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                    LE JEU D’OR
Figures hiéroglyphiques et emblèmes hermétiques
dans la littérature alchimique du XVIIe siècle
STANISLAS K L O S S O W S K I DE R O L A

L’alchimie et ses mystères, et notamment la quête de la pierre philosophale, constituent, depuis l’Antiquité, une tendance « alternative » au cœur de la culture européenne. La beauté des langages iconographique et symbolique dans lesquels s’expriment théories et secrets alchimiques atteint son apogée au xvne siècle, époque à laquelle l’essor de l’imprimerie contribuera de manière fondamentale à la diffusion de ce genre pictural. Cet ouvrage réunit pour la première fois une vaste sélection des plus beaux emblèmes hermétiques et figures hiéroglyphiques de la littérature alchimique. Les reproductions respectent fidèlement les originaux publics dans des ouvrages malheureusement rarissimes ou difficiles d’accès. Les plaques de cuivre originales furent réalisées par les meilleurs graveurs de l’époque — Mcnan, De Hooghe, la famille De Bry... —, artistes attachés à traduire graphiquement des concepts aussi complexes que les cosmogrammes de Mylius, les emblèmes envoûtants de Lambsprinck ou de Michael Maier, ou encore le mysticisme chrétien de Jacob Bôhme. Au total, plus de 500 gravures constituent le cœur de cet ouvrage. Dans son introduction et ses commentaires, Stanislas Klossowski de Rola rappelle les origines de cette tradition visuelle, donne les clés des symboles et dresse le portrait des auteurs, éditeurs, mécènes et graveurs qui contribuèrent à l’épanouissement de cet art à la fois éblouissant et mystérieux. En COUVERTURE : « Le Soleil a besoin de la Lune comme le coq de la poule », emblème xxx de Michael Maier, extrait de Atalanta fugiens, 1618.
Stanislas Klossowski de Rola est un éminent spécialiste de la tradition alchimique. Il est le fils du peintre Balthus. Pour tout renseignement et demande de catalogue, veuillez vous adresser à : THAMES & HUDSON 4, impasse des Peintres 75002 Paris DifFusion/distnbution : Hazan ISBN: 2x87811x134,6 Imprimé en Slovénie 195 F

Le Jeu d’Or

Stanislas Klossowski de Rol Le Jeu d’Or Figures hiéroglyphiques et emblèmes hermétiques dans la littérature alchimique du XVIIe siècle Thames & Hudson
Cet ouvrage est dédié à la mémoire vivante de notre ami Eugène Canseliet F.C.H. Le texte français de cette édition a été spécialement établi par l’auteur d’après une traduction de Vincent Barder et Anne de Gandillac du texte de l’édition en langue anglaise. Traduction des sous-titres latins par Catherine Henri. © 1988 Thames and Hudson Ltd, Londres. © 1997 Éditions Thames & Hudson SARL, Paris, pour la présente édition Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est interdite. Une copie ou reproduction par quelque procédé que ce soit, photographie, photocopie, microfilm, bande magnétique, disque ou autre, constitue une contrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars 1957 sur la protection des droits d’auteur. Cet ouvrage a été reproduit et achevé d’imprimer en mai 1997 par l’imprimerie Mladinska Knjiga pour les Éditions Thames & Hudson. Dépôt légal : 3e trimestre 1997 ISBN : 2-87811-134-6 Imprime en Slovénie
SOMMAIRE Préface et remerciements 7 Introduction 8 Avertissement 24 François Béroalde de Verville, Le Tableau des riches inventions, 1600 25 François Béroalde de Verville, Le Voyage des princes fortunez, 1610 25 Heinrich Khunrath, Amphïtheatrum sapientiae aeternae, 1602 29 Andréas Libavius, Alchymia, 1606 45 Steffan Michelspacher, Cabala, 1616 52 Michael Maier, Arcana arcanissima, 1614 59 Michael Maier, Lusus serins, 1616 60 Michael Maier, Examen fucorum, 1617 61 Michael Maier, Jocus severus, 1617 61 Michael Maier, Atalanta fugiens, 1618 68 Michael Maier, Symbola aureae mensae, 1617 105 Michael Maier, Tripus aureus, 1618 117 Michael Maier, Viatonum, 1618 127 Johann Daniel Myhus, Opus medico-chymicum, 1618 133 Johann Daniel Mylius, Antidotarium, 1620 156 Oswald Croll, Basilica chymica, 1622 157 Michael Maier, Sept'mana philosophica, 1620 161 Johann Daniel Mylius, Pnilosophia reformata, 1622 167 Musaeum hermeticum, 1625 183
Lambsprinck, De lapide philosophico, 1625 187 Johann Daniel Mylius, Anatomia Auri, 1628 198 David de Planis Campy, L’Hydre morbifique exterminée, 1628 208 David de Planis Campy, L’Ouverture de l’escolle, 1633 209 Elias Ashmole, Theatrum chemicum britannicum, 1652 214 Johann Joachim Becher, Œdimis chimicus, 1664 222 Joannes de Monte-Snyders, Metamorphosis Planetarum, 1663 224 Theodorus Kerckring, Commentarius in Currum trlumphalem Amimonii, 1671 226 Joannes de Monte-Snyders(?), Chymica vannus, 1666 228 Goossen Van Vreeswijk, De Roode Leeuw, 1672 240 Goossen Van Vreeswijk, De Groene Leeuw, 1674 246 Goossen Van Vreeswijk, De Goude Leeuw, 1675 253 Goossen Van Vreeswi|k, De Goude Son, 1675 260 Altus, Mutus Liber, 1677 266 Barent Coenders Van Helpen, Escalier des sages, 1689 285 Alexandre Toussaint de Limojon de Saint-Didier, Le Triomphe Hermétique, 1689 301 Baro Urbigerus, Aphorismi Urbigerani 1690 302 Christopher Love Morley et Theodorus Muykens, Collectanea chymica, 1693 303 Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 308 Bibliographie 318 Formats des gravures 318 Index 319
PREFACE Cet ouvrage, qui a l’ambition d’être à la fois plaisant et utile, rassemble une vaste collection d’emblèmes hermétiques extraits de la littérature alchimique du XVIIe siècle. Toutes les gravures reproduites dans les pages qui suivent pro- viennent de livres rares conservés pour la plupart dans les réserves des gran- des bibliothèques et, par conséquent, inaccessibles à l’amateur comme à l’amou- reux de science. En outre, par une curieuse ironie, il semble que les rares réimpressions de l’un ou l’autre titre célèbre soient, presque toujours, ou épuisées ou de médio- cre qualité. Il arrive, d’ailleurs, que même un spécialiste ne puisse trouver ce qu’il recherche : il n’y a, par exemple, pas un seul turc de Goosen Van Vreeswijk à la Bibliothèque nationale à Paris. Durant les nombreuses années consacrées à ce travail nous avons été aidé par un grand nombre de personnes qui ont souhaité garder l’anonymat. Néan- moins que tous et toutes soient assurés de notre immense gratitude. Nous souhaitons remercier tout particulièrement notre fidèle collaborateur David Britt, ainsi que Madame Antoinette de Watteville et Mons1 :ur Tigrane Matossian. Nous remercions le personnel de la British Library pour sa gentillesse et son efficacité, Monsieur C.D. Blockhuis, directeur du Département des infor- mations bibliographiques et des prêts de la Bibliothèque universitaire de Leyde qui nous fit parvenir de précieux renseignements concernant Goosen Van Vrees- wijk, ainsi que Monsieur Marc Sursock qui a bien voulu permettre que son magnifique exemplaire de l’Amphitheatrum Sapientiae soit photographié. Nous souhaitons exprimer notre vive reconnaissance envers Monsieur Ber- nard Renaud de La Faverie qui nous signala les trésors de la Bibliotheca Phi- losophica Hermetica, située à Amsterdam, où nous fûmes reçus avec une gen- tillesse et une courtoisie hors du commun par le personnel, par l’érudit conservateur, Monsieur le Docteur F.A. Janssen et par le charmant proprié- taire Monsieur J.R. Ritman, véritable mécène des temps modernes. Enfin, nous souhaitons rendre un très affectueux hommage plein de tendre gratitude à Mesdemoiselles Venetia Spicer, Anna André, Patrizia Brouwer et Shireen Al-Hayderi auxquelles nous devons plus que ce que nous pouvons exprimer et sans l’aide desquelles nous n’aurions jamais pu terminer ce livre.
INTRODUCTION * Il est assez curieux de constater que l’invention de l’imprimerie ne contribua pas à la diffusion de la vaste littérature alchimique avant une date relative- ment tardive. En effet, tandis que des centaines de manuscrits alchimiques circulaient en Europe, on ne connaît guère que deux textes imprimés à l’épo- que des incunables. Leur nombre resta d’ailleurs assez modeste jusqu’aux dernières décennies du XVIe siècle car, alors, les progrès techniques réalisés par l’imprimerie devaient permettre l’excellente reproduction des motifs gravés les plus sub- tils. Ainsi, la gravure sur cuivre allait dorénavant supplanter de plus en plus la gravure sur bois. C’est pourquoi, dès le début du XVIIe siècle, l’on assiste à une véritable floraison d’ouvrages alchimiques contenant de magnifiques gra- vures dont la fonction réelle transcende cependant tout prétexte d’illustration ou de décoration. (Ce qui, d’ailleurs, a été depuis toujours le cas de toute ico- nographie hermétique.) En effet, ces « figures hiéroglyphiques » et ces « emblè- mes hermétiques » constituent un véritable langage pictural indépendant des textes qui, en silence mais non sans éloquence, transmet un véritable ensei- gnement à ceux qui sont capables de le comprendre. Comme cet idiome extraor- dinaire joue avec un art consommé sur les doubles sens, les analogies, et les subtiles interprétations hermétiques de la mythologie classique, nous l’avons nommé le Jeu d’Or (1). Pour en retrouver les sources et en étudier le développement nous devons tout d’abord nous tourner vers l’Egypte, patrie mystique de la Philosophie hermétique et de son légendaire fondateur Hermès Trismégiste. La tradition veut en effet qu’Hermès, qu’elle identifie au dieu égyptien Toth, soit l’inventeur des hiéroglyphes, c’est-à-dire des signes sacrés qui préservent la connaissance secrète de la sagesse divine. Selon les écrits grecs du Corpus Hermeiicum, la source de tout savon est toujours la révélation divine sous forme de vision ou de rêve : « Hermès vit la totalité des choses. L’ayant vue, il comprit. Ayant compris, il eut le pouvoir de révéler et de montrer. Et précisément ce qu’il savait, il l’écrivit. Mais ce qu’.l écrivit il le cacha, gardant le silence plutôt que de parler, de sorte que chaque génération en venant au monde devait cher- cher ces choses » (Kore Kosmou 5). Le terme employé pour « écrire » dans le texte grec est celui de « graver ». Hermès grava donc ses secrets sur des stèles de marbre (« stelai ») qu’il cacha soigneusement en affirmant cependant : « Certains découvriront et connaîtront totalement les secrets de mes écrits et les interpréteront, et même s’ils en gardent quelques-uns pour eux seuls, ils en graveront d’autres pour le bénéfice de l’humanité sur des stèles et des obélisques » (Kore Kosmou VII et I xvi). Les Grecs, fascinés depuis des siècles par l’Egypte et la splendeur de sa cul- ture millénaire, vinrent s’y établir en grand nombre dès 565 avant notre ère. Le pharaon Amasis avait en effet fondé une colonie grecque à Naucratis, où, selon le récit de Socrate aux convives du Symposium de Platon, Hermès en personne s’etait établi. 8 • Introduction
On perçoit d’ailleurs dans les traités hermétiques grecs le reflet des pensées les plus profondes que l’on trouve dans les anciens ouvrages égyptiens. Ce qui prouve bien la dette que doit la pensée hermétique grecque à l’antique spéculation pharaonique. Pendant toute la période ptolémaïque, le mysticisme égyptien s’allia au rationalisme grec ouvrant ainsi une nouvelle ère dans l’his- toire de l’Antiquité. Car malgré l’admiration que les Grecs vouaient à l’Egypte, les différences fondamentales qui séparaient leurs modes de penser respectifs les empêchè- rent toujours de véritablement comprendre les Égyptiens. C’est d’ailleurs pour- quoi Hérodote devait déclarer que les Égyptiens avaient adopté des lois et des coutumes contraires à celles des autres peuples. Afin de pouvoir concevoir les conceptions religieuses et philosophiques des Égyptiens, les Grecs les tradui- sirent dans les termes de leur propre logique, ce qui impliquait alors une inter- prétation qui n’avait plus rien à voir avec la pensée égyptienne. Est-il cependant possible de croire qu’aucun Grec (à l’exception possible de Pythagore) n’ait été à même de comprendre les hiéroglyphes? Nous n’osons pas répondre par l’affirmative, tandis que nombre de savants n’hésitent pas à le certifier. Selon eux, les Grecs, s’étant basés sur des sources fragmentaires ou incomplètes, croyaient que les hiéroglyphes n’avaient rien à voir avec le langage profane mais qu’ils étaient au contraire l’expression allégorique d’un savoir sacré. Au IIIe siècle de notre ère, Plotin, lui-même né en Égypte, se demande si c’est en toute connaissance de cause ou par intuition que les Sages Égyptiens avaient, pour parler de Philosophie, abandonne toute forme d’écri- ture phonétique, donc toute forme discursive au profit d’images gravées dont chacune exprime une vérité profonde (2). Il faut cependant admettre que l’écriture hiéroglyphique au temps des deux premières dynasties (vers 3000 - 2778 avant notre ère) avait déjà beaucoup évolué et n’avait plus rien de commun avec « l’ancienne pictographie dont elle était issue » car aux signes idéogrammes s’ajoutaient déjà les signes syllabi- ques et alphabétiques. Si l’écriture égyptienne conserve encore ses idéogram- mes archaïques « c’est sans doute, explique Pirenne, parce qu’ils étaient atta- chés aux textes sacrés écrits dans une forme d’écriture plus ancienne, ce qui ferait remonter à une très haute antiquité certains textes religieux. Les diffé- rentes époques que l’on discerne dans les inscriptions des Pyramides prou- vent en effet que les plus anciens textes sacrés sont antérieurs de très nom- breux siècles à ceux dans lesquels s’exprime la cosmogonie solaire » (3). Nous ne pouvons donc pas exclure que ce soit bien cette forme primitive des hiéroglyphes à laquelle se réfère Plotin. Commentant sa traduction latine de Plotin publiée en 1492, Marcile Ficin écrivait : « Notre façon de penser au “temps” est complexe et changeante. Par exem- ple, “le temps passe rapidement”, “le temps tourne et s’arrête où il com- mença”, “le temps enseigne la prudence”, “le temps donne et reprend”. Tout cet ordre d’idées était compris par les Egyptiens en une seule image lorsqu’ils dessinaient un serpent ailé mordant sa queue. Et il y a beaucoup d’autres images du même genre décrites par Horus » (4). En parlant d’Horus, Ficin voulait dire Horus Apollon, Horapollo (ou Hora- pollon). C’est-à-dire l’auteur des Hieroglyphica, une œuvre en grec soi-disant traduite d’un original égyptien. Un manuscrit des Hieroglyphica avait été décou- vert en 1419 sur l’île grecque d’Andros par un moine florentin nommé Cris- toforo Buondelmonti (5). Ce dernier l’ayant acheté pour Cosme de Médicis, le manuscrit arriva finalement en 1422 à Florence, où il fit immédiatement sensation. Car enfin les humanistes détenaient un ouvrage qui expliquait le sens caché des mystérieux hiéroglyphes égyptiens. Malgré les nombreuses imperfections de son texte, l’extraordinaire succès de ce livre influença non Introduction • 9
Hiéroglyphes dessinés par Albrecht Durer pour le manuscrit de Willibald Pirckheimer traduit par Horapollo, 1514. seulement la Renaissance mais encore l’opinion concernant les hiéroglyphes pendant quatre siècles. Le manuscrit commence par une introduction déclarant que l’original écrit en « égyptien » par Horapollo de Nilopolis a été traduit en grec par Phihppos. Bien qu’il soit presque impossible d’identifier avec certitude, soit l’auteur (6), soit le traducteur, il semble pourtant qu’il fut composé entre le IVe et le Ve siècle de notre ère (7). L’ouvrage consiste en deux volumes dont le premier est divisé en 70 chapi- tres, et le second en 119 chapitres. Chaque chapitre est consacré à un seul hiéroglyphe. Les commentaires exposant la relation allégorique entre les hié- roglyphes et leur signification sont pour la plupart fantaisistes, mais, étrange- ment, il s’y mêle aussi un certain nombre de notions parfaitement exactes, donc d’autant plus troublantes. Il est très regrettable que l’on ne sache rien concernant les sources de l’auteur, car il semble bien, malgré tout, qu’il ait été en contact avec la véritable tradi- tion hiéroglyphique, du moins d’une façon superficielle, et qu’à l’époque la connaissance de ce système était donc toujours bel et bien vivante (8). Iversen explique d’ailleurs à ce propos que, si quelqu’un ignorant complè- tement les principes de l’écriture hiéroglyphique interrogeait un égyptologue moderne quant à la signification des différents signes composant une inscrip- tion hiéroglyphique en ne montrant que les plus caractéristiques et les plus voyants d’entre eux, il est fort possible que son impression générale quant à leur nature ressemblerait fort à celle d’Horapollo (9). Après avoir été maintes fois copié au cours du XVe siècle (10), le manuscrit des Hieroglyphica fut imprimé pour la première fois à Venise par Aide (11) en 1505. Traduit successivement en Win, en français, en italien et en allemand, ce meme ouvrage fut dans l’une ou l’autre de ces langues publié plus de vingt fois au XVIe siècle. Parmi les nombreuses copies manuscrites, de loin la plus intéressante est celle de la traduction latine qu’entreprit à la demande expresse de l’empereur Maximilien Ier l’humaniste de Nuremberg Willibald Pirckheimer. Cette tra- duction, illustrée des dessins de son ami Albrecht Dürer, fut solennellement remise par Pirckheimer à l’empereur de Linz en 1515. Redécouvert par l’his- torien d’art autrichien Charles Giehlow à la Bibliothèque de Vienne à la fin du siècle dernier, ce manusci it allait lui permettre de résoudre une fois pour toutes l’énigme de l’F.hrenporte (1515) de Dürer, c’est-à-dire du gigantesque Arc de Triomphe de Maximilien qui constitue la plus grande gravure sur bois jamais créée. Ce monumental ensemble (que l’on peut admirer au départe- ment des gravures et dessins du British Muséum à Londres) mesure 3 mètres 80 sur 3 mètres 22. Au sommet du monument se trouve un panneau que Stabius, l’historiogra- phe de l’empereur, décrit comme « un mystère en caractères sacrés égyptiens ». Maximilien y est représenté sur son trône entouré de symboles tirés des illus- trations faites par Dürer pour les Hieroglyphica d’Horapollo. Nous allons maintenant suivre les directives de Wittkower et nous tourner vers la traduction que fit Erwin Panofsky du texte allemand de Stabius, ainsi que du texte latin de Pirckheimer, car elle va nous permettre de déchiffrer cette image « hiéroglyphique » (les interpolations sont celles de Panofsky) : « Maximilien (l’empereur lui même) — un prince (chien drapé d’une étole) d’une grande piété (étoile au-dessus de la couronne impériale), très magna- nime, puissant et courageux (lion), ennobli par une gloire éternelle et impé- rissable (basilic sur la couronne impériale), descendant d'un ancien lignage (la gerbe de papyrus sur laquelle il est assis), Empereur Romain (aigles bro- dées sur la robe d’apparat), doué de tous les dons de la nature et possédant 10 • Introduction
L’Empereur Maximilien. Détail d’une des parties de la gravure sur bois de VArc de Triomphe de Maximilien d’Albrecht Dürer, 1515. art et savoir (rosée descendant du ciel) et maître d’une grande partie du globe terrestre (serpent encerclant le sceptre) — Il a avec vertu guerrière et grande discrétion (taureau) remporté une brillante victoire (faucon sur l’orbe) sur le puissant Roi de France, et s’est par là protégé avec vigilance (grue levant sa patte) des stratagèmes dudit ennemi ce qui avait été jugé impossible (pieds marchant tous seuls sur l’eau) par toute l’humanité» (12). L’inestimable mérite de la « méthode » d’Horapollo fut d’avoir stimulé les forces créatrices d’une quantité d’artistes qui s’en inspirèrent afin d’inventer à leur tour leurs propres « hiéroglyphes ». La première œuvre littéraire dont l’iconographie révèle indéniablement l’influence d’Horapollo s’intitule l’Hypnerotomachia Pohphui. Ce curieux roman allégorique fut écrit en 1467 par un moine dominicain, Fra Francesco Colonna (13), dans un italien mâtiné de latin. L’édition originale publiée par Aide à Venise en 1499 est un chef-d’œuvre de typographie. Elle contient 192 magni- fiques gravures sur bois qui contribuèrent grandement à son succès. Après une seconde édition Aldine en 1545, cet ouvrage fut très librement traduit en français. Devenu « le Songe de Poliphile », il fut publié trois fois de suite (1546, 1553 et 1561) par Jacques Kerver à Paris où il connut un vif succès et se répandit ainsi dans les pays de langue française. Enfin, en 1600, Fran- çois Beroalde de Verville en fit une traduction améliorée qu’il publia à Paris Introduction 11
Emblèmes d’Andréa Alciati, Emblematum titrer, Augsbovrg 1531. avec le titre suivant : Le Tableau des riches inventions couvertes du voile des fein- tes amoureuses, qui sont représentées dans le Songe de Poliphile desvoilées des ombres du songe et subtilement exposées par Beroalde (14). Dans son introduction dédiée « aux Beaux Esprits qui arresteront leurs yeux sur ces projets de plaisir sérieux » Béroalde de Verville souligne que : «... Cet auteur suit la façon des Anciens : qui voiloient toute sorte de vérité philosophique de certaines figures agréables qui attiroient les cœurs ou pour les retenir à l’escorce de ce qui s’offroit, ou pour s’efforcer d’ouvrir ce qui cachoit la beauté intérieure pour en jouyr, contentant ainsi le vulgaire et satisfaisant aux désireux de perfection. Et pour ce que l’amour parfaict est le bon juste et véhément désir que l’on a vers ce qui est excellent, Poliphile a fondé son subiet sur les difïicultez d’amour, car il n’y a rien qui relève plus l’esprit que des pensées amoureuses envers un objet de mérite. Mais affin que je puisse un peu soulager et esclarcir ceux qui voudront entrer en ce Songe, ou tout doit estre comme obscur pour ce que le Songeur dor- moit, durât le reste des ténèbres, et que toujours les Songes sont imparfaicts, je vous déduiray une partie de l’intention de l’Auteur, et de ce que peuvent couvrir ces projets divers. Il estoit Philosophe spéculatif, d’un Esprit trans- cendant, et plein de belles imaginations, relevees au-dessus du commun, ayant au reste pour but le poinct final de la perfection désirable de la Lumière des sages Mercurialistes, et cependant faisant voir combien il est accomply, PoRcntts jic wtr utrosfaidiip peritoS, Indicdt,ut rerwm copia main beet. EX PA CE VBERm’ Grandibus ex/picts tenues contexe corollas, qms areu alterna pctlmite uitis eut. H1S compte Alcyonrs tranquilli m marmoris undi Nidifiant pallos tnuolucreiq; fouent. Lents ent Ccreri Bdccho quoq;firnhs annM, Aequorei fi rex dlitts mftar er:t. IN EOS Q.VJ SVPRAV1RFS qmcqudmdudtni. Dum fournit>dulcirecroît dam cor paru. romno, Sub picea ZX clouam ceteraifi arma. teneu Alcydcnpygmea mania prdfterncre letbo, Pofii puât, rares non bene dottd /ùm. Excitas ipfi- udut pu'n es fie prétérit hoslem, Et [eut impllatum peüe leonisa<ÿt. P R.INCEPS SVBDITOR.VMIN' columMtem procurons. TiMij quotits conturbdnt tqwrd frdtres Tarn m feras iuu.i anchord idfiA tuudt. tidnc puis ergd hommes Delphin compiechturimù Tutuesutpofiît figier ilia uddis. Qm.,i dec et hec membres ffftdre infignid reges, Anchord q, ndults,fie populo eficfuo. MVTVVM AVXIL-ÎVM B 1 iz • Introduction
Inscription hiéroglyphique de Francesco Colonna, Hypnerotomachia Poliphili, Venise 1499. Lequalcuetuftiffime&facrefcripttire penficulante.cufiio le interprétai. EX LABORE DEO NATVRAE SACRIFIC A LIBER A L1TER.PAVLATIM REDVCES ANIMVM DEOSVBIEz CTVM.F1RMAMCVSTODIAM VITAETVAEMISERI COR DIT ER G VBER N ANDO TENEB1T.INCOL V MEM Q^ESERVABFE et qu’une science pousse à l’autre, qui s’enchaisne avec toutes. Il paroit fort peu estre Alquemiste, et ce n’est qu’au discours de sa lampe, et des filets de soye, et du verre filé, mais tant secrettement que peu s’en faut qu’il soit le secret mesme pour taire le secret. » La passion pour les Emblemata ou Livres d’Emblèmes au XVIe siècle est la conséquence directe de l’extraordinaire engouement pour les figures hiérogly- phiques qu’avait attisé, smon provoqué, la vaste diffusion des Hieroglyphica d’Horapollo. Le terme grec « emblema » (pl. emblemata) désignait à l’origine les orne- ments en relief des vases et boucliers ainsi que les merveilleuses peintures en mosaïque réalisées, jusqu’au IIIe siècle de notre ère, avec des éléments d’une extiême finesse aux formes irrégulières et aux couleurs vives. Andrea Alciati (15) s’empara du terme pour désigner un nouveau genre lit- téraire. Avec lui l’emblème devient alors un idéogramme allégorique, accom- pagné de quelques vers latins, « la stanza », et d’un court « motto » exprimant en quelque sorte la quintessence du tout. C’était pour ainsi dire une énigme picturale, un « divertimento » que l’on s’amusait à déchiffrer. « L’invenzione », c’est-à-dire la trouvaille, revêt ainsi souvent le masque du « capriccio » ou caprice qui dissimule alors parfaitement le sens ésotérique du symbole hermétique. C’est donc l’ambiguïté de l’emblème qui le fit adopter avec enthousiasme par les alchimistes comme nous allons d’ailleurs le voir. Le premier des innombrables livres d’emblèmes, celui d’Andrea Alciati, l’Emblematum Liber, déjà achevé en 1521, ne fut publié que dix ans plus tard Hiéroglyphe de la Justice de Pierio Valériane, Hieroglyphica, Bâle 1556. Introduction ♦ 13
Emblème de J.J. Boissard3 Emblematum liber, Francfort 1593. Page de titre de Uttiusque cosrni... historia de Robert Fludd, Oppenheim 1617. à Augsbourg en 1531, par Heinrich Steyner. Cet ouvrage qui lança la mode, connut un extraordinaire succès et fut réimprimé pas moins de cent trente fois entre 1532 et 1781. La vogue s’installa bientôt en France avec la publication à Paris en 1539 du Théâtre des bons engins de Guillaume de La Perrière, suivie de près par celle de l’Hecatomgraphie du savant libraire Gilles Corrozet (1540), tous deux issus des presses de Denys Janot et assez semblables au point de vue du texte et des illustrations. Dans sa dédicace à Marguerite de Navarre, Guillaume de La Perrière, tout en vantant l’origine très ancienne des emblèmes, cite entre autres les noms d’Horapollo, de Chaeremon, de Poliphile et d’Alciati. A Bâle en 1556, parurent les Hieroglyphica de Pierio Valeriano (16), somme de la symbolique où le sacré se mêle au profane, la plus haute antiquité aux inventions contemporaines. De cette œuvre capitale écrite en latin, Cesare Ripa tira son Iconologia qui fut publié en 1593. Ce manuel écrit en italien qui pro- curait les moyens de concrétiser les abstractions sous forme sensible devint rapidement la Bible des ateliers. Entre-temps, le premier livre d’emblèmes anglais par Geoffroy Whitney, A Choice of Emblems, avait été publié à Leyde en 1586. En 1593, le célèbre graveur Théodore de Bry (17) publia à Francfort les Emblemaia de Jean-Jacques Boissard (18) qu’il orna de superbes gravures. L’alchimiste Michael Maier (19) étudia d’ailleurs soigneusement cet auteur qu’il cite au XIXe discours de son Atalanta fugi ms. Toujours en 1593, Théodore de Bry, assisté de ses fils Jean Théodore (20) et Jean Israël, publia un autre magnifique ouvrage d’emblèmes orné de merveilleuses gravures intitulé Emblemata nobi itati... Enfin, nous terminerons cette énumération avec un dernier ouvrage, égale- ment une œuvre des de Bry, qui parut à Francfort en 1596. Il s’agit des Emble- mata Sœadaria dont l’épître de dédicace condamne fermement la tendance « regrettable » à l’obscénité qui s’affirmait pour des raisons commerciales dans de nombreux livres d’emblèmes : « Il est bien à regretter que certains afin de faire un gain honteux emploient leurs dons pour inventer de subtiles et corrosives images et abusent aussi de ce noble et louable art par la reproduction d’images honteuses séduisant les cœurs simples et innocents et ainsi stimulant encore plus les gens per- vertis à penser et à poursuivre leurs facéties comme s’il n’y avait pas assez de fâcheux exemples quotidiens à voir et à ressentir» (21). 14 • Introduction
Emblème de Théodore de Bry, Emblemata Nobilitati et Vulgo scitu, Francfort 1593. Les de Bry étaient des protestants originaires de Liège qui, ayant fui la répres- sive domination catholique, s’étaient expatriés à Francfort, ville impériale libre, en 1581. Leur prospère entreprise, à la fois maison d’édition et atelier de gra- vure fut dirigée par Théodore de Bry it squ’à sa mort en 1598. Ses fils lui ayant succédé, l’aîné, Jean-Théodore, ouvrit en 1610 une succursale à Oppen- heim dans le Haut Palatinat, où il devait publier et graver de nombreux chefs- d’œuvre hermétiques tels que VAtalanta fugiens de Maier et les œuvres remar- quables de Robert Fludd. Le cadet, Jean-Israël, avait, en 1607, épousé une veuve dont le fils, Lucas Jennis, allait par la suite devenir le plus grand éditeur d’œuvres alchimiques de son époque. Ainsi Jennis, dont nous ne savons hélas que trop peu de cho- ses, faisait partie de la famille de Bry. Il semble avoir commencé sa brillante carrière vers 1616 et, comme Jean-Théodore, son oncle par alliance, il aurait aussi travaillé à Oppenheim (22), en même temps qu’à Francfort. Mais ces deux éditeurs durent se replier à Francfort devant l’avance des armées de Spi- nola qui envahirent le Palatinat en 1620. En 1623, Jean-Théodore de Bry mourut à Francfort; comme il n’avait que des filles et que son frère l’avait déjà précédé dans la tombe, en 1611, c’est son talentueux gendre Matthâus Merian qui lui succéda à la tête de l’entre- prise familiale (23). Introduction • 15
Toutefois Merian continua à collaborer avec Lucas Jennis signant, par exem- ple, les cuivres du Musaewn Hermeticum en 1625. Jennis, quant à lui, dispa- rut vers 1643 et malgré le fait que d’innombrables traités hermétiques aient été publiés après sa mort, aucun autre éditeur au XVIIe siècle ne se distingua avec un tel brio (24). * * Un traité perdu sur les hiéroglyphes égyptiens, œuvre de Chaeremon d’Alexandrie (25), précepteur de Néron, est cite par le poète-érudit byzantin du XIIe siècle, Tzetzès (26), dans son commentaire sur l’Iliade. Tzetzès affirme non seulement que le sens secret de l’Iliade est allégorique, mais encore que la méthode employée par Homère est identique avec celle de Chaeremon. Il en conclut donc qu’Homère en a été instruit par des études hiéroglyphiques. Il semble d’ailleurs que ses idées ainsi que celles d’un cer- tain nombre de ses contemporains aient été connues par Petrus Bonus ou Pie- tro Bono, de Ferrare, qui en 1330 termina son célèbre traité alchimique inti- tulé Pretiosa Margarita Novella dans lequel il déclare que le véritable but de poètes tels que Virgile, Ovide et Homère, n’est autre que la transmission secrète des arcanes de l’alchimie « Et dans ces histoires et fables ils insérèrent de manière mystique, avec des ornements de langage, cet art en tant que matière principale et cachée, afin que leur propos secret ne se révélât qu’aux seuls qui en possèdent l’intelli- gence. Car, comme nous l’avons dit, cette science avec toutes les choses qui se peuvent dire et faire, est mystique. Mais certaines personnes qui vinrent après eux, considérant la seule matière principale manifeste avec ses paroles peintes, ornées et feintes, ou bien en la réduisant à l’expression métaphori- que de l’éthique du corps et de l’âme humaine, mais en ignorant la princi- pale matière cachée et vraie, exposèrent complètement leurs écrits et racon- tèrent ces mêmes fables et d’autres semblables. Et ainsi successivement et continuellement font les suivants. Et ils mendièrent faussement le nom de poètes, puisque les poèmes, bien qu’ils soient fictifs, possèdent cependant toujours une certaine vérité cachée et propre qui est fondamentale dans l’esprit du poète, de telle sorte que seuls les sages peuvent tirer cette vérité cachée des poèmes. Autrement en effet on ne pourrait les considérer ni comme des poèmes ni comme des fictions, mais plutôt comme des sottises; et en vérité tout poème et toute figure recouvrent une pluralité de significa- tions. C’est pourquoi il a plu à certains de cacher et de dévoiler ce secret dans des histoires et des fables, à d’autres dans des récits concernant les dieux... » (27) Le succès considérable de deux dialogues en italien sur le même thème publiés à Venise en 1544 (28), La Espositione de Geber Philosopha et II Legno délia Vita par Giovanni Bracesco du lorci Novi, inspira sans doute Aide à publier en 1546 l’édition originale abrégée et remaniée par Janus Lacinius Therapus, de la Pretiosa Margarita Novella restée manuscrite pendant plus de deux siècles. Bracesco par la voix de Geber s’adressant à un certain Demogorgon, ter- mine un discours en lui disant : « ... Ces choses susdites ont été cachées par les Anciens sous le voile de la fable poétique. » Demogorgon refuse de le croire car d’après ce qu’il a lu de doctes sources, « ces fictions chimériques ont un sens moral ». Geber rejette cette opinion qui appartient à ceux qui ne connais- 16 • Introduction
sent en rien l’alchimie et qui ne peuvent rien savoir, par conséquent, des inten- tions des Anciens. Citant Albert le Grand (De nuneralibus, livre I, chapi- tre 4) qui à son tour cite Empédocle, Geber tente d’expliquer l’histoire de Pyrrha et de Deucalion en termes hermétiques. Peu convaincu, Demogorgon rétorque qu’il ne lui semble pas que ce soit bien là ce que veut dire Albert. Geber ignore cette objection et continue son explication que Demogorgon trouve « plus obscure que le texte lui même ». Sans se laisser intimider, Geber explique tour à tour l’histoire de Jupiter et de Ganyméde, celle de Dédale et d’Icare, ainsi que la passion mutuelle de Mars et de Vénus. A ce stade, Demo- gorgon déclare froidement : « Je crois qu’il s’agit là d’une de ces choses que vous êtes bien le seul à comprendre. » Imperturbable, Geber se lance alors dans un prolixe mais fascinant exposé sur les mythes grecs et leur interprétation selon l’art d’Hermès. Demogorgon hésite avant de déclarer son admiration pour les ingénieuses interprétations de Geber; mais il doute cependant que telle ait été l’intention originale des Anciens. A cela, Geber lui répond calmement : « Quand vous aurez compris la pratique de cet Art et que vous serez ainsi l’un de nos fils, vous connaîtrez alors cette vérité; et si vous ne niez pas l’opinion des anciens sages, qui est, comme je vous l’ai dit, que tout métal se trouve dans tout métal comme je l’ai déjà expliqué, vous ne pourrez plus nier que tel ait été le sens véi itable et la vraie intention des poètes antiques concernant les fables poétiques, puisqu’ils ont de toutes les manières possi- bles caché cette science; et que de nombreux sages disent que dans ces fables poétiques les Anciens ont caché les secrets de la Nature... » Il multiplie encore les exemples jusqu’à ce qu’enfin Demogorgon capitule, se déclarant dès lors reconnaissant et résolu, grâce aux explications de Geber, à rechercher le véritable sens de toutes les fictions poétiques. Geber, vers la fin de l’ouvrage, déclare encore : « Les Anciens dissimulaient les secrets de la nature non seulement dans leurs écrits, mais aussi dans des tableaux variés, des caractères, des chiffres, des monstres et autres animaux diversement dépeints et transformés; et à l’inté- rieur de leurs palais et de leurs temples, ils peignaient ces fables poétiques, les planètes et les signes célestes, avec beaucoup d’autres signes, monstres et animaux : et ils n’étaient compris de personne, sauf de ceux qui connais- saient ces secrets... » En 1602, dans son De veritate et anùquitate artis chemicae, Robertus Vallen- sis amplifie ce même passage auquel il ajoute édifices et monuments tels que l’Arche de Nicolas Flamel et le Labyrinthe. Ainsi les alchimistes en arrivèrent-ils à inclure chaque mythe classique, cha- que ancienne fable ou conte, et chaque figure allégorique, emblème, symbole ou « hiéroglyphe » en un vaste et complexe système aux correspondances mul- tiples qui constitue un formidable défi initiatique pour tout néophyte rêvant de devenir Fils de Science. Michael Maier (qui cite d’ailleurs Bracesco et Vallensis dans sa préface) fut le premier à publier une étude globale de ce système dans un traité consacré entièrement à l’interprétation hermétique des mythes grecs et égyptiens, des hiéroglyphes, du bestiaire, de la guerre de Troie et de l’Odyssée d’Ulysse. Il s’agit des Arcana Arcanissima, hoc est Hieroglyphica Ætgpptiograeca, le premier ouvrage de Maier qui parut à Londres en 1614 (29). Au XVIIIe siècle cet ouvrage tout entier servit de « canevas » au savant béné- dictin Dom Antoine-Joseph Pernety (30) pour la composition de ses Fables Egyptiennes et Grecques Dévoilées et réduites au même principe, avec une explica- tion des Hiéroglyphes et de la Guerre de Troye (Paris 1786). Dans ce texte Per- nety admet franchement l’immense dette qu’il doit à Maier : Introduction 17
« J’ai lu avec attention plusieurs des traités de Michel Majer, & ils m’ont été d’un si grand secours que celui qui a pour titre Arcana Arcanissima a servi de canevas à mon ouvrage, au moins pour sa distribution, car je n’ai pas toujours suivi ses idées » (31). L’année suivante, Pernety publiait, à Paris également, son très utile Dic- tionnaire Mytho-Hermétique. On retrouve dans ses deux ouvrages toutes les considérations traditionnelles concernant à la fois la mythologie, les emblè- mes et les hiéroglyphes : « Les Anciens employaient communément les fables, et celles des Égyptiens et des Grecs n’ont été inventées qu’en vue du Grand Œuvre, si nous en croyons les Philosophes qui les ont souvent rappelées dans leurs ouvrages. C’est en suivant leurs idées que je les ai expliquées dans le Traité que j’ai donné au Public, sous le titre de : Les Fables Egyptiennes et Grecques Dévoilées. Quelques Philosophes ont employé un langage muet pour parler aux yeux de l’esprit. Ils ont présenté par des symboles et hiéroglyphes à la manière des Égyptiens, tant les matières requises pour l’Œuvre que leur prépara- tion et souvent jusqu’aux signes démonstratifs, ou les couleurs qui survien- nent à cette matière pendant le cours des opérations : parce que c’est à ces signes que l’Artiste connaît s’il a bien ou mal opéré. Plusieurs Philosophes ont joint un discours à ces hiéroglyphes; mais cette explication apparente est toujours aussi difficile à entendre que le symbole même, souvent davan- tage. Tels sont ceux de Nicolas Flamel, de Senior, de Basile Valentin, ceux de Michel Majer, quoique d’Espagnet dise que ces derniers sont comme des espèces de lunettes qui nous découvrent assez clairement la vérité que les Philosophes ont cachée » (32). Cette vérité que l’investigateur de science doit rechercher est si bien cachée qu’il aura souvent l’occasion de désespérer. Non seulement la diversité des auteurs est immense mais ils emploient une multitude de termes pour dési- gner la même chose et réciproquement, ils emploient le même terme pour dési gner une multitude de choses (33). C'est bien entendu le cas de l’omniprésent « Mercure », terme analogique s’il en est un et d’autant plus trompeur. Si les Philosophes affirment en effet que tout l’Œuvre se trouve dans le Mercure auquel ils attribuent l’hiéroglyphe du serpent Ouroboros dévorant sa queue; s’ils affirment encore que ce même Mercure commence, continue, et achève l’Œuvre dont il est le moteur, il faut cependant savoir que ce Mercure est triple, comme Hermès ou Mercure Trismégiste. C’est tout d’abord l’écailleux dragon ailé ou mercure volatil, « produit de la purification superficielle du sujet ». C’est ensuite le serpent aptère « hiéroglyphe du mercure commun, pur et mondé, extrait du corps de la Magnésie ou matière première ». Véritable vitalité cachée du minéral brut, cet agent « vivant » et vivifiant rend la vie au soufre des métaux morts C’est enfin la Sirène, ou la Chimère, issue de l’alliance du soufre et du mercure principes, qui n’est autre que le mercure philoso- phique, lequel possède alors toutes les facultés requises pour devenir, comme le dit Fulcanelli : « le fameux bélier à toison d’or, notre Élixir et notre Pierre » (34). Comme la nature résolument ésotérique de l’alchimie en interdit toute appro- che véritablement fructueuse par les moyens conventionnels d’mvestigation qui sont à la disposition de l’historien : les études critiques qui lui sont consa- crées, bien qu’au demeurant fort intéressantes, se montrent trop souvent déce- vantes de par l’incapacité totale que démontrent leurs auteurs lorsqu’il s’agit d’interpréter le langage, toujours voilé, des Sages. Quelles que soient les qua- lifications académiques d’un auteur, elles ne pourront jamais, sans une nou- velle longue et patiente étude préalable, lui permettre d’appréhender les sublimes secrets de cette noble et antique science dont les ignorants diplômés se moquent à tort. 18 • Introduction
S’il veut devenir fils de science, fils de l’art ou encore fils d’Hermès, le néophyte devra rester sourd aux stupides préjugés afin d’acquérir par la lec- ture et l’étude assidue des meilleurs auteurs la solide base théorique qui est absolument indispensable Nous ne pourrions lui donner de meilleur conseil que de lire et relire souvent les deux ouvrages de Fulcanelli ainsi que tous ceux de notre cher Canseliet dont l’aide nous fut si précieuse et auquel nous vouons une éternelle reconnaissance. Bien entendu, la théorie seule ne suffit pas, ainsi que l’écrit Maier : « Comme le disent les Philosophes l’un ne va pas sans l’autre. Un esprit aigu ne suffit pas sans travail manuel, ni celui-ci sans celui-là, de sorte que ni théorie sans pratique et vice versa » (35). Pour conclure nous ajouterons qu’il ne faut jamais perdre de vue le fait que la Pierre Philosophale, but sublime de l’Œuvre, est une réalisation à la fois matérielle et spirituelle. L’on peut en effet dire que son élaboration se résume à merveille par l’axiome hermétique Salve et Coagula, et que l’Œuvre consiste en une série de dissolutions semblables quant à leurs techniques mais différentes quant à leur but. Il faut donc dissoudre le corps et coaguler l’esprit. La purification par la dissolution du Sujet des Sages lui confère une qualité magnétique toute particulière qui lui permet d’attirer le mystérieux dynamisme céleste que l’on pourrait appeler l’Esprit du Printemps. C’est alors que la matière « incorpore » l’esprit qui lui confère d’extraordinaires qualités. Ainsi une spiritualisation de la matière précède une matérialisation de l’esprit, c’est alors seulement que la Pierre des Philosophes devient véritablement la Pierre Philosophale. Introduction • 19
NOTES DE L’INTRODUCTION 1 Le choix de ce titre nous a été inspiré par ceux des livres de Michael Maier. En latin il se lirait donc ainsi : Lusus aureus : hoc est tractatus m quo tamen tota Philoso- phia hermetica et Sapientia veterum Philosophorum figuris hieroglyphïcis depingitur. Solis filvs actis dedicatus. 2 Plotinus, The Enneads, tr. Stephen Mc Kenna, 4th ed. Londres, 1969, V.8.6., p. 427. 3 Jacques Pirenne, HLtoire de la Civilisation de l’Egypte Ancienne. Neuchâtel et Paris, 1961, Vol. I, p. 102. 4 Voir Maurice Pope, The Story of Decipherment, Front Egyptian hieroglyphic to I tnear B. Londres, 1975, p. 21. Le serpent ailé mordant sa queue est bien l’Ouroboros, un symbole aux applications hermétiques variées. 5 Cristoforo Buondelmonti (1380-1430). Ce moine éru- dit, qui s’était établi à Rhodes en 1408, fut le premier Européen qui dressa la topographie des îles grecques et en fit une étude complète. Il écrivit en 1420 son Liber insularum archipelagt qui ne fut jamais imprimé, mais dont on possède diverses copies manuscrites datant du XVe et du XVI' siècles. 6 II y eut bien un Horapollo — Orus Apollo — ou Hora- pollon de Phaenebythis dans le nome de Panapolis en Haute-Égypte, qui vécut au V' siècle de notre ère. D’après Suidas, il fut l’auteur de commentaires sur Sopho- cle, Alcaeus et Homère et d’un ouvrage intitulé Teme- nica sur les lieux consacrés. Photius le qualifie également de dramaturge et lui attribue une histoire d’Alexandrie. 7 Voir Parthey : « Horapollo von der Hieroglyphen », Monatsschrift der preuss. Akad der Wissenschaften zu Ber- lin, 1871, p. 10. 8 Les inscriptions hiéroglyphiques étaient encore cou- rantes un siècle ou deux plus tôt, sous le règne de Dio- clétien (248-305 après J.-C.), tandis que la dernière que l’on connaisse date d’août 394. Ce qui bien évidemment ne veut pas dire que la science sacrée et secrète des scri- bes ait alors disparu. Il semble au contraire qu’elle ait été conservée par les prêtres d’Isis qui ne furent finale- ment expulsés de leurs vénérables sanctuaires que sous le régne de Justinien, en 535, c’est-à-dire au VIe siècle de notre ère. 9 Iversen. The Myth of Egypt and its Hiéroglyphe in Euro- pean Tradition. Copenhague, 1961, note 33, p. 151. 10 Sur la douzaine de manuscrits que l’on a conservés des Hieroglyphica, neuf d’entre eux datent du XV' siècle. 11 Aldo Manuzio l’Ancien (1450-1515). Imprimeur- éditeur vénitien, plus connu sous son nom latin Aldus Manutius ou encore Aldus tout simplement (en français Aide). Les éditions Aldines constituent un exemple uni- que dans les annales de l’imprimerie. Personne n’avait auparavant utilisé d’aussi beaux caractères grecs, dont il avait fabriqué neuf sortes différentes, tandis qu’il ne possédait pas moins de quatorze jeux de caractères latins. C’est à lui et au graveur Francesco de Bologna que nous devons les caractères que les Italiens appellent « corsivi » et que nous appelions en français « itali- ques », qui furent utilisés pour la première fois dans ses éditions in-octavo des classiques modernes et anciens dont la première (celle de Virgile) date de 1501. Les impres- sions d’Alde sur parchemin sont superbes, ce fut lui qui initia la coutume de faire quelques tirages sur papier plus fin ou plus fort que le reste de l’édition. Son Epistolae graecae (1499) en présente le premier exemple. Les pres- ses Aldines exercèrent leur activité pendant une centaine d’années, au cours desquelles 908 ouvrages différents furent impr imés. Leur emblème était une ancre enlacée par un dauphin accompagné de la devise Festina lente (Hâte-toi lentement). 12 Erwin Panofsky, Albrecht Durer. Princeton N.J., 1943, p. 177. Cité par E.H. Wittkower, Allegory and the Migration of Symbols. Londres et New York 1977, pp. 123-125. « Le chien avec l’étole » qui signifie égale- ment un juge, devrait donc, selon nous, être traduit par « un prince au jugement excellent ». 13 Fra Francesco Colonna. Ce moine dominicain, huma- niste, né à Trévise en 1433, mourut à Venise en 1527. Il enseigna la rhétorique à Trévise. 14 François Béroalde de Verville, né à Paris en 1556, était le fils d’un théologien protestant de Genève. Il renia le Calvinisme vers 1585 et en 1593 devint chanoine de Saint-Gatien à Tours. Il étudia toutes les sciences con- nues et écrivit entre autres Les Aventures de Floride (1593-1601), Les Amours d’Aesionne (1597), La Pucelle d’Orléans (1599) et Le Voyage des Princes Fortunes; (1610). Le seul ouvrage pour lequel il est encore connu est Le Moyen de parvenir (1610). Son style rappelle agréablement celui de Rabelais. 15 Andrea Alciati (né à Alzate près de Côme en 1492, mort à Pavie en 1550). Juriste italien et humaniste. Il enseigna le droit en France et en Italie et fut l’un des fon- dateurs de la méthode scientifique de jurisprudence. Ses célèbres Emblemata furent dédiés au Conseiller Impérial Konrad Peutinger, qui avait découvert en Grèce un autre manuscrit des Hieroglyphica d’Horapollo que Trebatius 20 • Introduction
avait traduit en latin en 1515. Cette traduction avait éga- lement été dédiée à Peutinger. 16 Le vrai nom de Pierio Valeriano était Giovan Pictro delle Fosse. Il était né à Belluno en 1477. Son oncle Fra Urbano Valerio Bolzanio qui fut à la fois l’am1 de Fra Francesco Colonna et le précepteur de Giovann. de Médi- cis (le futur pape Léon X), l’intéressa à l’étude des hié- roglyphes, qui devint la passion prédominante de sa vie. L’un de ses précepteurs, l’érudit Marcantonio Sabellico, fut si enchante par l’intelligence de son élève qu’il trans- forma son nom en Pierio faisant ainsi allusion aux Piéri- des (un autre nom désignant les Muses). Pierio devint le tuteur d'Hippolyte et d’Alexandre de Médicis et i' fut nommé camérier secret de Léon X. En 1537, il entra dans les ordres mais refusa deux évêchés pour pouvoir pour- suivre ses études. 17 Théodore de Bry (né à Liège en 1528, mort à Franc- fort le 27 mars 1598) était très connu comme graveur mais il fut aussi orfèvre, il inventa des pendules, fit des médail- les et grava des timbres. Lors d’un séjour à Londres en 1587, il grava la célèbre Procession des Chevaliers de la Jarretière sous la Reine Elizabeth (12 planches d’après Marcus Gheeraerts) et Les Funérailles de Sir Philip Sidney (34 planches d’après Thomas Tant). C’est aussi en Angleterre qu’il put acquérir grâce au géographe Richard Hakluyt, une série de dessins — conservée actuel- lement au British Muséum — que John White avait exé- cutés en Virginie lors d’une expédition organisée par Sir Walter Raleigh (1585-1596). Il obtint également les cro- quis de Floride réalisés par Jacques Le Moyne pendant l’expéd .tion Laudonmère (1563-1565). Cet ensemble de documentation allait inspirer la composition de cette extraordinaire archive de découvertes et de voyages que constituent les Collectiones peregrinat'onum m Indiam orientalem et occidentalem que Théodore de Bry commença avec l’aide de ses fils à Francfort en 1590. 18 Jean-Jacques Boissard (né à Besançon en 1528, mort à Metz en 1602) était un archéologue, antiquaire fran- çais qui voyagea beaucoup en Grèce et en Italie. Il a laissé d’autres œuvres parmi lesquelles : Habitus variarum orbis gentium (1580) et Romanae urbis topographia et antiqui- tates (1597-1602). 19 Pour Michael Maier, voir page 59 et suivantes. 20 Jean Théodore de Bry (né à Liège en 1561, mort à Francfort en 1623). Fils aîné de Théodore de Bry, il fut formé par son père mais bientôt son immense talent lui permit de surpasser son maître. Devenu chef de l’entre- prise de Bry en 1598, il la dirigea pendant vingt-cinq ans. Son œuvre magistrale dont les emblèmes d'Atalanta fugiens a souvent été à tort attribuée à son talentueux gen- dre Matthâus Merian. 21 « Dann es ist wol zu beklagen dasz etliche um schaendlichen Gewins willen beydes ihre Gaben subtile scharpffsinnige Anbildungen zu erfinden und auch diese edle lœbliche Kunst also schaendlich mizbrauchen dasz sie durch Abrisz schaendhcher Gemaelden die einfaelti- gen und unschuldigen Herzen verfuehren und hiermit lose Leute noch mehr bewegen ihren Bubenstuecken nach zu dencken und nach zu haengen gleichsam alsz ob nicht genug aegerlicher Exempel taglich gesehen und gespue- ret wuerden. » 22 Oppenheim, opportunément proche de Francfort, était une ville calviniste, comme les autres villes du Pala- tinat, de là son attrait pour Jean Théodore de Bry et Lucas Jennis. L’ouverture de la succursale de Bry à Oppenheim en 1610 coïncide avec l’accession de Frédéric V, futur roi de Bohême, à la dignité d’Electeur palatin. 23 Matthâus Merian (PAncien) (né à Bâle en 1593, mort à Francfort en 1650). En 1609, à l’âge de seize ans, ce peintre-graveur de talent fut l’apprenti du peinti e-graveur Dietrich Meyer à Zurich. En 1613, il se rendit à Nancy puis à Paris, afin de continuer ses études. En 1616, il est' à Stuttgart puis aux Pays- Bas. En 1618, il épouse à Franc- fort Maria Magdalena de Bry, l’aînée des trois filles de Jean Théodore de Bry. Il travaille alors pour son beau- père ainsi que pour Lucas Jennis, avant de retourner à Bâle au début de la guerre de Trente Ans. Ayant hérité de la direction de la maison de Bry en 1623, il termine, en 1624, les Collectiones peregrinationum in Indtan orien- talem et occidentalem qu’avaient commencé Théodore de Bry et ses fils en 1590. A part les nombreuses gravures hermétiques reproduites dans le présent ouvrage. Merian illustra aussi la Bible. En 1635, il commença la série Thea- trum Europaeum et en 1642 il publia la Topographia de Martin Zeiller dont il exécuta les planches avec l’aide de ses fils Matthâus le Jeune et Caspar Merian. L’une de ses dernières œuvres est une Danse de la Mort (1649) La maison d’édition de Bry resta aux mains de sa famille jusqu’en 1726, date à laquelle elle fut, hélas, la proie d’un gigantesque incendie. 24 On peut citer à propos de Lucas Jennis les deux char- mants poèmes latins, l’un sous forme d’anagramme, l’autre sous forme d’dcrostiche, que lui adressa dans le Viridarium Chymicum (1624) le jeune Bohémien Daniel Stolcius de Stolcenberg. ANAGRAMMA LUCAS JENNIS LUCINA SENIS Parlurbus auxdium quandam Lucina ferebat Infans ut nitidis surgeret auspiciis. Tu senis Hermetis doctissima scripta requiris, Ut videant lucem nomine req : juvas. Diceris inde Senis merito Lucina Parentis, Perge modo, felix vive, valeq; diu. Introduction 21
ACROSTICHIS Ad Ornatissimum Dominum LUCAM IENNISSIUM de Clariss. Dr DANIELE STOLCIO c. Lumine flamminomi perfusa ut Cynthia Phoeb I V ivificat LUCA, cunsta caloris op E : C laret luce Sophos, inter sic STOLCIUS ome N A nne? tenet gravium dicta sécréta Sophw N S criptores multos Chymicae quia provehis art I. Hinc Tibi Lux surget gloria, major hono S. 25 Chaeremon d’Alexandrie (Ier siècle de notre ère). Ce philosophe stoïcien et grammairien était le directeur de la partie de la Bibliothèque d’Alexandrie conservée dans le temple de Sérapis; en tant que conservateur et inter- prète des livres sacrés (hicrogrammateus ou scribe sacré), il appartenait aux plus hauts rangs du clergé. En l’an 49, il fut convoqué à Rome pour y devenir le précepteur du jeune Néron. Il fut en outre l’auteur d’une histoire d’Égypte, d’ouvrages sur les comètes, sur l’astrologie et les hiéroglyphes égyptiens, ainsi que d’une grammaire. Chaeremon fut le chef du parti qui expliquait le système religieux égyptien comme une simple allégorie du culte de la nature. L’intention de ses ouvrages n’était pas de représenter les idées de ses contemporains égyptiens ; leur principal objet était plutôt de décrire le caractère sacré et les secrets symboliques de l’ancienne Égypte. 26 Jean Tzetzès (vers 1110-1180). Grammairien et poète byzantin. Ses œuvres comprennent un long poeme didac- tique, Le Livre des Histoires, connu sous le nom de Chiliades de par sa division arbitraire en 13 livres de mille lignes chacun, une impressionnante compilation de connaissances littéraires, historiques, religieuses et archéo- logiques qu’il republia en prose et en vers. Parmi ses autres œuvres, on trouve des allégories de Y Ili ade et de YOdvssée, ainsi que des commentaires sur Hésiode et Aris- tophane. Beaucoup de détails sur sa vie et son époque peuvent être puisés dans ses œuvres, car Tzetzès aimait parler de lui-même. 27 Pretiosa Margarita Novella, Ed. Manget in Biblw- theca Chimica curiosa... Genève, 1702, pages 42-43. Voir aussi : C. Crisciani, « The conception of alchemy as expressed in the Pretiosa Margarita Novella of Petrus Bonus ofFerrara », Ambir XX (1973), pp. 165-181. Sur Petrus Bonus lui-même rien de précis. Voir aussi con- cernant toute cette question l’admirable introduction de Sylvain Matton dans la réédition des Fables Egyptiennes et Grecques... de Pernety faites par les Éditions de la Table d’Émeraude, Paris 1982. 28 La Espost'ione di Geber Philosopha di misser Giovanni Bracesco da lorci novi, nella quale si dichiarano molti nobi- lissimi secreti, délia natura. Con Privilégia del Somma Pon- tefice, Paulo III & Délia illustriss. Senato veneto, per anni diece. In Vtnetia Appresso Gabriel Griolito de Ferrarii, MDXLIIII, p. 42 et suivantes. Voir aussi p. 77, Il Legno délia Vita, ‘Gli antichi sotto le favole poetice hanno occul- tato questa scientia & hanno parlato per similitudine. » 29 Cet ouvrage ayant paru sans lieu ni date, on a sup- posé à tort qu’il avait été imprimé à Oppenheim. Cepen- dant, comme nous l’avions longtemps soupçonné, cet ouvrage a bien été publié à Londres, ce que confirme un catalogue contemporain de la Foire du Livre à Francfort. Voir les détails page 60. 30 Antoine-Joseph Pernety (né à Roanne en 1716, mort à Avignon en 179t>). Ce religieux bénédictin érudit devint en 1763 l’aumônier du célèbre Bougainville avec lequel il participera à l’essai de colonisation raté des îles Maloui- nes en 1764. Cinq ans plus tard, il publiera d’ailleurs le récit de ces aventures dans son Journal du Voyage fait aux îles Malouines 1769. Lors de la publication des Fables et du Dictionnaire Mytho-Hermétique, Pernety appartient à la Congrégation de Saint-Maur. Il devint ensuite biblio- thécaire du roi de Prusse Frédéric II et ayant quitté les ordres devint membre de l’Académie de Berlin. Disciple de Swedenborg et martiniste enthousiaste, il fonda à Avi- gnon une secte illuministe. 31 Op. cit., Tome I, p. 243. 32 Dictionnaire Mytho-Hermétique dans lequel on trouve les allégories fabuleuses des poètes, les métaphores, les énig- mes et les termes barbares des philosophes hermétiques expli- qués par Dom Antoine Joseph Pernety, Religieux Bénédic- tin de la Congrégaticn de Saint-Maur. A Paris chez Dela- lain l’aîné, Libraire rue Saint-Jacques, N° 240 M.DCC.LXXXVII, avec approbation et privilège du Roi. Voir article : Langage. 33 Cf. Michael Maier, Atalanta fugiens, Discursus XL p. 54 : « Tanta est authorum in scribendo diversitas, ut fere inquisitores veritatis de artis fine invemendo despe- rent. Cum enim per se allegorici sermones sint captu dif- ficiles & multorum errorum causae, tum imprimis, si vocabula rebus diversis eadem & iisdem diversa applicentur. » 34 Voir Fulcanelli, Les Demeures Philosophales, Troi- sième édition, Tome II, p. 203. 35 « At philosophi unum absque alio non sufficere dicunt, ingenium acutum absq; manuum labore, aut hune absq; illo, ut nec theoriam absque praxi & vice versa. » Atalanta Fugiens, Discursus XI, p. 54. 22 • Introduction
PLANCHES ET COMMENTAIRES "WAS HELFFEN FAKELN L1CHT ODER BRLLN, SO DIE LEV1 NICHT SEHEN WOLLEN .
