tant d’autres par Atalanta
fugiens. Il parut encore la même année,
1625, dans une édition augmentée de la
Dyas Chtmica Tripartita, de Lucas Jennis
qui était le neveu par alliance de J.T. de Bry.
Toutefois, la même traduction latine de
l’original allemand avait déjà paru sans illus-
trations dans la Triga chemica publiée par
N. Barnaud à Leyde en 1599.
De lapide philosophico 187
NOBILTS GERMANT PHILOSOPHA
ANT1QTI LIBELLAS
De Lapide Philoiophico
i yerfu Latine redditas per N testait w Barnatidtint Delphinatem
Meiiicutrf.udioj 'fifnttm.
FrancofimijSim'iptibus L u cal J e n n î s L
Ann o M. D C. XXV.
354
188 • LAMBSPRINCK
De lapide philosophica 189
190 • LAMBSPRINCK
De lapide philosophica -191
192 • LAMBSPRINCK
De lapide phifosophico • 193
194 ’ lambsprinck
368
De lapide philosophico 195
196 LAMBSPRINCK
354 Page de titre. La tunique du Philosophe porte
l’Aigle double de la Volatilité mercurielle, confirmée par
le Coq au centre de l’écusson, car le Coq est l’oiseau de
Mercure et le messager de la Lumière. A son ceinturon
est suspendu un sabre dont le pommeau est une tête
d’aigle (Fixation du Volatil, rehaussé par le fait que le
sabre est rengainé dans son fourreau). Dans sa main
l’adepte tient le double sceptre du Feu Secret. L’Atha-
nor (Fourneau du Philosophe) montre par sa triple struc-
ture au-dessus d’une seule arche que, si le Grand Œuvre
est singulier, il est cependant divisé en trois parties. Sur
la coupole, flotte l’étendard de la victoire finale. Le Spi-
ritus Mundi ou Esprit Universel répand son influx céleste
ignescent dont l’usage sépare l’alchimie de la chimie.
355 Le nom de l’auteur est un pseudonyme évident, sou-
ligne par les armoiries dessinées qui mettent en valeur
le Bélier, Aries, sujet des Sages, le premier mois de l’Œu-
vre et la Toison d’Or dont seul l’Adepte pourra s’emparer.
356 « La mer est le Corps, les deux poissons sont Esprit
et Ame. » (Voir le détail d’Atalanta fugiens, Emblème
XXII, 51). Une fois que les deux Pierres ou les deux Sub-
stances « qu. toul en paraissant n’être qu’une sont en réa-
lité deux » sont faites une (par Dissolution dans leur Eau
d’origine), la Mer des Sages est obtenue. Le symbolisme
nautique apparaissant dans de nombreux Emblèmes her-
métiques renvoie au rude voyage du Grand Œuvre sur
les Eaux mercurielles vers les lointains rivages de Col-
chide et de la Toison d’Or.
357 La défaite du Dragon hiéroglyphe du noir minerai
des Sages est la Dissolution suivie de la Putréfaction de
la Pierre des Philosophes ou Materia Prima. L’attitude
martiale du chevalier (Arès plus fort qu’Ariès) doit per-
mettre de l’identifier.
358 Dans la Forêt de l’Œuvre voici le Cerf Mercure
philosophique, et la Licorne qui est le Soufre qu’il fau-
dra savoir unir.
359 Le Lion et la Lionne (voir le Frontispice d’Atalanta
fugiens, 27) sont respectivement le Soufre Philosophique
et le Mercure Philosophique; leur union produit la Pierre
Philosophale.
360 Nous avons déjà cité le propos de Nicolas Flamel
(voir Atalanta fugiens, emblème XLVII, 76) sur les deux
adversaires qu’Avicenne nomme la chienne du Khoras-
san et le dogue arménien (et que Maier et Lambsprinck
parmi d’autres appellent « le Loup et le Chien »). Ce sont
les substances initiales dont l’une « Arès » est plus fort
qu’Ariès (Bélier) : cette indication précieuse signifie que
si l’issue du combat est la mort des deux, les proportions
convenables devront être fixées et respectées. (Voir Ful-
canelli, Le Mystère des Cathédrales.)
361 Voir Atalanta fugiens, Emblème XIV (43). Le par-
fait hiéroglyphe de la Materia Prima, ou Pierre des Phi-
losophes et leur Suiet est le Dragon car ses écailles, sa
volatilité, sa nature venimeuse sont équivalentes à celle
du Sujet minéral. À partir d’un poison virulent, la Pierre
des Philosophes devient la Médecine et l’élixir des
Sapients.
362 Fixation du Volatil : voir Atalanta fugiens, Emblème
VII (36). L’Oiseau restant dans le nid empêche son
conjoint de s’envoler : la Sublimation de « notre Mer-
cure » est répétée jusqu’à ce que le Feu ne puisse plus
le faire fuir. Le Volatil est alors réellement fixé. L’Escar-
got (contrairement au Volatil) est le symbole du Fixe.
363 C’est par une dissolution dans le Mercure Philoso-
phique que la Blancheur ou Albedo (Corps) est vaincue
par la Rougeur (Esprit) de la Fixité Parfaite.
364 Voici le Roi qu’Hermès appelle Seigneur des Forêts.
D’origine modeste, il a triomphé des difficultés de la Voie,
et, avec le secours de l’Art, est parvenu au plus haut degré.
Le Roi est la Pierre Philosophale et les sept marches con-
duisant à son trône sont les sept Opérations Alchimiques.
365 La Salamandre qui, selon les fables, vit dans le Feu,
est l’hiéroglyphe parfait du Soufre, Feu ou Esprit. Le
Sang du Feu est la Quintessence qui guérit tous les maux
dans les trois Règnes.
366 Selon le texte, le Père, le Fils et le Guide ou Ange
sont le Corps, l’Esprit et l’Ame. Cependant ce qu’exprime
l’Emblème, c’est que le jeune prince possède la double
nature royale, fixe et sèche de son père et celle humide
et volatile de l’Ange ou Guide.
367 C’est par la sublimation et la volatilisation que le
Fils est amené sur la plus haute montagne où il reçoit
les subtiles influences célestes et où il est purifié. C’est
la sublimation du Fixe.
368 Le Fils retourne vers le corps desséché, presque sans
vie de son père qui l’« absorbe avidement », selon l’axiome
hermétique : tout sec boit avidement son humide. (Cet
Emblème est en un sens comparable à celui de Saturne
jardinier ; voir 92). L’ombre dans la bouche béante du Roi
annonce la Nuit du Nigredo.
369 Le Roi, sous la poussée d’une forte fièvre (nouveau
degré du feu) transpire énormément tandis que des cieux
le dynamisme mystérieux céleste répand son indispensa-
ble influx. Par cette Imprégnation supplémentaire, le
corps est dissous.
370 Enfin, les Trois Principes sont unis en un Tout
puissant et indivisible : la Pierre Philosophale.
D< lapide philosophie» 197
Johann Daniel Mylius
Anatomia Auri, 1628
Joannis Daniclis Mylu, Philosophiae & Medianae Doctorii, Anatomia Auri,
sive Tyrocinium medico-chymicum, continens in se partes quinque: quarum
I. Tradit concordantiam & harmoniam sohs coelestis cum aura terrestri :
item Auri definitionem & confusam multorum physicorum de aura opinio-
nem; II. Agit de medicinis aureis & receptts antiquorum ac recentium medi-
corum, aurum ingredientibus, tam in simplici, quam preparata forma; III.
Tractai de aut z potabihs preparatione tam vulgari, quam philosophico; IV.
Exhmet usum medicinaleni auri potabilis tam commums, quam ver! & phi-
losophie!; V. Demonstrat ideam Lapidis philosophie! in duodecim figuns.
Francofurti, Sumptihus Lucae lennisi Bibliop. Anno M.DC.XXVIII.
De Johann Daniel Mylius, Docteur en Philosophie et Médecine, Anatomie
de l’or, ou Essai médico-chimique, contenant cinq parties : la première expose
la concordance et l’harmonie du soleil céleste avec l’or terrestre, ainsi que
la définition de l’Or et l’opinion confuse de nombreux physiciens concer-
nant l’or; la deuxième traite des médecines d’or et des recettes des méde-
cins anciens et modernes contenant de l’or, tant sous forme simple que sous
forme préparée; la troisième étudie la préparation de l’or potable tant vul-
gaire que philosophique; la quatrième montre l’usage medical de l’or pota-
ble aussi bien commun que vrai et philosophique; la cinquième décrit l'image
de la Pierre philosophale en douze figures. Francfort, aux frais de Lucas
Jennis, libraire, 1628.
L’Anatomia auri fut l’avant-dernière publi-
cation de Mylius la dernière étant la Phar-
macopoea spagyrico-Medica sive Practica
Galeno Chymica arcana et Universalis Franc-
fort, 1628-29 à laquelle on pourrait ajouter
l’index de YOpus Medico-Chymtcum qui ne
parut qu’en 1630.
198 JOHANN DANIEL MYLIUS
Anatomia auri 199
200 • JOHANN DANIEL MYLIUS
Anatrmiia auri 201
202 JOHANN DANIEL MYLIUS
Anatomia auri 203
204 JOHANN DANIEL MYLIUS
Anatomia auri 205
206 • JOHANN DANIEL MYLIUS
371 Nous voyons ici de gauche à droite en partant du
haut : la Distillation physique ou Chaos Antique auquel
succède la figure circulaire centrale : sept étoiles à sept
branches frappées du sigle des planètes entourent une hui-
tième centrale frappée d’une tête de mort. Cela signifie
que sans corruption et mort nulle génération ne peut se
produire, donc nulle transmutation des métaux. A droite :
Soleil et Lune, Soufre et Mercure se dissolvent et se coa-
gulent à tour de rôle au sein du feu. Le Roi tenant les aigles
symbolise à la fois la Volatilisation du Fixe et la Fixation
du Volatil. La Pierre Philosophale, Reine de Sagesse, pro-
clame ses bienfaits : gloire et richesse infinies. Longue
vie et santé qui proviennent des Proverbes 3 : 16.
Au bas, de gauche à droite; le premier médaillon
montre le Lion Vert ou dissolvant des Sages. Celui du
centre : l’évolution planétaire gravitant vers l’Omega de
la Perfection solaire. Enfin le dernier medaihon symbo-
lise la Dissolution Philosophique.
372 L’Anatomia auri est dédiée à Johann Martin Baur
von Eÿseneck, conseiller impérial et principal magistrat
de Francfort, dont l'amour pour l’Alchimie est signalé
par le petit amour (Emblème du Feu Secret) enlaçant les
deux oiseaux symbolisant la Pierre Philosophale, le Phé-
nix (Exaltation) et le Pélican (Multiplication). Bien qu à
première vue la planche semble n’être guère plus qu’une
devise héraldique, elle est susceptible d’une assez longue
interprétation hermétique, que nous ne pouvons dévelop-
per faute de place.
373 Par-dessus le ravin qui les sépare, le Roi et la Reine
(qui partagent sous terre des racines identiques) s’inter-
pellent. Le Roi s’exclame : « Viens, ma bien-aimée,
étreignons-nous et donnons naissance à un nouveau fils
qui ne ressemblera pas à ses parents. » La Reine répond :
« Voici, je viens à toi, la plus ardente à concevoir un fils
qui n’aura pas son égal dans le monde » (leurs paroles sont
tirées d’« Arisleus in Visione » dans le Rosarium Philoso-
phorum). Tous deux montrent du doigt un vase dans
lequel une Dame héliocéphalique (le Mercure Philoso-
phique) caresse un jeune homme (le Soufre) dont la tête
repose sur ses genoux.
374 L’étreinte sexuelle des Principes pun/iés provoque
la grossesse qui, comme le montre l’Esprit ailé en haut
du vase, est une Volatd sation du Fixe. La Femelle, ou
Mercure, absorbe le mâle. Tandis que leurs Corps se dis-
solvent et ne font plus qu’un, une couleur bleuâtre appa-
raît brièvement avant de disparaître avec le début de la
Noirceur.
375 La Matière ou Dragon, sous l’effet de la calcina-
tion, se dissout en un liquide noir puant dont les vapeurs
épaisses et volatiles sont extrêmement toxiques. Seul le
Feu peut nettoyer et blanchir cette « Eau » symbolisée par
le Corbeau et c’est pourquoi les textes ordonnent à
l’Artiste de décapiter le Corbeau (Caput Corvi). Par ces
ablutions ignées, l’eau perd finalement sa couleur noire,
et par la suite deviendra blanche. L’action répétée du Feu
sur l’Eau force celle-ci à défendre ses qualités spécifiques
en abandonnant ses qualités superflues. Les Vers, selon
Arnaud de Villeneuve, indiquent que la corruption de l’un
est la génération de l’autre. Le Dragon, Sujet de l’Art,
devient le blanc mercure ailé qui est nettoyé par le Feu
jusqu’à ce qu’il soit lavé de toute obscurité. La Matière
circule longuement jusqu’à ce qu’une séparation totale
entre le Corps et l’Ame, autrement dit entre le Ciel (les
parties volatiles s’élevant jusqu’en haut du Vase hermé-
tiquement scellé) et la Terre ou Corps qui, débarrassée
de son humidité, demeure au fond, soit réalisée.
376 La séparation du Corps et de l’Ame laisse la Matière
à l’état de Cendres poudreuses qui, comme le note l’ins-
cùption, « ne devraient pas être méprisées ». Morienus
les nomme le Diadème du Roi car on en tire le Soufre
des Sages. La Médecine Blanche, ou Elixir Blanc, tradi-
tionnellement symbolisée par la Reine Blanche et la Rose
Blanche (Rosa Alba}, est le Premier Degré de la Perfec-
tion. Avec le Roi Rouge, la Matière a atteint la Parfaite
Fixité. Le Pouvoir de la Pierre Philosophale est augmenté
par des sublimations renouvelées, et son pouvoir s’accroît
également à chaque fois.
377 Entre les bougies correspondant aux Opposés com-
plémentaires de l’Art, se trouvent les sept Sublimations
symbolisées par sept étoiles à six branches, l’Aigle Vola-
til mercuriel et Ouroboros transpercé par sa propre queue,
symbolisant par là de manière plus précise la nécessité
de dissoudre le Sujet de l’Art.
378 Sur la branche la plus basse de l’Arbre de la Philo-
sophie, de chaque côté du tronc, est assis à gauche Mer-
cure, le Principe Volatil aux pieds ailés; son vis-à-vis,
le Fixe, est assis à droite. De la Dissolution qui résulte
de leur conjonction, la Première Eau ou Lac Virginis est
obtenue, elle est représentée assise au-dessus du Fixe. En
face d’elle dans l’ordre des acquisitions, apparaît le Mer-
cure Philosophique aux cornes de cerf ; de lui naît le Sou-
fre Philosophique, symbolisé ici par le Roi assis au-dessus
du même Mercure. La seconde Calcination Philosophi-
que donne l’Elixir (ou Médecine de Second Ordre) repré-
senté ici par la Reine brandissant deux couronnes, à
droite. Finalement la troisième opération produit la Pierre
Philosophale elle-même : obtenue en deux phases, selon
cet Emblème, celle de la Reine Blanche ou Pierre Blan-
che, puis celle de la Perfection finale, que représente le
Roi à la triple couronne, manifestant sa domination sur
les trois Règnes, autant que la Multiplication de toutes
les qualités du Soufre et de l’Elixir. Les couronnes tenues
en l’air représentent ses pouvoirs transmutatoires et
curatifs.
Anatomia auri • 207
David de Planis Campy
L’Hydre morbifique exterminée, 1628
L’Hydre morbifique exterminée par PHercule chymique ou les Sept Mala-
dies tenues pour incurables iusques à présent, rendués guérissables par l’art
chymique medical, où est traité briefvement de leur définition, causes, diffe-
rentes signes, pronostic & cure. Le tout selon l'ancienne & moderne méde-
cine, divisé en sept livres. Par David de Planis Campy, dict PEdelphe, Chi-
rurgien du Roy. Dédié au Tres-Chrestien Roy de France & de Navarre Louys
le Juste, XIII. du nom. A Paris chez Hervé du Mesnil, rué St Jacques, à
la Samaritaine. M.DC.XXVIII. Avec Privilège du Roy.
David de Planis Campy (1589-1644), con-
seiller et chirurgien de Louis XIII et de
l’enfant Louis XIV, releva les similitudes
entre les œuvres d’Hippocrate et de Para-
celse tout en soutenant que seule la méde-
cine Hermétique pouvait guérir une foule
de maladies nouvelles et d'tes incurables.
Le graveur Jean Matheus fut actif à Paris
aux alentours de 1620. Il travailla surtout
pour des libraires. En 1619, il grava les
36 planches d’une édition française des
Métamorphoses d’Ovide. Il est aussi connu
par des sujets religieux peints d’après ses
propres dessins.
208 • DAVID DE PLANIS CAMPY
David de Planis Campy
L’Ouverture de l’escolle, 1633
L’Ouverture de l’escolle de philosophie transmut ato ire métallique, où la plus
same vei itable explication & conciliation de tous les stiles desquels les Philo-
sophes anciens se sont servis en traictant de l’œuvre physique sont ample-
ment déclarées. Par David de Planis Campy Chirurgien du Roy. A Paris
chez Charles Sevestre, rue des Amandiers, au Pélican, près le College des
Grassins. M. CD.XXXIII. Avec Privilège du Roy.
L'Hydre; L'Ouverture 209
379
210 • DAVID DE PLANIS CAMPY
L’Hydre; L’Ouverture 211
212 • DAVID DE PLANIS CAMPY
379 L'Hydre morbifique. À gauche se trouve le Chaos
ou Pierre des Philosophes, tandis qu’à droite sont ins-
crits dans l’Étoile formée des triangles de l’Eau v et du
Feu a , emblème de la Pierre Philosophale, les symboles
du Soufre du Mercure ?, et du Sel e alternant avec
des caractères hébreux.
380 Ce superbe portrait le représente en 1627 à l’âge
de 38 ans. Il est signé par Jean Matheus qui signa égale-
ment les frontispices de l’hydre morbifique et de l’ouver-
ture de l'Escolle...
381 L’ouverture de l’Escolle. A la base de la plinthe gau-
che est inscrit le fameux axiome hermétique Ignis et Azoth
tihi sufficient, « Le Feu et l’Azote (Mercure des Sages) te
suffisent ». Sur l’autre plinthe une inscription avertit
cependant que « toutes (ces choses) sont aussi difficiles
que belles » {Difficilia quae Dulchra). La Rose Alchimi-
que est entourée d’épines. Ceux qui étudient l’Art, cher-
chant à soustraire les perles précieuses de la Sagesse à
l’obscurité épineuse des textes Alchimiques, en convien-
dront en soupirant. Et pourtant, il se dégage de cette
étrange recherche un charme indéfinissable qui en anime
les heures qui lui sont consacrées, on peut le comparer
au parfum enivrant des roses dans les jardins pendant cer-
taines nuits d’été. L’Aigle (Volatil) fait face à la Salaman-
dre (Fixe). Au-dessus de Diane et d’Apollon, Ouroboros
le Dragon se mord la queue; le Taureau (de Vénus)
symbolise la terre avec le Feu au-dessus (la T erre doit être
convertie en Feu). C’est aussi le premier régime du Feu
élémentane dans le second Œuvre. Le Dragon (la Pierre
des Philosophes) est dissoute et devient Mercure, symbo-
lisé par le Coq (au-dessus), tandis que le Dauphin (Sou-
fre) s’élève de Mercure.