AVERTISSEMENT Précédant les planches on trouvera successivement le titre complet de l’ouvrage contenant la ou les gravures reproduites, les indications bibliographiques s’y rapportant, une brève notice biographique concernant son auteur ainsi que le nom du graveur lorsque celui-ci a pu être identifié. Les planches sont suivies de commentaires alchimiques écrits avec le sou- hai’ qu’ils puissent quelque peu aider à élucider le sens subtilement voilé de ces emblèmes hermétiques. Il est cependant certain que nous n’avons pas essayé de répondre à toutes les questions, ce qui, vu la complexité d’un sujet qui ne peut pas être compris sans préparation, serait pratiquement impossible. « La clef de la compréhension du symbolisme alchimique est l’analogie natu- relle mais c’est la science la plus difficile pour un ignorant ! » s’exclame l’auteur anonyme de la Pratique des Lumières Nos commentaires dirigés par l’esprit de la Tradition Hermétique ne sont donc que des « indications » destinées à diriger le lecteur, futur fils de l’art, vers ses propres découvertes. Par conséquent, nos frères en Hermès ont toute licence de les amender à leur guise, car aucune « explication » ne saurait être autre chose qu’une allu- sion. Chaque composition symbolique contient, en effet, des vérités ineffa- bles qui par la vue de ceux qui regardent et voient sont semées dans les esprits afin d’y fleurir comme fleurs de l’intelligence et d’y mûrir comme fruits de la Sagesse. La véritable connaissance de cet Art Secret étant un Don de Dieu qui sou- dain illumine l’âme imprégnée de Beauté. 24 • Author's Note
François Béroalde de Verville Le Tableau des riches inventions 1600 Le Tableau des riches inventions couvertes du voile des feintes amoureuses, qui sont représentées dans le Songe de Pohphile. Desvoilees des ombres du Songe, & subtilement exposees par Beroalde. A Paris. Chez Matthieu Guil- lemot, au Palais, en la gallerie des prisonniers. Avec privilège du Roy. 1600. Pour Béroalde, voir note 14, p.20. La gra- vure qui ne porte pas de signature serait selon les uns l’œuvre de Thomas Le Leu, gendre du peintre Antoine Caron, ou selon les autres (nous-même inclus) celle de Léo- nard Gaulthier. François Béroalde de Verville Le Voyage des princes fortunes 1610 L’Histoire véritable ou le Voyage des princes fortunez divisée en IIII entre- prises. Par Beroalde de Verville. A Paris, chez Pierre Chevalier, au mont Saint Hilaire. M.D.C.X. Avec Privilège du Roy. Le graveur Léonard Gaulthier, qui grava en 1610 le frontispice du Voyage des princes for- tunez, naquit à Mayence en 1561. Il vint dans sa jeunesse à Paris où il devint rapide- ment célèbre travaillant exclusivement sur cuivre, un moyen qu’il maîtrisait avec suc- cès. Il fut le graveur de trois rois successifs, Henri III, Henri IV et Louis XIII, dont il exécuta de nombreux portraits. Il est aussi connu pour des portraits de Marie de Médicis et de divers grands seigneurs du Royaume. Il mourut à Paris en 1641. Le Tableau; Le Voyage 25
26 • BEROALDE DE VERVILLB
Le Tableau; Le Voyage 27
1 Le Tableau des riches inventions. L’Aigle est le symbole du Mercure Philosophique, le Principe Volatil liant le ciel et la terre. Le Lion est le Soufre des Sages, le Prin- cipe Fixe. Ses quatre pattes sont sectionnées pour indi- quer la répétition d’une double opération résumée par l’axiome alchimique Solve et Coagula (« Dissous le Fixe et Coagule le Volatil »). La première rencontre violente de ces natures à la fois antagonistes et complémentaires est symbolisée par le combat des deux Dragons (l’un ailé et l’autre aptère). L’harmonieux dénouement final de leur lutte à mort est exprimé par l’entrelacement de leurs queues. L’arbre enflammé, équivalent symbolique du Phénix, indique la nature régénératrice de l’Œuvre alchimique. Le médaillon central révèle l’action du Feu sur la semence des métaux, déterminant leur degré de perfec- tion. Exactement au centre, se trouve cette espèce de Terre métallique que les Philosophes appellent « notre Pierre », renfermant Soufre et Mercure des Sages. De ce corps est extrait le Mercure Philosophique, d’ou surgit l’Arbre de Vie sur lequel est perché l’Aigle - mainte- nant révélé sous sa seconde apparence symbolique, celle du Phénix - toujours représente comme un aigle au plu- mage rouge et or -, tenant dans ses serres la corne d’Amalthée (la corne d’abondance, un attribut caracté- ristique de la Pierre Philosophale). Le fabuleux Phénix, selon les Histoires d’Hérodote (II, 13), se rendait tous les cinq cents ans d’Arabie à Hélio- polis en Egypte. Il construisait un œuf de myrrhe aussi gros qu’il le pouvait; l’ayant évidé il plaçait son père dedans, le scellant hermétiquement. L’œuf alors, par mira- cle, pesait le même poids qu’avant. Sa fin approchant, il se construisait un nid auquel il conférait un pouvoir régénérateur de sorte qu’après sa mort renaîtrait un nou- veau Phénix. Dès que ce dernier avait grandi, il se ren- dait à son tour à Iléliopolis, brûlait et enterrait le corps de son père dans le temple d’Hélios (Tacite, Annales VI, 34). Un autre récit décrit comment le Phénix, ayant atteint un grand âge, se consuma sur un bûcher (Lucian, De Mort per. 27; Philostr. Apollon, III, 49). D’autres encore prétendent que lorsqu’il mourut, un ver se glissa hors de son corps et sous l’action du soleil se transforma en nou- veau Phénix (Pline X, 4.i). Une autre variante de la même histoire utilisée par les Philosophes Hermétiques et tirée des Métamorphoses d’Ovide (XV, 392-407), rapporte qu’après cinq cents ans d’existence, le Phénix se bâtit lui- même un bûcher fait d'épices, s’installa dessus et mou- rut. Il surgit du corps calciné et, reprenant une nouvelle vie, enveloppa les cendres de son ancien corps dans de la myrrhe et les transporta à Héliopohs. Un autre symbole de Dissolution et de Fixation est celui du patriarche, tenant la Lune entre ses dents, un livre ouvert dans les mains et le Soleil à ses pieds. Le Dragon en flammes au-dessus de lui est la Matière brute nageant sur les eaux de la transformation. La souche d’arbre est une substance métallique « morte » qui peut être revivi- fiée par les eaux dissoutes de la Fontaine de Jouvence (eaux vives extraites du Sujet primordial). Le sablier indi- que la nécessité de la patience el du temps dans le domaine hermétique. Les branches de myrte poussant dans tou- tes les directions signifient que l’Amour, dont le myrte consacré à Vénus est le symbole, est l’origine, la cause et la fin de toutes choses. 2 Le Voyage des princes fortunez est un roman allégori- que long de 800 pages, pleines d’allusions alchimiques. « La stéganographie, écrit Béroalde (f. 2), est l’art de repré- senter naïvement ce qui est d’aisée conception, & qui tou- tefois sous les traits esboisis [ordinaires] de son apparence cache des suiets [sujets] tout autres, que ce qui semble estre proposé ; ce qui est practiqué en peinture quand on met un veuë quelque païsage, ou port, ou autre pourtrait qui cependant musse [recèlent] quelque autre figure que l’on dicerne quand on regarde par un certain angle que le maistre a désigné. Et aussi s’exerce par escrit, quand on discourt amplement de suiets plausibles, lesquels enve- lopent quelques autres excellences qui ne sont cognues que lors qu’on lit par le secret endroit qui descouvre les magnificences occultes à l’apparence comune. » Sur le frontispice, la conjonction des Principes opposés est exprimée par un embrasement royal, produisant fina- lement la Perfection Solaire de la Pierre Philosophale. La Volatilisation du Fixe, dans la Dissolution, est représen- tée par un combat mortel entre le Roi et le Dragon ailé. (La nudité du Roi indique la Purification préliminaire de la matière.) Le résultat de la bataille est la Mort et la Putré- faction s’ensuivant, symbolisées par le Corbeau dans le cercueil Le Roi tenant l’Aigle démontre la Fixation du Volatil. L’Eve nue est VAlbedo, blancheur ou Perfection Première, qui finalement émerge de la Nuit de la Mort. Au-dessous, dans l’Eden reconquis, coule la Fontaine de Vie. 28 BEROALDE Dll VERVILLE
Heinrich Khunrath Amphitheatrum sapientiae aetcrnae 1602 Amphitheatrum sapientiae aeternae solius verae christiano-kabahsticum divino-magicum nec non physico-chymicum, tertnunum catholicon : instruc- tore Henrico Khunrath Lips : theosophiae amatore fideh. et medicinae utrius- que doct : Hallelu-Iah! Hallelu-Iah! Hallelu-Iah Phy diabolo! E milibus vix uni. Anno M.D.C.II. Rumpantur et ilia Momo. Cum Privilégia Caesareae Maiest : Ad decennium : A prima impressionis die. Amphithéâtre de la sagesse éternelle et seule vraie, traité à trois titres en un universel, christiano-cabalistique, divino-magique et aussi physico- chimique. L’instructeur en est Heinrich Khunrath de Leipzig, amant fidèle de la théosophie et docteur dans les deux médecines : Hallelu-Iah! Hallelu- Iah! Hallelu-Iah! Fi au diable! Pour à peine un sur mille. Année 1602. Que soient déchirées les entrailles de Momus! Avec le Privilège de Sa Majesté Impériale pour dix ans à partir du premier jour de l’impression. Les différentes dates de cette œuvre ont occasionné de nombreux désaccords concer- nant à la fois la date de l’édition originale et le nombre de planches contenues dans celle-ci. Le privilège accordé par l’empereur Rodolphe II est daté du 1er juin 1598, ce qui indique que le manuscrit de l’œuvre sous sa forme originale était alors achevé. Cepen- dant, il n'a pas été imprimé avant 1602, date figurant sur la gravure de la page de titre, sur le portrait de Khunrath, et sur les cinq grandes planches rectangulaires dépliantes qui portent des légendes. La même date figure à la conclusion de l’œuvre (p. 222) : Ex Musae nostro anno aerae Christianae 1602. Nous sommes donc enclins à croire que ces sept planches, probablement exécutées par Jan Diricks Van Campen (qui signa le portrait de Khunrath), sont en fait les ori- ginaux et que les quatre planches circulai- res non datées, dessinées par Khunrath et exécutées par Paul lus Van de Doort, furent ajoutées en 1604. Ces planches circulaires sans légendes sont cependant les seules men- tionnées par Khunrath dans son texte, c’est pourquoi un certain nombre d’auteurs les prétendent originales. Quoi qu’il en soit, Henrich Khunrath quitta ce monde à Dresde en 1605, et son ami Erasmus Wol- fart S., « qui partageait ses secrets », publia la première édition complète de V Amphi- theatrum sapientiae, imprimé par Wilhelm Anton, à Hanau en 1609. Sur la dernière page apparaît la ligne Excudebat Guilielmus Antonius MDCIX. Bien qu’il existe, dit-on, de nombreuses rééditions de ce livre, la seule que nous ayons vue est celle publiée à Hambourg en 1653. Heinrich Khunrath semble avoir toujours suscité beaucoup d’injustes critiques : Lan- glet Dufresnoy dans son Histoire de la phi- losophie hermétique dit de lui : « Par le biais d’un obscurantisme affecté, il aspirait à se présenter lui-même comme un grand homme. Il est vrai que trop de clarté des- sert les auteurs de cette Science, qui fait contraste avec toutes les autres, où l’on est Amphitheatrum sapientiae 29
estimé pour des œuvres offrant à l’esprit une lumière sans nuage. » Lvnn Thorndike dans son History of Magic and Experimental Science (vol. 7, ch. 10) traite dédaigneuse- ment Khunrath et FAmphitheatrum, faisant allusion à son « ton affecté » et son « bre- douillage religieux ». Il est indéniablement vrai que le texte est protégé du profane par une masse de ver- biage; mais cela mis à part, ce qui reste est tout à fait excellent. Nous sommes particu- lièrement impressionnés par la façon dont Khunrath recherche la Pierre Philosophale dans le but avoué de se fondre dans la Sagesse Divine, par son usage combiné de la Cabale, de la musique et de l’alchimie, ainsi que par son audacieuse interpréta- tion des Écritures Saintes. Ses emblèmes contiennent de véritables trésors, et une étude prolongée permettra bien de subtiles découvertes. Nous recommandons leur exa- men à l’aide d’une bonne loupe. Il semble qu’on ne sache rien du graveur Jan Diricks Van Campen. Toutefois, Hans Vredeman de Vries, qui dessina les planches circulaires du Laboratoire (gravées par la suite par Paullus Van de Doort à Anvers), était un architecte et un peintre d’architec- ture renommé. Né à Leeuwarden (1527), il étudia à Amsterdam, puis se rendit à Anvers, Hambourg (1591), Prague et Leip- zig. Ses idées sur l’architecture et la pers- pective furent répandues par de nombreux ouvrages, y compris le Theatrum vitae humanae (1577). Il mourut à Anvers en 1604. 30 • HEINR1CH KHUNRATH
Amphitheatrum sapientiae 31
OOÇTRfNÆ «/parue —.tros HUI tl<S, -tibi Jico, SOPHIS'TA Afe/L HENPJCI c-Ja: labor AMPHITHEATRO ûmtnis inftinciû ^Acri nam rif* pere^it; uni e<pj>flem Sertpta IjttP, nnnqûan outra fin VE.PX - J aûia Jrnccréim SOPHLAA'Çj derrrdfi &orrvtf, jfz ZZX <>«. > M«'k "Î ft^arn rejtitutr,piarspndo lilnjtrar , n ‘ -uinjis- Hbmim "wo/4r| DEC'çr Ifâf t ra/ionr pari KHUNBA l'HI Ncmen Z^~Omen, AGNU5 COMSIL-TO, cebbrar^ Dona IE.HOVAÙ M F" tHt^, rtil lups’rtjf Mrft Scammrrba terrrrar^'j <^v-ÿï'ÿ conJûcere l, a/4, efi .Arrz poHtUV. ^ciiir. « ». 32 • HEINRICH KHUNRATH
Amphitheatrum sapientiae • 3 3
34 ’ HEINRICH KHUNRATH * PORTA -M AMPHITHEATR1 SAPIENTIAL ÆTERNÆ. SOUVS DERÆ libro Natunç Caibolwat cdat^r^Mûr.-tjutJ Ruæçÿ- jim bn£um,li(urn,J<um Jft, /tûtonfaTc DtviiU O" S*p iéi*
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QO 36 • HEINRICH KHUNRATH Æcre? wv HcjuiErj LVMjsfrlE ME> EST . slEEr •SVPEBIVÿ;d;ÇVODl ’OM» E£riNFEKlVS. i MRACÇLA Rsl VMj.ET &VTOMME^KS AB VNd;^nxno\r. VNM; Sic: Wii J>n^^wS%>ADAPTÀtlON£. PA' VENTVS1 FELESMÏ ' I K <Mr u HACvr, sEÉ,ADAPTA &teb. |ivs LVNA, Forawrr hlv EWST^RRA EST. PATER OMNI! (INTËàA EST. SI VERSA FVERÛ- IN T M EPARAJHS CTMM/GNO^ûËNfoj'^ IN TEBRÂM,<4RECIPlt M TOT!, MVS OTTVDIN1S K» >Up*»' PENET rVARVMM^J me 'ftWR*M I B IGÆsVBTyJEiSFl O-T/AVITÏ irnTERix in cok-vmjrtswnçyE ùescewi TEW^MrMNF^Py ÇjCÏÎWErtS GLORi “nToMAfisSa^cvÿjiÂs./>t fÊSr totivs n LMpMNEMQV 1CNH MIRABILES, «.EMBKNS TBES’ïARTES PH1OSOHWE. rrvDa; w si FOK1 N^Y^l HEMffiS nUSMBSlS Çî^eSboa pe Offiuatoi.£ i»t vt»l twfi Jur kKrr WBr/w/mq/lN i»>" VN'TEB'l'ï.JamH .. nk»n <i, crpJNGss. Mffûch j.i j: image; ’EN/Jrr cr btihclii ;alfa r fri jteir^M tri Je ZA)UÊ£)MME^Ht é^’S^êkot^l tfoLiebliih rrr a^serï WlJtr nirifRDEA^ 'Wtn-n.MEip M^RfTP HABEHAlA: n 7 Cf ,n£R;______ _____________ n vata&rSyXRCI^AitSTEltCHESTE^TIiRCKE, l'i^,JtV<ji< AES r jtEWELT &ESGHAI FWZ1 CRLF rf^njUBER ion! PEAME5 EJSAIEGTS forait Jrn -wl (febotffEIUEf EIM& KZVEj® DINGE^urdi jcfyrJlMrMi lerMQrt)ifl fâ&MVTTSR & <VfNJ^ fi&EKDE. Dtyr ift JrrUATPACALLM tâVQLLKC-------*---- — '< iétr Süfcitje adtr v»vl Miracu EIMEM DTNGE ALLEIK 4 a n//,E ^grüreSOAWE ift'Jf * 3 imEAA/EmÉR/A :r - WrlJt.sElH ™— ErS-wc^uw* rRr'PER „ .iJetrhe'H vnJ vcrftauF^ Eff W??»àt'<rr rlfÂpbsSU ÏWTZEAr 'im.T^f3h,n ha< -uucl//. ïti; AfzJèUtet ''i "i — L - —r - JvrU* 7r«r Z^eiZ/Z-r WE£ f M* "w* *» WÆRCKE 1er SONM.W» ___________- US'in PlMANæF.O . NATVXA cagtafV>AC MENTIS acier»*! J VreBNA erwe^Japrfij ûmurporirmUlt^wevr^Jrritxiüm Jjcc *ji, «jûi ob ÛtlinUtem^vri Jef*+i^a.t»onen,iômnD ^flMQÜ lunti wbrio miki yilûf !um cemere qüdvQm immmû mlçi __. ns» <|ur ma nomme vocanJ/n hune rnodu dàm*r»4’.QUmI »fi,ô*Urmn,<jx>JAAVDIKE;< STCVEM <tfijiras'<ÿ,3 ,qwJDtrCEBJL_ r . .£ 1JGLKE tûpù'Tum «w,?Qv> an «, nqwa™ ,'S»«r>,.n<p»»t IIlkflMANDCR, MENS 1V1 IÆ J Ærr%,»c viqEdvJâ.U'St><oTIBI va, UU«' mqmJ.EP.VM NÆTVBAM OBI T iJEWtjCOGNM "ï.dUc HUTVi ME MENTE COMPLECTERE, ET EGO TE IN cyNCnSAqvS.OPnRK,EWDMMXim) : dixtf t,n>m » l™J VNIVRKSA JVBrro REVELAVtT. 5k-rf wtaÿ^WCTW —. \ «^^£1—_ ________filü fOiVl. .4H8JJ qtll&ijf , MERjCUKJUSTM f”ùm <fc REKVM MAI VKA-’» “ ---- [ <frre CJef tÛdltM oorpot ’J^fJwâtioPrR/LMTDVAt PefroGnjTnûmpljaï*u iTSë^jfTïùmül^iâicAli aûfŸrj rJuîïiion?, Efo j?t 2, Pet. 7.1] .Aj**. a i. t.j p tr mane nfe ^oUcQ,fohiîri^Vruce,Pr«r congru 'j'wn^teÿa/on? ^UtttveriiUé, *»«!«/* iHjîarjirAiJtitt* foit.xjtr't *ii4/iù’ôJThoma de Aaûi-aite/bîfc,nomtne . >., / Z/yû ù.ttffâtfC’ioktfrjMfr de [itiffltitrù'.ÿuevÛ l/JVAi iateiŒhRJ^Kt&NRATH IJP5:Thcok>phW antrlarj Caiholûo A1^WOI tw. ^rmme^jTt _________n-,---.Vfttupp^lmu^rb» ftnanî » lêtt/^toJr» A ù.TWkt.IhviniruT e^tru3tvû;al ' na 1 -------------------------f)MEPTy^.iwaw itÂVVLCAtVO.nec/nhmiHMKi 4,tit reperiAt SAcla^üt-SaucHÎ-) MimbilifClrMirinça?,tutti oh JfsscOitirTiüpf ‘~FftyCTVM,«DoçtYuvefiïtf^Adef,exlitero^Mâ ilF<m7doQfrfalict&fa'ipio ’ ht,^TMP»ï).-utTiiif^VOCT:ArfëSfapïrtcï latSib^^wfuerjtocejeirrAr,AJtmM^ic Célorw inc«n4io lekHionT/drElernetoru r Je MAGNESIUM PlDfS pGt^Vnivet T^f^/^wjneaJuHt opère»», peM.Jr/a* rnmateriàTt, Ca- roAhone Rcnovarto- i<xf5A«H’tzxtdtQ et irfnryt, f, k,m •üffof^Ais imorfi, Honoris ^T^rahAnimi oxiat•paCA^nohnahtjitttu t6 rtoyb futnt^tatt X<.0C.‘t
UiSBa TTC ^'w5'z ‘TStrn am4, btr^eïbrr n$J} fôlaieL l^annocb (o^ffchic^t IPdS ^ottWi(. 3.H < ££ sàMLiJi ’S*-£&£<? tfè|2 | Î<1$ -e «’i.« t,81 , r»1 Isj'ÿb'iTS IS. ? >®sn t r -si if oy'H 44*3fi.« 15' ±212121 Uky.jp VqUQj |*43 * ItlIUi'-’t- np,jd> UÜiV.X>(7»l SfÇ£ Z 'HJUJP.I *!p?* vh<? 4-TU 4’OQ 5UVJ J >££ ; U»| UJ||D1s£’ IUJ-O^îI OJS 4?q jfjjpb J|*»iu^t jtAf ofnj A’,/’ $riJ,i^c? QûAre &> crtdaiK Tnihi,ejw(w>o<Jî. LlAtcrtMiwm iftorûnt contra trt* cor (S>*r jritt*- rnX *>cr Slgoriirft flrunï>. w<ndaota non arfriwo,quarn XaU> focfîJtfsivnoC clnûtarum duboli. jjl P-''”"'-’"? T ‘— = i"4 ï t>^^> iuipi i-“1p’zbW!5 (^JuHcni.bn^cHfcjpicIff pcHflilifclî? 2B<l!ùolpI-4H/'Oî<^ju>i^>r<y Ptrt’crjchrwIjIf^pwÉfcIneflcrn; vbcrftûrf _Ibonnnt,t>n |£M|^olWrp laJjffcrttgê ^^0ttvô^cln.vn!o{én <3pr»,fincte be|<^rltlPhy fceftrjs - iMtw^wo rtiMliir placer/* atfftc'tle e$t; otnni, ÜQtiÀt nejctf, ta sc/re neoaturti ert- Capiafet laotai, fpji<^>erfri faocre ftoiefl ' tnit ttort/uel ta- Ccat^tjel uiftar. fini abêtit, aift tahf. estjnivtrai. 'puiijiw'»rt u çjt’^Cpijjjtjff-jnbu^ futn o^’uuquu Cf*?*» ujaCpo^ui^Cj - «sbipv^oCj *>y* fMVlfi i ^lUI tfiU i^d j.’ Ofl.1 Amphitheatrum sapientiae i7
38 • HEINRICH KHUNRATH fl Pu; vere DWINVi [STH PION LAOAMINÜ iMVNDII L’estote. j 'ffbenèwXEj ’ nosseposse! / ,<3c ESSE. 1 cofijetrata. ideof ad eam per SC AL AM 'iorûnt DOCTRINAL dùtataxai fiJcb’um > ctàforesî^g ^owesi Pnî<w serfinf pa-B| Jr.iUpîef,iny| pdmiïütioneni'; (ItiiOïW W j? o* <-T? À^ç^PKPCVLHWC ABESTE - Hk_PROFAMI puRTA ^MPHITHEATRl Jüam myâifam, prologeftcam n /y tractû DEI patns tara intmedtato, meré ^GowS^ikq (pk awé portaiu corûfcantcf, copia mtrogredodi, ocu/iftj&c. .... __ ________ ...... plindi (Kpercontanli fit Sapientia, Bonita.ç 6c Potentû C RE/< TORIJ: 'Vt Soptajbcè non tnoAaniûr[ed Theolophjcè VK/anCÙ PJIlLO^OPHIorthodoxi SIC (etiam&M ^vtfo-</»<7<xM'nKôç) creati, RdLOSÔPlilA lyncerâ ucrè philo fop hic $ enarrent Opéra DOMINI; DLVAIfy., qvi illos iteheavit anncos^os>cAg KHL^RATH LIP S . Theofophta? «matorr ficleli, & CMEDTcjKAL vtr iü sq5 DO^T- >KE, <AN\'O â J ! [S CH CHRISTO nato, M. S-API_El\rTL1E ^4E TE RAME, iolrûs 'VERME, an&ùjla (RI ,w^a, 'ftHOVAE fre/xam,p^tùri !w gradùùm fept <" 1 heoïôpri, onim.-ven Philotônliieai..,7A- ------------------ ----------, calûmniatori!) qx,„m varié mediar'i.Jlt afenfis ifolisi^ bine. DIZHNITM affiatir, Jatür. feciinjûm LEGE<; oraculares leptern irporis&menfis CHRIiTlAMO KABJLI CE DWIVO-Ai 4 GICE, nec "oh J’HTS'ICO-CHTMICE üklenJi , content, . j _ ...... . ,_____ ,• Kaj c célèbrent Extruétorc HEMRICO 0CJf erâ ejcrè philolôphk$ eirarrenf Opéra D0A1WI, BEVAfj,., ^ui illos ita beiizjü Xf
Amphitheatrum sapientiae 39
B BOTioSM Q istkïnrem.ç SR» 'ÂTHOEJC <! tNalwra VniV.’ _________ KàUt:Airis,j>at-f 1 amdi iosH Fl ÿjjftë? •* a/tErrjf OLtCOM-, •virUitate cia. stirilia. «.'nrjn, MbWû». : ABTIS. M»M\TICVM; t. n&t CùM>» n;> AQ-/« SIC CA I ounMjtwnis mimiis COBRVS, smi C- M <u l >:bVb ao mipiir o, Vf h- cZ_r<rfi«(«Uorf/î^ > ife Wwii>. Wfrifrlt-e W <? irt ^ dtmnns »6<‘ unm - sjnnntsn :>-à»PSji t J'ME iSuav»™ f i iiaMa jîSfl Jwr , 40 • HEINRICH KHUNRATH
if • jtmtwdvs luiujpstpiiidiuy 3 £ &X- H^fLNOO'ww-" rwvMNoixrax Frvi 5- Hjn^ PATHRNO, FR ATERNO, AT(£ AMICQ CÀBÂU CORPVS .3TA®VM, IVSTITIAM EIVS, ET H£( 2 LÜ Xr'/rwa inujwuio ut pupiu^d uom uib 'SHitDQ înpp;|uW Jpttpf W ftî PJ4|t| Ml'fWIS opïûrç mi [W 3P1W i SAIS rpMtmits j-rt-Uté y? WAaaiT 'snfos f vuirtiiU stw^C^
3 La gravure de la page de titre, avec ses deux piliers jumeaux, fait allusion à plusieurs complémentarités inhé- rentes à l’Œuvre (macrocosme et microcosme, prière et travail. Soleil et Lune, Terre et Mer), et peut-être aussi au glyphe cabalistique connu sous le nom d’Arbre de Vie. Khunrath, surmonté d’une couronne, donne la morale : « Ces choses ne peuvent être sans Dieu l’Elohim. » 4 Portrait d’Heinrich Khunrath en 1602 à l’âge de quarante-deux ans, par Jan Diricks Van Campen de Mag- deburg. On connaît peu de choses sur la vie de Khun- rath : il naquit à Leipzig et obtint un diplôme de méde- cine à Bâle en 1588, où il soutint une thèse brillante sur le thème De Signatura Rerum. Selon Elias Ashmole, citant le journal du Dr John Dee, Khunrath était déjà une célé- brté en 1589. Il était à la cour de l’empereur Rodolphe II en 1598 et mourut à Dresde en 1605. La couronne de lauriers au-dessus de sa tête encercle l’inscription « fils fidèle de la Doctrine ». L’influx divin porte le message : « Que te suffise ma Grâce. » Le compas indique l’inscrip- tion Deo Duce, « Avec Dieu pour Gmde », et l’acrostiche par le non-identifié M. Andr. Ruccius forme Consi- lium Dei, Conseil de Dieu. Le livre ouvert indique le Psaume 71.17, « O Dieu tu m’as instruit depuis ma jeu- nesse et jusqu’à présent j’ai proclamé tes merveilles. » 5 L’Art de l’Alchimie est divisé en deux parties égales et essentielles : le travail manuel d’une part et, de l’autre, la prière, la méditation et l’étude. Ainsi le mot Laborato- rium (inscrit sur le manteau de la cheminée) est composé de labor et oratorium, parce que le laboratoire de l’alchi- miste est un lieu dédié à la fois au travail et à la prière. Les bases des colonnes soutenant le manteau de la che- minée portent les mots Ratio et Experientia car raison et expérience précèdent et suivent respectivement la prati- que alchimique. Notez la devise (utilisée par Aldus) sur le Fourneau à Distillation Fes/uia lente : Hâte-toi lente- ment. La précipitation est l’œuvre du diable, dit le Sage. Sur la première poutre transversale nous lisons : « Sans inspiration Divine personne n’est grand. » Ainsi le phi- losophe hermétique prie devant un tabernacle rappelant la tente des Hébreux dans le désert. Suspendue à l’inté- rieur, une inscription encadree : « Ne parle pas de Dieu sans Lumière. » Au-dessus est écrit : « Heureux celui qui suit le conseil de Dieu. » Sur la table, un livre magique avec des pentacles (qu’on peut supposer être les Tables des Senior) et une Bible. Dans la fumée de l’encensoir apparaissent les mots : « La prière s’élève comme la fumée, un sacrifice agréable à Dieu. » Au centre de cette composition harmonieusement équi- librée, trois instruments de musique sont posés sur la table de travail avec une inscription difficile à déchiffrer : « La musique sacrée dissipe la tristesse et les esprits mal- veillants, car l’esprit de Jéhovah chante joyeusement dans un cœur empli de sainte joie. » Mais ces instruments superposés sont aussi les trois Principes du Grand Œu- vre, le Sel, le Soufre et le Mercure (des Sages) dont l’har- monieuse combinaison explique pourquoi l’alchimie est souvent nommée l’Art de la Musique. Comme dernier rappel de la nécessité à tous instants de la vigilance spiri- tuelle, l’inscription sur le fronton, Dormiens vigila, enjoint à être prudent même durant le sommeil. 6 La Voie des Sages, menant à la porte de l’Amphithéâ- tre de la Sagesse Eternelle, passe par l’étude et la contemplation de la Nature dans toutes ses manifestations. Meditafon, étude, prière et juste association avec des amis capables de guider, sont des nécessités durant ces rudes voyages, et l’on doit marcher selon la maxime : Cum Numine Lumen et in Lumine Numen, « (dans) la Lumière avec Dieu et (avec) Dieu dans la Lumière ». 7 Vingt et une portes semblent promettre l’accès au cœur de la citadelle hermétique dans laquelle les principes et les secrets de l’alchimie, art secret authentique et sacré, sont gardes, protégés et soustraits à l’ignorance, au mal, à la malice, à l’avidité et à la stupidité. Cependant vingt d’entre elles ne mènent, par les détours de chemins tortueux, qu’à l’erreur, la ruine, la douleur et le désespoir. La seule route conduisant au pont-levis est atteinte par élévation de l’esprit vers l’amour de Dieu et de la Sagesse. Le bon travail et la rectitude morale sont préalablement requis, et la connaissance du Sujet des Sages, des Principes de l’Art, et du premier Mercure conduit alors à travers le pont-levis vers le but final. 8 Le texte de la Table d’Èmeraude d’Hermès Trismé- giste, tel qu’on le trouve dans le Poimandrès, résume la quintessence de la pensée alchimique. Citée à travers les âges, la Table est ici présentée en latin et en allemand. En voici la traduction : « Les Mots des Secrets d’Hermès. « Il est vrai sans mensonge, certain et très véritable : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas; par ces choses se font les miracles d’une seule chose. « Et comme toutes les choses sont et proviennent d’UN, par la médiation d’UN, ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique par adaptation. « Le Soleil en est le père, et la Lune, la mère : « Le vent l’a porté sur son ventre, la Terre est sa nour- rice et son réceptacle. Le Père de tout, le Thélème du monde universel est ici. « Sa force ou puissance reste entière, si elle est conver- tie en terre. « Sépare la Terre du Feu, le subtil de l’épais, douce- ment et avec grande ingéniosité. « Il monte de la Terre au ciel, et redescend sur la Terre et reçoit la force des choses supérieures et inférieures. « Par ce moyen tu obtiendras la gloire du monde entier : toute obscurité s’enfuira loin de toi. 42 HEINRICH KHUNRATH
« C’est la force forte de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide. « Ainsi le monde a été créé. « De cela sortiront d’admirables adaptations, desquel- les le moyen est ici donné. « C’est pourquoi je m'appelle Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie du monde entier. « Complet est ce que j’ai dit de l’opération du Soleil. » Selon la légende, la Table d’Émeraude fut découverte « après le Déluge [...] dans une caverne rocheuse » dans la vallée d’Hébron Mais selon Fulcanelh, cette fameuse Table « pourrait bien n’avoir jamais existé ailleurs que dans l’imagination subtile et malicieuse des vieux maîtres ». « On nous dit qu’elle est verte - ainsi que la rosée du Printemps, appelée pour cette raison Emeraude des Phi- losophes - première analogie avec la matière saline des Sages ; qu’elle fut rédigée par Hermès, seconde analogie, puisque cette Matière porte le nom de Mercure, divinité romaine correspondant à l’Hermès des Grecs. Enfin, troi- sième analogie, ce mercure vert servant pour les trois Œuvres, on le qualifie de Triple, d’où l’épithète Tris- mégiste (trois fois grand, ou sublime) ajoutée au nom d’Hermès. La Table d’Émeraude prend ainsi le caractère d’un discours prononcé par le mercure des Sages sur la manière dont s’élabore l’Œuvre Philosophale. Ce n’est pas Hermès, le Thot égyptien, qui parle, mais bien l’Éme- raude des Philosophes ou la Table isiaque elle-même. » 9 Le plus violent chapelet d’injures est envoyé par Khunrath à ses détracteurs et aux doctes ignorants qui se gaussent de l’alchimie et des alchimistes. Au centre de la planche (la dernière de la série de Khun- rath) se trouvent la plupart des hiéroglyphes classiques de l’Art Secret : le Lion Vert, le Serpent Ouroboros se mordant la queue, la Rivière Verte provenant du rocher frappé par le bâton de Moïse, et le Cristal de Saturne, la Quintessence Universelle, prêtant corps à l’influence céleste. A la plupart des calomniateurs, on a prêté des traits démoniaques ou bestiaux. Le premier sur la gauche, por- tant un bonnet d’âne, est représenté tel que les Égyptiens (selon Horapollon) représentaient l’ignorance. Les deux Philosophes au premier plan, défendant les principes de la Philosophie Hermétique, sont aussi des symboles de Fixation du Volatil. Celui de gauche marche sur la tête du Serpent et le retient avec ses pinces pendant que son interlocuteur marche sur la queue d’un scorpion, tandis que des deux côtés des oiseaux morts tombent vers le sol. 10 La porte de l’Amphithéâtre de la Sagesse Éternelle, le passage vers le Tout en Tout, est caché au profane, lequel est averti d’en rester éloigné. Les sept marches de l’Escalier de la Sagesse conduisent l’Adepte à la brillante Lumière Divine de la Révélation. Les emblèmes de Khun- rath présentent le mérite inestimable de révéler que le but ultime de l’alchimie est évidemment l’Ultime Mystère où l’homme transcende les limites de la mortalité pour « accéder à l’immortalité », et ne faisant qu’Un avec Dieu, devient Dieu. Selon la légende, le seul vrai chemin est étroit mais sublime (angusta sed tamen augusta); on peut y accéder de façon « christiano-cabalistique, divino magique ou physico-chimique ». L’inscription du haut avertit le profane de ne pas s’approcher, la seconde en dessous proclame le Tout en Tout. Sur la gauche est inscrit : « Un Mystère vraiment divin qui revendique justement l’amour et l’admiration de tous ceux qui le pénètrent. » Sept recommandations sont faites : « I. Lavez-vous et soyez purs. IL Que soient avec vous le Seigneur créateur de toutes choses et les puis sances qui le servent. III. Au Premier, vœux et prières [doivent être adressés], et des hymnes aux puissances infé- rieures. IV. Si la demande est d’abord adressée à ces puis- sances inférieures, c’est en raison de la délégation [de pou- voir] qu’elles reçoivent du premier [le Seigneur]. V. Que la crainte et la révérence de Dieu soient des Anges [mes- sagers] volant de nous vers le Seigneur et revenant à nous. VI. Que joyeuse soit l’obéissance envers eux en vertu de l’expérience reçue. VIL Les Mystères sacrés que vous allez étudier sont ouverts [dévoilés] à ceux qui les méri tent, et restent fermés [cachés] au profane. » Une autre inscription sur la droite déclare : « Avec l’aide du Seigneur : Bien vouloir, savoir, pouvoir, et être » 11 Un schéma de la Cabale Chrétienne. Le cercle exté- rieur des Dix Commandements représente le Monde Physique d’Asiyyah, les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu, le Monde Formatif de Yetsirah, les Séphiroths, le Monde Spirituel de Beriah, les Noms de Dieu corres- pondants (cercle de feu) au Monde Divin d’Azilut. Le noyau des Emanations Divines, l’En Soph, est occupé par la figure du Christ ressuscité (en lévitation au-dessus de la tête du Phénix en feu autre symbole de Résurrection et d’immortalité). «En Soph! En Soph! s’exclame Khunrath, profondeur des profondeurs, et hauteur des hauteurs! je le dis sans blasphème. La Pierre des Philosophes, servante du Monde Majeur, représente dans le Livre du Miroir de la Nature, Jésus-Christ cruci- fié, Sauveur de l’humanité, c’est-à-dire du Monde Mineur. Connais naturellement le Christ par la Pierre : Christ. Je ne m’écarte pas du tout du Livre de la Plus sainte Écriture ». En effet, l’image du Christ avec l’inscription bi Hoc Signo Vinces (« Par ce signe tu vaincras ») est un hiérogly- phe de la Pierre des Philosophes ( ô ) qui, subissant l’action du Feu dans le creuset (symbolisé par la Cruci- fixion), devient la Pierre Philosophale, le Sauveur ressus- cité du Phénix en flammes. 12 La Pierre des Philosophes, leur Materia Prima ou Sujet, est aussi appelée le Chaos des Sages (XAOE) parce Amphitheatrum sapientiae 43
que malgré son aspect vil et inutile, elle contient l’essence et la substance de la Première Matière Universelle dans un état indifférencié semblable à celui du monde avant la Création. « Or la terre était un chaos, et il y avait des ténèbres au-dessus de l’abîme. Et l’Esprit de Dieu pla- nait sur la face des eaux. » (Gen. I, 2.) Cette pierre est nommée Triune (une en trois), car elle est un corps avec un esprit et une âme. Elle contient les trois principes, Mercure, e Sel et $ Soufre corres- pondant aux divers états de fluidité ou de volati’ité, et de densité ou de fixité : le Salin ou état cristallin, le Volatil ou état humide, et le Fixe ou état sec, qu’assumera la Matière à maintes reprises. Le premier modus operandi est de dissoudre et de coa- guler — Solve et Coagula — comme on peut le lire sur la figure androgyne le Rebis (de Res bina, la double chose). Le second, XAOE, advient lorsqu’on a réalisé une Solution parfaite et « conjoint » les opposés qui ini- tialement s’affrontent violemment. La Matière revêt la noirceur de la nuit et se nomme aussi le Corbeau. Une fois le Corbeau tué, il se métamorphose en Paon faisant la roue — c’est à ce stade qu’on peut brièvement aperce- voir dans le récipient toutes sortes de couleurs variées. Puis la Matière prend l’apparence des ailes du Cygne, car elle est blanchie avant d’être amenée au Rouge Solaire, et la Fixité Parfaite qui est atteinte lorsque la Pierre des Philosophes est enfin devenue la Pierre Philosophale. 13 Syzygie ou coinonction de l’Unité macrocosmique avec la trinité microcosmique. Le processus complet de l’élaboration de la Pierre Philosophale est symbolisé ici. Cette élaboration trouve son modèle parfait dans la Créa- tion du Monde, suivie de celle de l’homme et de la femme et de leur déplorable disgrâce. L’élaboration de la Pierre est aussi comparée à un Mariage parfait et excellent, dont le mystérieux produit est comparé au Logos Divin, rédempteur de toute l’humanité, conçu par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge. La Pierre Divine, comme le Christ, est crucifiée, descend en enfer, est ressuscitée et s’élève glorieusement dans les cieux avec son corps trans- muté. Khunrath y voit « la preuve infaillible du Jugement Dernier qui doit être une épreuve par le feu pour les vivants et les morts, et même pour le monde entier, le témoignage de la Résurrection de notre chair rénovée et glorieuse, et même le véridique exemple de la conjonc- tion de chaque Ame avec son propre Esprit et Corps indis- solubles dans l’Eternité. [La Pierre] est la formule de notre Régénération corporelle et spirituelle, et le plus parfait et le plus clair miroir du Sabbat des Sabbats et par conséquent de l’éternelle béatitude; (c’est) l’Image Vivante du mystère de l’union indivisible de la Sainte Trinité Divine. » Cet emblème le plus obscur de tous ceux conçus par Khunrath gratifiera grandement le lecteur qui fera l’effort d’aller au-delà des mots pour chercher à en élucider plus amplement la riche et mystérieuse complexité. 44 • khunrath Amphitheatrum
Andréas Libavius Alchymia, 1606 Alchymia Andreae Libavii, recognita, emendata, et aucta, tum dogmatibus & expeiimentis nonnullis; tum commentario medico physico chymico : qui exornatus est variis instrumentorum chymicorum picturis; partim aliunde translatis, partim plane novis : gratiam corum, qui arcanorum natura- lium cupidi, ea absq[ue] tnvolucris elementarium & aenigmaticarum sordium intueri gaudent. Praemissa defensione artis : opposita censuras Pari- sianae : Cum Gratia &' Privilégia Caesarea speciali ad decennium. Franco- furti, Excudebat Joanncs Saurius, impensis Pétri Kopffii. Anna CI3.13. VL L'Alchimie d’Andréas Libavius, revue, corrigée et augmentée, avec de nou- veaux enseignements et expériences, ainsi que des commentaires médicaux, physiques et chimiques, ornés d’illustrations d’instruments de chimie, dont certaines ont été tirées d’autres ouvrages et d’autres entièrement nouvelles; pour tous les hommes qui, voulant ardemment connaître les secrets de la Nature, désirent se libérer des enveloppes élémentaires et des accroissements mystérieux. Préfacé par un défenseur de l’art contre la censure Parisienne : Par la Grâce et avec le Pn vilège de sa Majesté Impériale pour 10 ans. Franc- fort, imprimé par Joannes Saurius pour Petrus Kopflfius, 1506 [sic]. Andréas Libavius naquit à Halle en Saxe en 1540, et fut diplômé de médecine. En 1588 il enseigna au Gymnase de Rottenburg et en 1607, fut prot iseur du Gymnase de Coburg, où i' mourut le 25 juillet 1616. Chimiste enthousiaste, auteur de nombreux ouvrages, il ne fut pas un disciple aveugle de Paracelse et il entra en fait en conflit tant avec les Galénistes qu’avec les Paracelsiens. Il fut parmi les premiers à expliquer en langage courant les réactions chimiques, et on lui attribue la rédaction du premier vrai manuel de chimie. Il tenta l’analyse des eaux miné- rales et décrivit plusieurs substances qu’il découvrit. Georges Keller (né à Francfort le 15 sep- tembre 1568, mort à Francfort en 1640), qui signa la gravure de la page de titre (datee de 1605), fut peintre aussi bien que graveur. Il fut l’élève de Jost Amman et de Philippe Uffenbach. Il peignit un remarquable Cou ronnement de l’empereur Ferdinand 777(1627) et de nombreux sujets religieux. Alchymia 45
Σ» >,r" .R1STOTELE, ÇALENVS TVM CO M MÊ NT A RI o Ueiün rbt/fce Chifnict : QV1 FXORNATVS EST VA- tiis Inftrumentorum Chymicorum piüarUj paiçim aliundctranflatis, parûm plané noUis: IhghitiW) forum, gFZ tfRCANORVAf NATVRALÏVM i (uptlb.ea aLftjj inuolucrü elemtntArutm & ; Ani^inatfcurtfm gwltnts- 1 HAMIÎJA DEPENSIONS ASTIS; oppijCti ccafuia Paxiûanx: JÇ*v».Gr/»fM Rrrftde^io C^fart»fëtcinlifid dtetnniMm, LIBAVII, RECOGNI TA, EME ND ATA, ET "auâa, tutn djgnntibus Sc cyperimentisnon- nulhs ; F R- A N C © F y R j i} ^cudcbatJoa.nnesSMrmsjmfenps 'Tem Anno cl 3, 1 d. V'T 46 • ANDREAS UBAVtUS
Akhymia 47
48 • ANDREAS LIBAVIUS
Alchymia 49
sniAVHo svaaaNV • oi
14 La page de titre, couronnée par le Tétragramme ou nom de Dieu, est flanquée d’Hippocrate et de Galien (pour la médecine), d’Hermès Trismegiste et d’Aristote (pour l’alchimie). Les opérations dépeintes au bas de la page contiennent des allusions à l’un des deux compo- sants jumeaux du Feu Secret : un pressoir et un ancien cloaque. 15 L’Hydre ailée à quatre têtes est le Dragon ou Sujet des Sages. Au dessus du Lion couché qui représente la Terre, se trouve l’Aigle à trois têtes symbolisant l’Air, le Lion sur la Lune, le Feu et le Soufre; la Femme nue avec des lilas, l’Eau, Lac Virginis ou Mercure. Sous la Lune noire de la Putréfaction, la demi-Lune et le Cor- beau correspondent aux deuxième et troisième cycles de la Dissolution, ce pourquoi Ouroboros se mord la queue. Sur la gauche, les Oiseaux s’abattant vers le sol symboli- sent la Fixation; ceux de droite, s’élevant dans les airs, avec l’eau coulant du rocher représentent la volatilisation et la Solution. Le Cygne aux ailes déployées est le Mer- cure Philosophique; au-dessus le Roi et la Reine repré- sentent l’union des Principes opposés, culminant dans la Multiplication ou Phénix, emblème de la Pierre Philosophale. 16 Libavius attribue ce diagramme à un manuscrit de 1421 d’Heinrich Kuhdorfer, à son tour tiré « d’un ancien livre de l’année 1028 ». Incapable de dessiner l’image dans chacun de ses détails, il fournit un code littéral aux détails laissés en blanc que le lecteur peut remplir comme il juge qu’il convient. Pour ce qui est de l’interprétation : « Ce que chacune de ces choses veut dire, il est difficile de le dire, tant les applications sont diverses; et tant la diver- sité réside dans l’œuvre elle-même. » Son code littéral est résumé ci-dessous. A. Feu des Philosophes, Moteur de l’Œuvre. B. Dragon ou Sujet des Sages. C. Aigle Mercuriel ou Volatilité. D. Corbeau ou Putréfaction. E. Rose Rouge sur champ d’argent : Soufre. F. Rose Blanche sur champ rouge : Mercure. G. Dame : Mercure. H. Lion : Soufre. Le Roi et la Reine sont les Principes de l’Œuvre unis à leur base, remarquez comment leurs pieds les unissent. 17 Un second diagramme de l’Œuvre Philosophique. Il est peut-être utile ici de résumer l’ensemble du code de Libavius. A. Socle : la Terre sur laquelle l’Œuvre est fondée. B. Atlantes : les Montagnes jumelles supportant l’Œuvre. C. Dragon : Sujet de l’Art, soufflant les quatre Feux. D. Mercure : le médiateur ou Sel d’Harmonie. E. Lion Vert : le Dissolvant. F. Dragon Volatil : le Sujet à dissoudre. G. Aigle Tricéphale : Triple Solution. H. Mer des Philosophes. I. Influx Céleste ou Vent K. Sang du Lion Rouge ou Fixation. M. Montagne : première Solution, Coagulation et seconde Solution. N.N. Obscurité : l’Artiste doit décapiter le Corbeau en blanchissant par le Feu. O. Ablution, Pluie d’Argent, Bain de Latone et seconde Solution. P. Nuages. Q. Seconde Coagulation : Ouroboros. R.R. Obscurité dans les Seconde et Troisième Œuvres. S Pure Mer d’Argent : le Mercure Philosophique. T. Cygne Blancheur. V. Eclipse du Soleil. XX. Soleil levant et Eclipse Solaire, Arc-en-Ciel ou Queue de Paon. YYY. Eclipse de Lune, Arc-en-Ciel et préparation de la Pierre Blanche. Z. Lune au fond de la Mer. b. Reine Blanche : Première phase de la Fixation du Volatil. a. Roi vêtu de pourpre portant une couronne en or, avec le L ion de parfaite fixité. c. Phénix : Multiplication. 18 A. Le double Lion, de la bouche duquel sort un liquide que le Spifitus Mundi verdit, est le premier Dis- solvant. Ce Lion Vert est le résultat du premier Œuvre consistant en l’union de notre Sujet ê et de notre Mars d ; il a donc deux corps mais une seule tête. B. Les Lions flanquant les sept marches sont les résul- tats d’opérations alternatives de Solve et de Coagula. Les marches correspondent aux jours de la Création, car l’Alchimie est une re-Création microcosmique. C.D. Soleil et Lune, Soufre et Mercure. E. Du Bain alchimique, dans lequel se reposent le Roi (F) et la Reine (G), émerge l’Unité Pure de l’Arbre de Vie, portant les pommes d'or des Hespérides, un symbole de la Pierre Philosophale. G. Les six étoiles sont la Multiplication. Alchymia 5
Steffan Michelspacher Cabala, 1616 Cabala, Spiegel de Kunst und Natur : in Alchymia. Was der Weisen uralte Stein, doch fur ein ding sey, der, da dreyfach, und nur ein Stein ist. Welches allen mühseligen liebhabern der Kunst zu Ehren, mil hilff Gottes, so klar als ein Spiegel fürgestellt : Davon vil bisshero geschrieben, aber wentgen bekandt. Gantz offenbar mit kurtzen worten, der gantzen Warheit, durch die beyligenden Figuren, erklart und an taggegeben. Durch einen unbekand- ten, doch gewandten, wie ihm das Signet in diser ersten Figur zeugknuss gibt. Gedruckt zu Augspurg bey David Francken, in verlegung Steffan Michels- pachers auss Tyroll. 1616. La Cabale, miroir de l’art et de la Nature en alchimie. Ce qui est l’ancienne Pierre des Sages, triple, et cependant Unique. Laquelle est exposée à l’hon- neur de tous les amoureux de cet art qui y travaillent, avec l’aide de Dieu, aussi clairement qu’un miroir; sur laquelle on a beaucoup écrit, mais connue seulement de quelques-uns. L’entière vérité expliquée brièvement et limpidement et accompagnée de gravures, par un inconnu qui mérite d’être connu, comme en témoigne le sceau de cette première gravure. Imprime par David Francken à Augsbourg, publié par Steffan Michelspa- cher du Tyrol, 1616. Steffan Michelspacher était un médecin tyrolien sur lequel on ne sait pas grand- chose. En 1615, il collabora à un ouvrage d’anatomie, le Pinax microcosmographicus, avec son auteur, Johann Remmelin, à qui le présent ouvrage est dédié. Les planches dessinées par Michelspacher furent gravées par Raphaël Custos, ou Custodis, petit-fils du peintre hollandais Pieter Balten et fils de Dominicus Custos, lequel prit le nom de Custos lorsqu’il quitta Anvers en 1584. Raphaël, l’aîné de ses trois fils, fut son élève. Sa date de naissance est indéterminée, il mourut à Francfort en 1651. Le Blanc a établi une liste de 70 por- traits, vues de villes et sujets religieux de sa main. Une première édition rarissime de ce livre parut en 1615; dans celle-ci, le nom de « Müschelspachen » figure à la place de Michelspacher. La première des trois édi- tions latines parut à Augsbourg en 1654, la seconde en 1667, et la troisième en 1704. Les titres latins contiennent une référence intéressante à la Fraternité Rosicrucienne qui ne figure pas dans les éditions alleman- des : Rosae Crucis fratermtaii dicata édita, quo hac in matena amplius ml desideretnr : « Édité et dédié à la Fraternité de la Rose- Croix; qui en la matière ne laisse rien de plus à désirer. » Le texte de Michelspacher parle beaucoup sans dire grand chose tout en admettant qu’il ne sert à rien de procéder de la sorte « car écrire beaucoup ne rapporte que très peu». Ses indications, quant a l’usage que l’on doit faire de ses emblèmes qui sont pour le moins envieuses, ne servent qu’à encourager le lecteur à se détourner du texte afin de découvrir dans la première figure les secrets d’un certain nombre d’opérations, tandis que d'autres, telles que l’Exaltation et la Sublimation sont décrites dans la seconde. 52 • STEFFAN michelspacher
La troisième figure comprend la Conjonc- tion avec la Putréfaction, la Dissolution, la Digestion et la Circulation. Non sans iro- nie, Michelspacher en conclut qu’il a assez parlé, car « d’autres ont écrit avec excellence sur toutes ces choses. » Si toutefois il lui arri- vait de se rendre compte que les Amoureux de Science aient besoin d’une aide supplé- mentaire, il n’hésiterait pas à reprendre la plume, annonçant ainsi le projet d’un petit livre concernant à la fois la Nature et l’Art. Enfin, en guise d’Epilogue, il se lance dans un discours plein de contradictions, mais néanmoins du plus vif intérêt. Il parle notamment du Feu Philosophique : « Ce feu surnaturel est caché dans la chaux vive et dans le fumier, mais il ne faut pas être assez fou pour le chercher dans le fumier... » Cahala 53
I . SP1CEL DER KVN5T VND NATVR. 54 • STEFFAN MICHELSPACHER
Cahala • 55
56 • STEETAN MICHELSPACHER
Cabùla
19 I SPIGEL. C’est la nature qui fournit la Materia Prima, ou Sujet des Sages (voir l’homme en haut à gau- che) tandis que la Pierre Philosophale, VUltima Materia, est une production de l’Art d’Hermès, qui aide la Nature à réaliser son but idéal. L’Aigle volatil appartient au pre- mier groupe tandis que le Lion se rapporte au second c’est-à-dire à la fixité. Mais en même temps les deux animaux sont des « hiéroglyphes » des premiers princi- pes initialement en opposition. Les armoiries démontrent l’alternance des trois couleurs principales, tt>ir, blanc et rouge. La partie centrale contient des diagrammes complexes. En haut du Caducée, entre les têtes jumelles du Mercure ou Double Philosophique, se trouve l’emblème de notre sujet ê conjoint à l’agent martial cf, devenant ainsi ê . Dans le cercle, nous lisons VITRIOL (1’0 étant le cercle lui-même et l’A d’AZOT étant formé par le symbole de l’Air A). Au-dessous nous voyons dans le laboratoire les deux méthodes classiques pour accomphr le Grand Œuvre; un alchimiste travaillant par la Voie Humide sur un appa- reil à distillation, tandis que l’autre manipule les creu- sets de la Voie Sèche. Tout en haut, sur les deux médail- lons est écrit : Cabale et Alchimie Te donne la plus haute médecine, Aussi la Pierre des Sages Dans laquelle seule se trouve le fondement, Comme il est évident a Tes yeux Dès l’abord en ces effigies. 0 Dieu aide-nous à être reconnaissants Pour ce don pur et sublime. L’homme dont Tu ouvres l’espiù et le cœui Et qui par là est rendu parfait Pour préparer ici cet Œuvre Que toute force lui soit donnée. 20 II ANFANG. EXALTATION. Cette planche mon- tre le procédé complet de Fabrication de la Pierre du début (Anfang) jusqu’à la fin du Grand Œuvre Alchimi- que ou Magnum Opus. La redoutable bête à cornes (une référence à la bête de l’Apocalypse) est un hiéroglyphe de la Materia Prima, Sujet des Sages, qui revêt le carac- tère hiéroglyphique et stéganographique du Bélier; d’où les cornes. La Triple Couronne indique que ce véritable Sujet, une fois parfit, devient la Pierre Philosophale qw domine alors les trois Royaumes ou Règnes de la Nature (Animal, Végétal et Minéral). L’Élaboration est montrée comme ayant lieu dans le Vaisseau ou Œuf Alchimique. De la destruction des deux Corps naît le Corbeau (Noir- ceur et Putréfaction) suivi du Paon (couleurs variées), de l’Aigle Mercurial (Blancheur) et finalement de la Perfec- tion Solaire. Les trois principes de cet Œuvre, Soufre $ , Mercure Ç et Sel e, apparaissent dans le triangle. Le Sel est un Dissolvant; retenu ici dans un triangle dont la pointe est dirigée vers en bas, symbolisant l’Élément aqueux. Ceci dissout la Terre au-dessous, représentée par une sphère, sous laquelle à son tour se trouve un signe de Terre du Zodiaque, le Taureau. Le Dissolvant est un double Feu, de là le signe double des Gémeaux; il s’applique en de justes proportions, de là les plateaux de la Balance. Le résultat de cette dissolution est le Lac Virginis, le Lait de la Vierge qui est le Mercure des Philosophes; d’où le signe de la Vierge (gouverné par la planète Mercure). 21 III MITTEL : CONIUNCTION. L’homme aux yeux bandes (au premier plan à droite) indique l’ignorance du Principe de base, c’est-à-dire de la Materia Prima. De l’autre côté, son vis-à-vis qui rappelle l’axiome : Visita Interiora Terrae Reclificandoque Inverties Occultum Lapi- dent Verum Medicinalem, « Visite l’intérieur de la terre et par la rectification tu trouveras la véritable Pierre Phi- losophale cachée », dépiste un Lièvre, symbole de la recherche de la Matière Première, qui court vers lui. Le temple central mène par sept marches (correspon- dant à un ordre délibérément trompeur d’Opérations) à la conjonction des Principes purifiés de l’Œuvre (donc nus), dont l’union donnera le Mercure Philosophique. Là encore la composition est extrêmement complexe, et cha- que détail rigoureusement significatif; voir par exemple le masque solaire brandi par Vénus. 22 IV ENDT. MULTIPLICATION. Mercure en haut de la fontaine tient, outre son Caducée, l’Étoile à six bran- ches de l’Harmonie, indiquant le type d’Eau symbolisé ici. Les trois Opérations sont représentées par les trois marches de la fontaine, celle du milieu indique charita- blement, grâce à la présence de Mars et de Vénus, quel métal et quelle Matière doivent être conjoints. La prove- nance des deux substances salines composant le Feu Secret est révélée. Christ est la Pierre Philosophale, flan- quée de chaque côté par Luna, la Médecine du Premier Degré ou Rose Blanche, et Sol, le Soufre Fixe. Au- dessous, les sept métaux ou Planètes Terrestres (or/Soleil, argent/Lune, mercure/Mercure, cuivre/Vénus, fer/Mars, étain/Jupiter et plomb/Saturne) attendent leur Perfection, qui leur est communiquée par la perfection de l’Œuvre. 58 • michelspacher Cabale