L’hiéroglyphe central représente la Terre Choisie et sa
signature étoilée : le Mercure du Monde ou Magnésie
(Mercurius Mundi sive Magnesia) qui à son tour adopte
les attributs de toutes les planètes et atteint finalement
la Perfection de la Pierre Philosophale. Fixe et Volatil
sont indissolublement joints comme l’indique le Soleil en
gloire et les ailes couronnées par la couronne de l’accom-
plissement. Le Pélican et le Phénix représentent respec-
tivement l’Exaltation de la Pierre et sa Multiplication.
L'Hydre; L’Ouverture -213
Theatrum chemicum britannicum
1652
Theatrum Chimicum britannicum. Containing Severaïl PoeticallPièces of
our Famous Englisk Philosophers, who hâve iwitten the Hermétique Myste-
ries in their owne Ancicnt Language. Faithfully Collected into one Volume,
u'ith annotations thereon, by Elias Ashmole, Esq. Qui est Mercuriophilus
Anglicus. The First Part. London, Printed by J. Grismond for Nath : Brooke,
at the Angel in Cornhill. MDCLII.
Théâtre britannique de la chimie, contenant de nombreuses pièces poéti-
ques de nos célèbres Philosophes Anglais, qui ont rédigé les Mystères Her-
métiques dans leur Langage Ancien propre. Fidèlement recueilli en un
volume et annoté par Elias Ashmole, gentilhomme, « Mercurophile » Anglais.
Première Partie. Londres, impnmé par J. Grismond pour Nath : Brooke,
à l’Ange, Cornhill. 1652.
Elias Ashmole (1617-92) fût l’un des fon-
dateurs de la Royal Society de Londres. En
1663, l’université d’Oxford lui décerna
le titre de docteur en médecine. Grand col-
lectionneur d’antiquités avec un champ
d’intérêt extrêmement vaste, Ashmole fut,
selon les termes de son contemporain
Anthony à Wood, « the greatest virtuoso and
curioso that ever was known or read of in
England before his time » *. Le musée Ash-
mole de l’université d’Oxford, fondé en
1683 afin d’y recevoir ses précieuses collec-
tions, fut le premier musée public des îles
britanniques.
Son vif intérêt pour l’alchimie fut stimulé
en 1648 par un manuscrit alchimique dont
lui fit cadeau un chirurgien de Reading. En
1650 parut son premier livre sur le sujet,
le Fasciculus Chemicus, publié sous le pseu-
donyme de James Hasolle (anagramme de
son nom), contenant d’excellentes traduc-
tions du Fasciculus du Dr Arthur Dee (1629)
et du Theatrum arcanum hermeticae philo-
sophiae opus (Paris 1 623) du président Jean
d’Espagnet. Le Theatrum Chemicum Bri-
tannicum rassemble une collection remar-
quable de traités d’alchimie britanniques,
annotés par Ashmole. L’ouvrage reçut son
imprimatur le 21 mars 1651. Le 21 juil-
let, le manuscrit était déposé chez l’édi-
teur et le 22 septembre, le graveur Robert
Vaughan vint habiter la maison d’Ashmole
où il exécuta et termina toutes les gravu-
res du livre.
« Parmi les gravures de Vaughan, celles
qui accompagnent VOrdinallof Alchimy de
Thomas Norton présentent un intérêt tout
particulier car ce sont probablement les pre-
mières reproductions de miniatures gravées
à partir d’un manuscrit médiéval enlumi-
né » (C.H Josten, Elias Ashmole, IL 585
n. 5, 586 n.L). Le manuscrit enluminé en
question est un exemplaire du XVe siècle de
VOrdinall de Norton conservé au départe-
ment des Manuscrits de la British Library
(Add. 10.302), dont deux folios ont été
reproduits dans notre Alchimie, Florilège de
T Art Secret, Pans, 1974.
* « Le plus grand virtuose et le plus grand curieux qui fut jamais donné
de connaître ou de lire en Angleterre. »
214 • ELIAS ASHMOLE
Theatrum chemicum britannicum -215
hiowhsv svna • 9iz
Kj Vaughan fcu/p
Theatrum chemicum britannicum • 217
385
218 • ELIAS ASHMOLE
r
386
Theatrum chemicuni britannicuni -219
1
220 ELIAS ASHMOLE
382 Le Maître Adepte confère au digne Fils de l’Art les
secrets de l’Alchimie. « Reçois, déclare l’Adepte assis, le
don de Dieu sous le sceau sacré. »
A genoux le disciple fait alors le serment de garder le
secret :
Aussi doit-il (sans jamais rechigner)
Le recevoir sous le plus terrible serment sacré
Et comme nous refusons honneurs et célébrité
De même doit-il les refuser
Et aussi de ne pas être assez dément
Pour enseigner ce secret à son propre enfant
Car ni liens du sang ni consanguinité
Ne peuvent être acceptés à cette dignité
Ainsi le sang en tant que sang ne peut ici avoir nulle
[part
Car seule la vertu gagne ce saint Art
383 Bien que considérée par certains comme une proto-
science empirique, l’Alchimie est cependant une disci-
pline rigoureuse dont les principes doivent être décou-
verts et appliqués. L’Artiste laborieux est constamment
guidé par les dicta Philosophorum, les paroles des Maîtres.
384 L’Alchimiste assis à une table préparant « sans répu-
gnance » les proportions exactes des composants du Grand
Œuvre. Le premier de ses assistants travaille sur un appa-
reil à distillation, séparant la Terre du Feu et le Subtil
du Dense. Le second assistant observe la succession des
couleurs dont l’ordre renseigne l’artiste sur la bonne mar-
che des opérations.
385 Les concordances astrologiques et métaphysiques
sont d’une importance capitale en alchimie, souligne Nor-
ton qui en énumère cinq :
La première concordance est nécessaire pour indiquer
Si son esprit s'accorde avec l’Œuvre
Qui sera le Seigneur pour tout payer
Sinon tout votre travail vous détruirez.
La seconde concordance est nécessaire à connaître
Entre cet art et ses Ouvriers.
La troisième doit bien servir vos intentions
Que le travai1 s’accorde aux instruments.
La quatrième concordance doit être bien recherchée
Avec l’Endroil où il sera effectué
Car véritablement ce n’est pas une moindre grâce
De trouver un endroit de travail parfait.
U s’agit pour la Cinquième de Concorde et d’Amour
Entre vos travaux et la Sphère Supérieure.
Dans ses notes, Ashmole explique qu’il a fait copier
cette gravure exactement d’après « l’original » bien que
les planètes ne soient pas dans l’ordre énoncé par les règles
astrologiques. Cela toutefois a été fait exprès « afin de les
insérer dans les limites de ses Règles ».
Ashmole remarque aussi que Norton a redessiné les
symboles planétaires « car il ne les représente pas comme
le sont les caractères utilisés aujourd’hui (ou alors)
mais hieroglyphiquement en Figures conformes à leur
Nature ». Ainsi Saturne est représenté par une pelle, Jupi-
ter par une mitre, Mars par une flèche, Vénus par un
beau visage, Mercure « par l’effigie qui (à l’époque) était
en général frappée sur le revers de la monnaie anglaise ».
Seuls le Soleil et la Lune sont représentés de façon
traditionnelle.
386 Le nombre, le régime et les degrés du Feu doivent
être découverts et établis avant que l’alchimiste ne con-
fie son sujet à l’Athanor. Pontanus et Artephius sont les
meilleures autorités que l’on puisse consulter.
387 Au nom de la Sainte Trinité,
Envoie-nous maintenant la grâce, ainsi soit-il :
En premier Dieu fit l'Ange et les Cieux,
Et aussi le Monde avec sept planètes;
Homme et Femme avec grande sensualité,
Les uns de rang et d’autres selon leur degré
Car la Bête et le ver qui sur le sol rampent
Chacun selon son espèce pour recevoir sa nourriture
Aigles et oiseaux qui volent dans T air
Et aussi les Poissons qui nagent dans la mer
Avec l’humidité végétale et les Raisins rouges,
Et aussi des blancs peut-il prendre
Toutes choses minérales qui poussent en terre
Certaines pour muhiplier, d’autres pour détruire :
Toutes celles-là nous amènent maintenant dans notre
[maison
La puissante Pierre si précieuse,
Ce riche Rubis, cette pierre de prix,
Laquelle fut envoyée du Paradis :
Ainsi créa le grand Dieu du ciel,
Tout ce qui est gouverné par les sept Planètes :
Dieu, envoyez-nous une partie de ce secret
Et de ce ciel qui est doux.
Amen
Theatrum chemiaim hritannicum 221
Johann Joachim Becher
OeJipus chimicus, 1664
Institutions chimicae prodromae, id est, Joanni Joachimi Becheri Spiren-
sis Mathem. & Med. Doc. Oedtpus chimicus obscuriorum terminorum &
principiorum chimicorum mysteria aperiens & resolvens opusculum omm
bus medicinae & chimiae studiosis lectu perquam utile & necessarium. Ams-
telodami, apud Elizeum Weyerstraten. Anno 1664.
Éléments préliminaires d’un système de chimie, autrement dit l’Œdipe chi-
mique de Johann Joachim Becher, de Speyer, Mathématicien et Docteur
en Médecine, qui découvre et éclaircit les mystères des termes et des prin-
cipes chimiques les plus obscurs, petit livre dont la lecture est tout à fait
utile et nécessaire à tous ceux qui étudient la médecine et la chimie. Ams-
terdam, chez Elizeus Weyerstraeten, 1664.
Le fastidieux Langlet Dufresnoy dans son
Histoire de la Philosophie hermétique fait
l’éloge de VOedipus Chimicus et de son
auteui Une édition de Francfort parut la
même année, publiée par Hermann Van de
Sande. Nous avons trouvé une référence à
une édition antérieure, Mayence (Mogun-
tiae) 1662. Une traduction allemande fut
publiée à Francfort en 1680.
Johann Joachim Becher (1635-1682),
médecin et alchimiste, épousa en 1662 la
fille d’un conseiller impérial, une alliance
qui lui ouvrit de nombreuses perspectives.
Médecin et matnématicien à la cour de
l’Electeur de Bavière, il devint ensuite
conseiller commercial de l’empereur Léo-
pold Ier. A Vienne il construisit un centre
impérial des Arts et Métiers, contenant une
verrerie et un laboratoire de chimie. Il
réforma l’instruction scolaire, créant un
enseignement technique. Il organisa un
comptoir des Indes et proposa l’établisse-
ment de colonies en Amérique latine. Il fut
aussi conseiller alchimique auprès de
l’empereur qui était lui-même un alchimiste
enthousiaste. Parallèlement à toutes ses acti-
vités, son important ouvrage Physica subter-
ranea parut à Francfort en 1669.
En fin de compte, l’échec de ses entrepri-
ses mercantiles aboutit à son renvoi et à un
bref emprisonnement. En 1678, il se rendit
en Hollande où il présenta un plan d’extrac-
tion de l’or de la mer par fusion. Bien
qu’une première épreuve de ce procédé se
fût révélée encourageante, il quitta bientôt
la Hollande pour l’Angleterre où il étudia
les mines d’Ecosse et de Cornouailles. Il
mourut à Londres en 1682. (Voir Allen
G. Debus, The Chemical Philosophy. Para-
celsian Science and Medicine in the Sixteenth
and Seventeenth Centuries. New York, 1977,
IL 445.)
388 Œdipus chimicus. L’arrière-plan du frontispice mon-
tre Œdipe (sous l’apparence de Mercure) questionné par
le Sphinx. Sa « solution » à l’énigme du Sphinx force
celui-ci à se jeter du haut de la falaise en provoquant sa
mort; voir Atalanta fugiens, Emblème XXIX (58).
222 • JOHANN JOACHIM BECHER
Oedipus chimicus 223
JOANNES DE
Monte-S NYDERS
Metamorphosis Planetarum, 1663
Metamorphosis planetarum, dass ist Eine wunderbahrliche Verenderung der
Planeten, und Metallische Gestalten in ihr erstes Wesen mit beygefügtem
Process, entdeckung der dreyen Schlussel, so zu erlangung der drey Principia
geh 'irig und wie dass Universale Generahssimum zu erlangen in vielen Ortern
dieses Büchleins beschrieben. Durch Joannem de Monte Snyders. Zu Ams-
terdam. Bey Johan Jansson 1633.
Metamorphosis planetarum est la merveilleuse métamorphose des planètes
et des métaux en leur essence première, avec en supplément de ce proces-
sus, la découverte des trois clés indissociables afin d’atteindre les trois Prin-
cipes, et comme il est décrit à plusieurs reprises dans ce petit livre, com-
ment atteindre le Grand Universel. Amsterdam, Johan Jansson, 1663.
Cet ouvrage fut d’abord publie en allemand
(bien que l’auteur soit hollandais) à Franc-
fort en 1662, et il y eut d’autres éditions alle-
mandes à Francfort ainsi qu’à Leipzig en
1678, et à Vienne en 1773.
La valeur des traités de Monte-Snyders est
contestée. Isaac Newton les estimait à tel
point qu’il copia de sa propre mau. la tra-
duction anglaise de l’œuvre. L’auteur effec-
tua plusieurs transmutations réussies et gué-
rit de façon spectaculaire des patients
atteints d’hydropisie et d’arthrose; mais
comme il mourut à l’hôpital (c’est-à-dire
dans la pauvreté) à l’âge de 50 ans on sup-
posa que sa poudre transmutatoire était un
don de son oncle Levinus Lemnius.
389 Metamorphosis Planetarum. La Pierre Philosophale
est le puissant Roi couronné de la triple couronne (triple
Perfection et domination sur les trois Règnes). C’est la
Pierre des Philosophes après son évolution à travers les
Métamorphoses des Planètes amenée jusqu’au plus haut
degré de Perfection. Le pouvoir qu’elle possède de res-
susciter les sept métaux « morts » (ou contreparties ter-
restres des Planètes) et de leur conférer sa propre Perfec-
tion est symbolisé par les scènes de résurrection des morts.
224 • JOHANNES DE MONTE-SNYDERS
389
Metamorphosis planetarum 225
Théodorus Kerckring
Commentarius in Currum
triumphalem Antimonii^ 1671
Theodori Kerckringi Doctons Medici. Commentât ius in Currum triumpha-
lem Antimonii Basili Valentini a se latinitate donatum. Amstelodami, sump-
tibus Andreae Frisi. M.DC.LXXI,
Ouvrage de Theodorus Kerckring, Docteur en Médecine. Commentaire sur
Le Char de triomphe d’Ant imoine, de Basile Valentin, mis en latin par lui-
même. Amsterdam, aux frais d’Andréas Frisius, 1671.
La famille de Théodore Kerckring était ori-
ginaire de Lübeck mais, selon certaines
sources, lui-même vit le joui à Amsterdam,
ou à Hambourg selon d’autres.
Toujours est-il que la date exacte de sa
naissance est inconnue. Étudiant de Spi-
noza, il épousa par la suite la fille de son
premier professeur de médecine. Ayant étu-
dié à la fois la médecine et la chimie, il
acquit bientôt une grande réputation et il
pratiqua à Amsterdam où il fut très estimé
par Leibniz, Clauder, h irchmacher et
d’autres encore. Après avoir voyagé pendant
longtemps en Hollande et en France, il se
rendit à Hambourg en 1678 où, tandis qu’il
poursuivait son œuvre médicale, il consti-
tua avec ses collections un musée anatomi-
que qui faisait, paraît-il, l’admiration de
tous. Il était membre de la Royal Society de
Londres et il porta, à partir de 1685, le
titre de Résident du Grand Duché de Tos-
cane à Hambourg. Son ouvrage le plus
important intitulé Spicilegium anatomi-
cum parut en 1670. Il mourut le 2 novem-
bre 1693.
Son commentaire sur le Char Triomphal
de l’Antimoine de Basile Valentin parut à
Amsterdam en 1665 et en 1671, puis à
Genève en 1671 et 1685. Richard Russell
le traduisit en anglais (Londres, 1678) tan-
dis que des éditions allemandes furent
publiées à Nuremberg en 1724 et en 1752.
« La patience dans la recherche ainsi
qu’une mlassable attention sont, avec la
méditation profonde, les moyens requis
pour parvenir à la connaissance de ce qui
est contenu ici », écrit Kerckring.
L’édition originale du Currus triomphalis
Antimonii parut à Amsterdam en 1585, sui-
vie de nombreuses éditions ultérieures.
390 Commentarius in Currum. Le Char triomphal de
l’Antimoine dont Vulcain tient les rênes est tiré par Marc
et Vénus, suivis en tandem par Apollon et Diane, puis par
Saturne et Junon poussant les roues. Mercure et la belle
Dame Antimoine (dont le bustier porte l’hiéroglyphe la
désignant Matière des Sages) joignent leurs mains à tra-
vers l’anneau tenu par la Renommée qui brandit la torche
et la gloire. Éros parsème le cortège de roses, une allusion
parfaite à f influx céleste, à la rosée, et au feu secret.
Ce magnifique emblème est l’œuvre du célèbre graveur
hollandais Romeyn de Hooghe (1645-1708) auquel le roi
de Pologne Jean Sobieski conféra à Paris en 1675 des
lettres de noblesse.
226 • THEODORUS KERCKRING
Commentarius in airrum 227
JOANNES DE
Monte-Snyders (?)
Chymica vannus, 1666
Reconditorium ac reclusorium opulentiae spienti icque nummis mundi magni,
cui deditur in titulum CHYMICA VANNUS obtenia quidem & erecta aus-
pice mortale coepto; sed inventa proauthoribus immortalibus Adeptis, qui-
bus conclusion est, sancitum & decretum ut anno hoc per Mysteriarcham
Mercurium, velut Viocurium, seu Medicurium, StatVta ora CVL sVa eX
or Dîne InoLesCerent et aVrea Veritas perspICaCIorlbVs Ingenlls nVDe
breVIterqVe InnotesCeret. Orbepost Christum natum Millesimo, sexcente-
simo, sexagesimo sexto, Idibus Majis. Amstelodami, Apud Johannem Jan-
somum à Waesberge et Elizeum Weyerstraet, Anno 1666.
Lieu Secret et Révélé de la Magnificence et de la Sagesse de la grande Puis-
sance Divine de l’Univers, auquel est donné le titre de Van chimique; un
prophète mortel a entrepris de le construire et de l’édifier; mais l’initiative
en revient aux premiers auteurs, aux Adeptes immortels qui ont résolu, pres-
crit et décrété qu’en cette année, par 1 intermédiaire de Mercure, Seigneur
des Mystères, c’est-à-dire des Chemins ou de la Médecine, leurs préceptes
formels seraient développés en ordre, et que la Vérité d’Or se ferait connaî-
tre en termes simples et brefs aux intelligences suffisamment perspicaces.
En l’année du monde mille six cent soixante-six après la naissance du Christ,
aux Ides de Mai. Amsterdam, chez Johan Jansson Van Waesberge et Eh-
zeus Weyerstraeten, 1666.
Le chronogramme (fourni par les lettres
capitales du titre de StaVta à InnotesCerei)
indique 1666.
Une réédition parut à Leyde en 1696 sous
le titre : Chymiae aurifodtna incomparabilis...
Elle est pratiquement identique à la pre-
mière à l’exception de la page de titre et de
l’omission de l’une des planches gravées. Le
Commentait.) de pharmaco catholico qui y est
joint est une traduction latme du Traité alle-
mand Von der Universal Medtcin de Monte-
Snyders. Sur la page de titre de ce traité il
déclare que cette traduction tut faite à Lon-
dres celeriter sed tamen fideliter (« rapidement
mais aussi fidèlement ») par « le même tra-
ducteur qui composa auparavant le “Chy-
mica vannus”. Dans l’Epigramma in Zoi-
lum, il écrit :
Gelria midpatria est, sed Venloapropria terra,
Me mthi scito data non nisi lege loqui.