Michael Maier Arcana arcanissima, 1614 Arcana arcanissima hoc est Hieroglyphica Ægyptio-graeca, Vulgo necdum cognita, ad demonstrandam falsorum apud antiquos deorum, dearum, heroum, animantium & institutorwn pro sacris receptorum, originem, ex uno Aegyptiorum artificio, quod aureum animi & Corpons medicamentum peregit, deductam. Unde tôt poëtarum allegoriae, scnptorum narrationes fabu- losae & per totam Encyclopaediam errores sparsi clarissima veritatis luce manifestantur, suaeque tribui singula restuuuntur, sex ïibris exposita. Authore Michacle Maiero Comité Palatu Caesarei, équité exemto, Phil & Med. Doct. & etc. Caesar : Mai : quondam Aulico. Anno salutis humanae M.D. CXII1I. Le plus secret des Arcanes, autrement dit les Hiéroglyphes égypto-grecs, encore inconnu du public; livre destiné à démontrer que l’origine des faux dieux et déesses, héros, animaux, comme des fausses institutions, que les anciens tenaient pour sacrés, dérive d’un seul art des Egyptiens, qui achève la médecine d’or de l'âme et du Corps. Ainsi, toutes les allégories des poè- tes, les récits fabuleux des éci ivains, les erreurs répandues dans l’ensemble des connaissances sont découvertes à la très claire lumière de la vérité, et chaque élément est replacé dans son espèce; tel est le sujet des six livres. L’auteur en est Michael Maier, Comte Palatin Impérial, chevalier libre, Docteur en Philosophie et en Médecine, etc., autrefois attaché à la Cour de Sa Majesté Impériale. Année de la rédemption du genre humain 1614. Fils d’un fonctionnaire du duché d’Hols- tein, Michael Maier naquit à Rendsburg en 1566. Dès sa prime jeunesse Maier fait preuve d’une intelligence peu commune. Un parent de sa mère, Séverin Goebel, médecin éminent de Dantzig et de Kônigs- berg l’encouragea et l’aida à poursuivre ses études. Ainsi Maier alla d’abord à l’univer- sité de Rostock puis à Nuremberg et à Padoue avec le fils de Goebel En 1592, à l’université de Francfort-sur-Oder il attiie déjà la bienveillante attention de l’Hermès allemand, l’empereur Rodolphe II, duquel il obtient le titre de Pœta Laureatus Caesa- reus et signe d’élégants vers latins « Hermès Malavici », un anagramme de son nom. Le 24 mai 1596 il est « magister » à l’univer- sité de Bologne mais la même année il se rend à l’université de Bâle où il reçoit son doctorat en médecine ayant présenté avec brio sa thèse sur l’Épilepsie. Son nom se trouve le 11 septembre 1601 dans le registre de l’université de Kônigsberg : « Michael Meierus Phthsophtae et Mede- cinae Doctor Honoris Gratta ». Il rejoint l’empereur à Prague où il évolue dans le cer- cle impérial intime. Rodolphe le couvre d’honneurs et l’élève à la dignité de comte palatin. Cependant il continue de voyager énormément ce qui permet de supposer qu’il ait été un agent secret de l’empereur. En 1611, alors que Rodolphe est condamné à abdiquer en faveur de son frère Mattnias, Maier voyage en Saxe à Torgau, Leipzig et Mulhouse où il rencontre le landgrave Maurice de Hesse et le prince Christian d’Anhalt qui tous deux partagent avec lui sa passion pour l’alchimie et la musique. Ces deux seigneurs partagent aussi avec Maier les ambitions mystiques et politiques Arcana; Lusus; Examen; Jocus • 59
de la mystérieuse fraternité Rose-Croix. Tous trois allaient soutenir l’aventure de l’électeur palatin Frédéric V, gendre du roi Jacques 1er d’Angleterre, qui élu roi de Bohême ne régna qu’un an à peine. Après la mort de Rodolphe II en 1612, Michael Maier se réfugie en Angleterre où il va pas- ser quatre ans. Il y apprendra parfaitement l’anglais et traduira VOrdinall of Alchemy de Thomas Norton en latin. Il y composera son Arcana arcanissima hoc est Hieroglyphica Æsgyptio-graeca et probablement plusieurs des textes publiés de 1616 à 1618 par Jean Théodore de Bry à Oppenheim et par Lucas Jennis à Francfort. En Angleterre, il se lie d’amitié avec des hommes tels que Robert Fludd, sir William Paddyn, méde- cin du roi, sir Thomas Smith, qui fut le pre- mier gouverneur de la Compagnie des Indes et l’alchimiste Francis Anthony. F’Arcana arcanissima est une œuvre par- ticulièrement importante non seulement parce qu’elle est la première publication de Michael Maier, mais aussi parce qu’elle dévoile pour la première fois l’interprétation hermétique des mythes grecs et égyptiens. En parlant de son ouvrage, Maier le nom- mera toujours « mes Hieroglyphica ». L’endroit de la publication n’étant pas men- tionné, I on a généralement admis que cet ouvrage fut publié par J. Théodore de Bry à Oppenheim. Nous étions, au contraire, certains qu’il fut publié en Angleterre, car nous nous refusions à croire que la firme de Bry aurait pu produ.re une publication aussi grossière. Après de patientes recherches, nous avons enfin trouvé la preuve irréfuta- ble que nous avions raison : dans le catalo- gue des livres de la Foire de Francfort de 1614 (Catalogus universalis pro Numdinis Francofurtensibus vernalibus de anno M.D.C.X.IV), sous l’en-tête Libri Historia, polttici & géographie, se trouve le I itre sui- vant : Arcana arcanissima... MichaeleMatera Med. D. Londtn, in 4. Michael Maier Lusus serius, 1616 Lusus serius, quo Hermes sive Mercurius rex mundanorum omnium sub homine existentium, post longam disceptationem in concilia octovirah habi- tam, h amine rationali arbitra, judicatus & constituas est. Authore Michaele Maiero Com. pal. Med. D. Horat. Omne tulit punctum, qui miscuit utile dulci. Oppenheimii ex chalcographia Hieronymi Galleri sumptibus Lucae Jennis Bibliop. 1616. Le jeu sérieux dans lequel Hermès ou Mercure, après un long débat au sein du consei1 des huir, avec pour mge l’homme rationnel, fut jugé et nommé roi de tous les éléments terrestres inférieurs à l’homme. L’auteur en est Michael Maier, Comte Palatin, Docteur en Àlédecine. Horace : « Que celui qui combine l’utile à l’agréable soit applaudi ». Oppenheim, imprimé sur les presses en plaques de cuivre de Jérôme Galler aux frais de Lucas Jennis, libraire, 1616. La dédicace de Maier est intéressante : Cia- D.N. Francisco Antonio Londin. Anglo, rissimis politissimis excellentissimisque viris Seniori, D.N. Jacobo Mosano Illustras. Mau- 60 MICHAEL MAIER
ritii Massiae Landgravii Archiatro digniori, D.N. Christimo Ritmphio Electoral! Palatino ad Rhenum Med. ordinariocircumspecto... Valete, dabam Francofurti ad Mœntum ipso ex Anglia reditu, Pragam abituriens, Anno 1616 mense Septembre Car elle est adressée au médecin alchimiste londonien Francis Anthony, à Jacob Mosanus, médecin du landgrave de Hesse, et Christian Rumpf, médecin de ['Électeur palatin, elle est rédi gée : de « Francfort, près des Remparts, à mon retour d’Angleterre et sur le point de partir pour Prague, septembre 1616. » L’Électeur palatin avait épousé Élisa- beth Stuart, fille du roi Jacques 1er d’Angle- terre à Londres en 1613, et fut élu roi par les protestants insurgés à Prague en août 1619. Michael Maier Examen Fucorum, 1617 Examen fucorum pseudo-chymicorum detectorum et in gratiam veritatis amantium succincte refutatorum, authore Michaele Maiero, Com. Pal. Eq. Ex Med. D. Francofurti typis Nicolai Hoffmanni, sumptibus Theodori de Brij, Anno M. CDXVII [sicJ. L’examen de l’essaim des pseudo-alchimistes découvert et réfuté pour les amoureux de la vérité, l’auteui en est Michael Maier, Comte Palatin, Gen- tilhomme Libre, Docteur en Médecine. Francfort, imprimé par Nicholas Hoffmann aux frais de Théodore de Bry, 1617. La gravure est de Jean Théodore de Bry. La dédicace (datée de septembre 1616 à Francfort) est adressée à Joachim Hirschber- ger, docteur en médecine, « un étudiant en chimie des plus studieux et un ami person- nel de l’auteur ». Michael Maier Jocus Severus, 1617 Jocus severus, hoc est, Tribunal aequum, quo noctua regina avium, phoe- nice arbitra post varias disceptationes et querelas volucrum eam infestan- tium pronunciatur, & ob sapientiam singularem, Palladi sacrata agnosci- tur; authore Michaele Maiero Com. Pal. M.D. Francofurti typis Nicolai Hoffmanni. sumptibus Theodori de Brij, Anno MDCXVII. Arcana; Lusus; Examen; Jocus • 6i
Le jeu grave, c’est-à-dire le Tribunal impartial où la Chouette est nommée reine des oiseaux, le phénix étant le juge, après diverses discussions et objec- tions de la part des oiseaux l’attaquant, et compte tenu de sa sagesse inéga- lée, est reconnue et consacrée à Pallas. L’auteur en est Michael Maier, Comte Palatin, Docteur en Médecine, Francfort, imprimé par Nicholas Hoffmann aux frais de Théodore de Bry, 1617. La dédicace se lit ainsi : Omnibus verae chymiae amantibus, per Germaniam notis et ignotis, et inter hos, Nisi nos Fama fallût, adhuc delitescenti, at FAMA FRA TERNI- TATIS & CONFESSIONS SUA admi- randa & probabili in genere mamfestato, ascribo, edico & dedico. « A tous les amateurs de la vraie chimie en Allemagne, connus et inconnus; et parmi ceux-ci, la Renommée (Fama) ne nous trompe pas, à celui qui demeure caché actuellement mais qui par la Renommée de la Fraternité et par son admi- rable et aimable Confession, s’est manifesté lui-même à ce sujet, j’adresse cet écrit et lui dédie. » Les œuvres mentionnées dans le t itre sont, bien sûr, les fameux Manifestes Rose-Croix, la Fama Fraternitatis et la Confession, que l’on suppose avoir été écrits tous deux par le théologien Jean Valentin Andreae (1586-1654). Ces manifestes circulèrent beaucoup sous forme de manuscrits (dès 1610 dans le cas de la Fama) avant d’être publiés pour la première fois par Wilhelm Wessel de Cassel respectivement en 1614 et 1615. Les œuvres en question s’annonçaient comme émanant d’une mystérieuse et toute puissante fraternité composée d’êtres invi- sibles, sachant tout, voyant tout et faisant appel à tous les hommes de bonne volonté pour vaincre la tyrannie de l’ignorance en général, du Pape à l’Ouest et de Mahomet à l’Est. Le mouvement cherchait à substi- tuer à l’hégémonie catholique des Habs- bourg un sauveur choisi de la Foi réfor- mée, probablement l’Électeur palatin, Fré- déric V. Michael Maier fut l’un des plus fervents défenseurs du mouvement Rose-Croix. En 1611, il parcourut l’Allemagne rencontrant les landgraves Maurice de Hesse et Chris- tian d’Anhalt, tous deux alchimistes et tous deux sympathisants des buts politiques et mystiques des Rose-Croix. Lors dùn séjour en Angleterre, de 1612 à 1614, Maier sem- ble avoir rallié beaucoup de gens à la cause, y compris Robert Fludd. En 1617, il publia son Silentiumpost clamores..., un traité apo- logétique dans lequel sont expliquées non seulement les causes des révélations de la Fra- ternité Rose-Croix allemande, mais aussi les raisons de son silence ultérieur ou l’« échec à répondre aux vœux de chacun », ainsi qu’une « réfutation des mauvais esprits ». Il publia l’année suivante son Thémis aurea, hoc est de legibus Fraternùatis R.C., qui expose les lois de la mystérieuse Fraternité. Pour plus ample information, nous ren- voyons le lecteur à l’ouvrage passionnant de Frances A. Yates, The Rosicrucian Enlightemnent. La dédicace est datée de Francfort, « près des Remparts », en route d’Angleterre en Bohême (transita ex Anglia in Bohemiam), ce qui veut dire que cet ouvrage fut prêt à être imprimé en même temps que le Lusus serius que Jennis publia quelques mois avant lui. La gravure est de J.T. de Bry. 62 MICHAEL MAIER
ISIS TYFHQNggg 1 j SI RIS. ri‘ERO'QLycPH IC.L ÆGYPTIO -G RÆCA, aa LiemotiÉtran fainfidioruin ajnd anh quos dyorum, aedtvtnyiewtitn, aniniantium ammi e~Lcrjyrtg méat. & tamypn<le iot pc rtarum narr<itw*ies \Micj^eLé‘J\£4ierq Comité VRdLATII CÆSA^Ï, EQTITE EKEMTO ^Phtl: yr’yl led.' LlXv/T ( ‘Pia i : aucndam^^u ütw. । ZBrs APIS. Arcana; Lusus; Examen; Jocus 63
MUNDANORUM OMNIUM S U B H O MI NE EXTS TE NT I U KL port longam dilcepraricmem.in Concilie» Oct o vir au liaDitum, lioiiûuc rarionali arbitre, j’idicatus & confhtutuscft. A V T H ORL Michaele Majero Com.Pal. Med.IX H O R A T. Omne tulit punci-^m qui mi/cit;: un e dith: 24 OPPENHEIMII Fx Cbalcographia Hif.r.on y m i G a l l E r 1 i Sn/^pllbLA Lu C Æ J E N N IS Bîhlldp. I 6 l 6 . 64 • MICHAEL MAIER
F V C O R V M PSEVDO-CHYMICO- RVMDETECTO R V M E T IN GRATIAM V E R I T A TIS A M A N- tium fuccinéte refutatorum, cZ F T H O R E MICHAELE MAIER O, o m. P a l, E Q; E x. Med» D. Franc ofvrtî r^pisNicolai Hoffmann i, fumptibus TlicodoridcBrij, Anno M»CDXVII, Arcana; Lusus; Examen; Jocus 65
J (j CVS SEVERVS, HOC EST, T R I B V N AL Æ Q V V M, Q V O NOCTVA RE- G I N A A V I V M, P H OE N ï C E A R B l T R O P O S T VARIAS DISCEPTATIONES ET QV E< rclas Volucrum eam infcftautiumproniinciatui, 8c obla- pientiam iîngularem , Palladi ïacra ta agnofcitur: A V T H O R E MI C H A E L E M AI E R O C O M. P A L. M, D<. Franc ofVRTx EypisNicolaiHotfmannj} fumptibus Thcodoridc Brijÿ Anmo M.DCXVIL 66 MICHAEL MAIER
23 Arcana arcanissima. Osiris et Isis sont les Principes opposés, Soufre et Mercure, tandis que Typhon, ana- gramme de Python, est le Chaos ou Matena Prima. Eveillé de son sommeil par la morsure aiguë du serpent à double tête Amphisbène, Dionysos le tue avec un rameau de vigne poussant à ses côtés. L’action mcisive du Feu Secret stimule le pouvoir potentiel du Soufre dans le Mercure des Sages. Lorsque le Soufre atteint la Fixité Parfaite, il a tué le Mercure Volatil. L’on remarquera qu’un sous-produit de la vigne est l’un des composants salins du Feu Secret. Hercule (c’est-à-dire l’alchimiste) poursuit le Cerf aux sabots de fer et aux bois d’or. Le Cerf est la Pierre Blanche - il a des sabots de fer à cause du rôle joué au début de l’Œuvre par l’agent martial, et des bois d'or car la Pierre Blanche ne demande qu’une élaboration supplémentaire pour atteindre la Perfection dorée de la Pierre Philosophale - symbolisée ici par les pommes d’or des Hespérides (voir la page de titre de l’Aia- lanta Fugiens). L’Ibis, oiseau aquatique révéré par les Egyptiens, est un grand destructeur de serpents et le symbole de la dissolution. Apis, le Taureau Noir sacré du Dieu Soleil, porte un croissant lunaire sur sa robe. Il était rituellement noyé au bout de 40 jours. De même que la Composition dans le vaisseau de l’alchimiste se dis- sout en devenant noire et se putréfie durant une période similaire avant de réaliser la « promesse de l’Aube » expri- mée par le croissant lunaire, c’est-a-uire par la graine ou l’essence de Soufre, promettant la Fixité Ultime de la Pierre Philosophale. Révéré comme un symbole d’Osi- ris, le Cynocéphale ou Babouin est un hiéroglyphe de viri- lité et de Fixité. 24 Lusus serius. Après un débat animé, dans le Grand Amphithéâtre du Monde, pour savoii qui serait reconnu souverain, il fut finalement convenu que seraient élus des représentants de toutes les espèces naturelles - deux des quadrupèdes, et un de chaque parmi les oiseaux, pois- sons, insectes, reptiles, plantes et minéraux - et qu’ils seraient envoyés pour être jugés par l’Homme. Les huit représentants réunissent au premier plan une vache, un mouton, une oie, une huître, une abeille, un ver à soie, une gerbe de lin et enfin Mercure. Chacun à son tour adresse une harangue au juge, et Mercure ayant le plus longuement exposé sa propre utilité se voit décerner la Couronne. «Toi, dit le juge à Mercure, surpassant tes concurrents comme le soleil les planètes, tu es le mira- cle, la splendeur et la lumière du monde. » 25 Examen fucorum. De faux alchimistes, portant les symboles de leur savoir inutile, s’approchent du vérita- ble Philosophe auprès de qui demeure la Sagesse sous l’apparence d’une chouette (l’oiseau de Pallas Athéna). Maier compare leurs activités à celles des bourdons dans les ruches. Paresseux et gloutons, les bourdons sont, comme le pseudo-chimiste, des « abeilles prétentieuses mais inutiles ». 26 Jocus severus. L’assemblée des oiseaux réunie afin de déterminer le plus méritoire d’entre eux, comprend la chouette, la corneille, l’oie, la grue, le corbeau, le rossi- gnol, le choucas, le héron, l’hirondelle, l’épervier, le cou- cou, la pie, le geai et le perroquet. Présidée par le Phé- nix, l’assemblée finalement décerne la couronne de la Sagesse à la chouette. Arcana; Lusus; Examen; Jocus 67
Michael Maier Atalanta fugiens, 1618 Atalanta fugiens, hoc est, Emblemata nova de secretis naturae chymica, accommodata partim oculis & tntellectui, figuris cupro incisis, adjectisque sententiis, epigrammatis & notis, partim auribus & recreationi animi plus minus 50 fugis musicalibus tnum vocum, quarum duae ad unam simplicem melodiam distichis canendis peraptam, correspondeant, non absque singu- lari jucunditate videnda, legenda, meditanda, intelhgenda, dijudicanda, amenda & audienda : Authore Michaele Maiero Impérial. Consistorii Comité, Med. D. Eq. ex. & c. Oppenheimii ex typographia Hieronymi Gal- leri, sumptibus Joh. Theodori de Bry, MDCXVIII. Atalante fuyant, autrement dit nouveaux Emblèmes chimiques des secrets de la nature, destinés en partie aux yeux et à l’intellect, avec des figures gravées sur cuivre, et addition de maximes, épigrammes et notes, et en par- tie aux oreilles et à la récréation de l’âme, avec environ cinquante fugues musicales à trois voix, dont deux peuvent correspondre à une seule mélo- die simple propre à chanter des couplets; l’ensemble ne pourra être regardé, lu, médité, compris, jugé, chanté et entendu sans un plaisir singulier. L’auteur en est Michael Maier, Comte du Consistoire Impérial, Docteur en Médecine, Chevalier Libre de l’Empire, etc. Imprimé par Jérôme Gal- ler à Oppenheim, aux frais de Jean Théodore de Bry, éditeur, 1618. La dédicacé à Christophe Reinhart de la ville impériale de Mülhausen, Docteur en droit et sénateur, est datée de Francfort, août 1017. L’ouvrage fut en effet d’abord publié à la fin de cette annee, mais son succès provoqua une réédition l’année suivante, à laquelle fut ajoutée le portrait de l’auteur; c’est pourquoi nous repro- duisons cette seconde impression II y eut encore une édition omettant la musique en 1687 intitulée Secretioris Naturae secreto- nmi scrutinium chymicum, qui fut traduite en allemand en 1708. Les planches furet gravées par Jean Théodore de Bry et non, comme on l’affirme parfois, par Matthaus Merian. Le président Jean d’Espagnet, un autre alchimiste célébré, fait l’éloge des emblèmes d?Atalanta Fugiens «parce qu’ils décrivent avec suffisamment de clarté à des yeux clairvoyants ce qui est le plus secret et le plus caché dans le Grand Œuvre». 68 • MICHAEL MAIER
Atalanta fugiens 69
Très schola.tres coesar titvlos de. DIT; H.EC MIHI RESTANT Po.S.SE BENE IN CHRISTO VIVERE.POSSE MORI Michael maiervs comf.s imperialis con. SISTORÏI etc PHILOSOPH ET MEDICJNARVM DOCTOR P. C C. NOBIL. EXEMPTVS FOR OLIM TEDICVS CÆS.-etc.- 70 • MICHAEL MAIER
>X F U CA I. in Quirta.infrl. ©5 bat (bu ï»cr 'ÏÏJitiD gctragcu itn Candie. Ym^hmx. Embryo vcnro si Bore x quichudicur a!- EmSlema I. t>efierttisKilurt. Portavit cutn ventus in ventre fuo. vo, Vivus in hanclucem fi terne! or tus c rit, or tus c nt. HtffâffU' Un in Vf* Embryo vcnro si Bore ® qui claudirur al- vo, Vivus in hanc lucem fi temel ortus eric, erit. fomum ci yHxmj'nt vcx Mt- t*W. Embryo ventoû Bore® qui claudirur «Ivo, Vivus in hanc lucem fi temel ortus eut. Z. Efigrammatù Latini verfio Germanie*. (^3f$nidjtim®Aucfcti<Ê®inbWmdd5cm>dji>tr6OT8«i(tfCf/ 35,1 ©o frire in b«frs litc^t trefdbrwirrrrfKbctl ScinnQrrfiofirnÂJrUcnOijhrrnbÆ^al vbrrgrfirnrodf S nr cl) Æunp vnb parrfr <<5tt>nltvnt> feint» bdbceàtbrrt > CdMin/M tr mcf>< ünrtrmlirf; tær gtHgtbotm rnttOI ewitrni in rtcÇttf ®îaè femmt IrtcnWa <w(f bit (grt>. EPIGR.AMMÀ , "C Mhryo veatûsa Bo^eæ^uî clauditur ak^. A-* Fivui t» hanc kuemfi fimcl or tue entj 'UnMÙ Heroum ctinttosfityerarc Ubores Embl E- rte.manu fiorti corpore, mente.potesi. • 2{etibtfit Ccefi,nec abortw in ut dû ille_j, Agrippd>bano fidtrefid gtmtue. B 3 Atalanta fugiens 71
7 2. • MICHAEL MAIER
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27 Les énigmatiques Hespérides, Aeglé, Hespéra et Aré- thuse (auxquelles l’on rajoute parfois une quatrième : Ery- theia) étaient (selon l’une des traditions les concernant), les filles de Zeus et de Thémis. Leur jardin se trouvait - chose significative - au-delà de la mer Rouge (avec ses sables pourpres et ses eaux scintillantes dans lesquel- les se baigne Hélios, le dieu du Soleil), au-delà des confins occidentaux du monde, caché par des nuages d’or. Le chemin y menant était un secret impossible à décou- vrit sans secours divin. Hercule dut lutter avec le Vieil Homme de la Mer, le triton Nérée, avant d’en découvrir la voie. Dans ce jardin poussait un arbre aux pommes d’or, cadeau de mariage que fit la Terre à Héra, Rune des Dieux. Cet arbre était gardé par un dragon insomniaque qu’Hercule réussit cependant à vaincre. Il s’empara des pommes d’or qui, selon une tradition esoterique impor- tante, furent données à Vénus. La légende d’Atalante est contée par Vénus à Adonis (Ovide, Les Métamorphoses, X.560). Atalante dont la beauté n’avait d’égale que la rapidité de ses pieds, avait été avertie de résister à tous ses prétendants sous peine de perdre sa propre nature. Elle avertit donc à son tour ses prétendants qu’ils devraient soit la vaincre à la course soit être tués. Le jeune Hippomène, arrière-petit-fils de Neptune, reçut de Vénus trois pommes d’or qu’elle lui recommanda de laisser tomber l’une après l’autre durant la course. Chaque fois qu’Atalante le rattrapait, il lais- sait tomber une pomme et elle s’arrêtait pour la ramas- ser; c’est ainsi qu’il gagna la course. Hippomène savoura son triomphe - puis, saisi de désir pour Atalante, il l’entraîna impulsivement dans un temple, où il s’unit charnellement à elle. Offensée, la Mère des Dieux les transforma tous deux en lions. Le conte, en langage alchimique, illustre la rivalité entre Mâle et Femelle, Soufre et Mercure, la domination ini- tiale de la Femelle, la victoire du Mâle, et la conversion des deux principes en Fixité (les Lions Rouges). La viva- cité du Mercure du Sage est donc fixée par l’action de son propre Soufre qui est de même nature et de même origine (Atalante et Hippomène étaient tous deux de sou- che royale et divine). 28 Portrait de l’Adepte en 1617, à l’âge de 49 ans. « J’ai reçu trois titres de César et trois de l’Ecole. Ces choses me restent, que je puisse en Christ bien vivre et moui ir ». 29, 30 Emblème I. Portava eum ventus in ventre suo. « Le vent l’a porté dans son ventre. » Ce premier Emblème A'Atalanta Fugiens illustre l’un des fameux vers d’Hermès dans la Table d’Emeraude. L’enfant, la future Pierre Philosophale, est le Soufre - Feu ou Esprit - porté par Mercure (le premier des deux principes jumeaux de l’Œuvre) sous sa forme volatile, et ainsi « dans le ven- tre du vent ». Les cinquante devises de Maier sont toutes accompa- gnées, comme ici, d’une êpigramme et d’une fugue musi- cale (du latin fugire, fuir) et suivies d’un discours en prose. 31 Emblème IL Nutrix ejus terra est. « La Terre est sa nourrice. » Cet emblème fait encore allusion à la Table d’Emeraude. Dans le discours, les mots CLTR VERO TERRA (« Pourquoi vraiment la Terre? ») sont écrits en lettres capitales, indiquant qu’on doit lire Cor veruni Terra (« La Terre est le vrai cœur »). En effet, la Terre Philo- sophique est la Matière (mater ou mère) de l’Œuvre, dont le lait, le Lac Virginis (Lait de la Vierge), nourrit l’enfant Soufre. 32 Emblème III. Fade ad muherem laventem pannos, tu fac svmliter. « Va vers la femme qui lave des draps, et fais de même. » Cette injonction signifie que le Sujet du Sage doit être « lavé » (purifié) par une lessive de feu. En effet, les Philosophes soulignent que le Feu est une eau (qui ne mouille pas les mains) et que leur Eau est un feu (brûlant sans flammes). Ce Feu Secret est essentiel pour pénétrer et laver la noirceur du Corps Philosophique. 33 Emblème IV. Conjuge fratrem eum sorore et propina ulis poculum amoris. « Unis le frère à la sœur et offre-lui la coupe de l’amour. » La nécessité de l’inceste sur laquelle toute la littérature alch.mique insiste, contribue à mettre en valeur l’étroite parenté des deux Natures opposées mais complémentaires. Le Frère est ardent, sec, et « coléri- que ». La Sœur, froide et humide, contient beaucoup de matière « flegmatique ». Leur union tumultueuse doit, toutefois, être à la fois stimulée et « tempérée » par le moyen d’un philtre d’amour présenté par le troisième per- sonnage de la gravure, qui incarne le Feu Secret, le média- teur salin ou Sel d’Harmonie. 34 Emblème V. Apporte mulieri super mammas bufonem, ut ablactet eum & moriatur mulier, fitque bufo grossus de lacté. « Place sur le sein de la femme un crapaud, de façon qu’elle puisse l’allaiter, que la femme meure et que le cra- paud soit gros de lait. » (Dans l’ordre des opérations, cet emblème devrait précéder et non suivre l’Emblème IV.) Dans le Premier Œuvre, cette sinistre injonction illus- trée ici se tradu'i par l’alimentation du Soufre (Crapaud- Enfant) des Philosophes par le Lait (Mercure) de la Matière ou Sujet. La mort de la femme, correspondant à l’axiome capital « Tuer le vif pour ressusciter le mort », signifie que la Matière initiale meurt dans la Dissolution qui produit le Lait (Mercure) dont se nourrit le Soufre embryonnaire - jusqu’ici décrit comme mort parce que initialement le Soufre n’était qu’une potentialité latente dans le tombeau de la Matière. 35 Emblème VI. Seminate aurum vestrum in terram albam foliotant. « Semez l’or dans la blanche terre feuillée. » L’Alchimie (souvent appelée « Agriculture Céleste ») emprunte de nombreuses analogies à l’agricul- ture. En dessous de la présente image, l'épigramme (tirée Atalante fugiens 97
du Rosarium phtiosophicum, Francfort, 1550) souligne la nécessité d’observer comme dans un miroir la leçon du grain de blé, qui enseigne comment l’Or des Sages est seme dans la blanche terre feuillée. Maier dans son dis- cours fait une référence à l’excellent traité (Secretum) publié à Leyde en 1599 par Jodocus Greverus, qui com- pare de façon détaillée les opérations de la culture du blé à celles de l’Œuvre alchimique. De même qu’il faut un germe pour produire du blé, (nist granum frumenti), il est nécessaire pour obtenir le Grain métallique de multiplier le métal. La Graine con- tenue dans chaque produit naturel est obtenue par la décomposition totale de la substance. Mais chaque Graine requiert un terrain adéquat, et l’Artiste devra préparer la Terre requise, travail qui prendra (comparé à l’ense- mencement lui-même) un temps considérablement plus long. 36 Emblème VIL Fit pullus a nido valons, qui iterum cadit in nidum. « Ici apparaît un oisillon volant hors du nid, puis retombant dans le nid. » Maier dit : « Si vous joi- gnez la tête de l’un au corps de l’autre, ce ne sera pas un travail futile » L’Aiglon (Principe volatil) tente de s’envoler de Faire creusée dans le rocher. Son jeune frère sans plumes en piaillant le retient, et le Volatil ainsi retombe dans le nid. « Joindre la tête de l’un au corps de l’autre » consiste à rendre le Fixe volatil et le Volatil fixe. 37 Emblème VIII. Accipe ovnm & igneo percute gladio. « Prends l’œuf et frappe-le avec une épée de feu ». L’œuf est le Sujet de l’Art, qui doit être frappé par l’agent mar- tial igné maniant l’épée à double tranchant du Feu Secret. Mars vient ainsi à l’aide de Vulcain, et de la subséquente noirceui de la Putréfaction (Nigredd) le poussin herméti- que naîtra. Raymond Lulle, cité ici par Maier, souligne à diverses reprises que le glaive brûlant est une lance effi- lée, car le Feu transperce les corps comme une lance, les rendant poreux et perméables afin que l’Eau puisse les pénétrer et transformer leur dureté en mollesse. 38 Emblème IX. Arborent cum sene conclude in rortda domo & comedens de fructu ejus fiel juvenis. « Enferme le vieil homme et l’arbre dans une maison de rosée, et en mangeant de ses fruits il rajeunira. » Il est fait ici une dou ble allusion, d’abord au pouvoii réjuvénateur de la Pana- cée ou remède universel (l'un des degrés de perfection de la Pierre Philosophale); et ensuite à l’Œuvre lui-même. Le Sujet de l’Art (le vieil homme) est placé dans un vais- seau alchimique et amené à « exsuder » l’humidité super fine et corruptrice qui, sublimée, s’élève au haut du vais- seau puis retombe comme la rosée sur la Matière dessé- chée (au fond du vaisseau) qui l’absorbe avidement. 39 Emblème X. Da ignem igni Mercurtum Mercurio & suffictt tibi. « Donne du feu au feu, du Mercure au Mer- cure et (cela) te suffit. » Ce conseil se fonde sur l’axiome alchimique attribué à Democrite (voir Berthelot, Collec- tion des anciens alchimistes grecs, I, 43). La nature se réjouit en la nature ; mais, avertii Maier, les Philosophes ont dif- férents Feux et différents Mercures. Le Feu extérieur (produit par n’importe quel combustible) doit être employé à bon escient afin d’exciter le Feu intérieur (ou secret) caché dans le Sujet. D’une manière semblable, le Mercure des Sages (Principe Primordial de l’Œuvre) transmet sa propre vitalité au Soufre, donnant sa propre vie autant ce processus. Le Soufre Philosophique est ensuite uni, dans des proportions correctes, au même Mercure vivant; le produit de cette opération est le Mer- cure Philosophique. 40 Emblème XL Dealbate Latonam & rumpitc libros. « Blanchis Latone et déchire les livres. » Cet axiome est attribué à Morienus - qui lui-même cite une source hébraïque. La découverte de l’identité de Latone : mère de Diane et d’Apollon - qui sont non seulement le Soleil et la Lune mais aussi le Mercure et le Soufre des Philo- sophes - correspond à la découverte de l’identité du Sujet des Sages ou Materia Prima. L’ordre de blanchir ou de purifier le sujet comprend tout l’Œuvre; tandis que la destruction des livres signifie que la façon de procéder est par Dissolution. N’importe quel type de violence en alcl mue signifie l’application alchimique du Feu. Les feuilles des livres sont une indication supplémentaire de la nature du Sujet ou Matière. Les anciens Sages le nom- maient Liber, livre, car sa texture cristalline, laminée ou feuilletée, est formée de feuilles superposées, comme les pages d’un livre. 41 Emblème XII. Lapis, quem Saturnus, pro Jove filio devoratum, evomuit, pro monumento in Helicone mortali- bus est positus. « La Pierre que Saturne dévora à la place de son fils Jupiter et qu’il vomit fut placée sur le mont Hélicon comme monument pour les mortels. » Le Saturne des Sages est la Pierre des Philosophes, de couleur som- bre à laquelle convient tout à fait la formule biblique : « Je suis noire mais je suis belle » (Nigra sum sed formata}. En outre, Saturne est aussi le Nigredo, c’est-à-dire la noir- ceur de la Putréfaction, premier signe important de la réussite. Saturne vomit la pierre (que, trompé, il avala au lieu de l’enfant Jupiter) parce que la première cou- leur succédant à la noirceur est le gris de l’Aube - cou- leur de Jupiter. Ainsi dans l’ombre des opérations, il est dit que Saturne engendre Jupiter qui, à son tour, engen- dre avec Latone Diane (la Blancheur) et Apollon (la Par- faite Rougeur). Le lecteur a ici un autre exemple de la façon dont un symbole peut changer de sens lorsque les Philosophes considèrent en même temps plusieurs pha- ses de l’Œuvre. 42 Emblème XIII. Aes Philosophorum hydropicum est & vult lavar’ septics in fluvio, ut Naaman leprosus in Jor- 98 • MICHAEL MAIER
dane. « Le minerai des Philosophes est hydropique et doit être lavé sept fois dans la rivière comme le lépreux Naa- man dans le Jourdain. » L’hydropisie de « notre Pierre » est l’humidité superflue qui adhère à son Mercure. A un tel problème ne correspond qu’un seul remède alchimi- que : dissoudre et sublimer le Sujet sept fois de telle sorte que l’hydropisie puisse être aspirée et sublimée dans les eaux de la Dissolution pour se convertir en rosée bien- faisante. Maier recommande le plus grand soin pour évi- ter de trop dessécher, ce qui brûlerait le Corps, ou encore une hydropisie supplémentaire et difficile à guérir qui pro- viendrait de l’emploi d’un excès d’eau. 43 Emblème XIV. Hic est Draco caudam suam devorans. « Voici le Dragon qui dévore sa queue. » Ce Dragon, Ouroboros, est peut-être le plus ancien hiéroglyphe her- métique, symbolisant à la fois l’Unité de la Matière et le Sujet des Sages, ou plus précisément le Mercure des Sages, dans lequel, affirment les Philosophes, toute chose se trouve : « De l’Un à l’Un par l’Un. » 44 Emblème XV. Opus figoli cansiit&is m sicco & humido, te doceat. « Que l’Œuvre du potier, consistant en une com- binaison du sec et de l’humide, t’ir.struise. » Une autre analogie favorite avec l’œuvre de l’Artiste Hermétique est celle du potier. De même qu’il mélange l’Eau à la Terre, l’Air et le Feu, il existe dans les deux Œuvres une grande affinité entre l’humide et le sec, ou l’Eau et la Terre (Mer- cure et Soufre). 45 Emblème XVI. Hic leo, quas plumas non habet, alter habet. « Ce lion n’a pas de plumes, l’autre en a. » Le Sou- fre fixe cherche à empêcher l’envolée de sa contrepartie volatile. Cette gravure est, en un sens, une variante de l’Emblèmc VIL La Lionne est représentée ailée, parce que le premier Mercure (le Dissolvant ' nitial) communi- que au Soufre une qualité volatile (durant la Réincruda- tion et la Décomposition du métal) sans laquelle leur union ne sérail pas possible. 46 Emblème XVII. Orbita quadruplex hoc régit ignis opus. « La quadruple orbite régit cette Œuvre du Feu. » Ici sont montrées les relations entre les quatre Feux de l’Œuvre qui, dit l’épigramme, « comme une chaîne guideront ta main ». Le premier est le Feu Elémentaire qui fournit la chaleur et le premier mouvement; le second et le troi- sième sont les principes composites du Feu Secret ame- nés à réagir par la chaleur du premier. Le quatrième - appartenant à la sphère d’Apollon - consiste en un dyna- misme électromagnétique dont l’action indispensable à tout l’ensemble de l’Œuvre sépare l’Alchimie de la chi- mie vulgaire. Au premier plan à gauche, le vieil édicule à côté des bâtiments constitue un indice sur la nature de l’un des composants du Feu Secret; la présence de l’eau dans le tableau indique en outre que les « Feux » des Phi- losophes sont, comme le dit Maier, des eaux, mais « des eaux qui ne mouillent pas les mains. » « Ces quatre Feux, remarque Maier en conclusion de son discours, sont enfer- mes dans des sphères ou cercles, ce qui signifie que cha- cun possède son propre centre d’où, ou vers lequel, tend son mouvement; et cependant, comme on peut l’obser- ver, ils sont liés en partie par la Nature et en partie par l’Art, de telle sorte que l’un n’accomplit que peu ou rien sans l’autre, que l’activité de l’un est la passion de l’autre, et vice versa. » 47 Emblème XVIII. Ignire ignis amat, non aurificare sed aurum. « Le Feu aime brûler, mais l’or n’aime pas faire de l’or. » L’or vulgaire est inutile dans l’Œuvre, à moins qu’il ne soit transmuté en Or Philosophique par la Réin- crudation, ou retour à l’etat cru : un terme très ambigu. Car le « métal mort » doit être réammé par un « esprit », emprunté à une « racine métallique », comme le recom- mande Basile Valentin : ce procédé revitalise l’or et le rend utilisable par l’Alchimiste. Lorsqu’on adopte ce que l’on nomme la Voie Humide, cet « Or Philosophique » sert de Sujet; et dans toutes les opérations alchimiques, il sert de ferment dans la deinière partie de l’élaboration. Le Chien est le symbole du Soufre, le germe fixe ou l’embryon latent. 48 Emblème XIX. Si de quattuor unum Occidas, subito nwrtuus omni erit. « Si tu tues l’un des quatre, tous mour- ront subitement. » Dans la littérature alchimique, la des- truction de l’or a la réputation d’être plus difficile que sa fabricauon. Les frères sont, en termes alchimiques, les Quatre Eléments qui composent une substance. C’est pourquoi la destruction de l’un cause la mort de tous. « Tue donc le vif, mais afin de ressusciter le mort, sinon la mort de la victime aura été vaine », avertit Maier dans son discours. Avicenne, cité par notre auteur dans le dis- cours précédent, écrit : « D’Eau est faite la Terre. L’Eau est vaincue par les qualités de la Terre et réciproque- ment. » Il faut comprendre par là que la Réincrudation suppose une liquéfaction par Dissolution, et un retour au sein de la Terre. Le but de cette opération est l’acqui- sition du Soufre et sa revivification par la mort du Mer- cure initial. 49 Emblème XX. Naturam natura docet, debellet ut ignern. « La nature enseigne à la Nature à triompher du feu. » La voie de la Nature lorsqu’elle recherche la per- fection d’une œuvre quelconque, écrit Maier, « consiste à faire sortir une chose d’une autre, la plus parfaite de la moins parfaite, et à activer son potentiel ». C’est exac- tement ce que nous voyons dans le geste de l’héroïne mer curielle pressant le Martial Chevalier sur le point de com- battre la tyrannie du Feu. Le chevalier est le Soufre fixe que les flammes ne peuvent plus vaincre. 50 Emblème XXL Fac ex mare & foemina ctrculum, inde quadrangulum, ninc triangulum, fac circulum & habebis lap Atalanta fugiens 99
Philosophorum. « Fais à partir de l’homme et de la femme un cercle puis un carré, ensuite un triangle. Fais un cer- cle et ainsi tu obtiendras la Pierre Philosophale. » La Qua- drature alchimique du Cercle consiste à prendre une sphère microcosmique à laquelle est ajoutée une croix (remarquez-la aux pieds de P Artiste), qui est ensuite convertie en carré (les quatre éléments), puis en un trian- gle (corps, esprit et âme). L’homme et la femme sont le Soufre et le Mercure (des Sages) Principes de l’Œuvre, et le triangle est finalement converti en une plus grande sphère macrocosmique qui est la Pierre Philosophale. Le compas - dont les pointes non seulement mesurent et comparent les distances mais tracent aussi la circonférence parfaite du cycle hermétique - agit comme un outil d’enseignement infiniment précieux indiquant les propor- tions des Poids de l’Art. 51 Emblème XXII. Plumbo habùo candtdo fac opus mulie- rum, hoc est, COQUE. « Une fois que tu as du plomb blanc, fais le travail des femmes, c’est-à-dire : CUIS. «Tu n’as besoin que d’une chose, éci it Alphidius, notre Eau et une seule décoction » (coction ou décoction signi- fie « cuisson »). Il ajoute : « Il n’y a qu’un seul vaisseau pour le Blanc et le Rouge. » On peut dire de cette ques- tion alchimique qu'elle est toute l’Œuvre car elle en cons- titue la majeure partie; alors, comme dans la cuisine, ne sont nécessaires que patience et attention. Le Sujet est tout d’abord résolu dans sa propre eau (dissous), et c’est pourquoi l’épigramme de Maier dit ici que la truite doit être liquéfiée dans ses propres eaux. Ici la fenêtre ouverte donne sur la rivière. « Par coction, écrit Maier, nous entendons la maturation des parties crues qui, grâce à Vul- cain, s’accomplit dans les vaisseaux de la Philosophie. » Le Philosophe, comme la femme qui amène à maturité le poisson dans l’eau, résout en Air et en Eau toute leur humidité supertlue Son Sujet macérant dans sa propre Eau (plus forte que le plus fort vinaigre) y est liquéfié et dissous. Il est finalement coagulé et fixé par la même « Eau » dans le même vaisseau hermétiquement fermé. Remarquez, parmi les nombreux détails significatifs, le Chat, emblème du Feu Secret. 52 Emblème XXIII. Aurum pluit, dum nascitur Pallas Rhodi, & Sol concuml it Veneri. « L’or tombe en phr.e lorsqu’à Rhodes naît Pallas et le Soleil couche avec Vénus. » Maier souligne dans son discours qu’il ne faut pas entendre toutes ces choses littéralement mais bien allé- goriquement. « En effet, écrit-il si nous suivons les mots de cet Emblème dans leur nudité, rien n’est plus absurde, mais si nous en suivons l’esprit, rien n’est plus vrai. Vul- cain (Feu), d’un seul coup de hache, fend la tête de Jupi- ter, le soulageant d’un teirible mal de tête en donnant naissance à Pallas Athéna (le Mercure sublimé au plus haut degré par la coction). Jupiter, en ce cas, est passif, parce qu’il représente la chaleur innée génératrice des corps (le Feu Naturel) qui amène le métal à maturation. Une pluie d’or tombe sur l’île de Rhodes (la terre philo- sophique) durant cet événement, et ceci parce que l’Or Philosophique volatilisé retombe en pluie d’or sur la matière fixe qui demeure au fond du vaisseau alchimi- que. L’union sexuelle du Soleil et de Vénus, représentée à l’arrière-plan, est l’union du Fixe et du Volatil produi- sant la parfaite Fixité finale d’Apollon, sous la forme du Colosse de Rhodes. 53 Emblème XXIV. Regem lupus voravu & vttae crema- tus reddid.il. « Le loup dévora le Roi et, incinéré, le ren- dit à la vie. » Le loup est le Dissolvant (Mercure) qui dévore le Roi « inanimé » (c’est-à-dire l’Or des Philo- sophes) inutile à l’Œuvre tant qu’il n’est pas réincrudé. Le Loup cède sa propre vie dans la Solution (voir Emblème XIX), communiquant sa propre vitalité à la potentialité jusqu’ici latente du Roi, et celui-ci, ayant assi- milé la vie de son assaillant, sort du feu avec une « nou- velle vigueur, jeunesse et beauté ». Bref, cet emblème est une autre illustration de l’axiome hermétique : « Tue le vif pour ressusciter le mort. » 54 Emblème XXV. DRACO non moritur, nisi cum fra- tre & sorore sua inter]iciatur, qui sunt Sol & Luna. « Le Dragon ne meurt qu’à condition qu’il soit tué avec son frère et sa sœur qui sont Soleil et Lune. » La mort du Dragon consiste en sa Dissolution par son propre Mer- cure ou sœur (extrait de son propre sang); l’Emblème montre donc Cynthia la Lune tuant le chasseur Orion, et sa Fixation (coagulation) ultérieure, symbolisée par Apollon tuant le serpent Python (qui est bien le même Dragon). 55 Emblème XXVI. Sapientiae hutnanae fructus Ltgnum vüae est. « Le fruit de la Sagesse humaine est l’Arbre de Vie. » La Sagesse Humaine s’avance portant dans une main « Santé et longueur des jours », dans l’autre « Gloire et infinies richesses ». Si quelqu’un, en acte et en pen- sée, accède à la Sagesse, « elle sera en lui comme le fruit en l’arbre de vie. Ceux qui lui sont parents atteignent l’éternité, dit Solomon, tandis que ceux qui sont ses amis jouissent de vrais délices et quiconque le recherche dili- gemment partagera de grands plaisirs. Car avec la Sagesse il n’y a dans l’existence ni peine ni lassitude, mais au con- traire bonheur el joie. Aussi suaves que puissent être les plaisirs de la musique et le goût du vin, la Sagesse l’est encore plus. Pour ceux qui s’en saisissent elle est l’arbre de vie : ceux qui la conservent sont bénis. « Les Philoso- phes encouragent les Fils de l’Art à rechercher la Sagesse en pénétrant jusqu’aux arcanes de la Connaissance de Dieu. Toutefois c’est un Don de Dieu accordé à ceux choi- sis comme dignes de le recevoir. 56 Emblème XXVII. Qui Rosarium intrare conatur Phi- losophicum absque clave, assmilatur homini ambulare volenti absq lue] pedibus. « Celui qui tente d’entrer sans 100 • MICHAEL MAIH.R
clef dans la Roseraie des Philosophes est comme un homme essayant de marcher sans pieds. » Aucun homme, s’il n’a pas le savoir requis, ne peut pénétrer dans le Jar- din des Philosophes, la porte étant barrée par de solides verrous. La (première) clef consiste en la connaissance de la Matière propre. Celui qui ne parvient pas à l’acqué- rir « est comme un homme privé de pieds ayant toutes les peines du monde à se tenir meme sur le sol », essayant de grimper sur le Parnasse escarpé (les personnages du Parnasse méritent d’être étudiés de près). 57 Emblème XXVIII. Rex balneatur in Laconico sedens, Atraque bile liberatur a Pharut. « Le Roi se baigne, assis dans le bain Lacomen il est purgé de sa bile noire par Pharut. » Cet Emblème devrait faire suite à l’Em blême XXII - auquel est renvoyé le lecteur Ici le Roi (le Sujet des Sages) a été reconnu en dépit « d’un vête- ment ordinaire ». Une bile noire (melancholia) s’accumu- lait dans son corps, et il désirait ou mourir ou guérir. Un grand docteur prescrivit un bain lacomen, « c’est-à-dire v aporeux et sudoi ifique », prenant soin de le porter à la température convenable, et le Roi fut (dans la Sublima- tion) purgé de toutes les impuretés et totalement guéri. « Cette allégorie est fréquente dans les écrits des Sages », indique Maier qui cite Bernard le Trévisan et Alanus. 58 Emblème XXIX. Ut Salamandra vivit igné sic lapis. « Comme la Salamandre, la Pierre vit dans le Feu. » La Salamandre hiéroglyphe du Feu est le symbole à la fois du Soufre et du Feu Secret, des Sages, auquel rien ne saurait se substituer pour l’élaboration du mercure. Cet esprit agent actif de toutes les transformations est seul susceptible de l’animer, de l’exalter et de faire corps avec lui après l’avoir extrait de la matière brute. En effet, sans ce feu caché sous une forme saline (dont l’identiùcation est l’une des énigmes les plus subtiles de l’Art d’Hermès), la matière préparée ne pourrait être évertuée ni remplir ses fonctions de mère. Salamandra vient de sal, sel, et mandra qui veut dire étable et aussi creux de roche, soli- tude, ermitage. Salamandra est donc le nom du sel d’eta- ble, sel de roche ou sel solitaire. Ce feu spirituel informé et corporifié en sel, c’est le soufre caché et invisible de meme essence que le soufre spécifique de l’Or mais moins digéré et plus abondant que ce dernier, ce qui lui permet de s’unir facilement au mercure des métaux imparfaits. En conclusion de son discours, Maier remarque que la nature aqueuse et volatile du Mercure ne permettrait pas sa fixation sans l’étreinte conjugale du soufre ou Tein- ture Philosophique, qui fixe tous les esprits volants. 59 Emblème XXX. Sol irdigei luna ut gallus gallina. « Le Soleil a besoin de la Lune comme le poulet de la poule. » Ce thème tiré du Rosarium Philosophorum est l’un des axiomes de base de la Philosophie Hermétique, et montre que les Principes jumeaux de l’Œuvre sont complémentaires et doivent être unis. La volatile Lune mercurielle devra être exaltée jusqu’au degré sublime du Soleil afin de réaliser une union durable. Le Soleil (Sou- fre) est pratiquement dénué de valeur sans la Lune, laquelle sans le Soleil est vile et méprisée. Son union avec le Soleil confère à cette humble Matière splendeur, force et dignité, dit Maier : autrement dit fermeté du corps et de l’àme (Fixation). La Lune, à son tour, fournit le récep- tacle de la Teinture du Soleil, et donne naissance à ses enfants, assurant ainsi la propagation de sa race (Multiplication). 60 Emblème XXXI. Rex natans in mari, damans altâ voce : Qui me enpict ingens praemium habebit. « Le Roi nageant dans la mer, criant à haute voix : Quiconque me sauvera recevra une grande récompense. » Cet emblème illustre le commandement d’Hermès de soustraire le vil Sujet des Sages à sa condition misérable. Quoique mécon- nue par l’ignorant, la Pierre des Philosophes est un Roi qui, sauvé et soigné, rapportera de riches récompenses à son sauveur. Dans une autre interprétation, le Roi, désespérant d’être sauvé, est aussi le Soufre, qui après la Dissolution flotte sur les eaux « cristallines » de la Mer Philosophique. 61 Emblème XXXII. Corallus sub aquis ut crescit & aere induratur, sic lapis. « La Pierre de même que le corail se développe sous l’eau et durcit à l’air. » Suivant l’inter- prétation de l’emblème précédent, nous voyons l’Artiste extrayant soigneusement le corail, le Soufre Philosophi- que coagulé, hors de l’Eau Mercurielle. La séparation ou la cueillette du Corail est pleine de difficultés. Maier recommande de le « couper sous l’eau, avec beaucoup de prudence, afin d’éviter de perdre son sang et son goût en ne laissant par conséquent subsister qu’un chaos ter- restre informe. » Maier conclut en avertissant d’un autre danger majeur menaçant la Pierre, un excès d’humidité, empêchant son développement, qui doit être éliminé. 62 Emblème XXXIII. Hermaphroditus mortuo similis, in tenebns jacens, tgne indiget. « L’Hermaphrodite, gisant tel un cadavre dans l’obscurité, a besoin du feu. » Dans les ténèbres de la Mort il faut à l’Hermaphrodite (ou Rebis) — le Sujet — la chaleur du feu pour guider son évolution vers la Perfection. Lorsque la froide humidité de la Lune est présente dans leur Sujet, les Philosophes l’appellent leur Femme, quand à leur tour régnent la sécheresse et la chaleur du soleil, ils l’appellent leur Homme. Lorsque ces quatre qualités sont présentes en même temps, ils l’appellent leur Rebis ou Hermaphro- dite. La Femme est facilement changée en Homme (c’est- à-dire le Volatile en Fixe), par la médiation de la chaleur de la coction alchimique. La chaleur chasse et élimine l’excès d’humidité, et la Teinture est obtenue : c’est une huile incombustible contenant le pouvoir actif du Soleil. Atalanta fugiens toi