« Gueldre est ma patrie, mais Venlo est
mon domicile; sache que je ne parle que par
la loi qui m’a été donnée. »
Duveen en conclut (comme nous) que
Monte-Snyders est l’auteur de tout
l’ouvrage, « une supposition qui concorde
avec les origines hollandaises de l'auteur
comme le révèlent ces vers ».
228 • JOANNES DE MONTE-SNYDERS (?)
rauro
j re.riain. ",___
A°^~'. 0
Chymtca vannus 22^
230 • JOANNES DE MONTE'SNYDERS (?)
Cavza.
Sibyllarum'
Item fjrts in v-lILl Iciîum^rat' Sù
Cliymica vannus -231
232 • JOANNES DE MONTE'SNYDERS (’)
Chymica vannus -233
Csymicy, Vax na
234 • JOANNES DE MONTE-SNYDERS (?)
Erutvm
Chymica vannus -235
CHYMICM VAXN1
236 JOANNES DB MONTE'SNYPÊBS (?)
GRAXUM £ RTF T Cr 2M .
r. ilejLïer vtcej ,Jive Vu dSitn • /untpia. <lictwnti‘ Vïcilwâ aJvtrhfditer'. z. J/l&tdem guod. ot/t^ubc^
une-, vitale. fiimentum^, nub-menûàn. S-c I>t, tun autert Lie 4P Laciencîo ,çuàljrer tliuJ ir^tntulus ,aJm:js • j
‘"m . alhruJur „ i „ 1
Crbn Siüvrxt-
__________________________________________________________________________________________ _______________________________399
Chymica vannus -237
CHYMrcX VA1TN-I
238 • JOANNES DE MONTE/SNYDERS (?)
391 Pour commencer il faut examiner la forme de cet
emblème qui suggère celle de l’hiéroglyphe du Sujet des
Sages.
Le Mercure Philosophique ne peut être obtenu que par
l’union de deux substances complémentaires - c’est pour-
quoi Gaea, la Terre assise aux pieds de Mercure, tient
les deux Clefs. Les analogies multiples entre alchimie et
agriculture sont évoquées à l’arrière-plan. Une bonne
graine plantée dans la terre convenable à la saison indi-
quée meurt pour donner naissance à un nouvel épi de
blé... Le Philosophe écrivant dans une caverne obscure
a simultanément diverses significations : le Sujet caché,
la Dissolution Philosophique, la Noirceur de la Putré-
faction, et l’obscurité de la Nuit au cours de laquelle cer-
tains travaux doivent être accomplis. Le livre est ouvert
comme doit l’être le Sujet. La plume aiguisée en est le
moyen igné. L’huile de la lampe est, après la dissolution,
la première manifestation huileuse du Soufre, future
Lumière des Lumières. En dessous, dans le cercle de la
Perfection, les Quatre éléments sont convertis en la Par-
faite Quintessence de la Pierre Philosophale.
392 Le premier pas, et le plus important, dans l’Œu-
vre alchimique, est la Dissolution en Eau de la pierre des
Philosophes. Comme Pégase, ou comme Moïse, l’alcm-
miste frappe d’un coup de baguette martiale le rochei qui
livre l’Eau des Sages, laquelle attire, tel un aimant, l’influx
céleste par lequel elle est vivifiée. Cette fontaine d’Eau
vive, le Mercure du Sage purifié, et donc nu, une fois
sublimé par toutes les opérations ultérieures, atteindra
la Perfection.
393 Les Sibylles désignent l’endroit où peut être décou-
vert le Sujet Secret des Sages à partir duquel s’élabore
la Pierre Philosophale qui est la Cornucopia, ou Corne
d’Abondance. Elles désignent le sol car le Sujet est une
Terre métallique qui sera dissoute dans la Mer des sages
à l’aide du Feu Secret symbolisé par le château en ruine,
demeure de l’un de ses composants. Les Sibylles, au nom
bre de dix, sont les dix élaborations nécessaires à la réali-
sation du Grand Œuvre.
394 Voici, exalte, le Soleil Parfait des Sages, la Toute-
Puissante Pierre Philosophale, porteuse des ultimes
bienfaits.
395 Cette série planétaire procède en ordre descendant,
la Lune, équivalent symbolique de la Rose Blanche, est
la Première Perfection. Elle saisit sa dernière flèche, car
une dernière Fixât on est nécessaire avant d’atteindre la
Perfection Finale.
396 Mars est ici placé dans un ordre inhabituel à cause
de son abondance de Soufre. Il symbolise le Principe de
Fixité du Soufre.
397 Toute chose dans cet Œuvre s’accomplit grâce à
Mercure qu’il ne faut évidemment pas confondre avec
le vif-argent vulgaire, car Mercure, messager des Dieux,
est tout ce qui est fluide et volatil.
398 Jupiter avec son Aigle combine à la fois la Fixation
du Volatil (un pied sur le sol) et la Volatilisation du Fixe
(un pied au-dessus du sol). Il représente aussi, entre autres,
la première lueur de l’Aube et la Teinte Grise succédant
à la Noirceur de la Putréfaction.
399 Vénus est véritablement le Sujet des Sages, leur
Antimoine. Elle naquit des parties mutilées de Coelus (le
Ciel ou Uranus) mêlées avec l’écume de la mer. Son
symbolisme varie selon le stade de l’Œuvre. Elle est
accompagnée par Eros, son fils bien-aimé, Emblème du
Feu Secret, médiateur indispensable du mystère d’amour
alchimique.
400 Saturne ou Cronos est représenté émasculé comme
son père Uranus. Car la couleur grise (ou Jupiter) dépasse
la Noire. Ayant entendu dire que l’un de ses enfants mâles
le détrônerait, il les dévorait dès leur naissance. Jupiter
fut sauvé car Rhéa, sa mère, lui substitua une pierre que
Saturne avala. L’action de Saturne reflète la Nuit ou la
Noirceui de la Dissolution, la Tête de Corbeau ou Caput
Corvr, cet artifice est la Couronne de l’Œuvre, car il ne
peut y avoir de génération sans corruption
Chymica vannus -239
Goossen Van
Vreeswijk
De Roode Leeuw, 1672
De Roode Leeuw, of het Sont der Philosophent Wacr in wonderlijke Bedenk-
kingen over het Groote Werk, heerlijk bearbeiden der Metalen en Minera-
len, Kostehike Medicynen, suivere Brandewynen uit allerley Vruchten, en
vele nutte Konsten de Liefhebberen van de Nattait uit eigen ervarentheit mede
gedeelt worden. Door Goossen Van Vreeswjk, Berg-meester. Allesins met noo-
dige Kopere Platen verciert. t’Amsterdam, By Pieter Arentsz. Bookverkoo-
per, in de Beurs-straat, in de drie Rapen, 1672.
Le Lion Rouge ou le Sel des Philosophes ou l’on découvrira les merveil-
leux reflets du Grand Œuvre, l’excellent travail des métaux et des miné-
raux, des médecines précieuses, des pures liqueurs préparées avec toutes
sortes de fruits, et autres ouvrages utiles, sont divulgués aux amoureux de
la Nature d’après une expérience personnelle. Par Goossen Van Vreeswijk,
maître des mines, pourvu des indispensables graimres sur cuivre. Amster-
dam, vendu chez le libraire Pieter Arentsz à Beurs-Straat au Drie Rapen,
1672.
Né en 1626, Goossen Van Vreeswijk ou
Vreeswyk fut un maître des mines possédant
une profonde connaissance des choses natu
relies. En 1672, il avait un laboratoire à
Amsterdam et était en mesure d’écrire :
« Pendant plus de vingt ans, jour et nuit,
avec beaucoup de difficultés, à travers mille
dangers et à grands frais, j’ai examiné les
corps animaux, végétaux et minéraux aussi
bien que les sels à Gueldre, en Hollande,
en France, aux Indes orientales et dans
d’autres pays, et j’ai fait des milliers d’expé-
riences concernant à la fois les médecines
et l’Œuvre sublime des Philosophes. »
En 1663, il était directeur de mines en
Guyane; en 1664, il se rendit en Guade-
loupe et en 1665, au Canada. En 1666, il
se trouvait au Québec où il avait acquis des
Indiens des informations concernant les
minéraux. En 1667 et 1668, il n’avait pas
moins de sept fourneaux dans la ville de Nij-
megen. En 1670, on le trouve à Aachen, à
Amsterdam et à Limbourg. Il fut directeur
des mines à Liège en 1673 et en Suède en
1674. Il se rendit aussi sept fois à Paris.
Il avait une vaste connaissance de la litté-
rature alchimique et, malgré le fait que ses
écrits comprennent de très nombreuses
recettes spagyriques, les illustrations symbo-
liques révèlent un remarquable Philosophe
Hermétique. L’ensemble des Emblèmes
rarissimes de Goossen Van Vreeswijk paraît
ici pour la première fois depuis leur édition
originale.
240 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Roode Leeuw,
OF H E T SOU T
der
PHILOSOPHE N.
.« GcdruKi vootden Autheur.
404
De Roode Leeuw ♦ 241
242 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
414
4i5
De Roode Leeuw • 243
401 Voici un paradigme complet du Grand Œuvre. Les
Arbres du Soleil et de la Lune sont d’une part les Natu-
res initiales - ou Principes jumeaux - apparemment
incompatibles, qui doivent fusionner, mais ils sont aussi
les produits finaux : la première perfection symbolisée
par la Lune, et la Perfection finale par le Soleil. Entre
les arbres se trouvent l’Eau de la Dissolution, le premier
Mercure $, et le sujet a dissoudre ê .
402 La Mort ou Dissolution ne peut s’effectuer que par
un agent de nature très similaire à celle du sujet a dis-
soudre. L’agent approprié, extrait de notre Magnésie ou
Sujet, revêt l’aspect d’un corps métallique chargé
d’Esprits métalliques, bien qu’il ne soit pas un métal. Cela
a conduit les Adeptes à lui donner, entre autres, le nom
de Saturne.
403 L’action dissolvante du Premier Mercure, issu du
sujet initial, sur le métal principe est représentée par
l’action étouffante du lierre sur l’Arbre. Le but ultime
de cette longue opération est l’acquisition du Soufre, prin-
cipe séparé du métal ouvert, et sa revivification par le mer-
cure initial qui meurt dans ce piocessus.
404 Le sens des emblèmes hermétiques se trouve fort
souvent dans les analogies naturelles. Dans le cas présent,
nous conseillons vivement l’étude de l’opération horti-
cole de marcottage durant laquelle la plante est « sevrée »
en automne par sectionnement des racines juste au-dessus
du point où elles pénètrent dans le sol. Ce sevrage cor-
respond à la Calcination Philosophique ou Séparation des
éléments.
405 Comme nous l’avons déjà dit, toutes les « laveures
hermétiques sont ignées », et toutes les Purifications, nom-
mées calcinations, ont lieu dans, par et avec le Feu. De
notre Pierre provient inil lalement une Eau obscure,
puante d’où s’élève une fumée épaisse, volatile et toxi-
que. La Tour, à l’arrière-plan, est l’enveloppe ou la gan-
gue du dragon mercuriel, c’est-à-dire de la matière pre-
mière, volatile et dissolvante que l’on appelle aussi Mer-
cure commun.
406 Voici le Premier Soufre ou Or des Sages, sous
l’aspect d’un fruit vert immature (courge) sous l’Arbre
de l’Art. Par la Voie Longue, dite voie Humide, un tel
résultat peut prendre 150 jours. Cependant, il ne peut
y avoir de progrès ultérieur jusqu’à ce que, sans se décou-
rager, l’artiste ne redissolve ce fru-t vert, selon les pro-
portions dans le second ou double Mercure qu’il devra
connaître.
407 Nourri par le Feu, et de plus en plus fixé - et par
conséquent incombustible - le Soufre Philosophique
arrive à la Perfection. La qualité du feu représenté est
obtenue à partir de deux substances salines qui compo-
sent ensemble le Feu Secret, un feu brûlant sans flam-
mes. Les anciens Philosophes considéraient que les pro-
priétés réfractaires du soufre, sa résistance au feu, ne pou-
vaient relever que du feu ou de quelque esprit igné. Ce
qui les induisit à désigner leur Feu par le terme de Sou-
fre, quoiqu’il n’offre aucun rapport avec le soufre ordi-
naire. Le Soufre Philosophique, dieu et mobile essentiel
du Grand Œuvre, révèle par ses actions une énergie for-
matrice comparable à celle de l’Esprit Divin. Par consé-
quent, bien que la propriété dans l’ordre des acquisitions
successives soit conservée par le Mercure, c’est le Soufre
- « âme incompréhensible des métaux » - qui confère
à l’Alchimie son caractère mystérieux et en quelque sorte
surnaturel. (Voir Fulcanelli, D. Ph. T., IL 156.)
408 Le triangle A subtilement dessiné à l’intérieur de
l’espace supérieur entre le pouce et l’index indique que
dans les raisins se trouve l’un des secrets du Feu Secret.
409 Cet emblème souligne l’action « vivifiante » et
mûrissante du dynamisme céleste enrichissant la seconde
substance saline du Feu Secret et coni ribuant à la matu-
rité des pommes d’or, c’est-à-dire du Principe Coagulant
du Soufre. Mercure est fixé et stoppé dans son vol, tout
comme Atalante fut arrêtée trois fois durant sa course par
les pommes d’or jetées par Hippomène.
410 Sur les bancs de l’Ecole de la Nature, là ou l’on étu-
die les plus subtiles analogies, il est bon de se familiari-
ser avec les conditions préalables au greffage, une minu-
tieuse et délicate opération qui, outre sa réalisation maté-
rielle, oblige à tenu compte de la saison favorable. « Les
éléments à associer, souligne le Larousse Agricole, doivent
présenter certaines analogies de structure, certaines affi-
nités biochimiques pour que la soudure cicatricielle, tou-
jours possible, soit suivie d’échanges séveux et d’un déve-
loppement suffisant. Ces analogies organiques, physio-
logiques et chimiques constituent ce qu’on appelle main-
tenant les affinités de greffage. » Ainsi les deux Natures
initiales se compléteront et leur union produira un enfant
annoncé dans la Nuit de l’Œuvre par l’Etoile des Sages.
La main céleste tirant la tige indioue qu’un tour de main
est nécessaire pour réaliser cette greffe et qu’une fois réus-
sie on ne doit plus y toucher. L’Art permet alors à la
Nature de suivre son cours.
411 Toute chose, s’exclament les Sages, se trouve conte-
nue dans leur Mercure, véritable animateur et moteur du
Grand Œuvre, Mercure le commence, le soutient, le per-
fectionne et l’achève. D’où ce monument à sa gloire.
412 Le sujet des Sages, dont on distingue l’hieroglyphe
tenu par le petit amour, est le support ou véhicule de la
lumière qu’il porte caché en lui, c’est pourquoi la lumière
brille dans la lanterne-phare. Sur les eaux mercurielles
244 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
de la Mer des Sages, l’on voit l’hiéroglyphe du soufre nais-
sant après la Dissolution.
413 Mercure cède sa propre vie pour animer et nourrir
le Soufre car c’est le Soufre qui sera en définitive exalté
comme Élixir des Sages et multiplié comme la Pierre
Philosophale. Mais sous cette dénomination les Adeptes
conçoivent bien deux corps combinés de propriétés sem-
blables mais de spécificité différente pris conventionnel-
lement pour un seul.
414 « Fais s’envoler la terre », prescrivent les auteurs,
car la Dissolution du Sujet des Sages ouvre le portail de
leur Jardin. En s’élevant jusqu’au Ciel, le Sujet acquiert
la force qui est forte de toute force.
415 L'influx céleste influence l’action des deux agents
salins qui constituent le Feu Secret. La provenance de
l’un est clairement révélée par le tonneau qui, nous pou-
vons le cenifier, est en bois de chêne.
De Roode Leeutv 245
Goossen Van Vreeswijk
De Groene Leeuw, 1674
De Groene Leeuw, of het Licht der Philosophen; Verioonende aile Konink-
lijke Handelingen tn het openen en ontsluiten der Metalen, Mineralen, Vege-
tabilische en Animalische saken, het ondcrkennen van hare Natuur en Sou-
ten, seer dienstig tôt vele heehjke Medicynen, tôt verscheide schoone Verwen
en Tincluren, en meer andere mate voortreffelijke werken der Konst, uit eigen
ondervïndmg gunstig voorgestelt, Door Goossen Van Vreeswyk, Berg-meester.
Met vele noodige kopere Platen verciert. l’Amsterdam gedrukt voor den
Autheur. Zijn mede te bekomen by Johannes J ans sonius Van Wasesberge,
1674.
Le Lion Vert ou la Lumière des Philosophes; montrant toutes les actions
royales de l’ouverture et de l’accès aux minéraux, végétaux, animaux, la
connaissance de leur nature et de leur sel, hautement utiles à l’élaboration
des médecines, aux diverses et splendides couleurs et teintures, et autres
excellentes et nécessaires œuvres d’Art, richement présentées d’après sa pro-
pre expérience par Goossen Van Vreeswijk, maître des mines. Avec de nom-
breuses gravures sur cuivre. Amsterdam, imprimé pour l’auteur. Disponi-
ble chez Johan Jansson Van Waesberge, 1674.
En hors-texte on trouve dans le Groene
Leeuw un éloge de Goossen Van Vreeswijk
rédigé en vers français par Barthélemy Pie-
lat, auteur d’un fascinant ouvrage sur les
plantes médicinales à Ceylan, insulae Cey-
loniae thésaurus médiats publié en 1679.
A l’Honneur de l’autheur de ce Traicté :
Écoutons tous Vreeswik qui nous vient
[présenter
Les secrets du vray Dieu qui gouverne le
[monde.
Il nous va faire voir qu 'il peut sans se vanter
Extraire les t/iresors de la terre inféconde,
Tout ce qu'il fai' surprend les plus doctes
[cerveaux
Hé faut il néanmoins que son Expérience,
Ou peu de gens ont part, fasse que des
[Nigaux,
Médisent des efforts de sa noble science
A-t-on ouï parler d’un esprit qui peut mieux
Séparer toute chose ou semblable ou
[contraire?
Diroit-on pas qu’il faut qu’il soit venu des
[deux,
Veu le Scavoir qu’il a celeste ou sublunaire,
Recherchons sa saveur, si nous chérissons l’or
Oyons le discourir contre la Galenique :
Tant qu’il me faira part de son riche thresor
Je n’aprehenderay ny Tyran ni critique.
B. Pielat. Medic. Doctor.
246 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Groene Leeuw,
OF HET LICHT
dcr
PHILOSOPHE N.
gedrnkt voor de» ^utbeur,
Zijn mede te bekomen b}’ JOHANNES
JANSSON1US van WAESBERGE- 1674,
416
De Groene Leeuw 247
421
248 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
De Groene Leeuw 249
2J0 ’ GOOSSEN VAN VREESWIJK
416 Éros, Principe Volatil du Sujet des Sages, incarne
les premiers degrés de l’Œuvre (d'où sa jeunesse), et la
Volatilité (d'où ses ailes). Son successeur est représenté
par un jeune homme regardant avec confiance le Soleil
de la Perfection, car la Fixation du Volatil, symbolisée
par le Caducée ou bâton de Mercure, a lieu à un stade
ultérieur dont dépendra la réalisation de la Perfection.
Etant devenu le véhicule vitrifié du fluide cosmique, le
Sel des Sages acquiert une couleur verte, tandis que sa
densité augmente considérablement II est alors nommé
Vitriol ou Lion Vert.
417 Voici étendu notre Corps (Corpus) qui, par l’action
du Feu Secret, revêtira toutes les Couleurs et transitera
à travers les royaumes de toutes les Planètes. Il se dis-
soudra en Mercure, se coagulera en Soufre, engendrera
la Perfection Lunaire, puis la Perfection solaire de la
Pierre Philosophale.
418 Une triple Dissolution est la Clef pour obtenir notre
Eau Pontique ou Dissolvant Universel. Cette eau perma-
nente qui « ne mouille pas les mains » est le Mercure Phi-
losophique à la surface duquel le mystérieux Esprit de
la Lumière trace un réseau géométrique de lignes entre-
lacées comparé au tressage d’un panier et aux mailles d’un
filet. Cette signature philosophique devient de plus en
plus visible à mesure que le degré de pureté augmente
mais on ne l’obtient qu’au terme d’une longue et diffi-
cile série de purifications, lesquelles ne devront jamais
être négligées car l’influx céleste ne saurait se fixer de
façon permanente dans une matière impure et insuffisam-
ment préparée.
419 « Faire voler l’Oiseau » signifie libérer l’Esprit de
sa prison matérielle pour qu’il puisse planer dans le ciel
alchimique et rapporter en bas les bienfaits de ce qui est
en haut. Toute l’Œuvre n’étant, comme nous l’avons
maintes fois répété, qu’une série de Dissolutions.
420 L’Arbre de l’Art et son Corbeau (Nigredo). Dans
les racines de l’Arbre se trouve Ô, hiéroglyphe du Sujet
des Sages. Une connexion intéressante est établie entre
Mars d* et le Soleil “fr ou Or des Sages.
421 Nous avons ici affaire à un emblème très complexe
contenant virtuellement tous les symboles des opérations
du Grand Œuvre. La Dame, Incarnation de FHarmonie
K, tient dans une main la flèche du Feu Secret et dans
l’autre l’ancre, emblème du Soufre coagulant. Dans la fon-
taine, Fixe et Volatil sont montrés en conjonction. Le lec-
teur devra étudier ici les correspondances variées qui sont
trop nombreuses pour toutes les énumérer.
422 L’épaississement graduel du Mercure en une pâte
jusqu’à sa fixation finale est une longue opération com-
parée traditionnellement à un voyage sur une mer hou-
leuse. La Mer Hermétique du Compost est agitée, des
bulles en crèvent la surface en une succession infinie, et
l’atmosphère est chargée de lourds nuages vaporeux, obs-
curcissant le verre du vaisseau. Une petite tempête souf-
fle. Néanmoins l’arche de Noé poursuit son cours (voir
De Goude Leeuw, 436) et le Dauphin nage dans les flots
dechainés. Puis selon les légendes des mers, l’invisible
Rémora stoppe le navire dans sa course. Et tandis que
le ciel s’éclaircit, l’île de Delos apparaît, signalant le com-
mencement véritable de la Fixation.
423 Le Feu secret (symbolisé par la flèche tenue par le
personnage) et le dynamisme céleste sont évidemment les
moyens nécessaires à la conquête de la citadelle ale1' ini-
que. Au pinacle se trouve Ô, Hiéroglyphe de la Matière
première, se dissolvant en la noirceur de Saturne. Sur cha-
que tourelle se trouvent ? et $ , Mercure et Soufre obte-
nus tour à tour par la Dissolution Philosophique, laquelle
sera chaque fois suivie de la Coagulation Philosophique
ou Fixation selon l’axiome « Solve et Coagula ».
424 Le Labyrinthe Hermétique symbolise la réalisation
matérielle du Grand Œuvre. Le Labyrinthe présente deux
difficultés majeures : comment atteindre son centre et
comment en ressortir Pour atteindre le centre, il faut pre-
mièrement acquérir une connaissance exacte du Sujet de
l’Art, de sa préparation qui est réalisée dans le pavillon
central. Le retour - au cours duquel les chances de se
perdre augmentent considérablement - signifie la muta-
tion de la Matière préparée à l’aide du Feu On peut voir
le Feu conduisant le couple Mars et la Dame secrète, par
le Fil d’Ariane. Le Filet d’Ariane si nécessaire en cet Art,
est aussi le titre d’un traité attribué à von Batsdorff publié
à Paris en 1695.
425 Une Lumière inattendue est dissimulée dans le
corps de la Louve qui. une fois découverte, court comme
une rivière lumineuse et se cristallise en un sel vert.
L’emblème représente la Louve en Mère de tous les
aspects de l’Œuvre et proche parente du Feu Secret. Sur
son front brille la future Perfection Solaire. Le néophyte
remarquera que le Sujet doit être soigneusement préservé
de la lumière.
426 Hiéroglyphe de la Materia Prima. Voici sous les
traits de cette dame étrange le Sujet des Sages, Ô, qui,
une fois « ouvert » par cf Mars, exhale des fumées toxi-
ques, lesquelles précèdent les Serpents ou premier Mer-
cure. Celui-ci est nommé le Dissolvant Universel, non,
comme on pourrait le croire, parce qu’il dissout tous les
corps, mais parce qu’il est tout-puissant dans l’univers
microcosmique constitue par le Grand Œuvre.
427 La Dissolution essentielle ou Mort, qui est la réduc-
tion des solides en Eaux obscures est suivie par un « sau-
vetage » signifiant que grâce au Feu (remarquez que
De Groene Leeuw 251
l’espace entre les jambes du sauveteur forme un delta A,
le triangle du Feu), l’Artiste pourra recueillir à la surface
des flots la précieuse substance, véritable agent de la
Pierre Philosophale. Par conséquent, toute Dissolution
doit être suivie d’une Coagulation jusqu’à ce que soit
atteint l’état parfait de la Fixité Solaire.
428 De l’union de notre Matière Ô avec un agent mar-
tial, naît un fils « surpassant en vigueur ses parents ». Ce
fils montre une aversion prononcée pour sa mère avec
qui il doit cependant s’accoupler. Eros, emblème du Feu
Secret, lui décoche une flèche paralysante, armée d'une
pointe de fer, qui ramène le fils rebelle à de meilleurs
sentiments. Mourant, il est amené dans le lit de sa mère
et demeure en étroite union avec elle (Dissolution) tan-
dis qu’elle cède son propre sang et sa chair, et meurt pour
le ranimer. Ainsi est obtenu le Mercure Philosophique
ou Double Mercure.
429 Après sa préparation le Sujet de l’Art devient le
Saturne des Sages, appelé aussi Tortue à cause de l’ana-
logie précise des écailles de sa carapace avec la substance
ressemblant à l’émail qui apparaît à la surface du Mer-
cure. Ainsi préparée, la Tortue poursuivra son lent nws
irrésistible progrès vers la Perfection Solaire du Lion.
430 La Dissolution ou mort du Sujet des Sages libère
son Mercure dont le Chien, traditionnellement associé
au Mercure, est l’emblème. La Putréfaction qui s’ensuit
fera passer la Matière à travers la Nuit et la Mort de la
Putréfaction saturnienne vers la Première Perfection
Lunaire (le Canard) et ensuite à la splendeur céleste du
Soleil.
431 Voici la Perfection Solaire tenue par les mains céles-
tes. Celui qui aspire à la posséder doit résoudre deux énig-
mes majeures : (1) Connaissance de la Nature du Sujet
des Sages Ô, et de sa préparation; (2) le Secret de Saturne,
ou la manière de le dissoudre et de le putréfier. Tout le
reste, et il y aurait beaucoup plus à dire, ici et ailleurs,
est secondaire.
432 Nous voyons ici la forme possible d’un échantillon
« brut » de la Materia Prima ô, laquelle devra être dis-
soute afin que surgisse des Ténèbres l’aspect stellaire qui
n’est ni une fiction ni un pur symbole mais une réalité
alchimique.
433 Les Sages ont choisi la meule comme signe hiérogly-
phique du Mercure initial issu de leur sujet et qui est
leur véritable dissolvant à cause de sa forme circulaire
car, comme l’indique Fulcanelli, « le cercle est la signature
conventionnelle de notre dissolvant, ainsi d’ailleurs que
de tous corps susceptibles d’evoluer par rotation ignée ».
Or le double pouvoir du dissolvant agit comme la
meule : il les divise, les broie et les aiguise. « Après les
avoir dissociés et partiellement digérés, il s’en trouve aci-
difié, prend une vertu caustique et devient plus pénétrant
qu’il ne l’était auparavant. » Demeures Philosophales,
Tome II, p. 81-83.
252 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Goossen Van Vreeswijk
De Goude Leeuw, 1675
De Goude Leeuw, of den Asijn der Wysen. Waer n ontallyke heerlyke Konsten
en nutte Verborgentheden omdekt worden : als de Anima uit aile Metalen
en Mineralen te trekken; vele ongemeene Medicynen, Schdder-gout, Bran-
dewynen uit Koorn sonder viese smaeck, unstekend Blancketsel, kostelyke
Gesteenten, & c. te maken. Ailes met eigen handen gewrocht, en met vele
kopere Platen aen den dach gegeven. Door Goossen Van Vreeswyk, Berg-
meester. t’Amsterdam gedrukt voor den Autheur, Zijn mede te bekomen by
Johannes Janssomus Van Waesberge, 1675.
Le Lion d’Or ou le Vinaigre des Sages. Où l’on découvrira les innombra-
bles et excellents arts et secrets utiles; comment on extrait l’Ame des Métaux
er des Minéraux; de nombreuses Médecines rares, l’or des peintres, des
liqueurs spiritueuses et savoureuses élaborées à partir de céréales, un excel-
lent lait de chaux pour la peau, des pierres précieuses, etc. Travaillés à la
main et rendus publics grâce à de nombreuses gravures sur cuivre par Goo-
sen Van Vreeswijk, maître des mines. Amsterdam, imprimé pour l’auteur.
Disponible chez Johan Jansson Van Waesberge, 1675.
De Goude Leeuw -253
254 ’ GOOSSEN VAN VREESWIJK
De Goudc Leeuw -255
2$6 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
4jo
De Goude Leeuw • 257
434 Hercule enfant étrangle les serpents que Junon place
dans son berceau. Selon le symbolisme alchimique, Her-
cule est l’Artiste, l’étranglement des serpents correspond
à la Fixation du Volatil et l’envol des Oiseaux à la Volati-
lisation. Les Quatre Eléments sont représentés par le Dau-
phin, le Dragon, l’Oiseau et la Salamandre. Comme tous
les Philosophes le déclarent, celui qui peut convertir la
Terre en Eau, la même Eau en Air, le même Air en Feu
et le même Feu en Terre, connaîtra la Pierre Philosophale.
435 « Ouvert » par l’épée martiale, notre Sujet libère le
Vitriol des Sages. (Pour des raisons de mise en page, l’édi-
teur a changé la séquence des images tirées du De Goude
Leeuw. L’ordre original est 435-36, 447, 437, 445, 446,
448-50, 438-44.)
436 Sous l’action du Feu extérieur sur le Feu Secret,
l’ensemble du compost se liquéfie, c’est cette « Mer » agi-
tée par la fermentation que les anciens auteurs appelaient
le Déluge. Une fine pellicule apparaît sur les eaux : c’est
l’Arche de Noé, synonyme hermétique de l’île flottante
de Delos où Latone se réfugie pour accoucher des
jumeaux hermétiques, Diane et Apollon. La fin de la Nuit
saturnienne est annoncée par les couleurs de l’Arc-en-Ciel,
suivies du règne de Jupiter.
437 Tenté par les raisins, le chien perdra ce qu’il porte
dans sa gueule. Cet emblème révèle l’action du Feu Secret
dissolvant, ou Tartre des Sages, sur notre Ô Sujet. La
main céleste indique qu’un « tour de main » est néces-
saire et qu’il faut renforcer le pouvoir de ce « sel » par
l’action du mystérieux dynamisme céleste.
438 L’Harmonie imposée par le médiateur salin -K se
reflète dans le dessin harmonieux des Jardins de l’Art.
439 La Salamandre, hiéroglyphe du Feu Secret du Sage,
est aussi l’emblème du Soufre.
440 Allégorie du Verseau, cet emblème indique que la
Calcination des Sages (contrairement à la calcination vul-
gaire) est obtenue au moyen d’un Feu humide, ou Eau
Pontique, qui réduit les corps à leurs premiers principes
sans détruire leurs qualités séminales, représentées ici
nageant comme des poissons dans les Eaux de la
Dissolution.
441 Le Crocodile amphibie est un hiéroglyphe naturel
du Sujet des Sages. Entre ses mâchoires béantes se fau-
file son ennemi, l’Ichneumon, une sorte de rat qui dévore
ses entrailles. Ainsi le Soufre se nourrit du Sujet avant
d’absorber et de transformer sa nature aqueuse en Fixité
Parfaite.
442 La Mort chevauche le Crocodile, l’éperonnant avec
la flèche du Feu Secret vers la Dissolution et son règne
d’obscurité.
443 L’insertion dans le sujet philosophique de l’agent
igné qui en est l’animateur a été souvent décrite allégori-
quement comme le combat de l’aigle et du lion, c’est-à-
dire des deux natures fixe et volatile. Ici l’aigle est rem-
placé par le petit amour ailé. A l’issue de cet artifice, au
firmament nocturne brillera la Seule Etoile flambeau de
l’universelle Sagesse.
444 « Notre secret tout entier, écrit Philalète, se trouve
dans notre $ et dans notre © ; notre Ç est notre voie,
et sans lui rien n’est fa.t; notre © n’est pas vulgaire,
cependant dans 1’ © vulgaire se trouve notre © sinon com-
ment les Métaux pourraient-ils être homogènes? Et si
donc tu sais illuminer notre $ comme il doit l’être, tu
peux par manque de notre © l’allier à l’Or vulgaire, mais
sache toutefois que le traitement du ? doit être différent
pour l’un ou pour l’autre, et des deux par un vrai régime,
en cent cinquante jours tu obtiendras notre ©, car notre
© provient naturellement de notre $ : si donc 1’ © vul-
gaire est divisé par Ç en ses Éléments, et ensuite com-
biné, tout le mélange, à l’aide du feu, deviendra notre
© qui sera alors joint à ce ÿ, que nous avons préparé,
et que nous appelons notre Lait de la Vierge, nous don
nera, par une décoction réitérée, tous les signes que les
Philosophes ont décrits par le feu et qu’ils ont exposés
dans leurs livres. »
Ce feu est le Feu Secret, composé de deux substances
salines, la chaleur externe n’étant employée que pour en
activer les effets et pour éloigner le froid. Le serpent
comme d’habitude représente le Mercure des Sages.
445 Voici le Mercure des Sages qui est la Materia Prvna
et « la seule chose nécessaire à l’accomplissement de notre
Œuvre du début à la fin », écrivent plusieurs auteurs qui
oublient commodément de mentionner tous les prélimi-
naires y compris la Dissolution $ des Principes jumeaux
<5 et cf qui précèdent son acquisition. Sous cette forme,
nu et purifié, « notre Mercure » est la racine de l’or, c’est-
à-dire l’esprit d’or contenu dans une substance huileuse
verte, facilement coagulée, nommee Vitiioi - Vim oleum,
huile de verre. Comme toute pierre est sel et que la Pierre
des Philosophes est ce même mercure, sujet de la Pierre
Philosophale, plusieurs Adeptes pour créer la confusion
l’ont appelé nitre, ou salpêtre (sal pétri, sel de pierre), et
ont copié le signe de l’un sur l’image de l’autre. Ainsi
sa structure cristalline, sa ressemblance physique avec le
sel fondu, sa transparence, ont permis de l’assimiler aux
sels et de lui attribuer, au gré de la fantaisie des auteurs,
les noms de tous les sels tels que sel gemme, sel de
Saturne, sel des sels, etc. Sous le grand hiéroglyphe du
Vitriol®-, le lecteur averti reconnaîtra sans peine l’épée
à double tranchant du Feu Secret, promoteur mystérieux
de toutes les transformations.
446 Lors de la Première Dissolution, la Materia Prima
Ô est dissoute dans ses propres Eaux mercurielles. Telle
258 GOOSSEN VAN VREESWIJK
est la signification des hiéroglyphes sur la Montagne. Le
Mercure Philosophique, ainsi obtenu, est le Dissolvant
Universel des Sages ou Aqua Ardens (S), portant et
nourrissant sa propre Fixité future qui est le Soufre Plu
losophique $. Le Dissolvant Universel, Mère de la
Pierre, est aussi la Lune des Philosophes. Les anciens
Alchimistes plaçaient ce Premier Mercure sous la pro-
tection de Diane, portant les cornes de la Lune.
447 Le Feu Secret est la combinaison du Tartre des
Sages et du Sel d’Harmonie. L’origine du Tartre des
Sages est indiquée par les raisins La Dissolution du Sujet
par le Feu Secret dans le creuset + produit le Serpent,
le Mercure des Sages.
448 Le Sujet des Sages, nu (c’est-à-dire purifié), entre
dans les eaux de la Dissolution portant un disque satur-
nien pour indiquer qu’il va s’enfoncer dans cette Noir-
ceur qui est la clef de toute l’Œuvre, et sans laquelle il
ne saurait y avoii de Régénération.
449 La Dissolution commue jusqu’à ce que le Sujet ait
totalement disparu dans l’empire noir aqueux de Saturne.
450 Le règne de Jupiter succédant au règne de Saturne
est le premier indice de Fixité, l’Aube grise qui suit la
sombre nuit du Chaos.
De Goude Leeuw 259
Goossen Van Vreeswijk
De Goude Son, 1675
Vervolg van’t Cabinet der Mineralen, of De Goude Son der Philosophen.
Waer in aile bewerckingen der Metalen en Mineralen, met de gereedschap-
pen daer toe dienende, hare Openingen, Verwen, en 7 incturen, nevens vers-
cheide heerlijke Medicynen, en andcre seer nutte Konsten, uit eigen onder-
vinding aen ’t licht gegeven. Door Goossen Van Vreeswyk, Berg-meester. Met
vele noodige kopere Plaaten verciert. t’Amsterdam gedrukt voor den Autheur.
Zijn mede te bekomen by Johannes Janssonius van Waesberge, 1675.
La suite du Cabinet des Minéraux ou le Soleil doré des Philosophes. Dans
lequel on trouvera tous les travaux sur les Minéraux et les Métaux, avec
les instruments s’y rapportant, ainsi que leur Accès, couleurs et teintures,
avec diverses excellentes Médecines et autres arts hautement salutaires, sont
exposés d’après la propre expérience de l’auteur Goossen Van Vreeswijk,
maître des mines. Avec de nombreuses et utiles gravures sur cuivre. Ams-
terdam, imprimé pour l’auteur. Disponible chez Johan Jansson Van Waes-
berge, 1675.
260 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Vêrvolg van ’t
Cabinet der Miner alen,
O F DE G O U D E SON
der
PHILOSOPHE N.