63 Emblème XXXIV. In balneis concipitur, & in aere nas- citur, rubeus vero factus graditur super aquas. « Il fut conçu dans les bains et né dans l’air; fait véritablement rouge, il monte sur les eaux. » Le Soufre (le Soleil du Sage) féconde la Lune Mercurielle par immersion. Mercure (la Lune des Sages) possède la propriété spécifique d’absor- ber la Teinture que le Soufre précipite durant l’immer- sion (ou Bain du Roi). C’est cette analogie précise avec le coït qui a inspiré les images érotiques dans l’alchimie. 64 Emblème XXXV. Ceres Tnhtolemum, Thétis Achil- lem, ut sub igné morari assueftcii, sic artifex lapidem. « Comme Cérès et Thétis rendirent l’une Triptolème et l’autre Achille invulnérables au Feu, de même l’Artiste rend la pierre incombustible. » Au premier plan à gau- che, Cerès (la Terre Philosophique), mère-nourricière de Triptolème (le Sujet des Sages), le nourrit de son propre Lait Divin (Mercure) et le rend immortel en le couchant la nuit sous un foyer ardent, le rendant ainsi insensible aux flammes qui font s’enfuir les autres. Triptolème devient ainsi la Teinture Philosophique (voir l’Emblème précédent). Achille, fils de Thétis, déesse de la Mer, et de Pélée (la Montagne ou Terre) est, après sa mort, retiré par sa mère du bûcher funéraire de Leukos, l’Ile Blan- che. Le Sujet de l’Art parvient ainsi à la Blancheur - premier degré de l’immortalité. 65 Emblème XXXVI. Lapis projectus est in terras, & in montibus exaltatus, & in aëre habitat, & in flumine pasci- tur, id est Mercurius. « La Pierre est projetée sur la Terre, exaltée sur les montagnes, elle habite dans l’air, et se nour- rit dans le fleuve qui est Mercure. » L’omniprésence de la Pierre sous ses aspects divers est illustrée par des cubes. L’explication exotérique et déroutante serait que la Pierre est partout, mais ignorée, et pourrait être trouvée par n’importe qui. Toutefois une étude de la gravure révèle qu’elle doit être recherchée dans les montagnes où elle est triple (allusion au triple Mercure et aux trois princi- pes). Sur la Terre feuillée elle devient une quintessence; et sur le fleuve de savantes ombres indiquent que la Pierre est un composé de quatre Eléments alternativement dis- sous et coagulés. Enfin, la nature de la Pierre est suggé- rée par la curieuse enseigne au-dessus du cavalier au cen- tre de la composition. 66 Emblème XXXVII. Tria suffuiunt ad tnagisteriunt, fumus albus, hoc est, aqua, leo viridis, id est, aes Hermetis, & aqua foedita. « Trois choses suffisent à l’Œuvre : une fumée blanche qui est l’Eau, un Lion Vert qui est le Mine- rai d’Hermès, et de l’Eau fétide. » La vapeur neigeuse ou fumée blanche est le Feu Secret, et l’eau fétide est la noirceur sépulcrale de la composition dissoute La Ver- deur renvoie à la crudité de ce produit, et au fait curieux qu’à la surface du bain, le Vitriol Philosophique acqu iert une couleur verte, attribuée par l’Esprit Universel. Le Lion Vert est l’esprit vivant et lumineux (le Feu Secret) extrait du Sujet minéral brut; c’est un cristal vert trans- lucide, aussi fusible que la cire, que les Sages nomment leur Vitriol, ou Emeraude des Sages. Comme Jonas rejeté par la baleine, celui-ci émerge à la surface de l’eau. C’est pour ainsi dire le Grain de Fixité. Basile Valentin remar- que que « le sang fixe du Lyon Rouge (Soufre) est faict du sang non-volatile du Lyon Verd, parquoy ils sont tous deux d’une mesme nature. » 67 Emblème XXXVIII. Rebis, ut Hermaphroditus, nas- citur ex duobus montibus Mercurii & Veneris. « Le Rebis, comme l’Hermaphrodite, est né des deux monts de Mer- cure et de Vénus. Le Rebis, Hermaphrodite ou Androgyne du Sage, est né de l’union des Principes jumeaux (Soufre et Mercure), qui entrent dans le Bain mercuriel. Celui-ci, comme la fontaine mythique où nageait la nymphe Salmacis, a la particularité de confon- dre les deux sexes en un : c’est-à-dire de dissoudre radi- calement les corps de telle façon qu’une fois recomposés dans la Fixation, ils ne font plus qu’Un. 68 Emblème XXXIX. Œdypus Sphynge superata & tru- cidato Lajo paire matrem ducit in uxorem. « Œdipe ayant vaincu le Sphinx et tué son père Laïus, prend sa mère pour femme. » Le Sphinx questionne Œdipe en lui posant la fameuse énigme illustrée au premier plan (Qu’est-ce qui a quatre pieds le matin, deux à midi et trois au cou- chant?). La réponse bien connue est : l’homme. Mais ici la réponse (renvoyant à l’emblème XXI) est la Pierre Phi- losophale : les quatre Eléments (le carré sur la tête du bébé), les Principes jumeaux fusionnés en un (voir l’Emblème précédent); l’Hermaphrodite (ou, comme l’indique l’hémisphère lunaire sur le front de l’homme, la Matière ayant atteint la Première Perfection); enfin le triangle du Feu (indiquant aussi le Soufre, le Mercure et le Sel) sur le front du vieil homme. Le Sphinx vaincu est sur le point de se précipiter du haut de la falaise. La Noirceur Nigredo, ou Mort, apparaîtra. Œdipe tue son père Laïus puisque le premier agent, comme l’écrit Maier, est détruit par son effet, ou fils, puis Œdipe épouse sa mère, car le même effet s’unit à la cause secondaire jusqu’à ce qu’ils fusionnent en un. 69 Emblème XL. Ex duabus aquis fac unam, & et it aqua sanctuatis. « De deux eaux fais-en une, ce sera de l’eau de sainteté. » Durant l’Œuvre, deux Eaux de nature con- traire sont obtenues et mélangées. Raymond Lulle, cité par Maier, dit de la Première qu’elle possède la propriété de durcir, fixer et coaguler, tandis que la Seconde est ins- table, volatile et molle. La Première Eau (Premier Mer- cure ou Dissolvant) liquéfie et dissocie les métaux de telle sorte qu’ils retrouvent leur pouvoir original naturel. Le Dissolvant élimine leurs impuretés hétérogènes tout autant que leurs défauts; il les ranime et les renouvelle, en produisant sur eux l’effet d’une véritable fontaine de Jouvence. Ainsi, les métaux rêincrudés sont dits vivants TO2 • MICHAEL MAIER
ou « métaux philosophiques ». La Première Eau (Premier Mercure) est l’Eve Edènique, qui possède un pouvoir régénérateur. Le pouvoir régénérateur est réservé à la Seconde Eau (Second Mercure), fille de la Première. Lors- que les deux sont mélangées de façon bien proportion- née, on obtient le Mercure Philosophique. Lequel est le Sujet direct de la Pierre Philosophale, qui est la Fontaine de Jouvence. 70 Emblème XLI. Adonis ab apro occiditur, cui Venus accurens tinxit Rosas sanguine. « Adonis est tue par un san- glier sauvage; Vénus accourant vers lui teint les Roses de sang. » La mort d’Adonis est causée par un sanglier sauvage que Mars jaloux a placé sur son chemin. Vénus écorche ses jambes à des épines et son sang rougit les Roses Blanches. L’emblème est une illustration de la Dis- solution (Mort) de la Substance (dissoute par le Dissol- vant martial) provoquant la Noirceur (Nigredo). Selon le texte de Maier, Vénus place son amant mort sous de ten- dres laitues, indiquant par là la Remcrudation. Son sang colore la Rose Blanche en rouge, car à l’issue de la lon- gue nuit de la Mort, la Blancheur sera atteinte et enfin cette Blancheur sera teintée par la Rougeur de la Fixité parfaite. 71 Emblème XLII. In Chymicis versanti Natura, Ratio, Experientia & lectio, sint Dux, scipto, perspicilia & lam- pas. « A celui qui est versé dans l’Alchimie. puissent la Nature, la Raison, l’Expérience et la Lecture être guide, bâton, lunettes et lanterne. » La Nature doit être le guide de l’Artiste; la Raison, le bâton sur lequel il doit prendre appui de crainte de trébucher et de tomber dans des erreurs insensées; l’Expérience doit servir de lunettes qui, de même qu’elles permettent au myope de voir à distance, autoriseront l’artiste à discerner le vrai du faux. La lec- ture doit illuminer l’intelligence comme une brillante lumière sans laquelle « ne sont partout que ténèbres et nuages épais. » La lecture de bons livres doit être sou- vent renouvelée, autrement elle est inutile. « Celui qui sera patient, écrit Bacassar dans la Turba Philosophorum, et qui jouit de sa patience, progressera dans la juste vo’e de cet Art, mais si quelqu’un venait à croire qu’il peut rapidement saisir le fruit de nos livres, il se trompe et mieux aurait valu pour lui qu'il ne les ait jamais ouverts. » Qui ergo inquit longammis erit, libenterque patiMia frui- tier, in tramite juste hujus artis meabil qui vero citius sepu- tat ex libi is nostris fructum capere passe falhtur satiusque fuerat, non mspicere guident, quam unquam contigisse : Et quae ibidem sequuntur. 72 Emblème XLIII. Audi loquacem vulturem, qui neu- tiquam te decipit. « Ecoute le vautour loquace qui ne te trompe nullement. » Au sommet du pic montagneux (la Matière originelle), le Vautour (l’oiseau d’Hermès) proclame : « je suis noir, blanc, jaune et rouge » - cou- leurs dominantes du Sujet évoluant vers la perfection de la Pierre Philosophale. Le Vautour est le symbole du Mercure Philosophique : en partie fixe (représenté par conséquent avec ses serres agrippant fermement la Montagne) et en partie volatil (les ailes à moitié déployées). Né après la mort du premier Mercure (ou Dissolvant) il est tué par l’action fixative du Soufre issu de lui-même. Ce procédé antérieur est symbolisé par le Corbeau sans ailes représentant Nigredo, la Noirceur, Mort, ou Nuit de l’Œuvre. Le Mercure Philosophi- que est porté au degré final de la Perfection par la maturation ultérieure. 73 Emblème XLIV. Dolo Typhon Osyridem trucidât, artusque ilhus Hinc inde dissipât, sed hos collegit Isis inclyta. « Par traîtrise, Typhon tue Osiris et disperse ses mem- bres de tous les côtés, mais la majestueuse Isis les ras- semble. » Typhon, maniant l'épée à deux tranchants du Feu Secret, dépèce (Séparation) le corps du Roi Osiris (le Fixe). Isis, la mère-sœur-épouse et Principe Volatil mercuriel intervient alors parce que l’Eau dissoute, ou Premier Mercure, est le résultat de la Dissolution initiale du sujet. Elle reunit les morceaux du corps pour recons- tituer Osiris. Et ceci, comme nous l’avons déjà dit, parce que le Dissolvant mercuriel cède sa vie en ranimant le Soufre. Le Roi émerge entier (fixe) du coffre-cercueil au premier plan. 74 Emblème XLV. Sol & ejus umbra perfuàunt opus. « Le Soleil et son ombre accomplissent l’Œuvre. » Le mouvement apparent du Soleil à travers le ciel durant l’année, et l’alternance nécessaire du jour et de la nuit, sont utu.sés dans cet emblème comme des symboles de l’Œuvre entier. L’ombre « cause de la nuit » renvoie, dans le discours de Maier, au chaos des Philosophes (c’est-à- dire à leur Matière) et au Nigredo. L’accent y est mis sur la nécessité d’employer un remède igné pour ôter l’obs- curité profonde (impuretés hétérogènes) du Corps (voir le 6e emblème des Symbola aureat mensae de Maier). Pareillement, nous est rappelée la nécessité de blanchir ou de laver Latone (voir Fmblème XI). 75 Emblème XLVI. Aquilae duae, una ab ortu, altéra ab occasu convennmt. « Deux Aigles, l’un de l’est, l’autre de l’ouest, se rencontrent. » Jupiter lance deux Aigles, l’un vers l’est, l’autre vers l’ouest; ils se rejoindront en un même point. Les deux Aigles symbolisent ici les Princi- pes jumeaux de l’Œuvre qui sont représentés dans l’emblème suivant sous une tout autre apparence. Ils sont, dit Maier, les deux Pierres satisfaites de s’assembler. L’Aigle, déclare Pernety, était consacré à Jupiter car le Mercure des Sages est volatilisé, emportant avec lui le Fixe, dès que Jupiter (la couleur grise) succède à Saturne (la couleur noire). (Voir plus loin le 5e emblème du Via- tormm de Maier.) Atalanta fugiens 103
76 Emblème XLVII. Lupus ab Oriente & Canis ab Occidente venientes se invicem momorderunt. « Le loup venant d’Orient et le Chien d’Occident se mordent mutuellement. » « Ceux-cy (qu’Avicenne appelle Chienne de Corassene & Chien d’Arménie) ces deux-cy estans donc mis ensem- ble, dans le vaisseau du Sepulchre, ils se mordent tous deux cruellement, & par leur grande poison et rage furieuse, ne se laissent jamais depuis le moment qu’ils se sont entresaisis (si le froid ne les empesche) que tous deux de leur bavant venin & mortelles blessures, ne soient ensanglâtez par toutes les parties de leur corps, & finale- ment s’entretuans, ne soiet estouffez dans leur venin propre, qui les change après leur mort en eau vive & per- manente avant quoy, ils perdent avec la corruption & putréfaction leurs premières formes naturelles pour en reprendre après une seule nouvelle plus noble & meil- leure. Ce sont ces deux spermes masculine et foeminine descnptes au commencement de mon Sommaire Philo- sophique qui sont engendrées (dit Rasis, Avicenne, & Abraham le Juif) dans les reins, entrailles & des opéra- tions des quatres Elemens. Ce sont l’humide radical des métaux, Soulfre & Argent vif, non les vulgaires, &. qui se vendent par les marchans & apotiquaires, mais ceux- là que nous dônent ces deux beaux & chers corps que nous aymos tât. » (Nicolas Flamel, le Livre des Figures Hierogly- fiques..., Paris 1612). 77 Emblème XLVIH. Rex ab aquis potatis morbum, à medicis curatus sanitatem obtinet « Le Roi malade de l’eau qu’il a bue étant soigné par des médecins obtient la san- té. » Affecté par un excès d’eau, le Boi est devenu pâle et malade. Des Docteurs d’Alexandrie (alchimistes) l’ayant purgé à l’aide de remèdes et de sudations, ont obtenu une guérison totale; le Roi reconnaissant récompense alors ses sauveurs. Une fois la Matière purgée de son excès d’humi- dité et de ses impuretés hétérogènes, elle retrouve « sa santé » et en temps voulu devient la Pierre Philosophale. Elle accorde alors les dons les plus précieux. 78 Emblème XLIX. Infans Philosophicus très agnoscit patres, ut Orion. « Comme Orion, l’Enfant Philosophi- que reconnaît trois pères. » Selon les mythographes, Orion aurait non pas un mais trois pères. La plupart des récits relatent comment Jupiter, Mercure et Neptune exaucè- rent le vœu de leur hôte Hyrteus de lui donner un fils. En conséquence, les dieux urinèrent dans la peau d’une génisse qui fut ensuite enterrée. Neuf mois plus tard, Orion (le nom est un jeu de mots sur le grec ouron, urine) naquit. Maier cite ici Apollon, Vulcain et Mercure comme pères d’Orion, mais comme d’habitude en Alchimie, il faut comprendre les allégories hermétiques se cachant ainsi sous le manteau de ces circonstances contre nature. Le premier père de la Pierre est Apollon, une vertu occulte celeste solaire qui féconde la matière des Philo- sophes et lui donne un fils qui deviendra finalement encore plus splendide que son père. Vulcain, symbole du Feu, est son second père (ou mentor). Son troisième père est Mercure, qui lui prête sa propre Matière volatile (ou mercure). A cette triade l’on doit ajouter (à gauche) l’Artiste attentif qui est un peu comme un quatrième père et (à droite) Mars, dominant tous les autres, dont la pré- sence est indispensable car sans son action le Corps ne serait pas dissous; il est de plus le symbole du Métal qui, joint à la Matière minérale, attire l’influence magnétique de Phanès : Lumière, Esprit ou Feu, personnifié par Apollon. 79 Emblème L. Draco mulierem, & haec ilium mtenmit. stmulque sanguine perfunduntur. « Le dragon détruit la femme, et réciproquement, et en même temps ils sont inondés de sang. » Le Dragon de Feu (Soufre des Philo- sophes) s’unit à la femme (Mercure des Sages). Le Sang du Dragon est dit mêlé à celui de « la Saturnie végé- tale » ainsi nommé car elle est de la race de Saturne; « c’est pourquoi, ajoute Pernety (apportant une informa- tion précieuse qui permet aux Fils de l’Art d’iden- tifier la substance), elle est nommée Vénus par cer- tains ». (Voir le Liber tecretus ou Livre Secret d’Artephius.) 104 • maier Atalanta fugiens
Michael Maier Symbola aureae mensae, 1617 Svmbola aureae mensae duodecim nattonum. Hoc est, Hermaea seu Mercu- rii f esta ab heroibus duodenis selecv.s, arlis chymica usu, sapientia & autho- ritate paribus celebrata, ad Pyrgopolynicen seu adversartum ilium tôt annis iactabundum, virgini Chemiae iniuriam. argumentis tam vitiosis, quam con- vitiis argutis inferentem, confundendum & exarmandum, artifices vero optime de ea méritas sua honon & famae restituendum, ub’ & artis continuatio & veritas invûtîa 36. rationibus, & experientta ïibrisque authorum plus quam trecenlis demonstratur, Opus, ut Chemiae, sic omnibus aliis antiqui- tatis & rerum scitu dignissimarum percupidis, utilissimum, 12. libris expli- catum & traditum, figuris cupro incisis passim adiectis, Authore Michaele Maiero Comité Impérialis Consistant, Nobili, Exempta, Med. Doct. P.C. olim Aulico Caes. Francofurn typis Antonij Hummij, impensis Lucae len- nis. M.DC. XVII. Symboles de la table d’or de douze nations; autrement dit Fêtes d’Hermès ou Mercure célébrées par douze héros éminents, égaux dans l’exercice, la sagesse et l’autorité de l’art de la chimie, et destinées a confondre et à désar- mer Pyrgopolynices, c’est-à-dire l’adversaire qui pendant tant d’années n’a cessé avec ostentation d’attenter à l’honneur de la Vierge Chimie, l’atta- quant par des arguments très vicieux et des insultes tout aussi pernicieuses, afin de rendre véritablement et parfaitement aux maîtres de cet art l’hon- neur et la renommée dus à leurs mérites. La continuité de cet art et sa vérité triomphante sont démontrées ici par trente six-raisons, par l’expérience et par les ouvrages de plus de trois cents auteurs ; Ouvrage très utile aux Chi- mistes ainsi qu’à tous les autres hommes désirant ardemment connaître l’his- toire des choses anciennes et tout ce qui est très digne d’être su, développé et présenté en douze livres avec de nombreuses additions de figures gravées sur cuivre. L’auteur est Michael Maier, Comte du Consistoire Impérial, Gentilhomme Libre, Docteur en Médecine, Physico-chimiste, autrefois atta- ché à la Cour Impériale. Imprimé à Francfort par Antonius Hummius pour Lucas Jennis, 1617 La dédicace à Ernst, comte d’Holstein, Schaumburg et Sternberg, est datée de Francfort, décembre 1616. Après son retour en Allemagne en 1616 (voir p. 60), Maier continua à beaucoup voyager bien qu’étant devenu le médecin personnel de Maurice de Hesse. Malgré l’ouverture des hostilités de la guerre de Trente Ans, Maier continua à publier de nombreux livres et semble à cette époque avoir été en rapport avec beaucoup de per- sonnages fascinants. La dernière œuvre publiée de son vivant, Cantilenae intellectuel- les de phoenice redivivo, parut en automne 1622. Sa dédicace au prince Frédéric de Nor- vège est datée de Rostock, le 25 août 1622. Symbola aureae mensae 105
Certains biographes pensent que Maier mourut à Magdebourg en 1622, mais nous ne le croyons pas. Nous pensons au contraire que Maier sentit alors que le moment propice pour disparaître était venu, et cela pour des raisons philosophiques et politiques. C’est peut-être pouiquoi son der- nier traité datant de 1624 passa pour pos- thume. Ce sentiment, purement subjectif, nous fut en partie inspué par le titre de ce dernier traité : Tractacus posthumus, se je Ulysses; hoc est Sapientia seu intelligentia, tanquam coelesiis scintilla beatudinis, quod si in fortunae et corporis bonis naufragium faciat, ad portum méditations et patientiae remigio féliciter se expédiât. Una cum annexis tractaiibus Fraterni'atis Rosae Crucis. Fran- cofurti 1624. (Traité Posthume, ou Ulysse : c’est-à-dire Sagesse ou intelligence tel le s< intillement de la béatitude céleste, par laquelle si lors d’un naufrage sombrent corps et biens, lui-même arrive à bon port sam et sauf en ramant à l’aide des rames de la patience et de la méditation. Avec un appendice des textes de la Fraternité de la Rose-Croix. Francfort 1624.) 106 • MICHAEL MAJER
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80 Maier invoque, en guise de réfutation des « argu- ments vicieux et spécieux » dirigés contre l’alchimie, le témoignage de ses plus fameux héros de douze pays dif- férents : Hermès l’Égyptien, Marie la Juive, Démocrite le Grec, Morienus le Romain, Avicenne l’Arabe, Albert le Grand l’Allemand, Arnaud de Villeneuve le Français, Thomas d’Aquin l’Italien, Raymond Lulle l’Espagnol, Roger Bacon l’Anglais, Melchior Cibinensis le Hongrois; la liste est complétée, non sans ironie, par la figure d’un Sarmate Anonyme. L’anonymat de ce dernier n’a pas empêché l’artiste de nous en donner deux portraits : celui de la page de t>tre en tous points différent de celui du texte. Nous connaissons parfaitement bien les nombreu- ses difficultés critiques liées aux identités des auteurs alchimiques auxquels la tradition a attribué des œuvres qu’ils n’ont pu avoir écrites. Toutefois, dans le contexte de l’ouvrage qui nous occupe, de telles considérations ne sont ni utiles m pertinentes et risquent de provoquer d’autres confusions. Nous allons donc délibérément trai- ter ces personnages comme s’ils étaient véritablement les auteurs des préceptes illustrés dans ces emblèmes. 81 Les alchimistes ont toujours considéré Hermès Tris- mégiste, « Hermès, Trois fois Grand », comme le père de leur Art qui pour cette raison est aussi nommé la Phi- losophie Hermétique. Hermès est traditionnellement tou- jours représenté de cette façon, .1 indique ici les Princi- pes lumeaux de l’Œuvre, Soufre et Mercure (des Sages), dont le père et la mère sont le Soleil et la Lune joints par l’étreinte des composants jumeaux du Feu Secret. La sphère armillaire qu’il tient en l’air rappelle l’influence .ndispensable de l’agent cosmique mystérieux que le Sujet des Sages doit subir et assimiler avant de deve- nir la Pierre Philosophale. 82 Avicenne est le nom latin d’ABU ALI ibn SINA, un célèbre médecin persan né près de Bokhara en 980. Sur- nommé le Prince des Physiciens, il fut l’un des hommes les plus remarquables de son temps, dont le savoir et le génie couvraient un domaine extrêmement vaste. Il mou- rut en 1037. La Volatdisation du Fixe et la Fixation du Volatd constituent l’ensemble de l’Œuvre. 83 Morienus le Romain, ermite chrétien du VIIe siècle, célèbre dans les Annales de l’alchimie comme précepteur du « Roi Calid », lequel fui en réalité le prince Khalid ibn Jazid ibn Mu’awijah (673-705), illustre représentant de l’alchimie Arabe. Les paroles de Morienus provien nent du Liber de compositione alchymiae, ou De transfigu- ratione metallorum, manuscrit latin traduit de l’arabe en 1182 par Robertus Castrensis (Robert de Chester) et imprimé pour la première fois à Paris en 1559. Morie- nus compare les difficultés du chercheur inexpérimenté à un homme embourbé dans son propre fumic r ou encore à un homme tentant d’escalader une tour sans échelle, et tombant inévitablement sur la tête. Morienus désigne le sol rappelant ainsi que la terre partage avec la Terre Philosophique le même signe spagyrique. 84 Albert le Grand (St Albert le Grand), érudit, savant et philosophe, né Albert comte de Bollstaedt, naquit à Lavingen (Souabe) en 1193. Il entra dans l’ordre des Dominicains à Padoue en 1222. Sa prodigieuse érudition lui valut l’épithète de Docteur Universel, tandis que ses détracteurs le nommaient en revanche le Singe d’Aris- tote. Il enseigna dans de nombreuses universités et fut évêque de Ratisbonne de 1260 à 1262 avant de se retirer dans un cloître à Cologne et de consacrer le reste de sa vie à la prière, l’étude, et la rédaction de nombreux trai- tés. Il mourut le 15 novembre 1280. L’androgyne ou Rebis (la double chose) résulte de la conjonction des Principes jumeaux obtenue au moyen du double médiateur salin ou Feu Secret, symbolisé à la fois par Y et par l’évêque lui-même. 85 Zosimos de Panapolis, une alchimiste grêco-égvp- tienne du IIIe siècle, assimile Marie la Juive à Maria ou Miriam, la sœur de Moïse. De ses œuvres peu de choses subsistent, à part quelques paroles citées par d’autres. Toutefois elle fut une alchimiste remarquable et nous lui devons l’invention du bain de vapeur - connu encore aujourd’hui par toutes les cuisinières françaises et les maî- tresses de maison sous le nom de bain-marie - et d’un appareil alch mique fort subtil nommé le Kérotakis. La Montagne, dans le symbolisme alchimique, est la Materia Prima, qui doit d’abord être réincrudée, « rever- dir », afin de produire les résultats souhaités. La vapeur montant et retombant entre les vases symbolise le procès circulaire de Dissolution et de Fixation (Solve et Coagula), précédant la naissance de la Quintessence - cinq fleurs sur une seule tige. 86 Démocrite, un sage Grec du Ve siècle avant notre ère, fut appelé le Philosophe Souriant, car riant des folies des hommes; il fut avec Leucippe le fondateur de la théorie atomiste. Il voyagea beaucoup et, selon Dio- dore de Sicile, passa cinq ans parmi les Égyptiens qui lui apprirent de nombreux secrets. Il mourut à l’âge de 109 ans. La Vénus des Philosophes est leur sujet qui doit appa- raître dans toute sa splendide nudité. Toutefois son ombre dense formée d’impuretés hétérogènes doit d’abord être supprimée, cette opération nécessite le remède igné offert par Vulcain. Cette analyse est confirmée par le livre fermé sous les bras du Philosophe, symbolisant la matière non ouverte, c’est-à-dire non préparée. 87 Arnaud de Villeneuve n’était pas Français mais Cata- lan. Né près de Valence en 1235, il fut éduqué par les Dominicains. Il étudia la médecine à Naples et apprit de nombreuses langues, entre autres l’arabe. Son génie médi cal lui apporta la gloire et il fut le médecin des papes et 114 • MICHAEL MAIER
des rois. Il voyagea beaucoup et rédigea de nombreux ouvrages. Son plus célèbre ouvrage alchimique est le Rosa- rium p/iilosophorum imprimé pour la première fois à Francfort en 1556. La Pierre est obtenue par l’union incestueuse de Gabri- tius (de l’Arabe al Kibric, le Soufre) avec Beya sa sœur (en arabe al Raida, le Mercure), Principes mmeaux de l’Œuvre. Cette union est symbolisée par le large anneau portant l'Émeraude des Sages. Cet anneau est le Feu Phi- losoohiaue ou Sel, la Fontaine de Dissolution dans laquelle se baignent le Roi et la Reine. Il se compose de deux sels et brûle sans flammes comme la chaux vive. 88 Thomas d’Aquin, fils de Landolfo comte d’Aquin, naquit en 1225 à Rocca-Secca entre Naples et Rome. Il étudia à l’université de Naples puis entra dans l’ordre de saint Dominique. En 1245 il vint à Paris où il devint l’élève favori et le disciple d’Albert le Grand. Admis au grade de Maître en 1256, il retourna en Italie où l’atten- dait une brillante carrière auprès de quatie papes à la Curie Pontificale. Théologien et philosophe, il fut sur- nommé le Docteur Angchque. Son génie et sa sainteté furent rapidement reconnus. Le pape Clément IV vou- lait le faire cardinal puis archevêque de Naples mais il déclina les deux offres. Auteur d’un nombre considéra- ble d’ouvrages, il mourut en janvier 1274. Il fut cano- nisé le 18 juillet 1323 par le pape Jean XXII. L'Emblème illustre son célèbre commentaire sur le troi- sième livre des Météorologiques d’Aristote où il explique la formation des métaux à partir de deux exhalaisons Sou- fre et Mercure : l’une sèche, l’autre humide. Thomas d’Aquin dit que les alchimistes produisent une véritable génération métallique à partir du Soufre et du Mercure en faisant exsuder des exhalaisons vaporeuses ou ignées de certains corps par application d’une chaleur propor- tionnée qui en est l’agent naturel. Mais il signale que la difficulté majeure rencontrée par l’Artiste est l’opération occulte d’une « vertu céleste ». 89 Raymond Lulle ou Ramon Llull, surnommé le Doc- teur Illuminé, naquit à Palma de Majorque dans les îles Baléares vers 1235. Après une jeunesse dissipée, il se convertit en 1266 et fut bientôt convaincu que sa mis- sion était d’évangéliser les musulmans. Il passa neuf ans à s’y préparer, étudiant la philosophie, la théologie et l’arabe, et entra dans l’ordre franciscain. Il fonda une école d’études arabes et écrivit de nombreux traités. Pen dant trente ans il fit de nombreux et lointains voyages, cherchant sans succès de l’aide à ses entreprises. Selon la tradition alchimiste, il fut initié à l’Art Hermétique par Arnaud de Villeneuve dont il devint, paraît-il. le disci- ple. Toutefois le sentiment obsédant de sa mission l’amena à se rendre trois fois à Tunis, deux fois il y fut empri- sonné et la troisième fois lapidé. Secouru par un marchand génois, il fut embarqué sur son bateau mais mourut à bord avant d’atteindre Palma en 1315. L’Emblème représente l’enfant qui, résultat de l’union d’un homme et d’une femme, réclame au départ le sou- fien et l’aide de ses deux parents, ce qui signnie en ter- mes alchimiques que lorsque les Principes sont conjoints, le Soufre, future Pierre Philosophale, naît de leur union, et se nourrira des qualités de l’un et de l’autre. 90 Roger Bacon naquit à Ilchester (Somerset) en 1214. Il semble avoir appartenu à une famille riche ruinée pai les guerres entre Henri III et ses barons (1258-65). Élève du philosophe humaniste Robert Grosseteste, évêque de Lincoln, il entra dans l’ordre franciscain en 1247. De 1234 à 1250 il enseigna à Paris et suivit les cours de Petrus Peregrinus, auteur de l’un des premiers traités sur faimant. Il se consacra à l’étude des sciences de l’alchi- mie, de l’astronomie et des mathématiques. Il rassembla divers livres occultes écrits en plusieurs langues et fit de nombreuses expériences. Doué d'une extraordinaire acuité, Roger Bacon fut en mesure de rejeter la plupart des spéculations absurdes des alchimistes, ne retenant que ce qui est essentiel pour la pratique. Il vécut plusieurs années à Oxford où il fut enterré en 1292. L’Emblème indique que le succès n’est possible que lorsque l’équilibre délicat des proportions des éléments est réalisé. Mais de quels poids parle-t-on? Ceux de la nature ou ceux de l'Art? Malheureusement, les textes alchimiques occultent effectivement la réponse, et la règle doit en être déterminée : les poids de l’Art s’appliquent exclusivement à des corps distincts pouvant être pesés, tandis que le poids de Nature se réfère aux proportions relatives des composants d’un corps donné — comme le Soufre et le Mercure, principes unis dans le Mercure Phi- losophique. « Si les poids de l’art sont connus par l’artiste et rigoureusement déterminés par lui, en revanche, le poids de Nature est toujours ignoré même des plus grands maîtres. C’est là un tel mystère qu’il relève de Dieu seul et dont l’intelligence demeure inaccessible à l’homme. » Voir Fulcanelli, Les Demeures Philosophales, tome II, p. 252-253. 91 Melchior Cibinensis (Nicholas Melchior Szebeni) était un Hongrois de la ville de Szeben en Transylvanie (Hermannstadt en allemand, en roumain Cibiu et en latin Cibir ’im). Vers 1490 il devint chapelain et astrologue à la cour du roi Ladislas II de Hongrie et de Bohême. Il conserva cette fonction sous Louis II puis en 1526 après la mort de celui-ci, il se rendit à la cour de l’empereur Ferdinand Ier où il composa un ouvrage qui analyse le symbolisme alchimique de la Messe Catholique Romaine (telle qu’elle était célébrée avant les scandaleuses réfor- mes effectuées à la suite du Concile Vatican II). Maier souligne le précepte : Lapis ut infans, lacté nutrien- dus est virginalis : « La Pierre, comme un enfant, doit être nourrie du Lait de la Vierge. » Lac Virginis (Lait Virginal) est un terme utilisé par les alchimistes pour désignei l’Eau mercurielle obtenue par la Dissolution de notre Sujet. Symhola aureae mensae • 115
92 Daniel Stolcius, dans le Viridarium chymicum publié en 1624 (sept ans après l’ouvrage de Maier), identifie le Sarmate Anonyme à Michael Sendivogius Polonus. Sendi- vogius était un contemporain de Maier, né en Moravie en 1566, propriétaire d’une maison à Cracovie, et pour cette raison il fut souvent appelé « Le Polonais » (Sarmata ou Polonus). Maier omet sans doute délibérément de le nommer à cause des événements que nous allons relater. Sendivogius devint l’ami d’un Adepte, l’écossais Alexan- der Seton (ou Sethon), connu sous le nom du Cosmopo- lite, qui avait réussi de nombreuses transmutations à tra- vers l’Europe afin de convaincre les incrédules. Vers la fin de 1603, Seton (en voyage de noces) arriva à Kros- sen, résidence de Christian II, Électeur de Saxe. Sa renommée était telle que ce prince le fit mander immé- diatement. Seton envoya son assistant William Hamilton, qui accomplit une transmutation devant toute la cour assemblée. L’Électeur convoqua Seton, et en lui mani- festant son affection, tenta de lui arracher son secret. Le Cosmopolite refusant de le lui livrer fut emprisonné et torturé, mais en vain. Plus mort que vif, il continua à refuser de parler et fut mis au secret dans un cachot. Michael Sendivogius, un gentilhomme étudiant l’Art Hermétique, réussit, grâce à des amis influents, à lui ren- dre visite plusieurs fois. Finalement il organisa son éva- sion et l’emmena en Pologne où le Cosmopolite mourut le jour du nouvel an 1604. Sur son lit de mort il donna à Sendivogius une grande quantité de sa poudre de trans- mutation mais refusa de lu en livrer le secret. Sendivo- gius épousa la veuve de Seton qui lui remit un manuscrit écrit par son précèdent mari, qu’il pub'ia sous un ana- gramme de son propre nom. Ainsi le Novum lumen chymi- cum (Cologne, 1610) lui fut longtemps attribué. Sendivogius, qui se nomma dès lors lui-même le Cos- mopolite, se rendit à la cour de Rodolphe II à Prague, qu’il impressionna vivement en réussissant une transmu- tation, puis après de nombreuses aventures arriva en Polo- gne où il effectua d’autres transmutations pour le roi Sigis- mond III Vasa. Invité par le duc Frédéric de Württem- berg, il l’étonna par deux nouvelles riansmutations. Le duc lui fit conférer le titre de comte de Neidlingen II fut par la suite abusé et volé par un rival, et enfin ruiné par l’extravagance de son style de vie. Lorsque Maier écrivit son Symbola aureae mensae, Sen- divogius avait disparu e* Mater le soupçonnait d’avoir fait passer pour sien le savoir d'un autre. Sendivogius réap- parut à Varsovie en 1625 et mourut, sans un sou, à Cra- covie en 1646. L’Emblème représente Saturne arrosant la Terre por- tant les fleurs du Soleil et de la Lune. La Matière des Sages étant devenue d’abord Soufre Blanc (Arbre lunaire) puis Soufre Rouge (Arbre solaire) est soigneusement imprégnée ou imbibée goutte à goutte afin d’améliorer sa qualité et de multiplier sa quantité. Saturne en est le jardinier afin d’indiquer l’origine et la qualité de l’Eau mercurielle qu’il emploie. n6 • maier Symbola aureae mensae
Michael Maier Tripus aureus, 1618 Tripus aureus, hoc est, Très tactatus chymici selectissimi, nempe I. Basili Valentini, Benedïclini ordinis monachi, Germain, Practica una cum 12 cla- vibus & appendice, ex Germanico; II. Thomae Nortoni, Angli philosophi Crede mihi seu Ordinale, ante annos 140. ab authore scriptum, nunc ex angli- cano manuscripto in latinum translatum, phrasi cuiusque authoris ut & sen- tentia retenia; III. Crenieri cutusdam Abbatis Westnionasteriensis Angli Testamentum, hactenus nondum publication, nunc in diversarum nationum gratiam editi, & figuris cupro affabre incisis ornait operâ & studio Michae- lis Maieri Phi/. & Med. D. Coni. P. & c. Francofurti. ex chalcographia Pauli lacobi, impensis Lucae lennts. Anno M.DC.XVIII. Le Trépied d’or, autrement dit Trois Traités choisis de chimie, à savoir : I. De Basile Valentin, moine allemand de l’ordre des Bénédictins, Livre de Pratique avec douze clés et appendice, traduit de l’allemand; IL De Tho- mas Norton, philosophe anglais, Crois-moi ou Ordinal, écr t par l’auteur il y a cent quarante ans, traduu ici en latin depuis le manuscrit anglais, chaque phrase et chaque maxime de l’auteur étant respectées, III. D’un certain Cremer, Abbé de Westminster, Testament d’un Anglais, inédit jusqu’à aujourd’hui; ces traités sont maintenant édités pour obliger diver- ses nations, ornés de figures gravées avec art sur cuivre, grâce au travail et au zèle de Michael Maier, Docteur en Philosophie et en Médecine, Comte Palatin, etc. Francfort, chalcographie due à Paul Jacob, pour Lucas Jen- nis, 1618. L’identité de Basile Valentin, auteur des Douze Clefs illustrées ici par Maier, demeure une énigme controversée. Nous savons par les ouvrages d’Antonius Guainerius que Basile Valentin vivait vers la fin du XIV' siè- cle. Guainerius étant lui-même mort en 1440, nous pouvons rejeter l’hypothèse selon laquelle Johann Tholden qui publia les œuvres de Valentin en 1590, en aurait été l’auteur. Dans son Currus triumphalis Antimonii, Valentin dit lui-même qu’il vint de Rhénanie (in superiore quoque Germania in tractu rhenano patria mea, p. 21) et qu il passa une partie de sa jeunesse en Belgique et en Angleterre (sicut junior existens in Bel- gio et Anglia observant exacte...). Il devint moine bénédictin au monastère de St Pierre à Erfurt, mais sous un pseudonyme et n’est donc pas répertorié. Toutefois, Johann Moritz Guden note à la page 129 d’Histo- ria Erfurtensis Duderstacb (1675) : « Eadem aetate (scilicet anno 1413) Basilius Valentinus in Divi Pétri monasterio vixit arte ntedica et naturalium indagine mirabilis : « A cette épo- que, en 1413, Basile Valentin vivait au monastère de Saint-Pierre, étonnant par sa merveilleuse connaissance de l’art médical et des produits naturels. » Selon la tradition, son nom d’étymologie greco-latine, Basileus, le Roi et Valons, puissant, signifie le Roi Puissant, expression désignant la Pierre Philosophale. Tripus aureus -117
TRIPVS AVREVS; Hoccft,. TRES T R A C T AT V S CHYMICI SELECTISSIMI, Nempe L BASILII VALENTINI, BENEDICTIN! ORDI- nis mcnachi, Germani, P r a c t i c a vnacum n.ciauibus & appendice,ex Germamco; IL TH.OMÆ NORTONI, ANGLI PHILOSOPHI c R a d e m i fl i (eu ordinale, ante annos 14 o. ab au- rhore icriptum, mme ex Ang'kano tnatiufcnpro in Lacinura translatum, phralfcmuiquc authoris vt ce fentenna retenti; III. CREME RI CVIVSDAM AB3ATIS WEST- monatleiierils Angli TcRamentum, racejmis nondum Dubli- catum, nunc1ndiue.tl2.ru.nl nationum gratumediL', Sc figuriA eupro affabre ineifis ornan opéra &.ftudio MIC.ÈLAILI3 MAIE RI D.Cfm.R. f x A-N <_ O » V K T1 4x Chal<egrapl.‘aPauhIacobi,impcnfisLT«> 1 « >« N J s. "Anno M'DC.’XVIIÏ. 93 Il8 • MICHAEL MAIER
P R A C T I C A C V M D V O D E C I M CLAV1BVS ET APPENDICE, DE MAGNO LAPIDE ANTIQVORVM SapienciiiD,fcrip£a& rcliéta Germ. ^enediÜmt ordinù monacho. TraCtarus Primus. i! f s FRAHÉOfVRTI AFVD IlNNIS. 94 Tripus aureus -119
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124 • MICHAEL MAIER
93 Page de titre. Basile Valentin, John Cremer et Tho- mas Norton, auteurs des trois traités contenus dans le Tri- pus Aureus, dans un laboratoire. L’athanor et son feu sont surveillés par Vulcain lui même, tandis que l’on distin- gue les serpents de Minerve, celui dans l’alambic forme la lettre Q oméga, car le Mercure est l’Alpha et l’Omega de l’Œuvre. 94 Page de titre des Douze Clefs. « Pratique avec douze clefs et un appendice sur la Grande Pierre des Anciens Sages. » L’ironique insouciance des Sages à l’égard de l’identité des auteurs couramment pratiquée dans la lit- térature alchimique est ici à nouveau évidente. Roger Bacon (90) est maintenant devenu Basile Valentin. 95 Première Clef. Le Roi et la Reine, Principes jumeaux de l’Œuvre, sont extraits de leur minerai par Dissolu- tion (solve), le Loup gris de l’Antimoine saute par-dessus le creuset tandis que le Soufre est soigneusement extrait par l’action de Saturne. Interprété d’une autre façon, l’Emblème illustre précisément la première phrase du Liber secretus d’Artephius : Ammonium est de pccrtibus Saturni & in omnibus modis habet naturam eius. « L’Anti- moine est des parties de Saturne ayant en toutes façons sa nature... » 96 Seconde Clef. Séparation et Solution de l’Or Philo- sophique : « une opération », déclare Basile Valentin (dans le Testament), « dont aucun des anciens sages Philosophes ayant vécu avant moi et ayant connu ce Magistère n’a donne de description ». Les opposés (Fixe et Volatil) sont séparés et réconciliés en la personne du Mercure Philo- sophique Ç ou Mercure double - nomme ainsi pour le distinguer du premier Dissolvant obtenu dans le Premier Œuvre. La nudité du jeune dieu signale l’absence d’impu- retés et la couronne sa noblesse. Les deux Caducées ainsi que la Lune et le Soleil représentent son double pouvoir. Au premier plan, les ailes indiquent le but de l’opération : la Volatilisation des parties pures du Fixe. Le Serpent sur l’une des épées indique le Dissolvant et l’Aigle sur l’autre le moyen qu’il faut employer. 97 Troisième Clef. Le Dragon est l’emblème tradition- nel de la Materia Prima, Matière Première ou Sujet des Sages, appelée aussi Pierre des Philosophes. Le renard s’enfuyant avec une poule et attaqué à son tour par le coq symbolise la Fixation du Volatil et la Volatilisation du Fixe : un processus circula're résumé par l’axiome Solve et Coagula, « Dissous et coagule ». 98 Quatrième Clef. La Dissolution - nommée « Mort » par de nombreux auteurs anciens -, est la première et la plus importante des opérations alchimiques. C’est durant cette Mort que la Matière est purifiée par l’Esprit (ou Feu) dont la bougie allumée est le symbole. Le Paon sur le clocher indique qu’à la noirceur de la Putréfaction - un noir plus noir que noir, Nigrum nigrius nigra - succède une gamme de couleurs comparée à la Queue du Paon. L’importance de la Dissolution est de plus encore soulignée par l’Arbre mort (à droite) symbolisant l’état « mort » de la Materia Prima lors de sa première acquisi- tion. La Dissolution, étant la clef ou l’axe de l’Œuvre, ressuscite le mort, ce qui explique la position verticale du squelette et l’Arbre en fleur près de l’église. 99 Cinquième Clef. Vénus, le Sujet des Sages, démon- tre ses qualités merveilleuses, car tout procède d’elle. Le vaisseau semblant émaner de sa bouche et de ses yeux est le plus éloquent symbole du Sal Petrae (Sel de la Pierre) nomme aussi, à cause de sa blancheur, Cristal (de Christou Halas, sel du Christ). « Notre Sel » partage en effet avec le Princine Mercuriel son humidité froide et volatile, et avec le Soufre sa qualité ignée fixe, c’est pour- quoi il est dans l’Œuvre le médiateur entre le Soufre et le Mercure. En outre, le mélange des deux substances sali- nes, ou Sel des Philosophes, est le Feu des Sages qui n’a besoin pour être activé que de l’intervention du Feu Elé- mentaire (à droite). Eros aux yeux bandés démontre néan- moins que le pouvoir magnétique de la Matière suffit à attirer le trait céleste qui est le troisième Feu c’est-à-dire le Secret ou le dynamisme céleste dont dépend l’alchi- mie. Le Lion couronné est un hiéroglyphe du Fixe (Sou- fre des Sages), tandis que le « Soleil dans toute sa gloire » personnifie la perfection de la Pierre Philosophale. 100 Sixième Clef. Mariage - l’indissoluble Union des Opposés - est, comme nous l’avons vu, l’un des symbo- les alchimiques les plus fréquents. Frère et Sœur sont liés grâce au Sel ou Feu Secret (dont il est fait mention à la Cinquième Clef) représenté par l’Évêque. L’Arc-en-Ciel annonce la fin de la noirceur (Nigredo) tandis que la future Blancheur (Albedo) est annoncée par le Cygne qui pré- cède le Soleil. La double nature du Feu Secret est claire- ment révélée par le fourneau ou Athanor, orné d’une tête de Janus. Neptune, symbolisé par son trident, est l’Eau mercurielle qui nettoie la noirceui de la Putréfaction au moyen de Subhmations repétées durant les trois degrés du Grand Œuvre, représentés par les dents du trident. 101 Septième Clef. Le Sceau Hermétique (Sigillum Hermetis) est composé par le Chaos (la Materia Prima) contenant le carré des Quatre Eléments, les Quatre Sai- sons de l’Œuvre. L’Eau (Aqua, c’est-à-dire le Mercure) est à l’intérieur du Triangle du Feu et dans le Sal Philo- sophorum ou Sel des Philosophes. En haut, l’Ange tient la balance (indiquant les Poids de l’Art) et l’épée à dou- ble tranchant du Feu Secret. 102 Huitième Clef. « En vérité, en vérité je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jean, 12.2.) « Sot! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Tripus aureus 125
Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grtin, par exemple de blé ou de quelque autre plante; et Dieu lui donne le corps qu’il a voulu, à cha- que semence un corps particulier. » (I Corinthiens 15.36-38.). De ces textes bibliques est tiré l’axiome alchimique : « Pas de général ton sans corruption préalable. » Le but, Clef de l’Œuvre, est la Dissolution menant à la Putré- faction et précédant la glorieuse Renaissance. 103 Neuvième Clef. La forme de cette figure est celle de l’hiéroglyphe de la Materia Prima Ô. Au-dessus de la Triade, Sel, Soufre et Mercure, et des trois degres de Perfection se trouvent les deux Principes Opposés, Mas- culin et Féminin. Le Corbeau du premier degré de l’opé- ration (Noirceur) est sur les pieds de l’Homme; la Queue du Paon du deuxième degré est sous les pieds de la Femme. Le Cygne correspondant à la Blancheur est au- dessus de sa tête tandis que l’Aigle Rouge est sur la tête de l’Homme. 104 Dixième Clef. Les trois opérations du Grand Œu- vre sont exprimées par une formule énigmatique compo- sée de trois phrases inscrites sur les côtés du Triangle d’Eau : « Je suis né d’Hermogène. Hypérion m’a élu. Sans Jamsuph je suis condamné à périr. » Hermogène, la prime substance mercurielle, combiné avec le second Principe initial, produit un rejeton de qualité mixte : ce rejeton, symbolisé par le Griffon, est le premier pas vers la Pierre Philosophale. C’est pai Hypérion, père du Soleil, que la partie la plus pure, l’âme du Griffon, est capturée tandis qu’elle émerge du second Chaos (le Chaos de l’Art) telle un clair liquide : le Mercure des Sages. Jamsuph est le nom hébreu de la Mer Rouge; et la Mer Rouge, en lan- gage alchimique, est l’Eau mercurielle ou Mercure Phi- losophique, rouge car elle contient sa propre Fixité. Cette dernière phrase fait référence au Feu de la Vie, la Lumière invisible - ou Esprit - sans lequel la Pierre ne pourrait ni vivre ni progresser vers la Perfection. 105 Onzième Clef. Afin de multiplier son poids, son volume et sa Perfection, la Pierre fixée réabsorbe une nou- velle quantité de Mercure, étant par ce procédé redissoute c’est-à-dire « teinte » à nouveau. A chaque Multiplication la vitesse de l’élaboration augmente et son pouvoir décu- ple, mais il faut se méfier de ne pas pousser les choses trop loin par crainte de tout perdre. 106 Douzième Clef. « Tous nos lavages sont faits par le feu, déclare Fulcanelli, toutes nos purifications se font dans le feu, par le feu et avec le feu. C’est la raison pour laquelle quelques auteurs ont décrit ces opérations sous le titre chimique de calcination. » Le tonneau en flam- mes est l’un des plus précieux hiéroglyphes du Feu Secret, indiquant l’origine de cette mystérieuse substance, trou- vée dans les vieux fûts de vin et préparée ensuite selon les règles de l’Art. Le Lion (Soufre) dévorant le Serpent (Mercure) indique la Fixation du Volatil. 107 Voici l’Athanor, le fourneau alchimique. A l'inté- rieur se trouve le vaisseau, avec le serpent symbolisant le Mercure des Philosophes. En dessous, le bestiaire her- métique : le Lion symbole du Soufre Fixe; l’Aigle symbo- lisant le Mercure, la Volatilité et la Dissolution; le Ser- pent, le Dissolvant mercuriel; le Dragon qui est le Sujet de l’Art ; le Corbeau de la Noirceur (Nigredo) ou Putré- faction; le Paon, la gamme des couleurs variées; le Cygne, la Pierre Blanche; et le Phénix symbolisant la Pierre Phi- losophale et la Multiplication. 126 • maier Tripus aureus
Viaiorium, 1618 Michaelis Maieri Viatorium, hoc est De mont i bus planetarum septem seu Metallorum; Tractatus tam uttlis, quant persptcuus, quo, ut Indice Mercu- riali in triviis, vel Ariadenêo filo in Labyrinthe), seu Cynosurâ in Oceano Chymicorum errorum immenso, quihbet rattonahs, veritatis amans, ad ilium, qui in monttbus sese abdidtt De Rubea-petra Alexicacum, omnibus Medtcis desideratum, investigandum, uti poterit. Oppenheimii, ex typographia Hie- ronymi Galleri, sumptibus Joh. Théodore de Bry. MDCXVIII. De Michael Maier, Guide du Voyageur, autrement dit Des montagnes des sept planètes ou Métaux. Traité utile autant que clair qui, comme l’index de Mercure aux carrefours, ou le fil d’Ariane dans le Labyrinthe, ou encore la Petite Ourse dans le vaste Océan des errances Chimiques, peut être uti- lisé par tout amant rationnel de la véi ite pour rechercher la médecine de la Pierre Rouge Eloignant les maux, désirée par tous les Médecins, et qui s’est cachée dans les montagnes. Imprimé à Oppenheim par Jérôme Galler aux frais de Jean Théodore de Bry, 1618. Les planches gravées par Jean Théodore de Bry furent remaniées dans une édition ulté- rieure qui parut à Rouen en 1651. La dédicace rédigée à Francfort en sep- tembre 1618 est adressée au prince Chris- tian Ier d’Anhalt (1568 à 1630). Ce prince épris de musique et féru d’alchi- mie, qui avait à son service le médecin- alchimiste Oswald Croll (ou Crollius), fut l’un des protagonistes de la guerre de Trente Ans. Conseiller de l’Électeur palatin Frédé- ric V du Rhin, il l’encouragea à accepter la couronne de Bohême, et devint le général en chef de ses armées. Le 10 mars 1620, à la bataille d’Egembourg, Christian d’Anhalt réussit l’exploit de vaincre les forces com- binées de Bucquoy et d’Ampierre. Mais, le 8 novembre, les armées impériales allaient à leur tour défaire ses troupes à la bataille de la Montagne Blanche. Cette terrible défaite, qui provoqua la fuite précipitée, l’exil, et la ruine de l’Électeur palatin, allait mettre un terme au rêve politique des Rose- Croix qui voyaient en Frédéric V un futur empereur protestant. Viatorium 127
1 O + ut f Vnnil-Uidl Ml CHAELIS MaJERI fritrnt.ami hoc eft DE M0NT1B7S PLANETAR7M Jeptem feuMetallorum > Tractatus ramutilis,quàmperfpicuuu, quo,ut Indice Mercuriali in triviis,vel Ariadnêo filo in Labyrinthe,lèuCyno- (tira in Oceano Chymicorum errorum immenfo,quilibet rationalis,veriratis a- mans,ad iilum,qui inmontibusfefe ab- didit De Rubea-pctra Alexicacum, o- mnibus Medicis deliderauim, invcfti- gandum,uti poterie. OPPENHEIA/II Ex typographia Hieronymi G alleri, SumptibM Joh.The odori de Bry. M DC XV LU. 128 • MICHAEL MAIER
Viatoriiim 129
130 MICHAEL MAIER
Viatorium -131
108 Les correspondances traditionnelles entre Métaux et Planètes ont induit maints chercheurs (ainsi que la plu- part des historiens) en erreur. Maier nous offre, charita- blement, un nouvel ensemble éclairant de correspondan- ces. Il faut tout d’abord examiner la relation entre Mars et Vénus (à qui est attribué le hiéroglyphe Ô ); Vénus porte de façon révélati ice un cœur enflammé. Basile Valentin, parlant du « Sulfure de Vénus » ou « Soufre de Vénus », dit de la Teinte et de la couleur de son corps qu’elles sont presque semblables à celles du Soleil qui, de par son abondance (ou intensité) est presque rouge. Malgré tout, son corps étant lépreux et malade, la Tein- ture fixée ne résiste pas. La mort de son corps entraîne la mort de la Teinture à moins qu’elle ne soit jointe à un Corps Fixe, où elle tient en permanence. Toutefois Mars possède les qualités requises et prouve qu’ « Arès (Mars en grec) est plus puissant qu’Aries (le Bélier) ». 109 Le Combat entre le Fixe et le Volatil (Principes jumeaux de l’Œuvre) dont la double mort et la Putréfac- tion qui s’ensuit, donne naissance au Premier Mercure. 110 Agathoclès, tyran de Sicile, fit fondre un vieux pot de chambre en or puis il fit mouler une idole de Jupiter à laquelle ses sujets rendirent un culte. Alors il leur révéla la provenance originale de la matière, se moquant ainsi de ceux qui avaient raillé ses humbles origines (il avait été potier avant son accession au trône). Cette obscure allégorie fait allusion à l’origine vile de la Matière de l’Œuvre, laquelle provient d’une substance que l’igno- rant considère sans valeur. La statue faite à partit du pot de chambre fait aussi allusion à l’origine du mystérieux Feu des Philosophes, composé en partie par une subs- tance que l’on peut trouver dans les latrines et les vieux tonneaux. 111 Démocrite, visitant l’Égypte « mère de toutes les Sciences » rit fort des allégories incomprises des prêtres. Il étudia l’anatomie de l’homme et des animaux. Le Camé- léon et le Crocodile, explique Maier, retinrent tout par- ticulièrement son attention. 112 Mucius Scaevola poignarde le secrétaire du roi Lars Porsenna, qu’il confond avec le tyran. Ceci indique qu’une substance autre que l’or royal est dissoute (plus par choix que par erreur). L’assassin est Mars, la victime est la Terre Philosophique Ô. Ces deux derniers sont les Principes jumeaux comparés par Avicenne à la chienne de Khorassan et au dogue arménien. 113 Le vol des deux Aigles lancés de Delphes par Jupi- ter afin de prouver que ce lieu est le centre de la terre, semble aussi incongru que la présence du navire de Magellan ayant fait le tour du globe. En fait l’île sur laquelle se tient Jupiter est Delos (voir Atalanta Fugtens, Emblème XLVI, 75) presque entièrement recouverte par les flots à l’époque où Latone y accosta pour donner nais- sance à ses jumeaux Diane et Apollon, la composition ren- voie donc clairement à la Coagulation ou Naissance du Soufre qui apparaît d’abord comme la peau sur le lait. Hermès décrit ainsi cet événement : « Voyant cette Eau qui après avoir peu à peu épaissi, commençait à durcir, je me rejouis car je savais que je trouverais certainement ce que je cherchais. » Le navire indique la présence du Rémora (nommé échénéis en grec), le poisson qui, selon les auteurs hermétiques, pouvait arrêter un vaisseau en plein milieu de sa course : autre allusion à la Fixation. 114 Androclès et le Lion. Cette histoire très connue fut d'abord racontée par Aulus Gelle, auteur latin du IIe siè- cle après J.-C. L’homme soulage le lion et le lion plus tard sauve l’homme : le sens secret est que la connais- sance de la Pierre des Philosophes - qui, comme le lion souffrant, appelle au secours - conduit l’Artiste à la « soi- gner » selon les règles de son Art. Transformée alors en Pierre Philosophale, elle apporte à son libérateur santé, opulence, sagesse et longévité. ijl • maier Viatorium
Johann Daniel Mylius Opus medico-chymicum, 1618 loannis Danielis Myhi Vetteram Hassi M.C. Opus medico-chymicum : Con- tinens très Tractatus sive Basihcas : quorum prior inscribitur Basilica medica, secondus Basilica chymica, tertius Basilica philosophica. Francofurti, apud Lucam Jennis, 1618. De Johann Daniel Mylius, de Wetrer, Hesse, Candidat en Médecine : Ouvrage médico-chimique, Contenant trois Traités ou Basiliques : le pre- mier est intil ulé Basilique médicale, le deuxième Basilique chimique, le troi sième Basilique philosophique. Francfort, chez Lucas Jennis, 1618. Cette œuvre colossale d’environ trois mille pages, divisée en trois parties, se termine par un index que Lucas Jennis publia à part en 1630. Les trois traités possèdent des pages de titre distinctes avec des vignettes tirées des Douze Clefs de Basile Valenlin (déjà parues dans le Tnpus Aureus de Maier). Il y a dans ces volumes une richesse iconogra- phique considérable mais, désireux de nous en tenir aux emblèmes hiéroglyphiques de notre Jeu d’Or, nous ne reproduisons ici que la page de titre, le portrait de l’auteur et les emblèmes symboliques du traité Basilica Philosophica, tous gravés par Matthâus Merian. Cependant, nous signalons à tou tes tins utiles les belles planches représen- tant l’équipement de laboratoire au livre II des Bas'lica Philosophica. Le troisième livre des Basilica philosophica contient les « Sceaux des Philosophes », cent soixante Emblèmes Hermétiques attribués aux héros de l’alchimie, historiques et mythiques, célèbres et anonymes. Compo- sée et librement adaptée à partir de sources diverses provenant de manuscrits et de gra- vures déjà publiés, l’iconographie de ces « Sceaux » constitue un extraordinaire réper- toire du symbolisme alchimique; l’associa- tion de devises et d’images dans ces emblè- mes en miniature devait avoir une fonction à la fois didactique et mnémonique. Les « Sceaux » furent insérés ultérieure- ment dans le Dyas chimica ti ipartita... publié en 1625 par Lucas Jennis. Deux ans plus tard Daniel Stolcius fit paraître son Honulus hermeticus (1627), un livret entiè- rement consacré à ces emblèmes, imprimés en quatre par page, avec une transcription de chaque devise et des commentaires ver- sifiés. Cet ouvrage, également publié par Jennis, a induit en erreur plus d’un auteur qui en attribue leur composition à Stolcius lui-même. Johann Daniel Mylius (1585 - après 1628?) naquit, comme Oswald Croll, à Wet- ter dans la Hesse. Il écrivit de nombreux ouvrages sur la médecine spagyrique et la Philosophie Hermétique, mais les détails de sa vie restent mystérieux. Même Johann Christoph Mylius, biographe d’un nombre incalculable de porteurs, mémorables ou non, du nom de Mylius ou Müller, le délaisse « par manque de place » dans son Historia Myliana (léna 1751-52). Dans cet ouvrage, Johann Christoph promettait de joindre une biographie fùture du prédicateur de la Réforme George Mylius, celle de la vie de Johann Daniel, mais cette œuvre semble malheureusement n’avoir jamais paru. Mylius jouissait du patronage des diri- geants du parti protestant, Maurice et Fré- déric Henri de Nassau à qui il dédia sa Phi- losophai Reformata. La principale épître dédicatoire est adressée à Dieu-Tout- Puissant et se termine avec le souhait que les cœurs des lecteurs malveillants puissent être convertis, il est signé Ego, Homo. Opus medico'chytricum -133
134 ’ JOHANN DANIEL MYLIUS
Opus medico'chymicum -135
I 36 • JOHANN DANIEL MYLIUS
Opus medico'chymicum -157
138 • JOHANN D4J®L mylius
Opus medico'chymicum -139 X\"^ Gf uz/lc Qjs . j -V Z. Terra, d-iLte m crut ituuàsetTitcud, et Tiiehfcecran-tjû^er G en TV. 4-. £r <Lt u/Jit Lurent il Tenetnt V. J ~ L^eiUudjt LucT DT et Tênelt no etc ! fa-é ta-cR e(l VeT et Marie Die s unus . Gcn i.^P. T. Dtxitif} Dciefjiat Lux, etjïicid. 4*. Lt Vilit De us Lu - cem, quoi Lna effet Gen; i .V.z. Lt S^irit9 Donwn férrkatur fuver /duos. (,cn. 1 v 6.DtxttquoqfteDens, fiat firmamentu tn rr>ed‘O A quarum. F.tdiutdat /quas ab jtqiiu. v. 7 Et feett Deus Firmamentum . dtuifitque a- qua. > qua erant jub Ftrmamento, ab ku qut étant jtifer firmamentum Etfaüum t(l ira. v. 8, Votauttq; Deu> Firmamentum ttxlufn, &fd- Sium& mnntdiesfecundui. Gcn 1. v 9.Dtxif vero Drus , eonf re'gtntur a?;<<• Gin i.* 1+ Dixit a-ercmDev Fiant Laminaim G n i v, 10. Dixu ena,> D eitt,pr usine ant aq ut que fubcatlo (nntin locum vniim.fa apparent Anda, ! tn frnummt la i.fr •butdar-t diem ac noflem Ô> reptile anima •viurntu, & volai îlejitper terramjnl Ftfaâum efl tta v-1 o, Etvorauit Deto» andm,terram. eongrega tiane/que aquartem appellauit Marta Et vtdit Dites quodeffe bonum. v.li. Et eut, Germrnet terra herbam z'ir-nteti,^ ........ ........ ... ..^ ..............v, prteffet n-'Fhi^rfiellai v.lJ.Erpo.uiftiu Deus in Firmameniocaeli.vt lu- cerent jtt •( rr*>am fat tentent femen.^r lignum pnmiferum. fn'iens /ru- c?um,tuxta genn* (uum , tutus jernen m jemcttpqo fît juper terrain. Ft fallu me fl tta v ti. Ff protubt terra herbnm virentem , f**fu eienttm fernen tuxta genu* futtm. lignumqtee Fartent fruiïum & habent vnumqiiodque .emrntem 'ecttn- dum (portent fuam. Et vidit Dettequodtfet bonum r. 1 J. El Fallut» e/l ve/pere & maae Dus tertuti. firmamtato cah. v.zi. C.reaitttque Deturete grandi» & omnem a nimam •viuentem arque moiablicm.quam produite ! v4f. Vf L-<reant tn ri ’m-imcntoetxli, & illumi- nent ter ram. F r taêî.< n; < Il t’a v.i<». Fret! que Dett'd-fi' T uminarta niannts. Z./<- rantaqnam fyities(uns & omnt vdatile Jecundun. gentte fieum. Ft Vidit Dcn* quod e(fttbr'num. v il RenedtXtw.. eu, dirent, Cre ttte frmultiplt- camim, & replete tiquas maris :auc j j«e mulltpltCen- tur tuper terraf'i. 'i.i'y.kt fatlutn efl Ve litre (L mane dies quitituS. e Gcn i v 14. Dixtt quoque Dew, produeatterr» i antmam viueHtem tagenert juo, turnenta,& reptika, befttoe terra fetundum fptetesjuns. Faâtimq efi tta. v.if. Etfeett Deut brjiiiu terra tuxta/petitsfutu, tumenta^ omne reptile terrai» Rentre juo. Et vidtt . Dette quodeffet bonum v 16. Etait, Faciamuo bomtnem ad Imaginent^ ftmilitudinemnofirafn,& prtfitpi/ctbut rnuru.^va- lattltbuecali.tpr be/lttf, vntuerjique terra, emntqxe repttli quodmouetttr mterra. v.17. Et creauit Detu bemmemad îmagtnem^g (smilttudinem /uatn: adtmagtntm Dtt creautl tSut», Majcttlum 0s Faemmam ereautt eos. v.48. Benedixtiquetllx Dew, &attCrefcite, & mtelnplitamint,^repltte terram.tfyjubtictte eam. dominamtntptirtbut maru^valattlibM roelt.^rVni uerfit antmantibus qua mettentur (upra terram. v i^.Dixnqttt DeW.tccededt'uobuomnefnbetbatft rfferen'em’emen juper terram , ^vntueriahgnaqM habent tn itmeiipfts Jetneniemgenertsfut Vt fint vobtt tn e ram. v. ;g. EtrunHn antmantibutterra, omaïque Volih rrtttrli.^pvntucr/isquim-'uentHrtnferra , & tn qui- bus e/J anima viuens,vt hnbeant advefeendum. Etfa- lum eff ita v jt Vtdtiqtie Dfifacun'l.t lutfeeerat erant val le b »a Et fa ‘fum r(l vr.p'rc mant Diet/extm
t40 • JOHAJIN DANIEL MYLIUS 121-136
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14-2 • JOHANN DANIEL MYLIUS I53-168
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rai 201-216 Opus maüeO'chymcHm • 145
146 • JOHANN DANIEL MYLIUS 217-232
253-248 Opus medico'chymicum 147
Testamentvm Pï tkdqorœ rluLy^lucü., T\ RBA PHILOSO- plwrwn AC favicntum. . Avthor Specva h cliymiccc ai fis . AvthorviæUnî 249-264 148 * JOHANN DANIEL MYLIUS
AVTHOR DE(Jy]N tu £ fftnita Vint. . Avt H OR JLvc IS Lv, ccntis iritcrubrif . AvthorHorti \uitMrnm hipimtlCC- AvCTOR PROCJE5/,. Jus ^TincturizPkilo/'' Alleujrja Aris AvTHORÆNrG lu> 'pa.rnboltC-H. matwn ch :mta^ SVMA ItXTVA lis PktloiaphcctL: Codexvlrita . tis île Lij teniuiphilûj^.ud <; J ' A AA Clangor BvccinæI Avtuor DE L APlDt ÔWaIdvî ÇROLL.I Phtli'/ajjhùa^ Iohan Daniel Myli vf V? t ewt^fapienhcc philafc pkuit Ùifapulus 265-280 Opus medico'chytnicum 149
115 Flanqué d’Hermès et d’Hippocrate, le glyphe de Mylius de correspondances triples ou quadruples a en son noyau la Terre Adamique. Quatre emblèmes représen- tent les Eléments. Le Feu (Salamandre) est le séjour des Étoiles : « en haut comme en bas ». L’Air (Phénix et Crapaud) est la demeure des Éléments : « Par la conver- sion des Éléments (et) la Triple Purification laisse l’un être fait. » L’Eau (Sirène) est le royaume des Minéraux : « Toutes choses naturelles sont dans le Soleil et le Sel. » La Terre (Lion et Dragon) est la demeure du Micro- cosme : « Sépare-les et amène-les à maturité. » 116 La gravure de Merian représente Johann Daniel Mylius en 1618, âgé de 33 ans, entre un laboratoire et une bibliothèque. « Lecteur, veux-tu avoir le miroir de Paracelse et de Galien? Vois, Mylius est certainement pour toi le miroir des deux. » 117 Du Saint Mystère de la Trinité, la Divine Intelli- gence, telle une lumière raaieuse, descend à travers le Monde Archétypal et les trois chœurs successifs de la hié- rarchie céleste : Séraph ns, Chérubins et Trônes, Domi- nations, Princes et Puissances, Vertus, Archanges et Anges. 118 Le Monde des Éléments : sont montrées ici toutes les correspondances entre les signes du Zodiaque, les Mois de l’année, les Organes humains, les Vertus, les Métaux, les Minéraux, les Éléments et les Anges. Le douzième anneau proclame : Trois sont les Mondes, Trois sont les Ages, Trois sont les Royaumes, Trois sont les Principes. Dans l’anneau suivant se trouvent les noms de douze sciences, l’alchimie incluse. La Nature a un anneau contenant six étoiles, rappel de l’Étoile à six branches qui plane sur la Nuit de l’Œuvre comme l’étoile de Beth- léem Au centre se tient l’Homme purifié, ou Sujet de l’Art, gardé par deux Anges. 119 Dans cette magnifique composition signée par Merian, les correspondances du Macrocosme et du Micro- cosme sont superbement symbolisées. En haut, la Sainte Trinité et les Anges de Lumière influençant le Zodiaque ; en dessous le Corbeau du Nigredo, le Cygne àiAlbedo, le Dragon Sujet de l’Art, le Pélican (Mercure) et le Phénix (Soufre). Toutes sortes de combinaisons des contraires complémentaires, tels Soleil et Lune, Mercure et Soufre, sont subtilement représentées ici. Le personnage central symbolise la puissante Unité indissoluble de la Pierre d’Or. Voir le Psaume 104, qui accompagne cette plan- che dans le Musaeum hermeticum (1677) ainsi que le texte de la Table d’Émeraude d’Hermès (8, p. 36) qu’elle illustre. 120 Le récit biblique de la Création est considéré par les alchimistes comme un modèle de leur propre « re- création » microcosmique, et chaque degré reçoit une interprétation complexe qui peut être très brièvement résumée ainsi : De l’Unité Divine procède l’Esprit, Feu ou Lumière, qui se matérialise dans la diversité de la Matière. En isolant et en purifiant ses principes essen- tiels, l’Altiste sauve la Matière victime des conséquen- ces de la Chute succédant à la création de la race humaine. LES « SCEAUX DES PHILOSOPHES » 121 Hermès Tnsmêgiste, l’Égyptien : Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. 122 Adfar l’Alexandrien, professeur de Morienus : Dans notre union le Soleil est le Père tandis que la blanche Lune est la Mère. 123 Calid, roi saracène d’Égypte, disciple de Morienus : Celui qui vient en troisième après le Père et la Mère est le maître du Feu. 124 Marie la Juive, sœur de Moïse : Deux fumées se mêlent l’une à l’autre et l’herbe des montagnes les absorbe toutes deux. 125 Cléopâtre, reine d’Égypte : Le Divin est caché au peuple selon la Sagesse du Seigneur. 126 Medera, femme alchimiste : Qui ne connaît pas la Règle du vrai ignore le vase d’Hermès. 127 Thaphuntia, femme philosophe . Mariage de deux gommes, la Blanche et la Rouge. 128 Euthica, femme philosophe arabe : Ce qui lutte contre le feu est le Soufre, ce qui l’entretient est le Mercure. 129 Calid le Juif, fils de Gazichus : La faculté de créer provient de l’adoration de Dieu, non de ta force. 130 Musa, de l’école de Calid : Les maîtres des hom- mes pieux sont les médiateurs de la Sagesse Divine. 131 Démocrite, Alchimiste grec : L’obscurité du corps solide est éliminée par le remède igné. 132 Pythagore, Philosophe grec : Dans la nature tu dois étudier ce à partir de quoi Dieu créa toute chose. 133 Anaxagore, Philosophe de Clazomène : Le Soleil ardent, l’âme de la Lune, l’esprit en leur milieu ne sont rien d’autre que Mercure. IJO • JOHANN DANIEL MYLIUS
134 Zamolxis, compagnon de Pythagore : Avec Dieu et la piété comme compagnons, je parviens aux régions éle- vées par des chemins étroits. 135 Héraclite, Philosophe : Le Feu est le piincipe de toutes choses. 136 Apollonius de Tyane, Philosophe : Nul n’est pro- phète en son pays. 137 Michel Psellus, Philosophe : Âme et Nature font descendre Dieu des cieux 138 Morienus, Philosophe romain : C’est dans le fumier de notre putréfaction que se trouve le commencement et la cause sine qua non. 139 Avicenne, Philosophe arabe : L’Aigle volant dans l’air et le Crapaud avançant sur la terre sont le Magistère. 140 Geber, Philosophe arabe : Dans le soleil et le sel toutes choses sont situées par nature. 141 Artephius, Philosophe arabe : La Sagesse du Monde s’occupe de trois choses, l’Âme, le Corps et l’Esprit. 142 Alphidius, Philosophe arabe : Ce n’est pas acheté à grand prix mais jeté sur la route pour le riche et le pauvre. 143 Gilgil, Philosophe maure : La Nature ne produit pas la Teinture sans Soufre et Vif-argent. 144 Hamuel, Philosophe : Raison et expérience cons- truisent l’Œuvre sur un fondement ferme et stable. 145 Senior, Philosophe : La génération du Fils L unaire est plus forte que toute sa parente. 146 Rasis, Philosophe : La Gomme coagule le Lait et notre Lait dissout la Gomme, de là viennent la Rougeur et le Sang Oriental. 147 Rosinus, Philosophe : L’ignorant frappe, en toute ignorance, la coloquinte et il espère en tirer du miel pour le malheureux. 148 Le Philosophe de Massara : La saleté de la Pierre fait que les hommes l’estiment peu au lieu de la mettre de côté. 149 Mitigo, Philosophe : Bien que méprisée par les bêtes et les hommes, la Pierre est cependant aimée par le Sage. 150 Malus, Philosophe : Cette Pierre est au-dessous, au- dessus, en face et autour de toi. 151 Dante, Philosophe : Préparez et dissolvez les Corps et de cette Eau imbibez les Esprits purifiés. 152 Galienus, Philosophe : Préparez, purifiez, dissol- vez, coagulez les Corps et jetez-les sur le Corps. 153 Mahomet, Philosophe : La Pierre très nécessaire à cet Œuvre vient de la Matière animée. 154 Hercule, Roi, Sage et Philosophe : Le magistère vient d’une seule racine, se développe en plusieurs et retourne à l’unité. 155 Arsianus, Philosophe : Notre Eau l’emporte sur notre Terre en ce qu’elle est propre, grande et claire. 156 Datin, Philosophe et Chimiste : Rouge, notre Laton est inutile, devenu blanc il a beaucoup de force. 157 Euthices, Philosophe : Nous avons supprimé la Noirceur avec du sel de Natron et de l’Almizadir et fixons la blancheur avec du Borax. 1 58 Adarmath, Philosophe : Le principe de cette chose dépasse sa fin et sa fin dépasse son principe. 159 Azinabam, Philosophe La Matière Philosophique est par sa nature nommée Vulphi, c’est-à-dire Animal. 160 Elbo, Philosophe et Assassin : Blanchissez Laton et déchirez les livres afin que vos coeurs ne soient point corrompus. loi Ademarus, Philosophe : Quoiqu’il soit purifié, su- blimé, extrait et fixé, il n’est toutefois ni répandu, ni péné- tré ni mélangé, mais il est vitrifié. 162 Belinus, Philosophe : Mon père le Soleil a toute la puissance dont le monde entier est en quête. 163 Albugazal, Précepteur du Philosophe Platon : Celui qui est Saturne me détruit, mais non ma nature. 164 Hélisardes, Philosophe : Sur la voie du Magistère, celui qui observera noms et couleurs ne déviera pas. 165 Platon, Chimiste : D’abord l’œuf périt, puis le pous- sin est engendré, une fois l’œuf corrompu naît l’animal. 166 Yezid de Constantinople : Notre Pierre est une chose que le Feu n’a pas touché et de laquelle sort notre Mercure. 167 Galud, Roi de Babylone : 1 - Le rôle de Saturne est de décomposer et d’escamoter le Soleil. 2 - La recom- position prend quatre nuits. Opus medico'chymicum -151
168 Sénèque, Philosophe : Le Feu est avantageux pour ce qui est parfait et désavantageux pour ce qui est cor- rompu. 169 Albert le Grand, Évêque et Chimiste : Non par mon savoir, mais par la grâce du Saint-Esprit 170 Bernard, Comte de Trévise : Une solution perma- nente de semence mâle et femelle engendre une nouvelle espèce. 171 Basile Valentin, Moine : L’or est le Père de la Tein- ture, le Vif-argent sa Mère, Mercure son Grand-père, l’Eau mercurielle sa Grand-mère. 172 Alanus de Lille, Philosophe : Celui qui connaît 2 et 7 sait tout ce qui peut être su. 2 et 7 sont les poids chimiques. 173 Arnaud de Villeneuve, Chimiste : Si la maladie dure un mois, elle guérit en un seul jour, si elle dure un an, elle guérit en douze jours. 174 Pierre de Villeneuve, frère d’Arnaud : Cette méde- cine supérieure à toutes les autres et à toutes les riches- ses du monde doit être recherchée dans la citadelle. 175 Vincent de Beauvais, Moine : L’Élixir est nommé une pierre car il est moulu et une non-pierre car il est fondu et va au feu sans s’évaporer, comme l’Or. 176 Jean de Padoue, Philosophe : Les eaux possèdeni des vertus merveilleuses et innombrables. Rien n’est plus merveilleux que l’Eau de ce Bam. 177 Jodocus Greverus, Chimiste : Le Soleil prend tou- jours Mercure pour compagnon, la Lune reçoit son éclat du Soleil. 178 Auteur du Rosier des Philosophes : L’un court vers l’Est, l’autre se hâte vers l’Ouest. 179 Auteur du dialogue fraternel entre l’Or et la Pierre : La Pierre faite d’or est un ver vénéneux : témoin le Mer- cure fait d’or vulgaire. 180 Auteur des Rimes Philosophiques : Tu visiteras l’inté- rieur de la Terre. 181 Isaac et Arnaud, Philosophes : Dieu a donné deux pierres, la première blanche, la seconde rouge, gratuite- ment et pour rien. 182 Philippe Théophraste Paracelse : Telle est la méde- cine, tel aussi devient l’or. 183 Isaac Le Hollandais l’Ancien : Voici la Matière qui à la fois contient du vif-argent et la Fulguration. 184 Isaac Le Hollandais le Jeune : Voici les fleurs qui se cachent parmi tant de chardons et d’épines. 185 Jean Pontanus, Philosophe : Ce feu sans flamme, m us non sans lumière, est difficile à découvrir. 186 Nicolas Flamel, Français : Celui qui a bien vécu ne peut en aucune façon mal mourir. 187 Denys Zacharias, Philosophe : Cet Art, détenu par la puissance de Dieu, est funeste au commun. 188 Jean Fernley Ambiensis : Il appartient aux Sages de rechercher de plus hauts secrets des choses éternelles en élévant leur esprit et leurs yeux. 189 Guillaume de Paris, Philosophe : Ce savoir requiert un vrai Philosophe, non un fou. 190 Jean de Meung, Philosophe : Pouvoir et Vouloir tout en tout ne dépend pas de la seule activité de l’homme, mais de la main de Dieu. 191 Christophe de Paris, Chimiste : Ici est le Frère, là la Sœur, ici le Mari, là sa Femme, ici le Fils, là la Mère. 192 Guido de Montanor, Philosophe : La conjonction finale est celle des Quatre Éléments et ceci se nomme la Philosophie quadruple et spirituelle. 193 Philippe de Ravilasco, Philosophe : Par la putré- faction il meurt en tant que corps, par une nouvelle végé- tation, il naît en esprit. 194 Gratianus, Philosophe Chimiste : Toutes les cho- ses peuvent devenir cendre; de la cendre vient le Sel; du Sel, l’Eau; de l’Eau le Mercure; du Mercure, l’Or. 195 Raymond de Marseille, Philosophe : Nous savons qu’il existe des choses profondes dans la Nature, sous la terre et qu’il faut chercher dans les minéraux et nulle part ailleurs. 196 Jean d’Autriche, Philosophe : Toute composition et génération se fait à partir des quatre éléments simples. 197 Étienne, Philosophe Chimiste : De l’homme ne sort que l’homme et de l’animal naît son semblable. 198 Daniel, Philosophe, dans ses Palinodies : Plus le métal cuit, plus il noircit et devient de l’eau spirituelle. 152 • JOHANN DANIEL MYLIUS
199 Valerandus de Bosco, Philosophe : Plus le métal cuit, plus il rougit et devient la teinture de rougeur. 200 Jean de Sacro Bosco, Philosophe : Plus le métal cuit, plus il épaissit et devient la teinture de blancheur. 201 Thomas d’Aquin, Chimiste italien : Comme la nature, l’Art produit des métaux à partir du Soufre et du Mercure. 202 Petrus Bonus de Ferrare : De l’Ame vient le début et le premier mouvement et même tout ce qui arrive, du Corps vient l’exécution. 203 Pierre de Zalento, Philosophe et Chimiste : Le fer- ment est le moyen de la conjonction. S’il est employé au début ou au milieu, l’Œuvre est conduite à son achè- vement. 204 Jean Aurelius Augurellus : Celui qui me délivrera de l’Eau et me ramènera au sec, je le bénis comme un bienfaiteur. 205 Marcellus Palingenius, Philosophe : Prenez et tuez Saturne en l’immergeant dans des Eaux amères. 206 Jean de Rupescissa, Philosophe : La Pauvreté enseï gne tous les arts et le ventre est dispensateur d’inventions. 207 Augustin Pantheus, Prêtre Vénitien : Voici le tri- ple père créé par le sel, dirigé par l’artiste et éduqué par Vulcain. 208 Aloysius Marlianus, Philosophe : L’Or est produit à partir du Soufre et du Vif-Argent en peu de temps dans le feu. 209 Jean Lacimus, Philosophe : Comparées à la chimie, les sciences des arts sont comme des servantes devant une maîtresse. 210 Jean Chrysippe de Fano ; L’opération cachée de la puissance céleste est la minière des sages philosophes. 211 Jean Theobanus, Philosophe : Dans la Rougeur, j’ai contemplé la forme du Feu, dans la Transparence la forme de l’Air, dans la luminosité la forme de l’Eau. 212 Ludovic Lazarellus, Philosophe : Ce que nous voyons et avons fait avec l’aide de la Nature est le parfait Élixir. 213 Effarius, le Moine, Philosophe et Chimiste : Le but des Alchimistes est de transmuer les métaux imparfaits, véritablement et non de manière sophistique. 214 Cardinal Gilbert, Philosophe : Celui qui ignore la destruction de l’or ne peut qu’ignorer sa construction selon le déroulement naturel. 215 Jean d’Aquin, Philosophe : Il est plus facile de pro- duire l’or le plus pur que de le détruire. 216 Raymond Lulle, Philosophe : Le corps de l’enfant issu du masculin et du féminin accède à l’acte. 217 Aegidius, Maître de l’Hôpital de Jérusalem : Il se nourrit d’aliments sans valeur, comme le fœtus dans la matrice se nourrit de menstrues. 218 Auteur de V Abrégé du Rosier : Il y a quatre Princi- pes, quatre Couleurs, quatre Feux, trois intermédiaires. 219 Le Prieur d'Alexandrie, Philosophe et Chimiste : Un feu tiré des rayons du Soleil comme le Feu Élé- mentaire. 220 Cardinal Garcia, Philosophe : La forme de l’année descend des astres comme la férule de Prométhée vient aux mortels. 221 Hugo Apostolicus, Philosophe : Voici le sommet du Magistère pour que l’ombre mortelle soit écartée du rayon. 222 Pierre, Moine et Philosophe : Ce petit rayon igné habite dans la terre et l’eau ne peut l’éteindre car il est céleste. 223 Durandus, Moine et Philosophe : La Pierre est d’abord un Vieillard blanc puis un Jeune Homme roux et un Enfant couleur de sang. 224 Évêque Androicus, Philosophe : Voici la flamme, voilà l’huile, voici le cheval, voilà le poulain, voici le chien, voilà le l'èvre. 225 Évêque Donrnicus, « Des Poids » : Rends l’or vivant par sublimation, verse-le sur le Sel et place-le dans le fumier à l’intérieur d’un vase solide. 226 Dominicus l’Apôtre, Chimiste : Il y a deux Matiè- res, l’une pour brûler, l’autre pour durcir. 227 Jean Dastin, l’Anglais : La nature accepte avec reconnaissance tout ce qui agrée à Dieu. 228 Roger Bacon, Philosophe anglais : Réalise l’équi- valence des éléments et tu auras le Magistère. 229 Hortulanus, Philosophe et Chimiste : Seul celui qui sait fabriquer la Pierre des Philosophes comprend ce qu’ils disent de cette Pierre. Opus medico'chymicum -153
230 Richard, Philosophe anglais : L’étude de la Science supprime l’ignorance et mène l’intelligence à la vraie connaissance. 231 Thomas Norton, Philosophe anglais : Notre Matière est une chose de peu de prix et d’aucune valeur, qui la trouve la relève à peine. 232 George Ripley, Philosophe : Il y a trois Mercures, deux superficiels et le troisième essentiel, celui du Soleil et de la Lune. 233 L’Abbé de Westminster, Philosophe : A la vue, la Pierre est diaphane, translucide et d’une transparence admirable et stellaire. 234 Edward Kelley, Philosophe douteux : La Matière Première est brillante et quelque peu rougeâtre, c’est pourquoi nous l’appelons notre Marcasite. 235 Scot, le plus savant des Philosophes : L’Œuvre reçoit une grâce telle qu’une fois que tu l’as faite tu n’as pas besoin de la recommencer. 236 Aegidius de Vadius, Philosophe : Au toucher et à la vue ce n’est pas une pierre mais une terre subtile, bril- lante, rouge et non transparente. 237 John Duns Scot, Philosophe : Séparée et préparée notre Matière est nommée Litharge Philosophique. 238 Michael Scot, Philosophe : Ce qui était offert à nos mains est perdu à cause des péchés des hommes impies. 239 Melchior Cibinensis, Philosophe hongrois : La Pierre Philosophique des Philosophes doit être nourrie comme un petit enfant de Lait Virginal. 240 Bavran, Philosophe éminent : Notre fils engendré, roi glorieux, tire du feu sa teinture philosophique. 241 Frère Albert de Bavière, Moine et Philosophe : Donné par Vénus, il renaît en tunique droite, et c’est ce que signifie l’Ornemcnt Rouge. 242 Rhodianus, l’excellent Philosophe : La mort a péri et notre fils règne à présent vêtu de notre argent et de notre chair. 243 Rachaidibi, Philosophe et Chimiste : Tout ce qui est nourri l’est par des rations réduites, tout ce qui est vivifié l’est par des doubles rations. 244 Aristote, Philosophe de l’Alchimie : La vit ification et la nutrition des philosophes sont les premiers pas de l’Œuvre Philosophique du Sage. 245 Arda, Philosophe, disciple d’Aristote : Le grain se nourrit de 1 humidité qui appartient à sa nature jusqu’à ce qu’il pousse et reçoive vie. 246 Remarque sur la lettre d’Alexandre : Mort, mer et ténèbres le fuient et le Dragon fuit les rayons du soleil. 247 Serapio, le plus industrieux Philosophe : Le temps est venu de ranimer le mort et de guérir le malade. 248 Le Livre de Saturne des Philosophes : Il est en vie tant qu’il ne meurt pas à partir de cette forme métallique qui est l’ombre lépreuse de la Pierre. 249 Dumbeleius, Philosophe et Chimiste : Il provoque la fusion métallique, cependant il n’est pas le métal philosophique. 250 Bernard de Gravia, Philosophâtre : Notre Fils mort vit, le Roi vient du Feu et se réjouit en un mariage secret. 251 Melchior, Cardinal et Evêque : Il faut le tuer avec science car sa mort le révélera. 252 Malchamec, Philosophe et Chimiste : Marie gomme avec la gomme en un véritable mariage et les rend pareil- les à l’eau fraîche 253 Aranus, Philosopne de Medes : Quand on ne sait produire, féconder et engendrer les composants, rien ne se fait ni ne se propage. 254 Le Philosophe qui porte la Palme : Marie l’Esclave à sa sœur parfumée et ils engendreront un fils qui ne res- semblera pas à ses Parents. 255 Le Sarmate anonyme. Chimiste : Une fois vue la Blancheur, refroidis ton Œuvre et tu verras la Lune revê- tir la couleur du Soleil. 256 Auteur de La Cymbale d’Or : Reste près du vase et vois des merveilles car son contenu devient blanc et jaune en moins de trois heures. 257 Auteur du Petit Rosier : La première germination est verte, la seconde blanche, d’une blancheur qui l’emporte sur toutes les blancheurs du monde. 258 L’Echelle des Philosophes : Prends du Mercure pur et stable pour obtenir le grand Magistère caché de la Pierre. 259 Le jeu des Enfants Philosophiques : La chose peut exister même si beaucoup de gens ne la voient pas alors même qu’ils marchent dessus. 154 • JOHANN DANIEL MYLIUS
260 L’Aurore Naissante : En chaque chose demeure un Esprit propre par lequel elle est animée et croît. 261 Le Testament Philosophique de Pythagore : Sans Feu rien ne s’opère pas plus qu’il n’est de guerrier sans arme. 262 L’Assemblée des Philosophes et des Sages : Le pre- mier agencement est le coït, le deuxième la conception, le troisième la grossesse, le quatrième la naissance, le cin- quième la nutrition. 263 Auteur du Miroir de l’Art Chimique : Le lit à la belle étoile est le gazon offrant beaucoup de plaisir aux nou- veaux mariés. 264 Auteur de La Voie Universelle de la Sagesse : Les Neuf Muses font cadeau d’une couronne de fleurs pour- pres, les Grâces de la beauté et de la grâce. 265 L’Auteur de Sur la Quintessence du Vin : Apollon joue de la lyre, Diane porte des roses blanches, Saturne une robe noire. 266 Auteur de La Lumière qui Luit dans l'Obscurité : Jupiter porte une chemise blanchâtre, Mercure un péplum, et Mars un pétase. 267 Auteur du Jardin des Richesses de la Sagesse : Vénus porte sa glorieuse robe ou tunique royale, d or et de pourpre. 268 Auteur du Traitement de la Teinture Philosophique : Le Roi viem du feu couronné d’un diadème solaire en or. 269 Auteur du Traité sur Aurélia : La disposition de cette chose est telle qu’elle ressemble à la Création de l’Homme. 270 Auteur de La Splendeur du Soleil Philosophique : Des semences du Soleil et de la Lune naît celui que des mil- liers cherchent et qui n’est que très rarement découvert. 271 Auteur de La Table de l’Ainé des Philosophes : Recommençons cela jusqu’à ce qu’il meure et ramollisse. 272 L’Allégorie Philosophique de Merlin : Saturne est la planète de la Mort, vois, il porte ici une robe noire. 273 Parabole allégorique d’Arisleus : La conception et les fiançailles se font dans la pourriture et la génération des générations dans Pair. 274 Auteur des Enigmes de la Chimie : Notre semence est du Vif-Argent qui est uni à notre Terre. 275 La Somme Philosophique : Si le Vif-Argent n’est pas mis à mort au moyen d’un corps caché, il sera sans vigueur. 276 Le Livre de la Vérité de la Sagesse Philosophique : Lorsque le Fils couche pour la première fois avec sa Mère, d’un coup vipérin elle le tue. 277 Son de la Trompette Philosophique : La Terre du Corps sera dissoute dans l’Eau de la Semence, et une Eau indivisée apparaîtra. 278 Auteur du Traité de la Pierre Philosophale en douze Chapitres : Ce qui fut cause de ta Vie, cela même a causé ta Mort. 279 Oswald Croll de Wetter, Disciple des Philosophes : Cette connaissance n’est rien d’autre que les secrets des maîtres sages et des Philosophes. 280 Johann Daniel Mylius, de Wetter, Disciple de la Sagesse Philosophique : C’est Marcher sur les voies Divines et dans le Magistère avec pour compagnon Notre- Seigneur Jésus-Christ. Opus medico'chymicum -155
Johann Daniel Mylius Antidotarium, 1620 Johannis Danieli Mylii. Vetterani Hassi, M.C. Antidotarium medico- chymicum Reformatum : continent quatuor hbros distinctes. Quorum I. Gene- raliora in pharmaciam requisita explicat. II. Tractat de quibusdam exoticis in nostris Basilicis omissi. III. Tradit praecepta Galenic [orum] & Chymi- corum de praeparatione niedicamentorum. IV. Rcsolvit formas & dividit médicamenta tam Galen [icorumj quant Chymicorum. Francofurti sumptt- bus Lucae lennis. M.DC.XX. De Johann Daniel Mylius, de Wetter, dans la Hesse, médico-chimiste : Recueil révisé médico-chimique des Remèdes, contenant quatre livres sépa- rés. Le premier développe les choses générales recherchées par la pharma- cie. Le deuxième traite de certains remèdes exotiques passés sous silence dans nos Basiliques. Le troisième rapporte les préceptes des disciples de Galien et des Chimistes pour la préparation des médicaments. Le quatrième différencie les formes et introduit des distinctions dans les remèdes, ceux des disciples de Galien et ceux des Chimistes. Francfort, aux frais de Lucas Jennis, 1620. La dédicacé, adressée à la Corporation refuge que l’auteur a trouvés dans l’enceinte pleine de munificence de la Cité Impériale de ces murs par ces temps troublés. de Francfort, fait allusion au secours et 156 • MYLIUS, CROLL
OSWALD CROLL Basilica chymica, 1622 Osualdi Crollii Veterani Hassi Basilica chymica continens philosophicam propria laborum experientia confirmatam descriptionem et usum rcmedio- rum chymicorum selectissimorum e luminc gratiae et nature desumptorum. In fine libn additus est autans ejusdem Tractatus novus de signature rerum internis. Cum Gratia et Privilégia S. Caes. Maiest : Francofurti impensis Godefridi Tampachij. De Oswald Croll, de Wetter, Hesse : Basiliques chimiques contenant une description philosophique confirmée par l’expérience de ses propres tra- vaux, ainsi que l’usage de remèdes chimiques très choisis, à la lumière de la grâce et de la nature. A la fin du livre est ajouté un nouveau Traité du même auteur, sur les signatures internes des choses. Par la Grâce et avec le Privilège de Sa Majesté Impériale. Francfort, pour Gottfried Tampach. D’abord publié en 1608, cet ouvrage fut maintes fois réédité. Cette édition contient un Privilège de Ferdinand II délivré à Vienne le 5 mars 1622. Oswald Croll ou Crollius (1580-1609), médecin paracelsien, étudia à Marbourg, Heidelberg, Strasbourg et Genève. Il inventa nombre de nouveaux remèdes. Sa dédicace, rédigée à Prague en 1608, est adressée à son maître le prince Christian Ier de Anhalt Bernberg. Le graveur Aegidius Sadeler (1575-1629), natif d’Anvers, était le neveu et pupille de Jan et Raphaël Sadeler. Il se trouvait en Ita- lie en train d’exécuter des gravures d’après des peintres italiens, lorsque Rodolphe II l’appela à Prague. Il travailla ensuite pour les successeurs de Rodolphe, Mathias et Ferdinand II. La qualité de la vaste produc- tion de Sadeler lui valut le titre de « Phénix des graveurs ». Antidofarium; Basilica -157
281 158 ♦ MYLIUS, CROLL
Pater 6W HOMO SoltetSileNètmat. 4® 'H.PARACEl SVS GERMANUS . GEB ËR A» A B i • /MOR IEN E S ROMAN V S rrr demeraorum cor.l uemonem Temànus I punficalus fiat mokas! 7 'ô RogTEacchon^ k ANGLUS 2 Occuhum fiat ma.ni: g -fe^turrtjct vice vers a 'r-MMÆ Antrnalia. OsUALDl CrOLLII VFTER'Nli HASS1 BAS1LICA CHYMICA , CONTINENS. Pdiloluphicam prcprra laborum expertcniiâ conhrmatam Jefcnptionrm et ufum Reme^. diorum Chyrucorum 5eRctiffimorum e" Lumine GRATiÆet naturæ ,r DESUMPTO RUM. Jnj~ine fi&ri atûfrtus *ft*lutortî ejusdm T>ac:aius j^cuta jiE S7j^>tTLKfS' R^mjnt^'n^ ' \ Chem 282 Antidotarium; Basihca -159
281 Antidotanum. Cette même planche de Matthaus Merian montrant trois Adeptes anciens et trois Adeptes modernes, une mine et une boutique d’Apothicaire, ser- vit de page de titre pour l’Hydrolithus Sophicus, seu Aqua- rium sapientum, l’un des neuf traités de l’édition origi- nale du Muséum hermetiaim. 282 Basilica Chymica. La Sphère Supérieure montre la Divine Trinité, avec Dieu, le Messie, l’Homme et la hié- rarchie céleste des Anges. La Sphère Inférieure suivant les correspondances microcosmiques comprend la trinité alchimique Soufre, Mercure et Sel, et au centre la Terre Adamique ou Sujet des Sages. La similitude des deux sphères, quoique inversées, est accentuée par les paroles d’Hermès Trismégiste (en haut à gauche) : CE QUI EST EN BAS EST COMME CE QUI EST EN HAUT. 160 • mylius, croll Antidotarium; Basilici
Michael Maier Septimana Philosophica, 1620 Septimana philosophica, qua Aemgmata auréola de omni naturae genere a Salomone Israëlitarum sapientissimo Rege, & Arahiae Regina Saba, nec non Hyramo, Tyri Principe, sibi invicem in modum colloquii proponuntur & enordantur : Ubi passim novae, & verae, cum ratione & experientiae convenientes, rerum naturahum causae exponuntur & demonstrantur figu- ris cupro incisis singulis diebus adiectis. Authore Michaele Maiero, Imperia- Us Consistorii Comité, Eq. Ex. Med. D. & Caes. Maiest. olim Aulico, nunc llhistrü Principis ac Dn. Mauritn, Hassiae Landgravii, & c. Archiatro. Francofurti, Typis Hartmanm Pahhenii, Sumptibus Lucae lennis, 1620. La Semaine philosophique, livre dans lequel les Enigmes d’or de toute espèce de nature sont exposées et élucidées par Salomon, le Roi le plus sage des Israélites, et la Reine de Saba d’Arabie, ainsi que par Hyram, Prince de Tyr; chacun parle à son tour, à la manière d’une conversation : les causes nouvelles et véridiques des choses naturelles sont ici abondamment expo- sées et démontrées en accord avec la raison et l’expérience; l’ensemble est complété par des figures gravées sur cuivre pour chaque jour. L’auteur en est Michael Maier, Comte du Consistoire Impérial, Chevalier Libre de l’Empire, Docteur en Médecine, auparavant attaché à la Cour de Sa Majesté Impériale, aujourd'hui premier médecin de l’illustre Prince et Seigneur Mau- rice, Landgrave de Hesse. Francfort, imprimé par Hartmann Palthenius aux frais de Lucas Jennis, 1620. Cet ouvrage dédié à Christian Wilhelm, archevêque de Magdebourg, Prima, d’Alle- magne, Margrave de Brandebourg et duc de Prusse, est daté du 2 janvier 1620 ancien style (Datant Magdeburg An no 1620 II Irnuar Styli vet.). Il faut remarquer à ce pro- pos que les États protestants refusèrent d’adopter le nouveau calendrier grégorien introduit en 1582 (selon lequel le 2 janvier serait le 12 janvier), ainsi les États protes- tants Allemands utilisèrent l’ancien calen- drier Julien jusqu’en 1700. Cependant dans les deux systèmes l’année ne commençait que le 25 mars, car la date du 1er jour de l’an ne fut changée qu’en 1752. Le theme de l’ouvrage est un colloque de six jours au cours duquel le roi Salomon, la reine de Saba et le prince Hiram de Tyr analysent les mystères de la Nature. Septimana philosophica • tôt
ÆNIGMATA DE OMNI NATVRÆ GENERE àSALoxoNEl ’raelitarum fapientiflîma Rege,& ArabiæReginaS A b A,nec non Hyramo jTyri Principe, fib* Vincent in modum Colloquiiproponuntur& cnodanrur: ^rbipaBim nou£, at reu> cum ut'une & experien- tiA conuemenres, rerum naruralium eau fa expe- nuntitr & d&wnfantifyfiguw cupro incïfis fagulu dubut •adtedlis. ' AVTHO^E MICHAELE MAIES.*®, Igiperialis Confî- âfùrii Comité,Eq.Ex. Med.D. &CæI Maicft.olim Aulico, nunc illuftias Principis ac Dn. M A V- R. IT11} Hfciæ Landgraui^&c. Atchiauo. rnnco ps j ‘ irtmunnt ,nvtl furt 1 PaltheniL-^ . CÆ I ENNIS z83 Trrizor Lha est inittwri Htt Sur I. Januw. et i>pits 162 • MICHAEL MAIER
28; Septimana philosophica -163
164 ’ MICHAEL MAIER
Septimana philosophica • 165
283 La page de tiTre^gravée par Balthasar Schwan ser- vit de frontispice au quatrième traité du Musaeum Her- meticum, intitulé Demonstratw Naturae, de Jehan de Meung. 284 Si les textes alchimiques peuvent être très souvent trompeurs, les Emblèmes Hermétiques en revanche ne le sont pas. Ici, à moins de savoir lire entre les lignes, le texte semble n’avoir que peu de rapports avec 1 image qu’il accompagne. L’on peut discerner sur celle-ci l’Europe (tenant de la main droite l’hiéroglyphe de la Matière des Sages) recevant du Soleil, par l’intermédiaire de la Lune, l’inilux céleste qui, matérialisé, confère au Sujet cristallin purifie les qualités extraordinaires de la Pierre Philosophale. Cet influx feu ou esprit - sans doute le secret alchimique le mieux gardé - ne peut être capté que pendant quelques jours de l’année si les conditions météorologiques sont favorables. Le texte spécifie que cer- taines parties du monde s’y prêtent mieux que d’autres, et l’Europe est particulièrement favorisée. 285 Les Météores (du grec meteoron, chose qui survient dans le ciel) sont de diverses sortes comprenant les ora- ges, la pluie, la neige, l’aurore boréale, l’arc-en-ciel, la foudre, le brouillard, les étoiles filantes et les pluies de rosée. S’ils apparaissent à l’instant où l’on tente de rece- voir l’influx céleste dont nous avons parlé à propos de la planche précédente, ils sont autant d’obstacles au suc- cès. Ces mêmes Météores sont aussi perceptibles dans le monde microcosmique du Grand Œuvre et peuvent être contrôlés par l’alchimiste qui, à travers le verre et selon l’ordre de leur apparition, jugera si oui ou non n peut espérer atteindre son but. 286 Le lecteur ayant lu ce que nous avons delà écrit sur le Sujet des Sages saura que cette « terre intérieure » doit être recherchée dans une mine et préparée par l’alchim"te lui-même. L’Emblème évoque immédiatement l’axiome fondamental VISITA INTERIORA Terrae RECTIFI- CANDO INVENIES OCCULTUM LAPIDEM : « Explore l’intérieur de la terre et par rectification tu trouveras la Pierre cachée. » Maier dans son texte nous donne plusieurs indications précieuses et nous met particulè- rement en garde contre l’emploi de l’Antimoine Vul- gaire. Car en effet c’est le Dragon Saturnien qr i est l’Antimoine des Sages Ô, et qui une fois ouvert par le glaive enflammé de Mars cf donnera le premier Ç ou Mercure des Sages. L’alchimiste doit savoir extraire de sa gangue l’Antimoine des Sages tiré du minerai brut. 287 Le quatrième jour, la discussion porte sur le règne végétal. Maier examine les différentes espèces de plantes liées symboliquement à l’alchimie. La planche montre un jardin et un champ de blé entourés d’une forêt, la conver- sation trutant alors de jardins, de champs et de forêts. En effet, l’étude de la Nature, discipline essentielle pour comprendre l’Art Hermétique, comprend celle des prin- cipes du jardinage, de l’agriculture et de la forêt qui per- mettront de découv ir de nombreuses et précieuses analo- gies. Maier invoque l’interprétation hermétique de mythes tels que celui du mûrier coloré par le sang de Pyrame et de Thisbé, la signification ésotérique du blé et du pain, des vignes et du un, ce dernier étant bien sûr lié au sang du Christ et à la Teinture Rouge. À propos des forêts, la question est posée : Pourquoi la Toison d’Oi fut-elle suspendue par Aetes, fils du Soleil, dans le bois de Mars? La Toison d’Or est, bien sûr, la Pierre Philosophale acquise après bien des luttes et des difficultés au cours desquelles Arès doit triompher du Bélier; autrement dit, le Sujet des Sages (Arès le Bélier) est dissous conjointement avec l’agent martial (Arès ou Mars) qui produit le Principe de Fixité. 288 Le cinquième jour, l’entretien porte sur le règne animal. Tous les animaux de cet Emblème appartiennent au symbolisme du bestiaire hermétique. Dans l’air se trou- vent l’Aigle volatil ou Vautour, le corbeau de Nigredo ou Noirceur, la Chouette Grise, le Paon et le Perroquet aux couleurs variées, le Cygne Blanc et le Phénix Rouge que nous avons déjà souvent rencontrés. Les eaux contien- nent des monstres évoquant le tumulte de la Dissolution, le Rémora et le Dauphin qui sont les Emblèmes du Sou- fre. Sur le sol se trouve le Chat dont les moustaches évo- quent le pouvoir réceptif de la Matière cristalline. 289 Un Philosophe dont la noble contenance évoque celle d’Hermès calcule les proportions requises pour l’Œuvre. Son Sujet est le Globe terrestre, son assistante la Mort armée de la lampe du Feu secret, car il faudra en tout premier lieu dissoudre la terre en eau. La pré- sence du navire suggère l’invisible intervention du Rémora, ce petit poisson dont la légende disait qu’il étau capable de stopper les navires en pleine course, ce qui se traduit hermétiquement par la première manifestation du soufre, grain de fixité au milieu de la mer mercurielle qui finira par la coaguler entièrement. 166 maier Septimana philosophica
Johann Daniel Mylius Philosophia reformata, 1622 loanms Danielis Mylii T. & Med. Candidati Wetterani Hassi Philosophia reformata continens ]’bros binos. I. Liber in septem partes divisus est. Pars 1. agit de generatione metallorum in visceribus terrae. 2. tractat pnncipia artis philosophicae. 3. docet de scientia Divina abbreviata. 4. enarrat 12. gradfus] sapientufm]philosophforum]. 5. déclarât Ambfigua] in hac Divina scientia. 6. dicit de Recapfilulatione]Artis Divinae Theorifca]. 7. ait de Artis Druinae Recapfitulatione] Praticca. IL Liber commet authontates Philoso- phorum. Francofurti apud Lucam lennis, Anno M.DC.XXII. De Johann Daniel Mylius, Candidat au Doctorat de Théologie et de Méde- cine, de Wetter, dans la Hesse : Philosophie réformée, contenant deux livres. Le premier est divisé en sept parties. La première traite de la génération des métaux dans les entrailles de la terre. La deuxième expose les principes de l’art philosophique. La troisième enseigne un abrégé de la science Divine. La quatrième énumère les douze degrés de la sagesse des philosophes. La cinquième signale les Points Ambigus dans cette science Divine. La sixième parle de la Récapitulation Pral ique de l’Art Divin Le second livre contient les autorités des Philosophes. Francfort, chez Lucas Jennis, 1622. La Philosophia Reformata, avec ses remar- quables emblèmes gravés par Ballhazar ou Baltzer Schwan (citoyen de Francfort qui mourut en 1624), est le chef-d’œuvre de J.D. Mylius. Ses emblèmes furent réut li- sés par Daniel Stolcius dans ses anthologies, Viridarium chemieum (1624) et Chymisch.es Lustgàrtlein (1627), publiées toutes deux à Francfort par Lucas Jennis. Leur inspira- tion iconographique doit beaucoup à Michael Maier. Philosophia reformata 167
290 Htiiimiififitiiiii Anne M. DC. XXII, 104KXIS DANIELISMÏLU . T. Ô* Med, fandicLati yVettera- ni Haf>. PHILOS O PHI A REFORMATA Conrnens Ljbrosbinos. L Liber feptem partes d,xifas eft. Pars 1. agit de gereratione metallorum in vifeeribus terra:, a. traftat prineipia artis philofophicjc. $. docet de feientia Diuina abbreuiata. 4.erarratiz. grad.lapientû phiiofoph. $ déclarai Amb/n hacDiuina Icîentia* ô.dicitde Recap. Artis Diainz Theori. 7. aitae ArtisDiuinz Recap.Prathc- l L Liber contènet anthoritates Phib/>' phorum. 168 • JOHANN DANIEL MYLIUS
29î Philosopha reformata 169
JOO 170 • JOHANN DANIEL MYLIUS
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51° 312 172 • JOHANN DANIEL MYLIUS