P ^Lnijlerddm "tdrucf.l 'voor de>i ^utbfiiv :
zijn me de te bekomen by J O H A N N l
J.'NSSONIUS van WAEStEI.GE j C' -
De Goude Son 261
262 GOOSSEN VAN VREESWIJK
De Goude Son 263
I
451 La vigne des Sages est leur Sujet. Son vin est leur
Dissolvant ou Mercure. Le mouton symbolise à la fois
leur Terre et Aries, le signe astrologique du printemps
par lequel débute le Grand Œuvre. Le berger est le Sou-
fre, leur Esprit mystérieux, principe de Fixité. La car-
casse du cheval rappelle qu’il ne saurait y avoir de géné-
ration sans corruption préalable, et qu’il faut tuer le vif
afin de ressusciter le mort. Axiome dont la mise en prati-
que assure la possession du soufre vif, agent principal de
la Pierre Philosophale
452 L’Esprit volatil du mercure se fige comme une mou-
che prise dans une toile d’araignée.
453 Dissolution du Fixe : le Sujet est dissous par le
Vitriol des Sages tout comme la limace fond sous l’action
du sel ordinaire.
454 Le « tour de main » nécessaire pour la première pré-
paration ou « Séparation » est dépeint dans la forge d'un
forgeron Purifié le premier Mercure s’élève comme de
la fumée ou de la vapeur de l’obscurité résultant de la
première conjonction de Mars <3 avec notre Vénus 9 (Ô).
Le marteau enflammé et l’hiéroglyphe salin ® sur
l’enclume mettent l’accent sur l’action du Feu Secret,
médiateur et promoteur de l’Œuvre.
455 Les Principes jumeaux de l’Œuvre symbolisés par
Adam et Eve (la seconde, née du premier, causera la chute
des deux dans le Chaos des Sages). « Croissez et Multi-
pliez » fut le commandement de Dieu à ses créatures. Cha-
cune d’entre elles a le conjoint qui lui convient, sans
lequel, dans tous les règnes de la Nature, il ne saurait
y avoir de génération. La Possibilité de Nature (voir
p. 251) doit toujours être prise en considération.
456 Le résultat d’études assidues, de spéculations et de
théories doit être vérifié par la pratique. La dimension
spirituelle de l’Alchimie ne peut être atteinte que par le
travail manuel. Ora et labora sic habehis : « Prie et Tra-
vaille, ainsi tu recevras. »
457 L’Expérience démontrera que l’énergie de l’Esprit
Universel - Spiritus Mundi - a sa signature dans l’épée,
et que l’épée a sa correspondance dans le Soleil, lequel
est l'animateur et le modificateur perpétuel des métamor-
phoses successives de la matière originelle. C’est en effet
par le Soleil que le Mercure se change en Soufre, le sou-
fre en Elixir et l’Elixir en Médecine LTniverselle.
458 La séparation du papillon de sa chrysalide corres-
pond au travail que doit effectuer l’alchimiste pour
extraire du minerai grossier l’esprit vivant et lumineux,
le Feu Secret qu’il renferme sous forme de cristal trans-
lucide, vert, fusible comme de la cire et que les sages nom-
ment leur Vitriol. La Saturnie du poirier (Saturnra pyri)
est un grand papillon aux œufs couleur émeraude qui est
l’hiéroglyphe parfait de ce mercure vert, agent de putré-
faction et de régénération.
459 Le Btlier - avec ou sans cornes - est toujours un
hiéroglyphe du Sujet des Sages. Sa toison, marquée du
hiéroglyphe salin du Feu Secret, promoteur de l’Œuvre,
deviendra la Pierre Philosophale.
460 On a qualifié le greffage d’« anoblissement » du
tronc greffé. Le scion ou greffon devenant lors de cette
opération en quelque sorte un parasite du tronc. Afin que
l’énergie venue des racines profite pleinement au gref-
fon, les jardiniers coupent toute branche poussant en des-
sous de la greffe. Il faut encore se souvenir que l’on ne
peut greffer que les espèces présentant entre elles certai-
nes affinités (voir 411).
On trouve dans cette opération des analogies précises
avec le travail que devra entreprendre l’alchimiste, qui
devra greffer « l’esprit » sur sa matière, le premier absor-
bera alors la « vie » de l’autre.
461 La préparation initiale de notre Matière est com-
parée à la préparation des châtaignes d’abord récoltées
dans des paniers puis coupées et mises dans le feu jusqu’à
ce que l’écorce éclate.
462 Le Couple Alchimique représente les parents de l’or
philosophique © . Remarquez l’attitude active de la
Femme opposée à la passivité initiale de l’Homme.
463 Elevée au plus haut degré de la Fixation Parfaite,
la Pierre des Philosophes est devenue la Pierre Philoso-
phale. Les textes insistent sur le fait que le Principe de
transformation de la Terre en Feu réside dans le feu,
comme celui de la transmutation en or se trouve dans l’or.
Car de même que la jument engendre un poulain et pas
une vache, le plomb produira du plomb et non de l’argent,
et l’or de l’or et non pas une teinture. L’Or des Philoso-
phes doit être ajouté comme ferment à leur Pierre à la
fin de l’Œuvre. En effet, un ferment convertit le corps
fermenté en sa propre nature sans lequel le but recher-
ché ne serait jamais atteint. Cela étant fait, la conversion
devient aussi facile que d’allumer une bougie à l’aide
d’une autre.
464 Selon la mythologie classique, le dieu Mercure fabri-
qua la première lyre à partir d’une carapace de tortue qu’il
trouva, selon certains récits, sur les bords du Nil, selon
d’autres, près d’un puits. La tortue est donc un hiérogly-
phe du Sujet des Sages, qui une fois préparé devient un
instrument très puissant. Son offrande apaisa le courroux
d’Apollon qui remit en échange à son inventeur le puis-
sant Caducée. Le signe du Vitriol ®-sur sa carapace sou-
ligne la nécessité de visiter l’intérieur de la terre afin d’y
trouver la Pierre cachée : VISITA INTERIORA Terrae
264 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem
Veram MEDICINAM. (Cherche à l’intérieur de la terre
et en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée, la véritable
Medecine.) Les premières lettres de chaque mot forment
VITRIOLUM, contraction de vitri oletim.
465 Les Philosophes hermétiques nomment souvent la
science alchimique : l’Art de Musique. De nombreux trai-
tés développent ce thème. A chaque note, à chaque accord,
correspond un degré dans le processus de transmutation
de la Pierre des Philosophes en Pierre Philosophale.
466 Selon les Règles de l’Art, ce qui provoque la mort
de l’un des Principes procure la vie à l’autre. La Flamme
de la vie du Premier Mercure est éteinte afin de fournir
au Soufre du métal dissous les éléments de sa résurrec-
tion. La Vie ayant besoin de la vie doit être unie à la vie,
et ainsi le Soufre actif vivant est uni au mercure premier
né (Diane) afin d’obtenir le Mercure Philosophique. Cette
dernière opération est dissimulée sous l’allégorie d’un
mariage incestueux entre frère et sœur car tous deux ont
le même sang et la même origine.
467 Pour l’élaboration du Mercure des Philosophes
nomme le Sel de notre Pierre (car c’est ce Mercure qui
est la Pierre des Philosophes) rien ne peut remplacer le
Feu Secret des Sages caché sous son aspect salin. Cet
agent invisible révèle par l’éclatement du tonneau la pro-
venance puissante de l’un de ses deux composants.
De Goude Son 265
A LT U S
Mutus Liber, 1677
Mutus liber, in quo tamen tota Philosophia hermetica, figuris hieroglyphi-
cts depingitur, ter oplimo maximo Deo misericordi consecratus, sotisque filiis
artis dedicatus, authore cuius nomen est Altus. 2i.ii.82. Neg : 93.82.72. Neg :
82.8i.33. Tued.
Livre muet, dans lequel pourtant toute la Philosophie hermétique est repré-
sentée en figures hiéroglyphiques, trois fois consacré au Dieu de Miséri-
corde, très grand et très bon, et dédié aux seuls fils de l’art, par un auteur
dont le nom est Altus. 2i.ii.82. Neg : 93.82.72. Neg : 82.81.33. Tued.
Le Mutus Liber - ou Livre muet car
dépourvu de texte - fut d’abord publié à
La Rochelle en 1677. Cette édition révisée
fut publiée sans indication de lieu ou de
date, probablement vers la fin du XVIIe siè-
cle, elle est analogue sinon identique à une
autre version contenue dans la Bibliotheca
chemica curtosa (Genève, 1702).
Un fac-similé de l’édition originale, publié
chez Jean-Jacques Pauvert (Paris, 1967),
contient une introduction et des commen-
taires par notre Ami le distingué et regretté
Eugène Canseliet, sans l’aide duquel nous
n’aurions pu espérer pénétrer les mystères
de ce livre « qui n’est muet qu’en appa-
rence ». Notre intention première était de
renvoyer le lecteur averti au savant ouvrage
de Canseliet mais sa rareté (à l’étranger sur-
tout) nous a contraint à un commentaire,
« extrait de l’exégèse de Canseliet et de nos
propres observations ». Nos propos bien
entendu ne peuvent ni ne cherchent à expli-
quer toutes les subtilités de ce difficile
ouvrage. Le lecteur français pourra sans
trop de difficultés se procurer l’ouvrage réé-
dité de Canseliet dont l’étude approfondie
est indispensable.
Il est à peu près certain que l’auteur du
Mutus Liber est Jacob Sulat ou Saulat, dont
le nom apparaît dans le Privilège du Rci
publié dans l’édition originale, lui conférant
des droits exclusifs : Nostre bien amé Jacob
Saulat, Sieur des Marez, Nous a fait remon-
trer qu 'il luy est tombé entre les mains un Livre
de la haute Chimie d’Hermès, intitulé : Mutus
Liber... Canseliet démontre que les phylac-
tères sortant simultanément des bouches du
Couple Alchimique agenouillé (dernière
planche) sur lesquels l’on peut lire OCU-
LATIS ABIS (« Tu t’en vas voyant »), for-
ment l’anagramme de IACOBUS SULAT
Le sujet de la page de titre, le Rêve de Jacob,
semble confirmer le nom. Toutefois, le nom
ne fournit pas l’identité du personnage.
Le t tre de Sieur des Marez peut être inter-
prété comme Seigneur des Marées ou Sei-
gneur des Marais; si la seconde interpréta-
tion est ambiguë à souhait, la première
appliquée aux marées célestes est plus per-
tinente. Un autre anagramme d’Altus est
SALUT dont chacun comprendra le dou-
ble sens, mais qui suggère que le Salut de
Jacob vient d’en haut, car ALTUS bien sûr
signifie « haut ».
Comme nous l’avons déjà mentionné ail-
leurs, les noms des auteurs alchimiques sont
particulièrement intéressants et révélateurs
lorsqu’ils attirent l’attention sur des parti-
cularités cachées de l’Art Secret. Or c’est
précisément le rapport secret entre ciel et
terre qui élève l’Alchimie bien au-dessus de
la chimie ordinaire.
266 • ALTUS
IUTUS LIBER.
tota.
crmsecrahi.
g y. S2
IN QUO TANIEN1
\hea, fûjuris lûerotjlyyhicis
^\rria.vi>no ^)eo miser tcordt
yJ't ftltis iirtts î^ec^icatii^j^L
q i c/t <_ Utti s.
Minus liber 267
268 ALTUS
Mutus liber 269
snxnv • oZ?
Mutus liber • 271
tililllll M.
27-2 * ALTUS
Mutus liber 273
274 * altus
Mutus liber 275
276 • ALTUS
Mutus liber 277
278 ALTUS
Mutus liber 279
280 • ALTUS
Mutus liber 281
468 Les lettres et les chiffres mystérieux qui se trou-
vent sur la page de titre doivent être lus à l’envers : Ainsi,
21.ii.82 Neg = Gen 28.11.12 : « Il (Jacob) atteignit un
certain lieu et s’y arrêta pour la nuit car le soleil était cou-
ché. Prenant une des pierres du lieu, il en fit son chevet
et se coucha en ce lieu. Il eut un songe; voilà qu’une
échelle était dressée à terre et son sommet touchait le ciel,
et voilà que des anges de Dieu montaient et descen-
daient. »
Il est vivement recommandé au lecteur de lire et de
méditer le reste de ce même chapitre. Gen 28.18-19, par
exemple, s’exprime ainsi : « Jacob se leva de grand matin,
prit la pierre dont il avait fait son chevet, la plaça en stèle
et versa de l’huile sur son sommet. Il appela ce lieu du
nom de Béthel mais primitivement le nom de la ville était
Luz. »
Les branches de roses coquettement liées pai un nœud
forment un X qui est la lettre grecque Khi, symbolisant
la Lumière Cachée tandis que les extrémités pointues de
chaque branche évoquent le double pouvoir du Feu
Secret. Dans l’édition originale du livre, le paysage est
aride, tandis qu’ici l’eau coule devant le rêveur. Nous pen-
sons que cela a été fait dans le but d’insister sur la néces-
sité impérieuse de dissoudre la Pierre sombre qui est le
sujet secret des Sages.
Les Anges sur les échelles sont bien sûr l'élément Vola-
til, tandis que Jacob et les rochers sont le Fixe. Mais
l’echelle et les trompettes évoquent aussi deux anciens
traités alchimiques, la Scala philosophorum (Echelle des
Philosophes) et le Clangor buccinae (Son de la trompette),
publiés dans l’Trs aurifera quam chemica vacant, à Bâle
en 1593. Jacob et son chevet de pierre sont la Materia
Prima nécessitant un choc électromagnétique violent pour
éveiller son potentiel.
La seconde inscription, 93.82.72 Neg = Gen. 27.28.39,
fait allusion à la rosée des cieux, thème frequent du Mutus
Liber. Gen. 27.28 : « Que Dieu te donne avec la rosée
du ciel et de gras territoires, abondance de froment et de
vin nouveau ! » Gen. 27.39 : « Isaac son père prit la parole
et lui dit : « Voici : loin des gras terroirs sera ton habitat,
et loin de la rosée qui descend du ciel. »
La dernière référence est 82.3i.33 Tued = Deut.
33.13,28. Le 3 du 13 est clairement lisible dans la ver-
sion originale tandis que dans la version présente, il a été
par erreur changé en 8. « Et pour Joseph il (Moïse) dit :
Béni de Yahvé, son pays! A lui le don exquis du ciel en
haut, et de l’Abîme qui s’étale en bas. Israël demeure en
sécurité, la source de Jacob reste à part dans un pays
de froment et de vin nouveau, et dont le ciel distille la
rosée. »
La Rosée Alchimique est le Vitriol des Sages et le Lion
Vert des Philosophes. De la rosée matinale reçue illie,
l’Artiste obtiendra l’une des deux substances salines
entrant dans la composition du Feu Secret.
Canseliet a cru que la Lune avait été inversée par erreur,
car elle décroît au lieu de croître. Nous pensons au con
traire que cela a été fait délibérément et que le procédé
employé pour les références bibliques doit de même être
employé à l’égard de la Lune; car le début de ces opéra-
tions doit toujours correspondre à la Nouvelle Lune. Les
dix étoiles correspondent aux dix Aigles ou Sublimations.
Le lecteur ayant déjà remarqué la division des ténèbres
et de la lumière devrait méditer la devise POST TENE-
BRA LUX : « Après les ténèbres, la Lumière. »
469 Neptune, armé du trident de la triple Dissolution,
annonce la naissance de Diane et d’Apollon, futurs
parents de la Pierre Philosophale, sur l’île de Delos, qui
sur le dos du dauphin est le premier signe de Coagula-
tion et de Fixité. Ainsi s’élève la Lumière, séparée des
Ténèbres et soulignée par le Soleil et les Anges. Cette
phase de l’Œuvre « réclame de nombreuses manipulations
à la fois délicates, laborieuses et pénibles... » Au cours
de ces réitérations fastidieuses, la persévérance dans la
peine et l’effort est beaucoup plus indispensable que dans
l’invocation et la prière. Le v ieil adage reste la règle prin-
cipale à laquelle le Philosophe doit sans cesse obéir :
Aide-toi, le Ciel t’aidera.
La prière seule est insuffisante, mais si elle précède
l’action ou si elle l’accompagne, le résultat qui est cher-
ché peut dépasser toute espérance. C’est là le concept de
base que Jacob Sulat voulut faire entendre, en distinguant,
sous l’hiéroglyphe de l’élaboration, l’alchimiste et sa
femme, à genoux et pi tant, de chaque côté de l’athanor
en rotation paisible.
Plusieurs planches pourraient précéder celle-ci qui elle-
même pourrait précéder la huitième.
470 Cette troisième gravure « Fournit le détail et le com-
plément » de la précédente ainsi que les multiples inte-
ractions symboliques qui se dérouleront dans l’Œuvre.
Au centre de la roue, Neptune (le premier Dissolvant)
pointe son trident de fer vers la Terre des Sages, qui est
le Sujet à dissoudre, laquelle repose entre les Principes
opposés. La Dissolution est toujours suivie par la Coa-
gulation et c’est pourquoi Neptune tient avec son autre
main le fil le reliant à sa conjointe mercurielle qui pêche
le Dauphin, le premier Principe pur de Fixité. L’union
de ce dernier avec sa Mère mercurielle est symbolisée par
la Sirène. Le Bélier et le Taureau symbolisant les signes
astrologiques printaniers du Bélier et du Taureau, épo-
que à laquelle de telles opérations doivent être effectuées;
ils représentent aussi la sphère terrestre fixe. Les dix
Oiseaux volants correspondent aux dix Sublimations, le
Paon à la phase de la Queue-du-Paon, Jupiter sur l’Aigle,
à la teinte grise précédant l’Albification symbolisée par
la Lune qui, à son tour, précède la Perfection Solaire.
En lisant d’une autre manière, Jupiter représente aussi
la Fixation du Volatil et la Volatilisation du Fixe; le Soleil,
la chaleur extérieure; la Lune et les nuages, les influen-
ces célestes, agents de tranformation.
282 • ALTUS
471 Le dynamisme céleste abondant durant certaines
nuits printanières sans nuages galvanise notre Sujet, dont
l’hiéroglyphe apparaît sur la flèche de l’église. Au pre-
mier plan est exposé le procédé par lequel est recueillie
la rosée.
472 L’abondante quantité de rosée recueillie est filtrée
puis distillée, enfin elle produit l’un des deux Sels du Vul-
cain Lunatique (le Feu Secret). En bas, au centre, le chif-
fre 40 inscrit au dessus du cendrier signifie la lente diges-
tion de notre matière pendant quarante jours et quarante
nuits. Un feu modéré et une bonne dose de patience sont
essentiels.
473 Voici la fabrication de la rose, Fleur de Fixité, sépa-
rée et présentée à son « père » le martial dieu-soleil (Soleil
métallique ou Soufre). Les personnages, les manipulations
et les instruments représentés dans le Mutus Liber cor-
respondent symboliquement à de véritables opérations,
mais il ne faut pas croire naïvement que le Modus ope-
randt alchimique soit minutieusement dépeint comme il
le semble. On remarquera que « le couple appliqué aux
manipulations change de costumes à chacune d’elles et
semble, en outre, ne pas être toujours composé des deux
mêmes individus ». Ces différences soulignent en effet cel-
les que subissent au cours des opérations les deux prota-
gonistes de l’Œuvre.
474 La septième figure montre la préparation des deux
substances salines composant le Feu Secret. Cette singu-
lière affirmation est surtout étayée par la séquence symbo-
lique au bas de la page .llustrant les adages selon lesquels
le Feu Secret brûle sans feu et lave sans mouiller. « Brûle
dans l’eau, lave dans le Feu, cuis et recuis et de nouveau
cuis. Très souvent dissoudre et sans cesse coaguler. Tue
le vif et ressuscite le mort. Et cela sept fois. Et tu auras
vraiment ce que tu cherches si tu commandes le régime
du feu. Le Mercure et le feu te suffisent » (Resai ium
philosophorum).
475 Le fils du Soleil et de la Lune, porté ici par des
Anges, est le Mercure Philosophique. Parmi les dix
Oiseaux symbolisant les répétitions soigneuses d’une
même opération conduisant à la pureté, deux de chaque
côté du vaisseau, portent les signes spagyriques des sub-
stances salines jumelles composant le Feu Secret.
476 La neuvième planche n’est pas plus à sa place que
la quatrième, qui aurait dû tout de suite la précéder. Elle
montre que la rosée recueillie sur la quatrième planche
doit s’enrichir de l’influx cosmique du printemps et des
rayons du Soleil réfléchis par la Lune. La scène du bas
montre « la destination de cette rosée, véhicule naturel
de l’espi it astral », versée par notre couple dans un bal-
lon que Mercure souhaite recevoir. Du sel de cette eau
céleste qu’elle retient en solution, le métalloïde acquerra
sa grande et nouvelle vertu. Mercure nu, car purifié, tient
un singulier bâton avec dix petits serpents (comme dans
la planche précédente) qui représentent les aigles ou
sublimations.
477 Nous devons à nouveau avertir le lecteur de ne
jamais interpréter les scènes d’après leur apparence. Cette
planche décrit avec insistance les proportions exactes entre
l’agent salin (ou Mercure) et l’esprit floral (ou Soufre)
enfermés dans l’CEuf philosophique Le Sceau Herméti-
que est (dans la Voie Sèche) réalisé par le sel composant
la coquille cristalline de l’Œuf Philosophique placé à
1 mtérieur du Fourneau ou Athanor.
En effet, le Vaisseau secret n’est pas le contenant mais
le contenu lui-même, qui au point de fusion revêt l’aspect
du verre liquéfié et retient prisonnier l’esprit ou Fleur
du Soufre qui, alimenté par une chaleur croissante,
devient toujours plus puissant. Alors se succéderont les
couleurs de la cible du noir de la périphérie au rouge cen-
tral symbolisant l’union de Diane et Apollon auxquels
le coefficient transmutatoire dix est attribué.
478 A première vue, cette figure semble identique à la
huitième Mais un bon nombre de modifications impor-
tantes y ont été apportées. Le sol sous les pieds de Mer-
cure a disparu, il se tient debout sur le Soleil et la Lune.
Deux rayons de Soleil pénètrent son pied, et trois des Ser-
pents du Sceptre ont enfoncé leurs dents dans son bras.
Tout a changé de côté, les ombres, les astres hermétiques,
les symboles portés sur les oiseaux, etc. Outre le signe
spagyrique du Soufre ou Tartre (transporté par l’Oiseau
sous le Vaisseau à gauche), l’on découvre le signe de la
Sublimation^qui ressemble aux plateaux de la Balance.
La lampe dans l’Athanor ou Fourneau Philosophique est
maintenant allumée, et les rideaux ont disparu.
Le Mercure des Sages est maintenant le Miroir de la
Nature, dans lequel se reflètent ses vérités cachées.
479 A nouveau cette douzième planche semble de prime
abord identique à la neuvième. Mais cette toute superfi-
cielle identité ne résiste pas, une fois de plus, à l’examen.
En effet, le paysage a entièrement changé. De nombreux
arbres ont poussé là où il n’y en avait pas, ainsi que de
nombreuses plantes. L’influx cosmique s’est encore inten-
sifié, l’église porteuse de l’hiéroglyphe du Sujet des Sages
s’est transformée et rapprochée, et de nouveaux « bâti-
ments » ont surgi. Le bélier semble à bout de forces tan-
dis que le Taureau redouble de vigueur, c’est que l’on
est passé sous son signe astrologique et les six larges plats
sont éclairés d’une lueur indiquant qu’ils sont chargés
d’énergie. Le couple ayant rempli son « flacon du liquide
plus riche encore après cette seconde exposition le donne
derechef au dieu Mercure », lequel l’absorbera avec avi-
dité dans le vif désir de développer en lui-même le germe
sulfureux principe de sa coagulation future.
Mutus liber • 283
480 Cette treizième planche offre à nouveau de nom-
breuses similarités avec la dixième. Toutefois la présence
du Soleil sur les plateaux de la balance et dans les Vases,
remplaçant la Fleur, révèle l’obtention du Soufre Fixé,
l’Or des Sages dont la vertu coagulante stimulée par les
flammes du Feu extérieur, élève le Mercure au plus haut
degré de Fixité.
L’union d’Apollon et de Diane symbolise la Multi-
plication. Selon les textes, chaque fois que la Pierre
est redissoute dans son Mercure, son pouvoii est décu-
ple : 10; 100; 1 000; 10 000; 100 000, etc. Fulcanelli
nous prévient cependant que le risque de tout perdre
devrait tempérer la soif mégalomane de multiplications
dl.mitées.
481 « Trois Feux sont utilisés dans le Grand Œuvre,
écrit Artephius, sans lequels l’art ne se peult parfaire. Et
qui sans iceux travaille, il prend beaucoup de souciz en
vain. » Le premier et le plus noble est le Feu Naturel qu.
est l’esprit de la vie caché dans la Matière; le second est
le Feu Secret ou Vulcain Lunatique composé par les
Alchimistes de deux substances salines, et le troisième est
le Feu Elémentaire externe produit par combustion qui
excite et anime les précédents. A ces Feux correspondent
les trois Fourneaux.
Les chiffres romains VI, II et X correspondent d'une
part aux couleurs de l’Œuvre, aux deux principes (Mer-
cure et Soufre) et aux dix sublimations ou aigles. Le VI
rappelle aussi l’étoile à six branches que seul peut géné-
rer le Sujet des Sages.
Les deux femmes et l’enfant au centre se réfèrent à la
phase ultime de l’Œuvre qu’avec une ironie malicieuse
les alchimistes appellent Opus mulierum, le Travail de la
Femme, et surtout Luduî Puerorum, le Jeu des Enfants.
Operis processio dicitur omne opus mulierum & ludus pue-
rorum. « Tout le processus de l’Œuvre est dit :
travail de femme et jeu d enfant » Altus ici semble en
effet indiquer par là la voie sèche, laquelle, comme l’indi-
que Fulcanelli, « ne demande que la présence de l’artiste,
car le mystérieux labeur se parfait de lui-même et se para-
chève en sept, ou neuf jours ou plus. Cette voie ignorée
de la majorité des alchimistes pratiquants s’élabore entiè-
rement dans un seul creuset réfractaire. C’est elle que les
grands maîtres nomment un travail de femme et un jeu
d’enfant » (Demeures Philosophales, Tome 2 p. 78). Ce que
confirme en effet Artephius : « Et cette œuvre n’est point
d’un grand labeur à celuy qui l’entend, & la sçait, voire
sa matière n’est point si chère (veu qu’une petite quan-
tité suffit) qu’il doive estre cause qu’aucun en retire sa
main, par ce qu’elle est si briefve & si facile, qu’à bon
dro.ct elle est appellée l’ouvrage des femmes et le jeu des
enfans. » Et Artephius ajoute immédiatement les mots sui-
vants qui sont illustrés très précisément par la planche :
« Travaille donc courageusement, mon fils, prie Dieu,
lis les livres assiduellement, car un livre ouvre l’autre,
penses-y profondément, fuy les choses qui s’enfuyent &
s’evanouyssent au feu par ce que ton intention ne doit
point estre en choses combustibles & adustibles, mais seu-
lement en la coction de ton eau extraicte de tes
luminaires. »
Est-il besoin d’ajouter qu’il s’agit bien du Mercure (dans
le vase au centre) et que le premier pas vers son acquisi-
tion, ainsi que le montre l’homme à gauche, est une dis-
solution suivie en un second temps comme l’indique la
femme (qui recommande de l’autre main le silence) d’une
Coagulation
Ora Lege Lege Lege Relege labora et Inventes. « Prie, Lis,
Lis, Lis, Relis travaille et tu trouveras. »
482 Couronné des lauriers de la victoire par les Anges
qui le portent en triomphe, l’Adepte victorieux parvenu
à la Réalisation suprême quitte le joug de la mortalité et
s’élève dans le Sublime où tout est Pure Vision : Ocula-
tus abis ou Oculatus ab. is. C’est également la Sublime
Quintessence elle-même, c’est-à-dire la Pierre Philoso-
phale tandis que le couple alchimique est Mercure Phi-
losophique et Soufre issus tour à tour de la matière pre-
mière, c’est-à-dire d’Hercule. Mais Hercule c’est aussi
l’Artiste qui, ayant accompli tous ses travaux, traverse
alors le voile de la mort hermétique. Ces aspects sont inti-
mement liés et difficilement séparables. Que l’on lise Can-
seliet et surtout que l’on ouvre les yeux.
284 • altus Mutus liber
Barent Coenders Van
H ELPEN
Escalier des Sages, 1689
Escalier des Sages ou la Philosophie des Anciens. Avec de belles Figures. Par
un amateur de la Vérité qui a pour anagramme de son nom EN DEBES
PULCHRA FFRUNDO SCIRE.
A Groningue. Chez Charles Pieman, imprimeur & libraire à La Rue d’Or,
an 1689.
Barent Coenders Van Helpen, un gentil-
homme flamand, publia l’édition originale
de sa seule œuvre connue à Groningue en
1689, avec un anagramme de son nom. La
seconde édition (Paris, 1689) parut à Paris
la même année sous le titre Introduction à
la Philosophie des Anciens. Il y eut une criti-
que dans le Journal des Sçavans (Lundi
21 mars 1690). La troisième édition parut
à Cologne en 1693, le nom de l’auteur y était
révélé poui la première fois : « Escalier des
Sages. Thresor de la Philosophie des
Anciens où l’on conduit le Lecteur par
degrez à la connoissance de tous les Métaux
et Minéraux et de la manière de les travail
1er et de s’en servir pour arriver enfin à la
perfection du Grand Œuvre. En forme de
dialogues et enrichis de très belles tailles
douces. Mis en lumière par Barent Coen-
ders van Helpen Gentilhomme. A Cologne
chez Claude le Jeune, 1693. »
L’auteur écrit dans sa préface : « Voicy
pour quoy j’ay creü que le titre de l’ESCA-
LIF.R DES SAGES ne conviendrait pas mal
à cette Philosophie, & que je ferois bien de
la faire paroître en manierre d’un Dialogue
entre FRANÇOIS & VREDERIC, estant le
premier celuy qui tiendra son propos fundé
principalement sur la Théorie, & l’autre sur
la Practique & sur des expériences. J’ay jugé
que ce susdit tiltre seroit donné à bon droit
à cette Philosophie, à cause que les Anciens
Sages, comme le père de tous les Philoso-
phes, Hermes Trismegistes, Moyse le Pro-
phète, St Thomas d’Aquin, Le Roy Geber
& une infinité d’autres vrais Philosophes ont
fait leurs démarchés sur cett’ ESCALIER,
& qu’ils ont obtenu du grand Dieu leurs
sciences tant incomparables par l’ascension
infatigable d’iceluy. »
L’auteur explique ensuite le plan de
l’ouvrage divisé en Quatre Livres « qui
livreront à peu près les DIX DEGREZ
de l’ancienne sapience, & reduiray cha-
cun Degrez en plusieurs paragraphes,
veü que les susdicts Dix Degrez auront
leur source de ces QUATRE LIVRES
comme le nombre dix a son origine et son
accomplissement des quatre premiers
nombres ».
Escalier des sages 285
286 • BARENT COENDERS VAN H-ELPEN
.LC H ! M I A
Escalier des sages 287
288 - BARENT COENHERS VAN HELPEN
Escalier des sages 289
290 • BARENT COENDERS VAN HELPEN
Escalier des sages 291
489
Ho
l/z \.gfr(Z ïc7/::: acienwa
292 BARENT COENDERS VAN HELPEN
A L R
0 9
K -VZ/AZ •
490
Escalier des sages • 293
294 • BARENT coenders van helpen
Escalier des sages 295
<£ VL PH /R
296 • BARENT COENDERS VAN HELPE.N
M ERCURi'U.S-
Escalier des sages 297
0 5
298 • BARENT COENDERS VAN HELPEN
483 L 'Escalier des Sages conduit au but Philosophique,
qui est la Splendeur Divine, la Quintessence Subl.me
(couronne à cinq pointes) de Dieu lui-meme. La main
droite de la Divinité indique les nombres I (Materia
Prima), 2 (Les Principes Complementaires opposés),
3 (Corps, Âme et Esprit) et 4 (les Éléments), qui totali-
sent 10 (le Retour à l’Unité Divine). Les dieux et les dées-
ses mythologiques que l’on pourra facilement identifier
grâce à leurs attributs sont, chacun à leur tour, les prota-
gonistes des étapes du Grand Œuvre.
484 ALCHIMIA. Acrostiche : « L’Art Laborieux Con-
vertissant l’Humidité Ignée des Métaux en Mercure Phi-
losophique. » L’Adepte désigne Mercure consultant Jupi-
ter, Pluton et Neptune. Ces quatre représentent les Élé-
ments Philosophiques : Neptune, l’Eau; Pluton, l’aspect
souterrain de la Terre (les minerais); Jupiter, l’Air (et le
Feu Céleste); Mercure lui-même est la Quintessence, c’est
le messager ailé, qui revêt tour à tour les diverses formes
de tous les éléments.
485 CHAOS. Acrostiche : « Chaleur, Humidité, Froid,
Sécheresse. » Selon les doctrines orphiques (dont la pater-
nité était généralement attribuée à Orphée), Chronos (le
Temps) était le premier principe d’où provenaient le
Chaos et l’Ether. Le Chaos, entouré de Nuit, formait
l’enveloppe sous laquelle la Matière cosmique fut lente-
ment organisée par l’action créatrice de l’Ether. La
Matière à la longue prit la forme d’un Œuf gigantesque
dont la coquille était la Nuit. Au centre de l’Œuf, le pre-
mier être, Phanès (la Lumière), naquit. C’est Phanès,
l’Alpha et l’Omega de l’Alchimie, qui, en s’unissant avec
la Nuit, créa le Ciel et la Terre.
486 CALOR. Acrostiche : « Le Tout-Puissant Créateur
de la Lumière Gouverne Tout. » Selon les plus ancien-
nes trad^ions concernant l’Alchimie, son mystère central
est l’Amour, le Tout-Puissant Roi du Monde. La Matière
des Sages préparée attire l’Amour Céleste, comme
l’aimant attire à lui le fer; mais le dynamisme céleste ne
peut être capté qu’à la saison propice si les conuitions
météorologiques s’y prêtent. L’alchimiste se trouve donc
dans une position semblable à celle du fermier dont la
récolte d’une riche moisson dépend à la fois de la saison
et de conditions climatiques favorables.
487 AMOR. Acrostiche : « Auteur du Monde, Roi Tout-
Puissam. » Robert Fludd écrit : « Cette nymphe Imma-
culée désire assidûment la présence, la société et l’assis-
tance de son époux déiforme afin de pouvoir mener son
Œuvre à une plus grande perfection... Ainsi cette très
belle sœur, colombe et amie immaculée, parle à son bien-
aimé du fond de son désir : “Soutiens-moi avec des fleurs,
réconforte-moi avec des pommes, car je suis malade
d’amour” (Cantique des Cantiques, 2.5). Cependant le
Philosophe dans son sermon sacré dit aussi “De la
Lumière un Verbe fut fait qui descendit sur la Nature,
la réchauffant” (Hermès Trismégiste Poimandres I.5.).
Pareillement, l’Esprit du Seigneur, qui est l’amour igné
ayant la vertu du Père et du Verbe, qui fut porté par-
delà les eaux et leur conféra une t igucur ardente. Ainsi
cet amour brûlant, étincelant Esprit de Sagesse, est ce
véritable désir supercéleste, projetant son sperme igné
dans la matrice des eaux universelles... c’est-à-dire dans
le ventre de Physis, dont la fille élue est Psyché, l’imma-
culée, la mariée du mari... » (Tractatus theologo philoso-
phions..., Oppenheim, J.T. de Bry, 1617 pages 35-36).
488 IGNIS. Acrostiche : « La Nature de Feu du Soleil
Engendre joyeusement ». Le Feu est la Chaleur de la Vie
qui doit dans l’Œuvre n’être ni excessive ni venir à man
quer, sinon tout sera perdu.
489 IGNIS PHILOSOPHORUM. Acrostiche : « Le
Feu de Notre Science se Trouve en Géhenne ». Ignis Ph<
losophorum, le Feu des Philosophes, est trouvé en
Géhenne, c’est-à-dire dans des lieux bannis. La connais-
sance de ce « grand mystère de l’art » fut essentielle pour
Jason dans sa conquête de la Toison d’Or. Limojon de
Saint-Didier, tout en refusant de livrer son secret, four-
nit cependant des indications précieuses concernant son
identité : ... « le feu secret des Sages est un feu, que
l’artiste prépare selon l’art, ou du moins, qu’il peut faire
préparer par ceux qui ont une parfaite connoissance de
la Chimie; que ce feu n’es pas actuelement chaud; mais
qu’il est un esprit igné introduit dans un sujet d’une
mesme nature que la pierre et qu’estant médiocrement
excité par le feu extérieur, la calcine, la dissout, la sub-
lime, et la résout en eau seiche ainsi que le dit le Cosmo-
polite » (Le Triomphe Hermétique, p. 44).
490 AER. Acrostiche : « Moi, Reine fabriquant l’Or ».
Jupiter, prenant la forme d’une pluie d’or, séduisit Danaé
enfermée dans une tour Alchimiquement, cette légende
souligne l’attraction magnétique exercée par la matière
des Philosophes, enfermée dans l’Athanor (la Tour), sur
les parties volatiles chargées d’influx céleste.
491 AQUA. Acrostiche : « Qui transporte l’Or Blanc ».
L’Eau des Philosophes est leur Mercure. Des Ténèbres,
entre Pluton et Neptune, s’avance Jupiter sous la forme
du Cygne, c’est-à-dire de la Blancheur obtenue grâce au
lavage de Latone par son Eau. La Blancheur annonce la
venue du Soleil, dont les chevaux sont déjà en vue.
492 TERRE. Acrostiche : « Je Cache le Réceptacle des
Trois Éléments de l’OR ». La Terre, dit Hermès, est la
Mère des Éléments; ils viennent de Terre et retournent
en Terre. La Pierre des Philosophes étant un minerai est
donc une espèce de Terre, c’est pourquoi ils peuvent pro-
clamer qu’elle se trouve partout. De quelle sorte de Terre
il s’agit, c’est ce que le chercheur doit découvrir en tout
Escalier des sages • 299
premier lieu. La Pierre Philosophale est cette même Terre
transformée en feu, c’est-à-dire amenée par l’Air à son
plus haut degré de perfection.
493 SULPHUR. Acrostiche : « En Séparant le Venin
le Philosophe Ranime Doucement la Viscosité Homo-
gène. » D’une huile libérée par la Putréfaction de la
Matière, on obtient peu à peu le Soufre, pi incipe de
Fixité. Mais la présence de Pluton (à l’arrière-plan) impli-
que que le héros aura à franchir à nouveau l’Achéron
avant de pouvoir véritablement aspirer à la conquête de
la Pierre Philosophale.