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290 Sept des dix médaillons sur la page de titre gravée s’inspirent des Emblèmes (XVI, XXI, XXV, XXVI, XLV, XLVI) de l’Atalanta Fugiens de Mail r. Le lecteur pourra découvrir des analogies picturales avec les trois autres, ailleurs dans ce livre. 291 (Voir le second Emblème d’Atalanta Fugiens) L’Enfant de la Philosophie est nourri du Lail (Mercure) de la Terre du Sage. 292 Les Quatre Eléments et les phases correspondan- tes de l’Œuvre : de gauche à droite Terre, Eau, Air et Feu. 293 Soleil et Lune avec les quatre phases principales de l’Œuvre : Corbeau (Nigredo), Paon (la Queue du Paon), Cygne (Albedo) et Roi Rouge (Rougeur parfaite = Fixité). Le Serpent tricéphale rappelle que le Grand Œuvre se divise en trois parties. 294 Mars dardant la flèche du Feu Secret sur le Dra- gon volatil, sujet de l’Art. Le Lion Fixe se repose tran- quillement au-dessus. 295 Inspiré par la douzième Clef de Basile Valentin. Le Feu Secret réduit les Corps à leurs Premiers Principes sans détruire leurs vertus séminales et génératrices. La Calcination Philosophique est une Fixation du vif au Volatil, c’est pourquoi le Lion dévore le Serpent, 296 L’objet de cette solution est l’obtention du soufre (l’homme igné), âme cachée du métal dissous. Cette opé- ration pourra s’effectuer grâce à l’action combinée du Lion Vert (issu de Notre Dame) et du Feu Secret. 297 Voir le commentaire de la Seconde Clef de Basile Valentin (96). Les Principes opposés sont réconciliés en la personne du Mercure Philosophique (ou Double). 298 Voir la Sixième Clef de Basile Valentin (100). Con- jonction : le Médiateur unit les Principes Opposés. La Conjonction Philosophique est montrée ici sous toutes ses formes. Remarquez la tête de Janus du Feu Secret, et l’action du Trident de Neptune (l’Eau des Philosophes) qui en nettoyant la noirceur du Nigredo fait apparaître la gamme variée des couleurs de l'Arc-en-Ciel ou de la Queue du Paon annonçant la Lumière. 299 Putréfaction, Mort, Caput cori i (Tête de Corbeau), Nigredo, sont les noms de l’opération durant laquelle les Purs Esprits sont séparés des scories. 300 Le premier grade de l’Œuvre débute avec le Bélier, le second avec le Cancer, le troisième avec la Balance, tandis que le quatrième grade qui commence avec le Capricorne, constitue l’hiver de l’Œuvre et symbolise la Putréfaction à la fin du premier Œuvre et la fermenta- tion à la fin du troisième. 301 La Congélation est la réconciliation du Fixe et du Volatil provoquée par le Médiateur possédant les deux natures. 302 La Cibation est l’allaitement de l’Enfant Philoso- phique par le Lait Virginal (Lac Virgims) extrait de la Matière des Sages. 303 La Sublimation est la purification de la Matière au moyen de la Dissolution. Cette opération est répétée plu- sieurs fois, c’est pourquoi Saturne est sur le point de cou- per l’unique tige portant l’Étoile, la Lune et le Soleil (qui sont le Premier, le Second et le Troisième Œuvre). 304 Fermentation : Le Philosophe sème son or (c’est-à- dire sa Vertu Tingente) dans la Terre d’Hermes, qui est la matière dépouillée de toutes ses superfluités, tandis que l’Ange de la Révélation souffle dans la trompette de la résurrection. Voir la troisième Clef de Basile Valentin (97), l’Emblème VI d’Atalanta fugiens (35), Jean 12.24-25 et I Corinthiens 15.36-38. 305 L’Exaltation est la Perfection de la Pierre, dissoute et coagulée maintes fois dans son propre sang, le Mer- cure coulant de la tête unique du Lion bicorporé. 306 Multiplication : Chaque fois que la Pierre Fixée est redissoute dans le Mercure dont elle se nourrit, son poids, son volume et sa puissance augmentent. Théoriquement, chaque renaissance de la Pierre décuple son pouvoir. 307 Naissance de la Quintessence des Eléments. 308 A l’intérieur de la Terre, les sept dieux planétaires incarnant les sept métaux et les Quatre Feux de l’Œuvre (voir Atalanta fugiens, Emblème XVII, 46). 309 Inspirée par les Emblèmes XXI et XLV d’Atalanta fugiens (50, 74), cette figure représente la quadrature alchi- mique du Cercle dans le microcosme de l’Œuvre. 310 Sans le secours du Volatil, le Fixe n’est jamais su- blimé; tandis que le Volatil en devenant Fixe résiste de plus en plus à la tyrannie du Feu Extérieur. 311 Toute fixation du Volatil symbolisée ici par la jeune fugitive attrapée par le monstre sera suivie d’une volati- lisation du Fixe. 312 Voir Atalanta fugiens, Emblème III (32). Le Sujet est purgé de ses impuretés par une lessive de feu. 313 Voir Atalanta fugiens, Emblème XVI (45). Lion et Lionne (Principes Fixe et Volatil) s’affrontent vio- lemment. l8O • JOHANN DANIEL MYLIUS
314 Jusqu’à la mort des deux adversaires, il ne saurait y avoir d’union durable entre le Roi et la Reine. 315 La longue Coction requiert de la part de l’Artiste une bonne dose de patience. 316 Le Fixe et le Volatil sont résolus par une triple opération. 317 NAr Atalanta fugicns, Emblème XXXV (64). Cérès, mère nourricière de l’Enfant Philosophique, le nourrit. Mars, dont l’importance primordiale ne saurait être négli- gée, les contemple. Métal et Sujet sont en présence l’un de l’autre. Les enfants (Apollon et Diane) représentent la seconde conionction de laquelle naît Mercure, l’Enfant Philosophique, future Pierre Philosophale. 318 La Première Perfection permet à la Reine d’aider les pauvres. 319 Des Eaux de ces deux fontaines on en fait une seule qui est la Fontaine de Vie (voir Emblème XL d’Atalanta fugiens, 69). 320 L’union durable du Roi et de la Reine dépend de la Parfaite Solution. 321 La purification par le feu est nécessaire pour enle- ver toutes les impuretés hétérogènes. 322 Putrifiés, les Corps sont lentement dissous dans l’eau du Bain. 323 Maintenant, dans le lit de l’amour, la Reine com- mence à convertir le Roi en sa propre nature (volatile). 324 A l’intérieur du cercueil de cristal (vaisseau de l’Art) le règne de la mort {Putrefacuo) a commencé. Vulcain est toujours représenté unijambiste car dans cet Œuvre, son seul Feu ne suffit pas. 325 Les Corps sont passifs tandis que s’envolent leurs Esprits libérés. 326 Les Esprits se transforment en pluie céleste ou rosée, arrosant les corps desséchés fondus dans l’unité de l’Hermaphrodite ou Rebis (Res bina, Chose double). 327 Les amants sont couchés dans le lit nuptial la Tête de Corbeau {Caput corvi) doit être décapitée et le sujet de l’Art blanchi 328 La Première Perfection Lunaire est obtenue au terme de la Putréfaction. 329 Fermentation. La Reine a communiqué sa nature volatile au Roi. 330 Maintenant, Diane Fixée décoche une flèche de feu sur le Soleil volatil, Soufre des Philosophes, et lui trans- met la Parfaite Fixité. 331 Comme l’Hermaphrodite, Mercure possède une double nature, il est chaud et sec comme le Mâle alchi- mique, et froid et humide comme la Femelle alchimique, c’est pourquoi il sert de médium pour toutes les transformations. 332 Toute chose fixe doit être rendue volatile et réci- proquement toute chose volatile doit devenir fixe. 333 Nuit, orages et nuées dissimulent à la vue la nais- sance des jumeaux hermétiques enfants de Latone et futurs parents de la Pierre Philosophale. 334 Exaltée ou multipliée par re-Dissolution dans son propre sang (Mercure), la Pierre Philosophale dans sa Per- fection d’Or et d’Argent émerge du Puits de l’Alchimie. 335 Le Rebis concilie les principes Opposés, car la matière possède maintenant la double nature. 336 Voici le Dissolvant Universel, le Lion Vert, ou Mer- cure des Sages, sans lequel rien ne peut être accompli. Les Sept étoiles représentent les sept dissolutions de l’Œuvre. 337 L’Enfant Philosophique né pour surpasser ses deux parents, en puissance et en splendeur, s’accroche tout de même aux jupes de sa mère, révélant ainsi qu’il doit encore accroître sa force et sa Fixité. 338 Après la dernière épreuve de la Mort, voici la Résur- rection du Roi sur lequel la Mort n’a plus aucun pou- voir; voici la Pierre Philosophale. 339 Cette image qui paraît à trois reprises dans la Phi- losophia Reformata est utilisée comme page de titre (p. 365) de la seconde partie de l’Œuvre {Liber secundus). Par ailleurs, la même gravure figure dans plusieurs autres traités et plus particulièrement sur le frontispice de Glo- ria Mundi : alias Paradysi tabula..., imprime dans l’édi- tion de 1677 du Musaeum Hermeticum Elle s’inspire de deux gravures sur bois (datées de 1605) qui figurent dans Azoth sive Aureliae occultae... en 1613. Dans l’Arbre de la Philosophie les étoiles représentent les cinq premiers degrés de la Perfection. Le sixième étant la Lune {Albedo) et le septième le Soleil Parfait. Ces sept opérations dans les médaillons autour de l’Arbre sont en contraste les unes par rapport aux autres, par exemple Putréfaction et Résur- rection. De part et d’autre, le Roi et la Reine représen- tent à la fois les Principes opposés et deux des Quatre Éléments : le Dragon symbolise la Terre, le Roi le Feu, la Reine l’Eau, et l’Aigle l’Air. En opposition, au pre- mier plan les Alchimistes Senior et Adolphus discutent. Philosopha reformata • 181
340 Trois aspects de la Pierre : l’Enfant nu représente la Matière purifiée, le vieillard dans la sphère, la Mate- ria Pt ma tandis que le personnage au triple visage symbo lise l’union des trois Principes, Mercure, Soufre et Sel. 341 Cet Emblème (équivalent symbolique de la Sirène) représente l’union du Soufre (notre Poisson) et du pre- mier Mercure (la Femme), dont résulte le Mercure Philosophique. 342 La Fixation du Volatil (le Lion mordant l’Aigle) per- met d’obtenir la Salamandre ou Soufre des Sages. 343 Voici la Quintessence Unique de la Pierre Philoso- phale issue du Chaos des Sages. 344 La Dissolution, dont le résultat est la Noirceur, est celle des sept opérations qui requiert le plus de patience. 345 Voici le Roi qui en pouvoir, en puissance et en splendeur surpasse ses parents, qui sont Soleil et Lune. 346 La Sublimation du Roi doit être répétée dix fois afin que la Pierre puisse exercer les pleins pouvoirs. 347 Encore un autre Emblème traitant de la Mort ou Dissolution, de la Putréfaction qui s’ensuit, laquelle per- met l’envol des Esprits. 348 Se désignant elle-même de telle sorte que le specta- teur ne la confonde pas avec le Roi, la Blanche Reine d’Argent peut élever à sa condition les cinq métaux inférieurs. 349 Maniant le sceau de Salomon composé des trian- gles entrecroisés du feu A et de l’eau V, le Roi incarne la Pierre Philosophale dans toute sa majesté. Elle est capa- ble de guérir toutes les infirmités et d’élever les six autres métaux à son rang d’or. 350 Une seule substance, la Pierre des Philosophes, pré- sente le signe d’une étoile à six branches. 351 Ici se trouvent les composants du Feu Secret : l’Eau ignée et le Feu aqueux qui, attisé par le Feu élémentaire ordinaire, provoque l’envol des Oiseaux, c’est-à-dire la Sublimation. 182 • mylius Philosophia
Musaeum Hermeticum, 1625 Musaeum hermeticum, omnes sopho-spagyricae artis discipulos fidelisstme erudiens, quo pacto summa ilia veraque Medicina, quo res omnes, qualem- cumque defectum patientes, mstauraripossunt (quae alias Benedictus Lapis Sapientum appellatur) inveniri ac haberi queat. Continens Tractatus-chymicos nov&n praestantissimos quorum nomma & seriem versa pagella indicabit. In gratiam Jihorum doctrinae, quibus Germanicum Idioma ignotum, in Lati- num conversum ac juris publici factum. Francofurti, Sumptibus Lucae Jen- nisi Anno M.DC.XXV. Le Musée hermétique, instruisant très fidèlement tous les élèves de l’art philosophique et spagyrique, et grâce auquel on peut découvrir et posséder la Médecine suprême et vraie qui permet de rétablir l’intégrité de tout ce qui souffre de quelque déficience (c’est ce qu’on appelle aussi la Pierre Bénie des Sages). Contient neuf Traités chimiques très remarquables dont la page suivante indiquera le nom et la succession. Traduit du Latin et placé dans le domaine public pour obliger les fils du savoir qui ignorent la Langue Allemande. Francfort, aux frais de Lucas Tennis, 1625. L'édition originale du Musaeum Hermeticum contient en fait les dix traités suivants : 1. Tractatus Aureus de Lapide Philoso- pha co. 2. Henricus Madathanus, Aureum Seculum Redivivum. 3. Hydrolithus Sophicus seu Aquarium sapientum. 4. Johannes de Mehung, Demonstratio Naturae. 5. Nicolas Hamel, Summartum Philoso- phicum. 6. Via Ventatis Unicae. 7. Gloria Mundi. 8. Tractatus de Generatwne Metallorum. 9. Liber cuius nomen Alze. 10. Lambsprinck, De lapide Philosophorum Figurae et Emblemata. La seconde édition revue, corrigée et amplifiée fut publiée en 1677 à Francfort par Herman Van de Sande, intitulée Musaeum Hermeticum Reforntatum et AmpUficatum, elle contient en plus des titres déjà cités : 11. Michael Maier, Tripus Aureus. 12. Michael Sendivogius, Novum Lumen Chemicum. 13. Michael Sendivogius, Aenigma Philosophicum. 14. Michael Sendivogius, Dialogus Mercu- ru Alchymistae et Naturae. 15. Michael Sendivogius, Novi Lumtnis Tractatus aller de sulphure. 16. Philalèthe, Introitus apertus ab occlusum Regis Palatium. 17. Michael Maier, Subi dis Allegoria Super Sécréta Chynuae. 18. Philalèthe, Metallorum Metamorphosis. 19 Philalèthe, Brevis Manuductio ab Rubi- mm Coelestem. 20. Philalèthe, Forts Chymicae Ventatis. 21. Johannes Fridericus Helvetius, Vitulus Aureus quem mundus adorat et orat. 22. Janitoi Pansophus, seu Figura Aenea quadn partita cunctis Muséum hoc mtroeun- tihus, superiorum ac inferiorum scientam Mosaïco-Hermetica analyticc exhibens. (Il s’agit dans ce dernier cas d’une reprise des planches exécutées par Merian pour ï'Opus Medico-Chvmteum de Johann Daniel Mylius (voir p. 133). Originaire des Pays-Bas, Hermann Van de Sande fut actif à Francfort entre 1664 et 1688. Son fils Johann Maximilien lui suc- céda. Ainsi, les membres de la famille Van de Sande furent, d’une manière beaucoup plus modeste, les successeurs des De Bry à la fin du XVIIe siècle. Musaeum hermeticum -183
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352 Le même frontispice, délicatement gravé par Matthâus Merian se trouve dans les deux éditions. Le médaillon central représente la Nature portant le symbole brillant de la Perfection alchimique et les fruits de l’abon- dance. Des Alchimistes suivent ses traces; voir Atalanta fugtens, Emblème XLII (71). Sur les côtés, le Soleil, la Lune et les Eléments, Apollon et les Muses sont flanqués du Phénix, du Pélican, d’Athéna et de Mercure. 353 En haut comme en bas, les quatre Éléments sont unis. A gauche A, le Feu, à droite l’Eau V. Au centre le Sceau de Salomon ou Étoile de David, qui est l’hié- roglyphe de la Pierre Philosophale où tous les Éléments réconciliés sont en parfau équilibre. En dessous, Apol- lon fait résonner la lyre de l’harmonie au milieu des Muses (au nombre de six, correspondant chacune à un métal et à une contrepartie céleste) assises autour de lui. 186 • Musaeum hermeticum
L AMBSPRINCK De lapide philosophico, 1625 Lambsprinck nobilis Germant philosopha antiqui libellas De lapide philoso- t>hico e germanico ver su latine redditus per Nicolaum Bernaudum Delphi- natem Medicum, huius scicntiae studiosissinium. Francofurti, sumptibus Lucae Jenmsi. Anno M.DC.XXV. Sui la pierre philosophale, pert livre de Lambsprinck, ancien philosophe et noble Allemand, traduit du vers allemand en vers latin par Nicolaus Bar- naud du Dauphiné, médecin et très savant dans cette science. Francfort, aux frais de Lucas Jennis, 1625. Le De lapide philosophico de Lambsprinck est un ouvrage particulièrement remarqua- ble pour la beauté de ses emblèmes, influen- cés comme tant d’autres par Atalanta fugiens. Il parut encore la même année, 1625, dans une édition augmentée de la Dyas Chtmica Tripartita, de Lucas Jennis qui était le neveu par alliance de J.T. de Bry. Toutefois, la même traduction latine de l’original allemand avait déjà paru sans illus- trations dans la Triga chemica publiée par N. Barnaud à Leyde en 1599. De lapide philosophico 187
NOBILTS GERMANT PHILOSOPHA ANT1QTI LIBELLAS De Lapide Philoiophico i yerfu Latine redditas per N testait w Barnatidtint Delphinatem Meiiicutrf.udioj 'fifnttm. FrancofimijSim'iptibus L u cal J e n n î s L Ann o M. D C. XXV. 354 188 • LAMBSPRINCK
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354 Page de titre. La tunique du Philosophe porte l’Aigle double de la Volatilité mercurielle, confirmée par le Coq au centre de l’écusson, car le Coq est l’oiseau de Mercure et le messager de la Lumière. A son ceinturon est suspendu un sabre dont le pommeau est une tête d’aigle (Fixation du Volatil, rehaussé par le fait que le sabre est rengainé dans son fourreau). Dans sa main l’adepte tient le double sceptre du Feu Secret. L’Atha- nor (Fourneau du Philosophe) montre par sa triple struc- ture au-dessus d’une seule arche que, si le Grand Œuvre est singulier, il est cependant divisé en trois parties. Sur la coupole, flotte l’étendard de la victoire finale. Le Spi- ritus Mundi ou Esprit Universel répand son influx céleste ignescent dont l’usage sépare l’alchimie de la chimie. 355 Le nom de l’auteur est un pseudonyme évident, sou- ligne par les armoiries dessinées qui mettent en valeur le Bélier, Aries, sujet des Sages, le premier mois de l’Œu- vre et la Toison d’Or dont seul l’Adepte pourra s’emparer. 356 « La mer est le Corps, les deux poissons sont Esprit et Ame. » (Voir le détail d’Atalanta fugiens, Emblème XXII, 51). Une fois que les deux Pierres ou les deux Sub- stances « qu. toul en paraissant n’être qu’une sont en réa- lité deux » sont faites une (par Dissolution dans leur Eau d’origine), la Mer des Sages est obtenue. Le symbolisme nautique apparaissant dans de nombreux Emblèmes her- métiques renvoie au rude voyage du Grand Œuvre sur les Eaux mercurielles vers les lointains rivages de Col- chide et de la Toison d’Or. 357 La défaite du Dragon hiéroglyphe du noir minerai des Sages est la Dissolution suivie de la Putréfaction de la Pierre des Philosophes ou Materia Prima. L’attitude martiale du chevalier (Arès plus fort qu’Ariès) doit per- mettre de l’identifier. 358 Dans la Forêt de l’Œuvre voici le Cerf Mercure philosophique, et la Licorne qui est le Soufre qu’il fau- dra savoir unir. 359 Le Lion et la Lionne (voir le Frontispice d’Atalanta fugiens, 27) sont respectivement le Soufre Philosophique et le Mercure Philosophique; leur union produit la Pierre Philosophale. 360 Nous avons déjà cité le propos de Nicolas Flamel (voir Atalanta fugiens, emblème XLVII, 76) sur les deux adversaires qu’Avicenne nomme la chienne du Khoras- san et le dogue arménien (et que Maier et Lambsprinck parmi d’autres appellent « le Loup et le Chien »). Ce sont les substances initiales dont l’une « Arès » est plus fort qu’Ariès (Bélier) : cette indication précieuse signifie que si l’issue du combat est la mort des deux, les proportions convenables devront être fixées et respectées. (Voir Ful- canelli, Le Mystère des Cathédrales.) 361 Voir Atalanta fugiens, Emblème XIV (43). Le par- fait hiéroglyphe de la Materia Prima, ou Pierre des Phi- losophes et leur Suiet est le Dragon car ses écailles, sa volatilité, sa nature venimeuse sont équivalentes à celle du Sujet minéral. À partir d’un poison virulent, la Pierre des Philosophes devient la Médecine et l’élixir des Sapients. 362 Fixation du Volatil : voir Atalanta fugiens, Emblème VII (36). L’Oiseau restant dans le nid empêche son conjoint de s’envoler : la Sublimation de « notre Mer- cure » est répétée jusqu’à ce que le Feu ne puisse plus le faire fuir. Le Volatil est alors réellement fixé. L’Escar- got (contrairement au Volatil) est le symbole du Fixe. 363 C’est par une dissolution dans le Mercure Philoso- phique que la Blancheur ou Albedo (Corps) est vaincue par la Rougeur (Esprit) de la Fixité Parfaite. 364 Voici le Roi qu’Hermès appelle Seigneur des Forêts. D’origine modeste, il a triomphé des difficultés de la Voie, et, avec le secours de l’Art, est parvenu au plus haut degré. Le Roi est la Pierre Philosophale et les sept marches con- duisant à son trône sont les sept Opérations Alchimiques. 365 La Salamandre qui, selon les fables, vit dans le Feu, est l’hiéroglyphe parfait du Soufre, Feu ou Esprit. Le Sang du Feu est la Quintessence qui guérit tous les maux dans les trois Règnes. 366 Selon le texte, le Père, le Fils et le Guide ou Ange sont le Corps, l’Esprit et l’Ame. Cependant ce qu’exprime l’Emblème, c’est que le jeune prince possède la double nature royale, fixe et sèche de son père et celle humide et volatile de l’Ange ou Guide. 367 C’est par la sublimation et la volatilisation que le Fils est amené sur la plus haute montagne où il reçoit les subtiles influences célestes et où il est purifié. C’est la sublimation du Fixe. 368 Le Fils retourne vers le corps desséché, presque sans vie de son père qui l’« absorbe avidement », selon l’axiome hermétique : tout sec boit avidement son humide. (Cet Emblème est en un sens comparable à celui de Saturne jardinier ; voir 92). L’ombre dans la bouche béante du Roi annonce la Nuit du Nigredo. 369 Le Roi, sous la poussée d’une forte fièvre (nouveau degré du feu) transpire énormément tandis que des cieux le dynamisme mystérieux céleste répand son indispensa- ble influx. Par cette Imprégnation supplémentaire, le corps est dissous. 370 Enfin, les Trois Principes sont unis en un Tout puissant et indivisible : la Pierre Philosophale. D< lapide philosophie» 197
Johann Daniel Mylius Anatomia Auri, 1628 Joannis Daniclis Mylu, Philosophiae & Medianae Doctorii, Anatomia Auri, sive Tyrocinium medico-chymicum, continens in se partes quinque: quarum I. Tradit concordantiam & harmoniam sohs coelestis cum aura terrestri : item Auri definitionem & confusam multorum physicorum de aura opinio- nem; II. Agit de medicinis aureis & receptts antiquorum ac recentium medi- corum, aurum ingredientibus, tam in simplici, quam preparata forma; III. Tractai de aut z potabihs preparatione tam vulgari, quam philosophico; IV. Exhmet usum medicinaleni auri potabilis tam commums, quam ver! & phi- losophie!; V. Demonstrat ideam Lapidis philosophie! in duodecim figuns. Francofurti, Sumptihus Lucae lennisi Bibliop. Anno M.DC.XXVIII. De Johann Daniel Mylius, Docteur en Philosophie et Médecine, Anatomie de l’or, ou Essai médico-chimique, contenant cinq parties : la première expose la concordance et l’harmonie du soleil céleste avec l’or terrestre, ainsi que la définition de l’Or et l’opinion confuse de nombreux physiciens concer- nant l’or; la deuxième traite des médecines d’or et des recettes des méde- cins anciens et modernes contenant de l’or, tant sous forme simple que sous forme préparée; la troisième étudie la préparation de l’or potable tant vul- gaire que philosophique; la quatrième montre l’usage medical de l’or pota- ble aussi bien commun que vrai et philosophique; la cinquième décrit l'image de la Pierre philosophale en douze figures. Francfort, aux frais de Lucas Jennis, libraire, 1628. L’Anatomia auri fut l’avant-dernière publi- cation de Mylius la dernière étant la Phar- macopoea spagyrico-Medica sive Practica Galeno Chymica arcana et Universalis Franc- fort, 1628-29 à laquelle on pourrait ajouter l’index de YOpus Medico-Chymtcum qui ne parut qu’en 1630. 198 JOHANN DANIEL MYLIUS
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371 Nous voyons ici de gauche à droite en partant du haut : la Distillation physique ou Chaos Antique auquel succède la figure circulaire centrale : sept étoiles à sept branches frappées du sigle des planètes entourent une hui- tième centrale frappée d’une tête de mort. Cela signifie que sans corruption et mort nulle génération ne peut se produire, donc nulle transmutation des métaux. A droite : Soleil et Lune, Soufre et Mercure se dissolvent et se coa- gulent à tour de rôle au sein du feu. Le Roi tenant les aigles symbolise à la fois la Volatilisation du Fixe et la Fixation du Volatil. La Pierre Philosophale, Reine de Sagesse, pro- clame ses bienfaits : gloire et richesse infinies. Longue vie et santé qui proviennent des Proverbes 3 : 16. Au bas, de gauche à droite; le premier médaillon montre le Lion Vert ou dissolvant des Sages. Celui du centre : l’évolution planétaire gravitant vers l’Omega de la Perfection solaire. Enfin le dernier medaihon symbo- lise la Dissolution Philosophique. 372 L’Anatomia auri est dédiée à Johann Martin Baur von Eÿseneck, conseiller impérial et principal magistrat de Francfort, dont l'amour pour l’Alchimie est signalé par le petit amour (Emblème du Feu Secret) enlaçant les deux oiseaux symbolisant la Pierre Philosophale, le Phé- nix (Exaltation) et le Pélican (Multiplication). Bien qu à première vue la planche semble n’être guère plus qu’une devise héraldique, elle est susceptible d’une assez longue interprétation hermétique, que nous ne pouvons dévelop- per faute de place. 373 Par-dessus le ravin qui les sépare, le Roi et la Reine (qui partagent sous terre des racines identiques) s’inter- pellent. Le Roi s’exclame : « Viens, ma bien-aimée, étreignons-nous et donnons naissance à un nouveau fils qui ne ressemblera pas à ses parents. » La Reine répond : « Voici, je viens à toi, la plus ardente à concevoir un fils qui n’aura pas son égal dans le monde » (leurs paroles sont tirées d’« Arisleus in Visione » dans le Rosarium Philoso- phorum). Tous deux montrent du doigt un vase dans lequel une Dame héliocéphalique (le Mercure Philoso- phique) caresse un jeune homme (le Soufre) dont la tête repose sur ses genoux. 374 L’étreinte sexuelle des Principes pun/iés provoque la grossesse qui, comme le montre l’Esprit ailé en haut du vase, est une Volatd sation du Fixe. La Femelle, ou Mercure, absorbe le mâle. Tandis que leurs Corps se dis- solvent et ne font plus qu’un, une couleur bleuâtre appa- raît brièvement avant de disparaître avec le début de la Noirceur. 375 La Matière ou Dragon, sous l’effet de la calcina- tion, se dissout en un liquide noir puant dont les vapeurs épaisses et volatiles sont extrêmement toxiques. Seul le Feu peut nettoyer et blanchir cette « Eau » symbolisée par le Corbeau et c’est pourquoi les textes ordonnent à l’Artiste de décapiter le Corbeau (Caput Corvi). Par ces ablutions ignées, l’eau perd finalement sa couleur noire, et par la suite deviendra blanche. L’action répétée du Feu sur l’Eau force celle-ci à défendre ses qualités spécifiques en abandonnant ses qualités superflues. Les Vers, selon Arnaud de Villeneuve, indiquent que la corruption de l’un est la génération de l’autre. Le Dragon, Sujet de l’Art, devient le blanc mercure ailé qui est nettoyé par le Feu jusqu’à ce qu’il soit lavé de toute obscurité. La Matière circule longuement jusqu’à ce qu’une séparation totale entre le Corps et l’Ame, autrement dit entre le Ciel (les parties volatiles s’élevant jusqu’en haut du Vase hermé- tiquement scellé) et la Terre ou Corps qui, débarrassée de son humidité, demeure au fond, soit réalisée. 376 La séparation du Corps et de l’Ame laisse la Matière à l’état de Cendres poudreuses qui, comme le note l’ins- cùption, « ne devraient pas être méprisées ». Morienus les nomme le Diadème du Roi car on en tire le Soufre des Sages. La Médecine Blanche, ou Elixir Blanc, tradi- tionnellement symbolisée par la Reine Blanche et la Rose Blanche (Rosa Alba}, est le Premier Degré de la Perfec- tion. Avec le Roi Rouge, la Matière a atteint la Parfaite Fixité. Le Pouvoir de la Pierre Philosophale est augmenté par des sublimations renouvelées, et son pouvoir s’accroît également à chaque fois. 377 Entre les bougies correspondant aux Opposés com- plémentaires de l’Art, se trouvent les sept Sublimations symbolisées par sept étoiles à six branches, l’Aigle Vola- til mercuriel et Ouroboros transpercé par sa propre queue, symbolisant par là de manière plus précise la nécessité de dissoudre le Sujet de l’Art. 378 Sur la branche la plus basse de l’Arbre de la Philo- sophie, de chaque côté du tronc, est assis à gauche Mer- cure, le Principe Volatil aux pieds ailés; son vis-à-vis, le Fixe, est assis à droite. De la Dissolution qui résulte de leur conjonction, la Première Eau ou Lac Virginis est obtenue, elle est représentée assise au-dessus du Fixe. En face d’elle dans l’ordre des acquisitions, apparaît le Mer- cure Philosophique aux cornes de cerf ; de lui naît le Sou- fre Philosophique, symbolisé ici par le Roi assis au-dessus du même Mercure. La seconde Calcination Philosophi- que donne l’Elixir (ou Médecine de Second Ordre) repré- senté ici par la Reine brandissant deux couronnes, à droite. Finalement la troisième opération produit la Pierre Philosophale elle-même : obtenue en deux phases, selon cet Emblème, celle de la Reine Blanche ou Pierre Blan- che, puis celle de la Perfection finale, que représente le Roi à la triple couronne, manifestant sa domination sur les trois Règnes, autant que la Multiplication de toutes les qualités du Soufre et de l’Elixir. Les couronnes tenues en l’air représentent ses pouvoirs transmutatoires et curatifs. Anatomia auri • 207
David de Planis Campy L’Hydre morbifique exterminée, 1628 L’Hydre morbifique exterminée par PHercule chymique ou les Sept Mala- dies tenues pour incurables iusques à présent, rendués guérissables par l’art chymique medical, où est traité briefvement de leur définition, causes, diffe- rentes signes, pronostic & cure. Le tout selon l'ancienne & moderne méde- cine, divisé en sept livres. Par David de Planis Campy, dict PEdelphe, Chi- rurgien du Roy. Dédié au Tres-Chrestien Roy de France & de Navarre Louys le Juste, XIII. du nom. A Paris chez Hervé du Mesnil, rué St Jacques, à la Samaritaine. M.DC.XXVIII. Avec Privilège du Roy. David de Planis Campy (1589-1644), con- seiller et chirurgien de Louis XIII et de l’enfant Louis XIV, releva les similitudes entre les œuvres d’Hippocrate et de Para- celse tout en soutenant que seule la méde- cine Hermétique pouvait guérir une foule de maladies nouvelles et d'tes incurables. Le graveur Jean Matheus fut actif à Paris aux alentours de 1620. Il travailla surtout pour des libraires. En 1619, il grava les 36 planches d’une édition française des Métamorphoses d’Ovide. Il est aussi connu par des sujets religieux peints d’après ses propres dessins. 208 • DAVID DE PLANIS CAMPY
David de Planis Campy L’Ouverture de l’escolle, 1633 L’Ouverture de l’escolle de philosophie transmut ato ire métallique, où la plus same vei itable explication & conciliation de tous les stiles desquels les Philo- sophes anciens se sont servis en traictant de l’œuvre physique sont ample- ment déclarées. Par David de Planis Campy Chirurgien du Roy. A Paris chez Charles Sevestre, rue des Amandiers, au Pélican, près le College des Grassins. M. CD.XXXIII. Avec Privilège du Roy. L'Hydre; L'Ouverture 209
379 210 • DAVID DE PLANIS CAMPY
L’Hydre; L’Ouverture 211
212 • DAVID DE PLANIS CAMPY
379 L'Hydre morbifique. À gauche se trouve le Chaos ou Pierre des Philosophes, tandis qu’à droite sont ins- crits dans l’Étoile formée des triangles de l’Eau v et du Feu a , emblème de la Pierre Philosophale, les symboles du Soufre du Mercure ?, et du Sel e alternant avec des caractères hébreux. 380 Ce superbe portrait le représente en 1627 à l’âge de 38 ans. Il est signé par Jean Matheus qui signa égale- ment les frontispices de l’hydre morbifique et de l’ouver- ture de l'Escolle... 381 L’ouverture de l’Escolle. A la base de la plinthe gau- che est inscrit le fameux axiome hermétique Ignis et Azoth tihi sufficient, « Le Feu et l’Azote (Mercure des Sages) te suffisent ». Sur l’autre plinthe une inscription avertit cependant que « toutes (ces choses) sont aussi difficiles que belles » {Difficilia quae Dulchra). La Rose Alchimi- que est entourée d’épines. Ceux qui étudient l’Art, cher- chant à soustraire les perles précieuses de la Sagesse à l’obscurité épineuse des textes Alchimiques, en convien- dront en soupirant. Et pourtant, il se dégage de cette étrange recherche un charme indéfinissable qui en anime les heures qui lui sont consacrées, on peut le comparer au parfum enivrant des roses dans les jardins pendant cer- taines nuits d’été. L’Aigle (Volatil) fait face à la Salaman- dre (Fixe). Au-dessus de Diane et d’Apollon, Ouroboros le Dragon se mord la queue; le Taureau (de Vénus) symbolise la terre avec le Feu au-dessus (la T erre doit être convertie en Feu). C’est aussi le premier régime du Feu élémentane dans le second Œuvre. Le Dragon (la Pierre des Philosophes) est dissoute et devient Mercure, symbo- lisé par le Coq (au-dessus), tandis que le Dauphin (Sou- fre) s’élève de Mercure. L’hiéroglyphe central représente la Terre Choisie et sa signature étoilée : le Mercure du Monde ou Magnésie (Mercurius Mundi sive Magnesia) qui à son tour adopte les attributs de toutes les planètes et atteint finalement la Perfection de la Pierre Philosophale. Fixe et Volatil sont indissolublement joints comme l’indique le Soleil en gloire et les ailes couronnées par la couronne de l’accom- plissement. Le Pélican et le Phénix représentent respec- tivement l’Exaltation de la Pierre et sa Multiplication. L'Hydre; L’Ouverture -213
Theatrum chemicum britannicum 1652 Theatrum Chimicum britannicum. Containing Severaïl PoeticallPièces of our Famous Englisk Philosophers, who hâve iwitten the Hermétique Myste- ries in their owne Ancicnt Language. Faithfully Collected into one Volume, u'ith annotations thereon, by Elias Ashmole, Esq. Qui est Mercuriophilus Anglicus. The First Part. London, Printed by J. Grismond for Nath : Brooke, at the Angel in Cornhill. MDCLII. Théâtre britannique de la chimie, contenant de nombreuses pièces poéti- ques de nos célèbres Philosophes Anglais, qui ont rédigé les Mystères Her- métiques dans leur Langage Ancien propre. Fidèlement recueilli en un volume et annoté par Elias Ashmole, gentilhomme, « Mercurophile » Anglais. Première Partie. Londres, impnmé par J. Grismond pour Nath : Brooke, à l’Ange, Cornhill. 1652. Elias Ashmole (1617-92) fût l’un des fon- dateurs de la Royal Society de Londres. En 1663, l’université d’Oxford lui décerna le titre de docteur en médecine. Grand col- lectionneur d’antiquités avec un champ d’intérêt extrêmement vaste, Ashmole fut, selon les termes de son contemporain Anthony à Wood, « the greatest virtuoso and curioso that ever was known or read of in England before his time » *. Le musée Ash- mole de l’université d’Oxford, fondé en 1683 afin d’y recevoir ses précieuses collec- tions, fut le premier musée public des îles britanniques. Son vif intérêt pour l’alchimie fut stimulé en 1648 par un manuscrit alchimique dont lui fit cadeau un chirurgien de Reading. En 1650 parut son premier livre sur le sujet, le Fasciculus Chemicus, publié sous le pseu- donyme de James Hasolle (anagramme de son nom), contenant d’excellentes traduc- tions du Fasciculus du Dr Arthur Dee (1629) et du Theatrum arcanum hermeticae philo- sophiae opus (Paris 1 623) du président Jean d’Espagnet. Le Theatrum Chemicum Bri- tannicum rassemble une collection remar- quable de traités d’alchimie britanniques, annotés par Ashmole. L’ouvrage reçut son imprimatur le 21 mars 1651. Le 21 juil- let, le manuscrit était déposé chez l’édi- teur et le 22 septembre, le graveur Robert Vaughan vint habiter la maison d’Ashmole où il exécuta et termina toutes les gravu- res du livre. « Parmi les gravures de Vaughan, celles qui accompagnent VOrdinallof Alchimy de Thomas Norton présentent un intérêt tout particulier car ce sont probablement les pre- mières reproductions de miniatures gravées à partir d’un manuscrit médiéval enlumi- né » (C.H Josten, Elias Ashmole, IL 585 n. 5, 586 n.L). Le manuscrit enluminé en question est un exemplaire du XVe siècle de VOrdinall de Norton conservé au départe- ment des Manuscrits de la British Library (Add. 10.302), dont deux folios ont été reproduits dans notre Alchimie, Florilège de T Art Secret, Pans, 1974. * « Le plus grand virtuose et le plus grand curieux qui fut jamais donné de connaître ou de lire en Angleterre. » 214 • ELIAS ASHMOLE
Theatrum chemicum britannicum -215
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385 218 • ELIAS ASHMOLE
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220 ELIAS ASHMOLE
382 Le Maître Adepte confère au digne Fils de l’Art les secrets de l’Alchimie. « Reçois, déclare l’Adepte assis, le don de Dieu sous le sceau sacré. » A genoux le disciple fait alors le serment de garder le secret : Aussi doit-il (sans jamais rechigner) Le recevoir sous le plus terrible serment sacré Et comme nous refusons honneurs et célébrité De même doit-il les refuser Et aussi de ne pas être assez dément Pour enseigner ce secret à son propre enfant Car ni liens du sang ni consanguinité Ne peuvent être acceptés à cette dignité Ainsi le sang en tant que sang ne peut ici avoir nulle [part Car seule la vertu gagne ce saint Art 383 Bien que considérée par certains comme une proto- science empirique, l’Alchimie est cependant une disci- pline rigoureuse dont les principes doivent être décou- verts et appliqués. L’Artiste laborieux est constamment guidé par les dicta Philosophorum, les paroles des Maîtres. 384 L’Alchimiste assis à une table préparant « sans répu- gnance » les proportions exactes des composants du Grand Œuvre. Le premier de ses assistants travaille sur un appa- reil à distillation, séparant la Terre du Feu et le Subtil du Dense. Le second assistant observe la succession des couleurs dont l’ordre renseigne l’artiste sur la bonne mar- che des opérations. 385 Les concordances astrologiques et métaphysiques sont d’une importance capitale en alchimie, souligne Nor- ton qui en énumère cinq : La première concordance est nécessaire pour indiquer Si son esprit s'accorde avec l’Œuvre Qui sera le Seigneur pour tout payer Sinon tout votre travail vous détruirez. La seconde concordance est nécessaire à connaître Entre cet art et ses Ouvriers. La troisième doit bien servir vos intentions Que le travai1 s’accorde aux instruments. La quatrième concordance doit être bien recherchée Avec l’Endroil où il sera effectué Car véritablement ce n’est pas une moindre grâce De trouver un endroit de travail parfait. U s’agit pour la Cinquième de Concorde et d’Amour Entre vos travaux et la Sphère Supérieure. Dans ses notes, Ashmole explique qu’il a fait copier cette gravure exactement d’après « l’original » bien que les planètes ne soient pas dans l’ordre énoncé par les règles astrologiques. Cela toutefois a été fait exprès « afin de les insérer dans les limites de ses Règles ». Ashmole remarque aussi que Norton a redessiné les symboles planétaires « car il ne les représente pas comme le sont les caractères utilisés aujourd’hui (ou alors) mais hieroglyphiquement en Figures conformes à leur Nature ». Ainsi Saturne est représenté par une pelle, Jupi- ter par une mitre, Mars par une flèche, Vénus par un beau visage, Mercure « par l’effigie qui (à l’époque) était en général frappée sur le revers de la monnaie anglaise ». Seuls le Soleil et la Lune sont représentés de façon traditionnelle. 386 Le nombre, le régime et les degrés du Feu doivent être découverts et établis avant que l’alchimiste ne con- fie son sujet à l’Athanor. Pontanus et Artephius sont les meilleures autorités que l’on puisse consulter. 387 Au nom de la Sainte Trinité, Envoie-nous maintenant la grâce, ainsi soit-il : En premier Dieu fit l'Ange et les Cieux, Et aussi le Monde avec sept planètes; Homme et Femme avec grande sensualité, Les uns de rang et d’autres selon leur degré Car la Bête et le ver qui sur le sol rampent Chacun selon son espèce pour recevoir sa nourriture Aigles et oiseaux qui volent dans T air Et aussi les Poissons qui nagent dans la mer Avec l’humidité végétale et les Raisins rouges, Et aussi des blancs peut-il prendre Toutes choses minérales qui poussent en terre Certaines pour muhiplier, d’autres pour détruire : Toutes celles-là nous amènent maintenant dans notre [maison La puissante Pierre si précieuse, Ce riche Rubis, cette pierre de prix, Laquelle fut envoyée du Paradis : Ainsi créa le grand Dieu du ciel, Tout ce qui est gouverné par les sept Planètes : Dieu, envoyez-nous une partie de ce secret Et de ce ciel qui est doux. Amen Theatrum chemiaim hritannicum 221
Johann Joachim Becher OeJipus chimicus, 1664 Institutions chimicae prodromae, id est, Joanni Joachimi Becheri Spiren- sis Mathem. & Med. Doc. Oedtpus chimicus obscuriorum terminorum & principiorum chimicorum mysteria aperiens & resolvens opusculum omm bus medicinae & chimiae studiosis lectu perquam utile & necessarium. Ams- telodami, apud Elizeum Weyerstraten. Anno 1664. Éléments préliminaires d’un système de chimie, autrement dit l’Œdipe chi- mique de Johann Joachim Becher, de Speyer, Mathématicien et Docteur en Médecine, qui découvre et éclaircit les mystères des termes et des prin- cipes chimiques les plus obscurs, petit livre dont la lecture est tout à fait utile et nécessaire à tous ceux qui étudient la médecine et la chimie. Ams- terdam, chez Elizeus Weyerstraeten, 1664. Le fastidieux Langlet Dufresnoy dans son Histoire de la Philosophie hermétique fait l’éloge de VOedipus Chimicus et de son auteui Une édition de Francfort parut la même année, publiée par Hermann Van de Sande. Nous avons trouvé une référence à une édition antérieure, Mayence (Mogun- tiae) 1662. Une traduction allemande fut publiée à Francfort en 1680. Johann Joachim Becher (1635-1682), médecin et alchimiste, épousa en 1662 la fille d’un conseiller impérial, une alliance qui lui ouvrit de nombreuses perspectives. Médecin et matnématicien à la cour de l’Electeur de Bavière, il devint ensuite conseiller commercial de l’empereur Léo- pold Ier. A Vienne il construisit un centre impérial des Arts et Métiers, contenant une verrerie et un laboratoire de chimie. Il réforma l’instruction scolaire, créant un enseignement technique. Il organisa un comptoir des Indes et proposa l’établisse- ment de colonies en Amérique latine. Il fut aussi conseiller alchimique auprès de l’empereur qui était lui-même un alchimiste enthousiaste. Parallèlement à toutes ses acti- vités, son important ouvrage Physica subter- ranea parut à Francfort en 1669. En fin de compte, l’échec de ses entrepri- ses mercantiles aboutit à son renvoi et à un bref emprisonnement. En 1678, il se rendit en Hollande où il présenta un plan d’extrac- tion de l’or de la mer par fusion. Bien qu’une première épreuve de ce procédé se fût révélée encourageante, il quitta bientôt la Hollande pour l’Angleterre où il étudia les mines d’Ecosse et de Cornouailles. Il mourut à Londres en 1682. (Voir Allen G. Debus, The Chemical Philosophy. Para- celsian Science and Medicine in the Sixteenth and Seventeenth Centuries. New York, 1977, IL 445.) 388 Œdipus chimicus. L’arrière-plan du frontispice mon- tre Œdipe (sous l’apparence de Mercure) questionné par le Sphinx. Sa « solution » à l’énigme du Sphinx force celui-ci à se jeter du haut de la falaise en provoquant sa mort; voir Atalanta fugiens, Emblème XXIX (58). 222 • JOHANN JOACHIM BECHER
Oedipus chimicus 223
JOANNES DE Monte-S NYDERS Metamorphosis Planetarum, 1663 Metamorphosis planetarum, dass ist Eine wunderbahrliche Verenderung der Planeten, und Metallische Gestalten in ihr erstes Wesen mit beygefügtem Process, entdeckung der dreyen Schlussel, so zu erlangung der drey Principia geh 'irig und wie dass Universale Generahssimum zu erlangen in vielen Ortern dieses Büchleins beschrieben. Durch Joannem de Monte Snyders. Zu Ams- terdam. Bey Johan Jansson 1633. Metamorphosis planetarum est la merveilleuse métamorphose des planètes et des métaux en leur essence première, avec en supplément de ce proces- sus, la découverte des trois clés indissociables afin d’atteindre les trois Prin- cipes, et comme il est décrit à plusieurs reprises dans ce petit livre, com- ment atteindre le Grand Universel. Amsterdam, Johan Jansson, 1663. Cet ouvrage fut d’abord publie en allemand (bien que l’auteur soit hollandais) à Franc- fort en 1662, et il y eut d’autres éditions alle- mandes à Francfort ainsi qu’à Leipzig en 1678, et à Vienne en 1773. La valeur des traités de Monte-Snyders est contestée. Isaac Newton les estimait à tel point qu’il copia de sa propre mau. la tra- duction anglaise de l’œuvre. L’auteur effec- tua plusieurs transmutations réussies et gué- rit de façon spectaculaire des patients atteints d’hydropisie et d’arthrose; mais comme il mourut à l’hôpital (c’est-à-dire dans la pauvreté) à l’âge de 50 ans on sup- posa que sa poudre transmutatoire était un don de son oncle Levinus Lemnius. 389 Metamorphosis Planetarum. La Pierre Philosophale est le puissant Roi couronné de la triple couronne (triple Perfection et domination sur les trois Règnes). C’est la Pierre des Philosophes après son évolution à travers les Métamorphoses des Planètes amenée jusqu’au plus haut degré de Perfection. Le pouvoir qu’elle possède de res- susciter les sept métaux « morts » (ou contreparties ter- restres des Planètes) et de leur conférer sa propre Perfec- tion est symbolisé par les scènes de résurrection des morts. 224 • JOHANNES DE MONTE-SNYDERS
389 Metamorphosis planetarum 225
Théodorus Kerckring Commentarius in Currum triumphalem Antimonii^ 1671 Theodori Kerckringi Doctons Medici. Commentât ius in Currum triumpha- lem Antimonii Basili Valentini a se latinitate donatum. Amstelodami, sump- tibus Andreae Frisi. M.DC.LXXI, Ouvrage de Theodorus Kerckring, Docteur en Médecine. Commentaire sur Le Char de triomphe d’Ant imoine, de Basile Valentin, mis en latin par lui- même. Amsterdam, aux frais d’Andréas Frisius, 1671. La famille de Théodore Kerckring était ori- ginaire de Lübeck mais, selon certaines sources, lui-même vit le joui à Amsterdam, ou à Hambourg selon d’autres. Toujours est-il que la date exacte de sa naissance est inconnue. Étudiant de Spi- noza, il épousa par la suite la fille de son premier professeur de médecine. Ayant étu- dié à la fois la médecine et la chimie, il acquit bientôt une grande réputation et il pratiqua à Amsterdam où il fut très estimé par Leibniz, Clauder, h irchmacher et d’autres encore. Après avoir voyagé pendant longtemps en Hollande et en France, il se rendit à Hambourg en 1678 où, tandis qu’il poursuivait son œuvre médicale, il consti- tua avec ses collections un musée anatomi- que qui faisait, paraît-il, l’admiration de tous. Il était membre de la Royal Society de Londres et il porta, à partir de 1685, le titre de Résident du Grand Duché de Tos- cane à Hambourg. Son ouvrage le plus important intitulé Spicilegium anatomi- cum parut en 1670. Il mourut le 2 novem- bre 1693. Son commentaire sur le Char Triomphal de l’Antimoine de Basile Valentin parut à Amsterdam en 1665 et en 1671, puis à Genève en 1671 et 1685. Richard Russell le traduisit en anglais (Londres, 1678) tan- dis que des éditions allemandes furent publiées à Nuremberg en 1724 et en 1752. « La patience dans la recherche ainsi qu’une mlassable attention sont, avec la méditation profonde, les moyens requis pour parvenir à la connaissance de ce qui est contenu ici », écrit Kerckring. L’édition originale du Currus triomphalis Antimonii parut à Amsterdam en 1585, sui- vie de nombreuses éditions ultérieures. 390 Commentarius in Currum. Le Char triomphal de l’Antimoine dont Vulcain tient les rênes est tiré par Marc et Vénus, suivis en tandem par Apollon et Diane, puis par Saturne et Junon poussant les roues. Mercure et la belle Dame Antimoine (dont le bustier porte l’hiéroglyphe la désignant Matière des Sages) joignent leurs mains à tra- vers l’anneau tenu par la Renommée qui brandit la torche et la gloire. Éros parsème le cortège de roses, une allusion parfaite à f influx céleste, à la rosée, et au feu secret. Ce magnifique emblème est l’œuvre du célèbre graveur hollandais Romeyn de Hooghe (1645-1708) auquel le roi de Pologne Jean Sobieski conféra à Paris en 1675 des lettres de noblesse. 226 • THEODORUS KERCKRING
Commentarius in airrum 227
JOANNES DE Monte-Snyders (?) Chymica vannus, 1666 Reconditorium ac reclusorium opulentiae spienti icque nummis mundi magni, cui deditur in titulum CHYMICA VANNUS obtenia quidem & erecta aus- pice mortale coepto; sed inventa proauthoribus immortalibus Adeptis, qui- bus conclusion est, sancitum & decretum ut anno hoc per Mysteriarcham Mercurium, velut Viocurium, seu Medicurium, StatVta ora CVL sVa eX or Dîne InoLesCerent et aVrea Veritas perspICaCIorlbVs Ingenlls nVDe breVIterqVe InnotesCeret. Orbepost Christum natum Millesimo, sexcente- simo, sexagesimo sexto, Idibus Majis. Amstelodami, Apud Johannem Jan- somum à Waesberge et Elizeum Weyerstraet, Anno 1666. Lieu Secret et Révélé de la Magnificence et de la Sagesse de la grande Puis- sance Divine de l’Univers, auquel est donné le titre de Van chimique; un prophète mortel a entrepris de le construire et de l’édifier; mais l’initiative en revient aux premiers auteurs, aux Adeptes immortels qui ont résolu, pres- crit et décrété qu’en cette année, par 1 intermédiaire de Mercure, Seigneur des Mystères, c’est-à-dire des Chemins ou de la Médecine, leurs préceptes formels seraient développés en ordre, et que la Vérité d’Or se ferait connaî- tre en termes simples et brefs aux intelligences suffisamment perspicaces. En l’année du monde mille six cent soixante-six après la naissance du Christ, aux Ides de Mai. Amsterdam, chez Johan Jansson Van Waesberge et Eh- zeus Weyerstraeten, 1666. Le chronogramme (fourni par les lettres capitales du titre de StaVta à InnotesCerei) indique 1666. Une réédition parut à Leyde en 1696 sous le titre : Chymiae aurifodtna incomparabilis... Elle est pratiquement identique à la pre- mière à l’exception de la page de titre et de l’omission de l’une des planches gravées. Le Commentait.) de pharmaco catholico qui y est joint est une traduction latme du Traité alle- mand Von der Universal Medtcin de Monte- Snyders. Sur la page de titre de ce traité il déclare que cette traduction tut faite à Lon- dres celeriter sed tamen fideliter (« rapidement mais aussi fidèlement ») par « le même tra- ducteur qui composa auparavant le “Chy- mica vannus”. Dans l’Epigramma in Zoi- lum, il écrit : Gelria midpatria est, sed Venloapropria terra, Me mthi scito data non nisi lege loqui. « Gueldre est ma patrie, mais Venlo est mon domicile; sache que je ne parle que par la loi qui m’a été donnée. » Duveen en conclut (comme nous) que Monte-Snyders est l’auteur de tout l’ouvrage, « une supposition qui concorde avec les origines hollandaises de l'auteur comme le révèlent ces vers ». 228 • JOANNES DE MONTE-SNYDERS (?)
rauro j re.riain. ",___ A°^~'. 0 Chymtca vannus 22^
230 • JOANNES DE MONTE'SNYDERS (?)