494 MERCURILTS. Acrostiche : « Moi, je crée la Méde-
cine Rouge Royale et Universelle dans les Entrailles du
Sol. » Le meurtre d’Argus par Mercure, agissant au nom
de Jupiter, est le thème du présent emblème. lo, objet
de la convoitise de Jupiter, avait été transformée en génisse
par Junon et était gardée par Argus aux cent yeux. Mer-
cure (ou Hermès), envoyé par Jupiter, l’endormit au son
de sa flûte, le tua et enleva lo. Le Savoir alchimique (l’Art
Musical) permet au volatil (Mercure) de dissoudre (tuer)
le Fixe (Argus). La mort de ce dernier symbolise la noir-
ceur; ses innombrables yeux sont semés sur la queue du
Paon (oiseau de Junon) qui est un autre stade de la Putré-
faction lo, la Vache Blanche, est la Blancheur, ou Pre-
mière Perfection.
495 SAL. Acrostiche : « Solus Alliora Laboro. Seul je
travaille dans les profondeurs (de la Mer Philosophique) ».
Le problème du Sel, catalyseur et médiateur du Grand
Œuvre, n’est pas facilement résolu. Cependant Jupiter
montre l’une des composantes de cette double Matière,
tandis que Neptune en montre une autre. Pluton tentant
d’une main de s’en saisir et tenant une clef dans l’autre,
indique que la Connaissance du sel est indispensable pour
en arriver à la Putréfaction qui ouvre les portes de son
royaume infernal.
too van helpen Escalier des sages
Alexandre Toussaint de
Limojon de Saint-Didier
Le Triomphe Hermétique, 1689
Le Triomphe Hermétique, ou La Pierre Philosophale victorieuse. Traitté
plus complet et plus intelligible qu’il y en ait eu jusques ici, touchant le Magis-
tère Hermétique. A Amsterdam, chez Henry Wetstein, 1689.
Issu d’une famille noble du Dauphiné,
Limojon de Saint-Didier naquit en Avignon
vers 1630. Écuyer de Jean-Antoine de
Mesme, comte d’Avaux, dont il gagna
l’estime et la confiance, il fut chargé de nom-
breuses affaires importantes. En 1678, il
l’accompagna au congrès de Nijmegen (dont
il publia un compte rendu à Paris en 1680).
Il accompagna le comte en Hollande lors-
que celui-ci y fut nommé ambassadeur en
1684 et se rendit avec lui en Irlande en 1689
à l’occasion d’une ambassade auprès du Roi
Jacques II. Chevalier de Notre-Dame du
Mont-Carmel, et de Saint-Lazare de Jéru-
salem, Limojon de Saint-Didier serait mort
lors du voyage de retour en France.
Ses écrits hermétiques sont parmi les meil-
leurs et sont très vivement recommandés.
Le Triomphe Hermétique contient trois trai-
tés, ayant chacun une demi-page de titre
séparée : (I) L’Ancienne Guerre des chevaliers,
ou entretien de la Pierre des Philosophes avec
l’or et le mercure composé originalement en
Allemagne; (2) Entretien d’Eudoxe et de Pyro-
phile sur l’Ancienne Guerre des Chevaliers; (3)
Lettre aux Vrays Disciples d'Hermès conte-
nant six principales clefs de la Philosophie
secrète. Ce dern.er texte est signé Dives Sicut
Ardens S***, anagramme de Sanctus Desi-
derius, ou Saint-Didier.
Des éditions ultérieures furent publiées à
Amsterdam en 1699 et en 1710, tandis
qu’une édition anglaise parut en 1723 ainsi
qu’une édition allemande en 1765.
Triomphe; Aphorismi; Collectanea 301
B ARO
U RB1GERUS
Aphorismi Urbigerani, 1690
Aphorismi Urbigerani, or certain rides, clearly demonstraling the three infal-
lible ways ofprepai ing the Grand Elixir or Circulatum Ma-jus of the Philo-
sophers, discovering the Secret of Secrets, and detecting the errors of vulgar
chymists in their operations : contained in one hundred and onc aphorisms :
To which are added, the three ways of preparing the vegetable élixir or Cir-
culatum monas : AU deduced from never-erring expérience by Baro Urbige-
rus, a servant of God, in the Kingdom of Nature. Experto crede. London,
printed for Henry Faithorne, at the Rose in St Paul’s Church-yard, 1690.
Aphorismi Urbigerani, ou certaines règles démontrant clairement les trois
infaillibles manières de préparer le Grand Elixir ou Circulatum Majus des
Philosophes, découvrant le Secret des Secrets, décelant les erreurs des vul-
gaires chimistes lors de leurs manipulations : contient cent et un aphoris-
mes : auxquels sont ajoutées les trois façons de préparer l’elixir végétal ou
Circulatum monas : Tous déduits d’après l’expérience jamais erronée de
Baro Urbigerus, serviteur de Dieu dans le Royaume de la Nature. Experto
crede. Londres, imprimé pour Henry Faithorne à la Rose dans la Cour de
Saint-Paul, 1690.
Nous ne savons rien de très certain sur Baro
Urbiger ou Urbigerus. Dans sa dédicace au
duc Frédéric de Saxe-Gotha, cet auteur
explique comment les aphorismes furent
publiés à Londres. « Etant présentement à
Londres bien que nous ne soyons pas Natifs
de ce Royaume, nous pensons nécessaire
d’exposer ces Aphorismes en langue
anglaise, ne doutant pas le moins du monde
que les Connaisseurs, ne considérant que le
Sens, nous pardonnerons facilement toutes
les Impropriétés qu’ils trouveront dans nos
Expressions : et lorsque menés par la
Providence dans un autre Pays et parve-
nus à une Connaissance suffisante de la
plupart des Langues Européennes, nous
veillerons à nouveau à les publier dans
la Langue du Lieu où nous serons. »
Une édition allemande parut d’ailleurs
l’année suivante : At)ho,ism' Urbige-
rani oder geu'isse Reguln. . verteutschet,
und publdirt zu Erffurdi von selbigen
Authore. Verlegts, Johann Caspar B’rckner,
1691.
302 • SAINTaDIDIER, urbigerus, morley
Christopher Love Morley
et Theodorus Muykens
Collcctanea chymica, 1693
Collectanea chymica Leidensia, Maëtsiana, Margravina, Le Mortiana. Ohm
trium in Academia Lugduno-Batava Facultatif Chymicae quâ publicé, quâ
privatim, professorum, viventium, atque docentium, qui isthaec discipuhs
suis, ex omni Europa illo conpluentibus, illis annis, non solum ostenderunt,
verum etiam suis verbis dictarunt. Ante hac collecta, digesta, édita, à Chris-
tophoro Love Morley M. D. Anglo. Nunc autem plurimis novis eleganuori-
bus & accuratioribus experimentis instructa & aucta meliorem in ordinem
reducta, ubwis correcta, a superfluis processible mandata per Theodorum
Muykens, Med. Doct. Amstelod. Opus nudli non Physico-medico Chymico
& Pharmacopaeo necessarium & pcrutile. Lugduni Batavorum, Sumptib.
Corneli Boutesteyn & Frederici Haaring, 1693.
Recueil de chimie de Leyde, dû à Maëts, Margraff et Le Mort : trois anciens
professeurs à la Faculté de Chimie de l’Université de Leyde, où ils vécu-
rent et enseignèrent, non seulement présentèrent ces leçons, officiellement
et en privé, à leurs élèves qui, en ces années, affluaient là de toute l’Europe,
mais véritablement les dictèrent, en leurs propres termes. L’Anglais Chris-
topher Love Morley, Docteur en Médecine, les avait déjà recueilbes, clas-
sées et éditées. Mais le présent recueil a été composé et augmenté de nom-
breuses expériences nouvelles, plus élégantes et plus scrupuleuses, disposé
en meilleur ordre, entièrement corrigé, débarrassé des développements super-
flus par Theodorus Muykens, Docteur en Médecine, d’Amsterdam. Une
œuvre nécessaire et de la plus grande utilité pour le Physicien, le Médecin,
le Chimiste et le Pharmacien. Leyde, au frais de Cornehus Boutesteyn et
Fredeiick Haaring, 1693.
Le médecin anglais Christopher Love Mor-
ley est né vers 1646. Il fut étudiant en méde-
cine à Leyde en 1676 et obtint son doctorat
en 1679. Selon la préface de l’édition de
1684 des Collectanea Chymica, il voyagea
énormément avant son arrivée en Hollande,
et avait déjà exercé la médecine. Il prit de
nombreuses notes de cours qui donnent un
aperçu intéressant sur l’état de l’éducation
médicale à Leyde à cette époque. Les Col-
lectanea sont extraits de ces carnets. Ils se
composent d’un grand nombre de recettes
chimiques et pharmaceutiques prises durant
les cours de trois professeurs de chimie à
Leyde, Maëts, Margraff et Le Mort. L’édi-
tion originale parut a Leyde en 1684 mais
ne contient pas le frontispice gravé.
Theodorus Muykens, né à Amsterdam en
1665, étudia la médecine à Leyde où il
obtint son diplôme en 1691. En 1693, il réé-
dita et augmenta l’ouvrage de Morley qui
parut en allemand à léna en 1696, et une
fois encore en latin à Anvers en 1702.
Joseph Mulder, qui grava cette remarqua-
ble planche, fut graveur et dessinateur. Il
est né à Amsterdam en 1660, il fut l’élève
de Hendrick Bogaert, se maria en 1689 et
mourut semble-t-il vers 1735.
Triomphe, Aphorismi; Collectanea 303
7>e cavemis nielallcrunt occuIïhji e.sï,»jpt Lupt# imI vene/'abiti^. rr e k mes.
3O4 • SA1NT/DIDIER, URBIGERUS, MORLEY
497
Triomphe; Aphorismi; Collectanea ♦ 305
306 • SAINT'DIDIER, GRBIGHRUS, MORLEY
496 Le Triomphe Hermétique. De Caverms metallorum
occultus est, qui Lapis est venerabilis Hermès. « Dans les
cavernes des métaux (dans les mines) est cachée cette
Pierre qw est vénérable. »
Cette citation est utilisée ici comme légende, afin que
l’on ne cherche pas ailleurs que dans les mines, le mine-
rai qui est le Sujet des Sages. Il faudra l’identifier puis
l’extraire de son gîte, puis accomplir les travaux néces-
saires afin d’en extraire (avec l’aide de Mars et celle du
Feu Secret) ce premier mercure que les auteurs appel-
lent pierre des philosophes. Il faudra ensuite découvrir
le secret du second mercure, dit Philosophique, symbo-
lisé ici par des serpents entrelacés, exploit salué par deux
couronnes. Enfin, dans l’ordre des acquisitions, on obtien-
dra le $ soufre Philosophique qui sera grâce à l’exemple
du Phénix, converti d’abord en Elixir puis en Médecine
Universelle ou Pierre Philosophale, couronnée par la tri-
ple couronne ou trirègne, emblème suprême de puissante
souveraineté de la Sagesse.
Les signes du Zodiaque Bélier, Taureau et Gémeaux
soulignent les influences célestes indispensables que l’on
doit capter durant cette période et qui font de l’alchimie
une véritable agriculture céleste.
497 Aphorismi urbigeram « La vertu unie est plus forte »
(Virtus imita jortior). La puissance contenue dans la
Giaine produit le miracle de l’Arbre. De même que le
gland devient le chêne, la Pierre des Philosophes se trans-
forme en Pierre Philosophale. NT sine vobis, « Len sans
vous », s’exclame le Serpent mercuriel à la queue mar-
tiale, à son vis-à-vis le Dragon ailé à la queue saturnienne.
Per Nos omnia, « Par nous, toutes choses », répond ce der-
nier qui, étant le symbole de la Materia Pi ima, contient
ses potentialités futures.
«Je suis captif de ta beauté », chuchote Apollon à sa
soeur Diane, révélant ses intentions incestueuses (et la
domination initiale de la femelle lors de leur première ren-
contre). « Je te vaincrai toutefois plus tard », répond
Diane, en désignant les eaux montantes de la Dissolution.
L'hieroglyphe à la place d’une flèche sur son arc est le
symbole de Géa, la Terre, indiquant quelle sorte de terre
devra être dissoute par leur étreinte de feu. De l’autre
coté de l’Arbre, tandis que les eaux se retirent,
l’Hermaphrodite-Rebis émerge et sa face lunaire s’adresse
à son alter ego (le Soleil) : « Ta Régénération est en mon
pouvoir. » Le visage solaire s’exclame reconnaissant :
« Par toi (eau vive) je vivrai. »
498 Collectanea Chymica. Comme l’indique Fulcanelli,
le mercure des Sages est surnommé le Caméléon car il
revêt successivement toutes les couleurs du spectre. C’est
aussi, ici, 1 hiéroglyphe de la Fixité par opposition à l’aigle
volatil. Les cheveux de Dame Alchimie sont le Feu, ses
yeux sont le Soleil et la Lune parents de la Pierre. De
sa bouche s’exhale l’air ainsi que le mystérieux influx qui
véhicule, par les rayons de lune, la puissance solaire.
Les trois étoiles sur son front correspondent aux trois
œuvres, tandis que le lait qui coule à flots de ses seins
généreux n’est autre que le « lac virginis » ou Lait de la
Vierge, qui nourrit l’embryon philosophal de la Pierre
selon l’axiome hermétique célèbre tiré de la Table d’Éme-
raude d’Hermès : Nutrix eius terra est (voir le second
emblème à'Atalanta Fugiens). Les ailes de ses pieds
identifient notre Dame au volatil Mercure, ce que
confirme l’aigle sur son bras. Le Roi, à sa gauche, n’est
autre que le Soufre. Le Philosophe à droite montre le
combat acharné des pi incipes opposés dans le Vase de
l’Œuvre.
Triomphe; Aphorismi; Collectanea 307
Jacob Bôhme
l'heosophische Wercken, 1682
Des Gottseeligen Hoch-Erleuchteten Jacob Bôhmens T eut ont c1 Philosophi
Aile Theosophische Wercken. Darinnen aile tieffe Geheimnisse GOttes der
etvigen andzeitlichen Natur und Creatur, samt dent wahren Grande Christ-
licher Religion und der Gottseeligkeit, nach dem Apostolischen Gezeugnüss
offenbahret werden. Theils aus des Authoris eigenen Originalen, Thaïs ans
den ersten und nachgesehenen besten Copyen anffs fleissigste. corrigiret. Und
In Beyfügung etlicher Clavium so vorhm noch nie gedruckt, nebenst einem
zweyfachen Register. Den Liebhabern Gottlicher und Natürlicher Weissheit
zum besten an Tag Gegeben. Zu Amsterdam, Gedruckt im Jahre Christi.
1682.
Jacob Bôhme, Bienheureux et Illuminé Philosophe Teuton : les Œuvres
Complètes Théosophiques, où l’on découvrira tous les plus profonds secrets
de Dieu, de la Nature temporelle et éternelle, et de la Création, avec les
véritables fondements de la Religion Chrétienne et de la Béatitude révélée
d’après le Témoignage Apostolique. Corrigé et révisé avec diligence, en partie
d’après les originaux de l’auteur, et les meilleures premières copies. En
adjonction, divers codes d’interprétations imprimés pour la première fois
avec deux index. Publié pour les amoureux de la Sagesse Divine et Natu-
relle. Amsterdam, imprimé en l’an du Christ 1682.
Cet appendice pictural à notre thème her-
métique se compose des frontispices des
œuvres théosophiques de Jacob Bôhme
publiées par son disciple Gichtel en 1682.
Ces images rares dans lesquelles le symbo-
lisme alchimique est utilisé à des fins pure-
ment mystiques sont très intéressantes.
Bôhme emprunte à Paracelse les moyens
d’exprimer en termes alchimiques sa pro-
pre vision béatifique et ses ouvrages eurent
une très grande influence.
Jacob Bôhme, Boehme, Bôhmen ou Beh-
men (1575-1624) naquit à Alt-Seidenberg en
Haute-Lusace. Il fut mis en apprentissage
chez un cordonnier en 1589 et exerça lui-
même cette profession jusqu’en 1612,
quand, à la suite d’une illumination sou-
daine, il écrivit Aurora oder die Morgenrôte
im Aufgang. Dénoncé par le pasteur du lieu
comme étant une œuvre héréti }ue, le
manuscrit fut saisi par le Conseil de la ville
qui ordonna à Bôhme de s’abstenir de
tels écrits. Il n’en fit rien et continua à
écrire.
Aurora étudié Dieu en lui-même, tandis
que l’étude des manifestations divines dans
la structure du monde et de l’homme se
poursuit dans Die drei Principien gôttlichen
Wesens, Vom dreifagen Leben der Menschen,
Von der Menschwerdung Christi, et Von der
Geburt und Bezeichnung aller Wesen.
Son œuvre culmine avec l’exposition de
la vie de Dieu dans l’âme humaine : Von der
Grenadenwahl, Mysterium magnum, Von
Christi Testamenten. Son dernier ouvrage fut
Der Weeg zu Christo (1624). Poui Bôhme
Dieu est à la fois immanent et transcendant :
la « Création » est la manifestation de for-
mes demeurant dans l’indétermination
latente de la Nature Divine éternelle. Le jeu
des contrastes, Solve et Coagula, Lumière et
Ténèbres, est le ressort de la vie. Le mal est
308 • JACOB BÔHME
l’aspect sombre ou furieux de Dieu. Mais
le monde en trois étapes sert à démontrer
d’abord le déclin et la chute, puis l’équili-
bre et finalement le triomphe de l’Amour
équivalent au triomphe de la Lumière.
Gichtel, qui publia les œuvres de Bôhme
dans la présente édition, a décrit la propre
transfiguration de son corps subtil par un
processus sans rapport avec l’Alchimie tra-
ditionnelle. Cependant, il prétendit que la
Pierre Philosophale lui fut offerte plusieurs
fois et qu’il en refusa l’offre parce que cette
« pierre » ne permettait que d’accéder au
stade solaire de l’ascension psycho-
spirituelle, qu’il avait, affirmait-il, déjà
dépassé.
Theosophische IVercken 309
3 10 ♦ JACOB BÔHME
502
500
RERUM I
, ssw 1 |U
g.
s°3
Theosophische IVercken -311
5°4
5°5
507
312 • JACOB BÔHME
Theosophische Wercken -313
3 14 • JACOB BÔHME
Theosophische Wercken -315
3 16 • JACOB BÔHME
499 Frontispice de Theosophische Wercken. Comme tou-
tes les planches de cette édition, celle-ci contient une brève
explication ainsi qu'une liste de références au texte que
l’on doit consulter avant de pouvoir l’interpréter correc-
tement Nous nous refusons à tout commentaire et con-
seillons vivement la lecture de ce mystique merveilleux.
500 « Né de Dieu. Mort en IHSVH. Uni au Saint-
Esprit. Ci-gît Jacob Bôhme d’Alt Seidenburg. Qui mou
rut bienheureux le 17 septembre 1624 à environ
6 heures du matin à l’âge de 50 ans. Ses dernières paro-
les : Maintenant je vais au paradis. » (Avant-propos de
la Vie, par Abraham de Franckenberg).
501 Frontispice de Aurora, Morgenrôte im Aufgang...
502 «La Signature des choses». Frontispice de De
Signatura Rerum... : « Comment toutes choses surgissent
d’un Mystère ».
503 « La Triple Vie ». Frontispice du Dreyfaches Leben.
504 « Quarante questions sur l’âme ». Frontispice de
Viertzig Fragen von der Seelen..., ouvrage dans lequel
Bôhme est questionné par le Dr Balthazar Walter.
505 « L’Arbre de la Foi, Paradis, Monde ténébreux,
Région astrale». (De Von der Menschwerdung Jesu
Christi...')
506 « De la Passion et de la Mort de Jésus-Christ ». (De
Von der Menschwerdung Jesu Christi...)
507 « Six points ». Frontispice de Von sechs Punkten hohe
und tieffe Gründung...
508 « Apologétiques ». Frontispice de Apologia betsefferd
die Volkommenheit des Menschen.
509 « Epîtres ». Frontispice de Theosophische Send-
Briefe; les pigeons voyageurs représentent Dieu, la Nature
et l’Art.
5 10 « La Voie vers le Christ ». Frontispice de Det Weg
zu Christo...
511 «Tranquillité» (ou Modération). Frontispice du
Livre 4 du Der Weg zu Chnsto.
512 « Renaissance ». Le corps du Christ? Compassion,
gentillesse, chasteté, bienfaisance, humilité, sagesse. Ava-
rice, envie, colère, orgueil, convoiuse, la chair, tricherie.
Frontispice du Livre 5 de Der Weeg zu Chrdto.
513 « La vie transcendant les sens et la contemplation
divine ». Frontispice du Livre 6 de Der Weeg zu Christo...
514 « Conversation entre une âme illuminée et une âme
non illuminée ». Frontispice du Livre 8 de Der Weeg zu
Christo...
515 « De la Révélation divine ». Frontispice des frag-
ments de Beirachtung gôttlicher Offenbarung...
516 « Les Testaments du Christ ». Frontispice de Von
Christi Testamenten.
517 « Election par la Grâce. D’une seule force - péni-
tence, pardon, obstination, méchanceté, d’une seule sève.
Viens ici, sur le trône de Grâce. Va là, sur le trône de
Feu. » Frontispice de Von der Grenadenwahl
518 Pas de texte. (Mysterium Magnum).
519 « Le grand Mystère. Messie. Moïse. » Frontispice
du Mysterium Magnum... « Les Opposés doivent
coexister ».
520 « Feu, Teinture Céleste, Majesté, Triplicité, Tétra-
gramme, Terre. » De Dreyfaches Leben...
Theosophische Wercken -317
BIBLIOGRAPHIE
CHOISIE
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Paris 1967.
Bénézit, E. Dictionnaire des peintres,
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Paris 1976.
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Canseliet, Eugène. Alchimie, Etudes
diverses de symbolisme hermétique
et de pratique philosophale. Paris
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-. L’Alchimie et son Livre Muet
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de Fulcanelli a été réédité de nom-
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-. La Lumière des Rose-Croix. Retz
1985.
FORMATS
DES
GRAVURES
Les dimensions des images sont en
cm. Nous n’avons pas tenu compte
des légères variations dans une même
série (pt = page de titre).
Béroalde, Le Tableau, in-quarto :
25 x 15,5. Voyages, in-octavo :
15,1 x 8,5.
Khunrath, Amphitheatrum, in-folio :
24 x 15,5; 21,5 x 14,5; diamè-
tre des circulaires 22,5; grandes
gravures 27,8 x 32,2
Libavius, Alchimia, in-folio :
24 x 17 (page).
Michelspacher, Cabala, in-quarto :
tous 31 x 25.
Maier,Arcana, in-quarto : 16,5 x 12.
Lusus, in-quarto : 18,5 x 15
(page).
Examen, in-quarto : 20 x 15
(page).
Jocus, in-quarto : 11,6 x 6,8.
Atalanta, in-quarto : pt 17,7 x
13,4; autres 10 de larg. Symbola,
in-quarto : pt 17,2 x 13,5; por-
trait 10,6 x 9,5; autres 7,7 x lo,
Tripus, in-quarto : pt vignettes
9,5 x 9,8, 9x8; Clef (1-7)
6,8 x 9,5; (8-9) 6,5 x 6,5; (10)
7,3 x 9,2; (11-12) 6,8 x 9,5.
Viatorium, in-quarto : pt 15,5 x
12; autres 9,5 x 7,5.
Mylius, Opus medico-chymicum, in-
quarto : 19 x 14,5 (page); dé-
pliants 117 19,5 x 28,5, 118 27 x
27, 119, 120 27 x 33.
Antidotarium, in-quarto: 18 x 14
(page).
Croll, Basihca, in-quarto : 22 x 17
(page).
Maier, Septimana, in-quarto : pt 17
x 13; lre image app. 30 de larg.;
autres 7,7 x 10.
Mylius, Philosophia, in-quarto :
pt 7,3 de larg; autres 6 x 7,3 sauf
Arbre 9,1 x 9,1.
Musaeum hermeticum, in-quarto :
pt 17,5 x 13,5; autres 10,5 de
larg.
Lambsprinck, De lapide, in-quarto :
pt 17,6 x 10,6; armes 8,5 x 7,1;
autres 10,5 x 10,5.
Mylius, Anatomia, in quarto : pt
17,5 x 14; dédicace 16,8 x 13;
autres 14,5 x 10.
Planis Campy, L Hydre, in-octavo :
15 x 9,8. L’Ouverture, in-octavo :
pt & portrait 15,2 x 9,9.
Ashmole, Theatrum, in-quarto : tous
14,5 x H sauf Jugement Dernier
15,2 x 12.
Monte-Snyders, Metamorphosis, in-
octavo : 15,5 x 9,5 (page).
Becher, Œdipus, in-duodecimo : 11,5
x 6,3.
Kerckring, Currus, in-duodecimo :
11,7 x 7.
Monte-Snyders (?), Chymica vannus,
in-quarto : tous 13 de larg.
Van Vreeswijk, Roode Leeuw, Groene-
Leeuw, Goude Son, Goude Leeuw,
tous in-octavo : tous 7 de larg.
Altus, Mutus liber, in-folio : tous 26,5
x 18.
Van Helpen, Escalier, in-folio : tous
29 x 18,3.
Saint-Didier, Triomphe, in-
duodecimo : 17,2 x 13
Morley & Muykens, Collectanea, in-
quarto : 14,5 x 9,6.
Urbigerus, Aphorismi, in-octavo :
13,9 x 8,1.
Bôhme, Theosophische Wercken, in-
octavo : pt 18 x 14,5; autres 8 de
larg.
318
INDEX
Abraham le Juif, 104
Adarmath, 151
Ademarus, 151
Adfar l’Alexandrien, 150
Aegidius, 153
Agathoclès, 132
Albert de Bavière, 154
Alanus, 152
Albertus Magnus (St Albert le
Grand), 17, 114, 115, 152
Albugazal, 151
Alctati Andrea, 13, 14, 20
Aldo Manuzio, 10, 11, 16, 20, 42
Alexandre, 154
Alphidius, 100, 151
Altus, 266-84
Amman Jost, 45
Anaxagore, 150
Andreae Jean-Valentin, 62
Androicus, Evêque, 153
Anthony Francis, 60, 61
Anton Wilhelm, 29
Apollonius de Tyane, 151
Apostolicus Hugo, 153
Aranus, 154
Arda, 154
Arentsz Pieter, 240
Arisleus, 155, 207
Aristophane, 22
Aristote, 51, 115, 154
Arnaud, Philosophe, 152
Arnaud de Villeneuve, 114, 115,
152, 207
Arsianus, 151
Artephius, 104, 125, 151, 221,
284
Ashmole Elias, 42, 214-221
Augurellus Jean Aurelius, 153
Avicenna Avicenne, 104, 114,
132, 151, 197
Azinabam, 151
BACASSAR, 103
Bacon Roger, 114, 115, 125, 153
Balten Pieter, 52
Barnaud Nicolaus, 187
Baur von Eÿseneck Johann
Martin, 207
Bavran, 154
Becher Johann Joachim, 222
Belinus, 151
Bernard, Comte de Trévise, 152
Birckner Johann Caspar, 300
Bôhme Jacob, 308-17
Bogaert Hendnck, 303
Boissard Jean-Jacques, 21
Bosco Valerandus de, 153
Boutesteyn Cornélius, 303
Bracesco Giovanni, 16, 17
Bry Jean-Israël de, 14, 15
Bry Jean-Théodore de, 14, 15, 21,
68, 127, 187
Bry Maria Magdalena de, 21
Bry Théodore de, 14, 15, 21, 60,
61, 62
Buondelmonti Cristoforo, 9, 20
Calid, Roi d’Égypte, 150
Calid le Juif, 150
Campen Jan Diricks van, 29, 30
Canseliet Eugène, 19, 266, 282,
284
Chaeremon d’ Alexandrie, 14, 16,
22
Chevalier Pierre, 25
Christian Ier, Prince d’Anhalt-
Bernberg, 59, 62, 127, 157
Christian II, Électeur de Saxe,
116
Christian Wilhelm, Margrave de
Brandebourg, 161
Christophe de Paris, 152
Chrysippe Jean, 153
Clauder Gabriel, 226
Clément IV, Pape, 115
Cléopâtre, Reine d’Égypte, 150
Coenders van Helpen Barent,
285-300
Colonna Fra Francesco, 11, 20,
21
Corrozet Gilles, 14
Cremer John, 117, 125
Croll Oswald, 127, 133, 155,
157-160
Custos Dominicus, 52
Custos Raphaël, 52
da Bqlogna Francesco, 20
Daniel, Philosophe, 152
Dante, 151
Dastin Jean, 153
Datin, 151
Dee Arthur, 214
Dee John, 42
Démocrite, 98, 114, 132, 150
Dioclétien, 20
Diodore de Sicile, 114
Dominicus, l’Apôtre, 153
Dominicus, Évêque, 153
Doort Paullus van de, 29, 30
Dufresnoy Langlet, 29, 222
Dumbeleius, 154
Durandus, 153
Dürer Albrecht, 10
Duveen Denis, 228
EFFARIUS, 153
Elbo, 151
Élisabeth, Reine de Bohême, 61
Empédocle, 17
Ernst, Comte de Holstein,
Schaumburg et Sternberg, 105
Espagne! Jean d’, 16, 68, 214
Étienne, Philosophe et Chimiste,
152
Euthica, 150
Euthices, 151
Faithorne Henry, 302
Ferdinand Ier, Empereur, 115
Ferdinand II, Empereur, 157
Fernley Jean Ambiensis, 152
Ficin Marcile, 9
Flamel Nicolas, 17, 18, 104, 152,
183, 197
Fludd Robert, 15, 22, 60, 62, 299
Francken David, 52
Frédéric, Duc de Saxe-Gotha, 302
Frédéric, Duc de Württemberg,
116
Frédéric, Prince de Norvège, 105
Frédéric V, Électeur Palatin, Roi
de Bohême, 21, 60, 62, 127
Frédéric Henri, Prince de Nassau,
133
Frisius Andréas, 226
Fulcanelli, 18, 19, 43, 115, 125,
126, 197, 244, 252, 284, 307
Galien, 51, 150, 156
Galienus, 151
Galler Jérôme, 60, 68, 127
Galud, Roi de Babylone, 151
Garcia, Cardinal, 153
Gaulthier Léonard, 26
Geber, 16, 17, 151, 285
Gelle Aulus, 1 32
Gichtel J., 308, 309
Giehlow Charles, 10
Gilgil, 151
Gilbert, Cardinal, 153
Goebel Séverin, 59
Gratianus, 152
Gravia Bernard de, 154
Greverus Jodocus, 98, 152
Grosseteste Robert, Évêque de
Lincoln, 115
Guainerius Antonius, 117
Guden Johann Moritz, 117
Guillaume de Paris, 152
Guillemot Matthieu, 25
Haaring Frederick* 303
Hakluyt Richard, 21
Hamilton William, 116
Hamuel, 151
Hasolle James, voir Ashmole Élias
Hélisardes, 151
Helpen, voir Coenders
Helvetius Johann Fridericus, 183
Henri III, Roi de France, 25
Henri IV, Roi de France, 25
Henri III, Roi d’Angleterre, 115
Héraclite, 151
Hercule, Philosophe, 151
Hermès Trismégiste (Hermès
l’Égyptien), 8, 18, 42, 43, 51,
114, 132, 150, 160, 285, 299
Hérodote, 9
Hésiode, 22
Hippocrate, 51, 150, 208
Hiram (Hyram), Prince de Tyr,
161
Hirschberger Joachim, 61
Hoffmann Nicholas, 61, 62
Homère, 16
Hooghe Romeyn de, 226
Horace, 60
Horapollo (Horus Apollo), 9-11,
13, 14, 20
Hortulanus, 153
Hummius Antonius, 105
Isaac, Philosophe, 152
Isaac le Hollandais, l’Ancien, 152
Isaac le Hollandais, le Jeune, 152
Iversen E., 10
Jacob Paul, 117
Jacques VI, Roi d'Angleterre, 60,
61
Jacques II, Roi d’Irlande, 301
Janot Denys, 14
Jansson Van Waesberge Johan,
224, 228, 246, 253, 260
Jennis Lucas, 15, 16, 21, 60, 62,
105, 117, 133, 156, 161, 167,
183, 187, 198
Jean XXII, Pape, 115
Jean d’Aquin, 153
Jean d’Autriche, 152
Jean de Padoue, 152
Justinien, Empereur, 20
Keller Georges, 45
Kelley Edward, 154
Kerckring Theodorus, 226
Kerver Jacques, 11
Khalid ibn Jazid ibn Mu’awijah,
Prince, 114
Khunrath Heinnch, 29-44
Kirchmacker, 226
Kopffius Petrus, 45
Kuhdorfer Heinnch, 51
La Perrière Guillaume de, 14
Lacinius Jean, 153
Ladislas II, Roi de Hongrie, 115
Lambsprinck, 183, 187, 197
Landolfo, Comte d’Aquin, 115
Lant Thomas, 21
Lazarellus Ludovic, 153
Le Jeune Claude, 285
Le Mort Jacob, 303
Le Moyne Jacques, 21
Leibniz Gottfried Wilhelm von,
226
Lemnius Levinius, 224
Léopold Ier, Empereur, 222
319
I.eucippe, 114
Libavius Andréas, 45-51
Limojon, voir Saint-Didier
Louis II, Roi de Hongrie, 115
Louis XIII, Roi de France, 25,
208
Louis XIV, Roi de France, 208
Lulle Raymond, 98, 102, 114,
115, 153
Madathanus Hfnricus, 183
Maëts, C.L. de, 303
Mahomet, 151
Maier Michael, 14, 15, 17, 18,
19, 20, 22, 59-132, 161-166,
167, 180, 183, 197
Malchamec, 154
Malus, 151
Margraff Christian, 303
Marie de Médicis, Reine de
France, 25
Marie la Juive, 114, 150
Marlianus Aloysius, 153
Massara, Philosophe de, 151
Matheus Jean, 208, 213
Matthias, Empereur, 157
Maurice de Nassau, Landgrave de
Hesse, 59, 62, 105, 133, 161
Maximilien I", Empereur, 10
Medera, 150
Médicis, Cosme de, 9
Mesnd Hervé de, 208
Meung Jean de, 152, 166, 183
Melchior Cibinensis (Nicholas
Melchior Szebeni), 114, 115,
154
Merian Caspar, 21
Merian Matthâus, 15, 16, 21, 68,
97, 133, 150, 158, 183, 186
Merian Matthâus le Jeune, 21
Mesme Jean-Antoine de, Comte
d’Avaux, 301
Meyer Dietrich, 21
Michelspacher Steffan, 52-58
Mitigo, 151
Montanor Guido de, 152
Monte-Snyders Joannes de, 224,
228-239
Morienus, 98, 114, 151, 207
Morley Christopher Love, 303
Mosanus Jacob, 61
Mulder Joseph, 303
Musa, 150
Muykens Theodorus, 303
Mylius George, 133
Mylius Johann Christoph, 133
Mvhus Johann Daniel, 133-156,
167-183, 198-207
Néron Empereur, 16, 22
Néron, Empereur, 16, 22
Newton Isaac, 224
Norton Thomas, 60, 117, 125,
154, 214, 221
Ovide, 16, 97, 208
Paddyn William, 60
Pahngenius Marcellus, 153
Palthenius Hartmann, 161
Panofsky Erwin, 10
Pantheus Augustin, 153
Paracelse Philippe Théophraste,
150, 152, 208, 308
Pernety Antoine Joseph. 17-18,
22, 103, 104
Petrus Bonus, 16, 22, 153
Petrus Peregrinus, 115
Philalèthe Aeyrenaeus, 183, 258
Philippe de Ravilasco, 152
Philippos, 10
Photius, 20
Pielat Barthélemy, 246
Pierre, Moine et Philosophe, 153
Pierre de Villeneuve, 152
Pieman Charles, 285
Pirckheimer Willibald, 10
Pirenne Jacques, 9
Planis Campy David de, 208-213
Platon, 151
Plotin, 9
Pontanus Jean, 152, 221
Psellus Michael, 151
Pythagore, 150
Rachaidibi, 154
Raleigh, Sir Walter, 21
Rasis (Rhasis), 104, 151
Raymond de Marseille, 152
Reinhart Christophe, 68
Remmelin Johann, 52
Rhodianus, 154
Richard, Philosophe, 154
Ripa Cesare, 14
Ripley George, 154
Robertus Castrensis, 114
Robertus Vallensis, 17
Rodolphe II, Empereur, 20, 42,
59, 60, 116, 157
Rosinus, 151
Ruccius M. Andr., 42
Rumpf Christian, 61
Rupescissa Jean de, 153
Russell Richard, 226
S. Erasmus WOLFART, 29
Sacro Bosco Jean de, 152
Sadeler Aegidius, 157
Sadeler Jan, 157
Sadeler Raphaël, 157
Saint-Didiei Alexandre Toussaint
de Limojon de, 299, 301
Saba, Reine de, 161
Salomon, Roi, 161
Sande Hermann van de, 183, 222
Sande Johann Maximilian van de,
183
Samarte Anonyme le, 116, 154
Saurius Joannes, 45
Schwan Balthasar, 166, 167
Scot, 154
Scot John Duns, 154
Scot Michael, 154
Sendivogius Michael, 116, 183
Sénèque, 152
Senior, 18, 151, 181
Serapio, 154
Selon Alexander, 116
Sevestre Charles, 209
Sigismond III Vasa, Roi de
Pologne, 116
Smith Thomas, 60
Sobieski Jean, Roi de Pologne,
226
Spinola Ambrogio di, 15
Spinoza Baruch, 226
Stabius, 10
Steyner Heinrich, 14
Stolcius Daniel, 21, 116, 133, 167
Sulat Jacob, 266, 282
Tampach Gottfried, 157
Thaphuntia, 150
Theobanus Jean, 153
Therapus Janus Lacinius, 16
Tholden Johann, 117
Thomas d’Aquin St, 114, 115,
153, 285
Thorndike Lynn, 30
Trévisan Bernard le, 101
Tzetzès Jean, 16, 22
UFFENBACH Philipp, 45
Urbigerus Baro, 300
Vadius Aegidius de, 154
Valentin Basile, 18, 99, 102, 117,
125, 132, 133, 152, 180, 226
Valeriano Pierio, 14, 21
Vaughan Robert, 214
Verville François Béroalde de, 11,
12, 20, 25-28
Vincent de Beauvais, 152
Virgile, 16
Vredeman de Vries Hans, 30
Vreeswijk Goossen van, 240-265
Walter Balthasar, 317
Wessel Wilhelm, 62
Wetstein Henry, 301
Weyerstraeten Ehzeus, 222, 228
White John, 21
Whitney GeofFrey, 14
Wittkower Rudolf, 10
Wood Anthony à, 214
Yates Franc es A., 62
Yezid, 151
Zacharias Denys, 152
Zalento Pierre de, 153
Zamolxis, 151
Zeiller Martin, 21
Zozimos de Panapolis, 114