Cavza. Sibyllarum' Item fjrts in v-lILl Iciîum^rat' Sù Cliymica vannus -231
232 • JOANNES DE MONTE'SNYDERS (’)
Chymica vannus -233
Csymicy, Vax na 234 • JOANNES DE MONTE-SNYDERS (?)
Erutvm Chymica vannus -235
CHYMICM VAXN1 236 JOANNES DB MONTE'SNYPÊBS (?)
GRAXUM £ RTF T Cr 2M . r. ilejLïer vtcej ,Jive Vu dSitn • /untpia. <lictwnti‘ Vïcilwâ aJvtrhfditer'. z. J/l&tdem guod. ot/t^ubc^ une-, vitale. fiimentum^, nub-menûàn. S-c I>t, tun autert Lie 4P Laciencîo ,çuàljrer tliuJ ir^tntulus ,aJm:js • j ‘"m . alhruJur „ i „ 1 Crbn Siüvrxt- __________________________________________________________________________________________ _______________________________399 Chymica vannus -237
CHYMrcX VA1TN-I 238 • JOANNES DE MONTE/SNYDERS (?)
391 Pour commencer il faut examiner la forme de cet emblème qui suggère celle de l’hiéroglyphe du Sujet des Sages. Le Mercure Philosophique ne peut être obtenu que par l’union de deux substances complémentaires - c’est pour- quoi Gaea, la Terre assise aux pieds de Mercure, tient les deux Clefs. Les analogies multiples entre alchimie et agriculture sont évoquées à l’arrière-plan. Une bonne graine plantée dans la terre convenable à la saison indi- quée meurt pour donner naissance à un nouvel épi de blé... Le Philosophe écrivant dans une caverne obscure a simultanément diverses significations : le Sujet caché, la Dissolution Philosophique, la Noirceur de la Putré- faction, et l’obscurité de la Nuit au cours de laquelle cer- tains travaux doivent être accomplis. Le livre est ouvert comme doit l’être le Sujet. La plume aiguisée en est le moyen igné. L’huile de la lampe est, après la dissolution, la première manifestation huileuse du Soufre, future Lumière des Lumières. En dessous, dans le cercle de la Perfection, les Quatre éléments sont convertis en la Par- faite Quintessence de la Pierre Philosophale. 392 Le premier pas, et le plus important, dans l’Œu- vre alchimique, est la Dissolution en Eau de la pierre des Philosophes. Comme Pégase, ou comme Moïse, l’alcm- miste frappe d’un coup de baguette martiale le rochei qui livre l’Eau des Sages, laquelle attire, tel un aimant, l’influx céleste par lequel elle est vivifiée. Cette fontaine d’Eau vive, le Mercure du Sage purifié, et donc nu, une fois sublimé par toutes les opérations ultérieures, atteindra la Perfection. 393 Les Sibylles désignent l’endroit où peut être décou- vert le Sujet Secret des Sages à partir duquel s’élabore la Pierre Philosophale qui est la Cornucopia, ou Corne d’Abondance. Elles désignent le sol car le Sujet est une Terre métallique qui sera dissoute dans la Mer des sages à l’aide du Feu Secret symbolisé par le château en ruine, demeure de l’un de ses composants. Les Sibylles, au nom bre de dix, sont les dix élaborations nécessaires à la réali- sation du Grand Œuvre. 394 Voici, exalte, le Soleil Parfait des Sages, la Toute- Puissante Pierre Philosophale, porteuse des ultimes bienfaits. 395 Cette série planétaire procède en ordre descendant, la Lune, équivalent symbolique de la Rose Blanche, est la Première Perfection. Elle saisit sa dernière flèche, car une dernière Fixât on est nécessaire avant d’atteindre la Perfection Finale. 396 Mars est ici placé dans un ordre inhabituel à cause de son abondance de Soufre. Il symbolise le Principe de Fixité du Soufre. 397 Toute chose dans cet Œuvre s’accomplit grâce à Mercure qu’il ne faut évidemment pas confondre avec le vif-argent vulgaire, car Mercure, messager des Dieux, est tout ce qui est fluide et volatil. 398 Jupiter avec son Aigle combine à la fois la Fixation du Volatil (un pied sur le sol) et la Volatilisation du Fixe (un pied au-dessus du sol). Il représente aussi, entre autres, la première lueur de l’Aube et la Teinte Grise succédant à la Noirceur de la Putréfaction. 399 Vénus est véritablement le Sujet des Sages, leur Antimoine. Elle naquit des parties mutilées de Coelus (le Ciel ou Uranus) mêlées avec l’écume de la mer. Son symbolisme varie selon le stade de l’Œuvre. Elle est accompagnée par Eros, son fils bien-aimé, Emblème du Feu Secret, médiateur indispensable du mystère d’amour alchimique. 400 Saturne ou Cronos est représenté émasculé comme son père Uranus. Car la couleur grise (ou Jupiter) dépasse la Noire. Ayant entendu dire que l’un de ses enfants mâles le détrônerait, il les dévorait dès leur naissance. Jupiter fut sauvé car Rhéa, sa mère, lui substitua une pierre que Saturne avala. L’action de Saturne reflète la Nuit ou la Noirceui de la Dissolution, la Tête de Corbeau ou Caput Corvr, cet artifice est la Couronne de l’Œuvre, car il ne peut y avoir de génération sans corruption Chymica vannus -239
Goossen Van Vreeswijk De Roode Leeuw, 1672 De Roode Leeuw, of het Sont der Philosophent Wacr in wonderlijke Bedenk- kingen over het Groote Werk, heerlijk bearbeiden der Metalen en Minera- len, Kostehike Medicynen, suivere Brandewynen uit allerley Vruchten, en vele nutte Konsten de Liefhebberen van de Nattait uit eigen ervarentheit mede gedeelt worden. Door Goossen Van Vreeswjk, Berg-meester. Allesins met noo- dige Kopere Platen verciert. t’Amsterdam, By Pieter Arentsz. Bookverkoo- per, in de Beurs-straat, in de drie Rapen, 1672. Le Lion Rouge ou le Sel des Philosophes ou l’on découvrira les merveil- leux reflets du Grand Œuvre, l’excellent travail des métaux et des miné- raux, des médecines précieuses, des pures liqueurs préparées avec toutes sortes de fruits, et autres ouvrages utiles, sont divulgués aux amoureux de la Nature d’après une expérience personnelle. Par Goossen Van Vreeswijk, maître des mines, pourvu des indispensables graimres sur cuivre. Amster- dam, vendu chez le libraire Pieter Arentsz à Beurs-Straat au Drie Rapen, 1672. Né en 1626, Goossen Van Vreeswijk ou Vreeswyk fut un maître des mines possédant une profonde connaissance des choses natu relies. En 1672, il avait un laboratoire à Amsterdam et était en mesure d’écrire : « Pendant plus de vingt ans, jour et nuit, avec beaucoup de difficultés, à travers mille dangers et à grands frais, j’ai examiné les corps animaux, végétaux et minéraux aussi bien que les sels à Gueldre, en Hollande, en France, aux Indes orientales et dans d’autres pays, et j’ai fait des milliers d’expé- riences concernant à la fois les médecines et l’Œuvre sublime des Philosophes. » En 1663, il était directeur de mines en Guyane; en 1664, il se rendit en Guade- loupe et en 1665, au Canada. En 1666, il se trouvait au Québec où il avait acquis des Indiens des informations concernant les minéraux. En 1667 et 1668, il n’avait pas moins de sept fourneaux dans la ville de Nij- megen. En 1670, on le trouve à Aachen, à Amsterdam et à Limbourg. Il fut directeur des mines à Liège en 1673 et en Suède en 1674. Il se rendit aussi sept fois à Paris. Il avait une vaste connaissance de la litté- rature alchimique et, malgré le fait que ses écrits comprennent de très nombreuses recettes spagyriques, les illustrations symbo- liques révèlent un remarquable Philosophe Hermétique. L’ensemble des Emblèmes rarissimes de Goossen Van Vreeswijk paraît ici pour la première fois depuis leur édition originale. 240 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Roode Leeuw, OF H E T SOU T der PHILOSOPHE N. .« GcdruKi vootden Autheur. 404 De Roode Leeuw ♦ 241
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401 Voici un paradigme complet du Grand Œuvre. Les Arbres du Soleil et de la Lune sont d’une part les Natu- res initiales - ou Principes jumeaux - apparemment incompatibles, qui doivent fusionner, mais ils sont aussi les produits finaux : la première perfection symbolisée par la Lune, et la Perfection finale par le Soleil. Entre les arbres se trouvent l’Eau de la Dissolution, le premier Mercure $, et le sujet a dissoudre ê . 402 La Mort ou Dissolution ne peut s’effectuer que par un agent de nature très similaire à celle du sujet a dis- soudre. L’agent approprié, extrait de notre Magnésie ou Sujet, revêt l’aspect d’un corps métallique chargé d’Esprits métalliques, bien qu’il ne soit pas un métal. Cela a conduit les Adeptes à lui donner, entre autres, le nom de Saturne. 403 L’action dissolvante du Premier Mercure, issu du sujet initial, sur le métal principe est représentée par l’action étouffante du lierre sur l’Arbre. Le but ultime de cette longue opération est l’acquisition du Soufre, prin- cipe séparé du métal ouvert, et sa revivification par le mer- cure initial qui meurt dans ce piocessus. 404 Le sens des emblèmes hermétiques se trouve fort souvent dans les analogies naturelles. Dans le cas présent, nous conseillons vivement l’étude de l’opération horti- cole de marcottage durant laquelle la plante est « sevrée » en automne par sectionnement des racines juste au-dessus du point où elles pénètrent dans le sol. Ce sevrage cor- respond à la Calcination Philosophique ou Séparation des éléments. 405 Comme nous l’avons déjà dit, toutes les « laveures hermétiques sont ignées », et toutes les Purifications, nom- mées calcinations, ont lieu dans, par et avec le Feu. De notre Pierre provient inil lalement une Eau obscure, puante d’où s’élève une fumée épaisse, volatile et toxi- que. La Tour, à l’arrière-plan, est l’enveloppe ou la gan- gue du dragon mercuriel, c’est-à-dire de la matière pre- mière, volatile et dissolvante que l’on appelle aussi Mer- cure commun. 406 Voici le Premier Soufre ou Or des Sages, sous l’aspect d’un fruit vert immature (courge) sous l’Arbre de l’Art. Par la Voie Longue, dite voie Humide, un tel résultat peut prendre 150 jours. Cependant, il ne peut y avoir de progrès ultérieur jusqu’à ce que, sans se décou- rager, l’artiste ne redissolve ce fru-t vert, selon les pro- portions dans le second ou double Mercure qu’il devra connaître. 407 Nourri par le Feu, et de plus en plus fixé - et par conséquent incombustible - le Soufre Philosophique arrive à la Perfection. La qualité du feu représenté est obtenue à partir de deux substances salines qui compo- sent ensemble le Feu Secret, un feu brûlant sans flam- mes. Les anciens Philosophes considéraient que les pro- priétés réfractaires du soufre, sa résistance au feu, ne pou- vaient relever que du feu ou de quelque esprit igné. Ce qui les induisit à désigner leur Feu par le terme de Sou- fre, quoiqu’il n’offre aucun rapport avec le soufre ordi- naire. Le Soufre Philosophique, dieu et mobile essentiel du Grand Œuvre, révèle par ses actions une énergie for- matrice comparable à celle de l’Esprit Divin. Par consé- quent, bien que la propriété dans l’ordre des acquisitions successives soit conservée par le Mercure, c’est le Soufre - « âme incompréhensible des métaux » - qui confère à l’Alchimie son caractère mystérieux et en quelque sorte surnaturel. (Voir Fulcanelli, D. Ph. T., IL 156.) 408 Le triangle A subtilement dessiné à l’intérieur de l’espace supérieur entre le pouce et l’index indique que dans les raisins se trouve l’un des secrets du Feu Secret. 409 Cet emblème souligne l’action « vivifiante » et mûrissante du dynamisme céleste enrichissant la seconde substance saline du Feu Secret et coni ribuant à la matu- rité des pommes d’or, c’est-à-dire du Principe Coagulant du Soufre. Mercure est fixé et stoppé dans son vol, tout comme Atalante fut arrêtée trois fois durant sa course par les pommes d’or jetées par Hippomène. 410 Sur les bancs de l’Ecole de la Nature, là ou l’on étu- die les plus subtiles analogies, il est bon de se familiari- ser avec les conditions préalables au greffage, une minu- tieuse et délicate opération qui, outre sa réalisation maté- rielle, oblige à tenu compte de la saison favorable. « Les éléments à associer, souligne le Larousse Agricole, doivent présenter certaines analogies de structure, certaines affi- nités biochimiques pour que la soudure cicatricielle, tou- jours possible, soit suivie d’échanges séveux et d’un déve- loppement suffisant. Ces analogies organiques, physio- logiques et chimiques constituent ce qu’on appelle main- tenant les affinités de greffage. » Ainsi les deux Natures initiales se compléteront et leur union produira un enfant annoncé dans la Nuit de l’Œuvre par l’Etoile des Sages. La main céleste tirant la tige indioue qu’un tour de main est nécessaire pour réaliser cette greffe et qu’une fois réus- sie on ne doit plus y toucher. L’Art permet alors à la Nature de suivre son cours. 411 Toute chose, s’exclament les Sages, se trouve conte- nue dans leur Mercure, véritable animateur et moteur du Grand Œuvre, Mercure le commence, le soutient, le per- fectionne et l’achève. D’où ce monument à sa gloire. 412 Le sujet des Sages, dont on distingue l’hieroglyphe tenu par le petit amour, est le support ou véhicule de la lumière qu’il porte caché en lui, c’est pourquoi la lumière brille dans la lanterne-phare. Sur les eaux mercurielles 244 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
de la Mer des Sages, l’on voit l’hiéroglyphe du soufre nais- sant après la Dissolution. 413 Mercure cède sa propre vie pour animer et nourrir le Soufre car c’est le Soufre qui sera en définitive exalté comme Élixir des Sages et multiplié comme la Pierre Philosophale. Mais sous cette dénomination les Adeptes conçoivent bien deux corps combinés de propriétés sem- blables mais de spécificité différente pris conventionnel- lement pour un seul. 414 « Fais s’envoler la terre », prescrivent les auteurs, car la Dissolution du Sujet des Sages ouvre le portail de leur Jardin. En s’élevant jusqu’au Ciel, le Sujet acquiert la force qui est forte de toute force. 415 L'influx céleste influence l’action des deux agents salins qui constituent le Feu Secret. La provenance de l’un est clairement révélée par le tonneau qui, nous pou- vons le cenifier, est en bois de chêne. De Roode Leeutv 245
Goossen Van Vreeswijk De Groene Leeuw, 1674 De Groene Leeuw, of het Licht der Philosophen; Verioonende aile Konink- lijke Handelingen tn het openen en ontsluiten der Metalen, Mineralen, Vege- tabilische en Animalische saken, het ondcrkennen van hare Natuur en Sou- ten, seer dienstig tôt vele heehjke Medicynen, tôt verscheide schoone Verwen en Tincluren, en meer andere mate voortreffelijke werken der Konst, uit eigen ondervïndmg gunstig voorgestelt, Door Goossen Van Vreeswyk, Berg-meester. Met vele noodige kopere Platen verciert. l’Amsterdam gedrukt voor den Autheur. Zijn mede te bekomen by Johannes J ans sonius Van Wasesberge, 1674. Le Lion Vert ou la Lumière des Philosophes; montrant toutes les actions royales de l’ouverture et de l’accès aux minéraux, végétaux, animaux, la connaissance de leur nature et de leur sel, hautement utiles à l’élaboration des médecines, aux diverses et splendides couleurs et teintures, et autres excellentes et nécessaires œuvres d’Art, richement présentées d’après sa pro- pre expérience par Goossen Van Vreeswijk, maître des mines. Avec de nom- breuses gravures sur cuivre. Amsterdam, imprimé pour l’auteur. Disponi- ble chez Johan Jansson Van Waesberge, 1674. En hors-texte on trouve dans le Groene Leeuw un éloge de Goossen Van Vreeswijk rédigé en vers français par Barthélemy Pie- lat, auteur d’un fascinant ouvrage sur les plantes médicinales à Ceylan, insulae Cey- loniae thésaurus médiats publié en 1679. A l’Honneur de l’autheur de ce Traicté : Écoutons tous Vreeswik qui nous vient [présenter Les secrets du vray Dieu qui gouverne le [monde. Il nous va faire voir qu 'il peut sans se vanter Extraire les t/iresors de la terre inféconde, Tout ce qu'il fai' surprend les plus doctes [cerveaux Hé faut il néanmoins que son Expérience, Ou peu de gens ont part, fasse que des [Nigaux, Médisent des efforts de sa noble science A-t-on ouï parler d’un esprit qui peut mieux Séparer toute chose ou semblable ou [contraire? Diroit-on pas qu’il faut qu’il soit venu des [deux, Veu le Scavoir qu’il a celeste ou sublunaire, Recherchons sa saveur, si nous chérissons l’or Oyons le discourir contre la Galenique : Tant qu’il me faira part de son riche thresor Je n’aprehenderay ny Tyran ni critique. B. Pielat. Medic. Doctor. 246 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Groene Leeuw, OF HET LICHT dcr PHILOSOPHE N. gedrnkt voor de» ^utbeur, Zijn mede te bekomen b}’ JOHANNES JANSSON1US van WAESBERGE- 1674, 416 De Groene Leeuw 247
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416 Éros, Principe Volatil du Sujet des Sages, incarne les premiers degrés de l’Œuvre (d'où sa jeunesse), et la Volatilité (d'où ses ailes). Son successeur est représenté par un jeune homme regardant avec confiance le Soleil de la Perfection, car la Fixation du Volatil, symbolisée par le Caducée ou bâton de Mercure, a lieu à un stade ultérieur dont dépendra la réalisation de la Perfection. Etant devenu le véhicule vitrifié du fluide cosmique, le Sel des Sages acquiert une couleur verte, tandis que sa densité augmente considérablement II est alors nommé Vitriol ou Lion Vert. 417 Voici étendu notre Corps (Corpus) qui, par l’action du Feu Secret, revêtira toutes les Couleurs et transitera à travers les royaumes de toutes les Planètes. Il se dis- soudra en Mercure, se coagulera en Soufre, engendrera la Perfection Lunaire, puis la Perfection solaire de la Pierre Philosophale. 418 Une triple Dissolution est la Clef pour obtenir notre Eau Pontique ou Dissolvant Universel. Cette eau perma- nente qui « ne mouille pas les mains » est le Mercure Phi- losophique à la surface duquel le mystérieux Esprit de la Lumière trace un réseau géométrique de lignes entre- lacées comparé au tressage d’un panier et aux mailles d’un filet. Cette signature philosophique devient de plus en plus visible à mesure que le degré de pureté augmente mais on ne l’obtient qu’au terme d’une longue et diffi- cile série de purifications, lesquelles ne devront jamais être négligées car l’influx céleste ne saurait se fixer de façon permanente dans une matière impure et insuffisam- ment préparée. 419 « Faire voler l’Oiseau » signifie libérer l’Esprit de sa prison matérielle pour qu’il puisse planer dans le ciel alchimique et rapporter en bas les bienfaits de ce qui est en haut. Toute l’Œuvre n’étant, comme nous l’avons maintes fois répété, qu’une série de Dissolutions. 420 L’Arbre de l’Art et son Corbeau (Nigredo). Dans les racines de l’Arbre se trouve Ô, hiéroglyphe du Sujet des Sages. Une connexion intéressante est établie entre Mars d* et le Soleil “fr ou Or des Sages. 421 Nous avons ici affaire à un emblème très complexe contenant virtuellement tous les symboles des opérations du Grand Œuvre. La Dame, Incarnation de FHarmonie K, tient dans une main la flèche du Feu Secret et dans l’autre l’ancre, emblème du Soufre coagulant. Dans la fon- taine, Fixe et Volatil sont montrés en conjonction. Le lec- teur devra étudier ici les correspondances variées qui sont trop nombreuses pour toutes les énumérer. 422 L’épaississement graduel du Mercure en une pâte jusqu’à sa fixation finale est une longue opération com- parée traditionnellement à un voyage sur une mer hou- leuse. La Mer Hermétique du Compost est agitée, des bulles en crèvent la surface en une succession infinie, et l’atmosphère est chargée de lourds nuages vaporeux, obs- curcissant le verre du vaisseau. Une petite tempête souf- fle. Néanmoins l’arche de Noé poursuit son cours (voir De Goude Leeuw, 436) et le Dauphin nage dans les flots dechainés. Puis selon les légendes des mers, l’invisible Rémora stoppe le navire dans sa course. Et tandis que le ciel s’éclaircit, l’île de Delos apparaît, signalant le com- mencement véritable de la Fixation. 423 Le Feu secret (symbolisé par la flèche tenue par le personnage) et le dynamisme céleste sont évidemment les moyens nécessaires à la conquête de la citadelle ale1' ini- que. Au pinacle se trouve Ô, Hiéroglyphe de la Matière première, se dissolvant en la noirceur de Saturne. Sur cha- que tourelle se trouvent ? et $ , Mercure et Soufre obte- nus tour à tour par la Dissolution Philosophique, laquelle sera chaque fois suivie de la Coagulation Philosophique ou Fixation selon l’axiome « Solve et Coagula ». 424 Le Labyrinthe Hermétique symbolise la réalisation matérielle du Grand Œuvre. Le Labyrinthe présente deux difficultés majeures : comment atteindre son centre et comment en ressortir Pour atteindre le centre, il faut pre- mièrement acquérir une connaissance exacte du Sujet de l’Art, de sa préparation qui est réalisée dans le pavillon central. Le retour - au cours duquel les chances de se perdre augmentent considérablement - signifie la muta- tion de la Matière préparée à l’aide du Feu On peut voir le Feu conduisant le couple Mars et la Dame secrète, par le Fil d’Ariane. Le Filet d’Ariane si nécessaire en cet Art, est aussi le titre d’un traité attribué à von Batsdorff publié à Paris en 1695. 425 Une Lumière inattendue est dissimulée dans le corps de la Louve qui. une fois découverte, court comme une rivière lumineuse et se cristallise en un sel vert. L’emblème représente la Louve en Mère de tous les aspects de l’Œuvre et proche parente du Feu Secret. Sur son front brille la future Perfection Solaire. Le néophyte remarquera que le Sujet doit être soigneusement préservé de la lumière. 426 Hiéroglyphe de la Materia Prima. Voici sous les traits de cette dame étrange le Sujet des Sages, Ô, qui, une fois « ouvert » par cf Mars, exhale des fumées toxi- ques, lesquelles précèdent les Serpents ou premier Mer- cure. Celui-ci est nommé le Dissolvant Universel, non, comme on pourrait le croire, parce qu’il dissout tous les corps, mais parce qu’il est tout-puissant dans l’univers microcosmique constitue par le Grand Œuvre. 427 La Dissolution essentielle ou Mort, qui est la réduc- tion des solides en Eaux obscures est suivie par un « sau- vetage » signifiant que grâce au Feu (remarquez que De Groene Leeuw 251
l’espace entre les jambes du sauveteur forme un delta A, le triangle du Feu), l’Artiste pourra recueillir à la surface des flots la précieuse substance, véritable agent de la Pierre Philosophale. Par conséquent, toute Dissolution doit être suivie d’une Coagulation jusqu’à ce que soit atteint l’état parfait de la Fixité Solaire. 428 De l’union de notre Matière Ô avec un agent mar- tial, naît un fils « surpassant en vigueur ses parents ». Ce fils montre une aversion prononcée pour sa mère avec qui il doit cependant s’accoupler. Eros, emblème du Feu Secret, lui décoche une flèche paralysante, armée d'une pointe de fer, qui ramène le fils rebelle à de meilleurs sentiments. Mourant, il est amené dans le lit de sa mère et demeure en étroite union avec elle (Dissolution) tan- dis qu’elle cède son propre sang et sa chair, et meurt pour le ranimer. Ainsi est obtenu le Mercure Philosophique ou Double Mercure. 429 Après sa préparation le Sujet de l’Art devient le Saturne des Sages, appelé aussi Tortue à cause de l’ana- logie précise des écailles de sa carapace avec la substance ressemblant à l’émail qui apparaît à la surface du Mer- cure. Ainsi préparée, la Tortue poursuivra son lent nws irrésistible progrès vers la Perfection Solaire du Lion. 430 La Dissolution ou mort du Sujet des Sages libère son Mercure dont le Chien, traditionnellement associé au Mercure, est l’emblème. La Putréfaction qui s’ensuit fera passer la Matière à travers la Nuit et la Mort de la Putréfaction saturnienne vers la Première Perfection Lunaire (le Canard) et ensuite à la splendeur céleste du Soleil. 431 Voici la Perfection Solaire tenue par les mains céles- tes. Celui qui aspire à la posséder doit résoudre deux énig- mes majeures : (1) Connaissance de la Nature du Sujet des Sages Ô, et de sa préparation; (2) le Secret de Saturne, ou la manière de le dissoudre et de le putréfier. Tout le reste, et il y aurait beaucoup plus à dire, ici et ailleurs, est secondaire. 432 Nous voyons ici la forme possible d’un échantillon « brut » de la Materia Prima ô, laquelle devra être dis- soute afin que surgisse des Ténèbres l’aspect stellaire qui n’est ni une fiction ni un pur symbole mais une réalité alchimique. 433 Les Sages ont choisi la meule comme signe hiérogly- phique du Mercure initial issu de leur sujet et qui est leur véritable dissolvant à cause de sa forme circulaire car, comme l’indique Fulcanelli, « le cercle est la signature conventionnelle de notre dissolvant, ainsi d’ailleurs que de tous corps susceptibles d’evoluer par rotation ignée ». Or le double pouvoir du dissolvant agit comme la meule : il les divise, les broie et les aiguise. « Après les avoir dissociés et partiellement digérés, il s’en trouve aci- difié, prend une vertu caustique et devient plus pénétrant qu’il ne l’était auparavant. » Demeures Philosophales, Tome II, p. 81-83. 252 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Goossen Van Vreeswijk De Goude Leeuw, 1675 De Goude Leeuw, of den Asijn der Wysen. Waer n ontallyke heerlyke Konsten en nutte Verborgentheden omdekt worden : als de Anima uit aile Metalen en Mineralen te trekken; vele ongemeene Medicynen, Schdder-gout, Bran- dewynen uit Koorn sonder viese smaeck, unstekend Blancketsel, kostelyke Gesteenten, & c. te maken. Ailes met eigen handen gewrocht, en met vele kopere Platen aen den dach gegeven. Door Goossen Van Vreeswyk, Berg- meester. t’Amsterdam gedrukt voor den Autheur, Zijn mede te bekomen by Johannes Janssomus Van Waesberge, 1675. Le Lion d’Or ou le Vinaigre des Sages. Où l’on découvrira les innombra- bles et excellents arts et secrets utiles; comment on extrait l’Ame des Métaux er des Minéraux; de nombreuses Médecines rares, l’or des peintres, des liqueurs spiritueuses et savoureuses élaborées à partir de céréales, un excel- lent lait de chaux pour la peau, des pierres précieuses, etc. Travaillés à la main et rendus publics grâce à de nombreuses gravures sur cuivre par Goo- sen Van Vreeswijk, maître des mines. Amsterdam, imprimé pour l’auteur. Disponible chez Johan Jansson Van Waesberge, 1675. De Goude Leeuw -253
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434 Hercule enfant étrangle les serpents que Junon place dans son berceau. Selon le symbolisme alchimique, Her- cule est l’Artiste, l’étranglement des serpents correspond à la Fixation du Volatil et l’envol des Oiseaux à la Volati- lisation. Les Quatre Eléments sont représentés par le Dau- phin, le Dragon, l’Oiseau et la Salamandre. Comme tous les Philosophes le déclarent, celui qui peut convertir la Terre en Eau, la même Eau en Air, le même Air en Feu et le même Feu en Terre, connaîtra la Pierre Philosophale. 435 « Ouvert » par l’épée martiale, notre Sujet libère le Vitriol des Sages. (Pour des raisons de mise en page, l’édi- teur a changé la séquence des images tirées du De Goude Leeuw. L’ordre original est 435-36, 447, 437, 445, 446, 448-50, 438-44.) 436 Sous l’action du Feu extérieur sur le Feu Secret, l’ensemble du compost se liquéfie, c’est cette « Mer » agi- tée par la fermentation que les anciens auteurs appelaient le Déluge. Une fine pellicule apparaît sur les eaux : c’est l’Arche de Noé, synonyme hermétique de l’île flottante de Delos où Latone se réfugie pour accoucher des jumeaux hermétiques, Diane et Apollon. La fin de la Nuit saturnienne est annoncée par les couleurs de l’Arc-en-Ciel, suivies du règne de Jupiter. 437 Tenté par les raisins, le chien perdra ce qu’il porte dans sa gueule. Cet emblème révèle l’action du Feu Secret dissolvant, ou Tartre des Sages, sur notre Ô Sujet. La main céleste indique qu’un « tour de main » est néces- saire et qu’il faut renforcer le pouvoir de ce « sel » par l’action du mystérieux dynamisme céleste. 438 L’Harmonie imposée par le médiateur salin -K se reflète dans le dessin harmonieux des Jardins de l’Art. 439 La Salamandre, hiéroglyphe du Feu Secret du Sage, est aussi l’emblème du Soufre. 440 Allégorie du Verseau, cet emblème indique que la Calcination des Sages (contrairement à la calcination vul- gaire) est obtenue au moyen d’un Feu humide, ou Eau Pontique, qui réduit les corps à leurs premiers principes sans détruire leurs qualités séminales, représentées ici nageant comme des poissons dans les Eaux de la Dissolution. 441 Le Crocodile amphibie est un hiéroglyphe naturel du Sujet des Sages. Entre ses mâchoires béantes se fau- file son ennemi, l’Ichneumon, une sorte de rat qui dévore ses entrailles. Ainsi le Soufre se nourrit du Sujet avant d’absorber et de transformer sa nature aqueuse en Fixité Parfaite. 442 La Mort chevauche le Crocodile, l’éperonnant avec la flèche du Feu Secret vers la Dissolution et son règne d’obscurité. 443 L’insertion dans le sujet philosophique de l’agent igné qui en est l’animateur a été souvent décrite allégori- quement comme le combat de l’aigle et du lion, c’est-à- dire des deux natures fixe et volatile. Ici l’aigle est rem- placé par le petit amour ailé. A l’issue de cet artifice, au firmament nocturne brillera la Seule Etoile flambeau de l’universelle Sagesse. 444 « Notre secret tout entier, écrit Philalète, se trouve dans notre $ et dans notre © ; notre Ç est notre voie, et sans lui rien n’est fa.t; notre © n’est pas vulgaire, cependant dans 1’ © vulgaire se trouve notre © sinon com- ment les Métaux pourraient-ils être homogènes? Et si donc tu sais illuminer notre $ comme il doit l’être, tu peux par manque de notre © l’allier à l’Or vulgaire, mais sache toutefois que le traitement du ? doit être différent pour l’un ou pour l’autre, et des deux par un vrai régime, en cent cinquante jours tu obtiendras notre ©, car notre © provient naturellement de notre $ : si donc 1’ © vul- gaire est divisé par Ç en ses Éléments, et ensuite com- biné, tout le mélange, à l’aide du feu, deviendra notre © qui sera alors joint à ce ÿ, que nous avons préparé, et que nous appelons notre Lait de la Vierge, nous don nera, par une décoction réitérée, tous les signes que les Philosophes ont décrits par le feu et qu’ils ont exposés dans leurs livres. » Ce feu est le Feu Secret, composé de deux substances salines, la chaleur externe n’étant employée que pour en activer les effets et pour éloigner le froid. Le serpent comme d’habitude représente le Mercure des Sages. 445 Voici le Mercure des Sages qui est la Materia Prvna et « la seule chose nécessaire à l’accomplissement de notre Œuvre du début à la fin », écrivent plusieurs auteurs qui oublient commodément de mentionner tous les prélimi- naires y compris la Dissolution $ des Principes jumeaux <5 et cf qui précèdent son acquisition. Sous cette forme, nu et purifié, « notre Mercure » est la racine de l’or, c’est- à-dire l’esprit d’or contenu dans une substance huileuse verte, facilement coagulée, nommee Vitiioi - Vim oleum, huile de verre. Comme toute pierre est sel et que la Pierre des Philosophes est ce même mercure, sujet de la Pierre Philosophale, plusieurs Adeptes pour créer la confusion l’ont appelé nitre, ou salpêtre (sal pétri, sel de pierre), et ont copié le signe de l’un sur l’image de l’autre. Ainsi sa structure cristalline, sa ressemblance physique avec le sel fondu, sa transparence, ont permis de l’assimiler aux sels et de lui attribuer, au gré de la fantaisie des auteurs, les noms de tous les sels tels que sel gemme, sel de Saturne, sel des sels, etc. Sous le grand hiéroglyphe du Vitriol®-, le lecteur averti reconnaîtra sans peine l’épée à double tranchant du Feu Secret, promoteur mystérieux de toutes les transformations. 446 Lors de la Première Dissolution, la Materia Prima Ô est dissoute dans ses propres Eaux mercurielles. Telle 258 GOOSSEN VAN VREESWIJK
est la signification des hiéroglyphes sur la Montagne. Le Mercure Philosophique, ainsi obtenu, est le Dissolvant Universel des Sages ou Aqua Ardens (S), portant et nourrissant sa propre Fixité future qui est le Soufre Plu losophique $. Le Dissolvant Universel, Mère de la Pierre, est aussi la Lune des Philosophes. Les anciens Alchimistes plaçaient ce Premier Mercure sous la pro- tection de Diane, portant les cornes de la Lune. 447 Le Feu Secret est la combinaison du Tartre des Sages et du Sel d’Harmonie. L’origine du Tartre des Sages est indiquée par les raisins La Dissolution du Sujet par le Feu Secret dans le creuset + produit le Serpent, le Mercure des Sages. 448 Le Sujet des Sages, nu (c’est-à-dire purifié), entre dans les eaux de la Dissolution portant un disque satur- nien pour indiquer qu’il va s’enfoncer dans cette Noir- ceur qui est la clef de toute l’Œuvre, et sans laquelle il ne saurait y avoii de Régénération. 449 La Dissolution commue jusqu’à ce que le Sujet ait totalement disparu dans l’empire noir aqueux de Saturne. 450 Le règne de Jupiter succédant au règne de Saturne est le premier indice de Fixité, l’Aube grise qui suit la sombre nuit du Chaos. De Goude Leeuw 259
Goossen Van Vreeswijk De Goude Son, 1675 Vervolg van’t Cabinet der Mineralen, of De Goude Son der Philosophen. Waer in aile bewerckingen der Metalen en Mineralen, met de gereedschap- pen daer toe dienende, hare Openingen, Verwen, en 7 incturen, nevens vers- cheide heerlijke Medicynen, en andcre seer nutte Konsten, uit eigen onder- vinding aen ’t licht gegeven. Door Goossen Van Vreeswyk, Berg-meester. Met vele noodige kopere Plaaten verciert. t’Amsterdam gedrukt voor den Autheur. Zijn mede te bekomen by Johannes Janssonius van Waesberge, 1675. La suite du Cabinet des Minéraux ou le Soleil doré des Philosophes. Dans lequel on trouvera tous les travaux sur les Minéraux et les Métaux, avec les instruments s’y rapportant, ainsi que leur Accès, couleurs et teintures, avec diverses excellentes Médecines et autres arts hautement salutaires, sont exposés d’après la propre expérience de l’auteur Goossen Van Vreeswijk, maître des mines. Avec de nombreuses et utiles gravures sur cuivre. Ams- terdam, imprimé pour l’auteur. Disponible chez Johan Jansson Van Waes- berge, 1675. 260 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Vêrvolg van ’t Cabinet der Miner alen, O F DE G O U D E SON der PHILOSOPHE N. P ^Lnijlerddm "tdrucf.l 'voor de>i ^utbfiiv : zijn me de te bekomen by J O H A N N l J.'NSSONIUS van WAEStEI.GE j C' - De Goude Son 261
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De Goude Son 263 I
451 La vigne des Sages est leur Sujet. Son vin est leur Dissolvant ou Mercure. Le mouton symbolise à la fois leur Terre et Aries, le signe astrologique du printemps par lequel débute le Grand Œuvre. Le berger est le Sou- fre, leur Esprit mystérieux, principe de Fixité. La car- casse du cheval rappelle qu’il ne saurait y avoir de géné- ration sans corruption préalable, et qu’il faut tuer le vif afin de ressusciter le mort. Axiome dont la mise en prati- que assure la possession du soufre vif, agent principal de la Pierre Philosophale 452 L’Esprit volatil du mercure se fige comme une mou- che prise dans une toile d’araignée. 453 Dissolution du Fixe : le Sujet est dissous par le Vitriol des Sages tout comme la limace fond sous l’action du sel ordinaire. 454 Le « tour de main » nécessaire pour la première pré- paration ou « Séparation » est dépeint dans la forge d'un forgeron Purifié le premier Mercure s’élève comme de la fumée ou de la vapeur de l’obscurité résultant de la première conjonction de Mars <3 avec notre Vénus 9 (Ô). Le marteau enflammé et l’hiéroglyphe salin ® sur l’enclume mettent l’accent sur l’action du Feu Secret, médiateur et promoteur de l’Œuvre. 455 Les Principes jumeaux de l’Œuvre symbolisés par Adam et Eve (la seconde, née du premier, causera la chute des deux dans le Chaos des Sages). « Croissez et Multi- pliez » fut le commandement de Dieu à ses créatures. Cha- cune d’entre elles a le conjoint qui lui convient, sans lequel, dans tous les règnes de la Nature, il ne saurait y avoir de génération. La Possibilité de Nature (voir p. 251) doit toujours être prise en considération. 456 Le résultat d’études assidues, de spéculations et de théories doit être vérifié par la pratique. La dimension spirituelle de l’Alchimie ne peut être atteinte que par le travail manuel. Ora et labora sic habehis : « Prie et Tra- vaille, ainsi tu recevras. » 457 L’Expérience démontrera que l’énergie de l’Esprit Universel - Spiritus Mundi - a sa signature dans l’épée, et que l’épée a sa correspondance dans le Soleil, lequel est l'animateur et le modificateur perpétuel des métamor- phoses successives de la matière originelle. C’est en effet par le Soleil que le Mercure se change en Soufre, le sou- fre en Elixir et l’Elixir en Médecine LTniverselle. 458 La séparation du papillon de sa chrysalide corres- pond au travail que doit effectuer l’alchimiste pour extraire du minerai grossier l’esprit vivant et lumineux, le Feu Secret qu’il renferme sous forme de cristal trans- lucide, vert, fusible comme de la cire et que les sages nom- ment leur Vitriol. La Saturnie du poirier (Saturnra pyri) est un grand papillon aux œufs couleur émeraude qui est l’hiéroglyphe parfait de ce mercure vert, agent de putré- faction et de régénération. 459 Le Btlier - avec ou sans cornes - est toujours un hiéroglyphe du Sujet des Sages. Sa toison, marquée du hiéroglyphe salin du Feu Secret, promoteur de l’Œuvre, deviendra la Pierre Philosophale. 460 On a qualifié le greffage d’« anoblissement » du tronc greffé. Le scion ou greffon devenant lors de cette opération en quelque sorte un parasite du tronc. Afin que l’énergie venue des racines profite pleinement au gref- fon, les jardiniers coupent toute branche poussant en des- sous de la greffe. Il faut encore se souvenir que l’on ne peut greffer que les espèces présentant entre elles certai- nes affinités (voir 411). On trouve dans cette opération des analogies précises avec le travail que devra entreprendre l’alchimiste, qui devra greffer « l’esprit » sur sa matière, le premier absor- bera alors la « vie » de l’autre. 461 La préparation initiale de notre Matière est com- parée à la préparation des châtaignes d’abord récoltées dans des paniers puis coupées et mises dans le feu jusqu’à ce que l’écorce éclate. 462 Le Couple Alchimique représente les parents de l’or philosophique © . Remarquez l’attitude active de la Femme opposée à la passivité initiale de l’Homme. 463 Elevée au plus haut degré de la Fixation Parfaite, la Pierre des Philosophes est devenue la Pierre Philoso- phale. Les textes insistent sur le fait que le Principe de transformation de la Terre en Feu réside dans le feu, comme celui de la transmutation en or se trouve dans l’or. Car de même que la jument engendre un poulain et pas une vache, le plomb produira du plomb et non de l’argent, et l’or de l’or et non pas une teinture. L’Or des Philoso- phes doit être ajouté comme ferment à leur Pierre à la fin de l’Œuvre. En effet, un ferment convertit le corps fermenté en sa propre nature sans lequel le but recher- ché ne serait jamais atteint. Cela étant fait, la conversion devient aussi facile que d’allumer une bougie à l’aide d’une autre. 464 Selon la mythologie classique, le dieu Mercure fabri- qua la première lyre à partir d’une carapace de tortue qu’il trouva, selon certains récits, sur les bords du Nil, selon d’autres, près d’un puits. La tortue est donc un hiérogly- phe du Sujet des Sages, qui une fois préparé devient un instrument très puissant. Son offrande apaisa le courroux d’Apollon qui remit en échange à son inventeur le puis- sant Caducée. Le signe du Vitriol ®-sur sa carapace sou- ligne la nécessité de visiter l’intérieur de la terre afin d’y trouver la Pierre cachée : VISITA INTERIORA Terrae 264 • GOOSSEN VAN VREESWIJK
Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem Veram MEDICINAM. (Cherche à l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée, la véritable Medecine.) Les premières lettres de chaque mot forment VITRIOLUM, contraction de vitri oletim. 465 Les Philosophes hermétiques nomment souvent la science alchimique : l’Art de Musique. De nombreux trai- tés développent ce thème. A chaque note, à chaque accord, correspond un degré dans le processus de transmutation de la Pierre des Philosophes en Pierre Philosophale. 466 Selon les Règles de l’Art, ce qui provoque la mort de l’un des Principes procure la vie à l’autre. La Flamme de la vie du Premier Mercure est éteinte afin de fournir au Soufre du métal dissous les éléments de sa résurrec- tion. La Vie ayant besoin de la vie doit être unie à la vie, et ainsi le Soufre actif vivant est uni au mercure premier né (Diane) afin d’obtenir le Mercure Philosophique. Cette dernière opération est dissimulée sous l’allégorie d’un mariage incestueux entre frère et sœur car tous deux ont le même sang et la même origine. 467 Pour l’élaboration du Mercure des Philosophes nomme le Sel de notre Pierre (car c’est ce Mercure qui est la Pierre des Philosophes) rien ne peut remplacer le Feu Secret des Sages caché sous son aspect salin. Cet agent invisible révèle par l’éclatement du tonneau la pro- venance puissante de l’un de ses deux composants. De Goude Son 265
A LT U S Mutus Liber, 1677 Mutus liber, in quo tamen tota Philosophia hermetica, figuris hieroglyphi- cts depingitur, ter oplimo maximo Deo misericordi consecratus, sotisque filiis artis dedicatus, authore cuius nomen est Altus. 2i.ii.82. Neg : 93.82.72. Neg : 82.8i.33. Tued. Livre muet, dans lequel pourtant toute la Philosophie hermétique est repré- sentée en figures hiéroglyphiques, trois fois consacré au Dieu de Miséri- corde, très grand et très bon, et dédié aux seuls fils de l’art, par un auteur dont le nom est Altus. 2i.ii.82. Neg : 93.82.72. Neg : 82.81.33. Tued. Le Mutus Liber - ou Livre muet car dépourvu de texte - fut d’abord publié à La Rochelle en 1677. Cette édition révisée fut publiée sans indication de lieu ou de date, probablement vers la fin du XVIIe siè- cle, elle est analogue sinon identique à une autre version contenue dans la Bibliotheca chemica curtosa (Genève, 1702). Un fac-similé de l’édition originale, publié chez Jean-Jacques Pauvert (Paris, 1967), contient une introduction et des commen- taires par notre Ami le distingué et regretté Eugène Canseliet, sans l’aide duquel nous n’aurions pu espérer pénétrer les mystères de ce livre « qui n’est muet qu’en appa- rence ». Notre intention première était de renvoyer le lecteur averti au savant ouvrage de Canseliet mais sa rareté (à l’étranger sur- tout) nous a contraint à un commentaire, « extrait de l’exégèse de Canseliet et de nos propres observations ». Nos propos bien entendu ne peuvent ni ne cherchent à expli- quer toutes les subtilités de ce difficile ouvrage. Le lecteur français pourra sans trop de difficultés se procurer l’ouvrage réé- dité de Canseliet dont l’étude approfondie est indispensable. Il est à peu près certain que l’auteur du Mutus Liber est Jacob Sulat ou Saulat, dont le nom apparaît dans le Privilège du Rci publié dans l’édition originale, lui conférant des droits exclusifs : Nostre bien amé Jacob Saulat, Sieur des Marez, Nous a fait remon- trer qu 'il luy est tombé entre les mains un Livre de la haute Chimie d’Hermès, intitulé : Mutus Liber... Canseliet démontre que les phylac- tères sortant simultanément des bouches du Couple Alchimique agenouillé (dernière planche) sur lesquels l’on peut lire OCU- LATIS ABIS (« Tu t’en vas voyant »), for- ment l’anagramme de IACOBUS SULAT Le sujet de la page de titre, le Rêve de Jacob, semble confirmer le nom. Toutefois, le nom ne fournit pas l’identité du personnage. Le t tre de Sieur des Marez peut être inter- prété comme Seigneur des Marées ou Sei- gneur des Marais; si la seconde interpréta- tion est ambiguë à souhait, la première appliquée aux marées célestes est plus per- tinente. Un autre anagramme d’Altus est SALUT dont chacun comprendra le dou- ble sens, mais qui suggère que le Salut de Jacob vient d’en haut, car ALTUS bien sûr signifie « haut ». Comme nous l’avons déjà mentionné ail- leurs, les noms des auteurs alchimiques sont particulièrement intéressants et révélateurs lorsqu’ils attirent l’attention sur des parti- cularités cachées de l’Art Secret. Or c’est précisément le rapport secret entre ciel et terre qui élève l’Alchimie bien au-dessus de la chimie ordinaire. 266 • ALTUS
IUTUS LIBER. tota. crmsecrahi. g y. S2 IN QUO TANIEN1 \hea, fûjuris lûerotjlyyhicis ^\rria.vi>no ^)eo miser tcordt yJ't ftltis iirtts î^ec^icatii^j^L q i c/t <_ Utti s. Minus liber 267

268 ALTUS
Mutus liber 269
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27-2 * ALTUS
Mutus liber 273
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Mutus liber 275
276 • ALTUS
Mutus liber 277
278 ALTUS
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280 • ALTUS
Mutus liber 281
468 Les lettres et les chiffres mystérieux qui se trou- vent sur la page de titre doivent être lus à l’envers : Ainsi, 21.ii.82 Neg = Gen 28.11.12 : « Il (Jacob) atteignit un certain lieu et s’y arrêta pour la nuit car le soleil était cou- ché. Prenant une des pierres du lieu, il en fit son chevet et se coucha en ce lieu. Il eut un songe; voilà qu’une échelle était dressée à terre et son sommet touchait le ciel, et voilà que des anges de Dieu montaient et descen- daient. » Il est vivement recommandé au lecteur de lire et de méditer le reste de ce même chapitre. Gen 28.18-19, par exemple, s’exprime ainsi : « Jacob se leva de grand matin, prit la pierre dont il avait fait son chevet, la plaça en stèle et versa de l’huile sur son sommet. Il appela ce lieu du nom de Béthel mais primitivement le nom de la ville était Luz. » Les branches de roses coquettement liées pai un nœud forment un X qui est la lettre grecque Khi, symbolisant la Lumière Cachée tandis que les extrémités pointues de chaque branche évoquent le double pouvoir du Feu Secret. Dans l’édition originale du livre, le paysage est aride, tandis qu’ici l’eau coule devant le rêveur. Nous pen- sons que cela a été fait dans le but d’insister sur la néces- sité impérieuse de dissoudre la Pierre sombre qui est le sujet secret des Sages. Les Anges sur les échelles sont bien sûr l'élément Vola- til, tandis que Jacob et les rochers sont le Fixe. Mais l’echelle et les trompettes évoquent aussi deux anciens traités alchimiques, la Scala philosophorum (Echelle des Philosophes) et le Clangor buccinae (Son de la trompette), publiés dans l’Trs aurifera quam chemica vacant, à Bâle en 1593. Jacob et son chevet de pierre sont la Materia Prima nécessitant un choc électromagnétique violent pour éveiller son potentiel. La seconde inscription, 93.82.72 Neg = Gen. 27.28.39, fait allusion à la rosée des cieux, thème frequent du Mutus Liber. Gen. 27.28 : « Que Dieu te donne avec la rosée du ciel et de gras territoires, abondance de froment et de vin nouveau ! » Gen. 27.39 : « Isaac son père prit la parole et lui dit : « Voici : loin des gras terroirs sera ton habitat, et loin de la rosée qui descend du ciel. » La dernière référence est 82.3i.33 Tued = Deut. 33.13,28. Le 3 du 13 est clairement lisible dans la ver- sion originale tandis que dans la version présente, il a été par erreur changé en 8. « Et pour Joseph il (Moïse) dit : Béni de Yahvé, son pays! A lui le don exquis du ciel en haut, et de l’Abîme qui s’étale en bas. Israël demeure en sécurité, la source de Jacob reste à part dans un pays de froment et de vin nouveau, et dont le ciel distille la rosée. » La Rosée Alchimique est le Vitriol des Sages et le Lion Vert des Philosophes. De la rosée matinale reçue illie, l’Artiste obtiendra l’une des deux substances salines entrant dans la composition du Feu Secret. Canseliet a cru que la Lune avait été inversée par erreur, car elle décroît au lieu de croître. Nous pensons au con traire que cela a été fait délibérément et que le procédé employé pour les références bibliques doit de même être employé à l’égard de la Lune; car le début de ces opéra- tions doit toujours correspondre à la Nouvelle Lune. Les dix étoiles correspondent aux dix Aigles ou Sublimations. Le lecteur ayant déjà remarqué la division des ténèbres et de la lumière devrait méditer la devise POST TENE- BRA LUX : « Après les ténèbres, la Lumière. » 469 Neptune, armé du trident de la triple Dissolution, annonce la naissance de Diane et d’Apollon, futurs parents de la Pierre Philosophale, sur l’île de Delos, qui sur le dos du dauphin est le premier signe de Coagula- tion et de Fixité. Ainsi s’élève la Lumière, séparée des Ténèbres et soulignée par le Soleil et les Anges. Cette phase de l’Œuvre « réclame de nombreuses manipulations à la fois délicates, laborieuses et pénibles... » Au cours de ces réitérations fastidieuses, la persévérance dans la peine et l’effort est beaucoup plus indispensable que dans l’invocation et la prière. Le v ieil adage reste la règle prin- cipale à laquelle le Philosophe doit sans cesse obéir : Aide-toi, le Ciel t’aidera. La prière seule est insuffisante, mais si elle précède l’action ou si elle l’accompagne, le résultat qui est cher- ché peut dépasser toute espérance. C’est là le concept de base que Jacob Sulat voulut faire entendre, en distinguant, sous l’hiéroglyphe de l’élaboration, l’alchimiste et sa femme, à genoux et pi tant, de chaque côté de l’athanor en rotation paisible. Plusieurs planches pourraient précéder celle-ci qui elle- même pourrait précéder la huitième. 470 Cette troisième gravure « Fournit le détail et le com- plément » de la précédente ainsi que les multiples inte- ractions symboliques qui se dérouleront dans l’Œuvre. Au centre de la roue, Neptune (le premier Dissolvant) pointe son trident de fer vers la Terre des Sages, qui est le Sujet à dissoudre, laquelle repose entre les Principes opposés. La Dissolution est toujours suivie par la Coa- gulation et c’est pourquoi Neptune tient avec son autre main le fil le reliant à sa conjointe mercurielle qui pêche le Dauphin, le premier Principe pur de Fixité. L’union de ce dernier avec sa Mère mercurielle est symbolisée par la Sirène. Le Bélier et le Taureau symbolisant les signes astrologiques printaniers du Bélier et du Taureau, épo- que à laquelle de telles opérations doivent être effectuées; ils représentent aussi la sphère terrestre fixe. Les dix Oiseaux volants correspondent aux dix Sublimations, le Paon à la phase de la Queue-du-Paon, Jupiter sur l’Aigle, à la teinte grise précédant l’Albification symbolisée par la Lune qui, à son tour, précède la Perfection Solaire. En lisant d’une autre manière, Jupiter représente aussi la Fixation du Volatil et la Volatilisation du Fixe; le Soleil, la chaleur extérieure; la Lune et les nuages, les influen- ces célestes, agents de tranformation. 282 • ALTUS
471 Le dynamisme céleste abondant durant certaines nuits printanières sans nuages galvanise notre Sujet, dont l’hiéroglyphe apparaît sur la flèche de l’église. Au pre- mier plan est exposé le procédé par lequel est recueillie la rosée. 472 L’abondante quantité de rosée recueillie est filtrée puis distillée, enfin elle produit l’un des deux Sels du Vul- cain Lunatique (le Feu Secret). En bas, au centre, le chif- fre 40 inscrit au dessus du cendrier signifie la lente diges- tion de notre matière pendant quarante jours et quarante nuits. Un feu modéré et une bonne dose de patience sont essentiels. 473 Voici la fabrication de la rose, Fleur de Fixité, sépa- rée et présentée à son « père » le martial dieu-soleil (Soleil métallique ou Soufre). Les personnages, les manipulations et les instruments représentés dans le Mutus Liber cor- respondent symboliquement à de véritables opérations, mais il ne faut pas croire naïvement que le Modus ope- randt alchimique soit minutieusement dépeint comme il le semble. On remarquera que « le couple appliqué aux manipulations change de costumes à chacune d’elles et semble, en outre, ne pas être toujours composé des deux mêmes individus ». Ces différences soulignent en effet cel- les que subissent au cours des opérations les deux prota- gonistes de l’Œuvre. 474 La septième figure montre la préparation des deux substances salines composant le Feu Secret. Cette singu- lière affirmation est surtout étayée par la séquence symbo- lique au bas de la page .llustrant les adages selon lesquels le Feu Secret brûle sans feu et lave sans mouiller. « Brûle dans l’eau, lave dans le Feu, cuis et recuis et de nouveau cuis. Très souvent dissoudre et sans cesse coaguler. Tue le vif et ressuscite le mort. Et cela sept fois. Et tu auras vraiment ce que tu cherches si tu commandes le régime du feu. Le Mercure et le feu te suffisent » (Resai ium philosophorum). 475 Le fils du Soleil et de la Lune, porté ici par des Anges, est le Mercure Philosophique. Parmi les dix Oiseaux symbolisant les répétitions soigneuses d’une même opération conduisant à la pureté, deux de chaque côté du vaisseau, portent les signes spagyriques des sub- stances salines jumelles composant le Feu Secret. 476 La neuvième planche n’est pas plus à sa place que la quatrième, qui aurait dû tout de suite la précéder. Elle montre que la rosée recueillie sur la quatrième planche doit s’enrichir de l’influx cosmique du printemps et des rayons du Soleil réfléchis par la Lune. La scène du bas montre « la destination de cette rosée, véhicule naturel de l’espi it astral », versée par notre couple dans un bal- lon que Mercure souhaite recevoir. Du sel de cette eau céleste qu’elle retient en solution, le métalloïde acquerra sa grande et nouvelle vertu. Mercure nu, car purifié, tient un singulier bâton avec dix petits serpents (comme dans la planche précédente) qui représentent les aigles ou sublimations. 477 Nous devons à nouveau avertir le lecteur de ne jamais interpréter les scènes d’après leur apparence. Cette planche décrit avec insistance les proportions exactes entre l’agent salin (ou Mercure) et l’esprit floral (ou Soufre) enfermés dans l’CEuf philosophique Le Sceau Herméti- que est (dans la Voie Sèche) réalisé par le sel composant la coquille cristalline de l’Œuf Philosophique placé à 1 mtérieur du Fourneau ou Athanor. En effet, le Vaisseau secret n’est pas le contenant mais le contenu lui-même, qui au point de fusion revêt l’aspect du verre liquéfié et retient prisonnier l’esprit ou Fleur du Soufre qui, alimenté par une chaleur croissante, devient toujours plus puissant. Alors se succéderont les couleurs de la cible du noir de la périphérie au rouge cen- tral symbolisant l’union de Diane et Apollon auxquels le coefficient transmutatoire dix est attribué. 478 A première vue, cette figure semble identique à la huitième Mais un bon nombre de modifications impor- tantes y ont été apportées. Le sol sous les pieds de Mer- cure a disparu, il se tient debout sur le Soleil et la Lune. Deux rayons de Soleil pénètrent son pied, et trois des Ser- pents du Sceptre ont enfoncé leurs dents dans son bras. Tout a changé de côté, les ombres, les astres hermétiques, les symboles portés sur les oiseaux, etc. Outre le signe spagyrique du Soufre ou Tartre (transporté par l’Oiseau sous le Vaisseau à gauche), l’on découvre le signe de la Sublimation^qui ressemble aux plateaux de la Balance. La lampe dans l’Athanor ou Fourneau Philosophique est maintenant allumée, et les rideaux ont disparu. Le Mercure des Sages est maintenant le Miroir de la Nature, dans lequel se reflètent ses vérités cachées. 479 A nouveau cette douzième planche semble de prime abord identique à la neuvième. Mais cette toute superfi- cielle identité ne résiste pas, une fois de plus, à l’examen. En effet, le paysage a entièrement changé. De nombreux arbres ont poussé là où il n’y en avait pas, ainsi que de nombreuses plantes. L’influx cosmique s’est encore inten- sifié, l’église porteuse de l’hiéroglyphe du Sujet des Sages s’est transformée et rapprochée, et de nouveaux « bâti- ments » ont surgi. Le bélier semble à bout de forces tan- dis que le Taureau redouble de vigueur, c’est que l’on est passé sous son signe astrologique et les six larges plats sont éclairés d’une lueur indiquant qu’ils sont chargés d’énergie. Le couple ayant rempli son « flacon du liquide plus riche encore après cette seconde exposition le donne derechef au dieu Mercure », lequel l’absorbera avec avi- dité dans le vif désir de développer en lui-même le germe sulfureux principe de sa coagulation future. Mutus liber • 283
480 Cette treizième planche offre à nouveau de nom- breuses similarités avec la dixième. Toutefois la présence du Soleil sur les plateaux de la balance et dans les Vases, remplaçant la Fleur, révèle l’obtention du Soufre Fixé, l’Or des Sages dont la vertu coagulante stimulée par les flammes du Feu extérieur, élève le Mercure au plus haut degré de Fixité. L’union d’Apollon et de Diane symbolise la Multi- plication. Selon les textes, chaque fois que la Pierre est redissoute dans son Mercure, son pouvoii est décu- ple : 10; 100; 1 000; 10 000; 100 000, etc. Fulcanelli nous prévient cependant que le risque de tout perdre devrait tempérer la soif mégalomane de multiplications dl.mitées. 481 « Trois Feux sont utilisés dans le Grand Œuvre, écrit Artephius, sans lequels l’art ne se peult parfaire. Et qui sans iceux travaille, il prend beaucoup de souciz en vain. » Le premier et le plus noble est le Feu Naturel qu. est l’esprit de la vie caché dans la Matière; le second est le Feu Secret ou Vulcain Lunatique composé par les Alchimistes de deux substances salines, et le troisième est le Feu Elémentaire externe produit par combustion qui excite et anime les précédents. A ces Feux correspondent les trois Fourneaux. Les chiffres romains VI, II et X correspondent d'une part aux couleurs de l’Œuvre, aux deux principes (Mer- cure et Soufre) et aux dix sublimations ou aigles. Le VI rappelle aussi l’étoile à six branches que seul peut géné- rer le Sujet des Sages. Les deux femmes et l’enfant au centre se réfèrent à la phase ultime de l’Œuvre qu’avec une ironie malicieuse les alchimistes appellent Opus mulierum, le Travail de la Femme, et surtout Luduî Puerorum, le Jeu des Enfants. Operis processio dicitur omne opus mulierum & ludus pue- rorum. « Tout le processus de l’Œuvre est dit : travail de femme et jeu d enfant » Altus ici semble en effet indiquer par là la voie sèche, laquelle, comme l’indi- que Fulcanelli, « ne demande que la présence de l’artiste, car le mystérieux labeur se parfait de lui-même et se para- chève en sept, ou neuf jours ou plus. Cette voie ignorée de la majorité des alchimistes pratiquants s’élabore entiè- rement dans un seul creuset réfractaire. C’est elle que les grands maîtres nomment un travail de femme et un jeu d’enfant » (Demeures Philosophales, Tome 2 p. 78). Ce que confirme en effet Artephius : « Et cette œuvre n’est point d’un grand labeur à celuy qui l’entend, & la sçait, voire sa matière n’est point si chère (veu qu’une petite quan- tité suffit) qu’il doive estre cause qu’aucun en retire sa main, par ce qu’elle est si briefve & si facile, qu’à bon dro.ct elle est appellée l’ouvrage des femmes et le jeu des enfans. » Et Artephius ajoute immédiatement les mots sui- vants qui sont illustrés très précisément par la planche : « Travaille donc courageusement, mon fils, prie Dieu, lis les livres assiduellement, car un livre ouvre l’autre, penses-y profondément, fuy les choses qui s’enfuyent & s’evanouyssent au feu par ce que ton intention ne doit point estre en choses combustibles & adustibles, mais seu- lement en la coction de ton eau extraicte de tes luminaires. » Est-il besoin d’ajouter qu’il s’agit bien du Mercure (dans le vase au centre) et que le premier pas vers son acquisi- tion, ainsi que le montre l’homme à gauche, est une dis- solution suivie en un second temps comme l’indique la femme (qui recommande de l’autre main le silence) d’une Coagulation Ora Lege Lege Lege Relege labora et Inventes. « Prie, Lis, Lis, Lis, Relis travaille et tu trouveras. » 482 Couronné des lauriers de la victoire par les Anges qui le portent en triomphe, l’Adepte victorieux parvenu à la Réalisation suprême quitte le joug de la mortalité et s’élève dans le Sublime où tout est Pure Vision : Ocula- tus abis ou Oculatus ab. is. C’est également la Sublime Quintessence elle-même, c’est-à-dire la Pierre Philoso- phale tandis que le couple alchimique est Mercure Phi- losophique et Soufre issus tour à tour de la matière pre- mière, c’est-à-dire d’Hercule. Mais Hercule c’est aussi l’Artiste qui, ayant accompli tous ses travaux, traverse alors le voile de la mort hermétique. Ces aspects sont inti- mement liés et difficilement séparables. Que l’on lise Can- seliet et surtout que l’on ouvre les yeux. 284 • altus Mutus liber
Barent Coenders Van H ELPEN Escalier des Sages, 1689 Escalier des Sages ou la Philosophie des Anciens. Avec de belles Figures. Par un amateur de la Vérité qui a pour anagramme de son nom EN DEBES PULCHRA FFRUNDO SCIRE. A Groningue. Chez Charles Pieman, imprimeur & libraire à La Rue d’Or, an 1689. Barent Coenders Van Helpen, un gentil- homme flamand, publia l’édition originale de sa seule œuvre connue à Groningue en 1689, avec un anagramme de son nom. La seconde édition (Paris, 1689) parut à Paris la même année sous le titre Introduction à la Philosophie des Anciens. Il y eut une criti- que dans le Journal des Sçavans (Lundi 21 mars 1690). La troisième édition parut à Cologne en 1693, le nom de l’auteur y était révélé poui la première fois : « Escalier des Sages. Thresor de la Philosophie des Anciens où l’on conduit le Lecteur par degrez à la connoissance de tous les Métaux et Minéraux et de la manière de les travail 1er et de s’en servir pour arriver enfin à la perfection du Grand Œuvre. En forme de dialogues et enrichis de très belles tailles douces. Mis en lumière par Barent Coen- ders van Helpen Gentilhomme. A Cologne chez Claude le Jeune, 1693. » L’auteur écrit dans sa préface : « Voicy pour quoy j’ay creü que le titre de l’ESCA- LIF.R DES SAGES ne conviendrait pas mal à cette Philosophie, & que je ferois bien de la faire paroître en manierre d’un Dialogue entre FRANÇOIS & VREDERIC, estant le premier celuy qui tiendra son propos fundé principalement sur la Théorie, & l’autre sur la Practique & sur des expériences. J’ay jugé que ce susdit tiltre seroit donné à bon droit à cette Philosophie, à cause que les Anciens Sages, comme le père de tous les Philoso- phes, Hermes Trismegistes, Moyse le Pro- phète, St Thomas d’Aquin, Le Roy Geber & une infinité d’autres vrais Philosophes ont fait leurs démarchés sur cett’ ESCALIER, & qu’ils ont obtenu du grand Dieu leurs sciences tant incomparables par l’ascension infatigable d’iceluy. » L’auteur explique ensuite le plan de l’ouvrage divisé en Quatre Livres « qui livreront à peu près les DIX DEGREZ de l’ancienne sapience, & reduiray cha- cun Degrez en plusieurs paragraphes, veü que les susdicts Dix Degrez auront leur source de ces QUATRE LIVRES comme le nombre dix a son origine et son accomplissement des quatre premiers nombres ». Escalier des sages 285
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483 L 'Escalier des Sages conduit au but Philosophique, qui est la Splendeur Divine, la Quintessence Subl.me (couronne à cinq pointes) de Dieu lui-meme. La main droite de la Divinité indique les nombres I (Materia Prima), 2 (Les Principes Complementaires opposés), 3 (Corps, Âme et Esprit) et 4 (les Éléments), qui totali- sent 10 (le Retour à l’Unité Divine). Les dieux et les dées- ses mythologiques que l’on pourra facilement identifier grâce à leurs attributs sont, chacun à leur tour, les prota- gonistes des étapes du Grand Œuvre. 484 ALCHIMIA. Acrostiche : « L’Art Laborieux Con- vertissant l’Humidité Ignée des Métaux en Mercure Phi- losophique. » L’Adepte désigne Mercure consultant Jupi- ter, Pluton et Neptune. Ces quatre représentent les Élé- ments Philosophiques : Neptune, l’Eau; Pluton, l’aspect souterrain de la Terre (les minerais); Jupiter, l’Air (et le Feu Céleste); Mercure lui-même est la Quintessence, c’est le messager ailé, qui revêt tour à tour les diverses formes de tous les éléments. 485 CHAOS. Acrostiche : « Chaleur, Humidité, Froid, Sécheresse. » Selon les doctrines orphiques (dont la pater- nité était généralement attribuée à Orphée), Chronos (le Temps) était le premier principe d’où provenaient le Chaos et l’Ether. Le Chaos, entouré de Nuit, formait l’enveloppe sous laquelle la Matière cosmique fut lente- ment organisée par l’action créatrice de l’Ether. La Matière à la longue prit la forme d’un Œuf gigantesque dont la coquille était la Nuit. Au centre de l’Œuf, le pre- mier être, Phanès (la Lumière), naquit. C’est Phanès, l’Alpha et l’Omega de l’Alchimie, qui, en s’unissant avec la Nuit, créa le Ciel et la Terre. 486 CALOR. Acrostiche : « Le Tout-Puissant Créateur de la Lumière Gouverne Tout. » Selon les plus ancien- nes trad^ions concernant l’Alchimie, son mystère central est l’Amour, le Tout-Puissant Roi du Monde. La Matière des Sages préparée attire l’Amour Céleste, comme l’aimant attire à lui le fer; mais le dynamisme céleste ne peut être capté qu’à la saison propice si les conuitions météorologiques s’y prêtent. L’alchimiste se trouve donc dans une position semblable à celle du fermier dont la récolte d’une riche moisson dépend à la fois de la saison et de conditions climatiques favorables. 487 AMOR. Acrostiche : « Auteur du Monde, Roi Tout- Puissam. » Robert Fludd écrit : « Cette nymphe Imma- culée désire assidûment la présence, la société et l’assis- tance de son époux déiforme afin de pouvoir mener son Œuvre à une plus grande perfection... Ainsi cette très belle sœur, colombe et amie immaculée, parle à son bien- aimé du fond de son désir : “Soutiens-moi avec des fleurs, réconforte-moi avec des pommes, car je suis malade d’amour” (Cantique des Cantiques, 2.5). Cependant le Philosophe dans son sermon sacré dit aussi “De la Lumière un Verbe fut fait qui descendit sur la Nature, la réchauffant” (Hermès Trismégiste Poimandres I.5.). Pareillement, l’Esprit du Seigneur, qui est l’amour igné ayant la vertu du Père et du Verbe, qui fut porté par- delà les eaux et leur conféra une t igucur ardente. Ainsi cet amour brûlant, étincelant Esprit de Sagesse, est ce véritable désir supercéleste, projetant son sperme igné dans la matrice des eaux universelles... c’est-à-dire dans le ventre de Physis, dont la fille élue est Psyché, l’imma- culée, la mariée du mari... » (Tractatus theologo philoso- phions..., Oppenheim, J.T. de Bry, 1617 pages 35-36). 488 IGNIS. Acrostiche : « La Nature de Feu du Soleil Engendre joyeusement ». Le Feu est la Chaleur de la Vie qui doit dans l’Œuvre n’être ni excessive ni venir à man quer, sinon tout sera perdu. 489 IGNIS PHILOSOPHORUM. Acrostiche : « Le Feu de Notre Science se Trouve en Géhenne ». Ignis Ph< losophorum, le Feu des Philosophes, est trouvé en Géhenne, c’est-à-dire dans des lieux bannis. La connais- sance de ce « grand mystère de l’art » fut essentielle pour Jason dans sa conquête de la Toison d’Or. Limojon de Saint-Didier, tout en refusant de livrer son secret, four- nit cependant des indications précieuses concernant son identité : ... « le feu secret des Sages est un feu, que l’artiste prépare selon l’art, ou du moins, qu’il peut faire préparer par ceux qui ont une parfaite connoissance de la Chimie; que ce feu n’es pas actuelement chaud; mais qu’il est un esprit igné introduit dans un sujet d’une mesme nature que la pierre et qu’estant médiocrement excité par le feu extérieur, la calcine, la dissout, la sub- lime, et la résout en eau seiche ainsi que le dit le Cosmo- polite » (Le Triomphe Hermétique, p. 44). 490 AER. Acrostiche : « Moi, Reine fabriquant l’Or ». Jupiter, prenant la forme d’une pluie d’or, séduisit Danaé enfermée dans une tour Alchimiquement, cette légende souligne l’attraction magnétique exercée par la matière des Philosophes, enfermée dans l’Athanor (la Tour), sur les parties volatiles chargées d’influx céleste. 491 AQUA. Acrostiche : « Qui transporte l’Or Blanc ». L’Eau des Philosophes est leur Mercure. Des Ténèbres, entre Pluton et Neptune, s’avance Jupiter sous la forme du Cygne, c’est-à-dire de la Blancheur obtenue grâce au lavage de Latone par son Eau. La Blancheur annonce la venue du Soleil, dont les chevaux sont déjà en vue. 492 TERRE. Acrostiche : « Je Cache le Réceptacle des Trois Éléments de l’OR ». La Terre, dit Hermès, est la Mère des Éléments; ils viennent de Terre et retournent en Terre. La Pierre des Philosophes étant un minerai est donc une espèce de Terre, c’est pourquoi ils peuvent pro- clamer qu’elle se trouve partout. De quelle sorte de Terre il s’agit, c’est ce que le chercheur doit découvrir en tout Escalier des sages • 299
premier lieu. La Pierre Philosophale est cette même Terre transformée en feu, c’est-à-dire amenée par l’Air à son plus haut degré de perfection. 493 SULPHUR. Acrostiche : « En Séparant le Venin le Philosophe Ranime Doucement la Viscosité Homo- gène. » D’une huile libérée par la Putréfaction de la Matière, on obtient peu à peu le Soufre, pi incipe de Fixité. Mais la présence de Pluton (à l’arrière-plan) impli- que que le héros aura à franchir à nouveau l’Achéron avant de pouvoir véritablement aspirer à la conquête de la Pierre Philosophale. 494 MERCURILTS. Acrostiche : « Moi, je crée la Méde- cine Rouge Royale et Universelle dans les Entrailles du Sol. » Le meurtre d’Argus par Mercure, agissant au nom de Jupiter, est le thème du présent emblème. lo, objet de la convoitise de Jupiter, avait été transformée en génisse par Junon et était gardée par Argus aux cent yeux. Mer- cure (ou Hermès), envoyé par Jupiter, l’endormit au son de sa flûte, le tua et enleva lo. Le Savoir alchimique (l’Art Musical) permet au volatil (Mercure) de dissoudre (tuer) le Fixe (Argus). La mort de ce dernier symbolise la noir- ceur; ses innombrables yeux sont semés sur la queue du Paon (oiseau de Junon) qui est un autre stade de la Putré- faction lo, la Vache Blanche, est la Blancheur, ou Pre- mière Perfection. 495 SAL. Acrostiche : « Solus Alliora Laboro. Seul je travaille dans les profondeurs (de la Mer Philosophique) ». Le problème du Sel, catalyseur et médiateur du Grand Œuvre, n’est pas facilement résolu. Cependant Jupiter montre l’une des composantes de cette double Matière, tandis que Neptune en montre une autre. Pluton tentant d’une main de s’en saisir et tenant une clef dans l’autre, indique que la Connaissance du sel est indispensable pour en arriver à la Putréfaction qui ouvre les portes de son royaume infernal. too van helpen Escalier des sages
Alexandre Toussaint de Limojon de Saint-Didier Le Triomphe Hermétique, 1689 Le Triomphe Hermétique, ou La Pierre Philosophale victorieuse. Traitté plus complet et plus intelligible qu’il y en ait eu jusques ici, touchant le Magis- tère Hermétique. A Amsterdam, chez Henry Wetstein, 1689. Issu d’une famille noble du Dauphiné, Limojon de Saint-Didier naquit en Avignon vers 1630. Écuyer de Jean-Antoine de Mesme, comte d’Avaux, dont il gagna l’estime et la confiance, il fut chargé de nom- breuses affaires importantes. En 1678, il l’accompagna au congrès de Nijmegen (dont il publia un compte rendu à Paris en 1680). Il accompagna le comte en Hollande lors- que celui-ci y fut nommé ambassadeur en 1684 et se rendit avec lui en Irlande en 1689 à l’occasion d’une ambassade auprès du Roi Jacques II. Chevalier de Notre-Dame du Mont-Carmel, et de Saint-Lazare de Jéru- salem, Limojon de Saint-Didier serait mort lors du voyage de retour en France. Ses écrits hermétiques sont parmi les meil- leurs et sont très vivement recommandés. Le Triomphe Hermétique contient trois trai- tés, ayant chacun une demi-page de titre séparée : (I) L’Ancienne Guerre des chevaliers, ou entretien de la Pierre des Philosophes avec l’or et le mercure composé originalement en Allemagne; (2) Entretien d’Eudoxe et de Pyro- phile sur l’Ancienne Guerre des Chevaliers; (3) Lettre aux Vrays Disciples d'Hermès conte- nant six principales clefs de la Philosophie secrète. Ce dern.er texte est signé Dives Sicut Ardens S***, anagramme de Sanctus Desi- derius, ou Saint-Didier. Des éditions ultérieures furent publiées à Amsterdam en 1699 et en 1710, tandis qu’une édition anglaise parut en 1723 ainsi qu’une édition allemande en 1765. Triomphe; Aphorismi; Collectanea 301
B ARO U RB1GERUS Aphorismi Urbigerani, 1690 Aphorismi Urbigerani, or certain rides, clearly demonstraling the three infal- lible ways ofprepai ing the Grand Elixir or Circulatum Ma-jus of the Philo- sophers, discovering the Secret of Secrets, and detecting the errors of vulgar chymists in their operations : contained in one hundred and onc aphorisms : To which are added, the three ways of preparing the vegetable élixir or Cir- culatum monas : AU deduced from never-erring expérience by Baro Urbige- rus, a servant of God, in the Kingdom of Nature. Experto crede. London, printed for Henry Faithorne, at the Rose in St Paul’s Church-yard, 1690. Aphorismi Urbigerani, ou certaines règles démontrant clairement les trois infaillibles manières de préparer le Grand Elixir ou Circulatum Majus des Philosophes, découvrant le Secret des Secrets, décelant les erreurs des vul- gaires chimistes lors de leurs manipulations : contient cent et un aphoris- mes : auxquels sont ajoutées les trois façons de préparer l’elixir végétal ou Circulatum monas : Tous déduits d’après l’expérience jamais erronée de Baro Urbigerus, serviteur de Dieu dans le Royaume de la Nature. Experto crede. Londres, imprimé pour Henry Faithorne à la Rose dans la Cour de Saint-Paul, 1690. Nous ne savons rien de très certain sur Baro Urbiger ou Urbigerus. Dans sa dédicace au duc Frédéric de Saxe-Gotha, cet auteur explique comment les aphorismes furent publiés à Londres. « Etant présentement à Londres bien que nous ne soyons pas Natifs de ce Royaume, nous pensons nécessaire d’exposer ces Aphorismes en langue anglaise, ne doutant pas le moins du monde que les Connaisseurs, ne considérant que le Sens, nous pardonnerons facilement toutes les Impropriétés qu’ils trouveront dans nos Expressions : et lorsque menés par la Providence dans un autre Pays et parve- nus à une Connaissance suffisante de la plupart des Langues Européennes, nous veillerons à nouveau à les publier dans la Langue du Lieu où nous serons. » Une édition allemande parut d’ailleurs l’année suivante : At)ho,ism' Urbige- rani oder geu'isse Reguln. . verteutschet, und publdirt zu Erffurdi von selbigen Authore. Verlegts, Johann Caspar B’rckner, 1691. 302 • SAINTaDIDIER, urbigerus, morley
Christopher Love Morley et Theodorus Muykens Collcctanea chymica, 1693 Collectanea chymica Leidensia, Maëtsiana, Margravina, Le Mortiana. Ohm trium in Academia Lugduno-Batava Facultatif Chymicae quâ publicé, quâ privatim, professorum, viventium, atque docentium, qui isthaec discipuhs suis, ex omni Europa illo conpluentibus, illis annis, non solum ostenderunt, verum etiam suis verbis dictarunt. Ante hac collecta, digesta, édita, à Chris- tophoro Love Morley M. D. Anglo. Nunc autem plurimis novis eleganuori- bus & accuratioribus experimentis instructa & aucta meliorem in ordinem reducta, ubwis correcta, a superfluis processible mandata per Theodorum Muykens, Med. Doct. Amstelod. Opus nudli non Physico-medico Chymico & Pharmacopaeo necessarium & pcrutile. Lugduni Batavorum, Sumptib. Corneli Boutesteyn & Frederici Haaring, 1693. Recueil de chimie de Leyde, dû à Maëts, Margraff et Le Mort : trois anciens professeurs à la Faculté de Chimie de l’Université de Leyde, où ils vécu- rent et enseignèrent, non seulement présentèrent ces leçons, officiellement et en privé, à leurs élèves qui, en ces années, affluaient là de toute l’Europe, mais véritablement les dictèrent, en leurs propres termes. L’Anglais Chris- topher Love Morley, Docteur en Médecine, les avait déjà recueilbes, clas- sées et éditées. Mais le présent recueil a été composé et augmenté de nom- breuses expériences nouvelles, plus élégantes et plus scrupuleuses, disposé en meilleur ordre, entièrement corrigé, débarrassé des développements super- flus par Theodorus Muykens, Docteur en Médecine, d’Amsterdam. Une œuvre nécessaire et de la plus grande utilité pour le Physicien, le Médecin, le Chimiste et le Pharmacien. Leyde, au frais de Cornehus Boutesteyn et Fredeiick Haaring, 1693. Le médecin anglais Christopher Love Mor- ley est né vers 1646. Il fut étudiant en méde- cine à Leyde en 1676 et obtint son doctorat en 1679. Selon la préface de l’édition de 1684 des Collectanea Chymica, il voyagea énormément avant son arrivée en Hollande, et avait déjà exercé la médecine. Il prit de nombreuses notes de cours qui donnent un aperçu intéressant sur l’état de l’éducation médicale à Leyde à cette époque. Les Col- lectanea sont extraits de ces carnets. Ils se composent d’un grand nombre de recettes chimiques et pharmaceutiques prises durant les cours de trois professeurs de chimie à Leyde, Maëts, Margraff et Le Mort. L’édi- tion originale parut a Leyde en 1684 mais ne contient pas le frontispice gravé. Theodorus Muykens, né à Amsterdam en 1665, étudia la médecine à Leyde où il obtint son diplôme en 1691. En 1693, il réé- dita et augmenta l’ouvrage de Morley qui parut en allemand à léna en 1696, et une fois encore en latin à Anvers en 1702. Joseph Mulder, qui grava cette remarqua- ble planche, fut graveur et dessinateur. Il est né à Amsterdam en 1660, il fut l’élève de Hendrick Bogaert, se maria en 1689 et mourut semble-t-il vers 1735. Triomphe, Aphorismi; Collectanea 303
7>e cavemis nielallcrunt occuIïhji e.sï,»jpt Lupt# imI vene/'abiti^. rr e k mes. 3O4 • SA1NT/DIDIER, URBIGERUS, MORLEY
497 Triomphe; Aphorismi; Collectanea ♦ 305
306 • SAINT'DIDIER, GRBIGHRUS, MORLEY
496 Le Triomphe Hermétique. De Caverms metallorum occultus est, qui Lapis est venerabilis Hermès. « Dans les cavernes des métaux (dans les mines) est cachée cette Pierre qw est vénérable. » Cette citation est utilisée ici comme légende, afin que l’on ne cherche pas ailleurs que dans les mines, le mine- rai qui est le Sujet des Sages. Il faudra l’identifier puis l’extraire de son gîte, puis accomplir les travaux néces- saires afin d’en extraire (avec l’aide de Mars et celle du Feu Secret) ce premier mercure que les auteurs appel- lent pierre des philosophes. Il faudra ensuite découvrir le secret du second mercure, dit Philosophique, symbo- lisé ici par des serpents entrelacés, exploit salué par deux couronnes. Enfin, dans l’ordre des acquisitions, on obtien- dra le $ soufre Philosophique qui sera grâce à l’exemple du Phénix, converti d’abord en Elixir puis en Médecine Universelle ou Pierre Philosophale, couronnée par la tri- ple couronne ou trirègne, emblème suprême de puissante souveraineté de la Sagesse. Les signes du Zodiaque Bélier, Taureau et Gémeaux soulignent les influences célestes indispensables que l’on doit capter durant cette période et qui font de l’alchimie une véritable agriculture céleste. 497 Aphorismi urbigeram « La vertu unie est plus forte » (Virtus imita jortior). La puissance contenue dans la Giaine produit le miracle de l’Arbre. De même que le gland devient le chêne, la Pierre des Philosophes se trans- forme en Pierre Philosophale. NT sine vobis, « Len sans vous », s’exclame le Serpent mercuriel à la queue mar- tiale, à son vis-à-vis le Dragon ailé à la queue saturnienne. Per Nos omnia, « Par nous, toutes choses », répond ce der- nier qui, étant le symbole de la Materia Pi ima, contient ses potentialités futures. «Je suis captif de ta beauté », chuchote Apollon à sa soeur Diane, révélant ses intentions incestueuses (et la domination initiale de la femelle lors de leur première ren- contre). « Je te vaincrai toutefois plus tard », répond Diane, en désignant les eaux montantes de la Dissolution. L'hieroglyphe à la place d’une flèche sur son arc est le symbole de Géa, la Terre, indiquant quelle sorte de terre devra être dissoute par leur étreinte de feu. De l’autre coté de l’Arbre, tandis que les eaux se retirent, l’Hermaphrodite-Rebis émerge et sa face lunaire s’adresse à son alter ego (le Soleil) : « Ta Régénération est en mon pouvoir. » Le visage solaire s’exclame reconnaissant : « Par toi (eau vive) je vivrai. » 498 Collectanea Chymica. Comme l’indique Fulcanelli, le mercure des Sages est surnommé le Caméléon car il revêt successivement toutes les couleurs du spectre. C’est aussi, ici, 1 hiéroglyphe de la Fixité par opposition à l’aigle volatil. Les cheveux de Dame Alchimie sont le Feu, ses yeux sont le Soleil et la Lune parents de la Pierre. De sa bouche s’exhale l’air ainsi que le mystérieux influx qui véhicule, par les rayons de lune, la puissance solaire. Les trois étoiles sur son front correspondent aux trois œuvres, tandis que le lait qui coule à flots de ses seins généreux n’est autre que le « lac virginis » ou Lait de la Vierge, qui nourrit l’embryon philosophal de la Pierre selon l’axiome hermétique célèbre tiré de la Table d’Éme- raude d’Hermès : Nutrix eius terra est (voir le second emblème à'Atalanta Fugiens). Les ailes de ses pieds identifient notre Dame au volatil Mercure, ce que confirme l’aigle sur son bras. Le Roi, à sa gauche, n’est autre que le Soufre. Le Philosophe à droite montre le combat acharné des pi incipes opposés dans le Vase de l’Œuvre. Triomphe; Aphorismi; Collectanea 307
Jacob Bôhme l'heosophische Wercken, 1682 Des Gottseeligen Hoch-Erleuchteten Jacob Bôhmens T eut ont c1 Philosophi Aile Theosophische Wercken. Darinnen aile tieffe Geheimnisse GOttes der etvigen andzeitlichen Natur und Creatur, samt dent wahren Grande Christ- licher Religion und der Gottseeligkeit, nach dem Apostolischen Gezeugnüss offenbahret werden. Theils aus des Authoris eigenen Originalen, Thaïs ans den ersten und nachgesehenen besten Copyen anffs fleissigste. corrigiret. Und In Beyfügung etlicher Clavium so vorhm noch nie gedruckt, nebenst einem zweyfachen Register. Den Liebhabern Gottlicher und Natürlicher Weissheit zum besten an Tag Gegeben. Zu Amsterdam, Gedruckt im Jahre Christi. 1682. Jacob Bôhme, Bienheureux et Illuminé Philosophe Teuton : les Œuvres Complètes Théosophiques, où l’on découvrira tous les plus profonds secrets de Dieu, de la Nature temporelle et éternelle, et de la Création, avec les véritables fondements de la Religion Chrétienne et de la Béatitude révélée d’après le Témoignage Apostolique. Corrigé et révisé avec diligence, en partie d’après les originaux de l’auteur, et les meilleures premières copies. En adjonction, divers codes d’interprétations imprimés pour la première fois avec deux index. Publié pour les amoureux de la Sagesse Divine et Natu- relle. Amsterdam, imprimé en l’an du Christ 1682. Cet appendice pictural à notre thème her- métique se compose des frontispices des œuvres théosophiques de Jacob Bôhme publiées par son disciple Gichtel en 1682. Ces images rares dans lesquelles le symbo- lisme alchimique est utilisé à des fins pure- ment mystiques sont très intéressantes. Bôhme emprunte à Paracelse les moyens d’exprimer en termes alchimiques sa pro- pre vision béatifique et ses ouvrages eurent une très grande influence. Jacob Bôhme, Boehme, Bôhmen ou Beh- men (1575-1624) naquit à Alt-Seidenberg en Haute-Lusace. Il fut mis en apprentissage chez un cordonnier en 1589 et exerça lui- même cette profession jusqu’en 1612, quand, à la suite d’une illumination sou- daine, il écrivit Aurora oder die Morgenrôte im Aufgang. Dénoncé par le pasteur du lieu comme étant une œuvre héréti }ue, le manuscrit fut saisi par le Conseil de la ville qui ordonna à Bôhme de s’abstenir de tels écrits. Il n’en fit rien et continua à écrire. Aurora étudié Dieu en lui-même, tandis que l’étude des manifestations divines dans la structure du monde et de l’homme se poursuit dans Die drei Principien gôttlichen Wesens, Vom dreifagen Leben der Menschen, Von der Menschwerdung Christi, et Von der Geburt und Bezeichnung aller Wesen. Son œuvre culmine avec l’exposition de la vie de Dieu dans l’âme humaine : Von der Grenadenwahl, Mysterium magnum, Von Christi Testamenten. Son dernier ouvrage fut Der Weeg zu Christo (1624). Poui Bôhme Dieu est à la fois immanent et transcendant : la « Création » est la manifestation de for- mes demeurant dans l’indétermination latente de la Nature Divine éternelle. Le jeu des contrastes, Solve et Coagula, Lumière et Ténèbres, est le ressort de la vie. Le mal est 308 • JACOB BÔHME
l’aspect sombre ou furieux de Dieu. Mais le monde en trois étapes sert à démontrer d’abord le déclin et la chute, puis l’équili- bre et finalement le triomphe de l’Amour équivalent au triomphe de la Lumière. Gichtel, qui publia les œuvres de Bôhme dans la présente édition, a décrit la propre transfiguration de son corps subtil par un processus sans rapport avec l’Alchimie tra- ditionnelle. Cependant, il prétendit que la Pierre Philosophale lui fut offerte plusieurs fois et qu’il en refusa l’offre parce que cette « pierre » ne permettait que d’accéder au stade solaire de l’ascension psycho- spirituelle, qu’il avait, affirmait-il, déjà dépassé. Theosophische IVercken 309
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502 500 RERUM I , ssw 1 |U g. s°3 Theosophische IVercken -311
5°4 5°5 507 312 • JACOB BÔHME
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499 Frontispice de Theosophische Wercken. Comme tou- tes les planches de cette édition, celle-ci contient une brève explication ainsi qu'une liste de références au texte que l’on doit consulter avant de pouvoir l’interpréter correc- tement Nous nous refusons à tout commentaire et con- seillons vivement la lecture de ce mystique merveilleux. 500 « Né de Dieu. Mort en IHSVH. Uni au Saint- Esprit. Ci-gît Jacob Bôhme d’Alt Seidenburg. Qui mou rut bienheureux le 17 septembre 1624 à environ 6 heures du matin à l’âge de 50 ans. Ses dernières paro- les : Maintenant je vais au paradis. » (Avant-propos de la Vie, par Abraham de Franckenberg). 501 Frontispice de Aurora, Morgenrôte im Aufgang... 502 «La Signature des choses». Frontispice de De Signatura Rerum... : « Comment toutes choses surgissent d’un Mystère ». 503 « La Triple Vie ». Frontispice du Dreyfaches Leben. 504 « Quarante questions sur l’âme ». Frontispice de Viertzig Fragen von der Seelen..., ouvrage dans lequel Bôhme est questionné par le Dr Balthazar Walter. 505 « L’Arbre de la Foi, Paradis, Monde ténébreux, Région astrale». (De Von der Menschwerdung Jesu Christi...') 506 « De la Passion et de la Mort de Jésus-Christ ». (De Von der Menschwerdung Jesu Christi...) 507 « Six points ». Frontispice de Von sechs Punkten hohe und tieffe Gründung... 508 « Apologétiques ». Frontispice de Apologia betsefferd die Volkommenheit des Menschen. 509 « Epîtres ». Frontispice de Theosophische Send- Briefe; les pigeons voyageurs représentent Dieu, la Nature et l’Art. 5 10 « La Voie vers le Christ ». Frontispice de Det Weg zu Christo... 511 «Tranquillité» (ou Modération). Frontispice du Livre 4 du Der Weg zu Chnsto. 512 « Renaissance ». Le corps du Christ? Compassion, gentillesse, chasteté, bienfaisance, humilité, sagesse. Ava- rice, envie, colère, orgueil, convoiuse, la chair, tricherie. Frontispice du Livre 5 de Der Weeg zu Chrdto. 513 « La vie transcendant les sens et la contemplation divine ». Frontispice du Livre 6 de Der Weeg zu Christo... 514 « Conversation entre une âme illuminée et une âme non illuminée ». Frontispice du Livre 8 de Der Weeg zu Christo... 515 « De la Révélation divine ». Frontispice des frag- ments de Beirachtung gôttlicher Offenbarung... 516 « Les Testaments du Christ ». Frontispice de Von Christi Testamenten. 517 « Election par la Grâce. D’une seule force - péni- tence, pardon, obstination, méchanceté, d’une seule sève. Viens ici, sur le trône de Grâce. Va là, sur le trône de Feu. » Frontispice de Von der Grenadenwahl 518 Pas de texte. (Mysterium Magnum). 519 « Le grand Mystère. Messie. Moïse. » Frontispice du Mysterium Magnum... « Les Opposés doivent coexister ». 520 « Feu, Teinture Céleste, Majesté, Triplicité, Tétra- gramme, Terre. » De Dreyfaches Leben... Theosophische Wercken -317
BIBLIOGRAPHIE CHOISIE Baltrusaitis, Jurgis. La Quête d’Isis. Paris 1967. Bénézit, E. Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Paris 1976. Bryan. Dictionary of Pointers and Engravers, 5 vols. Londres 1905. Canseliet, Eugène. Alchimie, Etudes diverses de symbolisme hermétique et de pratique philosophale. Paris 1964. -. L’Alchimie et son Livre Muet (Mutus Liber). Paris 1967. -. L’Alchimie expliquée sur ses textes classiques. Paris 1972. -. Deux Logis Alchimiques, nouv. ed. Paris 1979. Duveen, Denis I. B’bliotheca alche- mtca et chemica. Londres 1949. Ferguson, John. Bibliotheca chemica, 2 vols. Glasgow 1906. Fulcanelli. Le Mystère des Cathédra- les. Paris 1926. -. Les Demeures philosophales, 2 vols. Paris 1930. (L’essentiel de l’œuvre de Fulcanelli a été réédité de nom- breuses fois.) Godwin, Joscelyn. Robert Fludd : Philosophe Hermétique et Arpenteur de Deux Mondes. Coll. La Vue (proposé par J.J. Pauvert) 1980. Hind, Arthur M. A History of Engra ving and Etching. Londres 1927. Holmyard, EJ. Alchemie. Arthaud. Iversen, E The Myth of Egypt and its Hieroglyphs in European Tradi- tion, Copenhague 1961. Jensen, Hans. Sign, Symbol and Script. An account of man’s effort to write (traduc. George Unwin, 3e édit.). Londres 1970. Josten, C.H., ed. Elias Ashmole, 1617-1692 (avec une introduction biographique), 5 vols. Oxford 1966. Monod-Herzen, G.E. L’Alchimie méditerranéenne. Paris 1962. Needham, Joseph. Science and Civi- lisation in China, vol. 5. Cam- bridge 1974. Obrist, Barbara. Les Débuts de l’ima- gerie alchimique (XIV’-XV‘ siècles). Paris 1982. Panofsky, Erwin. Albrecht Dürer. Ed. Hazan 1987. Pirenne, Jacques. Histoire de la Civilisation de l’Egypte Ancienne. Neuchâtel et Paris, 1961, Vol. I, p. 102. Pope, Maurice. The Story of Deci- pherment: Front Egyptian hierogly- phic to Linear B. Londres 1975. Praz, Mario. Studi sul Concettismo, 2e édit Rome 1964 et Partie II Rome 1974. Pritchard, Alan. Alchemy, A Biblio- graphy of English Language Writings. Londres 1980. Ranque, Georges. La Pierre Philoso- phale. Paris 1972. Seligmann, Kurt. Histoire des Magies. Paris 1964. Tervarent, Guy de. Attributs et symboles dans l’art profane 1450-16UU - Dictionnaire d’un lan- gage perdu. Genève 1958. Thorndike, I .ynn. A History of Alagic and Experimental Science, 8 vols (vols 7-8, Le xvir siècle). New York 1923-1958. Van Lennep, J. Art et alchimie. Bruxelles 1985. Wittkower, Rudolf. Allegory and the Migration of Symbols. Londres 1977. Yates, Frances A. Giordano Bruno et la Tradition Hermétique. Ed. Dervy 1988. -. La Lumière des Rose-Croix. Retz 1985. FORMATS DES GRAVURES Les dimensions des images sont en cm. Nous n’avons pas tenu compte des légères variations dans une même série (pt = page de titre). Béroalde, Le Tableau, in-quarto : 25 x 15,5. Voyages, in-octavo : 15,1 x 8,5. Khunrath, Amphitheatrum, in-folio : 24 x 15,5; 21,5 x 14,5; diamè- tre des circulaires 22,5; grandes gravures 27,8 x 32,2 Libavius, Alchimia, in-folio : 24 x 17 (page). Michelspacher, Cabala, in-quarto : tous 31 x 25. Maier,Arcana, in-quarto : 16,5 x 12. Lusus, in-quarto : 18,5 x 15 (page). Examen, in-quarto : 20 x 15 (page). Jocus, in-quarto : 11,6 x 6,8. Atalanta, in-quarto : pt 17,7 x 13,4; autres 10 de larg. Symbola, in-quarto : pt 17,2 x 13,5; por- trait 10,6 x 9,5; autres 7,7 x lo, Tripus, in-quarto : pt vignettes 9,5 x 9,8, 9x8; Clef (1-7) 6,8 x 9,5; (8-9) 6,5 x 6,5; (10) 7,3 x 9,2; (11-12) 6,8 x 9,5. Viatorium, in-quarto : pt 15,5 x 12; autres 9,5 x 7,5. Mylius, Opus medico-chymicum, in- quarto : 19 x 14,5 (page); dé- pliants 117 19,5 x 28,5, 118 27 x 27, 119, 120 27 x 33. Antidotarium, in-quarto: 18 x 14 (page). Croll, Basihca, in-quarto : 22 x 17 (page). Maier, Septimana, in-quarto : pt 17 x 13; lre image app. 30 de larg.; autres 7,7 x 10. Mylius, Philosophia, in-quarto : pt 7,3 de larg; autres 6 x 7,3 sauf Arbre 9,1 x 9,1. Musaeum hermeticum, in-quarto : pt 17,5 x 13,5; autres 10,5 de larg. Lambsprinck, De lapide, in-quarto : pt 17,6 x 10,6; armes 8,5 x 7,1; autres 10,5 x 10,5. Mylius, Anatomia, in quarto : pt 17,5 x 14; dédicace 16,8 x 13; autres 14,5 x 10. Planis Campy, L Hydre, in-octavo : 15 x 9,8. L’Ouverture, in-octavo : pt & portrait 15,2 x 9,9. Ashmole, Theatrum, in-quarto : tous 14,5 x H sauf Jugement Dernier 15,2 x 12. Monte-Snyders, Metamorphosis, in- octavo : 15,5 x 9,5 (page). Becher, Œdipus, in-duodecimo : 11,5 x 6,3. Kerckring, Currus, in-duodecimo : 11,7 x 7. Monte-Snyders (?), Chymica vannus, in-quarto : tous 13 de larg. Van Vreeswijk, Roode Leeuw, Groene- Leeuw, Goude Son, Goude Leeuw, tous in-octavo : tous 7 de larg. Altus, Mutus liber, in-folio : tous 26,5 x 18. Van Helpen, Escalier, in-folio : tous 29 x 18,3. Saint-Didier, Triomphe, in- duodecimo : 17,2 x 13 Morley & Muykens, Collectanea, in- quarto : 14,5 x 9,6. Urbigerus, Aphorismi, in-octavo : 13,9 x 8,1. Bôhme, Theosophische Wercken, in- octavo : pt 18 x 14,5; autres 8 de larg. 318
INDEX Abraham le Juif, 104 Adarmath, 151 Ademarus, 151 Adfar l’Alexandrien, 150 Aegidius, 153 Agathoclès, 132 Albert de Bavière, 154 Alanus, 152 Albertus Magnus (St Albert le Grand), 17, 114, 115, 152 Albugazal, 151 Alctati Andrea, 13, 14, 20 Aldo Manuzio, 10, 11, 16, 20, 42 Alexandre, 154 Alphidius, 100, 151 Altus, 266-84 Amman Jost, 45 Anaxagore, 150 Andreae Jean-Valentin, 62 Androicus, Evêque, 153 Anthony Francis, 60, 61 Anton Wilhelm, 29 Apollonius de Tyane, 151 Apostolicus Hugo, 153 Aranus, 154 Arda, 154 Arentsz Pieter, 240 Arisleus, 155, 207 Aristophane, 22 Aristote, 51, 115, 154 Arnaud, Philosophe, 152 Arnaud de Villeneuve, 114, 115, 152, 207 Arsianus, 151 Artephius, 104, 125, 151, 221, 284 Ashmole Elias, 42, 214-221 Augurellus Jean Aurelius, 153 Avicenna Avicenne, 104, 114, 132, 151, 197 Azinabam, 151 BACASSAR, 103 Bacon Roger, 114, 115, 125, 153 Balten Pieter, 52 Barnaud Nicolaus, 187 Baur von Eÿseneck Johann Martin, 207 Bavran, 154 Becher Johann Joachim, 222 Belinus, 151 Bernard, Comte de Trévise, 152 Birckner Johann Caspar, 300 Bôhme Jacob, 308-17 Bogaert Hendnck, 303 Boissard Jean-Jacques, 21 Bosco Valerandus de, 153 Boutesteyn Cornélius, 303 Bracesco Giovanni, 16, 17 Bry Jean-Israël de, 14, 15 Bry Jean-Théodore de, 14, 15, 21, 68, 127, 187 Bry Maria Magdalena de, 21 Bry Théodore de, 14, 15, 21, 60, 61, 62 Buondelmonti Cristoforo, 9, 20 Calid, Roi d’Égypte, 150 Calid le Juif, 150 Campen Jan Diricks van, 29, 30 Canseliet Eugène, 19, 266, 282, 284 Chaeremon d’ Alexandrie, 14, 16, 22 Chevalier Pierre, 25 Christian Ier, Prince d’Anhalt- Bernberg, 59, 62, 127, 157 Christian II, Électeur de Saxe, 116 Christian Wilhelm, Margrave de Brandebourg, 161 Christophe de Paris, 152 Chrysippe Jean, 153 Clauder Gabriel, 226 Clément IV, Pape, 115 Cléopâtre, Reine d’Égypte, 150 Coenders van Helpen Barent, 285-300 Colonna Fra Francesco, 11, 20, 21 Corrozet Gilles, 14 Cremer John, 117, 125 Croll Oswald, 127, 133, 155, 157-160 Custos Dominicus, 52 Custos Raphaël, 52 da Bqlogna Francesco, 20 Daniel, Philosophe, 152 Dante, 151 Dastin Jean, 153 Datin, 151 Dee Arthur, 214 Dee John, 42 Démocrite, 98, 114, 132, 150 Dioclétien, 20 Diodore de Sicile, 114 Dominicus, l’Apôtre, 153 Dominicus, Évêque, 153 Doort Paullus van de, 29, 30 Dufresnoy Langlet, 29, 222 Dumbeleius, 154 Durandus, 153 Dürer Albrecht, 10 Duveen Denis, 228 EFFARIUS, 153 Elbo, 151 Élisabeth, Reine de Bohême, 61 Empédocle, 17 Ernst, Comte de Holstein, Schaumburg et Sternberg, 105 Espagne! Jean d’, 16, 68, 214 Étienne, Philosophe et Chimiste, 152 Euthica, 150 Euthices, 151 Faithorne Henry, 302 Ferdinand Ier, Empereur, 115 Ferdinand II, Empereur, 157 Fernley Jean Ambiensis, 152 Ficin Marcile, 9 Flamel Nicolas, 17, 18, 104, 152, 183, 197 Fludd Robert, 15, 22, 60, 62, 299 Francken David, 52 Frédéric, Duc de Saxe-Gotha, 302 Frédéric, Duc de Württemberg, 116 Frédéric, Prince de Norvège, 105 Frédéric V, Électeur Palatin, Roi de Bohême, 21, 60, 62, 127 Frédéric Henri, Prince de Nassau, 133 Frisius Andréas, 226 Fulcanelli, 18, 19, 43, 115, 125, 126, 197, 244, 252, 284, 307 Galien, 51, 150, 156 Galienus, 151 Galler Jérôme, 60, 68, 127 Galud, Roi de Babylone, 151 Garcia, Cardinal, 153 Gaulthier Léonard, 26 Geber, 16, 17, 151, 285 Gelle Aulus, 1 32 Gichtel J., 308, 309 Giehlow Charles, 10 Gilgil, 151 Gilbert, Cardinal, 153 Goebel Séverin, 59 Gratianus, 152 Gravia Bernard de, 154 Greverus Jodocus, 98, 152 Grosseteste Robert, Évêque de Lincoln, 115 Guainerius Antonius, 117 Guden Johann Moritz, 117 Guillaume de Paris, 152 Guillemot Matthieu, 25 Haaring Frederick* 303 Hakluyt Richard, 21 Hamilton William, 116 Hamuel, 151 Hasolle James, voir Ashmole Élias Hélisardes, 151 Helpen, voir Coenders Helvetius Johann Fridericus, 183 Henri III, Roi de France, 25 Henri IV, Roi de France, 25 Henri III, Roi d’Angleterre, 115 Héraclite, 151 Hercule, Philosophe, 151 Hermès Trismégiste (Hermès l’Égyptien), 8, 18, 42, 43, 51, 114, 132, 150, 160, 285, 299 Hérodote, 9 Hésiode, 22 Hippocrate, 51, 150, 208 Hiram (Hyram), Prince de Tyr, 161 Hirschberger Joachim, 61 Hoffmann Nicholas, 61, 62 Homère, 16 Hooghe Romeyn de, 226 Horace, 60 Horapollo (Horus Apollo), 9-11, 13, 14, 20 Hortulanus, 153 Hummius Antonius, 105 Isaac, Philosophe, 152 Isaac le Hollandais, l’Ancien, 152 Isaac le Hollandais, le Jeune, 152 Iversen E., 10 Jacob Paul, 117 Jacques VI, Roi d'Angleterre, 60, 61 Jacques II, Roi d’Irlande, 301 Janot Denys, 14 Jansson Van Waesberge Johan, 224, 228, 246, 253, 260 Jennis Lucas, 15, 16, 21, 60, 62, 105, 117, 133, 156, 161, 167, 183, 187, 198 Jean XXII, Pape, 115 Jean d’Aquin, 153 Jean d’Autriche, 152 Jean de Padoue, 152 Justinien, Empereur, 20 Keller Georges, 45 Kelley Edward, 154 Kerckring Theodorus, 226 Kerver Jacques, 11 Khalid ibn Jazid ibn Mu’awijah, Prince, 114 Khunrath Heinnch, 29-44 Kirchmacker, 226 Kopffius Petrus, 45 Kuhdorfer Heinnch, 51 La Perrière Guillaume de, 14 Lacinius Jean, 153 Ladislas II, Roi de Hongrie, 115 Lambsprinck, 183, 187, 197 Landolfo, Comte d’Aquin, 115 Lant Thomas, 21 Lazarellus Ludovic, 153 Le Jeune Claude, 285 Le Mort Jacob, 303 Le Moyne Jacques, 21 Leibniz Gottfried Wilhelm von, 226 Lemnius Levinius, 224 Léopold Ier, Empereur, 222 319
I.eucippe, 114 Libavius Andréas, 45-51 Limojon, voir Saint-Didier Louis II, Roi de Hongrie, 115 Louis XIII, Roi de France, 25, 208 Louis XIV, Roi de France, 208 Lulle Raymond, 98, 102, 114, 115, 153 Madathanus Hfnricus, 183 Maëts, C.L. de, 303 Mahomet, 151 Maier Michael, 14, 15, 17, 18, 19, 20, 22, 59-132, 161-166, 167, 180, 183, 197 Malchamec, 154 Malus, 151 Margraff Christian, 303 Marie de Médicis, Reine de France, 25 Marie la Juive, 114, 150 Marlianus Aloysius, 153 Massara, Philosophe de, 151 Matheus Jean, 208, 213 Matthias, Empereur, 157 Maurice de Nassau, Landgrave de Hesse, 59, 62, 105, 133, 161 Maximilien I", Empereur, 10 Medera, 150 Médicis, Cosme de, 9 Mesnd Hervé de, 208 Meung Jean de, 152, 166, 183 Melchior Cibinensis (Nicholas Melchior Szebeni), 114, 115, 154 Merian Caspar, 21 Merian Matthâus, 15, 16, 21, 68, 97, 133, 150, 158, 183, 186 Merian Matthâus le Jeune, 21 Mesme Jean-Antoine de, Comte d’Avaux, 301 Meyer Dietrich, 21 Michelspacher Steffan, 52-58 Mitigo, 151 Montanor Guido de, 152 Monte-Snyders Joannes de, 224, 228-239 Morienus, 98, 114, 151, 207 Morley Christopher Love, 303 Mosanus Jacob, 61 Mulder Joseph, 303 Musa, 150 Muykens Theodorus, 303 Mylius George, 133 Mylius Johann Christoph, 133 Mvhus Johann Daniel, 133-156, 167-183, 198-207 Néron Empereur, 16, 22 Néron, Empereur, 16, 22 Newton Isaac, 224 Norton Thomas, 60, 117, 125, 154, 214, 221 Ovide, 16, 97, 208 Paddyn William, 60 Pahngenius Marcellus, 153 Palthenius Hartmann, 161 Panofsky Erwin, 10 Pantheus Augustin, 153 Paracelse Philippe Théophraste, 150, 152, 208, 308 Pernety Antoine Joseph. 17-18, 22, 103, 104 Petrus Bonus, 16, 22, 153 Petrus Peregrinus, 115 Philalèthe Aeyrenaeus, 183, 258 Philippe de Ravilasco, 152 Philippos, 10 Photius, 20 Pielat Barthélemy, 246 Pierre, Moine et Philosophe, 153 Pierre de Villeneuve, 152 Pieman Charles, 285 Pirckheimer Willibald, 10 Pirenne Jacques, 9 Planis Campy David de, 208-213 Platon, 151 Plotin, 9 Pontanus Jean, 152, 221 Psellus Michael, 151 Pythagore, 150 Rachaidibi, 154 Raleigh, Sir Walter, 21 Rasis (Rhasis), 104, 151 Raymond de Marseille, 152 Reinhart Christophe, 68 Remmelin Johann, 52 Rhodianus, 154 Richard, Philosophe, 154 Ripa Cesare, 14 Ripley George, 154 Robertus Castrensis, 114 Robertus Vallensis, 17 Rodolphe II, Empereur, 20, 42, 59, 60, 116, 157 Rosinus, 151 Ruccius M. Andr., 42 Rumpf Christian, 61 Rupescissa Jean de, 153 Russell Richard, 226 S. Erasmus WOLFART, 29 Sacro Bosco Jean de, 152 Sadeler Aegidius, 157 Sadeler Jan, 157 Sadeler Raphaël, 157 Saint-Didiei Alexandre Toussaint de Limojon de, 299, 301 Saba, Reine de, 161 Salomon, Roi, 161 Sande Hermann van de, 183, 222 Sande Johann Maximilian van de, 183 Samarte Anonyme le, 116, 154 Saurius Joannes, 45 Schwan Balthasar, 166, 167 Scot, 154 Scot John Duns, 154 Scot Michael, 154 Sendivogius Michael, 116, 183 Sénèque, 152 Senior, 18, 151, 181 Serapio, 154 Selon Alexander, 116 Sevestre Charles, 209 Sigismond III Vasa, Roi de Pologne, 116 Smith Thomas, 60 Sobieski Jean, Roi de Pologne, 226 Spinola Ambrogio di, 15 Spinoza Baruch, 226 Stabius, 10 Steyner Heinrich, 14 Stolcius Daniel, 21, 116, 133, 167 Sulat Jacob, 266, 282 Tampach Gottfried, 157 Thaphuntia, 150 Theobanus Jean, 153 Therapus Janus Lacinius, 16 Tholden Johann, 117 Thomas d’Aquin St, 114, 115, 153, 285 Thorndike Lynn, 30 Trévisan Bernard le, 101 Tzetzès Jean, 16, 22 UFFENBACH Philipp, 45 Urbigerus Baro, 300 Vadius Aegidius de, 154 Valentin Basile, 18, 99, 102, 117, 125, 132, 133, 152, 180, 226 Valeriano Pierio, 14, 21 Vaughan Robert, 214 Verville François Béroalde de, 11, 12, 20, 25-28 Vincent de Beauvais, 152 Virgile, 16 Vredeman de Vries Hans, 30 Vreeswijk Goossen van, 240-265 Walter Balthasar, 317 Wessel Wilhelm, 62 Wetstein Henry, 301 Weyerstraeten Ehzeus, 222, 228 White John, 21 Whitney GeofFrey, 14 Wittkower Rudolf, 10 Wood Anthony à, 214 Yates Franc es A., 62 Yezid, 151 Zacharias Denys, 152 Zalento Pierre de, 153 Zamolxis, 151 Zeiller Martin, 21 Zozimos de Panapolis, 114